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Thèse Ilian Reyre

Ce document présente une thèse professionnelle sur l'efficacité énergétique dans l'industrie, en mettant l'accent sur la manière dont elle peut transformer la stratégie de transition énergétique des entreprises. L'étude souligne l'importance de l'écologie industrielle et territoriale (EIT) pour maximiser les gains énergétiques en favorisant des synergies entre entreprises. Enfin, elle aborde l'impact de l'EIT sur l'innovation au sein des entreprises industrielles.

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Thèse Ilian Reyre

Ce document présente une thèse professionnelle sur l'efficacité énergétique dans l'industrie, en mettant l'accent sur la manière dont elle peut transformer la stratégie de transition énergétique des entreprises. L'étude souligne l'importance de l'écologie industrielle et territoriale (EIT) pour maximiser les gains énergétiques en favorisant des synergies entre entreprises. Enfin, elle aborde l'impact de l'EIT sur l'innovation au sein des entreprises industrielles.

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THESE

PROFESSIONNELLE
Mastère Spécialisé

Ilian REYRE
Mastère Spécialisé Management de la
Transition Énergétique 2023/2024

emlyon business school – ECAM LaSalle

Comment l’efficacité énergétique permet à un


industriel de repenser sa stratégie de
transition énergétique ?

Professeur suiveur : Xavier BLOT


Maître de stage : Etienne MARTIN
Date : 25/11/2024
1
Remerciements
Je tiens à remercier l’entreprise ENERSHIP de m’avoir accueilli pour ce stage d'ingénieur
efficacité énergétique.

A ce titre, je tiens plus particulièrement à remercier mon maître de stage, Etienne MARTIN,
qui a été à l’écoute et qui m’a accompagné tout au long du stage.

Je tiens à remercier mon tuteur académique Xavier BLOT qui m’a cadré et fourni de précieux
conseils durant la rédaction de cette thèse professionnelle.

J’exprime, de même, mes remerciements envers Lionel BRUYCHE et Amandine JACQUET


pour m'avoir accordé un temps d'échange et dont les témoignages ont été précieux.

2
Table des matières

1 CONTEXTE DE L’ETUDE ...............................................................................................5

1.1 INTRODUCTION GENERALE .............................................................................................5


1.2 EFFICACITE ENERGETIQUE .............................................................................................7
1.3 PRESENTATION D’ENERSHIP ET DE SES ACTIVITES ..............................................................7

2 CONTEXTE ENERGETIQUE...........................................................................................8

3 MECANISMES PROMOUVANT L’EFFICACITE ENERGETIQUE INDUSTRIELLE EN FRANCE11

3.1 L’EFFICACITE ENERGETIQUE CHEZ ENERSHIP ................................................................. 11


3.1.1 AUDIT ENERGETIQUE REGLEMENTAIRE ............................................................................... 12
3.1.2 SYSTEME DE MANAGEMENT DE L’ENERGIE .......................................................................... 14
3.1.3 CERTIFICATS D’ECONOMIE D’ENERGIE .............................................................................. 17
3.1.4 PLAN DE PERFORMANCE ENERGETIQUE ............................................................................. 20
3.2 EXEMPLES D’ACTIONS D’AMELIORATION DE LA PERFORMANCE ENERGETIQUE ........................... 22
3.2.1 ISOLATION DES POINTS SINGULIERS DES RESEAUX D’EAU CHAUDE ET VAPEUR ............................. 22
3.2.2 INSTALLATION D’UN ECONOMISEUR ET D’UN CONDENSEUR SUR UNE CHAUDIERE VAPEUR ............. 23
3.3 BARRIERES A L’EFFICACITE ENERGETIQUE DANS L’INDUSTRIE ................................................ 24

4 REPENSER LE TISSU INDUSTRIEL AVEC LES ECOLOGIES INDUSTRIELLES ET


TERRITORIALES QUI PERMETTENT D’ACCENTUER LES GAINS DE L’EFFICACITE
ENERGETIQUE ............................................................................................................... 26

4.1 DEFINITION DE L’ECONOMIE CIRCULAIRE ET DE L’ECOLOGIE INDUSTRIELLE ET TERRITORIALE ......... 26


4.2 EIT EN FRANCE ......................................................................................................... 30
4.2.1 PANORAMA FRANÇAIS DE L’EIT ....................................................................................... 30
4.2.2 ÉTUDES DE CAS D’ECOLOGIES INDUSTRIELLE ET TERRITORIALE ................................................ 40
4.3 FACTEURS INFLUENÇANT LES DEMARCHES EIT .................................................................. 59
4.3.1 FACTEURS DE SUCCES .................................................................................................. 59
4.3.2 RECOMMANDATIONS POUR REPRODUIRE LA DEMARCHE D’EIT ................................................ 60

3
4.3.3 MOTEURS .................................................................................................................. 60
4.3.4 FREINS ...................................................................................................................... 61
4.3.5 RISQUES .................................................................................................................... 62
4.4 SOUTIENS ET FINANCEMENTS ....................................................................................... 63
4.5 GIE : UN PREMIER PAS DANS L’IMPLANTATION TERRITORIALE ET LA COLLABORATION ................... 64
4.6 REPONSE A LA PROBLEMATIQUE .................................................................................... 65

5 NOUVELLES STRATEGIES D’ENTREPRISE POUR L’EIT.................................................. 67

5.1 DES CHANGEMENTS INTERNES ET EXTERNES POUR LES ENTREPRISES ...................................... 67


5.2 LES ECOSYSTEMES D’INNOVATION ................................................................................. 68

6 CONCLUSION .......................................................................................................... 71

BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................. 72

7 ANNEXES ................................................................................................................. 77

Glossaire
AAPE : Actions d’amélioration de la performance énergétique
ATEE : Association technique énergie environnement
CEE : Certificats d’économie d’énergie
CER : Consommation énergétique de référence
DGEC : Direction générale de l’énergie et du climat
EIT : Écologie industrielle et territoriale
GES : Gaz à effet de serre
GIE : Groupement d’intérêt économique
GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
GIP : Groupement d’intérêt public
IAE : International Energy Agency
IPE : Indicateurs de performance énergétique
PPE : Plan de performance énergétique
SNBC : Stratégie nationale bas-carbone
SMé : Système de management de l’énergie
TURPE : Tarif d’utilisation du réseau public d’électricité

4
UES : Usages énergétiques significatifs
VEV : Variateur électronique de vitesse
ZIBAC : Zone industrielle bas carbone

Résumé exécutif
Depuis plusieurs décennies, la prise de conscience des causes du réchauffement climatique
et de ses conséquences a poussé les États à établir des objectifs de réduction des
émissions notamment pour l’industrie. Cette réduction passe en partie par la réduction de la
consommation énergétique des industriels via le levier de l’efficacité énergétique.

Dans ce contexte, de nombreux impératifs réglementaires tels que l’audit énergétique et le


plan de performance énergétique ont été établis afin de faciliter la mise en place d’une
politique d'efficacité énergétique. Cependant, cette dernière peut atteindre une limite en
terme de gains énergétiques en étant réfléchie seulement à l’échelle de l’entreprise ou du
site concerné. Atteindre des gains supplémentaires grâce à l’efficacité énergétique requiert
donc un changement de paradigme dans la stratégie de transition énergétique des
industriels.

Cette étude entend exposer une solution à ce défi. La notion d’analyse clé est l’écologie
industrielle et territoriale qui, via des synergies énergétiques inter-entreprises, permet
d’atteindre des gains énergétiques supplémentaires en valorisant des puits et des sources
d’énergie des sites industriels. Le recours à l’EIT est motivé par la recherche d’efficacité
énergétique mais nécessite de repenser sa stratégie de transition en l’ouvrant vers le
territoire et en incluant dans celle-ci d’autres acteurs.

Une ouverture est faite concernant l’influence de l’EIT sur l’innovation en tant que stratégie
d’entreprise.

1 Contexte de l’étude
1.1 Introduction générale
Le rapport 2023 du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a
déterminé qu’en 2019 la concentration mondiale de gaz à effets de serre a atteint 410 ppm
(parties par millions) qui est un niveau jamais vu sur les 2 millions d’années passées. Cette

5
augmentation exceptionnelle est attribuée aux activités humaines et a provoqué une hausse
globale des températures de 1,1°C.
Une telle hausse a déjà provoqué une série de conséquences climatiques anormales ayant
des effets néfastes sur la biodiversité terrestre et marine, la sécurité de l’Homme et ses
activités. Malgré l’objectif de limiter la hausse globale des températures à 2°C voire 1,5°C en
2050, ce dernier semble inatteignable sans mesures importantes et immédiates de la part
des pays. Les températures globales devraient même atteindre 3,2°C à la fin du siècle
entrainant des conséquences irréversibles et dévastatrices pour la vie sur Terre.

En France tout comme dans le monde, l’industrie manufacturière et la construction est le


troisième poste d’émission. En effet, ceux-ci représentent entre 18% et 22% des émissions
de GES en fonction des pays. Le paquet européen « Fit for 55 » impose aux États membres
de réduire leurs émissions de 55% d’ici 2030 par rapport à 1990 (DGE, 2023). La
transposition de cet objectif en droit national aboutira au renforcement des objectifs de la
prochaine stratégie nationale bas carbone (SNBC). La SNBC actuelle prévoit un objectif de
baisse des émissions de l’industrie manufacturière de 35% d’ici 2030 par rapport à 2015.

L’industrie manufacturière a présenté une baisse des émissions de 7% en 2021 par rapport à
2015 ce qui est une trajectoire insuffisante par rapport aux objectifs. Cette baisse est
principalement attribuée aux gains d’efficacité énergétique et qui reste l’une des pistes
privilégiées par la programmation pluriannuelle de l’énergie pour réduire les émissions de
GES et entamer une transition énergétique (DGE, 2023).

L’efficacité énergétique en industrie est une thématique déjà très cadrée réglementairement
avec des mécanismes et outils qui se sont développés au fil des années. Les entreprises ont
pu s’approprier le sujet et réaliser des opérations d’efficacité énergétique aboutissant à la
baisse des émissions observées.
Dans le contexte où l’industrie doit accentuer ses efforts d’efficacité énergétique, il est
important de se demander quelle solution contribuera à atteindre des gains supplémentaires.
Comment cette solution d’efficacité énergétique poussera, à son tour, les industriels à
repenser leur stratégie de transition ?

Dans ce travail nous verrons tout d’abord comment l’accompagnement d’ENERSHIP sur
certains mécanismes d’efficacité énergétique aide les industriels à instaurer une politique de
performance énergétique afin de réaliser des économies.

6
Dans un second temps, nous explorerons comment l’écologie industrielle et territoriale peut
permettre aux industriels d’augmenter leur efficacité énergétique en leur offrant de nouvelles
perspectives. Une réflexion sera faite concernant les conséquences de cette solution sur la
stratégie de transition énergétique des industriels.

Enfin, nous ouvrirons sur l’impact de l’écologie industrielle et territoriale sur la stratégie
d’innovation d’une entreprise.

1.2 Efficacité énergétique


L’efficacité énergétique est définie dans la norme ISO 50001 comme étant « un ratio ou autre
relation quantitative entre une performance, un service, un bien, une marchandise ou une
énergie produite et un apport en énergie » (Groupe AFNOR, 2018).
Ainsi, l’efficacité énergétique d’un système peut être définie comme le rapport du travail
fourni par ce dernier avec l’énergie qui lui a été apportée et qui est nécessaire à la réalisation
de ce travail. Il y a une amélioration de l’efficacité énergétique lorsque ce même travail
(service, bien, performance) est réalisé alors que moins d’énergie a été apportée au
système.

Par exemple dans un contexte industriel, une chaudière vapeur aura une efficacité
énergétique améliorée par rapport à une situation de référence si elle produit la même
quantité de vapeur, aux mêmes température et pression tout en consommant moins de
carburant (gaz naturel, fioul etc.). L’amélioration de cette efficacité énergétique peut être
réalisée via différentes actions telles que le calorifugeage des conduites limitant les
déperditions thermiques ou l’installation d’un économiseur pour récupérer une partie de
l’énergie thermique contenue dans les fumées de combustion.

1.3 Présentation d’ENERSHIP et de ses activités


ENERSHIP est un cabinet de conseil opérationnel spécialisé dans la compétitivité
énergétique de l’industrie française. L’entreprise accompagne les industriels pour réduire
leurs factures énergétiques en agissant sur les leviers :
• Réglementaires : réduction des composantes réglementaires de la facture (fiscalité,
aides et subventions)
• D’efficacité énergétique : études et financement de travaux pour réduire la
consommation énergétique des équipements.

7
La démarche d’amélioration d’efficacité énergétique en France repose notamment sur deux
méthodologies :
• L’audit énergétique, qui permet de déterminer la performance énergétique d’une
installation à l’instant « t ».
• Le Système de Management de l’Energie (SMé), qui met en place une démarche
d’amélioration continue de l’efficacité énergétique.
ENERSHIP réalise des audits énergétiques réglementaires auprès de ses clients industriels
et supervise la mise en œuvre de SMé par ses Bureaux d’étude partenaires.

2 Contexte énergétique
Dans le but de mieux comprendre les enjeux autour de l’efficacité énergétique, il est
important de se pencher, dans un premier temps, sur le contexte énergétique mondiale et
français.
Depuis les années 1970, le secteur de l’énergie a fortement évolué au niveau mondial. Au
début de cette période, la consommation d’énergie primaire mondiale était moins de la moitié
de ce qu’elle est aujourd’hui avec une domination des énergies fossiles dans le mix :
produits pétroliers, gaz naturel et charbon (Figure 1).

Figure 1. Consommation d'énergie primaire mondiale (Source : Ministère de la Transition énergétique d'après les
données de l'agence internationale de l'Energie)

Cette domination des énergies fossiles reste d’actualité de nos jours avec 80% de nos
consommations. Cependant, l’utilisation des énergies renouvelables (hydroélectricité,

8
géothermie, solaire et éolien) et bas carbone (nucléaire) se développe de plus en plus
rapidement d’année en année, stimulée au départ par le choc pétrolier de 1973 puis par la
prise de conscience face au réchauffement climatique (IEA, 2023). Ce dernier a aussi été un
catalyseur dans l’amélioration de l’efficacité énergétique.
La production d’énergie est considérée comme la première cause de pollution de l’air (IEA,
2023) et du réchauffement climatique. Ce dernier est à l’origine de l’augmentation de la
fréquence des phénomènes climatiques extrêmes et d’externalités négatives notamment sur
les écosystèmes, la biodiversité, la santé et de nombreux systèmes économiques que ce soit
de manière directe ou indirecte (H. Lee et J. Romero, 2023).
Dans son « World Energy Outlook » de 2023, l’IAE propose plusieurs leviers pour assurer à
la fois une sécurité de l’approvisionnement énergétique et l’alignement avec les objectifs
internationaux de réduction de gaz à effets de serre. Ces leviers sont notamment :
- Augmenter l’électrification
- Tripler la capacité de production d’énergie renouvelable
- Doubler l’amélioration de l’efficacité énergétique afin de la faire passer à 4% par
an (IEA, 2023).

La consommation d’énergie primaire en France a un profil différent de la consommation


mondiale avec un peu plus de la moitié venant d’énergie bas-carbone (nucléaire) et
d’énergies renouvelables (Figure 2). Cette prépondérance de l’énergie nucléaire en France
est le résultat du « Plan Messmer » de 1974 avec lequel le premier ministre de l’époque,
Pierre Messmer, a lancé la construction de 13 centrales nucléaires. Ce plan avait pour but de
d’assurer l’indépendance énergétique de la France (INA, 2024).

Figure 2. Répartition de la consommation d'énergie primaire par énergie en France en 2022 (SDES, 2023)

9
La consommation d’énergie primaire s’établit en 2022 à 2544 TWh, ce qui représente une
baisse de 7,5% par rapport à l’année précédente (SDES, 2023). Cette dernière est
majoritairement due à la baisse de la production d’énergie d’origine nucléaire suite à l’arrêt
de plusieurs réacteurs en raison de problèmes de corrosion sous contrainte (Henriet et
Longuet, 2022). Une observation notable est la baisse quasi-continue de la consommation
d’énergie primaire depuis 2005 grâce aux politiques d’efficacité énergétique (Ministère de la
transition écologique et de la cohésion des territoires, 2020).

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) indique que l’industrie (18%) est le


troisième consommateur final énergétique en France derrière les transports (33%) et le
bâtiment résidentiel et tertiaire (47%) (SDES, 2023). Sa consommation énergétique est
stable bien qu’il y ait eu une forte baisse en 2008 en raison de la crise économique mais,
depuis 2012, (année de référence des objectifs nationaux) la baisse de la consommation
énergétique est de 0,3% par an en moyenne. Certaines industries telles que les produits
minéraux, l’agroalimentaire et la chimie représentent une part importante de la
consommation d’énergie finale du secteur et accusent une hausse entre 2017 et 2018
contrairement à certaines autres industries comme celle des métaux non-ferreux (Ministère
de la transition écologique et de la cohésion des territoires, 2020).
Les trois premières énergies du mix énergétique final du secteur industriel sont :
- L’électricité (39%)
- Le gaz naturel (36%)
- Les produits pétroliers (9%) bien qu’ils cèdent du terrain au gaz
Les énergies renouvelables thermiques et issues de la valorisation des déchets sont en
hausse de 0,9% par an depuis 2012 ce qui est l’une des hausses annuelles les plus
importantes parmi les énergies considérées (Ministère de la transition écologique et de la
cohésion des territoires, 2020).

Les objectifs de la PPE pour la consommation d’énergie finale de l’industrie est d’atteindre
291 TWh en 2023 et de 269 TWh en 2028. La trajectoire de consommation de l’industrie est
en accord avec les objectifs de la PPE car, d’après les chiffres du ministère de la transition
énergétique, cette consommation s’établit déjà à 285 TWh en 2022, contrairement au
secteur des transports et du résidentiel tertiaire.
Les pistes de réduction prévues par la PPE pour l’industrie sont principalement :
- L’efficacité énergétique
- L’électrification des procédés
- La transition vers une économie circulaire (Ministère de la transition écologique et de
la cohésion des territoires, 2020).

