Mon Cours de Droit de La Fonction Publique 2024
Mon Cours de Droit de La Fonction Publique 2024
BOIGNY DE COCODY
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UFR Sciences Juridique, Administrative et
Politique
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DROIT DE LA FONCTION
PUBLIQUE IVOIRIENNE
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INTRODUCTION
Le droit de la fonction publique est une discipline qui nous conduit à étudier les
ressources humaines ou le personnel humain qui anime au quotidien l’action
administrative des personnes publiques en permettant la réalisation de leur mission
d’intérêt général.
A l’origine, le droit de la fonction publique peut être considéré comme une branche du
droit administratif1 mais qui est aujourd’hui enseigné dans le cadre d’une discipline
autonome. L’étude de ce droit de la fonction publique en Côte d’Ivoire ne peut être
détachée du droit français, dans la continuité duquel il s’inscrit. C’est un droit qui s’est
progressivement construit ainsi que l’atteste son histoire (1) dont l’étude précédera la
définition de la fonction publique et du droit de la fonction publique (2), l’examen des
différents systèmes de fonction publique (3), et, enfin, l’exposé des sources du droit de
la fonction publique (4).
Aujourd’hui, les règles régissant la fonction publique trouvent leur source principalement
dans les statuts généraux établis par le législateur, statuts complétés parfois par des statuts
spécifiques. Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi.
En effet, à l’origine, la pratique en vigueur est celle des statuts particuliers applicables à
des catégories spécifiques d’agents publics ou de fonctionnaires. Ces statuts particuliers
sont pour l’essentiel édictés par voie de décret (acte réglementaire). A côté de ces statuts
particuliers édictés par voie réglementaire, ont existé, quoique rarement, des dispositions
législatives (consacrées par la loi votée par le Parlement) relatives à certains
fonctionnaires. A ce titre, on peut citer :
- la loi du 19 mai 1834 relative à l’état des officiers de terre et de mer qui a posé le principe
de la distinction du grade et de l’emploi ;
- les lois du 27 février 1880, du 30 août 1883, du 30 octobre 1886 et du 10 juillet 1896
déterminant le régime disciplinaire des professeurs de l’enseignement secondaire, des
instituteurs et des professeurs de l’enseignement supérieur ;
Par ailleurs, d’autres lois ont touché à des questions particulières. Ainsi, en va-t-il de la loi
du 22 avril 1905 relative aux finances dont l’article 65 institue le droit à la communication
du dossier au profit des agents publics faisant l’objet d’une procédure disciplinaire.
1 COLIN Frédéric, Droit de la fonction publique, Gualino, Paris, 9ème édition, 2022.
2
Ces dispositions législatives et réglementaires sont enrichies par la jurisprudence
administrative (celle du Conseil d’Etat notamment) à partir du XXème siècle. Celle-ci
consacre, en effet, de nombreuses solutions ou principes auxquelles doivent satisfaire les
opérations de concours, les décisions de nomination, le régime juridique de la répression
disciplinaire.
De façon générale, il est usuel d’appréhender la fonction publique comme l’ensemble des
personnes au service des personnes publiques ou de l’administration publique. Cette
formule peut s’entendre diversement2.
Ainsi, dans une acceptation large que l’on retrouve dans le Lexique des termes juridiques,
la fonction publique est définie comme l’ensemble du personnel permanent de l’Etat et
des collectivités territoriales composé de la catégorie d’agents relevant de régimes
juridiques variés.
Dans une acceptation moins large proposée par le professeur René Chapus « la fonction
publique est constituée par l’ensemble du personnel qui, occupant à titre professionnel un
emploi salarié dans les services des personnes publiques sont soumis à un statut de droit
public ».
Dans une approche encore plus restrictive, la fonction publique se ramènerait aux seuls
agents publics ayant la qualité de fonctionnaires et d’élèves fonctionnaires.
Pour ce qui nous concerne, on pourrait retenir la définition proposée par le professeur René
Chapus qui consacre une fonction publique englobant le personnel fonctionnaire, les
élèves fonctionnaires et les agents contractuels de droit public.
2 Peu d’auteurs font cas de l’activité à laquelle elle pourrait renvoyer, c’est-à-dire de la fonction publique
définie comme l’activité incombant aux agents publics.
3
Toutefois dans le cadre de cet enseignement, nous nous intéresserons principalement aux
fonctionnaires et, avec eux, aux élèves fonctionnaires qui constituent la catégorie la plus
nombreuse d’agent public.
Ce droit ainsi défini n’est pas à confondre avec le droit de travail qui régit en principe les
rapports professionnels entre les employeurs du secteur privé et leurs employés ou salariés.
Ainsi on observera que les conditions de recrutement des salariés du privé ne sont pas les
mêmes que celles des agents publics notamment les fonctionnaires. On observera
également que les employeurs sont différents. Dans un cas, l’employeur est principalement
l’Etat, sans préjudice de l’utilisation qui peut être faite des fonctionnaires ou des agents
publics par les EPN les collectivités locales. Dans l’autre cas, l’emploi des salariés est
principalement assuré par les entreprises privées. On peut également faire observer que
les juridictions compétentes pour trancher les litiges sont différentes.
Nonobstant ces différences entre le droit du travail et le droit de la fonction publique qui
conduisent à ne pas les confondre, des facteurs de rapprochements existent. Tout comme
les salariés, les agents de la fonction publique disposent aujourd’hui du droit syndical qui
leur a été longtemps refusé. De même, depuis 1946, le droit grève est reconnu aux
fonctionnaires comme il a pu l’être, bien avant, au bénéfice des salariés du privé.
Par ailleurs et inversement, certains des droits reconnus aux agents publics ont été
reconnus aux salariés du droit privé. On peut citer notamment le droit aux congés payés,
aux congés de maladie, de maternité, le droit aux bénéfices de la retraite et des pensions
d’invalidité.
Il y a dans ces éléments qui précèdent un rapprochement de ces deux disciplines et une
influence réciproque indéniable3.
3 En effet, c’est la loi du 21 mars 1884 qui proclame pour la première fois en France le droit syndical et
celui de faire grève. Or, au nom de la continuité du service public, les agents publics vont se voir refuser
l’exercice du droit de grève au motif que ce droit est réservé aux seuls agents du privé. Les pouvoirs publics
soutenus par la doctrine, puis par la jurisprudence, vont considérer le droit de grève et le droit syndical
comme une hérésie. Refusant cette situation, les agents de l’administration publique, soutenus par les
centrales syndicales privées notamment la Confédération Générale des Travailleurs créée en 1895, vont
entreprendre une lutte sans relâche qui aboutira à l’adoption de la loi du 1er juillet 1901 sur la liberté
d’association. En application de cette loi, seront tolérées les associations de fonctionnaires derrière
lesquelles vont se cacher de véritables syndicats de fonctionnaires. Progressivement, les pouvoirs publics
vont admettre la création d’associations mais au bénéfice des seuls agents dits de gestion qu’on oppose aux
agents d’autorité. En 1940, le gouvernement de Vichy, en pleine guerre mondiale, va interdire le
syndicalisme indépendant y compris dans la fonction publique. Il faudra attendre la libération en 1944 pour
voir triompher sans réserve le syndicalisme des agents de l’Etat et le droit de grève qui l’accompagne. Ces
4
3. Les différents systèmes de la fonction publique
Dans la classification des modèles de fonction publique deux systèmes sont idéalement
retenus à savoir le système de la fonction publique fermée ou système de la carrière, d’une
part, et le système de la fonction publique ouverte ou système de l’emploi, d’autre part.
Dans le système de la carrière, les agents sont recrutés pour travailler dans
l’administration et de façon permanente et ils y font carrière. Autrement dit, ils sont
censés demeurer dans la fonction publique jusqu’à l’âge de la retraite.
Au cours de cette carrière, ils peuvent recevoir, en fonction de leur qualification, une
variété d’affectation ou d’emploi. C’est dire qu’ils ne sont pas recrutés pour occuper un
emploi déterminé. « La situation du fonctionnaire aura un caractère « évolutif ». Elle ne
sera pas la même tout au long de la carrière qui va se dérouler jusqu’à la fin des
fonctions…Les fonctionnaires pourront faire l’objet de mutations dans des emplois
différents ou de changements d’affectation 4.
Dans ce système de la carrière, les fonctionnaires ne sont pas non plus recrutés par
contrat, mais plutôt par une décision unilatérale de nomination de l’autorité
administrative. Pour cette raison, l’on dit qu’ils sont placés dans une situation légale et
règlementaire.
éléments sont consacrés par la constitution française de 1946. Mais avant l’avènement de cette constitution,
le législateur français avait déjà voté la loi du 14 septembre 1941 donnée comme le premier statut général
de la fonction publique en France.
4 AUBY Jean-Marie, AUBY Jean-Bernard, Jean-Pierre DIDIER, Antony TAILLEFAIT, Droit de la fonction
publique, Etat, Collectivités locales, Hôpitaux, Dalloz, Paris, 8 ème édition, 2018, p.13.
5
de l’emploi ».
Traditionnellement, deux grands types de fonction publique sont distingués, la fonction publique de
carrière, modèle français, et la fonction publique d’emploi, modèle anglo-saxon. Dans la première, les
agents sont appelés à dérouler toute leur vie professionnelle dans la fonction publique, en occupant une
variété d’emplois et en étant assurés de perspectives d’évolution de carrière, c’est-à-dire d’avancement et
de promotion. Dans la fonction publique d’emploi, les agents sont recrutés pour occuper un emploi donné
; ils n’ont pas de carrière organisée ; s’ils entendent occuper un autre emploi, ils entrent en principe en
concurrence avec les autres candidats potentiels. Cette présentation est toutefois schématique, car dans la
pratique, dans les systèmes d’emploi, les personnels en fonction sont les mieux placés pour se faire
apprécier et donc être retenus pour occuper d’autres emplois, et les agents bénéficient en fait d’une
carrière. Et dans les systèmes de carrière, le poids donné à l’emploi tend à se renforcer. On y trouve même
des statuts d’emplois.
La fonction publique de carrière implique une séparation entre le fait d’appartenir à la fonction publique,
qui est un acquis durable, et le fait d’occuper un emploi, toujours temporaire ; c’est ce que l’on appelle la
séparation du grade et de l’emploi, dont la meilleure illustration est à rechercher dans l’exposé des motifs
de la loi Gouvion-Saint-Cyr du 19 mai 1834 sur l’état des officiers, qui comporte la célèbre formule « si
le grade appartient à l’officier, l’emploi appartient au roi ; le Gouvernement peut retirer à un officier
l’emploi dont il l’avait investi ; mais l’officier […] conserve ses droits à l’avancement, à la réforme ou à
la retraite »…
- Après la constitution, la loi est également une source du droit de la fonction publique.
Comme on vient de le voir, la constitution en son article 101 donne compétence au
législateur pour fixer le statut général de la fonction publique, le statut des membres du
corps préfectoral, le statut du corps diplomatique. En conséquence de cette attribution de
compétence qui existait déjà par le passé, plusieurs lois ont été votées par le Parlement,
notamment, la loi n° 2002-43 du 21 janvier 2002 portant statut du corps préfectoral et la
loi n°2023-892 du 23 novembre 2023 portant Statut général de la Fonction publique. Ce
dernier statut général auquel nous nous intéresserons en particulier a pour objet de
répondre aux récriminations qui sont adressées à l’Administration publique et à l’adapter
aux exigences administratives et socio-économiques nouvelles. Précisément, ces
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initiateurs ont entendu prendre « désormais en compte les questions fondamentales
suivantes : la bonne gestion des affaires publiques et de l’état de droit ; le traitement
équitable de tous les agents publics ; la mise en place de conditions de travail adéquates
et l’amélioration des conditions sociales des fonctionnaires et agents de l’Etat ; la
définition cohérente des concepts d’emplois, de grades et de fonctions ; la création et la
suppression d’emplois, de catégories et de grades ; la redéfinition de la mobilité
professionnelle et du profil de carrière ; l’affirmation du droit à la formation
professionnelle continue ; le renforcement de la discipline ».
- Les règlements : ceux-ci viennent s’ajouter à la constitution et aux lois. On peut citer
notamment le décret n°93-607 du 02 juillet 1993 portant modalités communes
d’application du statut général de la fonction publique ; le décret n°93-609 du 02 juillet
1993 portant modalités particulières d’application du statut général de la fonction
publique ; le décret n° 2015-432 du 10 juin 2015 portant classification des grades et
emplois dans les administrations et les EPN modifié par le décret n°2016-1141 du 21
décembre 2016. Il convient de préciser que ces textes qui constituent aujourd’hui encore
des sources importantes du droit de la fonction publique seront sans doute eux aussi
abrogées, dans les semaines ou mois à venir en conséquence de l’adoption du nouveau
statut général de la fonction publique.
Les règles consacrées par ces différentes sources servent à la définition du fonctionnaire
et à la détermination des règles à lui applicables et, de façon générale, à tous ceux qui sont
considérés comme des agents publics.
