N°17
N°17
Critique économique
démarche scientifique expli-
❏ La Banque des règlements internationaux : des habits neufs pour
citement critique, plusieurs
l’honorable “vieille institution” ?
stéréotypes ont fini par trouver Nicolas Moumni, Ali Bouhaili
un ancrage dans le sens
commun contribuant à déve- ❏ Les objectifs du millénaire pour le développement :
lopper, ici comme ailleurs, des défis et opportunités pour l’Afrique
réflexes cognitifs prenant la Ahmed Rhazaoui
“p e n s é e u n i q u e” p o u r l a
“réalité unique”. Il y a lieu de ❏ La régulation du risque salarial au Maroc
renouer avec l'esprit critique Youness El Mesmoudi
car il y a lieu de sortir d'une
logique épistémologique ❏ L’industrie automobile au Maroc : potentiels et dynamiques des relations
clients-fournisseurs
absolutiste et se dégager d'un
Brahim Bachirat, Loubna Boulouadnine, Nisrine Lembarek
parti pris analytique où tous
les chats sont gris.
17 17
Septième année • Hiver 2006 • 50 Dh
Critique économique
Revue trimestrielle
L’équipe Directeur
Noureddine el Aoufi
(elaoufi@[Link])
Comité de rédaction
Najib Akesbi
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat
([Link]@[Link])
Mohamed Belahcen Tlemçani
Université de Perpignan, France
(benlahce@[Link])
Saâd Belghazi
Institut National de Statistiques et d’Economie Appliquée, Rabat
(belghazi@[Link])
Mohammed Bensaïd
Université Abdelmalek Essaadi, Tanger
(bensaidleid@[Link])
Driss Guerraoui
Université Mohammed V-Agdal, Rabat
(dguerraoui@[Link])
Redouane Taouil
Centre d’Etudes de la Pensée et des Systèmes Economiques,
Université Pierre Mendès-France, Grenoble, France
([Link]@[Link])
N° 17 • Hiver 2006
Critique économique n° 17 • Hiver 2006
sommaire
Résumé Abdellatif
L’introduction en Bourse est une opération qui mobilise un certain nombre El M’Kaddem
d’acteurs qui se rassemblent pour une bonne réussite du projet de la société Abdelhamid
émettrice qui est la levée de fonds par le recours public à l’épargne. El Bouhadi
L’introduction en Bourse doit, toutes choses étant égales par ailleurs, se
Université Mohamed
dérouler dans un climat de confiance et de sérénité entre tous les Ben Abdellah, Fès
intervenants, y compris entre l’émetteur et le souscripteur. S’introduire en Université Cadi Ayyad,
Bourse est, pour l’entreprise, synonyme d’accès direct avec une certaine Marrakech
facilité à l’épargne publique disponible. Néanmoins, cet accès direct est
assorti d’obligations en vue, d’une part, de sécuriser cette épargne et, d’autre
part, de rendre transparents à la fois le processus d’introduction et de
cotation et l’activité de l’entreprise. Ceci étant, force est de constater que,
premièrement, le processus d’introduction des entreprises marocaines est
très rarement transparent et, deuxièmement, que le nombre d’introductions
est trop faible. L’entreprise marocaine considère l’introduction en Bourse
comme une opération risquée : perte de pouvoir des dirigeants, plus de
contraintes vis-à-vis des tiers, etc. De plus, elle interprète cette opération
comme étant une sanction probable qui pourra provenir à la fois du marché
et des instances de contrôle. L’entreprise marocaine est une entreprise dont
les pratiques sont plus ou moins informelles, fonctionnant dans l’opacité
et en détournant la réglementation, et hostile à toute visibilité. Elle se cache
derrière ses traditions, et elle se montre dans sa modernité ; elle est dualiste.
Elle se trompe de vision ; elle est immature et non lucide. Cette entreprise
ne veut pas innover ; elle risque de disparaître avec les zones de libre-échange
dont le Maroc a signé les accords et qu’elle signera dans l’avenir.
Mots-clés
Introductions en Bourse, procédures, coût, étroitesse du marché,
faiblesse de l’offre de titres, contraintes économiques et socioculturelles,
prise de risque, réformes.
Abstract
The companies listing in stock market is an operation which mobilizes certain
number of actors who meet all together for a good success of project of the
issuing company which is the public offering. Issuing operation in stock
Keywords
Listing in Stock Exchange, Procedures, Cost, Narrowness of the Market,
Weakness of the Liquidity Supply, Economic and Socio-cultural Constraints,
Risk-taking, Reforms.
Introduction
Pour financer sa croissance, l’entreprise dispose de trois modes :
l’autofinancement, l’appel au crédit bancaire et l’appel public à l’épargne.
Le financement par appel public à l’épargne provient soit des fonds gérés
par les investisseurs institutionnels (OPCVM, fonds de pension et de retraite,
caisses de dépôts, sociétés d’assurance…) soit des économies des particuliers.
Le financement par l’épargne publique prend donc deux formes : soit
l’émission, soit encore la cession d’instruments financiers (actions,
obligations…). La première émission ou cession est appelée introduction
en Bourse. Une fois l’entreprise introduite, elle peut bénéficier d’une émission
secondaire par l’augmentation de son capital, par l’échange d’actions, ou
par l’endettement en émettant des obligations. En diversifiant ses sources
de financement, l’entreprise se trouve dans une position confortable quant
à la gestion de sa situation financière. Son indépendance financière se trouve
renforcée.
Les mots d’ordre invoqués par les initiateurs de toute introduction en
Bourse sont sans équivoque : changement de dimension de l’entreprise à
– elle permet plus facilement d’échanger des titres cotés contre des actifs,
les actionnaires peuvent facilement se retirer du capital de l’entreprise sans
subir de pertes ;
– elle rend possible des acquisitions et des investissements (4) d’un (4) En termes
montant plus élevé ; d’immobilisations
corporelles, incorporelles
– elle permet des opérations qui pèsent moins sur la trésorerie de et financières.
l’entreprise ;
– elle facilite l’intégration des dirigeants à la réussite de l’association
nouvelle.
Notons, en outre, que le paiement partiel ou total en actions n’est pas
toujours aisé quand la société est fermée, alors que la Bourse le favorise :
le titre est coté régulièrement et librement négociable sur un marché
réglementé. Le capital et l’image de l’entreprise deviennent de plus en plus
crédibles.
De ce fait, l’introduction en Bourse permet à l’entreprise d’acquérir non
seulement une croissance financière mais aussi une notoriété, une
reconnaissance auprès de ses tiers et du public, au Maroc et à l’étranger (5). (5) Clientèle et
Cette notoriété et cette crédibilité immédiates, incomparables, doivent fournisseurs potentiels,
prestataires de services,
être capitalisées grâce à une politique régulière d’information de qualité. investisseurs, etc.
Ainsi, l’introduction en Bourse est un moyen privilégié de communication
offrant un rapport coût/avantage particulièrement intéressant. De l’autre
côté, l’introduction en Bourse est un label de prestige qui marque la
consécration d’une société et la reconnaissance de la pertinence de son projet
de développement. D’un point de vue financier, la cotation renforce la santé
financière de l’entreprise et sa crédibilité : ses comptes sont certifiés, publiés,
analysés et diffusés. L’entreprise est en mesure d’être plus transparente.
D’un point de vue boursier, outre la certification et la publication des
comptes, les grands axes stratégiques, les méthodes industrielles ainsi que
la stratégie de l’organisation interne de l’entreprise sont connues et analysées ;
les produits et les marques sont valorisés. Tous ces facteurs donnent aux
investisseurs une meilleure visibilité qui leur permet de se positionner par
rapport à l’entreprise et de se déterminer en toute connaissance de cause.
Généralement, la Bourse apporte les avantages suivants :
– elle permet la réalisation et la diversification d’une partie du patrimoine
des actionnaires d’origine ;
– le marché fixe, chaque jour, le prix de l’action qui tient compte des
résultats et des perspectives de l’entreprise et non seulement de la valeur
comptable ;
– la cotation valorise en permanence la part du capital non diffusée dans
le public ;
– la cotation permet aussi l’entrée et la sortie d’actionnaires temporaires
(industriels, financiers) dont l’entreprise peut avoir besoin à un stade de
son développement ;
– l’introduction en Bourse favorise la mobilité du capital.
Tableau 1
Les exigences en matière d’introduction sur
l’un des trois compartiments
– une lettre par laquelle la société demande l’admission de ses titres sur
l’un des trois compartiments de la Bourse de Casablanca et s’engage à
respecter les dispositions réglementaires arrêtées au niveau du Règlement
général (6); (6) Selon le dahir portant
loi n° 1-93-211 du
– un procès-verbal de l’instance de décision ayant décidé l’introduction 21 septembre 1993,
des titres en Bourse et leur émission ; modifié et complété par
– un projet de note d’information établi conformément aux règles et les lois n° 34-96 et
29-00, les engagements
circulaires du CDVM. en matière de cotation au
La politique d’information peut être conduite par les services de troisième compartiment
sont très stricts. En effet,
l’entreprise ou avec la collaboration d’une agence spécialisée. Ainsi, toute selon l’article 14 ter,
introduction en Bourse nécessite la mise en œuvre d’une stratégie de l’entreprise inscrite au
communication financière destinée à faire connaître les atouts et le projet troisième compartiment
doit s’engager au moment
de l’entreprise et à assurer la réussite du placement des actions. de son introduction en
Indispensable sur le plan marketing (7), la politique d’information revêt Bourse à présenter une
aussi sur le plan boursier des aspects obligatoires conformément aux convention établie selon
le modèle fixé par le
circulaires du CDVM et aux engagements pris par la société lors de son CDVM, conclue avec une
introduction. En effet, l’entreprise cotée se trouve dans l’obligation de fournir société de Bourse pour
une période de 5 ans,
des informations avant et après la réalisation de l’introduction. Six éléments
prévoyant notamment les
essentiels caractérisent la politique d’information de l’entreprise cotée avant obligations relatives aux
son introduction effective : conditions de préparation
des documents
– la publication obligatoire d’une note d’information et des comptes ; d’information destinés au
– la diffusion du dossier d’introduction à l’ensemble des investisseurs public et d’animation du
et des prescripteurs ; marché de ses titres par la
société de Bourse. En
– le lancement éventuel d’une campagne de publicité financière ; outre, les actionnaires
– l’organisation d’une réunion d’information financière ouverte aux dirigeants s’engagent à
analystes, aux investisseurs et à la presse ; conserver pendant une
période de 5 ans, à
– la présentation éventuelle de la société à l’étranger (road show) ; compter de la date de la
– l’information du personnel. première cotation, 60 %
des actions détenues par
Après l’introduction, la société cotée a l’obligation de procéder, tout eux. Cette période peut
au long de l’année, à une information régulière et sincère concernant les être réduite par arrêté du
éléments qui doivent faire l’objet d’une publication officielle : ministère chargé des
Finances après avis du
– le chiffre d’affaires des trois derniers semestres ; CDVM. Les actions
– les bilans semestriels provisoires. concernées doivent être
La société doit aussi porter à la connaissance du public tout événement inscrites en compte
bloqué pendant cette
de la vie de l’entreprise susceptible d’avoir une incidence sur son cours en période auprès de la
Bourse. Ceci dit, une politique d’information régulière et pertinente, allant société de Bourse visée
ci-dessus ou d’un
au-delà des obligations légales, est un élément fondamental pour assurer, à
établissement affilié
long terme, une carrière boursière de qualité. En effet, la Bourse est par nature désigné par les soins de
un marché d’anticipation concurrentiel où les investisseurs prennent leurs ladite société.
