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QuantumMatterLectureNotes 2024

Ce document présente un cours sur les matières quantiques, mettant en avant l'émergence de nouveaux états électroniques et magnétiques dans la matière condensée, influencés par les interactions Coulombiennes. Il aborde des concepts tels que la topologie, les isolants topologiques et le magnétisme quantique, tout en intégrant des exercices pratiques pour familiariser les étudiants avec ces notions. Le cours se déroule sur 21 séances, combinant théorie et projets tutorés pour explorer les avancées récentes dans ce domaine.

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QuantumMatterLectureNotes 2024

Ce document présente un cours sur les matières quantiques, mettant en avant l'émergence de nouveaux états électroniques et magnétiques dans la matière condensée, influencés par les interactions Coulombiennes. Il aborde des concepts tels que la topologie, les isolants topologiques et le magnétisme quantique, tout en intégrant des exercices pratiques pour familiariser les étudiants avec ces notions. Le cours se déroule sur 21 séances, combinant théorie et projets tutorés pour explorer les avancées récentes dans ce domaine.

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Matières quantiques

Arnaud Ralko
Bibliographie

[1] P.W. Anderson, Science, New Series, Vol. 177, 4047 (1972).
[2] Gallais et Sacuto, cours sur le magnétisme,
http://mpq.u-paris.fr/?-Magnetisme-et-Supraconductivite-M2-CFP-\&lang=fr

[3] F. Mila, cours de “Physique du solide”, EPFL.


[4] L.P. Lévy, Magnétisme et supraconductivité (édition CNRS)
[5] D.C. Mattis, The Theory of Magnetism (2 volumes) (Springer)
[6] K. Yosida, Theory of Magnetism (Springer)
[7] R. M. White, Quantum Theory of Magnetism (Springer)
[8] D. Tong, “The quantum hall effect”, arXiv :1606.06687
[9] “Quantum Magnetism Approaches to Study Strongly Correlated Elec-
trons”,arxiv :9801294 (1998)
[10] Quantum mechanics, the key to understand magnetism, J. H. van Vleck,
Nobel lecture 1977.
[11] Michael Vogl, Pontus Laurell, Hao Zhang, Satoshi Okamoto and Gregory
A. Fiete , Phys. Rev. Research 2, 043243 (2020)
[12] T. Holstein and H. Primakoff, Physcal Review Letters 58, 1098 (1940).
[13] H. R. Gutierrez et al., Nano Lett. 8, 3447 (2013).
[14] M. Hasan and C. Kane, Rev. Mod. Phys. 82, 3045 (2010).
[15] Nagaosa N, Sinova J, Onoda S, MacDonald A H and Ong N P 2010 Rev.
Mod. Phys. 82 1539
[16] F. D. M. Haldane. Phys. Rev. Lett. 61, 2015 (1988)
[17] Kai Sun,
http://www-personal.umich.edu/~sunkai/teaching/Fall\_2012/phys620.html

[18] “Online course on topology in condensed matter”,


https://topocondmat.org/index.html

1
BIBLIOGRAPHIE 2

[19] Cours du collège de France sur les atomes froids, Jean Dalibard,
https://pro.college-de-france.fr/jean.dalibard/CdF/2014/

[20] M. V. Berry Quantal phase factors accompanying adiabatic changes,


Proc. Roy. Soc. London A 392, 45 (1984)
[21] The Aharonov-Bohm effect, Simon Wachter
https://ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/phys/theoretical-physics/itp-dam/documents/gaberdiel/proseminar\

_fs2018/06\_Waechter.pdf

[22] Pancharatnam, S. (1956), “Generalized Theory of Interference, and Its


Applications. Part I. Coherent Pencils”, in Proc. Indian Acad. Sci. A 44,
pp. 247–262.
[23] Mead, C. Alden & Donald G. Truhlar (1979), “On the determination of
Born–Oppenheimer nuclear motion wave functions including complications
due to conical intersections and identical nuclei”, in J. Chem. Phys. 70.5,
pp. 2284–2296.
[24] Bitter, T. & D. Dubbers (1987), “Manifestation of Berry’s topological
phase in neutron spin rotation”, in Phys. Rev. Lett. 59 (3), pp. 251–254.
Table des matières

1 Du trivial au topologique 8

1.1 What’s up doc ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

1.2 Etats triviaux : Métaux et isolants de bandes . . . . . . . . . . 12

1.2.1 Projection du Hamiltonien de Schrödinger . . . . . . . 12

1.2.2 Modèle de tight-binding . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

1.2.3 Exercice : Chaine d’électrons sans spins . . . . . . . . . 14

1.2.4 Exercice : Chaine d’électrons avec spins . . . . . . . . . 16

1.2.5 Gap et isolants de bande . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

1.3 Introduction à la topologie : Phases et jauges géométriques . . 19

1.3.1 Positionnement du problème . . . . . . . . . . . . . . . 19

1.3.2 La phase de Berry . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21

1.3.3 Courbure de Berry . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

1.3.4 Invariance de jauge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24

1.3.5 Exercice : Phase de Berry dans un jet de neutrons . . . 26

3
TABLE DES MATIÈRES 4

1.4 Effet Hall quantique entier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

1.4.1 Présentation du problème . . . . . . . . . . . . . . . . 28

1.4.2 La conductivité de Hall . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31

1.4.3 Connexion... avec la connexion . . . . . . . . . . . . . . 32

1.5 Isolants topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35

1.5.1 Quelques mots d’introduction . . . . . . . . . . . . . . 35

1.5.2 Le modèle de Haldane . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

1.6 Les isolants de Mott . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42

1.6.1 Echec de la théorie des bandes . . . . . . . . . . . . . . 42

1.6.2 Le modèle de Hubbard . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

1.6.3 Se familiariser avec le modèle de Hubbard . . . . . . . 47

1.6.4 Exercice : Modèle de Hubbard à 2 sites . . . . . . . . 49

2 Magnétisme quantique 51

2.1 L’interaction de Coulomb, encore et toujours . . . . . . . . . 51

2.2 Le modèle effectif de Heisenberg . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

2.2.1 Dérivation microscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

2.2.2 Considérations générales sur le modèle de Heisenberg . 58

2.3 Cas ferromagnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

2.3.1 Etat fondamental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

2.3.2 Etats exacts de basse énergie à 1 magnon . . . . . . . . 61


TABLE DES MATIÈRES 5

2.3.3 Exercice : Ondes de spins . . . . . . . . . . . . . . . . 64

2.3.4 Exercice : Holstein-Primakoff . . . . . . . . . . . . . . 65

2.3.5 Thermodynamique des ondes de spins . . . . . . . . . . 69

2.4 Cas Antiferromagnétique non frustré . . . . . . . . . . . . . . 72

2.4.1 Diérivation du Hamiltonien : . . . . . . . . . . . . . . . 72

2.4.2 Transformation de Bogolioubov : . . . . . . . . . . . . 75

2.4.3 Expression de l’état fondamental . . . . . . . . . . . . 79

2.4.4 Propriétés thermodynamiques . . . . . . . . . . . . . . 80

2.5 Liquide de spin topologique de Kitaev . . . . . . . . . . . . . 82

2.5.1 Passage aux fermions d’Abrikosov . . . . . . . . . . . . 84

2.5.2 Passage aux fermions de Majorana . . . . . . . . . . . 85

2.5.3 Hamiltonien de champ moyen . . . . . . . . . . . . . . 86

2.5.4 Résolution du Hamiltonien . . . . . . . . . . . . . . . . 88

3 Ce qu’on devrait savoir du magnétisme 91

3.1 Pourquoi le magnétisme ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91

3.2 Moment magnétique classique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

3.3 Précession de Larmor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95

3.4 Thermodynamique des moments magnétiques . . . . . . . . . 96

3.5 Le magnétisme purement classique existe-t-il ? . . . . . . . . . 97

3.6 Rappels sur le magnétisme atomique . . . . . . . . . . . . . . 98


TABLE DES MATIÈRES 6

3.6.1 L’électron sous champ magnétique . . . . . . . . . . . 98

3.6.2 Magnétisme atomique de N électrons . . . . . . . . . . 106

3.6.3 Règles de Hund . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107

3.6.4 Moments magnétiques localisés . . . . . . . . . . . . . 111

3.6.5 Champ cristallin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

3.7 Origine des transitions magnétiques . . . . . . . . . . . . . . . 118

3.8 Thermodynamique du magnétisme . . . . . . . . . . . . . . . 119

3.8.1 Champ moyen du ferromagnétisme . . . . . . . . . . . 121

3.8.2 Limitations de l’approche champ moyen . . . . . . . . 129

3.8.3 Champ moyen de l’antiferromagnétisme . . . . . . . . . 129


TABLE DES MATIÈRES 7

More is different

Ce titre d’un célèbre article de P. W. Anderson, prix Nobel de physique


de 1977 avec Nevill Mott et John Hasbrouck van Vleck ”pour leurs re-
cherches théoriques fondamentales sur la structure électronique des systèmes
magnétiques et désordonnés”, résume à lui seul la richesse des phénomènes
qui seront abordés dans ce cours. En substance, il signifie qu’une collection
de degrés de liberté (ici des fermions, donc des charges et des spins), lors-
qu’ils sont mis en interaction, possèdent une phénoménologie plus riche que
la somme de leurs propriétés individuelles.
Ce cours a pour objectif d’introduire quelques nouveaux états de la matière
quantique, aussi bien électroniques que magnétiques, de leurs origines quan-
tiques aux interactions, de leurs descriptions microscopiques aux phénomènes
collectifs. Après une introduction historique, un cheminement chronologique
sera développé pour plonger de plus en plus vers les propriétés quantiques
de la matière, en s’appuyant sur des exemples actuels rencontrés dans la re-
cherche moderne.
Ces illustrations seront abordées sous forme de projets tutorés et couvriront
toutes les avancées faites dans cette thématique depuis l’avènement de la phy-
sique quantique. Le cours et les séances de projets courront sur 21 séances de
1h30 durant lesquelles, après chaque phase de cours, l’étudiant mènera son
étude sur les exemples choisis afin de se familiariser non seulement sur les
nouveaux concepts, mais aussi pour apprendre les techniques sous-jacentes
utilisées et fréquemment rencontrées dans cette discipline.
Chapitre 1

Du trivial au topologique

1.1 What’s up doc ?

Dans ce cours, nous voulons mettre en avant l’existence de nouveaux états


électroniques de la matière condensée. Dans ces milieux denses, les interac-
tions Coulombiennes jouent un rôle déterminant, et la mise en collectivité
des degrés de libertés mis en jeux (électrons, spins, moments magnétiques,
phonons, etc) laissent émerger de nouvelles propriétés de la matière. La phy-
sique quantique est un terrain particulièrement propice à l’émergence de ces
nouveaux états de la matière, car elle exploite la possibilité de superpositions
d’états qui n’existent bien entendu pas au niveau classique.

Ces dernières années, nombre de nouveaux états ne pouvant pas être


décrits par les approches standards (théorie de Landau par exemple) ont
été découverts, les états topologiques, ouvrant ainsi un champ d’étude par-
ticulièrement riche et passionnant. Que l’on travaille avec des électrons,
des spins, ou dans les réseaux artificiels avec des bosons pour n’en citer
que quelques uns, ces états bousculent notre compréhension et laissent ap-
paraı̂tre de nouveaux mécanismes de stabilisation et de nouvelles propriétés
de prime importance pour de futures répercutssions. Alors que dans une
description classique nous définissons les états de la matière par symétries,
géométriques ou non, qu’ils possèdent, pour les états topologiques, ce sont

8
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 9

les aspects globaux du système qui sont en jeu, ou plus exactement les études
des déformations spatiales par des transformations continues (on comprendra
plus tard ce que cela signifie). Les répercussions sont immenses car de tels
Topologie
états sont dits robustes, et sont topologiquement protégées, ce qui signifie
qu’ils sont insensibles aux perturbations. Cela est souvent schématiquement
représenté par une tasse dite équivalent à un donut, comme le montre la fi-
Étude d'aspects globaux d'un système
gure [1.1]. On voit dans cette figure qu’en déformant continuement la tasse

Figure 1.1Plus– correctement


Déformation: continue
Étude desd’une
déformations spatiales
tasse avec par équivalent
un trou, des à
transformations continues
un donut.
(processus→adiabatique),
robustesse d'un état de la tasse au donut sans rien abı̂mer du
on passe
système (coupure, casse, bris), et qu’une seule quantité pertinente perdure, le
nombre de→trous
un état « topologiquement » protégé ne peut pas être perturbé
qui percent le système. Ici 1. Or, c’est ici qu’un changement
de paradigme a eu lieu, le fait que des systèmes de natures différentes, clas-
siques comme quantiques, peuvent être décrits par de nouveaux paramètres
d’ordre comme ces trous ainsi que l’illustre Fig. 1.2 pour le cas de l’effet Hall
Invariants
quantique que nous allons topologiques
détailler dans la suite. .

Figure 1.2Classes
– Représentation
topologiques définies parschématique
un nombre entier des états de Hall quantique en
http://www.nobelprize.org/
Ici : nombre de trous
fonction de la conductivité qui présentent des paliers. Chaque palier corres-
pond à une topologie différent que nous définierons dans la suite de ce cours.

Ayant dit cela, il ne nous reste alors plus qu’à défnir ce que sont ces
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 10

trous, et plus compliqué encore, trouver des paramètres d’ordre les met-
tant en évidence comme dans la théorie de Landau par exemple. Mais ci-
tons néanmoins quelques exemples qui permetront concrètement de voir ces
trous. Le premier exemple est celui d’une collection de moments magnétiques
en interaction sur un réseau bidimensionnel. Des états de basses énergies –
y
pas nécessairement les fondamentaux – peuvent laisser apparaitre des vor-
tex magnétiques. En fait, quand ceux-ci apparaissent, ils viennent en paires
de vortex /antivortex comme le montre la Fig. 1.3. . Dans un tout40autre

x 20

−20

−40
Figure 1.3 – Exemple de ”trous” dans un système de moments magnétiques
en interaction laissant apparaitre un vortex (n=+1, bleu) et un an-
(a) (b) −40
tivortex (n=-1, rouge) dans un film ferromagnétique (image issue de
−20 0

https ://arxiv.org/pdf/1712.05052.pdf).
FIG. 1. (a) Vortex–antivortex pair with equal skyrmion numbers. Red and blue colors signify posi
contexte, celui de lamsupraconductivité,
magnetization il existe aussi
z , respectively. (b) Trajectory devortex.
of the telles singularités
Natural units of length.
dans l’ordre supraconducteur contenant un nombre entier de quanta de flux,
comme le montre le réseau de vortex dans le composé NbSe2 de la Fig. 1.4. .
The polar angle of magnetization ✓ is a hard mode force Fvi = D̂ii Ṙi , where D̂i
Il pinned
nous fautatdonc
✓ =définir
⇡/2. une description
At low energies,microscopique
the system des électrons
is ef- withpour
matrix elements such as
des systèmes possédant un grand nombre de degrés
fectively an XY ferromagnet [19] parametrized by the de liberté, et les traiter
For magnetization lying prima
au niveau quantique,
azimuthal afin de pouvoir établir un
angle of magnetization (r, t) with energycatalogue de ces nouveaux
(cos , sin , 0), Eq. (4b) yield
R
états U
quantiques,
= h d2 ret de les
A|r répertorier
|2 /2. A statepar
with desNparamètres
vortices has d’ordres pertinents.
En particulier, nous mettrons donc en évidence ce que l’on appelle de nos Z ✓ ◆
N 2 @
X
jours les états triviaux, caractérisés par desy brisures
Yi DXi Xi ⇡ ↵|J |h d r
spontanées de symétries
(r) = n arctan , (6)
i Landau, ou encore les états topologiques
@Xi
usuelles comme dans la théorie de x X i
i=1
que nous venons de mentione. Pour cela, nous allons nous placer en seconde
On symmetry grounds, we e
where Ri = (Xi , Yi ) is the location of the ith vortex and
D̂ii = Dii 1̂, with a scalar visc
ni 2 Z is its vorticity, usually ni = ±1. The e↵ective
description breaks down inside vortex cores—circular re- Z
↵|J |h
gionspwith the size on the scale of the exchange length Dii =
2
= A/K, where m comes out of the easy plane.
Gyroscopic and potential forces acting on vortices are The integral diverges and requ
well understood. The gyroscopic density in (4a) comes r ! Ri and r ! 1. The long
from core regions, where m does not stay in a fixed plane size [5]; the short-range cuto↵
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 11

Figure 1.4 – Cristal de vortex dans un supraconducteur NbSe2 par imagerie


magnéto-optique à T = 4.3K. Thèse de doctorat de D. Denisov (2007).

quantification qui nous permettra de traiter les systèmes quantiques du point


de vue grand-canonique, là où le nombre de particules peut varier. C’est
particulièrement pertinent pour notre analyse quand le dopage est un facteur
déterminant dans l’émergence d’états non-conventionnels.

Mais tout d’abord, nous allons illustrer cette notion de nouvel état quan-
tique de la matière par le fameux exemple de l’effet Hall quantique. Cela nous
permettra d’introduire la notion d’ordre topologique, ce qui nous sera utile
non seulement pour les exemples de systèmes de fermions que nous verrons
dans la suite, mais aussi pour les systèmes magnétiques qui en sont un des
terrains privilégiés.

Nous aborderons ensuite dans ce chapitre la description microscopique


des électrons en seconde quantification, libres d’abord, puis en présence d’in-
teractions. Nous montrerons dans un premier temps l’existence d’états iso-
lants exotiques dits topologiques, caractérisés par des nombres quantiques
conservés qui ne sont pas reliés à des brisures de symétries comme c’est le
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 12

cas des paramètres d’ordre dans la théorie de Landau, pour des électrons
libres. Pour cela nous introduirons une nouvelle grandeur appelée le nombre
de Chern, invariant topologique relié à la courbure de Berry.

Dans un second temps, nous aborderons microscopiquement les interac-


tions coulombiennes en introduisant le modèle de Hubbard et montrons, en
opposition aux isolants topologiques, qu’un autre type d’isolants dits de Mott
peut émerger à forte interaction. Ces isolants sont aussi à l’origine de nombre
de nouveaux états quantiques de la matière, comme les liquides de spins qui
représentent un des axes majeur des études du magnétisme quantique dans la
matière condensée actuelle. Nous détaillerons comment obtenir des modèles
magnétiques quantiques microscopiques à partir du modèle électronique de
Hubbard parent, et introduirons dans les systèmes antiferromagnétiques com-
ment les excitations collectives peuvent être vues en terme de quasi-particules
non-conventionnelles ayant des nombres quantiques fractionnaires. Nous dis-
cuterons alors de leurs propriétés.

1.2 Etats triviaux : Métaux et isolants de bandes

1.2.1 Projection du Hamiltonien de Schrödinger

Dans le cadre de la seconde quantification, donnons l’expression du Ha-


miltonien d’un système d’électrons sans interaction en seconde quantification.
Le Hamiltonien de Schrödinger pour un système de N fermions identiques
sans spins s’écrit
XN XN
P̂i2
H = + V (⃗ri ) = hi
i=1
2m i=1

On voit ici que le Hamiltonien dépend explicitement du nombre de particules


N . C’est justement ce que nous voulons éviter. Comme chaque particule est
indépendante, on appelle ϕa (⃗ ri ) l’état propre de nombre quantique a de la
particule i telle que hi ϕa (⃗
ri ) = Ea ϕa (⃗ ri ).

D’après la propriété des fermions, la fonctions d’onde à N corps s’écrit


facilement à partir des états individuels comme un déterminant de Slater de
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 13

ceux-ci. Bien entendu cela n’est vrai que si les particules sont indépendantes !

La seconde quantification nous dit alors qu’à chaque création d’une parti-
cule par un opérateur c+α , une distribution de matière ϕα (⃗
r) est associée. On
peut donc définir n’importe quel état à une particule par une combinaison
linéaire de la forme
X
|f (x)⟩ = ϕ∗α c+
α |0⟩ (1.1)
α

et on peut calculer les éléments de H dans ces états :


X P̂ 2
⟨f |H|f ⟩ = ⟨α| + V (⃗r)|α′ ⟩c+
α cα ′
α,α′
2m
X
= −t c+
α cα ′ (1.2)
α,α′

avec t appelée l’intégrale de saut car


Z !
2

−t = ϕ∗α (⃗r) + V (⃗r) ϕα′ (⃗r)d⃗r. (1.3)
2m
Ce terme est directement relié aux propriétés physiques du systèmes, les
atomes mis en jeu et donc les termes du Hamiltonien de Schrödinger. En
l’écrivant ainsi, on voit que le Hamiltonien ne dépend plus explicitement de
N , mais des états quantiques α ! En général, on traite t comme un paramètre
libre, bien que pour des problèmes spécifiques, on puisse évaluer l’intégrale
pour l’associer à un composé par exemple.

La présence de l’impulsion dans l’équation montre que les électrons pour-


ront être dans des orbitales différentes selon les systèmes, et donc l’intégrale
de saut changera selon le modèle. Il se peut même que selon la géométrie
du problème, les électron ne puisse pas ”sauter” de la même manière dans
toutes les directions si les orbitales ne sont pas symétriques.

1.2.2 Modèle de tight-binding

On se place dans le cas d’un réseau constitué de N sites. On sait en


amont que des électrons peuvent peupler le système de complètement vide
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 14

(pas d’électron sur aucun site) à complètement plein (2 électrons par site).
Dans notre cas, la fonction d’onde d’un électron individuel est localisée autour
de son noyau i avec la fonction d’onde ϕi (r) (correspondant par exemple à
une orbitale s). Le nombre quantique i est ici l’indice de site signifiant que
l’action de c+iσ sera de créer une telle particule, localisée en i, de distribution
ϕi (r) et de spin σ.

Il est évident que la distance entre deux sites i et j conditionne absolument


le résultat de l’intégrale de saut, car les fonctions d’onde à longue distance
s’écrasent exponentiellement ! Il est même général que la différence entre deux
sites proches voisins et seconds voisins soit déjà de plusieurs ordres de gran-
deurs plus petite. Ainsi, une très bonne approximation est de ne considérer
que les termes premiers voisins, et parfois si les observations expérimentales
l’indiquent ou que les calculs le montrent, considérer les sauts seconds voisins.

C’est le Hamiltonien tight-binding qui s’écrit comme


X
H = −t c+
i,σ cj,σ . (1.4)
⟨i,j⟩,σ

Le signe ”-” devant le terme de saut t indique que l’on gagne de l’énergie
à délocaliser les électrons. La somme court sur les paires premiers voisins.
L’action de cet Hamiltonien est donc de faire sauter un électron de spin σ
sur un site j vers un site proche voisin i : il tend en effet à délocaliser. C’est
ce qui va donner naissance aux bandes.

Afin de bien en comprendre la mécanique, nous allons l’illustrer avec


l’exemple ci-dessous.

1.2.3 Exercice : Chaine d’électrons sans spins

On considère une chaı̂ne de N atomes sur lesquels des électrons peuvent


être ajoutés ou retirés par un processus physique. On appelle ça le remplis-
sage, ou dopage. On se propose d’étudier le modèle tight-binding et de com-
prendre les propriétés des états électroniques dont tous les spins seraient po-
larisés, c’est à dire qui ne joueraient pas de rôle dans les propriétés physiques
du systèmes. On peut dans ce cas négliger ce degré de liberté et travaille sans
des fermions ”spinless”.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 15

1. Ecrire le Hamiltonien tight-binding de ce modèle pour une chaine


de N sites, avec conditions de bords périodiques, et pour des sauts
homogènes et isotropes.
2. On s’intéresse aux propriétés d’un seul électron, comme la fonction
d’onde multicorps sera donnée par un simple déterminant de Sla-
ter en l’absence d’interactions. Lister les états de l’espace de Hilbert
pour N = 4, en les représentant graphiquement, en représentation du
nombre d’occupation, et en fonction des opérateurs de créations.
3. Donner alors une représentation matricielle du Hamiltonien.
4. Le diagonaliser et donner les energies propres avec leur vecteur propre
associé.
5. Nous allons à nouveau le diagonaliser, mais cette fois-ci à l’aide d’une
transformée de Fourier. Définir la TF des opérateurs fermioniques.
6. Remplacer dans le Hamiltonien et donner l’expression de la relation
de dispersion ϵq .
7. Montrer que pour N = 4, on retrouve bien les énergies obtenues par
la première méthode.
8. Montrer que les vecteurs propres obtenus sont aussi bien ceux de la
premières méthode et expliciter quelle est l’impulsion correspondante
pour chacun d’eux.
9. Au demi remplissage pour un système de N sites, le système est-il
métallique ou isolant ?

On veut à présent monter comment le système peut devenir isolant de


bande. Supposons qu’un environnement atomique du type A-B-A-B-A-B...
soit présent dans le système de telle manière que lorsqu’un électron est sur
un site A,une énergie d’interaction est +λni , et sur les sites B de −λni , avec
ni l’opérateur nombre de fermion sur le site i valant 0 ou 1.
1. Ecrire le nouvel Hamiltonien en présence de ce terme potentiel.
2. Le réseau est-il encore un réseau de Bravais ? Combien de sites par
maille unité faut-il définir pour qu’il le soit ?
3. En prenant en compte la question précédente, introduire les opérateurs
adéquats pour récrire le hamiltonien dans la base de Fourier (il faudra
bien entendu faire la TF des opérateurs ainsi définis).
4. Donner alors l’expression de la matrice 2x2 à diagonaliser.
5. Quels sont les nouvelles énergies propres et vecteurs propres ?
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 16

6. Pour N = 4, quels sont les vecteurs d’ondes accessibles ? Comment


cela se compare-t-il avec le cas sans interaction de la partie précédente
quand λ = 0 ? On appelle se phénomène ”repliement de bandes”, dû
au fait que l’on a augmenté la maille unité.
7. Que se passe-t-il alors quand λ ̸= 0 ?

1.2.4 Exercice : Chaine d’électrons avec spins

On se propose à présent d’étudier le modèle tight-binding et de com-


prendre les propriétés des états électroniques en présence du spin.

1. Dans le cas du remplissage à 1 seul électron sur 4 sites avec conditions


de bords périodiques, écrire la matrice Hamiltonienne.
2. Quelles sont les valeurs propres que peut prendre l’énergie ? On peut
diagonaliser par bloc, analytiquement ou numériquement. Donner les
vecteurs propres correspondantes.
3. Quelle est la probabilité de trouver l’électron sur chacun des sites dans
l’état up puis l’état down pour chacunes des énergies propres.
4. Définir la zone de Brillouin du système en explicitant les vecteurs
d’onde pour un système à N sites.
5. A l’aide d’une transformée de Fourier des opérateurs de création et
d’annihilation d’un spin σ définie comme
1 X iq.ri
ciσ = √ e cqσ (1.5)
N q

montrer que le Hamiltonien se diagonalise sous la forme


X
H= ϵ(q)c+
qσ cqσ (1.6)

où ϵ(q) est appelée la relation de dispersion et correspond à une bande


électronique.
6. Retrouver pour N = 4 les résultats de la question (2).
7. Montrer enfin que les états propres du système correspondent à des
états délocalisés d’impulsion q.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 17

8. Donner tous les états à 2 électrons de spin total S = 1 possibles que


l’on peut construire à partir de ces solutions à un électron et donner
leur énergie correspondante.
9. Toujours dans ce secteur de spin S = 1, construire la matrice Hamilto-
nienne de tight-binding en prenant garde à bien définir une convention
de signe. La diagonaliser numériquement et retrouver les énergies at-
tendues.

1.2.5 Gap et isolants de bande

La relation de dispersion dépend fortement de la géométrie du système


et du type de matériau. Le cas de la chaı̂ne est le cas le plus simple que
l’on puisse envisager, mais en fonction du nombre d’atomes par maille, de
leur agencement à l’intérieur de celle-ci, et du réseau de Bravais du système,
on peut avoir des relations de dispersions à plusieurs indices, c’est à dire
ϵα (⃗k), avec α l’indice de bande. Par exemple en figure (1.5) est montrée la
structure de bande d’un composé bidimensionnel WS2. Le composé a une
structure complexe et son réseau de Bravais est un réseau en nid d’abeille
dont la maille unité possède une structure compliquée d’atomes. Selon la
théorie des liquides de Fermi, ⃗k est un bon nombre quantique et est donc
conservé. On peut donc mettre par point ⃗k deux électrons, un de spin ↑
et un de spin ↓. Pour un dopage donné, un remplissage, l’énergie totale du
système est l’énergie de Fermi EF , d’impulsion ⃗kF . Dans la figure (1.5), on
voit que l’énergie de Fermi tombe exactement au demi remplissage, toutes
les bandes du bas sont remplies. Or, entre le point le plus haut des bandes
remplies et le point accessible le plus bas des bandes suivantes, il y a un gap
Eg . Promouvoir une excitation électronique d’un état occupé vers un état
libre nécessite donc d’apporter une énergie plus grande que Eg . Le système
est donc un isolant de bande ! En effet, les électrons sont gelés dans le
liquide de Fermi, ils n’ont pas de possibilités de transitions tant que l’énergie
Eg n’est pas dépassée. Une fois celle-ci vaincue, l’excitation correspondante
sera une paire électron-trou. Nous n’étudierons pas leurs propriétés ici mais
il est bon de le savoir.

Avec l’avènement des systèmes topologiques possédant donc des gran-


deurs conservées qui ne sont pas reliées aux brisures de symétries comme
2D device fabrication. This method was also used in our laboratory to produce thin films of other

metal dichalcogenides such as WSe2, MoSe2, MoS2, NbS2 and NbSe2 with diverse electronic

properties that are currently under investigation.

CHAPITREFIGURES:
1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 18

Figure 1. (a & b) top and cross-section view of the WS2 atomic structure. (c) Brillouin zone for
Figure 1.5 – (a,b) Vue du haut et de côté de la structure atomique de WS2.
WS monolayer. (d) & (e) Electronic band structure (right) and Total density of states (left) for
2
(c) la zone de Brilloin du WS2 mono-couche. (d,e) Structures de bandes et
leur densité thed’états
WS bulk and monolayer, respectively.
2
pour WS2 bulk (gauche) et monocouche (droite). Figure
tirée de [13].

dans la théorie de Landau standard, les isolants de bandes sont11 parfois ap-
pelés de nos jours états triviaux. Attention, cela ne veux pas dire que leurs
propriétés ne sont pas intéressantes ! On peut cependant se poser la question
des ingrédients microscopiques nécessaires à prendre en compte pour obte-
nir ces nouveaux états topologiquement non-triviaux. Comme nous l’avons
déjà évoqué, les fortes interactions peuvent être un élément clés pour cer-
tains d’entre eux, d’où la focale sur le magnétisme de ce cours comme cela
sera abordé dans la suite. Mais avant cela, continuons notre excursion des
systèmes électroniques et montrons que des états de Chern peuvent aussi
apparaı̂tre dans des systèmes sans interactions et même mieux, sans champ
magnétique !
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 19

1.3 Introduction à la topologie : Phases et


jauges géométriques

1.3.1 Positionnement du problème

Le champ magnétique de l’expérience de Hall constitue un paramètre


extérieur qui entraı̂ne une évolution adiabatique du système, comme c’est
souvent le cas en classique et en quantique. Il existe de nombreux paramètres
extérieurs, bien entendu. Parmi ces évolutions adiabatiques, une est d’impor-
tance capitale dans notre cas, celle des “trajectoires fermées” des paramètres
extérieurs, c’est à dire celles telles que ces paramètres, représentés de manière
générique par le vecteur λ, évoluent lentement de l’instant 0 à l’instant T de
manière à ce que
λ(0) → λ(t) → λ(T ) = λ(0) (1.7)

On peut alors penser que naturellement le système étudié à l’instant T


sera dans le même état que celui à l’instant 0. Cependant le résultat est parfois
plus complexe que la simple identité. C’est cette anholonomie, cette possi-
bilité qu’ont certaines variables de ne pas revenir à leur valeur initiale alors
que les paramètres qui contrôlent leur mouvement parcourent un cycle fermé,
que nous allons mettre en avant ici, principalement au cas quantique. Cela
va nous permettre d’aborder la notion de phase de Berry et de générer ainsi
l’équivalent d’une phase Aharonov-Bohm même si la particule ne possède pas
de charge électrique.

Considérons un système quantique décrit par H(λ) dépendant d’un pa-


ramètre continu λ. On suppose pour le moment que ce paramètre est contrôlé
par un opérateur extérieur au système. Ce peut être un nombre réel ou un
ensemble de nombres réels, d’où la notation vectorielle.

Pour chaque valeur de λ, on suppose connu les états propres |ψn (λ)⟩ de
H(λ) et d’énergies propres En (λ) tels que
H(λ)|ψn (λ)⟩ = En (λ)|ψn (λ)⟩ (1.8)
On suppose enfin que les états propres |ψn (λ)⟩ forment une base orthonormée
de l’espace de Hilbert quelque soit λ.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 20

On cherche à déterminer l’évolution dans le temps de |ψ(t)⟩ du système


quand le paramètre λ dépend lui aussi du temps et qu’il varie lentement.
Cela signifie concrètement que les niveaux d’énergies associés En (λ) sont
dans l’approximation adiabatique et que si le système est préparé dans un
état ψl , il le reste avec une probabilité voisine de 1 au cours de l’évolution
des paramètres au cours du temps [19].

A chaque instant t, on décompose le vecteur d’état |ψ(t)⟩ sur la base des


états propres de H[λ(t)] :
X
|ψ(t)⟩ = cn (t)|ψn [λ(t)]⟩. (1.9)
n

L’évolution temporelle s’obtient à l’aide de l’équation de Scrödinger :


d
iℏ |ψ(t)⟩ = H[λ(t)]|ψ(t)⟩ (1.10)
dt
On remarque que le membre de gauche fait intervenir des termes
d d
[cn |ψn (λ)⟩] = ċn |ψn (λ)⟩ + cn |ψn (λ)⟩
dt dt
dλ d
= ċn |ψn (λ)⟩ + cn |ψn (λ)⟩
dt dλ
= ċn |ψn (λ)⟩ + cn λ̇|∇ψn (λ)⟩ (1.11)

En regardant terme à terme, on arrive finalement au système vérifié par


les coefficients cn (t) :
X
iℏċn = En (t)cn (t) − ℏ cl (t)αn,l (t) (1.12)
l

avec
 
d
αn,l (t) = i⟨ψn | |ψl ⟩ = iλ̇ · ⟨ψn (λ)|∇ψl (λ)⟩ (1.13)
dt

Il est intéressant de noter que cette grandeur αn,l (t) caractérise une vitesse
correspondant à combien varient les vecteurs propres de H(λ).
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 21

1.3.2 La phase de Berry

Pour établir ces notions particulièrement fondamentales, nous allons suivre


des étapes proches de celle de Berry dans son article original de 1984 [20].
Les travaux sont très récents au regard de la physique quantique, et on peut
noter que des travaux précurseurs sur les phases géométriques existent dans
différents domaines de la physique comme par exemple les travaux de Pan-
charatham (1956) en optique [22] qui s’intéressait à la polarisation de la
lumière traversant une série de polariseurs ou de Mead et Truhlar (1980) en
physique moléculaire [23] qui ont introduit la notion d’effet Aharonov-Bohm
moléculaire.

