Résolution des systèmes linéaires par Gauss
Résolution des systèmes linéaires par Gauss
Quitte à échanger les deux lignes, on peut supposer que a 6= 0. Notre système est alors équivalent à
(
ax + by = m
a(cx + dy) = ap
On peut alors utiliser la première ligne pour "se débrasser de x" dans la deuxième : (S) est encore équivalent
à (
ax + by = m
a(cx + dy) − c(ax + by) = ap − cm
autrement dit (
ax + by =m
(ad − bc)y = ap − cm
Tout dépend donc de ad − bc :
ap − cm md − bp
y= , x=
ad − bc ad − bc
Il y a alors une unique solution ssi A est inversible, autrement dit ssi det(A) = ad − bc 6= 0. Cette solution
est alors donnée par X = A−1 B , où
−1 1 d −b 1 md − pb
A = donc X= .
det(A) −c a ad − bc −cm + ap
Inteprétation géométrique 1 : Les lignes de (S) sont des équations de droites : D1 = {(x, y) ∈ R2 , ax +
2
by = m} et D2 = {(x, y) ∈ R , cx + dy = p}.
Si ad − bc 6= 0, alors ces deux droites ont des pentes diérentes, et donc ont un unique point d'inter-
section : ce qui revient à dire que (S) a une unique solution. Si ad − bc = 0, les deux droites ont la même
pente : dans ce cas, elles sont soient confondues, soit parallèles.
Pour départager ces deux cas, regardons les points d'intersection avec l'axe {y = 0}. Sur D1 , c'est le
p p
point tel que ax = m ; autrement dit ( m a , 0) . Sur D2 , c'est le point ( , 0). S'ils sont égaux, on a
c
m
a = c , ce
qui se réécrit ap = cm, et dans ce cas les droites sont confondues et (S) a une innité de solutions. Sinon,
ap 6= cm et les droites sont parallèles : il n'y a pas de point d'intersection, donc (S) n'a pas de solution.
1. on suppose ici a,b,c,d non nuls, mais le raisonnement s'étend aux autres cas (vériez-le !)
2 Cas général :
On va étendre ces idées à des systèmes un peu plus gros : on cherche à résoudre un système de n
équations à p inconnues :
a x + a12 x2 · · · + a1p xp = b1
11 1
.
(S) .
.
a x + a x · · · + a x = b
n1 1 n2 2 np p n
• α 6= 0, A = B ⇐⇒ αA = αB .
Si
( (
A=B A=B
• Pour tout réel λ, 0 0
⇐⇒
A =B A0 + λA = B 0 + λB
On en déduit qu'on peut appliquer les opérations élémentaires suivantes au système (S) sans en changer
les solutions :
En imitant le cas simple à deux inconnues, on va utiliser ces règles pour se ramener à un système plus
facile à résoudre. C'est l'algorithme du pivot de Gauss : on va utiliser un coecient non nul devant une
inconnue xi pour se "débarasser" de xi dans les lignes en dessous. On élimine ainsi de plus en plus de
variables. Plus précisément :
a11 x1 + a12 x2 + · · · + a1p xp = b1
0
= b02
0 + α22 x2 + . . .
.
.
.
0
0 + αn2 x2 + . . . = b0n
0
3. On recommence ! Si l'un des αk2 est non nul, on échange L2 et Lk pour le "mettre en haut". On peut
0
donc supposer α22 6= 0, et on utilise ce pivot pour éliminer x2 dans les autres équations en utilisant
α0 0
Lj ← Lj − α0j2 L2 . Si tous les αk2 sont nuls, c'est-à-dire si x2 n'apparaît plus que dans la première
22
0
ligne, on regarde les αk3 et on procède de même.
4. En éliminant les inconnues une par une, on se ramène ainsi à un système échelonné , c'est-à-dire tel
que le nombre de coecients nuls au début de chaque ligne est strictement croissant. Il est donc de
la forme
2. Ils ont l'air évidents, mais vériez quand même que ce sont bien des équivalences !
0
a11 x1 + a012 x2 + · · · + + a01p xp = b01
a02j2 xj2 + · · · + + a02p xp = b02
.
.
.
(SE) a0rjr xjr + · · · + a0rp xp = b0r
= b0r+1
0
.
.
.
0 = b0n
où on a 1 < j2 < · · · < jr ≤ p, et où les pivots a011 , a02j2 , . . . , a0rjr sont tous non nuls. On appelle
inconnues principales les inconnues associées x1 , xj2 . . . xr et inconnues libres les autres inconnues.
(SE) équivalent S
est à : (x1 , . . . , xp ) est solution de (SE) si, et seulement si il est solution de (S).
Et (SE) est beaucoup plus facile à interpréter !
On appelle rang du système (S) l'entier r. Il correspond au nombre de pivots, donc au nombre d'inconnues
principales. On a donc
r≤n r≤p p=r+ nb d'inconnues libres
0 0
a11 x1 + a12 x2 + · · · +
+ a01p xp = b01
a02j xj2 + · · · + + a02p xp = b02
(SE 0 )
2
.
.
.
a0rjr xjr + · · · + a0rp xp = b0r
Alors,
a011 x1 + a012 x2 + · · · + + a01p xp = b01
a02j xj2 + · · · + + a02p xp = b02
(SE 0 )
2
.
.
