Ens 20 0728
Ens 20 0728
par
sous la direction de
1
DÉDICACE
Je dédie ce travail à :
i
REMERCIEMENTS
J’adresse mes sincères remerciements à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce
travail :
ii
LISTE DES ABRÉVIATIONS
HG : hypothèse générale
iii
LISTE DES SCHÉMAS ET TABLEAU
iv
RÉSUMÉ
ABSTRACT
The objective of this work is to discover the functioning of the sociocultures bassa and
bamoun as well as the dynamics of the French language in QSLP and DCL in order to
highlight the convergences and divergences. To carry out this work, we proceeded by an
ethnostylistic analysis of the two novels, analysis which allowed to approach the novels in
three phases. After identifying, analyzing and interpreting the cultural and linguistic elements
identified in these novels, we were able to identify points of similarity and dissimilarity on
both the socio-cultural and linguistic aspects. It turned out that in terms of culture,
sociocultures bassa and bamoun novels share common concerns of traditional practices such
as succession, sentence, sacrifices, naturalism. In terms of linguistics, the two sociocultures
appropriate the French language by neologisms, layers. Moreover, we note the use of French
translations, French words denaturalized in QSLP and the use of dialect loans and
interjections in DCL. Traditional practices such as exploitation and machete fighting are part
of the bass culture presented in QSLP. Washing, curses are traditional practices mentioned in
DCL. All in all, QSLP and DCL remain novels of cultural rooting.
Key words: ethno stylistics, tradition, culture, linguistics, socioculture, layers, neologisms,
dialectal interjections.
v
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1
différents volets socioculturels. Etant donné que l’analyse et la compréhension d’une œuvre
littéraire camerounaise s’avère être complexe en raison de la présence des faits culturels, il
nous revient donc de prendre en considération le volet culturel. Aussi, nous relevons dans ces
corpus des éléments linguistiques différents du français ainsi que ceux relevant de la langue
française mais teintés par la culture de ces écrivains. Les faits linguistiques et culturels dans
ces textes sont récurrents et significatifs de par leur diversité sémantique. C’est ce qui nous
pousse à vouloir comprendre le fonctionnement de la langue française dans QSLP et DCL.
Les auteurs dans leurs textes font usage des mots dont le sens change d’une situation de
communication à une autre.
L’intérêt que nous portons à notre étude est manifeste sur le volet social dans la mesure où
les thématiques abordées dans ces œuvres relèvent des problèmes sociaux actuels. Et sur le
plan didactique, elles nous offrent des éléments de construction du sens du texte ainsi que les
stratégies de lecture. Notre intérêt est aussi pédagogique en ce que ces romans sont un
enseignement sur les sociocultures camerounaises.
Plusieurs chercheurs ont déjà effectué des travaux partant dans le même sens notamment :
Edith Cécile Emilie Ngo Nlend in La culture africaine au travers de l’énoncé .Une
lecture ethnostylistique de Mémoires de porc-épic d’Alain Mabanckou fait une analyse de
l’écriture romanesque de Mabanckou. Elle fait une analyse une exploitation du substrat
linguistique présent dans le texte afin d’appréhender l’écriture singulière de cet auteur. Elle
exploite les emprunts ; les calques ; les parémies, les néologismes. En démontrant la
cohabitation du français et du lingala, elle réussit à montrer que les mots sont au service de
l’expression de la culture congolaise.
Pierre Eugene Kamdem en 2007 s’intéresse à Fam de Francis Bebey où il fait une
lecture ethnostylistique des résurgences culturelles en se fondant sur la problématique du sujet
de l’énonciation. Il montre que le « nous » employé par le narrateur est inclusif, c’est à dire
qu’il est un porte –fanion d’une communauté. Il démontre également que l’auteur a recours
aux néologismes pour exprimer la culture douala. Il conclut en démontrant que ce texte devra
être considéré comme une relecture du mythe de l’éternel retour aux sources.
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Temkend en 2007 montre la signification des signes socioculturels. Il arrive à démontrer
l’impact de ceux-ci sur la vie communautaire en se basant sur « sémiologie du chaos et folie
dans les romans camerounais : Temps de chien et Moi taximan.
Jean Daniel Koumbou écrit en 2015-2016 un mémoire portant sur les interférences
linguistiques et intertextualités dans les romans camerounais : cas de Temps de chien de
Patrice Nganang et Moi taximan de Gabriel Kuitche Fonkou. Il va étudier les types
d’interférences linguistiques et les indices d’intertextualité ainsi que leur impact dans
l’analyse de ces œuvres. Selon lui le phénomène d’interférences et d’intertextualité relève de
l’interaction entre les hommes.
Bienvenu Nola , quant à lui, étudie l’imaginaire de Charly Gabriel Mbock dans son œuvre
intitulée Quand saigne le palmier. Il identifie ici le groupe bassa à travers les proverbes, les
maximes et les locutions proverbiales.
Falone Véronique Moukodi Njaba quant à elle va travailler en 2015-2016 sur l’œuvre
Dans les couloirs du labyrinthe. Elle va s’intéresser à la tradition et la modernité. Elle fera
ressortir dans cette œuvre les traditions positives et négatives existant dans la communauté
bamiléké et plus précisément la communauté bamoun.
Aprè s avoir présenté les divers travaux en rapport avec notre thème de recherche, nous
avons constaté que les chercheurs tels que Nola et Moukodi n’ont pas fait mention des
éléments linguistiques et sémantiques dans leurs travaux. Notre étude viendra donc s’occuper
non seulement du volet culturel dans ces œuvres mais aussi des éléments linguistiques et
sémantiques.
Il ressort de notre sujet d’étude le problème de l’expression de la socioculture
camerounaise et l’appropriation de la langue française dans les romans QSLP et DCL.
La question de recherche issue de ce problème est formulée comme suit : comment la langue
française et la socioculture camerounaise sont-elles mises en évidence par les écrivains
camerounais dans leurs textes ?
Et, autour de cette question principale graviteront les questions secondaires suivantes : quels
sont les éléments linguistico-sémantiques émanant de l’appropriation du français dans QSLP
et dans DCL ? La socioculture bassa et la socioculture bamoun sont-elles identiques ? Quels
sont les enjeux visés par les auteurs de ces romans ?
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Les réponses provisoires à ces questions seront formulées sous forme d’hypothèses qui
pourront être validées ou invalidées à la fin. Ainsi avons-nous des hypothèses suivantes :
Toutes ces hypothèses que nous avons détaillées constitueront en quelque sorte les
points que nous allons étudier. Pour mener à bien notre travail et pour besoin de scientificité
dans notre démarche, nous nous référerons à l’ethnostylistique de Gervais Mendo Ze,
entendue ici comme cadre théorique et méthodologique. Notons d’abord que d’autres théories
sont également importantes notamment l’ethnolinguistique et la sociolinguistique.
L’ethnolinguistique de Sapir Whorf qui analyse les catégories linguistiques pour retrouver les
réalités sociales d’un peuple. Il stipule que la langue n’est pas seulement organisée dans ses
systèmes référentiels mais aussi dans son système expressif et le but de l’ethnolinguiste est de
dégager les règles de cette organisation. Avec l’ethnolinguistique, nous pouvons étudier le
message linguistique en liaison avec l’ensemble des circonstances de la communication. Pour
cette théorie, il s’agit d’étudier le langage en tant qu’expression de la culture des peuples.
Pour Mounin(1974), l’ethnolinguistique serait
Une étude des rapports entre les langues et les contextes socioculturels où elles
fonctionnent .C’est une discipline des sciences humaines qui se penche sur la variabilité
linguistique à travers les différentes sociétés.
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Intéressons-nous maintenant à l’ethnostylistique qui constitue notre cadre méthodique.
L’ethnostylistique est une nouvelle approche du texte littéraire mise sur pied par Gervais
Mendo Ze en 2004. Elle a été par la suite développée par les chercheurs Noumssi, Tonye et
Nola dans la même année. Elle se base sur la détermination du contexte d’énonciation pour
établir la significativité du texte littéraire francophone en passant par les modalités de style de
l’énoncé. L’analyse des textes en tant que réception et lecture conduit d’une façon ou d’une
autre à l’implication des connaissances en science du langage en général et en stylistique en
particulier. Le fondateur de cette approche la conçoit comme
Une stylistique qui a la critique des textes comme objet, les techniques d’analyse en science
du langage pour procédé, elle prend en compte les conditions dans lesquelles l’énonciation
prend place ainsi que les contraintes inhérentes à la production environnementale et à la
réception des textes ; elle insiste sur les modes particuliers d’expression des valeurs
culturelles dans le texte littéraire ;elle se fonde sur le fait que l’approche du texte littéraire
ne peut inutilement se faire en oubliant à la fois ce qui précède et ce qui suit. Gervais
Mendo Ze (2004 :8)
Cette approche a été fondée dans le but de libérer tout lecteur africain du modèle
structural asséchant. Elle vient ajouter à la stylistique structurale des éléments d’analyse
textuelle. L’ethnostylistique va fournir des éléments d’analyse tels que le substrat culturel
avec tout ce qu’il comporte. Pour en dire long, elle prend en compte le texte comme issu
d’une socioculture particulière qui en attribue le sens. Autrement dit, l’ethnostylistique fonde
l’étude du texte sur les rapports entre le contexte, la pensée et la culture occurrentes. Son objet
d’étude étant la recherche d’une identité artistique, la mise en évidence des éléments culturels
ainsi que la prise en charge de la praxis sociale par la langue parce que l’écrivain issu d’un
milieu exprime certaines réalités en se servant de la langue française comme moyen de
communication. L’ethnostylistique suit une démarche particulière :
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La significativité en tant que ultime étape repose sur la prise en compte de la destination
du texte. Ici tous les indices textuels comportent un enjeu sémantique. Celle-ci établit la
relation entre le profil et la posture de l’auteur et le lecteur qui cherche à comprendre les
mécanismes textuels.
C’est en effet dans cette démarche que va s’enraciner notre étude textuelle. Il s’agit
plus précisément d’appliquer l’ethnostylistique dans QSLP de Charly Gabriel Mbock et DCL
d’Emmanuel Matateyou afin de démontrer comment la socioculture y est manifeste.
Afin de faciliter la compréhension de notre travail de recherche, il sera articulé sur trois
chapitres. Le premier chapitre intitulé présentation des corpus : structure externe et interne
sera consacré à l’étude de la vie des auteurs, l’interprétation des paratextes ainsi que la
présentation de la thématique dans les corpus et des personnages. Dans le deuxième chapitre
intitulé De l’étude du contexte d’énonciation, nous étudierons l’ancrage spatial à travers le
macro-espace et le micro-espace, le contexte sociopolitique et économique, le contexte
socioculturel dans QSLP et DCL. Pour ce qui est du troisième chapitre manifestation des
éléments linguistiques dans les corpus, nous allons aborder les notions de calques, de
néologismes, d’interjections, de mots français dénaturalisés, sans oublier les modalités de
style et la significativité.
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CHAPITRE1 : PRÉSENTATION DU CORPUS : STRUCTURE EXTERNE ET
INTERNE
L’écrivain est né dans la culture bassa. Il est de la religion chrétienne. Son ancrage dans
la culture et la tradition bassa s’exprime à priori dans son nom Mbock. Cette appellation chez
les bassa a plusieurs significations. Mbock signifie en langue bassa « regroupement des
patriarches, tribus ou familles, source de sagesse, la religion, la tradition, la politique, temps
passé, la science ».Son origine ethnique laisse présager qu’il s’agira de la présentation de la
société traditionnelle bassa dans son roman QSLP.
Charly-Gabriel Mbock est auteur de quelques essais notamment les essais de critique
littéraire : Comprendre ville cruelle d’Eza Boto, les Classiques africains, [Link] monde
s’effondre de Chinua Achebe, 1978 ; des essais de sociologie politique : l
Le défi libéral, Harmattan, 1990. le Renouveau camerounais, certitudes et défis, 1983,
Cameroun : l’intention démocratique(1985).Il est aussi auteur des romans tels que Quand
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saigne le palmier(1978), Le soupçon(1980),La Croix du cœur(1984).La publication de toutes
ses œuvres est liée non seulement à son attachement à sa culture mais aussi au contexte
sociopolitique et économique des années après les indépendances en Afrique. Quand saigne le
palmier est le roman qui retient notre attention à cause de la présence des éléments
linguistiques et culturels qu’on y relève.
Cet écrivain est né au Cameroun, à Foumban , ville située dans la région de l’Ouest du
pays. Actuellement, il est enseignant de littérature africaine et francophone à l’Ecole normale
supérieure de Yaoundé. Il est également auteur de nombreux ouvrages relatifs à sa culture
ayant eu un succès. Citons entre autres Les sociétés secrètes dans la littérature
camerounaise : cas des bamoun, Lille, Anrt, 1990. Les nouveaux défis de la littérature
africaine : Ndzana Ngazobo, Yaoundé, Presses universitaires de Yaoundé, 1999. Parlons
bamoun, Paris, Harmattan, 2002.
Il est auteur des contes suivants : Le prince moussa et la grenouille, Moundi et la
colline magique. Il publie les romans la mer des roseaux, Harmattan, 2014. Dans les couloirs
du labyrinthe, Harmattan, [Link] dernier, objet de notre investigation est parsemé de
substrats culturels et des éléments linguistiques tels que les calques.
D’origine ethnique bamoun, Emmanuel Matateyou présente dans son roman un aspect
double de la religion. Nous avons d’une part la religion chrétienne et d’autre part la religion
musulmane. Cela a été influencé par le fait qu’étant né dans la culture musulmane, il va au
contraire opter pour la religion chrétienne. De par la signification de son nom Matateyou en
langue bamoun « contente toi de ce qui t’appartient », nous voyons ici la fierté de l’écrivain
de laisser s’exprimer sa culture, son identité. De plus, son origine (bamoun) va certainement
impacter son écriture.
Le corpus que nous avons choisi a deux titres : Quand saigne le palmier et Dans les
couloirs du labyrinthe.