On suppose donc notre système H[λ(t)] préparé au temps initial t = 0


dans un état propre du Hamiltonien ψl . On suppose de plus que l’approxi-
mation adiabatique s’applique et que le système reste dans cet état à chaque
instant :
X
|ψ(t)⟩ = cn (t)|ψn [λ(t)]⟩ ≃ cl (t)|ψl [λ(t)]⟩ (1.14)
n

Le coefficient cl (t) satisfait donc à l’équation différentielle vue plus haut :


h i
iℏċl = El (t) − iℏλ̇ · ⟨ψl |∇|ψl ⟩ cl
h i
= El (t) − λ̇ · Al (λ) cl (1.15)

où a été introduit le vecteur appelé connexion de Berry

Al (λ) = iℏ⟨ψl |∇|ψl ⟩ (1.16)

Ce vecteur est par construction réel car ∇⟨ψl |ψl ⟩ = ⟨∇ψl |ψl ⟩ + ⟨ψl |∇ψl ⟩ =
∇1 = 0 donc ⟨ψl |∇ψl ⟩ est forcément imaginaire pure. Le choix du nom n’est
pas anodin, car cette connexion de Berry joue le rôle d’un potentiel vecteur
mais comme on le verra dans des exemples pour nous, non pas dans l’espace
réel mais dans l’espace des impulsions.

L’équation d’évolution ci-dessus s’intègre simplement pour donner

cl (t) = eiΦdyn (t) eiΦgeo (t) cl (0) (1.17)


CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 22

où l’on a introduit deux phases distinctes, la phase dynamique


Z
1 t
Φdyn (t) = − El (t′ )dt′ (1.18)
ℏ 0
et la phase géométrique
Z t Z λ(t)
1 ′ ′ 1
Φgeo (t) = λ̇ · Al [λ(t )]dt = Al (λ)dλ (1.19)
ℏ 0 ℏ λ(0)

L’intégrale ici court le long de la ligne λ(t′ ) pour t′ allant de 0 à t. Le sens


physique de ces deux phases est assez naturel :
1. La phase dynamique est celle que l’on connaı̂t déjà en mécanique
quantique, elle est responsable de l’évolution temporelle de la fonction
d’onde.
2. La phase géométrique quant à elle ne dépend que du trajet suivi par
λ. Elle ne dépend donc pas du temps 1 ! (enfin pourvu que celui-ci soit
suffisamment long pour satisfaire à l’approximation adiabatique [19]).
On se souvient qu’au début de ce chapitre, on voulait s’intéresser au cas
de circuits fermés C du paramètre λ. Dans ce cas il est immédiat que
I
1
Φgeo (C) = Al (λ)dλ (1.20)

qui ressemble à s’y méprendre à la phase Aharonov-Bohm [21] ! Nous al-


lons en effet voir de quelle manière les deux se connectent. Donnons tout de
suite la propriété essentielle qui émerge dans le cas d’un circuit fermé C : La
phase géométrique Φgeo (C) sur un circuit fermé est indépendante du choix de
jauge utilisé pour la définition des états propres |ψn ⟩ ! En effet supposons la
transformation de jauge

|ψn (λ)⟩ → |ψ̃n (λ)⟩ = eiΩ(λ)/ℏ |ψn (λ)⟩, (1.21)


1. Pour donner une idée, il faut se rappeler du transport parallèle sur des espaces
courbes. Par exemple sur une sphère S2 , il existe des chemins fermés tels qu’un vecteur,
transporté le long de ce chemin, ne revient pas à lui même une fois la boucle fermée.
La différence entre les deux vecteurs est appelée phase de Berry et mesure une pro-
priété induite par la topologie du système (ici espace courbe). Ce concept géométrique
est immédiatement transposable aux phases des fonctions d’onde la mécanique quantique.
C’est ce que nous montrons ici.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 23

la connexion de Berry devient

Ãl (λ) = Al (λ) − ∇Ω(λ) (1.22)

et donne donc dans le cas d’un circuit fermé C une phase


I
− ∇Ω(λ) · dλ = 0 (1.23)

Donc quelque soit la jauge, il y a bien invariance de Φgeo (C) ⇒ cette phase
géométrique est ainsi une quantité physique intrinsèque du système et de
son histoire qui répond à la question “Par où est passé le système lors de
son voyage ?”. La phase Φdyn répond quant à elle à la question “Combien de
temps a duré le voyage ?”.

1.3.3 Courbure de Berry

Les similarités entre la phase de Berry et la phase Aharonov-Bohm, la


connexion de Berry et le potentiel vecteur magnétique, etc, laissent fortement
suggérer une structure identique. Nous allons montrer dans cette section que
l’analogie va encore plus loin.

Sans perte de généralité et parce que c’est le cas le plus fréquemment


rencontré dans la pratique, on va considérer à présent que le paramètre λ
évolue dans un espace à 3 dimensions

λ = (λ1 , λ2 , λ3 ). (1.24)

Cela peut être le cas quand le paramètre est par exemple un champ magnétique
extérieur, la position du centre de masse d’un atome ou encore l’impulsion
d’une particule dans un potentiel périodique. La phase géométrique vue en
Eq.(1.19) peut être transformée par le théorème de Stokes comme
ZZ
1
Φgeo (C) = F · d2 S (1.25)
ℏ S
où l’on a introduit la courbure de Berry

F l = ∇ × Al . (1.26)
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 24

Le calcul de ce rotationnel donne


     
∂1 ⟨ψl |∂1 ψl ⟩ ⟨∂2 ψl |∂3 ψl ⟩ − ⟨∂3 ψl |∂2 ψl ⟩
F l = iℏ ∂2  × ⟨ψl |∂2 ψl ⟩ = iℏ  ··· (1.27)
∂3 ⟨ψl |∂3 ψl ⟩ ···

avec ∂i = ∂λi
. On peut alors l’écrire sous sa forme compacte :

F l = iℏ⟨∇ψl | × |∇ψl ⟩. (1.28)

La quantité F l est réelle et comme dit plus haut, ressemble étrangement à


un champ magnétique. Pour approfondir ce point, nous allons regarder si elle
possède les mêmes propriétés sous un changement de jauge quantique.

1.3.4 Invariance de jauge

On prenant la jauge

|ψn (λ)⟩ → |ψ̃n (λ)⟩ = eiΩ(λ)/ℏ |ψn (λ)⟩,

on avait vu que la connexion de Berry se transforme comme

Ãl (λ) = Al (λ) − ∇Ω(λ)

Le rotationnel devient alors

F̃ l = ∇ × Ãl = ∇ × Al = F l (1.29)

Ainsi, la courbure de Berry F l (λ) est un invariant de jauge ! C’est donc une
quantité physique du système, tout comme la phase de Berry attaché au che-
min fermé C. Cependant, comme dit dans [19], à la différence de la phase de
Berry qui caractérise une trajectoire dans l’espace λ, la courbure de Berry est
locale, exactement comme l’est le champ magnétique en électromagnétisme
classique.

Les résultats obtenus pour Φgeo , Al et F l ressemblent donc fortement


⃗ et dans le
à ceux d’une charge se déplaçant dans un champ magnétique B,
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 25

cas particulier – mais fréquent – où le paramètre λ désigne la position ⃗r, la


correspondance est directe :

λ ⇐⇒ ⃗r, ⃗
Al ⇐⇒ q A, ⃗
F l ⇐⇒ q B (1.30)

Pour terminer cette partie, il est pratique d’avoir une forme de F l qui
présente clairement l’invariance de jauge. Pour cela on part de l’eq.(1.27)
dans laquelle on introduit la relation de fermeture dans chacun des termes
comme par exemple :
X
⟨∂2 ψl |∂3 ψl ⟩ − ⟨∂3 ψl |∂2 ψl ⟩ = ⟨∂2 ψl |ψn ⟩⟨ψn |∂3 ψl ⟩ − ⟨∂3 ψl |ψn ⟩⟨ψn |∂2 ψl ⟩
n

On remarque que le terme n = l a une contribution nulle car ⟨ψl |ψl ⟩ = 1 et


donc

∂j ⟨ψl |ψl ⟩ = 0 = ⟨∂j ψl |ψl ⟩ + ⟨ψl |∂j ψl ⟩.

On utilise ensuite l’équation aux valeurs propres que l’on différencie

∂j (H|ψl ⟩) = ∂j H|ψl ⟩ + H∂j |ψl ⟩ = ∂j El |ψl ⟩ + El ∂j |ψl ⟩ (1.31)

que l’on peut contracter avec ⟨ψn | pour n ̸= l :

∂j ⟨ψn |H|ψl ⟩ = 0 = (∂j ⟨ψn |)H|ψl ⟩ + ⟨ψn |(∂j H)|ψl ⟩ + ⟨ψn |H(∂j |ψl ⟩)
= El (∂j ⟨ψn |)|ψl ⟩ +⟨ψn |(∂j H)| + En ⟨ψn |(∂j |ψl ⟩)
| {z }
∂j ⟨n|l⟩=0=(∂j ⟨ψn |)|ψl ⟩+⟨ψn |(∂j |ψl ⟩)

⇒ ⟨ψn |∂j H|ψl ⟩ = (El − En )⟨ψn |∂j ψl ⟩. (1.32)

On injecte alors dans eq.(1.27) pour obtenir l’expression connue :


X ⟨ψl |∇H|ψn ⟩ × ⟨ψn |∇H|ψl ⟩
F l (λ) = iℏ . (1.33)
n̸=l
(El − En )2

Sous cette forme, l’invariance de jauge est explicite car si on modifie


la phase d’un ou de plusieurs états propres, chaque terme de la somme
reste inchangé. Cette expression est celle que l’on utilisera pour les calculs
numériques car il est en général difficile d’imposer une phase régulières à des
états propres issus de la diagonalisation de H.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 26

Remarque 1. Dans l’approximation adiabatique, il est dit que l’état


ψl ne soit jamais identique à un autre état ψn (non-dégénérescence). Cela
apparaı̂t clairement dans la formule ci-dessus qui divergerait alors, donnant
une quantité physique non définie.

Remarque 2. La courbure de Berry que nous avons défini l’est pour


chaque état quantique l de l’Hamiltonien. Il est intéressant de noter la règle
de somme
X
F l = 0. (1.34)
l

Cette égalité est vraie car chaque couple (n, l) va contribuer deux fois dans
la somme mais de signe opposé.

1.3.5 Exercice : Phase de Berry dans un jet de neu-


trons

On se propose d’étudier une proposition faite par Berry pour démontrer


l’existence de la phase de Berry sur un jet de neutrons. Cette expérience a
été réalisée par Bitter & Dubbers en 1987 [24] et a corroboré la prédiction
de Berry. Un jet de neutrons de vitesse v = 500m/s se propagent à ’intérieur
d’un solénoı̈de de longueur L = 40cm dans lequel règne un champ magnétique
B hélicoı̈dal avec une composante selon l’axe z du solénoı̈de constante, et
une composante dans le plan (xy) en rotation :

 
B sin ϕ cos kz
B =  B sin ϕ sin kz 
B cos ϕ

On fixe la longueur d’onde k du champ de manière à ce qu’il revienne à son


état initial à la fin du solénoı̈de en z = L, donc k = 2π/L. Le dispositif
expérimental ainsi que les résultats observés sont donnés dans la figure ci-
dessous.
al phases in simple quantum systems have quantum mechanics. It simply will have picked up a
to be of some interest recently. This interest phase factor exp(imp) for each spin substate m), where
~

ted by a paper of Berry, ' who derived a sim- p is the usual dynamical phase
erning these phases. Topological phases may pT
henever the system under study depends on
/=K' 8(r)dr,
~

(1)
le parameter and is transported adiabatically
closed curve in parameter space. These new
not depend on the interior dynamics of the sys- (a)
stead depend on its geometric history.
P HASE DE B ERRY ET POTENTIELS DE JAUGE GÉOMÉTRIQUES
CHAPITREof1. DU TRIVIAL
cal phases are important in the context
gauge theories and of fractional quantiza-
AU TOPOLOGIQUE 27
Bz of' (
B=O
herefore Berry's findings have been found to
st in a number of recent investigations cover- imposant :
ty of subjects. These phases may mimic ), x
of a magnetic monopole of unit Dirac charge – que le vecteur transpo
the origin of parameter space. The chaque instant,
ohm eff'ect turns out to be a special case of – qu’on n’induise pas de
ical-phase concept. A further generalization le transport. Étant donn
concept has very recently been presented by
and Anandan.
,awNUMBER PHYSICAL REVIEW LETTERS
takes its3 simplest form when the required
20 JULY 1987 {e,
arameter is an external magnetic field B. FIG. l. (a) Adiabatic transport of the magnetic field vector le vecteur ⌦ décrivant
varied adiabatically such that the tip of the BQaround2~- a closed
loop C. Berry's phase is determined by the l’intermédiaire de
escribes a closed loop C [see Fig. 1(a)], then sizeCD of the solid angle n; see Eq. (2). (b) Arrangement of the
should, at the end of this excursion, return to helical coil for the right-handed Bl field. The neutron beam is
.U
ė = ⌦ ⇥
state, according to the adiabatic theorem of 0 z. The solenoid for the axial 8, field is not shown.
along
(f)
C
o doit vérifier
1987 The American Physical Society 251
Q)
En d’autres termes, l’év
CL

iI li
0 LI
co 0 2 Supposons que l’on fas
Bz/B&
fermé C à la surface de la s
FIG. 3. Berry's phase y at diAerent solid angles 0 of the
F IGURE 3.3. Haut 8: Solénoïde
twisted field. utilisé par Bitter & Dubbers (1987) pour mettre en trivial) montre que le vecte
évidence la phase de Berry sur le spin d’un jet de neutrons se propageant selon la circuit a tourné autour de
Dans cette figure, la courbe continue provient du calcul de la phase de
direction z. Bas : comparaison de la phase de Berry accumulée par un neutron et
Berry solide sous-tendu par C dep
que l’on l’angle
se propose justement
solide décrit
The par leangle
phase de
champ calculer.
inmagnétique
these le long
formulas is de la trajectoire. apparaît pour le vecteur e0i ,
parallèle sous une forme trè
1. Donner l’expression e, =2~[(g~ ) '+ g'] '~' —2~. magnétique du(5)
du I Hamiltonien système.
0
2. En 3-2posant
LienThe favec= le
extraµB —
cos ϕ2xet
transport
term g =that
parallèle
insures =0
µBC],sin ϕe ikz
when ,there is no les expressions C :
donner i = ei + iei ! f
field. In the adiabatic limit (i))) I, i.e. , q )) tl & ∗ () this
matricielles de B et H en fonction de f , g et g .
becomes
Nous avonsHobtenu
3. Diagonaliser l’expression
et donner de la phase de Berry en utilisant des
concepts quantiques4&, = 2ztl
—2z(1 ses
: équation — de
valeurs
Schrödinger,
(/ri)
propres
=2zcri —2'(1 phase
et vecteurs
—cos9) propres.
d’un vecteur d’état,
Pour
ces derniers, les mettre sous la forme Nous n’allons pas prouver
0.50 A etc. Néanmoins, des notions équivalentes apparaissent =xBT —flen=y+ physique clas-
I i

-0.50 0 y, exemple Berry (1989)), mai


Current in B~-Coil sique (Hannay 1985); nous allons en donner un exemple basé sur la notion
1 (1)-(3). tons du point r situé sur l’é
de transport parallèle. |±⟩ =the Eqs.
as predicted by Berry; see
a) Neutron spin-rotation patterns of the transverse
We have measured neutron
| ↑⟩ + | ↓⟩]patterns
[w±spin-rotation ei pointant vers le pôle et e
component P~(T) =G~~(T)P~(0) in the helical Bi
Considérons
n
en±and
ut Berry's phase the maxima of this curve should Gzz asune sphère of
a function centrée
both 8, r =80, par Gzz
i, and exempleGyy laG,surface de
(b) Observed and calculated phase shifts la for 8,e= Départ sur l’équateur
N,Terre,
. et Gzy
donnons-nous
as functions un of 8vecteur en un point initial donné r i de la
i 0.
avec
sphère,n±repéré
les Figure
constantes
par sa latitude
2(a) dei✓ainormalisations
shows et sa longitudeof 'G~~
measurement et for
i . On
w± B,des
=0,lacoefficients
définit notion que
6. C’est forcément la même pu
l’on calculera.
de transport andparallèle
a fit by deEq.ce(4).
vecteur
Without vers Berry's
un autre point
phase de la sphère en
ther pattern et direct lors du transport.
the number of neutron spin precession s in Fig. 2(a) would be a simple cosine. Figure 2(b) shows
4. Montrer
xial, the helical, and the total magnetic fields, alors que lesphase
the measured courbures
angles asde Berry vérifient
a function of Bi [readles at relations F+ =
as −F− et the maxima and minima of Fig. 2(a)], fitted with
'~ — from
Ni =2m[(1+ ( ) 1] Eq. (5). As expected, in
T/2', ( =xBi T/2~, Cours 3 – page 9
the adiabatic limit (i.e. , for large Bi) ℏ the
B phase is shifted
+g )' =rcBT/2n by Berry's phase @=2'. F+ = + .
3
Figure 3 shows Berry's phase y as2aB function of B./Bi,
standard methods [e.g. , Eq. (55) in the work as obtained from a measurement of G„(B,) with B i
'], we obtain, for instance, 5. Calculer alors fixed la (I+( )'~de=5.
at phase Berry TheΦsolid (C)
curvele long
gives thedu corre-
chemin fermé quand
geo
g~ I)'+g'cos2~[(g~ I) '+g'1 '" les neutrons sponding values of 0 =2m(1 —B,/B), in order to test
parcourent
Berry's le solénoı̈de.
law, Eq. (2). The first few points of Fig. 3 fall
(g~ I)'+g' slightly below the predicted curve, because the adiabatic
s which appear in this formula refer to right- condition is not yet fully met. The scatter of the further
ded 8] fields. In contrast to 8], the B, field points is due to imprecise reading of the larger values of
he neutrons is not "switched on" nonadiabat-
efore, when 8, &0, only G„can be measured %'e draw the following conclusion from our investiga-
ly. For 8, =0 the other coefficients are tion: On the one hand, Berry's phase law certainly is
part of a far-reaching concept; on the other hand, in its
os2x(1+( ) '~, simplest manifestation, which we believe to have real-
ized, the appearance of a topological phase seems to be
~ sjn2~(1+ g ) trivial: It can be generated or transformed away by go-
(I + g2) 1/2 ing to a rotating-reference frame, which is a standard
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 28

1.4 Effet Hall quantique entier

1.4.1 Présentation du problème

En 1879, Hall a découvert “qu’un courant électrique traversant un matériau


baignant dans un champ magnétique, engendre une tension perpendiculaire
à ce dernier”. On peut montrer que les résistivités longitudinale et transverse
s’écrivent
m
ρxx = (1.35)
ne2 τ
B
ρxy = (1.36)
ne
avec B le champ magnétique, n la densité de porteurs de charge, τ le temps
de vol moyen entre deux collisions et e la charge de l’électron. On le voit, en
fonction de B, la théorie classique prédit un ρxx constant et ρxy linéaire.

Un siècle plus tard, en 1980, avec l’avènement de la mécanique quantique,


Klaus von Klitzing alors en poste au laboratoire des champs magnétiques
intenses de Grenoble, montra qu’en baissant la température (T < 4K) et
augmentant le champ, des échantillons à base de silicium, la résistivité de
Hall présentait des paliers correspondant à une exacte quantification. Il reçu
le prix Nobel en 1985. Sur la figure (1.6) on peut voir que les résistivités ne
se comportent en effet pas du tout comme les prédictions théoriques.

Pour comprendre ce comportement, il faut invoquer la physique quan-


tique et faire le calcul d’un électron dans un système bidimensionnel soumis
un champ magnétique perpendiculaire B⃗uz . Le Hamiltonien de Schrödinger
s’écrit
1
Ĥ = (p̂ + eÂ)2 (1.37)
2m

où A est le potentiel vecteur décrivant le champ magnétique tel que ∇ ⃗ ×


A = B⃗uz . Parce qu’on néglige toute interaction électron-électron dans ce
problème, comme nous l’avons dit plus haut, n’importe quel état à plu-
sieurs électrons pourra être construit à partir du produit d’états à un électron
comme un déterminant de Slater. Choisissons la jauge de Landau A = xB⃗uy ,
the precision of measuring the resistivity is dictated by the precision of the measurement
of the sample’s dimensions. In 2D however, the transverse Resistance and the transverse
resistivity are exactly the same and do not depend on the dimensions of the sample:
Vy LEy Ey
Rxy = = = = ⇢xy (Jy = Ex = 0) (9)
Ix LJx Jx
Comparing the results from the integer quantum hall e↵ect (figure 2) to the results from
the classical model (figure 1), one quickly sees that classical physics does not give us the
CHAPITRE
right answer.1.We
DUare TRIVIAL AUtoTOPOLOGIQUE
therefore going use a quantum mechanical approach to describe 29
the system.

Figure 2: Resistivities of the integer quantum Hall system, as functions of the magnetic
Figure 1.6red–lineRésistivités
field. The longitudinale
shows the longitudinal resistivityet⇢xxtransverse
, it is zero as d’un
long as système
⇢xy sits
on a plateau level and spikes whenever ⇢ changes from
de Hall quantique en fonction du champ magnétique B. La ligne
xx one plateau to the next. The
green line denotes the Hall resistivity ⇢xy , it takes on a plateau form, i.e. it is constant
rouge montre ρxx nulle quand ρxy (vert) est sur un plateau, et for-
over a range of magnetic fields. Image reproduced from [6].
mer des pics autrement. La résistivité de Hall ρxy est quantifiée par
un nombre entier comme décrit dans le texte. Image reproduite de
1.5 Quantum Treatment
http ://oer.physics.manchester.ac.uk/AQM2/Notes/Notes-4.4.html
1.5.1 Eigenstates and Eigenvalues .
The Hamiltonian for one electron in a 2D system subject to a perpendicular magnetic
le field Bẑ is
Hamiltonien devient 1
H = (p + eA)2  (10)
1 2m 2 2
Ĥ = describingp̂ + (p̂y + eB x̂) (1.38)
where A is the vector potential 2m x the magnetic field: r ⇥ A = Bẑ. Note that
the momentum operator p is the canonical momentum operator and di↵ers from the
où l’on voit explicitement
h i l’invariance par translation selon la direction y.
Cela implique que Ĥ, p̂y = 0 et on peut5 donc légitimement poser l’Ansatz
de la fonction d’onde
ψky (x, y) = eiky y fky (x) (1.39)
qui est par construction état propre de p̂y avec la valeur propre ℏky . En
restreignant l’étude au sous-espace des états de moments ℏky , le Hamiltonien
devient
1 mωB2 2 2
Hky = p̂x + (x + ky lB ) (1.40)
2m 2
q
eB ℏ
avec ωB = m la fréquence cyclotron et lB = eB la longueur magnétique
du système. Ecrit tel quel, cet Hamiltonien est celui d’un oscillateur harmo-
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 30

2
nique 1D déplacé, centré en x0 = −ky lB . Il est donc immédiat de trouver ses
énergies propres :
 
1
En = ℏωB n + , n∈N (1.41)
2

qui sont appelés les niveaux de Landau. Les fonctions d’onde associées sont
données par le produit de l’onde plane discutée au-dessus et des états propres
de l’oscillateur harmonique 1D :
(xx0 )2

iky y l2
ψn,ky (x, y) ∼ e Hn (x − x0 )e B (1.42)

Une partie de cette fonction est une gaussienne qui localise l’électron en x0
et d’extension de la longueur magnétique lB selon les x, alors qu’il y a une
délocalisation complète selon les y. Ces fonctions propres sont indexées par n
le nombre quantique de l’oscillateur et ky le moment. L’énergie elle ne dépend
pas de ky , on peut donc s’attendre à une énorme dégénérescence.

En effet, supposons que l’échantillon soit de dimension Lx × Ly . Comme


le long de la direction y c’est une onde plane, le système devient alors une
particule dans une boı̂te quantique et on a donc la quantification des moments
dans cette direction ky = n2π Ly
∈ Z et l’étalement caractéristique entre deux

niveaux est donc ∆ky = Ly . Dans la direction x, les fonctions d’onde sont
localisées atour de x0 , ce qui donne une contrainte logique 0 ≤ x0 ≤ Lx ,
i.e. que le centre de la fonction d’onde soit à l’intérieur de l’échantillon. Or
2 2
x0 = −ky lB , ce qui donne donc −Lx /lB ≤ ky ≤ 0. On peut donc calculer les
états par énergie
Z
Ly 0 eBA Φ
N = dky = = (1.43)
2π −Lx /lB2 2πℏ Φ0

où Φ0 = 2πℏe
est le quantum de flux magnétique et Φ = AB est le flux total
à travers l’échantillon. Donc le nombre d’états par niveau de Landau est
donné par le nombre de quanta de flux qui passent à travers l’échantillon. En
général on définit le facteur de remplissage de Landau ν = nnΦe = neeB
2πℏ
avec
ne la densité électronique.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 31

1.4.2 La conductivité de Hall

Nous allons montrer que la phénoménologie de l’effet Hall quantique est


due à des propriétés topologiques. Pour se faire, il faut que nous puissions
écrire la conductivité de Hall d’une manière exploitable. Pour cela, nous
allons suivre grossièrement les étapes de dérivation de la formule de Kubo
(voir [8] pour un calcul détaillé).

Supposons le Hamilotnien H0 multi-particules pour un système donné


⃗ et supposons que nous puissions
qui ne possède pas de champ électrique E,
résoudre ce problème, i.e. nous connaissons les états propres |m⟩ d’énergie
propre Em tels que H0 |m⟩ = Em |m⟩.

Introduisons alors un champ électrique E ⃗ = −∂t A


⃗ comme une perturba-
tion de manière à ce que H = H0 +δH. Par définition du courant, l’opérateur
courant J⃗ est relié à la variation du Hamiltonien total δH = −J⃗ · A. ⃗ Notre
but est de calculer les valeurs moyennes de l’opérateur de courant ⟨Jx ⟩ du
système dans l’état fondamental que l’on suppose non dégénéré |0⟩. On peut
développer ⟨Jx ⟩ à l’ordre linéaire en δH et comparer l’expression obtenue à
la loi d’Ohm nous disant Jx = σxx Ex +σxy Ey . On en extrait alors une expres-
sion de σxy , ce que l’on cherche. La dérivation précise de cette formule fait
partie d’une histoire beaucoup plus globale en physique appelée la théorie
de la réponse linéaire, mais nous n’avons pas envie ici d’y entrer trop en
détail. Le résultat que Kubo a donc pu mettre en avant pour la résistivité de
Hall est
ℏ X ⟨0|Jy |n⟩⟨n|Jx |0⟩ − ⟨0|Jx |n⟩⟨n|Jy |0⟩
σxy = i . (1.44)
Lx Ly n̸=0 (En − E0 )2

La somme court sur tous les niveaux excités des états multi-particules et les
termes de la formule sont les amplitudes de transitions entre ces différentes
excitations et le fondamental, autorisées par les composantes de l’opérateur
courant Jx et Jy , et pondérées par la différence d’énergie de ces états. Donc
si on est capable d’avoir les états exacts de H0 , on a donc immédiatement
accès à la résistivité de Hall du système !
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 32

1.4.3 Connexion... avec la connexion

Supposons que l’échantillon soit maintenant dans la géométrie du tore,


c’est à dire un rectangle replié sur lui même de telle manière que les bords
opposés se collent. De cette manière, il y a bien invariance par translation
dans les directions naturelles du réseau comme il se doit pour un échantillon
infini (limite thermodynamique). On a toujours la présence d’un champ
magnétique perpendiculaire à la surface du tore. Il est important de préciser
ici que c’est une pure expérience de pensée car avoir un tel champ magnétique
nécessiterait la présence d’un monopole magnétique, ce qui n’existe pas. En-
fin...

Le système est illustré en figure (1.7).

Figure 11: The Hall system on a torus. The red and blue shapes indicate two di↵erent
Figure
fluxes that1.7
can–be
Système
added todethe
Hall considéré
system. Imagedans la géométrie
reproduced from [1].du tore. Les lignes
rouge et bleue indiquent les directions des flux magnétiques injectés dans le
système.
Now Image
we expand tirée de flux
Laughlin’s [8]. threading argument: One can now insert two fluxes, one
through either hole of the torus, as in figure 11. The Hamiltonian now depends on these
two fluxes, H = H( x , y ). Similar to the previous case, the system’s spectrum is only
On impose
sensitive au systèmepart
to the non-integer l’insertion
of i / 0 ,de
i 2deux flux
{x, y}. magnétiques
This dans
time, there are noles direc-
edges, no
electrons transfer from one side to another one. By the addition of one
tions naturelles du réseau, l’un Φx et l’autre Φy de sorte que H = H(Φx , Φy ). flux quantum,
the system comes
L’insertion d’unback to itself
tel flux créefully!
une Having
phase de zeroAharonov-Bohm
flux is therefore the same
(cas as having
particulier
one flux quantum, which makes the space of parameters of the Hamiltonian periodic:
de la phase de Berry) sur la fonction d’onde qui est définie comme :
0 H x < 0, 0 Φy
<
 0 (32)
i ℏe ⃗ ⃗l
A·d i2π Φx
+ Φy
e =e Φ0 0 (1.45)
This describes a torus T2 , the parameter space of our system is toroidal. Let us now
calculate the system’s Hall conductivity.
Let H0 describe the unperturbed system. Treat the addition of flux as a perturbation
H given by
X Ji i
H= (33)
Li
i=x,y

where Lx and Ly are the dimensions of the system. One can now use first order pertur-
bation theory to calculate the many particle ground state of the perturbed system:
↵ X hn | H| 0i
0
=| 0i + |ni (34)
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 33

et donc le système n’est sensible au flux que lorsque le rapport ΦΦ0i n’est pas
un entier. L’ajout d’un quantum de flux ne change donc rien au système, et
on peut restreindre notre analyse à 0 ≤ Φx,y ≤ Φ0 .

Cette restriction décrit T2Φ , l’espace des paramètres de notre système est
toroı̈dal. On peut à présent calculer la conductivité de Hall.

H0 est donc le système non perturbé et l’addition des flux entraı̂ne une
perturbation δH donnée par
X Ji Φi
δH = − (1.46)
i=x,y
Li

où Lx et Ly sont toujours les dimensions du système. Par définition de la


théorie de perturbation au premier ordre, l’état multi-corps fondamental du
système perturbé est donné par
X ⟨n|δH|ψ0 ⟩
|ψ0′ ⟩ = |ψ0 ⟩ + |n⟩ (1.47)
E n − E0
n̸=ψ 0

avec |ψ0 ⟩ l’état fondamental non-dégénéré du système non-perturbé. Il est


clair alors qu’un changement infinitésimal d’un flux transformera l’état comme
∂ψ0′ 1 ⟨n|Ji |ψ0 ⟩
| ⟩ = − |n⟩ (1.48)
∂Φi Li En − E0
Or a bien y regarder, ces éléments ressemblent particulièrement à l’expression
de la formule de Kubo (1.44) ! On peut même la récrire en fonction, ce qui
donne précisément la conductivité de Hall :
 
∂ψ0′ ∂ψ0′ ∂ψ0′ ∂ψ0′
σxy = iℏ ⟨ | ⟩−⟨ | ⟩ (1.49)
∂Φy ∂Φx ∂Φx ∂Φy

Cette expression peut être récrite de façon à sortir une dérivée de chaque
terme comme
 ′ ′

∂ ′ ∂ψ0 ∂ ′ ∂ψ0
σxy = iℏ ⟨ψ | ⟩− ⟨ψ | ⟩ . (1.50)
∂Φy 0 ∂Φx ∂Φx 0 ∂Φy

Et c’est ici que les choses deviennent intéressantes ! On remarque que


l’expression ci-dessus est extrêmement similaire à celle de la courbure de
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 34

Berry. Cette grandeur, en topologie, mesure comment les deux états, l’un dont
la phase est “tordue” d’un paramètre ⃗λ de l’autre, sont connectés. Rappelons
l’expression de la connexion de Berry [8] :

A(Φ) = −i⟨ψ0′ | |ψ ′ ⟩ (1.51)
∂λi 0

Donnons à présent la courbure reliée à cette connexion et qui possède donc


des propriétés topologiques (en opposition à des propriétés de symétries) du
système,

 ′ ′

∂Ax ∂Ay ∂ ′ ∂ψ0 ∂ ′ ∂ψ0
Fxy = − = −i ⟨ψ | ⟩− ⟨ψ | ⟩ (1.52)
∂λy ∂λx ∂λy 0 ∂λx ∂λx 0 ∂λy
Ce terme est le même que la conductivité de Hall en remarquant que l’angle
λi peut s’écrire comme
2πΦi
λi = . (1.53)
Φ0
On a donc la relation
e2
σxy = − Fxy , (1.54)

ce qui ne nous apporte pas grand chose pour le moment, convenons-en. Ce
qu’il faut bien réaliser c’est que la courbure de Berry Fxy , quand elle est
moyennée sur le domaine d’existence, T2Φ ici, possède une propriété absolu-
ment fantastique :
Z
e2 d2 λ e2
σxy = − Fxy = − C (1.55)
2πℏ T2Φ 2π 2πℏ
où l’on a
Z
d2 λ
Fxy = C ∈ Z (1.56)
T2Φ 2π
et C est appelé le premier nombre de Chern qui est toujours un entier ! On
a donc
e2
σxy = − C. (1.57)
2πℏ
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 35

Ce résultat est l’argument topologique après lequel nous regardions. La


conductivité de Hall est un nombre de Chern et ne peut donc varier continûment !
C’est par conséquence invariant sous des changements pas trop important
du Hamiltonien, on dit que c’est protégé topologiquement. Physiquement,
de tels petites variations entraı̂nent des changements dans la courbure de
Berry, mais sont intégrale (donc sa propriété globale) reste inchangée. On
s’attendrait donc qu’un graph de ces nombres de Chern forme des plateaux
successifs en fonction de B. Cependant, quand B augmente, la déformation
n’est plus petite et des croisements de niveaux d’énergie apparaissent, allant
à l’encontre de notre hypothèse de non-dégénérescence et donc le nombre
de Chern n’est plus défini. C’est ce qu’il se passe à la transition entre deux
plateaux successifs de la résistance de Hall.