10
Ce travail se concentrera sur la thématique de l’efficacité énergétique qui a été au cœur de
mon stage chez ENERSHIP.
Afin d’approfondir le sujet, dans la prochaine partie nous allons nous pencher sur certains
mécanismes d’efficacité énergétique en France.

3 Mécanismes promouvant l’efficacité énergétique


industrielle en France
3.1 L’efficacité énergétique chez ENERSHIP
ENERSHIP accompagne les industriels dans l’établissement de leur politique de
performance énergétique. La figure suivante représente une proposition de chaine de valeur
des mécanismes d’efficacité énergétique en France :

Figure 3. Chaine de valeur de l'efficacité énergétique pour l’industrie

Dans cette partie, nous présenterons les mécanismes sur lesquels ENERSHIP intervient
auprès des industriels.

11
3.1.1 Audit énergétique réglementaire
Depuis 2015, certaines entreprises doivent réaliser un audit énergétique réglementaire tous
les quatre ans s’ils remplissent une des deux conditions suivantes sur les deux exercices
comptables consécutifs avant la date d’obligation (Ayrault, 2007) :
- Avoir plus de 250 salariés
- Avoir un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 millions d’euros ou un bilan annuel
supérieur à 43 millions d’euros
L’audit énergétique réglementaire a été rendu obligatoire par la directive européenne
2012/27/UE relative à l'efficacité énergétique (Ministère de la transition énergétique et de la
cohésion des territoires, 2016) et a été mise en application en France par des lois et décrets
successifs, faisant l’objet du Chapitre III du Titre III du Livre II du Code de l’énergie.

Figure 4. Législation définissant l'audit énergétique réglementaire en France

L’audit énergétique doit obligatoirement couvrir au moins 80% du montant des factures
énergétiques de l’entreprise que ce soit d’électricité, de gaz, de carburant pour les véhicules
de sa flotte (Ministère de la transition énergétique et de la cohésion des territoires, 2016)
etc… L’audit réglementaire peut porter sur les bâtiments de l’entreprise, ses procédés, ses
transports ou plusieurs de ces thématiques si une d’entre elle ne couvre pas les 80% requis.
L’audit doit répondre aux normes NF EN 16247-1 à 5 qui définissent l’audit énergétique
comme étant « un examen et une analyse méthodique de l’usage et de la consommation
énergétique d’un site, bâtiment, système ou organisme, ayant pour objet d’identifier les flux
énergétiques et les potentielles pistes d’amélioration de l’efficacité énergétique et d'en rendre
compte » (Groupe AFNOR, 2012).
Ainsi, l’audit doit contenir les éléments suivants :

12
- Une description des installations actuelles et de leur fonctionnement, définie sur la
base des caractéristiques des équipements installés, les schémas PID des
installations etc…

- Une analyse des consommations d’énergie de l’entité auditée avec une identification
des usages énergétiques significatifs (UES). Cela permet d’établir l’état de
fonctionnement de l’entité auditée lors de l’année de l’audit. Il doit également être
justifié avec des sources de données les plus fiables possibles comme les factures
énergétiques, les relevés de compteurs et sous compteurs sur le site (Groupe
AFNOR, 2012)

- Sur la base de l’état des lieux des consommations et des installations, l’audit doit
aussi contenir des actions d’amélioration de la performance énergétique (AAPE).
Ces dernières peuvent être de natures diverses (technique, organisationnelle,
méthodologique etc.) et ont pour but de détailler les solutions permettant d’améliorer
l’efficacité énergétique des postes de consommation inclus dans le périmètre de
l’audit. Elles comprennent aussi une estimation : des économies d’énergie suite à
leur mise en place, du gain financier, des montants CEE que le site pourrait percevoir
avec ces AAPE, des investissements des AAPE et les temps de retour bruts de
chaque solution (Groupe AFNOR, 2012).

- Pour suivre l’efficacité de ces AAPE sur les consommations, l’audit doit fournir des
indicateurs de performance énergétique (IPE) qui peuvent aller d’un simple ratio
d’une consommation d’énergie sur une unité de production à un modèle
mathématique de la consommation énergétique de référence (CER) décrivant la
consommation en fonction d’un ou plusieurs facteurs (volume de production, DJU
etc.).

L’audit doit être réalisé par un prestataire ayant reçu un signe de qualité et ce, par un
organisme accrédité par le COFRAC comme OPQIBI, AFNOR ou LNE (Ministère de la
transition énergétique et de la cohésion des territoires, 2016). ENERSHIP est certifiée
OPQIBI 1717 pour la réalisation d’audits énergétiques dans l’industrie.

Il est important de noter qu’une refonte de la directive européenne a eu lieu en 2023 et est
actuellement en cours d’adaptation dans le droit national pour que toutes les entreprises
ayant consommé plus de 10 térajoules en moyenne par an sur les trois dernières années
soient dans l’obligation de mener un audit énergétique (Groupe AFNOR, 2024).

13
Du fait de sa nature récurrente, obligatoire et complète, l’audit énergétique réglementaire
représente un pilier de l’efficacité énergétique en France. Il permet aux entreprises de
détecter efficacement des gisements d’économie d’énergie et de les quantifier afin qu’elles
puissent rapidement mettre les recommandations en place en fonction de leurs priorités ou
de leur stratégie. Si les organisations auditées doivent réaliser l’audit énergétique et le
déposer auprès de l’ADEME, elles ne sont pas dans l’obligation d’appliquer tout ou partie
des AAPE ou des recommandations identifiées dans l’audit. Cependant, les entreprises se
sont tout de même bien approprié l’audit énergétique et mettent généralement en œuvre les
AAPE faisable techniquement et ayant des temps de retour sur investissement réalistes
(souvent inférieurs à 2 ou 3 ans).

Ainsi l’audit énergétique réglementaire peut, à minima, servir de base de compréhension et


d’une première étape d’action pour les organisations désireuses de réduire leurs dépenses
énergétiques. Mais il peut être aussi être considéré comme la première étape du cadre mis
en place par les politiques publiques afin de permettre aux organisations d’instaurer une
politique d’efficacité énergétique plus ambitieuse sur le long terme, avec de réelles
obligations telles qu’avec le système de management de l’énergie et le plan de performance
énergétique (ce dernier est un outil réglementaire non normé cf. §3.1.4). En effet, certaines
étapes et éléments clés de l’audit énergétique réglementaire reprennent ceux du système de
management de l’énergie (ISO 50001) si bien qu’on aboutit à une convergence des normes.

3.1.2 Système de management de l’énergie


L’ISO 50001 est une norme permettant d’établir des bonnes pratiques et un standard quant à
l’implantation d’un Système de Management de l’Energie (SMé) par une entreprise. Une
entreprise peut mettre en œuvre les outils d’un SMé mais n’est pas dans l’obligation de se
faire certifier ISO 50001 bien que la conformité avec cette dernière lui permette de bénéficier
de certains avantages comme par exemple :
• D’être exemptée de la réalisation de l’audit énergétique réglementaire.
• De pouvoir bénéficier de Certificats d’Economies d’Energie (CEE, cf § 3.1.3) pour des
opérations Spécifiques pour les sites membres de l’EU-ETS (système d’échange des
quotas carbone).
• De pouvoir bénéficier de l’abattement sur le TURPE pour les sites concernés.
Le SMé permet d’instaurer, de structurer, de communiquer, d’animer, d’améliorer et de suivre
une politique de performance énergétique (ADEME, 2014). La démarche d’un SMé selon

14
l’ISO 50001 se base sur le principe d’amélioration continue avec comme cœur le cycle
PDCA (Plan-Do-Check-Act) (Groupe AFNOR, 2018).

1. Plan : réaliser une revue énergétique qui établit la situation énergétique de


l’entreprise d’une façon proche de l’audit énergétique réglementaire. En effet, elle
permet de réaliser un diagnostic des consommations d’énergie de l’entreprise,
identifier les usages énergétiques significatifs (UES), établir les situations
énergétiques de référence (SER) et définir des indicateurs de performance
énergétique (IPE) (Groupe AFNOR, 2018). Cette revue permet, par la suite, de définir
des cibles énergétiques et des objectifs à atteindre en fonction de la politique
énergétique de l’entreprise. Une fois l’état des lieux et les objectifs définis, un plan
d’action peut être mis en place, cohérent avec les consommations et les cibles
identifiées. Il définit les moyens et les délais nécessaires à la mise en place des
actions mais aussi les responsabilités des différents collaborateurs et parties
prenantes (Groupe AFNOR, 2018) (ADEME, 2014). La revue a aussi pour objectif
d’identifier les secteurs avec des moyens de comptage insuffisants voire absents et
qui seraient nécessaires à la collecte et au suivi des données énergétiques (ADEME,
2014).

2. Do : exécution du plan d’action avec les éventuels changements opérationnels et


travaux qui en découlent. Les moyens de comptage manquants seront mis en place à
ce moment. Dans cette phase, l’organisme va aussi assurer la mise en place de
contrôles tant sur les maintenances, que sur les opérations et sur les moyens de
communication avec les collaborateurs et les parties prenantes extérieures (Groupe
AFNOR, 2018). Dans cette optique, la montée en compétence, la formation et la
sensibilisation des collaborateurs sera essentielle pour qu’ils puissent comprendre et
intégrer les enjeux de performance énergétique dans leur travail. Cette phase vise
aussi à ce que les collaborateurs soient forces de proposition avec des analyses,
suggestions et améliorations concernant les actions mises en place (ADEME, 2014).
Enfin, les enjeux de performance énergétique sont intégrés dans les étapes de la
chaîne de valeur de l’organisme comme dans la conception des produits et la
politique des achats (Groupe AFNOR, 2018).

3. Check : surveiller, mesurer et analyser l’efficacité SMé. En collectant les données


énergétiques sur le terrain, l’entreprise peut déterminer si les actions entreprises ont
atteint les cibles énergétiques. Les données collectées doivent de même permettre
d'évaluer les valeurs des IPE définis dans la phase « Plan » afin de les comparer à la

15
SER et déterminer si les actions ont permis une amélioration de la performance
énergétique. Si des écarts importants sont observés, une enquête doit être réalisée
pour déterminer les causes de ceux-ci et pouvoir documenter les observations et
conclusions (Groupe AFNOR, 2018). La documentation des phases du PDCA est un
facteur important et indispensable pour pouvoir assurer que le SMé est conforme et
atteint ses objectifs.
L’efficacité du SMé est mesurée et évaluée par plusieurs moyens. Le premier est la
revue de management qui est menée par la direction à intervalles définis. Elle se
base sur tous les éléments du SMé tels que l’état des lieux des actions, objectifs et
cibles énergétiques, les données énergétiques et la performance énergétique du site
mais également sur les précédentes revues de management, le suivi des actions
(incluant leurs corrections et leurs non-conformité) etc. Elle permet à la direction de
fournir des décisions pour éventuellement modifier le SMé et pour poursuivre
l’amélioration continue en modifiant par exemple la politique énergétique, en
redéfinissant les IPE et les SER, en modifiant les objectifs et le plan d’action ou
encore en (ré)attribuant les ressources. Ainsi cette revue de management a pour
finalité la prise de décision pour améliorer la démarche de performance énergétique
du site (Groupe AFNOR, 2018).
Le second moyen d’analyse du SMé est l’audit interne qui consiste à vérifier sa
conformité et son effet sur la performance énergétique. A intervalles définis,
l’organisme doit sur la base de toutes les composantes du SMé, estimer si ce dernier
est conforme à la politique, aux objectifs et aux cibles établis ainsi qu’à la norme ISO
50001. L’audit interne est une étape indispensable notamment pour se préparer à
l’audit de certification ISO 50001. Il est important de noter que la revue énergétique
doit être périodiquement réalisée et mise à jour avec la phase « Plan » (Groupe
AFNOR, 2018).

4. Act : mener à bien les actions correctives afin de traiter les non-conformités. Ces
corrections doivent être adaptées aux non-conformités identifiées et toute l’opération
doit être documentée. Cette documentation doit comprendre la nature de la non-
conformité, la ou les actions menées pour la résoudre et les résultats de l’action
(Groupe AFNOR, 2018).

Le cycle PDCA est répété régulièrement afin d’améliorer en continu la performance


énergétique de l’organisme. Ainsi, pour être efficace, la mise en œuvre d’un SMé certifié ISO
50001 doit avoir le soutien de la direction pour fixer la politique énergétique et la piloter de

16
manière cadrée et rigoureuse, mais aussi celui de toutes les autres parties prenantes qui
permettront de le mettre en place, de le suivre et d’en être les acteurs.

Figure 5. Schéma de principe d'un système de management de l'énergie

L’établissement d’un SMé démontre la volonté de l’organisation d’implémenter une politique


d’efficacité énergétique de manière durable mais aussi de permettre aux employés de se
l’approprier et ainsi de développer les ressources immatérielles au sein de l’entreprise telles
que les compétences et la confiance des employés. Ces ressources et cette appropriation
assurent la bonne application de cette politique mais aussi sa pérennisation et continuité
notamment en cas de changements dans les membres de la direction de l’organisation.

3.1.3 Certificats d’économie d’énergie


Les certificats d’économie d’énergie (CEE) sont un dispositif mis en place par la loi POPE de
2005. Par ce dispositif, l’Etat impose aux fournisseurs d’énergie (obligés) d’inciter les
consommateurs d’énergie (bénéficiaires) à réaliser un certain volume d’économie d’énergie
(obligation). Ces consommateurs peuvent concerner de nombreux secteurs tels que
l’industrie, les transports ou encore le bâtiment.
Les économies d’énergie réalisées par les bénéficiaires sont représentées par des CEE et
sont chiffrés en « kWh cumac » pour « kWh cumulés actualisés » (Schweitzer, 2023).
Lorsqu’un bénéficiaire réalise des travaux d’efficacité énergétique pouvant bénéficier de
CEE, les économies d’énergie sont calculées sur toute la durée de l’opération (cumulés) et
avec un taux d’actualisation annuel qui réduit les économies estimées chaque année suivant

17
la première (actualisés à 4%) (Gendron, 2021) (Ministère de la transition écologique et de la
cohésion des territoires, 2024). Il est important de souligner que les kWh cumac concernent
l’énergie finale. Ainsi, un CEE correspond à un kWh cumac et ces CEE peuvent s’échanger
sur un marché et ont une valeur financière (Gendron, 2021).
Les CEE sont validés et délivrés par le Pôle National des certificats d’économie d’énergie
(PNCEE). Ils sont ensuite répertoriés sur le marché secondaire « emmy » qui indique le prix
du CEE sur lequel obligés et bénéficiaires peuvent acheter ou vendre des CEE (Ministère de
la transition écologique et de la cohésion des territoires, 2024). Certains acteurs, qui ne sont
pas fournisseurs d’énergie, peuvent réaliser des « opérations d’économies d’énergie » afin
d’obtenir des CEE, ce sont les « éligibles » (Gendron, 2021).

L’obligation porte sur une durée de trois ans pour les obligés. Ils peuvent remplir leurs
obligations par 5 méthodes différentes (Gendron, 2021) (Ministère de la transition écologique
et de la cohésion des territoires, 2024) :
1. « Acheter des CEE sur le marché ». Ils peuvent acheter des CEE via le registre
national « emmy » ou auprès des éligibles qui en auraient obtenus.
2. « Payer une pénalité ». Si l’obligé n’a pas obtenu assez de CEE à la fin de la période,
il doit en payer une pénalité pour s’acquitter de cette dette qui est de 0,015€/kWh
cumac.
3. « Déléguer ses obligations ». Un obligé peut déléguer tout ou partie de son obligation
à un ou plusieurs délégataires. Le délégataire devient à son tour obligé.
4. « Contribution financière à des programmes d’accompagnement pour la maîtrise de
la demande d’énergie » (Ministère de la transition écologique et de la cohésion des
territoires, 2024). Le ministère de la transition écologique met en place des
programmes pour la maîtrise de la demande de l’énergie qui peuvent être de natures
variées tels que des programmes de formation, d’information etc... Les obligés
peuvent y participer financièrement afin d’obtenir en retour des CEE.
5. « Inciter les bénéficiaires à réaliser des opérations d’économie d’énergie qui soient
éligibles à des CEE ». C’est sûrement la méthode la plus employée où un
bénéficiaire réalisera des travaux éligibles CEE et percevra une prime lorsqu’ils
seront réalisés.

Pour réaliser le montage de dossiers CEE, les acteurs peuvent se référer aux fiches
d’opérations standardisées qui sont les opérations couramment réalisées dans le cadre de
travaux de performance énergétique. Ces opérations standardisées sont conçues par
l’ATEE, l’ADEME et la DGEC et les fiches associées permettent de monter plus aisément les
dossiers ainsi que d’estimer le montant des kWh cumac de l’opération. Les opérations

18
n’étant pas considérées comme des opérations standardisées sont des opérations
spécifiques (Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, 2016). Ces
dernières ne sont pas définies par des fiches et doivent faire l’objet d’études plus
approfondies.
Cependant, d’après différentes études, l’impact énergétique des opérations standardisées
indiquées par les fiches est surévalué. Cela a pour conséquence directe d’amoindrir l’impact
énergétique du dispositif CEE mais également le fait que certains acteurs auront tendance à
privilégier les fiches dont les gains sont les plus surévalués afin d’obtenir plus de CEE tandis
que l’efficacité énergétique passe au second plan (Glachant et al., 2020). Dans ce dernier
cas, une AAPE pourra être privilégiée au détriment d’une action plus pertinente mais dont la
prime CEE est moindre.

