Recettes Authentiques du Fleuve Charente
Recettes Authentiques du Fleuve Charente
Avant-propos
Paris, Septembre 2023
Avant-propos
La Cuisine Populaire : Un Festin de Convivialité et d'Authenticité
La cuisine populaire, humble et généreuse, in- Elle prouve que l’art culinaire peut être créé à par-
carne l’essence de la culture d’un pays. Elle est le tir d’ingrédients modestes et d’efforts passionnés.
reflet de l’âme d’une communauté, un témoignage Les plats populaires deviennent des trésors, des
vibrant de traditions transmises de génération en souvenirs gustatifs qui continuent de briller au
génération. Elle ne se limite pas aux frontières, fil du temps. Elle nous rappelle que la vraie tâche
mais unit les cœurs et les palais, créant des liens d’un chef est de se concentrer sur la qualité des
inestimables à travers le temps. ingrédients. Après tout, un cuisinier devrait être
un artisan dévoué qui transforme des ingrédients
Chaque plat raconte une histoire. Les recettes simples en quelque chose d’extraordinaire, un arti-
sont le fruit d’un mélange de ressources locales, san qui se concentre davantage sur le fond que sur
d’ingrédients abordables et d’une créativité sans la forme, nourrissant ses clients avec des aliments
bornes souvent née sous la contrainte. Ces plats sains et savoureux.
authentiques reflètent la vie quotidienne, les va-
leurs et les coutumes d’une communauté. Ils ne Alors que le monde évolue rapidement, ces plats
cherchent pas à impressionner, mais à apporter maintiennent vivantes les traditions qui risque-
une satisfaction profonde et sincère. raient autrement de se perdre. Chaque mets est
un lien avec le passé, un hommage aux anciens,
Cette cuisine a le pouvoir rare de rassembler les une reconnaissance du chemin parcouru.
gens autour de la table, créant un espace où les
rires, les échanges et les souvenirs sont partagés. Goûtons la cuisine populaire avec tout le respect
Qu’il s’agisse d’un repas de famille, d’une fête de qu’elle mérite. Qu’elle soit servie sur un plateau
quartier ou d’un événement culturel, elle joue le de rue, sur la table d’une cuisine familiale ou dans
rôle d’un facilitateur social, favorisant la convivia- un petit restaurant local, elle nourrit bien plus que
lité et l’échange. nos corps. Elle nourrit nos cœurs, nos esprits et
nos liens avec ceux qui l’ont créée et partagée
Elle démontre que la créativité et la délectation avant nous.
gastronomique ne sont pas réservées à une élite.
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+1000 SOURCES
Préface
Les fruits du voyage
Il y a 41 ans, j’ai eu le privilège de recevoir ma chef peut être plus soucieux de son image devant
première initiation à la cuisine française au sein les caméras que de la qualité de sa cuisine.
du restaurant « Beim Franzosen » , autrefois si-
tué au 6, rue d’Anvers à Cologne, en Allemagne. C’est cette conviction profonde, cette croyance en
M. Delaporte, mon « mentor » , était un ancien la beauté de la simplicité et de l’authenticité, qui a
ingénieur en bâtiment qui avait choisi de se consa- guidé mon parcours gastronomique et m’a permis
crer à sa passion pour la cuisine. C’est auprès de d’apprécier pleinement la richesse et la diversité
lui que j’ai découvert une cuisine rustique et cha- des saveurs du monde entier. Aujourd’hui, je de-
leureuse, caractérisée par des plats tels que le pâté meure fidèle à cette vision, en continuant à célébrer
de foie de canard, le coq au vin, le cassoulet Tante et à promouvoir une cuisine naturelle, enracinée
Louise et le sorbet de marron à la crème fraiche dans la qualité des produits et l’amour du métier.
et au calvados. Ces saveurs m’ont transporté vers
la convivialité des relais routiers en plein essor. À ce jour, je suis ravi de vous présenter ce livre,
Il faut l’avouer : cette cuisine surpassait de loin créé pour accompagner un forum culinaire inter-
presque tout ce que j’avais goûté jusqu’à ce mo- national d’une ampleur remarquable. Plus de 70
ment-là dans mon pays natal. pays ont répondu à l’appel et se sont rassemblés
pour célébrer la diversité gastronomique de notre
Au fil des années qui ont suivi, j’ai eu l’honneur de monde. En tant que pays hôte de cet événement,
découvrir la haute cuisine dans des établissements la France, avec sa longue histoire culinaire et sa
prestigieux comme « Zur Traube » à Grevenbroich, riche tradition gastronomique, occupe une place
« Comme Chez Soi » de Pierre Wynants à Bruxelles, spéciale dans ces pages. Bien que la France soit
« Jamin » de Joël Robuchon à Paris, « « Alain Cha- reconnue pour sa cuisine raffinée, elle reste avant
pel » à Mionnay, « Gualtiero Marchesi » à Milan, tout une terre de partage et de diversité.
« Arzak » à San Sebastian, et « Girardet » à Cris-
sier. Ces expériences inestimables ont enrichi ma Le voyage ne s’arrête pas là. De l’Afghanistan au
perception de la cuisine et ont contribué à façonner Vietnam, en passant par l’Arabie Saoudite, l’Alle-
ma philosophie gastronomique. magne, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Canada, les
Comores ou la Chine, ce livre vous invite à explorer
Cependant, malgré ces voyages dans le monde de les saveurs uniques et les traditions culinaires de
la haute cuisine, je n’ai jamais perdu de vue les chaque pays. C’est une opportunité de se plonger
trésors cachés des petites adresses locales. Ces dans la richesse de la cuisine mondiale et de redé-
bistrots, auberges, osterie et asadores incarnent couvrir la beauté de la simplicité et de l’authenti-
à mes yeux l’essence même de la cuisine authen- cité.
tique. J’ai trouvé un réconfort profond dans le
simple plaisir de déguster un homard sur le Quai Je tiens à exprimer ma gratitude à tous les chefs,
aux Briques à Bruxelles, d’apprendre les subtilités artisans et producteurs qui ont contribué à la ré-
de la street food thaïlandaise dans une école à alisation de cet événement. Leur dévouement et
Bangkok ou de savourer du poisson frais dans une leur passion pour la cuisine authentique sont une
cabane de pêcheurs à Charleston, aux États-Unis. source d’inspiration inestimable. Ce forum culi-
naire est le fruit de leur travail acharné et de leur
Pour moi, ces plaisirs du quotidien ne sont en rien amour pour la cuisine.
inférieurs à la haute cuisine, ils sont simplement
d’une autre nature. Le bonheur que je ressens en Avec toute ma gratitude et mon admiration pour la
partageant un repas simple et authentique dans un cuisine du monde,
lieu convivial surpasse souvent celui que je peux Jörg Zipprick
éprouver dans un restaurant haut de gamme, où le Co-fondateur du guide mondial « La Liste »
Sommaire
CUISINES ET PAYS DU VILLAGE 7
La Cuisine Afghane 8
La Cuisine Algérienne 9
La Cuisine Allemande 10
La Cuisine de Arabie saoudite 11
La cuisine Arménienne 12
La Cuisine Chilienne 14
La Cuisine Brésilienne 15
La Cuisine Bulgare 16
La Cuisine Cambodgienne 17
La Cuisine Canadienne 18
La cuisine Chinoise 20
Saveurs du Cap-Vert 22
La Cuisine Colombienne 23
La Cuisine des Comores 24
La Cuisine de Côte d’Ivoire 25
La Cuisine Cubaine 26
La Cuisine d’El Salvador 27
La Cuisine d’Espagne 28
La Cuisine du Gabon 30
La Cuisine Haïtienne 31
La Cuisine Hongroise 32
La Cuisine Indienne 34
L’Indonésie 36
La Cuisine Iranienne 37
L’Italie 38
La Cuisine du Laos 41
La Cuisine Libanaise 42
Madagascar 43
La Cuisine Malaisienne 44
La Cuisine Malienne 45
La Cuisine Marocaine 46
Martinique 47
La Cuisine Mexicaine 48
La Cuisine Pakistanaise 49
La Cuisine du Paraguay 50
La Cuisine Péruvienne 51
La Cuisine des Philippines 52
La Cuisine Portugaise 53
La Cuisine de La Réunion 54
La Cuisine Roumaine 55
Royaume-Uni 56
Stilton 57
La Cuisine Afghane
Au Carrefour des Cultures
La cuisine afghane est un véritable miroir des aléas gumes, illustrent l’héritage culinaire diversifié de
de l’histoire et de la diversité culturelle du pays. Elle l’Afghanistan, où se mêlent les traditions de nom-
est le fruit d’un croisement entre les cultures per- breux peuples.
sane, indienne, turque et mongole, qui ont tour à
tour laissé leur empreinte sur le pays. La rencontre Le pain, un élément central de la cuisine afghane,
de ces différentes influences a donné naissance à se décline notamment sous la forme de « naan »,
une cuisine complexe et nuancée, riche en saveurs. un pain plat cuit dans un four en terre cuite. Les
« samosas », pâtisseries frites farcies de viande ou
Un des plats emblématiques de l’Afghanistan est de légumes, sont également un régal incontour-
le « kabuli pulao ». Ce riz parfumé, cuit avec de nable.
l’agneau ou du poulet, est agrémenté de fruits
secs et de carottes pour donner un plat savoureux Le « chai », thé parfumé aux épices, est une bois-
et coloré qui reflète la sophistication de la cuisine son essentielle dans la culture afghane, souvent
afghane. accompagnée de « qaymaq », une crème épaisse
onctueuse et savoureuse.
Les « kebabs », brochettes de viande grillée, oc-
cupent une place de choix dans la cuisine afghane, La cuisine afghane, longtemps restée dans l’ombre,
tout comme le « qorma », un ragoût de viande a récemment gagné en popularité aux États-Unis.
mijoté avec des épices, des légumes et des herbes, Des restaurants tels que « Helmand » à Chicago
qui réchauffe les cœurs et les estomacs. et « Khyber Pass » à New York (malheureusement
fermé en 2020 pendant la pandémie) ont contri-
Les « bolani », ces crêpes farcies de légumes, et bué à faire connaître et apprécier la richesse et la
les « mantu », raviolis fourrés de viande ou de lé- variété de la cuisine afghane à un public plus large.
La cuisine
Arménienne
L’Arménie est réputée pour sa cuisine diversifiée, sil et l’aneth sont fréquemment utilisés dans les
avec un large éventail de plats allant des grillades hors-d’œuvre, souvent accompagnés de tomates
aux salades en passant par les soupes. L’agneau, entières, de concombres et de poivrons verts.
l’aubergine et le lavash (pain) constituent des in- Quant aux plats principaux arméniens, le bœuf et
grédients fondamentaux. Au lieu du maïs ou du le mouton sont des incontournables.
riz, les Arméniens ont une préférence marquée
pour le bulgur, qui est du blé concassé. Et de nos jours ? L’un des plats les plus emblé-
matiques est le « dzhash », un ragoût bouillant
Un texte sur la cuisine arménienne, publié en composé de viande, de légumes et d’épices. Dans
Union soviétique en 1971, souligne que les Armé- la version végétarienne, on utilise des légumi-
niens sont parmi les peuples les plus anciens de neuses à la place de la viande. Traditionnellement,
cette région, ayant une histoire culinaire qui re- le dzhash est cuit dans le « tonir », un four en
monte à environ 2 600 ans. Depuis lors, ils ont terre cuite, et est généralement servi sur un pilaf
conservé une préférence pour les mêmes types de de riz ou de bulgur, parfois accompagné de pain,
plats. La cuisine arménienne et caucasienne est de cornichons, de légumes frais ou d’herbes. Une
souvent marquée par des saveurs épicées. Grâce variété spéciale de dzhash est le porani, un ragoût
à un climat favorable et une flore montagnarde va- à base de yaourt.
riée, la cuisine arménienne profite d’ingrédients
tels que le poivre, l’ail, les graines de carvi et une Les viandes grillées, notamment les « kabobs »,
variété de légumes verts piquants utilisés abon- sont également très populaires en Arménie. On
damment dans les plats. Les oignons nouveaux, les retrouve dans les marchés, les barbecues et
les poireaux, la laitue, le basilic, l’estragon, le per- les pique-niques. Les kabobs peuvent varier du
Les soupes arméniennes sont aussi très variées, Les vignerons arméniens privilégient les cépages
allant des spas à base de matzoon, de blé décor- locaux, notamment l’areni, le lalvari et le kakhet.
tiqué et d’herbes, à l’aveluk à base de lentilles, de Certains vignerons intègrent également des
noix et d’oseille sauvage. Le khash est une soupe cépages européens, tels que le chardonnay et le
à base de pieds de vache et d’herbes qui est cabernet. Bien que la viticulture ait décliné après
considérée comme une institution arménienne. la chute de l’Union soviétique, elle connaît au-
Traditionnellement, le khash est préparé par des jourd’hui un renouveau avec l’émergence de la-
hommes qui passent toute la nuit à le cuisiner, bels reconnus comme Zorah Wines.
et il est consommé au petit matin, au cœur de
La Cuisine Bulgare
Saveurs Anciennes
La cuisine bulgare, imprégnée d’une histoire riche sont souvent servies avec des légumes grillés et
et de traditions anciennes, est un témoignage vi- du pain.
vant. Nichée entre l’Europe de l’Est et les Balkans,
la Bulgarie offre une variété d’ingrédients locaux Le « tarator », une soupe froide à base de yaourt,
qui se transforment en plats délicieux et en expé- de concombre et d’aneth, est une option rafraî-
riences gustatives mémorables. chissante pendant les mois d’été. La « shopska
La cuisine bulgare reflète les influences des salata », une salade colorée à base de tomates, de
cultures slave, turque, grecque et balkanique. Ces concombre, de poivron et de fromage, est égale-
influences variées se mélangent pour créer une pa- ment populaire.
lette de saveurs uniques.
La « lyutenitsa » est une tartinade à base de poi-
La « banitsa », une pâtisserie feuilletée farcie, est vrons rouges grillés, de tomates et d’épices. Le
l’une des spécialités les plus célèbres de la Bulga- « kyopolou » est une autre tartinade à base d’au-
rie. Elle peut être garnie de fromage, d’épinards, bergines grillées, de poivrons, d’ail et d’huile d’oli-
de viande ou d’autres ingrédients, et est souvent ve.
consommée au petit-déjeuner ou lors d’occasions
spéciales. La « rakia », une eau-de-vie de fruits souvent à base
de raisin ou de prunes, est une boisson alcoolisée
Le « kavarma », un ragoût de viandes cuites avec traditionnelle. La « boza », une boisson fermentée
des légumes, est un plat réconfortant. Les « ke- sucrée à base de céréales, est très appréciée.
bapche », de petites saucisses de viande épicées,
La Cuisine Cambodgienne
Cambodgienne
Saveurs Culturelles
La cuisine cambodgienne porte l’empreinte des
cultures khmères, chinoises et françaises, témoi-
gnant de l’histoire complexe du pays. Elle incarne
également la relation étroite entre la nourriture, la
spiritualité et les croyances locales.
Le « bai sach chrouk » est un petit-déjeuner cam- poivrier : « Kamchay » et « Lampong » (ou « Be-
bodgien classique composé de porc grillé mariné, lantoeung »), connus localement sous les noms
de riz gluant et de concombre. Les « nom banh de « grandes feuilles » et de « petites feuilles »,
chok » sont des nouilles de riz servies avec une reproduites par bouturage. L’utilisation d’autres
sauce de curry à base de poisson et d’herbes aro- variétés est interdite. Les fertilisants autorisés
matiques, un autre incontournable du petit-déjeu- incluent le sol vierge, le fumier de vache et de
ner. chauve-souris (guano), ainsi que des engrais à
base de crabe des rizières, d’os de boeuf et de
Le « kuy teav » est une soupe de nouilles de riz au peau de crevette. Les engrais chimiques sont in-
bœuf ou au porc, souvent garnie d’herbes fraîches, terdits. L’irrigation est cruciale et est généralement
de ciboulette et d’ail frit. Cette soupe est prisée à manuelle à partir de puits locaux. Les producteurs
toute heure de la journée. utilisent des pesticides naturels à base de plantes
locales comme le tabac et le neem. Les plantations
Avec ses nombreuses rivières et côtes, le Cam- doivent être situées sur des sols particuliers, tels
bodge est riche en produits de la mer. Les fruits que ceux trouvés dans la région de Phnom Vao,
de mer grillés, tels que les crevettes et les crabes, qui sont poreux pour permettre un bon drainage
sont souvent servis avec du riz blanc parfumé. pendant la saison des pluies. La KPPA veille à ce
que seul le véritable poivre de Kampot soit vendu
Les desserts cambodgiens incluent des douceurs comme tel, identifié par le logo de la KPPA et tra-
sucrées telles que les « num kroch » (gâteaux çable jusqu’à l’agriculteur.
de riz gluant à la noix de coco) et les « sankhya
lapov » (flan de lait de coco). Les fruits exotiques
tels que les mangues et les ramboutans sont éga-
lement très appréciés.