Nous n’irons pas plus loin dans l’étude de l’effet Hall quantique. Le
résultat capital à retenir est la quantification de la conductivité de Hall en
terme d’invariant topologique, le nombre de Chern C. Dans la suite de ce cha-
pitre, après nous être familiarisés avec la seconde quantification et la théorie
des bandes, nous étudierons deux exemples marquants de nouveaux état de
la matière pour lesquels de l’effet Hall quantique émerge alors même qu’il n’y
a pas de présence de champ magnétique ! C’est l’effet Hall quantique anor-
mal, qui apparaı̂t dans certaines classes d’isolants topologiques, les isolants
de Chern.

1.5 Isolants topologiques

1.5.1 Quelques mots d’introduction

Les isolants topologiques (TI) sont donc des nouveaux états de la matière
qui ont amené à un changement paradigmatique de notre compréhension de
la physique de la matière condensée [14]. Avec les découvertes récentes de
nouveaux matériaux possédant des propriétés uniques et fascinantes comme
les états conducteurs de surface ou de bords, qui sont fortement protégés
contre les perturbations ou encore l’émergence de statistiques quantiques
non standard des excitations collectives, de nouvelles applications dans le
contexte de l’information quantique par exemple s’ouvrent à nous.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 36

Ainsi, la question des isolants topologiques constitue l’un des enjeux ma-
jeurs de la physique de la matière condensée moderne, aussi bien dans les
systèmes électroniques itinérants, que dans les systèmes magnétiques.

Nous avons vu au début de ce chapitre le cas de l’effet Hall quantique


entier pour lequel la résistivité de Hall présente des plateaux en fonction de
B qui sont dus à la présence de nombres de Chern conservés, et ce même
pour des matériaux non magnétiques. Il est crucial, pour obtenir cet état
exotique, de plonger le matériau dans le champ magnétique pour que les
électrons puissent former des états de Landau. En contraste, il existe un Effet
Hall Quantique Anormal (AQHE) dans lequel une déviation anormale de la
loi linéaire de la résistivité est observée dans les matériaux ferromagnétiques.
En donner une théorie complète est restée élusif pendant plus d’un siècle car
plusieurs mécanismes peuvent en être à l’origine [15]. Parmi eux, nous nous
intéresserons aux mécanismes intrinsèques microscopiques dont la contribu-
tion peut être exprimée en terme de courbure de phases de Berry (comme
vue plus haut) et représente ainsi une propriété quantique intrinsèque des
cristaux parfaits.

1.5.2 Le modèle de Haldane

En 1988, F. D. M. Haldane, prix nobel de physique 2016, a proposé un


modèle minimal pour expliquer le AQHE [16]. Et bien que ce modèle n’a
jamais pu être réalisé expérimentalement, il a inspiré les études sur les pro-
priétés topologiques des décades durant. Haldane a réalisé qu’il fallait deux
ingrédients importants pour avoir de l’AQHE :
— Ouvrir un gap,
— Briser une symétrie par renversement du temps.
Il a donc proposé un modèle de fermions sans spin – on peut toujours se
mettre dans un cas ou le spin ne joue pas de rôle, par exemple en polarisant
le système avec un petit champ magnétique négligeable face aux autres gran-
deurs du problème – sur un réseau 2D en nid d’abeilles comme le graphène
comme illustré dans la figure (??).

La dynamique est gouvernée par un terme de saut électronique entre


premiers voisins −t1 . Afin d’ouvrir le gap, les deux sites inéquivalents A et
show how, in principle, a anomaly. 2D graphite has the honeycomb net structure,
breaking of time-reversal consisting of two interpenetrating triangular lattices
ng) without any net mag- ("A" and "8" sublattices) with one lattice point of each
of a periodic 2D system. type per unit cell (Fig. 1). A 2D inversion (i.e. , a rota-
retain their usual Bloch tion in the plane by tr) interchanges the two sublattices.
Since spin-orbit coupling effects will not be included, the
also interesting in that if electron spin will (for the moment) be suppressed.
line at which its ground
CHAPITRESemenoff 1. DU TRIVIAL investigated the tight-binding model with
AU TOPOLOGIQUE 37
semiconductor state to one orbital per site and a real hopping matrix element t ~

s low-energy states simu- between nearest neighbors on different sublattices, and


B du réseau ont une énergie différente (ça peut être réalisé par la présence
elativistic quantum field also considered the effect of an inversion-symmetry-
d’un potentiel électrostatique différent par exemple). —
"parity anomaly" and a breaking on-site energy +M on /I sites and M on 8
fermions without the Pour sites. The model has point
briser la symétrie par renversement group Cs„(M=O) or C3„ eut l’idée
du temps, Haldane
ling partners that usu- de plonger (MAO).
le systèmeIn dansthis un champversion
original of thealterné.
magnétique model,Detime-cette manière,
ice realizations of field reversal invariance is present, and Semenoff found com-
la présence du champ en effet brise le renversement par le temps, et le fait
cancellation of the anomaly in the M =0 model due
qu’il soit plete
alterné assure qu’il n’y a pas de champ magnétique total ! Pour se
t, the transverse conduc- to fermion doubling, and normal semiconductor behavior
faire, on applique un flux magnétique Φa sur des domaines a et Φb sur des
tron system with a gap in for MAO.
domaines b comme montrés sur la figure ci-dessous tirée de [16] :
states at the Fermi level
where v is generally ra-
r values in the absence of
operty of a pure system is
k disorder effects. Since
a nonzero value can only ,bg qb, ~,
is broken.
at the Fermi level results
um into Landau levels by
e scenario considered here
emimetal where there is a
in the Brillouin zone be-
nd and the bottom of the FIG. 1. The honeycomb-net model ("2D graphite") showing
nearest-neighbor bonds (solid lines) and second-neighbor bonds
ated with the presence ofOr on sait par la théorie de Berry que la phase d’une fonction d’onde
(dashed lines). Open and solid points, respectively, mark the A
d’un électron
time-reversal invariance. se déplaçant de r à rj change
and 8 sublattice sites.i The
en présence
Wigner-Seitz unit d’un
cell isflux magnétique
con-
a gap opens and the comme
sys- veniently centered on the point of sixfold rotation symmetry
ductor (v=0), but if the (marked "+") R rand is then 2π bounded the hexagon of nearest-
⃗ r by i2π Φj −Φi
Rr
invariance is broken the i ℏe rij A·d⃗
⃗ r i Φ rij A·d⃗
e
neighbor bonds. = e on0 second-neighbor
Arrows =e Φ0 bonds mark the
(1.58)
eger QHE state. If both directions of positive phase hopping in the state with broken
relative strengths deter- time-reversal invariance.
1. Donner les conditions sur les flux Φa et Φb pour que le flux total à
travers
1988 The American chaqueSociety
Physical hexagone soit nul. 2015
2. Qu’en est-il pour les sauts seconds voisins ? On prendra soin de dis-
cuter de l’influence du sens de rotation pour les différentes types de
sauts.
3. Le réseau de Bravais est un réseau triangulaire de maille unité conte-
nant deux sites, un A et un B. Les vecteurs de translations sont donc
les vecteurs √⃗a1,2 que l’on exprimera en fonction des vecteurs ⃗u1 = (1, 0)
et ⃗u2 = ( 12 , 23 ). Faire un schéma récapitulatif du réseau, ses vecteurs,
et les termes du Hamiltonien.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 38

4. Donner alors l’expression du Hamiltonien en seconde quantification


prenant en compte les termes de sauts premiers voisins que l’on ap-
pellera hnn et les termes seconds voisins hnnn .
5. Il existe de plus des potentiels sur les sites A et B du réseau qui
pénalisent / favorisent la présence d’un électron. En appelant M l’in-
tensité de ces potentiels, et en supposant qu”ils soient répulsifs sur
les sites A et attractifs sur les sites B, donner l’expression finale du
Hamiltonien de Haldane and ajoutant à hnn et hnnn ce nouveau terme
hpot que l’on explicitera.
6. Pour résoudre ce système, on va utiliser de nouveau la transformée de
Fourier. Définir la transformée de Fourier des opérateurs fermioniques
en fonction des données du problème.
7. Montrer alors que dans l’espace des impulsions, la matrice Hamilto-
nienne du terme hnn devient une matrice 2 × 2 dont on explicitera
la base ainsi que l’expression. On introduira au besoin les variables
ξi = ⃗q · d⃗i , avec ⃗q un vecteur du réseau réciproque du réseau de Bra-
vais et d⃗i les trois vecteurs joignant un site A à un site B.
8. Faire de même avec hnnn en introduisant cette fois-ci ζi = ⃗q · ⃗ei où les
⃗ei connectent cette fois-ci les trois seconds voisins inéquivalents d’un
site.
9. Terminer enfin avec hpot .
10. Une manière élégante et très utile d’écrire cet Hamiltonien est d’uti-
liser les matrices de Pauli
       
1 0 0 1 0 −i 1 0
σ0 = ; σx = ; σy = ; σz =
0 1 1 0 i 0 0 −1

qui permet alors d’écrire H(q) comme

H(q) = h0 σ0 + hx σx + hy σy + hz σz . (1.59)

Donner les expressions de H0 , Hx , Hy et Hz .


11. Diagonaliser la matrice 2 × 2 et donner l’expression de la relation de
dispersion ϵ± (q) en fonction de h0 et h = |hx⃗ux + hy ⃗uy + hz ⃗uz |.
12. Tracer alors la relation de dispersion (par ordinateur) dans le plan
(qx , qy ) ou sur un chemin bien choisi de la zone de Brillouin Γ → K →
M → K ′.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 39

13. Considérons d’abord le cas sans énergie potentielle M = 0 et sans le


terme complexe t2 = 0, H0 = Hz = 0. La dispersion devient
q
ϵ± (q) = ± Hx2 + Hy2 . (1.60)

Montrer que dans ce cas la relation de dispersion s’annule en deux


points de la zone de Brillouin K et K ′ que l’on précisera.
14. Voyons à présent l’effet du terme complexe quand t2 ̸= 0. Que vaut
alors la relation de dispersion. Donner l’expression du gap entre les
deux bandes et en particulier aux deux points K et K ′ . Montrer aussi
qu’il y a une différence fondamentale pour chacun de ces points dans
un des termes du Hamiltonien, ce qui nous posera problème pour plus
tard.
15. Afin d’expliciter l’origine de cette différence et ses raisons profondes,
nous allons étudier les états propres du Hamiltonien plus en détail.
Sans expliciter les termes h0 , hx , hy et hz , écrire l’expression de u(1) ,
le vecteur propre – non normalisé - associé à la valeur propre ϵ− . En
utilisant les résultats vus plus haut, que vaut-il aux points K et K ′ ?
16. En réalité, la singularité vient de phase de la fonction d’onde, et on
peut faire une transformation de phase pour écrire ce même état sans
que la physique soit changée :
U (⃗q)
u(2) = u(1) eiΦ(⃗q) = u(1)
|U (⃗q)|
avec
hz + |h|
U (⃗q) = .
hx + ihy

Calculer u(2) , la version transformée de jauge de u(1) et donner son


expression aux points K et K ′ .

17. Ainsi pour une valeur de M quelconque, si |M | < |3 3t2 sin ϕ|, hz
change de signe, et il n’est pas possible de décrire l’état fondamental
partout dans la zone de Brillouin avec la même fonction d’onde. On
doit avoir recours à u(1) et u(2) selon les domaines où l’on est : il
faut découper la zone de Brillouin en deux parties, l’une contenant
le point K et l’autre le point K’. Dans chaque région, les vecteurs
u(1) (⃗q) et u(2) (⃗q) sont bien définis, et à la frontière, ils sont reliés par
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 40

la phase eiΦ(⃗ q)
√ définie plus haut pour la transformation. Evidemment,
si |M | > |3 3t2 sin ϕ|, hz ne change jamais de signe et donc la fonction
d’onde est décrite entièrement dans la zone de Brillouin. Ce résultat
est fascinant car il nous indique deux régions, l’une triviale et l’autre
topologique comme on va le voir dans la suite. Tracer le diagramme
de phases du système dans le plan ( M t2
), ϕ) en précisant le nombre de
phases que l’on y trouve ainsi que les lignes de transitions.
18. Il ne nous reste plus qu’à calculer le nombre de Chern pour vérifier
toute notre théorie. Comme évoqué pour l’effet hall quantique entier,
nous pouvons calculer le nombre de Chern grâce à la connexion de
Berry puis en intégrant la courbure de Berry sur la zone de Brillouin
complète. On se place dans la région non triviale et on considère l’état
de la bande du bas u(1) et u(2) . Que deviennent les connexions de Berry
A1 et A2 reliées à u(1) et u(2) respectivement ? Comment sont-elles
reliées l’une à l’autre ?
19. Comment s’écrit alors la courbure de Berry F en fonction de F1,2
définies dans chacun des deux domaines D1 et D2 ?
20. Intégrer F sur l’espace fermé défini par la zone de Brillouin et définir
les domaines D1 et D2 séparés par un cercle paramétrisé par un angle θ
allant de 0 à 2π et centré autour d’un point que l’on définira. Montrer
alors que l’expression de la phase géométrique Φgeo = 2πC avec C le
nombre de Chern que l’on cherche à calculer s’écrit sous la forme
Φgeo = 2πC = [Φ(θ)]02π . (1.61)
où Φ(θ) est l’expression de la phase utilisée précédemment en fonction
du paramètre θ.
21. Encore un effort pour calculer Φ(θ) et nous pourrons conclure. On
va expliciter l’expression de la phase Φ(θ). Comme le contour choisi
est petit, développer les expressions aux abords des points K et K’ et
montrer que

Φ(θ) = − θ. (1.62)
6
22. Evaluer alors la courbure de Berry sur l’espace fermé et montrer que
le nombre de Chern de cet état est C = 1.

Le modèle de Haldane est le premier exemple de l’histoire en dehors


de l’effet hall quantique à être un isolant topologique. Il démontre que ces
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 41

nouveaux états sont génériques et peuvent apparaı̂tre dans n’importe quel


système isolant, pas nécessaire que dans l’effet Hall. Il démontre aussi qu’aus-
sitôt que l’index de Chern est non-nul, le système possède des états de Hall
quantifiés ainsi que des états de bords (nous n’aborderons pas cette ques-
tion). La différence fondamentale entre ce modèle et celui de l’effet Hall est
que le champ magnétique ici est nul, mais surtout qu’on peut ici le trouver
dans un système sur réseau fort, cristallin, là où l’QHE est plutôt pour des
gaz d’électrons.

Terminons avec quelques remarques sur la courbure de Berry F et le


nombre de Chern C. En regardant la formule (1.52) F = ∇q⃗ × A, on re-
marque que la forme est particulièrement proche de celle de l’expression du
champ magnétique en fonction du potentiel vecteur A, ⃗ B⃗ = ∇⃗r × A, ⃗ et
ce n’est pas un hasard ! La courbure de Berry est l’équivalent du champ
magnétique dans l’espace des impulsions, et comme en électromagnétisme,
c’est une quantité locale qui est invariante de jauge, d’où son intérêt. Cela
nous a d’ailleurs aussi été utile pour invoquer le théorème de Stokes. Quant à
son sens physique, on peut le voir comme ça. Une situation avec un nombre
de Chern C ̸= 0 est en quelque sorte d’être en présence d’un équivalent
de monopôle magnétique dans l’espace des impulsions, car nous avons une
résultante du flux magnétique à travers une surface fermée ! C’est pourquoi
aussi il y a un tel engouement pour ce type de phases, car alors que pour
l’électromagnétisme cette situation ne peut pas exister, elle est réalisée dans
la nature pour les états de Chern.

Il y a un très bon cours spécialisé sur la topologie [18] que je ne saurais que
trop vous conseiller d’aller lire pour compléter l’histoire, comme par exemple
comprendre quelles sont les sources possibles qui peuvent être à l’origine de
ces “monopoles”.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 42

1.6 Les isolants de Mott

1.6.1 Echec de la théorie des bandes

En 1937, quelques années à peine après l’apparition de la théorie des


bandes par Bloch (1929), Peierls (1929) et Wilson (1931), de Noer et Verwey
remarquèrent que le composé NiO, qui est isolant avec un gap ∼ 4eV , aurait
dû être un métal d’après la théorie des bandes. Après la présentation de ce
fait, s’ensuivit une discussion durant laquelle Peierls suggéra que cela pouvait
provenir d’un effet des corrélations – interaction entre les électrons – qui sont
ignorées dans le modèle de bandes.
Ce n’est que plusieurs années plus tard que Mott parvint à formuler ce fait
de manière plus précise et depuis de très nombreux contre-exemples ont
pu être trouvés comme le célèbre composé La2 CuO4 qui, dopé avec du Sr
(La2−x Srx CuO4 ) devient supraconducteur à 40K, ce qui valu le prix Nobel à
Bednorz et Müller en 1987.
La structure de bande de ce composé a été calculée par Mattheiss en 1987
comme montré en figure (1.8) Dans ce composé, il y a un nombre impair
d’électrons par maille élémentaire et donc une bande au moins doit être par-
tiellement remplie. C’est en effet le cas, la bande A est demi-remplie.
Pour comprendre la structure de bande, il est commode de considérer le so-
lide comme une collection d’atomes agencés régulièrement, et chacun d’eux
a des orbitales plus ou moins remplies. Dans le cas de La2 CuO4 , on a par
exemple
— La : [Xe] 6s2 5d1
— Cu : [Ar] 3 d10 4 s1
— O : 1s2 2d2 2p4
La position relative des orbitales externes des atomes décide du remplissage
dans le solide et il se trouve que les orbitales 2p de l’oxygène sont plus basses
que celles externes de Cu et La. Il s’ensuit que les configurations électroniques
sont au final
— La3+ : [Xe]
— Cu2+ : [Ar] 3 d9
— O2− : 1s2 2d2 2p6
et donc le composé La3+ 2+ 2−
2 Cu O4 est électriquement neutre !
Par ailleurs, les intégrales de transfert entre certaines orbitales 3d du cuivre
8CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 43
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

Fig. 1.1 – LAPW energy bands for La2 CuO4 along symmetry lines in the bct
Figure zone.
Brillouin 1.8 – L.F.
Structure de bande
Mattheiss, Phys.deRev.
La2Lett.
CuO458,
le long
1028d’une ligne de symétrie
(1987).
de la zone de Brillouin. L.F. Mattheiss, Physical Review Letters 58, 1028
(1987)
.

et 2p de l’oxygène sont importantes (∼ 1eV ) alors que la séparation entre


NiO, qui est atomiques
les niveaux isolant avec elleunnegap depas
l’est 4 eVtrop
environ,
(∼ 2eVdevrait être un métal
). L’hybridation entred’après
ces
la théorie des
orbitales est bandes. Pendant la discussion
donc significative et le niveau quide suivit
Fermil’exposé,
tombePeierls
donc dit
dansqu’à
uneson
avis c’était un effet des corrélations. Ce n’est que plusieurs
région en énergie où sont présente rien de moins que 17 bandes : 5 venant des années plus tard que
Mott
niveauxparvint
3d du à cuivre
formuleret cette
12 (4explication
× 3) venant dedes façon précise.
niveaux 2pDepuis, de très nom-
des 4 oxygènes de
breux contre-exemples
la maille élémentaire. ont
Cette été façon
trouvés,
de le plus
voir la célèbre
structure étant La2 CuOcorrespond
de bandes 4 : dopé avec
du Sr (La2−x Srx CuO4 ) ce composé devient supraconducteur à 40 K, ce qui a valu le
à la méthode des liaisons fortes ! Elle est toujours possible et elle décrit très
prix Nobel 1987 à Bednorz et Müller.
bien la structure de bandes de nombreux métaux.
La structure
Mais de bande
alors, pourquoi de ce composé
échoue-t-elle a été lecalculée
à décrire par Mattheiss
fondamental en 1987
de nombreux (voir
com-
figure 1.1). Comme il y a un nombre impair d’électrons par maille élémentaire, une
posés comme La2 CuO4 ? L’argument central de la théorie de Mott consiste
bande au moins doit être partiellement remplie. C’est effectivement le cas : une
à étudier les excitations électroniques d’un solide composé d’atomes d’hy-
bande est demi-remplie.
drogènes – ce qui simplifie énormément l’analyse – en fonction de la dis-
Pour comprendre cette structure de bandes, le plus simple est de considérer le
tance entre les atomes, et donc de l’interaction de Coulomb. Pour simplifier,
solide comme une collection d’atomes. Chaque atome a des orbitales plus ou moins
construisons un solide constitué d’atomes d’hydrogènes sur un réseau carré, il
remplies.
n’y a alors qu’un atome par maille élémentaire, et comme c’est un hydrogène,
La : [Xe] 6s2 5d1
il n’y a qu’un seul10électron aussi (d’où la simplicité du modèle !). D’après la
Cu : [Ar] 3d 4s1
théorie
O
des bandes, le système devrait donc être un métal. Essayons de faire
: 1s2 2s2 2p4
passer du courant dans le système. Si le système est métallique, il suffit d’une
La position relative des orbitales externes des atomes décide du remplissage dans le
solide. Il se trouve que les orbitales 2p de l’oxygène sont plus basses que les orbitales
externes de Cu et La. Du coup, les configurations électroniques dans le solide sont
les suivantes :
de nombreux métaux. Pourquoi échoue-t-elle à décrire correctement le fondamental
de nombreux composés comme La2 CuO4 ? L’argument central dû à Mott consiste à
étudier les excitations électroniques d’un solide composé d’atomes d’hydrogènes en
fonction de la distance entre les atomes.
Pour simplifier, essayons de construire un solide imaginaire formant un réseau
carré à partir d’atomes d’hydrogène. La maille élémentaire comprend un atome
d’hydrogène,
CHAPITRE et 1.
il yDU
a un électronAU
TRIVIAL parTOPOLOGIQUE
maille élémentaire. D’après la théorie44des
bandes, le système doit donc être un métal. Pourtant, si on appelle a la distance
entre les atomes
énergie d’hydrogène,
infinitésimale pour le système
pouvoir le ne peut
faire. pas allons
Nous être métallique lorsque en
évaluer l’énergie a est
grand. Essayons en effet de faire passer du courant. Il faut prendre un électron et
question.
l’amener
Si a esttrèstrès
loin. Pour ilque
grand, n’yle asystème
pas ou soit
trèsmétallique, il faut pouvoir
peu de recouvrement faire
entre lescela avec
orbi-
un tales,
apportetd’énergie
donc le infinitésimal.
système a un Essayons
électron d’évaluer l’énergie
par site. Ainsi, qu’il fautétant
le courant fournir
un au
système pour faire cela.
mouvement de charges, lorsqu’on envoie un électron très loin, on crée un trou
Sietaun
estsite
trèsdoublement
grand, on aoccupé
au départ
comme essentiellement
le montre la1figure
électron par site. Lorsqu’on
ci-dessous.
envoie un électron très loin, on crée un trou et un site doublement occupé :

L’énergie potentielle de cet état est à peu près donnée par :


L’énergie potentielle de cet état est à peu près donnée par
E(H − ) + E(H + ) − 2E(H)
U = E(H − ) + E(H + ) − 2E(H)
Du Or,
fait du
de la répulsion
fait coulombienne
de la répulsion entre les 2entre
coulombienne électrons de H−
les deux , cette quantité
électrons de H− , est
strictement
U > 0. positive. On l’appelle en général U .
Il y a un terme énergétique antagoniste dans le système, qui est bien entendu
la possibilité de gagner de l’énergie cinétique : le trou et le site doublement
occupé peuvent se délocaliser sans coût supplémentaire d’énergie. Si on ap-
pelle W la largeur de bande correspondant à la délocalisation d’un électron
sur le réseau, le trou et le site doublement occupé seront en bas de cette
bande et gagneront W2 . En général le trou et le site doublement occupé ne
se délocalisent pas forcément de la même manière, mais l’ordre de grandeur
reste tout à fait correct dans notre analyse. La largeur W s’obtient très fa-
cilement par un calcul des liaisons fortes, et dans le cas d’un réseau simple
comme le notre, en appelant −t le transfert dominant entre premiers voisins,
la relation de dispersion s’écrit :
E(⃗k) = −2t [cos kx + cos ky ]
donnant alors W = 8t. Mott a défini alors ce qu’il a appelé le gape de charge
∆c = U − W
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 45

Dans cette expression, U est essentiellement indépendant du paramètre a,


mais W oui ! Lorsque a est grand par rapport à a0 le rayon de Bohr, le
recouvrement dans le calcul de l’intégrale de saut fait intervenir la queue ex-
− a
ponentielle des fonctions d’onde et on a que t ≃ e a0 ≪ 1. Dans cette limite,
il est clair que ∆c ≃ U est un nombre positif et grand : le système est donc
isolant, ce qui deviendra dans la littérature scientifique les isolants de Mott.
L’histoire ne s’arrête pas là. Plus a diminue, plus t augmente. Il doit donc
y avoir une valeur proche de a0 pour laquelle U = W . En dessous de cette
valeur, ∆c devient négatif et n’est donc plus valable. Le mécanisme de Mott
prédit donc l’existence d’une transition métal-isolant, au coeur de la recherche
de la matière condensée depuis lors.
Expérimentalement, cette transition peut être observée en appliquant une
pression sur un isolant de Mott pour réduire a. Historiquement, cela a été
observé pour la première fois au début des années 70 dans V2 O3 . Bien qu’il
existe d’autres éléments qui rendent la transition plus compliquée en général,
la validité de l’argument est désormais communément admise.
Concluons cette partie en notant la différence fondamentale entre les iso-
lants de Mott et de bandes. En effet, s’il faut payer une énergie ∆c pour
faire une excitation de charge dans un isolant de Mott, retourner un spin
ne coûte qu’une énergie infinitésimale (théoriquement zéro) car tous les sites
sont simplement occupés. On entrevoit ici la possibilité qu’aura le système de
développer des excitations magnétiques de très basses énergies sur lesquelles
nous reviendrons.

1.6.2 Le modèle de Hubbard

Comme nous venons de le voir, il y a deux contributions antagonistes


au Hamiltonien, la délocalisation dont le terme de transfert est donné par
−t, et l’énergie coulombienne U . Le modèle minimal prenant en compte ces
deux contributions et permettant la description des transitions métal-isolant
de Mott comme décrit précédemment s’appelle le modèle de Hubbard. Il est
schématisé dans la figure (1.9) montrant un réseau cristallin en géométrie
carrée, où les ronds blancs sont les atomes siégeant aux noeuds du réseau,
les flèches les électrons avec leur spin up ou down. En fonction du dopage du
système, on peut arracher des électrons laissant alors l’opportunité à ceux
restant de pouvoir faire de la délocalisation d’un site à l’autre (en général plus
Hubbard Model
Hubbard Hamiltonian i: site, n: occupation
t: hopping integral
H = !t $ ci,+! ci+" ,! +U $ ni,"ni,# U: Coulomb intra-sit
i," ,! =",# i Approx: X=V=0 Imada, F

ni,! = ci,+! ci,!


CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 46

Figure 1.9 – Exemple d’une configuration électronique d’un réseau de 9


atomes (ronds blancs) siégeant
M. Imada auxReview
et al. noeud,ofetMod.
9 électrons (flèches
Phys.1.70,
FIG. 1039noires).
(1998): Les
Metal-insulator review
phaseondiagram
Hubbardbased
and reo
effets des termes du modèles de Hubbard sont symbolisés par le processus
model in the plane of U/t and filling n. The s
dit de saut t pour lequel un électron peut sauter d’un site vers
principle un autre
metallic but site
under the strong influen
adjacent, et le terme U électrostatique ne jouantinsulator
un rôle que sur un même
transition, in which carriers are eas
site du fait de l’écrantage. extrinsic forces such as randomness and elect
pling. Two routes for the MIT (metal-insulato
shown:
proches voisins). Lorsque deux électrons siègent sur thesite
le même FC-MIT (filling-control MIT) an
(fatalement
(bandwidth-control MIT).
leurs spins sont différents pour respecter le principe de Pauli), une énergie
électrostatique U doit être payée.

findintéressent
La plupart des composés, en tout cas ceux qui nous therefore all cethe other atoms occ
dans
cours de magnétisme, sont au demi-remplissage, ce quiorder to get through
signifie qu’il y a dans the lattice have to
le système 1 électron par site en moyenne. C’est le cas
timede in
la configuration
ions already occupied by ot
type montrée en (1.9). This needs a considerable addition of
is extremely improbable at low tempe
En seconde quantification et pour un système n’ayant que des sauts aux
premiers voisins isotropes et homogènes, le modèle These observations
de Hubbard prend launched
la the long a
forme particulièrement élégante history of the field of strongly correlated
X ticularly the effort to understand how
X
H = −t c+
iσ cjσ + h.c. + U bands
ni↑ ncould
i↓ . (1.63)
be insulators and, as the histo
⟨i,j⟩,σ
how
i
an insulator could become a metal a
Dans cette écriture, l’opérateur ciσ crée un électron de spin σ were
+ parameters au site varied.
i du This transition
Fig. 1 de
réseau, et ciσ en détruit un de spin σ. L’opérateur densité is called
charge nthe metal-insulator transitio
iσ = 0, 1
selon qu’il y ait ou non un électron de spin σ au site insulating
i. Dans phase and its fluctuations in me
ce formalisme,
quand il est dit qu’un électron est créé ou détruit, the
cela most
signifieoutstanding and prominent featu
qu’un procédé
correlated electrons and have long been
search in this field.
In the past sixty years, much progress h
from both theoretical and experimental s
standing strongly correlated electrons and
oretical approaches, Mott (1949, 1956, 19
the first important step towards under
electron-electron correlations could expla
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 47

(chimique ou électrique) cède ou arrache un électron au système. On com-


prend alors que celui-ci sera dans un état d’orbital et de spin donnée par les
propriétés physiques des atomes constituant le cristal, c’est à dire les états
propres de l’équation de Schrödinger associés au modèle donné.

1.6.3 Se familiariser avec le modèle de Hubbard

Pour se familiariser avec cet Hamiltonien et surtout sa forme en seconde


quantification, on considère un réseau cristallin 1D, une chaı̂ne de N noeuds
sur lesquels siègent des atomes dont l’électron de valence est dans une orbitale
s, à savoir n = 0 et l = 0. La distance a entre deux sites est supérieure à
∆x ∼ a0 , l’étalement caractéristique de la fonction d’onde d’un électron d’un
atome seul, de façon à ce que le potentiel électrostatique ressenti dans le
cristal, en prenant en compte le phénomène d’écrantage, n’est qu’entre deux
électrons d’un même site. On appelle cette énergie U , le terme de Hubbard.
Bien que les atomes soient éloignés, le recouvrement entre deux orbitales de
sites voisins |i⟩ et |j⟩ est non nul ⟨i|j⟩ ̸= 0, signifiant qu’il est possible pour
un électron de sauter d’un site à l’autre. Le processus physique permettant
cette délocalisation est bien entendu l’impulsion P̂ donnant lieu au terme
P̂ 2
d’énergie cinétique dit de saut dans le Hamiltonien t ∝ ⟨i| 2m |j⟩ 2

Le système doit être à la neutralité électrique, il y a donc autant d’électrons


que de protons dans le système, soit ZN . Cependant, des procédés électro-
chimiques peuvent forcer le système à perdre ou gagner des électrons. Si tous
les électrons de valence sont arrachés, le système est appelé ≪ vide ≫. Si au
contraire tous les états électroniques de valence sont doublement occupés (il
y aura donc deux directions de spins différentes), le système est dit ≪ plein ≫.
A la neutralité, il est donc au demi-remplissage.
Dans la figure (1.10), on montre tous les processus dans le cas d’une chaı̂ne
de N = 4 sites qui se répète périodiquement dans l’espace pour prendre en
compte la symétrie de translation d’un réseau infini. Dans cette figure, les
points noirs correspondent aux atomes situés sur les noeuds de coordonnées
2

2. Ce terme est en général appelé intégrale de saut car d’après la définition, ⟨i| 2m |j⟩ =
R 2

ϕi (r)∗ 2m ϕj (r), avec ϕi (r) la fonction d’onde d’un électron de nombre quantique i si-
gnifiant ≪ un électron de fonction d’onde d’orbitale s centrée sur le site i de coordonnées
ri ≫.
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 48

0 1 2 3
N=4
a
−t U
ni↑ = 1
ciσ+cjσ ⟶ ⟶
i j i j i

ni↓ = 1
| ϕjσ⟩ | ϕiσ⟩
hopping Hubbard

| ϕ0↑⟩ = c0↑
+
| 0⟩ | ϕ0↓⟩ = c0↓
+
| 0⟩
n0↑ = 1
| ϕ1↑⟩ = +
c1↑ | 0⟩ | ϕ1↓⟩ = c1↓
+
| 0⟩
n1↑ = 1
| ϕ2↑⟩ = c2↑
+
| 0⟩ | ϕ2↓⟩ = c2↓
+
| 0⟩
n2↑ = 1
| ϕ3↑⟩ = c3↑
+
| 0⟩ | ϕ3↓⟩ = c3↓
+
| 0⟩
n3↑ = 1

Figure 1.10 – Exemple d’une chaı̂ne de N = 4 sites et des processus du


Hamiltonien de Hubbard comme décrits dans le texte. Les disques de cou-
leur indiquent la présence d’un électron de spin up (bleu) ou down (rouge)
dans l’état d’orbitale s. Il va de soi que pour un autre modèle, les orbitales
pourraient varier. L’action des opérateurs de seconde quantification y sont
montrés schématiquement, ainsi que leur correspondance avec les kets de l’es-
pace de Hilbert plus usuels. Pour le cas d’un seul électron dans le système,
les 8 états de nombre quantique i correspondant à la position sont listés, avec
leur représentations schématiques et leur écriture en seconde quantification.

i = 0, 1, 2, 3, espacés de a. Sont présentés aussi les 2 ∗ 4 états à un seul


électrons pouvant avoir un spin up (disque bleu) ou down (disque rouge), de
nombre quantique de position i. Enfin, les deux termes du Hamiltonien de
Hubbard sont donnés.

Ce modèle est particulièrement important en physique quantique car il


reproduit excellemment la physique de nombre de composés. De plus, sa
forme simple et flexible permet de l’étudier en toute géométrie, à tout rem-
plissage et quelques soient les termes de couplages et les degrés de liberté mis
en jeu. La richesse des phénomènes qu’il permet de balayer est impression-
nante, allant de la physique des électrons libres – théorie des bandes – dans
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 49

les métaux aux propriétés magnétiques des isolants de Mott ou de bande, la


plupart des concepts modernes en sont contenus. En particulier, il permet de
décrire très fidèlement des transitions de phases comme les transitions métal-
isolant qui sont restées élusives de nombreuses années aux physiciens. Dans
la suite, nous proposons deux exercices pour mieux comprendre la mécanique
du modèle de Hubbard et illustrer deux régimes fondamentaux qu’il contient :
(i) le modèle tight-binding (ou électrons libres) relié à la théorie des bandes et
métaux que l’on rencontre quand les interactions sont petites en comparaison
du terme de saut U ≪ t, et (ii) le régime de très forte interaction U ≫ t
dans lequel les charges se gèlent donnant ainsi naissance à un isolant de Mott.

