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Texte 6

Lors du premier sommet de l'Organisation pour l'Unité africaine à Addis-Abeba, le président ghanéen Kwame Nkrumah appelle à l'unité africaine pour résister à l'impérialisme et au néo-colonialisme, soulignant l'urgence de l'action collective pour le développement économique et social du continent. Il met en avant que l'indépendance politique ne suffit pas sans une véritable union économique et politique, et avertit que l'inaction pourrait mener à l'échec et à la ruine. Nkrumah insiste sur la nécessité d'une planification commune et d'efforts concertés pour mobiliser les ressources africaines et réaliser le potentiel du continent.

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Texte 6

Lors du premier sommet de l'Organisation pour l'Unité africaine à Addis-Abeba, le président ghanéen Kwame Nkrumah appelle à l'unité africaine pour résister à l'impérialisme et au néo-colonialisme, soulignant l'urgence de l'action collective pour le développement économique et social du continent. Il met en avant que l'indépendance politique ne suffit pas sans une véritable union économique et politique, et avertit que l'inaction pourrait mener à l'échec et à la ruine. Nkrumah insiste sur la nécessité d'une planification commune et d'efforts concertés pour mobiliser les ressources africaines et réaliser le potentiel du continent.

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Date: 24 mai 1963

Le président du Ghana, Kwame Nkrumah, prononce le discours d'ouverture lors de la


tenue du premier sommet de l'Organisation pour l'Unité africaine (OUA) qui se
déroule à Addis-Ababa, en Éthiopie. Le titre - « Unis nous résistons » (We Must
Unite Now or Perish) reflète le désir d'unité du monde africain et le sentiment
d'urgence animant Nkrumah, un leader socialiste qui préside le Ghana depuis juillet
1960.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde

Excellences,

Mes chers Collègues,

Mes frères,

Mes Amis,

Je suis heureux de me trouver à Addis-Abeba, en cette occasion hautement


historique. J'apporte avec moi les espoirs et les félicitations fraternelles
adressés par le gouvernement et le peuple du Ghana à Sa majesté Impériale Hailé
Selassié et à tous les Chefs d'Etat africains rassemblés dans cette ancienne
capitale, en ce jour qui fera époque dans notre histoire. Notre objectif, c'est,
dès maintenant, l'unité africaine. Il n'y a pas de temps à perdre. Nous devons
maintenant nous unir ou périr. Je suis certain que par des efforts concertés et
notre ferme propos, nous allons jeter ici même les fondations sur lesquelles
s'élèvera une union continentale des Etats africains.

Lors de la première réunion des Chefs d'Etat africains, où j'avais l'honneur de


recevoir nos hôtes, il n'y avait que huit représentants d'Etats indépendants.
Aujourd'hui cinq années plus tard, nous voici réunis à Addis-Abeba, comme
représentants d'Etats Africains dont le nombre s'élève à trente deux, comme hôtes
de Sa Majesté Impériale Hailé Selassié Premier et du Gouvernement et du Peuple de
l'Ethiopie. A Sa Majesté Impériale je tiens à exprimer, au nom du Gouvernement et
du Peuple du Ghana, la profonde reconnaissance que j'éprouve pour un accueil si
hautement cordial et une si généreuse hospitalité.

L'accroissement de nos effectifs, dans ce bref espace de temps, est un témoignage


flagrant de l'indomptable et irrésistible élan de nos peuples vers l'indépendance.
C'est également un signe de l'aspect révolutionnaire que revêtent les évènements
mondiaux au cours de la seconde moitié de notre siècle. Dans la tâche qui s'étend
devant nous pour l'unification de notre continent, nous devons prendre ce rythme,
sous peine de rester en arrière. Cette tâche ne saurait être abordée dans un rythme
qui appartiendrait à une autre époque que la nôtre. Si nous restions en arrière,
dans cet élan sans précédent qui entraine les actes et les évènements
contemporains, cela signifierait que nous allons au devant de l'échec et que nous
consumons notre propre ruine.

Tout un contient nous a imposé le mandat de jeter les fondations de notre union à
cette conférence. La responsabilité nous incombe d'exécuter ce mandat en créant ici
même et dès maintenant les bases sur lesquelles doit s'élever la superstructure
indispensable.

Sur notre continent, il ne nous a pas fallu longtemps pour découvrir que la lutte
contre le colonialisme ne prend pas fin lorsqu'on a réalisé l'indépendance
nationale. Cette indépendance n'est que le prélude d'un combat nouveau et plus
complexe pour la conquête du droit de diriger nous-mêmes nos questions économiques
et sociales, en dehors des entraves écrasantes et humiliantes de la domination et
de l'intervention néo-colonialiste.

Dès le début, nous avons été menacés d'être frustrés dans nos efforts lorsqu'un
rapide changement était une nécessité impérative, et nous avons risqué de sombrer
dans l'instabilité, lorsque des efforts soutenus et des règles précises étaient
indispensables. Il n'est pas d'actes sporadiques, il n'est pas d'intentions pieuses
qui puissent résoudre nos problèmes actuels. Rien ne pourra nous servir, en dehors
d'une action comme exécutée par une Afrique unie. Nous sommes déjà parvenus au
stade où nous devons nous unir ou sombrer dans cet état où de l'Amérique latine est
devenue, contre son gré, la triste proie de l'impérialisme, après un siècle et demi
d'indépendance politique. En tant que continent, nous avons émergé dans
l'indépendance à une époque différente, où l'impérialisme est devenu plus fort,
plus implacable, plus expérimenté, plus dangereux aussi dans ses associations
internationales. Notre évolution économique exige la fin de la domination
colonialiste et néo-colonialiste en Afrique.

