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2
REMERCIEMENTS
3
Table des matières
1 INTRODUCTION...................................................................................................................................6
2 EMBRYOLOGIE ET HISTOLOGIE DU TISSU AMELAIRE ............................................................7
2.1 Développement dentaire normal
2.1.1 Stade de la lame dentaire
Stade des bourgeons dentaires
2.1.3 Stade de la cupule dentaire
2.1.4 Stade de la cloche dentaire
2.1.5 Stade de la couronne dentaire
2.1.6 Rhizagénèse
2.2 Structure et propriétés du tissu amélaire
2.2.1 Histologie de l’émail
2.2.2 Les cristaux d’hydroxyapatite
2.2.3 Prismes d’émail
2.2.4 Email interprismatique
2.2.5 Email aprismatique
2.2.6 Les structures classiques de l’émail
4
4.2.3 Type IIC :
4.3 Type Hypocalcifiée :
4.3.1 Type IIIA :
4.3.2 Type IIIB :
4.4 Type hypomature, hypoplasique et taurodontisme :
4.4.1 Type IVA : hypomature et hypoplasique
4.4.2 Type IVB : hypoplasique et hypomature
5
1 INTRODUCTION
6
2 EMBRYOLOGIE ET HISTOLOGIE DU TISSU AMELAIRE
Une zone de réflexion, située à la jonction entre les épithéliums adamantins interne et
externe, progresse en direction apicale et délimitera la future pulpe.
A la fin de ce stade, on trouve en regard de la papille éctomésenchymateuse, les améloblastes
dérivant de l’épithélium adamantin interne (RUCH, 2001).
Les cellules sont organisées pour former un tissu amélaire aprismatique, à proximité
de la jonction émail/dentine.
Elles sécrètent des protéines amélogénines et non amélogénines qui se minéralisent
immédiatement et sont déposées sur le manteau dentinaire (NANCI et GOLDERG, 2001).
9
• Améloblastes sécréteurs avec prolongements de Tomes :
A cette étape, on trouve des cellules de forme très allongées dont le noyau est
également allongé et possédant un unique nucléole.
A la fin de ces deux phases, les améloblastes auront sécrété la totalité de l’épaisseur du
tissu amélaire (GADHIA et coll, 2012).
Ce dernier est immature car constitué à 70% de substance organique (NANCI et
GOLDBERG, 2001).
• Améloblastes de maturation :
Les organites nécessaires à la sécrétion et présents dans les cellules diminuent en taille
et nombre.
Les cellules diminuent de volume, les prolongements précédemment décrits disparaissent et
elles présentent alors une variation morphologique de leur surface apicale qui, par période
cyclique, devient lisse ou plissée.
Ceux à surface plissée permettent les endocytoses nécessaires à la maturation amélaire.
Ces changements de morphologie permettraient également la neutralisation du pH de l’émail
immature ainsi que le transport de calcium servant à la croissance des cristaux
d’hydroxyapatite.
10
A la fin de cette étape, on est en présence d’un émail mature composé à 96% de
minéraux (NANCI et GOLDBERG, 2001).
• Améloblastes de protection :
2.1.6 Rhizagénèse
Le tissu amélaire est le tissu le plus minéralisé et le plus dur de l’organisme, il est
composé à 96% d’une phase minérale dont les principaux constituants sont les cristaux
d’hydroxyapatite.
Sa formation commence à la 14ème semaine in utero pour les dents temporaires, est
d’origine ectodermique et son édification se fait seulement durant le stade de la couronne
(ALLIOT-LICHT, 2012-2013).
L’émail est une structure non homogène, acellulaire, avasculaire et non innervée qui
recouvre la couronne des dents (ALLIOT-LICHT, 2012-2013 ; VOHA, 2016).
Son épaisseur varie en fonction de sa localisation et peut atteindre jusqu’à 2,5mm au niveau
des cuspides (VOHA, 2016).
Il est constitué de plusieurs parties :
12
2.2.2 Les cristaux d’hydroxyapatite
Ces cristaux dont une formule chimique est Ca10(PO4)6(OH)2 sont constitués de
faisceaux d’hydoxyapatites carbonatés disposés parallèlement.
Ils sont constitués de cristaux orientés dans des directions différentes permettant la
délimitation de 2 zones :
- le cœur du prisme
- la périphérie appelée gaine
13
• Stries de Retzius : ou lignes de croissance ; partent de la jonction amélo-dentinaire ;
représentent des phases de minéralisation moins importante durant l’amélogénèse (VOHA,
2016).
• Bandes d’Hunter-Schreger : traduisent le trajet sinueux des prismes jusque dans les
deux tiers internes de l’émail ; perpendiculaires à la surface amélaire ; elles peuvent être
claires, parazonies, ou sombres, diazonies (VOHA, 2016).
14
Figure 15 Coupe histologique des buissons d'émail VOHA, 2016
3 IMPLICATION GENETIQUE
Le gène ENAM code pour une protéine, ENAMELINE, intervenant dans la formation
de l’émail.
15
On dénombre 14 mutations pouvant être impliquées dans l’amélogénèse imparfaite,
survenant sur le locus 4q11-q21, sont à l’origine des formes hypoplasiques autosomique
dominante ou récessive. (KIM et coll, 2005 ; STEPHANOPOULOS et coll, 2005 ;
MENDOZA et coll, 2007 ; WRIGHT, 2006)
Dans la forme autosomique dominante, chaque cellule possède une copie du gène qui
est altérée. La protéine ENAMELINE produite, peut être créée dans une version plus courte et
donc anormale ou en quantité réduite.
