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Et Incertitudes D'une: Risques Trise

Les riziculteurs des Hautes Terres malgaches font face à des risques écologiques et à des incertitudes liées à la production de riz, exacerbées par des systèmes d'irrigation mal maîtrisés. Bien que les agriculteurs aient développé des pratiques adaptées à leur environnement difficile, les projets de développement peuvent introduire de nouvelles précarités. La gestion de l'eau est cruciale pour la réussite de la riziculture, mais les variations climatiques rendent cette gestion complexe et incertaine.

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Et Incertitudes D'une: Risques Trise

Les riziculteurs des Hautes Terres malgaches font face à des risques écologiques et à des incertitudes liées à la production de riz, exacerbées par des systèmes d'irrigation mal maîtrisés. Bien que les agriculteurs aient développé des pratiques adaptées à leur environnement difficile, les projets de développement peuvent introduire de nouvelles précarités. La gestion de l'eau est cruciale pour la réussite de la riziculture, mais les variations climatiques rendent cette gestion complexe et incertaine.

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Riz, risques et incertitudes : d'une maî¬

trise à une dépendance


L'exemple des riziculteurs des Hautes Terres malgaches

Chantai BLANC-PAMARD*

Risque mais aussi aléa, incertitude, précarité, insécurité... autant de termes


pour nommer les problèmes aux multiples aspects que rencontrent les
agriculteurs malgaches.
Dans la production du riz et dans la production agricole en général, ils
sont, à des niveaux différents, confrontés à plusieurs incertitudes.
Il y a tout d'abord, pour la riziculture, le risque lié à l'écologie des Hautes
Terres. « Les paysans sont, si l'on ose dire, assurés de subir au moins une
mauvaise récolte tous les quatre ou cinq ans» (RAISON, 1984). Le climat et ses
accidents ne sont pas favorables à la riziculture. L'étude de la riziculture sur
les Hautes Terres de Madagascar, en système traditionnel et dans le cadre
d'une opération de développement à objectif d'intensification, montre que
dans le premier cas les riziculteurs ont, par leur connaissance du milieu et leurs
pratiques, mis au point une gestion du risque. Au contraire, avec la
SOMALAC (Société Malgache d'Aménagement du lac Alaotra) qui véhicule
un système de riziculture intensive reposant sur un bon contrôle de l'eau à
l'aide du réseau mis en place sur le périmètre hydro-agricole, la mauvaise
maîtrise de l'eau introduit un facteur d'incertitude pour les agriculteurs. Cette
insécurité instaurée par le projet s'ajoute au risque « traditionnel » et aboutit à
une situation d'une grande précarité. L'accumulation de facteurs d'incertitude
se traduit à plusieurs niveaux. Elle désorganise l'itinéraire cultural du riz, avec
une incidence sur le rendement, et désarme les riziculteurs qui adoptent en
réponse à cette situation une stratégie anti-risque basée sur l'extensification et
qui s'éloigne de l'objectif de la SOMALAC.
Sur les Hautes Terres centrales de l'Imérina, autour de Tananarive, le relief
est constitué par des collines d'altitude moyenne autour de 1 200-1 400 m dont
les versants aux pentes plus ou moins accentuées constituent un réseau de bas-
fonds de taille inégale vallon, vallée et plaine alluviale dont la pente
d'ensemble est faible. Les Hautes Terres associent deux grandes unités, les bas-
fonds où se concentrent les rizières (tanimbary) et les tanety (ou collines)

* Géographe CNRS, URA 94, EHESS, 54 Bd. Raspail, 75006 Paris.


V

/a\ 437
CHANTAL BLANC-PAMARD

domaine de l'élevage des bsufs et des cultures pluviales. Dans le système


agraire, l'eau eaux de surface et eaux de pluie est une préoccupation
constante des agriculteurs. C'est un facteur et un outil écologiques dont la
gestion quotidienne montre la connaissance précise qu'en ont les commu¬
nautés rurales étudiées (BLANC-PAMARD, 1985). Cette eau qui est tant attendue
au début de la saison des pluies et autour de laquelle s'organise tout un
système de production dont la riziculture irriguée est l'élément principal, il
faut tour à tour et en même temps s'en protéger, la récupérer, l'évacuer. Il faut
en contrôler la quantité mais aussi la qualité. Par des pratiques variées, elle
irrigue mais intervient aussi dans la lutte contre les adventices. Elle est une
sécurité et a nécessité pour cela la mise au point de pratiques très
perfectionnées.
La culture du riz dépend de deux impératifs majeurs, la chaleur et l'eau.
Dans des conditions optimales (DOBELMANN, 1976), le riz exige une
température moyenne de 28° à 30° et entre 900 et 1 000 mm d'eau, ce qui
correspond à des besoins en eau de plus de 1 2 000 m3/ha pendant la durée du
cycle végétatif qui dure de 130 à 200 jours.
Le climat, avec une température parfois très basse et une pluviosité souvent
médiocre n'est pas favorable et, dans ces conditions marginales, la riziculture
reste une remarquable réussite. Les riziculteurs ont su s'accomoder d'un milieu
difficile avec des pratiques culturales efficaces qui reposent sur une connais¬
sance très fine du milieu. Ils reconnaissent que, pour le riz, les facteurs
importants sont la température extérieure et celle de l'eau, l'alimentation en
eau et la texture imperméable du sol due à la présence de l'argile.
Par riz irrigué, on entend la riziculture avec maîtrise de l'eau assurant le
maintien permanent d'une lame d'eau. Il faut pouvoir disposer de l'eau
pendant les travaux de préparation de la rizière et avoir de l'eau pendant le
cycle complet de la plante. La riziculture irriguée se différencie en deux
systèmes de culture suivant la pratique ou non du repiquage. Le semis direct
est un système extensif de riziculture. Le système intensif se caractérise par le
semis en pépinière. L'intérêt que les riziculteurs voient dans la pépinière par
rapport au semis direct, c'est une moins grande dépendance vis-à-vis des
premières pluies. Le problème de l'eau ne se pose pas pour les pépinières qui
peuvent bénéficier des eaux de source. L'eau s'écoule lentement, de gradin en
gradin, par des brèches pratiquées dans les diguettes, après avoir circulé tout
autour de la parcelle dans de petites rigoles. La terre a besoin d'être humide ;
c'est seulement au moment de la germination et de l'enracinement des plants
que la parcelle doit être submergée. Le repiquage a lieu à des dates différentes
suivant les possibilités d'alimentation en eau dans les rizières. L'avant-veille du
repiquage, on diminue le niveau d'eau de la rizière pour chauffer le sol
{hampafana ny tany) afin que la pousse des jeunes plants soit activée. Les
plants sont repiqués dans une boue fluide qui est nécessaire pour effectuer cette
opération dans les meilleures conditions. Dès la reprise des plants, on
maintient la hauteur de la lame d'eau autour de 10 cm pour lutter contre le
développement de la végétation adventice. L'entretien de la rizière se poursuit
par la conduite de l'eau. Comme la culture se fait pendant la saison des pluies,
l'eau d'irrigation est un complément qui apporte la sécurité à la culture. Les
exploitants doivent veiller à maintenir le niveau d'eau jusqu'à la période du
tallage, 40 à 50 jours après le repiquage.
La maîtrise de l'eau est fonction des conditions topographiques et
climatiques. L'organisation des fonds de vallée montre l'utilisation des facteurs
orographiques et des disponibilités en eau ; les parcelles sont doucement
étagées du bas de tanety au point le plus bas et séparées par des diguettes plus

