0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
24 vues18 pages

Rapport ONU sur la situation en Libye 2022

Le rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la Libye aborde les développements politiques, économiques et de sécurité récents, ainsi que la situation humanitaire et des droits humains. Il souligne les tensions autour du processus électoral et la désignation contestée d'un nouveau Premier ministre, Fathi Bashagha, par la Chambre des députés, tout en appelant à des élections transparentes et inclusives. La Mission d’appui des Nations Unies en Libye continue de faciliter le dialogue entre les parties libyennes pour avancer vers une résolution politique.

Transféré par

Kam Kami
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
24 vues18 pages

Rapport ONU sur la situation en Libye 2022

Le rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la Libye aborde les développements politiques, économiques et de sécurité récents, ainsi que la situation humanitaire et des droits humains. Il souligne les tensions autour du processus électoral et la désignation contestée d'un nouveau Premier ministre, Fathi Bashagha, par la Chambre des députés, tout en appelant à des élections transparentes et inclusives. La Mission d’appui des Nations Unies en Libye continue de faciliter le dialogue entre les parties libyennes pour avancer vers une résolution politique.

Transféré par

Kam Kami
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Nations Unies S/2022/409

Conseil de sécurité Distr. générale


20 mai 2022
Français
Original : anglais

Mission d’appui des Nations Unies en Libye


Rapport du Secrétaire général

I. Introduction
1. Le présent rapport, soumis en application des résolutions 2510 (2020),
2542 (2020), 2570 (2021), 2599 (2021) et 2619 (2022) du Conseil de sécurité, porte
sur les faits nouveaux qui se sont produits en Libye dans les domaines politique,
économique et de la sécurité. On y trouvera également un aperçu de la situation
humanitaire et des droits humains dans le pays ainsi que des activités menées par la
Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) depuis la publication du
précédent rapport (S/2022/31), le 17 janvier 2022.

II. Situation politique et questions de sécurité


2. Durant la période considérée, la Chambre des députés a tenu plusieurs séries de
consultations sur la façon de faire avancer le processus électoral. L’Organisation des
Nations Unies s’est également mobilisée activement auprès des intervenants
politiques et des institutions libyennes pour favoriser la tenue d’élections législa tives
et présidentielle dans les meilleurs délais. Les protagonistes libyens ne sont toutefois
pas encore entendus à ce jour sur des bases constitutionnelles en vue du déroulement
de ces élections.
3. Des désaccords sur l’autorité exécutive libyenne de transition sont apparus. La
Chambre des députés a engagé une procédure visant à désigner une nouvelle autorité
exécutive de transition, pour remplacer le Gouvernement d’unité nationale. Alors que
la feuille de route adoptée en novembre 2020 par le Forum de dialo gue politique
interlibyen prévoyait la fin de la période de transition en juin 2022, la Chambre a fait
valoir que le mandat du Gouvernement d’unité nationale était venu à échéance, au vu
de son incapacité d’organiser des élections en décembre 2021.
4. Le 10 février, durant un vote contesté, la Chambre des députés a désigné comme
Premier Ministre Fathi Bashagha, ex-Ministre de l’intérieur dans l’ancien
Gouvernement d’entente nationale, et l’a chargé de former en deux semaines un
nouveau gouvernement qu’il lui soumettrait pour un vote de confiance. La
candidature de M. Bashagha a été avalisée par 52 membres du Haut Conseil d’État.
5. Le 10 février également, la Chambre des députés a adopté le douzième
amendement constitutionnel qui comportait des appels à la désigna tion d’ici au
24 février d’une commission d’experts chargée de réviser la Constitution, composée

22-06832 (F) 240522 240522


*2206832*
S/2022/409

de 12 députés de la Chambre et de 12 membres du Haut Conseil d’État, représentant


les trois régions historiques de Libye.
6. Le 1 er mars, la Chambre des députés a procédé à un vote de confiance contesté
sur le cabinet proposé par M. Bashagha, qui comprenait trois vice-premiers ministres,
29 ministres et six ministres d’État, dont seulement deux femmes. Des questions ont
été posées de savoir si le quorum requis avait été atteint à l’issue d’une procédure de
confirmation des présences par appel nominal.
7. Selon le compte rendu publié par la Chambre des députés, 96 de ses membres
avaient voté en faveur de la motion de confiance, 1 membre s’était abstenu et
1 membre avait voté contre, tandis que 3 membres n’avaient pas participé au vote,
ayant été désignés à des postes ministériels. Il a également été noté que sur les 101
membres votants, 93 avaient assisté à la réunion en personne et les 8 autres avaient
voté à distance, par des messages vocaux. La MANUL a néanmoins obtenu des
informations de députés et d’autres personnes de l’ensemble de l’échiquier politique,
contredisant les chiffres présentés dans le compte rendu de la Chambre. Elle a
également appris que des députés et des membres de leur famille avaient fait l’objet
de menaces et d’intimidation avant le vote.
8. Dans une déclaration publiée le 2 mars, je me suis dit préoccupé par les
informations selon lesquelles le vote n’aurait pas répondu aux attentes, par rapport
aux normes prévues de transparence et de procédure, dont des actes d’intimidation,
avant la séance. La Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la Libye,
Stephanie Williams, avait souligné préalablement l’importance de veiller à ce que les
décisions de la Chambre des députés, prises en toute transparence, soient conformes
aux lois et réglementations libyennes, ainsi qu’aux propres règles et procédures de la
Chambre.
9. Le 2 mars, le Premier Ministre du Gouvernement d’unité nationale, Abdulhamid
Al Dabiba, s’est entretenu avec le Président du Haut Conseil d’État, Khaled Mishri,
de la situation politique et des moyens d’appuyer la tenue d’élections nationales d’ici
au mois de juin 2022. M. Dabiba a présenté son plan de route en vue des élections.
10. Le 3 mars, M. Bashagha et quelques-uns des membres de son Cabinet ont prêté
serment à la Chambre des députés à Tobrouk. Plusieurs membres du Cabinet n’ont pu
se rendre sur place, du fait de la suspension des vols intérieurs. Dans un discours
télévisé le 11 mars, il a estimé que le Gouvernement d’unité nationale n’était plus
légitime, tout en se déclarant attaché à la tenue d’élections présidentielle et
législatives et à l’amorce d’un dialogue avec M. Dabiba sous l’égide de la
communauté internationale, position que ce dernier a rejetée.
11. Le 21 avril, il est apparu que M. Bashagha avait tenu la première réunion du
« Gouvernement de stabilité nationale » dans la ville de Sabha, dans le sud du pays.

A. Progression des volets du dialogue intralibyen

12. La Conseillère spéciale a continué de conduire l’action de bons offices et de


médiation de l’ONU et de se mobiliser auprès des parties prenantes libyennes et
internationales, afin de continuer de mettre en œuvre les trois volets du dialogue
intralibyen : politique, économique et de sécurité, et d’appuyer la tenue d’élections
présidentielle et législatives en Libye dans les meilleurs délais. Ces vastes
consultations recouvraient des réunions avec des représentants d’institutions
nationales et municipales, de partis politiques, d’orga nes de sécurité et de groupes de
la société civile, notamment de femmes, ainsi qu’avec des candidats à la présidence
et aux législatives.