Tandis que dans la forme autosomique récessive, deux copies du gène ENAM pour
chaque cellule sont touchées induisant la production d’une protéine anormale entrainant la
formation d’un tissu amélaire d’épaisseur fortement diminuée ou pouvant être complètement
absent.
Certaines de ces mutations entrainent la production d’une protéine anormale qui a des
conséquences dans la formation et l’organisation des cristaux d’émail. D’autres mutations
empêchent complètement la production d’amélogénine, la quantité insuffisante de cette
protéine a donc un impact sur la formation et la minéralisation de l’émail. Une mutation de ce
gène est donc impliquée dans les phénotypes hypoplasique, hypocalcifié et hypomature de
l’AIH (WRIGHT, 2006).
16
Les dents en denture temporaire et permanente peuvent être touchées. Elles apparaissent de
couleur marron-orangé et radiographiquement, on note une diminution de la densité du tissu
amélaire (WRIGHT, 2006).
17
3.6 Mutation du gène AMBN
Le gène DLX3 (distal less homeobox 3), localisé sur le chromosome 17. Lorsqu’il est
muté, peut-être dans certains cas l’étiologie d’une amélogénèse imparfaite, de type IV selon
WITKOP, soit hypoplasique, hypomature associé à un taurodontisme dont la transmission est
autosomique dominante (Genetics Home Reference).
Le gène situe sur le locus 8q24.3 est le gène FAM83H codant pour une protéine
impliquée dans le développement structural et la calcification du tissu amélaire.
Ce gène serait impliqué dans l’étiologie de l’AIH. Sa localisation dans la cellule et sa fonction
sont à ce jour encore inconnue. Contrairement aux autres gènes impliqués, ceui-ci ne serait
pas responsable de la production d’une protéine de la matrice extra-cellulaire (GADHIA et
coll, 2012).
18
De nombreux gènes et mutations peuvent être à l’origine de différents types
d’amélogénèse imparfaite.
Le gène étant le plus souvent impliqué est celui codant pour la protéine ENAMELINE.
La prévalence la plus importante est une mutation survenant sur ce gène, une copie du gène
altérée suffit pour entrainer une anomalie du tissu amélaire, la transmission sera alors
autosomique dominante.
Une mutation survenant sur le gène AMEL X serait quant à elle responsable de 5% des cas
d’amélogénèse imparfaite. La transmission est ici liée à l’X et les formes d’anomalies seraient
plus sévères chez les hommes.
Une amélogénèse imparfaite de type hypoplasique est définie par une diminution de la
quantité, voire inexistance, d’émail. Le tissu amélaire peut présenter des stries ou puits
alternées avec des plages d’émail normal. La minéralisation du tissu s’effectue correctement,
le tissu est donc dur et translucide mais d’aspect rugueux ou piqueté.
Ce type d’amélogénèse imparfaite n’est pas prédisposé à l’usure.
D’un point de vue radiologique, une différence apparaît entre émail et dentine. Il peut s’avérer
que des hypoplasies soient visibles radiographiquement (MOLLA et coll, 2005 ; GADHIA et
coll, 2012 ; METE et coll, 2012 ; PATEL et coll, 2013 ; SABANDAL et SCHAFER, 2016).
19
Il s’agit de la forme la plus fréquemment rencontrée. (WITKOP, 1989 ; BLOCH-ZUPAN
et MACHWIRTH, 1997)
Cette forme peut toucher seulement la denture temporaire ou les deux dentures.
Une béance antérieure peut être associée dans 50% des cas. Des dents incluses ou des
résorptions peuvent également être retrouvées.
Les femmes atteintes par cette forme d’amélogénèse imparfaite présentent des stries
verticales.
Dans 50% des cas, les personnes atteintes présentent une béance antérieure.
Une béance antérieure peut être associée dans 50% des cas. Des dents incluses ou des
résorptions peuvent également être retrouvées.
Il s’agit ici d’un défaut qualitatif. En effet, les dents atteintes de cette forme
d’amélogénèse présente une épaisseur normale, la différence est ici notée au niveau de la
dureté qui elle est diminuée (GADHIA et coll, 2012 ; METE et coll, 2012).
Les dents sont de couleur blanc crayeux à brun et radiologiquement, l’aspect du tissu
amélaire apparaît normal (MOLLA et coll, 2005 ; GADHIA et coll, 2012 ; METE et coll,
2012 ; SABANDAL et SCHAFER, 2016).
Les modes de transmission retrouvés ici sont : autosomique dominant, récessif ou liés
au chromosome X.
(BLOCH-ZUPAN et MACHWIRTH, 1997 ; PIETTE et GOLDBERG, 2001)
22
Figure 31 Orthopantomogramme d’un patient attaint d’AIH de forme hypomature
(SABANDAL et SCHAFER, 2016)
23
Figure 32 et 33 AIH hypomature pigmentée autosomique récessive (WRIGHT, 2007)
4.2.2 Type IIB :
Dans le cadre de ce type d’atteinte, il s’agit également d’un défaut qualitatif (METE et
coll, 2012). Ici, les dents apparaissent de couleur jaune-brune et sont sujettes à l’usure par
abrasion.
Sur des clichés radiographiques, on remarquera que l’émail est moins radio-opaque
que la dentine (MOLLA et coll, 2005 ; Gadhia et coll, 2012 ; SABANDAL et SCHAFER,
2016).
La transmission peut se faire par voie autosomique dominante ou récessive.
(BLOCH-ZUPAN et MACHWIRTH, 1997 ; PIETTE et GOLDBERG, 2001)
25
Figure 36 AIH hypocalcifiée (AYNA et coll, 2007)
Les patients atteints d’amélogénèse imparfaite sont sujets à développer des lésions
carieuses. En effet selon les cas, l’état de surface du tissu amélaire étant plus rugueux et
l’épaisseur d’émail pouvant être diminué, le dépôt bactérien se fait plus facilement et la
progression à travers le tissu est rapide.