Ces éléments achèvent les développements consacrés à l’introduction. Ils ouvrent la voie
au corps du cours qui sera consacré essentiellement au fonctionnaire. A cet égard,
différents chapitres nous intéresseront à savoir :
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CHAPITRE 1 : LA DÉFINITION DU FONCTIONNAIRE
Dans le langage courant, le fonctionnaire renvoie souvent au personnel de l’Etat ou de
l’Administration publique. Dans le langage juridique, la notion revêt divers sens, en fonction
des disciplines et n’est donc pas univoque. Ainsi, le Code civil napoléon 5 s’y réfère pour
désigner celui qui remplit une fonction publique. En droit pénal également, il est parfois adopté
une notion extensive qui englobe les officiers publics ou ministériels, et toutes les personnes
chargées, même occasionnellement, d'un service ou d'une mission de service public, agissant
dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions (Cf. l’article 223 de l’ancien Code pénal 6). Le
droit de la fonction publique adopte une définition différente, restrictive, portée en Côte
d’Ivoire par la loi portant statut général de la fonction publique qui met en relief les éléments
caractéristiques du fonctionnaire (Section 1). Cette définition législative permet d’exclure
certaines catégories d’agents, quoique ceux-ci soient au service de l’Administration publique
ou collaborent, de par les tâches qui leur sont confiées, à la mise en œuvre de l’action
administrative (Section 2).
Comme la loi n°92-570 du 11 septembre 1992 portant statut général de la fonction publique,
le nouveau statut général, en son article 1er, dispose qu’il « s’applique aux personnes qui,
nommées à titre permanent pour occuper un emploi dans l’administration centrale de l’Etat, les
services extérieurs qui en dépendent et les établissements publics de l’Etat, ont été titularisées
(…) dans un grade de la hiérarchie administrative ».
La définition du fonctionnaire se déduit de cette formulation qui renseigne sur les personnes
assujetties au statut général de la fonction publique. Ainsi, en droit ivoirien, comme ailleurs,
le fonctionnaire est une personne nommée (I) à titre permanent (II) pour occuper un emploi (III) dans
l’administration centrale de l’Etat, les services extérieurs qui en dépendent et les établissements
5 Aux termes de son article 106, il indique, à propos du domicile que « le citoyen appelé à une fonction temporaire
ou révocable, conservera le domicile qu’il avait auparavant, s’il n’a pas manifesté d’intention contraire ».
L’article 107 qui suit relatif au domicile du fonctionnaire (entendu ici d’agent occupant une fonction publique ou
collaborant à une mission de service public) dispose : « l’acceptation de fonction conférée à vie comportera
translation immédiate du domicile du fonctionnaire dans le lieu où il doit exercer ses fonctions ».
6 Il disposait : « est considéré comme fonctionnaire, pour l'application du présent chapitre, tout magistrat,
fonctionnaire de l'Etat, officier public ou ministériel, agent, préposé ou commis soit de l'Etat ou de toute autre
personne morale de droit public, soit d'un officier public ou ministériel, tout officier ou sous-officier public des
Forces armées, tout militaire de la Gendarmerie et d'une façon générale, toute personne chargée même
occasionnellement d'un service ou d'une mission de service public, agissant dans l'exercice à l'occasion de ses
fonctions ».
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publics de l’Etat (IV), et titularisée dans un grade de la hiérarchie administrative (V). Chacun de
ces points mérite quelques développements.
Le fonctionnaire est recruté par un acte unilatéral administratif qui procède à sa nomination. Il
n’est donc pas recruté par contrat. Cet acte unilatéral duquel procède son recrutement le place dans une situation
légale et règlementaire de droit public.
Le fonctionnaire n’est pas nommé pour une durée qui serait limitée par l’acte de nomination.
Il est nommé « à titre permanent », indique l’article 1 précité. Ce qui signifie que l’agent ainsi
nommé a vocation à faire carrière dans la fonction publique, à compter de son entrée.
Cette permanence ne saurait cependant se confondre avec l’éternité puisque à un âge donné,
ou après une certaine durée de présence dans la fonction publique, le fonctionnaire est appelé
à faire valoir ses droits à la retraite. De même, dans certaines circonstances ou hypothèses
(commission de faute, inaptitude physique, insuffisance professionnelle notoire…), il peut être
radié des effectifs de la fonction publique.
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sont créées et supprimés en fonction des besoins de l’Administration, par décret en Conseil
des Ministres. En l’état actuel du droit positif, ils sont regroupés en six ensembles de
spécialités appelés familles d’emplois, à savoir :
- les emplois de l’éducation et de la formation (professeur d’université, Maître de
conférences…) ;
- les emplois scientifiques et techniques (Ingénieur agronome, Médecin, pharmacien…) ;
- les emplois à caractère administratif et juridique (Administrateur civil, administrateur des lois
et du travail, Attaché administratif…) ;
- les emplois des affaires sociales (Inspecteur général d’orientation, inspecteur en chef
d’éducation surveillée…) ;
En ce qui concerne le contenu exhaustif de ces divers emplois, voir le décret n°2015-432
du 10 juin 2015 précité modifié par le décret n°2016-1141 du 21 décembre 2016.
IV- La titularisation
Aux termes de l’article 10 du Statut général de la fonction publique, « le grade est le titre
acquis pour le fonctionnaire à l’intérieur dans sa catégorie (A, B, C et D) et qui lui donne
vocation à occuper un emploi dans sa spécialité et dans la hiérarchie administrative ».
L’article 3 du décret n°2015-432 distingue à l’intérieur des catégories ci-dessus
mentionnées 9 les grades suivants dans l’ordre croissant :
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❖ Catégorie B : Grades B1, B 2 et B3, soit 3 grades ;
Au sein des grades, se trouvent les classes qui elles-mêmes comportent des échelons.
Les classes que l’on retrouve dans les grades sont celles-ci dans l’ordre décroissant :
✓ Classe exceptionnelle ;
✓ Classe principale ;
✓ Première classe ;
✓ Deuxième classe.
Chaque classe comporte trois échelons (troisième, deuxième et premier), dans l’ordre
décroissant, à l’exception de la deuxième classe qui comporte quatre échelons.
NB : La titularisation fait appel à deux notions qui, si elles sont liées, ne sont pas à
confondre : le grade et l’emploi.
Elles sont liées car le grade confère le droit d’occuper un des emplois qui lui
correspondent. Ainsi, lorsque l’autorité administrative procède à une nomination ou à une
affectation, elle est tenue de faire en sorte que le fonctionnaire soit affecté à un emploi qui
corresponde à son grade (CE 8 février 1961, Bourriane : « Considérant qu’un fonctionnaire
public ne peut, en règle générale, être affecté qu’à un emploi correspondant à son grade… »). Mais
exceptionnellement, l’Administration peut, dans l’intérêt du service, affecter un agent à
des fonctions normalement réservées à un agent du grade inférieur ou supérieur (CE 10
janvier 1958 Portes : « si, aux termes de l’article 45 de la loi du 19 octobre 1946, ‘’le grade est le titre
qui confère à ses bénéficiaires vocation à occuper un des emplois qui leur sont réservés’’ et si, en principe,
un lien est ainsi établi entre la possession d’un grade et l’exercice des attributions afférentes aux emplois
auxquels le grade donne accès, cet article ne fait pas obstacle à ce que, dans la mesure où l’intérêt du
service l’exige, un ministre ou un chef de service confère aux titulaires d’un grade déterminé des
fonctions qui sont normalement remplies par des agents d’un grade inférieur »). C’est pour mettre en
évidence cette situation que l’article 10 du statut général de la fonction publique utilise le
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terme de « vocation ».
Bien que liées et ainsi que l’indique l’article 10 in fine du statut général de la fonction
publique, les notions de grade et d’emploi sont à distinguer et ne doivent pas être
confondues.
En effet, le grade appartient au fonctionnaire et lui est personnel. C’est par son grade que
le fonctionnaire est définitivement intégré à la fonction publique, de sorte que la
suppression de l’emploi n’est pas une cause de radiation de la fonction publique.
Tous ces critères servent à exclure de la catégorie des fonctionnaires, certains personnels
de l’Administration ou certains agents concourant ou collaborant à l’action
administrative.
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SECTION II
LES PERSONNELS EXCLUS DE LA CATEGORIE DES FONCTIONNAIRES
Sans être exhaustif, ne sont pas fonctionnaires, bien que participant aux missions d’intérêt
général, certains personnels employés par l’Administration ou qui lui sont externes mais
qui concourent à l’exercice des missions de service public.
Dans la mise en œuvre de ses missions, l’Etat et les EPN peuvent être amenés à s’attacher des
services de contractuels en vue d’appuyer le personnel fonctionnaire. Cette possibilité est
expressément ouverte par l’article 18 du Statut général de la fonction publique qui dispose que par
dérogation au principe suivant lequel « les emplois civils de l’Etat et des établissements publics
visés à l’article 1er sont occupés des fonctionnaires », des agents non fonctionnaires peuvent
être recrutés par voie contractuelle pour occuper des emplois de la catégorie A lorsque les
besoins des services et la nature des fonctions le justifient ou pour exercer des fonctions
dans un cabinet ministériel10.
Les agents ainsi recrutés le sont pour une durée de deux ans renouvelables une seule fois. Aux
termes du décret qui précise les conditions de leur engagement, les premiers sont des agents
contractuels de droit privé (Voir décret n°2000-396 du 24 mai 2000 fixant les modalités
d’engagement des contractuels à l’exception des enseignants du Supérieur et des Chercheurs
dans l’Administration ivoirienne et les EPN ainsi que leur rémunération). En attendant que le
décret fixe le régime juridique des seconds, ces derniers pourraient être considérés comme des
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agents contractuels de droit public, sur la base de l’arrêt Tabley Dédy Raphaël Axel rendu par
la Chambre administrative en 2015.
Il convient de préciser qu’à côté de ces agents contractuels de droit privé, comme déjà indiqué,
est apparu depuis 2015, suite à un arrêt de la Chambre administrative de la Cour suprême, la
catégorie des agents contractuels de droit public qui ne sont pas non plus des fonctionnaires.
Sont visés ici ceux des agents non employés par l’Administration mais participant tout de même
à l’exercice de l’action administrative. On peut citer, au nombre de ceux-ci, le personnel
politique composé notamment des ministres et des élus, les officiers ministériels et les collaborateurs
occasionnels de l’Administration.
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droit de la fonction publique. Les ministres sont nommés par le Président de la République.
Mais ils ne sont pas titularisés. Ils n’exercent pas à titre professionnel. La fonction qu’ils
occupent est par nature précaire.
Les élus ne sont pas nommés par acte unilatéral. Ils n’exercent pas non plus à titre
professionnel. Leur fonction est précaire et non permanente et ils ne sont pas non plus
titularisés.
C’est une catégorie regroupant certains personnels exerçant des fonctions données comme
libérales notamment les notaires et les commissaires de justice. Ces personnes participent au
fonctionnement d’un service public, celui de la justice. Cependant, elles ne font pas parties du
personnel de l’administration et ne sont pas considérées comme des fonctionnaires.
Cette solution est retenue bien qu’ils soient nommés par acte unilatéral car ils n’ont pas
vocation à être employés par l’Etat ou un EPN et il leur manque la titularisation dans un grade
de la hiérarchie administrative.
Sont visés ici notamment les collaborateurs bénévoles et les collaborateurs requis.
Les premiers désignent, à l’origine, selon la jurisprudence, « des personnes qui, sans
appartenir au personnel administratif, prêtent aux autorités administratives, un concours
volontaire en vue de réaliser une tâche d’intérêt public ».
C’est le cas par exemple de celui qui se lance à la poursuite d’un malfaiteur et qui est blessé,
qui s’est porté au secours d’un enfant qui se noyait ou des personnes qui remplacent une
municipalité en fuite pour exercer les fonctions dévolues à celles-ci. En droit administratif,
certaines conséquences sont attachées à cette collaboration (mise en jeu de la responsabilité
de l’Administration sans faute lorsque la collaboration a été sollicitée par l’Administration ou
était rendue indispensable par les circonstances, à condition que le collaborateur n’ait pas agi
dans son intérêt propre : voir CE 22 nov 1946, Commune de Saint-Priest La Plaine, Rec 245 ;
CE 17 avril 1955, Pinguet, Rec, 177).
Les collaborateurs requis, quant à eux, collaborent à la réalisation d’une mission d’intérêt
général, mais contraints. Les modalités de la réquisition sont réglées par les textes législatifs
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et règlementaires (Voir notamment la loi n°59-231 du 7 novembre 1959 ; la loi n°63-4 du 17
janvier 1963 relative à l’utilisation des personnes en vue d’assurer la promotion économique
et sociale de la nation).
Tous ces collaborateurs ne sont pas non plus des fonctionnaires. Du moins, la collaboration
qu’ils apportent ne font pas d’eux des fonctionnaires, s’ils ne le sont pas à l’origine, quand
bien même ils prêteraient leur concours à l’Administration ou à la réalisation d’une mission
d’intérêt général. De fait, ils ne sont pas nommés par acte unilatéral. Ils n’exercent pas à titre
professionnel. Ils ne sont pas titularisés.
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CHAPITRE 2
Comme dans d’autres Etats, le recrutement des fonctionnaires ivoiriens vise à retenir les
candidats les plus méritants, en donnant à tous ceux qui en remplissent les conditions, le droit
de postuler. Ainsi s’explique le principe d’égal accès ou admissibilité qui sous-tend le
recrutement des fonctionnaires. Ce principe dont la signification (I) est précisée par le
Constituant et le législateur, à la suite de la jurisprudence, admet cependant des dérogations
(II).