décisions à partir de l’analyse des informations disponibles et de la visibilité (7) L’action est considérée
comme un produit
qui en découle. Si ces exigences doivent être impérativement respectées, il nouveau pour lequel il
n’en est pas de même pour les procédures d’introduction. faut lancer une publicité.
de contrepartie tels le NASDAQ (9) ou le SEAQ (10) ou le SEAQI (11). (9) National association
of securities dealers
Au Maroc, cette fonction de teneur de marché que doivent exercer les automated quotations.
sociétés de Bourse n’est pas obligatoire, car elle n’est pas réglementée par (10) Stock exchange
la loi. L’absence d’une tenue de marché à la Bourse de Casablanca reste un automated quotations.
problème de fond quant à la réussite des introductions boursières. (11) Stock exchange
automated quotations
1.4. Valorisation de l’entreprise et prix de l’émission international.
Tableau 2
Les caractéristiques des procédures d’introduction
• Fourchette de prix
annoncée lors de pré-
marketing
Délai
d’annonce
5 10 10 Lors du pré-marketing
(jours de
Bourse)
Ordres Ordres à cours limité ; Ordres à cours limité Ordres à prix d’offre Technique du book
ordres au mieux uniquement building
acceptés
Centralisation
des ordres Bourse de Casablanca Société de Bourse
Attribution Taux de service identique pour tous les donneurs d’ordre appartenant à Taux de service
des titres une même catégorie, réduction proportionnelle discrétionnaire
Taux de 5 % sur l’ensemble 5 % dans la fourchette 5 % de l’ensemble Non applicable
service des ordres cours de prix servie des ordres
minimum* coté
(*) S’il ne peut être atteint en raison d’une demande trop forte, la procédure est reportée à un prix supérieur ; un blocage
des fonds peut alors être demandé.
Source : SBVC (2001).
Tableau 3
Les introductions privées en Bourse depuis 1995
(16) La capitalisation Ces sociétés ne représentent que 15,78 % de la capitalisation totale (16)
totale de la Bourse de et 12,23 % du volume global (17) “actions” négocié en 2002. Nous notons
Casablanca en 2002 est
de 87 180 MDh. en effet le caractère très limité de la négociabilité de leurs actifs.
(17) Le volume global Ceci étant et d’après une lecture simple du tableau ci-dessus, deux
“actions” négocié en 2002 remarques peuvent être faites :
est de 22 460 MDh. – le nombre de souscripteurs est faible ; par contre, le nombre de titres
demandés est très important ; ceci s’explique par deux phénomènes essentiels :
le premier reflète la façon dont est orientée l’épargne des ménages. Celle-
ci est placée généralement sous forme de dépôts à terme ou sous forme d’achat
de bons du Trésor négociables. Le second reflète la situation du marché
Tableau 4
Les privatisations depuis 1995 et leur poids
dans la capitalisation du marché et dans le volume total échangé
BMCE 1995 Cession 1 401 000 8 533 127 51 485 6 969 2 545
EQDOM 1995 Cession 200 000 691 168 22 013 848 158
SAMIR 1996 Cession 6 172 000 10 975 751 59 560 6 343 895
SONASID 1996 Cession 1 365 000 2 235 041 11 449 1 950 765
FERTIMA 1996 Cession 690 000 3 077 567 11 960 518 277
SMI 1997 Cession 329 018 1 931 218 14 153 1 678 811
BCP 2004 Cession 1 177 610 10 254 573 22 423 ND ND
Total 11 354 628 37 698 445 193 043 18 306 5 451
Source : SBVC (2002).
PIB en MM Capitalisation Capi./PI Variation Sociétés Sociétés Nouvelles Radiations Transactions Augmentation
Pays 2003 en MM 2003 B 2003 de l’indice cotées étrangères introductions 2003 en MM 2003 du capital
2003/2002 2003 cotées 2003 2003
155,90 %
Pologne 206 619 37 404 5 44,9 % 203 203 6 19 9 662,7 378,6
28,83 %
Indonésie 207 530 54 659 1 62,8 % 333 333 6 4 14 652,4 1 642,1
18,10 %
Chili 71 495 87 508 4 45,8 % 241 241 2 8 6 647,3 2 573,3
26,33 %
Colombie 77 117 14 258 5 45,1 % 108 108 4 6 142 061,8 1 121,5
122,39 %
Argentine 129 707 34 994 7 89,2 % 110 110 0 4 3 078,2 348,9
18,49 %
Kuwait 34 395 60 951 6 101,7 % 110 110 13 ND 56,1 1 185,3
26,98 %
Arabie Saoudite 207 318 157 294 1 76,2 % 70 70 2 0 159 053,9 103,8
177,21 %
Bulgarie 20 000 1 755 1 148,2 % 338 338 13 26 116,6 61,9
75,87 %
Croatie 28 329 6 125 7 1,1 % 157 157 94 4 246,7 ND
8,77 %
Iran 143 273 27 544 2 115,8 % 345 345 38 0 4 667,8 917,1
21,62 %
Israël 116 449 68 904 4 55,4 % 577 577 6 53 19 114,8 734,6
19,22 %
Rosario (Arg.) 129 707 36 794 3 104,2 % 112 112 0 4 204,1 2 482,6
59,17 %
Venezuela 60 795 14 125 0 74,9 % 227 227 7 10 1 139,8 397,0
Conclusion
L’exposé de cet article montre que les causes de la faiblesse des
introductions à la Bourse de Casablanca ne se trouvent pas seulement dans
la sphère économique ; elles se trouvent aussi dans la sphère extra-
économique. Les facteurs institutionnels et socioculturels peuvent, en effet,
constituer des freins importants à la dynamique des introductions.
L’archaïsme de l’entreprise marocaine, le manque de transparence dans la
diffusion de l’information financière et d’équité dans le traitement des ordres,
la panne des réformes des institutions économiques, financières, bancaires
et boursières, une microstructure boursière figée caractérisée par un système
d’échange inefficace, un niveau élevé des coûts de transaction et un système
de contrôle de l’information et de l’activité boursière inadapté… sont autant
de raisons du manque d’introductions à la Bourse de Casablanca.
Le manque d’introductions est lié aussi au manque d’information ; en
effet, une politique systématique d’information concernant les bienfaits de
l’introduction doit être mise en application. Les médias et surtout les banques
doivent mener une campagne d’information et de sensibilisation des
entreprises en mesure d’être facilement cotées. De même qu’une politique
bien définie de l’entreprise et s’inscrivant dans le cadre de l’innovation doit
être appliquée. Le projet de l’entreprise dans le cadre de sa croissance future,
via son introduction, doit intégrer toutes les parties prenantes de
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(2001), Fact book.
Société de Bourse des valeurs de Casablanca
(2002), Fact Book, Casablanca.
Résumé Hassan
L’article démontre le lien entre le chômage et la pauvreté et propose une Bougrine
solution pour leur élimination. La solution proposée repose sur deux piliers : Laurentian University,
le premier consiste à encourager la création d’emplois dans le secteur privé, Sudbury, Ontario
(Canada) et Université
essentiellement par le biais de l’expansion de crédit aux petits et micro Al Akhawayn, Ifrane
entrepreneurs, alors que le deuxième consiste à utiliser le gouvernement (Maroc)
comme « employeur de dernier ressort », qui devrait alors engager tout le
surplus de travailleurs auprès des organismes du secteur public à travers
une variété de programmes sociaux et de travaux publics. La Banque centrale
jouerait un rôle primordial dans le financement de cette opération, qui aurait * Je tiens à remercier
des effets bénéfiques pour la croissance et le développement du pays. pour leurs précieux
commentaires Phil
O’Hara, Alain Parguez,
Mots-clés Mario Seccareccia, John
Chômage, pauvreté, création d’emplois, crédit, création monétaire, recettes Smithin et Randy Wray.
Je remercie également
de l’Etat, détermination des taux d’intérêt. Houssam Lahrech et
Noureddine Marzoug
pour leur assistance.
Introduction
La pauvreté est généralement considérée comme étant le plus grand mal
social. Au cours de leur histoire moderne, la plupart des pays industrialisés
a utilisé des programmes et des politiques dans le but de réduire l’impact
de la pauvreté sur les couches les plus vulnérables de la société. L’un des
(1) En ce qui concerne le
problèmes urgents à l’ordre du jour du sommet du Millenium des Nations Maroc, le pourcentage de
Unies (New York, 2000) était l’extrême pauvreté en Afrique et dans d’autres la population totale
pays en voie de développement. Une revue des rapports des conférences vivant dans la pauvreté a
augmenté de 13,1 % en
antérieures commanditées par les Nations Unies montre que la réduction 1990-1991 à 19 % en
de la pauvreté a été une préoccupation depuis au moins 1990. La raison 1998-1999 (World
Development Indicators,
d’être de plusieurs organisations internationales est la lutte contre la pauvreté. 2005). Selon la division
Le FMI considère la réduction de la pauvreté comme faisant partie de son des Statistiques des
nouveau mandat et a récemment créé un organe surnommé « la facilité Nations Unies, les
pourcentages de pauvreté
pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance ». Le « rêve » de la des populations rurale et
Banque mondiale est « un monde sans pauvreté ». Pourtant, la pauvreté urbaines sont passés de
demeure un problème majeur dans la plupart des pays en voie de 18 % à 27,2 % et de
7,6 % à 12 %
développement. Elle a même connu des augmentations dans certaines parties respectivement, durant la
du monde (1). même période.
crédit aux couches les plus pauvres. Mais le rôle du micro-crédit tel qu’il
a été pratiqué jusqu’à présent restera limité pour les raisons mentionnées
ci-dessous et pour d’autres que nous développerons plus loin (voir aussi
Hulme and Mosley, 1996 ; Khandker, 1998). De plus, il faut noter qu’avec
les récentes vagues de libéralisation financière et de globalisation, ces
institutions ont été obligées d’adopter des techniques de marché et ont donc
commencé à prêter sur des bases commerciales pour pouvoir survivre (4). (4) Par exemple, El Banco
Même si ces institutions continuent d’octroyer des crédits aux pauvres, les Solidario en Bolivie s’est
transformé d’une
prêts sur des bases purement commerciales ne sont pas la solution pour organisation non
l’élimination de la pauvreté car, comme nous l’avons souligné auparavant, gouvernementale à une
la majorité des pauvres reste exclue (5). Cette exclusion financière des pauvres banque commerciale, et
Grameen Bank au
ne peut être évitée que par l’établissement d’institutions gouvernementales Bangladesh est devenue
à but non lucratif. Nous partons donc de l’idée de base selon laquelle donner une banque à charte par
aux pauvres le financement, l’éducation et la formation nécessaires pour un décret du
gouvernement.
assurer le succès du crédit est une responsabilité publique.