Mais si nous avons compris que la prise en main de nos destins nationaux exigeait
que chacun d'entre nous possédât son indépendance politique et si nous avons
concentré toute notre force pour y parvenir, de même nous devons reconnaître que
notre indépendance économique réside dans notre Union Africaine et exige la même
concentration sur les réalisations d'ordre politique.

Or, l'Unité de notre continent, ainsi que notre indépendance seront retardés, si
tant est que nous ne les perdions pas, si nous cédons au colonialisme. L'Unité
africaine est, avant tout, un royaume politique qui ne peut être conquis que par
des moyens politiques. L'expansion sociale et économique de l'Afrique ne se
réalisera qu'à l'intérieur de ce royaume politique, et l'inverse n'est pas vrai.
Les Etats-Unis d'Amérique, l'Union des républiques socialistes soviétiques, ont
résulté des décisions politiques que prirent des peuples révolutionnaires, avant de
devenir de puissantes réalités de force sociale et de richesses matérielles.

Comment, sinon par nos efforts conjoints, les parties les plus riches et encore
asservies de notre continent seront-elles libérées de l'occupation coloniale et
pourront se joindre à nous pour le développement total de notre continent ? Chaque
étape dans la décolonisation de notre continent a suscité un surcroit de résistance
dans les secteurs où le colonialisme dispose de garnisons coloniales. Vous tous qui
êtes ici, vous le savez.

Le grand dessein des intérêts impérialistes est de renforcer le colonialisme et le


néo-colonialisme et nous nous tromperions nous-mêmes de la façon la plus cruelle,
si nous devons considérer que leurs actions sont distinctes et sans rapports entre
elles. Lorsque le Portugal voile les frontières du Sénégal, lorsque Verwcerd
consacre un septième du budget de l'Afrique du Sud à l'armée et à la police,
lorsque la France construit comme partie intégrante de sa politique de défense une
force d'intervention qui peut intervenir plus particulièrement dans l'Afrique
francophone, lorsque Welensky parle de joindre la Rhodésie du Sud à l'Afrique du
Sud, lorsque la Grande Bretagne envoie des armes à l'Afrique du Sud, tout cela fait
partie d'un plan d'ensemble élaboré avec le plus grand soin, et orienté vers un
seul objectif : la continuation de l'asservissement de nos frères encore dépendants
et un assaut contre l'indépendance de nos Etats africains souverains.

Contre ces plans, disposons-nous d'une autre arme que de notre Unité? Cette Unité
n'est-elle pas essentielle pour sauvegarder notre propre liberté et pour conquérir
la liberté de nos frères opprimés, les combattants de la libération? N'est-ce pas
l'unité seule qui pourra nous forger pour nous intégrer en une force effective,
capable de créer sa propre progression et d'apporter une contribution précieuse à
la paix mondiale ? Quel est l'Etat africain indépendant ? Quel est celui d'entre
vous qui prétendra que sa structure financière et ses institutions bancaires sont
intégralement consacrées à son développement national ? Quel est celui d'entre vous
qui pourra prétendre que ses ressources matérielles et ses énergies humaines sont
disponibles pour ses propres aspirations nationales ? Quel est celui d'entre vous
qui ne viendra pas avouer un degré substantiel et désappointement et de désillusion
dans l'exécution de ses plans d'évolution agricole et urbaine ?

Dans une Afrique indépendante, nous recommençons déjà à ressentir l'instabilité et


la frustration qui existaient sous la domination coloniale. Nous apprenons
rapidement que l'indépendance politique ne suffit pas à nous libérer des
conséquences de cette domination coloniale.

Le mouvement des masses de l'Afrique pour la libération de cette sorte de


domination n'était pas seulement une révolte contre les conditions qu'elles
imposaient.

Nos peuples nous ont apporté leur appui dans notre lutte pour l'indépendance parce
qu'ils croyaient que l'avènement des gouvernements africains guérirait les maux du
passé d'une façon qu'il n'aurait jamais été possible de réaliser sous la domination
coloniale. Par conséquent, si, maintenant que nous sommes indépendants, ne laissons
subsister les mêmes conditions qui existaient à l'époque coloniale, tout le
ressentiment qui renversera le colonialisme mobilisera contre nous.

Les ressources sont là. Il nous appartient de les mobiliser pour les consacrer au
service actif de nos peuples. Si nous ne le faisons pas au moyen d'efforts
concertés, dans le cadre de notre planification commune, nous ne progresserons pas
au rythme qu'exigent les évènements d'aujourd'hui et la volonté de nos peuples. Les
symptômes de nos troubles ne feront que croitre et ces troubles eux-mêmes
deviendront chroniques. C'est alors qu'il sera trop tard même pour que l'Unité
panafricaine, nous assure la stabilité et la tranquillité, dans les efforts que
nous déployons pour créer un continent de justice sociale et de bien-être matériel.
Si nous ne créons pas dès maintenant l'Unité africaine, nous qui siégeons ici
aujourd'hui, nous serons demain les victimes et les martyrs du néo-colonialisme.

De toutes parts, tout vient nous prouver que les impérialistes ne se sont pas
retirés. Il arrive parfois, comme au Congo, que leur intervention est manifeste,
mais généralement elle se dissimule sous le masque de nombreuses institutions qui
se mêlent de nos affaires intérieures pour fomenter de la dissension sur notre
territoire et créer une atmosphère de tension et d'instabilité politique. Tant que
nous n'avons pas extirpé les racines qui nourrissent ce mécontentement, nous
apporterons une aide à ces forces néo-colonialistes et nous deviendrons nos propres
exécuteurs. Nous ne saurions laisser de côté les enseignements de l'histoire.

