Mobutu
Mobutu
La RD Congo est le théâtre d’une lutte des forces contradictoires à intérêts opposés et
inconciliables. Les forces anti-populaires se battent pour maintenir le Congo sous la domination
étrangère avec son cortège de misère. Les forces progressistes, quant à elles, se battent pour
arracher l’indépendance réelle du pays, passage obligé pour construire le bonheur populaire. En
tant que logique aboutissement de cette lutte sans pitié, la victoire finale reviendra au camp qui
aura rempli toutes les conditions exigées pour écraser l’ennemi. Parmi ces nombreuses
conditions impératives de la victoire finale, il y a celle qui exige que l’ennemi soit clairement
identifié sous tous ses aspects.
• Premièrement, notre pays est classé depuis un bon moment parmi les pays les plus
pauvres du globe. Il est aujourd’hui la synthèse douloureuse de toutes les souffrances de
l’humanité : vivant dans l’insalubrité, les populations congolaises sont dangereusement
exposées à de stupides maladies. Or certaines de ces maladies avaient déjà disparu.
Aujourd’hui elles sont revenues. C’est le cas de la lèpre, la maladie du sommeil et autres.
La vulnérabilité de ces populations est encore accentuée par la sous-alimentation
escortée par une précarité intolérable. La conséquence en est que les Congolais
meurent comme des mouches : l’espérance de vie n’est que de 46 ans. Pourtant le
Congo dispose d’innombrables atouts pour que ses populations vivent dans la dignité.
Cette situation n’est pas un accident de l’histoire, ni une malédiction : au nom de
l’authenticité, les 37 ans du mobutisme triomphant ont pratiquement retourné le Congo à
l’age de la pierre et empêcher son peuple de profiter de gigantesques progrès de la
science. Tout en sacrifiant des générations congolaises, le mobutisme a laissé au peuple
une dette extérieure de 15 milliards $. Soit 3 fois la richesse créée chaque année par le
pays. Celle-ci est de 5 milliards. C’est effroyable !
• Deuxièmement, le système mobutiste, d’une part, a produit une classe des politiciens
irrémédiablement pourris. Ils s’engraissent en s’accrochant à l’appareil de l’état et aux
entreprises publiques. D’autre part, le mobutisme a créé une mentalité incompatible avec
le salut du peuple après plus de 30 ans de rè[Link] s’en suit que connaître le mobutisme
est d’une importance primordiale. Mais ce monstre redoutable érigé en système reste
très mal connu par ses millions de victimes congolaises. Enrichissement scandaleux,
dévastation du pays, oppression politique, sont quelques aspects du mobutisme. Mais
c’est sur ces aspects que l’on s’appuie souvent pour le définir. Tout ceci est tout à fait
vrai. Mais cela ne suffit pas pour expliquer le mobutisme.
Celle-ci était le point d'appui obligatoire pour la domination étrangère dans les conditions
historiques nouvelles. Car l’issue de la deuxième guerre mondiale avait modifié le rapport de
forces sur le plan international. Les intérêts de la haute finance occidentale ne pouvaient plus
qu’agir sous des masques des colons noirs, qu’ils paient en tant que intermédiaires, pour réaliser
leurs [Link]ème néocolonial d’exploitation au service des puissances occidentales. Voilà
ce que c’est le mobutisme.
Il est vrai que cette grande bourgeoisie indigène s’est développée en opprimant le peuple et en
utilisant à son profit l'appareil d'Etat pour s'attribuer des revenus considérables, tant légaux
qu'illégaux. Mais cet enrichissement scandaleux des mobutistes n’était que le prix que les
groupes financiers de l’Occident devaient payer pour rendre possible le néocolonialisme : ces
groupes avaient besoin des colons noirs par qui passer pour camoufler l’exploitation économique
des Congolais. Quant à l’oppression politique, elle était un moyen pour imposer cette exploitation.
Pour sa part, l’idéologie du mobutisme, qui s’appelait « authenticité », ne servait qu’à aveugler le
peuple pour qu’il ne voit pas ce qui se passait devant ses yeux : la liaison abominable entre les
mobutistes et la haute finance occidentale qui étranglait le Zaïre.
Il est indispensable de tracer le tableau d’ensemble du mobutisme. Un tableau dans lequel il faut
intégrer tous les éléments et toutes les données de ce système : crimes, idéologie,
fonctionnement, appuis extérieures, etc. Il ne faut pas traiter ces données d’une manière isolée
pour en tirer des conclusions. Car le mobutisme a plusieurs aspects. Cela implique que, pour le
comprendre, il faut tenir compte de sa complexité. Une analyse qui n’en tient pas compte, conduit
inévitablement à l’erreur. Car la complexité d’un phénomène permet toujours de trouver des
données et des éléments isolés pour appuyer n’importe quelle thèse. Malheureusement, nous
adoptons souvent cette démarche dans nos analyses. Le Bureau d’étude pour le Congo (BEC)
tient à rompre avec cette démarche erronée.
Dans cette rubrique, il veut donc apporter sa contribution à la connaissance du mobutisme sous
tous ses aspects. Le but est donc de tracer le tableau d’ensemble du mobutisme avec toutes ses
données, dégager le lien interne qui existe entre toutes ces données. Ce travail exige une
démarche scientifique. Celle-ci tient à ce que l’on parte des faits objectifs et crédibles pour
déterminer – par une méthode d’analyse rigoureuse – l’essence cachée du phénomène étudié.
C’est un travail complexe et difficile. Mais il est d’une nécessité cardinale dans la lutte du peuple
congolais pour sa liberté. Car on ne combat pas victorieusement un ennemi que l’on connaît très
mal. Pour donc vaincre les malheurs qui s’abattent sur le peuple congolais, il faut intégralement
les connaître dans leur complexité, c’est-à-dire sous tous leurs aspects.
pour le BEC,
Mani Junior Kisui
Table de matière du dossier "le système criminel mobutiste"
0) Introduction
• Introduction et synthèse
• a) La situation : comme si la guerre civile avait fait rage pendant plus de trente ans
• b) Néo-colonialisme et accentuation du sous-développement (1965-1990)
• [Link] minière
• b.2. Production manufacturière
• b.3. Transports
• b.4. Industrialisation
• b.5. Agriculture
• b.6. Autarcie
• b.7. Emploi
• b.8. Qualification
• b.9. Salaire
• b.10. Santé et Education
• b.11. Inflation
• c) La cause : la domination étrangère par l’intermédiaire de la bourgeoisie
mobutiste corrompue
• c.1. Les dettes : l'emprise des banques internationales
• c.2. La dégradation des termes de l'échange
• c.3. L’industrialisation de la prédation
• c.4. Une gestion qui amplifie la gabegie
Nous faisons appel à tous nos lecteurs de nous envoyer des propositions de textes pour
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pour le BEC,
Mani Junior Kisui
Ensemble avec les agents rwandais, ils dominent le RCD-Rwanda : l'ancien bras
droit de Mobutu, Banza Mukalay, était au gouvernement pour le RCD,
Ondekane, MPR-FAZ, était ministre de la Défense, Joseph Mudumbi, MPR et
membre du noyau dur pro-rwandais, gérait le Portefeuille.
Il faut aussi remarquer que tous les acolytes de Mobutu ne sont pas encore
rentrés sur la scène. Mais certains s’agitent exceptionnellement ces derniers
temps pour réussir un retour en force. C’est le cas de Honoré N’gbanda –
ancien bras droit du marechal-dictateur. Comme vous le savez, N’gbanda, à la
recherche d’une virginité politique, vient de publier son dernier livre. Terminator
veut rentrer dans l’arène politique en trompant la vigilance des Congolais.
Tout en unissant ces différentes fractions des colons noirs, Mobutu jouait aussi
avec leurs rivalités internes pour se maintenir au sommet de cette grande
bourgeoisie congolaise. Mais à la fin de la décennie 80, l’équilibre a été modifié
par des changements importants intervenus dans le monde : chute du mur de
Berlin, crise économique, haine du régime accumulée par le peuple etc.. Ce qui
a fait que, entre 90 et 1996 – période marquée par la Conférence Nationale
Souveraine – cette grande bourgeoisie comptait modifier simplement la forme de
sa domination et sa dictature sur les travailleurs et les paysans. Cette
modification consistait à passer d'un pouvoir fort, sous l’autorité d’un individu, à
un régime de démocratie néo-coloniale. C’est-à-dire une oligarchie où les
membres de cette bourgeoisie inféodée à l’Occident doivent alterner au pouvoir.
Remaniement, 23 avril1981.
Nsinga Udjuu, Premier commissaire d'Etat.
Conseil Exécutif du 5 novembre 1982.
Mobutu, Défense;
Kengo Wa Dondo, Premier commissaire d'Etat;
Munongo Mwenda M'siri, Administration du territoire;
Kamanda wa Kamanda, Affaires étrangères;
Vunduawe Te Pemako, Justice;
Kande, Information;
Namwisi, Finances;
Nyembo, Economie;
Kamitatu, Agriculture;
Pay Pay, Portefeuille;
Mabika Kalanda, Recherche scientifique;
Mozagba Nguka, Santé;
Bokana w'Ondangela, Plan.
(sources : Congo 1960, tome II, p. 885, Crawford Young: Introduction à la politique congolaise,
Congo 1964, p. 190, Congo 1965, p. 357, p. 420, Congo 1966, p. 32, Congo 1967, p. 79,
Progrès, 7 mars 1969, Courrier Africain, 2-3 août 1969 et Martens Ludo, : Le régime mobutiste,
ses maîtres d’œuvre, son idéologie.)
III) Mobutisme : Un système néocolonial
• Introduction : du temps de la colonisation belge
• a) Indépendance formelle ou indépendance réelle, démocratie populaire ou
démocratie néo-coloniale ?
• b) L’installation du mobutisme par les Etats-Unis, la Belgique et les mercenaires
foncièrement fascistes
b.1. Instauration du régime néo-colonial et insurrection populaire (1961-1965)
b.2. Démocratie néo-coloniale
b.3. Conclusion
• c) Discours et idéologie mobutistes camouflant le néocolonialisme : de la "Nation
menacée par la politicaille" à "l'authenticité".
L'Etat indépendant du Congo, devenu le Congo belge en 1908, a été conquis et pacifié, morceau
par morceau, par les armes. Dans son Congo, Léopold II a établi un régime autocratique, dont il
a admirablement exprimé les traits essentiels dans une lettre officielle du 3 juin 1906: «Le Congo
a donc été et n'a pu être qu une oeuvre personnelle. Or, il n'y a pas de droit plus légitime et plus
respectable que le droit de l'auteur sur sa propre oeuvre. (...) Mes droits sur le Congo sont sans
partage; ils sont le fruit de mes propres peines et de mes dépenses.» (1)
Une fois les réseaux administratifs et militaires étendus sur l'ensemble territoire, toute résistance
d'une population morcelée par des structures traditionnelles était rendue fort difficile. Le plus
souvent, une résistance diffuse s'exprimait sous des formes religieuses. Les rares fois qu'une
résistance physique fut opposée au colonisateur, comme dans la région de l'entre Lutshima-
Kwilu en 1931, la réaction fut terrible : une expédition punitive de la Force publique a laissé 4.000
morts dans les villages essentiellement pende.(2)
Toute activité politique était interdite à la population congolaise, et ce jusqu'à 1958. L'esprit
autocratique de la colonisation belge s'exprime aussi dans le fait qu'elle a réussi à empêcher
l'entrée d'écrits marxistes dans le Congo belge.
Entre 1939 et 1944, la production du cuivre montait de 122.600 à 165.500 tonnes, celle de l'étain
de 9.800 à 17.300 tonnes; le caoutchouc grimpait de 1.142 à 12.000 tonnes et le bois atteignait
175.000 m3 à partir d'une production de 75.600 m3.(3) II y avait 543.957 salariés en 1939, mais
déjà 691.067 à la fin de la guerre mondiale en 1944. (4)
La guerre terminée, le gouverneur général Pierre Ryckmans du faire un aveu déconcertant: «Nos
indigènes des villages n'ont pas de superflu ; leur niveau de vie est si bas qu'il doit être considéré
non seulement comme incompressible, mais comme inférieur au minimum vital.(...) Les
populations sont fatiguées de leur dur effort de guerre. Nous ne pouvons leur demander de
soutenir cet effort et moins encore de l'intensifier. La limite est atteinte. » (5)
L'indépendance du Congo, le 30 juin 1960, fut le produit de deux courants historiques opposés.
D'un côté, les masses congolaises, se révoltant contre des décennies d'oppression voulaient
conquérir leur indépendance réelle. De l'autre côté, l'impérialisme belge se proposait de changer
la forme de sa domination et de passer de l'autocratie coloniale à la démocratie néo-coloniale.
La Belgique a permis la création de partis politiques congolais, à partir d'octobre 1958, et elle est
activement intervenue dans ce processus. Elle était confiante qu'une démocratie parlementaire
s'accorderait parfaitement à la prédominance continue de ses intérêts économiques. Les élites
congolaises, fort peu nombreuses, très mal formées, dépendaient complètement de leurs tuteurs
belges. En finançant des partis pro-belges et en leur accordant tout l'appui de l'administration
coloniale et de l'Eglise, la Belgique coloniale pensait pouvoir déterminer l'issue du scrutin du 25
mai 1960. Mais contre toute attente, les formations nationalistes gagnaient les élections avec une
courte majorité de 71 députés sur 137, la majorité étant de 69.(9)
Les masses populaires du Congo — les paysans, les ouvriers et les sans emploi — ont joué le
rôle déterminant dans la lutte pour l'indépendance. Elles ont déclenché la révolte du 4 et 5 janvier
1959, au cours de laquelle 300 personnes périrent sous les balles de la Force publique. Les
paysans et les ouvriers ont refusé de payer les impôts et ils ont boycotté les institutions
coloniales. La plupart des «évolués», par contre, ont adopté une attitude hostile à la lutte ou sont
restés passifs; une minorité a participé à la lutte pour réformer le système. Après l'indépendance,
Lumumba s'est fait le porte-parole du radicalisme paysan et ouvrier, avec des prises de positions
que la plupart des évolués trouvèrent indécentes et provocatrices.
Lumumba disait : «C’est le peuple qui nous dicte, et nous marchons suivant les intérêts et les
aspirations du peuple. L'indépendance, c'est le début d'une vraie lutte. (...) L'indépendance
politique étant conquise, nous voulons maintenant l’indépendance économique. Le patrimoine
national nous appartient. (...)Nous-mêmes, les ministres, nous allons aller dans les milieux
ruraux, nous allons labourer la terre pour montrer au pays comment nous devons faire nos
coopératives. (...)Nous mangeons avec le peuple, nous n avons pas besoin d'argent.(...) Ce n'est
pas en mendiant des capitaux que nous allons développer le pays. Mais en travaillant nous-
mêmes, par nos propres mains, par nos efforts. (...) Le seul slogan pour le moment: le progrès
économique, tout le monde au travail, mobiliser toute la jeunesse, toutes nos femmes, toutes les
énergies du pays. Les cadeaux, on n’apprécie pas. L'indépendance cadeau, ce n'est pas une
bonne indépendance. L'indépendance conquise est la bonne indépendance.» (10) Le
gouvernement Lumumba donnait ainsi expression au radicalisme populaire, faisant de
l'indépendance totale par la mobilisation des masses travailleuses, son mot d'ordre principal.
retour en haut
Bien que le gouvernement Lumumba était arrivé au pouvoir à travers les procédures du
parlementarisme bourgeois, il n'exprimait pas moins l'aspiration des masses à une démocratie
populaire : c'est la mobilisation active et révolutionnaire des masses qui avait permis aux
nationalistes radicaux de gagner les élections. Et cette mobilisation populaire se renforçait à
mesure que l'agression néo-coloniale se développait.
Le 13 septembre, les deux chambres réunies accordaient les pleins pouvoirs au gouvernement
Lumumba, lui permettant de prendre des mesures draconiennes contre tous les ennemis de
l'indépendance. Lumumba sortait du cadre du parlementarisme bourgeois, il appelait l'Armée
Nationale Congolaise et la population nationaliste toute entière au combat contre l'agression
étrangère et contre les sécessionnistes au Katanga et au Sud-Kasaï.
Le 27 novembre, Lumumba prenait la route pour Kisangani où se trouvait le gros des troupes
nationalistes. Il fut arrêté avant d'arriver à destination. Le général Von Horn a déclaré en 1965 :
«A parler franchement, tout le pays aurait pu être mis à feu et à sang, si Lumumba était parvenu
à Stanley ville ».(12) Ici s'exprime clairement la crainte de cet aristocrate, défenseur des intérêts
occidentaux, d'une guerre populaire écrasant les forces néo-coloniales putschistes.
Pour établir l'ordre néo-colonial, 10.000 soldats belges débarquaient en juillet 1960 au Congo. Ils
ont été suivis par les troupes de l'ONU, plusieurs milliers de Marocains, de Tunisiens et
d'Ethiopiens, essentiellement. Et pour imposer à nouveau leur ordre et leur loi, l'Occident et ses
portes-paroles locaux agitaient, comme le fit Léopold II à l'époque, le drapeau des... droits de F
homme. «Lumumba est un dictateur qui nous ramène à l'esclavage», disait Monseigneur
Malula.(13)
Adoula présenta «un gouvernement d'unité nationale» qui prêcha «le retour à la légalité
constitutionnelle» et «la confiance mutuelle, l'union et l'effort commun». Finie la lutte contre
l'impérialisme, il s'agit de «rompre le cercle vicieux de vengeance, de haine, de récriminations».
Pour développer le pays, Adoula en appela avant tout à «l’assistance financière de l'extérieur».
Annonçant la répression qui ne tarda pas à s'abattre sur les forces nationalistes, Adoula affirma :
«le maintien de l’ordre sera une préoccupation essentielle de mon gouvernement». Pour ce faire,
Adoula voulut «réunifier toutes les forces armées sous l'autorité du commandant suprême», c'est-
à-dire de Mobutu, l'auteur du coup d'Etat anti-lumumbiste du 14 septembre 1960! (16)
Dès le 1er janvier 1964, à l'appel de Pierre Mulele, le ministre de l'éducation nationale de
Lumumba, les paysans et les travailleurs se soulevaient sur les deux tiers du territoire congolais.
La majorité de l'armée nationale passait du côté des insurgés. Le Conseil National de la
Libération adoptait un programme rédigé par Léonard Mitudidi et Thomas Mukwidi. Il fixait des
buts précis à l'insurrection populaire : «Reconquérir l’indépendance nationale ; restituer le
patrimoine et les richesses nationales au peuple souverain et travailleur ; rétablir la liberté et la
démocratie nationales ; établir un gouvernement révolutionnaire, national et populaire.»
Le combat était dirigé contre l'impérialisme et contre la réaction intérieure. «Le CNL appelle tous
les Congolais à : secouer le joug de l’impérialisme américain en balayant les agents congolais de
l’oppression yankee ; rompre définitivement avec les traditions rétrogrades et les aliénations
politiques, économiques et philosophiques étrangères. » (17)
Théodore Bengila, le compagnon de lutte de Pierre Mulele, a remarquablement bien fixé le point
de départ de l'insurrection populaire. «Le pays est tombé entre les mains d'une caste qui ne
cherche qu'à s'enrichir d'une manière scandaleuse, rapide, révoltante, impitoyable au détriment
des intérêts réels du peuple qui continue à mourir de faim et à être privé de ses droits essentiels
les plus élémentaires». Après un quart de siècle de mobutisme, cette prise de position de 1963
étonne par sa clairvoyance. On ne saurait mieux décrire le fond commun de la démocratie néo-
coloniale d'Adoula et de Tshombe (1961-1965) et de l'autocratie néo-coloniale de Mobutu (1965-
?).
