Émotions d'accomplissement en évaluation créative
Émotions d'accomplissement en évaluation créative
La Revue LEeE
Pour citer cet article : Audrin, C., Vuichard, A., & Salazar, F. (2022). Les émotions d’accomplissement dans
l’évaluation formative : importance de la créativité à l’école. La Revue LEeE, 5.
https://doi.org/10.48325/rleee.005.04
Résumé
Les émotions sont omniprésentes dans notre quotidien, y compris dans le contexte
scolaire. Dans cette recherche, nous nous intéressons aux émotions d’accomplissement
d’élèves ressenties lors d’évaluations formatives en contexte créatif. En particulier, nous
présentons un dispositif destiné à encourager la créativité et proposons que ce dernier
puisse favoriser l’émergence d’émotions positives (par rapport à un dispositif
« standard »). Ainsi, nous avons mis en place un dispositif créatif que nous avons opposé
à un dispositif « standard » pour favoriser l’apprentissage de la lecture dans une classe
d’élèves âgés de 7 à 8 ans. Nous avons mesuré les émotions d’accomplissement
ressenties par les élèves lors de l’évaluation de leur apprentissage de la lecture à la fin
de la leçon. Nos résultats révèlent non seulement que lors de l’évaluation formative, les
émotions positives sont plus prégnantes que les émotions négatives, mais également
que la condition créative donne lieu à une intensité plus élevée d’émotions positives par
rapport à la condition standard. Les résultats sont discutés à l’aune des théories de la
créativité et des émotions.
Abstract
Emotions are everywhere in our daily lives and school is not an exception. In this research,
we are interested in achievement emotions that pupils feel during assessments. More
specifically, we introduce a device designed to encourage creativity. We hypothesize that
such device may favor positive emotions when compared to a “standard” device. In this
study, we set up a creative (vs. standard) device to teach reading in a class of pupils from
7 to 8 years old. We measured achievement emotions felt by the pupils after the
assessment of their reading skills at the end of the course. Our results reveal 1) that
positive emotions are more intense than negative emotions and 2) that the creative
device is related to enhanced positive emotions when compared to standard device.
Results are discussed in terms of creativity theory and emotions.
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Audrin, Vuichard, Salazar – Les émotions d’accomplissement dans l’évaluation formative
1. Introduction
Longtemps ignorées, les émotions sont aujourd’hui au cœur des recherches sur les
processus d’apprentissage (e.g., Audrin, 2020 ; Genoud et al., 2020 ; Hargreaves, 2000 ;
Lafortune & Doudin, 2004 ; Pekrun, 2006 ; Pekrun et al., 2002, 2011 ; Pons et al., 2005). Si
les cadres théoriques et les approches diffèrent, ces recherches relèvent l’importance de la
dimension affective tant chez les élèves que chez les étudiant∙es ou que chez les
enseignant∙es. Par ailleurs, les émotions peuvent être causées par différents aspects : le
contenu d’enseignement, la matière étudiée, l’enjeu associé à cette matière ou encore la
dimension sociale de toute situation d’apprentissage. Dans cet article, nous nous
intéressons à l’émergence des émotions liées aux enjeux impliqués dans les
apprentissages, et plus précisément lors de l’évaluation de ces apprentissages. Comme
mentionné dans la présentation de ce numéro, l’évaluation peut générer pléthore
d’émotions intenses, tant positives que négatives, telles que l’anxiété, la colère, la fierté ou
le soulagement. Aussi, nous souhaitons étudier dans quelle mesure une expérience
d’enseignement « standard » ou « créative », suivie d’une évaluation des connaissances,
peut être liée à différentes émotions d’accomplissement.
Dans notre texte, nous dresserons un bref panorama de la littérature existante sur les
émotions éprouvées par les apprenant∙es en contexte scolaire, en nous intéressant
particulièrement aux émotions d’accomplissement (i.e., les émotions liées à l’activité
d’apprentissage ainsi qu’à ses conséquences). Puis, nous présenterons le contexte dans
lequel nous nous intéressons aux émotions d’accomplissement : la créativité. La créativité
peut être perçue comme médiatrice entre l’objet de savoir et l’apprenant∙e (Puozzo
Capron, 2013). Notre recherche vise en effet à étudier comment un contexte créatif peut
favoriser l’émergence d’émotions d’accomplissement, notamment positives.