Les acteurs industriels se sont, quant à eux, pleinement appropriés le dispositif, d’après une
étude de l’ADEME (ADEME, 2020). En effet, l’étude portait sur plus de 650 projets qui ont
produit des CEE entre 2012 et 2018 et il ressortait une grande approbation du dispositif de la
part des industriels, si bien que 98% d’entre eux souhaitaient y recourir à nouveau dans
leurs futurs projets d’efficacité énergétique. Cette appropriation est également partagée par
les installateurs d’équipements ce qui permet d’envisager une dynamisation du secteur de
l’efficacité énergétique (ADEME, 2020).
De manière plus générale, la couverture des investissements grâce au dispositif était de
36% sur la période et périmètre de l’étude (1 808 opérations), ce qui est un signal positif et
un moteur pour les projets industriels en matière d’efficacité énergétique dont le coût pour les
acteurs est amoindri (ADEME, 2020).

Le dispositif des CEE dans son ensemble est très attrayant pour les industriels et leurs
travaux d’efficacité énergétique. Ils leur permettent de mettre en place des actions visant à
réduire leurs consommations d’énergie tout en amortissant les CAPEX de sorte que le temps
de retour d’investissement en devienne envisageable pour les entreprises. Les CEE viennent
en partie en appui des plans d’actions des SMé et audits énergétiques afin qu’ils soient
réalisables pour les industriels et que des actions pertinentes et approuvées d’efficacité
énergétique puissent être mises en place rapidement. Le fait que le dispositif ait une maturité
avancée et que les industriels se l’approprient de manière croissante est un moteur
supplémentaire pour leur efficacité énergétique bien que certaines dérives soient présentes
dans le dispositif.

19
3.1.4 Plan de performance énergétique
Les industriels français peuvent bénéficier de plusieurs mécanismes qui visent à garantir leur
compétitivité et leur permettre d’investir dans l’optique de réaliser des économies d’énergie.
- Abattement sur le TURPE (tarif d’utilisation du réseau public d’électricité) : Les
entreprises/sites fortement consommatrices d’énergie avec une consommation
prévisible ou anticyclique ainsi que ceux stockant de l’énergie pour la réinjecter plus
tard sur le réseau sont éligibles à cet abattement (ADEME, 2023). De par leur
consommation, ces entreprises contribuent à la stabilité du réseau et sont
récompensées pour cela.

- Aide de compensation des coûts indirects du carbone : En 2005, l’Union


Européenne (UE) a mis en place un système d’échange de quotas carbone (SEQE-
UE). Ce système vise à être un moteur afin de réduire les émissions de gaz à effets
de serre (GES) en imposant à certains producteurs d’énergie et industriels un plafond
d’émission de GES (ADEME, 2023). Si ces acteurs n’atteignent pas leur plafond, ils
peuvent valoriser le fait qu’ils aient moins pollué en vendant des quotas carbone sur
le marché SEQE-EU. De même, si ces acteurs dépassent leur plafond, ils devront
acheter des quotas carbone afin d’avoir le « droit de polluer ». Ce système vise à
impacter financièrement des entreprises fortement émettrices sur la base de leurs
externalités négatives afin de les inciter à réduire leurs émissions de GES (Baude et
al., 2022) (Conseil de l'Union Européenne, 2019).
Cependant ce système entraine un surcoût de l’électricité pour les entreprises car les
centrales particulièrement émettrices doivent acheter des quotas. Le surcoût entraine
un risque que les entreprises délocalisent leurs activités hors UE afin de rester
compétitives. L’aide de compensation des coûts indirects du carbone vise à
indemniser les entreprises particulièrement exposées à la partie du coût de
l’électricité liée aux quotas (ADEME, 2023).

Pour pouvoir bénéficier de ces dispositifs (abattement sur le TURPE et aide de


compensation), les entreprises doivent réaliser, en contrepartie, un PPE dont les
caractéristiques vont varier en fonction du dispositif visé. Le PPE est un outil réglementaire
non normé.

Le PPE TURPE, se rapproche fortement de la structure, des éléments de l’audit


complémentaire et de la revue énergétique. Il définit d’abord le périmètre et fournit
notamment une description des équipements et une analyse des consommations avec

20
l’identification d’UES. Le PPE doit aussi définir des IPE et leurs objectifs mais surtout des
objectifs d’efficacité énergétique à atteindre à l’année N+5 à partir de la première année où
l’abattement sur le TURPE est accordé (Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la
Mer, en charge des relations internationales sur le climat, 2016). Dans son PPE TURPE,
l’entreprise devra aussi présenter un benchmark des objectifs du secteur afin de justifier le
sien. Enfin le dernier élément est un plan d’action du PPE avec les mêmes exigences que
l’audit réglementaire (Gains, TRI, IPE concernés etc.) comportant une indication du montant
d’abattement TURPE que l’entreprise espère ou s’est vue octroyer (ADEME, 2023). La
réalisation d’un PPE n'est pas obligatoire pour les entreprises de stockage d’énergie
souhaitant bénéficier de l’abattement sur le TURPE.

Il est important de noter que la mise en place du plan d’action est obligatoire et que l’atteinte
des objectifs fixés dans le PPE conditionne l’aide accordée. Par conséquent, si les objectifs
ne sont pas atteints, sans motif jugé réel et sérieux, une pénalité basée sur le montant de
l’aide perçue sera décidée (Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, en
charge des relations internationales sur le climat, 2016). Cet aspect différencie le PPE de
l’audit énergétique réglementaire pour lequel l’application du plan d’action n’est pas
obligatoire. En plus du PPE, l’entreprise devra entamer la démarche certification ou être
certifiée ISO50001 comme seconde condition pour l’obtention de l’abattement sur le TURPE
(ADEME, 2023).

Le PPE Compensation des coûts indirects doit quant à lui être un plan d’action qui comporte
les actions de l’audit énergétique réglementaire ou de la revue énergétique de l’ISO 50001 la
plus récente dont les TRB « sont inférieurs à 3 ans et dont les coûts cumulés sont
proportionnés » (ADEME, 2023).

La première fois que le PPE fut proposé en contrepartie d’une aide était en 2016 avec
l’abattement sur le TURPE. Puis, ce fut en contrepartie de la compensation du coût indirect
du carbone en 2023. Le PPE est donc un outil réglementaire qui a tendance à être utilisé
comme contrepartie afin de faire appliquer aux entreprises des actions d’efficacité
énergétique qu’elles n’étaient pas obligées de réaliser auparavant (audit énergétique
réglementaire) mais également de leur faire adopter une réelle politique de performance
énergétique (système de management de l’énergie).

C’est d’ailleurs ce qui transparait dans tous les mécanismes explicités dans cette partie. Un
socle technique est défini (audit énergétique, système de management de l’énergie), des
aides incitent à les mettre en application (abattement sur le TURPE, compensation) et des

21
dispositifs réglementaires conditionnent leur obtention (PPE). Tout cela vise à rendre
incontournable la mise en place d’une politique de performance énergétique chez les
industriels.

3.2 Exemples d’actions d’amélioration de la performance


énergétique
Nous avons vu jusqu’ici les différents outils et obligations réglementaires sur lesquels
ENERSHIP intervient auprès des industriels afin de les aider dans la mise en place de leur
politique de performance énergétique. Dans la quasi-totalité des activités exposées
précédemment, l’enjeu principal est de définir des AAPE pertinentes à mettre en place afin
que les industriels puissent économiser efficacement des ressources et atteindre leurs
objectifs. Dans cette partie, deux exemples d’AAPE répandues seront passés en revue afin
de mieux appréhender le type d’action mises en place dans l’industrie.

3.2.1 Isolation des points singuliers des réseaux d’eau chaude et vapeur
Une autre action répandue consiste en l’isolation de points singuliers des réseaux de vapeur
et d’eau chaude. Lorsqu’un réseau transporte de la vapeur ou de l’eau chaude afin de
répondre à un besoin de process ou de chauffage, cela entraîne des déperditions thermiques
vers le milieu environnant plus frais. C’est la raison pour laquelle les tuyaux sont
généralement calorifugés, ce qui n’est pas toujours le cas des points singuliers. Ces derniers
peuvent être des robinets, vannes, filtres etc… et sont moins calorifugées en raison de la
difficulté de mettre en place des matelas isolants (ATEE, 2020).
Un point singulier génère des déperditions par rayonnement, convection naturelle et
convection forcée (si l’air environnant a une vitesse importante) qui peuvent s’avérer
importantes, d’où la nécessité de les limiter.

L’installation d’un matelas isolant généralement en laine de verre ou de roche peut baisser la
température de paroi et la perte d’énergie vers l’extérieur. L’efficacité du matelas va être
influencée par sa forme car plus elle sera adaptée au point singulier, plus le matelas l’isolera
efficacement.

Cette opération est éligible à des primes CEE via la fiche IND-UT-121. Pour être éligibles,
les matelas doivent, entre autres, être souples, démontables et équipés d’un système de

22
fermeture (ATEE, 2020). Ils pourront être plus facilement démontés et remontés lors des
opérations de maintenance.
Le montant de la prime va dépendre du mode de fonctionnement du site, du fluide transporté
dans le réseau et du nombre de matelas installés.

3.2.2 Installation d’un économiseur et d’un condenseur sur une


chaudière vapeur
Une des installations utilisées pour produire de la vapeur sur un site industrielle est la
chaudière. Cette dernière peut être à tubes de fumées lorsque les gaz de combustion issus
de la combustion traversent un récipient étanche d’eau alimentaire à travers un ou plusieurs
tubes afin de la vaporiser. Un second type de chaudière vapeur répandu dans le milieu
industriel est la chaudière à tubes d’eau dans laquelle l’eau d’alimentation traversent des
tubes et est chauffée par les gaz de combustion chauds. Dans les deux cas les fumées
chaudes de combustion sont éjectées ce qui constitue une perte thermique non négligeable.
En effet, pour des chaudières dont la pression de service est entre 8 et 12 bars relatifs, les
températures de fumées à la sortie sont entre 220°C et 250°C (CEGIBAT, 2024).

Une solution pour remédier à cela est d’installer un économiseur. Ce dernier aura pour rôle
d’utiliser la chaleur des fumées pour préchauffer l’eau d’alimentation qui sera ensuite
envoyée à la chaudière pour être vaporisée. Cette installation permet de valoriser cette
chaleur fatale et de baisser la quantité de combustible utilisée pour chauffer l’eau. Les
fumées sortiront dans ce cas entre 120°C et 150°C et cela permettra de gagner jusqu’à 5%
de rendement (CEGIBAT, 2024).
Pour réduire encore les pertes, il est possible d’ajouter un condenseur qui va exploitée une
partie de l’énergie thermique restante des fumées en chauffant un fluide. Ce dernier peut
être l’eau d’alimentation ou un autre fluide devant être chauffé à une température basse
(entre 40°C et 50°C). La température des fumées sera tellement abaissée qu’une partie de
l’eau qu’elle contient va se condenser.

23
Figure 6. Schéma d'une chaudière équipée d'un économiseur et d'un condenseur (CalculCEE, 2024)

Cette solution fait intervenir 2 fiches CEE séparées : IND-UT-104 pour la mise en place d’un
économiseur sur les effluents gazeux d’une production de vapeur et IND-UT-130 pour la
mise en place d’un condenseur sur les effluents gazeux d’une production de vapeur. Dans
les deux cas, la prime sera déterminé par le mode de fonctionnement du site et par la
puissance nominale de la chaudière en kW.

3.3 Barrières à l’efficacité énergétique dans l’industrie


De nombreux cadres réglementaires, outils et méthodologies sont actuellement prévus afin
de permettre aux entreprises de mettre en place une politique de performance énergétique
et d’identifier des actions pertinentes. En revanche, des barrières à l’efficacité énergétique
ont été identifiées qui pourraient empêcher les entreprises de mener à bien ces actions. Ces
barrières ont notamment été listées dans la publication « Barriers of industrial efficiency » de
Zuoza et Pilinkienė.

1. Manque de fonds et coûts cachés : L’entreprise envisageant de mettre en place


des AAPE peut ne pas avoir assez de fonds allouées pour ce type d’investissement.
Elle privilégiera dans ces cas-là des actions avec un temps de retour sur
investissement faible ou octroyant un nombre important de CEE en délaissant des
actions qui seraient éventuellement plus pertinentes ou de plus grande ampleur.
De plus, des coûts cachés peuvent intervenir et influer sur la prise de décision des
entreprises. Ces coûts peuvent être les ressources mobilisées pour mettre en place
la solution (préparation de contrats, négociation avec les fournisseurs etc.). Le coût
du PPE ou de l’audit rentre en compte dans le temps de retour tout comme le
développement de nouvelles procédures de maintenance et l’arrêt de certaines
installations durant la mise en place de certaines actions (Zuoza et al., 2018).

24
2. Manque de motivation des décisionnaires : Certaines décisionnaires peuvent voir
le sujet de l’efficacité énergétique comme secondaire par rapport à leurs opérations
courantes et autres objectifs. C’est particulièrement vrai si les coûts liés à l’énergie
sont bien plus faibles que les autres. Ils délaisseront donc plus facilement les
propositions d’AAPE qui leur sont faites (Zuoza et al., 2018).
Il est possible aussi qu’ils estiment que l’efficacité énergétique de leurs installations
est assez satisfaisante pour ne pas engager d’actions.

3. Manque de compétence : Dans certaines entreprises, il n’y a pas d’employés


spécialisés dans l’énergie ce qui implique que les questions énergétiques sont la
responsabilité du département HSE. Ces salariés ne sont pas nécessairement tous
bien informés de tous les mécanismes liés à l’efficacité énergétique et le manque de
compétences dans ce domaine peut être préjudiciable pour la mise en place
d’actions.

4. Manque de temps : Du fait des autres opérations de l’entreprises et des autres


responsabilités des employés, certaines entreprises n’ont pas de temps à consacrer
aux questions d’efficacité énergétique (Zuoza et al., 2018).

Nous avons vu jusqu’à présent les mécanismes, outils et facteurs permettant aux entreprises
de mettre en place une politique de performance énergétique afin de réaliser des gains
d’efficacité énergétique. En revanche, ces gains sont limités à ce qu’il est possible de réaliser
à l’échelle d’une entreprise ou un site. En effet, il se peut qu’il reste des puits ou des sources
énergétiques non valorisés par manque de moyens, de besoins ou d’offres sur le site.

Une solution pour maximiser plus avant les gains d’efficacité énergétique est de s’affranchir
de cette limite d’échelle via l’économie circulaire et l’écologie industrielle et territoriale. Cette
recherche d’efficacité énergétique n’est cependant pas sans conséquence sur la stratégie de
transition énergétique des industriels qui peut s’en trouver grandement impactée. Ces
constatations soulèvent la problématique suivante : « Comment l’efficacité énergétique
permet à un industriel de repenser sa stratégie de transition énergétique ? ».

25
4 Repenser le tissu industriel avec les écologies
industrielles et territoriales qui permettent
d’accentuer les gains de l’efficacité énergétique
4.1 Définition de l’économie circulaire et de l’écologie
industrielle et territoriale
L’économie linéaire est actuellement le modèle économique le plus répandu et celui qui a été
privilégié depuis la révolution industrielle. Ce modèle se base sur l’extraction de ressources
naturelles qui sont ensuite transformées par un ou plusieurs procédés avant d’être
distribuées aux consommateurs finaux. Ces consommateurs utilisent les ressources
transformées (produits ou services) qui seront ensuite jetés dans un processus de fin de vie
(ADEME, 2019). C’est le modèle sur lequel se base la société industrielle actuelle. Or, ce
modèle est fortement émetteur en GES et consommateur d’énergie à toutes ses étapes. En
outre, les ressources sont extraites en quantité de plus en plus importantes et les produits
sont utilisés sur des durées de plus en plus courtes (ADEME, 2019). Ce modèle économique
n’est donc pas viable si l’on considère les objectifs de réduction de GES des différents
accords nationaux et internationaux, les conséquences du dérèglement climatique qui
continuent de s’accentuer, la tension de plus en plus grande sur les ressources naturelles et
la population mondiale qui devrait atteindre 9,6 milliards en 2050 d’après l’ONU. Le modèle
de l’industrie linéaire est peu robuste et va tendre à se fragiliser encore plus dans les années
à venir (OPEO & INEC, 2021).

L’économie circulaire est un modèle à contre-courant. Il peut être défini comme étant « un
système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des
produits, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur
l’environnement tout en développant le bien-être des individus » (Héry et al., 2019, p. 100).
Ce modèle vise à repenser les modes de conception, de production, de consommation et un
prolongement des cycles d‘utilisation et avec un bouclage des ressources en fin de vie.

26
Figure 7. Représentation des flux de l'économie circulaire (ADEME, 2019)

Dans l’industrie, l’économie circulaire est reflétée par la prise en compte des externalités et
l’allongement du cycle d’utilisation à toutes les étapes de la chaine de valeur. Par exemple,
les produits peuvent être conçus en prenant en compte les facilités de réparation et de
réemploi et avec des matériaux durables. La production peut intégrer la reprise de pièces
détachées dans les processus et la consommation sera allongée grâce aux deux étapes
précédentes (OPEO & INEC, 2021).

En plus de la production et de la consommation, c’est aussi toute la fin de vie qui s’en trouve
modifiée et valorisée comme représentée dans la Figure 7. Les déchets sont ici vus comme
une ressource à part entière du cycle et peuvent être valorisés de différentes façons afin de
limiter l’extraction de ressources et de garder le plus longtemps possible la valeur dans les
produits déjà en circulation. Plus le flux de valorisation est proche de l’étape de la fin de vie,
moins les ressources nécessaires à la valorisation des produits sont importantes (par
exemple le recyclage demande plus d’énergie et de ressources que la réparation).
L’économie circulaire vise, en plus de décroître les besoins en ressources matérielles, à
accroître les ressources immatérielles dans la chaine de valeur telles que la santé des
collaborateur et clients, les compétences, la confiance, l’emploi (ADEME, 2024) etc…

L’économie circulaire est, selon la conception de l’ADEME, divisée en 7 piliers qui


représentent les applications d’aspects faisant partie intégrante de l’économie circulaire que
sont « l’offre des acteurs économiques », « la demande et les comportements des
consommateurs » et « la gestion des déchets ».