Notre continent est probablement le plus riche du globe, au point de vue de la


production de minéraux et de matières premières pour l'industrie et l'agriculture.
Du seul Congo, des firmes occidentales ont exporté du cuivre, du caoutchouc, du
coton et bien d'autres produits encore, à concurrence de [Link] de dollars,
au cours de la décennie 1945-1955 de l'Afrique du Sud, les sociétés qui exploitent
les mines d'or ont tiré, au cours des six années 1947-1951, des bénéfices de 814
milliards de dollars.

Très certainement, notre continent dépasse tous les autres dans son potentiel
d'énergie hydro-électrique, qui, d'après l'évaluation de certains experts,
représente 42 pour 100 du total mondial. Quel besoin avons-nous de rester employés
à couper le bois et à puiser l'eau pour les zones industrialisées du monde ?

Evidemment, on dit que nous n'avons pas de capitaux, de techniques industrielles,


de voies de communication, de marchés intérieurs, et que nous ne parvenons même pas
à tomber d'accord entre nous sur la meilleure façon d'utiliser nos ressources pour
nos propres besoins sociaux.
Et pourtant toutes les bourses du monde se préoccupent de l'or, des diamants, de
l'uranium, du platine, des minerais de cuivre et de fer qui existent en Afrique.
Nos capitaux coulent en véritables torrents pour irriguer tout le système de
l'économie de l'Occident. On considère que cinquante deux pour cent des réserves
d'or détenues actuellement à Fort Knox, où les Etats-Unis d'Amérique emmagasinent
ces réserves, proviennent de nos côtes. L'Amérique fournit plus de 60 pour 100 de
l'or mondial. Une grande quantité de l'uranium employé pour l'énergie nucléaire, du
cuivre employé pour l'électronique, du titanium utilisé pour les projectiles
supersoniques, du fer et de l'acier utilisés par les industries lourdes, des autres
minéraux et des autres matières premières employés par les industries les plus
légères - en fait les bases mêmes du pouvoir économique des puissances étrangères -
proviennent de notre continent. Des experts ont estimé qu'à lui seul le bassin du
Congo peut produire suffisamment de récoltes alimentaires pour satisfaire aux
besoins de près de la moitié de la population du monde entier. Et nous sommes assis
ici à parler de régionalisme, de progression graduelle, d'une étape après l'autre.
Avez-vous peur de saisir le taureau par les cornes ?

Pendant des siècles, l'Afrique a été la vache à lait du monde occidental. N'est-ce
pas notre continent qui aida l'Occident à construire ces richesses accumulées ?

Il est vrai qu'en ce moment, nous rejetons aussi vite que nous le pouvons le joug
du colonialisme, mais parallèlement à notre succès dans cette direction,
l'impérialisme déploie un effort intensif pour continuer l'exploitation de nos
ressources, en suscitant des dissensions entre nous.

Lorsque les colonies du continent américain ont cherché, au cours du 18ème siècle,
à se libérer de l'impérialisme, il n'existait aucune menace de néo-colonialisme, au
sens où nous le connaissons aujourd'hui en Afrique. Les Etats américains étaient
donc libres de former et de modeler l'Unité qui était la mieux assortie à leurs
besoins et de rédiger une constitution qui puisse maintenir leur Unité, en dehors
de toute forme d'intervention extérieure, tandis que nous, nous avons à tenir
compte de ces interventions étrangères. Dans ces conditions, combien avons-nous
besoin plus encore de nous rassembler dans l'Unité africaine, qui peut seule nous
libérer des griffes du néo-colonialisme et de l'impérialisme.

Nous avons les ressources. C'est en premier lieu le colonialisme qui nous a
empêchés d'accumuler le capital effectif, mais par nous-mêmes, nous ne sommes pas
parvenus à utiliser pleinement notre puissance dans l'indépendance, pour mobiliser
nos ressources afin de démarrer de la façon la plus efficace dans une expansion
économique et sociale aux profondes répercussions. Nous sommes trop exclusivement
consacrés à guider les premiers pas de chacun de nos Etats pour comprendre
pleinement la nécessité fondamentale d'une union dont les racines puisent dans une
résolution commune, une planification commune, et des efforts communs. Une union
qui ne tient pas compte de ces nécessités fondamentales n'est qu'un leurre. C'est
seulement en unissant notre capacité de production et les richesses qui en
résultent que nous pouvons amasser des capitaux. Une fois déclenché, cet élan ne
fera que croître. Avec des capitaux gérés par nos propres banques, consacrés à
notre véritable expansion industrielle et agricole, nous pourrons progresser. Nous
accumulerons le matériel industriel, nous pourrons créer des aciéries, des
fonderies de fer et des usines ; nous unirons les divers Etats de notre continent
en créant des voies de communication ; nous étonnerons le monde avec notre
puissance hydro-électrique ; nous assécherons les marais et les marécages, nous
purifierons les zones infestées, nous nourrissons ceux qui sont carencés, nous
débarrasserons nos populations des parasites et les maladies. Il est au pouvoir de
la science et de la technique de faire fleurir le Sahara lui-même et de le
transformer en un vaste champ cultivé, porteur d'une végétation verdoyante pour
notre expansion agricole et industrielle. Nous dompterons la radio, la télévision,
les presses géantes d'imprimerie, pour faire sortir nos peuples des sombres abîmes
de l'analphabétisme.
Il y a dix ans seulement, tout cela n'aurait représenté que les paroles de
visionnaires, des fantaisies de rêveurs oisifs. Mais nous sommes à l'époque où la
science a transcendé les limites du monde matériel et où la technique a envahi le
silence de la nature. Le temps et l'espace ont été réduits à des abstractions
dénuées d'importance. Des machines géantes percent des routes, éclaircissent nos
forêts, construisent des barrages, des aérodromes, des camions monstrueux et des
avions répartissent tous les produits ; de puissants laboratoires fabriquent des
remèdes ; des relevés géologiques les plus complexes sont mis au point ; de
puissantes stations d'énergie électrique sont construites, de colossales usines se
dressent vers le ciel - et tout cela à une vitesse incroyable. Le monde a cessé de
progresser le long de sentiers de brousse, à dos d'ânes ou de chameaux. Nous ne
pouvons plus nous permettre de régler nos besoins, notre développement, notre
sécurité, sur le rythme de marche des chameaux et des ânes. Nous ne pouvons plus
nous permettre de ne pas ne pas abattre la brousse exubérante des attitudes
périmées qui obstruent notre voie vers les grands chemins modernes des réalisations
les plus amples et les plus rapides d'indépendance économique et d'élévation au
plus haut degré du mode de vie de nos peuples.