438
Le risque en agriculture

ou moins élevées. L'irrégularité décevante de la pluviosité dans son volume


global et dans sa répartition demeure le principal souci des paysans ; elle doit
être compensée par un réseau d'irrigation, ce qu'autorise la nature des sols de
bas-fonds. Le réseau de circulation des eaux est très ingénieusement adapté à
une topographie de détail et aux ressources en eau et est caractérisé par un
système très souple d'irrigation et de drainage. Dans le cas d'irrégularités
météorologiques pluviométrie et température , celui-ci sert de tampon. Si
les pluies tardent ou sont faibles, l'eau peut être conduite dans la rizière ; s'il
pleut trop, l'eau peut être évacuée. La maîtrise de l'eau permet à la riziculture
d'être presque indépendante des conditions du milieu.
La définition et la classification des saisons montrent combien la réparti¬
tion des précipitations rythme l'année en 3 ou 4 saisons d'une durée inégale. Le
climat des Hautes Terres est du type tropical d'altitude à deux saisons bien
tranchées. Il est caractérisé par une saison sèche nette de mai à septembre. Les
mois d'octobre et d'avril reçoivent quelques précipitations. Les pluies se
concentrent pendant la saison chaude de novembre à mars. La pluviométrie
annuelle moyenne est de 1 350 mm, la moyenne des températures est inférieure
à 20°.
Les agriculteurs des Hautes Terres vivent dans l'espoir de précipitations
suffisantes à chaque saison de culture du riz. La première saison est
fahavaratra (le temps des orages) caractérisé par les premières pluies qui sont
capitales alors que l'année agricole débute un mois avant, en septembre, avec
lohataona (la tête de l'année) qui est la période d'attente en fahavaratra. Le
fahavaratra est la saison la plus longue et la plus importante de novembre à
mars. Dans la plaine d'Antanetibe, les agriculteurs accordent une grande
importance aux prémices de fahavaratra : aux petites pluies Yora-tokana
(pluie unique) en octobre, les ora-kateloana (pluies qui durent trois jours à la
fin du mois), les ora-kerinandro (les pluies qui durent une semaine) comme
aux intervalles secs dont on sait qu'ils sont cruciaux pour le riz. C'est-à-dire
pour les travaux de préparation de la rizière et le semis après lequel il ne doit
pas pleuvoir pour permettre aux grains de s'enraciner sans mouvements d'eau
qui les disperseraient. Ceci tient aussi au fait que le très lourd travail de
hersage et planage, qui a pour effet d'aplanir au mieux le sol de la parcelle
pour éviter que ne restent des creux avec des flaques d'eau où le grain aurait
tendance à flotter, serait annulé en cas de fortes pluies continues.
De la même façon, le lohataon-kely, petite période sèche entre les premières
pluies et le « vrai » fahavaratra, est perçu très nettement mais ne doit pas se
prolonger car il retarde le repiquage. L'autre grande saison est ririnina, période
froide et sèche, qui dure d'avril à septembre ou seulement de juin à septembre
quand les agriculteurs identifient une saison, fararano, la dernière eau de mars
à juin, caractérisée par l'arrêt des pluies et la moisson.
Il est intéressant de noter que la subdivision la plus détaillée concerne
l'installation des pluies avant que ne commence le fahavaratra en décembre.
Les agriculteurs sont sensibles à l'incertitude interannuelle du début de la
saison des pluies. On prendra deux exemples. Dans la région de Mahitsy les
riziculteurs sont inquiets si le lohataon-kely qui se situe normalement au mois
d'octobre se poursuit jusqu'en novembre et a des conséquences fâcheuses sur
l'alimentation en eau des pépinières et des futures rizières. En 1980, près
d'Ambatolampy, au sud de Tananarive, la saison des pluies a commencé trop
tôt. Les paysans rencontrent des ennuis avec les travaux de labour car la terre
retournée est arrosée aussitôt par une pluie abondante qui laisse pousser
facilement les mauvaises herbes, obstacles rendant très difficiles les travaux de
repiquage du riz. Vues dans leur ensemble, de nombreuses rizières semblent