La Cuisine Canadienne
Festin Multiculturel
À l’image de son vaste territoire et de sa diversité du porc ou du poisson. Les pierogies, boulettes
culturelle, la cuisine canadienne est un mélange originaires d’Europe centrale et orientale, ont été
unique de traditions autochtones, européennes popularisées par les immigrants. Le rosbif et le
et internationales. Du Pacifique à l’Atlantique, en « yorkshire pudding » témoignent de l’influence
passant par les Rocheuses et les Prairies, le Ca- anglaise.
nada offre une variété d’ingrédients locaux qui se
transforment en plats authentiques et en expé- Les aliments régionaux jouent un rôle crucial dans
riences gustatives mémorables. la définition de la cuisine canadienne. Dans les
Maritimes, la dulse et le homard sont des mets
Cette cuisine tire une partie de ses racines des emblématiques. Dans les Territoires du Nord, la
peuples autochtones qui ont habité le pays depuis viande de cerf est très appréciée. En Colombie-Bri-
des millénaires. Des plats traditionnels comme le tannique, le saumon et le crabe sont des produits
bannock, le pemmican, l’orignal, le cerf et le bison de choix. Le sirop d’érable, symbole incontour-
témoignent de l’influence des Premières Nations nable de la cuisine canadienne, est particulière-
sur la gastronomie du pays. ment prisé dans le centre du pays.
La diversité culinaire du Canada est également le L’emblématique poutine, née au Québec, est de-
résultat des vagues d’immigration qui ont contri- venue un incontournable dans tout le pays. Cette
bué à la richesse de la gastronomie du pays. Par combinaison gourmande de frites, de fromage en
exemple, la tourtière, un pâté d’origine française, grains et de sauce brune est un régal pour les ama-
a été adaptée pour être préparée avec du bœuf, teurs de comfort food.
La cuisine Chinoise
Plus que 4000 ans d’histoire culinaire
En Europe, nous sommes principalement familia- sée par l’utilisation de jambon et de sucre comme
risés avec deux styles de cuisine chinoise : la cui- condiments. Un des plats les plus populaires est la
sine cantonaise et la cuisine sichuanaise, bien que tortue à carapace molle accompagnée de jambon.
nous connaissions en réalité des versions adap-
tées de ces cuisines pour répondre aux goûts euro- Fujian : cette cuisine est riche en fruits de mer, en
péens. Cependant, il existe en réalité huit grandes soupes et en saveurs aigre-douces. Les cuisiniers
cuisines régionales en Chine qui enrichissent la de cette région sont réputés pour leur précision
palette culinaire de « l’Empire du Milieu ». dans la découpe des aliments, comme lorsqu’ils
coupent 100 grammes de bambou en 5 à 600 cents
Ces huit styles de cuisine sont le résultat de la di- fines lamelles de taille égale avant de les associer
versité des ingrédients disponibles dans chaque au poulet. La soupe « Bouddha saute par-dessus
région, façonnée par l’histoire, la géographie, les le mur » est un exemple de la richesse de cette cui-
ressources naturelles et les modes de vie distincts sine, combinant jusqu’à 30 ingrédients, dont des
qui ont contribué à créer des plats uniques. Histo- œufs de caille, du bambou, des coquilles Saint-
riquement, il y avait quatre cuisines principales : Jacques, des concombres de mer, des ormeaux,
Guangdong (cantonaise), Jiangsu, Shandong et Si- des ailerons de requin, du poulet, du jambon, du
chuan. Avec le temps, quatre autres ont émergé : porc, du ginseng et des champignons.
Anhui, Fujian, Zhejiang et Hunan. Voici un aperçu
de ces huit cuisines, chacune présentant plusieurs Guangdong (cuisine cantonaise) : cette cuisine du
styles régionaux : sud de la Chine est connue pour l’utilisation d’in-
grédients rares et de techniques culinaires élabo-
Anhui : cette cuisine, originaire de la région de rées. Les poissons peuvent être sculptés en forme
Huizhou et des rivières Yangtze et Huai, utilise des de chrysanthème, et les ragoûts de serpent, ainsi
produits locaux et prépare les plats en les mijotant, que le poulet ou le porc en croûte de sel, sont des
rôtissant ou cuisant à la vapeur. Elle est caractéri- plats courants. Cette cuisine s’inspire également
Saveurs du Cap-Vert
Un Voyage Épicurien dans l’Archipel Africain
Dans la cuisine du Cap-Vert, des influences afri- Le « feijão » est une soupe riche à base de hari-
caines, portugaises et créoles s’unissent pour cots rouges, de viande et de légumes. Les frango à
créer une variété de plats délicieux. L’archipel est cafreal, des morceaux de poulet marinés dans une
composé d’îles qui apportent chacune leur propre sauce épicée à base de piment et de gingembre
saveur et technique culinaire. Les plats, des ra- puis grillés ou cuits au four, sont un délice pour les
goûts copieux aux fruits de mer grillés, offrent une amateurs de saveurs épicées.
riche palette de goûts et de textures.
Les desserts cap-verdiens offrent une variété de
Parmi les plats emblématiques, on retrouve la douceurs tropicales. Les fruits tels que les man-
« cachupa », un ragoût savoureux composé de gues, bananes, papayes et ananas forment la base
maïs, haricots, légumes, et agrémenté de viande de nombreuses pâtisseries. Parmi les incontour-
ou de poisson. Ce plat est mijoté pendant de lon- nables, on trouve les bonbons à la noix de coco ap-
gues heures pour développer une saveur intense pelés « doce de coco », les croquettes de manioc
et profonde, et il est généralement servi accompa- frites et enrobées de miel nommées « bolinhos de
gné de pain frais ou de riz. mandioca com mel », le flan de noix de coco, et
les beignets moelleux à la banane. Le dessert em-
Le « caldo de peixe », une soupe de poisson épi- blématique du Cap-Vert est le flan au fromage de
cée servie avec du pain, est un incontournable des chèvre.
restaurants locaux. Les amateurs de fruits de mer
apprécieront le thon et le poulpe grillés. La « mo- En ce qui concerne les boissons, les bières lo-
réia », une murène légèrement saumurée puis cales Coral et Clep’s sont très populaires. Les
tranchée en petites portions et frite jusqu’à devenir amateurs de vin pourront déguster des vins por-
croustillante, est une autre spécialité à découvrir. tugais, en privilégiant les blancs et les verts, ainsi
que du vin provenant de l’île volcanique de Fogo.
Les « espetadas », des brochettes de viande mari- Le « grogue », un rhum typique de l’archipel, est
nées dans un mélange d’épices et d’herbes avant disponible en version blanche ou brune et est sou-
d’être grillées sur des braises, sont particulière- vent servi en punch. Le meilleur grogue, selon les
ment savoureuses. connaisseurs, est celui de Santo Antao. Diverses
boissons sucrées complètent l’offre de boissons
locales.
La Cuisine Cubaine
Saveurs et Rythmes
La cuisine cubaine, enracinée dans l’histoire, la ment servi avec du riz blanc, des haricots noirs et
culture et la géographie de l’île des Caraïbes, est des bananes plantains frites.
une fusion exquise de traditions espagnoles, afri-
caines et caribéennes. De La Havane à Santiago de « Arroz con Pollo » : ce riz au poulet populaire est
Cuba, cette cuisine offre une variété d’ingrédients agrémenté de cumin, de safran, d’huile d’olive et
locaux qui se transforment en plats authentiques. d’origan, ainsi que de tomates et parfois de petits
pois.
Le plat emblématique de la cuisine cubaine, « mo-
ros y cristianos », est un mélange de riz et de hari- « Ropa Vieja » : ce plat créole de bœuf effiloché est
cots noirs, souvent accompagné de viandes ou de lentement cuit dans un bouillon spécial, rehaussé
légumes. Les ingrédients tropicaux tels que les ha- de sauces et de saveurs cubaines. Vous le trouve-
ricots noirs, le riz, les épices et la viande forment la rez aisément dans les restaurants.
base de cette cuisine unique. Les saveurs sucrées
et salées se complètent parfaitement, tout comme « Lechón Asado » : ce porc rôti mariné dans des
les fruits de mer fraîchement pêchés. herbes et des agrumes est une spécialité appré-
ciée.
Le « sofrito », un assaisonnement à base de to-
mates, ail, oignon, origan et poivre, est couram- « Langouste » : les langoustes cubaines sont pré-
ment utilisé pour rehausser les saveurs des plats. parées de diverses façons. Elles peuvent être épi-
Pour découvrir la cuisine cubaine authentique, il cées, pimentées ou cuisinées avec du « sofrito ».
est recommandé de séjourner chez l’habitant et de Les meilleures se dégustent fraîchement pêchées,
déguster leurs spécialités maison. grillées avec un filet de citron.
« Picadillo » : ce plat de bœuf haché est sauté avec Le rhum est à la base de nombreux cocktails, dont
des oignons, de l’ail et des épices. Il est générale- le célèbre Mojito et le Cuba Libre.
La Cuisine d’Espagne
Un Festin de Saveurs Méditerranéennes
La cuisine espagnole, imprégnée d’une histoire Andalousie
riche et d’une diversité régionale, est une véritable Le « gazpacho », une soupe froide aux légumes
célébration de la culture, de la convivialité et des et à l’huile d’olive, est un incontournable de la
saveurs méditerranéennes, des tapas embléma- cuisine andalouse, tout comme les autres soupes
tiques aux plats traditionnels. froides comme la « poleá », la « zoque » et le
« salmorejo ». Les olives, souvent servies en en-
Un Mélange de Tradition et d’Innovation cas, jouent un rôle important dans la cuisine de
La cuisine espagnole marie harmonieusement les cette région. Les amateurs de viande adoreront le
traditions culinaires ancestrales avec des touches « flamenquín », la « pringá », le ragoût de queue
d’innovation contemporaine. Cette combinaison de bœuf et les tripes andalouses. La « sopa de
a donné naissance à une variété de plats qui ho- gato », le « caldillo de perro » et las « migas ca-
norent le passé tout en embrassant le présent. nas » sont des exemples de soupes chaudes popu-
laires. Les amateurs de fruits de mer apprécieront
Les « tapas », un pilier de la cuisine espagnole, le « pescaíto frito », les « soldaditos de Pavía » et
sont de petites portions de mets variés. Des olives la « parpandúa ». Le jambon serrano et le jambon
aux calamars frits en passant par les croquettes et ibérique sont des charcuteries phares de la région,
les jambons ibériques, les tapas offrent une expé- tandis que les boissons typiques incluent l’anis, le
rience culinaire interactive et sociale. vin de Malaga, Jerez et Pedro Ximénez, ainsi que
l’eau-de-vie de xérès.
Le jambon ibérique, affiné pendant de longues pé-
riodes et souvent dégusté en tranches fines, est un Pays basque
joyau de la cuisine espagnole. La cuisine du Pays basque se caractérise par sa
grande diversité et sa culture forte de la table. La
Chaque région d’Espagne a ses propres spécialités morue, préparée de diverses manières, est parti-
culinaires. Nous en avons sélectionné cinq pour culièrement appréciée, tout comme les anchois, la
donner un bref aperçu : dorade et la bonite. Parmi les plats de viande, on
Galice
La cuisine galicienne est connue pour ses ragoûts
et ses soupes, partageant certaines traditions culi-
naires avec les nations celtiques. La soupe est un
plat phare, tout comme le porc aux fanes de na-
vet et le bouillon de châtaignes. Les plats de fruits
de mer, comme les empanadas, le poulpe, les co-
quilles Saint-Jacques et les pouces-pieds, sont éga-
lement très appréciés. Pour ceux qui croient avoir
La Cuisine Haïtienne
Une Fusion de Saveurs et d’Histoire
d’oignons, d’épices et de poisson séché. Le « tcha-
ka » est un autre plat savoureux et consistant, com-
posé d’hominy, de haricots, de joumou (courge) et
de viande, souvent du porc.
La Cuisine Hongroise
Goulash, Mangalica et beaucoup plus
La cuisine hongroise est une fusion unique d’in- de la cuisine et de la culture hongroise. Ces porcs
fluences ottomanes, orientales, centrales et mé- ont une apparence très distinctive, avec une laine
ridionales, avec une forte base d’éléments d’Asie bouclée qui leur donne presque l’aspect de mou-
centrale. C’est une cuisine qui met l’accent sur tons. Ils viennent en plusieurs couleurs, dont le
les épices, en particulier le paprika, connu pour blanc, le rouge et le noir, mais la variété la plus
sa couleur vibrante et sa chaleur épicée qui le dis- courante en Hongrie est le Mangalica blond.
tingue des versions plus douces populaires ail-
leurs. L’ail, la marjolaine, les graines de carvi, les Le Mangalica est célèbre pour sa viande savou-
graines de céleri et les graines d’aneth sont égale- reuse et sa graisse de qualité supérieure, qui est
ment fréquemment utilisés. très appréciée en Hongrie et dans d’autres pays
d’Europe centrale. La viande de Mangalica est
La viande et les produits laitiers sont abondants, à tendre et juteuse, avec une saveur riche et un goût
l’instar des cuisines tchèques et slovaques voisines. qui se distingue nettement de celui des porcs
Les viandes de poulet, de porc et de bœuf sont commerciaux plus courants. La graisse de Manga-
couramment consommées, tandis que la dinde, le lica est très prisée pour sa douceur et sa saveur
canard, l’agneau, le poisson et le gibier sont plus délicate, et est souvent utilisée pour faire du sain-
souvent réservés aux occasions spéciales. La Hon- doux, des saucisses et d’autres charcuteries tradi-
grie est tout autant réputée pour ses saucisses et tionnelles hongroises.
salamis, principalement à base de porc, mais aussi
de volaille, de bœuf et d’autres viandes. Les plats principaux hongrois sont souvent ac-
compagnés de « köret », ou plats d’accompa-
Le cochon Mangalica est une race de porc origi- gnement, qui sont généralement des pommes
naire de Hongrie qui est devenue emblématique de terre, du riz ou des légumes cuits à la vapeur.
Certains plats traditionnels hongrois incorporent La Hongrie est également un producteur de vin
des fruits comme les prunes et les abricots, cuisi- réputé, avec des régions viticoles telles que Tokaj
nés avec de la viande ou dans des sauces ou farces et Eger qui produisent des vins de qualité supé-
piquantes pour le gibier, les rôtis et autres viandes. rieure. Les vins hongrois sont souvent servis avec
Les nouilles, boulettes, pommes de terre et riz des repas traditionnels pour compléter les saveurs
sont couramment servis comme accompagne- épicées des plats.
La Cuisine Indienne
Quelques bases d’un Festin Épique d’épices et d’arômes
La cuisine indienne est riche et diversifiée, avec binaison de yaourt et d’épices avant d’être cuits
une grande variété de plats et d’ingrédients. Ce- dans le tandoor.
pendant, il serait impossible de faire justice à la
richesse de la gastronomie indienne en une seule Le « ghee » est un beurre clarifié largement utilisé
page, car chaque région a ses propres spécialités et en Inde. Il est chauffé pendant une longue période
traditions culinaires. Voici un aperçu de quelques- pour éliminer le lait et l’humidité. Le ghee est riche
uns des plats les plus célèbres de l’Inde. en vitamines A et E et est considéré comme un
superaliment.
Le poulet au beurre, ou « Murgh makhani », est
l’un des plats indiens les plus connus. Il est né Le « thali » est un repas traditionnel indien com-
à Delhi dans les années 1950 dans le restaurant posé de nombreux petits plats servis sur un pla-
Moti Mahal. Les cuisiniers ont combiné des restes teau rond. Il comprend généralement du riz ou du
de jus de marinade avec des tomates et du beurre pain plat, des lentilles, des légumes, des chutneys,
pour faire mijoter du poulet cuit au tandoor, créant des pickles, et plus encore. Les variations de thali
ainsi une spécialité internationale. varient selon les régions et les préférences alimen-
taires.