Quand saigne le palmier est le titre du roman de Charly Gabriel Mbock publié en 1978
aux éditions CLE à Yaoundé .C’est un syntagme verbal constitué d’un adverbe de temps
quand indiquant le temps, le moment et la circonstance ; d’un verbe transitif direct saigne
qui est synonyme de blesser ,piquer , venger ; d’un syntagme nominal le palmier arbre des
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régions chaudes , à tiges simples et fines aux feuilles en éventail, produisant des palmistes. De
ce fait quel rôle joue le palmier dans ce roman ? Quelle place occupe-t-il dans la vie des
personnages de ce roman ? S’agit-il du vrai palmier à huile ? Qui le palmier saignera-t-il ?
Les deux textes sont des romans .Le roman est un récit d’aventures imaginaires en
prose, assez long et représentant des faits, des êtres et des lieux supposés mais donnés le plus
souvent comme réels.
Nous remarquons que le roman QSLP n’a ni la table de matière ni la dédicace mais est
structuré en onze chapitres représentés par les chiffres (1-11). Dans DCL par contre, nous
notons la présence de la dédicace et de la table de matière présentée en trois parties :
-première partie (Exil, Doda, Marché noir, Tomono, Royaume de Nkuput, Mbuombuo)
-deuxième partie (Ntùntuere, Njitap de Mayo, Pleurs de joie, Mbêtpît, Mohuo, Tupu, Lavage)
-troisième partie (Harem, La chasse, Le festin, Le procès, Notes)
Le roman DCL est dédié à Marie qui serait sans doute la mère de l’auteur dans la mesure où
le prénom Marie donné à la vierge qui donna vie à Emmanuel.
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1.2. Le paratexte éditorial
Avec la première de couverture, nous présenterons les couleurs et les images pour en
faire une analyse.
-Les couleurs
Nous avons trois couleurs : un fond gris sur le quel est porté le nom de l’auteur en noir
et le titre de l’œuvre en vert, ainsi que le genre en couleur rouge. La couleur verte est symbole
de l’harmonie, la sérénité. Quant à la couleur rouge, elle représente la souffrance, la mort,
l’amour. La couleur gris symbolise la souffrance, le bouillard, la peur, l’angoisse.
-Les images
Nous avons les palmiers au feuillage vert, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’une
palmeraie. Il ya en avant plan un palmier immaculé de couleur rouge au niveau du tronc et
sous l’ombre du feuillage nous retrouvons encore cette couleur(le sang). Il s’agit bel et bien
d’un palmier faisant jaillir du sang, un palmier qui saigne. Dès lors nous nous posons des
questions suivantes : pourquoi le palmier saigne-t-il ?Est-il naturel pour un palmier de
saigner ?
-Les couleurs
La première de couverture de DCL est marquée par trois couleurs distinctes. Nous
avons un fond blanc sur lequel est porté le titre de l’œuvre et la maison d’édition écrits en
noir, avec l’arrêt de couleur bordeaux.
Le blanc symbolise selon les croyances africaines le deuil, la pureté .Cela nous laisse
croire qu’il s’agit d’un lieu qui a besoin d’être lavé et purifié. Le noir symboliserait les
ténèbres, le malheur, la souffrance, la mort, tout ce qui est négatif. Le bordeaux quant à lui
est une couleur synonyme de souffrance, le sang.
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-Les images
La première de couverture nous montre une femme de teint noir, pieds nus, aux
cheveux couverts par le foulard noir. C’est une femme africaine vêtue d’une robe de tissu
multicolore. Elle ramasse un mélange de maïs et de manioc séché au soleil. Cette action nous
amène à penser qu’il d’une femme pauvre vivant dans la misère et l’inconfort.
Cette partie est consacrée en la construction des résumés, la présentation des thèmes,
des personnages ainsi que la conception des shamas actanciels du corpus.
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qu’il ait un successeur. Le serment ayant été violé par le nouveau chef, les ancêtres décident
de se venger en lui ôtant la vie.
DCL met en exergue la société traditionnelle bamoun où la tradition, les coutumes et les
mœurs sont fortement représentés. Le monde visible et l’invisible y cohabitent et sont
indissociables. C’est un monde où le merveilleux côtoie le réel. Emmanuel Matateyou fait le
plaidoyer d’un univers à plusieurs issus ouvert à la modernité et enraciné dans sa culture.
Nous y retrouvons les musulmans et les chrétiens qui, malgré leurs différences culturelles
réussissent à vivre ensemble.
Mbuombuo, fils de la princesse Ntùntuere, ayant commis des atrocités dans son
royaume abandonne avec désespoir son destin mais décide de rentrer pour être lavé de toutes
les malédictions et être à nouveau accepté au royaume. Après son intégration difficile, il
commet un autre crime qui va le conduire à l’exil définitif.
De nombreux thèmes sont abordés tant dans QSLP que dans DCL.
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[Link]. La dictature
Ce thème se lit au travers des actions du chef Bitchoka. En tant que chef du village, il
administre et gère son territoire de Facon anarchique .C’est un chef à qui toute la population
devait la soumission ; il est le seul à décider de l’avenir et de la vie de ses sujets. : « Ils
avaient le droit de vie et de mort sur leurs administrés ; lesquels n’avaient en retour que le
devoir à la soumission » (p.15).Le roman nous présente la personnalité de ce chef qui
envoyait des hommes à la corvée peu importe que ceux-ci aient transgressé les lois ou pas ; il
envoyait les serviteurs s’emparer des biens des hommes sans leur consentement : « N’oublie
pas ,Lién ,que tu parles aux émissaires du chef .Nous voulons emporter ce cochon et nous
l’emporterons »(p.111).
1 .[Link] violence
Elle est faite sur les différents personnages du roman. La violence est faite aussi bien sur
les hommes que sur les femmes. L’écrivain expose les violences que subissent les sujets du
chef notamment Sondi qui fut violemment battue par son mari : « Ce qui suivit fut si rapide
que Sondi n’eut pas le temps de se protéger. Elle ne gémit de douleur qu’au troisième coup.
Bitchoka ruait en parlant. Et, Sondi criait avec elle, son fils Nyemb » (p.62) ; Bitchoka
accuse sa femme d’être désobéissante et insoumise .L’acte de violence continue dans
l’épisode de Lién qui, lors de la visite des serviteurs du chef se fait violenter au moyen des
nerfs de buffle : « C’est alors que le serviteur se saisit de Lién…Les nerfs de buffle s’élevaient
et s’abattaient dans un éclatement de gousses d’arachides …Lién se débattait » (p.111).
[Link]. La vengeance
DCL présente une thématique très dense et qui est d’actualité. Nous pouvons citer entre
autre le modernisme, l’infidélité, la prostitution, la criminalité, la sorcellerie, le mariage forcé,
la tradition. Nous nous intéresserons à quelques-uns.
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[Link]. L’infidélité
L’œuvre nous présente une situation dans laquelle la femme est le personnage le plus
infidèle .Cela s’illustre par Mapon, femme préférée de Mbuombuo et ses autres épouses .Elles
rompent leurs promesses de mariage en entretenant une relation extra conjugale avec leurs
amants .Les passages suivants témoignent de cet état de chose :
Yap vint quant à lui s’installer dans l’appartement de Mapon où ils vivaient sans se
soucier du retour de Mbuombuo. Chaque nuit, ils se jetaient l’un dans les bras de l’autre et
se promettaient de ne jamais se quitter (p.141), « pendant que dans la concession de
Mbuombuo les épouses s’ébattaient chacune dans son appartement avec un amant et se
promettaient ciel et terre » (pp.141-142), « Était-ce vrai ? Mapon, sa dulcinée, avec un
homme dans sa concession ! » (p.143).
Le personnage Rayé Alima-Sylvie écrit une lettre à son frère Ndeh Tamoh dans laquelle
elle lui fait part de son mariage avec Ngaleyap oncle de Marché noir. En effet elle fut
précocement mariée à cet homme déjà vieux sans même qu’elle eut donné son avis. Elle
l’explique dans sa lettre en ces termes : « Mais à peine avais-je effleuré la puberté que les
parents décidèrent de mon mariage avec le vieux Ngaleyap, l’oncle de Marché noir qui était
au mois de dix ans lainé de notre père .Mes protestations n’eurent aucun effet sur la décision
de ce dernier ». (p.84).Dans cette société la jeune fille ne peut décider de son avenir. Elle doit
soumission à ses parents.
[Link]. La criminalité
[Link]. Le modernisme
DCL met à contribution les aspects de la modernité. C’est le cas dans le chapitre intitulé
Exil où le narrateur relate la prise en charge de Mbuombuo par les médecins et les infirmières
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.En effet après son expulsion du royaume de Nkuput, il commença la marche vers l’inconnu
puis il heurta une pierre et tomba .Et ce fut la médecine moderne qui s’occupa de lui jusqu’à
son rétablissement. On lui administra les remontants, les vitamines, trois perfusions.(p.20)En
plus de cela Mbuombuo fut opéré par des chirurgiens (p.25)et conduit dans un autre hôpital .
Les personnages dans ce roman ne sont pas nombreux. De part la signification de leurs
noms, l’auteur fait la présentation de son appartenance culturelle qui est la société bassa. Il est
question ici d’étudier le mouvement qui anime la relation entre les personnages actifs dans
l’œuvre. L’écrivain attribue des noms à ses personnages. Certains noms ont de l’influence sur
leur personnalité. Il choisit des noms motivés qui désignent en faisant sens.
Le personnage principal
C’est un personnage qui se signale par une destinée exceptionnelle, qu’elle soit
heureuse ou malheureuse. Il est souvent qualifié de héros. Le personnage principal dans QSLP
est le suivant :
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Les personnages secondaires
-Lién : ce nom a pour signification « le palmier » ; il doit son nom au palmier, arbre sacré qui
représente ses ancêtres. Cela est une façon d’honorer l’existence de ses ancêtres
-Mboua est le compagnon et l’ami de Lién. Son nom renvoie à quelqu’un qui est peu
généreux qui donne en petite quantité. Cependant il est décrit dans le corpus comme un
homme très généreux et vigoureux
-Mbelek veut dire « travail sans récompense, travail vain » ; il est également l’ami de Mboua,
Lién et Ndé[Link] fut envoyé à la corvée. Mbelek reflète son nom reflète car il est un
personnage qui n’apporte aucun profit à sa famille puisqu’il va mourir dans le chantier.
-Ndébi : il est le compagnon de Lién ; il fut aussi envoyé à la corvée par le chef.
-Sondi est l’épouse de Bitchoka et mère de Nyemb Bitchoka. La signification de ce nom est
« dimanche » jour de repos. Elle est une femme ayant subi la colère et la violence de son
époux.
-Nyemb Bitchoka : il est le fils du nouveau chef. Le nom signifie « la mort ou la fin de la
stérilité ». Ce nom lui a été attribué par son père dans l’espoir que son fils réussira à procréer.
Malheureusement le roman ne nous raconte pas sa vie après le décès de son père.
-Likund Linjék : son nom cadre avec le rôle qui lui a été attribué car il signifie « le fumier de
la magie ». Il est le tradi -praticien et le guérisseur de village.
-Kindack signifie « la première épouse, la plus aimée ». C’est un personnage male évoqué
dans le texte. On le décrit comme un homme impuissant qui trouva la guérison grâce au
guérisseur.
-Bikop en langue bassa signifie « les peaux de bêtes », il est le sage du village qui va
accompagner Bitchoka pour demander Sondi en mariage.
Nous pouvons aisément remarquer que les acteurs de ce texte ont un rôle spécifié. Le
choix de ces noms trahit les origines de l’écrivain. Les personnages secondaires sont des êtres
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Son désir est de prouver son attachement profond et sincère à la culture bassa. La même
étude sera faite sur le roman DCL.
Les personnages dans ce roman sont nombreux et sont issus de l’univers culturel
bamoun.A travers les noms bamoun, l’écrivain veut perpétuer la transmission de sa culture et
de sa tradition en reconstruisant une filiation à la nomination. Observons les noms des
protagonistes suivants :
Le personnage principal
- Ntùntùere est le nom attribué à la défunte mère de Mbuombuo. C’est également le nom
d’un mets traditionnel fait à base de légume, qui se prépare avec des arachides bouillies
écrasées. C’est une femme belle et protectrice au début. Bien qu’elle soit morte, son esprit
continue de vivre dans le monde visible et ne cesse de hanter son fils. Rien à voir avec
l’origine de son nom bamoun (le légume est un végétale doux et tendre une fois qu’on le fait
bouillir), Ntùntùere incarne l’esprit maternel en colère contre son fils. D’où l’urgence d’une
cérémonie de purification.
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tante de Mbuombuo, je parle au nom de notre famille. Nous ne sommes qu’une seule
bouche » (p.130).
- MfonMansié est le roi de la famille ou de la communauté Mansié. C’est aussi le grand père
de Mbuombuo. Il signifie « roi de la terre », nom qui garde son sens. C’est lui qui va faire le
procès à Mbuombuo.
- Mohuo : est la prêtresse convoquée pour la cérémonie de « lavage ». C’est un nom qui
renvoie à une petite pierre à écraser les épices ou les ingrédients d’une sauce. Son nom est
corrélation avec sa personnalité dans le texte car elle est chargée d’écraser et d’adoucir les
esprits.
- Mapon en langue bamoun veut dire « le meilleur des enfants ; le plus aimé ». C’est un
personnage qui reflète son nom car elle est la femme préférée de son mari.
-Titakam qui signifie « père du jeu », il est le gestionnaire et le garant du sacré, spécialiste de
la divination.
-Tupanka : « chef de guerre », il garde sa signification dans l’œuvre. Il est le chef des
armées, « le grand chef des guerres » p.64.
-Sheikh Munir Usman : Sheikh est un prénom arabe renvoyant à un savant. Dans le texte,
c’est un personnage qui joue le rôle de l’Iman de la communauté musulmane.
- Njitap de Mayo : « gourmand », le nom garde son sens dans l’œuvre en ce qu’il mange la
nourriture des parvenus à cause de la gourmandise.
-Mfon Nkuput : il est le père de Mbuombuo, épouse de Ntùntuere. Ce nom veut dire « roi du
ciel » rien à voir avec sa personnalité.
