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Introduction ET Chapitre 1

Ce document présente un cours d'introduction à la bibliothéconomie à l'Université Notre Dame du Kasayi, dirigé par Robert Tshibuabua. Il définit la bibliothéconomie comme l'ensemble des techniques de gestion et d'organisation des bibliothèques, en soulignant son importance pour les professionnels de l'information. Le cours vise à initier les étudiants aux aspects administratifs, organisationnels et de service d'une bibliothèque, tout en leur fournissant des outils pour améliorer leur pratique quotidienne.

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Introduction ET Chapitre 1

Ce document présente un cours d'introduction à la bibliothéconomie à l'Université Notre Dame du Kasayi, dirigé par Robert Tshibuabua. Il définit la bibliothéconomie comme l'ensemble des techniques de gestion et d'organisation des bibliothèques, en soulignant son importance pour les professionnels de l'information. Le cours vise à initier les étudiants aux aspects administratifs, organisationnels et de service d'une bibliothèque, tout en leur fournissant des outils pour améliorer leur pratique quotidienne.

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MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE

UNIVERSITE NOTRE DAME DU KASAYI (UKA)


République Démocratique du Congo

COURS : INTRODUCTION A LA BIBLIOTHECONOMIE


L3 Communication

A Ashila Robert TSHIBUABUA

Année universitaire 2024-2025

*
INTRODUCTION GENERALE

Je vous remercie d’avoir choisi la formation aux SIC. Je suis Robert Tshibuabua Ashila,
responsable de la Bibliothèque universitaire de l’UKA, qui est la bibliothèque centrale,
l’unique de notre site universitaire. Ce cours s’adresse à vous, qui souhaitez devenir des
professionnels de l’Information sous toutes ses formes, aux chercheurs et toute personne ayant
en charge la gestion de la documentation. Il devra vous donner une première introduction dans
le métier de bibliothécaire. C’est une introduction à la bibliothéconomie

ELUCIDATION DU CONCEPT BIBLIOTHECONOMIE

Le terme bibliothéconomie provient de l’association des deux mots bibliothèque et économie


(library economy). Si certains la considèrent comme une science, d’autres estiment que c’est
une discipline, une pratique ou une technique. En effet, il existe autant de définitions qu’il
existe des auteurs. Sans prétention de les mentionner toutes, nous indiquons dans les lignes
qui suivent quelques-unes.

La bibliothéconomie est : « l'art d'arranger, de conserver et d'administrer une bibliothèque.


»1 (Dictionnaire Bescherelle en 1845). Cette définition fut reprise entre 1855 et 1885 par le
dictionnaire de Pierre Larousse en précisant toutefois que le terme reste peu usité. C’est au
cours du XXe siècle que le terme se généralise donnant la possibilité d'une théorisation de la
discipline ou de la pratique.

Pour le Dictionnaire encyclopédique des sciences de l'information et de la communication la


bibliothéconomie est : « la science de l'administration, de l'organisation et de la gestion des
bibliothèques » 2

Pour Yves-François Le Coadic - spécialiste en sciences de l'information et de la


communication (SIC) - dans le Dictionnaire de l'information, la bibliothéconomie est une : «
pratique d'organisation d'une bibliothèque.

Pour le Thésaurus de l'Unesco, la bibliothéconomie est une « discipline d'enseignement qui


traite de la collecte, de l'emmagasinage et de la distribution des documents, manuscrits ou
imprimés par le biais des bibliothèques, ainsi que la gestion de celles-ci. »3

Pour Noë Richter dans le Précis de bibliothéconomie : « La bibliothéconomie n'est ni une


science, ni une technique rigoureuse. C'est une pratique d'organisation qui prend en compte
un certain nombre de données techniques, administratives, sociales et psychologiques, et qui
les applique à un domaine d'activité où existent des usages parfois très anciens. »4