(5) La Banque mondiale
C’est pour cela qu’il incombe au gouvernement de s’assurer que la et les Nations Unies ont
demande de crédit est satisfaite et que la dépense totale au sein de l’économie récemment admis ces
nationale ne tombe pas en-deçà de la pleine utilisation de sa capacité limitations mais il n’y a
aucun changement dans
productive ; faute de quoi, il permettrait l’existence du chômage (voir sur leurs stratégies.
ce point l’explication donnée par Lerner, 1943). Pour atteindre cet objectif,
le gouvernement souverain doit créer une « Banque nationale de crédit »
avec des succursales dans tout le pays pour octroyer des crédits à tous ceux
qui en ont besoin et particulièrement aux pauvres. Il ne s’agit pas ici de
charité ou de « folie de bien-être » social comme les néo-conservateurs
voudraient nous le faire croire. Au contraire, il s’agit d’une initiative qui
montre que le gouvernement a bien le sens des affaires, et ceci parce que :
(i) les prêts doivent être – et seront – remboursés car le gouvernement
possède plus de pouvoir que les institutions informelles ou semi-formelles
lorsqu’il s’agit de collecter les remboursements ;
(ii) grâce au crédit, les pauvres et les chômeurs amélioreront leur niveau
de vie et sortiront de la pauvreté, ce qui leur permettra de participer avec
fierté aux affaires communautaires ;
(iii) le gouvernement ne sera pas tant préoccupé par les questions
d’assistance sociale et les problèmes associés au chômage et à la pauvreté.
Il pourra donc allouer plus d’énergies et de ressources à la poursuite d’autres
objectifs nobles (recherche scientifique, développement des facultés
artistiques et culturelles des citoyens, etc.).
Maroc France Maroc France Maroc France Maroc France Maroc France
Téléphone : fixe et mobile par 66 944 131 1 070 204 1 179 247 1 216 284 1262
1 000 habitants
mêmes règles que les décisions prises par les agents individuels. Equilibrer
le budget signifie cependant que le gouvernement doit accepter l’austérité
comme ligne de conduite et, par conséquent abandonner les politiques
économiques visant à atteindre le plein emploi et la justice sociale. La
conclusion servant souvent de recommandation de politique économique
à la fois pour les pays développés et les pays en développement est alors
que, puisqu’il y a de fortes raisons politiques et économiques justifiant à
la fois les contraintes sur l’utilisation de la dette et de la création monétaire
et les limites de l’utilisation d’une imposition accrue « pour augmenter le
revenu du gouvernement », la « stratégie interventionniste » de croissance
économique est intenable et doit être abandonnée. Cette conception est
fondée sur une mauvaise compréhension sérieuse et dangereuse des finances
publiques et du rôle de la monnaie dans les économies modernes. Nous
montrerons dans cet essai pourquoi cette conception est complètement
erronée et donnerons un exposé de notre approche qui est fondamentalement
différente.
Selon le point de vue dominant, les impôts sont nécessaires au financement
de l’activité du secteur public et donc un vaste secteur public nécessiterait
des impôts plus élevés. Ces derniers sont à leur tour censés diminuer le
rendement net de l’investissement privé, décourageant ainsi des projets
(12) Lerner (1943, d’investissement risqués (12). On dit également que des impôts élevés
p. 45-46) a démontré que découragent l’épargne individuelle et poussent les ménages à réduire le temps
c’est inexact.
de travail. Pour toutes ces raisons, ils sont considérés comme nuisibles à
la croissance économique. Les partisans de cette conception militent par
conséquent en faveur d’un secteur public réduit, ce qui signifie une
implication plus faible du gouvernement dans l’activité économique et un
rôle plus important du secteur privé (c’est-à-dire la privatisation des
entreprises publiques et des services publics tels que la santé, l’éducation,
(13) En plus de la etc.) (13).
commercialisation des Cette conception pose plusieurs problèmes que nous présenterons sous
services de santé et de
l’éducation, le forme de commentaires généraux avant de s’attaquer aux fondements
gouvernement marocain a théoriques de l’approche elle-même. Premièrement, les impôts ne sont
déjà procédé à la absolument pas nécessaires au financement des dépenses gouvernementales.
privatisation d’une
dizaine d’entreprises Au niveau macroéconomique, la fonction première des impôts n’est pas de
publiques durant les financer les dépenses du gouvernement, mais plutôt de réguler l’économie
vingt dernières années. en prévenant l’inflation (quand la dépense privée est trop élevée) et le
chômage (quand la dépense privée est trop faible).
Deuxièmement, puisque les impôts sont considérés comme la seule source
légitime des revenus du gouvernement et puisqu’ils sont censés être maintenus
le plus bas possible, les décideurs politiques s’abstiennent d’engager des
dépenses publiques de tous ordres comprenant les programmes sociaux et
les projets d’infrastructure. Cette situation qui prévaut dans de nombreux
pays en développement, y compris le Maroc, provient souvent des directives
des institutions internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds
comme le font les Pour clarifier encore plus notre analyse, nous revenons sur les
gouvernements
municipaux. Dans ce
implications du déficit (surplus) public. Comme nous l’avons déjà
contexte, on doit noter mentionné, un déficit public augmente la masse monétaie (ou richesse) reçue
que les Etats-membres de par le secteur privé pour les services rendus au gouvernement. Lorsque les
l’Union monétaire
européenne ont
chèques sont déposés par les citoyens (individus ou entreprises) sur leurs
volontairement choisi ce comptes bancaires (avec les banques commerciales), le bilan de ces dernières
statut “municipal” dans le est augmenté par le même montant du côté du passif (dû aux dépositaires)
souci de faire valoir les
principes néoclassiques
et du côté de l’actif (puisque les banques commerciales détiennent
qui gouvernent le traité maintenant la monnaie de la banque centrale). Il s’ensuit que les réserves
de Maastricht. D’autres des banques commerciales avec la banque centrale augmentent.
voient en cette décision
Contrairement aux bons du gouvernement, ces réserves (monnaie du
une manière de tordre la
réalité pour la faire gouvernement) ne paient pas d’intérêt ou seulement un intérêt négligeable.
correspondre à la théorie. Puisque les banques cherchent à faire du profit, elles ne voudraient pas détenir
de fonds qui ne génèrent aucun revenu (ou un revenu négligeable). Lorsque
les banques commerciales chercheront à se débarrasser de ces fonds, elles
les échangeront contre des bons du Trésor, ce qui augmentera la demande
pour ces derniers. Cependant, si le gouvernement choisit de ne pas émettre
de nouveaux bons, leur prix augmentera, et le taux d’intérêt diminuera.
On obtiendra le même résultat si les banques ayant un excès de réserves
cherchent à les prêter sur le marché des fonds (marché interbancaire). Il
est donc évident qu’un déficit budgétaire aboutit à un excès de réserves dans
le système bancaire et forcera le taux d’intérêt au jour le jour à la baisse,
alors qu’un surplus donnera le résultat contraire. Par ailleurs, si le Trésor
choisit d’émettre de nouveaux bons, il obtiendra en contrepartie les réserves
excédentaires des banques commerciales et par conséquent empêchera le
taux d’intérêt au jour le jour de baisser au-delà des limites pré-établies. Il
est donc clair que, puisque les banques commerciales préfèrent des actifs
produisant des revenus (des bons) et que le Trésor est en position de décider
du taux d’intérêt qu’il paie sur ses bons, la banque centrale peut contrôler
le taux d’intérêt en contrôlant l’émission des bons du Trésor. La vente (et
l’achat) des bons du Trésor (les opérations d’open market) servent donc à
gérer les réserves bancaires (c’est-à-dire la liquidité) pour des fins de contrôle
du taux d’intérêt et non pas à financer les dépenses de l’Etat.
Il n’est un secret pour personne que des taux d’intérêt élevés
augmentent le revenu (et la richesse) des rentiers aux dépens des autres
groupes de la société. Les effets négatifs des taux d’intérêt élevés sont connus
et peuvent être résumés ainsi :
(i) ils baissent la valeur des actifs détenus par les ménages et les entreprises ;
(ii) ils augmentent le coût de l’emprunt et par conséquent réduisent la
marge des profits des entreprises, ce qui diminue les opportunités d’expansion
et de création d’emplois à travers de nouveaux investissements ;
(iii) ils découragent les ménages qui cherchent à emprunter des fonds
pour l’acquisition d’actifs (maison, etc.) ou pour lancer de nouvelles affaires,
ce qui limite leurs possibilités d’améliorer leur richesse et leur bien-être.
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prepared under the ILO/UNDP project The Key to Full Employment and Price
“Economic Policy and Employment”. Stability, Cheltenham, Edward Elgar.
Résumé Mohamed
Cet article s’intéresse aux enjeux et défis de développement durable dans Benlahcen
les pays en développement. Nous ne prétendons pas aborder l’ensemble Tlemçani
des problèmes et des questions posées à l’analyse économique du Iqbal Toumi
développement dans une optique de développement durable. Nous ne nous
GRECOS/CERTAP,
interrogeons pas non plus sur le bien-fondé et la pertinence de ce concept Université de Perpignan
en soi, question qui pourrait raisonnablement faire couler beaucoup d’encre. (benlahcen@[Link])
Au regard des enjeux environnementaux, démographiques et socio- Doctorant au GRECOS,
économiques, nous sommes tentés, cependant, d’admettre que le concept Université de Perpignan
(toumiiqbal@[Link])
présente un intérêt certain dans le cadre des pays en développement. Nous
abordons des questions qui nous semblent centrales pour les économies
en développement pour les trente prochaines années. Nous assumons la
part de subjectivité de ces choix. Notre questionnement s’articule en axes,
pour lesquels une réflexion sera développée.
En introduction, nous revisitons la longue marche du développement durable
depuis le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, PNUE, 1972.
Le premier axe (section 1) tente de positionner, pour les pays en
développement, les différentes dimensions du développement durable. Ceci
précisé, la section 2 examine les défis et menaces au développement
durable dans les pays en développement. Ces défis étant approchés et
examinés, dans la section 3 nous développons les pistes pour surmonter les
obstacles au développement durable. Dans la section 4, « le développement
durable et les institutions », nous développons les mesures d’accompagnement
nécessaires pour tirer le meilleur parti du PPP et pour en faire un outil efficace
de développement durable.