Même pour les autres continents qui ne disposent pas de ressources de l'Afrique,
l'heure est venue qui doit voir la fin de la détresse humaine. Pour nous, il s'agit
tout simplement de saisir avec certitude notre légitime héritage, en utilisant la
puissance politique créée par notre unité : tout ce dont nous avons besoin, c'est
de développer avec notre puissance commune les énormes ressources de notre
continent. Une Afrique unie offrira un secteur stable aux investissements étrangers
dont nous encourageons l'apport tant qu'ils ne se comporteront pas en ennemis de
nos intérêts africains, car de tels investissements doivent renforcer l'expansion
de l'économie de notre continent, l'emploi de notre main d'oeuvre, la formation
technique de nos travailleurs et l'Afrique les accueillera favorablement. En
traitant avec une Afrique unie, ceux qui apportent des capitaux n'auront plus à
évaluer avec inquiétude les risques de négocier, au cours d'une période, avec des
gouvernements qui pourraient ne plus exister dans la période immédiate. Au lieu de
traiter ou de négocier avec un si grand nombre d'Etats séparés, ils traiteront avec
un seul gouvernement uni qui poursuivra une harmonieuse politique continentale.

Est-il un autre moyen que celui-là ? Si nous échouons à ce stade et si nous


laissons s'écouler le temps qui doit permettre au néo-colonialisme de consolider sa
position sur notre continent, quel sera le destin de nos combattants de la
libération ? Quel serra enfin le destin des autres territoires africains qui ne
sont pas encore libres ?

A moins que nous puissions créer en Afrique de puissants complexes industriels - ce


qui n'est réalisable que dans une Afrique unie - nous devons laisser notre
paysannerie à la merci des marchés étrangers qui achèvent leurs récoltes et nous
devrons faire face à la même impatience qui renversa les colonialistes. A quoi
servent, pour les cultivateurs, l'enseignement et la mécanisation ? A quoi sert
même le capital, si nous ne pouvons pas assurer au paysan un paysan, les
travailleurs, le cultivateur, qu'auront-ils gagner dans l'indépendance politique,
aussi longtemps que nous ne pourrons leur assurer un rendement équitable de leurs
travaux et un niveau de vie plus élevé ?

Aussi longtemps que nous ne pourrons créer de grands complexes industriels en


Afrique, quels bénéfices le travailleur des villes et des pays qui cultivent des
terres surchargées d'habitants auront-ils retirés de l'indépendance politique ?
S'ils doivent rester chômeurs ou attachés à des tâches réservées à la main d'oeuvre
non spécialisée, à quoi leur serviront les installations perfectionnées créées pour
l'enseignement, la formation technique, au service de l'énergie et de l'ambition
que l'indépendance nous permet de leur offrir ?
C'est à peine s'il existe un seul Etat africain qui n'ait un problème de frontière
avec les Etats limitrophes. Il serait inutile que je les énumère, car ces problèmes
vous sont déjà familiers. Mais que vos Excellences me permettent de suggérer que ce
vestige fatal du colonialisme risque de nous entrainer dans des guerres intestines,
au moment où notre expansion industrielle se déroule sans plan et sans coordination
exactement comme il en est advenu en Europe. Tant que nous n'aurons pas réussi à
mettre un terme à ce danger, par la compréhension mutuelle des questions
fondamentales et par l'unité africaine qui rendra périmées et superflues les
frontières actuelles, c'est en vain que nous aurons combattu pour l'indépendance.
Seule l'Unité africaine peut cicatriser cette plaie infectée des litiges
frontaliers entre nos divers Etats. Excellences, le remède à ces maux est entre nos
mains mêmes. Il nous confronte à chaque barrière douanière, il crie vers nous du
fond de chaque coeur africain. En créant une véritable union politique de tous les
Etats indépendants d'Afrique, dotée de pouvoirs exécutifs pour exercer une
direction politique, nous pouvons avec espoir et confiance répondre à chaque
circonstance critique, à chaque ennemi, à chaque problème complexe.

Non pas que nous soyons une race de surhomme, mais parce que nous sommes parvenus à
l'époque de la science et de la technique, de la pauvreté, l'ignorance et la
maladie auront cessé d'être les maîtres mais ne seront simplement plus que des
ennemis fuyants de l'humanité. Nous sommes parvenus à l'âge de la planification
socialisée, où la production et la répartition des biens auront cessé d'être régies
par le chaos, l'intérêt personnel, mais seront dirigées par les besoins sociaux. En
même temps que le reste de l'humanité, nous nous éveillons des rêves de l'utopie
pour mettre sur le papier des plans pratiques de progrès et de justice sociale.

Avant tout, nous sommes arrivés à une époque où une masse territoriale d'un
continent comme l'Afrique, avec sa population proche de 300 millions d'humains, est
nécessaire à la capitalisation économique et au rendement des méthodes et des
techniques de production moderne. Nul d'entre nous, travaillant seul et
individuellement, ne peut parvenir à réaliser son développement intégral.
Certainement, dans les circonstances actuelles, nous n'aurons pas la possibilité
d'apporter une assistance suffisante aux Etats frères qui s'efforcent, contre les
conditions les plus difficiles, d'améliorer leur structure économique et sociale.
Seule une Afrique unie fonctionnant sous un gouvernement d'union peut avoir la
puissance de mobiliser les ressources matérielles et morales de nos divers pays et
de les utiliser efficacement et énergiquement, de manière à susciter un changement
rapide dans la condition de notre peuple.