2/18 22-06832
S/2022/409

13. Concernant le volet politique, la priorité de l’ONU a continué d’être la tenue


d’élections crédibles, transparentes et inclusives, dans les meilleurs délais, fondées
sur un cadre constitutionnel juridique convenu, par l’intermédiaire des institutions
libyennes compétentes, afin de concrétiser les aspirations de plus de 2,8 millions de
Libyens qui s’étaient inscrits pour voter le 24 décembre 2021.
14. Les 24 et 25 janvier, la Chambre des députés a reçu et examiné le rapport
préliminaire du comité de la feuille de route qu’elle avait créé en décembre 2021 pour
définir les prochaines étapes du processus politique. Le 31 janvier, au terme
d’intenses consultations entre les comités de la Chambre et du Haut Conseil d’État,
les deux chambres se sont entendues sur une feuille de route visant à faire avancer le
processus électoral et constitutionnel.
15. Selon le douzième amendement constitutionnel adopté par la Chambre des
députés le 10 février, la commission de révision de la Constitution devait s’entendre
sur un projet de constitution dans les 45 jours suivant sa première réunion officielle,
à présenter à la Haute Commission électorale nationale, avant de le soumettre à
référendum. Il était également indiqué dans l’amendement que si la commission ne
parvenait pas à un accord, la Chambre des députés et le Haut Conseil d’État
constitueraient une commission conjointe, pour convenir des bases constitutionnelles
des élections.
16. Le 14 février, la Conseillère spéciale s’est entretenue avec le Président du Haut
Conseil d’État pour insister sur la nécessité d’établir un consensus entre tous les
acteurs politiques, de préserver le calme et la stabilité, d’engager un processus global
de réconciliation nationale et de progresser sur la voie de la tenue d’élections
nationales. Le 16 février, elle s’est entretenue avec le Président de la Chambre des
députés, Aguila Saleh Issa, des mesures à prendre, à la suite de l’adoption par la
Chambre du douzième amendement constitutionnel, notamment concernant la
création de la commission de révision de la Constitution. M. Issa a demandé à l’ONU
de fournir un appui technique et des conseils à la commission.
17. Dans une lettre adressée à M. Issa en date du 20 février, la Conseillère spéciale
a souligné qu’il importait d’assurer la transparence du processus politique. Elle a
encouragé la Chambre à publier officiellement le texte définitif du douzième
amendement constitutionnel ainsi que le texte de sa décision relative à un mécanisme
de désignation d’un premier ministre, et a demandé à M. Issa de rendre publique la
liste des membres actifs de la Chambre. Elle a confirmé que l’ONU demeurait
disposée à fournir une assistance, y compris des compétences techniques
constitutionnelles, à la commission de révision de la Constitution.
18. Le 23 février, la séance du Haut Conseil d’État qui devait être consacrée au
débat sur le douzième amendement constitutionnel et le gouvernement proposé par
M. Bashagha a été suspendue pour des raisons de sécurité, ses membres ayant
notamment fait l’objet d’intimidations. Lorsque le Haut Conseil d’État s’est réuni à
nouveau le 24 février, il a rejeté l’amendement et la décision de la Chambre des
députés de désigner M. Bashagha comme Premier Ministre, accusant la Chambre des
députés d’agir unilatéralement. Il a par ailleurs demandé instamment le respect des
accords conclus entre les comités de la feuille de route des deux chambres et invité
chacun à coopérer pour mettre fin à la période de transition politique dans les
meilleurs délais.
19. Le 3 mars, à la suite du retard accusé dans la création d’une commission de
révision de la Constitution et de l’effondrement du consensus entre la Chambre des
députés et le Haut Conseil d’État, la Conseillère spéciale a invité les deux chambres
à établir une commission conjointe, composée de six représentants de chaque
chambre, qui se réunirait pendant deux semaines à compter du 15 mars, sous l’égide

22-06832 3/18
S/2022/409

de l’ONU, pour élaborer des bases constitutionnelles consensuelles en vue des


élections. Son initiative a recueilli un vaste appui auprès des intervenants nationaux,
dont le Conseil de la présidence, de plusieurs candidats à la présidence et aux
législatives et des organisations de la société civile, ainsi que des parties prenantes
internationales.
20. Le Haut Conseil d’État a désigné 12 membres, invoquant la nécessité de veiller
à la représentation des trois régions historiques du pays, ainsi que des femmes. Alors
qu’elle avait exprimé son appui à l’initiative, la Chambre des députés n’a pas désigné
au départ de représentants à la commission conjointe. La Conseillère spéciale a donc
tenu des réunions consultatives avec les représentants du Haut Conseil à Tunis du 22
au 24 mars, durant lesquelles ce dernier a présenté ses propositions relatives aux bases
constitutionnelles des élections. Elle a continué d’évoquer avec les deux chambres la
possibilité de reprendre les pourparlers sur le volet constitutionnel à un stade ultérieur.
21. Le texte du douzième amendement constitutionnel publié au Journal officiel le
21 mars comprenait plusieurs changements par rapport à la version votée à la séance
de la Chambre des députés qui s’était tenue le 10 février. Dans la version publiée : la
référence à l’Accord politique libyen de 2015 avait été supprimée du préambule ;
l’article 6 disposant que le projet de constitution serait considéré comme adopté s’il
recevait l’appui de deux tiers des voix dans toute la Libye avait été modifié et
remplacé par une nouvelle formule énonçant que le projet de constitution nécessitait
l’appui de plus de 50 % de chacune des trois régions historiques du pays ; et l’article 8
avait été modifié et disposait que les lois électorales à adopter à l’issue de l’adoption
de la constitution devaient être formulées à la suite de « consultations » avec le Haut
Conseil d’État et non plus à l’issue d’un « consensus » avec lui.
22. Le 27 mars, la Conseillère spéciale a lancé une campagne de sensibilisation afin
de recueillir les avis des acteurs politiques et sociaux libyens sur la manière de
progresser concernant la tenue des élections, ainsi que sur la situation économique et
de sécurité. Le 28 mars, elle s’est entretenue avec des représentants de plusieurs partis
politiques libyens, dont le Parti de la Charte nationale, seul parti politique dirigé par
une femme en Libye, pour étudier les moyens de débloquer l’impasse politique et
d’obtenir la participation des femmes à la vie politique. Un dialogue numérique
organisé le 31 mars avec plus de 1 000 participants a permis de réaffirmer le vaste
appui du peuple libyen à des élections démocratiques qui concourraient au règlement
de la crise dans les meilleurs délais.
23. Du 13 au 18 avril, à la suite de la désignation de participants de la Chambre des
députés à la commission conjointe, la Conseillère spéciale a facilité les pourparlers
entre la Chambre et le Haut Conseil d’État, accueillis par l’Égypte au Caire, visant à
convenir de bases constitutionnelles en vue des élections. Les délégations ont décidé
d’un règlement intérieur pour régir les travaux de la commission conjointe et se sont
réunis de nouveau au Caire à compter du 15 mai pour s’entretenir notamment
d’éléments du projet de constitution de 2017 relatifs au pouvoir législatif et au
pouvoir judiciaire.
24. Tout au long de la période considérée, la Conseillère spéciale a maintenu des
contacts réguliers avec MM. Dabiba et Bashagha. Elle s’est entretenue séparément
avec eux le 13 février, insistant sur la nécessité fondamentale d’avancer de manièr e
inclusive, transparente et consensuelle pour préserver le calme et la stabilité sur le
terrain.
25. Pour ce qui est du volet économique, la MANUL a continué d’appuyer les
mesures visant à faire progresser la réunification de la Banque centrale de Libye et à
favoriser la transparence des dépenses publiques ainsi qu’un financement fiable des
besoins prioritaires du peuple libyen, une loi de finances n’ayant pas été adoptée. Le