1. Toujours pour N = 4, en s’inspirant de la figure (1.10), donner le


nombre d’états de l’espace de Hilbert quand le système est au demi-
remplissage.
2. On considère le régime U ≫ t dans lequel on peut donc négliger
le terme de saut du Hamiltonien. Montrer et expliquer pourquoi il
n’existe que trois énergies distinctes E0 = 0, E1 = U et E2 = 2U et
donner leur dégénérescence.
3. Le gap d’énergie ∆E = E1 − E0 = U conditionne la physique du
système. Dans la limite U → ∞, est-ce que le terme de saut t est
actif, c’est-à-dire est-ce que les électrons peuvent sauter d’un site à
l’autre ? Justifier la réponse.

1.6.4 Exercice : Modèle de Hubbard à 2 sites

Dans cet exercice nous nous proposons de retrouver le résultat de la


théorie de perturbation à partir du traitement exact du modèle de Hub-
bard sur un système de 2 sites et au demi-remplissage (2 électrons). C’est
le système le plus simple qu’il est possible de considérer, mais comme nous
allons le voir, il contient déjà d’importantes informations. Le Hamiltonien
s’écrit
X  X
Hhubb = −t c+ c
0σ 1σ + c +
c
1σ 0σ + U ni↑ ni↓
σ=↑,↓ i=0,1
CHAPITRE 1. DU TRIVIAL AU TOPOLOGIQUE 50

1. Avant de commencer l’étude du modèle de Hubbard, calculer les énergies


propres et les états propres d’un système de deux spins 1/2 en in-
teraction via le Hamiltonien de Heisenberg antiferromagnétique Hheis
(J > 0). Pour cela écrire la base des états de spins et construire la
représentation matricielle du Hamiltonien, puis la diagonaliser.
2. Pour le modèle de Hubbard, on se place à présent dans l’espace de
Hilbert à 2 électrons. Ecrire tous les états de la base dans l’espace
réel et en seconde quantification. On prendra garde à bien définir une
convention de signe fermionique.
3. Faire agir H sur chacun des états et construire la représentation ma-
tricielle de cet opérateur dans la base définie.
4. Montrer que cette matrice est bloc diagonale et dire à quoi chacun
d’eux correspond.
5. Construire des combinaisons linéaires symétrique et antisymétrique
|A± ⟩ avec les états |3⟩ et |4⟩ d’abord, puis |B ± ⟩ avec les états |5⟩ et
|6⟩, et donner l’expression du plus grand bloc dans la nouvelle base.
6. Montrer que deux états sont états propres et donner leurs énergies
propres en les reliant à leur vecteur propre et en comparant avec ceux
de la question (1). Expliciter le dernier bloc restant de dimension 2×2.
7. On considère finalement le dernier bloc. Le diagonaliser et obtenir les
valeurs propres et les vecteurs propres.
8. On considère finalement le régime U ≫ t. Développer l’énergie de ce
2
bloc et montrer que nous avons bien un terme en tU . Quels sont alors,
parmis les 6 états, ceux de plus basses énergies dans cette limite et
combien sont-ils ? De quelle énergie sont-ils séparés des autres états ?
Retrouver enfin la structure de la question (1).

9. Faire un graphique des énergies en fonction de U et y mettre tous les


éléments à disposition pour résumer l’étude.
Chapitre 2

Magnétisme quantique

2.1 L’interaction de Coulomb, encore et tou-


jours

Comme le terme dipolaire est beaucoup trop faible, il faut rechercher


l’origine des transitions dans les termes que nous avons déjà vus. En fait,
c’est la combinaison de l’interaction de Coulomb et du principe d’exclusion
de Pauli qui en est à l’origine. Dans la suite de cette partie, nous allons
tâcher de le démontrer en considérant le cas de deux électrons en interaction.
Rappelons le Hamiltonien

e2
H = H0 + V (⃗r1 − ⃗r2 ) = H0 + . (2.1)
4πϵ0 |⃗r1 − ⃗r2 |

On appelle |ψ⟩ l’état propre du fondamental qui a comme propriété de devoir


être complètement antisymétrique pour satisfaire au principe de Pauli sous
l’échange des deux électrons (déterminant de Slater comme vu en seconde
quantification). Or par définition |ψ⟩ = |ϕ⟩ ⊗ |s, ms ⟩, où l’on a explicité
la partie spatiale |ϕ⟩ et la partie de spin |s, ms ⟩ de la fonction d’onde. Or
la partie de spin n’est rien d’autre que la composition de deux spins 1/2
⃗ = S
S ⃗1 + S
⃗2 dont les quatre états de bases peuvent s’écrire dans la base

51
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 52

propre de S 2 et Sz comme (à faire)


1
|s⟩ = |0, 0⟩ = √ (| ↑↓⟩ − | ↓↑⟩)
2
1
|t0 ⟩ = |1, 0⟩ = √ (| ↑↓⟩ + | ↓↑⟩)
2
+
|t ⟩ = |1, +1⟩ = | ↑↑⟩
|t− ⟩ = |1, −1⟩ = | ↓↓⟩
(2.2)

On reconnaı̂t bien sur l’état singulet |s⟩ de spin s = 0 qui est antisymétrique,
et les trois états triplets |t0,± ⟩ qui sont symétriques. Cela va directement
conditionner la nature de la fonction spatiale |ϕ⟩ qui devra donc être symétrique
|ϕS ⟩ ou antisymétrique |ϕAS ⟩ respectivement.

Remarquons à présent que le Hamiltonien ne dépend pas explicitement


du spin – c’est d’ailleurs pour ça que l’on a pu écrire l’état fondamental
comme un produit tensoriel des parties spatiale et de spin – mais que des
coordonnées spatiales. On peut écrire de manière générale

H|ϕS ⟩ = ES |ϕS ⟩
H|ϕAS ⟩ = ET |ϕAS ⟩ (2.3)

où ES,T sont les énergies associées à |ϕS,AS ⟩ et l’on suppose a priori que
ES ̸= ET , i.e. qu’un état de spin a une énergie plus faible que l’autre. Comme
on le montrera à posteriori, l’énergie des deux électrons dépend quand même
du spin, toujours à cause du principe de Pauli qui agit sur la symétrisation.

2.2 Le modèle effectif de Heisenberg

2.2.1 Dérivation microscopique

En fonction du dopage et des paramètres U et t, le modèle de Hubbard


peut donc donner accès à divers états de la matière. La figure suivante montre
par exemple le cas simple d’une transition métal-isolant.
Hubbard Model
ubbard Hamiltonian i: site, n: occupation, σ: spin
t: hopping integral
H = !t $ $
ci,+! ci+" ,! +U ni,"ni,# U: Coulomb intra-site
i," ,! =",# CHAPITRE
i Approx:
2. MAGNÉTISME X=V=0
QUANTIQUEImada, Fujimori, and Tokura: Metal-insulator
53 transitions

ni,! = ci,+! ci,!


Mott, 1990), in his origin
the existence of the insu
the system was magneti
Slater (1951), on the o
the insulating behavior
antiferromagnetic long-
insulators have magnet
perature, the insulator
generated by a superlatt
riodicity. In contrast, we
spin excitation has a ga
magnetic order. One m
patible with Slater’s ban
. Imada et al. Review of Mod. FIG.
Phys.1.70,Metal-insulator
1039 (1998): review phaseondiagram
Hubbardbased and related
on themodels
Hubbard both charge and spin g
Dans model
cet exemple
in the provenant
plane of U/t du and
Reviewfillingof n.
Modern Physics
The shaded areade is
Imada,
in insulator. This could g
MIT
signifie Mott Insulator Transition, FC filling-control
principle metallic but under the strong influence of the metal- car c’est l’axe du tween the Mott insulato
dopage
et BCinsulator
bandwithtransition,
control carinc’est which l’axe des paramètres.
carriers are easilyOn remarque
localized we discuss in Sec. II.B.
by que plus
l’interaction électrostatique augmente, plus
extrinsic forces such as randomness and electron-lattice cou- le système possède une phase In addition to the Mo
pling.
isolante Two routes
de Mott, for the les
dans laquelle MIT (metal-insulator
électrons se gèlent danstransition)
un ordre difficult and challengin
arecristallin
shown: the
ne permettant plusFC-MIT
au système(filling-control MIT) and
d’être métallique, the BC-MIT
résistante aux variationsand understand metallic
(bandwidth-control
du dopage. Cet état est souvent MIT). appelé incompressible, car le système résiste In this regime fluctuati
à l’ajout ou la suppression d’un électron. correlations are strong
hanced toward the MIT
find therefore
Mais comme nous l’avons all vu theprécédemment
other atomsdans occupied,
l’exercice andsurinles limites
or weakly first order.
de grandeorder to getdu
interaction through
modèlethe lattice have
de Hubbard, to spend
à très a long etstrong
forte interaction au fluctuations near
time in ions already occupied by
demi-remplissage, le nombre d’états du fondamental croı̂t exponentiellement other electrons. called the anomalous m
This comme
avec la taille needs aΩ considerable
= 2N car chaque addition site estof energy
strictement and occupé
so par fluctuation is respo
lous
is extremely
un seul électron qui peut improbable
être soit up at soit
low down.
temperatures.’’
Il peut donc y avoir V uneO , where the specifi
2 3
grande fluctuation dans le sous-espace
These observations launched the long and continuing de l’énergie fondamentale, c’est que
paramagnetic susceptib
qui est à l’origine du couplage des spins et
history of the field of strongly correlated electrons, par- donc du modèle de Heisenberg !
stantial enhancement
Essayons de décrire le mécanisme alors
ticularly the effort to understand how partially filledmis en jeu. Dans ce régime à U ≫
fromt, the noninteracting
il est bands
possible de traiter le terme de saut
could be insulators and, as the history developed,du Hamiltonien de Hubbard en
mass enhancement, the
théorie de perturbation et en prenant
how an insulator could become a metal as controllable comme Hamiltonien de référenceMIT le by Hubbard (1964
termeparameters
de Hubbard Pwere dont on connaı̂tThis
varied. les états propresillustrated
transition : H = H0 + inH+K avecapproximation was ree
H0 = Fig.
Hhubb1 = U
is called n
i i↑ n . Comme l’effet du terme cinétique
thei↓ metal-insulator transition (MIT).KThe iσ jσGutzwiller H ∝ c c est approximat
de faire sauter un électron d’un site vers un
insulating phase and its fluctuations in metals are indeed autre, la contribution du premier
(1970).
ordre the
seramost
trivialement
outstanding nulle car andl’état quantique
prominent de fin |out⟩,
features en partant d’un
of strongly Fermi-liquid theory a
des états demi-remplis de l’espace cible,
correlated electrons and have long been central to re- sera toujours un état avec un site
low-energy excitations c
search in this field. switching on of the elec
In the past sixty years, much progress has been made naively, the carrier num
from both theoretical and experimental sides in under- batic process of introdu
standing strongly correlated electrons and MITs. In the- is celebrated as the L
oretical approaches, Mott (1949, 1956, 1961, 1990) took Mott insulator is realize
the first important step towards understanding how adiabatic continuation
electron-electron correlations could explain the insulat- main nonzero when on
ing state, and we call this state the Mott insulator. He the framework of Ferm
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 54

vide et un site doublement occupé qui aura donc un recouvrement nul avec
celui de départ. Illustrons ce point en considérant un des états propres de
H0 au demi-remplissage |in⟩. Comme HK est un terme n’agissant que sur
des paires à deux sites voisins, nous ne nous intéresserons qu’à ceux d’une
paire de la configuration, les autres n’entrant pas en jeu dans le processus.
j i
De cette manière on a
j i

|in⟩ = | ⟩
j i j i

HK |in⟩ = HK | ⟩∝| ⟩ = |out⟩


j i
⇒ ⟨in|out⟩ = 0. (2.4)
j i
Ainsi donc, l’ordre de la perturbation le plus petit qui redonne des configu-
rations de l’espace cible est forcément du deuxième, et de plus dégénéré car
comme nous l’avons vu, toutes les configurations du fondamental forment le
sous-espace de dimension Ω.

La théorie de perturbation dégénérée au second ordre nous dit que le


Hamiltonien effectif h s’écrit
X ⟨β|HK |n⟩⟨n|HK |α⟩
hα,β = (2.5)
n
En − E0

avec E0 l’énergie propre du fondamental de H0 , |α⟩ les vecteurs propres for-


mant l’espace cible, et |n⟩ les états virtuels d’énergie En = U atteints par
action de la perturbation HK . Dans la figure (2.1) sont listés quelques pro-
cessus possibles de paires non nuls du Hamiltonien h. On remarque alors que
2
les termes sont en tU . C’est là l’origine du terme de couplage des spins dans
les systèmes magnétiques quantiques, et il est important de noter que le signe
2
de tU dépend de la nature des atomes constituant le système, du remplissage
et des termes du Hamiltonien qui pourront faire apparaı̂tre ou non un signe
dû au caractère fermionique des électrons. Cela ne sera pas traité dans ce
cours mais c’est le phénomène responsable du caractère ferromagnétique ou
antiferromagnétique des composés magnétiques.

Tous ces termes peuvent être calculés analytiquement en seconde quanti-


fication. Dans ce langage, il faut bien faire attention à définir une convention
de signes qui permet de toujours écrire les états suivant une même règle et
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 55

⟨α | HK | n⟩ = − t −t

U
⇒ ∝ Si−Sj+
U
| α⟩ | β⟩
−t −t
| n⟩

⟨α | HK | n⟩ = − t −t

U
⇒ ∝ Si+Sj−
U
| α⟩ | β⟩
−t −t
| n⟩
⟨α | HK | n⟩ = − t −t

U
⇒ ∝ SizSjz
U
| α⟩ | β⟩
−t −t
| n⟩

Figure 2.1 – Processus non-nuls de la théorie de perturbation dégénérée du


second ordre du modèle de Hubbard. Les configurations de l’espace cible sont
tous les états d’énergie E0 = 0 de H0 pour lesquels chaque site ne possède
qu’un seul électron. L’action de HK fait gagner −t en énergie en faisant sauter
un électron d’un site à l’autre et entraı̂nant un état virtuel doublement occupé
|n⟩ d’énergie En = U . Un autre terme de saut −t désexcite cet état vers un
état β de l’espace cible qui peut être ou non le même que celui de départ. Si
c’est le même, le processus est proportionnel à l’identité, on l’écrira S z S z . S’il
ne l’est pas, il correspond à l’action combiné des deux opérateurs d’échelle
S + S − ou S − S + sur les sites i et j.

de prendre en compte le caractère fermionique des particules encodé dans la


relation d’anticommutation

{cα , c+
β } = δα,β . (2.6)

Nous prendrons comme prescription de toujours écrire un états à plusieurs


électrons en mettant les spins up à gauche et les spins down à droite, et en
prenant l’ordre croissant des indices de site. Quelques exemples sont donnés
en figure (2.2). Dans cette représentation, il est facile de voir que les 4 états
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 56

c2↑c3↑c1↓ | 0⟩
+ + + +
0 1 2 3
c0↑

c2↑c1↓c3↓ | 0⟩
+ + + +
0 1 2 3
c0↑
+ +
c1↓ | 0⟩
0 1 2 3
c2↑

Figure 2.2 – Exemples d’écriture en seconde quantification de 3 états


électroniques respectant la prescription de signe choisie pour une chaı̂ne de
N = 4 sites : tous les spins up à gauche, tous les spins down à droite, ordre
croissant des indices de site de gauche à droite. |0⟩ désigne le vide quantique
de l’espace de Fock.

de spins sur un lien de deux sites voisins (i, j) pour lequel i < j s’écrivent :

| ↑↑⟩ = c+ +
i↑ cj↑ |0⟩
| ↑↓⟩ = c+ +
i↑ cj↓ |0⟩
| ↓↑⟩ = c+ +
j↑ ci↓ |0⟩
| ↓↓⟩ = c+ +
i↓ cj↓ |0⟩

On est à présent armé pour dériver le modèle effectif de Heisenberg à partir


de la théorie de perturbation. Pour être exhaustif, nous allons traiter tous les
termes possibles à deux sites voisins. Nous avons vu plus haut que quelque
soit le terme considéré, la contribution était en t3 /U . Il s’agit maintenant
de définir correctement le signe de chacun des processus pour savoir si le
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 57

couplage est ferro- ou antiferromagnétique.


t2
h|↑↓⟩,|↓↑⟩ = ⟨↓↑ |c+ + + +
i↓ cj↓ cj↑ ci↑ + cj↑ ci↑ ci↓ cj↓ | ↑↓⟩
U
2t2
= − ⟨↓↑ |c+ +
j↑ ci↓ ci↑ cj↓ | ↑↓⟩
U
2t2
= − ⟨0|ci↓ cj↑ c+ + + +
j↑ ci↓ ci↑ cj↓ ci↑ cj↓ |0⟩
U
2t2
= + (2.7)
U
t2
h|↓↑⟩,|↑↓⟩ = ⟨↑↓ |c+ + + +
i↑ cj↑ cj↓ ci↓ + cj↓ ci↓ ci↑ cj↑ | ↓↑⟩
U
2t2
= − ⟨↑↓ |c+ +
i↑ cj↓ cj↑ ci↓ | ↓↑⟩
U
2t2
= − ⟨0|cj↓ ci↑ c+ + + +
i↑ cj↓ cj↑ ci↓ cj↑ ci↓ |0⟩
U
2t2
= + (2.8)
U
h|↑↑⟩,|↑↑⟩ = 0 (2.9)
h|↓↓⟩,|↓↓⟩ = 0 (2.10)
2
t
h|↑↓⟩,|↑↓⟩ = ⟨↑↓ |c+ + + +
i↓ cj↓ cj↑ ci↑ + cj↑ ci↑ ci↓ cj↓ | ↑↓⟩
U
2t2
= − ⟨↑↓ |c+ +
j↑ ci↓ ci↑ cj↓ | ↑↓⟩
U
2t2
= − ⟨0|cj↓ ci↑ c+ + + +
j↑ ci↓ ci↑ cj↓ ci↑ cj↓ |0⟩
U
2t2
= − (2.11)
U
t2
h|↓↑⟩,|↓↑⟩ = ⟨↓↑ |c+ + + +
i↑ cj↑ cj↓ ci↓ + cj↓ ci↓ ci↑ cj↑ | ↓↑⟩
U
2t2
= − ⟨↓↑ |c+ +
i↑ cj↓ cj↑ ci↓ | ↓↑⟩
U
2t2
= − ⟨0|ci↓ cj↑ c+ + + +
i↑ cj↓ cj↑ ci↓ cj↑ ci↓ |0⟩
U
2t2
= − (2.12)
U
En remarquant que l’opérateur à deux spins Siz Sjz est égal à +1/4 pour | ↑↑⟩
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 58

et | ↓↓⟩ et à −1/4 pour | ↑↓⟩ et | ↓↑⟩, on peut écrire les termes diagonaux
sous forme compacte
 
z z 1
hz = J Si Sj − , (2.13)
4
2
avec J = 4tU . De la même manière, on remarque que Si− Sj+ | ↑↓⟩ = | ↓↑⟩ et
Si+ Sj− | ↓↑⟩ = | ↑↓⟩ ce qui permet d’écrire

J + − 
hxy = Si Sj + Si− Sj+ . (2.14)
2
La réunion de ces deux termes donne donc
 
J  + − − +
 z z 1
hxy + hz = Si Sj + Si Sj + J Si Sj −
2 4
J  + −  J
= Si Sj + Si− Sj+ + JSiz Sjz − . (2.15)
2 4
Le dernier terme n’est qu’une constante globale de l’énergie, il n’a donc aucun
rôle dans la physique du système. On définit alors le modèle de Heisenberg
antiferromagnétique
J + − 
⃗i · S
⃗j .
Hheis = Si Sj + Si− Sj+ + JSiz Sjz = J S (2.16)
2

2.2.2 Considérations générales sur le modèle de Hei-


senberg

Cet Hamiltonien de Heisenberg est donc un Hamiltonien effectif du modèle


de Hubbard. Il intègre toutes les fluctuations de charge des états virtuels vi-
sités et autorisés par effet tunnel et montre dans son résultat qu’en prenant
comme espace cible les états localisés d’électrons sur les sites, les degrés de
liberté de spins sont les seuls qui sont pertinents dans les isolants de Mott.
Le signe du couplage est un effet combiné de ces fluctuations de charge, de
la densité d’électrons, de la nature des atomes (orbitales) et du caractère
fermionique des électrons. Notons enfin qu’il existe même des cas ou les cou-
plages selon les directions du réseau, S x S x , S y S y et S z S z sont anisotropes.
Par exemple, si Jx = Jy ̸= Jz , on parlera alors du modèle XXZ. Si Jz = 0
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 59

et Jx = Jy , on parlera du modèle XY. La littérature scientifique regorge


d’exemples aussi divers que variés à ce propos, tant sur la dimensionnalité
des système (1D, 2D, 3D) que sur les types d’atomes considérés apportant des
moments magnétiques différents. Un dernier paramètre important peut chan-
ger les propriétés du modèle, c’est bien entendu la valeur S du spin qui n’est
pas forcément que spin 1/2. Ce dernier cas est cependant particulièrement
étudié car c’est celui dans lequel les fluctuations quantiques s’expriment le
plus. En principe, à chaque système électronique, il est nécessaire de dériver
à nouveau le modèle magnétique correspondant à l’état isolant de Mott (s’il
y en a un) en prenant en compte tous les éléments du système.

A partir d’ici, nous allons dans ce cours étudier la physique des moment
magnétiques grâce à ce modèle, aussi bien pour des systèmes classiques que
pour des systèmes quantiques, essentiellement en deux dimensions et pour
diverses géométries. Comme nous le verrons, malgré une forme extrêmement
simple, le nombre de solutions analytiques est particulièrement faible et cet
Hamiltonien nous réserve bien des surprises. C’est une porte vers un monde
fascinant que nous venons d’ouvrir !

2.3 Cas ferromagnétique

La méthode de champ moyen abordée dans les rappels de ces notes (voir
vos cours de physique statistique avec le paramagnétisme de Brillouin, Lan-
gevin, etc) n’offre qu’une vision parcellaire de la richesse du magnétisme, du
fait qu’il gomme les interactions entre spins. De plus, nous nous intéressons
aux propriétés quantiques du magnétisme, et donc nous voulons les étudier
à très basse température, là ou l’énergie thermique devient négligeable face
aux contributions microscopique. En un mot, nous voulons étudier le modèle
de Heisenberg à température nulle et décrire non seulement les propriétés de
l’état fondamental, mais aussi les excitations de basses énergies.

On considère donc le Hamiltonien


X
H = J ⃗i · S
S ⃗j (2.17)
⟨i,j⟩

sur un réseau cubique simple et chaque spin est de pseudo-norme S.


CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 60

Dans cette section on considère donc J < 0, que l’on écrira pour éviter les
erreurs −J avec J > 0.

2.3.1 Etat fondamental

Cas classique. Il est souvent très utile de commencer par étudier la li-
mite dite classique quand S ≫ 1 et que les spins peuvent être assimilés à des
vecteurs classiques à 3 composantes de longueur unité.
Dans le cas ferromagnétique, l’énergie est minimale pour toute configuration
ayant tous les spins pointant dans la même direction. Il est immédiat de
vérifier que cette configuration minimise l’énergie de tous les liens du Hamil-
tonien simultanément. L’énergie totale est donc Etot = zN 2
.

Cas quantique. Par analogie du cas classique, nous allons chercher ici
à construire l’équivalent quantique des états complètement polarisés, i.e. où
les spins sont complètement alignés. Pour cela, nous nous plaçons dans la
base où l’axe de quantification est selon l’axe ⃗uz , et nous représentons une
configuration de N spins par un vecteur d’état indexé par les {mi } mo-
ments magnétiques tel que |m1 , m2 , · · · , mN ⟩. On peut construire un état
complètement polarisé en considérant que tous les spins du système pointent
selon +z :

|GS⟩ = |m1 = S, m2 = S, · · · , mN = S⟩ = |S, · · · , S, · · · , S⟩ (2.18)

Montrons que cet état est bien l’état de plus basse énergie. Pour n’importe
quelle paire de la somme, on a

Siz Sjz |S · · · |{z}


SS · · · S⟩ = S 2 |S · · · SS · · · S⟩
i,j

Si− Sj+ |S · · · SS · · · S⟩ = 0
Si+ Sj− |S · · · SS · · · S⟩ = 0

On a donc l’énergie
X zN JS 2
E0 = −J S2 = − . (2.19)
2
⟨i,j⟩
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 61

Prouvons à présent que c’est bien l’énergie la plus basse que le système puisse
avoir. Remarquons tout d’abord que
⃗i · S
⟨S ⃗j ⟩ ≤ S 2

et que
 2 
⃗i · S
⃗j = 1 ⃗i + S
⃗j − S − S
2 2
S S i j
2
1 h⃗ i2
⃗j − S(S + 1).
= Si + S
2
 2
Or le maximum de max S ⃗i + S
⃗j = (2S)(2S + 1), donc

⃗j ) = 1 (2S)(2S + 1) − S(S + 1) = S 2 .
⃗i · S
max(S
2
Cela prouve bien que c’est l’énergie du fondamental, d’où |GS⟩ pour Ground
State.

Cet état est donc celui de plus grand spin total de pseudo-norme et de
projection sur l’axe z de valeur Stot = N S. Comme pour le cas classique, toute
rotation de cette état sera un état dont le moment cinétique total pointera
dans une nouvelle direction mais pour lequel tous les spins du systèmes seront
toujours complètement alignés dans la même direction, car la pseudo-norme

est maximale. Or, par application de l’opérateur Stot , on peut justement faire
tourner Stot en diminuant la projection sur z d’un quantum à la fois. On va
ainsi générer 2Stot + 1 états de plus grand spin dont chacun aura l’énergie
du fondamental, jusqu’à arriver à l’état | − S, · · · , −S⟩ où la série se termine

car il sera annihiler par action de Stot .

2.3.2 Etats exacts de basse énergie à 1 magnon

En partant de notre état fondamental |GS⟩, quelles sont les excitations de


plus basse énergie qu’il est possible de faire ? Naı̈vement, on pourrait penser à
prendre n’importe quel spin i du système qui sont tous alignés maximalement
sur z et de le baisser d’un quantum de flux par action de Si− . Comme cette
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 62

excitation magnétique est quantifiée par l’opérateur, on l’appelle magnon.


Ainsi donc, un état à 1 magnon (une seule excitation) est donné par
p
Si− |GS⟩ = S(S + 1) − S(S − 1)|S, · · · , S − 1, · · · , S⟩
| {z }
i

= 2S|i⟩ (2.20)
où |i⟩ signifie que le ième spin a un moment magnétique S−1 d’un quantum de
moins par
+
√ rapport à la référence |GS⟩. Il est clair dans ce cas que l’on a⊥ aussiz
Si |i⟩ = 2S|GS⟩. Faisons agir à présent chacun des termes de H = H +H
sur |i⟩ :
X  
z z z 2 zN 2
H |i⟩ = −J Sk Sl |i⟩ = −JS + JzS − JS(S − 1)z |i⟩
2
⟨k,l⟩

= [E0 + zJS] |i⟩ (2.21)


 
X1
H ⊥ |i⟩ = −J Si+ Sj− + Si− Sj+  |i⟩
2 | {z }
j(i)
=0
JX − + X X
= − Sj Si |i⟩ = −JS |j⟩ = −JS |i + ⃗τ ⟩ (2.22)
2 √
| {z }
j(i) j(i) ⃗
τ
2S|GS⟩

où ⃗τ correspond aux vecteurs pointant d’un site i donné vers tous les plus
proches voisins. On remarque que |i⟩ est bien état propre de H z , mais pas de
H ⊥ . Cependant, le fait que l’action de ce dernier redonne un état du sous-
espace à une excitation mais simplement translaté, nous sommes tentés de
chercher une solution restaurant les translations, c’est à dire en faisant une
transformée de Fourier
1 X −i⃗k·⃗ri
|⃗k⟩ = √ e |i⟩. (2.23)
N i

Dans ce cas, H ⊥ agit sur |⃗⟩k comme


JS X −i⃗k·⃗ri X
H ⊥ |⃗k⟩ = − √ e |i + ⃗τ ⟩
N i ⃗
τ
JS X i⃗k·⃗τ X −i⃗k·(⃗ri +⃗τ )
= −√ e e |i + ⃗τ ⟩
N ⃗τ i
JS X i⃗k·⃗τ ⃗
= −√ e |k⟩ (2.24)
N ⃗τ
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 63

Il est alors immédiat que


JS X i⃗k·⃗τ ⃗
H|⃗k⟩ = E0 |⃗k⟩ + zJS|⃗k⟩ − √ e |k⟩ = E(⃗k)|⃗k⟩, (2.25)
N ⃗τ
avec
Xh ⃗
i
E(⃗k) = E0 + JS 1 − eik·⃗τ . (2.26)

τ

Avant de commenter ce résultat et d’en comprendre les implications, essayons


de le simplifier. Le vecteur ⃗τ dépend donc de la géométrie du réseau puisqu’il
connecte tout site i à ses premiers voisins. Listons quelques exemples :
— Chaı̂ne (1D) : ⃗τ = ±a⃗ux
— Carré (2D) : ⃗τ = ±a⃗ux , ±a⃗uy
— Cubique (3D) : ⃗τ = ±a⃗ux , ±a⃗uy , ±a⃗uz
Le calcul explicite pour la chaı̂ne 1D donne donc
 
E(⃗k) = E0 + JS 2 − eika − e−ika
= E0 + 2JS [1 − cos ka]
ka
= E0 + 4JS sin2 , (2.27)
2
dont la représentation graphique est

3
(E-E0 )/JS

0
-3 -2 -1 0 1 2 3

Plusieurs commentaires sont nécessaires à ce stade.


CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 64

1. En k = 0 (appelé point Γ), E(k) = E0 ! Mais est-ce possible ? Oui.


Rappelons nous que le Hamiltonien commute avec le spin total et
tout état tourné d’un quantum de Stot est état fondamental. Or un
tel état ne peut ni plus ni moins qu’être une combinaison linéaire des
état |i⟩ comme on ne fait décroı̂tre que d’un quantum magnétique, un
magnon. La présence d’un tel mode (k=0) est appelé mode mou, ou
mode de Goldstone du nom du physicien les ayant découvert. Ils sont
possibles car ils correspondent à une rotation globale du spin total qui
n’entraı̂ne donc pas de coût en énergie.
2. En k ≪ 1, on peut développer le sinus de la relation de dispersion
2 2
comme sin2 ka 2
≃ k 2a montrant que le comportement quadratique
observé expérimentalement.
A quoi correspondent ces excitations collectives ? A des ondes de spins.
Nous allons le mettre en évidence en étudiant le problème suivant.

2.3.3 Exercice : Ondes de spins

Un système de N spins S sur un réseau de coordinance z et de paramètre


de maille a possède une relation de dispersion
X kα a
E(⃗k) = E0 + 4JS sin2
α
2
de ses excitations à 1 magnon dont les états sont donnés par
1 X −i⃗k·r⃗n
|⃗k⟩ = √ e
N n
avec r⃗n le vecteur position du noeud n du réseau.

1. Calculer ⟨⃗k|Siz Sjz |⃗k⟩ pour i et j proches voisins. Est-ce que le résultat
dépend de la position ?
2. Calculer à présent ⟨⃗k|Six Sjx + Siy Sjy |⃗k⟩.
3. Représenter graphiquement le résultat sur un réseau 1D de N = 8
spins et pour diverses valeurs de k = 0, π4 , π2 , π et en fixant le spin du
site de référence ⃗r1 = ⃗0 et expliquer pourquoi on appelle ces excitations
collectives des ondes de spins.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 65

2.3.4 Exercice : Holstein-Primakoff

Dans la section précédente, nous avons trouvé les excitations de basse


énergie du modèle de Heisenberg ferromagnétique à 1 magnon. Bien entendu,
il existe bien d’autres excitations collectives à plus de 1 magnon, on peut en
effet renverser 2, 3, etc spins. En suivant la même logique de construction
d’un état restaurant la symétrie de translation, pour le second cas le plus
simple à deux magnons, on aurait l’ansatz
1 X i⃗k·⃗ri +i⃗k′ ·⃗rj − −
|⃗k, ⃗k ′ ⟩ = e Si Sj |GS⟩
N i,j

qui n’est malheureusement pas un état propre de H. CelaPvient du fait qu’il


faut maintenant chercher une solution sous la forme |ψ⟩ = i,j Ai,j Si− Sj− |GS⟩
mais que les coefficients de la matrices A satisfont à des équations différentes
selon que i et j soient proches voisins ou non. Ce problème n’a pas de solution
exacte sauf en 1D et pour des spins 1/2, c’est l’ansatz de Bethe.

En 1940, Holstein et Primakoff [12] proposèrent une approche qui se révéla


particulièrement efficace pour contourner cette difficulté. Leur idée est simple.
Pour un S donné, créer un ou plusieurs magnons sur un site revient à faire
autant de déviations de spin par rapport à l’axe de quantification. Or, les
relations de commutation des spins sont très similaires à celles des bosons.
Ils exploitèrent donc cette propriété pour faire un mapping des opérateurs
de spins sur des opérateurs de créations et destructions de bosons et en
tronquant la dimension infinie de leur espace de Fock vers une dimension finie.
Dans cette représentation le magnon, quantum d’aimantation, est donc une
quasi-particule quantique bosonique décrite en seconde quantification par les
opérateurs â et â+ comme obtenus dans l’oscillateur harmonique quantique.

Concrètement, le mapping prend la représentation exacte


Siz = S − n̂i = S − â+i âi (2.28)
p
+
Si = 2S − n̂i âi (2.29)
p
Si− = â+
i 2S − n̂i . (2.30)
Plusieurs remarques sont à faire ici :
— L’opérateur n̂i = â+
i âi est l’opérateur nombre de bosons (magnons)
au site i.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 66

— Créer un magnon à l’aide de â+ i revient bien à faire diminuer d’un


quantum d’aimantation le spin total, donc il est naturel que Si− soit
décrit par â+
i .
— De part les règles de commutation des opérateurs bosoniques, l’ordre
des opérateurs dans les √ définitions ci-dessus est importante.
— La présence des termes 2S − n̂i est, comme nous allons le voir dans
la suite, nécessaire pour assurer que les relations de commutation des
spins soient préservées.