1
Dictionnaire national ou dictionnaire universel de la langue française, Bescherelle, 1856, p.396
2
Dictionnaire encyclopédique des sciences de l'information et de la communication, Bernard Lamizet et Ahmed
Silem (dir.), Paris, Ellipses, 1997, p.63
3
Thésaurus de l'Unesco, Vol. 1, Introduction, thésaurus classifié, index permuté. Paris : Unesco, 1983, p.209
4
Brigitte Richter. Précis de bibliothéconomie. 5e édition revue et mise à jour / avec la collab. De Marcelle Ménil
et de Noë Richter. - München ; London ; New-York ; Paris : Saur, 1992, p.1-2
Si la bibliothéconomie est à la fois un Art, une science, une discipline, une pratique et une
technique d’après l’hétérogénéité de définitions, sa nature épistémologique semble bien se
rattacher aux sciences de l'information et de la communication (SIC).

 QUE RETENIR ?
- Qu’est-ce que c’est la bibliothéconomie ?
o La bibliothéconomie est l’ensemble des techniques de gestion et d’organisation d’une
bibliothèque ou d’un centre de documentation ou de l’information en général. Un
autre mot plus général est Sciences de l’Information et des bibliothèques.

o La bibliothéconomie est l’ensemble des techniques de gestion et d’organisation des


bibliothèques.

OBJET DE L’ETUDE

L'objet de l’étude de la bibliothéconomie fait consensus dans toutes les définitions. Il s’agit de
:
- Administration des bibliothèques »
- Organisation des bibliothèques (la dimension de « conservation » s'effaçant),
- Gestion des bibliothèques

CONTENU DU COURS

La bibliothéconomie n'est qu'un cours parmi cinq autres (bibliographie, informatique


documentaire, acquisitions (choix de documents et édition française), catalogage et indexation
des documents imprimés). Il vous semblera a priori plus facile parce que vous pratiquez la
bibliothéconomie tous les jours. Ce cours vous permettra donc de conforter vos pratiques de
travail, de les améliorer éventuellement, de vous apporter un vocabulaire professionnel précis,
des exemples de ce qui se pratique ailleurs, mais surtout de vous permettre une réflexion sur
votre travail quotidien. Ce regard théorique, extérieur car rédigé sur quelques pages, doit vous
aider à prendre du recul sur votre travail, à analyser ce que vous faîtes, à réfléchir sur la façon
dont les lecteurs comprennent (ou ne comprennent pas hélas !) l'organisation des services que
vous leur proposez.

OBJECTIFS DU COURS

Ce cours doit vous initier dans le métier de bibliothécaire / documentaliste. Il doit :


 Renseigner les apprenants sur la gestion administrative d’une bibliothèque,
 Amener les apprenants à constituer et à valoriser un fonds documentaire,
 Mettre en exergue et valoriser le travail quotidien du bibliothécaire
 Informer sur les tâches bibliothéconomiques
 Amener les apprenants à maitriser le circuit du livre et la chaine documentaire,
 Renseigner les apprenants sur la gestion des SID
 Améliorer certains services aux lecteurs (création d'une signalétique, rédaction d'un
guide du lecteur)
 Avoir des bases ou des idées pour transformer certaines fonctions (sécurité,
récolement)
 Définir et décrire de manière systématique les documents en fonction de leurs supports
PLAN DU COURS PROVISOIRE
0. INTRODUCTION GENERALE
0.1. Elucidation du concept bibliothéconomie
0.2. Objet de l’étude
0.3. Objectifs du cours
0.4. Plan du cours - première partie : la chaîne documentaire
0.5. Eléments de bibliographie

Chapitre I : FONDEMENT INTELLECTUEL DE LA BIBLIOTHECONOMIE

1. Définition
1.1. Paternité du concept
1.2. acception des anglo-saxons
2. Objet de la bibliothèque
2.1. Acquisition
2.2. Organisation
2.3. Service
3. Historique
4. Fondements intellectuels de la bibliothéconomie
0.1. Deux tendances
0.2. Facteurs du fondement intellectuels de la bibliothéconomie
0.3. bibliothèque, documentation et archivistique