4/18 22-06832
S/2022/409

Gouverneur et le Vice-Gouverneur de la Banque se sont entretenus à Tunis le


20 janvier et ont décidé de lancer un programme de réunification, conformément aux
recommandations issues du dialogue intralibyen et du processus de Berlin . Il a été
confirmé qu’une société-conseil internationale fournirait une assistance technique à
l’application des recommandations formulées en 2021, à l’issue de l’audit
international mené sous l’égide de l’ONU en vue de la réunification de la Banque.
26. Concernant le volet lié à la sécurité, la Conseillère spéciale et la composante de
surveillance du cessez-le-feu de la MANUL ont organisé une réunion de la
Commission militaire conjointe 5+5 à Syrte le 9 février, consacrée à la mise en place
du plan d’action relatif à un processus progressif, équilibré et échelonné en vue du
retrait des mercenaires, des combattants étrangers et des forces étrangères de Libye,
en consultation avec les États Membres concernés et des organisations régionales,
dont l’Union africaine.
27. La Commission militaire conjointe 5+5 a continué de prendre des mesures pour
mettre en service le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu en Libye, notamment
l’accord visant à établir un centre d’opérations conjoint à Syrte et à faciliter la
coordination entre les observateurs du cessez-le-feu de la MANUL et les observateurs
libyens. La Commission militaire s’est également penchée sur l’élimination des mines
et des engins explosifs improvisés, afin de faciliter la réouverture de l’axe Abou
Qreïn-Joufra dans le sud du pays.
28. Le 9 avril, les membres de la Commission militaire conjointe 5+5 de la partie
est ont suspendu leurs activités, du fait de retards dans le versement des soldes à
l’Armée nationale libyenne par le Gouvernement d’unité nationale. Ils ont également
demandé à leurs responsables de fermer les terminaux pétroliers dans l’est de la
Libye, de suspendre les vols intérieurs entre l’est et l’ouest, de fermer la route côtière
et de cesser toute coopération avec le Gouvernement d’unité nationale dans les zones
contrôlées par l’Armée nationale libyenne.
29. À la suite des contacts entrepris par la Conseillère spéciale, la MANUL et les
autres partenaires internationaux, le Gouvernement d’unité nationale a versé le
11 avril les soldes à l’Armée nationale libyenne pour les mois de janvier et de février
et le 30 avril pour le mois de mars. Durant la réunion avec l a Conseillère spéciale le
11 mai, M. Dabiba a indiqué que les soldes d’avril et de mai seraient versé es et qu’il
autoriserait le paiement régulier des salaires mensuels.

B. Comité international de suivi de la situation en Libye, issu


de la Conférence de Berlin

30. Le Comité international de suivi de la situation en Libye issu du processus de


Berlin et ses groupes de travail ont continué de servir de cadre général de l’appui
international aux dialogues intralibyens.
31. Le groupe de travail sur la sécurité, coprésidé par la France, l’Italie, le
Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, la Turquie, l’Organisation
des Nations Unies et l’Union africaine, a continué de se réunir pour s’entretenir des
progrès accomplis dans l’application de l’accord de cessez-le-feu. Lors d’une réunion
virtuelle le 18 janvier, les coprésidents et les membres de la Commission militaire
conjointe 5+5 ont passé en revue les difficultés et l’exécution du plan d’action relatif
à un processus progressif, équilibré et échelonné en vue du retrait des mercenaires,
des combattants étrangers et des forces étrangères de Libye. Les coprésidents ont
également entendu un exposé sur les contacts entrepris par la Commission avec les
partenaires régionaux. Une autre réunion virtuelle des coprésidents tenue le 29 mars
a été consacrée à l’examen des efforts permettant de maintenir la dynamique,

22-06832 5/18
S/2022/409

concernant le volet de la sécurité, alors que les clivages politiques commençaient à


s’accentuer. Le 21 avril, ils se sont entretenus des possibilités à exploiter et des
problèmes à régler, en vue de l’aboutissement du processus de désarmement, de
démobilisation et de réintégration.
32. Après avoir lancé le 16 décembre 2021 un dialogue national visant à faire
progresser les droits humains en Libye, le groupe de travail chargé du droit
international humanitaire et des droits humains, coprésidé par l’ONU, les Pays -Bas
et la Suisse, a tenu plusieurs consultations avec les défenseurs des droits humains
libyens, les acteurs de la société civile, les entités gouvernementales, les journalistes,
les experts et les universitaires, pour échanger des vues sur les droits humains. Le
10 mars 2022, le groupe de travail a entendu les défenseurs des droits humains des
Libyennes évoquer les problèmes principaux entravant les droits humains, notamment
ceux des femmes, en Libye.
33. Le 17 mars, le groupe de travail économique, coprésidé par l’Égypte, les États -
Unis d’Amérique, l’ONU et l’Union européenne, avec la participation du Gouverneur
et d’un représentant du Vice-Gouverneur de la Banque centrale, se sont retrouvés à
Tripoli pour s’entretenir des progrès accomplis dans la réunification de la Banque
centrale de Libye et pour répertorier un mécanisme visant à assurer un financement
régulier concernant la National Oil Corporation et à satisfaire d’autres besoins
prioritaires du peuple libyen. Une réunion de suivi des coprésidents du groupe de
travail économique s’est tenue le 1 er avril pour continuer de progresser sur ces
questions, avec la participation du Gouverneur et du Vice-Gouverneur de la Banque
centrale de Libye, du Président de la National Oil Corporation, du Président de la
commission financière de la Chambre des députés et de plusieurs ministres de haut
rang du Gouvernement d’unité nationale.
34. Le 15 mars, l’Algérie, l’Allemagne, l’ONU et la Ligue des États arabes ont tenu
une réunion virtuelle avec les coprésidents du groupe de travail politique afin de
passer en revue la situation en cours, l’initiative de la Conseillère spéciale visant à
parvenir à des bases constitutionnelles consensuelles en vue de l’organisation des
élections et les moyens pour le groupe de travail d’avancer. Les coprésidents ont
déclaré à nouveau que des élections libres, intègres, inclusives et crédibles étaient la
seule solution à la crise politique en Libye.

C. Concertations internationales et régionales

35. La Conseillère spéciale et la MANUL ont tenu des consultations régulières avec
les parties prenantes régionales et internationales, tant en Libye qu’à l’étranger,
portant sur tous les aspects du processus politique contrôlé et dirigé par les Libyens,
sous l’égide de l’ONU. Le Coordonnateur de la Mission et la Coordonnatrice
résidente et Coordonnatrice de l’action humanitaire des Nations Unies et la
Conseillère spéciale ont fait quatre exposés devant des représentants du corps
diplomatique.
36. Du 10 au 18 janvier, la Conseillère spéciale s’est rendue en Égypte, en
Fédération de Russie, en Tunisie et en Turquie, pour s’entretenir avec les autorités de
ces pays et réaffirmer la volonté de l’ONU de se mobiliser de manière inclusive auprès
de tous les Libyens pour s’accorder sur des bases constitutionnelles afin de favoriser
la tenue d’élections dans les meilleurs délais.
37. Le 7 février, la Conseillère spéciale a participé à une réunion à Rome, organisée
par les Gouvernements de l’Allemagne, des États-Unis, de la France, de l’Italie et du
Royaume-Uni. Du 21 avril au 3 mai, elle s’est rendue en Allemagne, en France et au
Royaume-Uni, afin d’évoquer la situation et la voie à suivre en Libye.

6/18 22-06832
S/2022/409

D. Situation dans l’ouest de la Libye

38. L’instabilité politique à la suite du report des élections nationales avait influé
sur l’état de la sécurité dans l’ouest du pays. Le 6 février, invoquant des problèmes
de sécurité, le commandant de la zone militaire de la côte ouest a créé une cellule de
sécurité pour coordonner les activités de 22 organismes de sécurité. Au petit matin du
10 février, des assaillants non identifiés auraient tiré sur le convoi de M. Dabiba dans
le quartier du marché du vendredi à Tripoli. Une enquête a été diligentée par le
Ministère de l’intérieur.
39. Le 16 février, au sud de Tripoli, des affrontements ont été signalés entre la
55 e brigade d’infanterie et la troisième compagnie d’infanterie au pont Saouani. Le
24 février, une personne a été blessée lorsque des assaillants qui seraient affiliés à un
groupe armé de Tripoli ont visé le bâtiment où se réunissait le Haut Conseil d’État,
cherchant manifestement à perturber la séance. La Force de lutte contre le terrorisme
de Misrata et la 166 e Brigade sont intervenues par la suite pour évacuer les
participants.
40. Plusieurs groupes armés dans l’ouest de la Libye ont tourné casaque, cherchant
à nouer de nouvelles alliances pour appuyer les acteurs politiques se disputant le
contrôle de l’exécutif à Tripoli. Le 1 er mars, les chefs des principaux groupes armés
et forces militaires dans l’ouest de la Libye ont posté une vidéo dans laquelle ils ont
appelé à des élections et rejeté le vote de confiance de la Chambre des députés dans
le cabinet présenté par M. Bashagha.
41. Le 2 mars, avant la prestation de serment à la Chambre des députés, la MANUL
a appris que deux personnes désignées comme ministres par M. Bashagha avaient été
empêchées par des groupes armés de se rendre à Tobrouk pour assister à la cérémonie.
Elles ont été libérées à la suite des contacts entrepris par la Conseillère spéciale et
d’autres membres de la communauté internationale. Du 3 au 23 mars, le
Gouvernement d’unité nationale a suspendu les vols intérieurs de Tripoli vers l’est du
pays, apparemment pour empêcher les ministres nommés par M. Bashagha de se
rendre à Tobrouk.
42. Le 10 mars, un convoi de groupes armés appuyant M. Bashagha, qui se rendait
de Misrata à Tripoli, a été arrêté par des forces armées affiliées au Gouvernement
d’unité nationale, ce qui a déclenché un affrontement, dans la banlieue de Tripoli, et
accentué les tensions dans la capitale. En réponse à la tension autour de la capitale,
des acteurs armés appuyant M. Bashagha se sont également mobilisés dans d’autres
régions de l’ouest de la Libye, notamment à Zaouiya, Warchefana et Zintan. Les
parties prenantes libyennes, l’ONU et les partenaires internationaux sont intervenus
auprès des acteurs concernés pour éviter toute confrontation armée. Dans la soirée du
16 mai, M. Bashagha est entré à Tripoli, ce qui a suscité des affrontements le
lendemain entre des groupes armés. Il a par la suite quitté la ville, et la situation s’est
normalisée.