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Au regard de tous ces noms énumérés, l’on constate que l’auteur présente une dualité
dans la religion chez les bamoun. D’une part nous avons les chrétiens et d’autre part les
musulmans qui cohabitent ensemble. Mais il chante également les valeurs de son
environnement socioculturel tout en attirant l’attention du lecteur sur le mode nutritionnel
vecteur par excellence du fonctionnement de la société bamoun.
Le schéma actanciel est un des procédés d’analyse des personnages considérés comme
des forces agissantes selon Julien Greimas. Il va s’inspirer de la syntaxe structurale de Lucien
Tesnière étudia les notions de sujet et objet dans une syntaxe. Le personnage est d’abord un
acteur de l’intrigue à laquelle il participe. Son rôle et sa fonction dépendent de la place qu’il
occupe par rapport aux autres personnages. Le personnage peut occuper les fonctions
suivantes :
-le sujet : celui qui agit et fait évoluer l’action à travers la recherche d’un objet ;
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1.6.1. Le schéma actanciel 1 : QSLP
Carte 1 : Le schéma actanciel 1 : QSLP
Phrase de base : Devenu chef, Bitchoka, homme stérile tente de faire asseoir son autorité et son honneur dans le village.
Destinateur Destinataire
Objet
- La stérilité Bitchoka
L’honneur et la gloire ( se faire
- Les moqueries respecter)
- Les calomnies
Adjuvants
Sujet Opposants
- Le chantier Nak-Nak
- Les populations
Bitchoka
- Les serviteurs - Ndébi
- Mboua
- Le pouvoir - Lién
-
Afin de faire taire les rumeurs sur sa stérilité, Bitchoka, nouveau chef du village va faire usage de la violence sur ses sujets notamment
Lién, Ndébi, Mboua et Mbelek qu’il accuse de l’avoir calomnié. Il subit les moqueries du reste de la population. C’est grâce à son pouvoir, à ses
serviteurs et au chantier Nak-Nak que Bitchoka va entreprendre sa mission. Il ne réussira pas dans sa quête car il est victime de la vengeance
des ancêtres qui le mènera à la mort.
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1.6.2. Le schéma actanciel 2 : DCL
Carte 2 : Le schéma actanciel 2 : DCL
Phrase de base : après avoir accidentellement tué sa mère, Mbuombuo décide de quitter le royaume Nkuput à la recherche d’une vie paisible et
tranquille.
Destinateur Destinataire
Objet
- La mort accidentelle de Mbuombuo
sa mère Une nouvelle vie paisible et
tranquille
- Le mal être de
Mbuombuo
Adjuvants
Opposants
Sujet
- Le rituel de
- la malédiction
purification
Mbuombuo - Les remords
- Sa tante Njapshe
- L’exil
Se sentant mal l’aise et voulant échapper aux accusations de la population du royaume après le décès de sa mère, Mbuombuo fuit le
royaume croyant retrouver le calme et la tranquillité ailleurs. Il est rongé par les remords et la malédiction qui l’empêchent de vivre
normalement dans la terre d’accueil. C’est ainsi qu’il rentre dans son pays pour être lavé de ses pêchés et des malédictions, assisté par sa tante
Njapshe. Mbuombuo ne vivra toujours pas comme il l’avait souhaité car il va commettre un autre crime qui le conduira à l’exil définitif.
22
Le chapitre que nous venons d’étudier portait sur la présentation des romans QSLP et
DCL ayant respectivement pour auteurs Charly Gabriel Mbock et Emmanuel Matateyou.
Dans chaque roman, nous avons fait une analyse sur l’auteur, analyse qui a montré que ces
deux auteurs ne sont pas issus d’une même aire culturelle. Leurs thématiques sont différentes.
La différence ethnique des auteurs, les noms des personnages étudiés sont en quelque sorte
un déterminant de la socioculture qui sera exprimée dans chaque roman.
23
CHAPITRE 2 : ÉTUDE DU CONTEXTE D’ÉNONCIATION DANS LE CORPUS
Tout texte romanesque littéraire, soit il imaginaire ou réel est produit dans des
circonstances qu’il revient au lecteur de déceler à travers une étude systématique. Il est
question de l’étude du contexte de production. Le terme contexte est défini dans le
dictionnaire LE ROBERT MICRO comme étant un ensemble de circonstances dans lequel se
produit un fait. Il sera question dans cette partie de s’intéresser tant à l’ancrage spatial,
temporel qui est matérialisé par le contexte politique et économique. L’ancrage socio culturel
doit aussi être abordé.
L’ancrage spatial consiste au repérage des indices relatifs aux différents lieux ou se
déroulent les actions dans le roman. L’espace constitue un élément fondamental dans
l’élaboration d’un roman. L’espace pour certains auteurs est le lieu qui fonde le récit en ce
sens qu’il donne à la fiction l’apparence du réel. C’est dans la même lancée que [Link]
(1978 :19) écrit en ces termes :
C’est ainsi que l’espace dans QSLP se présente sous deux aspects à savoir le macro-
espace et le micro- espace.
24
- « Demain, je pars chez les Log Témb » (ibid, p 30) : un autre village ou a lieu la
demande en mariage de Sondi ;
- « Pendant la journée il ne traite que des cas bien moins intimes. Il s’appelle Likund
Linjék du village Ndogsul »(ibid., p.44)
- « Des messagers furent dépêchés dans tous les villages » (ibid., p21) :
En effet, l’irruption des noms « Log Témb et Ndogsul » dans le corpus fait référence à
un espace camerounais ; il s’agit d’un espace rural réel dans la société bassa de la région du
Centre du Cameroun. À cela s’ajoute « village » pour attester de la narration du récit dans un
endroit connu. Le souci de l’écrivain est de rendre l’histoire réelle aux yeux de tous les
camerounais. En conclusion le roman a été produit en référence au contexte spatial de son
auteur pour décrire les réalités sociales qui ont déjà lieu dans cette société.
D’après Louis Ngue dans son ouvrage « Mœurs, us et coutumes du peuple bassa
duCameroun : regard panoramique d’un maitre de la tradition », Bassa vient du mot
« basaá » qui veut dire les « éparpilleurs, les payeurs ». Les bassaá sont un peuple bantou
descendant de Mban. D’après J.C. Froelick et Eugene Wônyu dans le manuel « Minan mi
mbok Bassa koba », les bassa du Cameroun peuplent les départements de la Sanaga Maritime,
du Nkam, du Wouri, du Nyong et Kellé et de l’Océan. Le peuple bassa est constitué de quatre
sous-groupes dont Babimbi, Bikok, Nsaa et Likol dont font partie les villages Log Témb et
Ndog Sul.
Il est à noter que tous les bassa s’expriment en une seule langue qui est le bassa. Les
peuples bassa sont identifiables par la langue, les rythmes musicaux (assiko, mahongo,
makunè etc.), les festivals (Mbog Liaa, Ngé, Um, Koo), l’art culinaire (mbongo, mitoumba,
mets de macabo, vin de palme etc.).
A travers les énoncés ci-dessous, nous repérons le micro-espace entendu ici comme tous
les lieux restreints faisant objet d’une représentation pittoresque dans le texte.
25
-« Les deux pères avaient convenu de se rencontrer à la Fontaine-Assise » (ibid, p47) :
endroit où s’est déroulée le mariage de Sondi et de Bitchoka. Ce lieu a été choisi par le chef
Bitchoka et son homologue de Log Témb parce qu’il est un lieuombragé, un carrefour
séparantles deux villages. Leurs ancêtres partagent ce lieu que le vieux Bikop décrit de
« magique ». Selon la tradition bassa, les chefs traditionnels ne se réunissaient pas n’importe
où, leur rencontre et leur réunion devait se faire dans un endroit plat, ombragé situé à un
carrefour où peuvent habiter les ancêtres
-« La nuit tombait quand il atteignit la palmeraie » (ibid, p67) : petit espace où s’est fait le
pacte de sang entre Lién et le chef Bitchoka ; lieu de l’accident de Bitchoka et sa femme ; il
s’agit de la palmeraie de Lién.
-« Ses genoux lui brulaient mais il put se porter jusqu’à la cour du chef » (ibid, p79) : lieu de
rassemblement des villageois pour la désignation des forçats ;
En ce qui est du micro-espace, il est composé des espaces tels que les cases, le
chantier Nak-Nak dans lesquels les actions et les scènes sont évoquées et rarement décrites.
Nak-Nak est un lieu où le chef Bitchoka et le chef de groupement envoient leurs sujets pour
des corvées forcées. En réalité, « Nak » veut dire « rendre impuissant » ce qui justifie
l’appellation de ce chantier qui vide les sujets de leur force tant spirituelle que physique.
De même qu’un roman peut comporter des informations concernant l’espace, il peut
comporter nécessairement des informations concernant le moment qui situe sa réalisation.
Cela consiste à décrypter les circonstances temporelles qui ont occasionné la production du
roman. L’ancrage temporel dans le texte de Charly-Gabriel Mbock sera soutenu par le
contexte sociopolitique et socioéconomique (ancrage historique).
Le roman QSLP a été publié après les indépendances en Afrique. Sa production est en
relation avec le contexte sociopolitique qu’a connu l’Afrique après l’obtention des
indépendances. Après le départ des colonisateurs s’est installé un régime totalitaire avec ses
variables. C’est ainsi que la thématique dans de nombreux romans africains s’est vue
influencée. Les écrivains se décident donc de décrire et de dénoncer toutes les pratiques
occasionnées par les régimes dictatoriaux. C’est dans cette même lancée que le texte de
Charly-Gabriel MBOCK dans lequel il décrit toutes les manigances surtout politiques.
L’histoire racontée dans le texte est celle de Bitchoka, Chef traditionnel qui règne en dictateur
26
dans son village. Il exploite les populations en les soumettant au travail forcé dans les
chantiers. Le narrateur le décrit en ces termes :
A la simple idée qu’ils pourraient se faire remarquer par le chef du village, puis par le chef
de groupement, tous les villageois vivaient dans la terreur e n’était pas qu’il était terrible
en soi, le chef de groupement, mais il avait le pouvoir d’envoyer qui il voulait au chantier
Nak-Nak .Il déléguait ce pouvoir aux chefs de village qui expédiaient à la corvée ceux
qu’ils désignaient, quand ils le voulaient. (QSLP, p15)
Le narrateur évoque aussi le dépouillement des villageois de leurs biens en ces mots :
Le serviteur de Bitchoka avait parlé d’une voix un peu plus autoritaire. Il ordonna au
second garde d’empoigner la bête, qui se mit à brailler aussitôt qu’on l’eut soulevé de
terre. (Ibid, p111)
Le contexte économique se situe aussi à la même période. Même après le départ des
colonisateurs le drame économique de la misère a continué à sévir en Afrique. Les
populations vivaient dans la pauvreté et la misère, les colons avaient tout pillé. La production
dans le secteur agricole avait significativement chuté. Les terres étaient devenues stériles et
infertiles ce qui occasionnait la faim dans les villages. Les récoltes étaient minables. C’est
cette situation économique que l’écrivain tente d’expliquer dans son roman à travers le
personnage féminin (la mère de Sondi) :
La saison en cours est sévère chez nous, surtout pour des pauvres femmes comme moi.
Qu’on soit donc indulgent et qu’on accepte ce petit morceau de viande et cette cuillerée de
sauce. La pauvre femme que je suis n’a pu trouver mieux pour ses convives. (Ibid, p35-36)
27
Le texte de l’écrivain Emmanuel Matateyou laisse paraitre des noms de lieux
s’inscrivant dans le contexte du Cameroun. Tout comme Charly-Gabriel Mbock, il veut
rendre son récit réel. Nous y repérons également le macro-espace qu’on peut encore appeler
espace d’origine et le micro-espace ou espace ouvert dans lesquels se déroulent les actions et
les mouvements des personnages.
-Nun : « Arrivé sur les bords du fleuve Nun, il surprit un chasseur qui se lamentait sur
sonsort ». (Ibid, p37)
C’est un grand fleuve qui a donné son nom au territoire bamoun. Les bamoun sont un
peuple descendant de Nshare Yèn. Ce fleuve se situedans le département du Nun, région de
l’Ouest du Cameroun. Il a pour chef-lieu Foumban et compte neuf arrondissements et
communes. Une seule langue est parlée par tous les bamoun : shüpamǝm. La dynastie royale
actuelle est assurée par sa majesté IbrahimMbomboNjoya. Les bamoun sont identifiables par
les fêtes populaires (Nguon, nja), la danse (menduu, mompanjuon, ngùri etc.), l’art culinaire (
njapshe, pên,mbouonji ), l’artisanat ( peinture, sculpture, textile).
Bien que le micro-espace ne soit pas fortement présent dans le corpus, il n’en demeure
pas moins qu’il représente l’espace camerounais, plus précisément dans la région de l’Ouest
du pays . A cela s’ajoute les micro-espaces représenté par les lieux tels que :
-le circuit : « tous le trois se dirigèrent vers le circuit de la jeune Sarah » (ibid., p45)
-Mbamkuop : « Un matin mon père et moi nous rendîmes à Mbamkuop pour accueillir
mamère qui était allée à Femben » (ibid, p61)
-Centre des handicapés : « un matin, il fut conduit au Centre des handicapés que dirigeait
sœur Pélagie Mballa » (ibid, p59)
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-le mont Kuègham : « rappelle-toi nos randonnées à Kunden où nous allions chercher des
champignons sur le mont Kuègham » (ibid, p152)
-Mekwene : « arrivé à un endroit appelé Mekwene …les liens du prisonnier » (ibid, p17) :
Tous ces noms de lieux empruntés à la langue bamoun n’ont pas été choisis de façon
hasardeuse. Leur irruption dans le corpus situe le corpus dans un contexte de production qui
est l’Ouest du Cameroun, région d’origine de l’écrivain.