CHAPITRE II : BIBLIOTHEQUE
1. Définition
2. Rôle d’une bibliothèque
3. Missions d’une bibliothèque
4. Statuts des bibliothèques
5. Typologie des bibliothèques

CHAPITRE III : ADMINISTRATION D’UNE BIBLIOTHEQUE (MANAGEMENT DES


SID)
1. Introduction
2. Gestion de l’aspect administratif d’une bibliothèque
3. Organisation interne du travail
4. Personnel d’une bibliothèque
CHAPITRE IV : CLASSEMENT DES DOCUMENTS
1. Le classement par format
2. Le classement par ordre d’entrée
3. Classement par format et par ordre d’entrée
4. Classement systématique

CHAPITRE V : POLITIQUE DOCUMENTAIRE


5.1. Politique documentaire
5.2. Circuit du livre
5.2.1. Acquisition
5.2.1.1.Formes d’acquisitions
5.2.1.2. Les types d’acquisition
5.2.1.3. Procédure d’acquisition
5.2.2. Traitement des documents
5.2.2.1. Introduction
5.2.2.2. Traitement physique
5.2.2.3. Traitement intellectuel
5.2.2.4. Description de contenu
5.3. Equipement
5.4. Diffusion ou communication des documents
5.4.2. Introduction
5.4.3. Formes de diffusion
5.4.4. Modes de diffusion

CHAP.V : CIRCUIT DU LIVRE ET COMMUNICATION DES DOCUMENTS


4.1. Chaine documentaire le circuit du livre du document
4.2. Communication des documents en bibliothèque
4.3. Système de prêts.

CHAPITRE VI : EVALUATION DU SERVICE RENDU AUX USAGERS


5.1. Budget
5.2. Statistiques

CONCLUSION GÉNÉRALE : Bibliothèque et nouvelle technologie


BIBLIOGRAPHIE
ABID, Abdelaziz et GIAPPICONI, Thierry. La révision du manifeste de l'UNESCO sur les
bibliothèques publiques. 1995.
ASSOCIATION DES BIBLIOTHECAIRES DE FRANCE. Conservateur des bibliothèques,
un nouveau métier ? t. 47., n° , 2002.
ASSOCIATION DES BIBLIOTHECAIRES DE FRANCE. Le Métier de Bibliothécaire,
Edition mise à jour et corrigée/ sous la direction de Raphaël MOUREN et
Dominique PEIGNET. Paris : Cercle de la Librairie, 2007,452 p.
BALAS Claire. Maitrise de l’information. Disponible sur
http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/documentation/Pages/2008/
96_unesco.aspx Consulté le 25 janv.2020
BALTZ C. Une culture pour la société de l’information ? Position théorique, définition,
enjeux. In Documentaliste - Sciences de l’information, 35(2), 1998, p. 75-82.
BATEKO, Bobutaka, et al. Archivistique, bibliothéconomie, documentation et légistique: des
disciplines de la bibliologie. Archivistique, bibliothéconomie, documentation et
légistique, 2015, p. 1-314.
CALENGE Bertrand, Accueillir, orienter, informer..., Paris, Éd. du Cercle de la librairie,
1996.
CALENGE Bertrand, Peut-on définir la bibliothéconomie ? : essai théorique, Bulletin des
bibliothèques de France (BBF), 1998, n° 2, p. 8-20.
CARON Gilles. Vers une philosophie de la bibliothéconomie, Documentation et
bibliothèques, décembre 1975, p. 187-196.
CONSTANTIN, L.-A. Bibliothéconomie. 1841.
FONDIN, Hubert. La science de l’information: contribution pour un paradigme
informationnel. Documentation et bibliothèques, 2003, vol. 49, no 1, p. 23-29.
GÓMEZ HERNÁNDEZ, José Antonio. Un espace pour la bibliothéconomie dans les sciences
de la documentation. 1998.
GRAESEL, Arnim. Manuel de bibliothéconomie. h. Welter, 1897
JACQUESSON Alain et RIVIER Alexis. Bibliothèques et documents numériques, Paris,
Cercle de la Librairie, 1999,377 p.
MERCURE, Gérard. Une vision technicienne de la bibliothéconomie. Documentation et
bibliothèques, 1980, vol. 26, no 4, p. 183-196.
MEYRIAT Jean. Documentalistes et bibliothécaires : regards croisés sur leurs
formations , Bulletin des bibliothèques de France, 1996, n° 6, p. 37-40.
SABY, Frédéric. Faut-il refonder la bibliothéconomie?. Bulletin des bibliothèques de France,
1998, no 2, p. p. 21-24.
SALAÜN, Jean-Michel. La redocumentarisation, un défi pour les sciences de
l’information. Études de communication, 2007, vol. 30, no 1, p. 13-23.
SHERA Jesse H. Précis de bibliothéconomie. Paris, 1982.