439
CHANTAL BLANC-PAMARD

n'avoir pas été labourées du fait que les mottes submergées par les mauvaises
herbes ne se distinguent plus. D'après les cultivateurs, les rizières ne pourront
plus produire convenablement parce qu'elles sont refroidies par la constante
eau pluviale depuis la fin de l'hiver.
Tout est fait pour profiter au maximum de l'eau qui tombe (de pluie) et qui
coule (de surface) et pour pallier l'irrégularité des pluies dans un sens comme
dans l'autre (sécheresse ou inondation). À la station de Mahitsy on a
enregistré 2094 mm en 1958, année de très graves inondations, alors que la
moyenne annuelle se situe à 1388 mm. Le total mensuel des précipitations
varie aussi dans des proportions très grandes. On a enregistré dans la même
station 718 mm en décembre 1958 alors que la moyenne de ce mois est 310 mm,
14 mm en octobre 1952, 215 mm en octobre 1958 et une moyenne pour ce mois
de 50 mm. Le trop d'eau jusqu'à une certaine limite et selon le stade végétatif
du riz ne gêne pas les riziculteurs, l'excès d'eau pouvant être évacué {tatatra
azo vakiana, canal que l'on peut casser) par les canaux. Les riziculteurs du
Moyen-Ouest disent même considérer le cyclone comme bénéfique « à
condition qu'il apporte des pluies et pas des vents trop forts qui couchent les
plants de riz». Les irrégularités des précipitations sont particulièrement
sensibles lors de l'établissement de la saison des pluies dont on sait
l'importance pour l'agriculture en octobre, novembre, décembre.
Les exploitants se plaignent surtout car l'année « moyenne » pour les
précipitations n'existe pas. 1982 a connu de graves inondations, les rizières les
plus basses de heniheny ont été submergées. En 1983 il n'a pas plu pendant le
mois de décembre ; le vallon a le moins souffert car il bénéficie des eaux de
source. Dans la plaine alluviale où certains avaient déjà repiqué, les mauvaises
herbes ont envahi les parcelles, le tallage a été mauvais «l'eau n'ayant pas
nourri suffisamment la plante». D'autres exploitants ont attendu les pluies
tardives de janvier pour des rizières mal alimentées en eau et la production en
a été affectée.
La qualité comme la quantité des eaux est un élément que les riziculteurs
prennent en compte. Ils distinguent, d'une part, les quantités d'eau nécessaires
à la préparation du sol de la pépinière et de la rizière et, d'autre part, la
consommation d'eau dans la pépinière puis dans la rizière qui concerne le
développement de la plante et varie suivant la durée du cycle végétatif et la
variété de riz. On doit veiller à maintenir le niveau d'eau jusqu'à la période de
tallage, 40 à 50 jours après le repiquage. En relation avec les exigences du riz,
les riziculteurs savent améliorer, grâce à l'eau, les conditions d'un bon
développement de la plante et savent également corriger les mauvais effets des
eaux froides en jouant sur la hauteur de la lame d'eau. Ils régulent la
température de l'eau en modifiant la hauteur d'eau qui a le rôle d'un matelas
thermique. Une augmentation de la nappe d'eau en refroidit la température,
un abaissement la réchauffe. Dans les rizières qui viennent d'être repiquées, ils
utilisent ce pouvoir tampon de l'eau en maintenant la hauteur de la nappe vers
2-3 cm. De plus, parmi les fonctions écologiques de l'eau en riziculture
irriguée, il faut signaler que l'eau participe à la lutte contre les adventices et
évite ainsi de trop lourds sarclages. Les riziculteurs manipulent l'eau dans des
conditions bien précises. Dans la plaine d'Antanetibe où est pratiqué le semis
direct, le sarclage manuel n'est pas effectué mais les riziculteurs combinent,
avant et après le semis, une série d'actions qui ont pour effet de supprimer les
adventices avec des techniques à sec puis avec l'eau. Après le labour, fin
septembre, qui entraîne l'enfouissement à sec de la végétation herbacée et des
chaumes de riz, on fait entrer l'eau dans la parcelle à partir du canal. Le
hersage est effectué jusqu'à 2 à 3 fois à quelques jours d'intervalle puis le

440
Le risque en agriculture

planage. On laisse la terre se ramollir ; le but est double, d'une part, obtenir
une terre bien molle et un sol bien plat sans creux où une flaque d'eau ferait
que le grain flotterait et ne s'enracinerait pas, d'autre part, décomposer la
végétation enfouie et combattre toute croissance d'herbes. Au bout d'une
semaine, on évacue l'eau. La pluie n'est attendue que 15 à 20 jours après le
semis. Un mois après le semis, les plants étant robustes, on fait rentrer l'eau
dans la parcelle. À nouveau, cette technique d'entrée d'eau soudaine et en
quantité étouffe les adventices qui ont accompagné le riz dans sa croissance.
On ferme la vanne de sortie et on laisse la parcelle pleine d'eau, sur 50 cm
environ, jusqu'à la maturité du riz, vers la fin du mois de mars. Un mois avant
la récolte, qui a lieu en avril-mai, on ouvre la vanne de sortie.
Les riziculteurs disent qu'ils ne font rien contre les mauvaises herbes
dans le sens d'une façon culturale (le désherbage) mais ont d'autres moyens
pour les combattre. C'est l'eau qui asphyxie les concurrentes du riz grâce à un
savant dosage de la hauteur d'eau basé sur la croissance du riz et des
adventices et sur leurs tailles différentes.
De la même manière, pour le repiquage, les exploitants veillent à la
préparation de la parcelle où le riz est repiqué. Une fois les travaux de hersage
effectués, ils augmentent le niveau de l'eau dans la parcelle pour achever
d'étouffer la flore adventice avant que les plants de riz ne soient repiqués. Le
sarclage manuel qu'effectuent les femmes après le repiquage est ainsi moins
lourd.
Dans un pays de longue tradition rizicole l'eau participe de différentes
façons à la riziculture irriguée. Elle représente une sécurité dans un milieu
d'altitude où les conditions climatiques restent marginales. Elle est un outil
écologique dans la mesure où par des pratiques variées, elle participe aux
différentes phases de l'itinéraire cultural. Dans un système de riziculture
traditionnelle on voit tout l'intérêt à connaître les valeurs attribuées à cette
ressource ainsi que les pratiques culturales et leurs significations vis-à-vis du
milieu et de son utilisation.
La riziculture traditionnelle est orientée vers une réduction maximum du
risque climatique qui repose sur la gestion de l'eau. Il n'en est pas de même à
la SOMALAC chargée de développer une riziculture intensive irriguée. Cette
opération a nécessité la mise en place d'une infrastructure hydraulique
sophistiquée dans laquelle la maîtrise de l'eau n'est pas assurée. L'eau qui est
en riziculture traditionnelle un facteur de sécurité devient ici un facteur de
risque et conduit les riziculteurs à mettre en 'uvre des stratégies prudentes
les superficies en semis direct restent importantes qui ne correspondent
pas aux objectifs d'intensification de la SOMALAC.
La SOMALAC Société Malgache d'Aménagement du Lac Alaotra
créée en 1961 est intervenue dans une région qui constitue une entité
géographique, la cuvette de l' Alaotra à 160 km au nord-est d'Antananarivo.
Les Sihanaka étaient autrefois les seuls occupants de la cuvette ; avec des
activités de riziculture et de pêche, leur implantation était restée très localisée.
Des colons européens mais aussi des malgaches, des Mérina principale¬
ment, s'installent dans la zone occidentale. La mise en valeur rizicole de la
région ne démarre qu'après la seconde guerre mondiale. La SOMALAC à sa
création prend en main les aménagements hydro-agricoles ayant pour but la
maîtrise de l'eau sur trois périmètres délimités couvrant 30 000 ha. Chargée de
développer une riziculture intensive irriguée, la SOMALAC a également
effectué un réaménagement foncier visant au remembrement et au lotissement
des exploitations. L'opération a pris en compte un espace homogène dans le