lequel elle se manifeste » (Lubart et al., 2015, p. 23). Cette définition met en lumière les
deux éléments principaux de la créativité. Le premier est l’aspect novateur d’une
production qui se veut créative. Cette dimension est centrale pour pouvoir considérer une
production comme créative (Fink et al., 2007). Cependant, dans un contexte scolaire, cet
aspect novateur se doit d’être considéré comme propre à chacun∙e : ce qui est novateur
pour un∙e élève donné∙e peut ne pas l’être pour un∙e autre (Boden, 2005). Ainsi, pour être
novatrice, une idée ne doit pas nécessairement l’être au niveau sociétal mais davantage au
niveau individuel. Le second aspect de la créativité concerne le contexte dans lequel elle
émerge (Besançon & Lubart, 2015) : la créativité doit ainsi être comprise en contexte. Dans
un contexte scolaire, l’encouragement à la créativité peut faire ainsi référence à des activités
qui seraient proposées par l’enseignant∙e (Capron Puozzo, 2016a), telles que la production
de chansons, de dessins ou encore de chorégraphies. Une production pourra donc être
considérée comme créative si elle correspond à ce qui est attendu – tout en tenant compte
des contraintes liées à l’environnement (Besançon & Lubart, 2015).
En s’appuyant sur l’approche multivariée, Lubart et al. (2015) montrent que la créativité
dépend de plusieurs facteurs : cognitifs, conatifs, émotionnels et environnementaux. De
plus, la créativité est caractérisée par la flexibilité (diversité d’appartenance aux catégories
des idées produites), la fluidité (nombre d’idées produites) et l’originalité (rareté d’une idée
ou d’un produit). Elle est donc à la fois une compétence individuelle et un processus qui
peut stimuler la capacité de s’adapter et d’innover dans le monde complexe d’aujourd’hui.
La littérature propose que l’implication dans des activités encourageant la créativité est liée
à un fort engagement émotionnel (Aden, 2010, 2013 ; Aden & Eschenauer, 2014). La
question du sens de l’impact des émotions sur la créativité est encore débattue : les
émotions positives (Rowe et al., 2007) ou négatives (Akinola & Mendes, 2008)
favoriseraient-elles la créativité ? Au-delà de ce débat, un grand nombre de résultats
s’accordent sur l’implication de la dimension affective dans le processus créatif (Audrin &
Capron Puozzo, 2020 ; Audrin et al., 2020 ; Baas et al., 2008 ; Davis, 2009 ; Lubart & Getz,
1997 ; Vass, 2007 ; Zenasni & Lubart, 2008).
élément très important dans le processus d’apprentissage (OECD, 2005). En Suisse, ces
objectifs sont définis dans le plan d’études romand (PER). Dans le domaine scolaire,
traditionnellement, deux types d’évaluation se distinguent : l’évaluation formative et
l’évaluation sommative (Bloom et al.,1971). La première évaluation est basée sur les
processus cognitifs d’apprentissage et de régulation qui sont utilisés tout au long du
processus d’apprentissage (Pelpel, 2005). Ainsi, l’accent est mis sur les apprentissages des
élèves (Mottier Lopez & Laveault, 2008). Ce type d’évaluation a également pour objectif
d’identifier les besoins des élèves afin d’ajuster au mieux l’enseignement (OECD, 2005).
L’évaluation formative passe par une évaluation des nouveaux savoirs acquis par des élèves
et permet de mieux répondre à la diversité des connaissances entre les élèves au sein de
la classe. Selon l’OCDE, ce type d’évaluation pourrait faire partie des interventions les plus
efficaces par rapport aux performances des élèves (OECD, 2005). En effet, selon Black et
Wiliam (1998), les évaluations formatives améliorent significativement l’apprentissage.
Comme l’ont montré Falchikov et Boud (2007), les réponses émotionnelles font partie
intégrante de toute expérience d’évaluation. La plupart des recherches liant émotions et
évaluation rapportent que les évaluations sont liées à des émotions négatives intenses,
telles que de l’anxiété, du stress ou de la panique (Mastagli et al., 2020 ; Walsh, 2021).
Étant donné que les situations d’évaluation peuvent faire émerger différentes émotions
chez les élèves il est intéressant d’observer les effets de ces situations sur le plan
émotionnel des élèves. Comme le suggère Viau (1995), la perception que les élèves ont de
leurs compétences (perception d’efficacité personnelle) peut avoir un impact sur l’anxiété
et le stress des élèves (George, 2002), mais également sur leurs résultats scolaires.