Si nous n'abordons pas les problèmes de l'Afrique avec un front commun et une
résolution commune, nous perdrons notre temps en marchandage et en arguments vides
jusqu'au moment où nous serons de nouveau colonisés et nous serons devenus des
instruments d'un colonialisme bien plus puissant de celui dont nous avons souffert
jusqu'à présent.

Cette union, nous devons la réaliser, sans sacrifier nécessairement nos diverses
souverainetés, grandes ou petites, nous avons, dès maintenant et ici même forgé une
union politique fondée sur une défense commune, des affaires étrangères et une
diplomatie commune, une nationalité commune, une monnaie africaine, une zone
monétaire africaine et une Banque centrale africaine. Nous devons nous unir afin de
réaliser la libération intégrale de notre continent. Il nous faut créer un système
de défense commune, dirigé par un commandement suprême africain, pour assurer la
stabilité et la sécurité de l'Afrique.

Nous avons été chargées de cette tâche sacrée par nos peuples ; nous ne pouvons
leur manquer et trahir leur confiance. Nous tournerions en dérision les espoirs de
nos peuples si nous montrions la plus minime hésitation ou si nous apportions le
moindre retard à aborder objectivement cette question de l'Unité africaine.
La fourniture d'armes ou d'autre aide militaire aux oppresseurs coloniaux de
l'Afrique doit être considérée non seulement comme une aide à ceux qui cherchent à
triompher des combattants de la libération, dans leur lutte pour l'indépendance
africaine, mais comme un acte d'agression contre toute l'Afrique. Comment pouvons-
nous faire face à cette agression, sinon par le poids intégral de notre puissance
unie ?

Plusieurs d'entre nous ont fait du non alignement un article de foi sur notre
continent. Nous n'avons aucun désir, aucune intention d'être entrainés dans la
guerre froide, mais étant donné l'état actuel de faiblesse et d'insécurité où se
trouvent nos Etats, dans le contexte de la politique mondiale, cette recherche de
bases et de sphères d'influence fait pénétrer la guerre froide en Afrique, avec ses
dangers d'extermination nucléaire. L'Afrique doit être déclarée zone franche
dénucléarisée, à l'écart des exigences de la guerre froide. Mais nous ne pouvons
pas donner un caractère impératif à cette exigence, si nous ne la formulons pas du
haut d'une position de force que nous ne pouvons réaliser que par notre Unité.

Or, au lieu d'adopter une telle attitude, plusieurs Etats africains indépendants
sont liés par des pactes militaires avec les anciennes puissances coloniales. La
stabilité et la sécurité que de tels procédés cherchent à établir sont illusoires,
car les puissances métropolitaines saisissent cette occasion pour appuyer leur
domination néo-colonialiste en impliquant la puissance africaine dans une entente
militaire. Nous avons vu de quelle façon les néo-colonialistes utilisent leur base
pour se retrancher et même pour attaquer les Etats voisins indépendants. De telles
bases sont des centres de tension et des points de danger potentiel de conflits
militaires. Elles menacent la sécurité non seulement du pays où elles sont situées,
mais aussi des pays limitrophes. Comment pouvons-nous espérer faire de l'Afrique
une zone franche dénucléarisée et libre de toute pression exercée par la guerre
froide, lorsque notre continent est impliqué de cette façon dans les questions
militaires ? Ce n'est qu'en équilibrant une force commune de défense par un désir
commun de réaliser une Afrique libre de tout lien imposé par un diktat étranger ou
une présence militaire et nucléaire. Il faudra pour cela un commandement suprême
africain dont l'autorité s'exerce sur tout le continent, tout particulièrement si
l'on doit renoncer aux pactes militaires conclus avec les impérialistes. C'est le
seul moyen de parvenir à briser ces liens directs entre le colonialisme du passé et
le néo-colonialisme que ........ actuellement entre nous des dissensions.

Nous n'avons pas l'intention de créer et nous ne concevons pas un commandement


suprême africain conçu d'après les pouvoirs politiques qui régissent maintenant une
grande partie du monde, mais par un instrument essentiel et indispensable à la
stabilité et à la sécurité en Afrique.

Nous avons besoin d'une planification économique unifiée pour l'Afrique. Tant que
la puissance économique de notre continent ne se trouve pas concentrée entre nos
mains, les masses ne peuvent avoir aucun intérêt réel, aucune préoccupation réelle
pour collaborer à la sauvegarde de notre sécurité, pour maintenir la stabilité de
nos régimes, et pour mettre leur force au service de nos objectifs. Avec le
rassemblement de nos ressources, de nos énergies et de nos talents, nous avons les
moyens, dès que nous en manifestons la volonté, de transformer les structures
économiques de nos divers Etats et de les faire passer de la pauvreté dans
l'abondance, de l'inégalité à la satisfaction des besoins de nos peuples. C'est
seulement sur une base continentale que nous aurons la possibilité d'établir un
plan pour la juste utilisation de toutes nos ressources et pour leur consécration à
la pleine expansion de notre continent.

Par quel autre moyen pourrons-nous conserver nos propres capitaux pour notre propre
développement économique ? Par quel autre moyen pourrons-nous créer un marché
intérieur consacré aux services de nos propres industries ? Si nous appartenons à
des zones économiques différentes, comment pourrons-nous abattre les barrières qui
s'opposent au mouvement de devises et des échanges entre Etats africains et comment
ceux qui sont économiquement plus forts parmi nous seront-ils en mesure d'aider les
Etats les plus faibles et les moins développés ?

