Les machines pensent-elles ?
Propos autour du spectacle
de Jean-François Peyret
« Histoire naturelle de l’esprit
(suite et fin) »
Propos de Mario Borillo, Henri Prade
et Jean-Luc Soubie
recueillis et édités par Catherine Gadon
en juin 2000
Les livrets du Service Culture UPS n°1
Jean François Peyret et sa troupe ont, au printemps 2000 donné à voir successivement à Rennes,
Bobigny et Toulouse avec « Histoire Naturelle de l'Esprit (suite et fin) », un spectacle original conçu à
partir de la vie d'Alan Turing, un des pères de l'informatique et des précurseurs de l'intelligence
artificielle.
Le spectacle théâtral de deux heures est conçu à partir de textes de scientifiques (biologistes,
mathématiciens, etc.), de philosophes (en particulier Hannah Arendt) et d’éléments biographiques de
la vie d’Alan Turing. Sa mise en scène originale fait appel à une technologie de pointe (traitement
d’image et projection vidéo simultanée) et s’appuie sur un décor de cubes (clin d’œil au système
informatique de dialogue en langage naturel SHRDLU de Terry Winograd ?) de sièges et
lampadaires à roulettes, renvoyant à une dimension ludique de l’enfance. Le corps, l’esprit et leur
relation (si douloureusement vécue par Alan Turing) sont au cœur des interrogations portées par le
spectacle, qui renvoie également à la problématique du théâtre et au jeu des acteurs.
Jean François Peyret s’est lui-même exprimé sur ce sujet à l’occasion du spectacle donné au
Théâtre National de Toulouse (TNT) dans un entretien avec Sébastien Bournac1 :
« Au théâtre, on entre des textes dans les corps des comédiens (input) ; on ne sait pas si ce qui
ressort est mécanique ou vivant (output)(…)
C’est vrai que réfléchir sur le monde infernal de la machine, sur l’idée qu’une machine pourrait
penser et dépasser l’homme, sur l’idée qu’il pourrait ne pas y avoir de différence entre un homme qui
pense et une machine qui pense, nous a étrangement renvoyés au théâtre. La question essentielle
étant : « est-ce que penser c’est manipuler des symboles ? », sachant que le théâtre lui-même ne fait
pas autre chose que manipuler des symboles, jouer avec des codes, nous ne pouvions esquiver la
question de savoir si la machine théâtrale pense ou ne pense pas. (…)
Le comédien dit un texte, le traite sans avoir à le penser, et les spectateurs qui le reçoivent ne le
pensent pas non plus. Mais n’en va-t-il pas toujours ainsi, même hors du théâtre, même sur la scène
de la pensée professionnelle ? Qu’est-ce que comprendre ? qu’est-ce que penser ? En tout cas,
cette question m’intéresse autant que celle de la psychologie des personnage (…)
Que l’homme fabrique des machines « intelligentes » bouleverse nécessairement la définition qu’on
se fait de l’esprit. Que l’homme n’ait peut-être plus le monopole de la pensée n’est pas sans
conséquence sur nos définitions de l’humain et de l’inhumain dès lors que l’esprit était l’apanage de
l’homme. Il y a cette hypothèse, que je caresse volontiers, que si l’homme perd le privilège de la
pensée, il ne lui restera plus que ses passions à traiter, (…) »
Le texte et de nombreux éléments sur la gestation et la conception du spectacle ont été rendus
accessibles sur le site de la compagnie : ([Link]
Les dialogues qui suivent ne visent pas à donner une idée et encore moins une analyse d'un
spectacle très riche qui pendant près de deux heures a mis en scène, bien au-delà de l'anecdote
biographique, une multiplicité de textes et de points de vue autour de questions telles que « Les
machines pensent-elles ? » ou « Faut-il un corps pour penser ? ». Ils se bornent à reprendre
l'essentiel des propos tenus par trois chercheurs en intelligence artificielle de l'Institut de Recherche
en Informatique de Toulouse (IRIT, CNRS - Univ. P. Sabatier - ENSEEIHT) lors d'un débat organisé
à Toulouse le 12 avril 2000 à la suite d'une des représentations, au Théâtre National de Toulouse, du
spectacle conçu et réalisé par Jean-François Peyret. Car cela n'est pas la moindre des vertus de ce
spectacle de faire réagir, s'exprimer et réfléchir le chercheur sur sa propre discipline et les questions
souvent inédites qu'ouvrent ses travaux.
