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Explication 2 A La Musique

Le poème 'A la musique' de Rimbaud, écrit au printemps 1870, exprime son ennui face à la vie provinciale de Charleville et critique la bourgeoisie locale à travers une satire mordante. Composé de 9 quatrains, les 6 premières strophes dépeignent une société étroite et ridicule, tandis que les 3 dernières marquent une quête d'aventure et de liberté. Ce texte révèle le talent d'observation de Rimbaud et son rejet d'une existence monotone et conformiste.

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Thèmes abordés

  • évasion,
  • observation,
  • critique des valeurs,
  • métaphores,
  • Rimbaud,
  • autobiographie,
  • société bourgeoise,
  • dénonciation,
  • Charleville,
  • caricature
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Explication 2 A La Musique

Le poème 'A la musique' de Rimbaud, écrit au printemps 1870, exprime son ennui face à la vie provinciale de Charleville et critique la bourgeoisie locale à travers une satire mordante. Composé de 9 quatrains, les 6 premières strophes dépeignent une société étroite et ridicule, tandis que les 3 dernières marquent une quête d'aventure et de liberté. Ce texte révèle le talent d'observation de Rimbaud et son rejet d'une existence monotone et conformiste.

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  • société bourgeoise,
  • dénonciation,
  • Charleville,
  • caricature

A la musique (Printemps 1870)

Ce poème , composé de 9 quatrains en alexandrins est écrit au printemps 1870. Rimbaud a 16 ans, au
printemps 1870, il n’a pas encore fugué et connu les premières escapades qui constitueront un tournant
dans sa vie . C’est encore un garçon timide décrit par son professeur Georges Izambard, comme un
« écolier un peu guindé, sage et douceâtre, aux ongles propres, aux cahiers sans tâches, aux devoirs
étonnamment corrects, aux notes de classe idéalement scolaires ».

Il n’est pas encore bouleversé par sa crise morale (été 1870). Sa poésie est encore assez classique, il
respecte l’égalité métrique traditionnelle, pas encore de vers libres. Cependant, on voir percer son
imagination créatrice.

« A la musique » décrit la promenade du jeudi soir au kiosque à musique de Charleville. Rimbaud fait une
description de sa ville natale, il est frappé par la bêtise et le ridicule de la société qui l’exaspère et l’ennuie.
C’est une satire provinciale. Il se moque des bourgeois de Province. Pour Rimbaud, la vie provinciale
dégrade l’esprit et ruine la liberté.

Texte qui sera publié une première fois en 1889 dans « la revue indépendante »

Problématique : Comment Rimbaud décrit son ennui dans la vie de Charleville en dénonçant « une vie
sociale immobile sans échappées » et « l’étouffement d’une âme qui se révolte » (Yves Bonnefoy Rimbaud
par lui-même)

On peut distinguer deux mouvements :

1) Les 6 premières strophes décrivent une société étroite, fade, ridicule et étouffante
2) Les 3 dernières strophes marquent une rupture et décrivent l’adolescent pendant ses promenades
, à la recherche d’aventure et d’amour .

Notre explication portera uniquement sur le premier mouvement car le texte, constitué de 9
quatrains, est assez long