La conclusion que formulait Bengila, elle non plus, n'a rien perdu de son actualité : «Il va de soi
que nos frères réformistes, traîtres, qui servent d'intermédiaires aux compagnies, sociétés
capitalistes et qui constituent directement ou indirectement le support d'une politique étrangère
quelconque, incompatible avec les intérêts nationaux, doivent subir les rigueurs de notre lutte
d'affranchissement total, sous la direction d'un pouvoir populaire et démocratique.(...) C'est un
leurre, voire une utopie que de croire que la décolonisation totale et réelle puisse se réaliser sans
casse. L'histoire de l'humanité nous le prouve avec éloquence.» (18)
Sur le territoire où la révolution populaire établissait son pouvoir, des tribunaux populaires étaient
organisés pour juger et, éventuellement, condamner à mort, les responsables du gouvernement,
de l’administration, des forces de répression et du secteur économique qui avaient livré le Congo
aux forces étrangères et persécuté, torturé et assassiné des nationalistes.
L'insurrection paysanne de 1964-1965 aurait triomphé sur tout le territoire national, sans
l'intervention militaire de l'armée belge et des mercenaires sud-africains, allemands, espagnols,
britanniques, soutenus par l'aviation américaine. Et à nouveau, on a vu accourir au Congo, du
monde entier, la racaille fasciste, hurlant sa haine des nationalistes africains au nom... des droits
de l'homme ! Le nazi Siegfried Müller, par exemple, affirme s'être rendu au Congo pour
combattre les «rebelles anthropophages» (!) qui exterminaient «l’élite congolaise. Leurs victimes
étaient dépecées, éventrées, le coeur servant ensuite d'aliment rituel.» L'ex-lieutenant de la
Wehrmacht qui a participé à la campagne de Stalingrad, a voulu délivrer le Congo des «fauves
affamés de sang».(19)
Ainsi, les «droits de l'homme pro-impérialiste» ont, une troisième fois, servi de justificatif à des
massacres à grande échelle, commis par les forces interventionnistes. Il s'agissait de priver le
Congo de son indépendance et d'écraser dans le sang un pouvoir populaire naissant. Avec la
franchise du tueur professionnel, le nazi Müller nous expose sa conception de la guerre au
Congo: «Ici, je considère comme ennemi tous ceux que je ne connais pas.(!) En brousse, il
devient absolument indispensable de détruire physiquement l’adversaire. » (20)
Après la victoire sur l'insurrection paysanne, le chef des mercenaires-défenseurs des droits de
l'homme, le colonel sud-africain Mike Hoare déclara : «Tuer des communistes, c'est comme tuer
de la vermine. Tuer des nationalistes africains, c'est comme tuer des animaux. Je n'aime ni les
uns, ni les autres. Mes hommes et moi-même avons tué entre 5.000 et 10.000 rebelles congolais.
Mais cela ne suffit pas. Il y a 14 millions de Congolais, vous savez, et je suppose qu'environ la
moitié d'entre eux ont été des rebelles.» (21) retour en haut
Cette grande bourgeoisie se réservait le droit d'instaurer un régime militaire, dès que ses intérêts
étaient menacés. «Lorsque (…) le fonctionnement régulier des institutions de la République ou
d'une province est interrompu, le Président de la République proclame l'état d'urgence. Il prend
alors les mesures urgentes nécessaires pour faire face à la situation.» (article 97) II faut dire
qu'au moment de la rédaction de ce texte, la province du Kwilu vivait sous l'état d'exception,
instauré le 18 janvier 1964 : c'était le retour de l'autocratie léopoldienne avec un commissaire
extraordinaire détenant les pouvoirs civils et militaires et des cours martiales passant
immédiatement par les armes les condamnés à mort.(23) Ce régime s'étendit bientôt sur la
majeure partie du territoire national. L'armée néocoloniale, entraînée à partir de 1963 par des
officiers belges, américains, israéliens et italiens, protégeait par la terreur les intérêts belges et
ceux de la grande bourgeoisie congolaise.
La constitution dénia, bien sûr, à la population le droit à l'autodéfense. «Nul ne peut organiser
des formations militaires, paramilitaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée
ou subversive. » (article 159)
Dans ce cadre de la dictature néo-coloniale, la constitution accordait les droits traditionnels de la
démocratie bourgeoise aux citoyens. «La liberté de presse est garantie à tous les Congolais».
(article 26) A condition, évidemment, qu'ils en aient les moyens financiers et qu'ils ne «profitent»
pas de la «liberté» pour fomenter une rébellion contre l'ordre établi. «Tout Congolais a le droit de
créer un parti politique ou de s'y affilier». (article 30) A condition que ce parti accepte d'opérer
dans les limites de l'ordre néo-colonial.
Puis, comme toutes les constitutions bourgeoises, celle de Luluabourg comptait maintes
stipulations hypocrites qui seront foulées aux pieds dès que les intérêts de la grande bourgeoisie
et de l'armée l'exigeaient. «Toute personne a droit au respect et à la protection de sa vie et à
l’inviolabilité de sa personne ». (article 14) Mais bientôt les mercenaires et les tueurs de l'ANC
massacraient à coeur joie. «Aucune troupe étrangère ne peut occuper ni traverser le territoire de
la République si ce n est en vertu d'une loi nationale», (article 162) Mais bientôt le colonel
Vandewalle commandait l'Armée «Nationale» Congolaise et les mercenaires sud-africains se
comportaient, de l'aveu du major Müller lui-même, «comme des soldats en pays ennemi» (!)(24)
La constitution de Luluabourg et celle de Mobutu sont issues du même milieu politique. Les deux
documents expriment les intérêts de la même classe sociale et de ses protecteurs étrangers.
Tshisekedi a participé en tant que technicien à la rédaction de la constitution de Luluabourg ; il
est l'auteur principal de la constitution de Mobutu. A Luluabourg, la commission constitutionnelle
a été présidée par Joseph Iléo, assisté de M. Lihau. Les hommes fort du «syndicalisme libre» y
ont joué un rôle important : Bo-Boliko, Kithima et Siwa. Bomboko et Takizala y ont pris
longuement la parole. Nous retrouvons tous ces hommes à des positions dirigeantes du MPR
lors de son premier congrès, le 21 -23 mai 1972.(26) retour en haut
b.3. Conclusion
Le coup d'Etat de Mobutu, le 24 novembre 1965, fut le couronnement de l'action armée,
entreprise essentiellement par les mercenaires sud-africains, les gendarmes katangais et les
armées belges et américaines pour «pacifier» le Congo. Contre des paysans et des ouvriers
armés de lances, de machettes et d'arcs, les armes à feu les plus modernes, y compris celles de
la force aérienne, ont été utilisées.
Les forces nationalistes et révolutionnaires, qui représentaient les intérêts des paysans, des
travailleurs et des patriotes, ont été noyées dans le sang. Mais à peine les classes travailleuses
furent-elles soumises, à peine les organisations révolutionnaires détruites, que Mobutu
s'appropriait une grande partie de leur discours révolutionnaire, afin de compléter la terreur
politique par la mystification et la démagogie politiques.
Mobutu, l'homme qui renversa le gouvernement nationaliste de Lumumba par son premier coup
d'Etat du 14 septembre 1960, l'homme de la CIA et le porte-parole des intérêts belges et
américains, pérorait sur le nationalisme congolais : «Pour nous, les mots colonialisme, néo-
colonialisme, impérialisme et autres néologismes qui gardent tout leur sens ailleurs, ont disparu
de notre langage. Car nous pouvons le dire, militantes et militants, au Zaïre, nous sommes
complètement maîtres de nos destinées.» (29)
Mobutu, le principal responsable de l'assassinat de Lumumba, l'homme qui a fait abattre des
dizaines de milliers de paysans lumumbistes, s'efforça de détourner l'héritage de Lumumba au
profit de la dictature néo-coloniale qu'il venait d'instaurer: «Gloire et honneur, s'écria Mobutu, à
cet illustre Congolais, à ce grand Africain, premier martyr de notre indépendance économique :
Patrice Emery Lumumba. Parce qu'il avait compris que l’indépendance politique ne vaut rien si
elle ne repose pas sur une véritable indépendance économique (...) parce que son discours
sonnait le glas du colonialisme, Lumumba tomba, victime des machinations colonialistes.» (30)
Les masses populaires étant défaites et leurs organisations révolutionnaires éliminées, Mobutu
pouvait instaurer une forme de démocratie assez large parmi toutes les forces bourgeoises et
rétrogrades qui acceptaient de situer leur activité dans le cadre du MPR, structure garantissant
les intérêts, tant des multinationales, que de la grande bourgeoisie compradore et
bureaucratique.
Aussi, Mobutu pouvait-il dire aux centaines de participants au congrès du MPR, en 1972 : «Vous
êtes démocrates, par cela même qu'au sein de ce congrès, ou à l'assemblée nationale, ou dans
les instances du parti, vous exercez la démocratie en vous exprimant librement.» (31)
. retour en haut
Le 24 novembre 1965, Mobutu réalise son deuxième coup d'Etat. Dans la mythologie mobutiste,
cette date marquera l'ère nouvelle, la véritable naissance de la Nation. Le Haut-Commandement
publia à cette occasion une déclaration dont voici l'essentiel.
"Dès l'accession du pays à l'indépendance, l'Armée nationale congolaise n'a jamais ménagé ses
efforts désintéressés pour assurer un sort meilleur à la population. Les dirigeants politiques, par
contre, se sont cantonnés dans une lutte stérile pour accéder au pouvoir sans aucune
considération pour le bien¬être des citoyens de ce pays. "(57)
"L'existence même de la Nation était menacée. De l'intérieur par les conflits stériles des policiens
qui sacrifiaient le pays à leurs propres intérêts. S'emplir les poches, exploiter le Congo et les
Congolais, telle semblait être leur devise. Ceux qui détenaient une parcelle de pouvoir se
laissaient corrompre. Que pouvait fatre le Haut-Commandement de l'Armée? Rien d'autre que ce
qu'il a fait: balayer la politicaille. "(58)
"L'Armée nationale congolaise, gardienne de la sécurité des biens et des personnes tant
congolaises qu'étrangères, continuera à la garantir. Le Haut-Commandement espère que le
peuple congolais lui en sera reconnaissant, car son seul but est de lui assurer la paix, le calme, la
tranquillité et la prospérité." "Le colonel Mulamba est chargé de former un gouvernement
représentatif d'Union nationale." "La décision que nous avons prise aujourd'hui n'est ni un coup
de force ni un coup d'Etat".(59)
Commençons par cette belle image de l'Armée désintéressée servant humblement les pauvres...
En réalité, quelques semaines à peine après l'accession du Congo à l'indépendance, Mobutu
s'était efforcé de former, avec l'aide du général marocain Kettani, de l'ONU, des formations
militaires fidèles à sa personne. Il a refusé de mener le combat contre les troupes
interventionnistes étrangères qui occupèrent le Congo, mais il s'est occupé des préparations du
renversement du gouvernement légal. Dès 1960, l'Armée nationale congolaise s'est manifestée
comme une force anti-Iumumbiste et anti¬nationale.
En 1961, Adoula se vit obligé de déclarer: "Brutaliser, piller, violer et assassiner, là ne sont pas
les tâches d'une armée qui se veut digne. " (60) Dès 1963, l'Armée, réorganisée par les
Américains et les Belges, se mit à terroriser les populations sous le couvert de l'état d'urgence.
En 1964-1965, l'ANC se spécialisa à exécuter, par centaines et par milliers, des présumés
"rebelles" sans armes que les mercenaires et les troupes belges avaient arrêtés...Le mensonge
de Mobutu à propos d'une armée soucieuse du bien-être et de la paix, faisant, de 1960 à 1965,
des efforts désintéressés pour la population, était trop criant; et pourtant, des nationalists et des
lumumbistes, en intégrant les rangs de la grande bourgeoisie, aideront à répandre ce mythe.
On peut noter qu'une des sources d'inspiration de l'idéologie mobutiste est indéniablement la
conception fasciste de la "révolution nationale". La tirade de Mobutu contre "la politicaille" semble
copiée d'Europe magazine, hebdomadaire fasciste bien coté chez les colons. Un auteur fasciste
expose ainsi sa critique des partis politiques: "Chaque parti, chaque coterie au sein d'un parti
était l'instrument, non pas du Bien Commun mais d'un ensemble d'intérêts particuliers.
L'incompétence, l'irresponsabilité, la pratique du compromis et les moeurs de la camaraderie
parlementaire, l'ingérence des clubs d'irresponsables dans les attributions du Pouvoir, la
soumission de celui-ci à des puissances occultes ou à des mafias financières, l'intervention de
l'étranger dans la vie intérieure du pays, la corruption, la constitution du personnel parlementaire
en une caste de politiciens professionnels, tout cela était monnaie courante."(61)
La politique d"'union nationale", lors de l'instauration de la dictature mobutiste, impose l'unité des
différentes fractions de la grande bourgeoisie sous la houlette du dictateur; elle met fin à la lutte
politique ouverte qui décidait jusqu'à présent quelles fractions de la bourgeoisie auraient la part
prépondérante dans le pillage de l'Etat. Cette lutte politique créa de l'instabilité pour toute la
classe bourgeoise. Tous les grands bourgeois jouiront désormais de la stabilité, mais leurs
chances d'un enrichissement accéléré dépendront désormais en grande partie du bon vouloir du
dictateur.
Mobutu rend hommage aux victimes oubliées du 4 janvier 1959. A l'époque, la grande majorité
des évolués, entre autres tous ceux qui entourent Mobutu sept années plus tard, avait dénoncé la
révolte insensée et destructrice des chômeurs de Léopoldville. Un rapport des autorités
coloniales disait: "Des évolués déplorent l'agitation qu'ils déclarent uniquement entretenue par
des éléments irresponsables".(63)
Mais l'hommage aux victimes du 4 janvier 1959 sert ici à faire oublier les victimes, cent fois plus
nombreuses, des forces interventionnistes venues écraser, en 1964-1965 l'insurrection populaire.
Mobutu s'apitoie sur un massacre de l’époque coloniale pour mieux justifier les massacres de
l’époque néo-coloniale.
Mobutu, l'homme qui porte la responsabilité principale dans l'élimination physique de Lumumba
(c'est lui qui l'a renversé par le coup d'Etat du 14 septembre, c'est lui qui a donné l'ordre de
donner la chasse à Lumumba, le 15 décembre 1960, c'est lui qui l’a envoyé à la boucherie
katangaise de monsieur Tshombe), pousse l'effronterie jusqu'à déclarer sa victime héros
national!
Le premier but de cette mystification était de dérouter les masses lumumbistes qui avaient un
attachement profond pour l'oeuvre du martyr de l'indépendance; mais, la plupart des dirigeants
révolutionnaires étant éliminés, la conscience politique des masses restait embryonnaire.
Le deuxième but était de transposer l'admiration des masses pour Lumumba, sur lui-même,
Mobutu, présenté comme le continuateur du combat contre les monopoles étrangers, pour
l'indépendance économique. Ce transfert du prestige de Lumumba sur son assassin, sera
complet lorsque ce dernier se proclamera Père de la Nation et fera débuter la construction de la
Nation au 24 novembre 1965, poussant Lumumba et le 30 juin 1960 dans l'oubli.
Certains interprètent les attaques de Mobutu contre les "monopoles étrangers", contre les
"puissances de l'argent, contre les "groupes d'affaires qui exploitent honteusement nos
richesses", comme la manifestation d'une tendance de gauche et populiste au sein du
Mobutisme. Il est plus indiqué de voir dans ces attaques "anti-capitalistes" une symétrie avec la
démarche de l'idéologie fasciste.
Tous les mouvements fascistes se caractérisent, entre autres, par une violente démagogie anti-
capitaliste, dont le but est d'empêcher que les masses rejoignent les partis communistes qui
luttent effectivement contre le fléau capitaliste. Ainsi, dès l'installation de l'ordre fasciste en
France, en 1940, on lira: "L'économie libérale a fait faillite. Qu'on le veuille ou non, le capitalisme,
régime économique, doit disparaitre".(64) Un idéologue du fascisme en Belgique écrit sous le
régime nazi: "Les dirigeants des trusts et des cartels, des banquiers le plus souvent, essayaient
de rationaliser l'économie, mais le capitalisme était toujours dominé par la loi exclusive du profit.
Rationaliser, c'était écraser les plus faibles, mettre hors jeu les entreprises réfractaires à
l'emprise de la Finance et concentrer entre quelques mains une monstrueuse puissance
économique et sociale".(65)
Mobutu s'en prend à nouveau à la "politicaille" parce qu'elle s'entourait de conseillers étrangers
occultes. Or, il est bien connu que Mobutu, le militaire intègre, travaillait, avant l'indépendance et
de façon beaucoup plus clandestine, pour la Sûreté belge avant de passer, en 1960, à la CIA.
Dans les premiers mois de l'indépendance, le colonel belge Marlière fut son conseiller militaire;
ensuite, le général marocain Kettani devint le conseiller principal de Mobutu et l'inspirateur de
son coup d'Etat du 14 septembre. Par la suite et jusqu'aux opérations de l'armée belge en 1964-
1965, le colonel Marlière reprit sa place de guide auprès de Mobutu.(66)
"Le MPR veut faire du Congo un pays réellement indépendant. Sa doctrine est le nationalisme.
Depuis le 25 novembre 1965, une révolution digne de notre grande nation s'opère au Congo. Le
MPR entend qu'elle puisse s'effectuer: dans le respect des libertés démocratiques, dans
l'exaltation des valeurs du pays dans le domaine intellectuel et culturel, par l'union de tous les
Congolais pour la force et la grandeur de la République.
(A) Le MPR, organisation démocratique, assurera la participation active, directe ou indirecte, de
chacun à la discussion publique des problèmes de la vie commune.
(B) L 'homme congolais ne demandait qu'à retrouver un ordre, un chef et une vision claire de
l'avenir. Le général Mobutu reprenait alors le pays en main. Il restaurait le prestige national et
l'autorité de l'Etat.
L'autorité de l'Etat ne peut être contestée; le pouvoir ne recule pas devant les groupes, qu'ils
soient d'intérêt ou d'opinion. Le système présidentiel affirmera son autorité sur tous et dans tout
le pays. "
(C) Le MPR veut "une économie organisée fonctionnant sous le contrôle et au bénéfice de la
collectivité." "Révolution dans le monde du travail. Ouvriers, employés ou agriculteurs, tous ceux
qui produisent sont également nécessaires à la Nation. "
(0) "Cette révolution est faite dans une optique congolaise, sans référence à des penseurs
étrangers. Elle répudie aussi bien le capitalisme que le communisme." (Ailleurs, Mobutu dira:
"Nous avons répudié aussi bien le capitalisme impérialiste que le communisme totalitaire, car
notre humanisme se suffit à lui-même. "(68))
(E) "Le MPR proclame que son but est de libérer les Congolais de toutes les servitudes et
d'assurer leur progrès en édifiant une république vraiment sociale." "Aucun jeune Congolais ne
doit pâtir de l'insuffisance des moyens d'enseignement. Un effort doit être fait pour que tous les
jeunes du pays obtiennent les mêmes chances. "
Le MPR prétend qu'il fera du Congo un pays réellement indépendant. Or, les forces qui avaient
lutté avec le plus d'abnégation et de ténacité contre le colonialisme, furent les masses paysannes
et travailleuses. Ce sont elles qui ont déclenché la révolte du 4 janvier 1959 à Kinshasa et qui
ont, dans les mois suivants, organisé le boycott des taxes. Ce sont elles qui ont déclenché
l'insurrection populaire de 1964-1965 dirigée contre la consolidation du régime néo-colonial. En
écrasant dans le sang ces masses, Mobutu a détruit la base de toute politique d'indépendance.
