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Seance 1 Introduction

Le document traite des concepts de preuve et de prescription en droit, en définissant la preuve comme un moyen de démontrer l'existence d'un fait et la prescription comme un mode d'extinction d'un droit par le non-usage. Il établit un lien entre ces deux notions, soulignant leur rôle dans l'efficacité des droits et la cohésion sociale. Enfin, il aborde la recherche de la vérité, notant que la preuve est essentielle pour établir la légitimité des jugements et que la prescription aide à gérer la disparition des preuves dans le temps.

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Seance 1 Introduction

Le document traite des concepts de preuve et de prescription en droit, en définissant la preuve comme un moyen de démontrer l'existence d'un fait et la prescription comme un mode d'extinction d'un droit par le non-usage. Il établit un lien entre ces deux notions, soulignant leur rôle dans l'efficacité des droits et la cohésion sociale. Enfin, il aborde la recherche de la vérité, notant que la preuve est essentielle pour établir la légitimité des jugements et que la prescription aide à gérer la disparition des preuves dans le temps.

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Sciences Po Preuves et prescription Cours de M.

Matthieu Girardet
2022-2023

INTRODUCTION

Définition des termes

- Preuve

Démonstration de l’existence d’un fait ou d’un acte dans les formes admises par la loi ;
moyen employé pour faire la preuve : mode de preuve (Vocabulaire juridique Cornu).

Critique : la preuve n’est pas principalement une démonstration. La démonstration, qui se fait
au moyen d’arguments, est un raisonnement juridique permet d’emporter la conviction du
juge sur l’exactitude d’une idée, d’une thèse.

La preuve sert à établir qu’une chose est vraie (Robert).

On prouve par des preuves ; on démontre par des arguments.

La démonstration est donc une abstraction qui tend à la bonne application d’une règle
alors que la preuve est une matérialité qui tend à la manifestation de la vérité. Les
preuves viennent au soutien d’une démonstration.

- Prescription

Mode d’acquisition ou d’extinction d’un droit, par l’écoulement d’un certain laps de temps
(d’un délai) et sous les conditions déterminées par la loi (Vocabulaire juridique Cornu).

Moyen d’acquérir ou de se libérer par un certain laps de temps, et sous les conditions
déterminées par la loi.

Il existe donc une prescription acquisitive (ex. : usucapion) et une prescription extinctive.
Nous nous intéresserons dans ce cours uniquement à la prescription extinctive.

C’est celle qui entraine l’extinction du droit par non-usage de ce droit pendant un laps de
temps déterminé (Vocabulaire juridique Cornu).

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2022-2023

En ce sens, la prescription est plus précisément un mode d’extinction de l’action en justice


résultant du non-exercice de celle-ci avant l’expiration du délai fixé par la loi. C’est une cause
d’extinction du droit d’agir en justice (art. 30 et 122 CPC) et de l’action publique (art. 7 s.
CPP).

- Prescription et forclusion

La forclusion est la sanction qui frappe le titulaire d’un droit ou d’une action, pour défaut
d’accomplissement dans le délai légal, conventionnel ou judiciaire, d’une formalité lui
incombant, en interdisant à l’intéressé forclos d’accomplir désormais cette formalité, sous
réserve des cas où il peut être relevé de forclusion (Vocabulaire juridique Cornu).

Le droit ou l’action n’est donc pas théoriquement éteint, mais son titulaire ne peut plus
accomplir la formalité permettant de le mettre en œuvre, c'est-à-dire accomplir la demande en
justice.

La prescription est donc en quelque sorte la durée de vie d’un droit ou d’une action ; alors
que la forclusion est un délai pour l’accomplissement d’une formalité.

Le lien entre la preuve et la prescription : l’efficacité du droit

La preuve comme la prescription ont trait à l’efficacité des droits. Un droit prescrit ne peut
plus être imposé au débiteur, il devient inefficace. Le droit non prouvé n’a pas plus
d’efficacité : idem est non esse et non probari. Pas de preuve, pas de droit.

Dans un cas comme dans l’autre, le droit est pratiquement vidé de toute son efficacité
concrète puisque le créancier est à la merci de son débiteur.

Le droit perd sa force contraignante, mais il ne perd pas tout effet juridique. Des mécanismes
permettent en effet au titulaire d’un droit inefficace d’en tirer néanmoins avantage.

Lorsque le droit est prescrit, il ne disparaît pas complètement suivant la théorie de


l’obligation naturelle. L’obligation que le droit renferme devient une obligation naturelle,

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c'est-à-dire une obligation dont l’exécution forcée ne peut pas être exigé en justice, mais dont
l’exécution ne donne pas lieu à répétition. De plus, la prescription est une fin de non-recevoir
qui n’est pas d’ordre public. Or, en vertu de l’article 125 CPC, le juge doit relever d’office les
fins de non-recevoir d’ordre public et peut relever d’office le défaut d’intérêt, le défaut de
qualité pour agir ou la chose jugée. Par conséquent, il ne peut pas soulever d’office la fin de
non-recevoir tirée de la prescription. Il faut ainsi comprendre qu’une action prescrite peut être
engagée et donnera lieu à un jugement sur le fond si le défendeur ne soulève pas la
prescription.

Lorsque le droit ne peut pas être prouvé, il peut néanmoins être ramené à exécution s’il
n’est pas contesté, suivant la théorie du fait constant. En effet, suivant cette théorie, seuls les
droits contestés doivent être prouvés. A contrario, le droit non contesté n’a pas à être prouvé.
La maxime idem est non esse et non probari n’intervient donc qu’en présence d’une
contestation, d’une dénégation.