Le « tandoori » est une technique de cuisson po-
pulaire dans la cuisine indienne, qui utilise un four Le « paneer » est un fromage frais à la texture
en terre cuite appelé « tandoor ». Cette méthode molle et friable, populaire dans le nord de l’Inde. Il
de cuisson est originaire du Moyen-Orient et s’est est fabriqué sans présure, ce qui en fait un fromage
répandue dans le nord-ouest de l’Inde. La viande végétarien. Le paneer est souvent utilisé dans les
et d’autres aliments sont marinés dans une com- currys et se marie bien avec les saveurs épicées.
L’Indonésie
Arômes et Saveurs
L’Indonésie, un archipel d’îles tropicales situé en
Asie du Sud-Est, est renommé pour sa cuisine
diversifiée. Cette terre riche en cultures, en tradi-
tions et en ingrédients locaux offre une expérience ceaux de viande marinés, grillés et servis avec une
culinaire extraordinaire, où chaque bouchée est sauce aux arachides épicée.
une danse de saveurs et d’épices.
« Gado-gado » : ce plat végétarien est composé
La cuisine indonésienne est un mélange fasci- de légumes frais tels que le chou, les haricots, les
nant d’influences autochtones, asiatiques et eu- pommes de terre et le tofu, le tout nappé d’une
ropéennes. Des épices aromatiques, des herbes sauce d’arachide savoureuse.
fraîches et des ingrédients locaux sont les piliers
de cette gastronomie. Les plats indonésiens sont Chaque région d’Indonésie a ses propres plats tra-
réputés pour leur équilibre subtil entre sucré, salé, ditionnels. L’île de Bali est célèbre pour ses plats
épicé et acide. de porc, tandis que l’île de Java propose une varié-
té de plats à base de riz, tels que le célèbre « nasi
« Nasi Goreng » : ce plat emblématique est un riz campur » (riz mélangé).
sauté accompagné de légumes, de viande ou de
fruits de mer. Assaisonné avec de la sauce soja, L’utilisation d’ingrédients uniques est un aspect
des épices et parfois un œuf, le nasi goreng est essentiel de la cuisine indonésienne. Le « tem-
une véritable explosion de saveurs. peh » (soja fermenté), le « sambal » (sauce pi-
mentée), la citronnelle, la galanga et la feuille de
« Rendang » : originaire de l’île de Sumatra, le ren- lime kaffir font partie des éléments clés qui dis-
dang est un ragoût de viande mijoté pendant des tinguent la cuisine indonésienne des autres.
heures dans un mélange d’épices, de noix de coco
et d’herbes. La viande devient tendre et riche en Le riz est un élément central de la cuisine du pays.
saveurs. Il est souvent accompagné d’autres plats et utilisé
comme base pour de nombreux mets. Il est égale-
Les brochettes de sate sont une délicieuse spécia- ment considéré comme un symbole de fertilité et
lité indonésienne. Elles sont composées de mor- d’abondance.
L’Italie
l’Art de la Simplicité
La cuisine italienne, célébrée dans le monde en- Les pâtes peuvent être servies avec une variété de
tier pour sa simplicité élégante et ses saveurs sauces, allant de la traditionnelle sauce tomate à
authentiques, est bien plus qu’un ensemble de des préparations à base de viande, de légumes
recettes. C’est une véritable expérience culturelle ou de fruits de mer. L’incontournable « pasta al
qui évoque les senteurs envoûtantes des herbes dente » est un symbole de l’art culinaire italien, où
fraîches, des tomates mûres et de l’huile d’olive les pâtes sont cuites à la perfection pour conserver
dorée. De la pizza classique aux pâtes fraîches, la leur texture ferme.
cuisine italienne est une célébration du terroir et
de la convivialité. La cuisine italienne regorge également de spé-
cialités à base de poisson et de fruits de mer, no-
L’une des caractéristiques fondamentales de la tamment dans les régions côtières. Les plats de
cuisine italienne réside dans l’utilisation d’ingré- poissons, de crustacés et de mollusques sont
dients frais et de qualité. Les plats sont souvent omniprésents dans la cuisine méditerranéenne
préparés avec un nombre limité d’ingrédients, italienne. Les fruits de mer sont souvent utilisés
mettant ainsi en avant les saveurs naturelles de dans les hors-d’œuvre, les assaisonnements pour
chaque élément. pâtes ou les plats principaux.
Au cœur de la cuisine italienne, les pâtes occupent L’huile d’olive est un ingrédient emblématique de
une place de choix. Qu’il s’agisse de pâtes sèches la cuisine italienne, utilisée comme matière grasse
ou fraîches, elles sont déclinées en une multitude de prédilection et base de nombreuses sauces.
de formes et de textures. On trouve des pâtes L’Italie est le plus grand consommateur d’huile
courtes ou longues, des pâtes farcies comme les d’olive au monde, avec une grande variété de culti-
raviolis et les tortellini, ou encore des pâtes à la se- vars d’olives et une place de choix parmi les pro-
moule de blé dur comme les spaghetti et les fusilli. ducteurs et exportateurs mondiaux.
frites, de fromage et de sauce tomate, puis cuites En matière de pâtes, les Pouilles se distinguent
au four. Les desserts incluent des struffoli (bou- par l’utilisation de blé dur pour créer des pâtes
lettes de pâte frites), une pastiera à base de ricotta, robustes et savoureuses. Un plat de pâtes emblé-
des sfogliatelle et des babà trempés dans du rhum. matique de la région est l’orecchiette, des pâtes en
forme de petites oreilles souvent servies avec une
La pizza italienne est une véritable icône mon- sauce tomate, des pommes de terre, des moules
diale. De la pizza margherita, garnie de tomates, ou du brocoli rabe. Une autre combinaison popu-
de mozzarella et de basilic, à la pizza pepperoni, laire est les pâtes avec des tomates cerises et de
chaque part est une fusion de saveurs qui nous la roquette.
transporte dans les rues animées de Naples.
Sicile
Toscane La Sicile présente des traces de toutes les cultures
La cuisine toscane est caractérisée par sa simpli- qui se sont établies sur l’île au fil des siècles. Bien
cité et l’utilisation d’ingrédients locaux de quali- que sa cuisine ait une base principalement ita-
té. Les légumineuses, le pain, le fromage, les lé- lienne, on y retrouve des influences espagnoles,
gumes, les champignons et les fruits frais sont les grecques et arabes. Les plats traditionnels siciliens
piliers de cette cuisine. La « ribollita », une soupe incluent les arancini, la « pasta alla Norma », la
paysanne qui consiste à réchauffer la soupe de lé- « caponata » et une variété de desserts tels que les
gumes de la veille avec du pain et des « cannelli- « cannoli », la « granita » et la « cassata ». La cui-
ni », en est un exemple. Les pâtes pici, semblables sine sicilienne est aussi marquée par l’utilisation
à des spaghetti épais et granuleux, sont typiques abondante de légumes frais et de fruits de mer,
de la région. notamment le thon, la dorade, le bar, l’espadon et
les seiches.
La Toscane est réputée pour sa viande de haute
qualité, notamment le bœuf de la race Chianina et Il est important de souligner que notre description
le porc. La région est également célèbre pour son de la cuisine italienne est nécessairement incom-
gibier, notamment le sanglier, le lièvre, le daim, le plète, tant cette cuisine des régions est riche et
chevreuil et le faisan. Parmi les desserts, on peut variée.
citer les « cantucci » (biscuits aux amandes), le
« castagnaccio » (gâteau à la farine de châtaigne) La cuisine italienne nous invite à ralentir, à savou-
et le « panforte »(préparé avec du miel, des fruits rer chaque instant et à célébrer les ingrédients
et des noix). simples, mais exceptionnels qui colorent les tables
italiennes. À travers ses plats emblématiques et sa
Pouilles philosophie de partage, la cuisine italienne nous
Cette région est souvent appelée le « grenier de rappelle que la simplicité est une forme d’art.
l’Italie » en raison de son abondante produc-
tion agricole. Les Pouilles sont particulièrement
connues pour leur vaste production de blé, de
légumes tels que les tomates, les courgettes, les
brocolis, les poivrons, les pommes de terre, les
épinards, les aubergines, les choux-fleurs et le fe-
nouil, ainsi que des légumineuses comme les pois
chiches, les lentilles et les haricots. La région est
le plus grand producteur d’huile d’olive en Italie.
La Cuisine Libanaise
Convivialité
Ancrée dans l’histoire et la géographie du Liban,
cette cuisine reflète l’hospitalité légendaire du
pays et offre une expérience culinaire unique.
La Cuisine Mexicaine
De l’enchilada aux tacos
D’une richesse et d’une complexité impression- Le « mole », cette sauce traditionnelle mais auda-
nantes, la cuisine mexicaine est une véritable cieuse à base de chocolat et de piments, illustre la
mosaïque de saveurs, de textures et de couleurs. richesse de la cuisine mexicaine et sa capacité à
Elle incarne l’esprit vif et l’histoire multicolore du surprendre les papilles. Chaque région a sa propre
Mexique, marquant un point de rencontre har- version du mole, souvent servi avec du poulet ou
monieux entre les traditions culinaires précolom- de la viande.
biennes et les influences espagnoles apportées
par les conquistadores. Les « tamales », ces pâtes de maïs farcies cuites
dans des feuilles de maïs et le « pozole », cette
Ce brassage culturel a donné naissance à un réper- soupe épicée à base de maïs et de viande, sont des
toire gastronomique singulier où chaque plat est plats traditionnels qui rythment les festivités.
une ode à la diversité des ingrédients locaux.
La tequila et le mezcal, ces boissons alcoolisées
Au cœur de la cuisine mexicaine, on retrouve les distinctives, incarnent l’âme du Mexique. La tequi-
incontournables « tacos » – des tortillas garnies la, issue de l’agave bleu, et le mezcal, élaboré à
de viande, de légumes et de sauces épicées, de- partir de différentes variétés d’agave, offrent des
venus synonymes de la cuisine de ce pays. Les expériences gustatives uniques.
« enchiladas », ces tortillas enroulées et farcies,
ainsi que les « quesadillas », tortillas garnies de Récemment, la cuisine mexicaine a conquis le
fromage fondu et d’autres délices, sont également monde, portée par des chefs innovants et par une
des classiques appréciés. volonté de préserver les traditions culinaires.
Le « guacamole », cette purée d’avocat assaison- Des établissements de renom comme « Pujol » et
née, est un incontournable de la table mexicaine, « Quintonil » illustrent la richesse de la cuisine
tandis que les « salsas », ces sauces à base de mexicaine contemporaine, et témoignent de son
tomates, d’oignons, de piments et d’épices, ap- influence croissante sur la scène gastronomique
portent une touche de fraîcheur et de piquant à internationale.
chaque plat.
Les pains plats, comme le « roti » (pain complet) De nombreux plats végétariens, préparés avec des
et le « naan » (pain levé), sont des incontour- épices et aromates traditionnels, sont appréciés
nables de chaque repas pakistanais, utilisés pour au Pakistan, ainsi que des plats de légumes et
savourer les délices du plat principal. En période de légumineuses tels que le « baingan bartha »,
de Ramadan, le « haleem », une bouillie épaisse le « sarson da saag » et l’ »alo mutter ». Les lé-
à base de céréales et de viandes, est particulière- gumineuses, comme les lentilles (daal), les pois
ment prisée. chiches (channa/chanay ki daal) et les haricots
rouges (rajma), sont courantes dans la cuisine
En matière de viande, les Pakistanais privilégient pakistanaise.
la chèvre, l’agneau, le mouton, le bœuf et le pou-
let, notamment pour les plats de kebabs ou le tra- Le Pakistan est un grand consommateur et expor-
ditionnel jarret de bœuf, le « nihari ». Les fruits de tateur de riz, le riz basmati étant le plus populaire.
La Cuisine du Paraguay
Un Voyage au Cœur de l’Amérique du Sud
La cuisine paraguayenne est le reflet de son his- viande grillée, qu’il s’agisse de bœuf, de porc ou de
toire et de sa géographie. Les influences autoch- volaille, est servie avec divers accompagnements.
tones guaranies, européennes et sud-américaines
se mélangent pour créer une cuisine à la fois tradi- La mandioca, ou yuca, est une racine essentielle
tionnelle et innovante. dans la cuisine paraguayenne. Elle est utilisée pour
préparer des plats tels que le « vori vori » (soupe
La « sopa paraguaya », malgré son nom, est un gâ- de boulettes de mandioca) et le « chipa guasu »
teau de maïs moelleux et délicieux. Préparé avec de (gâteau de maïs avec de la mandioca).
la farine de maïs, du fromage et des oignons, c’est
un plat emblématique de la cuisine paraguayenne. La proximité du Paraguay avec le Brésil, l’Argentine
et la Bolivie a contribué à l’influence de leurs cui-
Les « chipas » sont des petits pains au fromage, sines sur la cuisine locale. Cela se reflète dans les
également à base de farine de maïs, que l’on re- saveurs et les techniques utilisées.
trouve dans de nombreux repas paraguayens. Ils
sont notamment associés aux fêtes religieuses et La « tereré », une boisson à base de yerba maté
aux cérémonies. infusée à froid, est une boisson populaire au Pa-
raguay, tout comme le mate chaud. Les « mbejú »
« L’asado », ou barbecue, est une tradition culi- sont des crêpes à base de farine de manioc, ser-
naire bien ancrée dans la culture paraguayenne. La vies avec du beurre ou du fromage.
L’apéritif et l’entrée occupent une place impor- Les boissons typiques de La Réunion incluent le
tante dans les repas réunionnais. Parmi les en-cas punch et le rhum arrangé, un rhum blanc macé-
les plus appréciés, on trouve les « samosas », les ré avec des fruits, des feuilles et/ou des graines.
« bouchons » (boulettes d’origine chinoise farcies Le sirop de tamarin est une autre boisson locale,
de viande hachée), les « bonbons piments » (bis- ainsi que les sodas à base de fruits tropicaux tels
cuits salés et épicés frits), les poivrons farcis aux que l’ananas, le litchi et le citron. Les vins de pays
cacahuètes, et les croquettes de poulet. La plupart de Cilaos, produits dans la zone montagneuse de
de ces en-cas sont servis avec du « siaw », une l’île, sont une option intéressante.
sauce soja locale.
Royaume-Uni
Wellington, Stilton and Pie
La culture gastronomique du Royaume-Uni reflète En plus de ces plats emblématiques, le
l’influence des colonies, de la nourriture riche des Royaume-Uni abonde en autres délices tels que
ouvriers et des plats raffinées des nobles. Parmi les le « Shepherd’s Pie » (hachis parmentier), le
spécialités emblématiques, on trouve le « Fish and « Cornish Pasty » (chausson garni de viande et
Chips », un plat populaire composé de poisson de légumes), et les desserts célèbres comme le
pané frit servi avec des frites. Le « Roast Beef and « Trifle » (dessert à base de couches de génoise,
Yorkshire Pudding » est un autre plat traditionnel, de crème, de fruits et de gelée) et le « Sticky Toffee
avec du bœuf rôti et des puddings de Yorkshire, Pudding » (pudding au caramel collant).
une sorte de pâte cuite. Le « Full English Break-
fast » est également emblématique, un petit-dé- Le Stilton est considéré comme un des meilleurs
jeuner copieux comprenant généralement bacon, fromages du monde.
saucisses, œufs, haricots, champignons et toasts.
Stilton
Le Stilton est considéré comme le roi des fromages britanniques. Selon la légende, il aurait été
inventé par Cooper Thornhill, le propriétaire du « Blue Inn » dans le village de Stilton. Mais dès
1866, le New York Times, dans son édition du 1er août, émet des doutes quant à cette histoire :
« S’il veut avoir vendu du fromage en 1720, il doit l’avoir fait à l’âge de 15 ans ». peut-on y lire.
Il est probable que le fromage soit bien plus ancien, puisque Daniel Dafoe, l’auteur de Robinson
Crusoé, en faisait déjà l’éloge en 1724 dans « Tour through the villages of England & Wales ».
Le Stilton est produit exclusivement dans les comtés de Leicestershire, Derbyshire et Nottin-
ghamshire. Il peut être vendu après seulement six semaines de maturation, mais il est alors acide
et friable. Il ne devient doux, souple et épicé qu’avec l’âge. Il a alors un peu le goût de la fourme
d’Ambert française, avec sa note typique de moisissure bleue, très légèrement métallique. Ses
« veines » de moisissure bleue doivent être réparties de manière assez uniforme et atteindre la
croûte. Comme presque partout, les fromagers utilisent désormais du lait pasteurisé, ce qui a
entraîné une certaine perte de caractère du fromage bleu.