(C) Le fascisme, qui étouffe la lutte de classes des travailleurs dans le sang, promet de
développer l'économie "pour le bien de tous", "pour le bien commun"; de pareilles promesses
démagogiques sont d'ailleurs faites à toutes les fractions de la bourgeoisie. "Le fascisme prône
"une économie dirigée, subordonnée au Bien de la communauté". "Par la révolution
contemporaine, le travaif retrouve une valeur humaine. Tout homme qui travaiffe d'une façon
quelconque est considéré comme un serviteur de la communauté et traité comme tel". (73).
(D) A ceux qui ne connaissent pas l'histoire des luttes politiques des années trente et quarante, le
slogan "ni droite ni gauche", ou "ni capitalisme, ni communisme", peut paraître raisonnable et
équitable. Rien n'est moins vrai. il s'agit d'un des principaux mots d'ordre du fascisme, le
mouvement le plus à droite et le plus sanglant que le monde ait connu! Le fasciste français Thiery
Maulnier déclarait: "Nous ne croyons ni au capitalisme qui crée la lutte de classes, ni au
socialisme qui l'exploite, ni à la droite, ni à la gauche, tyrannies antagonistes, peut-être, mais
également haïssables" (74)
Les fascistes, qui sont des partisans de la dictature terroriste du grand capital, viennent en
général au pouvoir au milieu de grandes crises économiques et sociales. Pour entraîner les
masses désespérées, ils doivent faire des discours contre l'exploitation et le capitalisme (ni
droite). tout en menant un combat sanglant contre les communistes (ni gauche). Un des
penseurs fascistes belges écrit: "Ni communisme, ni ploutocratie capitaliste. Vouloir conformer
l'homme à des fantasmes idéologiques, c'est le communisme avec son train de vexations et de
cruautés. Les capitalistes financiers aussi ont tout à craindre d'un régime populaire et autoritaire."
(75)
(E) Une des principales tactiques du fascisme, qui écrase impitoyablement les organisations de
gauche, consiste à s'emparer des mots d'ordre de la gauche, qui expriment l’espoir des masses
opprimées à une meilleure vie. Le but est de désorienter les masses qui suivaient les dirigeants
de gauche. Ainsi un auteur fasciste écrit: "Le national-socialisme humanise l'économie et rend à
la production des richesses sa destination naturelle qui est d'embellir la vie de l'homme et de
favoriser son développement au sein de la communauté. L'ordre nouveau affirme la primauté du
travail, la satisfaction des besoins par une production utile. La révolution met fin à l'exploitation de
l'homme par l'homme. "
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NOTES :
(1) Lois en vigueur dans l’Etat Indépendant du Congo, Bruxelles, 1905, pp.109-1,109-2.
(2) Sikitele Gize : Racines de la révolte pende de 1931, dans Etudes d'histoire africaine,
V-1973, p.99-153.
(3) Congo-Nil, Guide du Congo belge, 1948-1949, éd. Van Assche, Bruxelles, p.289.
(4) Remarques congolaises, 1966, p. 102
(5) Ryckmans P., Discours 5 juillet 1946, in Etapes et Jalons, Bruxelles 1946, pp.205-206.
(6) Medda F: A l'ombre des bananiers, coll. Permanences poétiques, Bruxelles 1973, p.117.
(7) De Buck Jean-Marie: Jacques de Dixmude, coll. Durendal, Paris-Bruxelles 1933, p. 48-49
(8) Cayen, major : Au service de la Colonie, éd Jean Dewit, Bruxelles 1938, p.26-27
(9) Ganshof Van der Meersch, Congo mai-juin 1960, Rapport du ministre..., Bruxelles 1960,
pp.94-95.
(10) Congo1960, tome II, p.593-594, conférence du 9 août 1960.
(11) von Horn Karl, Soldat de la paix, éd. de la Cité, 1966, Paris, p. 194.
(12) Ibidem, p. 236
(13) Courrier d'Afrique, 19 juillet 1960, p.1.
(14) Heinz et Donnay, Les cinquante derniers jours de Lumumba, Bruxelles 1976, p.35
(15) Chronique de politique étrangère, IRRI, Bruxelles, XV, 4-6, p. 672.
(16) Congo 1961, Déclaration gouvernementale Adoula, p. 422-4429.
(17) Martens Ludo, Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba, éd EPO, Anvers, 1985,
p. 163-164.
(18) Ibidem, p. 136 ; Message du PSA, de Théodore Bengila, 9 juin 1963.
(19) Müller Siegfried, major, Les nouveaux mercenaires, éd France Empire, 1965, p.179, 184 et
112.
(20) Ibidem, p. 55 et 92.
(21) Congo 1965, p. 457, déclarations à l'AP, 14 décembre 1965.
(22) Les cents jours de Luluabourg: un point de vue syndical sur le texte de la Constitution, 1964,
Texte intégral, p.135-191.
(23) Congo 1964, p. 17 et 22.
(24) Müller, [Link]. p. 120.
(25) Congo 1967, p. 58.
(26) MPR, Premier congrès ordinaire, Documents, éd. Direction du bureau politique, p.155-186;
Les cent jours de Luluabourg, p. 35 et 45
(27) MPR, premier congrès...p. 19.
IV) Bilan de la gestion de l'économie de notre
pays
par les grands "experts" mobutistes
• Introduction et synthèse
• a) La situation : comme si la guerre civile avait fait rage pendant plus de trente ans
• b) Néo-colonialisme et accentuation du sous-développement (1965-1990)
• [Link] minière
• b.2. Production manufacturière
• b.3. Transports
• b.4. Industrialisation
• b.5. Agriculture
• b.6. Autarcie
• b.7. Emploi
• b.8. Qualification
• b.9. Salaire
• b.10. Santé et Education
• b.11. Inflation
• c) La cause : la domination étrangère par l’intermédiaire de la bourgeoisie
mobutiste corrompue
• c.1. Les dettes : l'emprise des banques internationales
• c.2. La dégradation des termes de l'échange
• c.3. L’industrialisation de la prédation
• c.4. Une gestion qui amplifie la gabegie
• Notes
Introduction et synthèse
Après cette période de 40 années de déstruction, la majorité des barons mobutistes ont
collaborés depuis le 2 août 1998 avec les forces de l'agression qui a créee une situation encore
plus pénible pour le peuple congolais.
Les criminels au pouvoir sous le mobutisme triomphant tentent aujourd’hui de peindre une belle
image du mobutisme. Les chiffres nous prouvent le contraire : alors que le Zaïre mobutiste se
trouvait dans un rapport de forces avantageux au niveau international, les criminels qui ont fait le
mobutisme ont ruiné le pays !
Or, aujourd'hui les Kengo, N'Gbanda, Tambwe Mwamba, Kinkeyi Mulumba et autres grands
cadres de la dictature mobutistes ont pris l'habitude de se présenter comme des grands experts.
Des hommes qui ont la sagesse et l'expérience des affaires d'Etat.
Mais leur l'arrogance et le mépris avec laquelle ils parlent de Mzee Laurent D ésiré Kabila et du
Président Joseph Kabila, sont fortement déplacé[Link] de dresser un bilan complèt nous
citons quelques chiffres signifiantes qui démontrent comment toutes ces personnages lugubres
ont collaboré à la destruction complète de l'économie et des infrastructures de notre pays.
Lors de son second coup d’Etat, le 24 novembre 1965, a concentré tout le pouvoir dans ses
mains comme un Léopold II du vingtième siècle. Il a pris le pouvoir dans une période où les
rapports des forces évoluaient favorablement au Tiers Monde, grâce aux luttes anti-impérialistes
et populaires qui déferlaient du Vietnam jusqu’aux pays arabes et en Amérique latine. Les pays
du Tiers Monde producteurs de matières premières se sont coalisés pour arracher des prix plus
élévés.
Les revenus du Congo mobutiste augmentaient considérablement.
Mobutu s’est lancé dans des projets de « développement » gigantesques et peu réfléchis qui
avaient l’avantage qu’ils permettaient de beaucoup détourner…
• Entre 1965 et 75, Mobutu a dépensé 1,5 milliards de FF pour la sidérurgie de Maluku qui
n’a jamais démarré réellement. Mais elle a permi de détourner beaucoup de fonds…
• Inga I a coûté 1,3 milliards de FF, Inga II avait déjà coûté 4 milliards de FF en 1983 et à
la même date la ligne Inga-Shaba avait demandé 7 milliards de FF…
• La Banque Mondiale écrit en 1982 : « Entre 1972 et 74, le Zaïre a contracté de lourds
emprunts extérieurs à des conditions peu favorables et pour des projets d’un intérêt
douteux ». C’est dire que l’intérêt réel, pour les mobutistes, était la possibilité de
détourner de grosses sommes…
• Le mobutisme a été une catastrophe pour le Congo, mais une aubaine pour la grande
bourgeoisie compradore qui a volé à pleines mains. C’est ce que doit avouer même la
Banque Mondiale ! Elle écrit : « Bien que le Zaïre était au cours des années 70 un des
pays les plus stables politiquement en Afrique, l’impact combiné de facteurs internes et
externes fut telle que la performance de son économie se rapproche de celle de pays qui
ont été sévèrement affectés par des conflits civils et-ou par une instabilité aiguë ». En
clair : « l’unité et l’ordre » mobutistes ont eu les mêmes conséquences ravageuses
qu’une instabilité grave et une guerre civile…
a) La situation : comme si la guerre civile avait fait rage pendant plus de trente ans
Les témoignages alarmants sur la destruction d'une nation et la dégradation physique et morale
de tout un peuple sous le mobutisme triomphant, ne manquent pas. Mais on pourrait leur objecter
un ton trop subjectif. Car «L'absence de données fiables reste un sérieux problème au Zaïre »
(1), écrivait la Banque Mondiale. Les autorités zaïroises avaient donc perdu le goût des
statistiques à tel point qu’il était devenu impossible de les guérir de cette maladie dangereuse.
Quant aux informations données par des sources internationales, les chiffres peuvent changer
d'une source à l'autre, mais ils indiquent tous, invariablement, une situation qui va de mal en pis
d'année en année. Les sources les plus fiables sont celles que monopolisent le FMI et la Banque
mondiale «for official use only». Nous recourons donc à la lecture des rapports arides de la
Banque mondiale pour dresser un tableau de la misère du peuple zaïrois sous Mobutu et sa
clique.
Introduisons donc le tableau de la misère d'une nation, par une réflexion qui était assurément
faite «for officiai use only». Dans un langage ésotérique, il est dit que le pays où régnaient
l’authenticité et Mobutu, grand pacificateur et unificateur, se trouvait dans une situation tellement
désastreuse qu'on jurerait qu’une guerre atroce y a fait rage pendant plus de trente ans : «Bien
que le Zaïre était au cours des années 70, un des pays les plus stables politiquement en Afrique,
l’impact combiné de facteurs internes et externes fut tel que la performance de son économie se
rapproche de celle de pays qui ont été sévèrement affectés par des conflits civils et/ou par une
instabilité politique aiguë. » (2), nous révèle la Banque Mondiale.
Dans son rapport sur les violations des droits de l’homme au Zaïre en 1980, l’Amnesty
International nous dévoile ce que l’authenticité cachait en réalité : «La politique de l’authenticité
du président s’est traduite essentiellement dans le domaine économique, par la zaïrianisation,
c’est-à-dire la reprise par les Zaïrois des sociétés appartenant à des étrangers. Les activités
d’exportation du pays restent néanmoins dominées par des sociétés filiales de compagnies
belges ou occidentales, qui sont encore la plupart sous contrôle étranger. » Or l’économie
zaïroise comme celle de toute l’Afrique est dominée par l’exportation des matières premières.
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[Link] minière
b.3. Transports
Les transports de passagers (nombre de personnes et kilomètres parcourus) ont aussi connu une
chute entre 1975 et 1982 : l'ONATRA ne sauve que 61,9 % de ses activités, les chemins de fer
(SNCZ) 56,1 %. Seul le transport pour les couches aisées se développe : Air Zaïre atteint l’index
118,3. (8)
La Banque mondiale écrit en 86: «Depuis plus d'une décennie, l'infrastructure des transports se
détériore faute de fonds suffisants pour assurer l’entretien et les investissements voulus» (9). Et
le Commissaire d'Etat au Plan, Sambwa Pida Nbagui, parlait le 21 mai 1987 de «l'état de
dégradation alarmant» constaté à la Société Nationale des Chemins de Fer du Zaïre, à l'Office
National des Transports (ONATRA) et à,l'Office des Routes. (10)
b.4. Industrialisation.
La formation de capital constant est restée toujours très faible, ce qui montre que le pays
n'arrivait pas du tout à s'industrialiser. L'investissement brut en capital constant déclinait de 32,1
% du Produit Intérieur Brut en 1972, jusqu'à 21,6 % en 1982 (11). La Banque mondiale ajoute
encore que ces chiffres «doivent être utilisés et interprétés avec prudence». Selon une dernière
étude de la Banque (1989), l'investissement brut a varié entre 10,9 et 13,9 % du Produit Intérieur
Brut au cours de la période 1983- 1989.(12)
b.5. Agriculture
Les discours démagogiques sur «la priorité à l'agriculture» n'arrivaient pas à cacher la
dégradation continue de la situation dans les campagnes (75% de la population). «Au cours de la
période 1972-1980, la production agricole a baissé d'environ 10%» (16). L'agriculture ne recevait
que 4,2% du budget d'investissement et 2,3 % du budget ordinaire en 1983 (17). Sur un budget
d'investissement de 460.842 millions de zaïres pour 1988, 17.937 millions seulement étaient
alloués à l'agriculture; dans le budget des dépenses courantes qui est de 152.777 millions de
zaïres, 490 sont attribué à l'agriculture, à comparer avec les 553 destinés à la... JMPR ! (18) On
appelait ça cyniquement :« agriculture : priorité des priorités » !
b.6. Autarcie
Dans le Produit National Brut, la consommation privée traditionnelle comptait pour 10,2 % en
1972 ; dix ans plus tard, elle atteignait 26 % du PNB. Sur la même période, la consommation
privée, qui passait par les canaux commerciaux, diminuait de 46,0 % à 32,7 % du PNB. (21)
b.7. Emploi
En juillet 1984, le Zaïre comptait 29,7 millions d'habitants avec un accroissement naturel annuel
de 3,2 %. La population urbaine qui se développe à un rythme de 7,5 % par an, atteignait 40 %
du total. 46 % de la population a moins de 15 ans. (22) «La force de travail urbaine est estimée à
environ 4 millions, dont 1 million seulement sont occupés dans le secteur formel. Entre 1970 et
1983, le nombre de travailleurs enregistrés s'est accru d'environ 800.000 jusqu'à 1 million ;
l'augmentation se situant uniquement dans le secteur public. Le secteur privé a noté une légère
diminution. La plus grande partie de la force de travail dépend d'emplois dans le secteur informel
urbain.» (23)
Le plan du FMI de 1983 a conduit à des licenciements massifs dans le secteur public, qui perdait,
en une année, 10 % de ses salariés (441.121 en 1982 et 400.000 à la mi-1984). (24) En 1988-
1989, le nombre de fonctionnaires adiminuéànouveaude40.000, dont beaucoup d'enseignants.
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b.8. Qualification
D'après la Banque mondiale, seuls 35 % des enseignants des écoles primaires et 40% de ceux
des écoles professionnelles et techniques, sont qualifiés. Et de proposer des programmes de
formation ! (25) Après l'école, l'enseignant doit chercher de quoi se nourrir : comment pourrait-il
passer son temps en recyclage ! L'enseignement continue à se dégrader. «Le recul qualitatif et
quantitatif de l’éducation pèsera lourdement sur la croissance de l'économie», doit reconnaître la
Banque mondiale en 1989.(26)
b.9. Salaire
Le salaire réel dans l'administration a chuté de l'index 100, en 1975, à l'index 20,8, en 1982. Le
salaire légal minimal, quant à lui, a évolué, en termes réels, de 100 à 9,6, sur la même période.
Dans le secteur privé, le salaire réel de 1982 atteint 42,8 % de son niveau de 1975. (27) En avril
1984, le salaire d'un agent auxiliaire, deuxième classe, dans l'administration publique, était de
280 zaïres. Un secrétaire général de l'administration touchait officiellement 12.000 zaïres. Le coût
moyen d'un technicien étranger était, en juin 1984, de... 208.672 zaïres (5.957,9 dollars) ! (28)
La Banque mondiale : «L'INS estime que le budget moyen qu' une famille de 6 personnes doit
consacrer à la nourriture au début de 1984, monte à 3037zaïres, tandis que le salaire mensuel de
base d'un fonctionnaire de l’échelon intermédiaire est de 750 zaïres.» (29) C’est-à-dire que,
quand un fonctionnaire de l’échelon intermédiaire travaillait pour un mois, il ne recevait que le
salaire pour nourrir sa famille pendant une semaine. «Les "solutions personnelles" pour
compenser le pouvoir d'achat déclinant, comprennent le vol, la corruption, la spéculation, la
falsification de documents et des activités parallèles. »(30) Pour amener un travailleur dans son
entreprise, l'employeur doit en général lui payer les frais de transport, de nourriture et parfois de
logement : le salaire monétaire ne représente que 40 % de la rémunération totale. (31)
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De 1976 à 1982, le gouvernement dépensait pour la santé en moyenne... 3 zaïres par personne.
(32) Un plan quinquennal pour la santé, 1982-1986, prévoyait la création de 140 zones de santé
rurales, mais le budget de 1984 réservait 10 zaïres par personne au lieu des 70 zaïres
nécessaires pour financer le programme des zones de santé ! (33) «Au Zaïre, le service des
eaux est parmi les moins développés du monde. 5 % seulement des populations rurales ont une
possibilité raisonnable d'accéder à des sources permanentes d'eau potable.» (32)
Depuis 1982, la situation n'a cessé de se dégrader. L'éducation et la santé ensemble recevaient
moins de 5 % du Programme d'Investissements Publics de 1979-981 et 1981-1983 et moins de 4
% de celui de 1983-85 (38). Mais même ces projets ne furent pas tous réalisés. Faisant le bilan
en 1986, la Banque mondiale écrira : «Dans d'autres secteurs, en particulier ceux de la santé et
de l’éducation, de nombreux projets du PIP n’ont pas bénéficié d'un financement suffisant du fait
des coupes sombres effectuées dans le budget d'investissement» (39). En 1982, cinquante
pourcent des écoles primaires disposaient de bâtiments inadéquats ; 80 % des élèves devaient
s'asseoir par terre. Le manque de fournitures scolaires (livres, tableaux) fut déjà jugé critique.
(40) Un jeune enseignant du primaire ou du secondaire gagnait entre 142 et 436 zaïres. (41) Les
enseignants s'absentent souvent pour trouver de quoi nourrir leur famille ou exigent que les
élèves leur apportent un peu d'argent.
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b.11. Inflation
Le zaïre-monnaie continue sa chute libre depuis 1978. Du Ier novembre 78 au 12 septembre 83,
une érosion graduelle diminuait la valeur du zaïre de 96,5 %. Le 12 septembre 83 : coup de
buttoir d'une dévaluation de 77,5 %. De septembre 83 à avril 87 : nouvelle érosion lente de 75 %.
Sur l'ensemble de cette période, la valeur du zaïre a été entamée d'environ 99,3 pourcent.
Sur toute l'année 1988, le taux d'inflation était de 94 %. Et si fin 1983, on déboursait 31,5 zaïres
pour un DTS, fin 1988, il en fallait 368 et il en faut 634, fin 1989.(42)
Par tous ces chiffres, la Banque mondiale doit avouer que chaque année, des dizaines de milliers
d'enfants, d'hommes et de femmes meurent bêtement au Zaïre. Et ici, il n'est pas question de
droits de l'homme. Ici, on parle de «la nécessité des sacrifices», du respect des principes sacrés
du marché libre et du libéralisme économique...