De plus, ces patients se plaignent souvent d’hypersensibilités et de problèmes esthétiques,
leurs donnant l’impression que peu importe si l’hygiène bucco-dentaire est rigoureuse, rien ne
pourra arranger leur situation. Délaissant ainsi l’hygiène et l’entretien de leur cavité buccale,
un environnement propice au développement carieux s’installe.
Un diagnostic et une prise en charge précoce de ces patients sont donc essentiels afin d’éviter
toutes complications liées à leur pathologie, de soulager leur douleur et d’améliorer leur mode
de vie.
Afin de pouvoir établir le diagnostic d’amélogénèse imparfaite avec certitude ainsi que
le traitement le plus approprié, le praticien devra réaliser tous les examens nécessaires,
26
éliminer d’autres pathologies éventuelles, connaître la chronologie des évènements et se poser
des questions essentielles :
- Y a-t-il une répercussion familiale et présentent-ils les mêmes symptômes ?
- Est-ce que toutes les dents sont atteintes de la même manière ?
- Quel élément aurait pu modifier le métabolisme du sujet durant l’amélogénèse ?
• Conséquences d’origine traumatique : Lorsqu’un enfant subit un traumatisme sur une dent
temporaire, des répercussions peuvent survenir par la suite, comme par exemple, l’absence
d’éruption d’une dent adjacente ou encore des défauts amélaires.
Un impact sur le germe de la dent définitive se traduira par une atteinte du tissu amélaire.
(CRAWFORD, ALDRED, BLOCH-ZUPAN, 2007; GADHIA et coll, 2012).
27
Figure 6 Atteinte amélaire incisive permanente (Rouas et coll, 2010)
Figure 7 Lésion sévère sur molaire atteinte de MIH (Rouas et coll, 2010)
• Fluorose : due à l’ingestion de fluorures. Selon la période et les doses ingérées, les atteintes
varient et sont identifiées dans la classification de DEAN.
La fluorose peut être légère et se manifester par des taches blanches ou sévère dans ce cas, on
trouvera des taches plus étendues de couleur brune/noire.
Lorsqu’il s’agit de bandes blanches, cela correspondra à des périodes d’exposition au fluor
plus importantes (BLOCH-ZUPAN, MACHWIRTH, 1997 ; CRAWFORD, ALDRED,
BLOCH-ZUPAN, 2007 ; GADHIA et coll, 2012).
• Hypoplasies amélaires : peuvent être liées à une naissance prématurée, avant le 8ème mois
ou un poids inférieur à 1kg, à une carence en vitamine (A principalement) ou à une
malnutrition durant la période périnatale.
Elles peuvent être également associées à des pathologies systémiques, dans quel cas les
atteintes seront ponctuelles, sur la couronne des dents, leur importance varie selon la durée et
la période de l’atteinte causale. Lorsque cette dernière s’arrête, l’amélogénèse peut reprendre.
Dans le cadre de ces hypoplasies, on peut retrouver différentes maladies associées notamment
des néphropathies, des cardiopathies congénitales cyanogènes, des endocrinopathies ou
encore des troubles gastro-intestinaux (THAIANI, 2008).
28
Figure 8 Dentinogénèse imparfaite (Akhlaghi et coll, 2016)
Le but du système adhésif est de créer une interface entre la structure dentaire et le
biomatériau de restauration utilisé.
Ils établissent une liaison micromécanique et une liaison chimique entre le tissu calcifié et le
biomatériau. Une attaque acide est nécessaire à leur infiltration, ils doivent pénétrer à travers
les microrugosités des tissus dentaires afin de pouvoir établir un lien avec le biomatériau.
Différents types d’adhésifs sont à notre disposition, utilisés pour diverses indications.
Les systèmes adhésifs sont également opérateur-dépendant.
29
Les progrès scientifiques et technologiques ont permis d’améliorer les systèmes de collage
tout en conservant leurs principes fondamentaux, notamment le collage à la dentine. Ce
dernier reste néanmoins un challenge.
Le problème de l’adhésion au tissu dentinaire réside dans la complexité de ce dernier, les
progrès apportés ont permis d’améliorer cette adhérence, notamment à l’aide du principe de
mordançage total des tissus amélaire et dentinaire (NAKABAYASHI, 1984).
Les systèmes adhésifs requièrent plusieurs étapes : un mordançage à l’aide d’un acide, l’acide
orthophosphorique à 37%, de la dentine. Ces étapes permettant mouillage et pénétration de la
surface mais également l’infiltration de l’adhésif par le biais de micro-rugosités/porosités
créées par l’attaque acide, devant assurer une liaison étanche et adhérente avec le matériau de
restauration (BLUNCK, 2000).
L’adhésion aux tissus dentaires dépend également de leur structure. En effet, si cette
dernière est perturbée, l’adhésion le sera également comme dans les cas des amélogénèses
imparfaites (SCHMIDLIN, 2005).
On sait également que la qualité de l’adhésion à l’émail est diminuée avec l’utilisation
des SAM. L’étape de mordançage est essentielle, c’est pour cette raison qu’il est possible de
mordancer seulement les marges de tissus amélaire d’une préparation avant l’utilisation d’un
système auto-mordançant (BUONOCORE, 1955).
