Com ACC
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Gabriel DECROIX
MEMOIRE
En vue de l'obtention du
Certificat de Capacité d'Orthophonie
présenté par :
Justine MILLIAT
Lille – 2018
A Nogaye et Ahmed
Remerciements
Merci à Madame Crunelle d’avoir accepté d’être lectrice de cette étude et d’y porter un
intérêt certain.
Merci à Madame Buteneers d’avoir pris le temps de lire ce travail et d’avoir fait partie
du jury de soutenance.
Merci au Professeur Leteurtre pour ses conseils et son implication dans ce projet.
Merci à tous les secrétaires, cadres, chefs de service et responsables d’unité contactés
dans cette étude, pour leur amabilité et leur efficacité.
Plus personnellement, merci à tous les incroyables maîtres de stage qui m’ont accueillie
au cours de ma formation, qui m’ont appris des savoir-être et des savoir-faire et m’ont
transmis leur passion du métier.
Merci à mes parents pour leur soutien constant quels que soient nos choix. Merci à mon
frère et à ma sœur pour leur présence de près ou de loin.
Enfin, merci à toutes les personnes rencontrées durant ces cinq années d’études qui les
ont rendues si drôles et belles.
Résumé :
Mots-clés :
Keywords :
Plusieurs études en France ou à l’étranger ont été réalisées concernant la mise en place
d’outils de communication alternative en réanimation adulte. Peu d’articles concernent quant
à eux la mise en place de techniques alternatives de communication en réanimation
pédiatrique. Alors que peu d’orthophonistes sont présents dans ces services en France,
l’objectif de notre étude est de réaliser un état des lieux de la mise en place de CAA par les
équipes soignantes et de connaître leur besoin en termes d’outils de CAA. Nous formulons
plusieurs hypothèses. Les enfants hospitalisés présentent des troubles de la communication en
lien avec leur hospitalisation. Les soignants mettent alors en place des moyens de CAA avec
ces enfants mais manquent d’informations à ce sujet et souhaiteraient avoir davantage d’outils
à leur disposition. Pour vérifier nos hypothèses, nous souhaitons envoyer un questionnaire aux
professionnels travaillant en réanimation pédiatrique en France.
Nous développerons donc ici le contexte théorique dans lequel s’inscrit ce mémoire en
s’intéressant tout d’abord à la réanimation pédiatrique et aux troubles de la communication
qu’une hospitalisation dans ces services peut engendrer. Nous mettrons ensuite en avant les
différents types de CAA existants puis ceux mis en place en réanimation. L’étude menée sera
ensuite détaillée. A partir des objectifs et des hypothèses émis, nous décrirons la méthodologie
mise en place, les résultats obtenus et la discussion proposée.
1
Contexte théorique, buts et hypothèses
Dans la première partie de ce travail, nous définissons la réanimation au sens général et
pédiatrique. Nous présentons ensuite les causes de troubles de la communication des enfants
hospitalisés dans ces services, la CAA de manière générale et plus particulièrement celle mise
en place en réanimation. Pour finir, nous développons l’objectif de notre travail.
1. Contexte théorique
3
1.2.1. Généralités
La ventilation mécanique permet la suppléance de la fonction ventilatoire à l’aide d’un
respirateur auquel le patient est relié. Elle peut être invasive (par intubation trachéale ou
trachéotomie) ou non (par masque nasal ou pipette buccale) (Association Française contre les
Myopathies, 2007). La ventilation invasive (Figure 1) fait généralement suite à la ventilation
non invasive lorsque cette dernière n’est plus assez efficace (Association Française contre les
Myopathies, 2007).
4
1.2.2. Intubation trachéale et trachéotomie : avantages et inconvénients
La trachéotomie permet une respiration plus confortable et une meilleure oxygénation
du patient grâce à l’ouverture trachéale, qui permet un passage de l’air de la trachée aux
poumons plus rapide. Elle diminue les irritations laryngées causées par la sonde d’intubation
et préserve l’intégrité des cordes vocales (bien qu’une rééducation orthophonique puisse être
nécessaire à la suite de la modification de l’appareil phonatoire). Elle améliore la qualité de
vie du patient et son autonomie : verticalisation, exploration de l’environnement, alimentation
per os avec l’aide d’un ballonnet en cas de fausses routes possibles (Association Française
contre les Myopathies, 2007 ; Guillaumot, 2012). L’intubation trachéale, bien qu’invasive
également, ne nécessite pas d’ouverture cutanée. Elle reste un acte courant pour les équipes
entraînées (Vazel et al., 2004).