Relations de commutation :

Montrer que la transformation de Holstein-Primakoff préserve les rela-


tions de commutations des spins. On rappelle les relations de commutation
des bosons
 
âi , â+j = δi,j
 + +
âi , âj = 0
[âi , âj ] = 0

On remarque que le terme


q 2S peut être mis en préfacteur, permettant
n̂i
de développer le terme 1 − 2S dans le cas des larges spins et donc de
linéariser les équations pour pouvoir travailler avec. Mais pour la physique
qui nous intéresse cependant, celle des spins 1/2, le développement de Taylor
n’est évidemment pas correct. Pourtant, au cours des années, de nombreuses
études ont montré que les résultats pour cette valeur de spin étaient très
fiables et décrivaient remarquablement bien les observations expérimentales.
Comment cela se fait-il ? Très récemment en 2020 [11] il a été montré pour
des spins S = 12 , il est possible de re-sommer exactement les séries jusqu’à
l’ordre infini et de montrer que les expressions ci-dessus, une fois linéariser,
restent exactes ! Et que même si ça ne l’est que pour S = 1/2, cela reste une
très nette amélioration du développement de Taylor à S → ∞. Une fois la
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 67

resommation faite, le mapping devient pour un S quelconque

Siz = S − â+ â
"i i r ! #
√ 1
Si+ = 2S 1 + 1− − 1 n̂i âi
2S
" r ! #
√ 1
Si− = 2S 1 + 1− − 1 n̂i â+
i
2S

Il est intéressant de noter que le développement au premier ordre dans la


limite S → ∞ :

Siz = S − â+
i âi

Si+ = 2Sâi

Si− = 2Sâ+
i

et en prenant abusivement S = 1/2 donne exactement, comme dit plus haut,


le cas exact à S = 1/2. A partir de maintenant, nous travaillerons donc avec
la forme linéarisée sachant que nous nous intéresserons de manière privilégiée
au cas de spins 1/2 et que cette forme restera une bonne description – mais
pas exacte – pour des S > 1/2. Au passage, on voit que pour pouvoir ex-
ploiter la transformation, la linéarisation est obligatoire et en conséquence
l’état que nous trouverons ne sera pas le fondamental absolu du système ! Ce
sera d’ailleurs d’autant plus vrai pour les cas antiferromagnétique. Le fait de
linéariser revient – on ne le montrera pas ici – à découpler les magnons et
donc à négliger leurs interactions : c’est une forme de champ moyen. Parvenir
à une description plus complète est au coeur de la recherche actuelle.

Nous pouvons à présent calculer le Hamiltonien de Heisenberg dans cette


CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 68

écriture :
X 2S +

2 + + +
H = − S − Sâi âi − Sâj âj + (â âj + âj âi )
2 i
⟨i,j⟩

zJN S 2 X 
= − − JS −â+ + + +
i âj − âj âj + âi âj + âj âi
2
⟨i,j⟩
2
zJN S
= −
2
JS X  + 
− −âi âi+⃗τ − â+ τ âi+⃗
i+⃗
+
τ + âi âi+⃗
+
τ + âi+⃗
τ âi (2.31)
2
i,⃗
τ

Pour pour les états à 1 magnon, on voit ici que les éléments non nuls de
H connecte les sites i avec leurs premiers voisins en i + ⃗τ . On peut donc le
diagonaliser par transformée de Fourier en définissant :
1 X i⃗k·⃗ri
âi = √ e â⃗k
N ⃗
k
1 X ⃗
â+
i = √ e−ik·⃗ri â⃗+
k
N ⃗
k

Diagonalisation de H.

En utilisant les transformées de Fourier des opérateurs création et annihi-


lation, montrer que le Hamiltonien de bosons Holstein-Primakoff se met sous
la forme
X
H = E0 + ϵ⃗k a⃗+ a⃗
k k
(2.32)
⃗k

où
Xh i
ϵ⃗k = JS ⃗
1 − cos k · ⃗τ . (2.33)

τ

Comme on le voit, la relation de dispersion est la même que pour le


cas à 1 magnon, et c’est normal car ce cas est plus général et le contient.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 69

Dans l’espace de Fourier, le Hamiltonien est donc diagonal et a la même


forme qu’un oscillateur harmonique quantique. On comprend alors facilement
ce à quoi ça correspond lorsque l’on considère la représentation en nombre
d’occupation des bosons. L’état |0, · · · , 0⟩ est l’état vide de toute excitation
et correspond donc à l’état fondamental ferromagnétique |GS⟩. Un état à 1
magnon s’écrira avec un n⃗k = 1 et tous les autres 0 tel que

|0, · · · , |{z}
1 , · · · , 0⟩
⃗k

De même un état à 2 magnons prendra la forme

|0, · · · , |{z}
1 , · · · , |{z}
1 , · · · , 0⟩
⃗k1 ⃗k2

et ainsi de suite pour 3, 4, · · · magnons. Il est à noter que comme les ex-
citations sont ici des bosons, l’état à N magnons n’est pas un déterminant
de Slater comme ça l’aurait été pour des fermions car ils ne vérifient pas le
principe de Pauli. Il s’agit non pas d’un déterminant, mais d’un permanent,
qui est en pratique beaucoup plus compliqué à travailler avec. Nous ne le
considérerons pas pour le moment, mais nous reviendrons dessus dans le cas
antiferromagnétique.

2.3.5 Thermodynamique des ondes de spins

Il est possible d’extraire la thermodynamique des ondes de spins assez


facilement. Pour cela, attardons nous sur l’aimantation du système
1 X z 1 X 
⟨m⟩ = ⟨Si ⟩ = S − ⟨â+
i âi ⟩ (2.34)
N i N i

Or en utilisant
1 X −i⃗k1⃗ri +i⃗k2⃗ri +
â+
i âi = e â⃗k â⃗k2
N 1
⃗k1⃗k2
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 70

on a
1 X X −i⃗k1⃗ri +i⃗k2⃗ri +
⟨m⟩ = S − e ⟨â⃗k â⃗k2 ⟩
N2 i 1
⃗k1⃗k2

1 X + 1 X
= S− ⟨â⃗k â⃗k ⟩ = S − ⟨n̂⃗k ⟩ (2.35)
N N
⃗k ⃗k

Or, la statistique quantique des bosons dans l’ensemble grand canonique


nous dit que le nombre d’occupation d’un état quantique est donné par la
distribution de Bose-Einstein telle que
1
⟨n̂⃗k ⟩ = βϵ⃗k −1
(2.36)
e
1
pour une température β = kT
. L’aimantation devient alors dans le continuum
1 X 1
⟨m⟩ = S −
N
⃗k
eβϵ⃗k −1
Z
aD d⃗k
= S− (2.37)
(2π)D eβϵ⃗k − 1

Clairement, la contribution sera d’autant plus importante que le vecteur


d’onde sera petit. On va donc évaluer la contribution de ces petits vecteurs
d’onde en se rappelant que dans cette limite ϵ⃗k ∼ JSa2 k 2 . L’intégrale de ⟨m⟩
se décompose donc en deux parties
Z Z
aD d⃗k aD d⃗k
⟨m⟩ = S − − (2.38)
(2π)D k≤k0 eβϵ⃗k − 1 (2π)D k>k0 eβϵ⃗k − 1
| {z }
I

où l’on a introduit k0 un cutoff séparant le régime des faibles longueurs


2 2
d’onde des autres. Dans le régime où k est suffisamment petit on a eβJSa k ∼
1 + βJa2 k 2 et l’intégrale I devient
Z
aD d⃗k
I = (2.39)
(2π)D k≤k0 βJSa2 k 2
En fonction de la dimensionnalité D du système, les contributions vont for-
tement différer :
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 71

— 3D : d⃗k = 4πk 2 dk et
Z k0
a3 k 2 dk ak0
I = = (2.40)
2π 2 0 βJSa k2 2 βJS2π
L’aimantation est donc finie, il y a un ordre magnétique, les bosons
condensent !
— 2D : d⃗k = 2πkdk et
Z
a2 k0 kdk
I = (2.41)
2π 0 βJSa2 k 2
L’aimantation diverge, montrant ainsi l’instabilité de l’état fondamen-
tal |GS⟩ sous les fluctuations quantiques (magnons). Il n’y a pas donc
pas d’ordre magnétique stable à 2D, ce qui est en accord avec le
théorème de Hohenberg-Mermin-Wagner.
— 1D : d⃗k = dk et
Z k0
a dk
I = (2.42)
2π 0 βJSa2 k 2
L’aimantation diverge plus encore que le cas 2D.
Ainsi donc, si la température n’est pas trop élevée, il existe une aimanta-
tion finie en 3D. Le fait que l’aimantation diverge, ou de manière équivalente
que le nombre de bosons explose, indique que l’état duquel on construit
la théorie – ici |GS⟩ l’état ferromagnétique – est instable sous les fluctua-
tions quantiques générant la prolifération des magnons. Si l’état est stable,
alors le moment est renormalisé comme c’est le cas en 3D, et les excitations
cohérentes comme les ondes de spin peuvent s’y développer.
On utilise fréquemment cette divergence comme indicateur de stabilité d’une
phase magnétique classique quand il est trop difficile d’étudier le modèle
quantique. La question, s’il y a instabilité, est ensuite de savoir quel ordre
est stabilisé quantiquement. Il faut en général avoir recours à d’autres ap-
proches qui permettent de décrire efficacement le système. Nous aborderons
bien entendu ces cas un peu plus loin dans le cours, lorsque nous verrons les
nouvelles phases magnétiques exotiques comme les liquides de spins.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 72

2.4 Cas Antiferromagnétique non frustré

Nous l’avons dit depuis le début de ce cours, il existe des ordre magnétiques
plus complexes que le ferromagnétisme qui nécessite un peu plus d’investi-
gation pour comprendre leur propriétés. C’est le cas des systèmes antifer-
romagnétiques qui, avec la notion de frustration, nous le verrons, sont au
coeur de la physique moderne et constituent un terrain de jeu fascinant pour
mettre en évidence des nouveaux états de la matière quantique.

Commençons alors avec l’ordre de Néel, l’ordre ferromagnétique le plus


simple que nous pouvons construire. Dans cet état, les spins sont alignés en
sens opposés un site sur deux. On peut le trouver sur les chaı̂nes 1D, le réseau
carré 2D ou encore le réseau cubique 3D. Nous allons suivre le même che-
minement que pour le cas ferromagnétique, à savoir définir l’ordre classique
et tenter de construire les états à n magnons grâce à la transformation de
Holstein-Primakoff.

2.4.1 Diérivation du Hamiltonien :

Cas classique. Le fondamental antiferromagnétique, pour un réseau non


frustré, est donc l’état de Néel pour lequel la moitié des spins sont ↑ et se
situent sur un sous-réseau A, et l’autre moitié sont ↓ et sont sur un sous-
réseau B. Tous les sites d’un sous-réseau n’a comme premiers voisins que des
sites de l’autre sous-réseau comme montré ci-dessous :

Cas quantique. Par analogie avec notre construction de l’état ferro-


magnétique, on construit l’équivalent quantique de l’état de Néel comme

|Γ⟩ = |mA A B B
1 = +S, · · · , m N = +S, m1 = +S, · · · , m N = +S⟩ (2.43)
2 2

où l’on a indexé les sites par un indice allant de 1 à N2 et pour lequel il existe
le sous réseau A et le sous-réseau B. La figure (2.3) montre deux exemples,
1D et 2D de réseaux séparés en deux sous-réseaux (bipartites).

Est-ce que cet état est le fondamental ? Pas du tout, ce c’est même pas un
état propre de H. Considérons en effet deux sites voisins, ils sont forcément
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 73

1D

2D
i =A

=B

unit cell

Figure 2.3 – Exemples d’ordre de Néel en 1D et 2D. Les spins up sont sur
le sous-réseau A (noir) et les spins down sur le sous-réseau B. La maille unité
du réseau est doublée, on définit donc une maille unité (rectangle gris) indicé
par i allant de 1 à N2 sites.

sur deux sous-réseaux distincts A et B par définition. Prenons le cas où i ∈ A


et j ∈ B, alors mA B
i =↑ et mj =↓ et l’on a :

Si+ Sj− → 0
Si− Sj+ → mA
i = S −1 mB
j = −S + 1

L’état |Γ⟩ est donc couplé à d’autres états et comme pour le cas ferro-
magnétique il faut incorporer les fluctuations. On procède alors à une trans-
formation de Holstein-Primakoff, mais en prenant en compte ici la différence
majeure que les spins ont des orientations différentes sur les sous-réseaux.
En d’autres termes, on ne part pas d’un ansatz où tous les spins sont pa-
rallèles, mais on en construit un où l’ordre de Néel est explicitement mis. On
distingue donc deux transformations pour chacun des deux sous-réseaux :

Sous-réseau A
Siz = S − â+
i âi
r
√ n̂i
Si+ = 2S 1 − âi
r 2S
√ n̂i
Si− = 2Sâ+
i 1−
2S
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 74

Sous-réseau B

Siz = −S + â+
i âi
r
√ n̂i
Si+ = 2Sâ+
i 1−
r 2S
√ n̂i
Si− = 2S 1 − âi
2S

On procède à présent à l’approximation linéaire comme précédemment et


le Hamiltonien prend la forme
XX 2S

2 + + + +
H = J −S + Sâi âi + Sâj âj + (âi âj + âi âj )
i∈A
2
j(i)

zJN S 2
= −
2 X
X  + 
+ JS âi âi + â+ τ âi+⃗
i+⃗ τ + âi âi+⃗
+ +
τ + âi âi+⃗
τ (2.44)
i∈A ⃗
τ

Contrairement au cas ferromagnétique, il y a des termes en aa et a+ a+ qui


respectivement détruisent / créent des paires de spins ↑↑ ou ↓↓ et vont donc
changer le secteur magnétique !
Comme le système a maintenant 2 sites par maille unité, on définit la trans-
formée de Fourier comme
r
2 X i⃗k·⃗ri
âi = e â⃗k (2.45)
N
⃗k∈ZDB
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 75

zJN S 2
H = −
2
XX 2 X ⃗ ⃗
+ JS e−i(k1 −k2 )·⃗ri â⃗+ â⃗
k1 k2
i∈A
N

τ ⃗k1⃗k2
XX 2 X ⃗ ⃗
+ JS e−i(k1 −k2 )·(⃗ri +⃗τ ) â⃗+ â⃗
k1 k2
i∈A
N

τ ⃗k1⃗k2
XX 2 X ⃗ ⃗ ⃗
+ JS ei(k1 +k2 )·⃗ri ek2 ·⃗τ â⃗k1 â⃗k2
i∈A
N

τ ⃗k1⃗k2
XX 2 X ⃗ ⃗ ⃗
+ JS e−i(k1 +k2 )·⃗ri e−k2 ·⃗τ â⃗k1 â⃗k2
i∈A
N

τ ⃗k1⃗k2

zJN S 2 XXh i
+ −i⃗k·⃗
τ + + i⃗k·⃗ τ
H = − + JS 2â⃗k â⃗k + â⃗k â−⃗k e + â⃗k â−⃗k e (2.46)
2

τ ⃗k

Il y a ici un problème car le Hamiltonien n’est pas une somme d’oscilla-


teurs harmoniques à cause des nouveaux termes. C’est Bogolioubov qui, le
premier, à développer une méthode pour résoudre ce type de problèmes.

2.4.2 Transformation de Bogolioubov :

L’idée de Bogolioubov pour diagonaliser ce type d’Hamiltonien est de


réaliser qu’en partant d’un système constitué de bosons comme c’est le cas
pour les magnons, changer de bases pour se mettre dans la base propre ne
doit pas changer la nature des constituants. Ainsi donc, si H parvenait à être
diagonalisé, il aurait forcément la forme diagonale
X
H = ωδ α̂δ+ α̂δ + C
δ

avec C une constante et les opérateur α̂δ+ et α̂δ les opérateurs de création et
destruction d’un mode propre bosonique d’état quantique δ.

Supposons qu’il ait la forme spécifique


X
H = ω⃗k α̂⃗k+ α̂⃗k + C (2.47)
⃗k
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 76

pour laquelle l’état quantique δ est un mode propre de vecteur d’onde ⃗k, on
aurait alors la relation de commutation
[H, α̂⃗k ] = −ω⃗k α̂⃗k . (2.48)

Or on peut montrer par ailleurs que l’on a les relations de commutations


suivantes entre H, â⃗k et â+
−⃗k
:
  Xh i
H, â⃗k = −JS + ⃗
â⃗k + â−⃗k cos k · ⃗τ (2.49)

τ
h i Xh i
H, â+ = JS â+ + â⃗ cos ⃗k · ⃗τ (2.50)
−⃗k −⃗k k

τ

qui sont toutes les deux des combinaisons linéaires des opérateurs â⃗k et â+
−⃗k
!
Il doit donc être possible de mettre le Hamiltonien sous la forme voulue
(2.47) à l’aide des opérateurs bosoniques α̂⃗k+ et α̂⃗k en terme de combinaisons
linéaires des â+
−⃗k
. Bogolioubov proposa donc de chercher des solutions sous
la forme
α̂⃗k = u⃗k â⃗k + v⃗k â+
−⃗k
. (2.51)

Preuve 1 :
Calculer les relations de commutation suivantes
h i
→ â⃗+ k
â⃗k , â⃗k
h i
→ â⃗+ â
k −⃗k
+
, â⃗k
h i
+ +
→ â⃗k â⃗k , â⃗k
h i
→ â⃗k â−⃗k , â⃗+ k

et montrer les équations (2.49) et (2.50).

Les coefficients u⃗k et v⃗k sont obtenus grâce à la condition (2.48) :


X h    i
[H, α̂⃗k ] = JS −u⃗k + v⃗k cos ⃗k · ⃗τ â⃗k + v⃗k − u⃗k cos ⃗k · ⃗τ â+
−⃗k

τ
= −ω⃗k α̂⃗k .
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 77

ce qui conduit au système d’équations couplées


X 
−ω⃗k u⃗k = JS −u⃗k + v⃗k cos ⃗k · ⃗τ = −zJSu⃗k + z⃗k JSv⃗k

τ
X 
−ω⃗k v⃗k = JS +v⃗k − u⃗k cos ⃗k · ⃗τ = +zJSv⃗k − z⃗k JSu⃗k (2.52)

τ

où l’on a fait apparaı̂tre la coordinance z et introduit le paramètre z⃗k =


P ⃗ τ pour alléger l’écriture. Par exemple z⃗ = 1 cos kx en 1D ou
τ cos k · ⃗
⃗ k z
1
encore 2z (cos kx + cos ky ) sur un réseau carré 2D. Mis sous forme matricielle,
le système devient
 
ω⃗k − zJS z⃗k JS
Q =
−z⃗k JS ω⃗k + zJS
et a une solution si det Q ≥ 0 ce qui nous donne la relation
  2
ω⃗k − zJS ω⃗k + zJS + z⃗k JS = 0
2
→ ω⃗k2 = (zJS)2 − z⃗k JS
r
± z⃗
→ ω⃗k = ±zJS 1 − k (2.53)
z
Les états physiques sont ceux pour lesquels l’énergie est positive, donc dans
la suite ω⃗k = ω⃗k+ . En reportant cette solution dans une des deux équations
de (2.52), on obtient une condition sur u et v :
p
v⃗k z⃗k JS (zJS − ω⃗k )(zJS + ω⃗k )
= = sign(z⃗k )
u⃗k ω⃗k + zJS ω⃗k + zJS
s
zJS − ω⃗k
= sign(z⃗k ) (2.54)
zJS + ω⃗k

La seconde vient de ce que les opérateur α̂⃗k+ et α̂⃗k doivent être bosoniques
pour que la théorie tienne. On arrive donc à
u⃗2k − v⃗k2 = 1
 
zJS − ω⃗k
→ u⃗2k 1− =1
zJS + ω⃗k
 
2 2ω⃗k
→ u⃗k =1 (2.55)
zJS + ω⃗k
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 78

Preuve 2 :
En utilisant les relations de commutation que doivent respecter les opérateurs
α̂⃗k+ et α̂⃗k , montrer que l’on arrive à la condition u⃗2k − v⃗k2 = 1.

On peut donc choisir comme solution le couple


s s
zJS + ω⃗k zJS − ω⃗k
u⃗k = v⃗k = sign(z⃗k ) (2.56)
2ω⃗k 2ω⃗k

Il ne nous reste plus qu’à inverser les relations et à reporter dans H pour
montrer que celui-ci est bien diagonalisé. Justement, on a vu dans H qu’il
y a avait 4 types d’opérateurs, â⃗+
k
, â⃗k , â+
−⃗k
et â−⃗k . Pour pouvoir inverser les
relations, il nous faut donc tous les faire apparaı̂tre, ce qui signifie qu’il faut
invoquer aussi α̂−⃗k :

α̂⃗k = u⃗k â⃗k + v⃗k â+


−⃗k
+ +
α̂−⃗k = u−⃗k â−⃗k + v−⃗k â⃗k

Notons au passage que comme z⃗k est une fonction paire, ω⃗k l’est aussi et
donc u⃗k = u−⃗k et v⃗k = v−⃗k . On a donc le système
    
u⃗k v⃗k â⃗k α̂⃗k
+ = +
v⃗k u⃗k â−⃗k α̂− ⃗k

dont la matrice est de déterminant 1 par construction ce qui nous donne la


matrice inverse
    
â⃗k u⃗k −v⃗k α̂⃗k
=
â+
−⃗k
−v⃗k u⃗k
+
α̂− ⃗k

En reportant ces expressions dans H, on arrive à la forme diagonalisée


du Hamiltonien :
X  1

zJS(S + 1)N
+
H = ω⃗k α̂⃗k α̂⃗k + − (2.57)
2 2
⃗k
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 79

qui est clairement le spectre d’un oscillateur harmonique quantique !

Il ne nous reste plus qu’à étudier les propriétés de ce système à présent


qu’il est résolu.

Preuve 3 :
En utilisant les définitions des opérateurs â⃗+
k
, â⃗k , â+
−⃗k
et â−⃗k , on va chercher
à démontrer que la forme diagonalisée de H est celle donnée plus haut.
1. Calculer â⃗+ â⃗ , â⃗k â−⃗k et â⃗+
k k
â+ en fonction des opérateurs propres α̂.
k −⃗k
2. En regroupant les termes tel que donné dans H, montrer que le terme
constant vaut 2zv⃗k2 − 2z⃗k u⃗k v⃗k .
3. En utilisant l’équation aux valeurs propres v⃗k zJS − u⃗k z⃗k JS = −ω⃗k v⃗k ,
montrer que le terme constant de H s’écrit alors
zJS(S + 1)N 1X
− + ω⃗k
2 2
⃗k

4. Finalement, simplifier le reste des termes non constant pour aboutir


à l’expression finale du Hamiltonien.

2.4.3 Expression de l’état fondamental

Comme nous l’avons esquissé plus haut, le vide des bosons est l’état de
Néel qui n’est pas l’état fondamental ! Dans notre cas, la structure (super-
symétrique) du Hamiltonien en A+ A nous assure que le fondamental vérifie
la relation A|ψ0 ⟩ = 0 et donc α̂⃗k |GS⟩ = 0. Or sur le vide |0⟩ = |Néel⟩,
h i
α̂⃗k |0⟩ = u⃗k â⃗k + v⃗k â−⃗k |0⟩ = v⃗k â+
+
−⃗k
|0⟩ =
̸ 0 (2.58)

car â+
−⃗k
crée un boson de vecteur d’onde ⃗k dans un état qui n’en a pas.

On peut alors montrer que le fondamental est donné par



Y v
1 − u⃗k⃗ â⃗+k â+−⃗k
|GS⟩ = e k |0⟩ (2.59)
u⃗k
⃗k
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 80
Q
où ⃗′k signifie qu’on ne fait le produit que sur des vecteurs d’ondes ⃗k et ⃗k
tels que ⃗k ̸= −⃗k ′ . Comme on le voit, cet état n’est pas l’état de Néel, mais
une version quantiquement habillé de celui-ci. La forme exponentielle n’est
pas du tout triviale et provient de la nature bosonique des magnons. Il existe
des théorie, comme nous le verrons plus loin dans le cours, où les excita-
tions sont prises fermioniques, dans tel cas le fondamental est directement
un déterminant de Slater comme il se doit.

Preuve 4 :
Nous allons chercher à démontrer la forme (2.59) de l’état quantique fonda-
mental de notre modèle |GS⟩. Pour cela nous partons de l’ansatz

Y −B⃗k â⃗+ â+⃗
|Γ⟩ = A⃗k e k −k |0⟩
⃗k

et nous allons vérifier quelles conditions A et B doivent satisfaire pour que


l’état soit annihilé par α̂⃗k . La structure de cette ansatz est telle qu’elle assure
que chaque mode sera traité de la même manière, comme il se doit puisque
ce sont les modes propres et aussi, en considérant la série d’exponentielle,
que tous les remplissages de bosons, de 0 à ∞ soient inclus dans l’état.
1. En raisonnant
h pari l’absurde, montrer par récurrence que l’on a la
relation â⃗k , (â⃗k ) = n(â⃗+
+ n
k
)n−1 .
2. Simplifier en faisant agir sur le vide
3. Calculer â⃗k |Γ⟩ et faire apparaı̂tre â⃗k en donnant la condition sur B⃗k .
4. Calculer alors la norme de |Γ⟩ pour définir A⃗k et conclure sur la fonc-
tion d’essai |Γ⟩.

2.4.4 Propriétés thermodynamiques

Comme nous l’avons déjà mentionné, dans le cas des antiferroaimants,


l’aimantation totale n’est pas un bon paramètre d’ordre car elle est toujours
nulle. Comme l’état de basse énergie possède ici deux sous-réseaux sur les-
quels les spins sont anti-alignés, il est naturel de considérer l’aimantation
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 81

alternée définie par :


1 X X
malt = ⟨GS| Siz − Siz |GS⟩ (2.60)
N i∈A i∈B

D’après la transformation d’Holstein-Primakoff, on a directement


1 X +
malt = S − ⟨â⃗k â⃗k ⟩ (2.61)
N
⃗k

dont on peut avoir l’expression en fonction des opérateurs propres grâce à


notre inversion (voir aussi la question (1) de la preuve 3) :

⟨â⃗+ â⃗ ⟩ = u⃗2k ⟨n̂⃗k ⟩ + v⃗k2 (1 + ⟨n̂⃗k ⟩)


k k
 
= v⃗k2 + u⃗2k + v⃗k2 ⟨n̂⃗k ⟩ (2.62)

⟨n̂⃗k ⟩ représente le nombre moyen de bosons (d’excitations magnétiques de


magnons) dans le fondamental. Bien entendu, comme pour le cas ferro-
magnétique, pour traiter la thermodynamique du système, ce terme devient
⟨n̂⃗k ⟩ = nBE (⃗k), la distribution de Bose-Einstein.

Cas T = 0. A température nulle tous les modes bosoniques, s’il y en a,


condensent en k = 0 et nBE (k = 0) → ∞. Cependant, l’énergie la plus basse
d’après le Hamiltonien est zéro, et correspond à un état pour lequel ⟨α̂⃗k+ α̂⃗k ⟩ =
0 impliquant que même le fondamental n’est pas peuplé de magnons. Il en
vient que
zJS − ω⃗k
⟨â⃗+ â⃗ ⟩ = v⃗k2 =
k k
̸= 0 (2.63)
2ω⃗k

Ceci est dû à la présence des fluctuations quantiques qui sont importantes et
qui donc s’expriment même dans le fondamental !

Pour D = 1, l’aimantation alternée devient à la limite continue


Z π
2 a zJS − ωk
malt = S − dk . (2.64)
2 0 2ωk
Or ωk ∼ k pour les petits vecteurs d’onde, donc l’intégrale diverge ! Il n’y
a pas d’ordre magnétique en 1D, l’ordre antiferromagétique que nous avons
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 82

considéré n’est donc pas stable et ”fond” sous la présence des fluctuations
quantiques. C’est un autre état qui sera stabilisé.

Pour D = 2, l’intégrale est souvent plus petite que S et l’ordre AF reste


stable sous les fluctuations quantiques. Par exemple pour le réseau carré,
l’intégrale vaut 0.2, ce qui reste une forte renormalisation des moments
magnétiques, surtout pour des spins 1/2 et explique pourquoi l’état classique
n’est pas un bon état contrairement au cas ferromagnétique. L’état quan-
tique obtenu en a certes des propriétés, mais il est fortement habillé par
des fluctuations quantiques de magnons, montrant son caractères fortement
quantique. On voit ici les prémices des états exotiques que nous allons dis-
cutés. L’antiferromagnétisme semble être le bon terrain de jeu pour que les
propriétés quantiques s’expriment le plus.

Cas T ̸= 0. Dans ce cas l’aimantation devient

 
Z  
2  zJS 1 zJS − ω⃗k 
malt = S− ⃗ 
dk  + 
(2π)2 ω e βω⃗k
− 1 2ω 
| k {z

}

k 
1

k2

Donc pour D ≤ 2, l’intégrale diverge et il n’y a donc pas d’ordre à longue dis-
tance à T > 0 (Hohenberg-Mermin-Wagner). Par contre il est possible d’avoir
des transitions de phases à température nulle en fonction des paramètres du
système qui, par compétition énergétique, peuvent se faire manifester plus
ou moins fortement les fluctuations quantiques et donc être à l’origine d’un
changement de phases. C’est l’objet de la suite de ce cours.

2.5 Liquide de spin topologique de Kitaev

En 2005, A. Kitaev a proposé un modèle de spins 1/2 possédant un nouvel


état quantique de la matière : un liquide de spins sans ordre particulier dont
les excitations se comportent comme des quasi-particules dont la statistique
quantique n’est ni fermionique, ni bosonique, mais quelconque, les anyons.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 83

Nous nous proposons ici d’étudier ce modèle sur réseau et d’en trouver l’état
fondamental en utilisant une approche champ moyen dans laquelle les spins
sont constitués de fermions de Majorana, des fermions sans masse qui ont la
particularité d’être leur propre antiparticule, i.e. γ + = γ.

Le modèle de Kitaev est celui d’un système de spins 1/2 sur un réseau
en nid d’abeille possédant deux sites par maille unité, u et v. Chaque sous-
réseau u a trois premiers voisins v dans les directions ⃗r1 , ⃗r2 et ⃗r3 . La constante
de couplage entre les spins dépend aussi de la direction des liens comme √ le
1 3
résume la figure ci-dessous : Dans la base ⃗u1 = ⃗ux et ⃗u2 = 2 ⃗ux + 2 ⃗uy , les
e 2⃗

r 2⃗
e 1⃗
r 3⃗
r 1⃗ SixSjx

u v
SizSjz
SiySjy

vecteurs de translation du réseau de Bravais sont donnés par


⃗e1 = ⃗u1 + ⃗u2 , ⃗e2 = −⃗u1 + 2⃗u2
et les vecteurs de plus proches voisins des sites du sous-réseau u par
⃗r1 = ⃗u1 , ⃗r2 = −⃗u1 + ⃗u2 , ⃗r3 = −⃗u2 . (2.65)
Un site i correspond à un vecteur de position du réseau de Bravais ⃗ri dans la
base (⃗e1 , ⃗e2 ) et d’un indice de sous-résseau u ou v. On écrira donc de manière
implicite qu’un site i correspond à un couple (⃗ri , w). La couleur des liens
représente le type du couplage des spins, u et v sont les deux sous-réseaux.
Le Hamiltonien du système s’écrit
X X y y X
H = K Six Sjx + K Si Sj + K Siz Sjz (2.66)
x−links y−links z−links

⃗ i = 1 ⃗σ i , avec
et pour simplifier le problème on travaillera avec ℏ = 1. Ainsi S 2
σ x , σ y et σ z les matrices de Pauli :
     
x 0 1 y 0 −i z 1 0
σ = , σ = , σ = . (2.67)
1 0 i 0 0 −1
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 84

Pour simplifier les écritures, nous appellerons d = 1, 2, 3 aussi bien les


dimensions d’espace x, y, z que les 3 directions ⃗rd des plus proches voisins
des sites du sous réseau u (noirs, bleus ou rouges de la figure ci-dessus) de
telle façon que
3
XX
H = K Sid Si+⃗
d
rd . (2.68)
i∈u d=1

A noter que dans cette écriture, l’indice i correspond toujours au sous-réseau


u, et i + ⃗rd au sous-réseau v.

2.5.1 Passage aux fermions d’Abrikosov

Le passage des spins vers les fermions de Majorana se fait en deux étapes,
(i) chaque spin est récrit en terme de deux fermions dit de Abrikosov (se-
lon le même principe que ce que nous avons vu en cours pour étudier les
magnons) puis (ii) chaque nouveau fermion est récrit à son tour en terme
de fermions de Majorana. Nous allons procéder étape par étape pour établir
cette correspondance.

1. On introduit sur chaque site i du réseau (implicitement un site ⃗ri


du réseau de Bravais et un sous-réseau w = (u, v)) les opérateurs de
+
création et de destruction d’un fermion de spin σ, fi,σ , fi,σ . Rappeler
les relations d’anticommutation fermionique en fonction du spin σ, de
l’indice i.
2. Toujours pour un site i donné, quelle est la dimension de l’espace de
Hilbert Ωs d’un spin 12 ? Ecrire les vecteurs de base en fonction des
opérateurs de création des fermions définis plus haut qui agissent sur
le vide de l’espace de Fock |0⟩.
3. Même question pour l’espace de Hilbert Ωf et les vecteurs de base des
fermions sur un site i. On utilisera le nombre d’occupation ni,σ pour
les lister sous la forme |ni,↑ , ni,↓ ⟩.
4. En comparant les états de Ωf avec ceux de Ωs , deux ne sont pas phy-
siquement pertinents pour décrire un état de spin. Lesquels ? Montrer
+ +
alors qu’il faut imposer les conditions fi,↑ fi,↓ = 0 et fi,↑ fi,↓ = 0.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 85

5. Quelle contrainte supplémentaire doit être imposée au nombre d’oc-


cupation ni = ni,↑ + ni,↓ pour que les deux espaces de Hilbert corres-
pondent complètement ? Avec les conditions précédentes, nous avons
donc 3 contraintes que doivent satisfaire les fermions de Abrikosov.
6. On propose de décrire un spin avec ces fermions en définissant :
X
⃗i = 1
S f + ⃗σa,b fi,b , (2.69)
2 a,b i,a

avec ⃗σ = σ x⃗ux + σ y ⃗uy + σ z ⃗uz et (a, b) les coordonnées d’un élément de


matrice. Donner les expressions explicites de Six , Siy et Siz en fonction
des opérateurs de fermions.
7. Montrer enfin que les relations de commutation des spins sont bien
préservées. On pourra ne calculer que [Six , Siy ] = iSiz pour s’en convaincre.