441
CHANTAL BLANC-PAMARD

sens d'une vaste cuvette où il est possible de produire du riz grâce à


l'irrigation. L'unité de cette région tient à trois caractères : son immensité, son
hydromorphie, sa potentialité rizicole. En fait, derrière l'étiquette SOMALAC,
se cachent trois périmètres de culture dont les conditions hydrauliques,
foncières et humaines ainsi que l'histoire sont différentes. La population reste
aujourd'hui très inégalement répartie entre Sihanaka et immigrés des
Mérina principalement dont les traditions et les techniques rizicoles sont
différentes.
L'essentiel des aménagements et lotissements ont été terminés en 1974. À
partir de cette date, la SOMALAC n'a pu entraîner ni des gains de
productivité, ni une assurance de la production avec en particulier aucune
sécurité des approvisionnements en eau en relation avec les phénomènes
climatiques.
La culture du riz est dominée par deux systèmes de culture majeurs : le
semis direct et le repiquage, ce dernier étant privilégié par la SOMALAC.
Leurs résultats varient du simple au double. Ils semblent se stabiliser autour de
3 t/ha pour le riz repiqué et de 1,7 t/ha pour le semis direct. L'observation des
variations interannuelles montre des écarts plus forts pour le riz repiqué que
pour le semis direct laissant supposer une plus forte vulnérabilité du système
en repiquage aux aléas climatiques et à leurs conséquences hydrauliques.
Le climat est de type tropical semi-humide et chaud. Les précipitations
annuelles sont de l'ordre de 1 200 mm avec une nette croissance du nord au
sud et un important effet d'altitude sur les bordures de la cuvette. On distingue
une saison sèche bien marquée d'avril à octobre et une saison humide de
novembre à mars. A Ambohitsilaozana, la pluviométrie moyenne est de 1 099 mm.
L'irrégularité interannuelle est très forte, avec une variation sur 35 années
(1944-1978) de 750 mm à 1 841 mm (fig. 1). On prendra pour exemple les
totaux de trois années consécutives : 1 247 mm en 1975, 895 mm en 1976, 1011
mm en 1977. Se succèdent année pluvieuse, année sèche ou encore retard ou
avance de premières pluies, autant d'éléments qui sont néfastes pour la
riziculture. De plus, la moyenne du nombre des jours de pluies est de 60 jours,
mais elle peut varier de 50 à 95 jours suivant les années. Cette irrégularité
s'accorde mal avec des pratiques impératives et avec un calendrier d'intensifica¬
tion basé sur des données moyennes. La forte variabilité interannuelle ne
manque pas d'avoir d'incidence sur celle des résultats si les aménagements
n'assurent pas une sécurité d'approvisionnement en eau. Les années 1980/1981
et 1981/1982 montrent la très forte vulnérabilité aux accidents climatiques.

Année Nbre jours Précipi¬ Rendement Indice Taux Taux pertes Surf,
de pluie tations SOMALAC Rendt replq. surf. cuit. non cuit.

1980/81 43 536 1,94 71 48,5 Z 16 Z 4852 ha


1981/82 84 1674,6 2,23 82 37,5 Z 3,7 Z 1101 ha

1980/1981 se caractérise par une sécheresse extrêmement forte, entraînant


immédiatement une baisse des superficies, la modification des systèmes de
cultures, une forte chute des rendements (moins 500 kg/ha en riz repiqué et
moins 300 kg/ha en semis direct) et de la production totale. Les paysans se
trouvaient dans une très mauvaise situation financière pour aborder la
campagne suivante 1981/1982. Ceci explique le changement du riz repiqué au
semis direct (48,5 % en 1980/1981, 37,5 % en 1981/1982). Les paysans ne
disposaient pas des fonds nécessaires pour faire face aux coûts engendrés par
le repiquage. 1981/1982 se traduit par un renversement total de la situation

442
Le risque en agriculture

mm mm

300 300

200 200

100 100

ASONDJFMAMJJ ASONDJ FMAMJ J

1976 1975

Total 895 mm Total 1427 mm


Faibles précipitations et mauvaise répartition «Bonne année» pluviométrique

mm

500

400

300 300

200 200

100 100

ASONDJ FMAMJ J
1973
Total 1377 mm Total 1099 mm
Fortes pluies mais mauvaise répartition : Précipitations moyennes mensuelles
0 mm en novembre (période 1944-1978)

Fig. 1. Ambohitsilaozana, précipitations mensuelles

443
CHANTAL BLANC-PAMARD

climatique : excès d'eau et inondations qui se traduisent encore, mais dans une
moindre mesure, par des réductions de superficies mais aussi par des pertes de
production.
L'année 1982/1983 a eu une pluviométrie caractéristique d'une année
moyenne mais la forte inversion qui s'était produite au cours des campagnes
1980/1982 au détriment du repiquage et en faveur du semis direct ne s'est
amenuisée que faiblement ; le taux du semis direct reste supérieur à ce qui
prévalait avant 1980/1982. De plus on peut remarquer que la bonne
climatologie a plus profité au riz en semis direct avec un rendement de plus
de 2 tonnes qui est souvent une quasi culture pluviale, qu'au riz repiqué.
L'étude des 2 campagnes montre la vulnérabilité hydraulique, agronomique et
économique des systèmes de culture paysans de la SOMALAC.
Le projet d'intensification rizicole de la SOMALAC repose sur un
itinéraire cultural très strict dont la maîtrise de l'irrigation est une des
conditions essentielles afin de pouvoir respecter le calendrier cultural norma¬
lisé. Ainsi « une lame d'eau comprise entre 10 et 15 cm doit être maintenue en
permanence dans les parcelles, sans cesse renouvelée puis évacuée après la
coupe », comme le recommande la SOMALAC.
Dans les 3 périmètres aménagés et répartis entre des attributaires pour une
riziculture intensive, l'eau manque malgré la mise en place d'un réseau
sophistiqué (fig. 2.)

PC 15 PC 23 PC Nord

Superficies cultivées 2 802 ha 11 207 ha 14 794 ha


Superficies correc¬
tement Irriguées 2 000 ha 5 420 ha 8 709 ha

Au total 16 127 ha sur les 28 303 ha cultivés sont correctement irrigués.