Une intubation trachéale réalisée en urgence ou prolongée peut causer des dommages
aux cordes vocales, dus au passage endo-laryngé du tube d’intubation. L’intubation et la
trachéotomie entraînent une aphonie suite au blocage des cordes vocales par le tube
d’intubation ou à l’évacuation de l’air pulmonaire par l’orifice de la trachéotomie avant de
faire vibrer les cordes vocales. Le port d’un nez artificiel, filtre fixé sur l’extrémité externe de
la canule de trachéotomie, est nécessaire pour diminuer l’inhalation de poussières et permet
d’humidifier et de réchauffer l’air, cela auparavant réalisé par les voies aériennes supérieures
(Guillaumot, 2012 ; Réseau Espace Santé-Cancer, 2014). Des règles d’hygiène extrêmement
strictes doivent être respectées et une formation des parents aux soins de trachéotomie est
nécessaire. De plus, l’introduction d’une canule de trachéotomie dans la trachée va favoriser
les sécrétions trachéales qui devront être aspirées régulièrement pour éviter l’obstruction de la
canule par des bouchons muqueux (Guillaumot, 2012). Enfin, le retentissement psychologique
sur l’enfant (modification de son schéma corporel et de l’image de soi) et sur les parents
(acceptation) est important et peut prolonger la durée d’hospitalisation de l’enfant.
De plus, les patients sont couramment reliés à un ventilateur et sédatés, afin d’optimiser
la ventilation mécanique, d’assurer leur confort et d’améliorer la tolérance des interventions
médicales, ou paralysés suite à leur affection (Bauerheim et al., 2013). Ils ne peuvent donc pas
5
se mouvoir, ni dans certains cas ouvrir les yeux et entendre clairement. Les différents canaux
de communication se retrouvent alors coupés (Albarran, 1991).
1.3.1. Historique
En 1971, le code idéographique canadien Bliss, inventé lors de la seconde guerre
mondiale par Blitz, est adapté en outil de CAA. Il est composé de 4500 symboles et est traduit
en vingt-cinq langues. Précurseur des futurs codes symboliques, cet outil se présente sur une
tablette sur laquelle l’utilisateur crée des phrases en combinant différents symboles (Cataix-
Nègre, 2011).
Dans les années 1980, suite à la promotion du code Bliss, les premiers systèmes
pictographiques apparaissent. En France, le Groupe de Recherche pour l’Autonomie et la
Communication des personnes Handicapées (GRACH) imagine un code éponyme à
destination d’enfants et d’adolescents paralysés cérébraux, constitué de pictogrammes simples
et épurés facilement reproductibles à la main. Au Canada et aux Etats-Unis, les codes sont en
premier lieu créés pour les adultes dysarthriques sans atteinte cognitive pour lesquels les
bénéfices de la communication alternative sont immédiats (Cataix-Nègre, 2011). Le système
britannique Makaton créé en 1975 par Walker, Johnston et Cornforth souligne et promeut
l’importance de la multi-modalité de la communication par un système combinant langage
oral, signes et pictogrammes d’après l’auteur.
6
nouvelles technologies et aux initiatives individuelles et pluridisciplinaires. Par exemple, le
logiciel Plaphoons, utilisable sur ordinateur et tablette, combine une arborescence de grilles et
une voix de synthèse émettant le mot sélectionné parmi les images présentées (Danigo, Lésel,
& Lagares Roset, 2010).
Ces divers moyens de communication sont donc à adapter selon l’âge du patient, sa
pathologie, ses capacités motrices et cognitives. Ils peuvent être utilisés dans de multiples
7
contextes lorsque le patient présente des troubles de la communication, comme en service de
réanimation pédiatrique.
Les enfants adhèrent positivement au langage des signes qui semble être une voie de
communication naturelle (Simon, Fowler, & Handler, 1984). Une bonne mobilité des
membres supérieurs du patient et une formation de l’équipe et de la famille sont nécessaires
pour mettre en place ce type de CAA.
L’écriture sur une feuille ou sur une ardoise est proposée aux patients lorsque leurs
capacités motrices et cognitives le permettent. Garder les traces écrites du patient peut avoir
8
un impact positif sur ses futurs messages : ses anciennes productions pourront lui être
proposées pour qu’il choisisse parmi elles (Grossbach et al., 2011).