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La domination du Zaïre par le grand capital international est la cause fondamentale de la crise
sans précédent que connaît le pays, crise qui s'approfondit à coups de «plans de sauvetage». Le
contrôle étranger se manifeste dans le véritable protectorat sur le Zaïre, instauré par le FMI et la
Banque mondiale, agissant pour le compte de huit pays industrialisés (Belgique, USA, France,
Allemagne, Italie, Angleterre, Japon, Canada). De 1978 à 1983, on a organisé trois conférences
ad hoc à Bruxelles, cinq réunions du Club de Paris et quatre réunions du groupe consultatif de la
Banque mondiale pour le Zaïre. (78)
De 1984 à 1987, la Banque mondiale a réalisé 16 études sur des sujets aussi vastes que les
investissements publics, les entreprises parastatales, le marché du crédit, le secteur agricole,
l'industrie minière, l'industrie de transformation, etc. (43)
Les documents du FMI et de la Banque mondiale ne cachent guère le fait que l'élaboration de la
politique économique et financière du Zaïre était devenue, en grande partie, leur domaine. Ainsi,
on pouvait lire en 1982: «Avec le concours de la communauté internationale (organisations
internationales comprises), des progrès considérables ont déjà été accomplis en ce qui concerne
la définition des mesures de politique générale nécessaires pour assurer la relance et le Zaïre a
déjà annoncé un certain nombre de décisions appropriées. » (44)
En 1986, la Banque mondiale réclame la création d'«un organe permanent de coordination entre
le Zaïre et ses partenaires internationaux» ; se réunissant chaque trimestre, il devra
«recommander les ajustements jugés nécessaires par les participants.» (45) Ainsi la crainte de
Patrice Lumumba de voir le Congo tomber sous une tutelle internationale s'est pleinement
réalisée. Aussi Sambwa Pida Nbagui, le Commissaire d'Etat du Plan, se félicitait-il en '87 de ce
que la situation «a obligé le Conseil Exécutif, la Banque mondiale et le FMI à concilier leurs
points de vue dans un document-cadre de politique économique couvrant non pas le court terme,
mais une période suffisamment étendue.» (46)
Mais, l'impérialisme intervient aussi directement dans la gestion économique pour mettre en
oeuvre la politique générale adoptée et ceci à travers l'assistance technique qui est parachutée
dans les ministères et les entreprises publiques. Toutes les réformes, imposées par le FMI,
avaient pour but de renforcer le rôle du capital international au Zaïre. La structure de l'industrie
au Zaïre n'a guère changé depuis l'indépendance ; il n'y a pas eu d'investissements importants
dans des branches nouvelles à part celle du pétrole (11.418.179 barils en 1987) et les
entreprises existantes n'ont pas été renouvelées. Le secteur de l'exploitation du cuivre et du
cobalt, peu rentable, a été laissé à l'Etat zaïrois mais la Société Générale de Belgique a continué
à monopoliser les profits, grâce au raffinage et à la commercialisation.
Le secteur de l'industrie textile (28.000 travailleurs avec les industries connexes) était
entièrement sous contrôle étranger. «La direction de toutes les entreprises est entre les mains
d'expatriés. » (47) Toute la politique de la Banque mondiale et du FMI tendait à renforcer la
confiance du secteur privé, qui est essentiellement étranger : l’autorisation de transférer les
dividendes à l'étranger depuis 1984, la révision du Code des investissements, la signature d'un
traité d'investissements bilatéral avec les Etats-Unis. «Les mesures de libéralisation prises ces
dernières années soulignent la reconnaissance croissante du Gouvernement de l'importance des
forces du marché, des signaux des prix et de l’initiative privée. » (48) A une réunion du Groupe
Consultatif sur le Zaïre, Sambwa Pida Nbagui a apporté «la confirmation d'une option irrévocable
pour la libéralisation de l’économie en vue d'attirer les capitaux privés internes et externes.» Il y a
annoncé la privatisation de certaines entreprises publiques et la transformation de certaines
dettes en prises de participation dans les sociétés contrôlées par l'Etat zaïrois. (49) En 1989,
quatre entreprises publiques ont été liquidées (Somido, Somika, Codaik et Sotexo).(50)
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Le mobutisme ne s’est pas seulement contenté de ruiner le pays. Il a laissé au peuple un fardeau
financier écrasant : l’endettement extérieur du Congo est lourd. En effet, à la fin décembre 1998,
le stock global de la dette extérieure du Congo était fixé à 12.838,2cmillions de dollars dont
9.038,35 millions d’encours, 2.568,99 millions d’arriérés en intérêts contractuels et 1.230,85
millions d’intérêts de retard. Rapporté aux exportations et au PIB, ce stock représentait
respectivement 824,1% et 293%.
Cette situation est le résultat d’une évolution. En effet, au 31 décembre 1983, la dette extérieure
se chiffrait à 4,610 milliards de dollars. Près de la moitié — 2,075 milliards (ou 45,0 %) — était
constituée d'anciennes dettes rééchelonnées ou d'intérêts non payés et capitalisés. (51) Au 30
juin 84, ces intérêts capitalisés seuls constituaient 17,2 % de la dette ou 0,758 milliard de dollars.
(52) D'après Sambwa Pida Nbagui, la dette extérieure en cours atteignait 6,30 milliards de dollars
au 31 décembre 86. (53) Le Zaïre devait débourser sur une période de 5 ans, de 1979 à 1983, un
montant de 1,707 milliard de dollars pour les intérêts et 1,871 milliard pour le remboursement du
principal. Au cours de cette même période, le Zaïre a reçu 1,183 milliard d'emprunts nouveaux.
La perte de capitaux aurait été de 2,268 milliards sans les rééchelonnements d'usage...
Aussi, au cours de ces cinq années, on a dû rééchelonner des dettes pour un montant de 3,120
milliards de dollars... (54) Sur 60 % de ces dettes rééchelonnées, les taux d'intérêt à payer
dépassaient les 10 %. (55) Fin décembre 1987, la dette a atteint 6,9 milliards de dollars.(56)
Dans ses prévisions faites en 1985, la Banque tablait sur un rééchelonnement de 318 millions de
dollars en 87; en réalité on a dû rééchelonner 688 millions sur un total de 790 millions dus pour
l'année ! (57)
Sans rééchelonnement, le service de la dette de 1985 aurait dépassé tous les revenus
budgétaires de l'Etat zaïrois ! (59) En 86, le service de la dette extérieure constituait 51,3 % des
dépenses budgétaires ou 62,0 % des recettes publiques. (60) Pendant la période du plan
quinquennal 1986-1990, le Zaïre doit payer 1,880 milliard de dollars d'intérêts et 3,219 milliards
de remboursements, au total 5,099 milliards... (61)
Un chiffre illustre bien la façon inexorable dont le pays tombe, par un automatisme créé par
l'ampleur même de sa dette, dans une dépendance de plus en plus meurtrière vis-à-vis du capital
bancaire international. «60 % du service dû en 1990 est attribuable au seul rééchelonnement de
1983.» (62) Pour l'année 1989, les chiffres officiels du montant de la dette extérieure varient de
6,09 milliards de dollars à 7,7 milliards ! Pour les années 1987, 1988 et 1989, le service de la
dette en pourcentage des exportations de biens et de services est respectivement de 58,6 %,
53,0 % et 57,7 %.(63) Le Zaïre n'arrivait plus à payer les intérêts et à rembourser le principal : les
arriérés montent en 1988 à 842 millions de dollars (64).
Payer les dettes, c'est rendre impossible tout développement économique autonome. Accepter le
protectorat impérialiste, c'est voir le pays spolié, par le mécanisme du service de la dette, de ses
maigres capitaux qui pourraient assurer un début de développement industriel national. Et un des
soucis majeurs de tous les plans de sauvetage est précisément d'assurer le paiement des dettes
extérieures.
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La haute finance internationale maintient le tiers monde, depuis son indépendance, dans le rôle
de fournisseur de matières premières dont les prix sont fixés à un niveau excessivement bas par
les interventions du capital international sur les marchés mondiaux. Voici les revenus essentiels
que le Zaïre tire de ses produits d'exportation :
Ces cinq postes constituent 91,5 % des exportations. Le cuivre seul représente 51,2 %. (65)
Dans l'ensemble, les prix des produits d'exportation connaissent une baisse constante depuis
1973.
Les termes de l'échange des produits exportés et importés au Zaïre ont varié de la façon
suivante : (66)
1980 100
1981 84,2
1982 72,7
1983 69,0
1984 78,7
Les termes de l'échange auraient connu une légère amélioration en 85, mais Sambwa Pida
Nbagui, le commissaire d'Etat au Plan, déclara le 21 mai '87 à Paris : «Le Zaïre a enregistré une
dégradation des termes de l’échange de 24 % en 1986». Ainsi le Zaïre a enregistré en 1986 une
moins-value de ses recettes d'exportation estimée à 400 millions de dollars, une somme égale à
la moitié des recettes de l'Etat. (67) Restés bas en 1987, les termes de l'échange ont remonté en
1988 et 1989 pour atteindre le niveau de 1984, c'est-à-dire 80 % de l'index 1980.(68)
Le FMI avance de temps en temps quelques constats plaintifs sur «l’environnement international
défavorable» du Zaïre. La dégradation des termes de l'échange exprime clairement la domination
impérialiste sur l'économie du tiers monde. Le renversement de cette évolution n'est réalisable
qu'en organisant la solidarité des pays du tiers monde sur une base anti-impérialiste sans
équivoque. Au plan national, il exige un effort de développement industriel autonome qui s'appuie
sur une mobilisation des facteurs nationaux : une transformation des matières premières au Zaïre
et une diversification de l'industrie.
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Après le coup d'Etat du 24 novembre 1965, et surtout depuis la création du MPR, le 20 mai 1967,
la grande bourgeoisie mobutiste a connu une décennie d'ordre et de stabilité, interrompue
seulement par quelques luttes importantes mais locales et de courte durée, comme la révolte des
étudiants de Lovanium et le massacre de cent étudiants en suivit, le 4 juin 1969. Profitant d'une
conjoncture internationale favorable et de prix du cuivre assez élevés, la grande bourgeoisie avait
de l'argent à distribuer. Et comme l'Occident avait des pétrodollars à recycler, les multinationales
se pressaient à Kinshasa avec des projets gigantesques, futuristes et dispendieux.
Entre 1965 et 1977, tous les grands projets, sources de profits fabuleux pour leurs promoteurs,
monuments surréalistes et mal adaptés au développement du pays, passaient par la Présidence
et le Bureau de la Présidence. «On a eu à faire à un fournisseur d’équipement dont l’intérêt est
de vendre au plus haut prix sa marchandise (l’usine clé en main) avec le maximum de garantie
de paiement »(69), nous dit Jean-Claude Willame avant d’ajouter plus loin que «Bureaux
d’études et consultants ont servi à légitimer des opérations commerciales pour le compte de ce
qui était souvent leur société-mère et ont été utilisés pour démontrer ce qu’il fallait démontrer.
»(70) Le professeur Marijsse signale que ces «grands bureaux savaient à l’avance que ces
projets n’étaient pas rentables. »(71).
La Banque Mondiale l’avait déjà confirmé bien avant. Elle note en 1982 : «Entre 1972 et 1974, le
Zaïre a contracté de lourds emprunts extérieurs, dont un grand nombre à des conditions peu
favorables et pour des projets d'un intérêt douteux. (...) Plus de la moitié de la dette zaïroise en
cours résulte des décisions en matière d'emprunt prises pendant cette période.» (72)
Voyons en quelques lignes ces tombeaux industriels qui ont renforcé le sous-développement. Le
22 décembre 1965 déjà, juste après son arrivée au pouvoir, Mobutu lançait le projet de la
sidérurgie de Maluku. Dix ans plus tard, on aura dépensé 1,5 milliard de FF... et les portes de
Maluku seront fermées. Suivait l'épopée d'Inga. La construction de barrages et de centrales
électriques sur le site d'Inga demanda 1,3 milliard de FF pour Inga I, lancé en 1971 ; Inga II aura
coûté 4 milliards de FF en 1983 et, à la même date, la ligne de haute tension Inga-Shaba a exigé
une dépense de 7 milliards de FF. La ligne fonctionnait à 10 % de sa capacité.
D'autres projets énormes, tout aussi démesurés et sous-utilisés, seront réalisés, comme la Voix
du Zaïre. Plus de la moitié de la dette zaïroise provient de ces folies, les projets liés à Inga
comptant à eux seuls pour 26 %.
Les multinationales européennes ont encaissé l'argent, Mobutu et son entourage ont volé de
l'argent à pleines mains. Le peuple paye à longueur d'années le principal et les intérêts qui, de
rééchelonnement en rééchelonnement, ne font que gonfler...(73) Mais toute l'industrie du Shaba
ne pourra, à terme, absorber que 20 % de la production d'électricité d'Inga... Au même moment,
98 % de la population zaïroise reste privée d'électricité ! (74)
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La classe des grands bourgeois liés à l'appareil de l'Etat et au capital étranger, est sortie du
néant en une seule nuit. Quelques mois après l'indépendance, après l'écrasement des
lumumbistes, le néo-colonialisme a hissé au sommet de la hiérarchie sociale, des petits commis
noirs, sergents, capitaines, là où trônaient dans un passé fort proche, les grands chefs blancs.
Ces gens se sont enrichis en un rien de temps, grâce au pillage des caisses de l'Etat, aux
détournements, à la corruption et à la fraude. Comment se tromper sur l'origine de cette
incapacité gestionnaire des Zaïrois, dans un pays dont le président-fondateur dispose d'une
fortune de 5 milliards de dollars planquée à l'étranger ? (75)
Les problèmes de gestion sont déterminés par la nature de classe du système économique. Le
système zaïrois était complètement dominé par le capital international et dirigé politiquement par
une classe corrompue. Qu'est-ce qu'on devait gérer ? Et dans l'intérêt de qui ? La Banque
mondiale notait en 1985 : «A l'exception de la gestion de la dette extérieure, qui s'est améliorée à
travers les années, la planification et le contrôle financier restent en général faibles.» (76) Qu'est-
ce qu'on gèrait ? Grâce à «l’assistance technique» du FMI et de la Banque mondiale, le Zaïre en
est donc arrivé à bien gérer ses dettes, à bien gérer le drainage des richesses du pays vers les
coffres-forts des créanciers étrangers.
En 1982, la Banque mondiale écrivait qu'il était difficile d'imaginer une baisse plus importante
dans le revenu par habitant. Difficile à imaginer? Huit années plus tard, cette baisse plus poussée
des revenus était facile à constater : la malnutrition, la famine, les maladies, le chômage,
l'analphabétisme... gagnaient chaque année en ampleur. Bien gérer les dettes et les avoirs du
capital étranger, revient donc à rendre impossible la bonne gestion des forces productives des
paysans, artisans, petits commerçants. Bien gérer le Zaïre dans l'intérêt de la haute finance
internationale vorace, ne peut se faire qu'en foulant aux pieds les intérêts des masses populaires.
Chaque Plan imposé par les financiers étrangers comportait sa cargaison de mesures de rigueur,
de contrôle, de vérification, etc. Mais deux, trois ans plus tard, les résultats concrets dénotaient
toujours les mêmes tendances : le commerce illicite continuait à faire rage, «21 % de toutes les
importations dédouanées, le sont en franchise», «l'allocation des devises se fait de façon
arbitraire et partisane» et sert en partie à des opérations spéculatives, les recettes de l'Etat sont
systématiquement surestimées, les dépenses sous-estimées, «la majeure partie des revenus
provenant du commerce en gros (...) et des revenus locatifs échappent à l’impôt», etc. (77) Si la
Banque mondiale peut féliciter les grands bourgeois bureaucratiques des «mesures de
libéralisation» qu'elle a arrêtées, elle se voit obligée de constater à la même page l’ «application
arbitraire de taxes et de règlements dans un environnement manifestement plus corrompu.» (78)
Ensuite, le Zaïre-Congo compte un grand nombre d'intellectuels très bien formés qui ont été
plongé par le mobutisme triomphant dans des situations où leurs talents ne peuvent pas être mis
à profit: mal affectés par des bureaucrates du M.P.R., clochardisés, sous payés, travaillant dans
un environnement qui rend impossible l'obtention de résultats... Mais il faudra le renversement de
la domination de l’impérialisme pour que les talents «gestionnaires» des masses populaires et
des intellectuels puissent être mis pleinement en valeur au service d'un développement national
et populaire.
Aujourd'hui le constat suivant s'impose: plus de trente ans de domination impérialiste absolue et
presque sans opposition organisée, trente ans du mobutisme triomphant au service de ces
intérêts étrangers, ont complètement ruiné le peuple congolais. Ce système a fait directement et
indirectement de millions et de millions de morts.
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Notes
(1) Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'Activité à l'intention du Groupe Consultatif
pour le Zaïre (Paris, 21 -22 avril 1986), Banque mondiale, p. 17.
(2) Zaïre Economie Mémorandum; Economie Change and External Assistance. Report no. 5417-
ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 56.
(3) Amnesty International : Rapport sur les violations des droits de l’homme au Zaïre, p. 13, 1980
(4) Zaïre Mémorandum économique, Rapport no. 4077-ZR, 30 décembre 1982, Banque mondiale
; Volume II, p. 39
(5) Zaire Staff report for the 1989 article IV consultation, IMF, 1 nov 1989, p.8
(6) Zaïre Economie Mémorandum ; Economie Change and External Assistance. Report no. 5417-
ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 276
(7) Nécessité d'un ajustement... p. 20
(8) Zaïre Economie Mémorandum... R. no. 5417-ZR, p. 278.
(9) Nécessité d'un ajustement... p. 21.
(10) Discours d'ouverture du Citoyen Sambwa à la Réunion du Groupe Consultatif sur le Zaïre,
Paris, 21-22 mai 1987, p. 23
(11) Zaïre Economie Mémorandum... R. no. 5417-ZR, p. 211.
(12) Status Report for Zaire, 31 august 1989, Attachment II
(13) Zaïre Economie Mémorandum... R. no. 5417-ZR, p. 216
(14) Status Report... p. 2
(15) Ibidem, Table 1
(16) Zaïre Mémorandum... R. no. 4077-ZR, p. 49.
(17) Zaïre Economie Mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 40
(18) Conjoncture économique, Département de l’économie, 1988, p. 106-107
(19) Zaïre : Reviewof the 1987-1990 Public Investment Program, Paris, may 21-22, 1987, World
Bank, p. 5.
(20) Nécessité d'un ajustement... p. 18-19.
(21) Zaïre Economie Mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 211
(22) Ibidem, p. 41-42
(23) Ibidem, p. 46
(24) Ibidem, p. 48 et 201
(25) Zaïre Mémorandum, R. no. 4077-ZR, Volume I, p. 21.
(26) FAS-Document cadre de Politique économique 89-91, Banque mondiale, p.5.
(27) R.n° 5417-ZR, vol I, p.21
(28) Ibidem,p.2O3
(29) Ibidem, p. 46
(30) Ibidem, p. 47
(31) Zaïre Mémorandum, R. no. 4077-ZR, Volume I, p. 67
(32) Ibidem, p. 52-53
(33) Zaïre Economie Mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 45.
(34) Zaïre Mémorandum Economique, Rapport no. 4077-ZR, Volume II, 30 décembre 1982,
Banque mondiale, p. 107
(35) Ibidem, p. 109
(36) FAS, p.5-6
(37) R.n°54I7-ZR, vol II.p.108
(38) Zaïre Economie Mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 86
(39) Nécessité d'un ajustement... p. 16.