Lorsque la guerre de Mendjin éclata, j’étais déjà à l’âge où l’on observe les choses et ne
retient surtout que les faits les plus insolites. Un jour mon père et moi nous rendîmes à
Mbamkuop…nous vîmes beaucoup de gens armés de lances, de flèches coutelas et
machettes qui allaient à Nchutnun (DCL, p61)
Toute la région occidentale est secouée par des agitations que le gouvernement essaye
comme il peut d’étouffer. Les nationalistes qui sont à l’origine de ces troubles veulent une
autonomie totale dans les affaires de votre pays…C’est ce qui explique la campagne de
ratissage qui a lieu en ce moment dans les zones où il y a des soulèvements. Tous les
maquisards sont traqués et tués. (Ibid., p64)
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structurel(PAS) avec l’aide du fond monétaire international(FMI).Cette période de pauvreté et
de misère est lisible dans DCL dans l’énoncé qui suit :
Chers camarades, notre pays est aujourd’hui à genoux à cause de ceux qui ont pillé notre
trésor national. Ils ont gardé tout cet argent dans les banques suisses .Nous ne devons plus
leur faire confiance (DCL, p36)
Viendra donc s’ajouter d’autres passages illustrant de cette état de chose .C’est ainsi que
nous relevons des passages textuels suivants :
Notre continent est devenu l’empire de la désolation et de la misère à cause des assoiffés de
pouvoir comme votre leader. Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres toujours
plus pauvres. (Ibid, p43)
La vie n’était pas rose pour Mbuombuo et sa mère qui vivaient dans la promiscuité totale.
(Ibid, p46)
un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui ,
étant apprise et partagées par une pluralité de personnes , servent à la fois d’une manière
objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et
distincte .
30
De ce fait, la culture est d’une manière générale perçue comme un ensemble constitué
du mode de vie, d’art, de traditions du langage et des savoirs que partagent un groupe
d’individus, un groupe [Link] -Gabriel MBOCK dans son texte a mis à contribution la
société Bassa à travers un certain nombre d’éléments y relatifs et symbole de son respect pour
la tradition et la culture de sa société.
[Link]. L’alimentation
L’une des choses les plus importantes dans la vie de l’homme est la nourriture en ce
qu’elle est un besoin vital de base. Les ancêtres se nourrissaient des fruits et d’autres produits
vivriers à l’état naturel. En dehors de ses produits, ils se nourrissaient quotidiennement des
aliments et des mets variés soit par leur propre gré soit à la demande expresse de leur mari ou
d’autres consommateurs. Voici quelques aliments propres au peuple bassa :
- La sauce noire : ‹‹Et puis … dis à ma femme de bien tourner la sauce noire ›› (Q S L P,
P.13)
Communément appelée ‹‹ mbongὸo ››, la sauce noire est un mets prisé chez les Bassa.
Elle est faite à partir d’ingrédients principaux à savoir une écorce nommée ‹‹ hiomi ›› et un
fruit appelé ‹‹ mbongὸo ›› qui lui confère son nom. D’autres ingrédients entrent dans la
préparation de cette sauce notamment les graines de « ndjansan », quelques gousses d’ail ainsi
que quelques feuilles de « sima ». Par ailleurs, d’autres ingrédients (la tomate, l’oignon) sont
ajoutés dépendamment de la personne. Elle se consomme en toute circonstance et les gibiers
les plus privilégiés sont entre autres les reptiles (le varan, la vipère), le rat palmiste, le chat, le
porc épic, du poisson et le cochon. Dans le texte, Ndébi exhorte Mboua de dire à sa femme de
lui préparer ce délicieux mets avec la vipère et le rat palmiste qu’ils avaient chassé.
-La banane grillée : ‹‹ Quand à Lién, il attendait que retentit l’appel convenu. Il venait
d’affuter sa machette et mordait avec entrain dans sa banane grillée ›› (Ibid. P.11) :
Tout comme Lién, les Bassa ont un penchant pour les tubercules grillés qu’ils mangent avec
de l’huile de palme rouge.
31
-Le bâton de manioc : ‹‹ Lién fourra quelques bâtons de manioc dans sa besace ›› (Ibid.
P.23) ; ‹‹ Il défit sa besace, en sortit un bâton de manioc qu’il mordit à belles dents ›› (Ibid.
P.24)
-La chèvre : ‹‹ Bitchoka battit des paupières, pris au dépourvu […] il mordait avec
application dans son morceau de chèvre ›› (Ibid. P.39)
La chèvre est un animal sacré chez les Bassa. Cet animal est utilisé pour des
rituelsraison pour laquelle elle était interdite aux femmes d’en consommer. Elle était un
interdit pour la femme car ayant fait objet d’incantations, la chèvre devient sacrée et peut
entrainer de graves accidents sur la femme étant donné qu’elle était considérée comme un
sexe faible. La viande de chèvre est cuisinée généralement pendant les mariages traditionnels,
la dot, l’enterrement et certaines cérémonies du « mbok ». Dans le texte, nous constatons que
la chèvre est consommée lors de la demande en mariage de Sondi. En outre d’autres gibiers
n’étaient pas mangeables par n’importe qui (caïman, panthère, chimpanzé, boa, gorille car
c’étaient des gibiers de « mbok » interdits particulièrement aux femmes et enfants.
-Le vin de palme : « Mboua sortit deux calebasses de vin de palme ». (p.13)
C’est une liqueur sacrée en société bassa. Lorsqu’un individu veut rencontrer un sage ou
un chef traditionnel, il doit apporter du vin de palme pour lui montrer son respect ou alors
pour prouver que la personne rencontrée est importante. Aussi, le vin de palme doit figurer
parmi les éléments de la demande en mariage et la dot d’une fille. Il est utilisé également
dans le traitement de certaines [Link] est la boisson la plus consommée dans les villages
pour agrémenter la vie sociale et les cérémonies culturelles. Mais les jeunes générations en
font une consommation abusive et régulière.
-La canne à sucre : « A Lién qui n’avait pas le droit de gouter à la sève de palmier, il offrit
quelques cannes à sucre » (p.13)
Elle a plusieurs fonctions : elle est source d’énergie et de force, elle procure une
sensation d’apaisement, elle permet de se désaltérer quand on a soif.
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-Les légumes : « Sondi, ainsi s’appelait sa mère …Elle leva les yeux du panier de légumes
qu’elle effeuillait » (p.10)
-le javelot : « Le javelot que ce dernier tenait dégouttait encore de sang » (p.7) ;
-la machette : « Quant à Lién, il attendait que retentît l’appelconvenu. Il venait d’affûter sa
machette et mordait avec entrain dans sa banane grillée sous la braise » (p.11)
Le javelot et la machette sont des outils archaïques de chasse et de guerre. Le javelot est
utilisé par Nyemb Bitchoka pour chasser et tuer les coqs de son père.
-la corne de buffle : « Enfin la corne de buffle rompit le silence ›› (Ibid. P.11) ; ‹‹ Mboua
souffla de nouveau dans la corne de buffle›› (Ibidem)
-le tam-tam : « Sondi ne peut poursuivre ses interrogations […] et découragé, il se précipita
hors de la case où le tam-tam battait sans relâche ›› (QSLP, P.144) ; « Le tam-tam
donnal’alerte dès que l’enfant eut atteint la concession de Bitchoka ›› (Ibid. P.125) ; « ‹‹ A
cet instant, le grondement du tonnerre se confondit avec le son tout aussi lugubre du tam-tam
›› (Ibid., P.109).
Tout comme les bamoun, les ewondo, les Bamiléké, la communication par l’écho du
son du tam-tam, du tambour, était très pratiquée par les peuples Bassa. Elle consistait à porter
à la connaissance des populations des villages les évènements heureux ou malheureux. Seuls
les hommes initiés étaient autorisés à en jouer. L’initiation se déroulait dans la chefferie. Les
sonorités jouées par l’initié varient selon le message qu’on veut faire entendre par exemple
l’annonce de la mort d’un chef traditionnel. Selon qu’il soit une information triste ou joyeuse,
la tonalité imprimée était différente.
Le tam-tam est employé dans le texte pour annoncer le décès du chef Bitchoka. Aussi le
tam-tam se fait entendre en raison de l’annonce de l’accident de Sondi dans la palmeraie de
Lién. En outre, le retentissement du tam-tam se fait ressentir dans le texte en signe d’annonce
au rassemblement devant la cour du chef Bitchoka. Ce dernier devait désigner les hommes
33
qui iront travailler dans le chantier ‹‹ Nak-Nak ›› en guise de punition pour avoir commis des
infractions.
-la perche : « Du bout de sa perche d’appui, il souleva l’énorme vipère dont il venait de
trancher la tête ». (p.12) : c’est un bâton solide taillé d’un arbuste. Il sert d’appui afin de ne
pas perdre sa force et son équilibre physique.
-la canne à pêche : « Il mit un paquet de d’allumettes dans le verre de sa lampe, fit un fagot
de ses cannes à pêche qu’il appuya contre l’un des murs de sa case »(23)
-la liane : « Lién était dans sa case. Il réparait la liane dont il se servait pour grimper sur les
palmiers » (p.67)
La ‹‹ corne de buffle›› ou encore ‹‹ nerf de buffle ›› connait les mêmes usages que le
tambour et le tam-tam. La corne de buffle est utilisée par les hommes âgés ayant été initiés au
préalable. Cet outil sert d’annonce d’une information triste et joyeuse dans C’est un objet de
rassemblement pour un évènement. Dans le texte il est manipulé par Mboua pour rassembler
les travailleurs devant se rendre à la palmeraie de Lién. Cet outil a aussi servi aux serviteurs
du chef pour frapper ses sujets tels que Lién et tous ceux qui travaillent au chantier Nak-Nak.
[Link]. L’habitat
Tous les hommes de toutes les tribus et toutes les ethnies confondues avaient au fil du
temps ménagé de gros efforts pour améliorer leurs conditions de vie. Les hommes
préhistoriques avaient pour logement les cavités rocheuses. Les recherches leurs ont permis
d’entreprendre les constructions des cases et des immeubles. Les ancêtres construisaient des
cases pour leurs habitations quotidiennes. C’est dans l’optique de restaurer ce patrimoine que
Charly Gabriel Mbock va faire mention dans son roman.
Ces cases étaient faites à base de piquets, de bambous, de lianes servant de murs ; de
nattes de raphia bien tressées qui servaient de toit. C’est le cas dans QSLP lorsque le
narrateur fait la description de la case du chef Banol, père de Bitchoka en ces termes : « Hors
de la case, il faisait nuit noire. La pluie crépitait sur le toit et de temps à autre, le vent
soulevait une natte mal attachée ». (p.19). D’autres illustrations tirées dans ce roman font
montre de l’habitat archaïque dans la communauté bassa :
« La future belle-mère invita ses visiteurs à se laver les pieds…Ce dernier attendait
dans sa case qu’on vînt lui annoncer l’arrivée du prétendant » (p. 34) ; «
34
[Link]. Les activités
Quelques activités sont pratiquées dans QSLP par des personnages .Ces activités sont
celles généralement pratiquées par le peuple bassa et quotidiennement. Nous avons repéré
dans le corpus des activités qui suivent :
-la pêche : elle est pratiquée par le personnage Lién la veille du départ de son ami Bitchoka
au village Log Témb .Relevons dès lors des passages qui témoignent de cette activité dans le
texte : « Ce jour-là, Lién avait fini d’apprêter ses hameçons …Il se dirigea vers la rivière
Djuel »(p.23) ; « Tout le long de la rive qu’il s’était choisie, Lién plantait ses cannes à
pêche .Dans chaque emplacement susceptible d’abriter les poissons ou de les attirer il laissait
une canne »(p.24)
-le travail champêtre (palmeraie et plantation) : le travail dans les champs et les
plantations est la principale activité pratiquée par les bassa. Dès le lever du jour, hommes,
femmes et enfantsapprêtaient leurs outils en direction vers les champs ; les femmes et les
enfants rentraient les premiers à la maison pour pouvoir vaquer à d’autres occupations telles
que puiser de l’eau, faire le ménage et la cuisine. C’est ainsi que l’auteur fait mention de cette
activité dans la plantation de Mboua (pp.12-17) et dans la palmeraie de Lién (p.96) .
Il est à noter que les peuples Bassa avaient pour habitude de former des groupes
dynamiques. Le but est de s’entraider dans les travaux champêtres. Cette initiative est
toujours d’actualité de nos jours. Elle est symbole de solidarité.
-la cueillette du vin de palme : cette activité n’est pas explicite dans le texte. Cependant nous
pouvons aisément affirmer qu’elle y est présentegrâce à la phrase « J’ai moi aussi essayé de
taper une goutte de vin de palme pour mes frères »(QSLP, p.35).
Les ancêtres Bassa à leur époque avaient étudié et analysé de nombreux signes naturels
qui avaient fait écho. De l’interprétation de ces signes émanait leur réalisation quelquefois
positive et hasardeuse. Cependant les ancêtres leur accordaient une grande importance.
35
proximité de votre maison ou d’un endroit était considéré comme la sorcellerie à votre égard,
un mauvais présage, un malheureux évènement allait se produire.
C’est le cas dans QSLPlors de la partie de pêche que Lién effectua dans le fleuve Djuel.
‹‹La lumière intruse éveilla la curiosité, des insectes qui se mirent à crisser. Un hibou
chanta. On eut dit d’indignation ›› (Ibid. P.24)
Au temps de nos ancêtres voir une branche vivante d’un arbre se casser soudainement
sans l’intervention du vent avait une interprétation particulière. Elle annonçait la mort surprise
d’un être proche ou influent dans la famille ou encore un avertissement par rapport à ce qu’on
veut faire. Nous pouvons illustrer ce phénomène dans le texte de Charly Gabriel Mbock :
‹‹Le vent ne soufflait pas. Seule la crécelle d’un insecte troublait le silence…Qu’ils
approuvent ou n’approuvent pas, sache que le sang trahi appelle le sang. Au loin, une
branche se cassa. Bitchoka voulut s’en aller ›› (ibid, P.69)
En effet, Bitchoka se rendit sous le palmier sacré de Lién lui reprochant d’avoir trahi
leur secret .C’est ainsi que sous les yeux des ancêtres de Lién, le chef profère des menaces à
ce dernier lui promettant de se venger. La chute de la branche était un avertissement des
ancêtres à l’endroit du chef qui allait commettre un sacrilè[Link] les ancêtres de Lién, l’acte
odieux de Bitchoka est une insulte et un manque de respect à leur égard.