Grossbach et ses collaborateurs ont créé en 2011 un kit de communication pour les
patients hospitalisés en réanimation adulte. Il contient un support pour tenir les feuilles, des
stylos, un alphabet, un tableau de mots et de photographies, une échelle de douleur, d’anxiété
et de dyspnée, ainsi qu’une notice de communication à personnaliser selon le patient et des
exemples de messages selon la pathologie du patient. Les différents matériels peuvent être
plastifiés pour éviter qu’ils ne s’abîment.
Le Visio-board est un appareil à commande oculaire qui a été testé dans les services de
réanimation du Centre Hospitalier Universitaire de Lille en 1999 chez des patients adultes
puis avec un patient enfant (Blois et al., 1999). Le patient est placé face à un écran relié à un
ordinateur qui positionne le pointeur de la souris à l’endroit où le sujet est censé regarder. Le
patient désigne avec les yeux des pictogrammes présentés planche par planche en sous-menus.
L’utilisation du Visio-board par l’enfant fut un échec car l’outil aurait dû selon les auteurs être
présenté de manière préliminaire avec une utilisation plus ludique (visionnage de dessins
animés par exemple).
Les logiciels sur tablettes contiennent une base de pictogrammes que le patient
sélectionne par poursuite oculaire ou par clic souris pour générer des phrases. Les tablettes
répondent significativement aux besoins des patients. Elles nécessitent que les patients ne
soient pas sédatés, qu’ils aient une bonne attention soutenue, une puissance musculaire et une
coordination des membres supérieurs suffisantes (Ten Hoorn et al., 2016).
9
Ces aides technologiques demandent cependant un investissement financier important,
empêchant le plus souvent les services de réanimation de s’en doter (Grossbach et al., 2011).
1.4.4. Le contenu
Happ et ses collaborateurs (2004) ont décrit le contenu d’échanges entre des patients
hospitalisés en réanimation adulte et l’équipe soignante. Dans leur étude, 59% des échanges
décrits portaient sur la douleur et le confort des patients. Néanmoins, certains patients ont pu
initier des échanges dans 5% des cas sur d’autres sujets comme leur famille ou leur maison.
La méta-analyse réalisée par Ten Hoorn et ses collaborateurs (2016) indique que dans 70%
des cas les patients souhaitent effectuer des demandes autres que physiques, qui ne se situent
alors pas dans leur tableau de communication.
Dans l’idéal, l’introduction d’une CAA se fait avant l’opération qui entraînera les
troubles de communication (Costello, 2000). L’enfant choisit ainsi ses demandes au préalable,
voire préenregistre les messages dans une synthèse vocale. Cela réduit la surcharge de stress
présente en phase post-opératoire (Costello, 2000), mais n’est généralement pas réalisable
pour les patients admis en urgence dans le service.
Pour que l’enfant investisse au mieux son outil de communication, la famille et l’équipe
soignante doivent déterminer ensemble une liste de besoins spécifiques au patient, à organiser
de manière écologique sur l’outil (Grossbach et al., 2011). La triangulation entre l’enfant, ses
parents et l’équipe soignante est essentielle dans la prise en soin globale de l’enfant (Blois et
al., 1999).
Il est également primordial que les canaux de communication soient variés (Happ et al.,
2014). L’utilisation d’une CAA ne doit pas empêcher l’équipe et la famille de continuer de
parler oralement à l’enfant. De plus, les patients ont la plupart du temps recours à plusieurs
méthodes de CAA au cours de leur hospitalisation (Thomas & Rodriguez, 2011).
10
2. Buts et hypothèses
La littérature référence plusieurs moyens de CAA mis en place en réanimation adulte.
Cependant, peu d’articles concernent leur adaptation et leur utilisation en réanimation
pédiatrique. Actuellement encore peu d’orthophonistes sont présents au sein de ces services
pour notamment prendre en charge les troubles de la communication.
L’objectif de cette étude est d’effectuer un état des lieux de la mise en place des outils
alternatifs de communication par les professionnels de réanimation pédiatrique et d’évaluer
leur nécessité de disposer d’informations et d’outils de CAA.
Selon les résultats, cette étude pourrait être poursuivie afin de créer des outils de CAA
spécifiques aux patients hospitalisés en réanimation pédiatrique. Ces outils pourraient être
ensuite diffusés aux services interrogés dans cette étude.
Méthode
Ici, nous détaillons la façon dont notre étude a été menée lors de la réalisation de notre
travail. Nous présentons la méthodologie suivie pour établir notre population d’intérêt, créer
notre questionnaire et traiter les données recueillies.