27
Figure 8. Schéma des 3 domaines et 7 piliers de l'économie circulaire (Territoires et climat, 2024)

L’écologie industrielle et territoriale (EIT) constitue un pilier à part entière de l’économie


circulaire en étant un moyen pour les acteurs économiques (ainsi que d’autres) de revoir leur
mode de fonctionnement.

La définition de l’EIT a beaucoup évolué au cours du temps tant au niveau de sa


dénomination qu’au niveau de sa caractérisation (Georgeault, 2015). En effet, le premier
concept est « écologie industrielle » qui considère l’écosystème industriel sous un angle
systémique. Il est considéré comme un élément de la biosphère là où il était
traditionnellement étudié comme étant un système en dehors des écosystèmes naturels
dans le modèle linéaire (Georgeault, 2015). L’écologie industrielle adopte un modèle qui se
veut cyclique à l’instar des écosystèmes naturels (et de la biosphère en général) où les
déchets d’un élément sont les ressources d’un autre. Ce modèle vise à limiter et réduire la
pression que l’activité industrielle génère sur la nature tant en amont, en aval et dans sa
chaine de valeur (Brullot et al., 2014).

Cependant, l’écologie industrielle n’est pertinente que lorsqu’elle est appliquée à une échelle
locale. En effet, l’ancrage dans le territoire permet d’impliquer différents acteurs et de toucher
différents espaces et enjeux qui font partie de l’écosystème d’une organisation (Brullot et al.,
2014).
Ainsi cette notion d’ancrage dans un territoire est importante bien que la définition du
territoire dans le cadre de l’étude d’une EIT puisse varier. Les travaux de Cerceau et al. en
2014 par exemple font émerger trois conceptions d’EIT pour trois définitions de territoire. La

28
première envisage le territoire comme espace matériel et géographique, la seconde comme
un « système d’acteurs territorialisé » et la troisième comme un « système complexe et
dynamique » (Cerceau et al., 2014). Dans ses travaux Laurent Georgeault a noté la
caractéristique systémique des définitions du territoire des travaux de Cerceau et al. Il retient
également la définition du territoire donnée par Cyril Adoue et qui est aussi adaptée à l’étude
des EIT :
« Un territoire est un espace approprié par un groupe de façon réelle ou symbolique. Il est
souvent organisé, dirigé et aménagé en fonction de ses besoins, de ses valeurs. Il est
l’endroit où se superposent des nœuds de relations de différentes natures entre les membres
du groupe eux-mêmes et entre ces membres, leur environnement et d’autres groupes. Il
suppose aussi des sentiments d'appartenance, et il est l'objet d'affects collectifs et
individuels. » (Adoue, 2004, p. 32).
Le territoire est donc plus qu’une simple délimitation géographique mais un système
complexe d’acteurs divers qui se sont appropriés un espace dont les spécificités leur
correspondent et qui entretiennent des relations et interactions entre eux.
Les territoires étant très différents, la répartition spatiale ne sera pas du tout la même d’une
EIT à une autre.

L’EIT est le principe de l’écologie industrielle appliquée à un territoire. L’ADEME a également


fournie une définition de sa vision de l’EIT :
« L’EIT vise à créer des synergies intelligentes entre tous les acteurs d’un même territoire. La
coopération, l’entraide, le partage, le soutien sont les valeurs d’une économie nouvelle qui
offre aux entreprises l’occasion de dessiner une société plus cohérente à la hauteur des
enjeux climatiques et sociaux. » (ADEME, 2022).
Cette définition fait intervenir le concept de synergie qui est primordial lorsque l’EIT est
évoquée car cette dernière est traditionnellement caractérisée par :
- Les synergies de mutualisation, où des acteurs vont mutualiser l’usage d’un
produit, d’un service ou encore leur approvisionnement en ressources. Cette
mutualisation peut par exemple être le partage d’infrastructures énergétiques telles
que des chaudières ou des groupes froids entre plusieurs sites. Le foncier est aussi
une ressource mutualisable qui permet de partager des espaces communs ou de
travail entre plusieurs organisations. (ADEME, 2022)
La mutualisation est un exemple de la vue systémique de l’EIT avec par exemple un
approvisionnement global du système industriel.
Le partage d’infrastructures permet dans certains cas d’augmenter leur efficacité
énergétique. On peut par exemple citer les réseaux de chaleur qui sont plus efficaces

29
que les productions de chaleur décentralisées comme nous le verrons plus tard
(Lormeteau, 2018).
- Les synergies de substitution, quand des acteurs échangent et valorisent des flux
entre eux que ce soit de la matière ou de l’énergie. Une synergie de substitution
régulièrement mise en place est la valorisation de la chaleur fatale produite par une
ou plusieurs autres organisations de l’écosystème (ADEME, 2022). Cette stratégie
évite aux organisations d’extraire et de consommer des ressources supplémentaires
à la biosphère alors que la demande pourrait être satisfaite au sein de l’écosystème
industriel. On retrouve ainsi cette notion de cycle que l’EIT souhaite mettre en place
sur le modèle des écosystèmes naturels.
Cette synergie est régulièrement réalisée avec la chaleur fatale qui peut ainsi être
récupérée d’un site à l’autre plutôt que d’être perdue par faute de moyens ou de
besoins sur le site d’origine. Cela permet de tirer au maximum partie de l’énergie
consommée pour la produire et ainsi d’augmenter l’efficacité énergétique des
installations concernées.

4.2 EIT en France

4.2.1 Panorama français de l’EIT


Dans cette partie, un état des lieux de l’EIT et de ses initiatives structurantes est réalisé afin
de mieux comprendre son application et sa dynamique en France.

[Link] Premières initiatives et cadres


Depuis la fin des années 2000, de nombreux cadres structurants ainsi que des initiatives ont
été mis en place afin d’encourager le développement de l’EIT en France. La Figure 9
présente la frise chronologique de ces derniers.

1992 : 2014 : 2016 :


OREE ACTIF ELIPSE

2008 : 2015 : 2017 :


COMETHE PNSI SYNAPSE

Figure 9. Chronologie des principaux cadres et initiatives liés à l’EIT

30
[Link].1 OREE
L’histoire de l’EIT commence en 1992 avec la création de l’association « OREE » qui joue un
rôle important dans le développement de l’écologie industrielle et territoriale en France. Cette
association réunit à ce jour 205 adhérents dont 120 entreprises, 37 associations et 20
gestionnaires et collectivités. Elle concentre son action autour de trois piliers : biodiversité et
économie, économie circulaire et reporting RSE (OREE, 2024). Des groupes de travail sont
organisés avec les adhérents afin de générer des réflexions sur les piliers et les thèmes
affiliés mais aussi de faire émerger des outils autour de ces derniers. Ces outils ont ainsi
pour objectif de faire évoluer les pratiques des adhérents autour de ces sujets et de les
intégrer dans les territoires.
L’association participe à la rédaction de nombreuses publications avec des entreprises, des
collectivités ou des organisations telles que l’ADEME notamment autour de l’économie
circulaire et de l’EIT. Ces publications sont essentielles afin de maintenir une ligne
d’information à jour, de permettre aux acteurs d’avoir une vision globale et de leur donner
des pistes d’évolution.

[Link].2 COMETHE
Le projet COMETHE (Conception d’Outils METHodologiques et d’Evaluation pour l’écologie
industrielle) est le premier cadre méthodologique proposé aux EIT en France pour leur mise
en place. Ce projet est « lauréat de l'Appel à projets 2007 du Programme de Recherche
Ecotechnologies et Développement Durable (PRECODD) » (COMETHE, 2024) et s’est
déroulé sur 3 ans entre 2008 et 2011.

Durant cette période, 5 « territoires pilotes » ont été étudiés afin de tester des outils
pratiques. Le projet a donné lieu à un guide méthodologique en quatre modules, chacun
correspondant à un stade du développement d’une EIT. Chaque module comportait des
fiches actions ayant la structure suivante : « objectifs poursuivis, éléments de méthode, outils
opérationnels et retours d’expérience » (COMETHE, 2024). L’alliance des expérimentations
en « territoires pilotes » et de l’étude de COMETHE a permis d’avoir, d’une part un retour
opérationnel sur la mise en place d’une démarche d’EIT, d’autre part l’enrichissement de
l’expertise autour des EIT via la production de connaissances (COMETHE, 2024).

[Link].3 ACTIF
ACTIF est un outil développé par la chambre de commerce et d’industrie (CCI) et soutenu
par l’ADEME. Cet outil en ligne permet de cartographier et répertorier les ressources sur le
territoire. Les acteurs voulant planifier une synergie peuvent ainsi repérer les ressources à

31
proximité afin d’organiser les synergies et de pouvoir les suivre (CCI, 2024). Ces ressources
sont très variées et peuvent tout aussi bien être une offre d’aluminium qu’une demande
d’emballages en bois ou de textile. ACTIF est ainsi utile lors de la première phase du
lancement d’une démarche d’EIT qui consiste à étudier le potentiel sur son territoire et des
autres acteurs. Cette phase correspond au module 1 du projet COMETHE.

[Link].4 PNSI
Le programme national des synergies interentreprises (PNSI) est « un programme
expérimental d’écologie industrielle et territoriale » qui a eu lieu sur 2 ans à partir de 2015.
Ce programme était organisé par l’institut de l’économie circulaire (IEC) et avait pour but de
d’appliquer « NISP » (National Industrial Symbiosis Program) afin de détecter des synergies
interentreprises. Cette méthode est employée par le bureau d’études anglais « International
Synergies Limited » (ISL) et a des différences marquées avec la méthode employée en
France à cette période. En effet, elle met en relation les entreprises, autour d’ateliers de
travail, pour détecter des opportunités de synergies et recueillir des données notamment sur
les ressources disponibles. La méthode française étant jusque-là basée sur le fait de faire un
référencement exhaustif des flux à la fois entrants et sortants pour repérer les synergies.
Ce programme a été réalisé en collaboration avec les régions Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-
Rhône-Alpes, Bretagne et Normandie où des équipes du PNSI ont supervisés des praticiens
locaux afin d’animer des ateliers avec les entreprises et avec le soutien d’ISL (ADEME,
2017).
Le programme a permis de mettre en place un certain nombre de synergies interentreprise
mais aussi de tirer des enseignements, formuler des recommandations compléter les
méthodes pour le déploiement et l’animation des démarches d’EIT.

Un autre objectif était de tester une gouvernance multi-échelle afin de favoriser le partage
d’informations entre les acteurs.

32
Figure 10. Schéma de la gouvernance du PNSI (ADEME, 2017)

Dans ce schéma de gouvernance (Figure 10), les coordinateurs régionaux assurait la


cohérence du programme à l'échelle régionale en étant en contact avec les praticiens
territoriaux. Ces derniers s’occupaient du réseau d’entreprises afin de l’animer et de
l’accompagner.
Ces gouvernances régionales étaient sous la supervision des acteurs nationaux. Parmi eux,
le comité de pilotage comprenant le comité d’évaluation du programme, l’IES, Aldérane ainsi
que les financeurs nationaux que sont les régions, l’ADEME, les acteurs de l’écologie
industrielle et le ministère de la transition écologique (ADEME, 2017).

Cette méthode de gouvernance est globalement jugée positive avec une bonne montée en
compétence des animateurs territoriaux, une application possible aux territoires n’étant pas
fortement industrialisés et la constitution de bases de données mutualisées.
Le soutien régional est un élément indispensable pour apporter un support technique et
assurer une ligne de communication avec les praticiens (ADEME, 2017).

33
[Link].5 ELIPSE
ELIPSE est un référentiel national pour les EIT, coordonné par l’association OREE et
soutenu financièrement par le Commissariat Général au Développement Durable et
l’ADEME (OREE, 2016).
Ce référentiel a deux fins :
1. Tout d’abord proposer un cadre pour les porteurs de projet afin qu’il puisse s’auto-
évaluer
2. Créer des outils de suivi des démarches d’EIT pour les acteurs impliqués notamment
pour leurs actions.

Le travail de création du référentiel a été réalisé en quatre étapes majeures (OREE, 2016).

• Analyse des outils et retours


Travail d'expérience existants
bibliographique • Recueil des attentes des
acteurs via une enquête

• Intégrer la dimension de durabilité forte et


opérationnelle
Structuration du • Trois principes intégrés aux indicateurs :
référentiel coopération multi-acteurs, bouclage des flux,
richesses locales
• Création d'une liste d'indicateurs de moyens

• Quarantaine de participants
variés, acteurs d'EIT
Atelier participatif • Echanges et co-construction
• Remaniement des indicateurs
finaux

• Expérimentation de 9
mois sur 10 territoires
Expérimentation pilotes
et REX • Ajustement
d'indicateurs et REX

Figure 11. Schéma des étapes de la création du référentiel ELIPSE

Ce travail a donné lieu à la création de 61 indicateurs autour des trois principes évoqués
précédemment dont 17 sont considérés comme « incontournables ». Chaque indicateur
comporte une note sur 12 et est utilisé pour la notation d’un objectif. Une fois les indicateurs
notés, les notes des objectifs sont calculées via une moyenne pondérée des différents
indicateurs les composant. La notation de ces objectifs est ensuite présentée sous la forme
d’une échelle A+/A-/B+/B-/C+/C-/D+/D- (OREE, 2016). Parmi les 61 indicateurs, il y a aussi
des indicateurs de « résultats » évaluant les bénéfices des actions de la démarches, des
indicateurs de « moyens » pour évaluer la mise en œuvre des actions et enfin des
indicateurs « collaboratifs » qui doivent être validés collectivement car considérés comme
« subjectifs » (OREE, 2022).

34
L’association OREE a créé une plateforme en ligne afin de faciliter la collecte et traitement
des données ainsi que le suivi des évaluations. La plateforme en ligne permet aux
utilisateurs (en général les porteurs du projet) :
1. d’inscrire leur projet
2. de renseigner les données pertinentes issues de leur collecte
3. de calculer ces indicateurs

Même s’il convient de remplir un maximum d’informations pour un maximum d’indicateurs, il


se peut que certains de ces derniers ne soient pas applicables ou pertinents pour une
démarche spécifique. C’est pour cela que ce travail est collaboratif avec les autres parties
prenantes de la démarche et qu’une concertation avec celles-ci, autour d’atelier ou
d’échanges à distance par exemple, est indispensable. Une fois les informations remplies et
validées sur la plateforme, elles sont traitées et les résultats sont fournis à l’utilisateur afin
qu’il puisse les restituer auprès des différentes parties prenantes (OREE, 2022). Un guide
d’utilisation, des aides, supports de présentation, étude de cas et livrables sont mis à
disposition par OREE afin de faciliter au maximum l’utilisation du référentiel.

Enfin, la plateforme sert aussi à suivre une ou plusieurs évaluations de démarches afin
d’impliquer tous les acteurs mais aussi de pouvoir coordonner et suivre les évaluations de
plusieurs projets dans le cadre d’une stratégie plus globale (à l’échelle d’une région par
exemple) (OREE, 2022).

[Link].6 Réseau SYNAPSE


Le réseau SYNAPSE est une initiative lancée en 2017, dédiée à l’EIT. Cette initiative se
compose d’une plateforme numérique ayant pour but de fédérer différents acteurs afin de
permettre le partage de connaissances dans la communauté. Grâce à cela, elle cherche
aussi à développer et promouvoir l’EIT en France ainsi qu’à aider les organisations et
porteurs de projet dans leurs démarches (Réseau Synapse, 2024).

Il est possible de trouver sur la plateforme des liens vers des actualités ou des évènements
en lien avec l’EIT mais aussi des outils, guides méthodologiques, études et retours
d’expériences afin de mutualiser les connaissances. La plateforme répertorie également les
membres du réseau et les démarches d’EIT en France ainsi que les communautés qui se
sont créées autour d’elles.

35
Pour résumer, le réseau SYNAPSE offre des ressources, des outils mais aussi un espace
d’échange aux acteurs afin de promouvoir et développer l’EIT en France.

[Link] Implantation
Comme évoqué précédemment, le développement de cadres structurants pour l’EIT a
commencé à la fin des années 2000 avec COMETHE, mais de nombreuses initiatives ont
commencées avant cette date. Ces initiatives s’inscrivaient dans la logique de démarches
d’EIT structurées et présentaient tout ou partie des propriétés que les cadres, décrits ci-
dessus, ont défini ces dernières années. C’est le cas de l’EIT de Dunkerque que nous
étudierons par la suite.

En août 2024, le nombre de démarches d’EIT actives en France était de 186 d’après le
réseau Synapse et 46 en réflexion. Cela représente une augmentation de 34 démarches
actives par rapport à août 2020. Cependant, cette augmentation est faible comparée à celle
ayant eu lieu entre août 2017 et août 2020. En effet, sur les 186 démarches actives en août
2024, 101 démarches ont été lancées sur la période 2017-2020 soit plus de la moitié (SDES,
2020).
Cette forte augmentation peut être expliquée par un certain nombre de facteurs.

1. Tout d’abord les référentiels tels qu’ELIPSE, lancé le 14 décembre 2016 et qui a
permis aux acteurs d’avoir un guide méthodologique et des outils tant sur
l’élaboration de l’EIT que sur le suivi et l’évaluation de leurs actions. Ce référentiel a
surement permis à des démarches d’EIT en phase de réflexion de mieux se
structurer et d’accélérer le processus de lancement (OREE, 2016).