L’utilisation de nouveaux systèmes adhésifs, les systèmes dits « universels »
permettent quant à eux de traiter le collage à l’émail par un système M&R et le collage à la
dentine par un système SAM, procurant ainsi des valeurs de collage corrects sur l’émail tout
en évitant des sensibilités post opératoires sur la dentine
Lors de la réalisation d’un soin, du fraisage des tissus dentaires, on peut observer
l’apparition d’une couche de boue dentinaire. Cette dernière est décrite comme poreuse,
hétérogène et contient des bactéries. Son épaisseur varie selon le type d’instrumentation
utilisé. Une finition à la fraise bague rouge donne une boue dentinaire de meilleure qualité
propice à un meilleur collage
Afin d’assurer un joint de collage efficace et étanche au niveau de la dentine, une
étape de traitement par attaque acide (mordançage pour les M&R, primer pour les SAM) est
nécessaire afin d’éliminer la boue dentinaire (BLUNCK, 2000 ; DEGRANGE et
POURREYRON, 2009-2010).
30
Les systèmes M&R vont dissoudre cette boue dentinaire et ouvrir les tubules
permettant ainsi la pénétration de la résine adhésive au sein des tubules, au contraire des
systèmes auto-mordançants SAM qui infiltreront cette boue dentinaire.
Le collage au tissu dentinaire représente un challenge en ce qui concerne les progrès
des systèmes adhésifs. En effet, le collage à la dentine est difficile à assurer, on sait qu’une
attaque acide préalable prolongée rendra l’infiltration plus aléatoire. Se pose également la
question de la boue dentinaire et de son épaisseur lors de l’usage les systèmes auto-
mordançant car cette dernière pourrait perturber l’efficacité de l’adhésif (DEGRANGE et
POURREYRON, 2009-2010).
Les parois des cavités, après préparation, sont constituées de différents types de tissus
ayant des particularités qui leurs sont propres ce qui aura des répercussions sur la qualité de
l’adhésion et l’étanchéité du joint de collage.
On note donc la nécessité d’obtenir une liaison à l’émail de haute qualité afin de protéger au
mieux le joint imparfait dentine-adhésif.
Dans le cadre d’un tissu amélaire atteint d’amélogénèse imparfaite, on pourrait penser
que le collage puisse être altéré. En effet, la qualité du collage est réduite sur les dents
présentant des défauts de structure de l’émail.
Suite à cette étape, la structure du tissu amélaire se trouve modifiée, de façon similaire
à un émail sain, on trouve ici une structure typique après mordançage (SCHMIDLIN, 2005).
Lorsque les structures dentaires sont modifiées, le joint de collage l’est également.
Dans le cadre de ces pathologies touchant la structure de l’émail, il serait intéressant d’utiliser
un système adhésif auto-mordançant SAM dans le cadre de restaurations collées car ceux-ci
seraient moins agressifs mais présentent également leurs limites.
On peut en conclure que dans la plupart des amélogénèses imparfaites, le collage reste
satisfaisant, exceptés pour certaines formes (SEOW et AMARATUNGE, 1998 ;
SCHMIDLIN, 2005).
31
Il peut s’avérer que l’on procède à un pré traitement du tissu amélaire atteint à
l’hypochlorite de sodium en raison du taux important de protéines présentes pouvant réduire
l’efficacité du collage en empêchant un mordançage de qualité et une bonne pénétration de
l’adhésif (VENEZIE et coll, 1994).
Comme décrit précédemment, on sait que la qualité de l’adhésion sur un émail atteint
d’amélogénèse imparfaite est moindre, ce qui réduira la longévité des restaurations collées.
Dans le cadre de ce type de restaurations, on recherchera une adhésion au tissu amélaire ainsi
qu’au tissu dentinaire. Cette dernière est plus difficile à obtenir mais aucune étude n’a été
menée à ce sujet. Même si l’on considère que l’adhésion sur la dentine sclérosée est moins
efficace, notamment car les tubulis sont obturés empêchant la pénétration de l’adhésif.
Bien que les restaurations adhésives présentent leurs limites dans le cadre des amélogénèses
imparfaites, elles sont tout de même une des techniques de choix du fait d’une faible perte
tissulaire donc moins invasives mais également d’un point de vue financier, il s’agit d’une
réhabilitation plus économique (SCHMIDLIN, 2005).
Mais les difficultés à obtenir un joint de collage de qualité, peut tourner le praticien
vers des restaurations à base de couronnes conventionnelles scellées. Les avantages sont une
précision importante des couronnes ainsi que des résultats fiables sur le long terme. En
revanche, elles nécessitent une préparation plus mutilante de la dent, notamment au niveau de
la partie cervicale non atteinte où l’on va chercher à obtenir plus de rétention mécanique à
l’aide ‘un congé (SCHMIDLIN, 2005).
6.1 Anamnèse :
- Préjudice esthétique :
En raison de l’aspect de l’état de surface, de la forme et taille des dents ainsi que de leur position
et teinte, l’esthétique du sourire des personnes atteintes d’amélogénèse imparfaite est altéré
(WALTER, 1991 ; SIXOU et ROBERT, 1998 ; WILLIAMS et BECKER, 2000 ;
KOSTOULAS et coll, 2005 ; METE et coll, 2012 ; MILLET et coll, 2014 ; KALAIVANI et
coll, 2015 ; NASHAN et coll, 2016).
- Impact psycho-social :
Ces personnes sont sujettes à vivre un isolement social en raison de l’altération de leur estime
de soi. Ce sont des sujets qui ont tendance à perdre confiance en eux du fait de l’inesthétisme
de leur sourire, les contraignant à limiter les échanges avec autrui par peur des jugements
(SIXOU et ROBERT, 1998 ; WILLIAMS et BECKER, 2000 ; METE et coll, 2012 ; CHEN et
coll, 2013 ; NASHAN et coll, 2016).