Mots-clés
Développement durable, pays en développement, démographie,
urbanisation, partenariat public-privé, démocratie participative.
Introduction
L’opposition entre environnement et développement est dépassée.
L’environnement et les équilibres naturels sont à la base du développement
social et humain, ils sont mis en péril par les activités humaines à tous les
aussi stratégique que le pétrole. Il ne serait plus surprenant qu’elle devienne d’alimentation groupée
l’enjeu de turbulences nationales et internationales au XXIe siècle (16). en eau des populations
rurales (PAGER).
Les ressources énergétiques En matière
d’assainissement, un
En ce début du XXIe siècle, la consommation mondiale d’énergie est de retard important est
l’ordre de 9 milliards de tonnes d’équivalents-pétrole (TEP) (17) par an soit, noté : à peine 70 % de la
pour 6 milliards d’individus, une consommation par habitant d’environ population urbaine est
raccordée à un réseau
1,6 TEP par an. Cette globalité cache de très grandes disparités et inégalités : d’assainissement, et
Les Etats Unis comptent pour le quart de la consommation mondiale seulement 36 % de la
d’énergie, alors qu’ils représentent moins de 5 % de la population. Leur population rurale dispose
consommation annuelle par habitant est de l’ordre de 8 TEP alors qu’elle d’une infrastructure
d’assainissement ; les
n’est, en moyenne, que de 3,5 tonnes pour un Européen qui dispose pourtant
eaux usées sont
d’un revenu annuel de l’ordre de 75 % du revenu américain. Quant aux généralement rejetées
pays les plus pauvres de la planète, leur consommation par habitant est de dans le milieu naturel
quelques centaines de kilos par an. sans aucun traitement.
Près de 2 milliards d’individus n’ont pas accès aux sources modernes D’après le Plan national
d’action pour
d’énergie, c’est-à-dire l’électricité et les produits pétroliers. Ces individus
l’environnement
utilisent le feu de bois dont la collecte accentue un processus de désertification (ministère de
et d’érosion des sols déjà préoccupant dans ces contrées. Ces inégalités dans l’Aménagement du
la consommation d’énergie correspondent aux inégalités dans la répartition Territoire, de l’Eau et de
des richesses. Il existe un lien fort entre la consommation d’énergie et le l’Environnement,
MATEE 2001), le coût
développement économique. annuel de la dégradation
La situation énergétique mondiale est fortement marquée par la des ressources en eau au
domination de trois grandes énergies fossiles. En effet, les consommations Maroc est évalué à
mondiales d’énergie primaire dépendent pour 40 % du pétrole, pour 25 % 15 milliards Dh/an, soit
6 % du PIB du Maroc.
du charbon et pour 25 % du gaz naturel. Les 10 % restants représentent
Ce coût représente 75 %
la part de l’hydraulique, du nucléaire et des énergies renouvelables telles du coût total de la
que l’électricité éolienne, le solaire (voir graphique : Typologie de la dégradation de
consommation mondiale d’énergie) (18). l’environnement au
Il est intéressant de souligner que plus de 90 % des consommations Maroc. (Source : Banque
mondiale, 2004.)
mondiales dépendent d’énergies de stock, c’est-à-dire d’énergies non
renouvelables (19). (16) Quelques
illustrations de ce propos
Il faut aussi noter que la part des énergies renouvelables dans la peuvent être :
consommation d’énergie a très peu augmenté. Elles restent chères par rapport – la tension récurrente
aux énergies de stock ; elles ne recouvrent pas des enjeux politiques, entre le Sénégal et la
économiques et financiers comparables à ceux du pétrole ou du gaz naturel. Mauritanie à propos du
partage des eaux du
L’évolution de la demande mondiale d’énergie dépend de la vigueur de
fleuve Sénégal ;
la croissance économique. Quelle que soit l’hypothèse retenue à ce niveau, – la répartition et
il paraît assez clair que la demande d’énergie sera plus élevée dans les pays l’exploitation des eaux du
en développement que dans ceux de l’OCDE. Les premiers, qui représentent Jourdain entre Israël, la
76 % de la population mondiale, comptent aujourd’hui pour 30 % des Syrie, la Jordanie et la
Palestine ;
consommations ; ils pourraient compter pour près de 50 % en 2030 (20).
– l’exploitation des eaux
Du côté de l’offre, la très forte domination des trois grandes énergies du Nil entre l’Egypte et
fossiles (pétrole, gaz et charbon pour 90 %) devrait perdurer encore pour l’Ethiopie ;
12 000 3,00 %
10 700
10 000 2,6 % 2,50 %
Population en millions
8 900
% accroissement
annuel
1,5 %
6 000 6 000 1,50 %
1,4 %
4 000 0,9 % 1,00 %
3 000 0,4 %
2 000 0,50 %
1 650
0 0,00 %
1900 1960 1999 2050 2050 2050
vie rurale dans une économie de subsistance, une société de régulation locale
ou régionale. Cette assise est en train de basculer dans une urbanisation
massive, brutale et incontrôlable (24). (24) Eugene (1996).
90 % de cette croissance explosive des villes se produit dans les pays en (25) Voir à ce propos :
développement où les villes accusent déjà des retards importants dans les – Benlahcen Tlemçani,
Mohamed ;
services publics et infrastructures collectives de première nécessité (accès – Le programme « Villes
à l’eau potable, à l’électricité, raccordement aux réseaux d’assainissement, sans bidonvilles » lancé
transport collectif, habitat social, éducation, santé publique…), le passage par le gouvernement
marocain en 2004 n’est
se faisant directement des villages aux bidonvilles des grandes agglomérations,
qu’une illustration d’une
sans urbanisme ni emplois capables d’accueillir ces vagues de migrants (25) : réalité commune aux pays
une (r)urbanisation (26). en développement
En 2020, la population effective de la majorité de ces pays aura presque – voir aussi :
[Link]
doublé pour atteindre environ 6,6 milliards d’habitants. Presque 70 % de (à propos de l’Agence de
ces personnes vivront alors dans des villes. développement social,
Les mégapoles de plus de 10 millions d’habitants étaient 2 en 1950 ADS, au Maroc)
(Londres et New York) ; elles sont actuellement 22 dont 17 dans les pays (26) Terme composé
[ruralisation ;
en développement ; elles seraient 33 en 2015 dont 22 en Asie (27) (voir urbanisation] ; ce terme
tableau ci-après. est consacré en sociologie
urbaine pour décrire
le phénomène
Principales mégapoles prévues en 2015 d’urbanisation
accompagnée de
Habitants en Habitants en bidonvillisation et de
Mégapole Mégapole précarité sociale, faute
millions millions
de moyens et
Tokyo (Japon) 28,7 Pékin (Chine) 19,4 d’accompagnement en
Bombay (Inde) 27,4 Dacca (Pakistan) 19,0 termes d’infrastructures
publiques et sociales.
Lagos (Nigéria) 24,4 Mexico (Mexique) 18,8 Voir aussi :Benlahcen
Tlemçani.
Shangaï (Chine) 23,4 New York (USA) 17,6
(27) Department for
Karachi (Pakistan) 20,6 Delhi (Inde) 17,6 Economic and Policy
Sao Paulo (Brésil) 20,6 Calcutta (Inde) 17,6 Analysis (Population
Division), World
Urbanization Prospects :
De plus, la population de centaines de villes secondaires de ces pays, The 1994 Revision, New
York, Nations Unies,
et d’autres non cités, dépassera facilement 1 à 2 millions d’habitants. Cette 1995.
explosion des villes et la prolifération des mégapoles nécessiteront l’appui
d’économies fortes dotées d’une capacité gigantesque de production et de
mise à disposition d’infrastructures publiques et de services publics de base :
énergie, eau, assainissement, logement social, éducation, santé et nourriture.
Exception faite de la Chine et de l’Inde, force est de constater que cette
urbanisation croissante, dans un contexte de retard technologique,
d’exportation de produits peu transformés et de faibles investissements
productifs étrangers, ne contribue qu’à accentuer le déséquilibre entre la
population et la disponibilité des ressources vitales qui caractérise ces pays.
Ce déséquilibre s’aggravera du fait que la population urbaine doublera d’ici
2020 ou 2025.
Ainsi, pour les pays en développement, il est nécessaire que leur économie
connaisse une croissance annuelle d’au moins 7 % de manière régulière sur
les dix années à venir pour subvenir aux besoins supplémentaires de
financement des infrastructures de base et des demandes de création
d’emplois nouveaux inhérents à l’explosion démographique urbaine.
Cependant, à partir de 2000, on estime qu’à cause de la faible
compétitivité de leurs exportations de matières premières et de produits à
faible contenu technologique, le PNB de la plupart de ces pays ne croîtra
que de 3,4 % à 4,5 % par année. Si l’on tient compte de la croissance de
la population, la croissance nette du PNB par habitant oscillera, tout au
mieux, entre 1,5 % et 2,8 % par année.
Compte tenu de ce qui précède et au regard de ces données matérielles, il
n’est pas inutile de souligner que, pour les pays en développement,
l’accroissement démographique et la croissance de la population urbaine – dans
des conditions de déficit de sécurité alimentaire et de retards dans les services
et biens publics de base (eau, énergie, santé, transport collectif, éducation,
logement…) – sont synonyme de pauvreté, de désintégration et de destruction
du capital social. En effet, pour les pays exposés à cette réalité, les éléments de
durabilité du développement ne peuvent se matérialiser que par :
– une paix socio-politique ; une véritable démocratie et le développement
d’une classe moyenne citoyenne ayant un accès facile et généralisé aux services
publics et infrastructures de base (éducation, santé, eau, éducation,
logement…) – dimensions sociale et humaine du développement durable ;
– le soutien d’une économie de marché créatrice équitable de
richesses – dimension économique de développement durable ;
– un environnement sain et des ressources naturelles préservées pour
les besoins des générations futures – dimensions environnementale du
développement durable.
Dans la section qui suit, nous examinerons les pistes alternatives pour
favoriser le développement durable.
Dans le partenariat public-privé, on retrouve les différents systèmes de (28) Dans la gestion
déléguée, on peut
concessions d’infrastructures introduits dès le XVIe siècle en France ; le distinguer entre deux
système de gestion déléguée (28) des services urbains qui, lui, a pris son extrêmes : la gestion où la
essor à la fin du XIXe siècle ; on trouve aussi, dans le PPP, toutes les formules délégation est la plus
développées en cette fin de XXe siècle un peu partout dans le monde pour large et la gestion où la
délégation est la plus
s’adapter aux différents contextes locaux. Ces dernières formules d’origine réduite. Le droit des
anglo-saxonne s’apparentent toutes à la conception anglaise du PFI (29), contrats administratifs
Private finance initiative. nous permet de
distinguer une variété de
En effet, introduits en Grande Bretagne en 1992, les PFI recouvrent délégations de service
aujourd’hui au Royaume-Uni la plupart des infrastructures de service public public :
dont les hôpitaux, les secteurs de la défense et de l’éducation, la gestion 1. La concession : dans ce
cas, la collectivité charge
de l’eau et des déchets, la construction d’espaces de bureaux, de logements, une entreprise de réaliser
les transports. un équipement public et
La formule du PFI, en Angleterre, a permis ainsi de réaliser des projets de l’exploiter à ses risques
aussi divers que : et périls en se rémunérant
auprès des usagers.