D'un côté, les paysans rendent le « Génie » responsable d'une telle carence car,
avant les aménagements, la zone « ne souffrait pas d'eau », de l'autre, les
techniciens mettent essentiellement en cause la gestion de l'eau par les paysans.
Dans le PC Nord, par exemple, le débit moyen totalisé est de 21 350 1/s,
suffisant pour irriguer 8 500 ha alors que le périmètre est beaucoup plus vaste.
De plus, les ressources en eau d'irrigation ne correspondent pas au calendrier
des besoins. L'eau d'irrigation, bien qu'en quantité insuffisante, est disponible
en saison des pluies, au moment où les rizières sont elles-mêmes alimentées par
les pluies. C'est donc particulièrement pour la pépinière, le repiquage et la
floraison-maturation aux deux extrémités du cycle cultural que les
besoins en eau sont mal assurés.
Les problèmes du réseau tiennent à des facteurs techniques, structurels
d'une part et d'entretien d'autre part.
La création de tels réseaux dans les zones les plus basses de la cuvette ne
prend pas en compte la gestion amont-aval des bassins versants. On a misé sur
la seule maîtrise du périmètre. Aujourd'hui, la pénurie d'eau est due à des
défauts techniques connus. L'accumulation des dépôts sableux dans les
réservoirs de stockage et dans les canaux est liée au phénomène d'érosion
accélérée qui dégrade les reliefs déboisés des bassins versants. Cete perte d'eau
vient aussi des paysans qui, au fil de l'eau, prennent de l'eau sur les rivières
pour irriguer leurs parcelles en amont des PC.
Le manque d'eau tient aussi à l'aménagement interne. L'affaissement de la
tourbe lié à l'assèchement par drainage a été sous-estimé. L'important

444
Le risque en agriculture

Fig. 2. Le PC 23. Les mailles BSE (bien servis en eau) et MSE (mal servis en eau)

troupeau bovin participe également à la dégradation du réseau. Les digues des


canaux s'écroulent à cause du passage répété de gros troupeaux pâturant le
long des chemins sur les diguettes et s'abreuvant dans les canaux.
Enfin rien n'a été fait pour informer les paysans, les Sihanaka, d'une part,
qui pratiquaient une riziculture traditionnelle sur le marais par brûlis et semis
à la volée sans aucun aménagement, les immigrés, d'autre part, qui ont une
longue tradition de riz repiqué. Or, pour ces derniers, originaires des Hautes
Terres, la gestion des collines du haut des collines jusqu'aux bas-fonds rizicoles
reste une tâche importante qu'ils savent maîtriser ; de plus, ils n'utilisent pas
deux types de canaux pour l'irrigation et le drainage mais un seul canal qui a
les deux fonctions d'irriguer et de drainer. Un apprentissage pour ces deux
populations qui sont les utilisateurs et acteurs dans cette opération a fortement
manqué.
La gestion et l'entretien sont complexes puisque le SDR (Service de
Développement Rural) et la SOMALAC en ont tous deux la charge. Cette

445
CHANTAL BLANC-PAMARD

dernière est incapable de faire respecter la bonne marche de circulation du


réseau.
Les canaux tertiaires et quaternaires sont le plus souvent ensablés ou
envahis par la végétation. Les paysans ne les entretiennent pas, disant qu'ils ne
vont pas curer un canal où ils ne sont pas sûrs que l'eau arrivera. Ils ne curent
qu'à l'arrivée de l'eau et retardent ainsi le calendrier cultural. Ou encore ils
surcreusent ou élargissent les quaternaires pour voir arriver l'eau à leur
parcelle. Ou bien ils dérivent l'eau du canal drain IV où il y a de l'eau...
vers leurs parcelles en le bouchant en aval.
On assiste aujourd'hui à une inversion de fonction des canaux : les drains
surélevés pourraient jouer le rôle d'irrigateur et les irrigateurs dont le plancher
est affaissé celui de drain. L'utilisation de cette inversion de fonction n'est pas
encore « autorisée ». Pourtant les cultivateurs qui manquent d'eau n'hésitent
pas à aller la récupérer dans le canal drain.
Paysans et techniciens se renvoient la reponsabilité du manque d'eau. Pour
les techniciens, malgré l'existence des défauts techniques connus, le débit
alimentant le périmètre est suffisant, pour les paysans l'eau n'est pas dans la
rizière quand il le faut. Ces derniers remarquent le volume des eaux dans les
canaux drains par rapport aux irrigateurs. Ceci leur fait dire : « ce n'est pas
l'eau qui fait défaut, c'est plutôt une mauvaise organisation de sa distribu¬
tion ». De plus, beaucoup de ces attributaires ont connu la période où la zone
« ne souffrait pas d'eau » et où l'on savait « répartir l'eau » avec une irrigation
du temps des concessions européennes par simple buse guidant l'eau dans les
parcelles. Enfin, les riziculteurs ajoutent qu'ils comprendraient la pénurie en
période de forte sécheresse mais qu'il ne devrait pas y avoir de problème d'eau
en période normale pour toutes les raisons qu'ils évoquent.
Ainsi l'eau qui peut représenter une sécurité pour les riziculteurs est ici en
fait un risque constant.
Les deux systèmes de semis direct et de repiquage coexistent. Bien que ce
dernier fasse l'objet de tous les efforts de la SOMALAC, il ne concerne d'après
une moyenne établie de 1974 à 1982 que 52 % des superficies rizicoles. Les
variations interannuelles sont fortes de 37,5 % en 1981/82 à 59 % en 1977. Les
deux calendriers rizicoles montrent le décalage par rapport aux calendriers
optimaux de la SOMALAC avec des travaux de labour plus tardifs et des
opérations beaucoup plus étalées : semis de mi-novembre à fin mars, pépinière
de mi-octobre à mi-décembre et repiquage de début décembre à fin février (fig. 3).
En semis direct, les riziculteurs sèment des quantités importantes entre 160
à 200 kg à l'ha, une plus forte densité du semis étant destinée à apporter une
sécurité par rapport à l'insuffisance d'eau et à combattre les adventices. La
SOMALAC recommande 150 kg/ha. Le repiquage dans des conditions
« normales » doit avoir lieu 45 jours après le semis en pépinière ; les bonnes
dates de repiquage sont entre le 1er novembre et le 30 décembre, la date limite
étant le 15 janvier.
Le choix du système cultural en début de campagne agricole dépend des
« possibilités » de chacun des exploitants, de leurs objectifs et de leur marge
d'incertitude. Ceux-ci tiennent compte tout d'abord des caractéristiques et des
résultats de la campagne précédente mais aussi de la connaissance qu'ils ont de
la maîtrise de l'eau à la parcelle, de la taille de la parcelle, de la main d'
utilisable dont la force nécessaire varie en fonction du semis direct ou du
repiquage, des possibilités en main d' salariée (liquidités financières), en
travailleurs agricoles familiaux et en entraide, enfin du matériel agricole qui est
disponible ou qu'il faudra louer.
Au fur et à mesure du déroulement de la campagne agricole, les paysans

446
Le risque en agriculture

Août Sept. Oct. Nov. Déc. Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juil.