CHAPITRE I : FONDEMENTS DE LA BIBLIOTHÉCONOMIE

1. DÉFINITION

1.1.Paternité du concept

Le terme de bibliothéconomie est apparu, semble-t-il pour la première fois en 1839, bien que
la pratique ait existée depuis la plus haute Antiquité, notamment avec les bibliothèques
publiques de l’Empire romain.

Constantin Hesse, à qui l’on attribue la paternité du terme, délimite le champ des
préoccupations de la bibliothéconomie qui s’intéresse :

- aux « problèmes posés par les collections (constitution, accroissement, classement,


catalogage, conservation) ;
- Aux problèmes posés par les usagers (devoirs réciproques du personnel et du public,
accès aux livres, prêt) et
- Et enfin aux problèmes posés par la bibliothèque elle-même en tant que service organisé
(règlement, personnel, comptabilité, local, ameublement).

- Ce sont les trois séries de problèmes qui constituent encore aujourd’hui la matière de tout
enseignement bibliothéconomie. » (Richter B. 1982).

1.2. Acception des anglo-saxons

Les Anglo-saxons aussi définissent la bibliothéconomie qu’ils nomment librarianship ou


library-science comme : la collecte, la préservation, l’organisation et l’utilisation du savoir
humain fixé sous une forme ou sous une autre.

Ces définitions montrent qu’une bibliothèque ne se réduit pas à un rassemblement d’ouvrages


en un lieu donné. C’est une institution sociale qui forme un maillon dans le système de
communication présidant à l’organisation de toute société, à l’existence de toute culture. Sans
communication entre les hommes, l’on ne saurait parler de société, et nous sommes témoins
de l’importance qu’a revêtue la communication écrite dans l’élaboration, la fixation et la
diffusion des valeurs de la culture occidentale.
2. OBJET DE LA BIBLIOTHEQUE

L’objet ultime de la bibliothèque et donc de la bibliothéconomie demeure la communication


des connaissances, des idées, de la pensée.

La bibliothèque dans son acceptation moderne représente un système intégré de trois


composantes dont l’équilibre harmonieux est assuré par l’entremise d’une autorité
administrative. Dans ces trois composantes, nous retrouvons les fonctions citées par Hesse à
savoir, l’acquisition, l’organisation et le service.

2.1. Acquisition

Concernant l’acquisition, le bibliothécaire doit connaître les besoins documentaires exprimés


ou potentiels des lecteurs (Attente des potentiels usagers), et surtout, il doit savoir comment
les acquérir (dabs le cadre de l’accroissement des collections et de la mise à jour du fonds
documentaire). À ce niveau, ses connaissances bibliographiques vont lui servir à faire une
sélection pertinente.

2.2. Organisation

L’organisation revient à ranger le matériel documentaire acquis de façon rationnelle pour


qu’il puisse être utilisé à bon escient. Ceci nous renvoie aux systèmes de classification utilisés
dans les divers catalogues et fichiers, à la cotation des ouvrages en rayons, etc…(Ordre de
classement et système de classification).