Ils ont tendance à être plus anxieux, stressé, timides, mal à l’aise, se renferment sur eux-mêmes
et ont des difficultés à sourire. (WALTER, 1991 ; BOUVIER et coll, 1996 ; COFFIELD et coll,
2005)
32
Il s’agit d’une caractéristique qui se manifeste aussi bien chez les hommes que chez les femmes
et cela dès le plus jeune âge.
- Antécédents maternels :
33
Les intoxications médicamenteuses lors de la grossesse, notamment les tétracyclines, les
irradiations de la mère, les maladies microbiennes ou virales peuvent être à l’origine de troubles
du développement dentaire.
Ces antécédents sont multiples et variés, ils peuvent avoir des conséquences sur la formation
des dents définitives.
Il peut s’agir de :
- Traumatismes des dents temporaires ou de la face
- Carences vitaminiques ou nutritionnelles : vitamine A, B (trouble de la minéralisation),
C ou D.
- Maladies néo ou périnatales
- Problèmes médicaux du patient : les maladies systémiques éventuelles, les allergies, les
traitements médicaux
- Hygiène bucco-dentaire et antécédents dentaires : découragement à l’hygiène pour les
patients atteints d’AIH, retard ou précocité d’éruption, soins précédents réalisés, …
- Maladies de la petite enfance car elles peuvent perturber l’équilibre entre le phosphate
et le calcium pouvant entrainer des plages d’hypoplasie
- Habitudes alimentaires
L’examen clinique est un élément essentiel pour établir le diagnostic d’amélogénèse imparfaite.
En effet, celui-ci permet d’évaluer l’étendue de l’atteinte structurale, le nombre de dents
touchées, leur teinte et l’aspect de l’anomalie. Au cours de cet examen, on procèdera à un
sondage afin d’analyser la texture du tissu amélaire.
Chez un même patient, l’importance de la malformation amélaire peut varier d’une dent à une
autre.
Cet examen est complété par un examen radiographique mais ce dernier n’apporte pas
forcément plus d’informations pour poser le diagnostic.
Les patients atteints d’AIH peuvent présenter des perturbations de la morphologie faciale
caractérisées notamment par une asymétrie pouvant être dû à des anomalies du développement
cranio-faciale ou encore à une diminution de l’étage inférieur de la face pouvant engendrer une
perte de dimension verticale d’occlusion.
Le profil des sujets atteints est également examiné, on rencontre le plus fréquemment un profil
convexe due à une incidence importante de béance antérieur et des classes II squelettiques et
dentaires retrouvées chez ce type de patients.
34
Il n’existe que très peu de caractéristiques de l’examen fonctionnel pouvant être en relation
avec l’amélogénèse imparfaite mais celui-ci doit être mené consciencieusement.
Respiration et déglutition
Il faut apprendre à détecter une respiration buccale ou nasale ainsi que le mode de déglutition.
Une interposition linguale entre les lèvres ou dents peut être observée et serait inappropriée.
Parafonction
Cet examen sera complété par l’identification éventuelle d’éléments pouvant également entraver
l’occlusion et/ou entrainer des dysmorphoses telles que la succion du pouce ou de la tétine, des
difficultés à l’expression orale, un sommeil perturbé, … (WILLIAMS et BECKER, 2000 ;
COURSON et LANDRU, 2005)
Articulation temporo-mandibulaire
Leur teinte peut aller du blanc crayeux au brun en passant par le jaune foncé.
• Texture de l’émail :
Le tissu peut être mou, on pourra le percer à la sonde, de texture normale ou encore friable, se
détachant du tissu dentinaire.
On pourra identifier différents aspects des dents atteints : rugueux, poreux, piqueté, à couronne
neigneuse, avec des puits ou stries, des marbrures.
L’émail peut être fin voire inexistant dans certaines formes. On notera que l’on se trouve souvent
en l’absence de points de contacts inter-dentaires et occlusaux du fait du manque de tissu
amélaire. La morphologie des dents se trouvera donc perturbée.
35
Ces lésions peuvent être localisées sur n’importe quelle partie de la couronne dentaire : sur la
face vestibulaire, linguale, palatine, au collet, sur la face ou bord occlusale, …
(BLOCH-ZUPAN et MACHWIRTH, 1997 ; PIETTE et GOLDBERG, 2001)
La dentine semble normale en termes de texture, teinte et aspect dans le cadre des AIH, bien
que certaines découvertes tendent à penser qu’une atteinte du tissu amélaire et dentinaire
pourrait éventuellement être associée (BLOCH-ZUPAN et MACHWIRTH, 1997 ; PIETTE et
GOLDBERG, 2001).
- Etude de l’occlusion :
Lorsque l’on étudie l’occlusion statique, on observera des surfaces occlusales dépourvues, le
plus souvent, de volume cuspidien en raison de l’attrition dentaire (SIXOU et ROBERT,
1997 ; BOUVIER et coll, 1996).
On note également que la perte de dimension verticale d’occlusion est fréquemment
rencontrée dans les cas d’AIH de type hypomature et hypominéralisé, et peut engendrer une
augmentation de l’espace libre d’inocclusion (SEOW, 1993 ; SEGUN et OZER, 2002).
Une égression incomplète des molaires permanentes et une perte de dimension verticale
d’occlusion peuvent être liées (BANDON et coll, 2003).
L’examen dynamique de l’occlusion portera quant à lui sur l’analyse des mouvements
d’ouverture-fermeture, de latéralité et de propulsion afin d’identifier des symptômes
articulaires ou des interférences éventuelles. La perte de guidage peut être entraînée par
l’attrition dentaire (WALTER, 1991 ; BANDON et coll, 2003).