L’interdiction des discriminations est également portée par l’article 17 du nouveau Statut
général de la fonction publique aux termes duquel « pour l’accès à la fonction publique, (…)
aucune distinction ne doit être faite entre les candidats (…) en raison de leur race, ethnie, clan, tribu, de
leur couleur de peau, de leur sexe, opinion, politique ou philosophique, leur origine, leur appartenance syndicale,
religieuse, sociale ou leur handicap ». La formulation retenue est différente de celle retenue initialement par
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l’article 14 de l’ancien statut qui disposait que « pour l’accès à la fonction publique, aucune distinction
ne doit être faite entre les deux sexes » qui n’abordait que la question de la discrimination
négative fondée sur le sexe.
Au regard de ce qui précède, l’existence du principe d’égal à la fonction publique ne fait point
de doute. Il admet cependant des dérogations.
Les dérogations au principe de l’égal accès à la fonction publique sont initialement consacrées
par la jurisprudence.
Bien qu’elle ait affirmé le principe d’égal accès à la fonction publique, la jurisprudence a
admis la possibilité d’y déroger à certaines conditions ou dans certaines circonstances. Ainsi,
dans l’arrêt Demoiselle Bobard, le Conseil d’Etat français admet que si les femmes ont
l’aptitude légale aux emplois dépendant des administrations centrales des ministères, « il
appartient au Gouvernement (…) de fixer par des règlements d’administration publique les
règles relatives au recrutement et à l’avancement du personnel de ces administrations, et de
décider en conséquence, à cette occasion si des raisons de service nécessitent dans un
ministère, des restrictions à l’admission et à l’avancement du personnel féminin ».
Ces dérogations étaient également portées par le législateur dans le statut général de 1992.
Ainsi, en Côte d’Ivoire, après avoir posé le principe de l’interdiction des discriminations entre
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les candidats de sexe différent, en son article 14 alinéa 1, l’alinéa 2 du même article dispose
que « des modalités spécifiques peuvent en raison des conditions d’aptitudes physiques ou
des sujétions propres à certaines fonctions en réserver l’accès aux candidats de l’un ou de
l’autre sexe ». Cette mention a disparu du nouveau texte qui après avoir repris le principe de
l’interdiction des discriminations, en son article 17 indique simplement que « les modalités
d’application de cet article seront déterminées par décret pris en Conseil des Ministres ».
Par ailleurs, peut être mentionnée également la pratique des emplois réservés tendant à
réserver certains postes ou emplois à certaines personnes qui ont particulièrement mérité de
la nation (les blessés de guerre, les veuves des personnes décédées au service de la nation ou
les orphelins de ces personnes). Il y a là une forme de discrimination positive qui peut
profiter, ailleurs, à d’autres catégories de citoyens (pour tenir compte de la couleur de leur
peau, de leur origine ethnique, de leur sexe, de leur handicap). Dans chacune de ces
situations, il s’agit de tenter d’établir une égalité réelle qui n’a pu être réalisée par le principe
abstrait d’égalité, ou de faire face à des inégalités tirées de l’histoire.
Toute personne qui souhaite devenir fonctionnaire doit remplir des conditions statutaires de
fond fixées par la loi (article 48) et précisées par décret (I) et est astreinte au dépôt d’un dossier
de candidature dont la composition est également fixée par les dispositions législatives et
réglementaires (II).
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✓ être en position régulière au regard des lois sur le recrutement de l’armée ;
✓ remplir les conditions d’aptitude mentale et physique exigées pour l’emploi ;
✓ être reconnu indemne de toute affection grave ou contagieuse conformément à une liste de
pathologies arrêtée par décret en Conseil des ministres.
En plus de ces conditions, des niveaux de qualifications sont exigés des candidats au
recrutement. Ces niveaux dépendent des emplois postulés ou sollicités (Cf. art. 9 du décret 93-
607).
II- Les conditions de forme ou les pièces exigées des candidats à l’accès à la fonction
publique
Pour permettre la vérification de l’ensemble des conditions ci-dessus énumérées, l’article 8 du
décret n°93-607 du 02 juillet 1993 oblige les candidats à un emploi public à produire un dossier
comprenant les pièces suivantes :
- un extrait d’acte de naissance ou de jugement supplétif en tenant lieu, ayant moins de six
mois ;
- un certificat de nationalité ivoirienne ;
- un extrait de casier judiciaire ayant moins de trois mois de date ;
- un état signalétique et des services militaires ou toute autre pièce établissant que l’intéressé
est en règle vis-à-vis des lois sur le recrutement dans l’armée (le certificat de position militaire
est délivré à cet égard) ;
- un certificat de visite et de contre-visite délivré par des médecins de l’Administration et
indiquant que l’intéressé remplit les conditions d’aptitude physique et mentale exigées pour
occuper l’emploi et qu’il est indemne de toute affectation grave ou contagieuse ;
- les diplômes ou titres exigés par les dispositions particulières applicables à l’emploi ou les
copies certifiées conformes de ces documents ;
- une demande de candidature, établie sur papier libre écrite, datée et signé de la main du
candidat et précisant l’emploi pour lequel il postule.
Les dossiers de candidature doivent parvenir à l’autorité qui a ouvert le concours trente jours
au moins avant la date fixée pour le début des épreuves.
SECTION III
LES TECHNIQUES DE RECRUTEMENT DES FONCTIONNAIRES
Aux termes de l’article 47 du Statut général de la fonction publique (ancien article 33, repris
par l’article 3 du décret 93-607 du 02 juillet 1993 portant modalités communes d’application
20
du statut général de la fonction publique), les fonctionnaires sont recrutés par voie de concours
(I). Il peut être cependant dérogé à ce procédé normal ou de droit commun de recrutement des
fonctionnaires qu’est le concours (II).
Le concours est une opération de sélection dont l’objet est de présenter à l’autorité
hiérarchique des candidats dont l’aptitude et la formation ont été dûment contrôlées par les
instances appropriées. C’est précisément un « mode de recrutement ordinaire des
fonctionnaires consistant en une sélection et un classement des candidats
assurés par un jury indépendant, se prononçant à partir d’épreuves écrites ou
orales (concours sur épreuves), soit par appréciation comparée des titres
universitaires ou professionnels des candidats (concours sur titres) » 11.
21
A- L’ouverture du concours
Les concours sont ouverts en fonction des besoins de l’Administration, à l’effet de pourvoir
à des vacances de postes. Ces besoins sont programmés et budgétisés.
L’autorité compétente pour ouvrir les concours : Les concours sont ouverts par arrêté du
ministre chargé de la fonction publique au moins 45 jours avant la date fixée pour le début
des épreuves.
L’arrêté d’ouverture désigne les emplois concernés et détermine les épreuves et les
conditions d’organisation des concours. Il est publié au Journal officiel de la République de
Côte d’Ivoire.
En principe, lorsque le concours est ouvert, il n’est plus possible de modifier les règles fixées
par l’arrêté.
B- L’organisation du concours
En ce qui concerne l’organisation des concours, trois situations sont envisagées par le décret
portant modalités communes d’application du statut général de la fonction publique.
Dans la première situation, les concours sont organisés par le Ministère de la fonction
publique. C’est l’hypothèse générale.
Dans une deuxième hypothèse, les concours sont organisés par le Ministre de la Fonction
publique en collaboration avec le Ministre technique intéressé. C’est le cas lorsque la
nomination à l’emploi est subordonnée à l’obtention d’un titre ou d’un diplôme délivré par un
établissement de formation de fonctionnaires.
Dans une troisième hypothèse qui concerne l’entrée dans les établissements de formation
d’enseignants, les concours sont organisés par les Ministres chargés de l’Enseignement en
collaboration avec le Ministre chargé de la fonction publique.
C- Les étapes dans l’organisation du concours
L’établissement de la liste des candidats. La liste des candidats autorisés à compétir est
arrêtée par le Ministre chargé de la fonction publique, quinze jours au moins avant le début
des épreuves. En la matière, la jurisprudence reconnait à l’autorité compétente non seulement
le pouvoir d’apprécier « si les candidats satisfont aux conditions légales et règlementaires
auquel est subordonné le recrutement » mais aussi le pouvoir d’« apprécier, dans l’intérêt
du service, si les candidats présentent les garanties requises pour l’exercice des fonctions
postulées » (CE Section 29 juillet 1953, Lingois).
Ainsi, l’autorité administrative peut refuser d’admettre à concourir les candidats dont le
22
comportement lui paraît établir leur inaptitude à exercer les fonctions postulées : légalité du
refus d’agréer une candidature à un concours d’inspecteur de police, la candidate ayant
entretenu des relations dans le passé avec un délinquant et ne présentait donc pas les
« garanties exigées des agents exerçant les fonctions » (TA Clermond-Ferrand 14 nov 1988,
Filali, JCP 1990, IV, p. 249) ; refus de candidature au concours des inspecteurs de police
d’une personne qui a régulièrement participé à des manifestations extrémistes violentes (CE
27 janvier 1992, Castellan, p. 1043).
Retrait de candidature. Un candidat autorisé à participer au concours peut être retiré de
la liste des candidats, même après l’expiration des délais de recours contentieux, si des faits
dont l’administration n’a eu connaissance que postérieurement à sa décision manifestent
que la candidature n’aurait pas dû être agréée (CE 27 janvier 1992, Castellan, p. 1043).
Mais, le refus d’admission à concourir doit intervenir avant le début des épreuves (CE
Section 26 nov 1954 Guntz S. 1955.3.13, Concl Letourneur).
Recours contre la décision d’établissement de la liste des candidats. La décision refusant
le droit de participer à un concours peut faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. Mais
il faut avoir un intérêt à agir (nul ne plaide par procureur). Voir Dlle Claudine Audran
contre Conseil de l’université d’Abidjan, 11 décembre 1970, B et W, 88 ; Gnadré Téti et
autres contre UNCI, RID 1984).
Date et heure. Le concours se déroule aux dates fixées par l’arrêté d’ouverture du concours.
Les épreuves et leur évaluation. La liste des matières, la durée des épreuves, les coefficients
et les notes éliminatoires, le cas échéant, sont fixés par arrêté conjoint du ministre technique
intéressé et du ministre chargé de la fonction publique (article 11 décret 93-607).
Les éléments de transparence, de sincérité et de certification du concours. Le ministre en
charge de la fonction publique désigne, par arrêté, les membres de la Commission de
surveillance des concours, les membres du jury du choix des épreuves, les correcteurs des
épreuves écrites et les membres du jury des épreuves orales (article 12 décret 93-607).
Compétence pour faire partie des jurys ou des correcteurs. Les fonctionnaires
désignés pour faire partie des jurys ou désignés en qualité de correcteurs ou examinateurs
doivent appartenir à des emplois d’un niveau au moins équivalent à celui de l’emploi
auquel le concours donne accès (article 12 décret 93-607).
Composition du jury de délibération. Le jury de délibération comprend des membres
choisis parmi les correcteurs des épreuves écrites et parmi les membres des jurys des
épreuves orales. Il est présidé par un représentant du Ministre chargé de la fonction
23
publique, assisté d’un représentant du ministre technique intéressé. Le secrétariat est
assuré par la direction ou l’organisme chargé des concours du ministère chargé de la
fonction publique (article 12 décret 93-607).
Compétence du jury de délibération. C’est ce jury qui arrête, dans la limite du nombre
de places mises au concours, la liste des admis. Le jury peut déclarer zéro admis ou un
nombre d’admis inférieur au nombre de postes ouverts. Dans la limite du nombre de
places mises au concours, le ministre chargé de la fonction publique arrête le tableau de
classement établi par le jury de délibération (article 14 du décret 93-607).
Contestation de l’appréciation des membres du jury. L’appréciation du jury n’est
pas susceptible de discussion devant le juge administratif qui ne peut ainsi contrôler
l’appréciation portée sur la valeur des candidats ou leur mérite (CE 24 fév 1932,
Bastianesi et Filippi ; 9 janvier 1959, Dme Cotard, p. 30). Le juge administratif peut
cependant censurer les erreurs de droit (violation directe de la règle de droit par
l’Administration qui a agi comme si la règle n’existait pas, c’est-à-dire sans en tenir
compte (CSCA, 24 juin 1998 : Chérif Vahivoua contre ministère des ressources minières
et pétrolières) ; interprétation fausse, inexacte de la règle (CSCA, 1er avril 1964 : Dibi
Yao Georges) l’inexactitude matérielle des faits ou les détournements de pouvoir qui
peuvent entacher les appréciations du jury (CE Dame Cotard, 9 janvier 1959).
Composition du jury et principes d’égalité et d’impartialité. La composition du jury
doit se faire dans le respect du principe d’égalité des candidats. La composition du jury
doit être réalisé de façon à assurer également son impartialité. Ainsi a été jugé impartial
et sanctionnée un jury de recrutement de président d’Université dans lequel était présent
l’ancien mari d’une candidate (CE 10 fév 1995, Mme Perrin).