Qu'un metteur en scène utilise une matière scientifique difficile comme argument d'un spectacle, cela
est assez inhabituel. Qu'il en joue d'une manière ludique, esthétique, et qui donne à réfléchir et à
rêver, cela est encore plus remarquable. Que la science soit considérée comme partie intégrante de
la culture contemporaine, qu'elle puisse contribuer à nourrir l'imaginaire de chacun, s'inscrire dans
des recherches d'ordre esthétique, ne peut que faciliter sa vulgarisation, en l'aidant à sortir d'un
isolement d'autant plus redoutable qu'elle est en train de bouleverser le monde.
M. B., H.P., J-L. S.
1 « Le corps donne à l’esprit de quoi s’occuper » conversation avec Jean-François Peyret autour de l’Histoire
naturelle de esprit (suite et fin). 4 pages disponibles auprès du TNT (Théâtre de la Cité), 1 rue Pierre Baudis,
BP 449, 31009 Toulouse – Cedex 6.
Les machines pensent-elles…
Jean-Luc Soubie :
La question centrale autour de laquelle tourne la pièce de J.-F. Peyret « Histoire
naturelle de l'esprit » est : « Les machines pensent-elles ? »
A cette interrogation il nous est demandé d'apporter le point de vue du chercheur
en informatique.
Mario Borillo :
Pour la recherche scientifique proprement dite, en particulier celle qui est associée
aux « machines », c'est à dire à l'informatique précisément, la « pensée » en tant
que telle, holistique, aux contours mal définis, territoire de la philosophie de
l'esprit... n'est pas en soi un objet d'investigation. Mais nos travaux reposent
implicitement sur des présupposés liant telle ou telle forme précise de pensée et
des hypothèses sur la représentation et le calcul.
Henri Prade :
C’est en effet une question que, paradoxalement, l’intelligence Artificielle n’aborde
pas frontalement.
Jean-Luc Soubie :
Il n'existe évidemment pas de réponse péremptoire par oui ou non, fut-elle
argumentée, à une telle question. Cependant, dans son activité quotidienne, le
chercheur est conduit à s'interroger sur le rapport qu'entretiennent les résultats
qu'il produit avec ce type d'interrogation de nature un peu fantasmatique.
Mario Borillo :
Ce que nous étudions en vue de leur reproduction par des machines sont des
phénomènes plus spécifiques, par exemple des formes de raisonnement que nous
mettons en jeu dans la vie quotidienne (le « sens commun » !), d'apprentissage de
procédures, de reconnaissance de formes, de « compréhension » du langage...
Ces phénomènes relèvent à coup sûr de la vie mentale, et ce sont des
phénomènes cognitifs singuliers qui n'avaient pas fait l'objet jusqu'ici de ce type
d'approche scientifique. Avec des résultats troublants, dont on peut parfois trouver
l'écho dans la presse.
Songez à Deep Blue, devenu grand maître échiquéen après avoir battu Kasparov !
Jean-Luc Soubie :
Peut-être est-il insuffisant d'affirmer que penser est une activité humaine qui exclut
que tout autre agent que l'humain puisse l'exercer. Cependant, toute définition de
la pensée appelle la convocation d'une de ses caractéristiques troublantes, la
réflexivité. En effet, la pensée ne se conçoit pas sans la conscience d'elle-même ;
peut-on penser sans avoir conscience que l'on pense, alors que l'on peut agir sans
avoir conscience que l'on a pensé pour agir. Ainsi de suite, jusqu'au vertige, si l'on
pense qu'on pense, alors on pense qu'on pense qu'on pense...
Henri Prade :
Les machines peuvent être dotées de capacités de raisonnement et de prise de
décision de plus en plus sophistiquées. La production de conclusions chez ces
machines peut aller bien au-delà de la pure déduction logique, et permettre
l'induction, le raisonnement par analogie, le raisonnement par défaut,
l'extrapolation, notamment. Les machines peuvent ainsi, par exemple, calculer,
évaluer des situations, faire des diagnostics, planifier, répondre à des questions,
(re) découvrir des lois mathématiques, mettre en évidence des régularités dans
des données, percevoir l'environnement grâce à des capteurs, se mouvoir en
évitant des obstacles, imiter des comportements humains, aider à la créativité, à la
conception de nouveaux objets, voire faire des réalisations artistiques obéissant à
des lois de composition et à de l'aléatoire.