(40) Zaïre Mémorandum, R. no. 4077-ZR, Volume II, p. 94.
(41) Ibidem, p. 106
(42) Zaire, Staff report for the Article IV Consultation, I nov 89, appendix V, p.49
(43) Zaïre Economie Mémorandum, R. no. 5417-ZR, p.164-167
(44) Zaïre Mémorandum, R. no. 4077-ZR, Volume I, Introduction p. 11
(45) Nécessité d'un ajustement... p. 43
(46) Discours d'ouverture..., Paris 21 mai 1987, p. 13
(47) Ibidem, Volume II, p. 121 et 123
(48) Zaïre économie mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 54 et 53
(49) Discours d'ouverture Réunion du groupe consultatif sur le Zaïre, Paris, 21 mai 1987, P; 18 et
22
(50) IMF, Staff report, 1 nov 89, appendix 1
(51) Zaïre économie mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 229
(52) Ibidem, p. 236.
(53) Discours d'ouverture..., 21 mai 1987, p. 11
(54) Zaïre économie mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 219-220
(55) Ibidem, p. 69.
(56) Echo de la Bourse 11 mars 1988
(57) Mémorandum de Conseil Exécutif sur l'exécution du Programme d'Ajustement Economique
et Financier au Zaïre - février 1988.
(58) R.n°5417-ZR, p.4 et 83
(59) Nécessité d'un ajustement structurel, Rapport d'Activité pour le Groupe consultatif, Paris 21-
22 avril 86, B.M., p.11
(60) Discours d'ouverture, p.8-9
(61) Nécessité d'un ajustement, Attachment III : Projected Balance of Payments Gaps
(62) Zaïre économie mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 83
(63) FMI, 1 nov 89 appendix V
(64) Status report, p. 3
(65) R.n° 5417-ZR, p. 221
(66) Nécessité d'un ajustement..., Attachment II, Zaïre External Trade
(67) Discours d'ouverture..., 21 mai 1987, p. 11
(68) FMI, 1 nov 89, p. 8a
(69) Jean-Claude Willame : Zaïre : l’épopée d’Inga, chronique d’une prédation industrielle, p. 111
(70) Jean-Claude Willame : Zaïre : l’épopée d’Inga, chronique d’une prédation industrielle, p. 213
(71) De Standaard, 19 janvier 1999
(72) Zaïre Economie Mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 203
(73) Zaïre Mémorandum économique, World Bank, Rapport, no. 4077-ZR, 30 déc 82, Volume I,
Introduction p. 11
(74) Rapport n°4077-ZR, vol I, p. 51.
(75) Wall Street Journal, april 11 – 1986
(76) Zaïre économie mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 50
(77) Zaïre mémorandum économique, R. no. 4077-ZR, p. 32, 34, 39
(78) Zaïre économie mémorandum, R. no. 5417-ZR, p. 93
V) 1990-1996 : La période du multi-mobutisme et
de l'échec de l'UDPS
• D’une dictature à parti unique à une oligarchie mobutiste à plusieurs partis sans un
changement fondamental dans la nature néocoloniale du système.
• Le rôle catastrophique de Tshisekedi et de l'UDPS.
• Pourquoi Mzee Kabila avait-il eu raison avec sa stratégie pour faire tomber le dicitateur?
Et pourquoi il a été le plus grand révolutionnaire congolais jusqu'aujourd'hui
Après 25 ans de pouvoir absolu, Mobutu s'est retrouvé soudainement dans une situation toute
nouvelle : après la contre-révolution en Union soviétique et la restauration du capitalisme
sauvage dans ce pays, Washington et Paris n'avaient plus besoin de dictatures monopartites
pour combattre la "menace" communiste et révolutionnaire.
Ainsi, le 24 avril 1990, le tyran zaïrois a dû lire, péniblement, un discours larmoyant dans lequel il
annonça la fin du parti unique et du Parti-Etat.
L'opposition « radicale » qui se mit en place entre le 24 avril 1990 et le 11 avril 1991 était
essentiellement une opposition d'anciens mobutistes. Elle n'avait pas d'options économiques et
politiques fondamentalement différentes de celles que Mobutu a suivi entre 1965 et 1990.
Au Congo, une Conférence Nationale qui voulait exprimer les intérêts des opprimés et des
exploités, devait nécessairement arracher sa souveraineté à la grande bourgeoisie dominante
depuis 1965.
Or, la « souveraineté » que la Conférence Nationale réclamait, restait confinée dans le cadre de
la légalité bourgeoise en vigueur sous Mobutu.
Que signifiait en réalité cette revendication? Au sein de la grande bourgeoisie bureaucratique et
compradore, le pouvoir économique et politique avait été trop longtemps centralisé entre les
mains de Mobutu.
Lorsque la Conférence Nationale revendiquait la « souveraineté », elle voulait en fait réaliser une
redistribution des cartes au sein de la grande bourgeoisie. Les Tshisekedi, Nguz, Kengo,
Tambwe Mwamba, Ileo, Bo-Boliko, Birindwa, Kibassa, Tambwe Mwamba, Mandungu, Kamanda
wa Kamanda, Mungul Diaka voulaient tous une partie plus substantielle du pouvoir économique
et politique au détriment de Mobutu et de son clan. Il s'agissait de remplacer la gestion
personnelle et arbitraire du néocolonialisme par une gestion « plus démocratique » du même
système économique et politique : tous les représentants politiques de la grande bourgeoisie
auraient maintenant droit au chapitre.
Tshisekedi annonce le 8 janvier 1991: « Le départ de Mobutu est un préalable absolu pour toute
amorce du processus de changement. » Le co-auteur du Manifeste de la N'Sele est ainsi fidèle à
lui-même : un démagogue qui sait utiliser un langage faussement radical pour tromper le peuple.
En effet, il ne dit rien sur les moyens politiques et pratiques qu'il mettra en œuvre pour chasser
Mobutu.
Et il n’a nullement l’intention de le chasser, bien entendu.
Kabila, en revanche, a toujours été déterminé à chasser le dictateur. Et il s'en est donné les
moyens avec la lutte armée populaire dirigée par l'AFDL…
Tshisekedi déclare: « La soi-disant Conférence Nationale ne sera qu'une comédie pour distraire
le peuple zaïrois, tant que Mobutu sera là. (Je) pose comme condition le départ de Mobutu ».32
Cette position semble radicale parce que la majorité du personnel politique zaïrois est disposée à
jouer la comédie de la « démocratisation », même sous la présidence du vieux dictateur. Dans un
tel contexte, celui qui affirme vouloir chasser Mobutu fait presque figure de révolutionnaire.
Or, Mobutu ne représente plus une pièce importante pour l'Occident. C'est déjà un "chien mort" !
Les Américains sont prêts à s'en défaire comme ils l'ont fait, à l'époque, avec le Shah d'Iran et
avec Marcos aux Philippines. L'opposition peut chasser Mobutu, mais l'écrasante majorité de la
Conférence sera constituée par le MPR, les nombreux MPR-bis, les autres partis pro-
impérialistes et les nouveaux partis formés par des arrivistes bourgeois.
« Cette soif maladive à vouloir partager le pouvoir dictatorial avec le dictateur, se traduit
par la détermination à occuper à tout prix le poste de Premier ministre. »
Le 20 juillet 1991, le dictateur décide de confier la Primature à… son cher ennemi Tshisekedi. Et
le 21 tôt le matin, Tshisekedi accepte ! Nguz est à ce moment le Président de l'Union Sacré et il
n'a pas intérêt à faire de cadeaux à son allié et rival. Nguz tranche: « Le Cartel n'acceptera pas le
poste de Premier ministre en dehors de la Conférence Nationale Souveraine ».42
A propos de cet épisode, le professeur Loka Ne Kongo a fait un commentaire qui éclaire le
personnage Tshisekedi et qui démystifie toute la parodie du « changement » par la CNS.
Loka Ne Kongo a été ministre dans les gouvernements Tshisekedi du 29 août 1992 et du 9 avril
1993. Il écrit: « Du début de la lutte jusqu'à ce jour où les troupes de L. D. Kabila décident de
marcher sur Kinshasa, l'UDPS cherchera avec acharnement à partager le pouvoir dictatorial avec
le dictateur. Cette soif maladive à vouloir composer avec la dictature, se traduit par la
détermination à occuper à tout prix le poste de Premier ministre. »44 Que c'est bien dit : toute la
lutte menée par Tshisekedi et les autres vedettes de la Transition ne visait qu'à « partager le
pouvoir dictatorial avec le dictateur »!
Nous sommes le 22 juillet 1991, au début de la Transition. A la fin, le 21 novembre 1996,
Tshisekedi toujours fidèle à lui-même, dira : « La Transition reconnaît deux familles politiques:
celle dont le Président Mobutu est le chef de file et celle de l'opposition dont je suis le chef de file.
C'est aujourd'hui que les deux chefs de file, donc les deux familles, vont se souder. »45
C'est bien ça, l'idéal poursuivi avec constance par Tshisekedi : se souder à Mobutu, partager le
pouvoir dictatorial avec le dictateur... Tout le reste n'était que petites chamailleries, comme dans
tout couple bien soudé...
Pendant deux jours, le peuple appauvri s'adonne à son tour aux pillages. On assiste à une
révolte populaire non seulement contre l'effroyable dégradation des conditions de vie, mais aussi
et surtout contre la trahison des espoirs par la classe politique néocoloniale réunie en «
Conférence Souveraine »...
Les émeutes de septembre sont déjà l'expression du désespoir des masses. Mais elles
permettent de mesurer combien les possibilités de révolte et d'insurrection étaient grandes après
le 24 avril 1990. Loka Ne Kongo note que ces pillages seront suivis par « des expéditions
punitives menées par les masses populaires contre les complices de Mobutu et leurs biens ». De
somptueuses villas des dignitaires mobutistes sont pillées et démolies. Loka ajoute: « C'était
l'œuvre d'immenses masses humaines révoltées. ... Les membres de familles des dignitaires du
régime sont lynchés, violés même, sauvagement. »48
Si un minimum de travail révolutionnaire avait été fait parmi les masses entre le 24 avril 1990 et
la crise de septembre 1991, les émeutes auraient pu être dirigées contre les véritables ennemis
du peuple.
Au lendemain des émeutes, des troupes françaises interviennent au Zaïre, bientôt rejointes par
850 paras belges.
Le Premier ministre belge déclare que « cette intervention a été réalisée après concertation avec
les autorités française et américaine. ... Le gouvernement zaïrois a été informé de nos décisions
».51 Ainsi, les impérialismes français, belge et américain veulent continuer à imposer « leurs »
hommes, para - commandos à l'appui. Ils sont intervenus militairement de leur propre chef et ils
ont simplement « informé » le gouvernement de Kinshasa! Cela veut dire que nous sommes en
présence d'une agression caractérisée.
Dans le même élan, Tshisekedi affirme que les officiers voleurs, tortionnaires et assassins sont
en train de se convertir en démocrates: « L'armée est maintenant avec nous. Nous devons
maintenant faire confiance très rapidement à notre armée nationale, on ne peut pas laisser trop
longtemps des troupes étrangères sur notre sol. »68
Selon les accords du Palais de Marbre I, acceptés par le pouvoir mobutiste et par l'opposition à
sa Majesté, Tshisekedi doit signer un procès-verbal sur lequel figure le texte du serment: «
Devant le Président de la République, garant de la nation, je jure d'observer la Constitution et les
lois de la République du Zaïre ». Le jeudi 16 octobre, Tshisekedi signe ce texte, mais en deux
traits de stylo, il barre les mots « garant de la nation » et « Constitution ».70
Ainsi, Tshisekedi nous présente des enfantillages au lieu d'une lutte conséquente contre le
dictateur. Si effectivement il refusait que Mobutu soit le « garant de la nation », il aurait dû rejeter
les accords du Palais de Marbre ! Chasser un dictateur qui dispose de l'armée et de la Banque
Nationale est une affaire extrêmement sérieuse. Il faut une stratégie bien réfléchie pour y réussir
et constituer une force populaire révolutionnaire pour l'appliquer.
On ne chasse par un dictateur en biffant deux mots sur un chiffon de papier!
Ces gesticulations et actes d'éclat qui devraient donner à Tshisekedi une apparence de « grand
opposant à Mobutu » sont dérisoires par rapport au problème fondamental : briser la domination
impérialiste, chasser du pouvoir la grande bourgeoisie pro-impérialiste et avant tout son noyau
dur composé de Mobutu et des mobutistes.
Tshisekedi se dit partisan de la « réconciliation », du « consensus » et de la « cohabitation »,
mais ensuite il choisit l'épreuve de force... sur des futilités. Il choisit un affrontement « symbolique
» avec le dictateur puisqu'il n'a aucun plan pour l'emporter effectivement en mobilisant la seule
force capable de vaincre la dictature : les masses populaires prêtes à affronter le pouvoir en
place.
C'est une opération à hauts risques. En effet, le peuple est outré et des explosions
révolutionnaires peuvent se produire. Dans les 110 paroisses, ce sont des comités laïcs qui
mobilisent. Dans les salles paroissiales, des chrétiens laïcs invitent des intellectuels anti-
impérialistes et révolutionnaires qui prônent le renversement du système en place!
La manifestation du 16 février aurait pu devenir le début d'un grand mouvement révolutionnaire
populaire… s'il y avait à Kinshasa une véritable organisation révolutionnaire. Mais finalement,
l'ensemble de l'opération restera sous le contrôle de la hiérarchie catholique. La marche
rassemble un million de personnes. Unique mot d'ordre - qui montre déjà l'orientation réformiste à
l'intérieur du système néocolonial mobutiste : la reprise de la Conférence Nationale Souveraine.
La marche sera réprimée, l'armée zaïroise, tuera 17 personnes.76
Le fait qu'un million de Kinois descendent dans la rue, chose jamais vue dans l'histoire, prouve
bien que les masses sentent le besoin d'un changement radical. Une organisation révolutionnaire
aurait pu exprimer et expliciter ces besoins: le départ immédiat de Mobutu et de tous les grands
dinosaures; un gouvernement de transition sans éléments qui ont porté la dictature; la mise en
accusation de tous les mobutistes qui ont commis des crimes de sang et des crimes
économiques; la fin de la domination étrangère sur le Congo.
Mais la hiérarchie de l'Eglise est la bergère qui conduit ses moutons vers la chimère de la
Conférence Nationale. Une conférence à laquelle les évêques ont assigné comme but la
réconciliation avec Mobutu et les mobutistes et la soumission aux intérêts occidentaux... L'Eglise
veut donner une base populaire à la cohabitation entre mobutistes et « opposants » au sommet
de l'Etat, elle mobilise les masses pour ranimer leurs illusions dans la bienveillance des
puissances impérialistes et la bonne volonté de la classe politique de l'ancien régime.
Les « grandes gueules » révèlent leur véritable nature d'élèves, d'amis, de compagnons et
d'alliés du Maréchal.
Un Conclave de l'Union Sacrée de l'Opposition Radicale et Alliés est organisé du 12 au 23 mars
1992 à Ste Anne. Deux résolutions capitales en sortent. La première prône « l'option du dialogue
» comme voie pour obtenir la réouverture de la CNS. La seconde affirme que le consensus doit
être le mode de gestion politique pendant la Transition. Ainsi, la trahison est consommée.
Hier encore, les « grandes gueules » de cette Opposition traitaient Mobutu de façon
démagogique de "tyran" et de "monstre humain" afin de s'attirer la sympathie populaire. Mais en
ce mois de mars 1992, ils révèlent déjà leur véritable nature d'élèves, d'amis, de compagnons et
d'alliés du Maréchal.
Les opposants veulent sauver la Conférence Nationale Souveraine grâce à un dialogue avec le
dictateur.
Mais alors, par rapport à qui sera-t-elle « souveraine », leur Conférence? Elle ne sera «
souveraine » que par rapport au peuple dont elle a pu royalement mépriser la volonté et
l'aspiration à un bouleversement radical de l'ordre établi.
Rassuré, Mobutu en personne convoque le 27 mars 1992 la Conférence « souveraine »...
Le 8 avril 1992 Mgr Monsengwo entame déjà des négociations avec la mouvance présidentielle!
Ce matin-là, Mobutu reçoit à Gbadolite les responsables des confessions religieuses. Le
professeur Loka Ne Kongo note: « A son retour, Monsengwo Passinya préside une réunion de
réconciliation entre la dictature et l'Opposition. Là où il faut combattre, la religion vous pousse au
dialogue! »80
Il y parle des conditions dans lesquelles une Conférence Nationale aurait pu chasser Mobutu et
imposer un changement radical. « Après le 24 avril 1990, nous avons nous-mêmes misé sur le
mouvement de démocratisation... Les principes du Parti de la Révolution Populaire pour la tenue
d'une Conférence Démocratique Nationale étaient les suivants.
Il s'agissait d'une véritable rupture avec le régime en place. ... Seul le grondement du
soulèvement populaire pouvait obliger (le dictateur) à changer de comportement."
Mais le 31 juillet, à Kinshasa, un « Compromis politique global » est adopté à l'unanimité par les
représentants de la mouvance présidentielle et de l'opposition.
Il contient trois points essentiels: « Neutralité de la transition dans ce sens qu'elle n'applique pas
la politique d'une tendance, mais celle de la nation toute entière et qu'elle doit être gérée sans
exclusive ni militantisme partisan ». « La démocratie pluraliste. » « Le Président, Institution
Suprême de l'Etat et symbole de l'unité de la nation, doit être mis à l'abri de tout ce qui peut
entamer son prestige et sa crédibilité. » Et il est précisé: « S'agissant du Président, il a été admis
qu'il représente la nation et est le chef suprême des Forces armées ».
Ainsi, la « vraie » bataille de la Conférence Nationale Souveraine est déjà gagnée par le camp de
Mobutu. Ni la domination néocoloniale sur le Congo, ni le monopole de la grande bourgeoisie
congolaise sur la gestion de l'Etat, ni même le rôle dominant de Mobutu n'ont jamais été remises
en cause.
La « bataille » ne concernait que des questions d'ordre secondaire. Au sein de la grande
bourgeoisie pro-impérialiste, quelle sera la place exacte du président Mobutu? Est-ce qu'il y aura
un équilibre entre mobutistes et « opposants » à Mobutu? Ou est-ce que Mobutu restera le noyau
central de la grande bourgeoisie?
Comme la CNS avait déjà une majorité de mobutistes, le mobutisme dominera largement
le HCR…
Malgré de sourdes luttes entre les partisans de Mobutu et les "opposants ex-mobutistes", le HCR
réussira à se réunir.
Lors de la validation des mandats, le 22 décembre, Roland Lumumba introduit une motion
demandant que soient écartés tous ceux sur lesquels pèsent des présomptions de crimes ou
délits. En effet, beaucoup de membres influents du HCR ont été dénoncés dans les rapports
Assassinats et Biens Mal Acquis : Iléo, Ndele, Nendaka, N'Singa Udjuu, Bomboko, Kengo,
Thambwe Mwamba, Lihau, Kamanda wa Kamanda, Bo-Boliko, Albert Kalonji.
Le verdict sera sans appel : les Commissions ont bien pu formuler des critiques verbales
"féroces", mais tout cela n'était que du "cinéma" : des sanctions, il n'y en aura pas!
Par 170 voix contre 132, le Haut Conseil de la République issu de la CNS décide que ceux qui
ont été dénoncés pour d'innombrables crimes, sont dignes de représenter les nouvelles
institutions « démocratiques »… Pas étonnant qu'après le 2 août 1998, les criminels de la
"rébellion - paravent de l'agression" se diront les plus farouches défenseurs de la CNS…
On comprend que, lorsque Mzee Kabila balaiera en mai 1997 cette pourriture et replacera le
Congo dans l'orientation de Patrice Lumumba, toutes les forces du néocolonialisme s'y
opposeront au nom de l'héritage commun de la CNS !