E. Situation dans l’est de la Libye

43. Le statut des forces le long de l’axe Syrte-Joufra n’a pas changé, l’Armée
nationale libyenne étant la seule protagoniste, sur le plan de la sécurité.
44. Manifestant leur volonté de plus en plus marquée de voir des élections se tenir
dans le pays, des manifestants se sont rassemblés à Chahat le 25 février et à Qoubba
le 8 mars, réclamant la tenue d’élections législatives et la dissolution de la Chambre
des députés et du Haut Conseil d’État.

22-06832 7/18
S/2022/409

45. Le 27 février, 26 combattants tchadiens auraient été tués et 14 autr es capturés


lors de heurts avec l’Armée nationale libyenne près de Tazerbo, au sud -est de Koufra.

F. Situation dans le sud de la Libye

46. L’état de sécurité dans le sud de la Libye a été préoccupant, du fait de la


fragmentation et de la contestation, parmi les organes de sécurité, et de la présence
de groupes criminels organisés et d’organisations extrémistes violentes. L’Armée
nationale libyenne a mené des opérations de sécurité visant des réseaux de
contrebande à Oubari et Sabha ainsi que dans des zones proches de la frontière avec
l’Algérie. Le 17 janvier, elle se serait retirée de Ghat, sa présence y ayant été
contestée. Le 29 janvier, à Sabha, le directeur d’une société de services pétroliers a
été tué et trois autres personnes blessées dans une attaque qui aurait pour origine des
litiges sur la contrebande de carburant.

G. Organisations extrémistes violentes

47. Depuis janvier 2022, le sud de la Libye a connu une recrudescence d’attaques
asymétriques, l’Armée nationale libyenne visant, au cours de s es opérations, des
organisations extrémistes violentes. Le 24 janvier, deux membres de l’Armée
nationale libyenne ont été tués dans une attaque entre Qatroun et Traghen,
revendiquée par Daech, lequel a également revendiqué la responsabilité du décès de
deux membres de l’Armée nationale libyenne dans une autre embuscade tendue entre
Oum el-Araneb et Qatroun le 24 janvier.
48. Le 26 janvier, 19 combattants de Daech auraient été tués par l’Armée nationale
libyenne lors d’opérations de contre-terrorisme dans les montagnes Assida, à l’est de
Qatroun, tandis qu’un guet-apens tendu par Daech au sud de Traghen aurait fait trois
morts parmi les membres de l’Armée nationale libyenne. Le même jour, le Conseil
des municipalités de Fezzan a demandé tant au Gouvernement d’unité nationale qu’à
la communauté internationale de redoubler d’efforts pour empêcher des organisations
extrémistes violentes de monter en puissance dans le sud de la Libye.
49. Le 2 février, l’Armée nationale libyenne a mené des opérations antiterroristes
dans la zone du mont Harouj, près de Zella et de Foqaha, pour dissuader Daech de
s’attaquer aux champs pétrolifères se trouvant dans le secteur. Le 7 février, à la
demande du Président du Conseil de la présidence, Mohammed Al-Menfi, en sa
qualité de Commandant suprême de l’Armée libyenne, l’Équipe spéciale antiterroriste
de Misrata aurait lancé des patrouilles de sécurité de grande envergure dans les zones
désertiques suspectées d’être utilisées par Daech. Le 19 février, l’équipe spéciale
chargée des opérations conjointes dans l’ouest de la Libye, dont l’Équipe spéciale
antiterroriste de Misrata, a arrêté quatre combattants pr ésumés de Daech.

H. Situation économique

50. Aucune loi de finances n’ayant été adoptée en 2021, la Banque centrale de Libye
a continué d’invoquer la dernière loi en date en la matière pour verser les salaires et
accorder des subventions, dans le respect du droit libyen. En l’absence de loi de
finances, les versements ont été complétés de plus en plus souvent par les mesures
extraordinaires prises par la Banque centrale pour décaisser des fonds au profit du
Gouvernement d’unité nationale. Entre-temps, les problèmes économiques auxquels
se heurtaient les Libyens, à la suite de la pandémie de COVID -19, ont été accentués
par la hausse des prix des articles de première nécessité, après le déclenchement de
la guerre en Ukraine.

8/18 22-06832
S/2022/409

51. Le 25 janvier, le Président de la Chambre des députés a donné pour instruction


à la Banque centrale de Libye de mettre fin aux dépenses extrabudgétaires engagées
par le Gouvernement d’unité nationale. Le 10 mars, il a demandé à la National Oil
Corporation de conserver tous les revenus pétroliers sur un compte distinct, en
attendant l’adoption, par la Chambre, de la loi de finances de 2022 ou la prise d’une
décision autorisant les dépenses. Il a également donné pour instruction à la Banque
centrale et aux ministères concernés de débloquer des fonds publics en vue du
paiement des salaires et des subventions. Les données publiées ultérieurement par la
Banque centrale indiquent que l’instruction consistant à verser uniquement les
salaires et les subventions a été exécutée.
52. Le Gouvernement d’unité nationale s’est néanmoins attaché à la libération de
50 000 parcelles de terre et de 100 000 appartements, au profit des jeunes Libyens,
au décaissement de 1 milliard de dinars libyens pour aider les blessés de guerre, ainsi
qu’au financement des augmentations de salaire des forces de sécurité du Ministère
de l’intérieur, les allocations de mariage et un programme d’assurance maladie élargi.
53. Les contestations portant sur les salaires et les dépenses de fonctionnement ont
continué d’entraver la gestion de la National Oil Corporation. Le 9 janvier, des
négociations entre le Gouvernement d’unité nationale et les forces de surveillance des
champs pétrolifères ont permis d’éviter un arrêt de la production dans l’ouest de la
Libye. En janvier, la production pétrolière libyenne était légèrement inférieure à
1,1 million de barils par jour. Les manifestations des éléments dissidents de Zintan
ont conduit néanmoins le 3 mars à l’arrêt des flux de pétrole des champs de Charara
et de Fil, entraînant une réduction de la production de 330 000 barils par jour, la
National Oil Corporation déclarant un cas de force majeure du 6 au 8 mars. À compter
du 16 avril, la production pétrolière nationale a été progressivement réduite à quelque
550 000 barils par jour, à la suite de la fermeture des champs pétrolifères de Fil, de
Charara et d’autres, ainsi que de tous les ports d’exportation de pétrole sauf trois.
54. À la suite du transfert de quelque 2 milliards de dollars au début du mois d’avril
et d’un accord annoncé le 13 avril par le Gouvernement d’unité nationale, la National
Oil Corporation a débloqué 6 milliards de dollars accumulés sur son compte séquestre
à la Banque centrale, tandis que le Gouvernement d’unité nationale s’engageait à
fournir des fonds pour les opérations et les investissements de la National Oil
Corporation, visant à accroître la production de pétrole d’une capacité de 1,2 million
par jour, jusqu’à atteindre 1,4 million de barils par jour d’ici la fin de 2022.