.
a0rp xp = b0r
b0
et admet une unique solution, qu'on obtient "en remontant" : xp = a0r , d'où l'on déduit xr−1 en
rp
remplaçant xr par sa valeur dans la ligne Lr−1 , d'où l'on déduit xr−2 , etc.
0
a11 x1 + a012 x2 + · · · + a01jr xjr = b01 − a01jr+1 xjr +1 − · · · − a01p xp
a02j xj2 + · · · + a02j xjr = b02 − a02jr+1 xjr +1 − · · · − a02p xp
2 r
.
.
.
a0rjr xjr = b0r − a0rjr+1 xjr +1 − · · · − a0rp xp
et pour chaque choix d'inconnues libres (xjr+1 , . . . , xp ), on a une solution. Il y a donc une innité de
solutions.
Il y a donc trois cas possibles pour l'ensemble des solutions S d'un système d'équation linéaires (S) :
Systèmes homogènes : Dans le cas particulier où le second membre est nul (b1 = · · · = bn = 0),
on dit que le système est homogène . Un système homogène admet toujours au moins la solutions nulle
x1 = · · · = xp = 0. Il n'y a donc que deux cas possibles :
• soit le rang du système est égal au nombre d'inconnues, et la (0, . . . , 0) est la seule solution ;
• soit le rang est strictement inférieur au nombre d'inconnues, et il y a alors, en plus de (0, . . . , 0), une
innité de solutions non nulles.
En particulier, un système homogène qui a plus d'inconnues que d'équations a toujours une innité de
solutions.
Interprétation matricielle : Comme dans le cas simple à deux inconnues, on peut représenter ma-
triciellement le système (S). Appelons A = (aij )1≤i≤n,1≤j≤p ∈ Mn,p (R) la
n
matrice des coecients du
système, et B = (b1 , . . . , bn ) ∈ R le second membre. Résoudre le système (S) revient donc à cher-
p
cher X = (x1 , . . . , xp ) ∈ R tel que AX = B . Alors, en interprétant A comme une application linéaire
Rp → Rn , on peut interpréter l'existence et l'unicité des résultats comme suit :
• On rappelle le théorème du rang : p = rg(A) + dim Ker(A) . On avait déjà observé que p = r+
nb d'inconnues libres : on en déduit que le nombre d'inconnues libres est donné par la dimension du
noyau de A.
• Dans le cas où B=0 (système homogène), l'ensemble des solutions est S = Ker(A).
• Plus généralement, si X et X0 sont deux solutions de (S), alors A(X − X 0 ) = B − B = 0 donc
0
X − X ∈ Ker(A). Autrement dit, si X est une solution de (S), l'ensemble de toutes les solutions est
S = {X + Z, Z ∈ Ker(A)}.
Pour commencer, il faut que le coecient devant x1 dans la première ligne soit non nul. Ce n'est pas le
cas, donc on commence par échanger les lignes L1 et L2 :
x1 − 2x2 + 3x3 + 17x4 = 4
− x2 + 2x3 + 13x4 = 5
−x1 + 3x2 − 3x3 − 20x4 = −1
On choisit alors comme premier pivot le coecient 1 devant x1 dans la ligne L1 . On va s'en servir pour
éliminerx1 dans les autres lignes. Pour L2 , comme x1 n'y gure pas, on n'a rien à faire. On fait donc
L3 ← L3 + L1 :
x1 − 2x2 + 3x3 + 17x4 = 4
− x2 + 2x3 + 13x4 = 5
x2 − 3x4 = 3
On utilise maintenant le pivot −x2 au début de la deuxième ligne pour éliminer x2 dans la troisième ligne
via L3 ← L3 + L2 :
x1 − 2x2 + 3x3 + 17x4 = 4
− x2 + 2x3 + 13x4 = 5
2x3 + 10x4 = 8
On a ainsi obtenu un système échelonné de rang 3. Les inconnues principales sont x1 , x2 et x3 et il y a une
inconnue libre x4 . On exprime donc x1 , x2 , x3 en fonction de celle-ci :
x1 = 4 + 2x2 − 3x3 − 17x4 ,
x2 = −5 + 2x3 + 13x4 ,
x3 = 4 − 5x4
x 1
= 4 + 2x2 − 3(4 − 5x4 ) + 17x4 = 4 + 2(3 + 3x4 ) − 3(4 − 5x4 ) − 17x4 = −2 + 4x4 ,
x2 = −5 + 2(4 − 5x4 ) + 13x4 = 3 + 3x4 ,
x3 = 4 − 5x4
L'ensemble des solutions est donc S = {(−2 + 4x4 , 3 + 3x4 , 4 − 5x4 , x4 ), x4 ∈ R}.
Le coecient devant x dans la ligne L1 est non nul, on peut donc s'en servir pour éliminer x dans L2 et
L3 par les opérations L2 ← L2 − 2L1 et L3 ← L3 − L1 :
x + y − z
=1
y + (a + 2)z =1
(a − 1)y + 4z = 1
Le coecient devant y dans la ligne 2 étant non nul, on l'utilise comme pivot pour éliminer y dans la
ligne 3 via L3 ← L3 − (a − 1)L2 , ce qui donne :
x + y − z
=1
y + (a + 2)z =1
(4 − (a + 1)(a + 2))z = 2 − a
Trois cas se présentent : soit a = 2, soit a = −3, soit a n'est ni l'un ni l'autre.