2.5.2 Passage aux fermions de Majorana

Nous avons établi dans la section précédente le passage mathématique


d’une représentation d’un système de spins 1/2 en terme d’opérateurs de
fermions dits d’Abrikosov. Nous avons vu que le prix à payer était d’élargir
l’espace de Hilbert, mais qu’en respectant des contraintes qui projettent dans
le sous-espace physique, le passage est exact et ne souffre donc d’aucune ap-
proximation. La seconde étape pour résoudre le modèle de Kitaev est ensuite
de transformer ces fermions d’Abrikosov en fermions de Majorana. Pour se
faire, chacun des 4 opérateurs de fermion sur un site i est transformé comme :
1 0
fi,↑ = (γ − iγi3 )
2 i
+ 1 0
fi,↑ = (γ + iγi3 )
2 i
1 2
fi,↓ = (γ − iγi1 )
2 i
+ 1 2
fi,↓ = (γ + iγi1 ) (2.70)
2 i
avec γ 0 , γ 1 , γ 2 , γ 3 4 types de fermions de Majorana définis par leurs règles de
commutation {γia , γjb } = 2δij δab. Cet algèbre s’appelle l’algèbre de Clifford.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 86

1. En utilisant les relations ci-dessus, montrer que les fermions de Majo-


rana sont bien leurs propres antiparticules (γ = γ + ).
2. Montrer que dans cette écriture, on a :
i 1 0
Six = (γi γi + γi3 γi2 )
4
y i 2 0
Si = (γi γi + γi1 γi3 )
4
z i 3 0
Si = (γi γi + γi2 γi1 ) (2.71)
4
ce qui s’écrit sous forme compacte à l’aide du tenseur complètement
antisymétrique de Levi-Civita ϵabc où a, b, c vont de 1 à 3 comme S a =
i
4
(γ a γ 0 − 21 ϵabc γ b γ c ) avec la sommation implicite sur les indices répétés.
3. En reprenant les 3 contraintes que doivent respecter les fermions d’Abri-
kosov de la section précédente, montrer que les fermions de Majorana
doivent respecter les relations suivantes (en omettant leurs indices de
site) :
1
γ a γ 0 + ϵabc γ b γ c = 0. (2.72)
2
4. En déduire alors que les composantes des spins prennent la forme
simple de
i i i
S x = γ 1γ 0, S y = γ 2γ 0, S z = γ 3γ 0. (2.73)
2 2 2
d
5. Calculer à présent les termes du Hamiltonien Sid Si+⃗
rd pour d = 1, 2, 3
a
en fonction de γi , et montrer que H prend la forme :
3
XX (d)
H = −K Bi,i+⃗rd Ai,i+⃗rd (2.74)
i∈u d=1
(d)
avec Ai,i+⃗rd et Bi,i+⃗rd des bilinéaires des opérateurs de fermions que
l’on définira.

2.5.3 Hamiltonien de champ moyen

Afin de résoudre cet Hamiltonien, on va considérer sa version champ


moyen. En regardant la forme ci-dessus, on remarque que les opérateurs A et
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 87

B définis plus haut sont couplés l’un à l’autre. On se propose alors d’étudier
le système en les découplant selon la même philosophie que Hartee-Fock,
soit :
(d) (d) (d) (d)
Bij Aij → ⟨Bij ⟩Aij + Bij ⟨Aij ⟩ − ⟨Bij ⟩⟨Aij ⟩ (2.75)

Dans cette approximation, on va tout en particulier considérer que les solu-


tions de basses énergies sont données par seulement deux paramètres indépendants
(d)
α = ⟨Aij ⟩ et β = ⟨Bij ⟩. Ce sont ces variables que l’on va chercher à
déterminer dans la suite du problème.

1. Récrire le Hamiltonien en fonction de α et β dans l’approximation de


champ moyen et en fonction des opérateurs de fermions de Majorana
(pas des opérateurs A et B).
2. On définit la transformée de Fourier

a a 2 X i⃗q·⃗ri a
γi = γ⃗ri ,w = √ e γw,q , a = [0, 1, 2, 3], (2.76)
N q
a
où γw,q est l’opérateur de fermion de Majorana de type a, sur le sous-
réseau w dans l’état d’impulsion q = ⃗q (on laisse tomber la notation
vectorielle dans la suite pour alléger les notations), où la somme est
sur toutes les impulsions de la zone de Brillouin (pas nécessaire de les
calculer) et où N est le nombre total de sites du réseau de Bravais (il
y a donc 2N sites dans le réseau hexagonal). Montrer que
1X a X
{γ⃗ri ,w , γ⃗rai ,w } = N = 2 a
γw,q a
γw,−q . (2.77)
2 i∈w q

P P P
3. En utilisant la propriété que q f (q) = −q f (q) et que q 1 = N ,
conclure à partir de cette expression que la transformée de Fourier des
opérateurs de Majorana suivent les règles d’anticommutation standard
+ +
des fermions, i.e. {γw,q , γw,q } = 1, en définissant γw,q = γw,−q .
4. On admettra par la suite que {γw,q a
, γwb ′ ,q } = {γw,q
a+
, γwb+′ ,q } = 0 et
a
{γw,q , γwb+′ ,q′ } = δw,w′ δa,b δq,q′ . On peut donc à présent écrire le Hamilto-
nien dans l’espace de Fourier et le solutionner comme pour n’importe
quel modèle de liaisons fortes. En injectant la transformée de Fourier
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 88

dans le Hamiltonien, montrer que l’on obtient :


3 X
X   
i 0 0 i d d
H = −K ϕd β γ−q,u γq,v + α γ−q,u γq,v + h.c. + 3αβKN
(2.78)
d=1 q
2 2

oùPl’on a défini
P les facteurs de phase ϕd = eiq·⃗rd et utilisé le fait que

2 q f (q) = q [f (q) + f (q)] (on ne démontrera pas cette dernière
égalité).
0 1 2 3 0 1 2 3 T
5. Finalement, on définit le spineur colonne ψq = [γu,q , γu,q , γu,q , γu,q , γv,q , γv,q , γv,q , γv,q ] .
+
On rappelle que ψq = ψ−q par construction. Montrer alors que H peut
se mettre sous la forme simple
X
H = K ψq+ Mq ψq + 3αβKN, (2.79)
q

où Mq est une matrice dont la structure satisfait


 
0n×n Dn×n
M = + (2.80)
Dn×n 0n×n

où 0n×n est une matrice carrée d’éléments nuls et de dimension n×n et
Dn×n une matrice diagonale de même taille et d’éléments diagonaux
non nuls {e11 , · · · , enn } que l’on explicitera en fonction de α, β et ϕd .

2.5.4 Résolution du Hamiltonien

L’équation finale du Hamiltonien est similaire à celle d’un système de liai-


sons fortes que vous connaissez. Ainsi, diagonaliser Mq donnera la relation de
dispersion des fermions de Majorana. La structure particulière de la matrice
permet de la diagonaliser très simplement. Son spectre est symétrique et de
valeurs propres {±|e11 |, · · · , ±|enn |}.

1. En comparant l’expression de H obtenue dans la partie précédente


avec la structure de M ci-dessus, conclure que le spectre d’énergie est
donné par :
β α α α β α α α
Eb (q) = {− ϵ(q), − , − , − , + ϵ(q), + , + , + }, (2.81)
2 2 2 2 2 2 2 2
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 89

avec ψ̃(q) les opérateurs de fermions dans l’espace diagonalisé (ne pas
les expliciter) où b est l’indice de bande et ϵ(q) = |ϕ1 + ϕ2 + ϕ3 |.
2. Dans les 4 bandes du bas, donner une interprétation physique de la
présence des trois bandes plates, et de la bande dispersive des fermions
de Majorana. C’est ce mécanisme qui est à l’origine du nouvel état
quantique de Kitaev.
3. Une fois diagonalisé le Hamiltonien prend la forme
X X
H = K Eb (q)ψ̃qb+ ψ̃qb + 3αβKN. (2.82)
q b∈bandes

Donner le sens physique de l’opérateur ψ̃qb+ ψ̃qb dans l’espace diagona-


lisé.
4. On cherche à présent l’énergie du fondamental du système. Comme
dit, celui-ci est constitué de N spins 1/2, donc 4N fermions de Majo-
rana dans notre représentation. On a de plus mis en évidence que dans
l’espace de Fourier, les fermions de Majorana vérifiaient les règles stan-
dard de d’anticommutation fermionique et qu’on peut donc construire
l’état à 4N fermions par un simple déterminant de Slater (qu’on ne
cherchera pas à calculer ici). En utilisant l’expression ci-dessus, don-
ner pour cet état l’expression de E0 , l’énergie totale du système en
fonction de ϵ(q), α et β.
5. Les deux paramètres champ moyen α et β sont eux-mêmes des valeurs
moyennes des opérateurs A et B dans l’état fondamental. Il est bien
sûr possible de les calculer explicitement, mais il faudrait pour cela
écrire le déterminant de Slater. Une autre façon est de réaliser que
le système est auto-cohérent et, en partant d’une valeur de α et β
quelconque, on peut construire H, le diagonaliser, calculer de nouveau
les paramètres dans le fondamental, et recommencer ainsi de suite
jusqu’à ce que les paramètres aient convergé et donc E0 devient un
minimum de α et β. On appelle la solution un point fixe du système.
En tirer deux équations, une pour α et une pour β, que l’énergie doit
satisfaire quand la solution auto-cohérente est atteinte.
6. En déduire alors que :
G 1
α= , β= , (2.83)
6N 2
P
avec G = q ϵ(q) et donner l’énergie E0 du fondamental du modèle
de Kitaev.
CHAPITRE 2. MAGNÉTISME QUANTIQUE 90

Nous n’irons pas plus loin dans l’analyse du modèle, mais à partir de cette
résoution, il est possible de calculer le fondamental et donc toutes les obser-
vables possibles.
Chapitre 3

Ce qu’on devrait savoir du


magnétisme

3.1 Pourquoi le magnétisme ?

Le magnétisme en matière condensée est l’étude du caractère coopératif


et collectif des moments magnétiques, directement issu des interactions. Que
le magnétisme soit classique ou quantique, la présence de ces interactions en-
traı̂ne des comportements très différents d’un système à l’autre, comme par
exemple l’existence de l’antiferromagnétisme pour lequel Louis Néel a reçu le
prix nobel en 1970 et qui est illustré dans la figure (3.1). Dans cet exemple,
on entrevoit déjà la richesse des systèmes magnétiques par la présence d’un
ordre caché qui restait élusif à la communauté scientifique car les mesures
expérimentales d’aimantation montraient une moment magnétique total nul
quelque soit la température, et ce même à très basse température, là où la cha-
leur spécifique Cv – reliée à l’entropie – montrait clairement une transition de
phases. Cette énigme que Louis Néel et ses collaborateurs ont élucidé a mis en
évidence l’importance des interactions et des géométries des matériaux. Dans
le cas présent,
Pon voit que l’ordre à basse température donne une aimantation
N
totale nulle i=1 Siz = 0 car la moitié des moments magnétiques pointent
vers +uz et l’autre vers −uz . L’aimantation n’est donc pas un bon paramètre
d’ordre, et il faudra plutôt regarder les corrélations de spins ⟨Si ·Sj ⟩ pour voir

91
Magnetism in Condensed Matter
Study of collective and cooperative behavior of magnetic moments in
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 92
condensed matter systems

T>TN T<TN

• Magnetism Figure
is a pure3.1 –quantum phenomenum:
En magnétisme probably
classique, au dessus de la the oldest de
température example of
collective quantum phenomena
Néel TN , le at the macroscopic
système est désordonné scale (like
avec une aimantation superconductivity)
totale nulle. En
dessous, l’aimantation totale est toujours nulle mais on voit un ordre sous-
• Key role in the
jacentestablishment
apparaı̂tre. of the theory of phase transitions and the concept of
symmetry breaking (Ising model…)
apparaı̂tre l’ordre caché. Ce jeu du chat et de la souris entre des nouvelles
• Emergent phenomenum due
phases quantiques quito interactions:
échappent « more is different
à la compréhension »
du scientifique et les
nouvelles sondes théoriques et expérimentales nécessaires pour leur mise en
P. W. Anderson.
évidence constitue Science, de
l’enjeu premier Newla Series, Vol. 177,
recherche No. 4047. (Aug. 4, 1972), pp. 393-396.
moderne.

Il faut rajouter à cela le fait que le magnétisme quantique peut prove-


nir de deux origines possibles, l’une orbitalaire donnant le moment cinétique
⃗ = ⃗r × p⃗, avec ⃗r la position d’une particule chargée et p⃗ son impulsion,
L
et l’autre d’origine purement quantique que l’on appelle le spin S. ⃗ Ces deux
quantités aux origines fondamentalement différentes se composent cependant
de la même manière et constituent la théorie des moments cinétiques de la
mécanique quantique où l’on écrit de manière générale J⃗ le moment cinétique
⃗ ou intrinsèque (S).
généralisé, qu’il soit extrinsèque (L) ⃗ Mis en interaction,
le magnétisme est donc certainement le plus vieil exemple de phénomènes
quantiques collectifs qu’il ait été offert à l’homme d’étudier à l’échelle ma-
croscopique (comme la supraconductivité) !
Un des enjeux majeurs de l’étude du magnétisme est donc l’établissement
de théories permettant de décrire les transitions de phases mises en jeu et
de caractériser ces dernières par le concept de brisures de symétries (modèle
d’Ising, ordres magnétiques). En particulier, la mise en évidence de phénoménologies
émergentes induites par la présence des corrélations, i.e. des interactions.
Comme dit en préambule, More is different [1]. En présence des interactions
et dans le cadre de la mécanique quantique, il est quasi impossible de pou-
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 93

voir écrire la fonction d’onde du système à N corps (ici des spins en général)
comme un produit tensoriel des états individuels de spins : le système n’est
plus séparable et c’est à un mode collectif émergent auquel on doit faire
face. Il est alors souvent possible que les modes collectifs des excitations
se comportent comme des quasi-particules aux propriétés bien définies, e.g.
phonons, magnons, · · · On voit là à quel point les différents ingrédients (in-
teractions, effets quantiques, géométries) vont conditionner la physique des
systèmes et pourquoi ce terrain de jeu constitue l’un des principaux dans la
physique moderne pour étudier les nouvelles phases quantiques de la matière
et leurs fantastiques propriétés.

3.2 Moment magnétique classique

En physique classique, un moment magnétique est induit par un courant


I parcourant un circuit fermé, comme par exemple une seule spire de surface
sical magnetic
dS. moment
Le flux magnétique généré est ainsi perpendiculaire à la surface s’ap-
puyant sur le contour, comme montré dans la figure Fig.3.2. Supposant le
!!"
!!" !!" dµ
gnetic moment dµ = I dS
= classical magnetic moment dS [µ ] = A.m 2
cular to the loop plane
I
e = motion of mass
Figure 3.2 – Spire de courant d’intensité I à l’origine d’une induction
!"magnétique
" " donnant
!" un!" moment
!!" dµ.

ular momentum L = mr ! v µ / /L / /dS
courant I être à l’origine d’une seule charge en rotation autour de l’axe, alors
γ: gyromagnetic factor"
le mouvement de la charge est équivalente au mouvement de sa masse. Il y a
donc une loi de proportionnalité entre le moment magnétique µ ⃗ et le moment
⃗ ⃗ perpendicu-
cinétique L, qui sont tous deux parallèles au vecteur surface dS
el with circular electron orbit
laire à la surface s’appuyant sur le contour. On introduit alors γ ce facteur
de proportionnalité, ! appelé
"! !facteur gyromagnétique, comme
! 2 v = ! !r
m! r u z !" e !" µ ⃗
⃗ = γL (3.1)
! e! r 2 ! µ= L
2
uz = uz 2m x
2
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 94

Dans le cas d’un électron ayant une orbite circulaire, on peut déterminer
le facteur gyromagnétique simplement en comparant
⃗ = ⃗r × p⃗ = m⃗r × ⃗v = m⃗r × ω
L ⃗ × ⃗r = mωr2 u⃗z ,
µ
⃗ = IS ⃗ = e ω πr2 u⃗z . (3.2)

Il vient immédiatement que γ Einstein
= 2m e
. Cettede Haas effect
correspondance entre moment
magnétique et moment cinétique peut être vérifiée expérimentale par l’effet
Einstein de Haas 1 qui est considéré comme la seule expérience jamais réalisée
par A. Einstein. Celle-ciExperimenteller
est illustréeNachweis der Ampereschen Molekularströme [Experimental Proof of Ampère
en Fig.3.3.
Molecular Currents], Deutsche Physikalische Gesellschaft, Verhandlungen 17 (1915): 152-170.
08/11/15 16:00

“Einstein’s only experimen

metallic rod
 Iron bar starts rotating upon applicatio
of a magnetic field

 Conservation of angular momentum

 Magnetic moment are associated to a


angular momentum

coil

Figure 3.3 – Effet Einstein de Hass. Un barreau métallique est placé à


l’intérieur d’un solénoı̈de constitué de N spires. Quand le circuit est fermé,
le solénoı̈de est parcouru par un courant d’intensité I induisant un flux
magnétique. Le barreau se met alors à tourner et, en régime stationnaire,
conserve le moment cinétique. La preuve de l’équivalence entre moment
magnétique et moment cinétique est faite.

1. Experimenteller Nachweis der Ampereschen Molekularströme [Experimental Proof


of Ampère’s Molecular Currents], Deutsche Physikalische Gesellschaft, Verhandlungen 17
(1915) : 152-170.

file:///Users/Yann%20Gallais/Desktop/EinsteinHaas.svg Page 1 sur 1


CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 95

3.3 Précession de Larmor

Le moment magnétique établi, on peut se poser la question de son compor-


tement sous l’action d’un champ magnétique B. ⃗ Classiquement, une charge
ponctuelle plongée dans un champ magnétique est soumise à la force de La-
place F⃗ = q⃗v × B.⃗ Sur un élément de chemin dr comme montré sur Fig.3.4,
l’élément de force devient
⃗ = λdr⃗v × B
dF ⃗ ×B
⃗ = I dr ⃗ (3.3)
l magnetic moment under field
où l’on a introduit la densité linéique de charge λ et le courant I = λv. Quand

d B: dr
!"
!" " !" !!" B
harge): F = qv ! B dF
!" " !" " !" " !"
d F = dn ! ev " B = ! dr ! 3.4
Figure ev "– BElément
= Idr "deBparcours d’une particule chargée dans un champ
⃗ et la force de Laplace ressentie (flèche bleue).
magnétique B
oop)
!"
le contour est fermé pour former une boucle, on a donc :
B I
!" ⃗ !!" ⃗
F = dFdF = ⃗0 (3.4)
µ dr
!!!!" !"! !" !mais !" !il" existe un moment de force sur
M l’objet non-nul
= OM ! I dr ! B = I dS ! B
⃗ F/O = OOM ⃗ × dF⃗ = OM ⃗ ×B
⃗ × I dr ⃗ ×B
⃗ = I dS ⃗
" " !" !" !" dM
I
G = IS"B = µ"B ⇒M ⃗ = ⃗
dM =G ⃗ = IS
⃗ ×B ⃗ =µ ⃗
⃗ × B. (3.5)
F/O F/O

plied to the moment ⃗ on retrouve bien que le


En plus de la présence d’un couple de force fini G,
ent is an angular momentum : dynamics
moment magnétique est un moment cinétique et donc qu’il est associé à une
dynamique du système. Pour s’en convaincre, il suffit de calculer la variation
du moment cinétique par rapport au temps :
dL⃗ X
= M⃗ =µ
⃗ ×B⃗ ⇒ d⃗µ = γ⃗µ × B. ⃗ (3.6)
dt dt
Il n’y a pas de terme de dissipation, et on voit que la dynamique du mo-
ment magnétique µ ⃗ dans le champ magnétique B⃗ est donc d’effectuer une
précession autour de celui-ci.
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 96

3.4 Thermodynamique des moments magnétiques

On considère N moments magnétiques classiques (ou spins classiques),


petits aimants de module fixé µ, dont la direction dans l’espace peut être
quelconque, placés sur N sites discernables indicés par i. On note m ⃗ i le
vecteur unitaire repérant la direction du moment magnétique sur le site i :
µ
⃗ i = µm ⃗ i . Chaque vecteur unitaire m ⃗ est repéré par les angles θ, ϕ en coor-
données sphériques, où θ est l’angle entre (Oz) et m ⃗ et ϕ l’angle entre (Ox)
et la projection de m ⃗ dans le plan (Oxy). Fixer une direction (i.e. les deux
angles) revient à donner un point sur la sphère de rayon 1, l’élément de sur-
face sur cette sphère étant l’angle solide infinitésimal d2 Ω. On utilisera ici
comme variables ϕ et u = cos(θ). Le moment magnétique total du système
⃗ = µP m
s’écrit M ⃗
i ⃗ i . On applique un champ magnétique B dans une direc-
tion arbitraire que l’on choisit selon l’axe (Oz). On négligera les interactions
entre les moments magnétiques.

1. Énergie du système.
(a) Donner l’expression de l’énergie totale du système en fonction de
⟨u⟩.
(b) Fixer E (ensemble microcanonique) revient à fixer quelle autre
quantité scalaire ?
2
(c) On introduit la probabilité d2 p = ρ(⃗n) d4πΩ qu’un spin donné pointe
dans une direction quelconque ⃗n à d2 Ω près. Donner la condition
de normalisation de ρ.
(d) Par symétrie, de quelle(s) grandeur(s) ρ(u, ϕ) dépend-elle réellement ?
Simplifier puis donner l’expression de ⟨u⟩ en fonction de ρ.
2. Entropie du système.
(a) Donner l’expression de l’entropie totale S du système en fonction
de ρ.

On utilisera dans la suite σ = S/N kB , l’entropie par spin.


(b) Déterminer la densité de probabilité ρ qui maximise σ en satis-
faisant les deux contraintes établies précédemment. (on introduira
des multiplicateurs de Lagrange α et λ).
(c) En déduire que l’on a nécessairement : ρ(u) = exp(λu)
Z
avec Z =
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 97

R1
exp(βu) du
2
.
−1
(d) Calculer explicitement ⟨u⟩ en fonction de λ.
3. Température du système.

(a) Evaluer σ et montrer que l’on a σ = −λ⟨u⟩ + ln Z.


(b) En déduire l’expression de la température T et exploiter cette re-
lation pour fixer la valeur de λ.
(c) Donner l’expression de ⟨u⟩ en fonction de µ, B, kB et T .
4. Aimantation du système.
(a) Calculer l’aimantation du système.
(b) Retrouve-t’on la loi de Curie, et si oui, quelle est la constante de
Curie ? (rappel : pour x petit, coth(x) = 1/x + x/3 + · · · ).

3.5 Le magnétisme purement classique existe-


t-il ?

Grâce aux travaux de Bohr (1911) et de van Leeuwen (1919), le théorème


de Bohr-van Leeuwen stipulant qu’il ne peut y avoir classiquement d’aiman-
tation macroscopique a été édicté.

On considère un système de N électrons dans un matériau, chacun d’eux


étant repéré dans l’espace des phases par les coordonnées généralisées (⃗ri , p⃗i ).
D’après la physique statistique, la fonction de partition canonique s’écrit
dans le continuum, pour une température β = 1/kB T et une énergie interne
microscopique U ({ri }, {pi }) – qu’il est inutile d’expliciter ici – comme :
Z Z Z Z
Z = r1 · · · rN p1 · · · pN e−βU ({ri },{pi }) . (3.7)

Prendre en compte le champ magnétique revient à faire une transformation


canonique des impulsions p⃗i → p⃗i − eA ⃗ i , ce qui ne crée qu’un décalage iden-
tique dans les bornes d’intégrations de chacune des intégrales, et donc le
résultat Z est inchangé et ne dépend donc pas de B !
Does purely classical magnetism exist ?
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 98
Bohr-van Leeuwen theorem: macrosopic magnetization is impossible in a purely classical
Or,Leeuwen)
system (1911 Bohr / 1919 van l’aimantation s’obtient à partir de l’énergie libre F comme
   
! !U (r1.... pN ) ∂F 1 ∂ ln Z
Z= " dr ... " dr " dp ... " dpMe =
1 N 1 N

∂B T
=
β ∂B T
= 0, (3.8)
!"
! !"
! !"
!
prouvant
canonical momentum ainsi field
under magnetic pi ! pi " eAi
le théorème.
Only a shift in the integration on the pi: the integral is unchanged !
Ce résultat se comprend assez bien avec l’image naı̈ve que les moments
magnétiques du volume # "F &du système
# "ln Z & sont compensés exactement par les or-
Z and F are independent of B M = ! % ( = k BT % ( =0
bites tronquées des bords
$ "B 'T comme
$ "Ble 'montre
T Fig.3.5
« Naive » picture:
The magnetic moments in the volume are exactly
compensated by the one associated to the skipping
orbits at the boundary of the system

Figure 3.5 – Sketch de la compensation des moments magnétiques dans


une représentation classique. Les électrons dans le volume orbitent tous dans
le même sens participant à une même direction du moment résultant mais
sont entièrement compensés par les électrons de bords qui, de part leur orbite
tronquée, forment une grande spire de courant opposé.

Ainsi donc, il est nécessaire d’invoquer la mécanique quantique pour ex-


pliquer les phénomènes magnétiques à l’échelle macroscopique.

3.6 Rappels sur le magnétisme atomique

3.6.1 L’électron sous champ magnétique

La présence des moments magnétiques nécessite donc d’être justifiée par


une approche quantique [10].

On peut alors montrer qu’il existe 2 types de magnétisme en matière


condensée :
— Magnétisme itinérant : électrons délocalisés dans les métaux → image
dans l’espace des vecteurs d’onde (théorie des bandes).
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 99

— Magnétisme localisé : électrons localisés (isolants) → image dans l’es-


pace réel.
Mais dans tous les cas, il faut établir la théorie quantique du magnétisme
atomique. On prend le modèle simple de l’électron dans l’atome d’hydrogène
soumis à un champ magnétique uniforme. On néglige pour le moment le spin.

En mécanique quantique, l’impulsion est un opérateur qui s’écrit en représentation


des positions p⃗ = ℏi ∇. ⃗ L’électron est en interaction avec le noyau via le po-
tentiel de Coulomb V (⃗r) qui ne dépend que de leur position relative. Pour
le raisonnement qui suit, on n’a pas besoin d’expliciter ce terme. Comme dit
précédemment, appliquer un champ magnétique au système revient à faire
une transformation canonique de l’impulsion en posant p⃗ → p⃗ − eA ⃗ avec
e < 0, le Hamiltonien quantique s’écrit alors
1  ⃗
2
H = p⃗ − eA + V (⃗r)
2m
e ⃗  2
⃗ + e A2 ,
= H0 − A · p⃗ + p⃗ · A (3.9)
2m 2m
où l’on a mis tous les termes ne dépendant pas du potentiel vecteur dans
le Hamiltonien H0 qui n’est rien d’autre que celui de l’atome d’hydrogène
sans champ magnétique (à démontrer). En se rappelant l’égalité ∇ ⃗ · (Aψ)
⃗ =
⃗ · A)ψ
(∇ ⃗ +A ⃗ · (∇ψ),
⃗ on obtient une relation d’anti-commutation entre A ⃗ et p⃗
h i
⃗ · p⃗ + p⃗ · A
A ⃗ = A ⃗ · p⃗ + ℏ ∇ ⃗ ·A ⃗+A ⃗·∇ ⃗ = 2A⃗ · p⃗ + ℏ ∇
⃗ ·A
⃗ (3.10)
i i
Plusieurs jauges sont possibles pour traiter le cas d’un champ magnétique
uniforme, et on adoptera celle de Landau

⃗ = B × ⃗r .
A (3.11)
2
On peut alors calculer
⃗ h i
⃗ ·A
∇ ⃗ · B × ⃗r = 1 (∇
⃗ = ∇ ⃗ × B)
⃗ · ⃗r − B
⃗ · (∇
⃗ × ⃗r) = 0 (3.12)
2 2
⃗ est bien uniforme. L’équation (3.9) se simplifie alors
si B
e ⃗ e 2
H = H0 − A · p⃗ + A
m 2m
⃗ × ⃗r) · p⃗
e (B e2 ⃗
= H0 − + (B × ⃗r)2 . (3.13)
m 2 8m
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 100

Avec encore un dernier effort pour faire apparaı̂tre le moment cinétique L ⃗ =


⃗ ⃗ ⃗ ⃗
⃗r × p⃗ et en utilisant la relation cyclique (B × ⃗r) · p⃗ = B · (⃗r × p⃗) = B · L on
obtient finalement

⃗ ⃗ e2 ⃗
H = H0 + µB B · L + (B × ⃗r)2 (3.14)
8m
|e|
où l’on a reconnu le magnéton de Bohr µB = 2m
.

Le Hamiltonien (3.14) a donc deux contributions magnétiques d’origine


orbitalaire, un terme paramagnétique B ⃗ ·L⃗ qui fera s’orienter le moment
magnétique dans la même direction que le champ B ⃗ et proportionnel à B, et
un terme diamagnétique (B×⃗ ⃗ r)2 qui le fera s’orienter de manière antiparallèle
2
proportionnel à B . On va s’attarder un moment sur chacun de ces deux
termes pour mettre en évidence leur propriété, mais avant on rappelle que
les états propres de H0 sont les états propres |n, l, m⟩ telles que ⟨θ, ϕ|n, l, m⟩ =
Rn,l (r)Yl,m (θ, ϕ) avec les trois nombres quantiques des quantités conservées
de H0 :

— Le nombre quantique principal n,


— Le moment cinétique l,
— Le moment magnétique m.

La fonction Rn,l (r) est appelée la fonction d’onde radiale, et les Yl,m (θ, ϕ)
forment la base des harmoniques sphériques donc quelques représentations
du module au carré et en coordonnées polaires sont données en Fig. 3.6. On
rappelle aussi que −l ≤ m ≤ +l et que m correspond à l’équivalent quantique
du projeté du moment cinétique de pseudo-norme l sur l’axe de quantification
choisi (ici l’axe ⃗uz ) comme illustré pour l = 2 en Fig.3.7.

Terme paramagnétique

On écrit souvent le terme µB B ⃗ ·L


⃗ comme Hz = −⃗µpara · B ⃗ avec µ ⃗ para =

−µB L, de manière à faire apparaı̂tre le moment magnétique effectif. Le signe
moins permet de voir facilement que l’énergie est minimisée quand µ ⃗ para est

parallèle à B, comme c’est le cas en physique classique. La différence capitale
ici est bien entendu que L est quantifié comme L2 |l, m⟩ = ℏ2 l(l + 1)|l, m⟩ et
Lz |l, m⟩ = ℏm|l, m⟩. Ainsi donc, à part pour le cas l = 0 il existe un moment
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 101

l=0

m=0
l=1

m=-1 m=1
l=2

m=-2 m=2
l=3

m=-3 m=3

Figure 3.6 – Représentations des distributions de probabilités des orbitales


atomiques (harmoniques sphériques) pour les 4 premières valeurs de l =
[0, 1, 2, 3] et toutes les projections du nombre azimutal (moment magnétique)
m associées.

magnétique permanent dans le système dégénéré 2l + 1 fois, autant de fois


qu’il y a de projections possibles sur l’axe de quantification. Le terme Hz sera
donc responsable de la levée de dégénérescence lorsqu’un champ magnétique
sera appliqué, avec comme niveau de plus basse énergie celui de plus grande
projection m = l.

Terme diamagnétique

2
e
On se concentre à présent sur le terme 8m ⃗ r)2 . Sans perte de généralité
(B×⃗
et pour simplifier l’analyse, on choisit B ⃗ = +B⃗uz que l’on reporte dans
l’équation

e2 2 e2 2
Hdia = B [⃗uz × (x⃗ux + y⃗uy )]2 = B [−y⃗ux + x⃗uy ]2
8m 8m
e2 2  2 
= B x + y2 , (3.15)
8m
avec x2 + y 2 ≃ a20 , le rayon de Bohr. On remarque immédiatement que cette
contribution est positive. On extrait facilement le moment diamagnétique
omic paramagnetism

!" !" e 2 !" " 2 µB =


!e
= 9.27.10 !24 J.T !1 = 5.8.10 !5 eV.T !1
+ µ B B.L + (B ! r ) 2m
8m CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 102
H Z (1T ) ! 0.1meV

netic term Hz
!" !" !"
a .B µ para B 1

!"
.L !" -1
L
!" !"
ergy if µ para / /B
cal case but L is quantized • Permanent magnetic moment
Figure 3.7• – Degeneracy
Les 2l + 1 projections
lifting E(mlquantifiées du moment cinétique – ici
): Zeeman effect
l = 2 – sur l’axe z de quantification.
ml = l(l +1) l, ml ml=-1
l=1 ml=0
l = ml l, ml ml ! par
["l, l ] ml=1
∂⟨Hdia ⟩ e2
⃗ diaB=0
µ = − = − B≠0B⟨x2 + y 2 ⟩⃗uz (3.16)

∂B 4m
montrant bien que l’orientation du moment est à présent antiparallèle au
champ magnétique.

Ce diamagnétisme est aussi appelé diamagnétisme de Larmor, et il est en


général des ordres de grandeurs plus faible que le paramagnétisme ⟨Hdia ⟩/⟨Hz ⟩ ≃
10−6 B(T ). Il est cependant à noter que des exceptions existent.

Contribution du spin

Comme il a été dit, l’avènement de la mécanique quantique a permis de


révéler la première quantité physique d’origine purement quantique qu’est
le spin. En particulier pour les fermions, le spin est demi-entier, et vaut
s = 1/2 pour les électrons. On ne le développera pas ici, mais le spin ap-
paraı̂t naturellement comme spineur dans l’équation de Dirac, et on peut
montrer que la contribution au Hamiltonien (3.14) revient à rajouter un
terme paramagnétique similaire à Hz , mais avec un moment magnétique de
spin µ ⃗ où g = 2 est le facteur de Landé.
⃗ spin = −gµB S,
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 103

Le cas du spin 1/2 est fascinant, car non seulement il est d’une simplicité
extraordinaire – uniquement deux projections m = ±1/2 – mais de plus il
est à l’origine de nouveaux états de la matière qui n’ont pas d’équivalents
classiques.

Ainsi donc, la seule modification à apporter à notre Hamiltonien pour


prendre en compte le degré de liberté de spin est de rajouter sa contribution
au terme paramagnétique
h i

Hz = µB L + g S · B ⃗ (3.17)

donnant ainsi deux contributions au moment magnétique, l’une d’origine ex-


trinsèque reliée à la dynamique de l’électron, et l’autre intrinsèque reliée à
son spin. A noter que cette dernière contribution est aussi appeler le terme
Zeeman.

Couplage spin-orbite

Les choses ne sont cependant pas aussi simples quand on rajoute le spin,
car bien qu’il se comporte comme un moment cinétique, il se couple avec
celui-ci pour donner une contribution non-négligeable au Hamiltonien : c’est
le couplage spin-orbite.