Cependant, les résultats sont contrastés, certain∙es chercheur∙ses suggérant que l’anxiété
d’évaluation peut également être liée à davantage d’effort (Pekrun & Linnenbrink-Garcia,
2014). Dumont et al. (2009) suggèrent qu’il existe un lien étroit entre le stress et certains
aspects de la vie scolaire. En particulier, les auteur∙rices montrent qu’une faible
performance scolaire ainsi qu’une peur des examens peuvent être à la fois les causes et les
conséquences du stress. Par ailleurs, selon Dumont et al. (2009), « plus de la moitié des
élèves présentent un stress de performance variant d’un degré modéré à élevé » (p. 302).
2. Méthode
Dans cette recherche, nous adoptons une méthode quasi-expérimentale dans laquelle
nous mettons en place un contexte d’apprentissage créatif, que l’on compare à un contexte
« standard ». Ce protocole de recherche a été mis en place dans une classe de 4P HarmoS
(élèves de 7-8 ans) en Suisse romande. Cette classe était la classe dans laquelle l’un des
auteur – en formation – intervenait. Le dispositif de recherche a d’abord été discuté entre
les chercheur∙ses puis proposé à l’enseignante principale de cette classe qui a donné son
accord pour la recherche. Avant de mener la recherche en tant que telle, des formulaires
de consentement ont été distribués aux parents, dans lesquels les objectifs de la recherche
étaient présentés. L’ensemble des parents ont donné leur accord pour que les données,
entièrement anonymes, soient utilisées à des fins de recherche et d’enseignement.
Dans la première condition, « standard », les élèves étaient invités à s’asseoir en cercle
autour de l’enseignante pour écouter la consigne de ce qui allait être fait durant la
prochaine activité. Cette manière correspond à la manière habituelle de procéder de
l’enseignante. L’enseignante informait les élèves qu’elles et ils allaient faire une lecture puis
être évalué∙es – de façon formative et par oral – sur leur compréhension de ce texte. Les
consignes étaient les suivantes : l’enseignante invitait les élèves à lire le texte seul∙es en
étant assis∙es à leur place. Puis, les élèves étaient invités à s’asseoir en cercle et à poser
leurs questions, si elles et ils en avaient, concernant la compréhension du texte. Suite à cela,
les élèves retournaient à leur place et rapportaient par oral à l’enseignante ce qu’elles∙ils
avaient compris du texte : cette partie faisait office d’évaluation des connaissances et de la
compréhension du texte. En ce sens, cet échange avec l’enseignante permettait à celle-ci
d’évaluer la compréhension que les élèves avaient du texte proposé. Puis les élèves
complétaient une fiche de lecture qu’elles et ils pouvaient ensuite évaluer à l’aide d’une
auto-correction (cette fiche n’a pas été analysée dans le contexte de cette recherche).
Dans la seconde condition, « créative », comme pour la condition « standard », les élèves
étaient invités à s’asseoir en cercle autour de l’enseignante pour écouter la consigne de ce
qui allait être fait durant la prochaine activité. Comme pour la condition standard,
l’enseignante informait les élèves qu’elles et ils allaient faire une lecture puis être évalué∙es
– de façon formative et par oral – sur leur compréhension de ce texte. Dans un premier
temps, les élèves lisaient l’histoire sur un support inhabituel, telle qu’une tablette ou un
ordinateur. Ensuite, les élèves passaient par deux postes (l’ordre de passage entre chaque
poste était libre, et chaque élève pouvait rester dans chaque poste le temps souhaité). Dans
un des postes, le texte était découpé en morceaux et les élèves devaient le mettre dans
l’ordre adéquat pour que l’histoire ait du sens. Ce poste avait lieu contre un tableau
aimanté, de sorte à ce que le déplacement des parties de texte soit aisé pour les élèves.
Ces dernier∙ères étaient ensuite invité∙es à lire le texte « final » à voix haute. Dans le second
poste, les élèves lisaient le texte puis étaient invité∙es à dessiner ou à construire à l’aide de
pâte à modeler ce qu’elles et ils avaient compris de l’histoire. Ces postes sont considérés
comme des dispositifs créatifs car ils sont en lien avec l’objet d’apprentissage (Puozzo
Capron, 2013) et sont « nouveaux », « adaptés » et relativement « complexes » (Lubart et
al., 2015). Par ailleurs, de tels dispositifs permettent de développer l’autonomie des élèves,
ce qui leur permettra « de prendre en charge des processus cognitifs et favoriser ainsi
certains processus cognitifs propres à la créativité comme la pensée divergente ou la
maîtrise du champ et conatifs comme la persévérance » (Puozzo Capron, 2013, p. 5).