Les deux fromagers Joe Schneider et Randolph Hodgson de la fantastique fromagerie londonienne
Neal’s Yard Dairy s’opposent résolument à l’industrialisation du fromage bleu. Dans le Nottin-
ghamshire, la meilleure terre du Stilton, ils ont créé une fromagerie qui travaille avec du lait cru
non pasteurisé. Environ 150 bovins noirs et blancs paissent tranquillement dans les pâturages. Le
nouveau fromage s’appelle Stichelton, et si l’on omet le « iche » dans le nom, on sait rapidement
quel cheese a servi de modèle.
L’objectif déclaré de Hodgson est de « se rapprocher avec Stichelton des fromages non pasteu-
risés produits avant 1989 à Colston Bassett, qui étaient très riches, de consistance beurrée, doux
comme du sirop et longs en bouche ».
Voyage Épicé
rement préparé au quotidien, mais plutôt réservé
aux occasions spéciales. La viande est frite avec
des herbes et des épices avant d’ajouter du beurre
d’arachide et de l’eau. Le riz est ensuite incorporé
pour obtenir une pâte épaisse.
Les plats typiques de Tahiti sont souvent cuits La bière traditionnelle de Tahiti est la Hinano, une
dans des fours souterrains polynésiens appelés bière blonde croustillante et légèrement amère,
ahima’a, où des fruits, des légumes et des viandes tandis que le rhum aromatisé aux fruits, appelé
tels que le cochon de lait et le poulet fāfā (épi- « boisson de Tahiti », est une autre spécialité lo-
nards locaux) cuisent sous des charbons ardents. cale. Les visiteurs peuvent découvrir les saveurs
Un filet d’huile de coco sur ces plats leur confère uniques de la cuisine tahitienne en participant à
une délicieuse onctuosité. Les poissons de lagon des circuits gastronomiques, qui offrent la possibi-
ou de l’océan, comme la perche, le mahi mahi et le lité de déguster des poissons fraîchement pêchés
poisson perroquet, sont également des incontour- lors de pique-niques organisés sur les plages ou
nables de la cuisine polynésienne. les motu (îlots).
La cuisine thaïlandaise, réputée pour sa com- La cuisine de rue est au cœur de la vie culinaire
plexité aromatique et son équilibre subtil entre thaïlandaise. Les stands de nourriture offrent une
sucré, salé, épicé et acide, est une véritable cé- variété de plats délicieux et abordables, créant une
lébration des sens. Originaire de l’Asie du Sud- atmosphère conviviale où les gens se rassemblent
Est, cette cuisine est imprégnée d’une histoire pour se régaler.
ancienne et d’une variété d’influences culturelles
qui se traduisent par des plats emblématiques,
des saveurs exotiques et une expérience culinaire
mémorable.
Kebabs : Les Stars de la Cuisine Turque Les « baklava », des pâtisseries feuilletées su-
Les kebabs, tels que le « döner kebab » (viande crées à base de noix et de miel, sont une douceur
grillée servie dans un pain pita) et le « şiş kebab » orientale renommée dans le monde entier. Les
(brochette de viande marinée), sont les plats em- « lokum », également connus sous le nom de
blématiques de la cuisine turque. Préparés avec di- « rahat lokum » ou loukoum, sont des confiseries
verses viandes, ils sont souvent accompagnés de gélifiées aromatisées.
pain, de légumes et de sauces.
Le café turc, épais et parfumé, est un rituel de
convivialité important en Turquie. Le thé, souvent
Les « mezze », des petites portions d’entrées va- servi dans de petits verres, est une boisson om-
riées, sont une tradition incontournable en Tur- niprésente et accompagne souvent les conversa-
quie. Des olives aux feuilles de vigne farcies, en tions et les moments de partage.
passant par les fromages et les légumes marinés,
La Cuisine Vietnamienne
Eloge à la soupe
La cuisine vietnamienne, célèbre pour son équi- Le café au lait condensé est une boisson vietna-
libre subtil entre doux, salé, épicé et acide, est une mienne emblématique. Servi avec de la glace, il
véritable expression artistique qui reflète la diver- offre un équilibre unique entre l’amertume du café
sité et l’histoire du pays. Avec ses herbes fraîches, fort et la douceur du lait condensé sucré.
ses ingrédients locaux et sa créativité culinaire, la
cuisine vietnamienne offre toute sa richesse La cuisine vietnamienne varie d’une région à
l’autre. Les régions côtières sont connues pour
Pho : le Trésor National leurs plats de fruits de mer frais et leurs saveurs
Le « pho » est le plat emblématique du Vietnam, légères, tandis que les régions montagneuses pri-
une soupe de nouilles de riz servie avec du bœuf vilégient les viandes grillées et les plats mijotés.
ou du poulet, agrémentée d’herbes aromatiques et
de bouillon. Le « pho » est bien plus qu’un simple La cuisine de rue vietnamienne est un pilier de la
plat, il est le reflet de la culture et de l’histoire viet- vie quotidienne. Les échoppes de nourriture de rue
namiennes. offrent une variété de plats délicieux et abordables,
créant un environnement convivial où les gens se
Le « banh mi » est un sandwich vietnamien qui rassemblent pour partager un repas.
marie des influences françaises et asiatiques.
Garni de viandes grillées, de légumes frais, de co-
riandre et de sauce piquante, le « banh mi » est
un exemple de la créativité culinaire vietnamienne.
Paris, c’est la Formule 1 des cuisiniers. Ailleurs, époque des Halles - soupe à l’oignon et entrecôte
on cuisine plus ou moins bien, parfois même re- au beurre « maître d’hôtel » en tête - ou grands
marquablement. Mais c’est ici qu’il y a autant de plats bourgeois du 19e siècle. Et même ces spécia-
cuisiniers de premier ordre qui rivalisent pour les lités, que ce soit le pâté en croûte ou la poularde
faveurs d’un public aussi exigeant qu’international, de Bresse au foie gras, ont souvent été imaginées
aussi aisé et prêt à payer. Les adresses tradition- par des auteurs et des cuisiniers de province. Pa-
nelles côtoient les nouveaux venus et les restau- ris n’est rien d’autre que la vitrine des meilleurs
rants à la mode, les moins chers et les plus somp- ingrédients de toute la France : qu’il s’agisse de
tueux. saucisses rustiques d’Auvergne, de choucroute al-
sacienne, de soles fraîches des côtes normandes,
L’ascension de Paris en tant que mégalopole pour de rougets de Cannes, de homards de Bretagne,
gourmets a des raisons historiques. La noblesse et d’oursins de Marseille, de truffes du Périgord, de
son entourage y étaient installés, les Parisiens dis- civelles de l’estuaire de la Gironde - si l’on cherche
posaient des moyens financiers nécessaires. Les sur les marchés parisiens, on trouve quasiment
voyageurs du 16e siècle, dont de nombreux nobles, tout.
racontent qu’à Paris, les tavernes étaient particuliè-
rement nombreuses et inventives. Ainsi, Jérôme Lip- Et bien sûr, face à une telle offre, les chefs de cuisine
pomano, ambassadeur vénitien en France, rapporte rivalisent d’idées. Le bon goût n’est pas réservé à
dès 1577 : « Dans toutes les villes et même dans une élite : presque tous les Parisiens fréquentent le
les villages, on trouve toutes sortes de plats tout bistrot - certains sortent chaque semaine, d’autres
prêts et toutes les séries de plats sont arrangées de seulement une fois par an. Les bistrots sont tou-
telle sorte qu’elles n’ont plus qu’à être cuites. Il y a jours en tête des préférences des habitants de la
quelque chose qui m’a paru incroyable et que mes capitale : des petits restaurants à l’ambiance dé-
lecteurs ne croiront jamais, à savoir qu’un chapon, contractée et à la cuisine généralement rustique,
une perdrix, un lièvre tout bardés et rôtis coûtent comme les poireaux à la vinaigrette, le bœuf bour-
moins cher que s’ils étaient achetés vivants au mar- guignon ou le foie de veau aux pommes de terre.
ché ou dans les faubourgs de Paris ».
Ce que la haute couture est au prêt-à-porter, les
Une seule chose n’a jamais existé à Paris : une meilleurs établissements de Paris le sont à la gas-
cuisine typiquement parisienne. Certes, dans les tronomie : un laboratoire d’expérimentation plein
environs de la capitale poussaient les cerises de d’idées pétillantes dont les résultats profiteront
Montmorency, les asperges d’Argenteuil, les cham- dans quelques années au commun des mortels
pignons et les pêches. Les charcutiers produisaient au porte-monnaie plus étroit. D’ailleurs, de nom-
avec zèle du boudin noir et du jambon cuit (jambon breux jeunes cuisiniers qui ont appris leur métier
de Paris), les fromagers produisaient du Brie, du auprès de ces grands maîtres, ne sont plus attirés
Coulommiers, du Fontainebleau et du Fougerus. Il par les récompenses culinaires coûteuses de divers
y avait la moutarde de Meaux, la menthe de Milly guides. Ils cuisinent pour leurs clients dans de pe-
ainsi que les liqueurs Grand Marnier et Noyau de tits établissements de manière simple, mais excel-
Poissy. Mais il n’y a jamais eu de cuisine propre, lente - et leurs menus restent toujours abordables.
spécifique à la région, dans la capitale. Qui dit cui- Après tout, nous sommes à Paris, la capitale de la
sine parisienne aujourd’hui, dit plats de la grande haute cuisine.
Carême
Les célèbres chefs ne sont pas un phénomène On dit que le jeune cuisinier se plongeait dans les
de notre époque. La première vague d’admira- œuvres des grands navigateurs à la bibliothèque,
tion pour les maîtres en cuisine a pris naissance rêvant de la Chine, de l’Égypte, de l’Inde et de la
au 19e siècle. Personne n’était alors plus grand Grèce. En utilisant ses dessins, il créa des gâteaux
que Marie-Antoine (surnommé Antonin) Carême de plus en plus spectaculaires : pyramides, pavil-
(1784-1833). Tellement éminent que sa vie, telle lons, ponts, temples et ruines, le tout en sucre et
que rapportée par les chroniqueurs contempo- en massepain. Ces merveilles pouvaient mesurer
rains, semble être un mélange de fiction et de environ 80 centimètres de large et 1,5 mètre de
réalité. Tout commence avec son nom : Carême. haut. Tout Paris s’émerveillait devant ces pay-
Quiconque porte ce nom est prédestiné à devenir sages comestibles.
cuisinier. Et bien sûr, la légende s’achève sur ses
prétendues dernières paroles : Plus tard, il devait écrire qu’il existe cinq beaux-
arts : la peinture, la sculpture, la poésie, la mu-
« Hier, les quenelles de sole étaient excellentes, sique et « l’architecture, dont la branche la plus
mais ton poisson n’était pas à la hauteur », dit- importante est la pâtisserie ».
il à l’un de ses élèves favoris. « Tu ne l’as pas
bien assaisonné. Tu sais pourtant qu’il faut faire Sa prochaine étape le conduisit au restaurant
tourner la poêle. » Le maître agita à nouveau la Gendron. C’est là qu’il montra qu’il visait haut.
main droite, exactement comme il exigeait de ses Carême obtint de son employeur la permission de
élèves. Une demi-heure plus tard, il rendit son quitter son poste pour des événements exception-
dernier souffle. Quoi qu’il en soit, Charles-Frédé- nels, baptisés « Extraordinaires ». C’étaient les dî-
ric Foyot, qui a rapporté cette histoire, pouvait se ners de gala organisés pour les hauts dignitaires.
baser sur les notes de la fille de Carême. Là, il pouvait continuer à s’occuper des clients de
Bailly lors des grandes occasions.
Entre Carême et le mouvement des casseroles ré-
side le tissu des rêves : Carême gravit les échelons, travaillant dès 1803
chez Talleyrand, ministre des Affaires étrangères
dernier d’une fratrie de 15 enfants, le futur grand de Napoléon, puis trois ans plus tard chez Murat
chef fut abandonné dans les rues de Paris à l’âge à l’Élysée où La Guipière compléta sa formation.
de 10 ans. Dans le Paris post-révolutionnaire, son Celui-ci lui aurait enseigné « tout un tas de choses
destin n’avait rien d’exceptionnel, car les enfants que je n’ai vues qu’en lui », y compris « l’élégance
devaient rapidement commencer un apprentis- de la cuisine moderne ». Plus de 20 ans plus tard,
sage. « Même si mon père m’a jeté dans les rues Carême se décrivit toujours comme un « admira-
pour me sauver, le destin m’a rapidement souri et teur et un élève » de La Guipière dans son livre Le
une bonne fée m’a souvent guidé vers mon objec- Cuisinier parisien.
tif », écrira plus tard Carême.
Carême ouvrit sa propre pâtisserie lorsque Na-
La première étape l’a mené à une modeste gar- poléon nomma Murat roi de Naples. Conformé-
gote. Quelques années plus tard, Carême quitta ment à ses plans, la pâtisserie fut érigée au 21
cet endroit pour entamer son apprentissage à la rue Napoléon, aujourd’hui rue de la Paix. En tant
pâtisserie Bailly, rue Vivienne à Paris. Son maître que confiseur, il se considérait également comme
d’apprentissage, Sylvain Bailly, reconnut le talent architecte, d’après ses propres dires. Cependant,
du jeune homme et lui accorda de nombreuses li- le succès ne fut pas au rendez-vous et la boutique
bertés. Tantôt il confectionnait des gâteaux somp- fut vendue en août 1812.
tueux commandés par des clients aisés, tantôt il
quittait la pâtisserie pour étudier et copier des gra- Certains auteurs pensent que la vie personnelle
vures sur cuivre. Rapidement, il développa une at- de Carême a entravé son succès. Marié à Hen-
tirance pour les architectes italiens du 16e siècle. riette Sophie Mahy de Chitenay, seule la dot de
les délégations des États européens s’y réunirent vers le continent. Lors du vote, le brie français fut
pour redessiner la carte de l’Europe. Pas moins de élu meilleur fromage d’Europe.
25 ans de guerre séparaient les parties aux négo-
ciations. C’était une rencontre entre ennemis. Le Lentement mais sûrement, il parvint à diviser
congrès fut obscurci par le retour de l’exil de Na- les membres de la coalition victorieuse. Il obtint
poléon pendant les Cent-Jours et sa défaite ultime d’abord le droit d’avoir un rôle consultatif, puis il
à Waterloo le 18 juin 1815. rallia la Grande-Bretagne et l’Autriche à sa cause,
isolant finalement la Prusse et la Russie. Ainsi,
La France se trouva en position de faiblesse face à Talleyrand put non seulement préserver les fron-
la coalition victorieuse composée de l’Autriche, de tières de la France de 1789, mais également rat-
la Russie, de la Grande-Bretagne et de la Prusse. tacher les villes d’Avignon et de Carpentras, qui
Face à ce contexte initialement défavorable, le mi- appartenaient alors au Vatican, à la France.
nistre des Affaires étrangères Charles-Maurice de
Talleyrand-Périgord, dit Talleyrand, ne se reposa Après la chute de Napoléon, Antonin Carême
pas seulement sur ses compétences de négocia- travailla brièvement à Londres avant d’accepter
teur. Il arriva avec son propre pianiste, sa char- l’offre de travailler pour le tsar russe. Cependant,
mante nièce, suffisamment de champagne pour les coutumes locales ne plaisaient guère au maître
tous les convives et, bien sûr, Antonin Carême, le cuisinier : le service à la française, qu’il pratiquait,
cuisinier le plus renommé de l’époque. consistait à servir les plats en même temps. En
revanche, le service à la russe, tel qu’il était pra-
Ni les plats du cuisinier ni le champagne n’étaient tiqué par les Russes, exigeait que les plats soient
des présents. Talleyrand voulait montrer son sta- servis un après l’autre, comme dans nos menus
tut social et sa culture française. Les banquets actuels. Du point de vue visuel, cela donnait une
somptueux lui permettaient de converser avec impression moins opulente et ne convenait donc
les délégués d’autres pays, loin des enjeux poli- pas à Carême. De plus, à la cour du tsar, on jouait
tiques, ou de collecter des informations au cours de la musique à table, souvent par un orchestre
de conversations informelles. Lorsque le roi Louis de 60 musiciens, ce qui rendait les conversations
XVIII s’inquiéta de la poursuite des négociations, à table difficiles.
il demanda à Talleyrand s’il devait convoquer du
personnel d’ambassade pour le congrès. Ce der- En 1826, Carême signa un contrat de trois mois
nier répondit qu’il fallait davantage de cuisiniers avec le banquier James de Rothschild. Finalement,
que de diplomates. il y resta cinq ans, organisant régulièrement des
dîners somptueux. Une dame anglaise le compa-
Carême décrivait les cuisines comme un « abîme ra à Shakespeare, à quoi il répondit avec un plat,
de chaleur », tout en soulignant que l’honneur la « soupe de poisson anglaise Lady Morgan »,
exigeait son dévouement. Rien que 48 plats d’en- composée de barbeau, de sole et d’anguille.