1. Participants à l’étude
L’étude s’est intéressée aux professionnels, quelle que soit leur profession, travaillant
dans un service de réanimation pédiatrique en France et prenant en charge des enfants de plus
de trois ans. En effet, Brigaudio et Danon-Bioleau (2009) indiquent que l’étayage du langage
oral a lieu chez l’enfant jusque ses deux ans. Nous souhaitions que les enfants concernés par
l’étude aient déjà parlé avant leur hospitalisation, pour que les prérequis à l’utilisation d’une
CAA soient en place et que l’âge ne soit pas une cause d’échec de la mise en place de la CAA.
Nous avons alors élargi à trois ans afin de s’assurer que ces critères soient respectés.
Les trente-deux services de réanimation pédiatrique français ont été contactés. Dix-neuf
services ont participé à l’étude, dont deux services étrangers (Montréal et Lausanne). Si nous
établissons qu’un service de réanimation pédiatrique compte en moyenne 85 professionnels
11
(moyenne établie d’après les effectifs donnés par les cadres de cinq services), nous pouvons
indiquer les éléments suivants concernant notre étude :
- L’effectif de la population d’intérêt : 2720 individus ;
- Le nombre de sondés : 1615 individus ;
- Le taux de sondage : 59,4% ;
- Le taux de réponse : 8,0%.
2. Matériel
Afin de recenser les services de réanimation pédiatrique en France, nous avons eu
recours à la liste des services francophones de réanimation pédiatrique, disponible sur le site
Internet du Groupe Francophone de Réanimation et d’Urgences Pédiatriques (GFRUP). Ce
document nous a permis d’obtenir les villes ainsi que les coordonnées téléphoniques du
secrétariat et du service de toutes les réanimations pédiatriques en France.
Le questionnaire a été élaboré sur Google Forms. Il pouvait être rempli par le soignant
informatiquement ou sur format papier (impression du questionnaire Google Forms en format
PDF) selon le service. Ils ont ensuite été traités individuellement sur Microsoft Office Excel.
12
3. Procédure
Le questionnaire a été diffusé durant un mois, du 18 janvier au 16 février 2018. Il a dans
un premier temps été publié sur le forum de discussion du GFRUP, par Monsieur Milesi qui
anime le forum. Ce forum est consultable par différents médecins et chefs de service
travaillant dans un service de réanimation pédiatrique francophone. Cette diffusion a
notamment permis à deux services étrangers francophones de participer à l’étude.
Dans un second temps, nous avons pris contact individuellement avec le secrétariat de
chaque service par appel téléphonique. Le questionnaire informatique a alors été envoyé par
mail aux cadres, chefs de service ou responsables d’unité, selon les indications de chaque
secrétaire, pour qu’ils le transmettent par la suite aux membres de leur équipe. Le mail type
envoyé présentait brièvement l’étude (thème et organisateurs), son objectif ainsi que le public
visé par le questionnaire (cf. Annexe n°2). Enfin, la date de clôture de la diffusion, le nombre
de questions, l’anonymisation des réponses et le temps de passation y étaient renseignés. Pour
quelques services, un courrier informatique ou postal à la Direction des Soins a été nécessaire
afin de faire valider le questionnaire avant sa diffusion aux équipes (cf. Annexe n°3). Une
relance par téléphone ou par mail a été réalisée une semaine avant la fin de l’étude pour les
services n’ayant pas donné de retour. Les cadres de deux services ont exprimé une incapacité
à transmettre informatiquement le questionnaire à leur équipe. Les questionnaires en format
papier ont donc été imprimés, envoyés et retournés par la poste dans le premier cas et déposés
et récupérés en mains propres pour le second service (service de l’hôpital Jeanne de Flandre à
Lille).
Résultats
Nous avons récolté 130 questionnaires après un mois de diffusion : 112 questionnaires
ont été reçus informatiquement et 18 en format papier. Les données obtenues dans les
questionnaires collectés sont détaillées dans cette partie et dans l’Annexe n°4.
A propos du lieu d’exercice, dix-neuf services différents, soit plus de la moitié des
services contactés, ont été renseignés par les soignants : Lyon (n=18, 13,9%), Toulouse et
Nantes (n=12 pour chaque service, 9,2%), Angers (n=10, 7,7%), Lille et Marseille (La
Timone) (n=9, 6,9%), Limoges (n=6, 4,6%), Strasbourg (n=5, 3,9%), Tours, Paris (Robert
Debré), Rennes, Montpellier, Garches (Raymond Poincaré), Grenoble et le Kremlin-Bicêtre
(n=3, 2,3%), Nancy (n=2, 1,5%), Lausanne, Montréal (Sainte-Justine) et Le Mans (n=1,
13
0,8%). Cette question était ouverte et non obligatoire. Vingt-trois participants (17,7%) n’y ont
pas répondu.