Respect des règles du concours par le jury. Dans l’exercice de ses attributions, le jury
doit, de même, observer le principe d’égalité des candidats. Cette égalité doit s’observer
dans le choix des sujets et dans l’organisation des épreuves. L’égalité est rompue si par
exemple un des candidats à un concours de recrutement d’un chef de musique de l’air
appartient à l’orchestre mis à leur disposition pour l’épreuve de direction d’orchestre (CE
19 octobre 1960, Beaufort, p. 545). Cette égalité est également rompue si le sujet d’un
candidat est identique à celui qui lui a été déjà proposé ou si certaines subissent une
évaluation orale et les autres une évaluation écrite ou si la durée des épreuves est
différente.
Plus généralement, le jury doit se conformer à toutes les règles qui encadrent
24
l’organisation du concours.
Dessaisissement du jury. Une fois les résultats proclamés, le jury a épuisé sa
compétence à moins qu’il découvre des erreurs matérielles (erreur de calcul, attributions
des notes d’un candidat à un autre). Dans ce cas, le jury doit procéder à des corrections
sauf si sa décision est devenue définitive du fait de l’expiration du délai de recours
contentieux.
NB : Certaines des règles ci-dessus exposées prévues par le décret 93-607 du 02 juillet
19933 s’appliquent sous réserve de l’application de dispositions spécifiques contraires.
Une fois le concours achevé et les résultats proclamés, les candidats ont parfois droit à
une formation dans un établissement dédié. La formation peut avoir lieu dans d’autres
conditions13. Elle précède leur nomination, affectation et titularisation.
Ainsi que déjà rappelé, le statut général de la fonction publique dispose que les
fonctionnaires sont recrutés par voie de concours. Il prévoit cependant des dérogations à
cette règle. Ainsi, si le principe est celui du concours l’accès au statut de fonctionnaire
peut exceptionnellement se faire par voie de décret (cf. article 47 de la loi). Cette
formulation se distingue du droit français où les dérogations sont décidées par le
législateur. C’est un véritable pouvoir qui est reconnu à l’autorité compétente, le
Président de la République, et qui peut être justifié par l’intérêt du service, la nécessité
d’introduire une certaine souplesse dans le système de recrutement ou le souci de face à
des exigences de solidarité sociale.
Sur cette base, le pouvoir exécutif peut procéder directement, en l’absence de tout
13 Les admis au concours sont appelés, lorsque les textes le prescrivent, à bénéficier d’une formation
professionnelle. Cette formation a lieu en général pour les candidats qui se sont présentés au concours
d’entrée d’une école de formation. Il peut s’agir d’une école d’Administration générale, comme c’est le
cas de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) ou d’écoles spécialisées qui ont vocation à former à
l’exercice de professions particulières, à l’exemple de l’Ecole Nationale Supérieure et de l’Institut
nationale de Formation judiciaire.
Cette formation s’accompagne parfois d’un stage probatoire dont le principe est arrêté par l’article 36 du
statut général de la fonction publique qui dispose en son article 36 que « toute personne admise à occuper
un emploi public en qualité de fonctionnaire est soumise à un stage d’une année ».
Cette disposition doit être retenue, sous réserve des règles particulières prévues par les décrets portant
organisation des écoles de formation.
Dans d’autres cas, les candidats recrutés ne sont pas soumis à cette formation professionnelle puisque dès
leur recrutement, ils sont affectés immédiatement à un emploi pour exercer. C’est le cas par exemple pour
les Assistants des Universités.
25
concours, à la nomination et à la titularisation en qualité de fonctionnaires de personnes
dont les qualités professionnelles sont indéniables, à condition qu’elles remplissent les
conditions légales statutaires.
Ces dérogations peuvent concerner également les emplois réservés (cette hypothèse était
expressément prévue par l’article 19 de loi n°64-488 du 21 décembre 1964 portant statut
général de la fonction publique) au bénéfice d’anciens militaires, de victimes de guerre
ou d’handicapés. En ce qui concerne ces derniers, on peut noter depuis quelques années
l’existence de recrutement en faveur des handicapés qui n’ont pas besoin de passer de
concours d’intégration. Ainsi en 2020, ont été retenus sur 1000 dossiers examinés, cent
(100) handicapés moteurs, trente-cinq (35) handicapés auditifs visuels et trente (30)
personnes portant des handicaps liés aux troubles du développement pour les grades D1
à A 4. Pour ce faire, a été mis en place une Commission de recrutement dérogatoire
composée de représentants de l’Administration publique et des représentants des
organisations de personnes handicapées.
26
même jouer dans le cadre du recrutement pour la Constitution initiale d’un corps 14, dans
le cadre de statuts particuliers.
En France, est connue la pratique du tour extérieur consistant à « autoriser l’accès direct
de fonctionnaires à un corps » « pour certains corps de catégorie A, dont la liste est fixée
par décret en Conseil d’Etat » (C’est le cas pour le Conseil d’Etat, la Cour des Comptes,
l’Inspection des Finances, les tribunaux administratifs, le corps des magistrats, etc.). A
l’origine, il s’agit d’ouvrir la fonction publique sur l’extérieur. Pour atténuer les risques
d’abus qui ne sont pas exclus, les recrutements sont soumis à des avis consultatifs
obligatoires parfois demandés à des Commissions consultatives.
Sans que l’expression ne soit utilisée, la pratique du tour extérieur existe également
pour l’accès à la magistrature en Côte d’Ivoire (Cf. les textes organisant l’accès à la
magistrature).
14 Chaque corps regroupe des fonctionnaires soumis à un même ensemble de règles, appelé statut
particulier.
27
CHAPITRE 3
LE DEROULEMENT DE LA CARRIERE DU
FONCTIONNAIRE
Après son recrutement, le fonctionnaire est appelé à faire carrière dans la fonction
publique. Pendant cette carrière qui dure jusqu’à son départ à la retraite ou sa radiation
des effectifs de la fonction publique pour toute autre cause, le fonctionnaire occupera
différentes positions qu’il convient d’analyser (Section 1). Pendant cette carrière, il
pourra connaître des promotions (Section 2). Enfin, il bénéficiera de droits et sera
assujetti à diverses obligations (3).
SECTION I
LES DIFFERENTES POSITIONS DES FONCTIONNAIRES
Aux termes de l’article 53 du Statut général de la fonction publique, tout fonctionnaire est
placé dans l’une des positions suivantes : l’activité, le détachement, la disponibilité et la
position sous les drapeaux. Le statut général ne définit pas pour autant la position. On
peut cependant l’entendre comme la situation du fonctionnaire vis-à-vis de son emploi.
I- L’activité
Suivant les termes de l’article 54 du Statut général de la fonction publique, « l’activité est
la position du fonctionnaire qui, régulièrement titularisé, occupe effectivement un
emploi».
28
II- Le détachement
Il est défini par l’article 55 du Statut général de la fonction publique, comme la position du
fonctionnaire autorisé à interrompre temporairement ses fonctions pour exercer un
emploi ou un mandat public national ou international, un mandat syndical ou pour exercer
une fonction ministérielle ou un mandat social à la tête d’une société d’Etat 19. Cette
interruption temporaire de fonction à laquelle se réfère l’article 55 précité peut se faire au
profit d’une entreprise privée, après autorisation du Conseil des ministres. Autant dire que
le détachement peut se faire également auprès d’une entreprise privée (pour une période
non renouvelable.
Dans cette position, le fonctionnaire est placé hors de son corps d’origine ou de sa famille
d’emploi (pour coller au statut général de la fonction publique, pour exercer des fonctions
(en général) dans une autre Administration ou structure, mais continue à bénéficier de ses
droits à l’avancement, à la promotion, à la formation et à la retraite.
Quelles sont les conditions du détachement du fonctionnaire ? Quelle est sa durée ? Quels
en sont les effets ? Et quand prend-il fin ?
A- Les conditions du détachement
Les conditions du détachement sont fixées à la fois par le Statut général de la fonction
publique et le décret 93-607 portant modalités communes d’application dudit statut.
Le détachement ne peut se faire que dans les sept cas suivants prévus par l’article 21 du
décret n°93-607 :
✓ auprès d’un Etablissement public national dans un emploi ouvrant droit à pension au
titre du régime général applicable aux fonctionnaires de l’Etat ;
✓ auprès d’une administration ou établissement public, d’une collectivité territoriale ;
29
droit à pension au titre du régime général applicable aux fonctionnaires d’Etat ;
✓ auprès d’une entreprise privée après accord du conseil des ministres, pour une période
non renouvelable qui ne peut excéder 3 ans.
N.B : 1. Depuis 2000, suivant les dispositions du code électoral, les députés, membres de
l’assemblée nationale, ne sont plus en position de détachement alors qu’ils exercent un
mandat public national. Désormais, ils sont en position de disponibilité. Il en est de même
des sénateurs.
2. Lorsque le détachement doit être effectué auprès d’un Etat étranger ou d’un organisme
international, il requiert l’accord préalable du conseil des ministres 21.
3. Le détachement pour exercer une fonction gouvernementale ne peut être refusé. Il doit
être fait droit à la demande du fonctionnaire.
4. Le détachement peut être prononcé d’office dans les deux premiers cas ci-dessus
exposés, c’est-à-dire, auprès d’un Etablissement public national ou auprès d’une
administration ou établissement public, d’une collectivité territoriale, à condition que le
nouvel emploi soit équivalent à l’ancien.
B- La durée du détachement
Cette durée est également prévue par les textes. Ceux-ci indiquent que le détachement
est de courte durée ou longue durée22.
Le détachement de courte durée ne peut excéder six mois et il ne peut être renouvelé.
Lorsqu’il est demandé pour effectuer une mission d’enseignement à l’étranger, ce délai
de six mois est cependant porté à un an.
30
Le détachement de longue durée devrait être défini par opposition au détachement de
courte durée c'est-à-dire qu’il est d’une durée supérieure à six mois. Il ne peut cependant
excéder cinq ans. Au contraire du détachement de courte durée, le détachement de longue
durée peut être renouvelé par périodes n’excédant pas cinq années chacune.
Il convient toutefois de noter que le détachement auprès d’une entreprise privée ne peut
excéder trois ans. De plus, ce détachement n’est pas renouvelable. Ajoutons qu’en cas de
détachement de courte durée, le fonctionnaire détaché n’est pas remplacé dans sa
fonction. Au contraire, quand il est de longue durée, le fonctionnaire peut être aussitôt
remplacé dans sa fonction 23.
Par suite, il est noté par l’autorité dont il dépend dans la structure de détachement. Et
Sa fiche de notation est transmise au ministre technique intéressé et au Ministre de la
Fonction publique.
Il est en principe soumis aux règles régissant l’emploi pour lequel il a été détaché 24.
Pour la poursuite des fautes disciplinaires par lui commises, il reste tributaire de la
compétence du Ministre chargé de la fonction publique.25
La structure qui paye cette rémunération doit en principe reverser à la CGRAE les
cotisations dues au titre des droits à pension.
31
D- La fin du détachement
Le terme normal du détachement est constitué par la fin de la durée pour laquelle il été
prononcé. Dans ce cas, le fonctionnaire a droit à sa réintégration.
Pour le détachement de courte durée, le décret 93-607 indique que « le fonctionnaire est
obligatoirement réintégré dans sa fonction antérieure ». Quant au détachement de longue
durée, le même décret dispose que « le fonctionnaire est obligatoirement réintégré dans
un emploi de son grade par le ministère de la fonction publique ».
Il n’est pas exclu que le détachement prenne fin avant terme et ce dans plusieurs
hypothèses :
- cela peut être d’abord le fait d’une initiative prise par les administrations concernées
(administration d’origine et administration d’accueil) ou encore d’une initiative du
fonctionnaire lui-même (fin du détachement à sa demande qui ne peut cependant
intervenir s’il s’agit d’un détachement d’office). Dans ces cas, la fin prématurée du
détachement est prononcée par arrêté du Ministre de la fonction publique ;
- cela peut résulter aussi du fait que le fonctionnaire a atteint la limite d’âge qui lui est
applicable alors qu’il était encore en détachement 26 ;
- cela peut enfin tenir au fait que l’emploi de détachement comporte une limite d’âge
inférieure à celle de l’emploi d’origine. Dans ce cas, il est mis fin au détachement lorsque
la limite d’âge du nouvel emploi est atteint27.
Lorsque la fin prématurée fait suite à une initiative du fonctionnaire, l’art. 27 al. 4 du
décret 93-607 fixe une solution qui n’est pas favorable au fonctionnaire en ce qu’il dispose
que « il (le fonctionnaire) cesse d’être rémunéré s’il ne peut être réintégré
immédiatement et est maintenu en situation d’attente jusqu’à ce qu’intervienne sa
réintégration ».
32
III- La disponibilité
Elle est définie par l’art. 61 du Statut général de la fonction publique et précisée par le
décret 93-607. Aux termes de l’art. 61 précité « la disponibilité est la position du
fonctionnaire dont l’activité est suspendue temporairement à sa demande pour des
raisons personnelles ». Au-delà de cette définition, les dispositions législatives et
règlementaires règlent certaines questions liées à l’autorité compétente pour prononcer
la disponibilité (A), aux conditions dans lesquelles la disponibilité peut être prononcée
(B), à sa durée (C), au traitement financier du fonctionnaire en disponibilité (D) ainsi
qu’à sa fin (E).