Semis direct
Labour xxxxxxxxxxxxxxxx
Semis
Entretien
Irrigation
Récolte M H I I U4-MH-H-

Repiquage
Labour xxxxxxxxxxxxxxxxxx
Pépinière
Repiquage ! 1 1 1 1 1 1 1 1 ! M ! M I !
Entretien
Irrigation
Récolte 4 -H I I I n-m t fr

Fig. 3(1). Calendrier cultural des riziculteurs

Août Sept. Oct. Nov. Déc. Janv. Fév. Mars Avril Mal Juin Juil.

Semis direct
Labour xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Semis
Entretien
Irrigation
Récolte I M I I I I I I I I I M I

Repiquage
Labour XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
Pépinière
Repiquage l ! ! ! M! ! ! U1 Ml 1 !
Entretien
Irrigation
Récolte llllll H-H-H-H .

Les "bonnes dates" Légende : xxxxxxxxx Labour


Pour le semis direct : ooooooooo Pépinière
1er au 30 nov.» tout semis après -« Entretien
le 15 déc. entraîne une chute de Irrigation
la production MltlMM Repiquage
M++M + H- Récolte
Pour le repiquage ï Semis
1er nov. au 30 déc. tout repiquage
après le 15 janvier entraîne une
chute de la production

Fig. 3 (2). Calendrier cultural de la SOMALAC

font des choix au niveau des pratiques culturales qui sont basés sur la
connaissance qu'ils ont du milieu et qui sont appliqués dans leur quotidienneté
en fonction de la gestion de l'eau d'irrigation et des pluies. Ils portent sur la
lutte contre les adventices, les dates des façons culturales (retard voulu pour
lutter contre les adventices, obligé par manque d'eau ou contraint par la
recherche de salariés), enfin sur les pratiques plus ou moins expéditives. On a
pu noter une très grande souplesse alors que les techniques proposées par la
SOMALAC ont une grande rigidité : « il faut... » (tokony) (voir le calendrier
cultural en p. 450 et 451 qui concerne surtout le repiquage).
L'eau «miantoka my vokatra» (qui assure la production) est un grave
problème dans ce système de riziculture irriguée qui repose sur une bonne
alimentation en eau. Il faut insister sur la véritable tyrannie qu'exerce l'eau
pour les riziculteurs ; l'eau, c'est-à-dire la combinaison de l'eau de pluie et de
l'eau d'irrigation qui doit la devancer et en être le complément.

447
CHANTAL BLANC-PAMARD

On rencontre plusieurs problèmes d'eau dans la rizière :


il n'y a pas d'eau
il n'y a pas assez d'eau
l'eau arrive en quantité mais trop tard. Par exemple, pour le riz repiqué,
il faut de l'eau le 15 octobre dans la pépinière mais l'eau n'arrive que le 15
décembre
l'eau est mal répartie sur toute là parcelle mal nivelée
l'eau stagne dans la parcelle au moment où elle devrait être évacuée
avant la moisson.
Dans tous ces cas l'eau nécessite un surcroît de travail et crée une
insécurité. Les paysans subissent une double contrainte du fait du retard de
l'eau et de la position, en conséquence, des périodes de travaux dans le temps.
Le choix de l'un ou l'autre des systèmes de culture a une signification par
rapport à la maîtrise de l'eau qui apparaît plus nettement chez les migrants que
chez les Sihanaka. Il reste vrai que le semis direct est considéré par beaucoup
comme une stratégie anti-risque. On a pu noter qu'il n'y a pas de relation
directe entre « Bien servi en eau/repiquage » ou « Mal servi en eau/semis
direct » mais plutôt entre la maîtrise de l'eau et le rendement plus ou moins
élevé. Le semis direct est une réponse au manque d'eau mais est pratiqué aussi
pour d'autre raisons, que l'analyse des systèmes de production permet
d'éclaircir.
Les paysans qui ont une mauvaise maîtrise de l'eau d'irrigation font un
semis tardif vers le 22-25 décembre au moment où ils sont sûrs de pouvoir
bénéficier des eaux de pluies et avant les fêtes de fin d'année.
Il reste que, quelque soit le système de culture adopté, la gestion de l'eau
reste un gros travail. Ces travaux sont, en début de campagne, l'entretien des
canaux et diguettes et, tout au long de la culture du riz, la suveillance de l'eau
qui occupe 4 mois les riziculteurs en semis direct, 6 mois ceux en repiquage à
raison de plusieurs fois par semaine.
La gestion de la non-assurance de l'eau coûte du temps et nécessite des
« techniques à mettre au point ».
Pour les paysans, l'eau désherbe et est traditionnellement utilisée dans les
façons culturales pour lutter contre les adventices. Ici, dans les conditions
présentes, elle ne peut plus intervenir favorablement car elle n'est pas toujours
en quantité suffisante et au moment voulu. Des aménagements ont été adoptés
qui concernent le système de culture :
La solution générale est d'augmenter la quantité de semis : 60 et même
80 kg/ha en repiquage, 160 et jusqu'à 200 kg/ha en semis direct. La quantité
augmente d'autant plus que l'exploitant est en retard par rapport au
calendrier.
Le retard volontaire du semis est également une pratique pour amoindrir
la pousse des adventices. En semis direct, certaines parcelles mal assurées de
l'eau d'irrigation sont semées tardivement de façon dense. Dans ce cas, les
paysans ne sarclent pas manuellement (opération extrêmement coûteuse en
temps) et ne cherchent pas à acheter de Désormone (herbicide). Le rendement
est moindre mais l'exploitant n'a pas à surmonter le coût du désherbage. Le
pire est, qu'après un semis direct ainsi calculé, l'eau se fasse attendre, les
adventices ayant alors le temps de se développer et de concurrencer les grains
de riz qui ont du mal à s'enraciner. Pour cette raison, la prégermination est
quelquefois effectuée. La même technique est adoptée en repiquage. La pousse
maxima des adventices se situant entre le 1" décembre et le 15 janvier, les
riziculteurs retardent la date des repiquages après le 15 janvier afin que le cycle