Figure 2. Causes de difficultés de communication rencontrées par les enfants dans votre
service
14
Figure 3. Situations de difficultés de communication rencontrées avec les enfants
Plus de 70% des participants indiquent que les patients hospitalisés dans leur service
peuvent bouger les yeux, la tête ou les membres supérieurs. L’enfant n’est capable d’aucune
motricité dans 24,6% des cas (n=32). Vingt répondants (15,4%) précisent que la motricité
varie selon les pathologies et les enfants hospitalisés.
Parmi les 113 répondants ayant indiqué avoir déjà mis en place des outils de CAA dans
leur service :
- Le principal moyen sans Aide Technique mis en place par les soignants est l’utilisation
de gestes (comme le pointage ou le hochement de tête) (Figure 4) ;
- Quant aux aides techniques, l’échelle de douleur se place en première position des
outils mis en place (Figure 5) ;
- L’outil le plus fréquemment utilisé pour désigner sur le support de communication est
la main ou le doigt de l’enfant (Figure 6).
15
Figure 4. Moyens sans Aide Technique utilisés
Figure 5. Moyens avec Aide Technique (orange) et Aide Technique technologique (bleu)
utilisés
16
Pour 95,6% des participants (n=108), les outils de communication mis en place se sont
avérés utiles. L’intervalle de confiance à 95% est de [91,8 ; 99,4]. Six répondants ont indiqué
que l’outil employé avait été utile dans toute situation de communication. Les autres exemples
de situations décrits qualitativement par les soignants ont été regroupés en trois catégories
pour une meilleure lisibilité (Tableau 1).
D’après les soignants interrogés, l’absence de bénéfices de la CAA peut être causée par
des raisons :
- Médicales : sédation et fatigue trop importante, difficultés de motricité des membres
supérieurs ;
- En lien avec la CAA elle-même : non adaptée à l’âge et au niveau d’apprentissage,
besoins basiques limités à la connaissance et l’habitude de la prise en charge du
patient, support incomplet ;
- En lien avec le service : pas assez de temps pour l’équipe pour une bonne mise en
place par rapport au faible nombre de patients concernés par la problématique.
17
Les outils sont personnalisés dans 88,5% des cas (n=100), soit un intervalle de
confiance à 95% de [82,6 ; 94,4]. D’après ce sondage, nous sommes sûrs à 95% qu’entre
82,6% et 94,4% de tous les professionnels qui mettent en place des outils, les personnalisent.
Selon les soignants, le matériel a été investi par 91,2% des enfants (n=103) avec un
intervalle de confiance à 95% de [85,9 ; 96,4], ainsi que par 84,1% des familles (n=95) avec
un intervalle de confiance à 95% de [77,3 ; 90,8]. Les réponses qualitatives concernant
l’investissement de l’outil sont indiquées dans le Tableau 2.
ENFANTS FAMILLES
CAUSES DU BON Ludique Rôle parental retrouvé
INVESTISSEMENT Adapté Adapté
DE L’OUTIL
Fiable et peu coûteux Besoin naturel
Facile à utiliser Diminution du stress
Rassurant Rassurant
Tableau complet Permet un meilleur
investissement et
accompagnement dans les
soins
Permet de se faire comprendre Relai dans la communication
entre l’enfant et le soignant
Evite la frustration Moins d’agacement de leur
enfant
CAUSES DU Enfant trop stressé pour Outil marque trop le handicap
MANQUE communiquer avec un
D’INVESTISSEMENT nouveau moyen de
DE L’OUTIL communication
Enfant s’énerve si n’y arrive Manque de connaissances et
pas peur de prises d’initiatives
Enfant trop sédaté et/ou N’en ressentent pas le besoin
fatigué car arrivent à comprendre et à
détecter les besoins de l’enfant
Extubation rapide ne Propre mode de
permettant pas de s’approprier communication (notamment
l’outil pour enfants polyhandicapés)
Absence de la famille
18
4. Nécessité de CAA
Les soignants affirment avoir reçu des informations antérieures à propos de la CAA
avant tout par les professionnels paramédicaux ou médicaux du service (35,4%, n=46).
D’autres sources d’informations comme la formation initiale, les recherches personnelles, les
congrès ou les formations personnelles ont été sélectionnées ou proposées par les soignants.