2. De plus en plus de financements et d’aides ont commencés à être proposés. Ces


aides pouvaient émaner de l’ADEME ou des régions afin de financer une partie des
coûts initiaux et de fonctionnement nécessaires à la planification et à l’exécution
d’une EIT (Auxilia et al., 2018). La grande majorité des EIT bénéficiaient à cette
période de subventions de fonctionnement venant des territoires de rattachement des
projets. Pour compléter ces subventions, les démarches pouvaient bénéficier de
financements « projets ». Ces financements publics pouvaient émaner de l’ADEME,
des régions, de la BPI et autres afin de financer un projet spécifique de l’EIT dont la
plus-value environnementale était importante, des études et des projets pouvant être
répliqués. (Auxilia et al., 2018)

36
3. Le cadre législatif s’est aussi développé et emparé du sujet durant cette période. La
loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) du 17 août
2015 a établi parmi ses objectifs de faciliter la transition vers une économie circulaire.
Cette facilitation est visible sur plusieurs piliers de l’économie circulaire tels que le
recyclage des déchets et le soutien à l’économie de la fonctionnalité. En outre, les
politiques publiques s’engagent à promouvoir l’écologie industrielle et territoriale. Ce
contexte législatif favorable a permis de mettre en avant l’EIT et de favoriser son
ancrage dans les perspectives d’évolution des acteurs susceptibles d’être intéressés
(Légifrance, 2015).
Il est également important de noter que la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative
à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire charge les régions de définir
les axes de développement des EIT (Légifrance, 2020). C’est une tâche
supplémentaire dans le schéma régional que ces dernières élaborent et qui permet
de donner une direction claire aux acteurs.

Tous ces facteurs ont contribué à l’augmentation du nombre de démarches d’EIT en France
qui n’a cessé d’augmenter depuis. Ces dernières sont à différents stades d’avancement et
de maturité.

Concernant la répartition de ces EIT sur le territoire, chaque région en possède actuellement
au moins une. En 2020, la région en possédant le plus était le Grand-Est avec une vingtaine
de démarches actives ce qui est toujours le cas aujourd’hui (SDES, 2020). Ce grand nombre
de démarches est notamment dû au programme « Climaxion » entre l’ADEME et la région
« qui favorise la transition écologique et énergétique du territoire » et qui soutient la majorité
des EIT de la région (Climaxion, 2024). De plus, la région a un certain recul sur ces
dernières car elle héberge une démarche dans l’Aube qui a été créée en 2003 et qui a
permis de montrer la voie à suivre.

[Link] Secteurs d’activités


Les démarches d’EIT en France présentent une grande diversité de secteurs d’activités.
Certaines EIT se construisent autour d’un secteur en particulier, du fait de la présence
d’acteurs ayant des enjeux et des activités similaires. Les exemples qui l’illustrent le mieux
sont les EIT autour de la chimie telles que celle la vallée de la chimie de Lyon ou encore
celle du GIE OSIRIS du Rousillon.
D’autres EIT se sont construites avec des acteurs de secteurs d’activités différents. C’est le
cas des zones industrialo-portuaires de Dunkerque et du Havre ou celui de l’EIT de l’Aube.

37
Cette diversité de secteurs confirme qu’une démarche se construit avant tout en fonction des
spécificités des territoires et des enjeux des acteurs impliqués.

[Link] Typologie d’EIT


Afin d’avoir une meilleure idée du panorama d’EIT, l’ADEME et l’association OREE se sont
associées afin d’établir un état des lieux des démarches des écologies industrielles et
territoriales en France en octobre 2024. Cette étude est basée sur l’analyse de 71
démarches d’EIT en France suivant le référentiel ELIPSE. Cela représente environ 38% des
démarches actives à cette période.

Sur un échantillon de 21 démarches, l’étude a mis en lumière que les démarches les plus
anciennes, présentaient généralement un rapport équilibré entre les deux types de synergie
d’EIT, mutualisation et substitution (Figure 12).

120
104
100 97
87
Nombre de synergies

80

60
51

40 36

20 17

0
1-3 ans (5 réponses) 4-6 ans (7 réponses) 7 ans et + (7 réponses)
Substitutions Mutualisations

Figure 12. Graphique du type de synergie en fonction du nombre et de l’âge des démarches (ADEME, 2024)

Les démarches interrogées ayant été lancées il y a plus de 7 ans avant l’étude réduisent
l’écart entre les synergies par rapport au nombre total de synergies mises en place. Ce
observation n’est en revanche pas vraie pour les démarches les plus récentes qui présentent
en majorité soit l’une, soit l’autre. La tendance observée peut être expliquée par le fait que
les démarches les plus anciennes ont eu plus de temps pour se structurer et mettre en place
des synergies. Les démarches plus jeunes auront tendance à mettre en place des synergies
rapides, dans un premier temps, afin de pouvoir se lancer.

38
Figure 13. Graphique du type de synergie en fonction de leur nombre et de l'âge des démarches de l’état des
lieux 2020 (ADEME, 2020)

La Figure 13 représente le même graphique établi lors de l’état des lieux de 2020. Il confirme
le fait que les démarches les plus anciennes ont tendance à présenter les deux synergies,
bien que dans cette catégorie de l’échantillon il y ait encore deux démarches qui ne
présentent qu’un type de synergie. En revanche, on observe un écart non négligeable dans
le nombre des deux types de synergies chez les plus jeunes démarches. Cela confirme
l’hypothèse que les plus jeunes démarches ont tendance à mettre en place des synergies
rapides pour se lancer au plus vite.

7% 2%

91%

Matière Energie Eau

Figure 14. Répartition de la nature des synergies de substitution sur les 116 étudiées parmi 39 démarches
(données issues de (ADEME, 2024))

Sur 116 synergies de substitution observées, une importante majorité sont des synergies
« matière ». Ces synergies peuvent concerner, par exemple, la valorisation des déchets ou
bien les substitutions de matières telles que le bois, ou le papier. Seulement 7% de ces
synergies sont énergétiques. Cela pourrait suggérer une mise en place plus compliquée de

39
ces dernières ou des enjeux moins importants pour certaines EIT. Il est cependant important
de mettre en perspective ce dernier résultat avec le fait que seul un certain nombre d’EIT
ayant répondu à cette question de l’ADEME ont accompagné leur réponse de données
chiffrées. Les synergies sans données chiffrées étaient donc jugées inexploitables.

4.2.2 Études de cas d’écologies industrielle et territoriale


Afin de mieux comprendre comment une EIT se construit, améliore l’efficacité énergétique
des industriels ainsi que change leur stratégie de transition, deux études de cas ont été
réalisées. Ces études de cas portent sur l’EIT de la zone industrialo-portuaire de Dunkerque
et sur celle de la Vallée de la Chimie au sud de Lyon.

[Link] Méthodologie d’étude


Les études de cas réalisées dans cette partie sont issues à la fois d’études bibliographiques
et d’entretiens avec des professionnels impliqués dans la construction ou le fonctionnement
de l’EIT étudiée. Afin de réaliser cette thèse professionnelle, j’ai eu l’occasion de m’entretenir
avec Lionel BRUYCHE, responsable territorial de l’association ECOPAL à Dunkerque. J’ai
également pu échanger avec Amandine JACQUET, directrice de la Mission Vallée de la
Chimie à Saint-Fons.

Pour réaliser les entretiens, une trame de questions a été réalisée au préalable. Cette trame
était similaire pour les deux entretiens bien que certaines questions ont été modifiées pour
rester pertinentes et s’adapter aux spécificités de la démarche d’EIT en question.
La trame de question utilisée était la suivante :
EIT :
- Question spécifique pour avoir une vision d’ensemble de la démarche, des acteurs
impliqués, de leur rôle, des projets et de l’historique.
- Qu’est-ce qui justifie la mise en place d’une EIT ?
- Quels types de synergies énergétiques avez-vous identifiées dans votre projet d'EIT,
et comment les avez-vous mises en œuvre ? L’EIT a-t-elle été un vecteur de
nouvelles solutions pour l’efficacité énergétique ?
- Comment/par quel processus les premières initiatives ont été mises en place pour
démarrer le projet d'EIT et quels critères ont été utilisés pour les choisir ?
- Quelles sont les principales étapes qui ont été suivies pour mettre en place l’EIT, et
quels défis avez-vous rencontrés (tant au niveau technique, qu’organisationnel
qu’économique) ?

40
- Quel type de modèle de gouvernance avez-vous adopté pour votre EIT et comment
les décisions stratégiques sont-elles prises ?
- Qui finance le plus le projet d’EIT et pourquoi ?
- Comment avez-vous initialement engagé les parties prenantes dans votre projet
d'EIT et quelles stratégies utilisez-vous pour maintenir leur engagement à long terme
?
- Quels sont les freins et les moteurs de la démarche ?
- Quelles sont les principales vulnérabilités des parties prenantes dans votre EIT et
quelles mesures avez-vous mises en place pour les gérer ?
- Quels sont, selon vous, les principaux facteurs de succès de votre EIT et comment
mesurez-vous les performances et impacts de votre projet ?
- Quelles recommandations sont envisageables pour répliquer la démarche ?
- La structure de l’EIT est-elle un élément moteur et facilitateur pour la mise en place
d’écosystèmes d’innovation ?
Écosystème d’innovation
- Qu’est-ce qui justifie la mise en place d’un écosystème d’innovation ?
- Quels sont les freins et les moteurs ?
- Qui finance le plus et pourquoi ?
- Quelles recommandations sont envisageables pour répliquer la démarche ?
- Comment l’écosystème d’innovation s’est-il mis en place et développé et comment
les parties prenantes ont-elles été engagées dans la collaboration et la recherche de
solutions ?

[Link] Une EIT développée : zone industrialo-portuaire de


Dunkerque
[Link].1 Présentation
Dunkerque est un territoire en constante transformation depuis plus de 40 ans. Il comprend
l’une des plus importantes zones industrialo-portuaires de France et possède sur son
territoire 460 entreprises industrielles représentant près de 22 000 emplois (EcosystèmeD,
2024). Parmi ces entreprises, on compte notamment ENGIE, Air Liquide, TotalEnergies et
ArcelorMittal qui sont directement liées au port de Dunkerque dont la valeur ajoutée atteint
3,8 milliards d’euros en 2018 (ADEME, 2022). Du fait de son activité industrielle et de
logistique, l’agglomération dunkerquoise émet 16 millions de tonnes de CO2 par an. Sa zone
industrialo-portuaire représente actuellement 20% des émissions d’origine industrielle en
France (EcosystèmeD, 2024).

41
Face à ces défis et à la nécessité d’entamer une transition écologique et énergétique,
l’agglomération dunkerquoise souhaite atteindre la neutralité carbone en 2050 tout en se
fixant l’objectif de baisser d’ores et déjà de 55% ses émissions d’origine industrielles en 2030
par rapport aux émissions de 2021 (Euraénergie, 2023).

Ces objectifs vont être réalisés via de nombreux projets visant notamment à :
- favoriser l’économie circulaire et l’efficacité énergétique
- développer les écologies industrielles
- électrifier les usages
- décarboner la mobilité
- capter le CO2
Ces projets seront soutenus par la création d’installations pour produire de l’électricité
renouvelable ou bas-carbone ainsi que des projets d’unités de production d’hydrogène vert
et de biogaz.

Figure 15. Roadmap de la décarbonation de la zone industrialo-portuaire dunkerquoise (Euraénergie, 2023)

Dunkerque est un territoire ayant la volonté de pousser l’innovation, la transition énergétique


et la symbiose entre industriels afin de pouvoir, entre autres, utiliser plus efficacement ses
ressources et décarboner ses activités.
Ce type d’initiative n’est pas récent, ce qui a permis aux acteurs d’acquérir de l’expérience et
de créer un environnement propice aux projets ambitieux actuellement en phases étude
et/ou exécution.

42
[Link].2 Historique

2009 : 2023 :
1986 : Première Lauréat de
Première toile l'appel à
synergie industrielle projets
énergétique de l'AGUR ZIBAC

2001 : 2019 : Création


Création du GIP
d'ECOPAL Euraénergie et
lauréat de
Territoire
d'innovation
Figure 16. Chronologie des principaux évènements liés à l’économie circulaire du bassin industriel de Dunkerque

Le territoire dunkerquois est un précurseur de l’écologie industrielle et territoriale en France.


L’une de ses premières actions en ce sens a eu lieu dans les années 80 lorsque le projet de
réseau de chaleur urbain (RCU) alimenté par la chaleur fatale d’ArcelorMittal a été mis au
point ([Link], 2024). En 1982, ArcelorMittal et la communauté urbaine de
Dunkerque (CUD) ont élaboré un projet visant à créer un réseau de chaleur pour la CUD
récupérant la chaleur fatale des haut-fourneaux d’ArcelorMittal. Cette chaleur ne pouvant
être valorisée directement par ArcelorMittal sur son site, cette solution a permis d’éviter
qu’elle soit perdue ([Link], 2024). L’utilisation de la chaleur fatale sur le
RCU a été lancée en 1986 et a continué à évoluer avec l’ajout de source de chaleur d’autres
sites industriels (unité de valorisation énergétique de Daudruy, cogénération de glacis). La
taille du RCU a été doublée en 2020 pour également alimenter la ville de Grande-Synthe
(ADEME, 2022).

Un second point d’étape important pour cet EIT est la création de l’association ECOPAL en
2001. Cette association a été créée par 15 acteurs dans la zone industrielle des Deux-
Synthe afin de permettre à ces derniers d’échanger pour la mise en place de synergies
principalement « matière ». Cette association a pour but de réduire l’impact environnemental
des activités économiques et favoriser les échanges et collaborations entre les
organisations. Pour réaliser cela, l’association est engagée auprès des structures pour
faciliter la mise en place d’EIT et d’actions d’économie circulaire. Les services proposés
peuvent aller de collectes de déchets mutualisées à l’accompagnement pour des recherches
de financement en passant par l’utilisation de son réseau pour trouver des synergies
(ECOPAL, 2024). A l’heure actuelle l’association comporte plus de 100 adhérents et son
influence s’étend sur toute la région Hauts-de-France (ECOPAL, 2024). ECOPAL est un

43
acteur clé de l’économie circulaire et de l’EIT de la région dont l’expertise et le réseau lui
permettent d’apporter des solutions pertinentes à ses adhérents.

En 2009, l’AGUR (agence d’urbanisme Flandre-Dunkerque) crée la première toile industrielle


du territoire dunkerquois. Cette toile est un schéma servant à synthétiser sur un seul plan les
principales informations des interactions et interdépendances entre acteurs. Elle répertorie
les différents flux, leur nature et leur importance mais aussi les différents acteurs afin de
représenter tout l’écosystème industriel et ceux qui l’impactent. Ainsi les acteurs peuvent
mieux comprendre les synergies et relations entre acteurs du territoire mais aussi repérer
plus facilement des opportunités (AGUR, 2023).
Depuis l’AGUR a mis à jour sa toile industrielle et en a créé plusieurs autres dont la toile de
l’eau industrielle et la toile de la transition énergétique (cf. Figure 24).

Un des points d’étapes les plus importants a été l’appel à projet « Territoires d’innovation »
dont Dunkerque a été lauréat en 2019. L’enveloppe obtenue était de 37,5 millions d’euros
soit la troisième plus importante sachant que les deux premières étaient destinées à des
régions. L’obtention de cette enveloppe a permis de déclencher 288 millions d’euros de
projets (Communauté urbaine de Dunkerque, 2024). Cet appel à projets a suscité une
véritable émulation parmi les participants industriels, institutionnels et académiques qui
étaient 70 à participer aux ateliers afin de monter un dossier autour de 15 actions. Cette
quinzaine d’actions étaient structurées autour de quatre axes :
- Écologie industrielle et territoriale
- Qualité de l’air
- Transition énergétique
- Toiles et intelligence territoriale
Ces 15 actions autour de ces 4 axes ont été rassemblées sous le nom de programme
« Dunkerque l’énergie créative » allant jusqu’en 2029 (Dunkerque l'énergie créative, 2024).
Parallèlement à cela, un groupement d’intérêt public a été créé regroupant différents acteurs
tels qu’ECOPAL, l’AGUR, la chambre de commerce et d’industrie, Dunkerque Promotion et
le grand port maritime. Ce groupement a été nommé Euraénergie et a pu porter la mise en
application des projets issu de l’appel à projet « Territoires d’innovation ». En 2024, l’agence
de développement économique « Dunkerque promotion » a fusionné avec Euraénergie ce
qui a abouti au GIP « EcosystèmeD ». Le GIP est un acteur incontournable du
développement territorial dont le rôle est notamment d’animer localement les programmes
« territoires d’innovation » et ZIBAC et de coordonner la mise en œuvre des projets.

44
Enfin, un des points d’étape les plus récents est l’appel à projets « ZIBAC » (zones
industrielles bas carbone) dont Dunkerque a été le lauréat en 2023 avec son projet
« DKarbonation ». Cet appel à projets a permis de débloquer une subvention de 13,6
millions d’euros de l’ADEME pour une budget total de 27,2 millions d’euros. Le dispositif
ZIBAC permet à EcosystèmeD et ses partenaires de réaliser des études de faisabilité et
d’ingénierie dans le but de trouver des solutions de décarbonation. Les six piliers qui sont
portés par le projet DKarbonation sont (Dunkerque l'énergie créative, 2024) :
- L’électrification : camp éolien offshore, deux EPR
- L’eau : gestion d’eau industrielle, besoins pour la production d’hydrogène, réseau
d’eau de mer
- L’hydrogène bas carbone : Production d’hydrogène par électrolyse de l’eau et
transport
- Hub CO2 : Transport et stockage du CO2
- Biométhane : Infrastructures de production de biogaz à partir de déchets organiques
- Chaleur fatale : Projet d’autoroute de la chaleur

[Link].3 Synergies énergétiques


Au fil des années de nombreux flux d’énergie entre les entreprises du territoire mais
également entre des entreprises internationales et ces dernières ont vu le jour. La toile de la
transition énergétique de l’AGUR représente les échanges et interdépendances de ces
entités afin d’avoir une vision global de l’écosystème énergétique du territoire.
Afin de mieux comprendre comment ces synergies et la démarche d’EIT permettent aux
entreprises d’améliorer leur efficacité énergétique tout en repensant leur stratégie de
transition, trois synergies vont être étudiées.