[Link] Parodonte
En raison d’un manque d’hygiène liée aux hypersensibilités éventuelles et à l’aspect des dents
inchangé après brossage, un grand nombre de patients atteints d’amélogénèse imparfaite
présente une inflammation gingivale généralisée.
Lors de l’examen clinique, il faudra procéder à un contrôle de plaque, un sondage et une
évaluation de l’état inflammatoire de la gencive.
- Contrôle de plaque :
On a pu constater que les patients atteints d’AIH présentent un indice de plaque généralement
plus élevé que la moyenne. Cet indice aura tendance à diminuer après réhabilitation adaptée
de la denture (LINDUNGER et SMEDBERG, 2005 ; MACEDO et coll, 2005).
36
Cela est souvent dû à l’abandon du brossage dentaire pour cause d’hypersensibilités
dentinaires ou encore à la rugosité de l’état de surface dans le cas de certains types d’AIH
(AYERS et coll, 2004).
Le contrôle de plaque peut s’effectuer à l’aide d’une sonde ou d’un révélateur de plaque.
- Sondage :
Afin d’établir un diagnostic de pathologie parodontale, l’examen clinique sera complété par
l’examen radiographique.
Les différentes maladies pouvant être rencontrées sont la gingivite et la parodontite.
Gingivite Parodontite
Saignement sans perte Perte d’attache
d’attache Profondeur de poche > 4mm
oedème gingival Signes inflammatoires
Hypertrophie/hyperplasie éventuels
gingivale +/- plaque, tartre
Présence de plaque, tartre Mobilité dentaire possible
A l’observation des clichés radiographiques, on notera dans le cas de parodontite une perte
osseuse contrairement à la gingivite.
Dans le cas des patients atteints d’AIH, la gingivite est souvent la conséquence d’un mauvais
contrôle de plaque et la présence de plaque, tartre (AYERS et coll, 2004).
On rencontrera davantage de gingivites chez les patients dont la forme d’AIH, hypoplasique le
plus fréquemment, entraine un état de surface rugueux, irrégulier (LINDUNGER et
SMEDBERG, 2005).
En ce qui concerne les parodontites, les sujets atteints d’AIH n’ont pas une prévalence plus
élevée que la moyenne.
37
[Link] Clichés rétro-coronaires
[Link] Orthopantomographie
La diversité d’examen radiologique nous permet d’avoir une vision globale et complète d’une
situation bucco-dentaire.
Cet examen est indispensable au diagnostic de l’AIH et les résultats permettent de révéler
différents éléments :
- Les accidents d’éruption : retard ou précocité
- Le manque de tissu amélaire voire son inexistence selon le type d’AIH
- Le contraste avec la dentine et sa diminution
- L’épaisseur et la structure de la dentine et du cément
- Les espaces inter-dentaires plus importants
- Les calcifications pulpaires
- L’anatomie radiculaire et son évolution
- Les cas de taurodontismes
- Les agénésies ou dents incluses éventuelles
38
- Le tissu osseux : état et quantité
(SEOW, 1993 ; WILLIAMS et BECKER, 2000 ; SENGUN et OZER, 2002 ; KOSTOULAS
et coll, 2005).
A l’aide de coupes histologiques, il est possible d’étudier des lésions et tissus mous mais
également les tissus dentaires durs atteints de pathologies éventuelles.
Dans le cadre de l’amélogénèse imparfaite, cette analayse nous permettra de confirmer le
diagnostic (KOSTOULAS et coll, 2005).
Dans le passé, ont trop souvent été réalisés sur de jeunes patients des traitements insuffisants
ou inappropriés. En conséquence, on pouvait noter le développement de lésions carieuses et
des pertes de substances dentaires importantes (AYERS et coll, 2004).
La prise en charge de ces patients consistaient souvent en l’avulsion de nombreuses dents et la
réalisation d’une prothèse amovible complète, la raison était un manque de matériaux adaptés
permettant le maintien des dents permanentes et temporaires saines sans complications
pulpaires (AYERS et coll, 2004).
39
5.4.1 Objectifs et traitement en denture temporaire et mixte
Les principaux objectifs du traitement d’un patient atteint d’AIH sont un diagnostic précoce,
la gestion de la douleur, la prévention mais également de restaurer, stabiliser les défauts
amélaires et d’assurer une maintenance rigoureuse (GADHIA et coll, 2012 ; MILLET et coll,
2014 ; SREEDEVI et coll, 2014).
[Link] Traitements
Tout traitement débute par une séance de motivation à l’hygiène bucco-dentaire et par des
conseils alimentaires. Il s’agira de sensibiliser l’enfant et ses parents à effectuer un contrôle de
plaque rigoureux et de lui transmettre les bonnes techniques d’hygiène. En effet, ceci
participera à la prévention de lésions carieuses et de maladies parodontales (GADHIA et coll,
2012 ; MILLET et coll, 2014).
Il est également conseillé au patient d’utiliser un dentifrice ayant une importante teneur en
fluor (GADHIA et coll, 2012).
En denture temporaire, il est judicieux de commencer par la pose de couronnes
métalliques préformées sur les dents postérieures, nécessitant une préparation de dépouille à
minima, elles permettent de conserver le maximum de tissus dentaires (CHEN et coll, 2013).
On sait également que les sujets atteints d’AIH présentent souvent une dimension
verticale d’occlusion diminué. La pose des couronnes préformées sur les dents postérieures va
participer au rétablissement d’une dimension vertical adaptée aux critères esthétiques et
fonctionnels du patient (MILLET et coll, 2009).
En ce qui concerne les dents antérieures, il est le plus souvent recommandé de réaliser
des composites par technique directe ou indirecte.