Les machines effectuent leurs opérations souvent plus rapidement et de manière
plus fiable que l'homme en exploitant efficacement de plus grandes masses
d'informations. L'exemple récent de Deep Blue, vainqueur de Kasparov est
effectivement là pour en attester.
Les machines commencent aussi à pouvoir réfléchir sur ce qu'elles sont en train de
faire et ainsi à pouvoir faire évoluer leur comportement. Sans doute demain
pourront-elles résumer des textes, appréhender des émotions, des intentions, voire
faire des évaluations touchant à l'esthétique.
Jean-Luc Soubie :
Les informaticiens ont créé des mécanismes qui permettent de prendre en compte
au sein d'une machine, au moyen de la récursivité, une accumulation,
possiblement infinie, de fonctions s'appliquant à elles-mêmes. L'exemple classique
est le calcul de la factorielle, définie à chaque étape relativement à sa valeur à
l'étape précédente n ! = n(n-1) !. L'un des problèmes est la définition de la
condition d'arrêt de ces calculs qui, mal définie, peut conduire au blocage de la
machine dans une boucle sans fin. L'humain sain d'esprit prend en compte le plus
souvent, des éléments de son environnement pour adapter ces conditions d'arrêt,
ce qu'il est pour longtemps impossible de faire faire à une machine hors d'un
ensemble déterminé de critères définis à priori.
Mario Borillo :
Pour l'Intelligence Artificielle, il faut souligner que de telles performances qu’il
s’agisse d’interpréter des textes, de reconnaître des formes, de résoudre des
problèmes logiques, d’apprendre des procédures… ne sont possibles que dans la
mesure où ses recherches ont pour premier objectif de construire des modèles
formels de ses phénomènes cognitifs à partir de leur observation chez l’homme.
Ces modèles permettent d'écrire des programmes, qui, implantés sur des
machines, font que celles-ci « se comportent », pour le phénomène modélisé -
restriction essentielle - comme le ferait un sujet humain. On parlera alors, à juste
titre, de simulation... Il est important de souligner, du point de vue philosophique,
que pour la première fois dans l'Histoire, des fonctions mentales importantes sont
implantées dans de la matière étrangère à notre corps et que les conséquences à
terme de cette percée techno-scientifique ne peuvent manquer d'être extrêmement
graves. Mais ceci est un tout autre problème, qu’il va falloir affronter parce qu’il
aura des conséquences non seulement économiques – on le voit déjà – mais aussi
civilisationnelles. Pour revenir à l’objet du débat, comme l'a dit Jean-Luc,
conscience et réflexivité, par exemple, semblent être étrangères aux machines.
Ceci sur le plan philosophique. Mais il ne faut pas oublier que de telles recherche
ouvrent aussi, sur le plan théorique, des horizons nouveaux à l'informatique
comme science de la représentation et du calcul.
Henri Prade :
Dans toutes les activités réalisées par la machine le paradigme est toujours le
même : La machine ne fait que résoudre des problèmes... .souvent difficiles... que
l'homme lui pose et qui sont exprimables dans un cadre formel, éventuellement
très général. Même si une seule machine avait toutes les capacités qu'on vient
d'évoquer, on ne pourrait sans doute pas encore dire qu'elle pense.
En effet la machine ne pense pas au sens où elle ne peut pas ultimement décider
de ses buts ni sans doute imaginer de nouvelles représentations du monde...
même si la machine peut formuler des sous-problèmes, dans un espace prédéfini,
par rapport à une tâche poursuivie qu'on lui a assignée... Une machine n'hésite
jamais, ne doute pas ! Elle n’imagine, ni ne rêve.
Clairement au fur et à mesure que l'intelligence artificielle... et l'informatique...
développent des machines capables d'effectuer des tâches réputées intelligentes,
cela pose, par différence, la question de la nature, de la spécificité de la pensée
humaine, qui est sans doute davantage que des capacités de raisonnement et de
réflexion en relation avec la gestion de sensations et d'émotions.