trée étaient servis avant les plats principaux, les
stratèges anticipant des erreurs. Lorsque le diplo- Cependant, Carême souffrait de sa profession,
mate français fit servir un énorme et magnifique regrettant les conditions de travail, le ton autori-
saumon, le plat atterrit devant tous les convives. taire, la chaleur où « on a du mal à respirer ». À
Talleyrand resta impassible et demanda le « deu- la fin de la quarantaine, il prit sa retraite et écri-
xième poisson » ; des serviteurs apportèrent im- vit son livre « L’art de la cuisine française au 19e
médiatement à table un saumon tout aussi somp- siècle ». Il débuta par un éloge du simple pot-au-
tueux et tout aussi énorme. feu, un « plat populaire », écrit par un cuisinier
qui organisait toujours des festins pour les puis-
Un jour, le diplomate demanda à ses collègues de sants. Gravement malade, Carême décéda le 12
désigner le meilleur fromage d’Europe. Évidem- janvier 1833 et fut inhumé au cimetière parisien
ment, chacun vota pour un produit de son propre de Montmartre. Aux côtés de qui reposait-il éter-
pays. Le calme Talleyrand fit envoyer des messa- nellement ? Nul autre qu’Hector Berlioz.
gers. Cinquante fromages furent rassemblés à tra-
Auguste Escoffier (1846-1935) - ce nom est tou- échelons pour devenir chef de garde-manger et
jours associé à la grande cuisine française. Il a chef saucier. Cet établissement mondain attirait
simplifié les plats complexes, chargés de sauces une clientèle fortunée et aristocratique. Le « Petit
et présentés de manière monumentale, que de Moulin Rouge » disposait de 30 salons privés et
nombreux cuisiniers avaient développés dans la d’une entrée tout aussi exclusive.
lignée de Carême. Il les a épurés tout en main-
tenant les éléments de décoration comestibles. Cependant, la guerre franco-allemande de
Son Guide Culinaire est devenu une lecture in- 1870/71 a interrompu sa carrière. Escoffier est
contournable pour des générations de cuisiniers. devenu cuisinier de campagne et a été capturé
Cet « empereur de la cuisine » - c’est ainsi que et emprisonné de guerre à Mayence. Grâce à ses
l’empereur allemand Guillaume II l’a qualifié - a compétences culinaires, il a été rapidement re-
débuté humblement dans la cuisine de sa grand- cruté par le Kursaal de Wiesbaden.
mère à Villeneuve-Loubet, près de Cannes, sur
la Côte d’Azur. À l’âge de 13 ans, il a commen- De retour à Paris, Escoffier est devenu chef de
cé son apprentissage au Restaurant Français de cuisine au Petit Moulin Rouge, jusqu’à ce qu’il
Nice. Plus tard, il a dépeint cette période comme ouvre finalement son propre établissement,
« exigeante », sans plus de détails. Même à l’âge le Faisan Doré, à Cannes, à l’âge de 32 ans, et
adulte, Escoffier était de petite stature et plutôt épouse Delphine Daffis, la fille d’un éditeur. Ce-
frêle. Il devait porter des sabots hauts pour cui- pendant, une série de décès tragiques a touché
siner. sa belle-famille. En peu de temps, son beau-père,
sa belle-mère et quatre de ses enfants sont décé-
En avril 1865, il a commencé comme aide-cuisi- dés. Escoffier a fermé le « Faisan Doré » et a pris
nier au Petit Moulin Rouge à Paris et a gravi les la route : la Maison Chevet à Paris, le casino de
Boulogne-sur-Mer, le restaurant Maire à Paris et, pour la beauté : au Ritz, l’intensité lumineuse des
enfin, en 1884, le Grand Hôtel de Monte-Carlo. lampes de chevet est encore atténuée aujourd’hui
par un deuxième abat-jour intérieur en soie rose.
C’est là qu’Escoffier a fait la connaissance de Dans la salle à manger, une chaise sur deux était
quelqu’un qui allait changer sa vie à jamais. Et équipée d’un petit crochet pour les sacs à main.
non, ce n’était pas une belle femme, mais un hô-
telier du nom de César Ritz. Très vite, les deux Avec sa minutie obsessionnelle, César a rempor-
hommes sont devenus inséparables. Ritz travail- té un triomphe en 1898 sur la place Vendôme.
lait sur un nouveau concept : des hôtels extrême- En quelques mois seulement, l’hôtel était déjà le
ment luxueux où les clients devaient avoir accès à chouchou de la haute société : « Où que Ritz aille,
tout ce dont ils pouvaient rêver. La bonne cuisine nous le suivons », disait le Prince de Galles. Le
faisait naturellement partie de l’expérience. tsar, le shah, le maharajah de Kapurthala... le flot
de célébrités ne se tarissait pas. Marcel Proust,
Lorsque Ritz a été nommé directeur du Savoy à par exemple, recevait ses amis au milieu de la
Londres, Escoffier l’a suivi. nuit dans un salon privé - sa dernière volonté sur
son lit de mort aurait été, selon la gouvernante
L’emplacement de l’hôtel était destiné à abriter de celui-ci, Céleste Alberet, « une bière fraîche du
un générateur pour alimenter en électricité le Ritz ».
théâtre Savoy. Depuis 1881, Richard D’Oyly Carte
y présentait des opéras-comiques de Gilbert et Escoffier est rapidement retourné à Londres, où
Sullivan. C’était le premier bâtiment public éclai- il a ouvert les cuisines du Carlton. Outre des re-
ré en permanence à l’électricité. cettes telles que le foie gras au porto, le soufflé
de perdrix aux truffes et les cuisses de grenouilles
Ritz avait conçu son somptueux hôtel parisien en gelée de vin blanc et poivre, qu’il appelait
en 1896 comme « le summum de l’élégance, de « cuisses de nymphes à l’aube », le monde doit
l’hygiène, de l’efficacité et de la beauté ». L’hôte- également à l’auteur du Guide Culinaire le clas-
lier suisse, qui avait cassé tellement de vaisselle sique glacé d’aujourd’hui, la « pêche Melba ».
pendant son apprentissage que son patron lui Nelly Melba était une célèbre cantatrice du dé-
avait conseillé de changer de métier au plus vite, but du siècle, connue pour ses interprétations de
voulait apporter à Paris le confort du Savoy de Wagner. Pendant que la dame chantait au Covent
Londres, et si possible le surpasser. César, âgé de Garden de Londres, une véritable Melba-Mania
46 ans, a donné son propre nom au nouvel hôtel, balayait la ville : coiffures Melba, gants Melba...
un ancien bâtiment bancaire situé au 15, place Pratiquement, la pêche figurait déjà au menu lon-
Vendôme, et en a fait le plus moderne de son donien d’Escoffier, sous le nom de Pêche Cardi-
époque : toutes les chambres étaient éclairées à nal avec coulis de framboise. Lorsque Melba était
l’électricité, des salles de bains privées ont même présente, Escoffier lui faisait servir des pêches
été ajoutées ultérieurement. Une innovation qui avec de la crème à la vanille et ledit coulis sur les
a suscité la méfiance d’Oscar Wilde : « Qui a ailes d’un cygne de glace. Un hommage à Lohen-
besoin d’un lavabo avec de l’eau courante [...] Je grin. Rideau sur le Cardinal, fin de la pêche Mel-
sonne simplement pour avoir de l’eau quand j’en ba. Un jour, le cygne a disparu, et plus tard, les
ai besoin ». pêches ont été simplement sorties de la boîte.
César Ritz croyait fermement que pour attirer les En 1904, Escoffier a conçu les cuisines des navires
messieurs solvables, son établissement devait de la compagnie allemande Hamburg-Amerika-
plaire aux dames qui les accompagnaient : avec nische Packetfahrt-Actien-Gesellschaft, abrégée
sa femme, il a testé l’effet de différents peignoirs en HAPAG. Deux ans plus tard, le 19 février 1906,
sur le teint des femmes pour finalement choisir à bord de l’ »Amerika », il a rencontré l’empereur
un modèle de couleur abricot qui est encore pré- Guillaume II qui, comme mentionné précédem-
sent dans chaque chambre aujourd’hui. L’hôtelier ment, l’a appelé « l’empereur de la cuisine ».
considérait la lumière électrique comme néfaste
Cette anecdote fait partie de sa légende. Le fait sinier. Il s’est préoccupé de la pauvreté répandue
qu’Escoffier, fervent catholique, donnait toujours parmi les cuisiniers, en particulier du manque
les restes du Savoy et du Carlton à un couvent d’assurance maladie, et a contribué à la création
de religieuses pour être distribués aux pauvres d’une caisse de retraite spécialisée, l’Association
n’a pas réussi à devenir légendaire. Escoffier était Culinaire Française de Secours Mutuel.
l’un des rares grands chefs qui s’intéressaient
également à l’alimentation quotidienne. Il a écrit Escoffier lui-même n’a pas amassé de fortune
un livre avec 120 recettes de riz ainsi qu’un livre grâce à sa profession. Ses élèves Paul Thalamas,
de cuisine économique sur la morue : Le riz, Joseph Donon et Eugène Herbodeau sont certes
l’aliment le meilleur, le plus nutritif et La vie à bon considérés comme des cuisiniers de premier
marché. Pendant un court laps de temps, il a col- plan, mais ils n’ont connu qu’une gloire limitée :
laboré avec Julius Maggi, l’inventeur du bouillon Herbodeau est devenu chef de cuisine au Carl-
cube. Selon son biographe Kenneth James, cette ton, Donon est parti aux États-Unis en tant que
collaboration était plus motivée par la curiosité cuisinier privé de la famille millionnaire Vander-
que par le gain financier. bilt. Quant à Paul Thalamas, il a brièvement oc-
cupé le poste de chef de cuisine à l’hôtel Adlon de
Enfin, il s’est engagé en faveur de la profession Berlin en 1907.
de cuisinier : Escoffier a non seulement réorga-
nisé la structure de la brigade, mais il s’est op-
posé à la brutalité, aux insultes et à l’ivresse qui
régnaient souvent dans les cuisines. Il a essayé
de réduire la consommation fréquente d’alcool
en encourageant l’eau d’orge citronnée, et il a
encouragé ses élèves à s’habiller avec soin et à
se cultiver. « Ses » hôtels proposaient des lo-
gements propres pour le personnel, ce qui était
rare à l’époque. Il a aidé le Westminster Technical
College à mettre en place une formation de cui-
NORMANDIE
« À la normande ». C’est ainsi que l’on dit sur les être à Grandcamp, Honfleur ou Granville que les
menus lorsque les pommes, le cidre, le calvados, pêcheurs les ont débarqués...
divers fruits de mer, la crème, la crème fraîche ou
le beurre font obligatoirement partie d’un plat. La région doit son essor culinaire au chemin de fer,
Il y a la « sole normande » avec des huîtres, des et plus précisément à la ligne Paris-Granville. Les
moules et de la crème fraîche en abondance dans éleveurs rouennais pouvaient désormais expédier
la sauce, la crêpe normande fourrée aux pommes plus rapidement leur fameux canard rouennais vers
ou le « trou normand », un simple verre de calva- la capitale. Les gourmands préféraient ce canard à
dos entre le poisson et la viande. toutes les autres variétés, car il n’est pas abattu,
mais étranglé. Sa chair a toujours été considérée
Un coup d’œil dans un livre de cuisine, et l’on comme plus tendre, et son sang se mélangeait au
croit que le nord de la France compte tout au plus cognac et au porto via de lourdes presses à canard
quelques pêcheurs, des cochons et des vaches qui en argent pour former des sauces encore plus
paissent, et quelques pommiers qui s’épanouis- lourdes. Les premiers impressionnistes, alors vic-
sent parfaitement sous un voile gris permanent de times d’un manque d’argent chronique, utilisaient
bruine. eux aussi le train comme moyen de transport bon
marché. Le jeune Claude Monet, par exemple, a
Une curieuse erreur, car aucun restaurant de re- peint à Rouen son coucher de soleil sur le port
nom ne peut se passer de ses fournisseurs nor- sous le titre « Impression, soleil levant » et a ainsi
mands : le bon beurre, emballé dans du papier donné un nom à tout le mouvement artistique.
doré et de la porcelaine précieuse, qui attend le
couteau, provient généralement d’Isigny, en Nor- Le camembert a lui aussi profité de ce nouveau
mandie. La crème fraîche de la même région pour- moyen de transport : Napoléon III en personne
rait dormir dans la sauce du plat principal - si vous s’en est vu servir par quelques honneurs locaux
avez commandé un « agneau pré-salé », l’animal lors de l’inauguration de la ligne de chemin de fer.
de votre assiette a grandi dans la partie ouest de On dit qu’une certaine Marie Harel, fromagère de
la côte normande. Et si vous préférez la sole, le Brie, a inventé au 18e siècle le plus célèbre des
turbot ou les coquilles Saint-Jacques, c’est peut- fromages de la Grande Nation. Un fier industriel
LA CHAMPAGNE
Tout ou presque est subordonné au mythique mandise, tout cela est lié d’une manière ou d’une
vin mousseux du même nom. Qu’est-ce que la autre à la magie des bouteillons de champagne :
cathédrale de Reims face aux caves des maisons pintade, sole, coquilles Saint-Jacques ou brochet
de champagne ? Pas de doute, le vin mousseux à la sauce au champagne, même avec les biscuits
est une légende buvable - s’il n’existait pas, peu mentionnés, les dames âgées commandent parfois
de gourmets s’aventureraient en Champagne. Et une petite coupe de « champagne » dans les nom-
ce, malgré le délicieux gibier et le jambon des Ar- breux cafés de la zone piétonne pour y tremper les
dennes, malgré le fromage de Chaource ou l’an- délices sucrés.
douillette de Troyes, une puissante saucisse de
tripes de porc que l’on peut déguster froide, grillée On finit par trouver tout seul le « boulevard du
ou cuite au four. Ou malgré encore le pied de porc champagne » d’Épernay. Le village s’appelle lui-
à la Sainte-Menehould, salé et cuit longuement même « capitale du champagne », mais il s’agit
dans un bouillon de vin blanc, oignons, clous de gi- en fait d’une petite ville de province. Si l’on suit en-
rofle, carottes, puis pané et cuit lentement. Même suite la « route touristique », qui n’est pas appelée
si Rethel produit un boudin blanc à base de porc, ainsi pour rien, les grands noms s’alignent comme
de lard et d’œufs frais, si la région dispose d’un des bouteilles sur un pupitre à secousses : Moët
pâté champenois fabriqué à base de porc, de lapin & Chandon, Gosset, Perrier Jouët, Pol Roger, Bes-
et d’oignons et et même si la ville de Reims a géné- serat de Bellefon, Esterlin, Vrancken, De Venoge...
reusement donné son nom à un jambon en gelée Ce que l’avenue Montaigne est à la haute couture,
cuit dans un bouillon et à des petits biscuits roses Epernay semble l’être au champagne. Presque
déjà fabriqués au 18e siècle. toutes les maisons de l’avenue de Champagne
sont ostentatoires. Certaines ressemblent presque
C’est une cuisine rustique riche et sans tendance au à des mausolées, d’autres à des temples au service
raffinement. Élégance, haute cuisine, finesse, gour- de Lucullus.
Pâté en croûte au fois gras et ris de veau (c) Julien Bouvier Quenell e lyonnaise de Brochet sauce Nantua (c) Julien Bouvier
sont élevés tout comme les bovins charolais. Les porte - rien d’étonnant à cela, puisque Guignol, le
porcs pour les délicieuses saucisses comme le sau- guignol à la casquette noire, sa femme Madelon et
cisson, le jésus, la rosette vivent dans le Jura tout Gnafron, toujours éméché par le Beaujolais, sont
proche, le Beaujolais et la Côte Rôtie sont à por- également représentés sur les panneaux d’auto-
tée de main, les cuisses de grenouilles, les carpes route, aux côtés du chef et de l’église, comme em-
et les brochets viennent de la Dombes. Le turbot blèmes de la ville, dans les théâtres et les musées
et la rascasse des ports entre Marseille et Menton de marionnettes, on peut encore aujourd’hui ad-
étaient autrefois acheminés à Lyon. Il n’est donc mirer les petites figurines en action, et les « bou-
pas surprenant qu’à Lyon, depuis toujours, un chons » qui se sont distingués dans la culture de la
grand menu ne soit pas synonyme de culte pour boisson se voient décerner le « Prix Gnafron » de-
le chef en question, mais se distingue par une sé- puis plus de trente ans. Des guignols à la place des
lection minutieuse des meilleurs ingrédients. Cela étoiles ou des toques, cela convient à Lyon. La ville
commence dans les bouchons, ces bars à vin rus- entre Rhône et Saône est synonyme d’épicuriens
tiques portant des noms comme Hugon ou Garet. bon enfant, de bourgeoisie taciturne.