L’origine de cette contribution provient du mouvement relatif de l’électron


avec son noyau. Dans le référentiel du centre de masse, le noyau et l’électron
valsent ensemble et se comportent comme un mouvement du centre de masse
et une particule fictive effectuant une orbite fermée autour de celui-ci. Dans
le référentiel du noyau, c’est l’électron qui orbite autour de lui induisant
un moment magnétique comme on l’a vu plus haut. On peut, de manière
tout à fait équivalente, se placer dans le référentiel de l’électron dans lequel
c’est à présent le noyau qui orbite autour de l’électron, induisant un champ
magnétique effectif. Ces deux cas sont résumés sur la Fig. 3.8. Ainsi donc,
dans le référentiel de l’électron, le champ magnétique effectif ressenti par
l’orbite du noyau s’écrit simplement comme

⃗ eff = E × ⃗v
B (3.18)
c2
Spin-orbit
CHAPITRE coupling
3. CE QU’ON (I) SAVOIR DU MAGNÉTISME 104
DEVRAIT

Beff
!
+Ze r ! +Ze
!
-e !v S
-e
!
v Change in reference frame

electron feels an effective magnetic field Beff due to the relative motion of the nucleus positive charge
Figure 3.8 – Représentation schématique !" " (donc fausse !) des mouvements !
relatifs duframe
In the ref. noyau etelectron:
of the
!
" E v
de l’électron en fonction
! v 2 référentiel!"choisi.
du !!!" A gauche,
d! r
B eff = 2 if << 1 with E = !"! = !
le(Lorentz transformation)
référentiel du noyau, et à droite celui c2
c de l’électron. dr r
Spherical sym.

! "! 1 ! ! !E
1 dle! champ ⃗ 1 ! "!le
# d! par
que v 2spin
tantCoupling /c2–B≪ 1. Dans
H SO = µcette équation, S.(r " v) =est
!µ Bdonnée
eff B S.B eff = !µ B 2 2
S.L
Spin-orbit
gradient duHamiltonian
potentiel scalaire c dr r "# mc dr r
!L # #
= r!v
E⃗ = −∇ϕ ⃗ = − dϕ ⃗r m (3.19)
! "! • λ positive and increases with atomic
dr r number Z "
H SOa =considéré
où l’on ! S.L •la symétrie
Important consequence: ml et la
sphérique dans ms dernière
are no longer goodde
partie quantum numbers
l’équation.
On comprend à présent que s’il y a présence d’un champ magnétique extérieur,
qu’il soit appliqué comme vu dans les parties précédentes ou induit comme
c’est le cas ici, le spin de l’électron se couplera avec via un couplage para-
magnétique
⃗ ·B
HSO = µB S ⃗ eff . (3.20)
On peut, en injectant (3.19) dans cette équation faire apparaı̂tre le mo-
ment cinétique (après tout il faut bien que l’on retrouve indépendemment
du référentiel le mouvement de l’électron et du noyau) :
1 dϕ 1 ⃗ µB dϕ 1 ⃗ ⃗ ⃗ ·L
⃗ (3.21)
HSO = −µB 2
S · (⃗r × ⃗v ) = − 2 S · L = λS
c dr r mc dr r
Définie ainsi, la constante de couplage λ est positive et croit avec le nombre
de protons Z du noyau. Ainsi le couplage spin-orbite est d’autant plus fort
que le noyau des atomes considérés est gros.

Une conséquence extrêmement importante de la présence de ce couplage


est que [H, HSO ] ̸= 0. On ne peut donc pas trouver de base commune dans
laquelle H et HSO sont simultanément diagonalisés, donc ml et ms associés
respectivement au moment cinétique et au spin ne sont plus de bons nombres
quantiques. Il reste cependant un ensemble d’observables qui commutent avec
HSO accompagnés de leur constante du mouvement. Voici leur liste :
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 105

— [HSO , Lz ] ̸= 0 → ml ̸= cste
— [HSO , Sz ] ̸= 0 → ms ̸= cste
— [HSO , L2 ] = 0 → l = cste
— [HSO , S 2 ] = 0 → l = cste
— [HSO , H0 ] = 0

De manière surprenante, le moment cinétique total J⃗ = L


⃗ +S
⃗ est lui
conservé ! On a en effet (à vérifier)

— [HSO , Jz ] = [HSO , Lz + Sz ] = 0 → mj = cste


⃗ · L]
— [HSO , J 2 ] = [HSO , L2 + S 2 + 2S ⃗ = 0 → j = cste

Au final, les moments cinétiques sont bien conservés, s, l et donc j leur


composition sont des constantes du mouvement. Par contre les projections
sur l’axe de quantification ms et ml ne le sont plus, seule mj le demeure.

Spin-orbite versus effet Zeeman :

On néglige le terme diamagnétique qui, comme on l’a vu, est de plusieurs


ordres de grandeurs plus petit que les autres termes. Le Hamiltonien est donc
donné par

H = H0 + Hz + HSO . (3.22)

Donc en présence du champ magnétique B, j n’est plus un bon nombre quan-


tique non plus, mais selon son intensité, deux régimes limites sont accessibles

1. Faible champ Hz ≪ HSO : alors en première approximation j, mj , l et


s restent de bons nombres quantiques. On peut faire une théorie de
perturbation sur Hz en utilisant la base |j, mj , l, s⟩
2. Fort champ magnétique Hz ≫ HSO : alors cette fois-ci l, s, ml et
ms sont de bons nombres quantiques, et une théorie de perturbation
pourra se faire sur HSO en travaillant dans la base |l, s, ml , ms ⟩.
Ces régimes limites ne seront pas traités dans ce cours, l’objectif étant de par-
venir à une définition d’un Hamiltonien de couplage de spins et d’en étudier
les propriétés dans les systèmes sur réseaux. Le lecteur intéressé pourra se
rapporter par exemple au Sakurai, Modern Quantum Mechanics.
H SO = ! S.L [ z SO ]
rturbations !" H z , J #$ % 0
2
!" " !"
H z = µ B (L + gS ).B [ H z, Jz ] = 0
g versus Zeeman effect
j is no longer a good quantum number in the presence of a field

approximations:
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 106
H SO + H dia
Weak fields H z << H SO
mj, l et H
s good
, H quantum numbers
[ z!0 SO ]
! H z , Jtheory
erturbation
" # % 0on Hz using the state
2
$ jm j ls
[
StrongHfields
z, Jz ] =H0z >> H SO
er, s,inm
the
l etpresence of aquantum
ms are good field numbers

Perturbation theory on HSO using the states lsml ms

Figure 3.9 – Composition des moments cinétiques dans les deux cas limites
de champ magnétique discutés dans le texte.
jm j ls
3.6.2 Magnétisme atomique de N électrons

rs Que se passe-t-il quand le système est constitué d’atomes avec plus d’un
électron ? On suppose un système à N électrons. Dans ce cas le terme d’inter-
ates lsml ms action de Coulomb doit être pris en compte dans le Hamiltonien qui devient
H = H0 + HSO + Hee (pour simplifier on considère le système sans champ
magnétique). Pour deux électrons placés respectivement en ⃗ri et ⃗rj ,

e2 1
Hee = (3.23)
4πϵ0 |⃗rj − ⃗ri |

De par sa structure, ce potentiel ne permet d’obtenir de solution analytique


au-delà de N = 2 électrons. De nouveau, on peut considérer deux approxi-
mations qui permettent d’obtenir des solutions :

1. Approximation de Hartree : si la symétrie sphérique est préservée


(toutes les orbitales sont dans l = 0), on peut assumer que chaque
électron ne ressent les autres qu’en moyenne et le Hamiltonien de-
vient un problème à N électrons indépendants plongés dans un champ
moyen diffus. Attention, ce champ moyen dépend cependant de la
distribution des électrons qui est en général trouvée en dérivant des
équations auto-cohérentes à partir du Hamiltonien. Dans cette ap-
proximation L ⃗ et S
⃗ sont de nouveau de bons nombres quantiques tant
que HSO reste très faible.
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 107

2. Approximation de Russel-Saunders : en général l’interaction de Cou-


lomb est forte ∼eV et donc Hee ≫ HSO . On peut alors montrer que
N
X
HSO = ⃗i · S
λi L ⃗i ≃ λ(l, s)L
⃗ · S.
⃗ (3.24)
i=1

La conséquence immédiate est cette fois-ci que J⃗ = L


⃗ +S⃗ est un bon
nombre quantique et tout se comporte comme si on avait affaire à un
super électron de nombre quantiques l, s et j. Cette approximation
est valide jusque Z ≃ 50, des déviations étant apparaissant au-delà.

3.6.3 Règles de Hund

En présence de plusieurs électrons, il existe des règles précises pour connaı̂tre


⃗ S
les valeurs de L, ⃗ et donc J. ⃗ Pour bien les comprendre, il faut se rendre
compte qu’on essaye de répondre à la question : Comment remplir les couches
atomiques pour N électrons ?

On considère l’exemple d’un système dont l’état orbital est 4f 2 . Dans


ce cas la pseudo-norme est l = 3 et −3 ≤ ml ≤ 3. Pour chacun des états
ml , le spin d’un électron peut être up ou down (selon l’axe de quantification
choisi, on gardera toujours z). Il y a donc dans cet exemple 2(2l + 1) états
quantiques possibles pour les électrons. Par exemple, dans le tableau suivant
on considère un état possible de 2 électrons sur l’orbitale 4f 2 .

ml -3 -2 -1 0 1 2 3
ms ↑ ↓

Mais quel est l’état fondamental rencontré dans la nature pour ce problème
4f 2 ? Pour répondre à cette question, Hund a édicté une série de règles semi-
empiriques que doivent respecter les état : satisfaire au principe de Pauli, et
minimiser l’interaction de Coulomb Hee et le terme spin-orbite HSO simul-
tanément. Ceci est résumé en trois règles simples

1. Règle première : s doit être maximisé


CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 108

2. Règle seconde : l doit être maximisé


3. Règle troisième :
— j = l + s si l’orbitale est plus que demi-remplie
— j = |l − s| si l’orbitale est moins que demi-remplie

Les règles 1 et 2 ont pour conséquence de minimiser la répulsion de Cou-


lomb entre les électrons. On reviendra sur une justification partielle un peu
plus tard dans ce cours. La règle 3 quant à elle puise son origine dans le fait
que le couplage spin-orbite λ(l, s) change de signe selon le remplissage de l’or-
bitale. Avant de le montrer, on revient sur l’exemple des deux électrons 4f 2 .
En suivant les règles de Hund, la ”bonne” manière de placer les électrons,
i.e. celle qui minimise l’énergie, devient

ml -3 -2 -1 0 1 2 3
ms ↑ ↑

On voit tout de suite que la règle 1 est bien respectée car ms = 1/2+1/2 =
1. Comme le principe de Pauli doit être respecté aussi, une fois le premier
électron placé en ml = 3 pour respecter la règle 2, il n’est plus possible de
mettre un autre électron dans la boı̂te. La seule place possible respectant 1
et 2 est alors ml = 2. Au final, le maximum ml = 5, ce qui correspond à
un l = 5 et ms = 1 qui correspond à s = 1. Pour connaı̂tre à présent la
pseudo-norme j, on remarque que dans cet exemple l’orbitale est moins que
demi-remplie, donc j = |l − s| = 4. On conclut donc que l’état de l’atome,
e.g. P r3+ , correspondant à cet exemple est l = 5, s = 1 et j = 4. Life is so
simple !

signe du couplage spin-orbite :

On peut comprendre le changement de signe du couplage spin-orbite en


fonction du remplissage.
X X
HSO = ⃗i · S
λi L ⃗ i = λ0 ⃗i · S
L ⃗i (3.25)
i i

d’après la définition donnée plus haut de λ. Or si on a N électrons dans une


couche orbitale n, l donnée (3d, 4f, · · · ), chacun d’eux peut être soit parallèle
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 109

⃗ On peut alors considérer une théorie de


soit anti-parallèle au spin total S.
perturbation au premier ordre dans en calculant
" #
X X
ESO = ⟨LS|HSO |LS⟩ = λ ⃗i · S
⟨L ⃗parall ⟩ − ⃗i · S
⟨L ⃗parall ⟩ (3.26)
i,up i,dw

On voit alors immédiatement qu’il pourra y avoir un changement de signe


selon le nombre de spins up et down. Or ce nombre dépend justement des
règles de Hund, et dans l’exemple précédent avec s = 1, les deux électrons
sont up et donc la sommePsur les moments down est strictement nulle. On
a donc ESO = λ0 ⟨S ⃗parall · ⃗ ⃗ ⃗
i,up Li ⟩ = +λ0 ⟨Sparall · L⟩ et est donc positif. Au
contraire, dans le cas de deux électrons au-dessus du demi-remplissage, le
tableau devient

ml -3 -2 -1 0 1 2 3
ms ↑, ↓ ↑, ↓ ↑ ↑ ↑ ↑ ↑

Il y a donc une somme courant sur tous les ml qui donne trivialement zéro,
et ne reste que la contribution des deux spins down, d’où ESO = −λ0 ⟨S ⃗parall ·
P ⃗ ⃗ ⃗
i,dw Li ⟩ = −λ0 ⟨Sparall · L⟩ et donc un signe opposé au cas précédent.

Cela justifie bien l’existence de la troisième règle de Hund.

Résumé du magnétisme atomique

Cas d’un seul électron :

Le Hamiltonien d’un électron sur un atome à Z protons et soumis à un


champ magnétique externe est donné par
H = H0 + Hz + HSO , (3.27)
avec [Hz , HSO ] ̸= 0. On distingue 2 régimes en fonction de l’intensité du
champ magnétique :

1. Hz ≪ HSO : j, mj , l, s sont de bons nombres quantiques formant la


base |j, mj , l, s⟩ et la contribution Zeeman prend alors la forme Hz =
µB gJ J⃗ · B
⃗ entrainant un splitting des niveaux.
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 110

2. Hz ≫ HSO : l, s, ml , ms sont de bons nombres quantiques formant


la base |l, s, ml , ms ⟩ et la contribution Zeeman prend alors la forme
Hz = µB (L⃗ + g S)⃗ · B.⃗

Ces deux cas sont illustrés dans la figure suivante

Hz ≪ HSO Hz ≫ HSO
Ez(mj) +mj
Ez(mj) +ml + 2ms

−mj −ml − 2ms

B B

N électrons :

On a cette fois

H = H0 + Hee + Hz + HSO , (3.28)

avec Hee ≫ Hz , HSO . Les électrons se comportent comme un seul super


électron comme prédit par l’approximation de Russel-Saunders, de nombres
quantiques j, l, s. l et s sont donnés par les deux premières règles de Hund
minimisant les interactions électrostatiques, et j est donné par la troisième
règle puisant son origine du couplage spin-orbite.

On termine cette partie par l’exemple de la structure fine de Co2+ 3d7 qui
(à faire !) est de nombres quantiques s = 3/2, l = 3, j = 9/2 sachant que l’on
donne gJ = 5/3. L’état fondamental est donné par

ml -2 -1 0 1 2
ms ↑ ↑ ↑ ↑, ↓ ↑, ↓

et sa structure fine par le schéma complet


Summary of atomic magnetism

CHAPITRE
2+ : 7
Fine structure of3.CoCE3dQU’ON -2 -1 0 SAVOIR
DEVRAIT 1 2 DU MAGNÉTISME 111
S=3/2, L=3, J=9/2, gJ=5/3 Ground state

1st and 2nd Hund’s rule Hee (eV)

3rd Hund’s rule HSO (10 meV)

Hz (0.1 meV)

3.6.4 Moments magnétiques localisés

A présent que l’on a établi l’origine du magnétisme dans les atomes, on va


s’intéresser aux propriétés macroscopiques de systèmes de N moments quand
les électrons restent localisés sur leur atome. Ce sont les moments localisés,
en opposition au magnétisme itinérant qui puise son origine dans la théorie
des bandes électroniques quand les électrons de valences des atomes sur un
cristal se délocalisent par effet quantique. Comme cette partie ne concerne
que la physique de tels moments lorsqu’ils sont mis en collection et supposés
sans interaction – ce qui arrive expérimentalement – on l’étudiera sous forme
de problème.

Dans la figure (3.10), on montre sur le panneau de gauche des courbes du


moment magnétique en fonction du rapport du champ magnétique B et de
la température T pour différents atomes correspondant à différents spins. De
manière remarquable, les courbes sont très similaires avec un comportement
linéaire en B à faible champ (où haute température) et sature à la valeur de
s quand B/T ≫ 1. Sur le panneau de droite, la susceptibilité magnétique est
quant à elle montrée comme suivant une loi de Curie en 1/T .
Quantum paramagnetism of free moments: experiments

6.2 Paramagnetism 6. Magnetism 6.2 P


CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGN ÉTISME 112
Diluted magnetic moments in a cristalline matrix: impurities or organic salts
130

Hund´
M( B) Gd3+, S=7/2
1/
1) S i
2) L is
Fe3+, S=5/2
3) J=
J=|
J=
Cr3+, S=3/2

CrK(SO4)2.12H2O
Fe(NH4)2(SO4)2.12H2O Gd(C2H5SO4)3·9H2O
Gd2(SO4)2.12H2O

B / T (kG / K) T (K)

Figure 3.10 – Extrait du Kittel p380. Gauche : Courbes du moment


magnétique en fonction de B/T pour différents échantillons [d’après W. F.
Henry, Phys. Rev. 88, 559 (1952)]. Droite : Comportement de la susceptibilité
magnétique de moments localisés.
6.2 Paramagnetism 6. Magnetism 6.2 P
131
Magnétisme de Brillouin

Pour étudier ce magnétisme, appelé aussi magnétisme de Brillouin, on


considère un ensemble de N atomes fixées aux noeuds d’un réseau cristallin
de volume V en équilibre avec un thermostat de température T (les pho-
nons du réseau par exemple). Les atomes sont dans leur état fondamental
et possèdent un moment cinétique total J⃗ (J⃗ est la somme des moments
⃗ et de spin S
cinétiques orbitaux L ⃗ des divers électrons de l’atome). A ce mo-
ment cinétique est associé un moment magnétique µ ⃗ = −gµB J⃗ où g est le fac-
teur de Landé. On fait l’hypothèse que les atomes sont suffisamment éloignés
pour que l’on puisse négliger les interactions magnétiques entre atomes qui
sont généralement d’origine dipolaire, et donc en 1/r3 .

L’énergie d’interaction entre le moment magnétique et un champ magnétique


⃗ est de la forme E = −⃗µ · B
B ⃗ =µ ⃗
⃗ · µ0 H.
for d-e

1. Combien de valeurs peut prendre m = Jz ?


CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 113

2. Calculer la fonction de partition Z du système.


3. En déduire l’énergie libre F du système.
4. Exprimer l’entropie de spin S en fonction de β = (kB T )−1 et montrer
que S peut s’écrire S = kB (−f (βx) + βxf ′ (βx)) où f est un fonction
que l’on déterminera.
5. Calculer l’énergie moyenne et le taux d’aimantation moyen du système.
Tracer l’allure du taux d’aimantation en fonction de B/T .
6. Calculer la susceptibilité χ = ∂⟨µ⟩/∂H et l’exprimer en fonction de
f.
7. Calculer la chaleur spécifique à champ constant cH = T (∂S/∂T )H et
montrer qu’elle est reliée à la susceptibilité par cH = µ0 χH 2 /T.

Déviation à la loi de Curie :

Dans le problème précédent, il a pu être établie la loi de Curie


1 V 3kB
= T (3.29)
χ N µ0 µ2eff

qui permet donc de connaı̂tre le moment effectif µeff . En mesurant cette ob-
servable pour un composé donné, il est donc possible de la comparer à la
prédiction théorique. La figure (3.11) montre les écarts entre la théorie et la
pratique pour un ensemble d’ions 4f . On remarque l’excellente correspon-
dance entre théorie et pratique, ce qui montre non seulement le succès de la
mécanique quantique et des règles que nous avons établies depuis le début
de ces notes, mais aussi de la description statistique qui émergeait à peine
au début du siècle dernier.

3.6.5 Champ cristallin

Mais attention, tout n’est pas si rose ! La séquence des ions 3d présentée
en figure (3.12) montre que la physique n’est pas du tout bien reproduite
par le moment j attendu des règles de Hund. Comme on le voit dans l’avant
dernière colonne, la description est largement meilleure si on remplace j par
s tendant à prouver que la contribution orbitale l est fortement diminuée
Quantum paramgnetism of 4f ions
1 V 3kB
e’s law: determination of effective moment =
d ! T N µ 0 µeff2
alisé : magnétisme atomique
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT
J(J +1) SAVOIR DU MAGNÉTISME 114
Check Hund’s
Bilanrules! eff = µ B gJ
de l'approche µatomique
Ion 4f 2S+1L L, S, J gJ mm (µBJ)J meff (µB) mexp (µB)
J 0 =0 µ B g
bite Ce3+ (4f1) 2F 3,!1!/!2,!5!/!2 6!/!7 2,14 2,54 2,4
ption atomique Pr3+ (4f2) 3H
5/2
4 5,!1,!4 4!/!5 3,20 3,58 3,5
Nd3+ (4f3) 4I
9/2 6,!3!/!2,!9!/!2 8!/!11 3,27 3,62 3,5
Pm3+ (4f4) 5I
4 6,!2,!4 3!/!5 2,40 2,68 -
m3+!, Eu3+ Sm3+ (4f5) 6H
5/2 5,!5!/!2,!5!/!2 2!/!7 0,71 0,85 1,5
+S Eu3+ (4f6) 7F
0 3,!3,!0 - 0 0 3,4
plets excités Gd3+ (4f7) 8S
7/2 0,!7!/!2,!7!/!2 2 7,00 7,94 8
L+S Tb3+ (4f8) 7F
6 3,!3,!6 3!/!2 9,00 9,72 9,5
L+S-1 Dy3+ (4f9) 6H
15/2 5,!5!/!2,!15!/!2 4!/!3 10,00 10,65 10,6
Ho3+ (4f10) 5I
8 6,!2,!8 5!/!4 10,00 10,61 10,4
6. Magnetism Er3+ (4f11) 4I 6,!3!/!2,!15!/!2 6!/!5 9,00 9,58 9,5
15/2
133 Tm3+ (4f12) 3H
6 5,!1,!6 7!/!6 7,00 7,56 7,3
Yb3+ (4f13) 2F
7/2 3,!1!/!2,!7!/!2 8!/!7 4,00 4,53 4,5
|L-S|+1
m0 (µB) meff (µB) 2 S(S + 1) mexp(µB)
J
|L-S| Good agreement with 4f ions except Eu3+, Sm3+: contribution from higher
8 1,2 1,55
LS levels) Figure
1,73 3.11 - – Tableau récapitulatif des différents moments et nombres
8 1,2 1,545 quantiques
1,73 1,8 un ensemble d’atomes
pour 3d , "échec"
des ions 4f . En vert les ions pour
67 1,33 1,63 2,83 2,8
lesquels le modèle théorique du magnétisme atomique est confirmé par
de
4 0,6 0,77 3,87 3,8 rouge les deux cas qui ne rentrent pas dans la description
l’expérience. En
4: 0,6 0,77 3,87 3,7
- - -
du modèle à cause
4,9 4,8
Meilleure
de contributions description
supérieures du couplageen
spin-orbite (on
plie. -
ne traitera
4,9
pas
5
ces cas ici). L’étudiant
considérant est
le fortement
seul encouragé
moment de à s’entraı̂ner
spin
- - à vérifier les règles de Hund !
ie.
2 5 5,92 5,92 5,9
2 5 5,92 5,92 5,9
dans4,9ce cas. Ceci
5,4 est dû aux effets cristallins, les atomes étant en réseau,
/!2
/!3
6
6
6,71
6,63 des3,87
champs résiduels
4,8 peuvent Où estetpassée
apparaı̂tre compenser,la selon la nature des
/!4 5 5,59
58 atomes,
2,83 les moments.
3,2 contribution orbitale ???
/!5 3 3,55 1,73 1,9
Comprendre l’origine du champ cristallin est simple. Les harmoniques
ments in cubic symmetry 62
sphériques |n, l, m⟩ sont états propres du Hamiltonien en présence d’un champ
électrostatique en 1/r qui est donc de symétrie sphérique. Or, placés en
réseau, les atomes voient leur environnement électroniques s’agencer de manière
périodique compatible avec leur nature et briser ainsi cette symétrie. L’étude
des symétries des cristaux se nomme la cristallographie et constitue une dis-
cipline à elle seule. Ce que l’on retiendra dans notre cas, c’est que la base
|n, l, m⟩ n’est désormais plus une base propre du potentiel électrostatique
effectif ressenti dans le cristal, et de nouveaux états vont être stabilisés.
Deux exemples de cristaux sont donnés en figure (3.13) illustrant différentes
Pm3+ (4f4) 5I
4 6,!2,!4 3!/!5 2,4
Exceptions: Sm3+, Eu3+3+
Sm (4f ) 5 6 H5/2 5,!5!/!2,!5!/!2 2!/!7 0,7
Eu3+ (4f6) 7F
0 3,!3,!0 - 0
Effets des multiplets excités Gd3+ (4f7) 8S
7/2 0, ! 7 !/!2,!7!/!2 2 7,0
Paramagnétisme quantique des ions 3d 3+
Tb (4f )8 7 F6 3,!3,!6 3!/!2 9,0
Dy3+ (4f9) 6H
15/2 5,!5!/!2,!15!/!2 4!/!3 10,
Ho3+ (4f10) 5I
8 6,!2,!8 5!/!4 10,
3+
Er (4f )11 4 I15/2 6,! 3 !/!2,!15!/!2 6!/!5 9,0
Curie’s 3.
CHAPITRE law:
CEdetermination
QU’ON DEVRAITof effective
SAVOIR DUmoment
MAGN ÉTISME
3+
Tm (4f ) 12 µ eff =
3 H6
µ 115
B g J J(J
5,!1,!6
+1) 7!/!6 7,0
Yb3+ (4f13) 2F
7/2 3,!1!/!2,!7!/!2 8!/!7 4,0
Ion 3d 3dx 2S+1L
J gJ m00=(µ
m µ BBg)J J meff (µB) 2 S(S + 1) mexp(µB)
Ti3+ 3d1 2D
3/2 0,8 1,2 1,55 1,73 -
V4+ 3d1 2D
3/2 0,8 1,2 1,545 1,73 1,8 3d , "éche
V3+ 3d2 3F
2 0,67 1,33 1,63 2,83 2,8
V2+ 3d3 4F
3/2 0,4 0,6 0,77 3,87 3,8
Cr3+ 3d3 4F 0,4 0,6 0,77 3,87 3,7
Cr2+ 3d4 5D
3/2
0 - - - 4,9 4,8
Meilleure des
Mn3+ 3d4 5D
0 - - - 4,9 5 considérant le seul
Mn2+ 3d5 6S
5/2 2 5 5,92 5,92 5,9
Fe3+ 3d5 6S
5/2 2 5 5,92 5,92 5,9
Fe2+, 3d6 5D

Co2+, 3d7 4F
4 3!/!2
4!/!3
6
6
6,71
6,63
4,9
3,87
5,4
4,8
Où est pas
9/2
Ni2+ 3d8 3F
4 5!/!4 5 5,59 2,83 3,2 contribution or
Cu2+ 3d9 2D
5/2 6!/!5 3 3,55 1,73 1,9

Problem
Figure •3.12 with
– Même 3d ions:
tableau queworks
pour better
les ionsif 4f
wemais
remplace J by
pour les S 3d.
ions
• Orbital contribution is quenched: effect of the crystal lattice

symétries possibles du réseau.

Le calcul de la contribution de potentiel électrostatique s’obtient facile-


ment en intégrant toutes les contributions du réseau dans son entièreté
Z
1 ρ(r⃗′ ) 3 ′
Veff (⃗r) = d ⃗r (3.30)
4πϵ0 |⃗r − ⃗r′ |

où ρ(r) est la densité de charge électronique dans l’espace. On voit bien dans
cette équation qu’en fonction de la distribution de charges dans l’espace,
et donc à la géométrie du réseau cristallin, que le potentiel effectif Veff ne
possédera clairement pas les mêmes propriétés de symétrie. Une fois le po-
tentiel obtenu, le Hamiltonien de la contribution du champ cristallin s’obtient
par
Z
HCF = ρ0 (⃗r)Veff (⃗r)d3⃗r. (3.31)

où CF signifie Crystal Field.

Peut-on, sans les calculer explicitement, comprendre pourquoi certains


atomes sont correctement décrits par notre théorie et d’autres non ? Oui,
Crystal field CHAPITRE
effects 3.(I)CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 116

magnetic cation
lml !Yl ml ! eiml! anion (O2-…)

Figure 3.13 –1 Deux$ (r) exemples de


ˆ cf cristaux avec chacun 3 les cations
Vcf = & d 3r' H = "#0 (r)V cf (r)d r
magnétiques (bleu)
4 "# 0 et les
r %anions
r' (rouge). Les environnements des anions par
rapport aux cations sont différents dans les deux brisant alors différentes
s/ions: spherical harmonics Ions
symétries. Leinpotentiel
crystal: non-spherical electrostatic
électrostatique potential
effectif sera alorsnon-
différent dans les
ction) degenerate for given l
deux cas.spherical (cubic, tetrahedric….).
Spherical harmonics no longer eigenstates
!
! pour cela, il faut remarquer que Veff (r) est réel et ne contient aucune dérivée
eigenstates: linear combination of Cela
d’aucune sorte.
m
lml implique im !
e l ses états propres (plus précisément ceux
!Yl l !que
de HCF ) doivent être réels. On peut donc construire, à partir des |n, l, m⟩ des
real and contains noétats
derivatives: eigenstates
symétrisés should be real
qui seront réels.

Concentrons-nous sur les ions 3d dont on nous dit qu’ils sont en environ-
nement octahédrique et de moment orbital l = 2. Dans cette famille, n = 0,
et donc ⟨⃗r|l, ml ⟩ ∝ Ylml ∝ eiml θ , les autres contributions étant déjà réelles, on
ne les explicite pas. On a donc à disposition 5 états de ml = [−2, −1, 0, 1, 2],
à partir desquels on peut construire 5 autres états réels et symétrisés :
|dx2 −y2 ⟩ ∝ | + 2⟩ + | − 2⟩
|dz2 ⟩ ∝ |0⟩
|dxy ⟩ ∝ i [| + 2⟩ − | − 2⟩]
|dxz ⟩ ∝ i [| + 1⟩ − | − 1⟩]
|dyz ⟩ ∝ | + 1⟩ + | − 1⟩ (3.32)
dont les représentations en coordonnées polaires sont données en figure (3.14),
ainsi que leur énergie totale correspondante. On montre alors facilement que
⃗ i ⟩ = 0, expliquant pourquoi les ions 3d ne
pour chacune des orbitale ⟨di |L|d
sont pas correctement décrits par les règles de Hund.
⃗ est écranté par ce
Attention, de manière générale, le moment orbital L
Atomic magnetic moment
m in matter:
fluenceCrystal
of surrounding charges
field effects (II)-> crystal field (CEF)
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 117
ex: new eigenstates in a cubic environment (octahedric) for 3d ions (L=2)
lectrons
lml !Yl ml ! eiml! d x 2 !y2 dz2
e CEF>>spin-orbit : eg
Build real wave-functions
ar distribution of 5 orbitals
med favoured " ml by= 2CEF
+ ml = !2
x 2 !y 2
enching of orbital momentum d xy d yz d xz
t2g
n-orbit
d 2 " coupling
ml = 0 : g anisotropy x2-y2 z2-r2
z

d xy ! i ( ml = 2 " ml = "2 )
d xz ! i ( ml = 1 " ml = "1 )
d yz ! five
ml =3d
1 +orbitals
ml = "1
xy yz xz

orbital moment of crystal field eigenstates


!"
%#& " !" Figure 3.14 – Densités de probabilités des états orbitalaires symétrisés et
di L di = !i# di r " # réels
di telsRealque
because
définisLdans
is an le
observable
texte. En (hermitic)
haut à droite, la levée de dégénérescence
!" " des niveaux d’énergie du fait de la présence du champ cristallin. Les 5 états
Orbital moment is quenched if non-degenerate
di L di = 0 se séparent en deux paquets, celui de plus basse levelsénergie est appelé t2g , et
celui de plus haute eg .

mécanisme quand les niveaux sont non-dégénérés. Ainsi donc, le potentiel


électrostatique est écranté par les électrons des couches externes pour les
ions 4f – le moment magnétique est donc donné par J⃗ – mais ne l’est pas
ou très faiblement pour les ions 3d - le moment magnétique n’est donné que
par S.⃗

Illustrons ce résultat extrêmement important par le cas de l’ion F e2+ en


couche d6 . Sont tableau de Hund est

ml -2 -1 0 1 2
ms ↑ ↑ ↑ ↑ ↑, ↓

mais par la présence du champ cristallin, une énergie caractéristique ∆CF


apparaı̂t et deux cas de figure se posent selon que celle-ci soit plus ou moins
grande que ∆Hund :
Crystal field effects (IV)
Competition Hund / crystal field: the case of Fe2+ (d6)

CHAPITRE 3. CE QU’ON-2DEVRAIT
-1 0 1 SAVOIR DU MAGNÉTISME 118
2
Isolated ion: Hund

S=2
Cubic crystal field
! CF << ! Hund
d x 2 !y2 dz 2 e
g

! CF
d xy d yz d xz t S=0
2g

! CF >> ! Hund

Nous n’irons pas plus loin dans le rôle du champ cristallin, mais il est
important de le garder en tête quand le cristal considéré est complexe et
brise des symétries.

3.7 Origine des transitions magnétiques

Jusqu’à présent, nous nous sommes concentrés sur la description des


systèmes électroniques dans interactions et sur les origines du magnétisme à
l’échelle atomique, en faisant cependant une incursion dans le cas où les
moments sont sur réseau. En particulier, nous avons vu que le potentiel
électrostatique ressenti dans le matériau brise la symétrie sphérique et in-
flue donc sur les moments en forçant le système à changer de base. Cela
étant fixé, qu’est-ce qui peut donc être à l’origine des transitions de phases
magnétiques en fonction de la température comme l’exemple donnée en figure
(3.1) de l’introduction ?

La réponse encore une fois est multiple, mais il y a un élément que


nous n’avons pas encore pris en compte du fait de la présence de moments
magnétiques : l’interaction dipolaire. On peut donc se demander si c’est cette
contribution qui permet de rendre compte de la mise en ordre magnétique
dans les composés.