Sachant que les structures pédagogiques actuelles ont tendance à cloisonner les enfants
dans un enseignement dit frontal ne laissant que très peu de place à l’expression
corporelle, ce dispositif créatif prend en compte le mouvement corporel des élèves. À la
fin de chacun des postes, les élèves rapportaient par oral à l’enseignant ce qu’elles et ils
avaient compris du texte.
À la fin de chacune des conditions, les élèves étaient invité∙es à remplir un questionnaire
auto-rapporté (voir Annexe A) destiné à mesurer les émotions d’accomplissement qu’elles
et ils avaient ressenties durant les différentes conditions. Pour ce faire, nous avons traduit
la version courte du questionnaire de Pekrun et collègues (2011) qui consiste en trois items
par émotion. Les élèves pouvaient répondre sur une échelle allant de 1 (pas du tout
d’accord) à 5 (tout à fait d’accord). Le chercheur se tenait à disposition des élèves si celles
et ceux-ci avaient des difficultés de compréhension concernant les différents items.
Lorsque les élèves complétaient le questionnaire, le chercheur leur demandait d’inscrire
leurs initiales en haut à droite de la feuille. Ainsi, les réponses aux questionnaires étaient
anonymisées et ont pu être appariées pour les analyses. La base de données finale contient
ainsi les initiales des élèves mais jamais leurs noms.
Tableau 1
Statistiques descriptives : moyenne (M) et écart-type (SD) pour chaque émotion dans les
conditions standard et créative
Condition Standard
Condition Créative
Pour la suite des analyses, et dans un souci de clarté, les émotions ont été regroupées entre
émotions positives (moyenne des items relatifs à l’enthousiasme, l’espoir, la fierté et le
soulagement) et émotions négatives (moyenne des items relatifs à la colère, l’anxiété, la
honte et le désespoir). Étant donné la petite taille d’échantillon, nous n’avons pas pu
effectuer d’analyse factorielle (ni exploratoire ni confirmatoire), mais les alpha de Cronbach
laissent penser que les dimensions des émotions positives (alpha = 0.743) et des émotions
négatives (alpha = 0.786) sont homogènes. Afin de répondre à nos hypothèses, nous avons
ensuite effectué une ANOVA à mesures répétées à deux facteurs : émotions (positives vs.
négatives) et condition (créative vs. standard), suivie de tests de Tukey pour effectuer des
comparaisons de moyennes. L’ANOVA nous a permis de tester si l’intensité des émotions
ressenties face à l’évaluation était significativement différente selon la valence de l’émotion
(positive vs. négative), mais également de voir si cela était le cas tant dans la condition
standard que dans la condition créative. Les résultats montrent un effet principal de
l’émotion (F(1,20) = 316.99, p < .001, η²p = .914) : ainsi, globalement les élèves ressentent
davantage d’émotions positives que d’émotions négatives lorsqu’elles et ils sont évalué∙es
de manière formative sur la compréhension du sens d'un texte en français. Par contre,
aucun effet principal de la condition n’a été mis en évidence (F(1,20) = 2.26, p = 0.148,
η²p = .102) ; cela signifie que nous n’avons pas pu mettre en évidence de différences
significatives dans l’intensité des émotions entre les conditions standard et créative.
Finalement, l’ANOVA met en évidence une interaction entre émotions et condition
(F(1,20) = 46.86, p = .007, η²p = 0.701). Ce résultat suggère que l’effet de la condition sur
les émotions ressenties lors de l’évaluation est différent selon que l’on s’intéresse aux
émotions positives ou négatives. Afin de mieux comprendre ce que signifie cette
interaction, nous avons effectué des tests post hoc de Tukey. Ces tests nous ont permis de
comparer les moyennes deux à deux, et plus particulièrement d’évaluer (1) dans quelle
mesure les émotions positives étaient significativement plus intenses dans la condition
créative que la condition standard et (2) dans quelle mesure les émotions négatives étaient
significativement moins intenses dans la condition créative que dans la condition standard.
Ces résultats sont rapportés dans le Figure 1 ci-dessous.
Figure 1
Moyennes des émotions positives et négatives dans la condition standard et créative
Comme l’illustre la Figure 1 ci-dessus, nos résultats montrent que la condition de créativité
est liée à une intensité significativement plus forte d’émotions positives que la condition
standard (différence de moyenne = .556, t(39.5) = 5.69, p <.001). A contrario, les émotions
négatives sont significativement plus intenses en condition standard qu’en condition
créative (différence de moyenne = -0.337, t(39.5) = 3.45, p = .007).