Les facettes indirectes en composite sont très utiles pour la prise en charge des enfants
notamment car elles nécessitent moins de temps au fauteuil et le résultat s’avère d’un
ésthétique convenable (AYERS et coll, 2004).
Mais les restaurations par composite présentent leurs limites. En effet, la longévité de
ces traitements est réduite. La sévérité de l’anomalie et des problèmes de collage à un tissu
amélaire défectueux en sont les raisons principales. Le mordançage sur l’émail étant moins
performant, la force de collage est par conséquent diminuée. L’interface entre la dentine et le
matériau d’obturation étant moins étanche, la liaison adhésive devient moins performante.
Il est également rapporté que des fractures des restaurations ou des tissus dentaires peuvent
survenir (MILLET et coll, 2017).
Durant cette phase initiale où il est important de temporiser et protéger les dents avant
de pouvoir réaliser la prothèse d’usage, il est possible de confectionner des coiffes préformées
en polycarbonate sur les dents antérieures et prémolaires.
Le scellement des couronnes préformées est réalisé avec du ciment verre ionomère (MILLET
et coll, 2017).
Quelque soit le stade de denture, il sera toujours important de tenir compte de divers éléments
comme :
- Le développement des maxillaires
40
- L’état de santé parodontal
- La compliance et les capacités du patient
(AYERS et coll, 2004)
Avant de procéder au traitement prothétique définitif, il est important que l’on soit en
présence d’un environnement bucco-dentaire sain et de tissus parodontaux qui le sont
également.
Il peut également s’avérer nécessaire de procéder à une phase de chirurgie d’élongation
coronaire sur certaines dents afin de rétablir une hauteur suffisante de rétention pour la future
prothèse ainsi que pour maintenir un parodonte sain une fois la prothèse d’usage réalisée mais
aussi pour des raisons esthétiques comme le rétablissement de l’alignement des collets ou
encore la correction de l’architecture gingivale (GADHIA et coll, 2012 ; SREEDEVI et coll,
2014 ; KALAIVANI et coll, 2015).
Le traitement prothétique définitif est réalisé lorsque le patient est en denture adulte stable,
que les problèmes orthodontiques et parodontaux fréquemment rencontrés ont été résolus.
Les prothèses le plus souvent réalisées sont des couronnes céramo-métalliques, cela varie en
fonction du patient et de la sévérité de l’atteinte. Elles seront particulièrement indiquées dans
le cadre d’AIH de forme hypomature ou hypocalcifiée car ce sont des situations dans
lesquelles les dents présentent des hypersensibilités dentinaires (MILLET et coll, 2013).
On s’oriente progressivement vers la réalisation de couronnes céramiques. Ces dernières sont
utilisées pour les dents antérieures car elles permettent de meilleurs résultats esthétiques en
raison de l’absence d’infrastructure métallique mais également car on note une meilleure
adaptation marginale, des préparations à minima et une biocompatibilité (KOSTOULAS et
coll, 2005 ; GADHIA et coll, 2012).
De plus, les progrès des matériaux et l’avènement de céramiques renforcées nous permettent
désormais d’utiliser ce type de couronnes sur les dents postérieures (KOSTOULAS et coll,
2005).
Ces prothèses sont collées à l’aide de ciment résine (KOSTOULAS et coll, 2005 ; Gadhia et
coll, 2012).
41
Des restaurations par prothèses fixées partielles telles que les facettes, inlays, onlays ou
encore overlays peuvent être envisagées.
En ce qui concerne les facettes, le plus souvent réalisées en céramique, l’objectif sera d’avoir
un meilleur résultat esthétique et d’assurer une certaine longévité des restaurations tout en
préservant le maximum de tissu dentaire sain (KOSTOULAS et coll, 2005. PATEL et coll,
2013). Leur indication ne se prête pas à toute les situations cliniques mais elles peuvent être
indiquées dans le cadre d’AIH de forme hypolasique (MILLET et coll, 2013).
Cependant des études ont montré que des problèmes d’adaptation marginale et de collage
peuvent apparaître (PATEL et coll, 2013).
Quant aux inlays, onlays et overlays, ils seront indiqués sur les dents postérieurs car ils
apportent une bonne protection à la dent face aux contraintes occlusales, ils nécessitent des
préparations a minima, permettent de protéger les tissus dentaires, notamment des sensibilités
dentinaires et peuvent également participer à une modification de la dimension verticale
d’occlusion (SENGUN et ÖZER, 2002 ; GEMALMAZ et coll, 2003 ; YIP et SMALES,
2003 ; CHEN et coll, 2013 ; PATEL et coll, 2013).
La patiente âgée 19 ans s’est présentée au service dentaire de l’hôpital Saint Roch à Nice en
raison d’un sourire inesthétique et de sensibilités dentaires.
Après réalisation de l’anamnèse médicale, n’ayant révélée aucune pathologie, du recueil des
antécédents familiaux, d’un examen clinique rigoureux complété d’examens radiologiques, le
diagnostic d’AIH a pu être posé.
Les traitements de la phase transitoire, permettant de protéger la denture temporaire, ont été
réalisés et un traitement orthodontique a été entreprit.
A l’examen exobuccal, aucune asymétrie faciale n’a été relevée, un équilibre des étages de la
face est à noter, la patiente présente un sourire dentaire.
En revanche, on a pu constater des milieux inter-incisifs décalés.
42
Photo de face
(Dr ATTIAS Florian, ancien interne en médecine bucco-dentaire au CHU de Nice)
Photo de face
(Dr ATTIAS Florian, ancien interne en médecine bucco-dentaire au CHU de Nice)
A l’examen endobuccal, on note que l’hygiène bucco-dentaire est perfectible, que toutes les
dents sont mises sous couronnes provisoires solidarisées, ces dernières étant en mauvais état.