III. Autres activités de la Mission


A. Appui électoral

55. L’équipe électorale intégrée encadrée par la MANUL a continué de fournir un


appui et des conseils techniques à la Haute Commission électorale nationale. En
prévision d’une nouvelle feuille de route politique et d’un cadre juridique électoral et
avec l’appui de l’ONU, la Haute Commission a entamé une analyse de la conduite du
processus de préparation électorale en 2021, afin de recenser les modifications
d’ordre procédural à introduire et de renforcer la coordination avec d’autres entités,
concernant notamment l’inscription sur les listes électorales et les mécanismes de
règlement des contentieux électoraux.
56. Le 6 février, dans une lettre adressée au Président de la Chambre des députés,
le Conseil d’administration de la Haute Commission électorale nationale a transmis
les conclusions de son comité spécial, établi pour examiner les décisions judiciaires
liées à la validation des candidatures à l’élection présidentielle. Il a décrit les

22-06832 9/18
S/2022/409

obstacles juridiques rencontrés par la Commission au cours du processus, tel s que la


restriction de l’accès aux audiences des tribunaux pertinentes.
57. Le 27 février, la MANUL a organisé un atelier pour formuler des
recommandations sur l’exécution du plan de sécurité électorale préparé par le
Ministère de l’intérieur, notamment sur le rôle de la salle des opérations principales,
la surveillance du processus électoral et les relations entre la police et les autres
entités concernées appuyant les élections.

B. Droits humains, justice transitionnelle et état de droit

58. Après le report des élections qui étaient prévues le 24 décembre 2021, des
personnes liées aux autorités en place avant 2011 ont notamment participé de façon
plus publique à des débats politiques sur la réconciliation nationale et la justice
réparatrice. La dynamique politique qui a suivi a néanmoins empêché toute nouvelle
mobilisation auprès de ces acteurs concernant la réconciliation nationale.
59. Depuis janvier 2022, la MANUL a observé un rétrécissement rapide de l’espace
civique, notant une recrudescence d’attaques contre la liberté de religion, d’opinion
et d’expression dans le pays. Des journalistes, des défenseurs des droits humains et
des droits des femmes et d’autres personnes ont été pris pour cibles, physiquement et
verbalement, y compris en ligne, pour avoir exercé pacifiquement leur droit
fondamental à la liberté d’expression. La MANUL a également confirmé des
meurtres, des disparitions forcées, des arrestations et des détentions arbitraires, des
violences sexuelles liées au conflit, la traite d’êtres humains et d es expulsions
arbitraires et collectives de migrants et de demandeurs d’asile, en violation du droit
international humanitaire, du droit international des droits de l’homme et du droit
international des réfugiés.

1. État de droit
60. Un désaccord entre le nouveau Président du Conseil supérieur de la magistrature
et son prédécesseur, concernant la validité de la loi n o 11 de 2021, portant
restructuration du Conseil, a été aplani. La MANUL a continué de fournir des conseils
techniques à ce dernier sur la création de tribunaux spécialisés chargés de poursuivre
les auteurs de violences contre les femmes et les enfants.
61. Un nouveau mécanisme international de coordination dirigé par l’ONU a été
lancé le 6 février, rassemblant des organismes des Nations Unies et des partenaires
internationaux qui mènent des activités sur l’état de droit en Libye afin de resserrer
la coordination de l’appui apporté au système de justice en Libye, aux programmes
pertinents de renforcement des capacités, à la réforme institutionnelle et à la justice
transitionnelle. La deuxième réunion du mécanisme de coordination s’est tenue le
2 mars.
62. Le 13 février, le Rapporteur du Haut Conseil d’État a déposé plainte auprès du
ministère public, à la suite des menaces qu’il aurait subies, tout comme d’autres
membres du Conseil, après avoir signé une lettre d’appui à la désignation de
M. Bashagha comme Premier Ministre. Une enquête a été ouverte.
63. Le 22 février, la Cour suprême a prolongé la suspension de la chambre
constitutionnelle, fermée depuis 2014, malgré les appels à sa réactivation, sur les
plans local et international, afin notamment d’améliorer l’accès des Libyens à la
justice. La Cour suprême a déclaré que la suspension se justifiait au vu du risque de
nouvelles scissions politiques et des répercussions possibles de la crise politique sur
l’indépendance du pouvoir judiciaire.

10/18 22-06832
S/2022/409

64. La MANUL a confirmé une forte intensification en ligne des campagnes de


discours de haine, de diffamation et de menaces, notamment d’incitation à la violence
contre des défenseurs des droits humains, des journalistes et d’autres personnes, ainsi
que des menaces de violence fondée sur le genre, proférées contre les femmes. En
janvier, des campagnes de diffamation et des discours de haine en ligne ont visé au
moins huit femmes et hommes défendant les droits humains, des journalistes et des
membres d’organisations de la société civile, ainsi que des conseillères municipales
à Syrte et à Misrata. En février, une journaliste a été agressée physiquement alors
qu’elle était en reportage à Benghazi. Un autre journaliste a été agressé à Tripoli alors
qu’il couvrait l’anniversaire de la révolution de 2011.

2. Privation de liberté, détention et torture illégales


65. Durant la période considérée, la MANUL a confirmé que six hommes avaient
été détenus par l’Agence de sécurité intérieure et l’Organe de lutte contre le terrorisme
et la criminalité organisée à Tripoli. Après les avoir arrêtés et détenus de manière
arbitraire, l’Agence de sécurité intérieure libyenne a posté des v idéos en ligne,
décrivant les « aveux d’apostasie » qu’ils auraient faits.
66. Après l’évasion de cinq prisonniers de la prison de Gernada à Benghazi,
l’Armée nationale libyenne et l’Agence de sécurité intérieure ont arrêté à la
mi-janvier des dizaines de proches des évadés, dont certains ont été relâchés par la
suite, tandis que d’autres sont toujours en détention. Le 4 février, huit prisonniers se
sont évadés de la prison de Koueïfiya à Benghazi. Quatre d’entre eux avaient été
condamnés à mort et les autres faisaient l’objet d’une enquête. Par ailleurs, des ex-
détenus qui avaient été nouvellement libérés de la prison de Gernada ces derniers
mois ont été arrêtés à nouveau et placés en détention arbitraire.
67. En mars et en avril, trois personnes qui avaient été détenues pendant plusieurs
mois ont été libérées : il s’agit de l’ancien chef de la compagnie libyenne des postes,
des télécommunications et des technologies de l’information et du chef de l’Union
générale des étudiants libyens, qui avaient été placés en dét ention par la Force
spéciale de dissuasion, lors d’incidents distincts à Tripoli en janvier, ainsi que du chef
du bureau du Croissant-Rouge libyen à Ajdabiya.
68. Le 26 février, un membre libyen d’une organisation non gouvernementale
internationale de défense des droits humains et des droits des migrants a été arrêté et
détenu de manière arbitraire par l’Agence de sécurité intérieure à l’aéroport de Mitiga.
Il a été mis au secret pendant cinq jours avant d’être transféré dans un centre de
détention de l’Organe de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Les
chefs d’accusation retenus contre lui seraient l’apostasie et le mépris de l’islam. La
MANUL suit également l’affaire d’un homme qui a été placé en détention par la Force
spéciale de dissuasion à Tripoli en février 2021 après l’avoir critiquée.
69. La MANUL a continué de plaider en faveur d’un accès à la justice, notamment
de la fourniture d’une assistance juridictionnelle gratuite à 14 femmes et 25 enfants
se trouvant à la prison de Jdeïdé à Tripoli et à 6 femmes et 11 enfants se trouvant à la
prison militaire de Koueïfiya à Benghazi, tous détenus arbitrairement pour leur
association présumée à Daech. Ils ont ensuite fait l’objet de poursuites et ont été
condamnés par des tribunaux militaires, sans avoir bénéficié des garanties d’une
procédure régulière.