448
Le risque en agriculture

végétatif du riz ne soit pas en concurrence avec celui des adventices. Ils perdent
sur le rendement (perte estimée à 500 kg/ha) mais sont gagnants sur la quantité
de sarclage qui représente un gros travail.
Tout ceci va à contre-sens de la politique de la SOMALAC pour laquelle le
respect du calendrier cultural est un des 5 thèmes d'intensification et qui
préconise l'utilisation conjointe de deux herbicides (Désormone et Stam F 34),
le premier produit se trouvant au marché noir, en faible quantité et pas au bon
moment, c'est-à-dire en début de campagne, le second étant absent.
En raison du manque d'eau, alors que celle-ci est traditionnellement utilisée
pour diminuer le travail du désherbage, et du manque de produits chimiques,
pratique introduite, les paysans se trouvent désarmés face au problème des
adventices et jouent sur le calendrier cultural en attendant janvier-février où ils
sont assurés d'une quantité d'eau. On voit comment l'action conjuguée du
manque d'eau et de désherbant se répercute négativement sur le calendrier.
D'autres solutions concernent l'adoption d'un système de culture plutôt
qu'un autre. Ainsi, on a pu remarquer chez certains riziculteurs, migrants
surtout, qui regrettaient de ne pas pouvoir repiquer à cause du manque d'eau,
une pratique intéressante en semis direct avec une technique plus élaborée.
Après le labour à sec, ils effectuent le hersage et le planage aux premières
pluies puis évacuent l'eau qu'ils laissent entrer à nouveau en quantité un
certain temps pour étouffer les adventices. L'eau est à nouveau évacuée, une
bonne mise en boue est faite et le semis a lieu sur un sol bien préparé. Cette
façon culturale combine une bonne préparation du sol et la lutte contre les
adventices.
Une autre solution est le système mixte, avec juxtaposition des deux
systèmes sur un même lot ou sur une exploitation, ce qui a l'inconvénient
d'étaler dans le temps un calendrier déjà chargé.
La stagnation de l'eau est également un problème en fin de cycle cultural,
quand il est nécessaire d'évacuer l'eau de la rizière à maturité, quinze jours
avant la coupe environ. Ceci entraîne un travail supplémentaire : les
exploitants creusent au milieu de la rizière un canal d'évacuation des eaux vers
le canal qui borde la rizière ; dans ce canal dont le plancher est trop haut l'eau
stagne également. La technique est de barrer ce canal pour retenir l'eau en
amont et permettre ainsi l'écoulement de l'eau de la rizière.
On a des paysans en quête d'eau et le second type d'actions concerne le
réseau d'irrigation. Les riziculteurs ont une stratégie qui les oppose aux
techniciens du service hydraulique : ils cherchent par des actions qualifiées
d'illégales par la SOMALAC à « avoir de l'eau dans leurs parcelles ». Ces
actions sont pour la SOMALAC le témoignage de l'indiscipline paysanne et
expliquent en partie le manque d'eau sur le PC. Ce sont pour les paysans les
moyens d'avoir de l'eau en quantité, puisqu'elle coule dans les canaux, et à
temps, puisque les travaux de préparation, de semis et de repiquage ne peuvent
pas attendre. Ces actions sont individuelles et collectives. Les pratiques
individuelles sont néfastes pour les voisins dont les parcelles aval manquent
d'eau à la suite de l'installation de ces prises « pirates ». Ce sont des barrages
temporaires, hesika, installés sur les irrigateurs quaternaires, découpés dans la
diguette mitoyenne du canal et de la parcelle pour dévier l'eau et augmenter le
débit qui entre dans la rizière par la brèche ainsi ouverte. Ceci rappelle la
pratique employée sur les Hautes Terres où, dans le système d'irrigation
traditionnel, on casse un morceau de diguette et on obstrue le canal en aval de
la parcelle à irriguer.
D'autres actions sont plus graves car elles détériorent le réseau d'irrigation.
449
CHANTAL BLANC-PAMARD

Ce sont la construction de batardeaux sur les drains III pour amener l'eau
dans l'irrigateur III qui lui est parallèle et n'a pas d'eau. Ceci a plusieurs
conséquences. Le drain et l'irrigateur étant séparés par le chemin d'accès aux
rizières, il faut ouvrir le chemin perpendiculairement aux deux canaux. De
plus, en aval de l'ouvrage, le canal drain III n'a plus d'eau jusqu'au canal II et
la parcelle du côté de ce drain sera difficilement irriguée pour des raisons
d'équilibre de la nappe d'eau. On constate également la destruction des
ouvrages où se trouvent les repères réglant le débit des canaux.
L'eau est un facteur de production important. Dans une riziculture
coûteuse, l'eau « qui assure la production » doit remplir son contrat c'est-à-
dire apporter la sécurité d'une bonne récolte. Or la mauvaise maîtrise de l'eau
fragilise le système introduit par la SOMALAC et crée un risque. Aussi les
exploitants ont mis au point toute une stratégie anti-aléatoire qui les détourne
de l'intensification et donc du repiquage. Il faut d'ailleurs insister sur le fait
que l'eau est incontestablement un facteur de meilleur rendement mais n'est
pas l'élément significatif d'un système de culture par rapport à un autre
comme aurait tendance à le dire le discours de la SOMALAC. Dans
l'échantillonnage du PC 23, où les riziculteurs pratiquent le semis direct, 65 %
sont bien servis en eau et 34 % mal servis en eau, le jugement intervenant du
point de vue du système de culture.
On passe d'une maîtrise des aléas climatiques en système traditionnel par
une gestion de l'eau à une dépendance sur les périmètres de culture de la
SOMALAC dans un système hydraulique non sécurisé sur la moitié des
superficies cultivées. À la SOMALAC, on a introduit paradoxalement par le
biais d'un aménagement hydro-agricole la précarité qui conduit les rizicul¬
teurs, à adopter le semis direct dont le rendement est fonction de la
pluviométrie.
Une gestion du risque par les uns, une stratégie anti-risque par les autres
sont deux solutions à la réduction du risque climatique. Il reste qu'on ne peut
isoler cet aléa ; les riziculteurs des Hautes Terres de Madagascar sont
confrontés à d'autres risques de caractère technique, social et économique
qu'ils prennent en compte dans la stratégie globale qu'ils mettent en duvre
dans leur système de production.

LE CALENDRIER CULTURAL'
1. Pépinière : à entreprendre dès qu'il y a suffisamment d'eau et qu'il commence à faire plus chaud,
au plus tard le 15 décembre.
Il faut préparer correctement le sol, effectuer le labour, la mise en boue, le planage.
Une pépinière de 3 ares suffit pour une rizière de 1 ha. Répandre de l'engrais de fond à
raison de 5 kg NPK par are.

Les semences :

utiliser des semences sélectionnées


prégermination des semences en sacs pendant une demi-journée dans l'eau puis exposées au
soleil
semences de 8 kg par are sur le sol mis en boue.
II faut veiller à l'irrigation :

Une fois le semis effectué, le sol doit toujours être humide pendant 3 jours.
Du 4e au 8e jour on irrigue le soir et on évacue l'eau le matin.
Du 8' au 15e jour, maintenir entre 3 et 4 cm la hauteur de la lame d'eau ; eau à renouveler 2
fois.
Du 15e jour au 30e jour : maintenir entre 5 et 8 cm la hauteur de la lame d'eau ; eau à
renouveler 2 ou 3 fois.