Un bouchon authentique est la base d’une expé-
rience gastronomique authentique : des photos Au sud de la ville, dans la vallée du Rhône, les
de famille aux murs, une cuisine maison simple truffes de Provence envahissent les tables. Dans
dans les assiettes. Des vins comme le Beaujolais, les montagnes du Jura, de merveilleux fromages
le Brouilly, le Crozes-Hermitage ou les Côtes-du- sont affinés. Lyon est au cœur de l’actualité culi-
Rhône dans des pichets en pierre. Là où les plats naire depuis 100 ans. Il n’est donc pas étonnant
régionaux sont particulièrement savoureux, un pe- que la ville située au bord de l’autoroute fasse sa
tit personnage de guignol trône parfois devant la promotion avec une toque de cuisinier.
Si l’on se demande qui est le plus grand cuisinier casseroles en or pur si elle devenait sa cuisinière
du 20e siècle, on finit par penser à Fernand Point, privée.
qui a formé l’élite de la Nouvelle Cuisine, ou à
Paul Bocuse, ou à Alain Chapel, à Fredy Girar- Son élève Bernard Pacaud, aujourd’hui à L’Am-
det… Seule une cuisinière est souvent oubliée : broisie à Paris, s’enthousiasme dans une inter-
Eugénie Brazier, de Lyon (1895-1976). view : « Chez la mère Brazier, on ne se fiait qu’aux
meilleurs produits, il n’y avait rien d’artificiel ni
Elle aussi a eu deux grands restaurants, l’un au de trafiqué ». Pour Pacaud, alors orphelin breton
12 rue Royale à Lyon, célèbre pour ses quenelles de 14 ans, l’apprentissage chez Eugénie Brazier
de brochet, sa poularde demi-deuil (aux truffes) et a été « une période formidable. À l’époque, nous
ses artichauts au foie gras, l’autre à 21 kilomètres faisions encore griller des grives et des bécasses
plus loin, au col de la Luère, dans la banlieue de et fabriquions des gratins et des boulettes à
Vaugneray. On y trouvait également des quenelles partir des écrevisses pattes rouges, aujourd’hui
de brochet, accompagnées de langouste Belle presque disparues en France - à tel point que
Aurore et la poularde aux truffes s’appelait « à la nous vendions les carapaces aux autres restaura-
manière de la mère Brazier ». Elle aurait même pu teurs de Lyon pour qu’ils puissent faire du beurre
avoir un restaurant à New York : en 1953, la direc- d’écrevisses ».
tion du Waldorf Astoria lui proposa de reprendre
les cuisines de l’établissement, soi-disant pour un À l’époque, nous faisions encore nos achats en
salaire annuel inimaginable à l’époque (et encore fonction de la provenance. Des poulardes de
très confortable aujourd’hui) de 150 000 dollars. Bresse, des tomates de Marmont [...] Et on ne
dessinait pas dans l’assiette. Le bluff dans l’as-
Eugénie refusa et resta à Lyon, même lorsque, siette, tout le verbiage sur le menu, c’est vraiment
quelques semaines plus tard, selon la rumeur, un simple. Cuisiner le plus pur possible, ça peut être
maharadjah indien lui offrit une cuisine avec des difficile ».
Il a marqué de son empreinte l’image des cuisi- nation de la « cuisine française ». Une pierre an-
niers. La pose du « grand chef » avec ses bras gulaire. Quelqu’un qui, même au début, cuisinait
croisés et sa haute toque ? C’est ce qu’il était. Le encore avec des fours à charbon et qui s’étonne
cuisinier en tant qu’entrepreneur, exportant ses des 65 dernières années de progrès. « Tu veux
idées jusqu’en Amérique et à Tokyo ? Encore lui, 180° - voilà, au degré près ».
Paul Bocuse. Pendant des décennies, il a orné
les premières pages du monde entier, nous ac- Il était la première rock star parmi les chefs de
compagnant de son humour inimitable : Paul cuisine. Celui qui, dans sa biographie « Le feu sa-
et Georges Duboeuf buvant du Coca dans le vi- cré », avoue sans ambages avoir vécu en perma-
gnoble ou la Cène reconstituée à s’y méprendre nence avec trois femmes.
avec Chapel, Vergé, Guérard en apôtres et Bo-
cuse lui-même en sauveur. Ou Paul pendant une Il était également le « pape » de la profession
inondation avec sa planche de surf devant son des cuisiniers – et de la cuisine française. Avec
restaurant. Il a de toute façon tout réussi : notes son sens de la communication, il a contribué à ce
excellentes dans les guides, plusieurs établisse- que les clients connaissent aujourd’hui les noms
ments secondaires sous forme de divers bistrots, des cuisiniers, et non ceux des propriétaires de
un concours de cuisine appelé de son vivant restaurants et des maîtres d’hôtel. « Je ne reven-
« Bocuse d’or », des livres de cuisine avec des dique rien, si ce n’est d’avoir redonné aux chefs
tirages de best-sellers. Il a été l’un des membres leur nom et leurs restaurants » dit Bocuse lui-
fondateurs de l’organisation de cuisiniers Euro- même en plaisantant : « Bien sûr, j’ai contribué à
toques. ce que les chefs quittent la cuisine. Maintenant,
ce qui compte, c’est qu’ils y restent aussi de
Il ne fait aucun doute que Paul Bocuse était une temps en temps ».
légende, un phénomène, non, une icône, l’incar-
Alain Chapel
(1937-1990)
« La cuisine, c’est plus que des recettes », tel sauce Albufera. Chapel interdisait au personnel
était le titre du livre de cuisine le plus connu de service de placer des salières sur les tables,
d’Alain Chapel. L’homme de Mionnay, près de mais n’avait absolument rien contre les clients
Lyon, était considéré par de nombreux gourmets qui ne comprenaient rien à la nourriture. Vous
comme un meilleur cuisinier que Bocuse, un tra- pouvez encore apprendre, avait-il l’habitude de
vailleur de précision souverain aux fourneaux. Et dire, et son restaurant était l’endroit idéal pour la
parce que la bonne cuisine ne se résumait pas à première leçon.
des recettes, il louait déjà dans les années 1970
à chaque occasion ses fournisseurs de la région : Dans ses premières interviews, il expliquait tou-
Marinette de la Ferme de Montfalcon avec son jours qu’il recherchait la « vérité », la vérité, aux
élevage de volailles, Monsieur Lancelot qui four- fourneaux. Sa quête personnelle du Graal s’est
nissait fleurs et herbes aromatiques, les fraises achevée à l’âge de 53 ans. Il avait alors formé plu-
des bois et les framboises venaient d’un certain sieurs élèves qui ont poursuivi la quête de Cha-
Monsieur Jasserand. Même s’il a été présenté pel. Philippe Jousse a continué à cuisiner dans
dans les médias comme un protagoniste de la son restaurant.
Nouvelle Cuisine, l’élève de Jean Vignard et de
Paul Mercier, qui a repris « La Pyramide » après Le chapitre « Le temps de l’imitation » de son
le décès de Fernand Point, est resté profondé- livre montre à quel point Chapel était visionnaire
ment enraciné dans sa région. Chapel ne cachait - et désabusé - sur l’état de sa propre profession :
pas son admiration pour les plats paysans des « Tant de fards à paupières, tant de maquillage,
simples auberges, comme les crêpes de Ma- de nouveaux fards : la cuisine perd confiance en
dame Trenel, ou la « sanguette », une galette au elle. Elle se réfugie dans une sorte de mascarade.
sang de poulet. (...) Aujourd’hui, on veut simplifier, alléger, redé-
couvrir le plaisir du cru. (...) Plus que jamais, les
Il ne servait ni l’un ni l’autre. À la place, il pro- mangeurs du 20e siècle consomment des sym-
posait par exemple des écrevisses au cerfeuil et boles , en même temps que leurs grillades et
aux champignons des bois, du foie de lotte avec leurs poissons rosés sur l’arête. Les ingrédients
ragoût de blettes, du pâté chaud de canard avec intéressent moins certains cuisiniers que l’em-
sauce rouennaise et artichauts ou du jeune pou- ballage culinaire... La cuisine devient une sorte
let de Bresse, cuit dans une vessie de porc, avec de « prêt-à-porter » qui obéit à la mode »
Des bus de touristes s’agitent frénétiquement de et tous les autres seigneurs qui, bien entendu, ont
château en château : « Chambord, une heure d’ar- à nouveau besoin de leur propre château quelque
rêt », puis continuez vers Amboise. Avec une telle part. Il n’y a guère de restaurant qui n’ait un passé
soif de culture, le temps presse : une dégustation de résidence de campagne, de château ou de relais
du vin mousseux de Marc Brédif dans les caves de poste ! Mais si la Loire est considérée comme
presque millénaires taillées dans le tuffeau ? Un une région de gourmands et d’épicuriens, de bu-
café entre les maisons à colombages de la place veurs et de mangeurs, elle le doit non seulement à
Plumereau à Tours ? Une promenade du soir le des nobles, mais aussi, et surtout à François Rabe-
long du cours sinueux de la Loire, l’un des rares lais (1494-1553), dont les personnages de roman
fleuves à pouvoir encore s’écouler librement ? Pas Gargantua et Pantagruel ont littéralement goûté
le temps, à 17h30, le dernier groupe de visiteurs à la région. Gargantua et Pantagruel étaient des
est accepté au château de Loches ! La vallée de géants, disposaient donc d’un appétit de géant et
la Loire est pourtant une région où seule l’aiguille représentent à ce titre « symboliquement l’homme
des heures dicte le déroulement de la journée. La de la Renaissance dans sa démesure, un véritable
« découverte de la lenteur » n’a pas besoin d’être roi de l’univers ». Aujourd’hui encore, les menus
célébrée à Tours, celui qui se promène dans la rue copieux sont décrits en France par les mots « gar-
Nationale sait qu’il est ici, à une heure de train de gantuesque » et « pantagruélique » - et de toute
Paris, en province profonde. façon, la démesure sonne bien quand on mange et
dort chaque jour dans un château différent.
Loin des querelles et des intrigues, la noblesse
française savait déjà pourquoi elle préférait la Val-
lée de la Loire à la capitale Paris - qui n’était alors
pas encore une ville cosmopolite avec de larges
boulevards, mais une ville aux ruelles noircies par
la fumée. Certes, la raison de la construction de la
plupart des bâtiments monumentaux en tuf, dont
la blancheur resplendissait encore des siècles
plus tard, résidait dans une situation d’urgence :
lorsque les Anglais s’emparèrent de la capitale Pa-
ris pendant la guerre de Cent Ans, le roi Charles
VII dut transférer la cour dans les provinces qui
lui étaient restées fidèles. Mais là où il y a un roi,
François Rabelais
il y a aussi des courtisans, des comtes, des ducs
Cette confrérie dispose de deux Commanderies hors de France, en Grande-Bretagne et en Chine. Les
membres des Sacavins sont plus jeunes et plus féminins que dans les autres associations viticoles.
Le « Grand Maître » est également une femme : Laure Pertus.
Le secret de la rillette
Où d’autre prend-on le temps de fabriquer une rillette digne de ce nom ? Pas
le truc beige dans le pot en plastique du supermarché, mais la « confiture
brune » dont Balzac raffolait à La boucherie Hardouin de Vouvray, on donne
la recette : « La viande de porc doit être assez grasse, l’idéal étant par exemple
des truies qui ont porté une fois. Le tout mijote cinq ou six heures avec les os,
assaisonné de sel marin. La couleur vient du caramel d’oignons. Et bien sûr,
il faut finir par retirer les morceaux gras à la fourchette. Chez nous, on ajoute
encore un peu de vin blanc de Vouvray ». Les détails sont aussi secrets que
le code PIN de la carte de crédit d’Hardouin, mais la masse brune est aussi
bonne après plusieurs heures de voyage que sur place à Vouvray.
Joël
Robuchon
(1945-2018)
Ce cuisinier discret semble avoir placé toute sa vie et gagna. En 1981, il ouvre son propre restaurant,
professionnelle sous la devise « cohérence et ef- baptisé Jamin, du nom de l’ancien propriétaire.
ficacité ». Dès l’âge de 15 ans, Robuchon a quitté
le foyer familial pour entamer le Tour de France Au début des années 80, la gastronomie française
des Compagnons, la formation la plus dure et la digère les conséquences de la Nouvelle Cuisine.
plus difficile : le compagnonnage est une méthode C’est alors qu’a ouvert le Jamin, un établissement
traditionnelle de transmission du savoir. Le com- proposant des plats clairs, sans fioritures ni ac-
pagnon part dans une ville et une entreprise pour cessoires gênants, toujours parfaitement pensés,
y travailler et se former, puis change de région et réalisés et présentés. Robuchon a été l’un des pre-
recommence dans une autre ville, et ainsi de suite. miers à agrémenter la carte de son nouveau res-
taurant de versions affinées de plats classiques et
La touche finale du CV du jeune Joël Robuchon champêtres, à servir l’agneau en croûte de sel, le
est apportée par quelques années passées au Ber- merlan Colbert ou la tête de porc d’Île-de-France
keley, à l’époque l’une des meilleures adresses où mentionnée plus haut. « J’ai simplement fait le
le Paris distingué se régale de sole grillée à l’an- contraire des autres », explique Robuchon. C’est
glaise, rougets sautés à l’antiboise, côte de veau ainsi que le Jamin est devenu l’un des lieux de la
Orloff et rognons sautés au Sancerre. En 1970, Ro- « renaissance » de la cuisine française, raffinée et
buchon signe son premier contrat de chef de cui- pourtant rustique.
sine sur le bateau de la Seine Île-de-France. Pen-
dant quatre ans, il y a accueilli des touristes avant « Cuisiner comme Robuchon » est rapidement
de prendre les fourneaux de l’hôtel Concorde La devenu le rêve de toute une génération de jeunes
Fayette à Paris, porte Maillot. En 1976, il devient chefs. Les rares places d’apprentissage étaient
Meilleur Ouvrier de France. Les trois restaurants très convoitées - même si les rumeurs les plus
de l’établissement de 1000 chambres et le travail folles circulaient sur les conditions de travail. Mais
culinaire quotidien, du service du petit-déjeuner l’apprentissage chez Robuchon ouvrait la porte à
à celui des banquets, tenaient en haleine le jeune une très grande carrière.
Joël. « On y apprend la discipline », se souvient-il
dans l’interview. Une qualité que son employeur Les nouvelles créations sorties des casseroles et
suivant, l’Hôtel Nikko, appréciait également : poêles du maître étaient copiées dans tout le pays :
c’est là que Joël Robuchon a pu montrer pour la avec ses raviolis aux langoustines et aux choux,
première fois ce qu’il savait faire - et il a hissé Robuchon a déclenché une vague de raviolis qui
l’hôtel en un temps record au rang des adresses a fait rage pendant des années dans les cuisines
gourmandes les plus prisées. Les clients et les cri- de la capitale. Des variations de sa célèbre Purée
tiques commencèrent à s’intéresser à l’homme de de pommes de terre - une purée de pommes de
Poitiers, le nouveau talent de la cuisine participa à terre merveilleusement onctueuse avec beaucoup
des concours de cuisine comme le Prix Taittinger de beurre - ont orné les cartes de nombreux res-
BRETAGNE
Les eaux de Cancale brillent d’un bleu caraïbe lument pas céder aux assauts du temps, même
par une lumineuse journée d’été, dans toutes les après des siècles.
nuances de gris possibles et imaginables, au cas
où une nouvelle averse traverserait la Manche. Même si le paysage à l’intérieur des terres semble
« Chaque jour... contient les quatre saisons », écri- plutôt sobre avec ses douces collines et les mon-
vait déjà la poétesse Colette, qui vivait non loin de tagnes Noires (qui sont tout sauf des géants de
Cancale dans une modeste maison de vacances montagne), le granit brille de toute sa beauté sur
appelée « Rozven » - rose des vents. Sur notre la côte. Près de Ploumanac’h, il est rose, le temps
gauche, les bassins à huîtres se succèdent, les ba- et le vent ont sculpté de curieux visages dans la
teaux de pêche peints de couleurs vives dansent pierre au fil des siècles. Sur les côtes du Finistère,
sur les vagues, tandis qu’à droite, l’abbaye du à Belle-Île ou sur la Côte Sauvage près du Croisic,
Mont-Saint-Michel se dresse comme une petite les falaises déchiquetées impressionnent - et il n’y
montagne sur la mer. À gauche commence, d’un a guère de plus beau spectacle que de s’y asseoir
point de vue strictement géographique, la Bre- devant un feu de cheminée par un soir d’automne
tagne, à droite se termine la Normandie. orageux, en contemplant la mer agitée...