3. Migrants et réfugiés
70. Au 31 janvier, l’Organisation internationale pour les migrations a indiqué que
635 051 migrants de plus de 44 nationalités se trouvaient dans 100 municipalités
libyennes. Au 7 mai, 4 715 personnes (87 % d’hommes, 9 % de femmes et 4 %

22-06832 11/18
S/2022/409

d’enfants) avaient été interceptées depuis le début de 2022 par la garde côtière
libyenne alors qu’elles tentaient la traversée de la Méditerranée centrale, et 552 autres
personnes sont mortes ou portées disparues. Des milliers de migrants interceptés ont
été emmenés dans des centres de détention, dont celui de Maya à Tripoli, où les décès,
les actes de torture, la faim, les violences sexuelles et l’extorsion sont monnaie
courante.
71. Les organismes humanitaires ont poursuivi leur action de sensibilisation auprès
des autorités nationales pour insister sur la nécessité d’avoir un accès libre et régulier
aux migrants et aux réfugiés retenus arbitrairement dans les centres de détention gérés
par le Service de la lutte contre l’immigration illégale, comme condition préalable
essentielle à la fourniture d’une aide humanitaire et de services de protection. Au
1 er mai, le nombre de personnes détenues dans ses centres était de 2 412. On estime
par ailleurs que des milliers de migrants et de réfugiés sont détenus dans des centres
gérés par d’autres autorités nationales, dont les mandats officiels sont flous, ou encore
par des groupes armés non étatiques. Selon d’anciens détenus, les conditions dans ces
centres de détention, auxquels la communauté humanitaire internationale n’a pas
accès, sont très alarmantes en raison de la violence, de la malnutrition et d’autres
formes de maltraitance.
72. Les vols humanitaires, organisés depuis la mi-janvier, ont permis d’évacuer ou
de réinstaller 302 personnes dans des pays d’Europe, au Canada et au Rwanda,
notamment 8 qui ont reçu un visa humanitaire.
73. Les migrants et les réfugiés, hommes et femmes, ont continué d’être exposés à
des risques élevés de viol, de harcèlement sexuel et de traite par des groupes armés,
des passeurs et des trafiquants transnationaux. Parmi les rapports constants de torture
et d’extorsion de migrants dans le sud de la Libye, la MANUL a appris par un jeune
Érythréen que lui et 25 autres personnes avaient été enlevés par des trafiquants au
Soudan et emmenés en Libye, où il avait été torturé. Parmi les victimes se trouvaient
20 adolescents âgés de 14 à 17 ans, qui seraient détenus par l’Armée nationale
libyenne.
74. Les expulsions collectives de migrants en l’absence de tout examen juridique et
en violation du droit international des droits de l’homme et du droit international des
réfugiés se sont poursuivies. Selon l’Organisation internationale pour les migrations,
plus de 4 400 migrants et demandeurs d’asile ont subi un refoulement ou une
expulsion de Libye de janvier à mars 2022, y compris 2 475 personnes (dont des
enfants) qui ont été expulsées au Niger, 1 650 Égyptiens en Égypte et 300 personnes
au Soudan.
75. À la fin du mois de février, la MANUL a confirmé que 53 Bangladais avaient
été victimes de la traite et torturés par un groupe armé non étatique à Tripoli. L’un
d’eux est mort en détention à la suite d’actes de torture.

4. Groupes en situation vulnérable


76. Le nombre de personnes déplacées en Libye était passé de 179 000 en novembre
2021 à 168 000 au 31 janvier 2022. Le rythme des retours s’est ralenti du fait
d’obstacles structurels, notamment le manque de logements, l’insuffisance des
services de base et les problèmes de sécurité personnelle et de cohésion sociale. Les
personnes déplacées à l’intérieur du pays ont continué d’être exposées au risque de
déplacement répété. Le 3 mai, quelque 2 000 expulsions ont été opérées dans deux
camps qui hébergeaient des personnes déplacées de Taouargha à Tripoli, sur
instruction du Procureur général, datée du 6 mars, et à la suite d’un avis final daté du
2 mai, sans qu’une solution de rechange ou un autre logement leur soient proposés.
Certaines de ces familles sont déplacées pour la quatrième fois en cinq ans.

12/18 22-06832
S/2022/409

5. Justice transitionnelle et réconciliation fondée sur les droits


77. Le 21 janvier, les autorités ont annoncé l’exhumation, depuis juin 2020, de 278
dépouilles des charniers de Tarhouna et de quartiers d e Tripoli et alentour. Parmi ces
dépouilles, 109 ont été identifiées. Les autorités ont par ailleurs identifié 222 autres
corps qui ont été retrouvés en différents points du territoire. Il s’agirait de personnes
disparues depuis le conflit qui avait duré de 2019 à 2020.
78. Le 9 février, le Conseil de la présidence a examiné la préparation d’un projet de
loi sur la réconciliation nationale, visant à remédier aux lacunes de la loi n o 29 de
2013 sur la justice transitionnelle. Un comité spécial comprenant des min istres, des
personnalités liées aux autorités en place avant 2011 et des experts libyens a été
constitué en février pour rédiger une nouvelle loi. L’ONU a continué de fournir un
appui technique, conformément aux normes internationales, aux meilleures prati ques
et aux principes de justice transitionnelle.

6. Politique de diligence voulue en matière de droits humains


79. Les organismes des Nations Unies en Libye ont continué d’appliquer la
politique de diligence voulue en matière de droits humains en cas d’app ui de l’ONU
à des forces de sécurité non onusiennes (voir A/67/775-S/2013/110, annexe), en vue
de prévenir et d’atténuer les risques recensés de graves violations du droit
international humanitaire, du droit international des droits de l’homme et du droit
international des réfugiés, par les forces de sécurité libyennes recevant un appui de
l’ONU.

C. Secteur de la sécurité

1. Appui à la planification d’un dispositif de sécurité provisoire et à l’unification


des forces de sécurité
80. Le 25 janvier, la Conseillère spéciale a tenu une réunion à Syrte avec le comité
pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration, opérant sous l’égide des
chefs d’état-major des institutions militaires de l’ouest et de l’est. Le comité a accepté
d’élargir sa composition de manière à inclure d’autres autorités compétentes de l’est
de la Libye, comme l’y avait encouragé l’ONU, afin de resserrer la coordination.

2. Gestion des armes et des munitions


81. Après le déminage récent d’une centaine de kilomètres de l’axe Abou Qreïn -
Joufra par une organisation non gouvernementale libyenne de lutte antimines, la
coordination s’est poursuivie en vue du repérage et du déminage des 200 kilomètres
restants. Toute nouvelle opération de déminage a été tributaire de la coordination au
sein du sous-comité de lutte antimines de la Commission militaire conjointe 5+5,
appuyée par l’ONU, conformément aux plans de la Commission relatifs au déminage
de la zone située au sud de Syrte.

3. Application de l’accord de cessez-le-feu


82. Le cessez-le-feu décrété à l’échelle de la nation a tenu et la route côtière reliant
les parties est et ouest de la Libye est restée ouverte. La Commission militaire
conjointe 5+5 a continué de faire avancer l’application de l’accord de cessez-le-feu.
83. La composante de surveillance du cessez-le-feu de la MANUL, créée
conformément aux résolutions 2570 (2021), 2595 (2021) et 2599 (2021) du Conseil
de sécurité, a conduit des missions de Syrte à Tripoli, en attendant la mise en place
des dispositions sur les plans opérationnel, logistique et de la sécurité , visant à établir

22-06832 13/18
S/2022/409

la présence des Nations Unies à Syrte. Le Ministère des affaires étrangères a approuvé
l’attribution, à la composante de surveillance du cessez-le-feu, de locaux à usage de
bureaux au complexe Ouagadougou à Syrte. L’Armée nationale libye nne à Syrte n’a
cependant toujours pas confirmé l’utilisation des bureaux et la rénovation des
installations recensées comme espace d’hébergement pour les observateurs du cessez -
le-feu de la MANUL.
84. La composante de surveillance du cessez-le-feu de la MANUL a continué de
collaborer étroitement avec le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu contrôlé et
dirigé par la Libye, notamment les huit observateurs libyens désignés des régions est
et ouest et les sous-comités de la Commission militaire mixte 5+5, pour aider à
l’exécution du plan d’action et du mécanisme de la Commission, en vue du retrait des
mercenaires, des combattants étrangers et des forces étrangères, à la création d’un
centre des Nations Unies à Syrte et à la mise en place des modalités de pla nification
conjointe et de renforcement des capacités. La composante de surveillance a rencontré
la Commission militaire mixte 5+5 et les observateurs locaux pour parachever les
plans d’action stratégique et tactique, conformément aux résolutions 2570 (2021) du
Conseil de sécurité et aux priorités recensées par la Commission.
85. Si la Commission militaire conjointe 5+5 n’a pas pu se réunir du fait de
l’impasse politique en cours, l’ONU a tenu des séances de travail distinctes avec les
délégations et les observateurs locaux et élaboré un calendrier en vue du renforcement
des capacités de la Commission et du mécanisme de surveillance du cessez -le-feu en
Libye.