Selon les croyances ancestrales, la pluie est d’une part un signe de bénédiction, de
réussite de ce que vous êtes entrain de faire. C’était pareil lorsqu’elle vous surprenait et vous
mouillait au cours de l’un de vos voyages elle assainit votre route en vous évitant tout mal
possible. D’autre part, elle est un mauvais présage, symbolise le mécontentement des ancêtres
suite à un évènement. Quant à l’apparition de l’éclair et au grondement intensif du tonnerre,
on leur accordait pour interprétation la colère des ancêtres et des dieux suite à une mort
mystérieuse et mystique d’une personne par exemple. Ces éléments peuvent aussi annoncer
un triste évènement notamment la mort d’un chef de village, d’un patriarche ‹‹ mbombὸk ››.
C’est ainsi que nous avons repéré un passage pouvant témoigner cet état de choses.
‹‹Lién coula un regard placide vers le sommet du palmier auquel son existence était liée… :
« Que le palmier saigne celui d’entre nous qui aura trahi ».Les insectes s’étaient tus. Un
éclair blessa la nuit. Quand gronda le tonnerre la nuit devint subitement noire. Il se mit à
pleuvoir sur la palmeraie. Peut-être pleuvait-il sur tout le village ›› (p.70)
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Nous notons dans ce passage la puissance et l’intervention des ancêtres de Lién. Ces
derniers expriment leur mécontentement à l’endroit du chef traditionnel Bitchoka qui porte un
regard accusateur sur son confident Lién. Demêmece phénomène est la preuve que les
ancêtres ont entendu la doléance de Lién.
En somme, certains signes naturels analysés par les ancêtres Bassa ayant fait écho à leur
époque par leur réalisation hasardeuse et quelques faits positifs sont ignorés de nos jours par
la jeune génération. Elle ne croit pas en leur réalisation. Charly Gabriel MBOCK trouve
normal et bénéfique de les régénérer dans son texte pour l’intérêt de notre avenir car ces
éléments constituent une science d’orientation.
Certaines pratiquent du peuple Bassa apparaissent dans les écrits de Charly Gabriel
MBOCK. Elles sont positives et négatives.
‹‹ Lién m’a insulté et devant vous il ne sera jamais assez tôt pour qu’il regrette son
insolence. Qu’il s’apprête à me rendre compte au combat à la machette à fourreau ››
(QSLP, P.79) ; ‹‹ Les deux adversaires transpiraient. Leurs machettes sorties des fourreaux
brillaient au sol›› (ibid, P.80) ; ‹‹ Des cris de joie fusèrent du côté de Mboua : Lién avait
gagné le combat›› (ibid, P.81)
Le but du combat était d’affaiblir son adversaire. Cela nécessitait une force physique et
des compétences dans le maniement de la machette. La victoire de Lién sur le serviteur de
Bitchoka résulte en quelque sorte de sa force physique, de son innocence face aux accusations
que lui porte le chef. Notons tout de même que les ancêtres ont joué un rôle dans cette
victoire : ils étaient aussi la source de sa force parce qu’ils le savaient innocent. Cette
pratique s’avère néfaste car ils en résultent des blessures profondes par l’usage de sa force
physique.
37
Cependant nous constatons dans la société Bassa actuelle l’effacement de cette pratique.
Elle est enfouie avec les ancêtres. La raison pour laquelle Charly-Gabriel Mbock la restitue
dans son roman est qu’il en fait une critique car elle s’avère être négative.
Le but principal du mariage étant la procréation d’un ou de plusieurs enfants, tout bassa
devait se marier afin d’avoir un garçon qui devenait naturellement héritier. Il était une chose
d’une grande importance traditionnelle car c’était aussi un acte d’honneur et de respect pour
les ancêtres de la famille. Il était sous la conduite des sages et des anciens du village et de
quelques membres de la famille comme le décrit Charly Gabriel Mbock dans QSLP. Ici, Il
s’agit du mariage de Bitchoka avant qu’il ne devînt chef du village.
-la dot : La deuxième étape est la dot qui est symbole de mariage. Accompagné par le vieux
chef, les serviteurs et le sage Bikop, Bitchoka s’engage à aller présenter les biens consacrés à
la dot.
Dans les phrases suivantes, nous retrouvons les éléments de la dot de Sondi :
-‹‹ J’ai fais attacher douze chèvres, quatre béliers et trois boucs. Le reste a été apprêté par
les serviteurs à la lumière du sage Bikop. Je lui ai dis de venir ici demain fixer avec toi la
date de ce mariage ›› (Ibid. P.46) ; ‹‹ Il avait l’œil à tout, il vérifiait jusqu’au nombre
d’œufs de canard et au gout du sel destinés à la belle-famille ›› (Ibid. P.47)
38
Le lieu convenu pour le mariage est la fontaine-assise, frontière entre le village de
Bitchoka et le village Log Témb. Les biens sont remis à la belle-famille : « Les serviteurs
doivent déjà avoir déposé leurs bagages et attaché les bêtes, car je perçois les cris des
femmes » (p.48).Par la suite, les deux familles quelques convivialités .Bitchoka prit sa
femme. Un fragment témoigne l’union définitive de Bitchoka et de Sondi : ‹‹Alors Bitchoka
prit les deux mains de Sondi et bu à pleine bouche l’eau fraîche qu’elles contenaient. Sondi
ne rentra plus à côté de son père…La mère de Sondi n’attendrait plus que la tombée de la
nuit pour conduire sa fille dans son foyer ›› (Ibid. P.50).
[Link]. La succession
D’emblée, le pouvoir traditionnel chez les bassa est tenu par le chef traditionnel. Son
rôle en tant que rassembleur est de maintenir un climat d’amour, d’entente et de paix sociale
entre ses sujets. L’accès au trône est singulier et doit obéir à un canevas bien précis.
Notons d’abord que le chef traditionnel assure ses fonctions avec l’aide des notables
comme dans toutes les communautés. Sentant sa mort proche, le chef avait l’obligation de
désigner son [Link]-ci devait normalement faire partir de la famille. Et il devait
être initié à la vie du chef. Après la disparition du chef, les notables s’assuraient de
l’intronisation du nouveau. La cérémonie était accompagnée de rites sacrées .Une fois tous
les rituels terminés les notables faisaient asseoir le nouveau chef sur le fauteuil du chef et il
lui était remis le chasse-mouches symbole de pouvoir.
Dans le roman objet de notre investigation, l’héritier au trône est Bitchoka, fils de
Banol. Le narrateur le mentionne en ces paroles : « Bitchoka n’était encore que prince
héritier. Après l’avoir surveillé jusqu’à l’âge d’homme, son père l’avait initié à la vie du chef
qu’il aurait à mener plus tard ». (QSLP, p.19)
Peu importe le lieu où se trouve le chef, il doit se munir de son chasse-mouches qu’il
secoue avant chaque prise de décision. De nos jours, nous constatons que l’autorité
administrative s’investit pleinement dans le processus d’intronisation. Elle préside la
cérémonie et a le pouvoir sur le choix du successeur.
39
[Link]. Les sacrifices
Du point de vue culturel, le sacrifice est une offrande rituelle qu’on fait à la divinité
.C’est une pratique se caractérisant par une destruction réelle ou symbolique de la chose
qu’on offre. Les sacrifices peuvent être faits sur les animaux et sur les êtres humains selon
chaque culture. La fonction du sacrifice est de nourrir les divinités afin qu’ils intercèdent en
faveur à la demande du sacrificateur.
Les sacrifices sont pratiqués dans toutes les sociétés traditionnelles du Cameroun. Chez
les bassa du Cameroun par exemple, les sacrifices sont faits sur les hommes dans la
sorcellerie. Ils sont également faits sur les animaux lorsqu’on veut obtenir l’aide de ses
ancêtres. C’est le cas dans QSLP où Bitchoka voulant à tout prix sauver sa stérilité et son
honneur de chef traditionnel demande à son ami Lién de faire un enfant avec Sondi. La
demande se fit sous le palmier sacré de Lién .Pour le faire, il a fallu nourrir ses ancêtres afin
que ceux-ci prennent en considération la demande, d’où la nécessité d’un sacrifice sur le coq.
Le narrateur nous présente les éléments utilisés pour le rituel : « un jeune coq, une
écorce toute cornée, des formules hiératiques, deux crochets de vipère, la coquille d’huître,
leur sang et la kola » (pp. 52-53).
Dans la communauté bassa des sanctions frappaient toute personne ayant transgressé
des interdits et ayant commis des infractions .Par exemple, pour les mauvaises pratiques telles
que l’exhumation, le vol, on chassait celui-là du village .Aussi il était interdit de calomnier et
de désobéir le chef traditionnel. Quiconque faisait abstraction à ces lois était puni. Dans
QSLP l’écrivain nous fait part de la situation pitoyable que vivaient les villageois de Log
Témb .Lién ; Débit, Mboua et d’autres villageois avaient été envoyé au chantier « Nak-
Nak » ; c’est un endroit regorgeant des plantations de palmeraies .Le chef Bitchoka les y avait
envoyé car il les accusait de trahison et de calomnie à son endroit. C’est ainsi qu’il parle à son
peuple en ces termes : « D’ordinaire, ceux qui nous représentent au chantier sont coupables
d’un méfait quelconque. Je n’ai point dérogé à cet usage » (ibid, p .115) .D’autres passages
viennent illustrer cette sanction :
Apres tout il n’était pas dit qu’il serait expédié au chantier Nak-Nak ! Et puis qu’avait il
fait qui puisse lui couter sa liberté ? » (Ibid, p.103) ; « Je serai très bref, commença
Bitchoka, car il pleut .Toi, Ndé[Link], tu ne laisses passer aucune occasion quand il s’agit de
parler de mon fils NyembBitchoka…Quant à Mboua, tout se tisse chez lui. Il fallu, non
content de me dénigrer » (ibid, p.116)
40
Il est à noter que le travail au chantier Nak-Nak était très rude, les travailleurs étaient
maltraités et frappés : « les gardes nous ordonnèrent de la rattraper et l’un d’eux fondit sur
l’infirme …commença les coups de crosses sur les côtes. Mon enfant j’entends encore les cris
de Makondo…et le garde se démenait sur lui » (ibid, p.118)
Cette pratique déshumanise l’être humain, elle le prive de sa liberté, sépare les familles.
Et certains venaient à perdre leur vie.
Nous venons de voir plus haut que l’ancrage socioculturel bassa dans QSLP se distingue
par la vie quotidienne traditionnelle et par les croyances et les pratiques traditionnelles. La
même étude sera appliquée au roman DCL afin que nous puissions voir s’il existe des
similitudes ou des divergences entre les deux textes.
41
parce que l’écrivain issu d’un milieu exprime certaines réalités en se servant de la langue
française comme moyen de communication.
Pour mieux cerner l’intention de l’auteur, l’analyse de l’ancrage socioculturel fera jaillir
les marques référentielles textuelles qui ont trait à l’ethno texte.
Le mode de vie des bamoun se traduit par leur alimentation, leur accoutrement
vestimentaire et le regroupement communautaire.
[Link].1. L’alimentation
L’alimentation chez les bamoun est très variée avec différents mets traditionnels. Nous
les retrouvons dans DCL notamment :
-‹‹ Le pên›› :‹‹ Avant de continuer, mettez-vous quelque chose sous la dent, leur enjoignit la
belle mère de Mbuombuo qui venait d’entrer avec une grande calebasse de pên et une autre
pleine de ruom bien épicé ›› (DCL, P.145) ; « Njapshe avait apporté dans une grande cuvette
de l’agneau préparé et du pên ›› (Ibid, P.129) : le « pên›› est une nourriture vraiment
accentuée, sacrée chez les bamoun. Il s’agit du couscous maïs. C’est un complément par
excellence du Njapshe et du Ntùntùre.
Le « lââre » : après plusieurs heures de marche, la belle princesse, épuisée eut faim et soif et
demanda à manger quelque chose, surtout les fruits de lââre (Ibid., P.69) : le « lââre » est un
fruit de forme ovale que l’on trouve dans les forêts de la région montagneuse de l’ouest
Cameroun. Il est semblable au fruit de la passion.
-« le melulu »: « Chaque vendredi il m’achetait du melulu ›› (Ibid, P.99) : ce sont des petits
poissons très succulents que l’on pêche dans les marigots.
-« le Ndùdùn »: C’est un fruit qui pousse dans les savanes et les plaines de l’Ouest.
Tous ces noms placent l’auteur comme un apôtre de sa culture, il veut faire attirer
l’attention du locuteur sur le mode nutritionnel vecteur par excellence du fonctionnement de
la société culturelle bamoun. Il veut prôner et valoriser la grande richesse qui se trouve dans
42
cette [Link] les aliments tels que « poulet braisé poisson braisé, miondo, ndolé et
mbongo tsobi », l’écrivain veut montrer que la société bamoun est une société ouverte au
monde et à d’autres cultures.
Ce sont les outils présents dans le texte que les ancêtres et les bamoun de la nouvelle
société utilisent chaque jour pour divers services.