Celui qui vient en Bretagne a le choix entre des Les paysages rudes et originaux ont attiré des di-
châteaux gris enchantés, de magnifiques enclos zaines de personnalités au fil des siècles : a la fin du
paroissiaux, d’imposants menhirs, de minuscules 19e siècle, la Bretagne était une sorte d’ «anti Côte
villages avec de petites chapelles - ou les stations d’Azur ». Alors que les lords anglais et les princes
balnéaires qui attirent les visiteurs avec leurs électeurs russes y menaient une vie luxueuse, les
plages depuis le début du siècle. voyageurs bretons devaient faire face à de nom-
breuses difficultés. La grande diva Sarah Bernhardt,
Les jours de pluie, le gris des bâtiments semble se par exemple, possédait - bien avant l’apparition du
fondre sans transition dans les nuages sombres tourisme insulaire - une somptueuse propriété sur
du ciel. La couleur du granit détermine le paysage : Belle-Île. Les anciens habitants de l’île racontaient
la pierre est le matériau de construction préféré de volontiers comment Bernhardt, accompagnée de
la région depuis des millénaires. C’est en granit tout un cortège d’admirateurs, d’admirés, de la-
que les hommes du néolithique ont érigé leurs quais et de porteurs, devait toujours patauger dans
menhirs, dolmens et cromlechs. Les bâtisseurs la vase sur les derniers mètres qui la séparaient du
médiévaux ont façonné cette pierre dure pour en rivage, faute d’un quai d’amarrage bien situé, les
faire des calvaires élaborés, des bibles en images jupes relevées et soigneusement protégées par un
avec des dizaines, parfois des centaines de person- parasol lorsque le temps le permettait. Le peintre
nages, de magnifiques églises aux tours élancées Paul Gauguin a vécu de longues années à Pont-
qui semblent parfois tissées de dentelle de pierre Aven avec sa communauté d’artistes avant de tro-
ou des châteaux dont les murs ne veulent abso- quer la côte bretonne contre les eaux bleues des
Visiter la Bretagne était encore une aventure à Et que dire des fruits de mer : huîtres et coquilles
l’époque : après tout, aux yeux de beaucoup de ses Saint-Jacques, soles et turbots ! Se promener dans
habitants, cette région n’appartient que de ma- une halle aux poissons bretonne est un vrai plai-
nière limitée à la France. Le patriotisme local des sir : ici, les homards bleus irisés dans leurs bas-
Bretons s’explique par des raisons historiques. Ce sins, là les langoustes, les huîtres, les poissons
n’est qu’en 1532 que la région a été définitivement frais qui n’ont bien sûr pas encore été filetés. Un
rattachée à la France sous François Ier. Jusqu’à la acheteur breton veut s’assurer de la fraîcheur de
Révolution française, elle jouissait de droits spé- sa marchandise en observant la courbure et l’éclat
ciaux étendus, entretenait même son propre parle- des yeux ou la couleur des branchies.
ment (à Rennes) et disposait d’une administration
indépendante de la France. De même qu’en Bretagne on est généralement atta-
ché à la tradition, les gourmets bretons refusent les
Ils ont bien sûr leur propre drapeau, le Gwenn-ha- bâtonnets de poisson et les steaks emballés dans
Du (noir et blanc), qui existe en deux version. Tra- du plastique des hypermarchés des grandes villes.
ditionnellement blanc avec une croix noire ou mo- On « brasse » encore du cidre et du chouchen se-
derne, d’après un dessin de Morvan Marchal da- lon des recettes anciennes, on fabrique du boudin
tant de 1923, avec 9 bandes horizontales : 5 noires dans les boucheries. L’agneau pré-salé du Mont-
pour les évêchés de Haute Bretagne ( Dol, Nantes, Saint-Michel est un mets de choix, tout comme
Rennes, Saint-Malo, Saint Brieuc), 4 blanches pour l’andouille de Guémené-sur-Scorff, une saucisse
les évêchés de Basse Bretagne (Tr’gor, L’on, Cor- de tripes de porc séchée puis fumée. La spécialité
nouaille, Vannes). Certains patriotes décorent leur la plus connue de la région a été mentionnée pour
véhicule d’un autocollant BZH - pour Breizh, le la première fois en 1390 : « Les crêpes sont faites
mot celte pour Bretagne. Et il y a encore la langue de blé et saupoudrées de sucre », disait alors le
bretonne avec ses innombrables sous-dialectes. livre de cuisine « Le Ménagier de Paris ». Au-
À l’ouest, le « breton » celtique a une tradition jourd’hui, les crêperies préfèrent utiliser du sarra-
séculaire, tandis qu’à l’est, on parle le « gallo » sin et servent ces fines galettes dans toutes sortes
(gaulois) roman. Jusqu’au 19e siècle, le « parler de variantes sucrées et salées. Là où il y a des
breton » était très répandu, notamment parmi les crêpes, vous découvrirez aussi des « galettes ».
gens du peuple, et même après la Première Guerre Ce qui distingue la crêpe de la galette est à peine
mondiale, le breton était principalement parlé dans perceptible pour les non-Bretons : dans certaines
les régions particulièrement rurales comme l’île de régions, les galettes à base de sarrasin sont appe-
Sein. Aujourd’hui, seules 600.000 personnes envi- lées galettes, mais si la recette est réalisée avec du
ron comprennent encore l’ancienne langue, dont blé (froment), le résultat est une crêpe.
la moitié environ peut, à la rigueur, parler couram-
ment en breton.
ALSACE ET LORRAINE
Aucun doute, les Alsaciens savent ce qui est bon. du cochon » est l’occasion d’une petite fête dans
Simplement bon, sans faste et sans chichis. Qui les régions rurales : les parties du cochon qui se
donne le ton en matière de haute cuisine, quel chef conservent mal sont servies immédiatement, il y
défile dans quelle salle avec un gilet amidonné, le a du boudin, de la tête de presse, de la soupe aux
gourmet alsacien s’en moque. Peu importe, tant tripes et bien sûr une choucroute richement déco-
que l’on a un bon Riesling sur la table, que l’on rée, le reste de l’animal est « saucissonné » ailleurs
connaît le bon endroit pour le Flaemmekuche, que ou donné à fumer. Au fil du temps, les « charcu-
l’on peut servir un fromage de Munster à l’odeur tiers » alsaciens sont devenus les charcutiers les
puissante ou que le boucher du voisinage peut en- plus réputés de France, et leurs spécialités sont
core préparer correctement toutes les délicieuses très prisées non seulement à Colmar et Strasbourg,
cochonneries pour une louable choucroute. Et bien mais aussi à Paris.
sûr, il faut un bon boulanger et un bon charcutier :
« La viande de porc fraîche ou salée est la princi- Où les distillateurs alsaciens comme Miclo et Met-
pale nourriture de l’Alsacien », écrivait le médecin té, où chaque bouteille sent encore comme un
Mauge au 17e siècle. demi-champ de fruits frais. Le « Val de Villé », à
l’ouest de Blienschwiller, est même réputé pour
La famille paysanne moyenne possédait alors deux être une vallée de distillateurs. Il n’y a certes que
cochons. L’un était tué début novembre, car il fal- quelques dizaines d’hectares de vignes, et l’indus-
lait disposer d’une réserve de viande fumée et sa- trie textile, autrefois bien établie, s’est retirée de la
lée suffisamment importante pour l’hiver. L’autre vallée. En revanche, on compte environ 700 distilla-
rendait son dernier soupir au printemps pour ap- teurs pour 8 500 habitants, et depuis le 18e siècle,
provisionner la famille en jambon et en lard pour les habitants de la vallée sont autorisés à possé-
l’été. Aujourd’hui encore, le « jour de l’abattage der des « alambics » privés. Au milieu des années
FROMAGE DE MUNSTER
De son nom complet, il s’appelle « Munster-Gérômé », c’est officiellement un « fromage à
pâte molle et à croûte lavée » et sa fabrication est régie par le décret de 1953 et 1978. Mais
en réalité, il sent juste fort, a bon goût et est devenu un incontournable en Alsace. On pense
que les moines d’un monastère fondé en 668 dans la vallée de Munster ont été les premiers
à fabriquer ce fromage, pour ainsi dire pour pouvoir stocker le lait sous forme solide et ap-
provisionner ainsi les paysans des environs. Dès le 16e siècle, le munster devient un article
d’exportation recherché : « Le fromage qu’on fabrique dans les environs de Gérardmer se vend
en Suisse, en France-Comté et au Luxembourg » affirme l’intendant Vaubourg des Maretz dans
une lettre de 1756.
Pour obtenir une livre de véritable munster, il faut environ cinq litres de lait de vache. Pendant
les trois semaines d’affinage, le fromage est stocké dans des caves spéciales à une tempéra-
ture de 11 à 15° et à un taux d’humidité de 95 à 96%, et lavé tous les deux jours avec de l’eau
légèrement salée. Pendant cette période, le « Bacterium Linens » transforme le fromage cru
en un délicat « puant ». Un vrai fromage de Munster est de couleur rouge-or, son odeur est
forte, il est « mou » au toucher et son goût est assez piquant. Il faut se méfier des fromages
desséchés, à la meule friable et à la croûte craquelée. Outre le munster ordinaire, il existe une
version enrichie au cumin. Les deux se mangent non pas avec du pain, mais bien sûr avec des
pommes de terre ou en salade, accompagnés du traditionnel verre de Gewurztraminer.
Le nom de la confrérie est inspiré du tastevin, un récipient en métal servant à la dégustation du vin et
à l’outil des vignerons. Ses armoiries, imaginées par l’illustrateur alsacien Hansi, arborent une couleur
pourpre avec des éléments symboliques tels qu’un barillet et un tastevin d’argent. Leur devise, « Ja-
mais en vain, toujours en vin », reflète leur engagement envers la culture vinicole. Depuis sa création
en 1934, la confrérie organise des Chapitres, des banquets gastronomiques visant à promouvoir les
vins de Bourgogne et la gastronomie locale. Le Château du Clos de Vougeot est devenu son lieu em-
blématique après son acquisition en 1944, et les Chapitres réunissent chaque année des membres et
invités pour célébrer cette tradition.
L’invention de la Saint-Vincent Tournante en 1938, une fête viticole réunissant les villages viticoles
autour de la célébration de Saint Vincent, est l’une des initiatives marquantes de la confrérie. En 1948,
la confrérie a également mis en place un prix littéraire, la Chambre des arts et belles-lettres, pour ré-
compenser les contributions artistiques et littéraires honorant la Bourgogne.
rapidement fait carrière à l’étranger, ils ont conquis Le Puy-en-Velay, une charmante ville située au
Paris, d’abord en tant que marchands de charbon cœur de la région d’Auvergne en France, est non
et cafetiers, ils ont acquis la réputation d’être par- seulement réputée pour son riche patrimoine his-
ticulièrement sérieux et travailleurs. C’est la raison torique et culturel, mais aussi pour les lentilles
pour laquelle une petite foule de puristes et d’Au- vertes du Puy. Cultivées depuis des siècles dans les
vergnats en exil se rend régulièrement à Laguiole terres volcaniques environnantes, ces lentilles ont
pour choisir directement sur place leur « ami pour une saveur unique et une texture tendre. Riches
la vie » en métal : d’abord un détour par la fro- en protéines et en fibres, elles sont un ingrédient
magerie à la sortie du village et enfin par la bou- incontournable des plats locaux. Que ce soit dans
cherie Conquet, célèbre dans toute la France pour une délicieuse soupe aux lentilles, un accompa-
ses saucissons. Parfois, les visiteurs sont testés gnement savoureux ou un plat principal riche en
par le monsieur derrière le comptoir d’abord avec saveurs, la célébrité des lentilles vertes du Puy dé-
une « dégustation de saucisses » : il faut choisir la passe la région.
meilleure saucisse dans un bol entier. Il faut donc
attraper rapidement l’exemplaire le plus dur. Une autre spécialité bien connue est la verveine
du Velay, une herbe aromatique utilisée pour pré-
La ville d’Aurillac, toute proche, rappelle presque le parer des tisanes et des liqueurs. Cette plante aux
sud de la France avec son chaos de maisons mé- arômes subtils et apaisants est cultivée dans la ré-
diterranéennes - il ne manque que les joueurs de gion depuis des générations et est appréciée pour
pétanque et les cordes à linge tendues en travers ses propriétés médicinales et son parfum envoû-
de la route. Dans les « Maisons des Volcans », on tant.
explique le « parc naturel volcanique » de la ré-
gion : « C’est aussi à cause des volcans que l’on En plus des produits emblématiques, Le Puy-en-
a en Auvergne les meilleures eaux minérales de Velay propose évidemment une variété de plats
France ». « Volvic » est connue, « Châteldon » traditionnels qui célèbrent les saveurs authen-
est précieuse : l’eau pure issue de la roche était tiques de la région. L’Aligot, un mélange de purée
déjà transportée par charrettes en exclusivité à de pommes de terre et de fromage fondu, est une
Versailles pour le Roi-Soleil Louis XIV. Salers im- spécialité réconfortante et délicieuse qui accom-
pressionne à nouveau par sa beauté légèrement pagne souvent des saucisses locales. Les tripoux,
rugueuse. Des maisons massives en pierre de lave une préparation à base de tripes de veau, sont une
semblent presque un peu intimidantes avec leurs autre expérience culinaire typique qui mérite d’être
toits en ardoise : chacune est une petite forteresse, découverte pour ceux qui aiment explorer les sa-
un château pour une famille. Le village qui sur- veurs locales.
plombe la vallée verdoyante de la Maronne.
Pourtant, depuis lors, malgré des décennies de « créativité sans limites » encouragée par
la presse gastronomique, le paysage culinaire n’a guère évolué. Les créations actuelles sont
conçues pour la carte du moment, tandis que les grands plats d’autrefois étaient destinés à
l’éternité, du moins en partie.
LANGUEDOC-ROUSSILLON
De Montpellier jusqu’aux rivages de Collioure, la sauva jadis la ville des assauts de Charlemagne.
gastronomie prend un doux parfum de campagne : Privée de provisions, elle offrit un cochon et les
les délices culinaires se cachent dans les recoins maigres réserves de grains du haut des remparts,
les plus inattendus, offrant une expérience haute décourageant le souverain de poursuivre le siège.
en saveurs dans la diaspora gastronomique, tan- Une saga qui s’inscrit dans les annales aux côtés
dis que le « Centre Ville » et la plupart des plages d’équivalents comme Cœur de Fer et d’autres fi-
peinent à charmer les papilles. Entre ces extrêmes, gures épiques.
des trésors gustatifs attendent patiemment d’être
découverts, exigeant parfois des détours bien mé- Carcassonne fait partie des trois capitales du cas-
rités. soulet, où chaque ville met en scène sa propre
version. Ici, la marmite de haricots mijote avec
Parmi les destinations prisées par les visiteurs du du mouton et de la perdrix, formant un bouquet
monde entier, le château de Carcassonne se dé- de saveurs uniques. Les ruelles secrètes de Cas-
voile majestueusement. Même lorsque la brume telnaudary cuisinent le cassoulet au porc, tandis
entoure les murs imposants de la forteresse, une qu’à Toulouse, c’est le confit de canard, d’oie et la
sensation de voyage à travers les siècles s’empare saucisse à l’ail qui prennent la vedette.
de chaque instant, malgré les foules de touristes
et les alignements de cars. La citadelle altière Pourtant, c’est à Limoux que le voyage culinaire
avec ses tourelles et créneaux réveille des souve- atteint de nouveaux sommets. Connue pour ses
nirs d’enfance, peuplés d’Ivanhoé, de Sir Lance- vignobles de Blanquette de Limoux, le prétendu
lot, de Merlin, de Robin des Bois et du shérif de premier vin mousseux au monde, la ville propose
Nottingham, tel que l’ont imaginé maints esprits. une expérience viticole exceptionnelle. En 1531,
Dans cette enceinte, la légende de Dame Car- les moines bénédictins de Saint-Hilaire réussirent
cas se déploie : cette princesse arabe, par un jeu à créer un vin blanc pétillant, utilisant les raisins
psychologique subtil impliquant la gastronomie, de mauzac, de chardonnay et de chenin. Le mau-
SUD-OUEST
Les terres gourmandes du Sud-Ouest s’étendent déplacé vers le nord, l’embouchure se trouvait à
en une mosaïque de saveurs et de traditions, of- Vieux-Boucau. Ce n’est qu’en 1788 que l’on a en-
frant une riche variété culinaire à l’image de ses trepris de fixer les dunes. Des genêts, des ajoncs et
paysages diversifiés. L’Aquitaine, souvent baptisée des pins furent semés, et 70 ans plus tard, la forêt
le « pays des eaux », ne se contente pas de cette de pins fut plantée.
identité : elle incarne le terroir des truffes et du foie
gras, des fromages de brebis basques et des ar- Plus au sud, sur la côte basque, les contreforts des
magnacs corsés, une région miniature aux facettes Pyrénées s’avancent jusqu’à la mer, la côte est dé-
multiples. finie par des rochers aux formes souvent bizarres.