D. Avancement des femmes

86. Des militantes et des dirigeantes, dont la Ministre de la condition féminine et


deux de ses conseillers principaux, ont continué de faire l’objet de discours haineux
et de propos diffamatoires propagés sur les plateformes de médias sociaux,
notamment. Des militantes et des membres d’organisations de la société civile
militant en faveur d’une participation véritable des femmes à la vie politique et de la
mise en œuvre des priorités concernant les femmes et la paix et la sécurité ont
également été pris pour cible. Plusieurs militantes ont dû s’exiler du fait de ces
attaques et de l’ostracisme social qui en a résulté.
87. Dans le cadre de la stratégie d’inclusion des questions de genre de la MANUL,
la Conseillère spéciale a tenu trois sessions de consultations en févri er et en mars avec
diverses représentantes de groupes de femmes, des défenseurs des droits humains, des
universitaires, des représentants de jeunes, de syndicats, de femmes ayant des besoins
particuliers, d’artisans de la paix et de candidats aux législatives. Les personnes
présentes ont souligné l’importance de faire avancer le programme d’égalité des
genres et d’autonomisation des femmes, notamment de renforcer la participation des
Libyennes aux affaires publiques et de faire respecter un quota de 30 % de
représentation des femmes à des postes de décision.

E. Les jeunes et la paix et la sécurité

88. Le rétrécissement de l’espace civique et la diffamation en ligne de militants


pacifistes, de membres de mouvements sociaux et d’autres acteurs de la société c ivile
en Libye ont fortement touché les jeunes. Des jeunes activement mobilisés dans des
mouvements sociaux auraient été surveillés et pris pour cible pour avoir exercé leur
droit fondamental à la liberté d’expression par des organes de sécurité, notamment
l’Agence de sécurité intérieure et l’Organe de lutte contre le terrorisme et la
criminalité organisée. Après avoir été visés par des campagnes de diffamation, de

14/18 22-06832
S/2022/409

jeunes militants, des défenseurs des droits humains et des membres de mouvements
sociaux, dont quatre hommes âgés de 19 à 24 ans, ont été placés en détention au motif
arbitraire « d’apostasie » et de « débauche ».
89. Les défenseurs des droits des jeunes migrants ont continué d’être en péril,
lorsqu’ils défendent ces droits et s’opposent aux arrestat ions et détentions arbitraires,
aux actes de torture, à l’exploitation et aux atteintes sexuelles commis par des acteurs
étatiques, dont le Service de la lutte contre l’immigration illégale. La MANUL a
obtenu des informations au sujet d’au moins deux jeune s demandeurs d’asile et
défenseurs des droits des migrants, qui étaient en danger pour avoir critiqué la
Direction des migrations.

F. Coordination de l’aide internationale

90. Les besoins des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile sont demeurés
élevés, l’accès au logement étant la priorité absolue. Les obstacles, notamment le
risque de détention et la réticence des propriétaires à Tripoli à louer des espaces à des
non-Libyens, ont augmenté le risque de sans-abrisme et conduit de nombreuses
personnes à tenter de quitter la Libye par des voies irrégulières. La Coordonnatrice
résidente et Coordonnatrice de l’action humanitaire des Nations Unies, les organismes
des Nations Unies et les partenaires humanitaires ont continué de coopérer avec les
autorités libyennes pour recenser d’autres solutions que la détention et annuler la
décision du Procureur général du 29 août 2021 sur l’expulsion, la détention et le
refoulement éventuel des personnes se trouvant dans le pays sans statut juridique
officiel.
91. L’Organisation mondiale de la Santé a signalé une augmentation importante du
nombre de cas confirmés de la maladie à coronavirus (COVID-19), soit une
augmentation de 164 %, 15 524 cas ayant été recensés en décembre 2021, pour passer
à 40 932 cas en janvier 2022. Au 5 mai, le Centre national de contrôle des maladies
avait signalé un total cumulé de 501 919 cas, dont 6 430 décès et 4 439 cas actifs.
Bien que les réserves de vaccins soient suffisantes, le taux d’utilisation des vaccins
disponibles était inférieur à 50 % et le taux de vaccination global a augmenté
lentement. Quelque 2,21 millions de personnes ont reçu une première dose,
1,14 million deux doses et 97 764 trois doses.

G. Assistance humanitaire et aide à la stabilisation


et au développement

92. Outre le fait de dispenser une éducation vitale au danger des engins explosifs
aux populations à risque, les organisations nationales et internationales d’action
antimines ont procédé au repérage et au nettoyage des restes explosifs d e guerre à
Tripoli, Ghariyan, Mezda, Tarhouna, Syrte et Benghazi. De janvier à mars, les
partenaires de l’action antimines ont détruit en toute sécurité plus de 32 tonnes de
restes explosifs de guerre collectés précédemment.
93. À la fin du mois de mars, les organisations humanitaires avaient apporté une
assistance à plus de 103 000 personnes, soit 48,8 % du groupe cible répertorié dans
le Plan d’aide humanitaire pour 2022, les programmes en cours couvrant la période
du 1 er janvier au 31 mai. Dans le Plan pour 2022, 803 000 personnes dans le besoin
avaient été recensées, dont 211 000 ayant les besoins les plus aigus nécessitant une
aide ciblée. Sur les 75,3 millions de dollars demandés dans le Plan, 33,9 millions de
dollars (45 %) ont été obtenus, et 11,2 millions de dollars supplémentaires ont été
reçus en dehors du Plan.

22-06832 15/18
S/2022/409

94. L’ONU en Libye s’est attelée à un nouveau Plan-cadre de coopération des


Nations Unies pour le développement durable pour 2023-2025 visant à renforcer la
démarche consistant à lier l’action humanitaire, le développement et la consolidation
de la paix et à accomplir les objectifs de développement durable, en consultation avec
les responsables gouvernementaux et un large éventail de parties prenantes, dont des
femmes, des jeunes, des organisations de la société civile, des groupes vulnérables et
des partenaires internationaux.