– la construction, le financement et la gestion d’un centre d’entraînement 2. L’affermage : mode
pour équipages d’hélicoptères ; la construction d’un système militaire de proche de la concession
communication par satellite ; la réalisation de nombreux hôpitaux ; sauf que le délégataire ne
prend en charge que
– la rénovation de l’ensemble des écoles secondaires anglaises, pour un l’exploitation et non
programme courant de 2003 à 2013 et portant sur 20 milliards de livres sterling. l’investissement nouveau
Ces projets associent le plus souvent la réalisation d’un investissement dans l’infrastructure.
3. La régie intéressée :
(qu’il s’agisse de la construction d’un équipement ou de sa réhabilitation)
l’autorité publique fait
à l’exploitation dudit équipement à l’issue des travaux. Ils permettent à la fonctionner le service par
collectivité publique de bénéficier de la rigueur de gestion, de la une direction qu’elle a
performance et de la créativité de son partenaire privé. Cette formule sert recrutée. Le régisseur est
dans ce cas intéressé
également de support à des projets de rénovation sociale tels que la rénovation financièrement au
d’un quartier de l’est de Londres ou de centres sociaux (30). résultat de l’activité ; il
A l’opposé de la gestion déléguée, caractérisée par un encadrement est rémunéré au moyen
d’une prime.
juridique rigide (31) prenant appui sur le droit administratif tant dans les 4. La gérance : c’est un
schémas de contractualisation que dans les montages financiers, le Private mode de délégation de
Finance Initiative anglais, tout comme ses versions européanisées (32), offre service public proche de
la régie intéressée ; le
en tant que cadre juridique à l’autorité publique un cadre légal structuré
régime des travaux et des
où le recours au privé peut se généraliser pour concevoir, exploiter et financer biens est identique. Le
des infrastructures et équipements publics, générateurs ou non de recettes mode de rémunération
auprès des usagers finaux. dans la gérance est
cependant différent de
3.2. Le PPP, un cadre qui favorise l’amélioration de la productivité dans la celui de la régie
production des prestations de service public intéressée : la
rémunération n’est pas
La théorie micro-économique nous apprend qu’un secteur d’activité liée directement au
résultat d’exploitation.
concurrentiel opère en un point où le prix est égal au coût marginal. Un
monopole opère, en revanche, en un point où le prix est supérieur au coût (29) A propos du PFI :
[Link].
marginal. Dès lors, en règle générale, le prix sera plus élevé et la quantité uk/puk
“fabriquée” du produit ou du service sera, elle, plus faible si l’entreprise (30) A propos du PFI :
adopte un comportement monopolistique plutôt qu’un comportement [Link].
parfaitement concurrentiel. Par conséquent, les consommateurs bénéficieront uk/puk
(31) Douence (1993). généralement d’un niveau de satisfaction moindre quand un secteur d’activité
D’après le droit public, la
gestion déléguée est une
est organisé sous la forme d’un monopole plutôt que sous la forme
nouvelle catégorie de concurrentielle : la production monopolistique n’est donc pas efficace au
contrats administratifs. sens de Pareto (33). Nous parlons d’ailleurs de charge morte (34) du
Tout contrat n’est pas une
monopole. Elle mesure la perte de satisfaction des gens découlant du fait
gestion déléguée. Cette
dernière a 4 éléments qu’ils paient le prix du monopole plutôt que le prix concurrentiel.
constitutifs : 1. l’objet : La mise en œuvre d’un schéma de partenariat public-privé pour la
le service public ; production et/ou la mise en œuvre d’un financement des biens publics de
2. le service public
“délégable” ; 3. la nature base et services collectifs d’intérêt général nécessite un passage obligé : la
de la participation du mise en concurrence, dans un cadre légal précis, de plusieurs producteurs
délégataire : le délégataire candidats au partenariat avec la partie publique ; la mise en concurrence
doit gérer et exploiter
effectivement le service étant pratiquée non seulement au stade de l’attribution initiale du contrat
(caractère répétitif des de PPP mais aussi au stade du renouvellement du contrat.
prestations fournies par le Elaboré dans un cadre légal et institutionnel précis garantissant des garde-
délégataire) ; 4. la nature
de la rémunération du
fou contre les conséquences d’asymétrie informationnelle (35) entre
délégataire : elle doit être opérateur et autorité (risques de capture, risque de prédation), cette mise
substantiellement assurée en compétition devient un outil efficace d’intensification de la rivalité entre
par les résultats de
l’exploitation du service.
producteurs candidats au partenariat avec la partie publique. Cette rivalité
(32) A propos des
favorise l’injection d’une pression concurrentielle dans des secteurs de
versions européennes du production de biens et services publics, généralement, organisés en monopole
PFI, voir naturel du fait de la caractérisation de ces secteurs par des rendements
[Link]
– France : « les contrats
fortement croissants (36).
de partenariat entre le En effet, dans de telles conditions de fonctionnement, les contrats de
secteur public et les partenariat public privé favorisent la contestabilité du marché des biens et
entreprises privées », voir services publics. Rappelons à ce propos que la théorie des marchés contestable
aussi l’Ordonnance du
gouvernement français (Baumol, Panzar et Willing) considère que le monopole naturel est amené
n° 2004-559 du 17 juin à se comporter de façon optimale s’il est soumis à la menace crédible d’entrants
2004. potentiels, s’il sait que l’on peut venir lui contester, lui disputer son marché.
– Italie : on peut citer
l’adoption de la « loi Il s’agit du théorème dit de la main invisible faible (37). Il suppose que les
objectif » (Legge entreprises peuvent entrer et sortir du marché librement et sans coût (38).
Obiettivo) le Dans ces conditions la théorie des marchés contestables soutient que
21 décembre 2001 (voir :
[Link]) l’atomicité de l’offre n’est plus une condition nécessaire d’obtention de prix
– canada : voir concurrentiels et, par conséquent, que le pouvoir de monopole peut être
[Link] contraint par la concurrence (39).
(33) L’efficacité au sens
de Pareto est en sciences 3.3. Le PPP et les éléments de durabilité du développement pour les pays en
économiques un concept développement
important. Elle se définit
comme une allocation Il est fondamental d’observer d’emblée que le recours au partenariat
présentant la propriété public-privé pour la fourniture de services et d’infrastructures publiques
suivante : 1. il n’est pas
possible d’accroître la est une solution qui offre de nombreux avantages, mais qui reste complexe
satisfaction de toutes les à mettre en œuvre et à accompagner sur la durée.
personnes impliquées ; ou Les partenariats public-privé sont par essence des partenariats entre des
2. il n’est pas possible
d’accroître le niveau de
autorités publiques et des entreprises et investisseurs du secteur privé, dans
satisfaction d’un individu le but de concevoir, planifier, financer, construire et opérer des projets
alors transféré aux usagers (péages routiers, facturation de l’eau, etc.) en (36) Cas d’une société de
distribution d’eau potable
leur faisant payer un prix proche des coûts réels, moyennant, le cas échéant, ou d’électricité ou de
une campagne d’acceptation, travail que se doit d’effectuer l’autorité gaz : le coût marginal de
publique. Certains projets financièrement rentables permettent même de production d’une unité
supplémentaire est très
créer de nouvelles ressources par un partage des bénéfices entre l’opérateur faible puisque, une fois le
et l’autorité publique (péages, taxes, etc.). réseau de distribution
Le projet peut ainsi être développé sans grever le budget national. Les installé, distribuer un peu
plus d’eau potable ou de
ressources publiques sont alors disponibles pour d’autres objets comme gaz ne coûte pas très cher.
l’éducation ou la santé. L’image du pays, voire son rating, en sortent renforcés, En effet, ce sont les coûts
lui permettant d’avoir un accès moins coûteux aux marchés des capitaux, fixes correspondant à la
et donc d’attirer plus facilement des investissements étrangers. construction du réseau et
à son exploitation qui
Bénéfices sociaux : amélioration des services au public sont forts. Cette réalité se
vérifie fréquemment dans
En recentrant le rôle de la puissance publique, en lui permettant de mieux les services d’utilité
identifier ses dépenses et en réduisant ses dépenses budgétaires, les montages publique du fait qu’ils
sont caractérisés par des
en partenariat public-privé de grands projets lui permettent de mieux focaliser coûts fixes importants.
ses ressources pour financer la partie non rentable du service public assuré (37) Le théorème de la
par le projet. Mais surtout ils libèrent des ressources financières pour les main invisible faible
autres services publics pour lesquels le recours au partenariat public-privé soutient que les vertus
allocatives du marché ne
n’est pas ou peu possible (sécurité, protection sociale, etc.) Ainsi les
sont pas limitées au cas
collectivités publiques peuvent concentrer leurs moyens et leur énergie sur de concurrence pure et
leurs missions sociales. parfaite mais valent
également pour les
Stabilité marchés monopolistiques
contestables. (Baumol,
Les avantages sociaux et économiques décrits ont des répercussions Bailey, Willig).
évidentes sur le plan de la stabilité économique, et donc politique. D’une (38) Voir à ce propos
part, les contrats sont signés pour des durées qui dépassent celles des mandats Davidovici (1995).
(39) Il utile de rappeler politiques. Les services publics considérés seront donc en général moins
que William J. Baumol
reconnaît que la théorie
sensibles à des effets “électoraux” directs et indirects. L’entretien et la qualité
des marchés contestables de service risqueront moins d’être soumis à ces aléas, et les projets devront
reste, en regard de la montrer un véritable intérêt socio-économique pour être retenus.
réalité, un idéal ou un
D’autre part, en améliorant la qualité des services collectifs sans
étalon pour se rapprocher,
sans l’atteindre, d’une augmenter la pression fiscale de façon excessive, les partenariats public-privé
situation de concurrence engendrent un bien-être économique et une stabilité sociale.
parfaite (« contestability
is merely a broader ideal, Permettre un développement durable respectueux de l’environnement
a benchmark of wider Contrairement à une idée reçue assez répandue, le recours au secteur
applicability than is
perfect competition », privé dans le cadre du partenariat public-privé peut permettre de mieux
1982, p. 3). prendre en compte la dimension environnementale du développement.