2.3. Service

Cette organisation rationnelle nous mène directement à la troisième composante qui est le
service fourni par la bibliothèque (prestations de la bibliothèque). La notion de service est ici
essentielle, car elle représente la raison d’être de la bibliothèque. C’est pour satisfaire cette
dernière que les deux premières fonctions sont établies. En effet, acquérir des ouvrages et les
disposer méthodiquement n’a de sens que si ces ouvrages sont effectivement utilisés. C’est
dans cet esprit qu’il faut comprendre les lois bibliothéconomiques de S. R. Ranganathan
Books are for use ; every book its reader ; and every reader his book.

La gestion de la bibliothèque exige plus que jamais l’élaboration des règles qui puissent
servir à normaliser les pratiques bibliothéconomiques. C’est ici qu’intervient la théorie de la
bibliothéconomie, car pour établir des normes qui soient satisfaisantes pour l’ensemble de la
communauté internationale, il faut pouvoir aller au-delà des différences de super-structure
pour dégager « la substantifique moelle ».

En d’autres termes, la théorie de la bibliothéconomie, pour être crédible, doit adopter une
démarche scientifique et nous savons que cette dernière implique objectivité et
rationalisation. C’est pourquoi la bibliothéconomie ne doit pas se réduire à l’observation des
faits, des manifestations extérieures, des pratiques courantes. Elle va à la recherche des
causes profondes de chaque phénomène, pour en déduire, après étude, les implications
finales.

L’on pourrait se demander pourquoi la bibliothéconomie est une science nouvelle alors qu’il
existe des bibliothèques depuis des millénaires. Le second point de cette introduction sur la
théorie de la bibliothéconomie va essayer de répondre cette question à travers une brève revue
de l’historique des bibliothèques.

3. HISTORIQUE

Dans le monde occidental, on s’est préoccupé très vite de la préservation des faits culturels
par un procédé plus fiable que la mémoire individuelle. Ceci dans le but de léguer cette
culture aux générations futures, mais surtout parce que le procédé de conservation par écrit
permettait une manipulation plus souple, plus aisée des informations accumulées, notamment
dans la formation du clergé, dans les transactions commerciales et les affaires politiques. Les
universités du Moyen-âge, en établissant un enseignement fortement basé sur l’écrit ont aidé à
l’implantation des premières bibliothèques européennes, après le déclin des grandes
civilisations de l’Antiquité.

Ces bibliothèques étaient réservées à l’élite intellectuelle de l’époque, aux érudits, classe à
laquelle appartenaient les bibliothécaires eux-mêmes. Pour ces derniers, l’organisation de la
bibliothèque faisait bien sûr partie de leurs préoccupations, mais ils s’adonnaient surtout à des
études particulières comme la traduction des textes anciens ou la compilation de
bibliographies, par exemple.

C’est avec l’apparition des bibliothèques publiques contemporaines que s’est fait sentir le
besoin de justifier philosophiquement l’institution afin d’établir des lois et préceptes pour son
bonne marche. L’évolution technologique a permis le développement de l’imprimerie qui met
l’imprimé à la portée de tous. L’imprimé va en effet aider à former les consommateurs et
aussi les concepteurs dont celle-ci a besoin pour se renouveler, se maximiser.

Dès lors l’accès de tous à la lecture va devenir un objectif socio-politique soutenu par une
idéologie démocratique. On érige des bibliothèques de prêt ouvertes à tous. Le mouvement en
faveur des bibliothèques populaires se développe partout, dans la vieille Europe comme dans
le nouveau monde d’Amérique, mais surtout en Grande Bretagne et aux USA. Dans les pays
anglo-saxons, en Amérique du Nord particulièrement, la promotion de la lecture est initiée,
encouragée et financée par des hommes d’affaires et des intellectuels bourgeois conscients de
la portée d’une telle action.
En effet, l’éducation par les livres va aider à l’assimilation culturelle des jeunes immigrés
originaires d’horizons divers, les transformant en citoyens américains. En France l’essor de la
lecture publique va être longtemps freiné à cause de sa double origine : « Pour la bourgeoisie
et les gens cultivés des salles de lecture souvent solennelles, contenant des collections parfois
très riches mais aussi encombrées d’ouvrages anciens et démodés ; pour le peuple, des
bibliothèques populaires orientées vers le prêt d’ouvrages bon marché. » (Le métier de
bibliothécaires ABF 1979).