La disponibilité est prononcée par arrêté du Ministre de la fonction publique après avis
favorable du ministre intéressé et elle est accordée ou non en tenant compte des besoins
du service public ainsi que de la proportion de fonctionnaire en détachement ou en
disponibilité qui ne peut dépasser 10% de l’effectif des postes effectivement occupés.
Les raisons personnelles pouvant justifier la disponibilité sont précisées par le Statut
général de la fonction publique (art. 63), à savoir :
∎L’accident ou maladie grave du conjoint ou d’un enfant (hypothèse 1 : dans ce cas, elle
est accordée de droit à la femme fonctionnaire et à sa demande, en cas de maladie grave
du conjoint ou d’un enfant) ;
C- La durée de la disponibilité
Pour chacune des hypothèses ci-dessus énoncées, la durée de la disponibilité est prévue
ainsi que les possibilités de son renouvellement :
33
conseil de santé ;
E- La fin de la disponibilité
Comme le détachement, la disponibilité est prononcée pour une durée qui n’est pas
éternelle.
34
pratique administrative ivoirienne, la mise à disposition peut être entendue comme la
situation du fonctionnaire qui effectue son service dans une administration autre que la
sienne alors même qu’il est toujours considéré comme demeurant dans son cadre
d’emploi d’origine ou dans son administration d’origine. En conséquence, il continue de
percevoir son traitement, mais celui-ci est payé par l’administration qu’il est censé
n’avoir jamais quittée.
Cette position est définie aujourd’hui par l’article 66 du Statut général de la fonction
publique comme la position du fonctionnaire « incorporé dans une formation militaire
pour y accomplir son service légal »29. Placé dans cette position, le fonctionnaire sous
les drapeaux perd sa rémunération d’activité ; celle qui est liée à son activité normale.
Elle est remplacée par une solde dite militaire.
SECTION II
LA PROMOTION DES FONCTIONNAIRES
Stricto sensu, la promotion est définie par l’art. 77 du Statut général de la fonction
publique comme « Le passage du fonctionnaire de son grade au grade immédiatement
supérieur ». En principe, conformément à l’art. 77, cette promotion a lieu par voie de
concours, ou exceptionnellement par décret.
29 Dans son ancienne formulation, l’article 50 de l’ancien statut disposait : « la position sous les drapeaux
définit la situation du fonctionnaire n’exerçant plus son emploi parce qu’ayant été incorporé dans une formation
militaire pour accomplir son service militaire ».
35
permet d’apprécier les qualités professionnelles du fonctionnaire, à savoir la notation.
Ainsi convient-il d’abord de s’arrêter sur la notation avant d’étudier les avancements
d’échelon et de classe.
A- La notation
La notation du fonctionnaire est prévue par l’article 69 du Statut général de la fonction
publique qui dispose que « Chaque année, il est attribué au fonctionnaire en activité ou
en service détaché une note chiffrée suivie d’une appréciation générale exprimant sa
valeur professionnelle et son mérite ». Elle est formulée dans un bulletin individuel de
notation dans lequel figurent plusieurs autres éléments (les mentions portées par le
fonctionnaire et relative à son identité, à l’évolution de sa carrière, à l’emploi, aux
fonctions exercées et le cas échéant, celles qu’il souhaite exercer, des éléments
d’appréciation générale le concernant, une proposition relative à son avancement
d’échelon ou de classe) 30.
La note chiffrée qui lui est attribuée et qui est la synthèse d’une série d’appréciation
détaillées portées sur le bulletin de notation, varie de 1 à 5 ainsi qu’il suit :
✓ 1 : Mauvais ;
✓ 2 : Insuffisant ;
✓ 3 : Bon ;
✓ 4 : Très bien ;
✓ 5 : Excellent.
La note est proposée par le supérieur hiérarchique désigné par le ministre compétent ou
par le supérieur hiérarchique immédiat dans les EPN. Elle porte sur l’évaluation des
services accomplis du 1er juin de l’année précédente au 31 mai de l’année en cours.
36
Lorsqu’il a reçu cette proposition, la fonctionnaire a le droit d’émettre une réclamation
écrite contre la note proposée. La réclamation peut être adressée au supérieur hiérarchique
ou au ministre compétent ou à son délégué et ce dans un délai de huit jours (art. 44 al 5
Décret 93-607).
En tout état de cause, la note est définitivement arrêtée par le ministre compétent ou à
son délégué qu’il y ait réclamation ou non.
Une fois la note arrêtée, la copie du bulletin est remise au Ministre de la fonction
publique, au supérieur hiérarchique et au fonctionnaire lui-même par tous moyens. Ces
différentes copies doivent être reçues par leurs destinataires au plus tard le 30 septembre
de l’année en cours.
La note attribuée est-elle contestable ? Depuis l’arrêt Yao Douka Anderson rendue par la
Chambre administrative de la Cour suprême, en 2013, la réponse à cette question est
positive en droit ivoirien, après l’avoir été en droit français (Lire KISSIEDOU Sylvère
Caporal, « La notation administrative des fonctionnaires est susceptible d’annulation »,
in La tribune de la Chambre administrative, n°09, janvier 2018, pp. 28-30).
Nous avons déjà examiné les catégories et à l’intérieur de celles-ci les grades. Au sein des
grades, se trouvent les classes qui elles-mêmes comportent des échelons. Les classes que
l’on retrouve dans les grades sont celles-ci dans l’ordre décroissant :
✓ Classe exceptionnelle ;
✓ Classe principale ;
✓ Première classe ;
✓ Deuxième classe.
Chaque classe comporte trois échelons (troisième, deuxième et premier dans l’ordre
décroissant) à l’exception de la deuxième classe qui comporte quatre échelons. Cet
avancement consiste pour le fonctionnaire à accéder à l’échelon immédiatement
37
supérieur dans les conditions fixées par le Statut général et ses décrets d’application.
Aux termes de ces dispositions, l’avancement d’échelon est fonction non seulement de
l’ancienneté mais également de la notation du fonctionnaire. En effet, la durée moyenne
d’avancement du fonctionnaire d’un échelon à l’échelon immédiatement supérieur est de
deux ans. Il peut être réduit ou majoré. Elle peut être réduite en faveur des
fonctionnaires particulièrement méritants ou ayant reçu une distinction dans
l’ordre du mérite de la fonction publique (le décret actuellement applicable indique
qu’il peut l’être de trois ou six mois en faveur des fonctionnaires les mieux notés). Elle
peut être majorée pour les fonctionnaires qui reçoivent au cours de l’une des deux
années de référence une note inférieure à un niveau fixé par décret (le décret
actuellement applicable dispose qu’elle peut être majorée de trois ou six mois pour le
fonctionnaire).
Le droit à l’avancement d’échelon peut être perdu si le fonctionnaire a reçu une note
inférieure à 3 sur 5 pour chacune des deux années de référence. L’avancement d’échelon
a pour conséquence une augmentation du traitement du fonctionnaire.
2. L’avancement de classe
Comme l’avancement d’échelon, celui-ci est prévu par l’article 71 du Statut général de
la fonction publique et le décret 93-607. L’article 71 du statut précise que « l’avancement
de classe a lieu uniquement au choix au profit des fonctionnaires inscrits en raison de
leur mérite à un tableau annuel d’avancement », après avis de la Commission
administrative de recours.
Sous l’empire de la loi de 1992, le tableau des plus méritants auquel il est fait
référence était préparé chaque année par le Ministère en charge de la fonction
publique. Il était, ensuite, en principe transmis ou soumis à la Commission
administrative paritaire qui devait faire des propositions d’avancement de classe au
Ministre de la fonction publique.
En tout état de cause, en plus du mérite qui est récompensé, le fonctionnaire doit avoir
38
accompli deux années dans l’échelon le plus élevé de sa classe. Comme pour
l’avancement d’échelon, l’avancement est avantageux en ce qu’il lui procure une
augmentation de traitement.
SECTION III
LES DROITS ET OBLIGATIONS DES FONCTIONNAIRES
Durant la carrière qui est la leur, les fonctionnaires ivoiriens disposent de nombreux
droits (I) et demeurent soumis à diverses obligations (II).
1. La liberté d’opinion
La liberté d’opinion, en plus d’être consacrée par la Constitution (article 19), l’est
également par le Statut général de la fonction publique en son article 21 qui dispose que
« la liberté d’opinion est reconnue aux fonctionnaires ; aucune distinction ne peut être
faite entre ceux-ci en raison de leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses».
Toutefois, précise l’alinéa 2 de ce même article « l’expression de ces opinions ne peut
mettre en cause les principes affirmés par la Constitution et le Statut général ». Le même
article 21 précise que cette « liberté d’opinion ne peut être faite qu’en dehors du service
avec la réserve appropriée aux fonctions qu’exerce l’intéressé en dehors du service ».
La reconnaissance de cette liberté explique sans doute la règle suivant laquelle il ne peut
être fait état dans le dossier du fonctionnaire ou dans tout document administratif, de ses
opinions ou de ses activités politiques, syndicales, religieuses ou philosophiques.
2. Le droit syndical
Le droit syndical est également reconnu aux fonctionnaires, et ce, depuis l’indépendance
39
de la Côte d’Ivoire. Ce droit a cependant connu de nombreuses difficultés sous l’ère du
parti unique de fait, entre 1960 et 1990. Pendant cette période, le parti unique de l’époque
concevait le syndicalisme comme un facteur de division de la nation. En conséquence, il
favorisait l’existence de syndicats proches du PDCI-RDA, parti unique, ainsi que
l’existence de centrales syndicales englobant ces syndicats. A l’inverse, étaient
discrédités ou victimes de tracasseries, les syndicats qui se donnaient pour libres, non
inféodés ou qui refusaient leur inféodation par le parti unique de fait. Parmi ceux-ci, on
peut citer le SYNESCI, le SYNARES, le SYNACASCI. Depuis 1990, le syndicalisme
semble avoir retrouvé des couleurs, nonobstant quelques problèmes de coexistence
pacifique avec les différents pouvoirs en place.
La reconnaissance du droit syndical est inscrite dans l’article 23 alinéa 1 du Statut général
de la fonction publique. L’article 25 dudit statut dispose que les syndicats professionnels
sont tenus d'effectuer, dans le mois de leur création, le dépôt de leurs statuts et la liste de
leurs administrateurs, auprès du ministre chargé de l'Administration du Territoire31. Ils
ont le droit de se pourvoir contre les actes réglementaires concernant le statut du
personnel et contre les décisions individuelles et collectives portant atteinte intérêts
collectifs des fonctionnaires.
Aux termes de l’article 26 du nouveau statut général, « il est accordé une protection ainsi
qu’une décharge partielle de travail aux responsables syndicaux pour l’exercice de leurs
activités syndicales… ».
3. Le droit de grève
Ce droit prend son fondement dans l’article 24 du Statut général de la fonction publique.
Ce droit, qui est un prolongement normal du droit syndical, peut être défini comme une
interruption concertée et collective de travail en vue d’appuyer une revendication
professionnelle. Pendant longtemps, ce droit de grève a été refusé aux fonctionnaires et
31 Le Code du travail (Art.51.5) dispose que : « Les fondateurs de tout syndicat professionnel doivent
déposer les statuts et les noms de ceux qui, à un titre quelconque, sont chargés de son administration ou de
sa direction. Ce dépôt a lieu à la mairie ou au siège de la circonscription administrative où le syndicat est
établi et une copie des statuts est adressée à l’inspecteur du travail et des lois sociales et au procureur de
la République du ressort. Une copie des statuts et une copie du règlement intérieur sont déposées à la
direction de l’entreprise pour information.
Les modifications apportées aux statuts et les changements survenus dans la composition de la direction
ou de l’administration du syndicat doivent être portées, dans les mêmes conditions, à la connaissance des
mêmes autorités ». On peut se poser la question de savoir si cette disposition fait obstacle à l’application
de l’article 25 ci-dessus cité d’autant plus que l’article 23 précité dispose que « les syndicats professionnels
(…) sont régis par le Code du travail ».
40
agents de l’Etat, et ce, pour deux raisons :
Il va falloir attendre la constitution française d’octobre 1946 pour voir enfin le droit de
grève être reconnu notamment par son préambule qui dispose en son alinéa 7 que « Le
droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent ».
- le droit de grève était-il applicable tant dans les services publics que dans le privé ?
Le Conseil d’Etat répondra dans son arrêt du 7 juillet 1950 (arrêt Dehaene) à ces
questions en indiquant que :
- le droit de grève est reconnu tant aux agents du service public que du privé ;
- le droit de grève est reconnu pour la défense des intérêts professionnels ;
- la reconnaissance du droit de grève ne saurait avoir pour conséquence d’exclure les
limitations qui doivent être apportées à ce droit comme à tout autre en vue d’éviter un
usage abusif ou contraire aux nécessités de l’ordre public ; en l’état actuel de la
législation, il appartient au gouvernement responsable du bon fonctionnement des
services publics de fixer lui-même sous le contrôle du juge en ce qui concerne ses
services, la nature et l’étendue desdites limitations.
En Côte d’Ivoire, le droit de grève ainsi reconnu est aujourd’hui encadré et aménagé par
diverses lois notamment la loi n°92-571 du 11 septembre 1992 relative aux modalités de
41
la grève dans les services publics. Cette loi, complétée par un décret adopté en 1995,
institue la procédure à suivre pour exercer le droit de grève. Elle en prévoit les modalités
et limites en ayant en vue la conciliation du droit de grève avec le principe de la continuité
du service public.
