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Préambule Gouges

La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d'Olympe de Gouges, écrite en 1791, revendique des droits essentiels pour les femmes, soulignant la nécessité d'une lutte politique constante pour leur reconnaissance. Le texte réécrit les principes de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789, en insistant sur l'égalité entre les sexes et le rôle fondamental des femmes dans la société. En s'appuyant sur des valeurs universelles, cette déclaration appelle à une vigilance politique pour garantir et défendre les droits des femmes.

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Préambule Gouges

La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d'Olympe de Gouges, écrite en 1791, revendique des droits essentiels pour les femmes, soulignant la nécessité d'une lutte politique constante pour leur reconnaissance. Le texte réécrit les principes de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789, en insistant sur l'égalité entre les sexes et le rôle fondamental des femmes dans la société. En s'appuyant sur des valeurs universelles, cette déclaration appelle à une vigilance politique pour garantir et défendre les droits des femmes.

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Introduction -Accroche

• La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1798 a une visée


universaliste, utilisant ce terme « Homme » avec une majuscule pour désigner
l’être humain.
• Deux ans plus tard, en 1791, Olympe de Gouges écrit cette Déclaration des
Droits de la Femme et de la Citoyenne , pour montrer que les revendications
des femmes sont non seulement essentielles dans le contexte de l’époque,
mais nécessitent une lutte politique de tous les instants.

Situation
• D’un point de vue littéraire, c’est un véritable processus de réécriture :
l’hypertexte (ici le texte d’Olympe de Gouges) présente des variations avec
l’hypotexte (le texte original, la déclaration de 1789).
• Les différents effets de sens qui accompagnent notamment le changement
de genre font ressortir les revendications des femmes.
• Le préambule et les deux premiers articles sont fondateurs : ils démontrent la
nécessité de déclarer des droits qui sont loin d’être respectés, et qui
nécessitent donc une véritable lutte politique.

Problématique
Comment ce préambule, et ces premiers articles démontrant la nécessité d’une
déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne démontrent-ils déjà la
nécessité d’une vigilance politique constante ?

Mouvements de l’explication linéaire


Le lien logique « En conséquence » marque un moment de basculement dans
ce texte :
1) Démontrer la nécessité d’une véritable déclaration des droits de la Femme
et de la Citoyenne.
2) Inscrire dans les faits la nécessité d’une lutte politique permanente pour
faire advenir et défendre ces droits spécifiques.

Premier mouvement : Une nécessité de déclarer les droits des


femmes
Préambule

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation,


demandent d'être constituées en Assemblée nationale.
Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la
femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la
corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une
déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la
femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les
membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs
devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir
des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de
toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les
réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes
simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la
Constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.

Prendre la parole au nom des femmes


• Le verbe « décréter » présent dans le texte original annonce bien cette
fonction performative du langage juridique (la parole a des conséquences
concrètes).
• L’énumération suit un rythme ternaire « Les mères, les filles, les sœurs » :
toutes les femmes sont concernées.
• La relation familiale évoquée est d’abord verticale « mère … filles » puis
horizontale « filles … sœurs ».
• Le nom commun « sœurs » au pluriel admet donc un sens plus large : toutes
les citoyennes partagent une condition commune.
• Cette phrase est le sujet implicite du verbe « avoir résolu » dans la deuxième
phrase.
⇨ Olympe de Gouges se fait le porte-parole d’une volonté générale des
femmes.

Cette volonté consiste d’abord à prendre un rôle politique


• Le groupe adjectival « représentantes de la nation » est bien une apposition
qui reprend le groupe qui précède : les femmes sont considérées dans leur rôle
politique.
• Le présent d’énonciation « demandent » (l’action se déroule au moment où
l’on parle) vient définir la prise de parole elle-même.
• Dans la Déclaration originale, le préambule n’a pas besoin de faire cette
demande : « Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée
nationale» (ne désigne en fait que des hommes).
• Cette « demande » devient plus loin « réclamations des citoyennes ».
⇨ Cette déclaration n’est pas un simple constat, elle utilise les ressources de
l’argumentation et de la persuasion.
Développer une argumentation
• La phrase suivante est particulièrement longue (on appelle cela une période).
Elle permet de développer une argumentation logique.
• Le participe présent « Considérant que » présente un postulat.
• Le verbe d’état est au présent de vérité générale « ils sont les causes » : le
préambule s’appuie d’abord sur des vérités éternelles.
• Le lien de cause-conséquence est souligné : « les causes », avant de mettre à
jour « le but des institutions politiques ».
• Les constats impliquent une série de CC de but « afin que ».
• Le lien logique « afin que » revient trois fois en tête de proposition (anaphore
rhétorique). Chaque proposition cause la suivante.
⇨ Il s’agit de montrer les conséquences pour le bien commun.