* N.B. : Les bibliothèques municipales dont les collections ont été héritées des bibliothèques
privées de la noblesse après la révolution de 1789.

Après que l’impulsion ait été donnée par des initiatives privées, les fondateurs et les
utilisateurs des bibliothèques populaires vont demander aux pouvoirs publics de prendre la
relève en ce qui concerne la gestion de ces bibliothèques. Il fallait, pour qu’elles soient
financées par les fonds publics, présenter une justification rationnelle. Les initiateurs du
mouvement vont s’y employer en démontrant que de telles institutions font naturellement
partie du secteur public, car elles ont été créées par la société pour répondre à un besoin
public. L’un des arguments chocs avancés présentait la bibliothèque publique comme
essentielle à la formation d’un électorat informé sans lequel il ne pouvait y avoir de société
démocratique. Il semble donc que les bibliothèques publiques soient l’illustration d’une étape
particulière dans l’évolution socio-culturelle de l’Occident.

Le passé récent de la bibliothèque publique a contribué à forger ce qu’on pourrait appeler le


credo de la civilisation occidentale qui se traduit par une croyance profonde dans la vertu
de l’écrit. Une telle philosophie explique que pendant longtemps, le concept de culture ait
naturellement été associé aux livres ; la valeur individuelle à la somme de connaissances
livresques acquises ; et par conséquent, l’évolution d’une société au nombre de
bibliothèques qu’elle possède.

Au XXe S

La seconde moitié du XXe siècle voit pourtant la suprématie de l’écrit face aux autres formes
de communication remise en question. Notamment avec l’expansion des techniques audio-
visuelles qui engendrent la radio, le cinéma, la télévision.

Ces techniques semblent constituer pour l’imprimé « une concurrence redoutable tant dans le
domaine des loisirs que dans celui de l’information : c’est pourquoi l’écrivain canadien Mc
Luhan croit pouvoir annoncer la fin de la civilisation écrite et le retour à la civilisation orale
qui existait avant l’invention de l’imprimerie : c’est la fin de la galaxie Gutenberg. » (Le
métier de bibliothécaire ABF 1979).

Dans la « galaxie Gutenberg », Mc Luhan appuie son raisonnement sur le fait que la
communication audio-visuelle permet une transmission « chaude » car elle s’adresse
directement à nos facultés émotionnelles alors que la communication écrite est assortie d’une
certaine distanciation qui gèle le flux entre émetteur et destinataire. Cependant ces prévisions
bouleversantes pour l’environnement social contemporain ne sont pas réalisées. Loin de nuire
à l’industrie de l’imprimé, les média audio-visuels ont au contraire aidé à une nouvelle
poussée de l’écrit, et l’on parle même de soutien mutuel. En effet, on reconnaît aujourd’hui
que les divers supports de l’information réagissent les uns sur les autres et qu’ils
entretiennent des relations de complémentarité. Le texte imprimé fait une place de plus en
plus grande à l’image tandis que l’écran et la radio garantissent leurs succès en adaptant les
classiques de l’édition.

La bibliothèque aussi s’adapte à ce nouvel environnement et offre à ses usagers d’autres types
de documents. À côté de l’imprimé traditionnel, nous trouvons des documents graphiques
(estampes, cartes, affiches) et des supports magnétiques (disques, diapositives, vidéo-
cassettes, CD-ROM, DVD, etc.). La nouvelle complexité du matériel documentaire alliée à
l’impact reconnu de l’institution sur l’environnement social a rendu nécessaire l’élaboration
d’une théorie fondamentale de la bibliothéconomie à partir de laquelle les applications
pratiques et les adaptations particulières vont se faire. Pour que le développement des
bibliothèques aille de pair avec l’expansion technologique et l’évolution sociale, il faut que la
science bibliothéconomique s’appuie sur une recherche constante.