Ainsi, l’exercice effectif du droit de grève est subordonné au respect des règles
suivantes :
3. si cette deuxième phase échoue, le litige est porté devant le chef du gouvernement ;
4. si le désaccord perdure, la grève peut être décidée mais les agents qui envisagent cette
option doivent déposer un préavis de six jours ouvrables avant la date du déclenchement.
Ce préavis doit préciser les motifs, la date, l’heure, la durée (limitée ou illimitée). Le
préavis est attesté par la remise d’un récépissé.
- certaines modalités de grèves sont interdites, à savoir : les grèves dites par
échelonnement successif ou par roulement, en raison de leurs effets de désorganisation
redoutables sur le service public. On les appelle également des grèves perlées ou
tournantes ; la grève sur le tas qui s’accompagne de l’occupation des lieux de travail en ce
qu’elle est constitutive d’une atteinte au droit de propriété de l’employeur ainsi qu’à la
liberté de travail des agents qui souhaitent poursuivre le travail ;
- certains personnels fonctionnaires sont exclus du droit de grève pour diverses raisons :
les membres du corps préfectoral, les Directeurs d’EPN et chefs de service, les membres
du corps diplomatique, en raison de la nature des fonctions ; les personnels de la police
nationale, les magistrats, en raison du service public considéré ;
42
- la nature de certains services publics oblige également à organiser un service minimum.
C’est le cas notamment des services de santé, des services de télécommunication, des
services publics de communication audiovisuelle (Voir décret de 1995 relatif aux modalités
de la grève dans les services publics).
NB : Il convient de noter que la grève, même entamée en toute légalité, a pour conséquence
la perte du droit à rémunération pour la période d’arrêt du travail, et ce en application de la
règle du service fait. Ce n’est pas une sanction. Ainsi dispose aujourd’hui l’article 24 alinéa
3 du nouveau statut général : « l’absence de service fait par suite de grève entraine une
réduction proportionnelle du traitement ou salaire et de ses compléments, conformément
aux dispositions de la loi relative aux modalités de la grève dans les services publics ». La
retenue est calculée sur la base du principe du trentième indivisible. En droit français, les
agents grévistes ne peuvent pas, en principe, échapper à la retenue par le rattrapage des
tâches non effectuées (CE 18 avril 1980 Michéa).
43
Elle dispose en outre, aux mêmes fins, d'une action directe qu'elle peut exercer au besoin
par voie de constitution de partie civile devant la juridiction pénale ».
Pour sa part, la protection civile peut jouer également sur la base l’article 28 précité, en
étant le fondement de demandes de réparations civiles. L’article 27 alinéa 2 qui prévoit la
sanction de l’Administration et non du fonctionnaire pour les fautes de service peut, de
même, être invoqué dans le cadre de cette protection civile. En effet, aux termes de cette
disposition, « lorsqu'un fonctionnaire est poursuivi par un tiers pour faute de service, la
collectivité publique est responsable des condamnations civiles prononcées contre lui,
dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable ».
44
Les modalités de la rémunération sont fixées par décret. A cet égard, on peut distinguer
entre les règles communes à toutes les composantes de la rémunération et les règles
spécifiques.
45
4° Pour le fonctionnaire licencié pour insuffisance professionnelle notoire, le jour où il
cesse effectivement ses fonctions ; si l'acte de licenciement n'a pas prévu une date
ultérieure pour la cessation des fonctions, celle-ci doit avoir lieu le lendemain du jour où
il reçoit notification de l'acte de licenciement ;
5° Pour le fonctionnaire admis à faire valoir ses droits à la retraite (…) le dernier jour du
mois civil au cours duquel il est admis à faire valoir ses droits à la retraite.
Les notifications prévues par ces dispositions doivent être faites sans délai. Si, par la faute
du fonctionnaire, la notification de l'acte le concernant n'a pu lui être faite dans les délais
normaux, la cessation du traitement intervient à la date fixée par le ministre chargé de la
Fonction publique.
6° Le fonctionnaire absent irrégulièrement de son poste perd ses droits au traitement à
compter du lendemain du jour où son absence a été dûment constatée. Sous réserve des
mesures administratives qui peuvent être prises à son encontre, il recouvre ses droits au
traitement le jour où il reprend effectivement ses fonctions ;
7° Le fonctionnaire détenu par décision de l'autorité judiciaire perd ses droits au
traitement le lendemain du jour de son incarcération. Sous réserve des mesures
administratives susceptibles d'intervenir à son encontre, il recouvre ses droits au
traitement le jour de la reprise effective de ses fonctions fixé par le ministre chargé de la
Fonction publique.
Quelle que soit la décision judiciaire définitive intervenue, l'intéressé ne peut en aucun
cas prétendre au rappel de son traitement ou indemnité pour la période où il a été écarté
du service35.
Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé annuel ou cumulé sur deux (2) années de service
maximum, d'un congé pour couches et allaitement, d'une autorisation d'absence pour
concours ou examen ou d'un congé pour accomplir une période militaire d'instruction,
conserve ses droits au traitement pendant la durée dudit congé ou autorisation
d'absence36.
En cas de congé de maladie d'une durée de six (6) mois pendant une période de douze
mois consécutifs, le fonctionnaire a droit à l'intégralité de sa rémunération pendant les six
(6) mois37.
46
En cas de congé de maladie de longue durée, le fonctionnaire conserve sa rémunéra
pendant les six (6) premiers mois. A l'issue de cette période la rémunération est réduite
de moitié38.
Le fonctionnaire accomplissant un stage de formation professionnelle perçoit la
rémunération prévue par la réglementation applicable en la matière 39.
Le fonctionnaire placé en position de détachement, de disponibilité, ou sous les drapeaux
perd, pendant toute la période où il se trouve dans l'une de ces positions, le droit au
traitement auquel il peut prétendre en position d'activité 40.
Toutefois, le fonctionnaire détaché d'office auprès d'une administration ou établissement
public national dans un emploi conduisant à pension du régime général ou auprès d'une
administration, d'une collectivité territoriale, continue à percevoir le traitement afférent à
sa classe et à son échelon dans son grade d'origine si l'emploi qu'il occupe dans la position
de détachement comporte une rémunération moindre.
Le traitement dû au fonctionnaire décédé est acquis à ses héritiers ou ayants droit jusqu’au
dernier jour du mois du décès, sous déduction le cas échéant des retenues ou reprises dont
ce traitement peut être passible en vertu des règlements.
Le paiement aux ayants droit du fonctionnaire décédé d'un capital décès est régi par des
dispositions spéciales 41.
En cas de promotion, le traitement afférent au nouveau grade est alloué au fonctionnaire
à compter de la date fixée par l'acte de promotion, ou, à défaut à compter du mois suivant
la date de signature de l'acte de promotion.
En ce qui concerne les avancements de classe ou d'échelon, le traitement afférent au
nouvel échelon alloué à compter du mois suivant la date à laquelle se trouve remplie la
condition d'ancienneté nécessaire au franchissement de la classe ou de l'échelon.
Lorsqu'un fonctionnaire est frappé de la sanction disciplinaire de l'abaissement d'échelon
ou de l'abaissement de classe, le traitement afférent à son nouvel échelon ou à sa nouvelle
classe lui est alloué à compter du premier jour du mois qui suit la date de notification de
la décision de sanction 42.
47
L'indemnité de résidence et les allocations familiales, éléments accessoires de la
rémunération, suivent le sort du traitement ; ils sont supprimés ou réduits dans la
proportion où le traitement soumis à retenue pour pension se trouve supprimé ou réduit
pour quelque motif que ce soit.
Toutefois, le droit à l'intégralité des allocations familiales peut être maintenu :
1° Au fonctionnaire suspendu de ses fonctions, ou exclu temporairement en application
du régime disciplinaire, pendant toute la durée de la suspension ou de l'exclusion ;
2° Au fonctionnaire détenu par décision de l'autorité judiciaire ;
3° Au fonctionnaire bénéficiaire d'un congé de maladie, ou d'un congé de longue durée,
pendant toute la période où il perçoit son traitement intégral ou réduit de moitié ;
4°Au fonctionnaire bénéficiaire d'autorisations spéciales d'absence sans traitement dans
les cas prévus par la réglementation en vigueur ;
5° A la femme fonctionnaire chef de famille placée en position de disponibilité sur sa
demande, en cas d'accident ou de maladie grave du conjoint ou d'un enfant pendant toute
la durée de cette position 43.
Le traitement et ses accessoires sont ordonnancés et payés seulement après service fait 44.
Le traitement et ses accessoires se décomptent par mois à raison de la douzième partie de
leur montant fixé annuellement, et par jour à raison de la trentième partie de leur montant
fixé mensuellement45.
1.2 Des règles spécifiques
1.2.1. Dispositions applicables au traitement soumis à retenue pour pension
Le traitement soumis à retenue pour pension est l'élément principal de la rémunération. Il
est défini par un coefficient dénommé indice de traitement affecté à chaque échelon de
l'échelle de traitement des grades de fonctionnaires.
Le montant annuel du traitement soumis à retenue pour pension afférent à l'indice 100 est
fixé par décret46.
Le fonctionnaire supporte sur son traitement la retenue pour pension prévue par la
réglementation des pensions.
48
Indépendamment des réductions de traitement applicables au fonctionnaire occupant
certaines positions autres que celles de service, des retenues peuvent être opérées sur le
traitement dans les cas énumérés ci-après :
1° Retenues pour absences non justifiées, ou absences de service fait ; est assimilé à
l'absence de service fait, le service mal fait ;
2° Retenues pour dettes envers l’Etat ou des personnes morales de droit public ;
3° Retenues pour dettes envers des personnes physiques ou des personnes morales de
droit privé en vertu d'oppositions ou de saisies-arrêts47.
Un arrêté conjoint du ministre chargé des Finances et du ministre chargé de la Fonction
publique déterminera, en tant que de besoin, les modalités d'application des dispositions
relatives aux précomptes opérés sur le traitement 48.
49
Sauf cas d'infirmité ou de maladie incurable dûment constatée, le droit à ces allocations
ne se maintient pour les enfants de plus de dix-sept ans qu'à la condition qu'ils soient
régulièrement inscrits à un établissement scolaire reconnu et y poursuivent des études
normales.
Le droit aux allocations est suspendu si l'enfant âgé de plus de quinze (15) ans est exclu
temporairement de l'établissement scolaire où il est inscrit, pendant toute la durée de cette
exclusion. Il cesse si l'exclusion définitive et à compter du dernier jour du mois de
l'exclusion.
Le droit aux allocations familiales cesse en cas de décès de l'enfant à compter du dernier jour
du mois du décès.
Les allocations familiales sont payées mensuellement à terme échu, à compter du premier
mois suivant l'enregistrement de la naissance de l'enfant à l'état civil ou la transcription à
l'état civil de l'acte de reconnaissance ou d'adoption 50.
En cas de divorce ou de séparation de corps entre deux fonctionnaires, leur situation, au
point de vue des allocations familiales, fera l'objet d'une décision spéciale partageant les
allocations acquises au titre du présent décret proportionnellement au nombre des enfants
ouvrant droit aux allocations qui seraient laissés à leur charge respective par les décisions
judiciaires de divorce ou de séparation de corps.
Si la femme n'est pas fonctionnaire, les allocations acquises seront conservées au chef de
famille, à charge pour lui de reverser à son conjoint séparé de corps ou divorcé, à peine
de s'en voir retirer le bénéfice, une proportion de ces allocations déterminée comme ci-
dessus.
En cas de décès de son mari, la femme fonctionnaire sera considérée comme chef de
famille, et admise au bénéfice des allocations pour ses propres enfants et ceux qu'elle
aurait reconnus ou adoptés dans les limites fixées par le statut général 51.
Toute déclaration frauduleuse tendant à faire allouer à un fonctionnaire des allocations
supérieures à celles auxquelles il pourrait prétendre au titre du présent décret, fera l'objet
de poursuites judiciaires sans préjudice des sanctions administratives qui pourraient être
prononcées 52.
2. Le droit aux congés
Divers types de congés sont accordés aux fonctionnaires.
50
2.1. Le congé annuel (Cf. art. 62 à 65 du décret 93-607)
Le fonctionnaire en activité a droit à un congé annuel d'une durée de trente (30) jours
calendaires avec rémunération.
Pour l'ouverture du droit au congé annuel sont considérés comme services accomplis :
les congés de maladie et le congé pour couches et allaitement ;
le congé accordé au fonctionnaire pour accomplir une période d'instruction militaire ;
les périodes passées en stage de formation professionnelle, conformément à la
réglementation applicable en la matière ;
2.2. Le congé de maladie de courte durée (Cf art. 90 du statut général et articles 68-69
décret 93-607)
Le fonctionnaire a droit à un congé de maladie de courte durée d’une durée de six mois
maximum, sur une période de 10 mois consécutifs. Il conserve l’intégralité de son congé
durant cette période.
En l’état actuel, pour bénéficier de ce congé, le fonctionnaire doit adresser à l'autorité
dont il relève une demande appuyée d'un certificat d'un médecin de l'Administration.