Quand deux moments m ⃗ 1 et m


⃗ 2 sont suffisamment proches l’un de l’autre,
chaque moment ressent de la part de l’autre un champ magnétique
 
⃗ 1→2 = µ 0 3( m
⃗ 1 · ⃗
r )⃗
r m
⃗ 1
B − 3 , (3.33)
4π r5 r
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 119

donnant naissance à l’énergie associée


 
⃗ 1→2 · m µ 0 3( m
⃗ 1 · ⃗
r )(⃗
r · m
⃗ 2 ) m
⃗ 1 · m
⃗ 2
E1,2 = −B ⃗2= − . (3.34)
4π r5 r3

Ce terme favorise l’alignement des moments par rapport à ⃗ur avec, dans le
cas où les deux moments sont parfaitement colinéaires et égaux en norme,
deux énergies possibles

µ0 m2
E↑,↑ = − ,
2π r3
µ0 m2
E↑,↑ = + . (3.35)
2π r3
Il y a donc une énergie caractéristique naturelle au système définie par ∆E ≃
µ0 µ2B
πa2
≃ 1K.
0

Deux remarques sont à faire à ce stade, (i) cette énergie typique est beau-
coup trop faible pour expliquer une température de transition de la centaine
de Kelvin comme il est habituellement observé, et (ii) bien que faible, ce
terme peut clairement influencer l’anisotropie. Il faut donc chercher l’origine
de la mise en ordre magnétique ailleurs, c’est l’interaction d’échange.

3.8 Thermodynamique du magnétisme

A présent que le modèle de Heisenberg est établi, on peut se poser la


question de sa pertinence, à savoir est-ce qu’il décrit correctement les ob-
servations expérimentales ? Une sonde immédiate à laquelle on peut penser
sont les grandeurs thermodynamiques comme l’aimantation ou la suscepti-
bilité magnétique qui présentent toutes deux des comportement spécifiques
en fonction de la température. Par exemple dans le cas du composé ferro-
magnétique LaCaMnO, la courbe d’aimantation mesurée est donnée par
-A liquid has more symmetries as a solid:
complete translational and rotational invariance

Magnetic
-Para-ferromagnetic transitions
transition is similar
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 120
Macroscopic magnetization

TC

G. M. Zhao, K. Conder, H. Keller, and K. A. Muller, Nature 381, 676 (1996)

indiquant une transition de phase à une température critique Tc . Au des-


Is there a finite temperature phase transition in the Heisenberg model ?
sus de cette température le système est désordonné, alors qu’en dessous, les
moments s’alignent
Competition tous parallèlement
between J and T montrant l’ordre ferromagnétique. En
général, il n’est pas possible d’obtenir des solutions analytiques au modèle de
Heisenberg, il est donc nécessaire d’employer des approches différentes comme
des méthodes numériques, des approximations ou encore des simplifications.
Toutes auront leurs avantages et leurs inconvénients, nous les donnerons à
chaque fois que cela sera nécessaire. Notons que nous traiterons le cas des
températures nulles séparément dans le prochain chapitre, plus précisément
des régimes de températures pour lesquelles la physique est complètement
dominée par l’énergie microscopique et où donc les effets des couplages sont
prédominants.

Mentionnons tout de suite que dans ce cas le Hamiltonien peut être solu-
tionné exactement seulement en 1D pour la chaı̂ne de spins. Le modèle d’Ising
quant à lui est une version simplifiée pour laquelle les couplages P
des compo-
santes x et y sont négligés et les spins sont 1/2, donc HIsing = Jz ⟨i,j⟩ Siz Sjz .
Ce cas sera traité un peu plus loin dans ce cours mais disons tout de suite
que bien qu’étant le modèle quantique le plus simple qui présente une tran-
sition para/ferro, il ne peut pas être solutionné en 3D. En 1D, de multiples
solutions sont connues. En 2D, la solution est beaucoup plus complexe et
a été proposée pour la première fois par Lars Onsager en 1944 en utilisant
la méthode des matrices de transfère. Depuis, quelques autres solutions ont
pu être trouvées. En 3D cependant, aucune solution analytique n’a pu être
proposée et la plus simple provient là encore d’une approximation de champ
moyen qui ne dépend malheureusement pas de la dimension du problème.
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 121

3.8.1 Champ moyen du ferromagnétisme

Une approche très répandue de part sa simplicité est la théorie de champ


moyen. L’idée derrière est de supposer – ce qui est vrai dans certains régimes
– que tous les moments présents dans le système forment un champ moyen
continue que ressentira chacun des spins. Mathématiquement, cela a la très
grande qualité de ramener le problème à un spin, mais d’un autre côté ne
permet pas de traiter correctement les corrélations quantiques. Dans le cas
des ferro-aimants, cela n’est pas si gênant comme nous allons le montrer.

Revenons brièvement sur le cas des moments magnétiques localisés générés


par des moments cinétiques J⃗

⃗ = µB g J⃗
µ (3.36)

comme nous l’avons vu dans le premier chapitre. L’aimantation totale du


système s’écrit
X
⃗ =
M µ
⃗i (3.37)
i

et dans le cas où le système n’est en interaction qu’avec un champ magnétique


extérieur (les moments dipolaires magnétiques sont toujours négligés), l’énergie
totale du système s’écrit
X X X
E = Ei = −µ0 B ⃗ ⃗
⃗ i = −µ0 µB g B
µ J⃗i
i i i
X
= −µ0 µB gJB cos θi (3.38)
i

où θi dénote l’angle entre le champ magnétique B⃗ et le moment cinétique



J (nous avons choisi l’axe z pour la direction de B).⃗ Comme il n’y a pas
d’interaction entre les moments, nous pouvons évaluer la fonction de partition
Z dans le cas (i) de moments classiques et (ii) de moments quantiques.

Dans le cas (i), les moments peuvent pointer dans toutes les directions,
on a alors
Z Z
Z = A sin θdθdϕeβµ0 µB gJB cos θ (3.39)
ϕ θ
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 122

avec A une constante qui ne joue pas de rôle comme on va le voir. Le calcul
est simple et donne
sinh t
Z = 4πA (3.40)
t
avec t = βµ0 µB gJB. En utilisant l’énergie libre F = − ln Z/β, on obtient
l’aimantation pour une collection de N moments :
 
1 ∂F
M = − = µB gJN L(t) (3.41)
µ0 ∂B T,N
où l’on a introduit la fonction de Langevin
1
L(t) = coth t − . (3.42)
t
On a alors immédiatement la susceptibilité
   
1 ∂M N βµ0 µ2B g 2 J 2 1 1
χ = = −
V ∂B B→0 V t2 sinh2 t t→0
N βµ0 µ2B g 2 J 2 1 1
= ∝ (3.43)
3kB V T T
qui est la loi de Curie.

Dans le cas (ii), les valeurs du moment angulaire sont quantifiées Jz ∈


{−J, −J + 1, · · · , J − 1, J} et en répétant le même calcul on arrive à
 
sinh t(J + 12 )
Z =   (3.44)
sinh 2t
amenant cette fois-ci à la fonction de Brillouin que nous avons vu précédemment
M = N µB gJBJ (t) (3.45)
avec
  hxi
2J + 1 2J + 1 1
BJ (x) = coth x − coth . (3.46)
2J 2J 2J 2J
La susceptibilité est donc dans ce cas
µ0 µ2B g 2 J(J + 1)N 1
χ = ∝ (3.47)
3V kB T T
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 123

redonnant la même loi de Curie. D’ailleurs, on peut se convaincre que la limite


J → ∞ de la solution de Brillouin redonne, comme il se doit, la fonction de
Langevin (le lecteur est fortement encouragé à le démontrer).

On considère maintenant le cas des interactions d’échange d’origine pu-


rement quantique entre les moments de spins qui sont fixés sur les sites
d’un réseau. Le couplage décroı̂t très rapidement de telle manière que les
échanges
P ne sont qu’entre premiers voisins. On a donc le Hamiltonien H =
⃗ ⃗j où à présent J représente la constante de couplage magnétique
J ⟨i,j⟩ Si · S
que l’on considère J < 0 pour notre cas ferromagnétique. so Comme fait plus
haut, on considère d’abord le cas (i) de spins classiques, puis (ii) de spins
quantiques.

Dans le cas (i), on peut traiter le problème dans le cadre de la physique


statistique classique, et pour des raisons de complétude, on considèrera le
problème en présence du champ magnétique extérieur. Comme les spins sont
ici classiques, l’énergie est donnée par
X X
E = J S ⃗j − ⃗h ·
⃗i · S ⃗i
S (3.48)
⟨i,j⟩ i

où l’on a appelé ⃗h = Bµ


⃗ 0 µB g par simplification. L’objectif ici est de calculer
P ⃗
la fonction de partition Z = {S⃗i } e−βE({Si }) où la somme court sur toutes les
configurations de spins possibles. On voit immédiatement que cette somme
ne peut pas être calculée analytiquement, et il faut ici employer une approxi-
mation de champ moyen. Dans cette approximation, on considère que chaque
spin est en interaction non pas avec ses voisins, mais avec la moyenne des
aimantations que les voisins créent ⟨S⟩,⃗ ou dit autrement, avec un champ
généré par les orientations moyennes des spins.

Considérons qu’un spin S ⃗i du système fluctue autour de sa moyenne par


de petits écarts, on a alors l’identité
h i
⃗i = ⟨S
S ⃗i ⟩ + S⃗ i − ⟨S
⃗i ⟩
| {z }
⃗i
δS
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 124

Dans ce cas, on a
⃗i · S
S ⃗j ≃ ⃗i δ S
δS ⃗j
| {z }
second ordre→0
⃗ i · ⟨S
+ δS ⃗j ⟩ + δ S
⃗ j · ⟨S
⃗i ⟩ + ⟨S
⃗i ⟩⟨S
⃗j ⟩

et l’énergie devient
Xh i X
E ≃ J Si · ⟨Sj ⟩ + Sj · ⟨Si ⟩ − ⟨Si ⟩⟨Sj ⟩ − ⃗h ·
⃗ ⃗ ⃗ ⃗ ⃗ ⃗ ⃗i
S
⟨i,j⟩ i

Bien entendu comme on est en champ moyen ⟨S⃗ i ⟩ = ⟨S⃗j ⟩ = ⟨S⟩


⃗ de telle
manière que
Xh i X X
E = J ⃗i + S
S ⃗j · ⟨S⟩
⃗ −J ⃗ · ⟨S⟩
⟨S⟩ ⃗ − ⃗h · ⃗i
S
⟨i,j⟩ ⟨i,j⟩ i

Dans un réseau, chaque site i possède z premiers voisins, c’est la coordinance.


Par exemple pour un réseau carré z = 4, pour un réseau triangulaire z = 6
et pour une chaı̂ne z = 2. Si on a N sites dans le système, on peut simplifier
l’expression de l’énergie pour avoir (faire le calcul !)
X X
E = Jz⟨S⟩ ⃗ ⃗i − JN z ⟨S⟩
S ⃗ 2 − ⃗h · ⃗i
S (3.49)
i
2 i

On remarque tout de suite que si ⟨S⟩ ⃗ est connu, le système se résout comme
vu en début de chapitre et pour des spins classiques, on obtient immédiatement

M = µB gN SL(f ) (3.50)

avec cette fois-ci

f = βS [Jzs̃ + h] (3.51)

⃗ le module. Or en se rappelant que l’aimantation est


où l’on a utilisé s̃ = |⟨S⟩|
définie comme M = N µB gs̃, on obtient alors une équation auto-cohérente
du champ moyen

s̃ = SL (βS [Jzs̃ + h]) . (3.52)


CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 125

1.0

0.8
β=2

0.6
f(s) β = 0.7
0.4

0.2

0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

h! s

Figure 3.15 – Exemples de solutions graphiques de l’équation (3.52) pour


S = 1, J = 1, h = 0 et β = 2 (courbe verte) et β = 0.7 (courbe jaune).

Cette équation ne peut pas être inversée du fait de la fonction de Langevin. Il


faut donc la résoudre graphiquement. Pour cela nous allons distinguer deux
cas :

Cas champ magnétique nul h = 0. En figure (3.15) sont donnés deux exemples
pour deux valeurs différentes de β de ce système à champ nul. Comme on
le voit, il existe deux cas de figures, (i) une seule solution à s̃ = 0 pour des
températures plus fortes qu’une certaine Tc et (ii) deux solutions à s̃ = 0
et s̃ ̸= 0 pour les températures plus faibles que Tc . La nature des solutions
dépend de la pente de la fonction de Langevin L(Jzs̃) en s̃ = 0 qui est donnée
par dLds̃
∼ Jz
3
et qui définit donc la température critique Tc
Jz βc JzS 1 JzS 2
= = ⇒ Tc = . (3.53)
3 3 S 3kB
En dessous de Tc , le système a donc deux solutions possibles mais celle d’ai-
mantation moyenne nulle s̃ = 0 est instable (ça ne sera pas démontré ici).
Il s’en suit que le système possède une transition magnétique à Tc et le
modèle de champ moyen offre une explication élégante de la transition para-
magnétique / ferromagnétique.

Cas champ magnétique nul h ̸= 0. En présence de champ magnétique, il


existe toujours une solution d’aimantation non nulle comme le suggère la
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 126

1.0

0.8
β=2
0.6
β = 0.7
f(s)

0.4

0.2

0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

s
Figure 3.16 – Exemples de solutions graphiques de l’équation (3.52) pour
S = 1, J = 1, h = 0.5 et β = 2 (courbe verte) et β = 0.7 (courbe jaune).

figure (3.16) dans laquelle les mêmes cas que la figure (3.15) sont montrés
mais à champ h = 0.5.

Dans le cas (ii) de moments quantiques, il est à noter que l’on peut suivre
le même raisonnement que dans le début de chapitre et il suffit de changer
la fonction de Langevin en fonction de Brillouin dans l’équation (3.52) :

s̃ = SBS (βS [Jzs̃ + h]) . (3.54)

Comment cette théorie se compare à l’expérience ? Nous allons chercher à


calculer le comportement de M (B) et la susceptibilité magnétique aux abords
de Tc . Afin de rester le plus simple possible, nous continuons de travailler avec
le cas classique dans lequel les spins sont des vecteurs. Assumons qu’à h → 0
et pour T > Tc , ⟨S⟩ → 0. Dans ce cas f → 0 et la fonction de Langevin peut
être développée
1 1 2 5
L(f ) ≃ f − f3 + f − ··· (3.55)
3 45 945
On ne considèrera ici que le premier terme, donc l’équation (3.52) devient
s̃ 1
≃ [βS(Jzs̃ + h)] (3.56)
S 3
If instead of the classical vector spins, we would have worked with quantized z components, we
would have got the results:

1 NS(S +1) µ0 µB 2 g 2
χ=
T − TC 3k (60)
This result shows that the critical exponent of the susceptibility is γ = 1. Experimental results for
high enough temperatures show a trend that is in good agreement with the prediction of the mean-
field approach
CHAPITRE (Figure 8).
3. CE QU’ON It is also observable
DEVRAIT SAVOIR from the figure
DU MAGN that in the127
ÉTISME vicinity of the critical

temperature the critical exponent differs from the γ = 1 mean-field prediction.

Figure 8. The reciprocal of the susceptibility as a function of the temperature. For high enough temperatures the Curie-
Weiss law is valid. In the left panel we present experimental results for Ni (Weiss and Forrer Annn. Phys. Vol. 5, 153
Figure(1926)).
3.17 On– Droite : Inverse
the right panel we plotde
thela susceptibilité
reciprocal parallèle
susceptibility parallel toàthe
l’axe c c-axis
crystal en fonc-
as a function of temperature
tion de for
la LiHoF
température
4 . The pour
experimentalle composé
points LiHoF
correspond to tiré de
measurements
4 Cooke,
for five Jones,
different Silva,
sample shapes, characterized by
Wells, J. Phys. C, 8 4083 (1975). Les points correspondent à 5 échantillons (1975))
demagnetizing factors, N (A.H. Cooke, D.A. Jones, J.F.A. Silva and M.R. Wells, J. Phys. C 8, 4083

de formes différentes. Pour des températures suffisamment grande, l’accord


avec la loi de Curie-Weiss est remarquable. Gauche : résultats expérimentaux
pour Ni tiré de Weiss et Forrer, Ann. Phys. vol 5, 153 (1926).
15

et comme on sait que M = N gµB s̃ on obtient directement dans la limite de


champ nul h → 0 l’aimantation

N S 2 µ0 µ2B g 2 B
M = (3.57)
3kB T − Tc
qui amène à la susceptibilité

N S 2 µ0 µ2B g 2 1
χ = (3.58)
3kB T − Tc
qui est connue pour être la loi de Curie-Weiss des matériaux ferromagnétiques.
Ce résultat prédit que l’exposant γ de la susceptibilité est γ = 1. Les résultats
expérimentaux pour des températures suffisamment grandes montrent un ac-
cord remarquable avec cette théorie, comme montré dans la figure (3.17). On
observe aussi que proche de la température critique Tc , l’exposant γ diffère
de plus en plus de la prédiction champ moyen en prenant la valeur ∼ 1.3. La
théorie atteint ses limites et d’autres approches sont nécessaires.
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 128

Exercice 1 : Cas de spins 1/2 (lectures 3a et 3b)

On cherche à établir les propriétés thermodynamiques d’un système de


N spins 1/2 dans le cadre de la théorie de champ moyen avec un couplage
ferromagnétique et soumis à un champ magnétique extérieur.

1. Donner l’expression du Hamiltonien champ moyen pour ce problème


en explicitant bien tous les termes.
2. En exploitant le fait que tous les spins sont équivalents en champ
moyen, et en normalisant le Hamiltonien par zJ 2
, donner la représentation
Hi
matricielle de ĥi = zJ , où Ĥi est le Hamiltonien d’un seul spin que
l’on explicitera.
3. Donner alors les valeurs propres e± de ĥi , puis les valeurs propres de
Ĥi .
4. Montrer qu’il est possible de prendre la direction ⃗ud = d/d ⃗ comme
axe de quantification et donner l’expression du Hamiltonien Ĥd dans
ce cas.
5. On va à présent calculer les propriétés thermodynamiques du problème.
Calculer la fonction de partition zi d’un seul spin.
6. Calculer l’aimantation moyenne M dans cet ensemble.
7. On sait que le système possède une aimantation nulle à haute température,
et une aimantation finie à basse température. Il existe donc une température
de transition, appelée température critique Tc à partir de laquelle l’ai-
mantation s’annule. En faisant un développement au premier ordre de
l’aimantation, déterminer Tc .
8. Calculer à présent l’énergie libre F et l’exprimer en fonction de d, m,
T et Tc .
9. Tracer F en fonction de M et à champ nul pour les trois cas suivants :
(i) T < Tc , T = Tc et T > Tc . Interpréter.
10. Même question dans le cas d’un champ magnétique extérieur non nul.
Conclure.
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 129

3.8.2 Limitations de l’approche champ moyen

Comme on le voit très bien dans la théorie champ moyen, la notion de


géométrie du réseau est complètement gommée car chaque spin ne ressent
que le champ moyen des autres spins du système sur ses premiers voisins dont
le nombre est la coordinance z. Il est possible d’obtenir expérimentalement
les températures critiques de Curie Tc pour différent composés correspondant
à des modèles d’Ising avec des géométries données et de les comparer avec les
valeurs attendues théoriquement. Dans le tableau suivant, elles sont données
en unité zJ
k
:

lattice d z Tcmf Tcexp


chaı̂ne 1 2 1 0.000
carré 2 4 1 0.567
cubique 3 6 1 0.752
bcc 1 2 1 0.794
fcc 1 2 1 0.816

On le voit, le champ moyen est d’autant meilleur que la dimensionnalité,


et donc z, augmente. Plus la dimensionalité baisse, plus les effets des fluc-
tuations quantiques augmente et moins le champ moyen est correct. Le cas
extrême est bien entendu la chaı̂ne 1D qui ne possède pas de transition de
phases à température finie comme le stipule le théorème de Mermin-Wagner.

De plus, les exposants critiques sont aussi incorrectement décrits même


à 3d. Pour la courbe d’aimentation par exemple, le champ moyen donne à
basse température une loi de puissance là ou un comportement exponentiel
est observé. Comme nous le verrons par la suite, cette signature prouve l’exis-
tence d’excitations qui ne peuvent pas être décrites à l’aide d’un seul spin,
ce sont des modes collectifs, les ondes de spins.

3.8.3 Champ moyen de l’antiferromagnétisme

Dans le cas d’un couplage antiferromagnétique du modèle de Heisenberg,


on ne peut pas employer aussi directement la méthode de champ moyen car
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 130

les spins ne sont pas tous équivalents comme le montre les états de basse
énergie d’une paire de spins premiers voisins dans la figure ci-dessous :

J<0

J>0

Il est naturel dans ce cas de considérer deux sous-réseaux comme le suggère


l’état antiferromagnétique. Mais attention, même là ce n’est pas toujours
aussi simple, car il existe une grande variété de situations pour lesquelles un
tel découpage ne sera pas possible.
Considérons pour notre discussion le cas simple d’un réseau carré de N spins
couplés antiferromagnétiquement dont le Hamiltonien est donné par
X X
Ĥ = J ⃗i · S
S ⃗j − B ⃗i
S
⟨i,j⟩ i

On sépare le système en deux sous-systèmes A et B de N2 spins que l’on


découple en champ moyen. Le Hamiltonien effectif s’écrit alors
X X X
⃗ B·
Ĥmf = zJ⟨S⟩ ⃗i + zJ⟨S⟩
S ⃗ A· ⃗i − B
S S⃗i
i∈A i∈B i

On remarque alors que ce n’est rien d’autre que deux systèmes champ moyen
ferromagnétiques imbriqués, qui se résoudra donc de la même façon que
précédemment mais en rajoutant une étape auto-cohérente entre les deux
aimantations de chaque sous-réseau. Regardons concrètement comment ça se
passe.

Pour un spin quantique S, nous avons vu jusqu’à présent que l’aimanta-


tion thermodynamique s’obtenait à l’aide de la fonction de Brillouin BS (x).
en répétant la même démarche, on obtient ici deux équations couplées :
MA
= BS (xB ) xB = β [−zJMB + B]
MS
MB
= BS (xA ) xA = β [−zJMA + B]
MS
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 131

A bas champ magnétique, soit le système est désordonné et donc M =


MA + MB ≃ 0, soit il est ordonné mais là encore M ≃ 0 car l’ordre est
antiferromagnétique. Cela montre au passage que l’aimantation totale M
n’est pas un bon paramètre d’ordre. Quoiqu’il en soit, dans ce régime xA et xB
sont très faibles, et on peut développer la fonction de Brillouin BS (x) ≃ S+1
3
x.
On a donc
 
M MA + MB S+1 S+1 zJM
= = (xA + xB ) = β − +B
2MS 2MS 6 3 2
En notant que MS = S, on peut écrire
M (S + 1)βB S(S + 1) βzJM
= −
2MS 3 3 2M
  S
M S(S + 1)βzJ (S + 1)βB
⇒ 1+ =
2MS 3 3
M 1 (S + 1B)
⇒ =  
2MS 3
 
kT + S(S + 1)zJ 
 3 
| {z }
kTN

Au final, on a l’aimantation totale


M (S + 1)B
=
2MS 3k(T + TN )
On en déduit immédiatement que la susceptibilité s’écrit comme
C
χAF =
T + TN
avec
N µ0 gµB S(S + 1)
C=
V 3k
Ce résultat montre que contrairement au ferromagnétisme, la susceptibilité
magnétique ne possède aucune divergence du fait du signe + au dénominateur.
En comparant avec
C
χf =
T − Tc
on remarque que le comportement de 1/χ à haute température nous renseigne
donc sur le signe de J et donc sur la nature du couplage. C’est comme ça
qu’on le détermine expérimentalement.
Magnetic moments
CHAPITRE 3. CE
in interaction
Interacting paramagnetic
QU’ON DEVRAIT SAVOIR DUsusceptibilities
MAGNÉTISME 132
Treatment of interacting magnetic moments : Molecular field
C 1/
!F = Antiferro Para Ferro
Generalization: T ! Tc
J<0 J=0 J>0
C
⇥= ! AF =
C
T T + TN
Curie-Weiss law

!=-TN !=0 !=TC


T>TN Antiferromagnets Ferromagnets
TN TC
The behavior of susceptibility at high temperature gives the sign of J
CoO 293 K Fe 1043 K
Dans Interacting
la figure du dessous, on
paramagneticremarque aussi que proche de T c pour un Ferro,
NiO 523 K susceptibilities Co 1394 K
des déviations apparaissent.
T<TN 612 MnO 116 M. KB. Salamon and M.Ni 631Manganites:
Jaime: K Structure and transport
Gd 293 K
Shull 1951
!"#$"%#& Neutron diffraction!
T ! TC
! !1
F = Antiferro Para Ferro
C J<0 J=0 J>0

FIG. 38. The inverse of the dc susceptibility for FIG. 39. Peak-to-peak magnetic resonance linewid
La0.67Sr0.33MnO3: !,Deviations
experimental close toSolid
data. Tc and dotted lines
temperature, showing a universal behavior for the
Cette théorie
are fonctionne relativementandbien
fits to the constant-coupling pour unmodels,
Curie-Weiss certainre- nombre de systèmes,
La0.67A 0.33
! MnO3 with A ! "Ca, Sr, and Pb. Differe
spectively.
essentiellement From Causa
quand et al., 1998. en sous-réseaux est compatible
un découpage refer to X-, L-,avec
and Q-band data. The inset shows
l’ordre magnétique en jeu. Dans l’exemple de la géométrie for Kagomé
the Pr-Srcepen-
analog. From Causa et al., 1998.
characteristic 1/T temperature dependence for heat car-
dant, le comportement à basse température révèle une structure plus riche
ried by phonons with a mean free path limited by anhar-
que le champ moyen
monic decayne peux pas
(Berman, décrire.
1976). InsteadCela très lisibleserved
! (T)estincreases dansESR spectra and that the ESR linewid
la figure
be related to the relaxation mechanism of th
ci-dessous with temperature. An exponential increase with equal magnetic system. The authors also claim tha
temperature parameters, found in samples with very dif- perature dependence of the ESR linewidth m
ferent compositions, has been interpreted as due to dy- scribed by a universal curve, whose temperatu
namical lattice distortions, a consequence of
associated with T C . The behavior above T C
T-dependent Debye-Waller factors (Visser et al., 1997). mined solely by the temperature depen
These results however have not been reproduced by
" ESR (T) and the infinite temperature linewid
other groups (Hejtmanek et al., 1999; Cohn, 2000) and a
an adjustable parameter. No evidence is found
definitive explanation is still missing. One possibility is
phonon contribution to the experimental lin
that the very moderate increase in ! with temperature is
this regime. These results agree with previ
due to the increase of a relatively small electronic com-
cussed transport experiments that show eviden
ponent added to a saturated and temperature-
coupling of small polarons from spins above T
independent phonon component. Such an increase of
Additional evidence for polaron formation
the electronic component with temperature could be
from structural and optical studies. Pair-d
due to the increase in thermally activated small polaron
analysis of neutron powder-diffraction data, th
mobility with temperature. Indeed, in Fig. 29(b) we can
EXAFS features, and Raman data all find ev
see a small but distinguishable increase in the high-
structural features consistent with polaron
temperature electronic component ! e calculated using
La susceptibilité de ce système décroit en dessous de 0.24 K et un état singulet, non
magnétique et avec une énergie d’activation de l’ordre de 0.25 K∼ J/12, est invoqué
[Wada et al. (2001)]. Il est remarquable de constater que la forme de la susceptibilité
mesurée par Wada et al. (2001) est proche des calculs de champ moyen sur cluster avec
des spins entiers — dont le résultat est peu différent des spins demi-entiers — présentés ci-
dessus. Peut-être ces mesures gagneraient-elles à être analysées en considérant les avancées
théoriques dans ce domaine. . .
CHAPITRE 3. CE QU’ON DEVRAIT SAVOIR DU MAGNÉTISME 133
Interacting paramagnetic susceptibilities
Chapitre 2. La frustration géométrique en magnétisme dans les réseaux de triangles à
3.2.2 Les bicouches
Chapitre 3.kagomé
Systèmes de spin 23 : SCGO et BSZCGO
expérimentaux
sommets partagés : aspects théoriques ! =
C CW z J S(S +1)
AF kB! =
Structure magnétique frustrée Les Tstructures + " CW de SrCr 9p Ga12−9p 3 O19 (SCGO(p)) et
Ba2 Sn2 ZnCr7pGa10−7p O22 (BSZCGO(p)), 1.4 respectivement découverts par Obradors et al.
(1988) et Hagemann et al. (2001), 1.2 !dc
sont présentées sur la figure 3.2. Nous 8 y distin-
guons les bicouches kagomé de Cr 3+ (S = 23 ), aussi appelées !! tranches de pyrochlores "",

!macro (10 g / emu)


1.0

!macro (10 emu / g)


représentant les structures magnétiques frustrées dans ces systèmes. Cette géométrie 6
est
aussi comparée à celle du spinelle,0.8 tridimensionnelle.
1.3 !ac
Dans SCGO, 97 des ions magnétiques (nommés Cr(4f vi )) sont entre les bicouches ka-
4

4
0.6

-4
gomé. Lee et al. (1996) ont montré que l’interaction 1.2
entre deux spins de ces paires
isolées est de 216 K. Limot et al. 0.4 (2002) en ont déduit l’expression T "1.5 K de leur susceptibilité,

-1
g

qui devient négligeable en dessous de 30 K. Le rôle 1.1 de ces paires sur les les 2 propriétés
0.2 1.5 1.8 2.1
magnétiques de SCGO en dessous de cette température a donc la plupart du temps été
négligé.
Kagome lattice 0.0 0
0 100 200 300
de Cr 3+ (S=3/2)
Fig. 2.2 – Réseaux triangulaire, kagomé, pyrochlore (ou spinelle)
Malheureusement, ces deux systèmes ont au moins T (K)et grenat (de gauche
3 % de leur sites de Cr substitués à
par des ions non magnétiques de Ga 3+ , i.e. p ≤ 0.97. Les tentatives de synthèse avec p >
droite). • θCW=-350 but phases
no magnetic order
0.97 échouent et donnent Fig. 3.3 – des échantillons
Susceptibilité avec des
macroscopique χ macro d’unparasites. Nous
échantillon y reviendrons
BSZCGO(0.97) sous un
• Geometrical frustration −1
dans le chapitre 6. Ces susbstitutions concernent tous les sitesmacro
champ de 100 G pour T > 1.8 K. La linéarité de χ de Cr, y compris K,
jusqu’à ∼ 100 lesmalgré
Cr(4f vi ) in-
son
On remarque que θ N = −350K,
tersection avec l’axemais
des T
qui constituent les paires entre les bicouches dans SCGO(p). que
vers le
−350 système
K dénote dene présente
fortes interactionsaucun ordre
antiferromagnétiques
rotation globale près —, est
Les appelé
magnétique ! Cela
spins état
est dude
et montre
électroniques Néel
àlalaprésence etde est
présence constitué
frustration.
de demagnétique
3 , deux
Encart : susceptibilité
frustration
Cr 3+ sous
alternative
S =un23 )facteur réseaux
sur pour T > 1.2
laquelle deK. Un
gel de type sont
verreportés
de spinpar les
est observé ([Ar].3d
à 1.5 K, donnant dans de ces échantillons.
frustration f ∼ 250.
spins ↑ et ↓. nous Le
reviendrons
moment angulaire largement orbital plusest tard,
bloqué,mais avec cela nous révèle
un électron sur chacunela nécessité d’ap-t g ,
des orbitales
procher
et ces
les systèmes
complications
Nous venons de voir que la géométrie avec d’autres
possibles
de vers
atteint
liées
cet50étatà théories.
un
K (RMN).
ordre
de Cetteorbital ne
Néelvariation
usuel, contribuent
à deux
contraste
pas
avec lesous
au magnétisme
réseaux,
comportement ∝ 1/T de
de ces échantillons. Des mesures demacroscopique
la suceptibilité RPE en fortenchamp dessous de montrent
50 K, ainsiune faible
associée auxanisotropie
défauts du com-
est incompatible avec undansréseau
SCGO, de à l’ordre
baseposé.
dede0.09triangles.
K [Ohta
L’étude Que
et al.
de la forme devient
du(1996)],
spectre cohérente
RMN le fondamental
montre avec leslacunes
que ces d’un
valeursdetrouvées
spin génèrent
réseau macroscopique dans ces systèmes
habituellement pour des (figure
une spins 2.2)
Cr ?dans
réponsedealternée 3+ dansleun réseau magnétique deoctaédrique
environnement Cr [Limot et (∼ al. (2002)].
0.5 K) Ces
[Ramirez et al. (2000)]. mesures
Les spinsde la 3susceptibilité
de ces sytèmespar RMNsontsontdonc possibles pour T du
très proches ! 20 casK,Heisen-
température
en dessous de 2laquelle le signal du 69,71 Ga(4f) disparaı̂t [Mendels 1 et al. (2000)].
berg idéal. Notons finalement qu’au début de cette thèse, les kagomé de spin 2 présentés
Ceci reste comparable au cas des verres de spin conventionnels dans un gamme de
! Spins Ising ci-dessus n’existaient pas encore.
température légèrement différente [MacLaughlin & Alloul (1976)].

Lorsque T = 0, l’énergie d’un système de spins Ising est minimisée pour une quel-
Rapide historique des résultats obtenus sur SCGO Obradors et al. (1988) ont
conque configuration qui maximise
montré le nombre
les premiers la présencede
de spins plusdesproches
frustration interactions voisins antiparallèles.
magnétiques dans SCGO,
La dégénérescence deuxavec
pour un triangle
une température θCWisolé augmente
de plusieurs centaines exponentiellement
de Kelvin et l’absence de avec la taille
transition pour
T ! 4 K. Une
du réseau [Moessner & Sondhi (2001a)]. transition de type verre de spin a ensuite été mesurée par Ramirez et al.
(1990) à Tg ∼3.5 K. La situation est comparable pour BSZCGO (figure 3.3 et [Hagemann
La définition de l’entropie S d’un
et al. (2001)]). systèmea alors
Cette transition est S = k B en
été étudiée ln(Ω)
détail où
: Ω est le nombre
d’états accessibles. La dégénérescence du fondamental (Ω > 1) est donc synonyme d’une
entropie finie par spin. A température nulle, l’entropie27 par spin du réseau kagomé est
très élevée (0.502 en unité de kB ) par rapport à celle du réseau triangulaire (0.323) et
du réseau pyrochlore (0.216). Elle correspond à plus de la moitié de la valeur maximale
ln 2 ≈ 0.693, atteinte pour des spins paramagnétiques. D’autre 29 part, cette valeur est
extrêmement proche de la valeur trouvée par Pauling pour des triangles isolés (0.501)
et suggère ainsi l’existence de corrélations à très courte portée dans le réseau kagomé.
Le fondamental Ising est donc désordonné à T = 0. Il n’existe apparemment pas de
phénomène d’ordre par le désordre — concept sur lequel nous reviendrons dans le cadre
des spins Heisenberg — dans ces systèmes [Huse & Rutenberg (1992); Moessner et al.
(2000); Moessner & Sondhi (2001b)], ni, à notre connaissance, de composés expérimentaux
frustrés antiferromagnétiques avec des spins Ising.

! Spins Heisenberg classiques

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