Une revendication féminine qui touche toute la nation


• Les différentes occurrences de « droits de l’homme » sont remplacés par «
droits de la femme ». Cela modifie le sens des phrases.
• La gradation « l’ignorance, l’oubli ou le mépris » (déjà dans le texte d’origine)
insiste l’indignation, mais la déplace contre ceux qui s’opposent aux droits des
femmes.
• L’adjectif « seules causes » se trouvait déjà dans le texte d’origine mais
change de sens ici : le mépris du droit des femmes est responsable de tout ce
qui menace la nation.
⇨ L’article défini pluriel « des malheurs » confirme bien que les injustices faites
aux femmes touchent toute la nation..

Dénoncer le déni de justice des hommes envers les femmes


• Le terme de « corruption » se trouve dans la déclaration originale, mais
s’adressant ici aux hommes, elle désigne une corruption masculine, qui fait
injustice aux femmes.
• Le passé composé « ont résolu » présente une action passée qui a des
conséquences dans le présent : « exposer ». Cette déclaration est le fruit d’une
volonté très forte.
• Les négations lexicales « inaliénables … incontestables » (présentes dans le
texte original) désignent maintenant les droits des femmes.
• De même l’adjectif très fort « sacré » en fait une valeur fondamentale.
⇨ Cette demande de justice favorise une cohésion nationale.
Un discours qui s’adresse à la fois aux hommes et aux femmes
• La métaphore « tous les membres du corps social » prend alors un autre sens
: si les classes sociales sont complémentaires, les hommes et les femmes
également.
• Les deux sont donc présents dans le pronom « leur rappelle ».
• Jusqu’à la fin du texte « au bonheur de tous » implique bien tous et toutes,
conservant une dimension universelle.
• Les mentions de « pouvoir législatif » et « pouvoir exécutif » sont remplacées
par « pouvoir des femmes » et « pouvoir des hommes ». Ce sont bien des
pouvoirs complémentaires.
⇨ Ce texte revendique de véritables actes politiques.

Un texte fondateur qui a vocation à devenir un acte


• Un énoncé performatif : c’est une parole qui a la valeur d’un acte.
• Ici le titre même du texte est repris « une déclaration solennelle » et répété
avec le démonstratif « cette déclaration ».
• L’adjectif « solennelle » la rend à la fois publique et officielle.
• Les CC de temps « sans cesse … désormais … toujours » indiquent qu’après
cette déclaration, les choses ne seront plus les mêmes.
• Le subjonctif, mode de l’irréel « en soient plus respectés » dénonce bien une
situation qui doit changer.
⇨ Olympe de Gouges appelle à un changement historique, résultat du siècle
des Lumières.

Une déclaration qui s’appuie sur des valeurs fortes


• La notion de « respect » s’accompagne d’une notion de légitimité : les actes
politiques (au pluriel) sont légitimes tant qu’ils correspondent au « but » (au
singulier) fixé par cette déclaration.
• La longue phrase se termine sur le même rythme ternaire qu’au début : «
constitution … bonnes mœurs … bonheur de tous ».
• Olympe de Gouges a ajouté les « bonnes mœurs » (mention qui ne se
trouvait pas dans la Déclaration originale) le rôle des femmes est
fondamentalement culturel.
• Les lois humaines sont responsables d’une harmonie qui prend en compte
l’évolution des « mœurs ».
⇨ Olympe de Gouges fait du droit des femmes une conséquence historique du
siècle des Lumières qui doit être mise en acte.
Deuxième mouvement : Une défense effective du droit des
femmes
En conséquence, le sexe supérieur, en beauté comme en courage,
dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et
sous les auspices de l'Être suprême, les Droits suivants de la Femme
et de la Citoyenne.

ARTICLE I
La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les
distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité
commune.

ARTICLE II
Le but de toute association politique est la conservation des droits
naturels et imprescriptibles de la Femme et de l’Homme : ces droits
sont la liberté, la propriété, la sûreté et surtout la résistance à
l’oppression.

Une déclaration par les femmes et pour les femmes


• L’écriture de cette déclaration se présente bien comme une grande «
conséquence » de tout le raisonnement qui précède.
• Dans la déclaration originale, « l’Assemblée Nationale » est remplacée ici par
« le sexe supérieur » : il s’agit bien d’une déclaration faite par les femmes.
Olympe de Gouges se fait leur porte-parole.
• C’est une métonymie courante à l’époque : « le sexe » désigne bien sûr
toutes les personnes qui appartiennent au même genre.
• La périphrase « le sexe supérieur » vient revendiquer ce que la femme
apporte à la société, et que n’apporte pas l’homme.
⇨ Olympe de Gouges veut montrer le rôle prééminent et fondamental des
femmes dans la société.