Pour les congés de maladie d'une durée supérieure à quinze (15) jours, la décision est
prise par le ministre chargé de la Fonction publique.
Aux termes de la période de six mois, si l’état de santé du fonctionnaire exige la poursuite
des soins, sur proposition du Conseil de santé et sécurité du Travail de la Fonction
publique, il est mis en congé de maladie de longue durée.
51
Ce congé ne peut excéder 36 mois, y compris les 6 premiers mois.
Pendant cette période, le fonctionnaire perçoit l’intégralité de son traitement durant les
12 premiers mois. A l’issue de cette période, la rémunération est réduite de moitié.
Au-delà des 36 mois, si le fonctionnaire n’est pas en état de reprendre le service, son
dossier est soumis à l’avis de la Commission de réforme, en vue de sa reconversion ou de
son admission à la retraite, le cas échéant, après avis du Conseil de Santé et Sécurité au
Travail de la Fonction publique. Cette solution tranche avec la solution passée où le
fonctionnaire était admis d'office à la retraite.
2.4. Le congé exceptionnel de maladie (Cf art. 92 du statut général)
2. 5. Le congé de maternité
52
couches. Si l’accouchement a lieu avant la date présumée, la période de suspension du
contrat de travail est prolongée jusqu’à épuisement des quatorze semaines sans préjudice
de la prolongation prévue à l’alinéa précédent. En tout état de cause, aucun licenciement
ne peut être signifié ou prendre effet pendant la période du congé de maternité. A la fin
des périodes de suspension de son contrat, la femme salariée est réintégrée dans son
emploi ».
2. 6. Le Congé de paternité (article 95 statut général)
Il est accordé au fonctionnaire à l’occasion de la naissance de son enfant.
2.7. Le Congé parental (article 96 statut général)
Le fonctionnaire y a droit pour s’occuper de son enfant.
2. 8. Le congé pour couches et allaitement (Cf art. 74 décret 93-607)
53
En cas de violation de cette interdiction, la rémunération du fonctionnaire est suspendue
jusqu'au jour où l'intéressé cesse l'activité interdite, sans préjudice des sanctions
disciplinaires.
Il est en outre tenu de signaler ses changements éventuels de résidence au ministre chargé
de la Fonction publique53 ;
- Le ministre chargé de la Fonction publique prend toute mesure pour provoquer en temps
opportun la comparution du fonctionnaire devant le Conseil de Santé, soit pour la
transformation d'un congé de maladie en congé de longue durée, soit pour la
transformation d'un congé de longue durée, soit pour le renouvellement d'un congé de
longue durée, soit pour la reconnaissance de son aptitude à reprendre son service à l'issue
d'une période régulière de congé55.
- Tout fonctionnaire qui a bénéficié d'un congé pour raison de santé, doit, après sa reprise
de service, se soumettre aux visites et examens de contrôle éventuels prescrits par le
Conseil de Santé56.
3. Les autorisations d’absence (Cf art. 66 décret 93-607)
Des autorisations d'absence n'entrant pas en compte dans le calcul du congé annuel
peuvent être accordées :
1° Avec traitement :
Au représentant dûment mandaté des syndicats de fonctionnaires à l'occasion de la
convocation des congrès syndicaux, fédéraux, confédéraux et internationaux ainsi que des
organismes directeurs dont ils sont membres ;
54
Au fonctionnaire candidat à des concours ou examens professionnels ;
Dans la limite des sessions des assemblées dont il fait partie, au fonctionnaire occupant
des fonctions publiques électives ou consultatives lorsque lesdites fonctions n'étant pas
incompatibles avec l'exercice normal de son emploi, il n'a pas été placé en position de
service détaché.
La durée des autorisations d'absence prévues ci-dessus est limitée à la durée des sessions
des organismes ou des épreuves des concours ou examens, augmentée, le cas échéant, des
délais de route normaux aller et retour.
2° Sans traitement, au fonctionnaire candidat à des élections politiques pendant la durée
de la campagne électorale.
4. Les permissions spéciales pour événements familiaux (Cf art. 67 et 171 décret
n°93-607)
En cas de décès d'un ascendant ou d'un descendant en ligne directe : cinq (5) jours ;
En cas de mariage de l'agent ou d'un enfant de l'agent : deux (2) jours ;
En cas de naissance survenue au foyer du fonctionnaire : trois (3) jours.
Le fonctionnaire bénéficiaire d'une autorisation spéciale d'absence, ou d'une permission
d'absence pour événements familiaux prévus par la réglementation en vigueur, conserve
ses droits au traitement.
55
Cette obligation est posée par l’article 32 du statut général. Elle revêt plusieurs aspects, à
savoir :
- servir personnellement, sous réserve des règles relatives à l’intérim, la suppléance ou la
délégation. A cet égard, le statut général indique que « Tout fonctionnaire, quel que soit son
rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il
n'est dégagé d'aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre
de ses subordonnés » ;
- service de façon continue, en écho au principe de la continuité du service public :
- servir avec loyauté : ce qui oblige le fonctionnaire à n’avoir aucune attitude antinationale ou
inclinant au manque de patriotisme ou d’attachement à la République, à la nation ou à ses
intérêts (CE 5 novembre 1952, Vrécord : constitue une faute disciplinaire le refus d'obéir
aux instructions de participer aux cérémonies du 11 novembre) ;
- servir avec dignité : « être au service de l'administration est un honneur ; celui qui
travaille pour elle doit impérativement respecter son image »57.
- servir avec intégrité ;
- servir avec dévouement ;
- servir en consacrant l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches confiées. En
conséquence, le fonctionnaire ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée
lucrative de quelque nature que ce soit sauf dérogation accordée par décret.
Cette interdiction ne s'applique pas à la production d'œuvres scientifiques, littéraires ou
artistiques. Par décision du ministre dont il relève, le fonctionnaire peut également être
autorisé à procéder à des consultations ou expertises ou à donner un enseignement en
rapport avec sa qualification professionnelle. Cette autorisation ne peut en aucun cas être
accordée s'agissant d'une consultation ou expertise exercée au profit d'une entreprise
privée à l'encontre de l'administration ou d'un établissement public. Elle est de droit
lorsque la consultation ou l'expertise est demandée par une autorité judiciaire ou
administrative.
2. L’obligation de désintéressement (articles 33 et 34 SGFP)
Elle interdit au fonctionnaire d’avoir des intérêts dans une entreprise soumise au contrôle
de l'administration à laquelle il appartient. Cela compromettrait son indépendance et
pourrait prendre la forme de corruption passive ou de trafic d'influence. Ainsi, aux termes
de l’article 33 du statut général, proscrit les conflits d’intérêts. En conséquence, « Le
57 [Link]
publique/[Link]
56
fonctionnaire ne peut prendre des intérêts, par lui-même ou par personne interposée,
dans une entreprise soumise au contrôle de l'Administration à laquelle il appartient ou
en relation avec cette dernière ». Cette obligation rejoint, par certains côtés, l’obligation
d’intégrité.
Pour prévenir les conflits d’intérêt et la violation de cette obligation de désintéressement,
le statut général de la fonction publique prescrit, en outre, que « lorsque le conjoint d'un
fonctionnaire exerce à titre professionnel une activité privée lucrative, déclaration doit
en être faite à l'Administration ou service dont relève le fonctionnaire ». En conséquence,
« l’autorité compétente prend, s'il y a lieu, les mesures propres à sauvegarder les intérêts
de l'Etat ».
Par ailleurs, l’obligation de désintéressement interdit formellement au fonctionnaire de
solliciter ou de recevoir directement ou par personne interposée, dans l'exercice de ses
fonctions, ou en dehors, mais en raison de celles-ci, des dons, gratifications ou avantages
quelconques. Ce qui nous renvoie à l’interdiction de la corruptive passive ou active.
Le fonctionnaire est tenu au secret professionnel dans le cadre des règles instituées par le
Code pénal, c’est-à-dire que le fonctionnaire ne doit pas divulguer les informations
personnelles concernant des usagers dont il a connaissance dans le cadre de ses
fonctions. Elle vise à protéger les intérêts matériels et moraux des particuliers. Ce secret
concerne, à titre d’exemple, les informations portant sur la santé, le comportement, la
situation familiale des usagers. Ainsi, à titre d’exemple, enfreint son obligation de secret
professionnel, l’infirmier qui, travaillant dans un hôpital psychiatrique, accepte de fournir
des renseignements sur les traitements, mais également sur des patients, à un cinéaste qui
souhaite faire un reportage sur les méthodes de traitement en milieu psychiatrique (CE 1 er
juin 1994 « Centre hospitalier spécialisé ''Le Valmont'' »).
Ce secret professionnel peut-il être levé ? Le droit positif offre une réponse positive. En
effet, le secret professionnel peut être levé :
57
- si l'usager concerné par l'information l'autorise ;
- si la levée du secret professionnel est imposée par la loi, notamment pour assurer la
protection des personnes (révélation de maltraitances, par exemple), la préservation de la
santé publique (révélation de maladies nécessitant une surveillance, par exemple), la
préservation de l'ordre public (dénonciation de crimes ou de délits), etc. En droit ivoirien,
peuvent être invoquées les dispositions de l’article 96 de la loi n°2016-992 du 14
décembre 2016 relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du
terrorisme et aux desquelles « le secret professionnel ne peut être invoqué par les
administrations financières pour refuser de fournir les informations aux autorités de
contrôle ainsi qu’à la CENTIF… ».
Cette obligation s'applique à l'égard des usagers mais aussi de tous les autres agents
publics, qui du fait de leurs fonctions ou niveaux de responsabilité n’ont pas à connaître
les informations en cause. A la différence de l’obligation de secret professionnel,
l’obligation de discrétion professionnelle protège, non les secrets des usagers ou des
administrés mais ceux de l’administration.
58
destiné à diverses administrations un projet d'instruction relatif aux nouveaux horaires de
travail (CE 6 mars 1953 « Mlle Faucheux »).
En dehors des cas expressément prévus par les textes en vigueur, notamment en matière
de liberté d'accès aux documents administratifs, le fonctionnaire ne peut être délié de cette
obligation de discrétion professionnelle que par décision expresse du ministre dont il
relève.
59
supérieur ou des autorités disciplinaires.
Cela dit, l’appréciation de la violation de cette obligation dépendra de certains éléments
au nombre desquels le rang du fonctionnaire dans la hiérarchie, la nature des fonctions
par lui occupées, le lieu d’exercice des fonctions ou le lieu où les propos proscrits ont été
tenus.
Ainsi, l’appréciation ne sera pas la même selon que le fonctionnaire occupe des fonctions
de Directeur ou de chef de service ou de simple agent (plus on est placé haut, plus forte
est l’obligation de réserve). L’exemple de l’arrêt « Defrance » du Conseil d’état français
est caractéristique (CE 25 janvier 1935) : révocation du Sieur « Defrance », fonctionnaire
du ministère de la défense nationale qui a affirmé publiquement que « le drapeau rouge
abattra l'ignoble drapeau tricolore. Un enseignant notamment du supérieur sera tenu à
moins de réserve qu’un membre du corps préfectoral ; des critiques adressées à son
gouvernement n’auront pas toujours la même portée selon qu’elles sont professées sur le
territoire national ou à l’étranger59.
59 Cf. CE 6 mai 1955 « Hauger » : un professeur du secondaire détaché en Indochine, y publie un article dans un
journal local, critiquant la politique du gouvernement français en Indochine. Il sera révoqué ; CE 8 mars 1968 «
Plenel » : un recteur d'académie en vacances en Algérie y accorde une interview à un journal local où il critique la
politique du gouvernement français en place. Il est révoqué.
60
Conseil d’Etat, 10 novembre 1944, Sieur Langneur, rec. p. 248
Considérant qu’il résulte de l’instruction et qu’il est reconnu par le sieur Langneur que
celui-ci, lorsqu’il exerçait à la mairie de Drancy les fonctions de chef du service du
chômage, s’est livré à des agissements qui ont permis à de nombreuses personnes de
percevoir indûment des allocations de chômage ; que les actes dont s’agit présentaient
de toute évidence un caractère illégal et que le requérant n’a pu ignorer qu’ils
compromettaient gravement le fonctionnement du service public ; que, dans ces
conditions, le sieur Langneur, bien qu’il ait exécuté les instructions qui lui avaient été
données par le maire, son supérieur hiérarchique, et qui avaient été confirmées par
celui-ci, est demeuré responsable de ses actes et a commis une faute de nature à
justifier une sanction disciplinaire ; qu’il ne saurait se prévaloir utilement, à l’appui de
sa requête, de la circonstance que les informations judiciaires ouvertes à son encontre
ont été clôturées par des ordonnances de non-lieu ; qu’enfin, il n’est pas fondé à soutenir
que la révocation dont il a été l’objet dans les conditions susmentionnées et qui a été
prononcée après une procédure régulière, est entachée de détournement de pouvoir ;
8. Le devoir de neutralité
A l’inverse des obligations précédentes, ce devoir n’est pas institué par le SGFP. Mais il
est une conséquence du principe de neutralité du service public. En application de ce
devoir, le comportement de l’agent doit être entièrement détaché de ses opinions politiques,
philosophiques religieuses ou ethniques. Il ne doit pratiquer aucune discrimination fondée
sur ces opinions.