Et lorsque l’agression américano-rwando-ougandaise débutera, toutes les petites nuances entre
Tshisekedi et N'Gbanda, entre Olenghankoy et Baramoto, entre Bo-Boliko et Bemba s’évaporent.
Les mobutistes, la majorité des opposants non-armés et les rebelles seront unis sur les « textes
sacrés » de la CNS pour rétablir l'ordre néocolonial.
Cela coûtera la vie à 4.000.000 Congolais...
Le protocole d'Accord
Mais retournons au 10 octobre 1993, lorsque les Concertateurs, mobutistes et opposants, signent
un « Protocole d'Accord ». On y lit entre autres ceci:
« Considérant:
Que le Protocole d'Accord proclame la neutralité, la non-conflictualité, la collaboration et la
concertation;
que la réconciliation de l'ensemble de la classe politique est le préalable à la non-conflictualité et
que le partage équitable et équilibré du pouvoir est le corollaire du principe de la non-
conflictualité...
Les deux délégations conviennent que la formation du Gouvernement... doit être porteuse de
réconciliation nationale... (p.105)
Le peuple et l'intérêt de la Nation sont complètement exclus des préoccupations des
"démocrates" de la Transition. Les innombrables luttes obscures entre individus et groupes se
situent toutes au sein de la même classe sociale : celle de la bourgeoisie bureaucratique et
compradore, vieux mobutistes et jeunes loups confondus. Si l'on invoque le peuple, c'est pour le
ranger derrière des intérêts de l'une ou autre fraction de la bourgeosie bureaucratique.
Kabila: « Seule une révolution externe à la tradition politique mobutiste libérera tout le
monde. »
Le 8 avril 1994, le HCR-PT adopte l'Acte constitutionnel de la transition. L'Exposé des Motifs
cerne dès la première phrase, le véritable enjeu de la « transition »: « Depuis le 24 avril, notre
pays traverse une crise ayant pour origine essentielle les divergences de vues de la classe
politique sur l'ordre institutionnel de la transition. »112 En effet, le changement annoncé ne
concerne ni le contrôle de l'impérialisme sur le Congo, ni la domination de la grande bourgeoisie
zaïroise sur les masses congolaises. Tout le « changement » se passe à l'intérieur de la même «
classe politique » qui s'est installée depuis le 14 septembre 1960 à la tête de l'Etat et de ses
différentes institutions. Cette classe se chamaille sur l'ordre institutionnel, c'est-à-dire sur la
répartition du pouvoir entre ses différents membres et fractions.
En juin 1994, la nouvelle élection d'un Premier ministre fait éclater l'Union Sacrée de l'Opposition
Radicale et Alliés. Sept dossiers ont été introduits par Tshisekedi, Kengo, Kamanda wa
Kamanda, Lunda Bululu, Mulumba Lukoji, Malumba Mbangula et Beyeye Djema. Tous ces «
opposants » ont été de grands mobutistes.
Kengo wa Dondo, le Premier ministre préféré de Mobutu, occupa la primature de novembre 1982
à octobre 1986, puis de novembre 1988 à mai 1990. Après 4 années de transition, le Congo est
retourné à la case de départ. Lorsque Mobutu annonça le « changement », le 24 avril 1990,
Kengo était Premier ministre. Il retrouve son poste le 16 juin 1994.
Kengo a beaucoup d'ennemis au sein du MPR comme Bemba Saolona et Vunduawe. Tshisekedi
se rapproche des ennemis de Kengo pour récupérer "son" fauteuil de Premier ministre…
Le 7 janvier 1995, Tshisekedi déclare qu'il a reçu le directeur du cabinet de Mobutu, Vunduawe.
Lors d'un meeting, le "leader charismatique" parle même de «mon ami Mobutu »…
Le 12 septembre 1996, Kabila et Kisase Ngandu n'ont pas encore déclenché la lutte de
libération. Mais Loka Ne Kongo constate l'échec définitif de l'opposition et laisse entendre que la
dictature ne pourra être renversée que par la violence. « Bientôt c'est toute la guerre que nous
allons perdre ... Telle que l'opposition évolue, elle court le risque d'aller tout droit à son échec
définitif. » « L'opposition a subi échec sur échec, en bonne partie par ses propres insuffisances;
au point que toutes les voies qui pouvaient conduire à l'éradication de la dictature, par la non-
violence, se sont pratiquement épuisées. » «La jeunesse, au bord du désespoir, exige la lutte
armée et réclame les armes. "Vaut mieux mourir avec honneur et dignité sur un champ de
bataille que de crever, comme un chien anonyme, dans un coin, de la faim, de malaria ", nous
lance un diplômé d'Université de 35 ans, chômeur depuis la fin de ses études. ... Mais ce sont
des préoccupations de dialogue, encore! qui sous-tendent les gesticulations spectaculaires des
opposants, gesticulations destinées plutôt à impressionner la population qu'à inquiéter la
dictature qui se porte comme un charme. »
Dialogues, gesticulations de politiciens, élections : tout l'arsenal des "armes" utilisées par les
politiciens néocoloniaux était bien en place à la fin d'une transition du mobutisme au …
renouveau mobutiste. Même les impérialistes qui avaient déclaré Mobutu politiquement mort en
1991, savent que le dictateur gagnera les élections programmées pour 1997…. En avril 1996,
Mobutu est reçu à Paris par Chirac. En juillet le ministre français de la coopération, Godfrain, lui
rend visite à Gbadolite. Il déclare que Mobutu apparaît « incontournable » et qu'en cas
d'élections, il serait sans doute « largement élu ».
Steven Metz est professeur au U.S. Army War College. Il écrit le 5 juin 1996: « Comment les
Etats-Unis doivent-ils répondre si Mobutu gagne les élections de 1997? Il les gagnera
probablement. S'il permet que les institutions démocratiques se consolident, les relations
devraient être froides, mais normales…."(KABILA, p.118-119)
Le diable de la division qui ravage le Rwanda, est lâché au Zaïre par Mobutu.
En 1990, les Etats-Unis et la France avaient déclaré que les jours de Mobutu étaient comptés.
Mais il y a un revirement après la victoire du Front Patriotique Rwandais. Pour sauver ses
hommes chassés du pouvoir à Kigali, la France renoue avec Mobutu. Et Mobutu joue à fond la
carte ethniste hutu et anti-tutsi…
Le 6 mai 1996, Le Potentiel écrit que « le Parlement de Transition n'est pas loin d'autoriser la
guerre contre le Rwanda ». A ce moment, Vangu Mambweni revient de Paris où il a rencontré le
chef des Services secrets français en Afrique, Jacques Foccart. Prenant la défense des intérêts
de l'impérialisme français, il déclare : « le Parlement est prêt à donner son accord pour une
déclaration de guerre au Rwanda », pays qui cherche « à asseoir l'hégémonie anglo-américaine
dans la région des Grands Lacs au détriment de la francophonie ».11
Le diable de la division qui ravage le Rwanda, est lâché au Zaïre par Mobutu.
Shweka Mutabazi, le Commissaire de Zone, écrit une lettre au Chef de poste du SNIP à Uvira : «
Au plus tard le 31 décembre 1995, les Banyamulenge seront chassés du territoire ».7 Dugu wa
Mulenge, le seul membre Banyamulenge de l'Assemblée provinciale, et 350 finalistes des
humanités sont expulsés vers le Rwanda.
Une quarantaine de Tutsi congolais signent en juillet 1995 une lettre adressée à Mobutu, disant
entre autres : « Que le HCR-PT prenne sur lui la terrible responsabilité de déclarer étrangères
des populations zaïroises, conscientes et fières de l'être, et contraigne le gouvernement à les
expulser, voilà un cas de figure inédit de par le monde. Ce n'est rien de moins qu'une incitation à
la violence et à la guerre civile ».8
Le 7 novembre 1996, Kabila déclare : « J'appelle le peuple à prendre les armes contre la
dictature. L'unique garantie de sécurité, c'est de rejoindre l'armée du peuple ». Le même jour,
Kisase Ngandu lance un message identique : « Notre but est de renverser le régime en place à
Kinshasa. Après six ans de multipartisme "à la Mobutu" qui n'ont abouti à rien, nous avons opté
pour la lutte armée ». « On a présenté ce conflit comme celui opposant les Banyamulenge et les
Zaïrois. Il ne s'agit pas de Banyamulenge. Mais il s'agit d'un problème zaïrois, pas d'une question
ethnique. Nous sommes issus de plusieurs ethnies. Et notre objectif commun est de renverser le
régime de Kinshasa. » (KABILA, p.181)
Le samedi 23 novembre, Kabila fait une proposition à l'opposition à Mobutu : " Nous avons le
devoir d'engager le dialogue pour éviter que le sang coule inutilement. Un dialogue avec
Tshisekedi, mais pas avec le parti de Mobutu. Il est possible de parvenir à un consensus entre
les différents partis de l'opposition en vue de l'organisation de véritables élections démocratiques.
Un gouvernement de transition doit être mis sur pied afin de préparer de telles élections. Mais
nous ne sommes pas intéressés par un gouvernement d'Union nationale désigné par Mobutu et
comprenant des représentants de Mobutu. En ce moment, notre première tâche est de mener la
guerre de libération."(KABILA, p.183)
Kabila est l'opposant le plus décidé à Mobutu depuis 1967. Mais il n'est pas sectaire : il invite
Tshisekedi à faire front commun. Mais dès novembre 1996, Tshisekedi s'allie ouvertement à
Mobutu pour combattre le nationaliste kabila…. Comme il a combattu le nationaliste Lumumba
après le 14 septembre 1960 !
Le 22 novembre, Kabila précise sa tactique : « Le futur gouvernement devra rassembler les partis
de l'opposition et l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération. Un gouvernement
légitime doit exclure la mouvance présidentielle qui a conduit le pays à la ruine. Un
gouvernement dépendant de Mobutu ne m'intéresse pas. C'est le temps du changement. Mobutu
veut se servir de Tshisekedi et de son prestige, pour tenter de récupérer la situation à son profit.
Tshisekedi va être utilisé. » (KABILA, p.183) Kabila suivra cette ligne jusqu'à la prise du pouvoir à
Kinshasa. Ainsi, fin mars 1997, toute la capitale parle de l'imminent accord « historique » entre
Mobutu et Tshisekedi. Kabila annonce alors sereinement : « Le futur gouvernement de transition
ne comprendra que des membres de l'Alliance et des opposants qui n'ont jamais rallié Mobutu.
Ceux qui se sont assis avec le diable, le sont devenus aussi. »
La marche victorieuse de Kabila n'aurait pas été possible, si les masses n'avaient pas fait
l'expérience de la traîtrise de Tshisekedi et de la CNS. Dans la souffrance, la population a fait
l'expérience de la complicité de classe entre toutes les composantes de la bourgeoisie
compradore et bureaucratique pour maintenir leur position dominante dans la société.
La Transition soi-disante "démocratique" a surtout été marquée par des destructions
économiques jamais vues. La première année de la Transition a connu une chute de la
production industrielle de 40 % et une inflation de 1.000 %. (KABILA,p.68-69; Echo de la Bourse,
25 avril 1991) Le nombre de salariés a chuté de 1.600.000 en 1990 à 950.000 en 1996. Loka Ne
Kongo écrit :"Les fonctionnaires de l'Etat ... reçoivent un salaire de misère qui, du reste, demeure
impayé des dizaines de mois durant. Le professeur d'université touche par mois 10 dollars US."
Même dans un journal tshisekediste comme La Référence Plus, on pourra lire : « La guerre
actuelle a injustement été appelée guerre de l'Est. Elle est une guerre de toute la nation contre la
classe politique ». C'est bien cela : une guerre du peuple contre les politiciens du
néocolonialisme qui ont peuplé la Transition...
Le même journal écrit : « A Mbandaka, les rebelles de Kabila ont été chaleureusement accueillis.
Leur arrivée, tant souhaitée par la population, a été un soulagement. L'on n'a enregistré aucune
victime parmi les populations. » (KABILA, p.184)
Aucune révolution ne peut réussir sans construire au départ une force révolutionnaire décidée et
organisée. Mais ensuite, cette force doit se rallier toutes les tendances qui ont des conflits avec
l'ennemi principal et elle doit même exploiter les divergences et conflits parmi les réactionnaires.
C'est ce que Kabila a fait de main de maître. Il dit: « Le régime dictatorial de la IIe République
avait su forger des amitiés avec les voisins, ce qui ne facilitait pas les tentatives des
révolutionnaires congolais visant à changer le cours des choses de l'intérieur, ne pouvant obtenir
l'aide extérieure pour conduire leurs actions. Le fait que la situation politique ait changé au
Rwanda aura été un facteur déterminant, car les forces révolutionnaires intérieures pouvaient dès
lors avoir accès aux différentes sources d'approvisionnement. L'alliance entre le Rwanda et les
révolutionnaires congolais est née d'une convergence d'intérêts. Il y eut, d'une part, l'impératif
pour le régime politique rwandais de survivre aux menaces d'extinction exercées par les forces
de destruction massées au Congo, et d'autre part, pour les révolutionnaires congolais, la
nécessité de trouver les moyens d'acquérir l'armement et le matériel qui permettraient de
combattre la dictature. Avec le concours des forces organisées du Rwanda, l'AFDL a pu réaliser
la formation et ensuite l'encadrement des recrues congolaises sur le champ de bataille. Il n'a
jamais été question d'autres accords en dehors de ceux-là.» (KABILA,p.189)
Celui qui voulait réellement chasser Mobutu et la dictature néocoloniale au pouvoir depuis le
coup d'Etat du 14 septembre 1960, devait résoudre deux questions décisives. La première :
comment mobiliser le peuple pour un soulèvement révolutionnaire ? Et la seconde : où trouver
des alliés sur la scène africaine ? Kabila et Kisase ont apporté des réponses concrètes à ces
deux impératifs. Comme la plupart des « opposants » ne voulaient pas entendre parler de
révolution populaire, ils ne pouvaient logiquement que rejoindre le dictateur dès lors que son
régime était menacé dans ses bases.
Quand Kabila déclenche la guerre de libération, Mobutu avait besoin d'un argument "fort" pour
tenter de mobiliser le peuple en défense de son régime… « Il s'agit bel et bien d'une agression
perpétrée par le Rwanda, avec la complicité des Banyamulenge qui ont joué le rôle d'une
cinquième colonne ». "Agressions extérieure avec la complicité des "réfugiés" Tutsi… Mobutu
pensait avoir trouvé l'argument fort qui devait rallier le peuple autour de son régime moribond…
C'était aussi l'argument de l'impérialisme français qui avait la nostalgie de "Mobutu, l'homme fort
de l'Afrique (francophone)"… Le 3 novembre 1996, Omar Bongo, l'homme de tous les salles
besognes de l'Elysée, appelle le Zaïre à « utiliser tous les moyens pour chasser les assaillants. ...
Les Tutsi contrôlent le pouvoir au Rwanda et au Burundi et donnent maintenant l'impression de
vouloir créer un autre pays tutsi dans la province du Kivu. ... Je suis heureux que les Occidentaux
regrettent Mobutu ». (KABILA,p.198)
Si, sur le plan militaire, l'aide du Rwanda a été décisive pendant les trois premiers mois de la lutte
de libération, c'est l'intervention de l'Angola à partir de février 1997 qui a décidé de l'élimination
complète du mobutisme.
Quand l'UDPS ne cesse de répéter : "C'est Kabila qui a amené les Rwandais",
Ceux qui mènent de l'agitation sur le thème « C'est Kabila qui a amené les Rwandais », ont des
intentions cachées. Ils n'ont en fait jamais digéré l'élimination de Mobutu et du système
mobutiste. Kabila a fait une alliance nécessaire et justifiée avec l'Ouganda, le Rwanda, l'Angola
et le Zimbabwe. Tous ces pays étaient engagés pour une seule cause commune : mettre fin au
régime criminel de Mobutu, la honte de l'Afrique. Quand cette tâche a été accomplie, l'Angola et
le Zimbabwe se sont retirés. Le Rwanda et l'Ouganda sont restés… et ont conçu d'autres
objectifs, incompatibles avec la souveraineté congolaise ! Le Rwanda du 2 août 1998 avait un
tout autre objectif qu'en septembre 1996 !
Quand l'UDPS ne cesse de répéter : "C'est Kabila qui a amené les Rwandais", c'est dans le but
de manipuler l'histoire. En septembre 1996, Kabila a amené aussi bien l'Angola que le Rwanda,
le Zimbabwe que l'Ouganda et il les a amené tous pour une juste cause : renverser la dictature
de Mobutu.
Quand le Rwanda de Kagame a agressé le Congo le 2 août 1998, qui a alors amené les
Rwandais ? C'est bien l'UDPS de monsieur Tshisekedi! Les agresseurs ont distribué des tracts à
Masina : "Nous sommes venus renverser Kabila, placer Monsengwo comme président et
Tshisekedi comme premier ministre." Tshisekedi répétait partout qu'il s'agit essentiellement d'un
conflit interne au Congo. Pour aider les agresseurs, il écrivait dans son mémorandum à l'ONU, le
4 septembre 1998: "Rien ne justifie d'envoyer à la mort la jeunesse du Congo pour un conflit
essentiellement interne qui peut être réglé à la table de négociation."…
La « contre-offensive foudroyante »
Début 1997, face à la débandade de son armée et à l'engagement massif des Angolais du côté
de l'AFDL, Mobutu comprend qu'il n'y aura plus de « contre-offensive foudroyante » et qu'il faut
tenter de sauver l'essentiel.
Le 13 février, il confie à N'Gbanda : « Dis à Kabila que je suis disposé à discuter avec lui la mise
sur pied d'une nouvelle structure provisoire pour une transition pacifique et sans exclusion. Il n'y
aura pas de sujets tabou : le gouvernement, la fusion des armées... »
Le lendemain, N'Gbanda se rend chez Mbeki à qui il annonce l'intention de Mobutu de négocier
sans exclusives. Mbeki lui exprime son soulagement et révèle en même temps l'identité du
véritable meneur de la danse au Zaïre de Mobutu : « Je vais recevoir dans quelques jours le vice-
président des Etats-Unis, Al Gore et nous allons longuement parler du Zaïre. Nous devons
trouver ensemble une solution pacifique et honorable pour le Président Mobutu. »
(KABILA,p.202)
Le 5 mars 1997, devant la menace de la chute de Kisangani, Mobutu « accepte » de partager le
pouvoir avec l'opposition et avec l'AFDL. Il sait que les Etats-Unis exigent la formation d'une
tripartite entre sa mouvance, l'opposition (partis et Société Civile) et les nationalistes de l'AFDL...
La date et l'événement méritent d'être retenus : depuis lors, les Américains ne changeront plus
une virgule à leur stratégie pour mettre les nationalistes-kabilistes en minorité en imposant une
majorité de politiciens néocoloniaux à la tête du pays. C'est une stratégie pour atteindre, par
étapes, l'élimination totale des nationalistes, comme cela s'est produit après l'assassinat de
Lumumba. C'est donc par un « Dialogue inter-zaïrois » que les Etats-Unis veulent en mars 1997
empêcher le mouvement nationaliste de Kabila de triompher….
Ce même jour, Banza Mukalay, vice-président du MPR, annonce la nouvelle politique à suivre
imposée par les Américains : « Nous avons décidé de partager le pouvoir, y compris avec la
rébellion, pendant la période de transition ».