4. FONDEMENTS INTELLECTUELS DE LA BIBLIOTHÉCONOMIE

4.1.Deux tendances

La nécessité d’établir une théorie de la bibliothéconomie n’a pas toujours parue évidente aux
yeux du public ni même à ceux de certains professionnels.

- Les bibliothécaires traditionnels ou conservateurs pensent que la recherche d’une


philosophie de la bibliothèque peut mener à la négligence sinon à la méconnaissance des
pratiques professionnelles.

- D’autres, au contraire, les tenants de la nouvelle tendance, affirment qu’une étude de la


théorie de la bibliothèque ne peut qu’en maximiser les applications pratiques.

De ce fait, il apparaît important que la formation des futurs conservateurs parte de la théorie
pour une meilleure assimilation des connaissances pratiques. La question ne se pose plus de
savoir si la bibliothéconomie appartient aux sciences pures, aux sciences sociales ou alors si
c’est juste un amalgame de techniques et d’usages. C’est une discipline intellectuelle qui
exige de ces pratiquants une formation de niveau universitaire. L’expérience montre qu’une
simple formation pratique sur le tas ne peut produire des professionnels efficients quand à la
tâche et aux responsabilités qui leur incombent.

4.2. Facteurs du fondement intellectuels de la bibliothéconomie

En 1964, Abraham Kablan définissait devant l’assemblée de l’Université de Chicago, les trois
principaux facteurs composant les fondements intellectuels de la bibliothéconomie.
- Le facteur premier est un facteur humain. Il recouvre l’étude des utilisateurs et des
utilisations de l’information. Ce facteur nous amène à examiner les composantes sociales
impliquées dans l’acte de communication, afin de découvrir comment est créée
l’information, comment elle est transmise, comment elle est reçue et interprétée.

- Le second facteur recouvre l’ensemble des opérations matérielles effectuées dans une
bibliothèque, c’est donc la pratique de la bibliothéconomie, mais une pratique qui cherche
à savoir le pourquoi des choses et non seulement le comment.

- Le troisième facteur recouvre l’ensemble des disciplines auxiliaires auxquelles fait appel
à la bibliothéconomie pour se développer tels que les mathématiques, la sémantique et
l’informatique par exemple, pour l’élaboration des thesaurus, l’informatisation des
données et l’automatisation des opérations (systèmes de prêt, catalogage, statistiques,
etc...).

4.3. Bibliothèque, Documentation et Archivistique

La théorie de la bibliothéconomie ignore la fausse opposition qui existe entre bibliothèque,


centre de documentation et dépôt d’archives. Ce sont des unités documentaires qui
remplissent des fonctions complémentaires. En effet, la documentation comme l’archivistique
n’est qu’un aspect de la bibliothéconomie. Le bibliothécaire, le documentaliste et l’archiviste
doivent faire face aux mêmes genres de problèmes que soulèvent l’explosion documentaire et
la poussée technologique de cette fin du 20e siècle. Ce sont des problème de gestion des
ressources documentaires : sélection, identification, organisation, conservation, problèmes qui
tous concourent, quel que soit l’aspect privilégié, à la diffusion rationnelle d’une information
qui se veut la plus pertinente possible. Le contenu intellectuel de ces tâches se trouve dans
leur conception plutôt que dans leur application.

La bibliothéconomie, de par sa nature, ses objectifs, les problèmes qu’elle étudie, les
méthodes de recherche qu’elle utilise, les relations qu’elle entretient avec les autres
disciplines scientifiques, fait maintenir au livre, support du savoir humain, sa place dans la
mouvance économique et sociale. Cette action lui a fait gagner ses lettres de créance en tant
que science sociale. En fait la caractéristique scientifique de la bibliothéconomie conçue
comme l’étape intermédiaire nécessaire entre l’homme, pris individuellement ou en
communauté, et le savoir humain enregistré sur support, se définit au sein du système global
de communication qui prévaut dans la société moderne.

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