Le non-respect de l’une ou l’autre de ces obligations est sanctionné disciplinairement.
61
La qualification de la faute relève d’abord de la compétence de l’autorité hiérarchique ou
disciplinaire.
Il convient cependant de noter une nouveauté qui tend à relativise ce qui vient d’être dit :
le nouveau statut général, en son article 103 définit aujourd’hui la faute grave ou du moins
la caractérise, en indiquant que constitue une faute grave, tous faits imputables au
fonctionnaire qui remplit les conditions cumulatives suivantes :
- les faits doivent être directement et personnellement commis par le fonctionnaire ;
- les faits doivent constituer une violation d’une obligation statutaire ou un manquement
aux règles de discipline, d’éthique et de déontologie de l’Administration ;
- les faits doivent être d’une telle gravité qu’ils empêchent le maintien du fonctionnaire
dans le service.
Ces deux dernières sanctions constituaient, par le passé, des sanctions du second
degré.
62
conséquence. Alors que les sanctions disciplinaires visent à réprimer la violation d’une
obligation, les mesures administratives sont prises dans le seul intérêt de l’administration
ou du service. Ce faisant, une mesure d’affectation est une mesure administrative
lorsqu’elle est prise dans l’intérêt du service. Par contre, le déplacement d’office qui a le
même effet que cette première mesure, fait partie des sanctions disciplinaires.
La distinction est importante, en raison de la différence de régime juridique des deux
actes. La mesure administrative en tant que mesure d’ordre intérieur, ne peut en principe
faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir, sauf si elle prend les allures d’une
sanction déguisée60 ; par contre, la sanction disciplinaire est un acte administratif faisant
grief et soumis comme tel au recours pour excès de pouvoir. Et, on le verra, le prononcé
de cette sanction est subordonné au respect d’une procédure disciplinaire.
∎La sanction disciplinaire peut, le cas échéant, être précédée d’une mesure de suspension
qui a, en l’espèce, le caractère d’une mesure conservatoire. Cette suspension peut être
prononcée en cas de faute grave, ainsi que l’indique l’article 102 du statut général de la
fonction publique :
« En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à
ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette
faute peut être immédiatement suspendu par le Président de l’institution ou le ministre
technique. Il peut être également suspendu par le Directeur de l’établissement public
ou par le Préfet en ce qui concerne les fonctionnaires en service dans son département,
après en avoir informé le ministre technique intéressé61.
Le fonctionnaire suspendu de ses fonctions ne peut prétendre, contrairement au passé, à
aucune rémunération62 ; Toutefois, il continue à percevoir la totalité des prestations
familiales.
60 Sur le contrôle des sanctions déguisées, voir CACS, arrêt n°22 du 24 juin 1998, CHERIF Vahivoua C/
Ministre des ressources minières et pétrolières ; arrêt n°2 du 19 janvier 2005, ABOUO Charles C/
Inspection primaire de Sikensi.
61 « En cas de suspension de fonctions du fonctionnaire, la décision de suspension doit être communiquée
au ministre de la Fonction Publique en même temps qu'au ministre chargé de l'Economie et des Finances,
direction de la Solde. Le rapport du ministre technique doit être transmis au ministre chargé de la Fonction
Publique dans les quinze jours suivant la date d'effet de la suspension, à peine de nullité de plein droit de
la décision de suspension » (article 129 décret 93-607).
62 Sous le régime de la loi de 1992, il avait droit à la moitié de sa rémunération.
63
∎Les alinéas 3 et 4 du même article indiquent que lorsque la suspension a été prononcée,
la situation du fonctionnaire doit être définitivement réglée dans un délai de trois (3) mois,
à compter du jour où la décision de suspension a pris effet.
∎Lorsqu'aucune décision n'est intervenue au bout de trois (3) mois, l'intéressé reçoit à
nouveau l'intégralité de sa rémunération, sauf s'il est l'objet de poursuites pénales.
∎Par le passé, lorsque l'intéressé n'a subi aucune sanction ou n'a été l'objet que d'un
avertissement, d'un blâme ou si, à l'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent, il n'a pu
être statué sur son cas, il avait droit au remboursement des retenues opérées sur sa
rémunération. Aujourd’hui, suivant les dispositions de l’article 102 in fine, « quelle que
soit l’issue de la procédure disciplinaire, aucune rémunération n’est versée au
fonctionnaire, au titre de la période de suspension ».
64
l’affaire en cause, si elle venait à méconnaitre les fautes. En effet, les motivations de fait
contenues dans une décision de justice s’imposent à l’Administration et au juge
administratif. Autrement dit, si dans sa décision, le juge estime que les fautes qui ont
justifié la sanction administrative n’existent pas, la sanction administrative déjà prise,
peut être annulée sur recours pour excès de pouvoir, si elle était fondée exclusivement
sur les éléments récusés par le juge.
∎L’interdiction de prononcer deux sanctions disciplinaires pour la même faute
(principe non bis in idem)
Ce principe applicable en matière pénale, est également valable dans le cadre des
sanctions disciplinaires. En conséquence, les autorités disciplinaires ne sauraient se
défaire de cette règle (CSCA, arrêt n°3 du 15 mars 1995, Tapé Albert C/Ministre de la
fonction publique ; arrêt n°12 du 27 mars 1996, GAH Vincent C/Ministre de la fonction
publique).
4. L’autorité compétente l’autorité disciplinaire compétente
La question est réglée par l’article 101 du statut général. Aux termes de ce dernier, le
pouvoir disciplinaire varie selon qu’il s’agisse de prononcer une sanction du premier
degré ou une sanction du second degré.
∎Pour l’application des sanctions du premier degré, le pouvoir disciplinaire
appartient à diverses autorités : le Président de l’Institution, le ministre technique dont
relève le fonctionnaire, le préfet ou le directeur de l'établissement public.
∎Pour l’application des sanctions du second degré, sauf dispositions législatives
contraires, le pouvoir disciplinaire appartient au ministre chargé de la Fonction publique,
qui l'exerce, sur saisine du Président de l’Institution, du ministre technique, du préfet ou du
Directeur de l'établissement public.
NB : Une compétence nouvelle doit être exposée qui est prévue par l’article 101 al 4
du nouveau statut général de la fonction publique, à savoir : « la compétence
universelle en matière disciplinaire » reconnue au Ministre de la Fonction publique
et qui lui permet de s’auto-saisir lorsqu’aucune action disciplinaire n’est engagée
contre le fonctionnaire auteur d’une faute.
Tel est le droit commun auquel des textes spécifiques peuvent déroger pour des catégories
particulières de fonctionnaires (exemplaires des enseignants du supérieur ; exemples des
fonctionnaires des eaux et forêts).
5. La procédure disciplinaire
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Si le fonctionnaire peut être sanctionné pour les fautes qu’il commet, la légalité de cette
sanction est subordonnée au respect de diverses règles au nombre desquelles la procédure
disciplinaire imposée par les textes. Cette procédure qui a été instituée dans l’intérêt du
fonctionnaire et dans le souci de garantir des décisions éclairées, comprend selon les cas
la demande d’explication écrite, la communication au fonctionnaire incriminé de son
dossier et la consultation du Conseil de Discipline.
66
degré
Aux termes des dispositions du statut général de la fonction publique, aucune sanction du
second degré ne peut être prononcée sans que le Conseil de Discipline n’ait été consultée,
sous peine d’illégalité. Cette compétence consultative du Conseil de Discipline est
prescrite par l’article 44 du nouveau statut général et les articles 81 et 123 du décret 93-
607 portant modalités communes d’applications du statut général de la fonction publique.
Ainsi, « Le fonctionnaire incriminé a le droit d’obtenir, aussitôt que l’action disciplinaire
est engagée devant le conseil de Discipline, la communication intégrale de son dossier
individuel et de tous documents annexes ». Le second dispose que « Le Conseil de
Discipline a compétence consultative pour les sanctions disciplinaires du second
degré… ».
Ce décret décrit également la composition du Conseil de Discipline, les modalités de sa
saisine, les règles de son fonctionnement. Il confirme les attributions consultatives du
Conseil de Discipline.
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Réunion du Conseil de Discipline. Le Conseil de Discipline se réunit sur convocation
de son président. Celui-ci fixe la date de la réunion qui sera portée à la connaissance du
ministre technique ou du directeur de l'établissement public, du fonctionnaire, et des
témoins éventuels huit jours au moins avant le jour fixé. Le ministre technique ou le
directeur de l'établissement public doit se faire représenter à la réunion par un ou plusieurs
de ses collaborateurs.
Convocation du fonctionnaire. Le fonctionnaire est convoqué par tous les moyens par
le Président du Conseil. Ce dernier communique au fonctionnaire le rapport de saisine, le
dossier individuel du fonctionnaire et les documents annexes. Ce qui suppose que toutes
ces pièces ont été effectivement transmises au Conseil ainsi que l’exige l’article 128 du
décret 93-607. Le fonctionnaire peut se faire représenter. Le fonctionnaire convoqué a le
droit de présenter devant le conseil de Discipline des observations écrites ou verbales,
citer des témoins et se faire assister par un défenseur de son choix. Si régulièrement
convoqué, il néglige sans motif valable de se présenter ou de se faire représenter, le
conseil de Discipline délibère en son absence à la date prévue. Si, régulièrement
convoqué, le fonctionnaire néglige ou refuse, soit de prendre connaissance de son dossier,
soit de se présenter ou de se faire représenter devant le conseil de Discipline, le conseil
prend acte et délibère valablement. Il doit être versé au dossier toute pièce justificative de
la carence du fonctionnaire.
Objet et déroulement et de la réunion du Conseil de Discipline. Le Conseil se réunit
pour l’établissement de la matérialité des faits. A ce titre, il entend le conseiller
rapporteur, le fonctionnaire ou son représentant, le représentant du ministre technique ou
du directeur de l'établissement public, les témoins éventuels des parties.
Il écoute ensuite les propositions de sanction du représentant de l'autorité hiérarchique et
l'intervention du fonctionnaire ou de son conseil.
Le conseiller-rapporteur est chargé de l’instruction. Il peut, dans ce cadre, décider
d'enquêtes supplémentaires, en vue de l’établissement d’un rapport d’instruction,
notamment « s'il ne se juge pas suffisamment éclairé sur les faits reprochés à l'intéressé
ou sur les circonstances dans lesquelles ces faits ont été commis ». Ce rapport peut être
éclairant pour le Conseil de Discipline et lui permettre de délibérer en toute connaissance
de cause.
Les délibérations du Conseil de Discipline. Après avoir écouté toutes les parties, le
Conseil se retire pour délibérer et préparer l'avis à soumettre au ministre chargé de la
Fonction Publique.
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d. Le pouvoir d’avis du Conseil de discipline et le prononcé de la sanction
disciplinaire
Au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des
déclarations verbales de l'intéressé et des témoins, ainsi que des résultats de l'enquête à
laquelle il a pu être procédé, le Conseil de Discipline émet un avis motivé sur la sanction
que lui paraissent devoir justifier les faits reprochés à l'intéressé et transmet cet avis au
ministre chargé de la Fonction Publique, à qui revient le pouvoir de décider des sanctions
du second degré. Cet avis est contenu dans le procès-verbal des travaux de la réunion du
Conseil de Discipline.
Si après étude des conclusions du conseil de Discipline, le ministre chargé de la
Fonction publique estime qu'une sanction du premier degré doit être appliquée, le
dossier est transmis en retour au ministre technique ou au directeur de l'établissement
public qui doit prononcer la sanction en application de l'alinéa 2 de l'article 75 du
statut général de la Fonction Publique.
Les décisions de sanctions sont versées au dossier individuel du fonctionnaire, ainsi que,
le cas échéant, les avis ou recommandations du Conseil de Discipline et toutes pièces et
documents annexe.
Qu’elle soit de premier ou de second degré, la sanction prononcée peut faire l’objet d’un
contrôle du juge de l’excès de pouvoir.
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juridique des faits 65).
Aujourd’hui, ce contrôle de la légalité interne permet de veiller à la proportionnalité de
la sanction aux faits reprochés. Cette évolution a été amorcée avec l’arrêt Néa Gaou
Maurice, CSCA, 15 mars 1989.
A l’origine de cet arrêt, il y a la révocation d’un fonctionnaire accusé d’avoir refusé de
rejoindre son nouveau poste d’affectation. Cette qualification juridique des faits est jugée
erronée par la chambre administrative de la Cour suprême qui fait observer que s’il s’agit
d’un retard mis à rejoindre son nouveau poste d’affectation, ce retard n’est nullement
constitutif d’un refus car le refus se présente comme étant un refus « déterminé et
catégorique opposé par le fonctionnaire à l’exécution d’une décision l’affectant dans un
poste ». Ensuite, elle ajoute que le retard de 14 jours ne justifie pas une mesure aussi
sévère que la révocation décidée par le ministre de la fonction publique.
Elle est poursuivie et confirmée par les arrêts TOURE Nébétien C/ Ministère du travail
et de la fonction publique (CACS, 18 décembre 2002) et COULIBALY NAZOLOMA
Amara C/ Ministre de la fonction publique et de la réforme administrative (CACS,
20 avril 2016).
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