D’une part, dans les pays en développement, l’essor des services
environnementaux (mobilisation et distribution d’eau potable et d’électricité,
modernisation et extension des infrastructures publiques d’assainissement
et de collecte des déchets, gestion et extension des infrastructures
(auto)routières, transport public collectif, logement et habitat social…) est
devenu un aspect essentiel du développement durable. Ces services
contribuent à ce que le développement actuel ne se fasse pas au détriment
des générations futures. Or, les infrastructures nécessaires pour opérer, adapter,
maintenir et étendre, en fonction des besoins de la collectivité, ces services
demandent d’importants investissements. Aussi, les montages en partenariat
public-privé permettent-ils une mise en place plus rapide et plus efficace
de ces services, à un moindre coût pour les finances publiques.
D’autre part, pour l’ensemble des services publics, l’appel à des
professionnels permet d’avoir accès aux technologies les plus modernes et
les plus respectueuses de l’environnement. En effet, ces professionnels
s’adaptent aux cadres réglementaires les plus contraignants rencontrés dans
le monde et sont incités, dans un contexte concurrentiel, à innover et à
adapter leur offre à l’évolution des exigences en la matière.
4. Le développement durable et les institutions
Un point faible des cadres de gestion des affaires publiques dans les pays
en développement est l’incapacité à assurer la cohérence entre divers domaines
d’action, condition nécessaire pour parvenir au développement durable.
Outre les cadres de gouvernance rationnels, la concrétisation du
développement durable nécessite également des approches spécifiques à
l’égard de la prise de décisions qui renforcent la cohérence entre divers
domaines d’action, c’est-à-dire qui intègrent mieux les préoccupations
économiques, sociales et environnementales dans les politiques et tiennent
compte des préoccupations à long terme.
4.1. Renforcer le processus de décision en faveur du développement durable
Les systèmes de gouvernance dans les pays en développement sont souvent
mal adaptés pour assurer la cohérence entre domaines d’action ou permettre
l’adoption de perspectives à long terme quant aux conséquences des décisions
des pouvoirs publics. Cela s’explique, d’une part, par le fait que les politiques
destinées à réaliser les objectifs économiques sociaux et environnementaux
sont élaborées par des ministères ou organismes différents, qui ne tiennent
guère compte des politiques élaborées par d’autres entités. Ces politiques
poursuivies pour réaliser un objectif peuvent parfois entrer en conflit avec
celles adoptées pour en réaliser d’autres. De plus, le rythme des cycles
électoraux et les difficultés pour évaluer les tendances à long terme font
que parfois les gouvernements ont des problèmes pour envisager les
conséquences à long terme de leurs décisions.
D’autre part, cela s’explique aussi par le manque de cohérence des
politiques entre les différents niveaux de l’administration (administration
centrale, régionale et communale). En effet, au niveau infranational, les
administrations ont souvent la responsabilité principale de la mise en œuvre
des politiques élaborées à l’échelon national, notamment les politiques
concernant les services d’éducation, de santé, le développement économique
local, l’approvisionnement en eau, en électricité, le logement et l’habitat
social, la gestion des infrastructures routières, le transport collectif, etc.
Ainsi, pour être efficaces, ces administrations locales se doivent d’être
capables d’infléchir l’élaboration des politiques au niveau national et de
participer aux décisions quant au mode de leur mise en œuvre.
Pour ce faire, les pays en développement gagneront à :
1. Instaurer des structures nationales transversales garantes de cohérence
et d’harmonie dans les politiques publiques au regard du développement
durable (40). Ces structures devront œuvrer à : (40) Il est utile de
– mieux intégrer les diverses dimensions du développement durable dans souligner que certains
pays-membres de
les politiques nationales de leurs pays et concilier les besoins des l’OCDE ont déjà pris des
générations actuelles avec ceux des générations futures ; mesures en ce sens au
– mieux sensibiliser au développement durable le grand public et les cours de la dernière
décennie. Ils ont créé des
responsables gouvernementaux ; organismes
– faire le point des progrès accomplis sur la voie du développement interministériels centrés
durable et créer un consensus sur les actions nécessaires pour l’amélioration sur le développement
durable : Corée :
continue. commission présidentielle
2. Asseoir et encourager une gouvernance participative (41). pour le développement
Compte tenu des enjeux démographiques et des défis d’urbanisation durable ; Australie : Sous-
comité du cabinet pour le
généralisée des villes dans les pays en développement, il est vital que soit développement durable ;
renforcée la capacité des municipalités à intégrer leurs politiques en faveur Allemagne : Conseil
du développement durable. Force est de souligner que les systèmes de gestion national pour le
développement durable.
des villes en vigueur sont souvent aujourd’hui dépassés et mal adaptés à la
(41) La notion de
solution de problèmes tels que : gouvernance est un
– l’étalement des villes du fait de l’urbanisation massive ; emprunt à l’économie
– l’accompagnement des besoins croissants en infrastructures et services institutionnelle (voir
Boyer (2005).
publics de base ; – La Banque mondiale
– l’augmentation de l’insécurité ; définit la “gouvernance”
Conclusion
Nous avons appréhendé dans les sections précédentes l’ampleur des
besoins de financement en infrastructures et biens publics de base qu’accusent
les pays en développement ; nous avons aussi pu évaluer les enjeux, défis
et menaces socio-économiques et environnementales qui pèsent sur les pays
en développement en raison des évolutions démographiques et du
phénomène d’urbanisation exceptionnelle des villes et des cités ; nous avons
pu apprécier les niveaux de croissance économique nécessaires pour que
les pays en développement puissent faire face aux besoins socio-
économiques, aux besoins en services et infrastructures de base et aux
exigences de protection et de sauvegarde des ressources naturelles. Nous
avons ainsi pu faire le constat que ces niveaux de croissance économique
(+7 %/an du PNB) ne sont pas atteints par la majorité des pays en
développement.
Au regard de ces éléments et faits matériels, nous avons examiné les
possibilités et souplesses contractuelles et financières offertes par le cadre
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Résumé Abdouni
Pour étudier l’impact de l’ouverture commerciale sur la croissance dans les pays Abdeljabbar
en voie de développement, nous proposons un modèle de croissance endogène Saïd Hanchane
tenant compte de leurs faibles dotations factorielles, notamment en termes de capital
humain. La validation empirique de ce modèle est faite à partir d’un panel de 47 pays Centre de recherche sur
les dynamiques, les
(1980-1997). Nous spécifions un modèle à effet individuel aléatoire corrélé que nous politiques économiques
estimons par la Méthode des moments généralisés (GMM). Les résultats montrent et l’économie des
que l’ouverture des pays en voie de développement a globalement un effet positif ressources (CEDERS),
sur leur croissance économique. L’ouverture leur permet d’accéder aux « savoirs » Université de la
étrangers par le biais des biens importés et nécessaires dans le processus de Méditerranée, Aix-en-
Provence.
production des firmes. Nous insistons sur l’impact non ficatif du capital humain sur
Institut d’économie
la croissance en rappelant brièvement les problèmes spécifiques à l’éducation dans
publique à Marseille
les pays en voie de développement qui ne sont pas sans lien notamment avec les (EHESS) et Laboratoire
faibles effets qu’enregistrent les investissements directs étrangers. d’économie et de
sociologie du travail
Abstract (CNRS), Aix-en-
Provence.
In order to study the effect of commercial opening on the economic growth in the (hanchane@[Link])
developing countries, we propose the endogenous growth model taking into
consideration the weak factor dotations of these countries, especially in the termes
of human capital. The empirical validation of the model is founded on 47 countries
(1980-1997). We specify a model with individual random correlated effect that we
estimate with the GMM. The results show that the opening of the developing country
has globally both a positive and ficative effect on the economic growth. The opening
allows to the developing countries to have an access to foreign « knowledge »
through the imported goods what are necessary in the process of production of firms.
We insist on the non-ficant impact of the human capital on the growth, noting briefly
the problems specific to education in the developing countries, which have a link
particularly with the weak effects caused by foreing direct investments.
Mots-clés
Ouverture, capital humain, croissance endogène, modèle à effet aléatoire corrélé,
GMM.
1. Introduction
L’objet central de cet article est de donner les arguments théoriques et
empiriques qui permettent une appréhension satisfaisante du rôle du
commerce international dans la croissance des pays en voie de développement.
Après l’échec des politiques de substitution aux importations dans ces
(1) Ces pays ont pays et les résultats miraculeux réalisés par les pays asiatiques (1), expliqués
enregistré les taux de notamment par une stratégie d’ouverture à l’économie mondiale, la plupart
croissance les plus élevés
au monde entre 1965 et
les pays en voie de développement ont adopté une politique d’ouverture
1990. En effet, leur taux à partir du début des années quatre-vingt dans le cadre des programmes
de croissance atteignait d’ajustement structurel, des accords du GATT (et de l’OMC récemment)
5,5 % selon le Rapport
de la Banque mondiale, et des accords régionaux.
alors que celui de Les rares travaux qui ont étudié l’impact du commerce international
l’ensemble des pays de sur la croissance des pays en voie de développement proposent des modèles
l’OCDE était à peine
supérieur à 2 %. fondés sur l’apprentissage par la pratique. Le principal message à retenir
des résultats de ces travaux est que l’ouverture commerciale de ces pays a
un impact négatif sur la croissance et que le protectionnisme apparaît comme
la stratégie la plus efficace dans ce cas.
Alors que les modèles fondés sur l’innovation à la Romer (1990)
identifient un impact positif de l’ouverture sur la croissance dans le cas des
pays développés, à notre connaissance, aucune tentative n’a été faite dans
(2) A l’exception du ce sens pour les économies en voie de développement (2). Précisons,
travail de Grossman cependant, que Shaw (1992) montre que, si le progrès technique explique
et Helpman (1991c).
Cependant, ils supposent une part très faible de la croissance économique des pays en voie de
une formalisation du développement par rapport aux pays développés, c’est parce que les premiers
progrès technique
sont très faiblement dotés en capital humain. L’ouverture deviendrait par
différente de celle de
Romer (1990). conséquent l’une des possibilités permettant aux entreprises des pays en
voie de développement de moderniser leurs activités de production par l’accès
aux biens à fort contenu technologique, fabriqués dans les économies les
plus avancées. Dans ces conditions, l’ouverture pourrait avoir des effets
bénéfiques sur la croissance économique.
Après avoir présenté une revue critique et synthétique de la littérature
théorique et empirique autour des liens complexes entre ouverture et
croissance (section 2), nous proposons un modèle théorique de croissance
endogène (section 3). En partant du modèle de Rivera-Batiz et Romer
(1991a), nous soulignons que ce dernier peut offrir la possibilité de
comprendre les effets de l’ouverture sur la croissance des pays en voie de
développement très peu dotés en main-d’œuvre qualifiée. Le modèle que
nous proposons dans la section 3 explore cette piste, dans la mesure où nous
tenons compte des faibles dotations factorielles d’un pays en voie de
développement, notamment en termes de capital humain. En nous
intéressant essentiellement au cas de l’échange de biens d’équipement, nous
examinerons jusqu’à quel point nos résultats diffèrent de ceux établis par
Rivera-Batiz et Romer (1991a, 1991b).
selon que les connaissances technologiques sont communes à tous les pays
ou qu’elles sont purement nationales.