Sept d’entre eux (5,4%) n’avaient jamais eu d’informations à ce sujet.
Dans cette étude, 96,9% des répondants (n=126) pensent qu’avoir un code de
communication à disposition leur serait utile au sein du service, soit un intervalle de confiance
à 95% de [94,0 ; 99,9]. D’après ce sondage nous pouvons alors affirmer à 95% qu’entre
94,0% et 99,9% de tous les professionnels travaillant en réanimation pédiatrique pensent
qu’avoir un code de communication à disposition leur serait utile.
La principale limite à la mise en place d’un outil de CAA correspond aux troubles de la
conscience chez l’enfant (n=113, 86,9%). Quarante-trois soignants (33,1%) pensent que
l’équipe manquerait de temps pour la mise en place de ces outils. D’autres limites comme le
manque de connaissances et le besoin de formation des équipes, l’investissement financier, le
manque d’outils numériques et d’investissement des parents ou encore la barrière de la langue
ont été renseignées. Neuf personnes (6,9%) pensent qu’il n’existe pas de limite à la mise en
place de CAA.
Concernant les caractéristiques d’un futur outil de CAA et son contenu, les participants
ont indiqué leur degré d’accord aux différentes propositions comme présenté dans les Figures
7 et 8.
19
Figure 8. Contenu de l’outil de CAA
Discussion
L’objectif de cette étude était d’effectuer un état des lieux de la mise en place des outils
de communication alternative par les professionnels de réanimation pédiatrique et d’évaluer
leur nécessité de disposer d’informations et d’outils de CAA.
Les résultats de notre étude valident nos hypothèses. Les enfants hospitalisés
rencontrent des difficultés de communication dues à leur hospitalisation (hypothèse n°1).
Plusieurs outils, comme les gestes ou l’échelle de douleur, sont actuellement mis en place par
les équipes (hypothèse n°2). La quasi-totalité des soignants trouverait utile d’avoir à sa
disposition un outil de CAA (hypothèse n°3). Nous verrons que ces résultats comportent
toutefois des limites.
Les répondants ont pu indiquer leur degré d’accord concernant les principales
caractéristiques, de la CAA en général et en réanimation, présentes dans la littérature. Plus de
la moitié des soignants accordent une grande importance (« Très important ») à six des huit
caractéristiques proposées : utilisable par toute l’équipe, plaisir de l’enfant, à adapter,
21
formation, implication des familles et rapidité de mise en place. Le nombre restreint d’items
dans un code de communication utile pour la bonne utilisation par l’enfant en début de mise
en place est plutôt important pour un peu moins de la majorité des répondants. Près de la
moitié des soignants sont indifférents à l’utilisation d’un support non technologique, plus
accessible financièrement qu’un outil technologique d’après Grossbach et ses collaborateurs
(2011).
Concernant le contenu (Figure 8), les participants indiquent majoritairement que chaque
pôle est très important. Les demandes de l’enfant à propos des besoins primaires sont très
importantes pour les trois quarts des soignants. Cela concorde avec les situations de difficultés
de communication (Figure 3) qu’ils indiquent rencontrer (demandes de l’enfant concernant
ses besoins primaires). La littérature indique que le contenu porte le plus souvent sur ce pôle
également (douleur, confort, demandes physiques) (Happ et al., 2004 ; Ten Hoorn et al.,
2016).
2. Limites de l’étude
22
participants concordent avec la littérature. Pour pallier cela, les questions étaient de type
mixte afin de permettre aux professionnels d’apporter de nouvelles informations. Un effet de
Halo semble être retrouvé pour les échelles de Likert (questions n°20 et 21) car elles ne
comprenaient que des éléments de la littérature importants. Il aurait été intéressant d’insérer
des éléments peu ou pas importants pour éviter que les réponses ne soient toutes sur une
même échelle et que cela n’influence les répondants (Evrard, 2003 ; Grawitz, 1996 ; cités par
Amari & Boudabbous, 2014).
Pour finir, les réponses obtenues sont moins précises que dans certaines études de la
littérature. En effet, Happ et ses collaborateurs (2011) comptaient et décrivaient chaque acte
de communication en filmant les échanges entre soigné et soignant. Dans notre étude, les
soignants n’indiquent pas combien de fois les actes de communication (mise en place d’outils,
exemples de situations, …) ont lieu mais uniquement si cela est arrivé au moins une fois dans
le service. Réaliser une enquête plus précise répertoriant et dénombrant les comportements de
communication aurait été réalisable si nous n’avions interrogé qu’un service (le service de
Jeanne de Flandre à Lille par exemple). De plus, il aurait pu être intéressant de demander en
préambule du questionnaire distribué quelle part d’enfants hospitalisés rencontrait des
difficultés de communication, afin d’établir approximativement le nombre d’enfants
concernés par l’étude au sein des services.