-« la flèche » : « Il fallait tout simplement viser la calebasse et la fendre avec une flèche pour
être déclaré vainqueur »(ibid., p.73) : instrument de chasse , de compétition et de guerre, la
flèche peut être soit en fer, soit en bois très solide et résistant ,au bout pointu et effilé qui
transperce la chair ou la cible une fois qu’elle est lancée avec tonicité et d’un bras
vigoureux .C’est grâce à cet outil que Mbuombuo réussit à fendre la calebasse lors de la
compétition ;
-le lit de bambou : « Assis sur un lit de bambou, il récupérait tout en écoutant les paroles de
Doda le poète »(ibid, p.32) : considéré comme un meuble traditionnel, le lit de bambou est
fait avec des tiges de raphia solides. Il sert de literie et de siège, parfois placé dans la cuisine
et dans la chambre à coucher ;
-la machette et le coutelas : « Chemin faisant nous vîmes des gens armés de lances, de
flèches, coutelas et machettes qui allaient à Nchutnun » (ibid, p.61) : ces deux outils servent
à couper des arbres et des herbes .Ils servent aussi d’armes traditionnels de guerres ;
-la calebasse : « Sur un palmier, il fixa une calebasse »(ibid, p.73) : c’est un ustensile
traditionnel de cuisine fabriqué à l’aide de la coque du melon rond. Cet ustensile peut être
utilisé pour conserver ou servir de l’eau et de la nourriture ;
-le tabouret : « Tupu se réchauffait dans la cour assis sur un tabouret » (ibid, p.109)
43
-la lance : « Mbuombuo retint son souffle, recula de trois pas et, avec une précision
étonnante, enfonça sa lance dans le cou de l’animal » (ibid, p.110) : c’est un instrument
rudimentaire de guerre et de la chasse aux animaux ;
-la pipe : « Quelques jours plus tard, la pipe du roi que gardait Manewa se brisa » (ibid,
p.118) : c’est un outil traditionnel servant pour la consommation du tabac ;
- la lance-pierres : « Il allait souvent chasser avec ses amis, armé de lance-pierres que lui
fabriquait un lugubre monsieur qui fréquentait sa mère » (ibid, p.120) : cet outil est fait à
base d’une branche d’arbre sous la forme de la lettre « y » sur laquelle on attache du
caoutchouc, sur ce caoutchouc viendra se poser la pierre qu’on va projeter vers la cible. Il est
utilisé par Mbuombuo pour chasser des oiseaux ;
-le kùsù : « Le soir, après avoir rempli un grand kùsù de pên et une assiette de ruom bien
épicée…des Parùm » (ibid, p.98) : c’est un ustensile de cuisine utilisé par les bamoun, fait à
base de bambou de raphia. On peut y servir de la nourriture non liquide ;
-le gbù : « L’odeur qui se dégageait du gbù attira deux premiers passants » (ibidem) : c’est
une poêle fabriquée avec de la terre cuite et pétrie dans laquelle les bamoun conservent
traditionnellement les restes de viandes et de fritures ;
Nous constatons à travers ce texte que la richesse de la société bamoun se trouve aussi
dans la variété et la diversité des outils traditionnels hérités des ancêtres et dont elle continue
de perpétrer l’usage malgré la présence de la modernité.
[Link].3. L’habitat
Avant l’arrivée des colons les peuples d’Afrique et en particulier du Cameroun avaient
pour habitation des cases. Elles étaient construites avec des branches d’arbres, de la terre
pétrie. Après vint la construction des immeubles et de grands édifices tenant lieu d’habitation
des hommes. Cependant de nombreuses sociétés aujourd’hui ont toujours conservé cette
habitude ancestrale à l’instar de la société bamoun qu’Emmanuel Matateyou décrit dans son
roman DCL.C’est ainsi que nous y relevons quelques exemples qui attestent de cette vérité :
-« Mbuombuo fut interpellé à voix basse par une jeune femme alors qu’il allait se
soulager derrière une case » (ibid, p.30) ;
-« C’est au cours d’une partie de ndanjé qu’il fit la cour à Nduyu… derrière la case
deTupu »(ibid, p.117) ;
44
-« Il grimpa au toit et boucha avec la paille les larges trous qui éclairaientl’intérieur de
sacase » (ibid, p.119) ;
L’habitat ici est archaïque puisque un des compagnons de Mbuombuo décrit la case de
Njitafon comme « de cases rectangulaires au toit de chaume » (ibid, p.106).
Tout comme la société bassa, la société bamoun pratique les activités suivantes : la
pêche, la chasse, la cueillette de vin de palme ou de raphia, les travaux champêtres, l’élevage
.Ces activités pratiquées surtout dans les zones rurales animent leur quotidien. Certaines de
ces activités sont présentées dans DCL :
Le roman nous présente Ngwan qui avec l’aide de ses esclaves travaillaient dans les
champs : « Il avait recueilli des mikol-esclaves qui travaillaient dans ses champs. Mais voila
que les récoltes de Ngwan se mirent à diminuer »(p.88).Aussi la présence des travaux
champêtres est justifiée par l’évocation du champ de raphia de Njùmbong : « Il avait des
esclaves, des champs de raphia »(p.112).
[Link].4.2. La chasse
C’est une activité la plus pratiquée dans le roman. Nous avons à titre illustratif
Mbuombuo qui s’adonne à cette activité dans le royaume Mbêtpît (DCL, p.110), Mundom
qui chasse un gibier près de la résidence de Ntùntuere (ibid., p.67). A cela vient s’ajouter un
chapitre intitulé la chasse (ibid, p.141) qui est une preuve que cette activité est bel et bien
faite.
La pêche est simplement évoquée : « Arrivé sur les bords du fleuve Nun, il surprit un
pêcheurqui se lamentait sur son sort »(DCL, p.37) .La cueillette de vin est également
citée : « Il rencontra d’abord un vigneron qui rentrait de la cueillette de vin de raphia » (Ibid,
p.121). En ce qui est de l’élevage, disons tout de même qu’il n’est pas fortement représenté
dans le roman et il concerne la volaille : « Puis ils continuèrent leur route…derrière une
petite casedans laquelle on élevait la volaille ». (ibid, p.106)
45
[Link]. Les croyances et pratiques traditionnelles dans DCL
La lecture plus approfondie du texte fait ressortir une forêt de symboles qui nous
plongent dans un monde mystico-religieux qui nécessite d’être décrypté. Nous retiendrons
deux parmi ces symboles :
Ces deux exemples sont une illustration patente du message de mauvais augure que les
dieux et les ancêtresont envoyé à Mbuombuo et sa mère. Car l’a si bien dit Ntùntuere « Ce
tonnerre, ces éclairs …c’est un mauvais signe, mon fils …les espritsmalins sont entrain de
circuler. Certainement ils sont en train d’emporter un cœur» (ibidem).Ce grondement de
tonnerre n’était rien d’autre que l’annonce de la mort future de Ntùntuere. S’il avait écouté sa
mère, cette dernière ne serait peut-être pas morte.
-« Au moment où il faisait cette réflexion, le tonnerre gronda trois fois » (Ibid. P.166) ;
-« Des éclairs illuminèrent la salle des audiences et un bruit de tonnerre vint du côté
ouest du palais. Pris de peur les participants à ce jugement se mirent à fuir ». (Ibid,
p.169)
Le grondement du tonnerre chez les bamoun a une signification autre que l’annonce de
l’arrivée de la pluie. Il est un avertissement par rapport à ce que l’on veut faire. Il symbolise le
mécontentement des dieux à l’endroit d’un acte malveillant déjà commis ou en cours
d’exécution. C’est le cas dans le chapitre « le procès » où sont été tirés ces deux derniers
exemples. Mbuombuo est jugé par le roi Mfon Mansié assisté par Tupanka, gestionnaire du
sacré. Au moment de prononcer son verdict de mort, le tonnerre fit son apparition pour
empêcher la condamnation à mort d’un prince de même sang que le roi. Car cet acte est
considéré comme un sacrilège.
46
[Link]. Les pratiques traditionnelles dans le corpus
Ici par ailleurs le rite se déroule dans la communauté bamoundès l’aube. Mbuombuo,
après avoir accidentellement assassiné sa mère veut retrouver la pureté morale, la pureté de la
conscience et retourner aux sources de la vie. Pour rendre vivante cette cérémonie, l’écrivain
met en évidence tous les ingrédients [Link] qui dessinent cette atmosphè[Link] regard de tous
ces éléments énumérés, nous nous rendons compte que nous sommes en pleine tradition ou
encore en pleine us et coutumes dans le village natal de l’écrivain. Il présente en réalité un
cliché qui retrace sans faille l’existence et la puissance des coutumes dans le pays bamoun.
La culture est fortement ancrée en Afrique dans la pratique des sacrifices le souci étant
de connaître une ascension rapide dans la communauté ; d’apporter une protection dans la
famille.
Aussi l’objectif des sacrifices repose sur une demande d’aide. Dans DCL les sacrifices
sont faits sur les animaux (âne) et l’être humain (de préférence un albinos). Tel est le cas avec
Mfopit lorsque l’auteur écrit : « Tu comprends pourquoi Mfopit est dans tous les
gouvernements. Dernièrement Ousseni a fait le sacrifice d’une âne et d’un nouveau-né
albinospour lui ». p.122.
[Link].3. La succession
A-t-on jamais ramené la tête du monarque que les Long décapitèrent ? Vous connaissez
tous la réponse. C’est non. Alors dites-moi comment se sont effectués les rituels
d’intronisation après lui…aucuns de ses successeurs n’a pu tenir son crane entre les mains
pour pouvoir permettre la transmission du pouvoir (DCL, p.34)
En effet, le fait d’ôter une partie du cadavre s’avère être très dangereux car cette
pratique peut être à l’origine de graves maladies.
Le peuple bamoun possède également une tradition tournée vers la sentence. Dès qu’un
individu commet un délit, ous’il est accusé d’un crime, le plaignant se rend au palais pour
exposer son problème.L’accusé est conduit au palais où il va subir un procès devant le roi, les
notables et le gestionnaire du sacré et la population. La sentence dans DCL est infligée à
Mbuombuo. Celui-ci est accusé d’avoir fait offert la chair humaine à sa belle-famille.
Rappelons que Mbuombuo, du retour de la chasse surprend sa femme Mapon en flagrant délit
d’infidélité dans ses appartements. Il la pourchasse et la tue ainsi que son amant dans la forêt.
Il va la dépecer et offrir sa chair aux parents de sa femme. Accompagné au palais par les
gardes du roi, Mbuombuo est jugé et condamné à l’exil définitif. Ceci est lisible au chapitre
premier intitulé Exil :
Arrivé à un endroit appelé Mekwene, Titakam demanda à Tupanka le chef des armées de
délier les liens du prisonnier…A compter de ce jour, tu ne mettras plus les pieds dans ce
royaume. Quiconque te verra mettra fin à tes jours. Tes descendants et toi êtes à jamais
bannis de ce royaume. (DCL, p.17)
L’exil est une sorte de rejet de la personne ; elle n’a plus le droit de revenir dans le
royaume d’origine. Le rituel de l’expulsion dans DCL se manifeste par le jet de la cendre vers
Mbuombuo.
Rappelons tout de même que le mariage est communément conçu comme l’union
volontaire de deux personnes en présence d’une autorité compétente. On note le mariage civil
et le mariage coutumier. Ce dernier a un aspect traditionnel c'est-à-dire qu’il est célébré selon
la tradition. Il obéit aux étapes bien précises (la demande en mariage, la dot et la célébration).
Selon la tradition africaine, la dot constitue une étape majeure et importante dans la mesure où
48
elle unit deux familles et nécessite la bénédiction des ancêtres et des dieux. Le mariage
coutumier est souvent accompagné de festivités à durée déterminée par les deux familles.
Emmanuel Matateyou nus fait part du mariage coutumier entre la princesse Ntùntuère
et le roi Mfon Nkuput en ces mots : « Chacun mangea à sa faim et but à sa soif pour fêter
Ntùntuère. Les festivités durèrent plusieurs jours » (DCL, p.71)
La malédiction est une pratique qui meuble notre quotidien. Les malédictions sont de
mauvaises paroles prononcées à l’endroit d’un individu ayant causé du tort à un quelqu’un.
Les enfants sont les personnes les plus concernées ; ils sont maudits à cause de leur
désobéissance et leur mauvaise action à l’égard d’un adulte. La personne maudite subit des
conséquences néfastes tout au long de la vie.
L’auteur de DCL raconte la situation de Manewa maudite par sa mère par ce qu’elle
l’avait publiquement renié (devant le roi son époux et tout le village). Manewa n’appréciait
pas sa mère à cause de sa laideur. Elle la maudit en ces mots :
N’oublie jamais que ce sont ces flasques seins et molasses qui t‘ont nourri
Quelques jours plus tard, la pipe du roi que gardait Manewa se brisa. Ce qui explique
l’effet de la malédiction. Elle meurt plus tard à petit feu : elle a beaucoup souffert avant de
mourir.
49
Le but de ce chapitre était de circonscrire les romans dans l’espace, le temps et dans la
culture [Link] ce fait, les romans QSLP et DCL s’inscrivent dans un macro-espace
commun qui est le Cameroun. Le micro-espace relevé que les auteurs ont produit leur texte
dépendamment de leurs origines ethniques telles la société bassa pour Charly Gabriel Mbock
et la société bamoun pour Emmanuel Matateyou. L’étude de l’ancrage socioculturel a permis
de voir qu’il existe des points de convergence et de divergence entre la culture bassa et la
culture bamoun tant sur les pratiques traditionnelles que sur la vie quotidienne de chaque aire
culturelle. Les élémentssocioculturels tels que le mariage coutumier, la sentence, les
sacrifices, la succession, l’habitat, les croyances et les activités sont des pointsculturels
communs aux romans: les bassa et les bamoun partagent les mêmes mœ[Link] différence
entre les deux textes est que dans QSLP l’écrivain présente la société bassa ancrée dans la
pratique du combat à la machette et l’exploitation des sujets tandis que dans DCL l’écrivain
parle de la société bamounenracinée dans les rituels de lavage et de famlà. De plus, des points
de divergence existent au niveau des éléments constitutifs des rubriques (outils, alimentation)
dans lesquels nous retrouvons des aspects propres à chaque socioculture.
50
CHAPITRE 3 : DE L’IDENTIFICATION DES ÉLÉMENTS LINGUISTIQUES À LA
SIGNIFICATIVITÉ DU COPUS
La présente analyse sera faite sur l’identification et l’analyse des éléments linguistiques
présents dans le corpus, l’étude des modalités de style ainsi que la significativité du corpus.
Elles se rapportent aux unités que le locuteur bilingue introduit dans son discours. Ceci
est possible par l’intrusion du terme de la langue source dans la langue cible. Les
51
interférences relevées dans QSP sont issues de la langue Bassa. L’écrivain veut représenter
son univers social, culturel et idéologique.
-« Fils de mon père, je n’affirme pas que tu as fait certaines choses » (QSP, p.14)
-« Fils de mon père, si l’échelle se brisait après l’ascension des grimpeurs, ce serait faute
d’avoir été bien entretenue » (ibid., p.85)
-« Fils de mon père, les nôtres sont au chantier depuis bientôt deux lunes » (ibid., p.117).