En effet, dans les modèles de croissance avec apprentissage par la pratique,
les travaux ont montré que la situation initiale d’un pays détermine la nature
de sa spécialisation dans le long terme et, par conséquent, son taux de
croissance après l’ouverture [Krugman (1987), Lucas (1988), Young
(1991)…]. La situation initiale peut conduire alors à une mauvaise
spécialisation d’une petite économie et peut l’enfoncer dans le sous-
développement. Dans ce cadre, les travaux préconisent des politiques
commerciales protectionnistes, au moins temporairement, pour protéger
les industries au stade de l’enfance.
En revanche, d’autres travaux considèrent l’innovation comme source
de croissance et encouragent une politique d’ouverture (Rivera-Batiz et
Romer, 1991a, 1991b ; Grossman et Helpman, 1990, 1991a, 1991b ;
Feenstra, 1990). En effet, dans cette littérature, les résultats montrent que
l’intégration complète de deux pays identiques permet de doubler leurs taux
de croissance par rapport à ceux de l’autarcie. Cependant, les tarifs douaniers
réciproques agissent négativement sur la croissance, dans la mesure où ils
ne font qu’encourager l’activité d’imitation. Cette dernière occupe une partie
du capital humain, qui devrait être consacré à la R&D, et diminue par
conséquent le taux de croissance économique.
Mais plus spécifiquement, les résultats de certains travaux ayant étudié,
dans le cadre de deux économies développées et identiques, le cas de
l’intégration partielle (échange de connaissances technologiques ou de biens)
méritent d’être soulignés avec plus de précision. Grossman et Helpman
(1991e) montrent qu’en l’absence de relations commerciales entre les pays,
des opérations parallèles de R&D peuvent avoir lieu dans les deux, et il
peut y avoir des chevauchements entre les gammes de produits fabriqués
dans les deux économies. Le commerce permet, par le biais de la concurrence
entre les firmes, l’élimination de tous ces phénomènes. Rivera-Batiz et Romer
(1991a) montrent que, si les pays n’échangent que les biens, le taux de
croissance ne varie pas et reste à son niveau de l’autarcie. Cependant Feenstra
(1990) et Grossman et Helpman (1991e) mettent en évidence l’existence
deux effets de sens opposés de l’ouverture sur la croissance. D’une part,
du fait de l’ouverture des frontières, chaque firme bénéficie d’un marché
plus vaste et donc d’une incitation plus forte à investir. D’autre part, le
nombre de concurrents augmente, et cette intensification de la concurrence
réduit les incitations à innover. Lorsque les deux pays ont la même taille,
ces deux effets s’annulent, un doublement du marché est exactement
compensé par un doublement du nombre de concurrents. Lorsqu’ils sont
de tailles inégales, le petit pays innove moins rapidement à long terme en
situation de libre-échange qu’en situation d’autarcie, alors que rien n’est
modifié pour le grand pays. Dans le cas où il y a simultanément échange
de connaissances et de biens, Rivera-Batiz et Romer (1991b) montrent que
Nous supposons que le travail est le même dans les deux pays (Ls = Ld)
alors que le stock de capital humain dans le pays en voie de développement
est plus faible que celui du pays développé (Hs < Hd). Plus particulièrement,
nous supposons pour simplifier les calculs que :
Hs = ηHyd ; Ls = Ld avec η = 1 (2)
Par ailleurs, nous supposons que les stocks de travail et de capital humain
sont exogènes et considérés comme donnés et qu’il n’y a pas de mobilité
internationale du capital humain.
Enfin, nous supposons que la production des biens de consommation
s’effectue dans un cadre concurrentiel, alors que celle des biens
intermédiaires est caractérisée par un régime de concurrence monopolistique.
Le secteur de la R&D
Ce secteur produit la technologie destinée au secteur manufacturier pour
produire les nouveaux biens intermédiaires. L’entreprise qui acquiert une
nouvelle innovation au prix PA sera la seule à produire le bien d’équipement
xi correspondant avec un brevet à durée infinie.
La fonction de production des innovations dépend du stock du capital
humain consacré à la recherche HM (= H – Hy) et du stock de connaissances
disponibles M.
.
M = δ jHM M (3)
Avec δ j représente la productivité du capital humain dans la recherche.
La consommation
Les comportements de consommation sont déterminés à partir d’une
(5) Ce modèle a été spécification du type de Ramsey (1928) (5). Le programme d’optimisation
présenté en détail dans intertemporelle du consommateur représentatif peut s’écrire comme suit :
R. Barro et X.
Sala-I-Martin (1996). C 1− σ − 1 − ρt
∞
Max ∫ e dt (4)
0 1− σ
Sous la contrainte intertemporelle du revenu.
.
B = R + rB − C (4’)
Où C représente la consommation, ρ le taux de préférence pour le
présent, σ l’élasticité de substitution constante, r le taux d’intérêt, B les
actifs détenus par les consommateurs et R leurs salaires.
3.1.2. Etude de la croissance à l’équilibre du marché
Du côté de la consommation
La résolution du programme du consommateur représentatif permet
d’obtenir
.
C
r = ρ +σ
C
Du côté de la production
A l’équilibre du marché, la répartition du capital humain entre le secteur
manufacturier et le secteur de la R&D est déterminée par l’égalisation de la
rémunération dans ces deux secteurs. Cela s’exprime par l’égalité des
productivités marginales en valeur du capital humain, soit dans chaque pays:
.
∂Y j ∂M
Py = PAj
∂H jy ∂H M
La résolution de cette équation nécessite de déterminer le prix des brevets
PAj. La somme actualisée des revenus générés dans le secteur manufacturier
permet de déterminer ce prix. Soit dans chaque pays :
∞
PAj = ∫ Π Max e − rt
0
Pour déterminer PA, nous calculons le profit Π Max que gagnent les
producteurs dans le pays développé sur la vente de biens d’équipement au
niveau national et international. Ce profit est égal à :
Max Πi = Max (Pd (i ) Xi − rXi )
Xi Xi
X (i ) = ( Pd (i )) α + β Ω avec
1
α +β
α α+ β α +β β α β
α +β α +β
Ω = (1 − α − β ) H d Ld + H s Ls
Si on utilise ces expressions et si on dérive l’équation de profit par rapport
à X(i), on obtient les quantités d’équilibre et le prix d’équilibre Pd
soit
y =W δ + µ (2)
i i i
(T ,1) (1, k) (T,1)
wi' 0
O
Zi =
wi'
'
0 mi
où w' i = (x i1 , ..., x iT , f i )
(1,( T .k + g ))
N
(
1 H y − HW δ Z VˆN ) ( ) Z'(H y −HWδ)
−1
(3)
() 1 n n
côv δˆ = ∑ Wi ' H ' Z i × VˆN−1 × ∑ Z i' HWi (5)
(k + g, k + g) N i =1 i =1
Notons que ce résultat rejoint celui établi par une littérature utilisant
des spécifications et des données différentes des nôtres. On peut citer, à
titre d’exemple, Griliches (1988), Coe et Helpman (1995), Coe, Helpman
et Hoffmaister (1996)…
Concernant l’investissement direct étranger (TXIDE), son effet est certes
positif, mais nous rappelons qu’il est de faible ampleur et inférieur à celui
obtenu, par exemple, par Blomstom et Kokko (1995), Borensztein, de
Gregorio et Lee (1995). L’effet de cette variable ne peut être interprété sans
faire référence à celui relatif au capital humain (TXKH), non ficatif, comme
il l’est chez Benhabib et Spiegel (1994) et Islam (1995).
Concernant le faible effet des investissements étrangers, notons que la
participation des firmes multinationales dans les économies en voie de
développement se traduit, certes, par une contribution à la croissance
économique en produisant des biens et en embauchant de la main-d’œuvre.
Cependant, l’essentiel de leurs activités se limite à la production de biens
nécessitant une main-d’œuvre faiblement qualifiée, et la stratégie
rationnellement recherchée est la minimisation des coûts que permet la
manne des bas salaires dans les pays en voie de développement.
Concernant l’effet non ficatif de TXKH, notons tout d’abord que Shultz,
l’un des fondateurs de la théorie du capital humain, soulignait, à juste titre,
au début des années soixante, qu’on ne peut pas dissocier l’analyse du rôle
du capital humain de l’environnement et des conditions dans lesquels il est
accumulé. Or, il se trouve que dans les pays en voie de développement, s’il
y a eu massification des études dans certains cas, cette massification ne s’est
pas accompagnée d’une amélioration de la compétence des sortants ; celle-
ci s’est même parfois dégradée. L’amélioration des dépenses consacrées à
l’éducation ne s’est pas traduite par une amélioration de la qualité des
programme scolaires ou de la formation professionnelle et encore moins par
une améliorations de la productivité. Il est tout à fait normal, dans ces
conditions, que le taux de scolarisation donne lieu à un effet non ficatif dans
notre modèle. Comme il est normal aussi que les investissements étrangers
ne puissent pas avoir les effets espérés, les industries qui se dirigent vers les
pays en voie de développement cherchant avant tout à minimiser les coûts
de la main-d’œuvre non qualifiée abondamment offertes dans ces pays.
Une dernière remarque concerne le coefficient attaché au taux de
croissance de la PGF initiale (TDPGF80) et celui attaché au rapport de la
terre fertile à la superficie totale (LAND). Ces deux coefficients sont non
ficatifs. Le premier traduit le fait qu’il n’y a pas de possibilités de convergence
entre les pays composant notre échantillon, à cause de la forte instabilité
de la croissance dans les pays en voie de développement et sa très forte
sensibilité à des chocs exogènes économiques ou naturels (les aléas climatiques
par exemple). Le second coefficient pourrait traduire les faibles rendements
des terres fertiles dans les pays en voie de développement ; Harisson (1996)
aboutit au même résultat.
Tableau 1
Estimation du modèle à effet individuel aléatoire corrélé par les GMM
selon les instruments de Breusch Mizon et Schmidt (1989)
Estimations robustes à l’hétéroscedasticité temporelle et individuelle
et à l’autocorrélation temporelle
5. Conclusion
Dans ce travail, nous avons développé un modèle de croissance endogène
qui nous a permis de fonder la relation empirique estimée à partir de données
de panel.
Notre modèle théorique s’inspire de celui de Rivera-Batiz et Romer
(1991a). En effet, nous avons utilisé les mêmes fonctions de production,
de consommation et de Recherche et Développement ainsi que la même
démarche d’analyse et de résolution. Cependant, nous nous sommes
démarqués de ce modèle dans la mesure où nous avons considéré que les
deux pays qui participent à l’échange ne sont pas identiques au niveau de
leurs dotations factorielles. En effet, nous avons supposé que le pays en
voie de développement est faiblement doté en capital humain par rapport
au pays développé. Nous nous sommes intéressés essentiellement au cas de
l’intégration partielle avec échange de biens d’équipement. Nous avons
montré, contrairement à Rivera-Batiz et Romer (1991a), que l’échange de
biens a un effet positif sur la croissance économique.