IV. Déploiement de la Mission et mesures de sécurité


95. Durant la période considérée, l’Organisation des Nations Unies a maintenu une
présence moyenne de 120 à 130 agents recrutés sur le plan international en Libye, ce
qui a favorisé une mobilisation constante auprès des interlocuteurs libyens dans tous
les domaines de responsabilité de la Mission, notamment en ce qui concerne les volets
politique, économique et de la sécurité, le droit international des droits de l’homme
et le droit international humanitaire, ainsi que la fourniture d’une aide humanitaire et
au développement. Les agents recrutés sur le plan international à Tripoli ont continué
d’être hébergés dans le complexe d’Oea, protégés par l’Unité de gardes des Nations
Unies qui compte 234 membres, tandis que le personnel à Benghazi menait ses
activités depuis le centre des Nations Unies. Les agents recrutés sur le plan national
ont continué de se rendre tour à tour au travail dans le complexe ou de faire du
télétravail. Tous les déplacements des membres du personnel entre les sites en Libye
ont été effectués conformément aux mesures de gestion des risques de sécurité.
96. L’ONU en Libye a régulièrement revu et adapté les mesures applicables de
protection et de prévention contre la COVID-19, y compris pour l’ensemble des vols
des Nations Unies, en fonction des conseils de l’Organisation mondiale de la Santé et
du personnel médical de la MANUL, ainsi que des dispositions prises par les autorités
libyennes et tunisiennes. Au 17 mars, dans le cadre du programme de vaccination
contre la COVID-19 du personnel des Nations Unies en Libye et des organisations
internationales non gouvernementales partenaires, 1 359 personnes présentaient un
schéma vaccinal complet et 240 avaient reçu une dose de rappel. La campagne
d’administration des rappels s’est poursuivie et le plan de vaccination pour 2022 a été
soumis à la Coordonnatrice du déploiement des vaccins contre la COVID -19 à
l’échelle mondiale.
97. Du 12 février au 19 mars, la MANUL a procédé à la rotation de l’Unité de gardes
des Nations Unies, qui compte 234 éléments. Trois groupes ont été constitués, à la
suite de la requête des autorités libyennes de restreindre à 70 environ le nombre de
gardes effectuant la rotation en même temps. Afin de respecter la période de
quatorzaine comme mesure de prévention contre la COVID -19 concernant les unités
constituées, les vols de relève ont été espacés de deux semaines, assurant ainsi une
capacité opérationnelle constante.

V. Observations et recommandations
98. Après plus de 10 ans d’instabilité politique, de conflit, de divisions et de dures
épreuves, les aspirations du peuple libyen à choisir ses dirigeants au cours d’élections
démocratiques intègres, crédibles et inclusives et de vivre dans un pays uni, pacifi que
et stable, doivent être satisfaites. Les institutions libyennes et les dirigeants politiques
ont la responsabilité de reprendre le processus électoral aussi rapidement que possible
et de permettre la réalisation des aspirations des plus de 2,8 millions d’électeurs
libyens inscrits, qui devaient voter le 24 décembre 2021. Les dirigeants et les
institutions politiques en Libye doivent en priorité définir la voie à suivre pour la

16/18 22-06832
S/2022/409

tenue d’élections qui permettront de régler la crise actuelle et d’exaucer le s vœux du


peuple libyen. Ils doivent également exercer un rôle prépondérant de manière
responsable, de façon à préserver les résultats obtenus à ce jour depuis l’accord de
cessez-le-feu d’octobre 2020.
99. Une voie claire et consensuelle en vue de la tenue d’ élections est une nécessité
politique, maintenant, plus que jamais. Tous les acteurs doivent s’abstenir d’actes
unilatéraux à même d’accentuer les divisions existantes, de déclencher des conflits et
de menacer les progrès durement acquis ces deux dernières années en matière de
stabilité et d’unité. L’appui des partenaires régionaux et internationaux, dont l’Union
africaine, l’Union européenne et la Ligue des États arabes, demeure essentiel pour
créer un climat favorable à l’avancée d’un processus politique contrôlé et dirigé par
les Libyens, sous l’égide de l’ONU.
100. Je demande à la Chambre des députés et au Haut Conseil d’État de renouer avec
l’esprit de coopération, manifesté au début de 2022, afin de s’entendre rapidement
sur le moyen de tenir des élections nationales et d’éviter les clivages politiques, qui
ne font que reporter l’échéance et creuser le fossé au sein de la classe politique et
entre les Libyens. Les institutions libyennes et les acteurs politiques sont encouragés
à collaborer et à s’attacher sans équivoque à la tenue d’élections présidentielle et
législatives qui soient libres, intègres, inclusives et crédibles, dans les meilleurs
délais, et fondées sur des bases constitutionnelles et juridiques convenues. La Haute
Commission électorale nationale est également encouragée à se tenir prête à conduire
des élections, en étroite coopération et consultation avec les institutions libyennes
compétentes.
101. L’impasse politique actuelle ne doit pas entraver les progrès accomplis sur les
plans économique et de la sécurité. La poursuite de la coopération et de la
collaboration entre les autorités libyennes et les États Membres et les organisations
régionales concernées, dont l’Union africaine, visant à obtenir le retrait total des
mercenaires, des combattants étrangers et des forces étrangères, conformément au
plan d’action convenu par la Commission militaire conjointe 5+5 et aux résolutions
2570 (2021) et 2571 (2021) du Conseil de sécurité, est capitale pour garantir une
stabilité à long terme dans le pays. L’ONU se tient prête à continuer d’épauler ces
efforts, notamment au moyen de la composante de surveillance du cessez -le-feu de la
MANUL.
102. Pour ce qui est du volet économique, les institutions libyennes sont encouragées
à prendre en priorité des dispositions visant à garantir un financement fiable des
besoins prioritaires du peuple libyen et à contribuer à la transparence des dépenses
publiques. Les institutions économiques et financières, dont la National Oil
Corporation et la Banque centrale de Libye, doivent être libres de toute ingérence
politique. Je me félicite des progrès accomplis à ce jour sur le plan de la réunification
et de la réforme de la Banque centrale de Libye et j’encourage l’adoption des
nouvelles mesures nécessaires à la poursuite de ce processus. Des progrès visibles
dans ces domaines sont indispensables pour renforcer l’économie et faciliteraient la
progression des volets politique et de sécurité. Tous les habitants en Libye devraient
pouvoir circuler librement dans le pays et toutes les parties prenantes doivent éviter
tout acte susceptible de perturber la production pétrolière, dont sont tributaires tous
les Libyens, pour leurs moyens d’existence. De même, il faudrait tout faire pour
veiller au versement des traitements des fonctionnaires de manière équitable et dans
les meilleurs délais, dans l’ensemble du pays.
103. La répression grandissante exercée contre la société civile, notamment des
personnes exerçant de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression et
défendant leurs droits humains est préoccupante au plus haut point. Tous les habitants
de Libye, femmes et hommes, jeunes et personnes âgés, doivent pouvoir s’exprimer

22-06832 17/18
S/2022/409

en toute liberté, sans crainte de représailles. Les autorités libyennes doivent


immédiatement mettre un terme à cette campagne et libérer toutes les personnes qui
ont été détenues de façon arbitraire parce qu’elles exerçaient leur droit fondamental
à la liberté d’expression.
104. Il est indispensable d’établir une plus grande collaboration entre les ministères,
les responsables municipaux, le secteur humanitaire et les acteurs du développement
pour faire avancer une stratégie recouvrant un appui physique, matériel e t juridique
aux 168 000 personnes déplacées dans le pays ou qui y retournent.
105. Je suis vivement préoccupé par les violations constantes des droits humains des
migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile en Libye. La situation est aggravée
par le nombre d’acteurs étatiques et non étatiques aux mandats flous, qui gèrent les
centres de détention, auxquels les organismes des Nations Unies ont un accès limité,
voire inexistant.
106. Les autorités libyennes devraient garantir un libre accès humanitaire à
l’ensemble des réfugiés et des migrants, en particulier ceux qui sont détenus
arbitrairement, de libérer ces personnes et de leur fournir un hébergement sûr. Entre -
temps, la Libye n’est pas un lieu sûr où débarquer et les États Membres concernés
devraient réexaminer des politiques permettant l’interception des réfugiés et des
migrants en mer et leur retour en Libye.
107. Je tiens à exprimer ma gratitude aux organisations régionales et aux États
Membres qui ont fortement appuyé l’action menée par l’ONU en Libye. Je tiens à
dire ma sincère reconnaissance au personnel de la MANUL, notamment à l’équipe de
direction de la Mission et aux organismes des Nations Unies, pour les efforts qu’ils
déploient en cette phase critique. Je félicite ma conseillère spéciale pour la Libye,
Stephanie Williams, de l’action inlassable qu’elle mène pour exercer ses bons offices
et conduire la médiation. Je tiens une fois de plus à remercier sincèrement le
Gouvernement népalais d’avoir fourni le personnel de l’Unité de gardes des Nations
Unies en Libye.

18/18 22-06832

Vous aimerez peut-être aussi