L'UDPS exige début février 1997 « d'ouvrir, avant des élections générales, des négociations
entre le Président Mobutu, l'opposition démocratique d'Etienne Tshisekedi et l'opposition armée
de Laurent-Désiré Kabila ». Le 10 février, le FONUS d'Olenghankoy organise une journée « ville
morte », non pas pour exiger le départ de Mobutu, mais le départ de Kengo « qui a montré son
incapacité à relever le défi de la guerre à l'Est »... En d'autres mots, ces « opposants » veulent un
Premier ministre capable d'aider l'armée mobutiste à vaincre les troupes de Kabila...
(KABILA,p.208)
La prise de Kisangani par l'AFDL, le 15 mars 1997, est le moment décisif de la guerre de
libération. Mais le lendemain, le secrétaire de l'UDPS demande à la communauté internationale
d'accepter « une tripartite Mobutu-Tshisekedi-Kabila ! »
Devant la victoire inévitable du soulèvement populaire, l'opposition prend une initiative pour
sauver l'ensemble de la classe politique de la « transition », les mobutistes y compris. Elle
introduit une motion qui décide « la déchéance immédiate du gouvernement Kengo,... la fin des
hostilités et l'ouverture de négociations directes » avec Kabila. Le 18 mars, la motion est
acceptée par 396 des 418 présents. Un opposant commentera : « Nous voulons que les
négociations avec la rébellion soient conduites par un Premier ministre de consensus accepté
par l'ensemble de la classe politique ». Et voilà Tshisekedi à nouveau propulsé dans le rôle du «
dernier des fidèles » de Mobutu...
Cette prise de position provoque un tollé général chez ceux qui craignent de perdre leur « poste
». Ils déclarent que Kabila est un « dictateur », et cela deux mois avant même que l'AFDL ne
prenne le pouvoir ! « Les dernières déclarations de Kabila à Kisangani sont liberticides. ... Les
efforts consentis à la Conférence Nationale Souveraine anéantis. Une année d'une nouvelle
transition avec un gouvernement qui ne serait composé que par les membres de l'Alliance avec,
au préalable, l'interdiction de tous les partis politiques, voilà une monstrueuse erreur. »
(KABILA,p.209) A tous ces personnages bien installés, l'élimination du mobutisme, qui les a si
bien nourris, semble effectivement « monstrueux ». Et ils ne pardonneront jamais aux
nationalistes une telle abomination.
Fin mars 1997, Tshisekedi est choisi par le HCR-PT pour contrer la « dérive totalitaire
monstrueuse » de Kabila. Le but : enfermer Kabila dans le carcan mobuto-tshisekediste de la
Conférence Nationale Souveraine. Pour le dire avec Le Potentiel du 26 mars : « Mobutu devra
souscrire enfin au schéma de la CNS auquel Kabila est obligé d'adhérer ». La CNS était devenue
ainsi la dernière planche de salut pour Mobutu! Et dire qu'il y a toujours des démagogues qui
présentent la CNS comme le sommet du combat contre la dictature mobutiste…
Mobutu ne rate l'occasion de voir son régime sauvé par son cher ennemi Tshisekedi. Le 2 avril, il
le nomme Premier ministre. Tout aussi autocratique que son ami Mobutu, Tshisekedi ne
convoque personne pour discuter de la composition de son gouvernement. Justine Kasa-Vubu se
fâche : « Avant de prendre sa décision, M. Tshisekedi n'a consulté personne".
Le 3 avril, Tshisekedi reprend simplement son équipe « historique » de mars 1993, tout en
réservant 6 portefeuilles à Kabila. Histoire de noyer les nationalistes de Kabila dans une majorité
d'hommes de la IIe République...
Pourtant, l'Alliance a déclaré que tout homme politique qui accepterait d'être le Premier ministre
d'un Mobutu moribond, serait considéré comme traître. Un porte-parole de l'AFDL dit : « Si
Tshisekedi veut conduire un navire en perdition, il faut qu'il apprenne à nager, car il va couler. Il a
choisi son camp. L'Alliance ne fera pas de cadeaux. »
Le 5 avril, aussi bien l'Union Sacrée de l'Opposition Radicale et Alliés que les mobutistes du FPC
refusent la confiance à ce gouvernement. Tshisekedi n'obtient pas la majorité au Parlement de
Transition. C'est la fin lamentable d'une carrière politique au service de toutes les mauvaises
causes...
Le 5 mars 1997, Mobutu cède devant l'ultimatum des Etats-Unis et « accepte » de partager le
pouvoir entre sa famille, l'opposition et l'AFDL. Bo-Boliko relance ce plan américain le 17 avril : «
Il y a une opposition armée, une opposition non-armée et ceux qui détiennent le pouvoir. Des
négociations dignes de ce nom doivent impliquer ces trois forces. » Mukendi, premier conseiller
de Tshisekedi, le rejoint trois jours plus tard : « Notre parti rejette la passation des pouvoirs telle
qu'envisagée par Kabila. Un dialogue à trois est indispensable. » Ainsi est relancée l'idée d'un «
dialogue inter-zaïrois à trois » pour sauver le système néocolonial... Dès avant l'entrée à
Kinshasa, le front anti-nationaliste est solidement établi.
Ainsi, la CNS-HCR-PT coule sans gloire. La mission que lui a attribuée l'impérialisme américain,
sauver le système mobutiste en chassant Mobutu, n'a pas été accomplie.
Rares sont ses membres qui comprennent à temps quel rôle on voulait leur faire jouer. Et qui se
rendent compte que le soulèvement populaire avançant par vagues depuis l'Est, constitue
l'unique voie vers la libération de la dictature mobutiste.
Jean-Baptiste Sondji est parmi ceux-là. Le 31 mars déjà, il prennais de grands risques en
déclarant: « Une partie de la classe politique a beaucoup rêvé en espérant démettre Mobutu de
façon pacifique. Nous avons perdu sept années. La seule issue, c'est celle de Kabila ».
(KABILA,p.210-211)
Il est indéniable que les Etats-Unis ont lourdement « investi » dans l'opération rwando-
ougandaise et dans l'action de l'AFDL. Robert Griffin, l'ambassadeur américain à Kigali, un
homme de la CIA, a rencontré Kabila à plus de trente reprises entre octobre 1996 et avril
1997.160 Dès le mois de novembre 1996, certains clamaient haut et fort que Kabila était une «
marionnette » des Américains...
En février 1997, avec l'engagement angolais, le rapport de forces sur le terrain change
rapidement. Les Etats-Unis comprennent parfaitement le danger. Le Rwanda et l'Ouganda, et
A partir de la prise de Kisangani, la perception américaine évolue encore : Mobutu reste, certes,
une nuisance, mais Kabila devient le véritable danger.
Les Américains évoquent désormais l'hypothèse que les nationalistes congolais prendront seuls
le pouvoir et ils cherchent déjà des arguments pour les combattre. Ainsi, ils envisagent d'accuser
Kabila d'avoir été porté au pouvoir par des forces étrangères, rwandaise et ougandaise ! Les
Etats-Unis estiment que cela peut lui causer de sérieux problèmes à Kinshasa... Tel est le
cynisme de ces Américains qui pensaient pouvoir utiliser Kabila pour leurs propres fins... Le
journal Le Monde écrit 4 jours après la libération de Kisangani : « Du côté américain, on souligne
que sur le chemin de Kabila, les obstacles ne sont plus d'ordre militaire, mais déjà d'ordre
politique : s'il achève de s'emparer du pouvoir par la force, il risque de se voir reprocher de l'avoir
conquis grâce à l'aide "étrangère" - l'Ouganda et le Rwanda - et de s'exposer à de sérieux
problèmes. A Washington, on estime que M. Kabila se forgera "une autre image" et rencontrera
moins de difficultés s'il négocie ». Ainsi, dès la libération de Kisangani, les Américains font du
chantage à Kabila en le menaçant d'une campagne où il sera présenté comme « l'homme qui a
pris le pouvoir grâce aux étrangers », comme « l'homme des Rwandais »...
Face à Kabila, leur nouvel adversaire commun, Français et Américains entament quelques
mouvements de réconciliation. Paris et Washington veulent que Monsengwo retrouve sa place de
Président du HCR-PT. Cela doit se faire par consensus et permettra au grand « opposant »
Tshisekedi de retrouver son poste de Premier ministre. Mobutu, convaincu de s'en aller «
dignement », Monsengwo deviendra automatiquement Président. Quant à Kabila, on lui offrira...
la vice-présidence.
Le 28 mars, le ton monte encore. L'International Herald Tribune publie un éditorial dont le titre
résume bien l'attitude du pouvoir américain : « Washington espère que Mobutu perde et que
Kabila ne gagne pas ». L'article dit : « Kabila ne peut probablement plus être stoppé. Ou bien
cela se termine plus tôt par des négociations, ou bien cela se termine plus tard lorsque Kabila
aura tout pris. Mais aucune capitale n'a une "affaire d'amour" avec Kabila qui est décrit par
plusieurs responsables occidentaux comme un rebelle de carrière chez qui la politique va main
dans la main avec l'enrichissement personnel. (...) Kabila ne convient absolument pas pour être
le Président du Zaïre, disait un haut responsable des Etats-Unis. » (KABILA,p.216) Les
Américains savent très bien que « cela se terminera tôt », si l'on permet à Kabila de marcher
jusqu'à Kin, et que « cela se terminera très tard » si Kabila doit s'engager dans des palabres avec
la vieille classe politique, ivre de « postes » ! Kabila est déjà présenté comme un «
révolutionnaire professionnel » qui ne convient absolument pas comme Président. Ces
Américains ont l'habitude de décider qui convient et qui ne convient pas à la tête de leurs
différentes néocolonies !
Pendant que les Américains et leurs amis sud-africains se démènent fébrilement pour imposer le
« dialogue inter-zaïrois », Kabila raconte une petite anecdote : « Mbeki m'a téléphoné hier. Il m'a
dit qu'ils étaient à un point critique : la composition d'un gouvernement de transition avec les
mobutistes, l'Alliance et l'opposition. J'ai répondu que nos délégués étaient là pour négocier le
départ de Mobutu et de ses partisans et que les discussions sur le gouvernement de transition
devaient se faire après qu'ils aient cédé le pouvoir, et pas avant. Ce sera un gouvernement sans
les mobutistes ». (KABILA,p.216)
Une semaine plus tard, Mbeki n'a toujours pas digéré l'affront. Le 16 avril, il dit à N'Gbanda : «
Kabila commence à prendre de l'aile depuis ses dernières victoires à Lubumbashi. Il devient de
plus en plus arrogant dans ses propos et de plus en plus exigeant. Maintenant les Angolais font
pression sur lui pour qu'il progresse vers Kinshasa. (...) Plus le temps passe et plus nous perdons
le contrôle de Kabila ». Nous perdons le contrôle de Kabila ? Mbeki est-il devenu le porte-parole
des Etats-Unis ?
Le pouvoir américain sait parfaitement qu’aucune force ne peut plus freiner la marche de Kabila
vers Kinshasa. Il s’efforce néanmoins à stopper la guerre de libération qui n’a plus aucun
obstacle sérieux devant elle, sous le prétexte que « des innocents seront tués ». Mais deux à
trois années plus tard, lorsque ces mêmes Américains ont poussé les armées rwandaise et
ougandaise à agresser le Congo, ils enregistreront sans états d’âme 3.500.000 à 4.000.000 de
cadavres congolais... En mars 1997, les Etats-Unis déplacent plusieurs centaines de soldats de
Vicenza, en Italie, vers l'Afrique en vue d'un débarquement à Kinshasa. (KABILA,p.217)
Certains ont présenté Kabila comme un homme des Américains, voire des Rwandais. Les
déclarations pertinentes de Kabila fin mars suffisent pour anéantir cette fable. « Le débarquement
de troupes étrangères à la frontière de notre territoire est une menace à la paix, à l'intégrité
territoriale. « Je verrais d'un mauvais œil que les troupes étrangères, stationnées à Brazzaville,
mettent le pied sur le territoire zaïrois. Toute aventure de type néocolonial, ou toute tentative
d'aide à Mobutu se payerait très cher. » « Certains ont les ambitions que l'on imagine :
l'occupation de Kinshasa pour faire un chantage à l'ancienne manière. Ce sont des intimidations
que nous devons écraser. Nous devons continuer à avancer pour libérer notre peuple, quelque
soit la nature des pressions que nous aurons à subir de la part de ceux qui croient avoir la
mission de régenter le monde. » Voilà en quels termes Kabila parlait de l'impérialisme américain
et français avant son entrée à Kinshasa.
Le 26 avril 1997, une délégation américaine de choc arrive à Kinshasa. Composée de Bill
Richardson, l'ambassadeur des E.U. à l'ONU et envoyé personnel de Clinton, de monsieur
Skotzko, directeur du Africa Desk de la CIA, de Marc Baaf, directeur Afrique au Département
d'Etat et de Shawn Mc Colnick, chargé des Affaires africaines au Conseil National de Sécurité,
homme du Pentagone ! « C'est trop pour un simple message », dit N'Gbanda. « Il ne s'agit pas
d'un simple message », réplique sèchement Richardson, « mais d'une dernière mise en garde ».
S'adressant directement à Mobutu, Richardson dit : « Il est temps que vous vous retirez de la
scène politique. Nous vous garantissons votre sécurité, celle de votre famille et de vos proches,
nous veillerons à ce que votre famille politique et vos proches collaborateurs continuent leur
activité politique dans le nouveau cadre de la démocratie qui s'installe. Nous veillerons à ce que
vos biens, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, ne soient pas touchés. Nous vous garantirons
votre survie avec les égards dus au Chef d'Etat. ... Nous vous demandons avec instance de nous
faciliter la tâche en coopérant à ce schéma, car nous ne voulons pas voir votre cadavre traîné
demain dans les rues de Kinshasa. » (KABILA,p.222)
C'est en ces termes que les Américains proférèrent des menaces à un de leurs plus vieux et plus
fidèles serviteurs, devenu encombrant : obéissez, sinon nous ferons traîner votre cadavre sur les
routes poussiéreuses de la capitale...
Mobutu a travaillé 37 ans au service des Etats-Unis. Il a fait assassiner Lumumba et Mpolo,
Mbuyi et Elengesa, Mulele et Bengila, Gabriël Yumbu et Kibwe Cha Malenga et tant d'autres
grands patriotes congolais... Mobutu a ruiné et ravagé son pays en servant les Américains. Mais
s'il accepte de rendre un dernier service à ses maîtres, ces derniers lui garantiront la fortune
immense et les nombreux biens qu'il accumula en pillant l'Etat, ils lui accorderont tous les
privilèges liés au statut d'ancien Chef d'Etat...
Comment ne pas faire de comparaison avec le sort que ces mêmes Américains réserveront à
Mzee Kabila, dirigeant nationaliste qui s'est sacrifié pour la liberté et le bonheur de son peuple.
Les Etats-Unis combattront Kabila dès ses premiers jours au pouvoir en le traitant d'« assassin
des Hutu » et de « dictateur ». Kabila était à peine depuis 14 mois à la tête du Congo, que les
Américains déclencheront une guerre d'agression criminelle par Rwando-ougandais interposés.
Et finalement, ils feront abattre le Président congolais le 16 janvier 2001, la veille de
l'anniversaire de l'assassinat de Lumumba...
Dans la lettre de Clinton que Richardson remet à Mobutu, le 29 avril 1997, il est dit : « Les forces
de l'Alliance continuent leur avance implacable sur Kinshasa. (...) Un arrangement de transition
négocié représente le meilleur moyen de garantir que tous les groupes politiques, y compris votre
mouvance politique, seront en mesure de participer à la transition ». Les Américains, sachant que
Mobutu est déjà politiquement mort, font tout, jusqu'au dernier jour, pour sauver la mouvance
mobutiste et la maintenir au pouvoir.
La triomphe de la lutte armée populaire de libération balayera toute cette stratégie néocoloniale.
Et Mzee Kabila apparaîtra dans l'histoire de la Révolution Congolaise comme le plus grand
stratège et tacticien…
Fin pitoyable du dictateur
Ou : “Comment le maître abbattat son chien de garde”
Honoré N’Gbanda Nzambo Ko Atumba a été la grande figure des Services secrets mobutistes.
Ambassadeur en Israël de 1982 à 1985, il fut responsable des Services de sécurité et de
renseignements de 1985 à 1990. Il passe au ministère de la Défense entre 1990 et 1992 et finit
sa carrière comme conseiller spécial en matière de sécurité de Mobutu pendant les cinq
dernières années du Maréchal, de 1992 à 1997. N’Gbanda était l’homme de confiance par
excellence de la CIA.
Ses observations sur ses «amis américains» n’en sont que plus précieuses...
A propos de l’ambassadeur américain David Simpson, N’Gbanda a eu ces mots: Simpson est
«un fin diplomate, un de ceux qui savent pénétrer leur objectif en douceur pour entreprendre un
travail de sape en profondeur, sans affronter directement l’adversaire, du moins, pas trop tôt».
Simpson commença son mandat d’ambassadeur «sous le signe d’un charme sans précédent». Il
fit une visite amicale au couple présidentiel dans sa ferme de Guluma, près de Gbadolite.
Madame l’ambassadrice prit soin de se vêtir en pagne. Comme une vieille amie, elle aida
madame la Présidente à décortiquer des arachides... Mobutu était flatté.
Mais deux semaines plus tard, un diplomate africain rapporte les confidences que Simpson fit à
quelques collègues: «Mobutu est réellement le mal du Zaïre. S’il ne change pas, c’est lui qui
partira, car nous avons besoin de ce pays qui est riche et stratégique». (1)
N’Gbanda décrit l’ambassade américaine comme le véritable centre du pouvoir à Kinshasa. C’est
elle qui fit placer Kengo au poste de Premier ministre et qui l’y maintint. Comme le dit N’Gbanda:
«L’ambassadeur Simpson menaçait ouvertement Mobutu de la foudre de Washington s’il osait
opposer une quelconque résistance à Kengo.» (2) Quand les Américains estimaient qu’il était
temps de se débarrasser de Mobutu, ils retournaient presque toutes les autorités civiles et
militaires contre le Président Fondateur... N’Gbanda formule cela en ces termes: «L’ambassade
des Etats-Unis a fait un travail remarquable dans le domaine de la démobilisation et du
retournement des responsables et proches de Mobutu, tant civils que militaires. Toutes les
méthodes étaient utilisées: promesses, argent, intimidation, chantage...» (3) Avec ces quelques
mots, N’Gbanda montre clairement où se trouvait le véritable centre du pouvoir dans la
néocolonie qu’était le Zaïre mobutiste...
Le 23 février, N’Gbanda tient une séance de travail avec Kengo qui s’est montré jusqu’alors
opposé à toute négociation avec les «agresseurs». Contre toute attente, Kengo accepte la
démarche «convenue» en Afrique du Sud.
Le commentaire que fit N’Gbanda, montre bien comment et par qui les pays «indépendants» de
l’Afrique sont gouvernés: «L’ambassadeur américain était allé dire au Premier ministre Kengo de
s’impliquer dans cette dynamique, car son gouvernement la supportait totalement. (...) Ceci
expliquait cela». (6)
Le 26 février, les négociations recommencent à Pretoria entre les délégations sud-africaine,
zaïroise et américaine. En aparté, Mandela confie à N’Gbanda: «Tout le monde sait que le
Président Mobutu n’a plus d’armée pour le défendre. Mais ce n’est pas une raison pour
l’humilier». (7) Pour ne pas «humilier» le dictateur, Mandela est prêt à priver le peuple d’une
victoire désormais certaine.