[Link].3.1 Première synergie RCU/ArcelorMittal


La première synergie est celle évoquée dans la partie « Historique » qui est l’utilisation de la
chaleur des gaz sidérurgiques des hauts fourneaux du site d’ArcelorMittal afin de chauffer le
réseau de chaleur urbain de la CUD. Bien que cette synergie ne soit pas uniquement
industrielle étant donné que le RCU chauffe la zone urbaine, elle est intéressante afin
d’expliquer les avantages de ce type de synergies pour l’efficacité énergétique. Comme
évoqué précédemment, cette synergie est née du besoin de chaleur du RCU et de la
présence d’une source de chaleur correspondante chez ArcelorMittal. L’installation est en
réalité la combinaison de deux synergies : la synergie de mutualisation où un RCU est
installé plutôt que des chaufferies individuelles et la synergie de substitution où ce dernier

45
utilise de la chaleur fatale industrielle plutôt qu’une source de chaleur fossile. L’efficacité
énergétique des installations s’en trouve améliorées grâce à ces dernières.

En effet, l’utilisation d’une réseau de chaleur permet de « centraliser les besoins de chaleur,
d’accroître l’efficacité de la transformation des sources d’énergie et de mutualiser les coûts »
(Lormeteau, 2018). Ces différentes caractéristiques permettent aux réseaux de chaleur
d’exploiter des gisements de chaleur locaux qui seraient probablement peu ou pas exploités
dans le cas contraire.

Ainsi l’efficacité énergétique, définie par le ratio du résultat utile sur l’énergie d’entrée est
améliorée, l’énergie d’entrée (chaleur fatale) étant déjà dans l’écosystème et n’ayant pas
besoin d’être cherchée via d’autres moyens (ressources additionnelles).
De son côté, ArcelorMittal voit aussi son efficacité énergétique augmenter car l’entreprise
peut utiliser cette source d’énergie thermique qui n’était jusqu’alors pas valorisable à
l’échelle de son site (pour des raisons techniques ou de besoins). Ainsi une unité d’énergie
d’entrée est utilisée de manière plus complète par ce dernier mais aussi par l’écosystème
complet.

Figure 17. Plan du RCU et du site d'ArcelorMittal

D’après les données du programme « Dunkerque l’énergie créative », les réseaux de chaleur
de Grande-Synthe et de Dunkerque permettent d’éviter la consommation de 14 000 tep par

46
an soit environ 163 000 MWh grâce à la récupération de chaleur fatale (Dunkerque l'énergie
créative, 2024).

[Link].3.2 Seconde synergie : Autoroute de la chaleur


La seconde synergie étudiée est le projet d’autoroute de la chaleur prévue à l’horizon 2025.
Ce dernier est né d’une réflexion territoriale de valorisation d’un gisement de chaleur fatale,
le tissu industriel étant très développé sur le territoire. EcosystèmeD et le Grand Port
Maritime de Dunkerque ont donc décidé de porter le projet d’autoroute de la chaleur afin de
pouvoir valoriser environ 635 GWh d’énergie thermique issue de la chaleur fatale de
plusieurs industriels. Via une infrastructure commune de 20 km de long, cette autoroute de la
chaleur devrait acheminer la chaleur fatale d’industriels tels que Ferroglobe, Comilog et
Befesa vers d’autres industriels ayant besoin de chaleur comme Verkor qui installera sa
gigafactory en 2025 (Euraénergie, 2023).

Figure 18. Plan du réseau prévu sur la communauté urbaine de Dunkerque (Euraénergie, 2023)

Dans cette synergie de substitution purement industrielle, les industriels « fournisseurs »


peuvent valoriser cette chaleur qui aurait été perdue à la sortie de leur processus en la
transformant en énergie utile. Cette énergie utilisée par les industriels « consommateurs »
permet de limiter voire de remplacer totalement l’utilisation d’autres ressources telles que le
gaz en maximisant l’utilisation des ressources déjà consommées par le système. Ceci
améliorant une nouvelle fois le ratio de l’efficacité énergétique.

47
[Link].3.3 Troisième synergie : Centrale de Gravelines/Terminal méthanier
La dernière synergie est celle entre la centrale nucléaire de Gravelines et le terminal
méthanier de Dunkerque. Les deux installations sont de grande envergure, la centrale
nucléaire étant la plus grande d’Europe et le terminal méthanier alimentant 30% du gaz de
France et de Belgique. La synergie entre eux est issue d’une réflexion sur les eaux sortant
de la centrale nucléaire et le besoin d’eau tiède du terminal méthanier pour regazéifier le gaz
liquide qui arrive par méthanier. L’emploi des eaux tièdes de la centrale par le terminal
permet à ce dernier de brûler moins de gaz pour chauffer l’eau servant à la regazéification.
La synergie réduit le rejet dans l’atmosphère jusqu’à 500 000 tonnes de CO2 par an

La notion d’EIT apparaît notamment sur les infrastructures qui transportent les flux
nécessaires à la réalisation de synergies. La meilleure manière de réaliser ces
infrastructures est de créer des réseaux mutualisés desservant plusieurs entreprises. C’est
là que le sujet de l’EIT est important car les différents acteurs travaillent ensemble sur les
infrastructures permettant d’échanger des ressources mais aussi des connaissances.

Habituellement, la recherche de gains en efficacité énergétique est réfléchie à l’échelle d’une


entreprise. Cependant, il se peut que ces gains soient limités pour des raisons
opérationnelles, techniques ou de besoin. Il ressort que cette recherche de gain peut amener
des industriels à changer de paradigme et à adopter une vision écosystémique leur
permettant de s’affranchir d’une partie des limitations qu’ils rencontraient. Ce changement
leur permet d’atteindre des gains en efficacité énergétique inaccessibles jusque-là et de
s’inscrire plus durablement dans le territoire apportant son lot d’avantages.

Centrale des
Autoroute de la
RCU/ArcelorMittal Gravelines/Terminal
chaleur
méthanier
Type de
Mutualisation/substitution Substitution Substitution
synergie
500 000 tonnes
Économies 163 GWh/an 635 GWh/ an
CO2/an
Tableau 1. Tableau récapitulatif des synergies énergétiques étudiées du territoire de Dunkerque

48
[Link].4 Étapes de mise en place d’une EIT
La mise en place de synergies et la réflexion écosystémique sont bénéfiques tant pour les
territoires que pour les entreprises. En effet, les industriels y trouvent une rentabilité
économique en valorisant leur chaleur fatale par exemple ou en bénéficiant d’infrastructures
leur donnant accès à cette dernière. Ainsi, les gains financiers réalisables constituent une
motivation pour elles.
De plus, le fait que des infrastructures soient présentes et développées sur le territoire est un
facteur d’attractivité pour des entreprises comme Verkor. Ainsi, le territoire peut plus
facilement attirer des investissements et des industriels qui souhaitent s’engager dans ce
genre de démarche.
Un autre facteur important est le fait que les industriels veulent tendre vers des modèles plus
vertueux et les territoires ont des objectifs de transition. Les démarches d’EIT sont un moyen
pour ces acteurs de les atteindre.

Il y a un certain nombre d’étapes à suivre afin de mettre en place des démarches d’EIT sur le
territoire.
Dans un premier temps, il est nécessaire de connaître le territoire. Cela comprend les projets
qui ont déjà été réalisés, les études qui ont été menées, connaitre les acteurs du territoire et
constituer une base de contacts.
Dans un second temps, il est possible de procéder de plusieurs façons :
- Réaliser une étude de gisement territorial pour savoir ce qui peut être valorisé,
répertorier les flux, les matières et sujets en jeu.
- Organiser des ateliers spécifiques avec certains acteurs pour détecter des synergies
directement puis les classer.

A titre d’exemple, les premières étapes pour le projet d’autoroute de la chaleur étaient :
- Études de gisement sur le territoire
- Prises d’informations du côté des industriels concernant la température
- Recherches sur les éléments techniques
- Inventaire des investissements à prévoir
Un appel à manifestation d’intérêt auprès d’énergéticien pour la mise en place du projet ainsi
que des études d’infrastructures, de coût, et des négociations ont eu lieu.

Lorsqu’une vision globale des gisements du territoire a été établie, les organisations
territoriales ou les élus viennent alors prioriser les synergies à mettre en place selon
plusieurs critères possibles : économique, quantitatif (tonnage de matière, quantité
d’énergie), rapidité, impact, etc… Une stratégie évoquée lors de l’entretien a été celle des

49
« quick wins » c’est à dire des synergies avec des résultats rapides mais ayant parfois un
impact moindre. En revanche, ces résultats sont visibles et permettent de communiquer
autour de la démarche afin de lancer un engrenage pour viser des synergies à plus haut
impact.

La liste de synergies établie doit être travaillée avec des acteurs motivés. Ce travail se fait
autour d’ateliers regroupant les acteurs concernés et aboutissant à un plan d’action et à un
planning.
L’étape suivante concerne la phase de mise en place de/des synergie(s). Pour accompagner
les acteurs dans cette mission, l’animateur EIT comme ECOPAL réalise différentes tâches
telles que :
- Aller chercher le gisement
- Trouver la solution de valorisation
- Regarder quelle réglementation est concernée
- Regarder quels sont les débouchés
- Comment gérer la logistique
- Chercher des financements pour le projet
- Rester en contact avec des services publics tels que la DREAL

Des indicateurs peuvent être mis en place pour suivre l’impact et la performance d’une EIT
bien que chaque synergie ait sa spécificité. Par exemple, ECOPAL suit le nombre d’acteurs
impliqués, la quantité valorisée, les économies de CO2, les économies pécuniaires réalisées
par les entreprises etc… Cependant il devient difficile de suivre ces indicateurs au bout d’un
ou deux ans dû aux retours moins réguliers des acteurs.

50
Figure 19. Schéma des étapes de la mise en place d'une EIT

[Link].5 Gouvernance et acteurs


Lorsque l’association ECOPAL accompagne des entreprises dans des projets d’EIT, le projet
prend la forme d’une gouvernance plurielle. Les acteurs concernés sont rassemblés autour
d’un sujet spécifique du type « groupe projet ». Par exemple : comment valoriser tel type de
déchet ? Les acteurs présents peuvent être celui qui dispose du gisement, celui qui dispose
d’une solution de valorisation, celui cherchant un certain type de matière, le territoire, des
experts avec notamment un pôle de compétitivité spécifique au sujet.
Ils travaillent ensemble sous le pilotage de l’animateur EIT qui vient définir l’enjeu et l’objectif
et qui dès la fin de la première réunion fixe un plan d’action avec des objectifs pour chaque
acteur et un planning défini.
Dans le modèle de gouvernance utilisé pour mettre en place des synergies, toutes les entités
concernées ont leur implication et sont placées sur un pied d’égalité. L’animateur EIT joue le
rôle de soutien, de facilitateur mais aussi de guide afin que chaque entité soit écoutée.

La prise de décision doit faire consensus avec toutes les parties prenantes. Tous les acteurs
doivent être gagnants dans la mise en place d’une synergie. S’il y a un gagnant et un
perdant, la synergie ne fonctionnera pas. Si un acteur gagne plus qu’un autre, la synergie
fonctionnera peu ou mal. Par exemple : entre le détenteur du gisement, celui qui va recevoir
la matière et celui qui va la transformer. Le détenteur du « déchet » ne devra – au minimum-
pas payer plus cher pour le valoriser. Il pourrait éventuellement économiser en coût de
traitement ou le vendre. Celui qui va le transformer verra un développement économique lié
à la valorisation de ce déchet. Pour celui qui achètera la matière finale, il ne faut pas que

51
cela lui coûte significativement plus cher que des ressources fossiles ou non issues
d’économie circulaire. Il sera en échange plus vertueux et/ou de meilleure qualité.
Ces éléments-là permettent d’arriver à un projet où chacun en retire un bénéfice dans un
consensus commun.

Dans le cas de projets « territoires d’industrie » ou « ZIBAC » tels que l’autoroute de la


chaleur, le GIP anime, coordonne et accompagne les entreprises et le territoire à de
nombreuses étapes des projets.

Il ressort que les décisions stratégiques et opérationnelles de transition des acteurs sont
devenues multilatérales. Lorsque les entreprises entreprenaient des actions d’amélioration
de l’efficacité énergétique à leur échelle, elles étaient les seules à décider de ces dernières
et du rôle de chacun. Pour gagner en efficacité énergétique via des synergies inter-
entreprises, elles doivent dorénavant composer avec d’autres acteurs et repenser leur plan
de transition afin de les inclure dans celui-ci.

[Link].6 Financements
Les modèles de financement peuvent varier en fonction du projet et des structures. Dans le
cas de structures d’accompagnement telles qu’ECOPAL, c’est un financement public/privé.
Le financement public provient de la CUD et de prestations d’études et d’accompagnement
réalisées pour certains territoires tels que Boulogne-sur-Mer ou Roubaix.
Le financement privé est assuré par les cotisations annuelles de la centaine d’adhérent à
l’association. Les adhérents paient cette cotisation pour bénéficier des services d’ECOPAL.

Dans le cas des synergies qui ne passent pas par une structure telle qu’ECOPAL, les
financements dépendent du projet bien que le financement par mix public/privé est
majoritaire comme on le verra par la suite. La répartition des financements privés se fait là
aussi sur la base de compromis et d’études afin que tous les acteurs soient gagnants.

[Link].7 Conclusion de l’étude de cas


Le territoire de Dunkerque est un précurseur du développement de démarches d’EIT en
France. La construction de synergie industrialo-territoriale entre ArcelorMittal et le RCU ainsi
que la création d’ECOPAL en sont des exemples. Il met constamment en œuvre des projets
structurants afin d’améliorer la collaboration sur son territoire et de baisser l’impact de ses
activités industrielles sur l’environnement. L’autoroute de la chaleur est un exemple de

52
synergie améliorant l’efficacité énergétique industrielle et l’attractivité du territoire tout en
favorisant la collaboration.
La mise en place de démarches d’EIT implique d’avoir une vision multilatérale en prenant en
compte différents acteurs dans la gouvernance de projet et la prise de décisions. Le
financement peut varier en fonction du projet et des parties prenantes. Par exemple, comme
cela a été mentionné précédemment, la structure accompagnatrice ECOPAL a un
financement public/privé.

Ce bassin industriel, précurseur dans ses démarches d’EIT, est le résultat d’une construction
progressive et de l’expérience de ses acteurs. Il est maintenant intéressant de se pencher
sur un territoire avec une forte identité industrielle et dont la volonté de s’impliquer dans des
démarches d’EIT est plus récente mais lui permettra d’atteindre ses objectifs de transition.

[Link] Une EIT en développement : Lyon Vallée de la


Chimie
[Link].1 Présentation
La Vallée de la Chimie est un bassin industriel orienté vers les métiers de la chimie, de
l’environnement, de l’énergie et des « cleantech ». Elle s’étend sur 14 communes avec plus
de 500 entreprises représentant 50 000 emplois. La Vallée de la chimie a également créé
une communauté autour de la formation et de l’innovation avec 7 centres de R&D sur son
territoire, des clusters d’innovation ainsi que des universités et écoles d’ingénieurs.
La Vallée est engagée dans la transformation de l’industrie afin de la décarboner et de
réduire son impact sur l’environnement. Ces engagements sont portés par la Métropole de
Lyon et sont matérialisés par le « Manifeste pour une industrie qui se transforme et s’engage
pour l’environnement » qui possède déjà plus de 140 signatures. Les signataires incluent
des entreprises de toutes tailles (Lyon Vallée de la Chimie, 2023).

La Mission territoriale Vallée de la Chimie est une cellule rattachée à la délégation du


développement responsable de la métropole de Lyon. Le rôle de la mission est d’assurer
l’interface entre la politique publique en matière d’industrie et un ensemble d’entreprises
ayant chacune des projets et des stratégies différents. Elle doit trouver des points de
convergence entre ces écosystèmes afin d’accélérer la transformation, la décarbonation et
les transitions en cours sur le territoire industriel. En outre, elle doit piloter les projets initiés
par la Métropole ainsi que représenter le territoire auprès des industriels et habitants. Les
acteurs économiques avec lesquels elle fait l’interface sont très diversifiés, il y a notamment :

53
- Des entreprises : Elkem, Air liquide, TotalEnergies
- Des pôles de compétitivité : Axelera
- Des centres de recherche : IFPEN

Elle accompagne l’ensemble de ce bassin économique dans trois dynamiques :


développement, implantation et transition. Pour réaliser cette tâche, la mission territoriale a
créé un espace de dialogue et de gouvernance dite « publique/privée » réunissant 42
partenaires en 2023 autour du « Pacte pour l’impact ».
Le « Pacte pour l’impact » est une charte partenariale formalisant les axes stratégiques de
coopération sur lesquels les partenaires se sont accordés afin de transformer la stratégie
industrielle du territoire. Les trois axes formalisés par le pacte sont :
- Axe 1 : Réduire l’empreinte environnementale des activités industrielles
- Axe 2 : Augmenter l’impact territorial
- Axe 3 : Équilibrer la relation ville-industrie
Divers projets de partenaires ont été catégorisés autour de ces axes.

• DECLYC
• Production H2 vert
Axe 1 • Rhona
• Val'energy

• Ateliers du foncier
• Sous-Gournay
Axe 2 • Terres fertiles
• DIVA
• Etude
sociologique sur la
gare de Saint-fons
• Développer
Axe 3 l'accéssibilité
• Atelier insertion-
emploi
• ...
Figure 20. Axes et projets du "Pacte pour l'Impact" (Lyon Vallée de la Chimie, 2023)

L’axe 1 est plus particulièrement orienté vers la réduction d’empreinte environnementale au


sens large notamment avec des projets de décarbonation des activités industrielles. C’est
cet axe qui est pertinent dans le cadre de cette étude.
La Mission Vallée de la Chimie mène une action forte d’EIT et a le rôle d’accompagnateur
auprès des acteurs pour sa mise en place. Cette action forte est matérialisée par le projet

54
DECLYC (Décarboner Lyon Vallée de la Chimie) appartenant à l’axe 1 de « Pacte pour
l’impact ».
Ce projet regroupe 16 partenaires dont 13 industriels et un institut de recherche (IFPEN)
autour de 8 lots thématiques (Mission Vallée de la Chimie, 2024) :
- Capture et transformation du CO2
- Hydrogène décarboné
- Biogaz
- Électricité renouvelable
- Vapeur décarbonée
- Réduction de l’empreinte eau
- Performance énergétique des centres de R&D
- Dimensionnement des réseaux électriques
Ces lots feront l’objet d’étude pendant 2 ans afin d’optimiser ou de déterminer les
infrastructures nécessaires à leur mise en œuvre.