Il est important de se rappeler qu'un financement et un développement indépendant


sont irréalisables sans une monnaie indépendante. Un système monétaire qui est
soutenu par les ressources d'un Etat étranger est ipso facto subordonné aux
arrangements commerciaux et financiers de ce pays étranger. Du fait que nous
n'avons pas de barrières douanières et monétaires pour avoir été soumis aux
différents systèmes monétaires des puissances étrangères, la fissure qui nous
sépare en Afrique s'est automatiquement élargie. Comment, par exemple, des
communautés apparentées et des familles liées par des liens commerciaux peuvent-
elles s'aider l'une l'autre avec succès si elles sont divisées par des frontières
nationales et des restrictions monétaires ? Le seul moyen qui leur est offert dans
ces conditions est d'employer des devises de contrebandes et d'enrichir des rackets
et des escrocs internationaux qui prospèrent sur nos difficultés financières et
économiques.

Aucun Etat africain indépendant n'a aujourd'hui par lui-même la possibilité de


suivre une voie indépendante de développement économique, et plusieurs d'entre nous
qui s'y sont efforcés ont été presque ruinés ou ont dû se laisser ramener au
bercail de leurs anciens maîtres coloniaux. Cette situation ne changera pas tant
que nous n'aurons pas une politique unifiée opérant sur le plan continental. Une
première démarche vers une économie cohérente devrait consister en la création
d'une zone monétaire unifiée, débutant par un accord sur la parité de nos monnaies.
Pour faciliter cet arrangement, le Ghana accepterait d'adopter le système décimal.
Lorsque nous constaterons que notre accord sur une parité fixe commune fonctionnera
avec succès, il semble qu'il n'y aura aucune raison pour ne pas créer une monnaie
commune et une seule banque d'émission. Lorsque nous disposerons d'une monnaie
commune émise par une seule banque d'émission, nous devrions être capables de tenir
par nos propres forces, car un tel arrangement serait pleinement appuyé par le
produit national combiné des Etats qui composent notre union. Après tout, le
pouvoir d'achat de la monnaie dépend de la productivité et de l'exploitation
productive des ressources naturelles, humaines et physiques de la nation.

Tandis que nous assurerons notre stabilité par un système de défense commune et que
notre économie sera orientée en dehors de toute domination étrangère au moyen d'une
devise commune, d'une zone monétaire et d'une banque centrale d'émission, nous
pourrons déterminer si nous possédons le plus vaste potentiel d'énergie hydro-
électrique et si nous pouvons l'exploiter, ainsi que les autres sources d'énergie,
au bénéfice de nos propres industries. Nous pourrons commencer à dresser le plan de
notre industrialisation à l'échelle du continent et à construire un marché commun
pour près de trois cent millions d'êtres humains.

Cette planification continentale commune, au service du développement agricole et


industriel de l'Afrique, est une nécessité vitale.

Tant de bénédictions doivent provenir de notre Unité, tant de désastres doivent


découler du maintien de notre désunion, que si nous ne parvenons pas aujourd'hui à
nous unir, cet échec ne sera pas imputé par la postérité uniquement à un défaut de
raisonnement lié à un manque de courage, mais au fait que nous avons capitulé ayant
les forces conjuguées du néo-colonialisme et de l'impérialisme.

L'heure de l'histoire qui nous a amenés dans cette assemblée est une heure
révolutionnaire. C'est l'heure de la décision. Pour la première fois,
l'impérialisme économique qui nous menace se voit lui-même jeter un défi par
l'irrésistible volonté de notre peuple.

Les masses des peuples d'Afrique crient vers l'Unité. Les peuples d'Afrique exigent
que l'on abrite les frontières qui les divisent. Ils exigent entre des Etats
africains frères, la cessation des litiges de frontières qui proviennent des
barrières artificielles dressées par un colonialisme qui avait l'intention formelle
de nous diviser. C'est sa volonté qui nous a laissé en proie à cet irrédentisme de
frontière et qui a repoussé notre fusion ethnique et culturelle.

Nos peuples appellent de leurs voeux cette Unité, afin qu'ils ne risquent pas de
perdre leur patrimoine au service perpétuel du néo-colonialisme. Dans cette
fervente pression qu'ils exercent dans le sens de l'Unité, ils comprennent que
seule cette réalisation donnera son plein sens à leur liberté et à notre
indépendance africaine.

C'est ce ferme propos populaire qui doit nous amener à une Union des Etats
africains indépendants. Dans le moindre retard réside un danger pour notre bien-
être et pour notre existence même en tant qu'Etats libres. On a suggéré que notre
marche vers l'Unité soit graduelle et progresse en ordre dispersé. Ce point de vue
consiste à concevoir l'Afrique comme une entité statique chargée de résoudre des
problèmes « gelés » susceptibles d'être éliminés l'un après l'autre, si bien qu'une
fois cette tâche terminée, nous allons nous réunir et déclarer : « maintenant tout
est bien ; réalisons maintenant notre Union ». Cette conception ne tient aucun
compte de l'impact des pressions extérieures et n'est pas consciente de ce danger
qu'un retard peut intensifier notre isolement ou notre exclusion et élargir nos
divergences, tant et si bien que seront davantage encore lancés à la dérive, plus
loin encore les uns des autres pour tomber dans les rets du néo-colonialisme, si
bien que notre Union ne sera plus qu'un espoir évanescent et que le Grand Dessein
de l'intégrale rédemption de l'Afrique s'écroulera peut-être à jamais.