Le 28 février, N’Gbanda reçoit la visite de George Moore qui lui fait une confidence: «Si Mobutu
ne vous autorise pas à signer un accord avec Kabila ici à Pretoria, dans deux semaines
Kisangani tombe! Suivie de Lubumbashi et de Gbadolite. Sa ville natale sera saccagée, les
tombes de sa femme et de ses enfants seront profanées. Dites-moi, monsieur N’Gbanda, dans
son état de santé actuel, Mobutu saura-t-il survivre à ce choc?» (8) C’est ainsi que les Etats-Unis
traitent leurs plus prestigieux et plus puissants laquais, une fois qu’ils sont devenus contre-
productifs. Un haut fonctionnaire américain peut menacer un Président africain de déterrer les
cadavres de sa femme et de ses enfants...
«Le peuple pourrait traîner votre cadavre dans les rues de Kinshasa...»
La maladie de Mobutu et la lutte des clans mobutistes aidant, l’agonie du régime se prolonge à
Kinshasa. La victoire militaire de Kabila devient certaine, mais Américains et Sud-Africains jouent
le tout pour le tout afin d’éviter cette issue. Mbeki dit le 23 avril à N’Gbanda: «La fin de la guerre
n’est plus qu’une question de jours. Mais notre effort est de la stopper pour trouver une solution
digne et paisible pour tous».(9) Agissant pour le compte des Américains, Mbeki pense qu’il peut
encore empêcher la victoire totale du mouvement nationaliste congolais et sauver les positions
des mobutistes et tshisekedistes à la tête de l’Etat...
Le 26 avril, une délégation américaine de choc arrive à Kinshasa. Composée de Bill Richardson,
l’ambassadeur des E.U. à l’ONU et envoyé personnel de Clinton, de monsieur Skotzko, directeur
du Africa Desk de la CIA, de Marc Baaf, directeur Afrique au Département d’Etat et de Shawn Mc
Colnick, chargé des Affaires africaines au Conseil National de Sécurité, homme du Pentagone.
«C’est trop pour un simple message», dit N’Gbanda. «Il ne s’agit pas d’un simple message»,
réplique sèchement Richardson, «mais d’une dernière mise en garde». (10)
S’adressant directement à Mobutu, Richardson dit: «Il est temps que vous vous retirez de la
scène politique. Nous vous garantissons votre sécurité, celle de votre famille et de vos proches,
nous veillerons à ce que votre famille politique et vos proches collaborateurs continuent leur
activité politique dans le nouveau cadre de la démocratie qui s’installe. Nous veillerons à ce que
vos biens, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, ne soient pas touchés. Nous vous garantirons
votre survie avec les égards dus au Chef d’Etat. (...) Nous vous demandons avec instance de
nous faciliter la tâche en coopérant à ce schéma, car nous ne voulons pas voir votre cadavre
traîné demain dans les rues de Kinshasa.» (11)
C’est en ces termes que les Américains proférèrent des menaces à un de leurs plus vieux et plus
fidèles serviteurs, devenu encombrant: obéissez, sinon nous ferons traîner votre cadavre sur les
routes poussiéreuses de la capitale.
Mobutu a travaillé 37 ans au service des Etats-Unis. Il a fait assassiner Lumumba et Mpolo,
Mbuyi et Elengesa, Mulele et Bengila, Gabriël Yumbu et Kibwe Cha Malenga et tant d’autres
grands patriotes congolais... Mobutu a ruiné et ravagé son pays en servant les Américains. Mais
s’il accepte de rendre un dernier service à ses maîtres, ces derniers lui garantiront la fortune
immense et les nombreux biens qu’il accumula en pillant l’Etat, ils lui accorderont tous les
privilèges liés au statut d’ancien Chef d’Etat.
Comment ne pas faire de comparaison avec le sort que ces mêmes Américains réserveront à
Mzee Kabila, dirigeant nationaliste qui s’est sacrifié pour la liberté et le bonheur de son peuple.
Les Etats-Unis combattront Kabila dès ses premiers jours au pouvoir en le traitant d’«assassin
des Hutu» et de «dictateur». Kabila était à peine depuis 14 mois à la tête du Congo, que les
Américains déclencheront une guerre d’agression criminelle par Rwando-ougandais interposés.
Et finalement, ils feront abattre le Président congolais le 16 janvier 2001, la veille de
l’anniversaire de l’assassinat de Lumumba.
Mais revenons à l’ultimatum de Richardson. Quoique le message soit cruel dans sa clarté,
Mobutu fait semblant de ne pas comprendre. Il répond: «Que faites-vous de la démocratie que
vous avez soutenue dans ce pays?» Richardson s’énerve et N’Gbanda doit se pencher à l’oreille
du Maréchal pour lui chuchoter: «Ils ne sont pas venus discuter, l’allusion à votre cadavre traîné
dans les rues veut dire qu’ils vous présentent un ultimatum à accepter ou à refuser». (12)
Mobutu a son amour-propre à sauver, N’Gbanda sa carrière politique future. La veille, il avait
demandé à son patron: «Retirez-vous et laissez-nous avec votre famille politique nous battre
démocratiquement avec les autres». (13)
Dans la lettre de Clinton que Richardson remet à Mobutu, le 29 avril 1997, il est dit: «Les forces
de l’Alliance continuent leur avance implacable sur Kinshasa. (...) Un arrangement de transition
négocié représente le meilleur moyen de garantir que tous les groupes politiques, y compris votre
mouvance politique, seront en mesure de participer à la transition». (14) Les Américains, sachant
que Mobutu est déjà politiquement mort, font tout, jusqu’au dernier jour, pour sauver la mouvance
mobutiste et la maintenir au pouvoir.
Le fameux tête-à-tête Kabila-Mobutu, sous l’œil vigilant de Mandela, se tient le 4 mai. Le chef de
l’AFDL demande à Mobutu de se retirer et annonce qu’il sera le futur Président du Congo. Dans
un aveuglement pathétique, Mobutu pense qu’il peut encore décider de l’avenir du Congo. Il
refuse et s’écrie: «C’est une mise en scène, c’est la comédie des Américains et des Sud-
Africains. Je dois me retirer et lui laisser seul le pouvoir? De quel droit?» (15) Un nouveau rendez-
vous «historique» est fixé pour le 14 mai.
La confusion délibérée de ce texte montre bien que le but essentiel de Mandela et de ses patrons
américains est de dérober la victoire, devenue certaine, à Kabila. Dans le Plan Mandela, Mobutu
reste en place jusqu’au transfert du pouvoir et il peut donc peser sur la décision. Le pouvoir n’est
pas transféré à l’AFDL et à son Président, mais au «parti majoritaire». L’intention est toujours
d’arriver à la formation d’une majorité néocoloniale anti-Kabila.
La perfidie de Mandela était telle qu’il fit une ultime tentative de priver les nationalistes congolais
de leur victoire. Après la rencontre manquée avec Kabila, il va voir Mobutu sur son lit. Il lui
annonce que l’Afrique du Sud exercera des pressions sur Kabila pour qu’il arrête sa marche sur
Kinshasa. Il propose à Mobutu la constitution d’un triumvirat avec Kabila pour l’AFDL, N’Gbanda
pour la mouvance mobutiste et Kamanda pour l’opposition. Ce triumvirat doit organiser les
structures provisoires de la transition! C’était la dernière version du plan américain pour laisser le
pouvoir aux mains des mobutistes en marginalisant Kabila. (19)
Quand il doit prononcer un jugement sur l’impérialisme américain, qu’il a servi avec conviction et
talent, N’Gbanda prétend que la force des Etats-Unis réside dans le respect des valeurs
religieuses! «Les citoyens des Etats-Unis exigent de leurs dirigeants le respect strict des valeurs
morales et spirituelles. C’est là justement que repose le secret de la force d’une nation.» (22)
Et N’Gbanda de citer abondamment la bible pour préparer l’opinion publique à son retour aux
affaires! Il menace Kabila en lançant: «Qui combat par l’épée périra par l’épée». Il revendique
des postes pour lui et ses semblables en citant Mathieu: «Un royaume divisé contre lui-même
sera dévasté» et en proclamant que le Congo doit se reconstruire «sur le rocher de la grâce du
pardon et de l’amour». (23)
Le 24 mars 1997, Mobutu fait parvenir à N’Gbanda une enveloppe avec 20.000 dollars pour les
frais de mission de la délégation zaïroise qui se rendra au sommet de l’OUA à Lomé. Il la remet à
Bo-Boliko. N’Gbanda se dit «fortement surpris» d’avoir lu dans Jeune Afrique les affirmations de
Likulia disant qu’il a débloqué 400.000 dollars pour cette mission, y compris pour l’affrètement
d’un Boeing. N’Gbanda prétend que Kamanda est arrivé dans un petit porteur et le reste de la
délégation à bord d’un Falcon 50 affrété par la Gécamines. (26)
Quelques jours plus tard, N’Gbanda apprend du général Mahele que Likulia a proposé aux
Français de faire un coup d’Etat pour sauver le Maréchal. Baramoto de son côté avait conçu le
même projet. Les Français leur ont déconseillé une telle aventure. Les Américains ont menacé
Baramoto et Nzimbi de terribles représailles s’ils tentent un coup de force! (27)
Le 16 mai, Likulia achète une page entière du journal Le Monde pour y publier une «Lettre
ouverte à propos de la démocratie». S’adressant au peuple français qui ira bientôt aux urnes,
Likulia dit: «Votre vote, qu’il soit pour la majorité ou l’opposition parlementaire, ne sera soumis à
aucune pression politique ou économique... Cette “normalité républicaine” c’est la voie dans
laquelle doit s’engager le Zaïre. Avec tous ceux qui le souhaitent, sans autre exclusive que leur
engagement patriotique». C’est ainsi que l’homme de la France se fait passer pour le meilleur
patriote zaïrois. Il n’y aurait en France «aucune pression économique sur le vote» des citoyens?
C’est cacher que l’issue des élections en démocratie bourgeoise est déterminée par les millions
de dollars qu’un parti peut débourser et par le soutien dont il jouit de la part des faiseurs de Rois
modernes, les multinationales de l’information...
Le dernier homme de Mobutu se présente comme premier ami de la France. Aux Français, il
prouve qu’il est aussi expert en démagogie «démocratique» qu’un Mitterrand, Jospin ou Chirac:
«Chacun d’entre vous doit savoir qu’au Zaïre... c’est en français qu’on rêve de liberté, d’égalité et
de fraternité. (...) Comme vous le désirez pour la France, je veux pour le Zaïre: indépendance,
unité, paix civile et démocratie». (28)
Et comme pour résumer une dernière fois, la veille de la chute de la dictature, les grands thèmes
de la propagande mobutiste contre le soulèvement nationaliste, Likulia souligne trois «vérités»:
les Tutsi sont une race habituée à tuer; le Zaïre de Mobutu a été la victime innocente d’une
agression étrangère; Kabila a massacré au point de transformer le Zaïre en abattoir.
Notes
1) "Ainsi sonne le glas ! Les derniers jours du Maréchal Mobutu" (éditions Gideppe, 1998) , N’GBANDA, p.119.
2) Ibid., p.154.
3) Ibid., p.132.
4) Ibid., p.234 et «Agreement», p.383.
5) Ibid., p.234.
6) Ibid., p.236.
7) Ibid., p.238.
8) Ibid., p.239.
9) Ibid., p.293.
10) Ibid., p.295-296, 299.
11) Ibid., p.300.
12) Ibid., p.301.
13) Ibid., p.302.
14) Ibid., p.425-426.
15) bid., p.313.
16) Ibid., p.316.
17) Ibid., p.320.
18) Ibid., p.341-343.
19) Ibid., p.321.
20) Ibid., p.157.
21)«La paranoïa anti-Tutsi», Le Figaro, 23-24 novembre 1996.
22) N’GBANDA, [Link]., p.349.
23) Ibid., p.351-352.
24)«Le général Likulia prône...», Le Potentiel, 15 mai 1997.
25) N’GBANDA, [Link]., p.246.
26) Ibid., p.264.
27) Ibid., p.249.
28) Le Monde, 16 mai 1997.
29) N’GBANDA, [Link]., p.253.
30) Ibid., p.253.
31) Ibid., p.254.
32) Ibid., p.328.
33) Ibid., p.333.
34) Ibid., p.335.
35) Ibid., p.331-332.
VII) Une «classe politique» à la recherche du
paradis perdu
La classe politique mobutiste a comme idéal démocratique le système néocolonial «normal», où
les puissances qui dominent le Congo offrent aux différents politiciens la possibilité de bouffer à
tour de rôle.
Quelques rares hommes et femmes de la Transition se sont rendus compte dans quel abîme le
pays était plongé. Et ils ont compris que seul un régime nationaliste soucieux du sort du petit
peuple, pouvait apporter le changement nécessaire.
Vincent-Robert M’Bwankiem, un des co-fondateurs de l’Union pour la Démocratie et le Progrès
Social a exprimé la position de ces rares membres de l’opposition préoccupés par la
reconstruction du Congo ravagé. Reçu le 2 décembre 1997 par le Président Laurent Kabila,
M’Bwakiem déclara: «Avec le Président ... nous avons abouti à l’impérieuse nécessité d’œuvrer
pour le rapprochement de nos deux familles politiques en vue d’unir nos efforts dans la noble
mission de reconstruire notre pays sinistré par trente-deux ans de mégestion ... Les dirigeants
acquis au dialogue ont déployé des efforts, sans succès hélas! en vue de persuader monsieur
Tshisekedi de privilégier les contacts politiques à toute autre démarche. Ce mardi 2 décembre
1997, la délégation du parti que j’ai conduite, est allée confirmer au Chef de l’Etat la volonté de
l’UDPS de prendre une part active à la reconstruction nationale.»
Mais la très grande majorité de cette classe n’as pas fini de se batter pour le plus grand morceau
de la tarte, la place la plus importante à latable de la bourgeoisie compradore qui s’engraisse sur
le dos du peuple congolais et en servant les intérêts des puissances néocoloniales. Ils ne
s’arrêtent pas de se positionner et se repositionner en fonction des calculs et “opportunités” qu’ils
pensent démêler dans la situation changeante en RDC.
Il y a d’abord le groupe de mobutistes qui se cachent dans un exil reel (les Kengo Wa dondo, les
Ngbandas, les Baromoto) ou un exil politique (Tshisekedi) d’où ils attendent le moment opportune
de lancer leur “offensif foudrayant”. Parfois ils entrent en action et font des grandes declarations,
à d’autres moments ils retournent vers “la discretion” et continuent à "attendre leur moment".
Un deuxième groupe sont les très nombreux barons mobutistes qui ont colaboré avec les
agresseurs rwandais et ougandais à fin de donner une couverture congolaise à l’agression qui a
coûté la vie de 4 millions de congolais. Ce sont les Bembas, José Endundu, Omer Egwake, José
Engwanda, Banza Mukalay, Joseph Mudumbi… Ce groupe a rejoint dans la “rébellion” un groupe
de jeunes candidats au mobutisme tel que Ruberwa, Nyarugabo et autres.
Il y a ceux qui se sont cache dans la soi-disante opposition politique non-armée, comme les
Diomi Ndongala et Catherine Nzuzi wa Mbomho,
Enfin il y a ceux qui se sont infiltrés dans le camp nationaliste en simulant qu’ils se sont convertit
de leur passé mobutiste.
La confusion est grande pour le citoyen qui observe tout ce beau monde, car très souvent des
gens changent de groupe, dès qu’ils jugent devoir changer de stratégie pour obtenir leur objectif
central : le pouvoir à bouffer.
Souvent ils se combattent à vie et à mort et souvent aussi des ennemis déclarés de hier
deviennent des alliés jusqu’à la mort demain et vice versa. Et tous, ils disent servir la démocratie,
le peuple congolais, l’indépendance nationale etc…
Comment distinguer dans ces conditions les nationalistes autenhentique de ceux qui veulent le
retour au système mobutiste et néocolonial?
Il y a 5 positions qui permettent de voire clair dans les intentions camouflés.
1) La position envers les idées et les experiences de ceux qui ont vraiment défendu
l’indépendance nationale, la souverainité nationale et le bien-être des congolais, c’est à
dire Lumumba, Mulele et kabila.
Tous les mobutistes camouflés ou ouverts, sont unis dans la haine et le mépris profonde envers
la personne qui incarne le plus jusqu’à maintenant ce courant nationaliste et de démocratie
populaire : Mzee Laurent Désiré Kabila.
Tous les mobutistes camouflés ou ouverts, sont unis dans la ferme conviction que pour retourner
à la normalité, il faut d’abord et avant tout avoir l’appui d’une ou plusieurs puissances qui jouent
au vrai maîtres du monde et du Congo. Ils sont tous unis pour demander l’ingérence
néocoloniales et se disent des adhérents des principes du libre marché. Ils sollicitent les faveurs
des maîtres néocoloniales en leur promettant de restaurer le plus vite que possible le système
d’exploitation neocolonial.
Tous les mobutistes ouverts ou camouflés tiennent des beaux discours sur la defense du Congo
contre l’agression. Mais aucun d’entre eux n’a pas la moindre intention de se sacrifier, de
travailler et de lutter pendant une longue période au service de la masse populaire. Parlant du
bout des lèvres des luttes menées par les masses travailleuses, leur seul but est de capter la
sympathie du peuple, de rafler des voix lors des élections à venir et de se propulser au
gouvernement. Ils n’essayent pas de connaître les luttes héroïques que le peuple a mené durant
la période coloniale, pas plus que les insurrections populaires de 1960-1961 et de 1963-1968 et
ils veulent encore moins les prendre comme source d’inspiration. Falsifiant à dessein l’histoire du
Congo, ils font commencer la dictaure mobutiste au 24 novembre 1965. Ainsi, ils veulent
masquer le fait que la domination néocoloniale ait débuté par le coup d’Etat de Mobutu et ses
petits Commissaires généraux en 1960. Leur intention est de blanchir les ignobles agents
néocoloniaux qui ont organisé la terreur contre les nationalistes du 14 septembre 1960 jusqu’au
24 novembre 1965 ainsi que ceux qui ont collaborés à la guerre d’agresison 1998-2003. Leur but
principal est d’arracher les page les plus importantes de l’histoire du Congo: celle où est écrite
l’héroïque insurrection populaire qui atteignit son point culminant en 1964 et qui fut écrasée par
une intervention massive de mercenaires sud-africains et de troupes belges et américaines et
celle qui fut la guerre de liberation qui a aboutit dans une année de gouvernemnt nationaliste
don’t l’élan a été cassé par la guerre d’agression et qui s’est ensuite transformée dans la guerre
de résistanec à l’agression entre 98 et 2003. Ainsi ils mettent sur le meme pied : d’un côté la
guerre de liberation de 96-97 qui a balayé le monbutisme et qui correspondait entièrement à la
volonté populaire, de l’autre la guerre d’agression qui a commence le 2 août 1998 et qui a couté
la vie à 4 millions de congolais.
Se moquant complètement des masses populaires, de leurs luttes et de leur organisation, les
mobutistes camouflés ou ouverts, n’ont qu’une seule idée en tête: arriver vite au gouvernement, à
la tête de grandes institutions. Pour cela ils s’opposent farouchement à ce qu’on pose les
questions : "Qui est qui?" Et “Qui a fait quoi?”. Ils considérent tous l’arrogance et le mensonge
comme faisant parti de l’arsenal de politicien. Ils trouvent que c’est leur droit naturel de se battre
pour les postes en tenant n’importe quel discours démagogique et en réfusant en meme temps
que l’on demande de juger leurs paroles et leurs actes de hier.
5) La réconciliation nationale.
Les militants nationalistes ont le devoir d’être vigilant et de faire connaître la vérité au people pour
emlpêcher le retour vers l’ordre “normal” du néocolonialisme et du système mobutiste.
Les crimes commis par le président Mobutu sont de diverses
natures
Contribution de Damien VUWA MENAYAME, Ingénieur Congolais