Ce groupe nominal abonde dans le texte. Ici il y a une importation des signifiés du mot
Bassa, puis son application au signifiant du mot français tout en le traduisant. Charly-Gabriel
Mbock traduit en français ce qu’on dirait en bassa. Ainsi, ce calque résulte de la traduction
littérale en français de « Poa man », « man tata ». L’entité « man » en Bassa a son
équivalence en français « fils » ; le substantif « Poa, tata » signifie « père » en langue
français.
Cette expression est utilisée chez les Bassa pour appeler toute personne de sexe
masculin appartenant à un même groupe ethnique, la même communauté. Aussi, cette
appellation est un marqueur d’affection. Appeler une personne « fils de mon père voudrait
signifier qu’on l’apprécie, on l’aime et l’on l’a accepté en tant que frère.
-« Mon enfant que dis-tu là ? Tu ne peux pas faire une chose pareille à ta maman, petit père.
Tuer ton père ? » (Ibid, p.65).
-« Petit père, j’ai l’impression que tu veux perdre ta mère » (ibid, p.123).
Nous constatons également que « petit père » est une forme traduite de « Tata man ».
Le mot « Man » est à la fois un substantif « fils » et un adjectif qualificatif « petit ». Associé
au vocable « Tata » qui signifie « père », cet appellatif résonne comme un marqueur
d’affection pour un enfant à qui on a attribué le nom ou le prénom de son grand-père.
C’est un appellatif, un sobriquet attribué à Sondi, fille du chef Log Ténb. C’est une
traduction du bassa « ini man ». La première entité « ini » veut dire « ma mère » et « man »
« petit », c’est pour appeler une fille portant le nom de sa mère (grand-mère de la fille).
Toutes ces claques sont des appellatifsdistincts au sein de la famille bassa, porteur d’affection.
52
[Link]. Les mots français dénaturalisés
Des camerounais dans leur conversation se sont appropriés certains mot français et en
ont fait un vocabulaire camerounais. L’appropriation consiste à les vider de leur sens premier,
originel. Il s’agit de la polysémie des mots français. Ils permettent aux camerounais et aux
écrivains d’exprimer leur idées et pensées. Nous les repérons dans QSP à travers ces phrases
suivantes :
- « Mais n’as-tu jamais semé de ton grain quelque part » QSP, p.30)
- « J’ai fait dire à mon ami, le chef des Log Témb, que tu voulais voir leur bijou qu’il garde
dans la concession » (ibid, p.20)
-« Nos pères disaient que celui qui a une lance émoussée doit être prêt) céder sa place aux
autres pendant la chasse au fauve… Je suis devant un fauve et mon javelot est émoussé »
(ibid, p.52)
Les mots « antilope, fauve, champ et bijou » ont une seconde couleur sémantique. Ils
renvoient à la femme, à une fille ayant une vie sexuelle déjà active ; et une fille pouvant faire
objet de convoitise et de mariage.
53
[Link]. Les locutions francisées
-« Le village des LôgTémb était à une demi-journée de marche pour les jambes encore
alertes » (QSP, p.33)
En effet, selon la sagesse Bassa « une demi-journée de marche »est une expression
servant à calculer et à désigner la distance et le temps. La distance devrait plutôt s’exprimer
en kilomètre. Dans cet exemple l’écrivain exprime la distance parcourue par le sage Bikop et
ses compagnons et qui sépare le village Lôg Témb du village du chef Bitchoka. C’est pour
dire que le village n’est pas très éloigné.
-« Fils de mon père, les nôtres sont au chantier depuis bientôt deux lunes » (ibid, p.127)
-« Deux lunes après le début de ses soins, Bitchoka se sentit naitre à la virilité » (ibid, p.44)
La désignation du temps (mois) chez les bassa se fait par le groupe nominal « le lune »
qui signifie temps « son ». En effet le décompte du mois se faisait dépendamment de
l’apparition de la lune dans le ciel. Autrement dit le temps mis jusqu’à l’apparition d’une
nouvelle lune constitue la détermination du mois en français. Parler de « deux lunes »
correspond à deux mois.
-« Fils de mon père, dit le chef, la route donne soif » (ibid, p.35).
L’expression « la route donne soif » tire son origine de l’expression bassa traduite
« ndjel i tina nyus ».Ce syntagme est en réalité une invitation du chef LôgTémb à se
désaltérer. Cette locution veut tout simplement dire qu’après une longue marche à pied, l’on a
toujours soif, l’on a toujours envie de se désaltérer.
54
paroles aimables du Sage Bikop. Et cette interrogation est l’expression de joie du sage face à
l’hospitalité et à l’accueil de la femme du chef LôgTémb. Bikop se sent satisfait et à l’aise.
-« Je viens de loin, fils de mon père. Mais je ne suis pas sorti par la fenêtre » (Ibid, p.37).
L’expression ici marque la dignité du père Bikop. Elle veut tout simplement dire « Je
me suis dignement préparé pour la circonstance ».Pour le peuple bassa cela fait montre de
respect, de valeur et de dignité et signifie en langue bassa « Me pémél bé i winda ». Le père
Bikop veut tout simplement dire qu’il s’est dignement préparé pour la circonstance.
-« J’ai tenté moi aussi de taper une goutte de vin pour mes frères » (QSLP, p.35) : « taper
une goutte de vin » signifie « recueillir du vin, apprêter du vin »
-« Je sais que ta maire te monte la tête, mais si elle veut éviter un malheur, qu’elle te
conseille d’ignorer mon coq » (ibid, p.122) : le syntagme verbal « monte la tête » veut dire
« pousser à la désobéissance, tromper »
L’écrivain Emmanuel Matateyou dans son roman DCL use du même procédé d’écriture
que Charly-Gabriel Mbock. Nous y remarquons un emploi considérable de certains éléments
linguistiques notamment les calques syntaxiques, les emprunts. Il met par ailleurs en
évidence, le néologisme de sens ainsi que des interjections caractéristiques de sa socioculture,
qui apparaissent dans les dialogues entre les personnages. L’écrivain camerounais, tout
55
comme les autres écrivains francophones veut représenter son univers culturel à travers un
mécanisme discursif qui sied bien à son cadre énonciatif.
Se manifeste par l’importation des structures des langues africaines en français dans une
opération de traduction qui colle aux textes de départ (…). Le calque opère des
transformations dans la distribution et l’organisation linéaire des catégories
grammaticales en langue cible.
-« Mais tu fais si je parlais avec l’eau dans la bouche » (DCL, p.125) La transcription
phonétique de cette phrase en langue bamoun est la suivante :
[mǝʃíkɛtndúʃúra] qui signifie « je suis sérieux, je sais de quoi je parle » : cet exemple
marque l’assurance des propos, la véracité de l’information donnée.
[mǝtúoʃɛtǝbɛkέtmì]veut dire « je vais lui faire du mal » :cette phrase résonne comme un
avertissement, une menace.
56
français. Ce sont des mots source qu’on introduit dans une autre langue. Ils sont d’un grand
nombre dans DCL à travers les phrases suivantes :
-Conti (du camfranglais) : « comment s’appelle ton conti de Cotonou » (DCL, p.34)
-Meeting (de l’anglais) : « je ne fais que rejeter ce que l’on dit aux metting (Ibid., p.42).
-Assos (du camfranglais) : « nous avons des assos et il n’y a pas de problèmes » (Ibid., p.32).
-kom (du bamoun) : « N’es-tu pas toi, toi aussi, un kom ? » (Ibid. p.62)
-Lââre (du bamoun) ; « les gardes ne se firent pas rejeter cela et lui apportèrent de bien
jolies et juteuses lââre mure à souhait » (Ibid, p.64)
-Miondo (du duala), mbongotsobi (du bassa), pên (du bamoun) : « cette dame était très
connu pour ses plats qu’elle mijotait avec beaucoup d’art et de finesse : poisson braisé,
poulet braisé accompagné de plantain ou de miondo, bouillon de porc épic, mbongotsobi,
ndolé, pên […] ou au Nigéria » (Ibid., p.45)
Nous constatons que les mots sont empruntés à plusieurs langues telles l’anglais et les
langues camerounaises telles le duala, le bassa, le bamoun qui est la langue maternelle de
l’écrivain. Le souci de l’auteur est d’enrichir la langue française avec le nouveau mot venu
d’ailleurs. Certaines réalités sociales ne peuvent pas être exprimées en langue française raison
pour laquelle l’auteur utilise les mots de sa langue et les mots empruntés aux autres.
-« Toi, Mfopit, tu veux que nous enterrions les traditions ancestrales à cause du
modernisme ? Je ne marche pas » (Ibid., p.21).
57
-« Tu me fatigues avec tes histoires » (Ibid., p94)
Il est à noter que les deux premiers exemples veulent tout simplement dire « couvrir de
présents », « récompenser, satisfaire quelqu’un ». Quant au troisième et quatrième exemple
ont respectivement pour signification « ne pas adhérer, ne pas accepter une idée » ; « faire
quelque chose de désagréable à quelqu’un ». La dernière illustration sonne comme un refus
d’écouter ; elle signifie «bavarder, jacasser, parler beaucoup ».Le néologisme de sens apparait
comme une façon singulière dans l’appropriation du français pour les locuteurs camerounais.
Ils détournent les sens originels mots et en attribuent de nouveaux.
Les accents circonflexes portés sur la voyelle « e » donnent un ton bas et étiré. Aussi, la
voyelle est doublée on obtient étirement bref. C’est une forme d’expression de la compassion
et de la tristesse chez les bamoun. Il est question ici d’une conversation être Habiba et
Mariatu. Habiba compatie face à la situation de son amie. Elle veut prouver à Mariatu qu’elle
comprend ce qui lui arrive.
-« Mais je ne peux pas. Je risque une grossesse…un enfant hors mariage. Ce serait un
scandale, une catastrophe…Womôôôôh ! »(Ibid, p.34)
Nous remarquons aussi dans cette phrase les accents circonflexes avec quatre voyelles
« o ». Le ton ici est montant à cause de la multiplicité de cette voyelle. L’étirement est long et
exprime la peur que ressent Mariatu à l’idée d’avoir une relation sexuelle hors mariage.
-« Eh bêêêh ! Je n’ai vraiment pas envie de te dire de nous imiter, Mariatu » (ibid 35) : il
s’agit dans cette phrase de l’expression de la déception de Sheyla quant à la réaction de
Mariatu qui a besoin d’argent mais ne veut faire ce que lui ont suggéré ses amies.
-« ééé ! Elle était toujours matinale ééé !Qui sera ma confidente ? » (Ibid, p11)
Cette interjection est présentée dans une strophe de façon anaphorique en début de
chaque vers. L’accent aigu lui confère un ton haut et montant. L’expression de la douleur,
58
tristesse et d’angoisse y est : Pemi Abduramane se lamente, il est troublé par la mort de sa
femme Kadidja qu’il affectionnait beaucoup. Il exprime sa douleur et son malheur à son frère
Ndeh Tamoh dans une lettre.
Toutes ces formes lexicales sont en quelque sorte d’interjections dialectiques issues de
la langue bamoun. Elles mettent en exergue le comportement et les réactions des bamoun. Par
ailleurs, ces interjections sont aussi utilisées dans diverses aires culturelles du Cameroun. Ces
formes lexicales ont une valeur oralisante avec des étirements vocaliques qui renforcent leur
valeur onomatopéique ainsi que leur expressivité.
Ressemblances Divergences
“sponsor” P.33
« fils de mon père » « Je parlais avec « Depuis bientôt deux « wêêh ! » p.32
l’eau dans la
59
p.14-88-117 bouches » p.125 lunes » p.127 « womôôôôh! » p.34
La modalité de l’énoncé se définit comme une vue subjective du sujet agissant. Elles
expriment la personnalité de l’énonciateur et la façon de véhiculer son message. Autrement
dit, les modalités de l’énoncé se rattachent au style de l’écrivain, à sa la façon qu’il adopte
pour faire passer le contenu de son message. Un regard sera posé sur le mélange de genres et
les figures de style
60
peuple Bassa s’exprime en trois vocables intéressants notamment le ‹‹panapo ›› (expression)
‹‹ mol ma ðget ›› (noms héroïques), ‹‹ biðgeðgen ›› (proverbes). Parmi ces trois vocables,
nous relevons les proverbes. On reconnaissait particulièrement la valeur d’une personne à
travers son langage.
Les bassa du Cameroun s’expriment avec des proverbes que le dictionnaire Le Robert
Micro définit comme un conseil de sagesse exprimé en une formule généralement imagée.
Pour Kuitche Fonkon (1989 :47) le proverbe est reconnu par tous comme l’expression la plus
raffinée de la sagesse et comme l’illustration de la maitrise du langage par son utilisateur.
Jacques (1974 :20) Chevrier affirme à son tour que « les proverbes sont des expressions de
vérité é naturelle…le proverbe ne subit aucune modification, car toute déformation serait une
déformation de la tradition. Il contribue enfin à l’enracinement des œuvres dans le terroir »
Dans les textes littéraires ils occupent une fonction culturelle. Cette façon de mouvoir la
langue concoure à la valorisation de la littérature orale africaine et à l’expansion de la sagesse
voire la pensée africaine. Tél est le cas dans le texte de Charly Gabriel MBOCK où nous
avons recueillis de nombreux proverbes :
‹‹ L’éléphant ne surveille pas son petit en marchant devant lui ›› (Ibid. P.33) : la morale qui
se dégage de ce proverbe est le respect de la hiérarchie.
‹‹ Le lion a beau être puissant il ne peut pas dévorer une antilope tant que celle-ci est
éloignée ›› (Ibid. P.37) : cela veut dire qu’il faut savoir faire preuve de stratégie et de sagesse
si l’on veut obtenir quelque chose.
‹‹ Le perroquet a perdu sa langue à force de jacter ›› (Ibid., P.36) : il faut parler en tout
sagesse et très discret dans ses agissements
‹‹ Celui qui demande accepte les épines du chemin qui conduit chez celui qui donne ›› (Ibid.,
P.47) : la recherche du bien est accompagnée de contraintes et d’embuches, quiconque veut
obtenir quelque chose doit supporter la souffrance.