Porté par le pôle de compétitivité AXELERA spécialisé dans le domaine de la chimie et


animé par la Mission Vallée de la Chimie, ce projet est lauréat de l’appel à projets ZIBAC de
l’ADEME en 2024 et devrait durer 24 mois (Lyon Vallée de la Chimie, 2023). L’objectif est de
réduire les émissions de CO2 de 3 millions de tonnes par an sur les scopes 1 et 2 des
entreprises participantes (Mission Vallée de la Chimie, 2024).

[Link].2 Synergies énergétiques


Parmi les études faisant partie du projet DECLYC, certaines vont être dédiées au lot
« vapeur décarbonée ». Ce lot est né de la volonté des industriels du consortium de pouvoir
étudier la manière de réduire l’empreinte environnementale de la production et de
consommation de vapeur tout en optimisant les ressources. Ils pourront notamment étudier
la possibilité de s’approvisionner en vapeur via une infrastructure mutualisée. De ce fait, cela
représenterait une synergie de mutualisation entre les acteurs.

Une installation mutualisée sera dimensionnée selon les données de consommation des
industriels afin d’être au plus proche de leurs besoins. La maintenance et le suivi du réseau
pourront être mutualisés afin de repérer et limiter les pertes et améliorer l’efficacité
énergétique. Là où des installations séparées auraient peut-être eu des qualités de
maintenance et de suivi disparates en fonction de la politique de l’industriel concerné
entrainant des pertes. Cela peut aussi bien concerner l’isolation des points singuliers que les
fuites sur le réseau.

55
Un second poste d’amélioration de l’efficacité énergétique via une installation mutualisée est
la complémentarité des besoins. Dans des infrastructures individuelles, les chaudières
peuvent enchainer des cycles d’arrêt/redémarrage en fonction de la demande, ce qui
entraine une baisse de rendement et une usure de la chaudière (CEGIBAT, 2024). Avec une
production et un réseau commun, la baisse de consommation ponctuelle d’un industriel
pourrait être compensée par la hausse de consommation d’un autre limitant les variations
ponctuelles et réduisant les pertes.

Enfin, une infrastructure mutualisée permet de réaliser des économies d’échelle. Les
entreprises pourront ainsi financer des installations plus efficaces énergétiquement qu’ils
n’auraient peut-être pas considérées à leur échelle.

Les raisons pour lesquelles les industriels ont intérêt à étudier ces synergies énergétiques
sont multiples. Ils pourront économiser des ressources via différents biais et ainsi améliorer
leur efficacité énergétique de manière plus large qu’à une échelle individuelle. Cela aura un
impact positif tant sur les dépenses liées à l’énergie que sur leurs objectifs de transition.

Maintenance et
suivi stadardisés

Source
d'économies
d'énergie

Economies Complémentarité
d'échelle des besoins

Figure 21. Schéma des principaux postes d'économie d'énergie de la synergie vapeur de DECLYC

[Link].3 Étapes de mise en place d’une EIT


La principale justification pour la mise en place d’une EIT est l’optimisation des ressources
pour le territoire et les industriels.

56
En effet, certaines ressources comme l’eau sont encore mal suivies du fait de leur coût
encore faible ce qui peut entrainer des pertes à la fois économique et environnementale.
L’eau va par ailleurs subir une tarification de la part de la ville de Lyon en fonction des
consommations à partir de 2025 ce qui va plus durement impacter économiquement les
entreprises n’ayant pas engagé des démarches d’optimisation. Cette réflexion est vraie pour
d’autres ressources notamment énergétiques. Les industriels ont ainsi tout intérêt à
s’engager dans ces démarches tant d’un point de vue économique qu’environnemental et le
territoire peut stimuler sa transition écologique.

Le projet DECLYC est issu d’une première phase de mobilisation des partenaires qui a duré
un an et d’une seconde phase de discussion et d’élaboration du dossier. Ce dernier a été
déposé en mai 2023 et phase de lancement de projet a débuté mi-2024. Les étapes de
construction du projet sont les suivantes :

I. Pendant la phase de mobilisation des partenaires, AXELERA et la Métropole –


par le biais de la Mission Vallée de la Chimie – ont eu la tâche de consulter les
industriels afin de les convaincre des avantages et de la nécessité de collaborer
avec les autres acteurs du territoire sur ce projet.

II. Durant la phase de discussion, les industriels ont dû se réunir autour de


discussions afin de définir les problématiques auxquelles ils faisaient face pour
pouvoir définir les lots. Les industriels ont notamment débattus sur le coût, le
cahier des charges et les délais afin que tous les éléments du projet soient
acceptables pour chaque acteur. Ils sont donc pleinement en responsabilité de la
définition du projet. La Mission animait ces discussions et faisait le lien avec la
Métropole. Le dossier a quant à lui été déposé par AXELERA. Parmi les
partenaires, ce dernier a le rôle de mandataire du projet au nom du consortium.

III. Une fois le dossier déposé, une série de 6 « master class/ateliers climat » a été
organisée par la Métropole en partenariat avec le cabinet de conseil « rong yi
solutions » afin d’établir un socle commun de connaissances sur les thème du
climat, des émissions de GES et de la circularité. Ces master class se sont
déroulées entre juin 2023 et mars 2024 (Mission Vallée de la Chimie, 2024). De
nombreux acteurs du projet DECLYC y ont participé.

IV. Des cycles de groupes de travail sont prévus entre acteurs afin de discuter du
déroulement, des problématiques et d’échanger des informations. Enfin des

57
études collectives sont prévues pendant deux ans afin de mettre en place les
projets. Elles auront notamment pour but de déterminer ou d’optimiser les
infrastructures permettant de mener à bien les actions de décarbonation
(AXELERA, 2024).

Certaines données pertinentes pour le projet (données de consommation etc.) ont été
partagées par les industriels à un prestataire qui les a traitées avant de les fournir à la
Mission.

Il est important de noter que, comme pour la mise en place de synergies à Dunkerque,
atteindre un compromis est essentiel pour faire avancer le projet. L’écoute et l’approbation
de chaque acteur leur permettent de s’approprier le projet et d’instaurer une bonne
dynamique.

[Link].4 Gouvernance et acteurs


Pour le projet DECLYC, le pôle de compétitivité AXELERA est le mandataire du projet. Il a la
responsabilité auprès du consortium de s’assurer de la réalisation du programme dans les
délais imposés et du respect du budget. Le pôle a la charge de négocier et conclure des
contrats au nom du consortium pour mener des études via des prestataires. Il accompagne
également les entreprises tout au long du projet grâce à son expertise et son réseau.
La Mission Vallée de la Chimie a un rôle complémentaire en animant les débats et en
cadrant le déroulement du projet.
Enfin, les industriels ont co-construit le projet avec ses caractéristiques, ses thématiques
etc… Ils continuent de se réunir au cours du projet pour en discuter et prendre des
décisions.

Comme observé dans l’étude de cas de Dunkerque, la gouvernance est multilatérale avec
une alliance entre le public et le privé. C’est aussi ce qui transparait dans le « Pacte pour
l’impact » qui est le fruit d’une co-construction de 12 mois entre les élus de la Métropole, ses
agents, les élus des principales communes et des industriels (Lyon Vallée de la Chimie,
2023). Cette forme de collaboration est essentielle pour avoir une réponse adaptée, locale et
opérationnelle aux enjeux de transition.

[Link].5 Financements
Le projet DECLYC a un budget d’environ 1,9 millions d’euros pour financer les études autour
des 8 lots. 50% du montant est pris en charge par l’ADEME via le dispositif ZIBAC tandis

58
que le reste est à la charge des partenaires industriels du projet. La répartition du
financement parmi les industriels dépend du nombre et du type de lot sur lesquels ils sont
impliqués. Cependant, chaque industriel d’un lot finance à part égale avec les autres
industriels impliqués dans ce dernier.

[Link].6 Conclusion de l’étude de cas


La démarche d’EIT est assez inédite dans la vallée de la chimie qui n’a pas le même recul
qu’un territoire tel que Dunkerque. Ainsi la phase de mobilisation des acteurs a été
importante car ces derniers sont moins habitués à ce type de démarche et n’ont pas le
même accès à l’expérience territoriale qu’à Dunkerque.
Cependant une volonté politique et un désir de transition des acteurs économiques ont
permis de créer un environnement favorable pour ce type de démarche matérialisée par le
projet DECLYC. Ce projet constitue une amorce importante pour la mise en place
opérationnelle de synergies entre les acteurs pour préserver les ressources, favoriser la
collaboration et atteindre leurs objectifs de transition.

4.3 Facteurs influençant les démarches EIT


De ces entretiens sont ressortis un certain nombre de facteurs qui influencent la mise en
place d’une EIT. Ces facteurs peuvent avoir une importance plus ou moins grande en
fonction de la démarche concernée, mais il convient de les prendre en compte étant
déterminants pour son succès.

4.3.1 Facteurs de succès


Un premier facteur de succès dans la mise en place d’une démarche EIT est la motivation
des acteurs impliqués. Si les acteurs sont motivés les sujets avanceront rapidement et
efficacement. Ils dynamiseront la démarche auprès d’autres acteurs ce qui permettra de
créer un cercle vertueux.

Un autre facteur de succès déterminant est l’atteinte de compromis entre les acteurs. Lors
de la construction de projet, si tous les acteurs sont écoutés, sentent que leurs
préoccupations sont prises en compte et s’approprient le sujet alors ce dernier aura
beaucoup plus de chances d’aboutir. C’est un gage de réussite au départ mais aussi tout au
long du projet car ils devront s’y impliquer régulièrement.

59
Enfin, le troisième facteur de succès est la présence d’une structure animatrice qui « pilote »
le débat. Cette entité doit assurer le bon déroulement du projet et des débats pour en
garantir un développement cohérent. Sa forme peut varier en fonction des projets et des
territoires mais son implication est indispensable.

4.3.2 Recommandations pour reproduire la démarche d’EIT


Afin de reproduire au mieux la démarche d’EIT, il est important de lister quelques
recommandations.
Tout d’abord, il faut bien prendre en compte que chaque territoire est différent et qu’il faut s’y
adapter. Il est bien sur important de s’appuyer sur ce qui a déjà été réalisé : échanger sur les
REX des autres territoires, ce qui a fonctionné ou non. Le réseau SYNAPSE notamment vise
à faciliter cet effort en étant une plateforme de partage de connaissances. Mais il existe aussi
souvent des études déjà faites sur le territoire qu’il ne faut pas hésiter à utiliser. Pouvoir
s’inspirer de ce qui a été fait tout en l’adaptant aux spécificités et objectifs des acteurs est
une première marche à suivre pour réussir l’établissement d’une démarche.

Une seconde recommandation pour reproduire la démarche avec succès est d’avoir un
soutien politique. Les commanditaires au niveau politique doivent avoir une sensibilité pour
ce genre de démarches et une volonté de les établir sur le territoire. Sans ce soutien, la
tâche sera beaucoup plus difficile voire impossible.

Pour finir, il est essentiel de rechercher sur le territoire un acteur porteur pour le projet. Cet
acteur doit avoir la volonté de fédérer et de rechercher un consensus afin de mener le projet
dans l’intérêt général. Il permettra d’animer et de dynamiser le projet et son identification
constitue un point d’étape important dans la reproduction de la démarche.

4.3.3 Moteurs
Un des principaux moteurs pour la mise en place d’une EIT est la rentabilité économique. En
effet, il ressort des entretiens réalisés qu’un des principaux facteurs attirant les industriels
vers ce type de démarche est le fait qu’ils puissent réaliser des économies. Sans cette
incitation il est difficile d’engager, pour la première fois, un industriel dans cette démarche qui
demande du temps et des investissements de sa part. Une fois que l’acteur s’est investi
dans une démarche lui faisant faire des économies, il est plus simple de discuter avec lui le
fait de réaliser des actions plus ambitieuses sur le sujet de l’EIT. C’est d’ailleurs pour cela

60
que les opérations « quick wins » sont importantes comme évoqué dans l’étude de cas sur
Dunkerque.

Un second moteur qui ressort de ces études de cas est l’objectif des industriels d’être plus
vertueux. Certains industriels ont une sensibilité écologique qui les pousse vers les
démarches EIT. Cependant, ce facteur dépend de l’acteur et ne peut pas être l’unique
argument présenté aux industriels qui envisagent ce genre de démarches.

4.3.4 Freins
Bien que les industriels aient de nombreux avantages à s’engager dans une démarche d’EIT,
il existe un certain nombre d’aspects d’implication qui peuvent les freiner dans leur
engagement.

L’un des principaux freins qui bloque les industriels à s’investir dans une démarche est le
temps. Les entreprises ont leurs opérations et leurs préoccupations à gérer et n’ont souvent
que peu de temps à accorder aux démarches EIT. S’il n’y a pas une réelle volonté de
l’industriel d’allouer des ressources et du temps à la mise en place de démarches, ces
dernières peuvent être retardées et donc retarder les bénéfices pour les parties prenantes.
Cela représente donc aussi un défi organisationnel pour les entreprises qui doivent dégager
de la bande passante chez certains collaborateurs pour faire avancer les projets d’EIT.

Un second point de blocage qui ressort des entretiens est le partage des données. Afin de
pouvoir mener des démarches d’EIT, les acteurs doivent partager une partie de leurs
données d’entreprise avec les autres acteurs. Cela peut inclure leur consommation
énergétique, les matières dont ils ont besoin pour leurs process, le type de vecteur
énergétique qu’ils utilisent etc… Or certains industriels sont réticents au partage de ces
informations pour des raisons de secret d’entreprise, de compétitivité ou autre. Il est donc
nécessaire de les convaincre et de les rassurer notamment avec des accords de
confidentialité car cette étape est la première et est essentielle pour une coopération
fructueuse entre les acteurs.

Le changement d’habitude constitue aussi un frein important pour les industriels. Créer un
projet d’optimisation des ressources en commun sur parfois plusieurs années avec d’autres
entreprises n’est pas quelque chose auxquelles elles sont habituées. Surpasser ces
habitudes est un point de blocage, d’où le défi que représente la tâche de les embarquer sur
le projet.

61
Finalement, les centres décisionnaires ne sont pas toujours implantés sur le territoire
concerné, ils sont parfois à Paris ou à l’étranger par exemple. Cela pose problème pour
plusieurs raisons : les centres décisionnaires sont éloignés des problématiques et du
contexte local ce qui fait qu’ils peuvent ne pas comprendre tout l’intérêt du projet. De plus,
les sites locaux doivent parfois faire remonter les décisions vers ces centres, ce qui prend du
temps et des ressources. Ils sont donc plus réticents à s’engager.

4.3.5 Risques
La mise en place d’un EIT comporte tout de même quelques risques qu’il est important de
connaître.
Tout d’abord, les entreprises s’exposent à des risques de marché lorsqu’elles s’impliquent
dans des synergies. En effet, il se peut que le marché de certaines énergies ou matières
évoluent exposant les entreprises à des risques lorsque les synergies reposent sur ces
dernières. Un exemple pouvant être cité est le laitier de haut-fourneaux qui est un coproduit
d’ArcelorMittal à Dunkerque et qui est utilisé par Ecocem pour la production de ciment. Le
laitier a pris beaucoup de valeur sur le marché et pourrait exposer la synergie à un risque de
revente du laitier sur les marchés plutôt que pour cette dernière. Pour pallier à ce risque, une
contractualisation à long terme est mise en place pour pérenniser la synergie. Cela permet
de fixer les gisements et les coûts afin de pérenniser les modèles économiques et d’avoir un
temps de retour sur investissement fixe.

Un second risque peut être le défaut d’une entreprise participante. En effet si une entreprise
fait faillite, les interactions inter-entreprises peuvent être mises en péril au même titre qu’un
écosystème naturel. Par exemple, si une entreprise produisant de la chaleur fatale ferme, les
entreprises dépendant de cette dernière peuvent être impactées. C’est pourquoi des
solutions sont prévues lors des phases d’études. Ces dernières peuvent par exemple être
des installations de secours, temporaires ou définitives.

62
Figure 22. Schéma récapitulatif des facteurs affectant la mise en place d'une EIT

4.4 Soutiens et financements


Le financement d’une démarche EIT est variable d’un projet à l’autre. Les acteurs impliqués,
la nature du projet, son territoire ou encore sa gouvernance peuvent influencer comment la
démarche sera financée. Cependant dans la grande majorité des cas, des financements
publics couvriront en partie les budgets.
En effet, parmi 56 des répondants de l’état des lieux de l’EIT de 2024, les financements
publics représentent en moyenne 61% de leur budget. Cette part confirme l’importance de ce
type de financement dans la création de l’EIT et dans son modèle économique (ADEME,
2024).

Les financements publics peuvent être séparés en deux catégories : les subventions de
fonctionnement et les financements projets.
Les subventions de fonctionnement permettent de financer une partie des coûts
opérationnels d’une démarche, une fois qu’elle est mise en place, afin de l’aider à se
pérenniser. Cependant ce mode de financement se fait de plus en plus rare car les
financeurs publics tendent à préférer financer des projets et actions (Auxilia et al., 2018).

Le second type de financement public est le financement « projets ». Ils émanent des
Régions, de l’ADEME, de services de l’État etc… et financent des projets spécifiques pour la
mise en place de synergies ou des démarches. Par exemple, le financement « Territoires
d’innovation » a permis au territoire de Dunkerque de couvrir une partie du budget de 15
actions. Le financement « ZIBAC » a permis de financer des études de faisabilité tant à

63
Dunkerque que dans la Vallée de la Chimie. La part de financement « projet » ne dépasse
généralement pas plus de 70% du budget (Auxilia et al., 2018).