Jean-Luc Soubie :
La question qui semble raisonnablement pouvoir être posée aujourd'hui serait
plutôt : quel rôle peut-on faire jouer à la machine comme support des activités
humaines ? Il suffit de regarder derrière nous pour constater la fantastique
évolution, permise en premier lieu par la technologie, des registres d'intervention
des machines dans l'accompagnement des activités humaines : de la calculatrice
initiale, on est arrivé à l'outil de communication ou d'accès à des données
produites dans le monde entier, voire à la prothèse professionnelle capable de
résoudre des problèmes compliqués mais routiniers ou encore au partenaire de
jeu. On voit bien que cette évolution peut s'inscrire sur un axe allant de l'objet
matériel à l'homme et que le point de vue pris par les concepteurs des outils se
rapproche de plus en plus de l'homme. Cependant, cette tendance conduit-elle à
concevoir des machines qui, grâce à leurs capacités issues d'une démarche
anthropomorphique, auront vocation à se substituer à l'humain dans ce qu'il a
encore de spécifique : la pensée ? Ou bien l'homme doit-il cultiver sa spécificité et
utiliser la machine dans ce qu'elle sait le mieux faire, les tâches répétitives et
lourdes, pouvant faire appel à des raisonnements complexes ?
Mario Borillo :
Les recherches que nous évoquons ici s'inscrivent de plus en plus clairement dans
un mouvement scientifique plus général qui est celui des sciences de la cognition,
où elles retrouvent un spectre très large de disciplines comme l'ensemble des
neurosciences cognitives, la psychologie, l'ergonomie, la linguistique, la
philosophie de l'esprit... Ces recherches sont fondamentalement pluridisciplinaires,
à la fois empiriques (expérimentales) pour produire des données
observationnelles, et théoriques dans la définition des modèles formels et
computationnels. Elles contribuent in fine, sur un plan plus général, à concevoir
des manières d'associer la complexité de l’univers mental -de ses activités
rationnelles à ses états émotionnels- aux structures et fonctions biologiques.
Parvenus à ce point, une question cruciale ne peut manquer d'émerger : Quelle
nouvelle conception de l'homme et de son « esprit », de ses rapports avec la
« machine », biologique et non-biologique, se dégagera de ce mouvement et de
ses résultats, aussi bien scientifiques que technologiques ? Avec quelles
conséquences non seulement sur le plan de la connaissance mais aussi de
l’impact sur l’économie et la société.
Henri Prade :
La compréhension de la nature de la pensée nous échappe encore largement et
peut-être pour longtemps. L'homme a depuis plus de trois siècles volontiers
comparé son corps et son cerveau à la machine la plus sophistiquée qu'il était
parvenu à construire... les horloges au XVIIème siècle, puis bientôt les automates,
et aujourd'hui les ordinateurs et les robots..., pour se forger la représentation qu'il
se faisait de lui-même en tant qu'individu ou que membre d'une société d'agents...
développant une « intelligence collective ». Cette comparaison sert sans doute
aussi son besoin de se confirmer dans sa supériorité sur la machine ! Inversement,
les capacités de l'esprit humain constituent, sans doute encore pour longtemps, un
ensemble de défis pour les chercheurs en Intelligence Artificielle dans leurs
tentatives de les comprendre, de les formaliser et de les reproduire.
Jean-Luc Soubie :
Lorsqu'on constate la difficulté rencontrée par les chercheurs pour définir les
méthodes de constitution de connaissances de base quel que soit le domaine,
sous forme d'ontologie formelle, indispensable pour envisager une future
autonomie de la machine dans le domaine considéré, on est fondé à penser que
longtemps encore les logiciels réalisés sur ces machines seront conçus dans un
objectif bien déterminé. Cette démarche guidée par le but est seule garante de la
faisabilité de systèmes informatiques de complexité maîtrisée. Ainsi à capacité de
calcul égale, on pourra différencier deux machines par leur aptitude à s'adapter à
l'activité de ceux qui les utilisent. On retrouve ici la problématique du travail
coopératif, avec deux partenaires capables de réaliser ensemble une tâche
complexe. Viser un comportement coopératif pour la machine, c'est lui incorporer
et faire vivre en son sein une représentation valide de ce qu'elle est elle-même
capable de réaliser, mais aussi une représentation de son partenaire en termes
cognitifs et sociaux et enfin une représentation du contexte... physique, social et
organisationnel... dans lequel est située cette activité coopérative. Les problèmes
posés par la poursuite de cet objectif sont très difficiles à résoudre et font l'objet de
recherches pluridisciplinaires associant psychologues, informaticiens et
sociologues.