Une déclaration qui met les femmes au premier plan


• L’équivalence « en beauté comme en courage » donne à la femme des
qualités physiques et morales.
• Le « courage » qui relève souvent du registre épique, c’est-à-dire la guerre
(domaine masculin) est associé ici aux « souffrances maternelles ».
• Plus loin « les droits naturels de la Femme et de l’Homme » confirment bien
que la femme a un rôle prééminent dans la société.
⇨ Les femmes sont premières parce qu’elles sont les premières à contribuer à
la société.
Le droit des femmes contribue au bien commun
• Avec la préposition « dans », le complément circonstanciel « dans les
souffrances maternelles » est à la fois un temps et un lieu.
• Ces « souffrances maternelles » justifient la supériorité : elles ont enfanté les
hommes, ils sont les seuls responsables des destructions.
• L’expression « en présence et sous les auspices de l’Être suprême » se
trouvait déjà dans la déclaration d’origine. Il s’agit d’une référence à une
conception de dieu issue des Lumières.
• La majuscule à « Droits » leur donne une importance fondatrice.
⇨ Le texte présent se préoccupe uniquement des droits des femmes, mais cela
s’explique parce qu’ils favorisent toute la Nation.

Un droit des femmes qui passe d’abord par l’égalité


• Les deux articles sont au présent de vérité générale : « la Femme naît et
demeure » puis « le but de toute association politique est ».
• On décèle une progression : « La Femme » au singulier avec la majuscule,
objet du premier article, permet ensuite d’aborder directement la question des
« associations politiques ».
• Olympe de Gouges a modifié le début du premier article : la liberté et
l’égalité de tous passe d’abord par l’égalité entre hommes et femmes.
⇨ Les distinctions de sexe devancent et complètent les distinctions sociales.

Une égalité entre sexes qui complète l’égalité sociale


• La deuxième phrase n’est pas modifiée : mais cela fait des « distinctions
sociales » un motif complémentaire.
• Ce contexte fait évoluer le sens de l’adjectif « commune » : dans la société,
les classes sociales sont complémentaires, mais les deux sexes le sont aussi.
• L'abolition des privilèges de classe (de l’Ancien Régime) doit conduire à
l’abolition des différences entre hommes et femmes.
• Mise en valeur implicite de l’étymologie de « conserver » : en latin cum-servo
= surveiller, garder, sauver ensemble.
⇨ Cette vision de la société justifie une lutte constante pour le droit des
femmes.
Une dimension philosophique, intemporelle
• Négation lexicale « imprescriptible » : ils ne peuvent être modifiés dans le
temps. Le suffixe « -ible » renvoie aux termes « inaliénable … incontestables »
du préambule.
• Ces droits sont « naturels » parce qu’ils sont « imprescriptibles » et
inversement : la conjonction de coordination « et » exprime ce lien de cause-
conséquence réciproque.
• Les deux points et le démonstratif « ces droits » annoncent que la définition
de ces droits fait l’objet de toute la déclaration.
• La « conservation » entre en écho avec « oppression » : ce qui est juste de
tout temps nécessite cependant un effort pour être gardé.
⇨ La dimension intemporelle et universelle de ces droits n’est pas suivie d’effet
s’il n’y a pas de lutte.

Une déclaration qui incarne un engagement et une résistance


• L’énumération « liberté, propriété, sûreté, résistance à l’oppression » est
chronologique : la liberté rend la propriété possible. La sécurité en permet la
conservation.
• Effet de boucle : la « résistance à l’oppression » permet de conserver la «
liberté » acquise dans un premier temps.
• Dans le contexte d’une déclaration des « droits de la femme » la résistance à
l’oppression vise en premier lieu l’oppression masculine.
• Cela explique pourquoi Olympe de Gouge ajoute l’adverbe « surtout » :
l’oppression appartient au moment présent.
⇨ Établir un droit des femmes est nécessaire avant de défendre sa pérennité.

Conclusion - Bilan
Dans ce préambule, Olympe de Gouges rend bien compte de la nécessité de sa
démarche. Sa déclaration du droits des femmes va démontrer qu’elles reposent
sur des valeurs universelles.
Mais il s’agit avant tout d’une parole féminine, qui met les femmes au premier
plan : revendiquer cette place dans la société, c’est aussi montrer aux hommes
le rôle des femmes dans le bien commun.
Ainsi, les grandes valeurs de liberté, d’égalité et de justice, si elles sont
intemporelles, nécessitent une véritable lutte politique, d’abord pour les
conquérir, ensuite pour les conserver.
Ouverture
Ce texte présente bien des éléments fondateurs pour le féminisme qui s’est
développé ensuite. D'autres discours politiques seront tout aussi essentiels
comme par exemple le discours de Simone Veil en faveur du droit à l'IVG.

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