Certains ont également exprimé l'opinion que nos difficultés peuvent être résolues
simplement par une plus grande collaboration réalisée au moyen d'une association
coopérative, sur le plan de nos relations intra-territoriales. Cette façon de
considérer nos problèmes consiste à nier la juste conception de leurs rapports
intérieurs et réciproques. Elle consiste à dénier toutefois dans un avenir ouvert à
la progression africaine dans l'indépendance africaine. Elle trahit le sentiment
qu'une solution ne peut être trouvée que dans la continuation d'une confiance
envers les sources extérieures, au moyen d'accords bilatéraux qui organisent une
assistance, sous une forme économique et diverses autres formes.

Un fait est certain bien que nous ayons collaboré et que nous nous soyons associés
dans divers secteurs d'entreprises communes même avant l'ère coloniale, cela ne
nous a pas donné l'identité continentale et la force politique et économique qui
pourraient nous aider à résoudre efficacement les problèmes complexes que doit
affronter l'Afrique aujourd'hui. S'il s'agit de l'assistance extérieure, une
Afrique unie se trouverait dans une position beaucoup plus favorable pour
l'attirer. Il existe aussi dans un arrangement de cette nature, ce nouvel avantage
qui impose davantage encore cette voie, que l'assistance affluera de toutes parts
vers une Afrique unie parce que nos possibilités de marchandage seront infiniment
plus fortes. Nous cesserons de dépendre plus longtemps d'une aide accompagnée de
conditions restrictives. Le monde entier sera à notre disposition.

Qu'attendons-nous maintenant en Afrique ? Attendons-nous des chartes conçues à


l'exemple de celle des Nations-Unies ? Attendons-nous un type d'Organisation
réalisé sur le modèle des Nations-Unies dont les décisions sont fondées sur des
résolutions dont l'expérience nous apprend qu'elles ont été parfois tenues pour
nulles et non avenues par des Etats Membres ? Doit-il s'agir d'une organisation à
l'intérieur de laquelle des groupes se constitueront et des pressions s'exerceront
conformément aux intérêts des différents groupes ? Ou bien, a-t-on l'intention que
l'Afrique se transforme en une organisation assez lâche d'Etats sur le modèle des
Etats américains , où ceux qui seront les plus faibles risquent d'être à la merci,
sur le plan politique ou économique, des plus forts ou des plus puissants, et où
tous les Etats seront à la merci de quelques puissantes nations ou de quelques
groupes de nations étrangères est-ce une association de cette nature que nous
voulons réaliser Excellences, permettez-moi de vous poser une question : Est-ce un
cadre ? Un arrangement qui à l'avenir pourrait permettre par exemple au Ghana, au
Nigéria, au Soudan, au Libéria, à l'Egypte ou à l'Ethiopie d'employer la pression
que confère une puissance économique ou une puissance politique supérieure, pour
imposer, par exemple, au Burundi, au Togo ou au Nyassaland, une direction de leurs
échanges commerciaux vers le Mozambique ou Madagascar ?

Nous voulons tous une Afrique unie, et non seulement dans le concept qu'indique ce
terme d'unité, mais encore par notre désir d'aller de l'avant tous ensemble en
résolvant tous les problèmes qui ne peuvent l'être que sur une base continentale.

Quand le premier congrès des Etats-Unis s'est réuni, il y a plusieurs années à


Philadelphie, l'un des délégués fit vibrer la première corde d'unité en déclarant
qu'ils se réunissaient dans « l'état de nature ». En d'autres termes, il ne se
trouvait pas à Philadelphie en qualité de Virginiens ou de Pennsylvaniens, mais
bien d'Américains représentaient à cette époque une nouvelle et étrange expérience.
Puis-je me permettre d'attester également aujourd'hui, Excellences, que nous ne
sommes pas réunis en qualité de Ghanéens, de Guinéens, d'Egyptiens, d'Algériens, de
Marocains, de Maliens, de Libériens, de Congolais ou de Nigériens, mais en qualité
d'Africains. Ce sont des Africains qui se trouvent réunis dans le ferme propos de
rester rassemblés jusqu'à ce qu'ils aient décidé entre eux quelles sont les
garanties qu'un nouvel accord de gouvernement continental peut leur assurer
actuellement et dans l'avenir.

Si nous réussissons à mettre sur pied une nouvelle série de principes comme base
d'une nouvelle charte ou d'un statut portant création de l'unité continentale de
l'Afrique et d'un progrès social et politique pour nos peuples, alors, à mon avis,
notre conférence doit sonner la fin de nos divers groupes et blocs régionaux. Mais
si nous échouons et si nous laissons s'écouler cette noble et historique occasion
qui nous est offerte, nous déclencherons alors un renforcement de dissension et de
division que le peuple africain ne nous pardonnera jamais. Nous serions condamnés
par les forces et les mouvements populaires et progressistes qui existent à
l'intérieur de l'Afrique. Aussi, suis-je certain que nous n'allons pas décevoir ces
espérances.

Excellences, si j'ai parlé un peu longuement, c'est parce qu'il est nécessaire que
nous expliquions la situation réelle, non seulement à chacun de ceux qui sont
présents ici, mais aussi aux peuples qui nous ont confiés le sort et la destinée de
l'Afrique. Nous ne devons donc pas partir d'ici tant que nous n'aurons pas mis sur
place tout un mécanisme efficace pour la réalisation de l'Unité africaine. A cette
fin, je propose à votre examen les mesures suivantes :

Comme première démarche, une déclaration des principes qui nous unissent et qui
nous lient, à laquelle nous devrons tous adhérer fidèlement et loyalement et qui
posera les fondations de l'Unité. Nous devons également une déclaration officielle,
aux termes de laquelle les Etats indépendants d'Afrique décident eux-mêmes et dès
maintenant la création d'une Union des Etats africains.