Mario Borillo :
Ce qui se dégage factuellement des recherches actuelles, leurs méthodologies et
leurs objectifs originaux, leurs résultats surprenants, appellent aussi, et de manière
urgente compte tenu de la gravité de leurs enjeux, à une réflexion d'une autre
nature, enracinée dans les faits et connaissances disponibles, mais plus aventurée
puisque soucieuse de leurs projections sur le plan sociétal, éthique...Ce qui exige
de développer sans tarder une profonde et dynamique philosophie de la cognition
et du calcul associant de manière critique non seulement le biologique, le mental,
le computationnel, mais aussi l'anthropologique et l’éthique.
Jean-Luc Soubie :
On a aujourd'hui du mal à discerner les limites de cette association homme-
machine dans leur nature et dans leurs effets possibles. C'est pourtant de cette
confrontation que viendront les évolutions les plus importantes de la machine vers
l'autonomie.
Henri Prade :
La machine reste un outil -surpuissant- en principe au service de l'homme.
Cependant de nouvelles questions émergent, difficilement imaginables du temps
de Turing : En quoi une possibilité d'accès plus massive à l'information, à des
capacités de résolution de problèmes toujours accrues, peut-elle influer sur nos
manières de penser, de se comporter ? En quoi le compagnonnage
personne/machine peut-il transformer l'homme -et la société--, le mettre en position
d'assisté, le submerger par la vitesse de la machine, la quantité d'informations
brassées, le rendre « homme machinal » ? Jusqu'où peuvent nous mener les
couplages cerveau/ordinateur ou biologie/informatique ?
Mario Borillo :
Pour conclure sur mes réactions de scientifique – et d’homme tout court – à un
théâtre mettant en scène un matériau scientifique de cette nature, je veux
souligner qu’il s'agit pour moi d'un événement précurseur, extrêmement important.
En effet, il offre l'occasion rare de débattre en public sur des questions encore
étrangères à la culture que nous partageons et susceptibles pourtant de changer
nos « visions du monde » et de nous-mêmes – un questionnement fondamental.
Question dont nous savons aussi qu'elles vont avoir, à travers la technique, le
travail, l'économie, la culture, la guerre... un impact civilisationnel considérable
mais encore largement imprévisible. Comment ne pas souhaiter que s’établisse
par tous les moyens une confrontation indispensable, analogiquement comparable
par sa difficulté et ses enjeux à celle qui s'est déjà instaurée pour la biologie et les
biotechnologies. Mais qui risque de se révéler ici beaucoup plus complexe,
puisque l’univers mental comporte une dimension abstraite essentielle.
Jean-Luc Soubie :
Le spectacle de Jean François Peyret pose au travers d'éléments de biographie et
de dialogues philosophiques un ensemble de questions fondamentales, qui
n'appellent ni ne reçoivent de réponse, mais dont l'immense mérite est de
provoquer la réflexion de celui qui restera longtemps le seul capable de la mener :
L'humain.
Henri Prade :
La science est une dimension intégrante de la culture. Au delà d'un « théâtre
d'idée » -- un genre que le spectacle de Jean-François Peyret renouvelle
complètement -- la science peut contribuer à nourrir l'imaginaire de chacun,
s'inscrire dans des recherches d'ordre esthétique. Cela ne peut que contribuer à sa
vulgarisation, à la sortir d'un certain 'ghetto', et ainsi à entretenir des relations
fructueuses entre art et science
Le texte du présent livret constitue la
version définitive d’un article paru dans
le n°43 du Bulletin de l’AFIA
(Association française d’Intelligence
Artificielle) pp 7-10, octobre 2000.
Mario Borillo est Directeur de Recherche Emérite au CNRS
(IRIT). Il travaille sur les relations entre langage, cognition et
calcul et sur l’impact des techno-sciences de la cognition sur
les processus créatifs ;
Henri Prade est Directeur de Recherche au CNRS (IRIT). Il
s’intéresse notamment aux logiques du flou et de l’incertain,
à la formalisation des raisonnements et des processus de
décision ;
Jean-Luc Soubie est Ingénieur de Recherche à l’INRIA. Il
poursuit des recherches sur les systèmes à base de
connaissances coopératifs, dans un cadre pluridisciplinaire.