23
3. Implication pratique et pistes de futures recherches
Cette étude est un état des lieux de la mise en place et de la demande de CAA en
réanimation pédiatrique en France. Elle a été réalisée dans le but d’apporter de nouvelles
informations à propos de l’emploi actuel de CAA en réanimation pédiatrique et de la nécessité
des équipes d’en disposer. En effet, peu d’études concernant la CAA en réanimation
pédiatrique existent dans la littérature. Les résultats de l’étude apportent aux professionnels
travaillant en réanimation pédiatrique des informations générales sur les pratiques françaises
et dans deux services à l’étranger et sur le besoin des équipes de disposer d’outils. Parmi les
résultats, les professionnels peuvent trouver des idées d’outils (CAA mise en place
actuellement dans les services), les principales caractéristiques d’un outil de CAA ou encore
quel contenu y mettre. Cette étude reste toutefois une description et n’apporte pas aux équipes
un outil préconçu. Il serait donc intéressant de poursuivre cette étude par d’autres recherches.
La suite de l’étude pourrait être de créer un ou plusieurs outils de CAA spécifiques aux
patients hospitalisés en réanimation pédiatrique. En effet, une immense majorité des
répondants ressentent le besoin d’avoir de tels outils à leur disposition. La création d’outils
pourra s’appuyer sur les réponses obtenues dans notre enquête afin d’être en accord avec les
besoins des équipes.
Comme vu précédemment, il n’existe pas un outil de CAA universel à tous les enfants
(Cataix-Nègre, 2011). En effet, les enfants hospitalisés présentent des capacités différentes. Il
serait important de proposer, au vu de la diversité motrice retrouvée dans notre enquête
(question n°4), un outil adaptable selon les capacités de désignation de l’enfant. Un arbre
décisionnel pourrait être envisagé afin de choisir dans un premier temps le support et l’aide à
la désignation pour chaque enfant. La CAA proposée dans une recherche future ne pourra être
technologique. Bien que près de la moitié des répondants y soient indifférents (question n°20),
le coût d’un outil technologique ne permettra pas sa diffusion dans tous les services. Certains
professionnels ont à ce propos indiqué dans les limites le manque d’investissement financier
de leur service. Il serait intéressant de proposer un outil de CAA technique comme le tableau
de communication, moyen avec support le plus utilisé selon Ten Hoorn et ses collaborateurs
(2016). Le tableau de communication est une surface large divisée en cellules sur lesquelles
sont disposés des photographies, des images ou encore des pictogrammes (Cataix-Nègre,
2011). D’après l’auteur, ce tableau permet d’inclure différentes informations sur une surface
plane, pour que le locuteur les désigne afin d’établir un message. Enfin, la recherche future
pourrait s’inspirer des différents moyens mis en place en réanimation adulte comme le kit de
communication réalisé par Grossbach et ses collaborateurs (2011) qui contient un ensemble
d’éléments utiles à une bonne communication et facilement adaptables.
Concernant le contenu du futur outil, les répondants de l’étude accordent une grande
importance aux demandes primaires (questions n°3 et 21). Il serait donc important que les
besoins primaires y aient une place. Cependant, il est essentiel que l’outil comporte des
éléments personnels concernant l’enfant (Ten Hoorn et al., 2016). Personnaliser le contenu de
l’outil contribuera à un meilleur investissement de la part des enfants et des familles (Cataix-
Nègre, 2011 ; questions n°13 et 14).
24
Il est important de considérer les limites pour que l’outil soit utilisé. Certaines causes
(fatigue, sédation, ...) peuvent constituer des freins à la mise en place d’une CAA. Le besoin
de formation des équipes présent dans la littérature (Happ et al., 2011) est retrouvé dans notre
étude. Une notice d’explication concernant la CAA et son utilisation, comme créée par
Grossbach et ses collaborateurs dans leur étude (2011), pourra être développée et
accompagner l’outil créé. Il sera aussi intéressant de prendre en compte la barrière de la
langue retrouvée plusieurs fois au cours de notre enquête, pour les enfants ne parlant pas le
français. Les mêmes auteurs indiquent que la présence d’un interprète dans le service ou des
pictogrammes symboliques pour communiquer permettent de pallier cette limite. Le manque
de temps des équipes dans ces services, où la technicité médicale a une place primordiale
(Laurent et al., 2015), est également ressentie comme une limite par un tiers des soignants.