La partie des Pyrénées proche de la côte semble
Les environs de Bordeaux ont été particulièrement beaucoup plus calme que les pics rocheux dénu-
gâtés par la nature : non seulement la ville elle- dés et abrupts à l’intérieur des terres. Alors que les
même, avec les régions viticoles des Graves et du pêcheurs partaient à la pêche au thon sur la côte,
Sauternes, est depuis toujours particulièrement les moutons paissaient dans l’intérieur des terres.
bien située sur la Garonne, mais la Dordogne four-
nit également l’eau vitale aux communes viticoles Il n’est donc pas étonnant qu’une région aussi
situées au nord de la ville. Les vins célèbres dans variée ait donné naissance aux cuisines les plus
le monde entier poussent sur des sols de gravier diverses : le Périgord est mondialement connu
très perméables et qui retiennent la chaleur dans pour ses truffes. Aujourd’hui, la plupart des
le Médoc, tout comme sur des sols calcaires à truffes proviennent de Provence, mais l’avicul-
Saint-Émilion. ture est toujours à l’honneur : le bon roi Henri IV
recommandait à tous ses sujets de préparer une
Il en va tout autrement de la forêt de pins des poule à bouillir chaque dimanche. Depuis que les
Landes. Jusqu’à l’époque de Napoléon III, il mousquetaires ont brandi leurs épées, on élève
s’agissait d’une région peu peuplée à l’allure dé- des volailles dans le sud-ouest de la France : les
sertique. Les dunes mobiles, qui se déplaçaient à fameuses poules de maïs des Landes, mais aussi
une vitesse de 15 à 20 mètres par an, menaçaient des pintades, des canards, des oies, des dindes et
l’existence des rares villages. La principale voie de des chapons gras.
communication maritime était l’Adour, un fleuve
qui a toujours été décrit comme un « vagabond ca- Selon la vieille devise « Là où il y a du bon vin,
pricieux ». Avant le 9e siècle, l’affluent vers la mer il n’y a en principe pas de bonne nourriture », le
se trouvait à Capbreton, plus tard le fleuve s’est Bordelais a longtemps été sous-estimé par les
Le Potager du Roy
à Versailles
Louis XIV passait des nuits blanches : les travaux
de construction du château de Versailles n’avan-
çaient que lentement, la campagne contre les
Hollandais était un casse-tête, la capitale mal ai-
mée, Paris, était un nid puant aux ruelles sales. Et
pour couronner le tout, il n’y avait pas de figues
fraîches à la maison.
Sagement, comme il se doit pour un monarque, ses nouveaux privilèges : le 11 novembre 1688,
Louis décida de régler les problèmes par ordre le génial jardinier décéda. Louis XIV présenta ses
d’urgence : Versailles devait attendre - le magni- condoléances à sa veuve en ces termes : « Ma-
fique château ne fut achevé que lorsque le Roi-So- dame, c’est une perte irréparable ».
leil avait déjà 72 ans. La guerre avec les Hollan-
dais s’est terminée de manière à peu près hono- Au fil des siècles, des dynasties entières de jardi-
rable en 1678 avec la paix de Nimègue. niers ont laissé l’architecture du Potager inchan-
gée, remplaçant simplement les arbres fruitiers
Mais le plus important fut fait immédiatement : une fois tous les 90 ans. Même les révolution-
avant même de se tourner vers les Hollandais naires français, qui n’étaient pas tendres avec les
importuns, le Roi-Soleil ordonna en 1678 à son églises et les châteaux, n’ont osé louer des par-
« jardinier en chef », La Quintinye, de créer un po- celles à des particuliers que pendant cinq ans.
tager pour le bien des papilles royales. Ce dernier Il y a tout de même eu un changement inédit :
avait appris l’art de l’horticulture dans le sud de depuis que le Potager du Roi fait partie de l’Ecole
la France et en Italie et fut tellement séduit par les nationale d’horticulture, le jardin peut être visité
créations florales des maîtres locaux qu’il aban- certains jours. Pire encore : les légumes royaux
donna rapidement son premier métier, le droit... sont régulièrement vendus à des bourgeois or-
La Quintinye a transformé un terrain marécageux dinaires. Un fait qui aurait certainement provo-
en un jardin de fruits, de légumes et d’herbes aro- qué de vilains maux de ventre chez le Roi-Soleil
matiques à la manière du « jardin à la française » Louis ?
classique : pommes, herbes aromatiques et as-
perges y poussaient, soigneusement disposées Le Potager du Roi, 6 r. Hardy, 78000 Versailles
en douze carrés, autour d’une fontaine. Chaque Ouvert d’avril à octobre tous les jours
arbre et arbuste, chaque herbe, était contraint de 10h à 18h. www.potager-du-roi.fr
de suivre des formations de rangées strictement
géométriques, l’architecture du « jardin à la fran-
çaise » imposant qu’elles soient parallèles aux
lignes des bâtiments environnants. Et comme
la nature devait bien entendu se soumettre à un
Roi-Soleil, même les poiriers se transformaient
en haies savamment taillées sous les mains de La
Quintinye. Il n’était pas rare que le souverain lui-
même se promène dans le potager à ses heures
de loisir, parfois il taillait quelques arbres fruitiers
avec La Quintinye. En signe de reconnaissance, le
monarque anoblit le jardinier en 1687. La Quin-
tinye ne put toutefois pas jouir longtemps de
Alexandre Balthazar Laurent Grimod de La Rey- Considéré comme « le plus grand gourmand par-
nière, né le 20 novembre 1758 à Paris, n’a pas mi les savants et le plus érudit parmi les gour-
toujours eu la vie facile. Ses mains étaient estro- mands », Grimod de la Reynière est encore au-
piées, son écriture à peine déchiffrable. Juriste jourd’hui une référence.
de formation et avocat en exercice, il a même été
emprisonné à l’âge de 28 ans pour s’être expri-
mé sous forme de satire sur un poète. Pendant
les premiers jours de la Révolution française, il
se serait débrouillé comme vendeur de saucisses
et de chapeaux. Deux fois seulement, Alexandre
a eu vraiment de la chance : d’une part, il avait
déjà connu la grande cuisine dans sa jeunesse
grâce à sa riche famille, d’autre part, sa prison
était un couvent où l’on goûtait souvent et abon-
damment aux plaisirs de la gourmandise. Alors
que tout Paris s’extasiait devant un chef nommé
Carême, le critique de théâtre changea de métier,
écrivit désormais sur la nourriture et la boisson,
publia en 1802 l’Almanach des Gourmands et
inventa en même temps le blind test : tous les
mardis, son « Jury Dégustateurs » se réunissait
et attribuait des notes assez sévères aux traiteurs
et aux restaurateurs.
LE PREMIER RESTAURANT
Certes, on trouvait toujours quelque chose à vulgaire bouillon. En 1771, on peut lire dans les
manger quelque part. Ce n’est qu’en Europe que Tablettes Royales de la Renommée : « Les restau-
l’histoire du restaurant a commencé de manière rants sont les lieux où l’on est maître dans l’art
plutôt modeste. On cuisinait à la cour, comme de faire de véritables bouillons de force et où l’on
chez les Médicis, qui faisaient venir de grands a le droit de vendre toutes sortes de crèmes, de
cuisiniers italiens à Paris et aidaient ainsi la cui- soupes de riz et de pâtes, d’œufs frais et de cha-
sine française à se développer. Pour le peuple, il pons au gros sel... »
y avait des auberges avec des plats du jour et des
tavernes avec vente d’alcool. Ce n’est qu’en 1765 Le Beauvilliers est le premier etablissement raf-
que s’ouvrit, rue des Poulies (aujourd’hui rue du fine de Paris. Il ouvre ses portes en 1782: pas
Louvre), le singulier établissement d’un certain moins de 178 plats étaient proposés par l’Officier
Monsieur Boulanger. On y servait du « restau- du Bouche à ses clients, dont la cuisse de veau
rat », un bouillon de viande rassasiant : trois per- lardée aux épinards, la perdrix aux choux, le ca-
drix, deux chapons et un peu de viande de veau nard aux navets blancs ou les pâtés d’anguilles,
et de mouton étaient mis dans une marmite et de grives ou de bécasses. « Il fut pendant plus
mijotaient pendant une demi-journée. Boulanger de quinze ans le plus célèbre restaurateur de Pa-
proposait ce bouillon à ses clients avec quelques ris » loue le grand gastrosophe Brillat-Savarin :
autres plats - « Venez tous, nous allons vous « Il désignait un plat qu’il ne fallait pas prendre,
« restaurer » », disait sa réclame. La soupe po- un autre pour lequel il fallait se dépêcher, en com-
pulaire fut très bien accueillie, le succès rapide mandait un troisième auquel personne n’avait
de son établissement monta à la tête du premier pensé... ».
restaurateur : Boulanger se fit conduire par un
fiacre, s’habilla en grand seigneur et ne fréquen- La révolution a accéléré le développement du
ta plus que la grande société. Un effet similaire restaurant. Lorsque les cuisiniers privés de la no-
peut d’ailleurs encore être observé aujourd’hui blesse se retrouvèrent au chômage, ils durent se
chez certains jeunes cuisiniers parisiens après mettre à la recherche d’une nouvelle occupation.
l’obtention de diverses distinctions gastrono- Les 100 restaurants de 1789 étaient devenus 500
miques. L’idée de Boulanger a rapidement fait au début du 19e siècle - l’ « Almanach des Gour-
des émules : les « restaurants » ou « Maisons mands » de Grimod de la Reynière, premier pré-
de Santé » sont les noms des établissements qui curseur des guides gastronomiques, paraissait à
proposent bientôt des plats plus raffinés qu’un la même époque.
LA BAGUETTE
Une fois de plus, Napoléon avait eu une idée de la baguette est renforcée par le malt, le gluten et
génie. Ses soldats devaient devenir plus mobiles, la farine de fèves, et sa mie légère est obtenue par
ne plus transporter de miches de pain comme l’ajout généreux d’acide ascorbique..
provisions. Une baguette de pain pouvait très bien
être glissée dans le pantalon... C’est évidemment Jusqu’en 1986, le prix des baguettes était régle-
trop bien inventé pour être vrai, tout comme l’his- menté en France. En septembre 1993, le Premier
toire du « pain de l’égalité » qui a circulé après la ministre de l’époque, Édouard Balladur, a intro-
Révolution française. Les historiens situent l’an- duit par décret des règles strictes pour la fabrica-
cêtre de la baguette pour la première fois en 1654 tion de la « baguette de tradition française », pro-
dans les écrits de Nicolas de Bonnefons. Déjà tégée par la loi. Cette baguette spéciale ne peut
à l’époque, le pain appelé « pain de Gonesse » être fabriquée qu’à partir de farine de blé, d’eau,
était très blanc à l’intérieur, les Parisiens ont tou- de sel et de levure et doit être produite locale-
jours considéré cette couleur comme un signe de ment dans une boulangerie artisanale.
qualité. Au 18e siècle, la forme caractéristique de
la baguette est apparue pour des raisons prag- Les boulangers qui souhaitent fabriquer cette
matiques et peu militaires : le pain ainsi formé baguette traditionnelle doivent préparer eux-
cuisait plus rapidement, la surface du four était mêmes la pâte et ne peuvent pas utiliser d’addi-
mieux utilisée. Et les Parisiens aimaient la croûte, tifs alimentaires ou de ferments chimiques. Sont
dont le pain à la baguette regorgeait. L’image du autorisés : la farine de fèves (< 2 %), la farine de
Français avec une baguette sous le bras date des soja (< 0,5 %) et la farine de blé malté (< 0,3 %).
années 1920/30. La courte durée de conservation
et la forte consommation de pain entraînaient Depuis 1994, le « Concours de la meilleure ba-
un va-et-vient constant dans les boulangeries, ce guette de Paris » est organisé chaque année à Pa-
que vivaient également les touristes de passage. ris pour désigner le meilleur baguier. Le gagnant
La baguette telle qu’on la connaît aujourd’hui a de ce concours a l’honneur d’approvisionner le
été définitivement créée après la Seconde Guerre palais de l’Élysée - une reconnaissance de l’excel-
mondiale : en laminant la pâte plus rapidement lence de l’art de la boulangerie.
et plus longtemps, les boulangers auraient alors
créé un pain blanc plus volumineux et extraordi- La baguette ne fait pas seulement partie du pa-
nairement clair. Entre 1958 et 1968, les Boulan- trimoine de la boulangerie, elle est désormais
gers se sont équipés : pétrins à deux vitesses, considérée comme un « patrimoine culturel im-
fours rotatifs. On oubliait volontiers le fait que de matériel de l’humanité » selon l’Organisation
telles baguettes étaient certes plus blanches que des Nations Unies pour l’éducation, la science et
blanches comme dans les publicités pour les les- la culture (UNESCO), dont le siège est à Paris.
sives, mais qu’elles avaient rarement bon goût :
Mais pourquoi l’esthétique est-elle en train de luent avec le temps. Certains plats qui étaient
supplanter le goût ? Je dirais que la faute en in- autrefois très populaires peuvent sembler trop
combe à tout le monde : clients, critiques gastro- « intense » aux générations actuelles (gibiers,
nomiques, chefs, réseaux sociaux, tendances de lèvre à la royale, cassoulets). De plus en plus de
la société. clients rejettent l’origine animale de la nourriture.
Ils sont prêts à consommer du poisson et de la
Commençons par la pression médiatique et le viande, mais il ne faut surtout pas leur rappeler
marketing : à l’ère des réseaux sociaux, de nom- le simple fait qu’un animal a dû être tué pour
breux restaurants cherchent à créer des plats l’obtenir. Regardez les visages des adolescents,
visuellement impressionnants pour attirer l’at- qui sont les clients de demain, s’ils se trouvent
tention en ligne et générer des partages et des face à une tête de veau, de porc ou même une
« likes ». Les images de plats visuellement at- volaille entière devant une boucherie française ou
trayants circulent plus facilement sur les plate- italienne ! Et tout comme le client moyen d’un
formes de médias sociaux, attirant éventuelle- supermarché se laisse séduire par des pommes
ment davantage de clients dans le restaurant. et des tomates visuellement parfaites et laisse de
côté les légumes et les fruits bio ridés, croquants,
Puis, l’influence de la cuisine moléculaire : la mais aromatiques, il suit ses yeux plutôt que son
cuisine moléculaire, qui est devenue populaire sens du goût au restaurant.
au début des années 2000, a importé les additifs
et arômes industriels dans la cuisine. Les cuisi- Au final, il y a aussi l’économie du restaurant.
niers refusent d’informer les clients sur l’utilisa- Dans certains lieux, la priorité peut être de maxi-
tion des additifs, leur refusant ainsi un droit dont miser les profits en utilisant des ingrédients
ils jouissent pour chaque article individuel dans moins chers et en réduisant les coûts de prépa-
les supermarchés, même le moins cher. Ce n’est ration. Cela peut se traduire par une réduction de
pas très bon, et surtout pas bon pour la santé, la qualité des plats et du goût, mais une présen-
mais permet de créer des plats visuellement tation sophistiquée permet de masquer les éco-
étonnants. Et dans beaucoup de cas, cela peut nomies.
se faire au détriment du goût, car les ingrédients
peuvent être modifiés de manière à ce qu’ils ne Alors, le beau ou le bon ? Tout dépend de ce que
soient plus reconnaissables. l’on attend d’une visite au restaurant, mais pour
moi, la réponse est claire : les tableaux sont ma-
Le changement des goûts des consommateurs : gnifiques dans les musées et les galeries. En cui-
les goûts et les attentes des consommateurs évo- sine par contre, c’est le goût qui m’intéresse.
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bition.
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