Tous les trois sont membres du département Intelligence
Artificielle et Systèmes cognitifs de l’Institut de Recherche
en Informatique de Toulouse (IRIT), à l’Université Paul
Sabatier.
Catherine Gadon est responsable Culture à l’Université Paul
Sabatier.
Quelques livres pour approfondir la réflexion...
Introduction à l’Intelligence Artificielle
- Jean-Gabriel Ganascia, L'Intelligence Artificielle ; collection "Dominos ", 1993.
- Jean-Paul Haton, Marie-Christine Haton, L'Intelligence Artificielle ; Que sais-je ? n° 2444, P.U.F,
1989.
- Gérard Tisseau, Intelligence Artificielle. Problèmes et Méthodes ; P.U.F., 1996.
Textes de Référence
- Marvin Minsky, La Société de l'Esprit. Traduction de : The Society of Mind, Simon & Schuster,
1987 ; InterEditions 1968.
- John Von Neumann, L'Ordinateur et le Cerveau ; La Découverte, 1992.
- Herbert A. Simon, The Sciences of the Artificial ; MIT Press, 1ère édition 1969, 2nde édition
1981.
- Alan M. Turing, Computing machinery and intelligence, Mind, vol. 59, 1950. Traduction dans la
Machine de Turing, (A. Turing, J.-Y. Girard) ; Editions du Seuil, 1995, et Points Sciences, 1999.
Débats autour de l’Intelligence Artificielle
- Pamela Mc Corduck, Machines who Think. A Personnal Inquiry into the History and Prospects of
Artificial Intelligence. W.H. Freeman and Compagny, San Francisco, 1ère édition, 1979.
- Hubert L. Dreyfus, Intelligence Artificielle, Mythes et Limites. Traduction de What Computers
Can't do, The Limits of Artificial Intelligence, 1972, 1979, et 1992 ; Paris, Flammarion 1992.
- John Searle, Du Cerveau au Savoir. Traduction de Minds, Brains and Science, Conférence
Reith 1984 de la BBC ; Herman, 1985.
- Terry Winograd et Fernando Flores, L'Intelligence Artificielle en Question. Traduction de
Understanding Computer and Cognition, 1986 ; PUF, Collection "La politique éclatée" 1989.
Pensée et Machines
- Mario Borillo, Informatique pour les Sciences de l'Homme. Limites de la Formalisation du
Raisonnement ; Mardaga Editeur, Bruxelles, 1984
- John L. Casti, Un Savant Dîner ou Comment Cinq Philosophes et Scientifiques Discutent, lors
d'un Somptueux Festin, la Possibilité de Créer une Machine aussi Intelligente que l'Homme.
Traduction de The Cambridge Quintet, Addison Wesley, 1998 ; Flammarion, 1998.
- Jean-Gabriel Ganascia, L'Ame Machine. Les Enjeux de l'Intelligence Artificielle. Le Seuil, 1990.
- Harry Harrison et Marvin Minsky, Le Problème de Turing, Editions Robert Laffont, Collection
Ailleurs et Demain, 1994.
- Ray S. Jackendoff, Languages of the Mind, Essays on Mental Representations; MIT Press,
Cambridge, Mass., 1992.
- Philip N. Johnson-Laird, Human and Machine Thinking ; LEA Pub. Hillsdale, NJ. 1993.
- Jean Lassègue, Turing, Collection Figures du Savoir, Éditions Les Belles Lettres, 1998.
- Jacques Pitrat, De la Machine à l'Intelligence, Hermès, 1995.
- William Skyvington, Machina Sapiens. Essai sur l'Intelligence Artificielle, Le Seuil 1976.
- Francisco J. Varela. Connaître les Sciences Cognitives. Tendances et Perspectives. Traduction
de Cognitive Science. A Cartography of Current Ideas, 1988 ; Le Seuil,1989.
Création et Cognition
- Mario Borillo, A. Sauvageot eds. Les Cinq Sens de la Création, Art, Technologie, Sensorialité ;
Editions Champ Vallon, 1996
- H. Gardner, Art, Mind and Brain. A Cognitive Approach to Creativity, Basic Books ; Harper
Collins Pub. New York, 1982