Cette information est grandement à prendre en compte dans la création d’un outil : l’outil
devra être facilement adaptable pour les équipes afin de favoriser la rapidité de mise en place.
Pour finir, il faudra porter une attention particulière sur plusieurs éléments afin d’établir
une bonne communication. Des conseils concernant les comportements de communication à
avoir pour favoriser une bonne communication (Happ et al., 2011) pourraient être ajoutés à la
notice d’explication. La mise en place de manière ludique de l’outil est retrouvée dans la
littérature (Blois et al., 1999) et dans notre enquête (question n°16), afin notamment de
diminuer le stress qui peut empêcher l’enfant de se servir de son outil (question n°17). Enfin,
la place des parents est essentielle et sera à valoriser tout au long de la mise en place de l’outil
de communication (Happ et al., 2011). Une des causes du manque d’investissement des
familles exprimées par les participants est en effet le manque de connaissances et la peur de
prise d’initiatives des parents. Les répondants ont conscience de l’importance de l’implication
des familles dans la communication (questions n°16 et 20).
Une fois que les outils seront créés, ils pourront être transmis aux trente-deux services
de réanimation pédiatrique pour que les soignants, les enfants et les familles puissent en
bénéficier. Une autre étude pourra faire suite à la création de matériel afin de valider les
supports créés. En effet, les services pourront être interrogés, sous forme de questionnaire par
exemple, pour qu’ils puissent renseigner leur avis sur les outils et y apporter des modifications
éventuelles. Ces questionnaires pourront également être à destination des familles et des
patients qui en bénéficient ou qui en ont bénéficié au sein du service.
Conclusion
L’objectif de cette étude était d’effectuer un état des lieux des outils de CAA utilisés par
les professionnels de réanimation pédiatrique et d’évaluer leur besoin d’informations et
d’outils de CAA complémentaires. Pour ce faire, nous avons choisi de créer un questionnaire,
subdivisé en trois parties correspondant aux trois hypothèses de l’étude : les difficultés de
communication rencontrées par les enfants, les aides à la communication mises en œuvre dans
le service et la nécessité de moyens de CAA. Ce questionnaire a été envoyé aux cadres, chefs
de service ou responsables d’unité des services de réanimation pédiatrique en France
référencés sur le site du GFRUP, et également diffusé sur le forum de discussion du GFRUP
pour solliciter le plus de professionnels possible. Nous avons collecté 130 questionnaires
25
provenant de divers Centres Hospitaliers, dont deux services étrangers francophones, et
renseignés par différents professionnels. Bien que nos résultats comportent des limites, ils ont
permis de valider nos hypothèses : les enfants hospitalisés rencontrent des difficultés de
communication liées à leur hospitalisation, les soignants mettent en œuvre des outils de CAA
au sein de leur service et ils confirment leur besoin de disposer de plus d’outils. La
communication avec les enfants semble majoritairement se faire de manière pluridisciplinaire.
Les enfants hospitalisés dans les services présentent diverses pathologies et différentes
capacités motrices. Les outils mis en place sont la plupart du temps adaptés et investis. Des
contraintes à la mise en œuvre de ces outils sont signalées par les soignants, comme la
sédation importante de l’enfant et le manque de temps de l’équipe, et doivent être prises en
compte.
Notre étude qui dresse un état des lieux de la CAA en réanimation pédiatrique complète
la littérature plutôt pauvre dans ce domaine. Des études en réanimation adulte donnent des
pistes concernant les outils créés et leur utilisation. Notre étude pourrait être poursuivie afin
de créer des outils pour rétablir une communication entre les enfants et leur famille, et les
enfants et les soignants. Dans ce contexte de création, il sera pertinent de considérer les
stratégies de communication décrites dans la littérature : établir une communication dans un
environnement de confiance, créer un projet personnalisé avec le patient, sa famille et les
membres de l’équipe, s’assurer de la visibilité et de l’accessibilité des outils et donner des clés
d’utilisation à l’équipe et aux famille.
26
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29
Liste des annexes
Annexe n°1 : Questionnaire envoyé aux professionnels.
Annexe n°2 : Mail explicatif envoyé aux cadres, chefs de service, responsables d’unité.
Annexe n°3 : Demande d’autorisation de diffusion de l’étude aux Directions des Soins.
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