Enfin, le droit n’a pas à être prouvé lorsque le législateur pose une présomption. Celle-ci peut
s’analyser en une dispense de preuve, ou mieux encore dans une interdiction de la preuve
contraire. On parle alors de présomption simple ou irréfragable.

Exemples de présomption simple : art. 2274 [Link] : présomption de bonne foi ; art.
311 [Link] : présomption de la conception de l’enfant : 300-180 jours avant la naissance ; art.
312 [Link] : le mari de la mère est présumé être le père de l’enfant.

Exemples de présomption irréfragable : art. 1354 (nouv.) [Link] : la chose jugée est
présumée irréfragablement vraie ; l’adage : Nul n’est censé ignorer la loi ; art. 1342-9 (nouv.)
[Link] : la remise par le créancier à son débiteur d’un titre libératoire (ex. : facture avec la
mention « payée ») est une présomption irréfragable du paiement.

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Les finalités communes de la preuve et de la prescription

- La recherche de la cohésion sociale

Cette cohésion sociale est assurée aussi bien par l’extinction du contentieux que par la
légitimité du jugement lorsqu’il est rendu.

 La prescription

La prescription des droits et des actions en justice est le premier instrument de cohésion
sociale. On retrouve cette idée aussi bien en droit administratif, qu’en droit pénal ou civil.

En droit administratif, la prescription de l’action (2 mois) est fondée sur l’intérêt général ou
une suffisante sécurité juridique. Les décisions et actes administratifs pouvant avoir des effets
importants pour un grand nombre d’administrés, il est de l’intérêt général de ne pas pouvoir
les annuler tardivement et les administrés doivent pouvoir s’assurer de leur validité s’ils ne
sont pas attaqués rapidement. La prescription quadriennale qui affecte la créance sur une
personne publique est quant à elle fondée sur la protection des deniers publics. D’une certaine
manière, cela permet également d’assurer l’intérêt général et donc la cohésion sociale.

En droit civil, la prescription est fondée sur l’idée d’aligner le droit sur le fait lorsque la
discordance entre l’un et l’autre a trop longtemps duré (M. Bandrac). Cela répond à un
impératif de sécurité juridique : le titulaire d’un droit resté trop longtemps inactif est censé y
avoir renoncé. La prescription sanctionne ainsi la négligence tout autant qu’elle évite
l’insécurité créée par la possibilité d’actions en justice tardives.

En droit pénal, la prescription de l’action publique est un droit à l’oubli qui tend à assurer la
paix et la tranquillité publique. Aujourd’hui, ce droit à l’oubli semble toutefois à
contrecourant du besoin de la société contemporaine de perpétuer le souvenir des faits passés
(ex. : l’affaire du petit Grégory). Par ailleurs, lorsque le crime est tel qu’il ne peut être oublié,
la prescription est écartée. C’est ainsi que le crime contre l’humanité est imprescriptible. La
prescription est également fondée sur l’idée de la sanction d’une négligence du Ministère
publique ou de la victime qui manifeste un renoncement aux poursuites. Cette négligence doit
alors s’apprécier différemment suivant qu’elle est postérieure aux poursuites (négligence de
juger dans un délai raisonnable) ou antérieure. Dans ce dernier cas, l’inaction peut résulter

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d’une ignorance (découverte tardive de l’infraction ; ex. : infanticide) ou d’une peur de la


victime de dénoncer l’infraction (ex. : infraction sexuelle ou violences conjugales). La perte
du droit de poursuivre apparaît alors plus contestable.

 La preuve

Quel que soit le type de contentieux, le jugement ne peut être accepté par les parties qui
succombent que s’il repose sur des preuves solides. Dans le cas contraire, il apparaît comme
illégitime.

Par conséquent, le jugement qui a pour finalité de mettre fin au contentieux pour rétablir une
paix sociale, pour assurer la cohésion sociale, ne peut l’atteindre sans l’existence de preuves.

- La recherche de la vérité

 La prescription

En matière civile, elle joue également un rôle probatoire, en permettant de suppléer la


disparition éventuelle des preuves et en évitant à celui qui s'en prévaut d'avoir à les conserver
trop longtemps.

En matière pénale, le fondement le plus solide de la prescription semble être le dépérissement


des preuves qui augmente le risque d’erreur judiciaire. Toutefois, les avancés technologiques
(ex. : empreintes génétiques) permettent de rendre justice de plus en plus tard, voire même
commandent de retarder le plus possible la prescription !

Il y a là un contraste dans l’évolution du rôle probatoire en matière civile et pénale qui se


traduit d’ailleurs par une tendance au raccourcissement des délais pour agir en matière civile
et à l’allongement en matière pénale.

 La preuve

Bien sûr, la recherche de la vérité est très intimement liée à la preuve. Tout porte à croire qu’il
existe entre la preuve et la vérité un lien consubstantiel. La preuve est un outil de
manifestation de la vérité.

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Cet outil passe par le canal du juge qui forge sa conviction pour trancher le litige. Comme le
dit Jean Domat : « on appelle preuve ce qui persuade l’esprit d’une vérité ». La vérité devient
alors judiciaire lorsque le juge est convaincu de la preuve d’un fait. Toutefois, la vérité
judiciaire passe aujourd’hui de plus en plus par la preuve scientifique. Le développement de
la science et des technologies a considérablement accru l’exigence de vérité scientifique, dans
le procès et en dehors. On se satisfait de moins de en moins de la vraisemblance. On constate
ainsi une augmentation remarquable du nombre d’expertises judiciaires. Celles-ci
apparaissent de plus en plus comme la seule preuve légitime rendant acceptable la décision de
justice.

Preuve et prescription sont ainsi toutes deux à la source de l’efficacité du droit et partagent les
mêmes finalités.

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