4. Discussion
L’objectif de cette recherche était d'étudier l'émergence des émotions d’accomplissement
dans un contexte d’évaluation formative des apprentissages du français. En mettant en
place un dispositif quasi-expérimental créatif (par rapport à un dispositif « standard »), nous
souhaitions savoir si des élèves âgé∙es de 7 à 8 ans pouvaient ressentir davantage
d’émotions d’accomplissement positives suite à l’évaluation de leurs apprentissages de la
lecture à la fin de la leçon. Les résultats mettent en avant plusieurs éléments. Dans un
premier temps, nous observons que dans notre étude les élèves ressentent davantage
d’émotions positives que d’émotions négatives lors de leur apprentissage du français au
travers de la lecture. Par ailleurs, les résultats soutiennent notre hypothèse : lors de
l’évaluation formative, les élèves rapportent une intensité plus élevée d’émotions positives
dans la condition créative par rapport à la condition standard. Ce résultat est également
appuyé par le fait que les élèves rapportent une intensité plus élevée d’émotions négatives
dans la condition standard par rapport à la condition créative.
similaire avec des élèves plus âgés pour voir dans quelle mesure un tel dispositif pourrait
induire de l’enthousiasme malgré une tendance à la baisse de cette émotion chez les élèves
plus âgés. Quant à la leçon créative, elle permet aux apprenant∙es de s’approprier l’objet
d’apprentissage d’une manière différente. L’originalité de la tâche se situe dans l’utilisation
des diverses façons de lire le texte (lecture via des tablettes et ordinateurs), ce qui souligne
la créativité requise pour réaliser la tâche, propre à chaque élève. De plus, étant libre de
sélectionner son outil de travail (pâte à modeler ou fragments d’histoire), l’élève se
questionne, fait des essais, choisit la manière qui lui convient le mieux et agit en fonction
de ce qu’elle∙il perçoit et de ce qu’elle∙il ressent (Vuichard, 2021).
Nos résultats viennent ainsi corroborer les études suggérant que les évaluations formatives
peuvent être liées à des émotions positives.
Par ailleurs, si nos résultats suggèrent qu’un contexte de créativité pourrait, dans une
certaine mesure, favoriser un apprentissage, nous n’avons cependant pas mesuré dans
quelle mesure le contexte de créativité pouvait effectivement favoriser un meilleur
apprentissage. Des études futures mériteraient de se concentrer sur le lien entre émotions
positives dans un contexte de créativité et apprentissage. Finalement, il est difficile de
savoir ce qui, dans les émotions ressenties, était rattaché strictement au contexte
d’enseignement ou à la situation d’évaluation. Nous proposons que des études futures se
concentrent sur cette problématique, en mettant l’emphase sur les émotions
d’accomplissement ressenties lors des évaluations en contexte créatif.
Une autre limite de cette étude consiste en la mesure-même des émotions. Alors que nous
avons utilisé un outil validé pour des enfants du primaire, certains élèves semblaient
perplexes quant à la notion de l’intensité des émotions et à l’utilisation de l’échelle en
plusieurs points. Il est possible que cette mesure reste un peu complexe pour des enfants
si jeunes. De futures recherches pourraient compléter ces études par des entretiens, des
observations ou par d’autres mesures auto-rapportées par les participant∙es.
Par ailleurs, nous nous sommes exclusivement concentré∙es sur les émotions
d’accomplissement ressenties en classe, lors de l’évaluation formative. D’autres études
suggèrent que les capacités de régulation émotionnelle sont également importantes dans
le contexte scolaire, et ce dès l’âge primaire (e.g., Graziano et al., 2007 ; Howse et al., 2003).
Ainsi, des études futures pourraient mettre en perspective les émotions ressenties ainsi que
les capacités de régulation émotionnelles en contexte d’évaluation afin de mieux
comprendre les mécanismes en jeu.
ainsi que moins d’émotions négatives en condition créative par rapport à la condition
« standard ». Ces résultats suggèrent qu’aborder la compréhension de texte de manière
créative peut favoriser les émotions positives éprouvées dans le processus d’apprentissage
chez des élèves de 7-8 ans. En abordant un dispositif original, les élèves ont ressenti
davantage d’émotions positives par rapport à un dispositif plus traditionnel lors de
l’évaluation de leurs apprentissages.
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