‹‹ Celui qui n’a pas franchi la rivière en crue ne doit pas se moquer de celui qui se noie ››
(Ibid., P.63)
‹‹ Qu’on est jamais couvert de gale le jour où l’on mange du lion ›› (Ibid., P.97)
61
‹‹ Quand le vent souffle, il est toujours imprudent de monter cueillir des fruits sur un arbre ››
(Ibid, P.97)
La communication par les proverbes chez les bassa est un phénomène employé
généralement par les personnes âgées d’une certaine tranche d’âge (les vieillards, les chefs
traditionnels, les patriarches connus sous l’appellation ‹‹ mbombὸk ›› ce qui honorait leurs
personnalités et exaltait leurs dignités.
Nous constatons ici qu’à travers le texte de Charly Gabriel MBOCK, l’univers
proverbial Bassa est relatif à la nature. L’auteur métaphorise le discours à partir des éléments
de la faune et de la forêt.
Tout comme les Bassa s’expriment quotidiennement avec des proverbes, les peuples
Bamoun à leur tour ont recours aux proverbes qui abondent leurs propos. C’est ainsi que nous
pouvons retenir dans l’œuvre DCL les proverbes suivants :
« La vérité ne meurt jamais en route, elle finit toujours par triompher ›› (Ibid, P.15) : il ya un
temps réservé pour chaque chose
« Quand un enfant pisse au lit, il oublie qu’il fera jour ›› (Ibid, P.71) : chacune de nos actions
doit être contrôlée, nous devons agir en mesurant les conséquences qui pourront en découler.
« Dès qu’il y a le pên par terre avec une sauce appétissante, même les édentés recherchent les
plus gros morceaux de viande ›› (ibid, P.74)
« Si le pên tarde à venir, c’est que la sauce est très succulente›› (Ibid, P.75) : la quête du
succès nécessite de la patience ; le chemin qui mène à la réussite est trop long.
« Si ton soleil brille, réchauffe-toi autant que tu peux ›› (Ibid., P.76) : il faut savoir tirer profit
des opportunités qui s’offre à nous et en faire bon usage.
« Sache que l’eau du fleuve ne coule que de l’amont vers l’avale ›› (Ibidem)
« Quelle que soit la hauteur ou la grosseur d’un arbre, celui-ci dépend toujours de ses
racines ›› (Ibid, P.83) : il faut toujours prendre en considération son prochain, l’accepter et le
respecter même la chose la moins insignifiante peut s’avérer être important plus tard.
Le chant est un genre de la littérature orale .Le chant en Afrique est un héritage
traditionnel et un patrimoine culturel. Il se déclame dans diverses situations et pour différentes
62
raisons. Dans DCL l’écrivain dans l’optique de faire passer son message imprime à son texte
des chants de diverses formes .Nous notons à titre illustratif des chants suivants :
-le chant de moralité : il est déclamé par Doda le poète traditionnel lorsqu’il fut invité au
palais de Nkuput. :
Ce chant est un conseil, un enseignement sur la mort qui, depuis toujours sème la
frayeur parmi les hommes. Par le biais du poète, l’écrivain sensibilise les hommes sur la mort,
un phénomène naturel qui atteint les hommes de toutes les sociétés et de toutes les classes
sociales selon ce chant.
-le chant de guerre : il est chanté par les soldats qui allaient faire la guerre à Nchutnun :
O ngùe’! O ngùe’!
Ana’ puupoondia’!
A na’ puupoondia’!
-le chant de lamentation : les africains ont différentes manières d’exprimer leur sentiments
négatifs(les pleurs, les chants etc.). Dans notre corpus il est question du personnage de
Njapshe qui, à chaque fois est maltraitée par la reine Naké exprime son mécontentement
par le chant qui s’avère être plutôt un appel à l’aide à sa Sœur Ntuntùere. Elle pleure en ces
termes :
Le verset « Njapshe est toute seule » témoigne la solitude et par conséquent la tristesse
de Njapshe raison pour laquelle elle invite sa sœur à l’assister dans ses tâches ménagères.
-le chant d’initiation : il est produit par les jeunes gens du voilage de Kunden de retour de
leur initiation dans la forêt sacré :
64
Les jeunes garçons sont emmenés dans la forêt pour la circoncision et leur initiation
dans la forêt pendant des mois; être initié veut dire qu’on est déjà un homme mature et
responsable qui doit être respecté. Emmanuel Matateyou nous présente avec beaucoup de
fierté la tradition de son terroir à travers le chant .Ce chant est pour les initiés un chant de
bravoure, de contentement et de gloire.
« Le coq poussa un cri de douleur, battit des ailes et se mit à courir : il venait d’être frappé
sous l’aile gauche. Du sang maculait se plumes naguères luisantes(…) la crête du coq,
naguère écarlate, retomba, molle et déjà ternie par la mort(…) Lién confirma la
présomption. Il n’avait que sa palmeraie comme plantation. Le travail s’étant effectué sans
accident, Mboua rendit doublement hommage aux ancêtres et distribua des morceaux de
kola à ses compagnons d’âge. Peu après, les quatre hommes reprirent le chemin du village.
Tous pensaient à la chair de la vipère, blanche et délectable. » (QSLP, pp7-17)
Il est à noter que selon l’ordre chronologique du déroulement des évènements, cette
histoire aurait du commencer avec l’évènement de la page 19 qui commence par la
conversation entre le chef NyembBanol et son fils héritier Bitchoka, au sujet de la
proposition de mariage à son fils : « Bitchoka n’était encore que prince héritier…Enfin il
jugea son fils à l’âge de se marier. La conversation qu’ils eurent un soir de pluie fut
déterminante à ce propos »
65
« Arrivée à un endroit appelé Mekwene, Titakam demanda à Tupanka, le chef des armées,
de délier les liens du prisonnier…L’opération dura un peu plus de quatre heures. Il fallut
beaucoup de professionnalisme et de courage aux chirurgiens pour sauver Mbuombo. Tout
se passa très bien et notre homme plongea dans un sommeil réparateur qui le ramena
encore dans son pays. Là, il parcourut le royaume dans tous les sens, écoutant les uns et les
autres.» (DCL, pp17-25)
Compte tenu de ce qui a été élaboré dans cette partie le constat qui se dégage est que
tous les deux écrivains ont opté pour un style d’écriture presque similaire. La différence se
situe au niveau du mélange de genres où nous retrouvons les chants et les lettres
n’apparaissant pas dans l’écriture de Charly-Gabriel Mbock. Ils ont permis aux lecteurs de
prendre connaissance de leurs histoires racontées à travers un style qui brise la monotonie
linéaire et classique d’un récit. Ils y insèrent l’oralité moyen d’enseignement et de
sensibilisation des hommes.
Rappelons que deux textes ont constitué notre corpus : QSLP et DCL nous ont permis
de valoriser certains aspects culturels et socioculturels de deux communautés distinctes à
savoir la communauté bassa et la communauté bamoun.
De part l’étude des noms des personnages faite précédemment dans notre corpus, un
constat se dégage : les deux écrivains assument leur origines culturelles. Dans QSLP, nous
66
avons remarqué que les noms des personnages ne sont pas variés c'est-à-dire qu’ils ne sont
pas de divers origines : Bitchoka, Lién, Bikop, Mboua etc. sont des personnages dont leurs
noms sont issus de la communauté bassa. Nous notons au regard de ceci une unicité de
l’auteur dans le choix de ses personnages. L’écrivain assume ses origines et son identité ; il
exprime son attachement profond et sincère à sa tribu.
De même, l’étude des personnages a été faite dans DCL d’Emmanuel Matateyou. Il
ressort de cette étude que l’écrivain prône non seulement une représentativité tribale mais
aussi une unité nationale. Il fait aussi montre de son attachement à sa culture en attribuant à
ses personnages des noms ( Njapshe, Mbuombuo, Ntùntuère, Mapon etc.).À Travers les
personnages tels que Ralph Brown (représentant de l’occident et chrétien), Sheikh Munir
Usman (représentant arabe et musulman), Titakam et Mohuo (De la communauté bamoun),
il imprime dans les consciences des lecteurs l’unité de tous les hommes dans la diversité
culturelle et religieuse. Aussi, il fait une incitation à l’acceptation de l’autre sans faire de
distinction.
Les romans QSLP et DCL apportent un plus à la langue française. Son enrichissement
se fait par les emprunts, les néologismes et les calques .Dans le souci de rendre la langue
française encore plus digeste et plus riche, l’auteur de QSLP s’attèle à insérer dans les
discours des personnages les calques sémantiques et les néologismes de sens. Il puise dans la
langue bassa des structures syntaxiques et un lexique ayant déjà des sens existant. Il choisit de
les traduire en la langue cible qui n’est rien d’autre que la langue française. En outre, à travers
la dérivation sémantique des mots tels que antilope (femme), fauve(le prétendant), nous
assistons certainement à une resémantisation du lexique français. De nouveaux sens intègrent
par conséquent les entités françaises. Dans DCL l’enrichissement se fait par l’introduction
des mots issus de la langue bamoun, des interjections dialectiques mais aussi des calques et
des néologismes .Ceux -ci donnent un nouveau sens au discours.
Emmanuel Matateyou utilise dans son roman des mots et termes bamoun. Il choisit
d’inscrire son texte dans l’univers culturel bamoun. La langue maternelle étant une
identification propre à un groupe, force est de constats que pour promouvoir effectivement
une langue, il est important de la parler. A travers les emprunts majoritairement locaux,
l’auteur valorise la langue bamoun .Les langues maternelles devant être enseignées aux élèves
dans les établissements scolaires, DCL prône l’apprentissage de la langue bamoun fortement
67
représentée. Il veut faire connaitre sa langue aux hommes de différents horizons voire
l’internationaliser.
Les deux écrivains font en quelque sorte la valorisation de leurs traditions respectives.
Ils pensent que nous devons encourager ces cultures qui résistent face au modernisme de nos
jours. La valorisation passe par la préservation et la restitution de ces traditions dans les
livres. Certaines pratiques ancestrales aujourd’hui tendent à s’effacer peu à peu dans nos
sociétés. La modernité s’y est implantée égarant les africains de leurs valeurs et patrimoine
socioculturelles. Les jeunes générations préfèrent s’arrimer aux tendances venues de
l’occident. Le style vestimentaire, les traditions, les rituels sont piétinés. Et c’est dans
l’optique de les faire revivre que ces auteurs se sont servi de la langue française comme
moyen de communication et de conservation de cet héritage socioculturel .De même, cette
conservation de l’élément culturel aboutit à ce qu’on désignerait de pédagogie de
l’enracinement culturel. Emmanuel Matateyou et Charly-Gabriel Mbock apportent une
contribution considérable à l’enseignement de la culture grâce à leurs romans regorgent des
substrats culturels dont l’étude renseigne tout lecteur sur son identité. Rien qu’en lisant leurs
romans, nous apprenons énormément sur la culture.
3.3.5. L’enseignement
Les deux écrivains transmettent diverses valeurs à travers le langage proverbial. Ils
éduquent l’humanité entière en mettant en évidence la sagesse populaire camerounaise
comprise dans les proverbes et les maximes. Ils préconisent les valeurs de respect, de l’amour
du prochain ; de la patience, la douceur. L’idéal pour eux serait de voir les hommes et les
femmes de tout âge s’épanouir, cohabiter et s’entendre peu importe les origines sociales et
68
culturelles. Tous les hommes de la terre devraient cultiver les valeurs qui les aideront à se
mouvoir dans la vie.
69
CONCLUSION GÉNÉRALE
Parvenu au terme de notre travail, il convient de rappeler que notre étude a porté sur
l’étude comparative des éléments linguistico-sémantiques et culturels dans Quand saigne le
palmier de Charly Gabriel Mbock et Dans les couloirs du labyrinthe d’Emmanuel Matateyou.
Notre objectif majeur était de ressortir les rapports de ressemblance et de dissemblance des
éléments de la langue française appropriée et des éléments de la socioculture mis en œuvre
dans le corpus. Ce travail consistait en l’analyse et l’’interprétation des indices repérés tant
dans Quand saigne le palmier que dans le roman Dans les couloirs du labyrinthe. Le choix de
ces corpus reposait sur le fait que l’on dénombrait dans ces romans une pluralité d’indices
émanant de la socioculture des auteurs ainsi que l’emploi d’un substrat linguistique teinté par
les langues sources des auteurs. Pour mieux analyser ces éléments, nous avons jugé utile
d’appliquer la méthode ethnostylistique à ces textes pour une meilleure interprétation et un
bon rendement. Le problème qui a été soulevé est celui de l’expression de la socioculture et
l’appropriation de la langue française dans les romans QSLP te DCL ? Ce problème a généré
la problématique centrale suivante : comment la langue française et la socioculture
camerounaise sont-elles mises en évidence dans le corpus par les écrivains ?De cette
problématique avons-nous obtenu les questions secondaires suivantes : quels sont les
éléments linguistico-sémantiques qui émanent de l’appropriation de la langue française par les
écrivains camerounais dans QSLP et dans DCL ? La socioculture bassa et la socioculture
bamoun sont telles identiques ? Quels sont les enjeux visés par les auteurs ?
Pour mieux étayer notre sujet, nous avons élaboré notre travail en trois chapitres,
l’ethnostylistique ayant constitué notre cadre à la fois notre cadre méthodologique et
méthodique. De ce fait, le premier chapitre intitulé « présentation du corpus : structure externe
70
et interne » nous a permis non seulement de connaitre les origines culturelles des écrivains
mais aussi d’avoir un bref aperçu sur le contenu sémantique du corpus.
Nous pensons que d’autres recherches peuvent être effectuées sur notre thème car il ne
couvre pas tous les éléments liés à la langue et la socioculture mis en exergue dans ce corpus.
Ainsi, notre travail reste une modeste contribution à la recherche et nous espérons qu’il
apportera des suppléments d’informations dans la construction des connaissances de tout
lecteur.
71
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D- OUVRAGES METHODOLOGIQUES
E- MEMOIRES
73
F- SITOGRAFIE ET USUELS
[Link]
[Link]
Dictionnaire de linguistique et des sciences sociales.
74
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ................................................................................................................ ii
RÉSUMÉ ................................................................................................................................... v
ABSTRACT .............................................................................................................................. v
75
1.4.2. Les principaux thèmes dans DCL ........................................................................... 13
76
3.2.2. Les emprunts ........................................................................................................... 56
77