Une seconde mesure, également urgente, pour la réalisation de l'unification de


l'Afrique, c'est la création, dès maintenant, d'un comité panafricain des ministres
des affaires étrangères, avant que nous partions de cette Conférence, une date
devra être fixée avant la réunion de ce comité.

Ce comité doit créer au nom des Chefs de nos gouvernements, un organe permanent de
fonctionnaires et d'experts chargés de mettre en oeuvre l'organisation qui doit
assurer le fonctionnement du gouvernement d'union africaine. Cet organisme de
fonctionnaires et d'experts doit être composé de deux meilleurs cerveaux de chaque
Etat africain indépendant. Les diverses chartes des groupements actuels et les
autres documents pertinents pourront être présentés à ces fonctionnaires et
experts. Un présidium composé de Chefs de gouvernement des Etats africains
indépendants devra alors être convoqué pour adopter une Constitution et d'autres
recommandations qui déclencheront le lancement du gouvernement de l'union de
l'Afrique.

Nous devons également nous prononcer sur le choix de l'emplacement où travaillera


cet organe de fonctionnaires et d'experts, qui constituera le nouveau siège
central, ou la capitale de notre Gouvernement d'union. Les suggestions les plus
équitables pourraient portées sur une cité centrale, soit à Bangui, dans la
République du Centre Afrique, soit à Léopoldville, au Congo. Nos collègues peuvent
avoir d'autres propositions. Quoi qu'il en soit, ce Comité des ministres des
Affaires étrangères, de fonctionnaires et d'experts doit pouvoir créer :

1) une commission chargée d'élaborer une Constitution pour un gouvernement d'union


des Etats africains ;

2) une commission chargée d'élaborer un plan d'envergure continentale qui


organiserait un programme économique et industriel unifié et commun pour
l'Afrique ; ce programme doit comporter des propositions sur la création :

a) d'un marché commun pour l'Afrique ;

b) d'une monnaie africaine ;

c) d'une zone monétaire africaine ;

d) d'une Banque centrale africaine ;

e) d'un système continental de télécommunications ;

3) Une commission chargée d'élaborer un plan détaillé de politique extérieure et de


diplomatie commune ;

4) Une commission chargée de présenter des plans de systèmes communs de défense ;

5) Une commission chargée de présenter les propositions de création d'une


citoyenneté africaine commune.

Ces commissions feront rapport au Comité des ministres des Affaires étrangères qui,
à son tour, soumettra dans les six mois, leurs recommandations au présidium. Celui-
ci, réuni en conférence au Siège de l'union étudiera et approuvera les
recommandations du Comité des ministres des Affaires étrangères.

Afin d'assurer les fonds immédiatement nécessaires pour les travaux des
fonctionnaires et experts permanents du Siège de l'Union, je suggère qu'un comité
spécial soit constitué pour mettre au point un projet de budget.

Excellences, au moyen de ces mesures, je considère que nous serons irrévocablement


engagés sur la voie qui nous permettra de créer un Gouvernement d'Union pour
l'Afrique. Seule une Afrique unie, dotée d'une direction politique centrale pourra
donner avec succès un appui matériel et moral effectif à nos combattants de la
libération qui luttent dans la Rhodésie du Sud, et l'Angola, le Mozambique,
l'Afrique du Sud-ouest, le Betchouanaland, le Swaziland, le Bassoutoland, la Guinée
portugaise, etc., etc. et naturellement l'Afrique du Sud. L'Afrique tout entière
doit être libérée maintenant. Il est donc impérieux pour nous de créer ici même et
dès maintenant un Bureau de libération au service des combattants africains.
Son principal objectif, auquel doivent souscrire tous les gouvernements, sera
d'accélérer l'émancipation du reste de l'Afrique qui se trouve encore soumise à la
domination et à l'oppression coloniale et raciste. Nous devons assumer en commun la
responsabilité d'aider et de financer ce bureau. Lors de leurs accès à
l'indépendance, ces territoires viendront automatiquement rejoindre l'union d'Etats
africains et renforcer ainsi la structure de .......... L'Afrique. Nous partirons
d'ici en ayant jeté les fondements de notre Unité.

Excellences, rien ne saurait convenir davantage que la naissance de l'unification


de l'Afrique sur le sol de l'Etat qui s'est dressé pendant des siècles comme le
symbole de l'indépendance africaine.

Revenons à nos peuples d'Afrique, non pas les mains vides ou chargées de
résolutions claironnantes, mais avec le ferme espoir et la certitude absolue
qu'enfin l'Unité africaine est devenue une réalité. Nous entreprendrons alors la
marche triomphale vers le Royaume de la personnalité africaine, et vers un
continent de prospérité, de progrès, d'égalité, de justice, d'activité et de
bonheur. Ce sera là notre victoire, réalisée au sein d'un gouvernement continental
d'une Union d'Etats africains. Cette victoire donnera à notre voix une force plus
grande dans les affaires mondiales et nous permettra de peser plus fortement du
côté de la paix dans le plateau de la balance.

Le monde a besoin d'une paix où il pourra bénéficier au maximum des bienfaits de la


science et de la technique. Un grand nombre de maux dont souffre actuellement le
monde réside dans l'insécurité et la peur engendrées par la menace de guerre
nucléaire. Les nouvelles nations ont, tout particulièrement besoin de la paix pour
leur frayer un chemin dans une vie de bien-être économique et social dans une
atmosphère de sécurité et de stabilité qui permettra des ......... morales,
culturelles et spirituelles.

Si nous pouvons en Afrique donner l'exemple d'un continent uni et une politique et
une résolution commune, nous aurons apporté la paix à laquelle aspirent aujourd'hui
tous les hommes et les femmes, la plus belle contribution qui soit en notre
possession qui dissipera immédiatement et à jamais l'ombre croissante de
destruction globale qui menace l'humanité.

L'AFRIQUE DOIT S'UNIR.

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