En qui concerne le parodonte, on constate une inflammation généralisée.
43
Photo endobuccale en occlusion avec couronnes provisoires en place
(Dr ATTIAS Florian, ancien interne en médecine bucco-dentaire au CHU de Nice)
Suite à la dépose des provisoires, on constate un tissu dentinaire de couleur brune et de faibles
hauteurs coronaires notamment dans les secteurs postérieurs.
On note aussi l’absence de la 13 et des dents de sagesse.
Au maxillaire, l’arcade est en forme de U, les tissus gingivaux sont inflammés et volumineux
au niveau des espaces inter-proximaux. Certaines dents sont absentes : 18, 13 et 28.
On constate également que les préparations corono-périphériques ont été réalisées sur dents
vivantes, les limites étaient à ce stade peu visibles.
44
Photo endobuccale de l’arcade maxillaire sous couronnes provisoires
(Dr ATTIAS Florian, ancien interne en médecine bucco-dentaire au CHU de Nice)
L’arcade mandibulaire présente des similitudes quant à sa forme, l’était du tissu gingival et
des préparations. Les dents absentes sont ici les 38, 47 et 48.
La 37 présente une restauration occlusale, infiltrée en distal.
45
Photo endobuccale de l’arcade manbibulaire sous couronnes provisoires
(Dr ATTIAS Florian, ancien interne en médecine bucco-dentaire au CHU de Nice)
46
Orthopanthomogramme
La décision thérapeutique s’est orientée vers une réhabilitation prothétique comprenant des
couronnes céramo-métalliques sur toutes les dents, exceptées les 17 et 27 pour lesquelles la
rétention était un élément difficile à obtenir, c’est pour cette raison qu’un recouvrement par
des couronnes céramo-céramiques a été choisi.
Etapes de traitement :
47
1) Elongations coronaires des secteurs postérieurs à la mandibule et au maxillaire,
Retouche des préparations corono-périphériques et rebasage des provisoires après
élongations coronaires
48
49
50
2) Prise d’empreinte maxillaire en double mélange, mordus d’occlusion en cire moyco et
réalisation d’un nouveau provisoire maxillaire
51
52
3) Essayage et pose du nouveau provisoire maxillaire
53
4) Retouche des préparations corono-périphériques maxillaire sous anesthésie locale,
prise d’empreinte en wash technique après mise en place du fil de rétraction gingivale,
enregistrement des rapports inter-maxillaires à l’aide cire moyco
54
55
5) Essayage des chapes métalliques de secteurs postérieurs maxillaire : on note une
bonne adaptation cervicale mais une hauteur trop importante, l’occlusion a donc été
reprise afin de diminuer les hauteurs des chapes
56
6) Essayage des nouvelles chapes, choix de la teinte : la patiente tenait à avoir des dents
très blanches, elle a donc voulu que l’on s’oriente sur une teinte A1.
57
7) Essayages des couronnes céramo-métalliques et céramo-céramiques sur 17 et 27,
envoie au laboratoire pour procéder au glaçage
58
8) Essayage et scellement des couronnes définitives
59
Après avoir réalisé la prothèse définitive, des gouttières ont été réalisée afin de protéger les
dents et des contrôles réguliers ont été effectués.
60
7 CONCLUSION
L’amélogénèse imparfaite est une maladie héréditaire pouvant toucher la denture temporaire
et permanente.
La prise en charge de cette pathologie représente un réel challenge pour le praticien qui devra
tout au long du traitement gérer les différents aspects de la maladie aussi bien esthétique,
fonctionnel que psychologique.
Il s’agira d’une thérapeutique pluridisciplinaire faisant intervenir différentes spécialités afin
de fournir au patient la prise en charge la plus adaptée à son cas.
Afin d’établir un diagnostic précoce, il sera essentiel de questionner le patient et ses parents
dans le but de rechercher des cas similaires dans la famille. On procèdera également à un
examen clinique, radiologique et génétique qui permettront la confirmation du diagnostic.
Les informations concernant cette pathologie sont de plus en plus nombreuses et précises en
raison de l’avancée scientifique et des nouvelles découvertes. Une classification détaillée
établie par Witkop en 1989 permet de déterminer la forme de la maladie dont le patient est
atteint.
La prise en charge précoce des sujets atteints permet de procéder à un traitement plus aisé et
moins mutilant.
Les avancées scientifiques, technologiques et des matériaux ont permis également d’évoluer
concernant les techniques thérapeutiques.
On s’oriente petit à petit vers des traitements moins mutilants qui permettent de conserver un
maximum de tissus dentaires sains, notamment grâce aux techniques adhésives qui se sont
avérées efficaces sur l’émail affecté.
Au cours de l’établissement du plan de traitement, il sera important de tenir compte de la
coopération du patient et sa famille, de la sévérité de l’atteinte ou encore de la situation socio-
économique, afin de proposer au patient la thérapeutique la plus adaptée à sa situation.
61
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66
Serment d’Hippocrate
En présence des Maîtres de cette Faculté, de mes chers
condisciples, devant l’effigie d’Hippocrate,
67
Levana AYACHE
Résumé:
L’amélogénèse imparfaite héréditaire est une maladie pouvant toucher les dentures temporaire
et permanente.
De nombreuses mutations peuvent être à son origine et engendrent une anomalie structurelle
de l’émail pouvant se traduire sous différentes formes comme des hypoplasies,
hypominéralisations ou hypomaturations.
Une classification regroupant cette pathologie en 14 sous-types distincts a été établie en 1989
par WITKOP.
Dans le cadre de la prise en charge de cette maladie, il est primordial de faire diagnostic
clinique précoce complété par un diagnostic génétique.
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69