Lecture du texte
L’indication liminaire « place de la gare, à Charleville » permet d’ancrer le poème dans un cadre
réaliste, Charleville est la ville d’enfance de Rimbaud, on attend donc une histoire vécue,
autobiographique.
Strophe 1 :
vers 1 : Présentation d’une nature personnifiée, à l’image des bourgeois : mesquines : petites ,
médiocres, qui manque de générosité: Rimbaud attribue aux pelouses les défauts des gens qu’il
va critiquer. (l’adjectif « mesquine »est habituellement réservé aux humains)
Vers 2 : La proposition subordonnée relative « Où tout est correct » décrit une nature ordonnée,
sans aucune fantaisie, la nature est en fait très peu décrite ; l’adjectif « correct » (comme
mesquine) ne s’applique pas habituellement à la nature. Cette nature correcte respecte les
règles, elle est convenable . Les arbres et les fleurs placés en fin de vers insiste sur le fait que la
nature elle-même est domestiquée et respecte la rigueur et le conformisme bourgeois. Rimbaud
lui est anticonformiste, préfère la nature sauvage, libre.
Vers 3 : assonance en OU , indique la colère, des bruits sourds , sonorités dures : consonnes
occlusives, T, B ,P . Poussif : qui respire difficilement, manque de souffle, on imagine les
bourgeois gros et gras. Personnification de la chaleur qui les étrangle : on les imagine sanglé dans
leur costume.
Vers 4 : ridicule des bourgeois qui viennent pour se montrer, chacun vient pour se faire regarder,
ridicule de l’étalement des richesses. Cette bêtise des bourgeois est personnifiée grâce à une
hypallage : en effet, le mot jalouse ne qualifie pas le nom « bêtise » mais le nom « bourgeois ».Le
complément circonstanciel de temps « les jeudis soirs » souligne la répétition hebdomadaire,
l’habitude, il n’y a pas de surprise, c’est toujours la même chose.
On comprend dès cette première strophe que Rimbaud déteste sa ville et ses habitants, qu’il
décrit ici sans fantaisie, sans générosité et ennuyeux. Il jugeait d’ailleurs sa ville « suprêmement
idiote ». Les bourgeois de Charleville servent d’ailleurs souvent de cible à son esprit moqueur.
C’est la seule strophe aux rimes embrassées (abba). On peut voir que toutes les autres sont en
rimes croisées .
Strophe 2 :
Vers 5 : l’orchestre militaire au milieu du jardin : « militaire »/ allusion à la discipline , tout est
bien organisé « au milieu » . L’orchestre est personnifié, « il balance les schakos »
Vers 6 les schakos : ancienne coiffure militaire rigide à visières. Synecdoque pour désigner les
soldats qui portent ces coiffures. « La Valse des fifres » : le fifre est une petite flûte en bois
longtemps utilisée dans les musiques militaires . Les soldats sont ridiculisés ici, ce ne sont pas des
guerriers mais des gens qui dansent sur une musique pour petites flutes… Par ailleurs , La Valse
des fifres est une musique populaire connue qui renvoie à l’univers contemporain de Rimbaud et
rend le texte plus réaliste.
Vers 7 aux premiers rangs : les bourgeois veulent qu’on les voit. Le « gandin » désigne un jeune
homme tellement élégant qu’il en est ridicule. Il parade se montre en essayant de se donner un
air avantageux, burlesque. « Parade » comme schakos, ou fifres appartient à ce champ lexical
militaire qui représente tout ce que le jeune Rimbaud déteste.
Vers 8 : vers qui montre bien l’imagination de Rimbaud : les breloques sont attachées à la chaine
de montre et gravées aux chiffres (= les initiales) du propriétaire . Image déconcertante du
notaire qui pend à ses breloques, inversion pour montrer que l’homme est moins important que
ses breloques, il est réduit à l’état d’objet.
Cette deuxième strophe montre les premiers signes de l’impulsion créatrice de Rimbaud et son
imagination. Il s’imagine spectateur d’une scène , comme si les bourgeois, les soldats jouaient un
numéro.
Strophe 3 :
Vers9 : Les rentiers (= ceux qui ne travaillent pas et vivent de leur rente) ne sont là que pour
critiquer les musiciens et guetter les fausses notes (les couacs, onomatopées, mot familier
surprenant dans une poésie). Le mot « lorgnon » est aussi familier pour désigner les lunettes. Le
rentier à lorgnon est une image classique et burlesque, qui ridiculise ces bourgeois imbus de leur
personne.
Vers 10 : les bureaux est une métonymie pour désigner les bureaucrates. L’adjectif gros repris
avec grosses est une polyptote (répétition d’un mot sous différentes formes ) qui nous permet
d’insister sur cette idée de lourdeur , relayée par les mots « bouffis » ou « trainent » . Les
bourgeois dans les caricatures de cette époque sont souvent caractérisés par leur embonpoint
(par opposition aux pauvres qui sont maigres). Les bourgeois n’ont pas forcément envie de se
montrer avec leurs femmes , on sent leur obligation de les trainer par nécessité. Elles sont
comparées à des objets encombrants qu’on traîne derrière soi.
Vers 11 : Métaphore du cornac qui est une personne chargée de guider les éléphants.
Imagination et humour de Rimbaud qui compare ces grosses femmes à des éléphants. On note la
diérèse sur offici-eux qui met en valeur l’ironie , les cornacs se montrent attentionnés ,
empressés mais surtout intéressés, ils font semblants , grotesque de la situation.
Vers 12 : Chaque femme cherche à exciter la jalousie des autres, cherche à se faire valoir, aspect
ostentatoire, les volants symbolisent une tenue voyante, tout est dans les apparences , tout n’est