Les modes de fonctionnement privés sont quant à eux variables en fonction du projet. Il y a
notamment les cotisations que paient les entreprises pour accéder aux services d’une
organisation ou d’un réseau. C’est le cas pour ECOPAL qui fait payer une cotisation aux
acteurs voulant adhérer à l’association.
La rémunération via des prestations est aussi source de revenue. Par exemple ECOPAL
réalise diverses prestations comme des études de faisabilité auprès de certains territoires
qui lui permettent de générer des revenus. Les modalités des financements privés peuvent
aussi être déterminées au cas par cas en fonction des projets via une discussion entre les
acteurs.

Enfin, une troisième forme de financement est l’auto-financement. Il arrive que les structures
possèdent leurs fonds propres auxquels elles peuvent recourir. Ces fonds propres
représentent en moyenne 14% du budget total de la démarche (ADEME, 2024).

Figure 23. Schéma des différentes sources de financement d'une démarche EIT

4.5 GIE : un premier pas dans l’implantation territoriale et la


collaboration
Parmi les modèles d’organisations inter-entreprises qui existent, un se démarque par son
approche qui permettrait de faciliter la mise en place de démarche EIT. Le groupement
d’intérêt économique (GIE) est une structure juridique entre plusieurs entreprises visant à

64
« développer leur activité économique par la mise en commun de compétences et de
moyens » (Service Public, 2024).
Cette mise en commun peut prendre différentes formes telles que des travaux d’études
(recherches, ingénierie etc.), des services communs (transports, informatique), des actions
commerciales (achats de matière premières, études de marché) ou encore des création de
magasins collectifs (Service Public, 2024). Cependant les entités doivent conserver leur
totale indépendance les unes vis-à-vis des autres dans leurs activités économiques.

De par son modèle, le GIE encourage la collaboration entre entreprises et à avoir une vision
systémique afin de développer leur activité économique. Cette approche se rapproche de
celle de l’EIT et peut permettre d’abaisser certaines barrières que les entreprises pourraient
avoir concernant cette collaboration inter-entreprises. Les entreprises pourront plus
facilement assimiler que s’associer pour optimiser des ressources peut être bénéfique.
Un bon exemple est le GIE OSIRIS de la plateforme Les Roches-Roussillon qui en plus
d’avoir des services supports, sécurité et logistique, permet de se fournir en utilités fluide et
en énergie. Ces deux derniers points peuvent s’inscrire dans une stratégie d’EIT plus large
que le GIE développe depuis 2018 (Réseau SYNAPSE, 2024).

De plus, en raison de la mise en commun, le GIE tend à être lié à un territoire pour être
pertinent. Si les entreprises participantes souhaitent mettre en place des services communs,
il est probable que ce soit entre acteurs proches ce qui limite naturellement l’extension du
GIE. Ce point est une autre similarité avec l’EIT qui n’a de sens que si elle est envisagée
localement.

Ainsi la structure du GIE permet d’établir un cadre juridique encourageant la collaboration


entre entreprises tout en conservant une indépendance dans la conduite de leurs affaires.
Cela constitue potentiellement un premier pas vers une vision collaborative de certains
services avec d’autres entreprises du territoire tout en enlevant la crainte d’une dépendance.

4.6 Réponse à la problématique


Au vu des éléments exposés jusqu’à maintenant, il est possible de proposer une réponse à
la problématique de ce travail : « Comment l’efficacité énergétique permet à un industriel de
repenser sa stratégie de transition énergétique ? »

Dans une première partie, les différents mécanismes et outils d’efficacité énergétique en
France ont été évoqués (cf. § 3.1). Ces derniers permettent aux industriels de mettre en

65
place une politique de performance énergétique. Cependant, les économies d’énergie
réalisées via ces mécanismes sont limités à ce qu’il est possible de faire à l’échelle d’un site
ou d’une entreprise. Des gains d’énergie peuvent donc rester inexploités malgré une
politique de performance énergétique efficace. Or il est essentiel pour les industriels de
maximiser leur efficacité énergétique afin de limiter les pertes financières mais aussi
d’atteindre leurs objectifs de transition énergétique.

La solution exposée dans cette seconde partie est celle de l’écologie industrielle et
territoriale. Cette dernière est un pilier de l’économie circulaire et permet aux industriels d’un
même territoire de créer des synergies énergétiques de substitution et de mutualisation entre
eux. Le nombre d’EIT sur le territoire a augmenté de manière constante depuis le milieu des
années 2010 grâce à un cadre législatif favorable, l’essor des financements publics et le
développement de référentiels, d’outils et de méthodologies. En effet, le référentiel ELIPSE,
la méthodologie COMETHE ou encore le réseau SYNAPSE ont contribué à structurer et à
accélérer le développement des EIT sur le territoire français au point qu’il y ait aujourd’hui au
moins une démarche par région. La diversité de financements, qu’ils soient publics ou privés,
permet aux démarches de diversifier leur budget afin de limiter les risques et de se
pérenniser.
Les études de cas des démarches d’EIT du territoire dunkerquois et de la vallée de la chimie
ont mis en évidence la façon dont les synergies énergétiques améliorent l’efficacité
énergétique des sites industriels.
- Avec les synergies de substitution, les sites ayant des sources d’énergie
inexploitables par eux-mêmes peuvent les valoriser avec un autre industriel du
territoire limitant cette perte nette d’énergie. Les sites « receveurs » évitent d’extraire
des sources énergétiques additionnelles de l’environnement en exploitant celles déjà
présentent chez les autres sites du territoire.
- Les synergies de mutualisation permettent aux industriels d’investir dans une
infrastructure énergétique commune. Ils gagnent en efficacité énergétique via cette
méthode en réalisant des économies d’échelles pour investir dans des technologies
plus performantes. Cette infrastructure aura aussi un suivi et une maintenance
standardisés entre tous les industriels limitant les négligences. Enfin, la
complémentarité des besoins réduisent les variations ponctuelles de production afin
de limiter les pertes d’énergie.

L’EIT est une solution pertinente à la recherche d’efficacité énergétique supplémentaire des
industriels. Les étapes de sa mise en place nécessite une concertation et des compromis
avec les autres parties prenantes et une gouvernance moins centralisée. L’entreprise n’est

66
plus la seule décisionnaire dans le développement de son efficacité énergétique et dans sa
stratégie de transition. De plus, elle doit considérer de nouveaux facteurs affectant les
démarches d’EIT dans ses décisions notamment les risques et les moteurs potentiels.

La recherche de gains d’efficacité énergétique supplémentaires motive les industriels à


s’impliquer dans des démarches d’EIT. Ces dernières imposent en revanche une dynamique
de collaboration et de décision entre acteurs. De ce fait, en participant au déploiement de
démarches d’EIT, les industriels repensent leur stratégie de transition énergétique en y
incluant le territoire et ses acteurs.

5 Nouvelles stratégies d’entreprise pour l’EIT


5.1 Des changements internes et externes pour les entreprises
L’augmentation de démarches d’EIT en France et la volonté des territoires de promouvoir
ces initiatives entrainent des changements pour les entreprises à la fois en leur sein et dans
leurs relations avec leurs partenaires.

Cette nécessité de changer pour les entreprises est particulièrement vraie au niveau
organisationnel si elles souhaitent participer efficacement à des projets de cette nature.
En interne, des postes et missions pourront être créés – ou à minima il faudra adapter la
charge de certains employés - afin de se doter de ressources consacrées spécifiquement à
la mise en place de démarches d’EIT. Cette dernière demande du temps et sans salariés
ayant des postes ou des missions dédiés à l’économie circulaire et la transition énergétique,
les entreprises auront plus de mal à être réactives et à appréhender efficacement les projets
et enjeux.
En plus d’attribuer des ressources aux démarches d’EIT, il est important de former certains
employés dont les missions seront affectées. En fonction des projets de synergie, certains
processus internes (traitement des déchets, maintenance etc.) pourraient être impactés et
les employés doivent être préparés à ces changements. Au-delà de ces formations, les
employés doivent être sensibilisés à ces enjeux afin d’assurer à la fois leur compréhension
et leur implication dans la démarche. Cette sensibilisation peut passer par de la
communication sur les projets et leur but couplé par l’appui des employés « relais » qui
permettront de propager le message auprès des « non-convaincus » et de changer la culture
de l’entreprise.

67
La sensibilisation et la formation autour des enjeux de l’économie circulaire est aussi à
réaliser auprès de la direction car c’est elle qui va déterminer l’implication du site dans des
démarches d’EIT. C’était un des objectifs de la série de 6 masterclass réalisée par « rong yi
solutions » en partenariat avec la Mission Vallée de la Chimie et AXELERA.

Cette direction de site doit aussi se voir attribuer un pouvoir décisionnaire concernant
l’engagement et les décisions de l’entreprise sur les démarches EIT. En effet, les sites ont
généralement une compréhension du contexte local et des spécificités du territoire que les
centres décisionnaires délocalisés n’ont pas. Le fait que le siège social de certaines
entreprises soit ailleurs que sur le territoire concerné peut jouer un rôle dans la non-
concrétisation de synergies. Cela a d’ailleurs été le cas pour un projet de feeder dans la
Vallée de la Chimie qui n’a pas abouti en partie pour cette raison (Gobert, 2017).

Des changements pour l’entreprise se produisent également à l’extérieur de celle-ci. Comme


déjà évoqué dans les études de cas, elle doit composer avec un certain nombre d’acteurs
alors qu’elle était auparavant seule décisionnaire. Par exemple, afin d’améliorer leur
efficacité énergétique, la prise de décision dans la mise en place d’une synergie est
multilatérale contrairement à une AAPE « classique » venant d’un audit dont l’application est
décidée uniquement par l’entreprise. La chaine de prise de décision de l’entreprise s’en
trouve, de ce fait, impactée. Ce changement de paradigme dans la stratégie de transition est
important et la gouvernance de celle-ci doit être décidée par les acteurs afin d’atteindre d’un
consensus. Les directions des organisations doivent être prêtes à composer avec d’autres
décisionnaires sur des sujets majeurs et à maintenir cet engagement sur le long terme. La
sensibilisation aux enjeux et la compréhension de la démarche est donc essentielle pour
abaisser certaines barrières et avoir des discussions constructives et des sujets qui avancent
efficacement.

5.2 Les écosystèmes d’innovation


La participation à une démarche EIT stimule un certain nombre de changements à la fois
internes et externes pour les entreprises.

Par exemple, cette participation peut affecter et dynamiser d’autres stratégies d’entreprise
comme l’innovation. La recherche de solutions à des problématiques locales entre acteurs
afin de réaliser une transition énergétique et écologique accroit la dynamique d’innovation du
territoire. Cette observation est également ressortie des entretiens : via la création de
synergies, les entreprises, centres de recherches, universités et organisations territoriales

68
créent un tissu territorial propice à l’échange d’idées, de solutions de connaissance et de
valeurs. Les acteurs entament un processus d’apprentissage collectif en testant et en
analysant ce qui fonctionne, les facteurs influant le succès d’une opération, comment
améliorer les résultats obtenus etc… Ce tissu territorial et ce processus d’apprentissage
vont, à leur tour, renforcer le développement d’activités innovantes pour répondre aux enjeux
énergétiques et écologiques tout en maintenant une compétitivité économique et industrielle.

En outre, de la collaboration et de la vision commune et systémique instaurée par l’EIT peut


naître des innovations qui auraient été peu ou pas envisageables sans. C’est également ce
qui est observé par Guillem Achermann dans ces travaux sur les dynamiques territoriales
d’innovation : « c’est dans la capacité des acteurs à valoriser collectivement un capital
productif, organisationnel et cognitif spécifique que se dessinent des solutions innovantes
par rapport aux difficultés d’adaptation des territoires aux crises systémiques » (Achermann,
2014).

La dynamique territoriale d’innovation qui en résulte peut nourrir une politique établie telle
que celle des écosystèmes d’innovation. Un écosystème d’innovation est « un regroupement
d’acteurs au sein d’un réseau ouvert, partageant des objectifs communs liés à la Recherche,
au développement (R&D) et à l’Innovation permettant notamment des innovations de
ruptures grâce à un partage de ressources (connaissances, infrastructures, financements…)
et de compétences » (Cateura, 2024). Les recherches autour du sujet ont conceptualisé les
écosystèmes par les modèles « à hélice ». Le premier modèle qui a émergé est celui de la
« triple hélice » par Leydesdorff et Etzkowitz qui définissent que « l’innovation est le résultat
d’interactions fortes entre les universités, les entreprises et les administrations publiques »
(Achermann, 2014).

Dans ce modèle, chaque « pâle » de l’hélice conserve ses caractéristiques traditionnelles


mais est aussi influencée par les autres dans le but de produire des connaissances et
innover. Les décideurs politiques vont fixer un cadre et les conditions du développement
d’une politique d’innovation. Les entreprises vont soutenir les efforts de développement. Les
universités vont quant à elles produire des connaissances et les rendre opérationnelles
(Baaziz et al., 2017).
Les pâles vont s’influencer mutuellement et créeront parfois des structures hybrides, fruit de
ces interaction fortes : centres de recherches privés, incubateurs etc… (Achermann, 2014).
D’autres modèles ont fait l’objet d’études comme la « quadruple hélice » qui ajoute la
composante de la société civile, des arts et des médias dans le processus innovatif. Ces
composantes peuvent influencer le processus innovatif en faisant part de leurs valeurs, de

69
leurs besoins mais aussi en prenant part à des initiatives citoyennes et en créant des
associations (Baaziz et al., 2017). Dernièrement, le modèle de la « quintuple hélice » a été
formalisé et inclut les problématiques environnementales pour leur impact sur les systèmes
sociaux et économiques ainsi que sur l’innovation des acteurs.
La quintuple hélice est un modèle d’innovation permettant la collaboration entre acteurs pour
la recherche d’innovation afin de répondre à des défis économiques, sociaux et
environnementaux (Baaziz et al., 2017). Les défis se rapprochent en certains points de ceux
que les démarches d’EIT souhaitent relever tout comme les principes de collaboration et de
partage de connaissances.

Un écosystème d’innovation émerge à la fois d’une volonté politique de créer un


environnement propice à ce type de modèle d’innovation mais également de la volonté des
parties prenantes de participer et collaborer à ce modèle. Il possède ses objectifs, sa
stratégie, ses financements, ses infrastructures et son cadre réglementaire.
Les démarches d’EIT créent quant à elle un écosystème où les différents acteurs du territoire
échangent et cherchent des solutions à des problématiques locales. Elles peuvent ainsi
« nourrir » un écosystème d’innovation en créant ou en stimulant des liens entre acteurs.
Ces derniers pourront collaborer sur des projets innovants ensemble grâce aux liens qu’ils
ont établis lors de la création de synergies.
L’EIT est aussi source d’activités innovantes, de par sa recherche de solutions compétitives
à des problèmes parfois complexes ayant des implications environnementales et sociales
fortes.

L’écosystème d’innovation et l’EIT ne dépendent pas l’un de l’autre mais peuvent


s’influencer. Le premier est la formalisation et l’institutionnalisation d’une politique
d’innovation collaborative qui permet de pérenniser le modèle dans un territoire. La seconde
est une source de dynamisme de la collaboration et de l’activité innovante pour le premier.
Les deux peuvent exister l’un sans l’autre mais leur coexistence constitue un cercle vertueux
pour le territoire et les acteurs et va renforcer la pertinence et compétitivité des initiatives.

De par son ancrage territorial, ses activités et son modèle, l’EIT est une source de
dynamisme pour les écosystèmes d’innovation ce qui pousse les acteurs à la prendre en
compte dans d’autres domaines de leurs stratégies que celui de la création de synergies.

70
6 Conclusion
Ce travail a proposé une réflexion sur les changements que peut impulser l’efficacité
énergétique dans la stratégie de transition énergétique des industriels.
L’actuel cadre réglementaire et les outils mis à disposition des industriels sont assez
complets pour leur permettre de mettre en place une politique d’efficacité énergétique.
L’audit énergétique réglementaire et le système de management de l’énergie régis
respectivement par les normes NF EN 16247 et ISO 50001 permettent d’établir un socle
technique. Des aides sont mises en place telles que l’abattement sur le TURPE et la
compensation des coûts indirects du CO2 avec une contrepartie réglementaire qu’est le PPE.
Enfin les CEE représentent un mécanisme d’incitation aux travaux d’efficacité énergétique
chez les industriels.
L’ensemble de ces mécanismes visent à rendre incontournable la mise en place d’un
politique de performance énergétique. Cependant, cette dernière et les actions qui en font
partie concernent un site ou entreprise en particulier et les gains d’efficacité énergétique sont
limités par ce qui est possible de réaliser au sein de ces structures.

Dans cette recherche d’efficacité énergétique, l’EIT constitue une solution permettant de
s’affranchir de cette limitation en ouvrant la stratégie de transition sur le territoire. Des
actions et des gains d’efficacité énergétique impossibles à réaliser auparavant sont
désormais accessibles en adoptant une vision écosystémique et en s’associant avec
d’autres acteurs. La création de synergies permet de limiter les pertes d’énergie des
industriels mais également de favoriser l’échange autour de problématiques communes. Via
cette ouverture, les industriels peuvent repenser leur stratégie de transition énergétique dans
un contexte plus large et en incluant d’autres acteurs.

La participation à une EIT dans le but d’améliorer l’efficacité énergétique des industriels fait
également naitre des activités innovantes afin de pouvoir répondre efficacement à des
problématiques locales et communes. La dynamique territoriale instaurée par l’EIT influence
aussi d’autres stratégies d’entreprise telles que l’innovation. La création de synergies entre
acteurs est source d’activités innovantes. Ces activités innovantes nourrissent les
écosystèmes d’innovation qui auraient été établis entre acteurs en établissant ou en
stimulant les liens entre eux.

Un perspective pour la suite de ce travail peut être d’étudier l’influence de l’EIT dans d’autres
stratégies d’entreprise que celle de l’innovation. Une autre piste est d’explorer d’autres
solutions permettant d’augmenter l’efficacité énergétique des industriels.

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7 Annexes

Figure 24. Toile de la transition énergétique de l'AGUR (AGUR, 2023)

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