450
fotoampambolena
Vaw Aketsa
Mampiasa ambioka voatantina

Fampiisidana ny Ambioka

Fandritana Tanihetsa 3 Ara dia mahasahana


tanimbary 1 hekitara

Fampidiran-drano Mandritra ny Andro taha-4 ka Andro laha-8 ka Andro faha-18 ka


ateloana, hatramin'ny hatramin'ny faha-15: hatramin'ny taha-30:
tokony ho andro faha-8 Thnana ho 3 na 4 Tànana ho 5 ka hatra
mando hatrany Mampidi-drano santimetatra ny min'ny 8 sentimetatra
ny tany. ny hariva ary ahavon'ny rano ny ahavon'ny rano

miantoana. Mandrltra ny fotoampanldany


Raha hita fa mavornavo ny ketsa
dia fafazana Zezika siramamy
(sulfate d'ammoniac)

fali ----j-, j >- m~avoketsa


Mampiasafanafody. Miavoketsa
Manetsa

3 Fanetsana //,
- ,.
2 Fikarakarana ny tanimbary Ire0 fotebary
Singam-bary roa ho an'ny
fotobary iray.
Elanelana: 20-25 sm
manelanelana nv tora-tadv roa
ary 1 M 5 sm manelanelana
ny fotobary roa.

Ketsa
Ketsa tanora 30 andro (noho
lm . ~ s dana
y rano betsaka fa
izany dia atao aloha araka atao izay ahatonga azy ho
izay tratra ny hkarakarana mandrevorevo -
Atao lalina ny asa ka mety ny taniketsa!)
indnndra dia vantany vao Fitntenana
tafakatra ny vokatra. ketsa hita salama sy mataniaka
Asaina indray ny tany mba ihany no singanina sy
ampiasaina.

Mampidi-dranosy mandrevorevo.

5 Fiarqvana amin'ny fositra sy


Haom-bary
Fotoam-pamelerany: manomboka
mitariidreny ny varyka
hatramin'ny fisehoan'ny salohy
Mampihena izay tsy izy ny
vokatra ire0 bibikely Ireo.

Mandragiragy (aorian'ny
ny asa tany natao rehefa
vita [Link])
Vila izany dia mampididrano.
Zezika lafik'asa
NPK 300 kilao isan'hekitara
miampy zezi-pahitra
Mandrevorevo
Mandravina

Fandraraham-panatody amin'ny
fiammanidina

ahavon'ny ketsa tanimbary. tsy misy ahidrat: Tsv misy atahorana intsonv
nyami;ny ireo fositra sy

6 Tera-bary- Mamelana
Fampidirawdrano
7 Matoy ny Vary
Manomboka hamainina ny tanimbary
Haombary

Tandremana mba tsy hilaly vantany va0 hita fa mihamatoy


rano ny vafy mandritra ireo Ilan" hnn'
le-potoana ireo (tokony ho
3 herinandro)
Fotoana itàna rano be indrindra. . . ,, ,
8 Mijinja Vary
Rehefa tapitra matoy ny vokatra
eo an-tanirnbary.

Amainina miandatana ny tanimbary


'Tokony hadio (alandava iy
tanimba*! 6-10 andro >- y
\ >fijinjana

FIG. 4. - Le calendrier rizicole


Le risque en agriculture

Il faut protéger les plants contre les poux de riz et veiller, si les plants jaunissent, à répandre du
sulfate d'ammoniaque.
Après 30 jours t arracher les jeunes plants de la pépinière et repiquer.

2. Préparation de la rizière
Aménager le sol.
Labour profond, le mieux serait de faire un labour après la récolte suivi d'un deuxième
labour.
Hersage.
Irrigation et mise en boue.
Planage.

3. Repiquage : le 15 janvier au plus tard


Il faut des jeunes plants de riz de 30 jours, aussi faut-il commencer à temps les travaux de la
pépinière.
Sélection : n'utiliser que les jeunes plants de riz robustes et sains.
Le sol de rizière. Pas besoin de beaucoup d'eau, il suffit que le sol soit boueux. Après le
repiquage, pas d'irrigation pendant les 10 premiers jours.
Les pieds de riz : lors du repiquage, deux tiges suffisent pour un pied de riz. Ecartement
entre deux rangées de pieds de riz : 20 à 25 cm. Ecartement entre deux pieds de riz dans une rangée :
10 à 15 cm.

4. Tallage
10 jours après le repiquage, irrigation jusqu'au % de la hauteur des plants de riz. On comble
les trous, on remplace les plants morts.
1 mois après le tallage, on assèche complètement la rizière jusqu'à ce qu'elle soit crevassée.

on irrigue de nouveau jusqu'au tiers des plants de riz. En même temps on répand de
l'engrais chimique.
Sarclage ou désherbage, veiller à ce qu'il n'y ait pas de mauvaises herbes dans la rizière.

5. Protection contre les ennemis du riz (poux et parasites de la plante adulte c'est-à-dire borers)
Ils sévissent surtout après le tallage et entraînent une diminution de la récolte. Les traitements
aériens donnent de bons résultats.

6. Épiaison Floraison
L'irrigation est importante. Il faut veiller à ce qu'il y ait suffisamment d'eau pendant ces
périodes qui durent 3 semaines environ. C'est le moment où l'eau en quantité suffisante est la plus
nécessaire.
On veille au désherbage : la rizière doit toujours être propre.

7. Maturité
On commence à assécher petit à petit la rizière dès que le riz mûrit, c'est-à-dire 8 à 10 jours
avant la moisson.

8. Moisson
Quand tout le riz de la rizière est mûr, on récolte.

* *

Semis direct (dans le cadre, à gauche sur le document)

Préparer le sol dès qu'il y a suffisamment d'eau et qu'il commence à faire plus chaud. Au
plus tard le 15 décembre.
Hersage (qu'il convient d'effectuer après le labour qui suit la récolte)
Irrigation
Engrais NK.P, 300 kg par hectare en plus du fumier de porc
Mise en boue
Planage
Semis : semences sélectionnées, pré-germées à raison de 120 kg par hectare

451
CHANTAL BLANC-PAMARD

BIBLIOGRAPHIE
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Guyot, F. Conac, CNRS ACCT, Paris, Economica, 767 p.

NOTES

1. Traduction du calendrier cultural présenté par le MPARA (Ministère de la Production


Agricole et de la Réforme Agraire) et diffusé par de grandes affiches dans le cadre de « Taona
Zina » (Pour une année prospère). Ce document est reproduit à la page précédente.
2. Sont en italiques les consignes très strictes du calendrier cultural qui sont encadrées de noir
dans le document original.

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