qu’artifice. Réclames : éléments qui attirent l’œil.
La troisième strophe insiste sur la révolte du jeune Rimbaud qui ridiculise ses bourgeois
seulement soucieux de leurs apparences.
Strophe 4 :
Vers 13 : Cette image des épiciers retraités est reprise dans une lettre de Rimbaud à son
professeur Georges Izambard, datée du 25 aout 1870 « c’est effrayant ces épiciers retraités qui
revêtent l’uniforme » . L’épicier c’est celui qui compte ses sous, qui a une vie sédentaire,
monotone, ici l’expression « club d’épiciers retraités » prête à rire. Ils sont inutiles.
Vers 14 : Leur geste : « tisonnent le sable » ne sert à rien, mais leur permet de croire qu’ils
servent à quelque chose. La « canne à pomme » est l’attribut du bourgeois par excellence qui
possède une jolie canne décorée. C’est un signe de richesse.
Vers 15 : séri-eusement : diérèse comme pour officieusement, insiste sur l’ironie de ces hommes
qui se croient importants et parlent de choses auxquelles ils ne comprennent rien.
Vers 16 : prisent en argent : priser le tabac dans des tabatières en argent. Priser le tabac c’est le
consommer en l’aspirant par le nez. Les tabatières en argent, signe extérieur de richesse.
Cette strophe montre une fois encore le talent de Rimbaud pour peindre ces tableaux de
bourgeois ridicules. On va passer du général : la place, l’orchestre, les rentiers et les bureaux au
particulier dans la strophe suivante qui décrit : « un bourgeois ».
Strophe 5 :
Vers 17 : Epatant : terme vieilli : aplatir en élargissant la base, sens d’étaler, montre la grosseur de
ce bourgeois plein de rondeurs qui s’étale sur un banc
V18 : allitération en b bourgeois/boutons/bedaine reprend l’allitération des bureaux bouffis. Il
utilise des sonorités désagréables , à l’image de ces bourgeois qu’il déteste. La bedaine
flamande : les flamands sont réputés pour bien manger.
V 19 et 20 : onnaing : pipe de terre , On note la rime intérieure onnaing/ brin à l’hémistiche.
Rimbaud évoque ici le tabac de contrebande pendant la guerre, on avait des difficultés à se
ravitailler en tabac. Ici le bourgeois le gaspille puisqu’il déborde (comme son ventre qui déborde
aussi). Le mot déborde est mis en valeur par l’enjambement, suivi de l’apostrophe au lecteur
« _Vous savez (…) » pour insister sur cette opulence, cette richesse honteuse .
Cette strophe montre le talent d’observation du poète qui décrit ce bourgeois particulier.
Strophe 6
V21 : Talent d’observateur de Rimbaud qui décrit tout. « les gazons verts », banalités, l’adjectif
« vert » apparait d’ailleurs trois fois dans le poème , l’herbe est verte, très caricatural, sans
surprise. Apparition d’un nouveau type de personnage : après les gros bourgeois, voici les voyous
( Le mot est mis en valeur à la fin du vers.) Ces voyous désignent les plus jeunes issus d’une
classe sociale différente, modeste et marginale. Ces voyous ne rient pas mais ils ricanent , donc
rient de manière méprisante, en se moquant des gens. Les mots « voyous » et « ricanent » sont
péjoratifs. Rimbaud qui est un jeune homme ne se sent pas plus proche d’eux que des bourgeois.
V22 à 24 : Les vers 22 à 24 forment une unité. Ils évoquent les pioupious, qui sont de simples
soldats. Enjambement puis contre-rejet pour ménager un suspens. Que font ces soldats ? Ils
protègent ? Ils font la guerre ? Une occupation noble ? Non, ils sont naïfs (un défaut pour un
soldat qui devrait au contraire être habile, astucieux et rusé) ,ils fument des cigarettes (de
couleur rose) et « ils caressent les bébés pour enjôler les bonnes » cette dernière phrase est
sarcastique. Le poète, antimilitariste se moque clairement des soldats. Le mot bébé s’oppose au
mot pioupious qui désigne le soldat qui part en guerre. Mais les soldats que décrit Rimbaud ne
sont pas là pour défendre leur pays, ils sont légers, et amoureux et cherchent à séduire les
bonnes (celles qui gardent les enfants), donc ils ne servent à rien. Les mots voyous, pioupious et
bonnes sont placés à la rime pour les mettre en valeur.
Dans cette strophe, il décrit différentes classes sociales mais ne se sent appartenir à aucune.
Conclusion : Rimbaud à travers les 6 premiers quatrains de ce poème nous offre une scène
pittoresque de la vie en province tout en montrant sa révolte contre le comportement des
bourgeois de sa ville. L’impertinence frôle l’insolence (strophe 3) Ce poème montre la platitude
des habitudes quotidiennes, tout n’est qu’apparence, artifice et superficiel dans cette petite ville
de Charleville. On voit dans ce poème à quel point Rimbaud déteste cette ville et ces habitants, il
s’y ennuie mortellement et c’est cette aliénation qui le mène à la poésie, « seule avenir de cette
société » écrivait-il. La fin du poème marquera une rupture avec le MOI Je et Rimbaud centrera le
sujet sur lui-même . Il refuse d’appartenir à cette société ennuyeuse et tellement banale,
étouffante et sans surprise.
Ce poème permet de nous montrer le talent du jeune poète, très doué pour décrire chaque type
de personnage et porter un regard ironique sur cette société qu’il refuse et dont il se sent
étranger.
Ouverture : Baudelaire qui se sent rejeté et étranger à la société ou les autres poètes
maudits, marginalisés et incompris de leurs semblables. (Corbière, Verlaine…)

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