Le pays en voie de développement est faiblement doté en capital humain,
donc en Recherche et Développement et en production de biens
d’équipement qui sont nécessaires à la production des biens de
consommation et à la croissance économique ; l’ouverture lui permet
d’accéder aux biens d’équipement du pays développé qui contiennent une
technologie d’un niveau plus élevé. En plus d’une politique d’ouverture,
nous avons mis l’accent sur l’éducation. Celle-ci permet au pays en voie
de développement de mieux absorber les effets bénéfiques de l’ouverture.
Nous avons testé ces prédictions théoriques sur un échantillon
composé de quarante-sept pays en voie de développement observés entre
1980 et 1997. Nous avons cherché à surmonter les principales limites des
travaux empiriques que nous rappelons dans notre revue de la littérature.
Nous avons intégré dans notre équation de croissance plusieurs variables
qui peuvent représenter de façon plus exhaustive différentes dimensions
de l’ouverture : les exportations, les importations en provenance des pays
pauvres et des pays riches et l’investissement direct étranger.
Nous avons fait appel aux méthodes économétriques les mieux adaptées
à notre problématique et parmi les plus récentes pour estimer un modèle
à effet individuel aléatoire corrélé tout en en isolant la composante structurelle
des variables de la composante qui renvoie à l’hétérogénéité non observée.
Les coefficients attachés aux variables représentant l’ouverture sont
toujours positifs et ficatifs. Cela montre que l’ouverture des pays en voie
de développement a globalement un effet positif et ficatif sur leur croissance
économique.
Malgré les mises en garde que nous donnons lors de l’interprétation de
nos résultats, on peut dire que ces derniers confirment que l’ouverture permet
aux pays en voie de développement d’accéder au savoir et aux connaissances
étrangères par le biais des biens étrangers importés et nécessaires dans le
processus de production des firmes. Nous n’avons pas pu trancher pour
dissocier les effets à court terme et des effets à long terme de l’ouverture.
Nous avons aussi insisté sur l’impact non ficatif du capital humain sur
la croissance en rappelant brièvement les problèmes spécifiques à
l’éducation dans les pays en voie de développement qui ne sont pas sans
lien avec les faibles effets qu’enregistrent les investissement étrangers directs.
Notre travail présente quelques limites au niveau théorique et empirique.
Sur le plan théorique, nous avons supposé que le capital humain dans
le pays en voie de développement est plus faible que celui du pays développé.
Cependant, nous avons supposé, en suivant Romer (1990), que le secteur
de R&D a la même formulation dans les deux cas. Or, cette formulation
a été réalisée au départ pour le cas d’un pays développé. En réalité, ce secteur
est pratiquement négligeable dans les pays en voie de développement. Il
serait alors plus judicieux de développer un modèle dans lequel la croissance
dans ces derniers pays est tirée par l’apprentissage par la pratique et non
par un secteur de R&D à la Romer (1990).
Au niveau empirique, nous avons introduit, en plus des variables
représentant l’ouverture, le capital humain. Cependant, d’autres facteurs
internes tels que le niveau de démocratisation dans les institutions, la stabilité
politique, les droits de propriété, la fiscalité… peuvent jouer un rôle important
dans l’impact de l’ouverture sur la croissance économique. Une étude plus
précise nécessiterait la prise considération de l’ensemble de ces facteurs.
Et notons que l’on souhaiterait dans l’avenir proposer une démarche
empirique pour identifier les effets de court et de long termes qui aident à
mieux cerner les mécanismes par lesquels transitent les impacts bénéfiques
et/ou nuisibles de l’ouverture des économies en voie de développement.
Annexe 1
Estimation du modèle à effet individuel aléatoire corrélé
par les GMM selon les instruments de Hausman et Taylor (1981)
et Amemiya et Macurdy (1986)
Tableau 2
Utilisation des intruments de Hausman et Taylor (1981)
Estimations robustes à l’hétéroscedasticité
temporelle et individuelle et à l’autocorrélation temporelle
Tableau 3
Utilisation des instruments de Amemiya et Macurdy (1986)
Estimations robustes à l’hétéroscedasticité
temporelle et individuelle et à l’autocorrélation temporelle
Annexe 2
Source de données et échantillon de pays
Sources de données
Les pays
Algérie Costa Rica Malaysie Sénégal
Argentine Côte d’Ivoire Mali Sierra Leone
Bangladesh Equator Mauritanie Sri Lanka
Bénin Egypte Mexique Syrie
Brésil El Salvador Maroc Thaïlande
Burkina Fasso Ethiopie Niger Togo
Burundi Gambie Nigeria Tunisie
Cameron Ghana Pakistan Uruguay
Chili Guatemala Paraguay Venezuela
Chine Inde Pérou Zambie
Colombie Indonésie Philippines Zimbabwe
Congo (R.D.) Malawi Rwanda
Références bibliographiques
Aghion P., Howitt P. (1992), « A Model of Arellano M., Bover O. (1995), « Another Look
Growth through Creative Destruction », at the Instrumental Variable Estimation of
Econometrica, vol. 60, Issue 2, p. 323-351. Error-Components Models », Journal of
Amemiya T., Macurdy T.E. (1986), Econometrics, vol. 68, Issue 1, july, p. 29-51.
« Instrumental-Variable Estimation of an Aubin C. (1994), Croissance endogène et
Error-Components Model », Econometrica, coopération internationale, Revue d’économie
vol. 54, Issue 4, july, p. 869-880. politique, 104 (1), janvier-février.
Mots-clés
Commons, institutionnalisme, BRI, règles prudentielles, finance.
les mutations d’un cadre institutionnel plus large, celui du système monétaire, internationaux, alors que
le FMI doit se consacrer à
bancaire et financier international. Analytique, afin d’expliquer comment
la surveillance des
cette transformation a fait de la BRI une véritable institution productrice équilibres financiers par
de règles régissant la dynamique des actions collectives (going concern au pays.
sens de J.-R. Commons), permettant, libérant et contrôlant les activités « (4) Alors qu’à l’origine la
individuelles » notamment des grandes banques internationales. Banque des règlements
internationaux fut une
Pour ce faire, il nous a semblé nécessaire de revenir dans un premier pure création politique,
temps (section 1) sur les outils analytiques proposés par la pensée elle s’est progressivement
institutionnaliste de J.-R. Commons afin de préciser le sens que nous leur « autonomisée ».
accordons pour notre objet propre. L’objectif ne consiste nullement à vouloir (5) Désignée dans le reste
du texte par BRI.
démontrer la validité ou la non-validité de telle ou telle composante de cette
pensée par le biais de son application au cas spécifique de la BRI (8), mais (6) Par cette expression,
nous ne voulons
plus simplement de s’appuyer sur certaines des idées fondamentales de absolument pas signifier
J.-R. Commons pour éclairer les conditions particulières de l’évolution d’une que l’on s’intéresse à de
institution de ce type. Du point de vue purement historique, cette évolution « fausses institutions », ni
que les analyses
a comporté deux phases caractéristiques. La première (section 2) commence institutionnalistes soient
avec la genèse de la BRI à l’occasion du règlement de la question épineuse dénuées de toute
sinon tragique des réparations et s’achève avec la crise des institutions de dimension empirique,
mais souligner que,
Bretton Woods. Pendant cette phase, la BRI ne peut être considérée contrairement à ce qui est
fondamentalement comme une institution productrice de règles. le cas pour la « nouvelle
Néanmoins, son rôle ne se réduisait pas purement et simplement à celui économie
internationale », les
d’une agence puisqu’elle participait en même temps à la coordination entre institutions
banques centrales. En revanche, elle deviendra «une institution instituante» internationales comme la
(ou de premier ordre, au sens de J.-R. Commons) au cours de la seconde BRI ou le FMI sont
souvent ignorées par les
phase (section 3). En effet, depuis la fin des années soixante-dix, on assiste
(néo-)institutionnalistes.
à une instabilité croissante due à l’accentuation de la volatilité des taux de Nous n’aborderons pas
change et des taux d’intérêt générée par le passage aux changes flottants et non plus le débat sur la
par l’extension des marchés financiers résultant de la globalisation. Cette distinction entre
« organisation » et
instabilité s’est traduite non seulement par le retour des crises financières « institution ». Nous
et bancaires à répétition et par la montée en puissance des risques notamment renvoyons à propos de ce
systémiques, mais aussi par une transformation radicale des sources des débat à Palloix C. [2002]
et à Bouchikhi
risques et des modalités de leur propagation. La BRI s’est alors H. [1990].
métamorphosée en véritable institution, produisant des règles ayant pour (7) Selon Pirou C.,
objectif la prévention et/ou la gestion des risques, endossant ainsi par défaut [1939] la BRI serait
certains des attributs du régulateur international. l’idéal-type de ce que
J.-R. Commons entend
1. Institutions, évolution et changement(s) institutionnel(s) par institution.
(8) Il semble qu’il est
Si l’on fait abstraction des rapports de filiation très controversés entre devenu impérieux
le néo-institutionnalisme ou la nouvelle économie institutionnaliste et aujourd’hui pour ceux
qui s’intéressent de près
l’institutionnalisme historique américain (cf. schéma 1), en se préoccupant ou de loin au(x)
du sort réservé aux figures fondatrices de ce dernier, on peut convenir « programme(s) de
aisément que la figure de J.-R. Commons éclipse aujourd’hui celle de Veblen. recherche (néo)-
institutionnaliste(s) » de
L’explication de ce mouvement de balancier est relativement délicate. Elle faire une halte pour
réside probablement dans le fait que, contrairement au second, le premier évaluer et les acquis et les
dérives qu’il a pu a non seulement adopté des positions perçues comme moins radicales, mais
engendrer. En
re-découvrant les
surtout parce qu’il a été moins solitaire et a initié un véritable « programme
institutions, les de recherche » du Wisconsin (9). Toujours est-il que les références à
économistes se sont J.-R. Commons, ignoré pendant longtemps par le processus de remise en
laissés aller selon leur
selle des théories institutionnalistes (10), ont supplanté progressivement
habitude en faisant
comme si les juristes, les celles pourtant prédominantes antérieurement à Veblen. Toutefois, la richesse,
spécialistes des sciences la complexité et aussi la nature disparate de l’œuvre de J.-R. Commons sont
administratives ou des telles que tenter d’en donner un aperçu global satisfaisant en cohérence
sciences politiques, pour
se limiter à ces trois avec sa conception de l’évolution des économies institutionnelles est une
exemples, n’en avaient véritable gageure. Ce sentiment est largement partagé par tous ceux qui se
jamais parlé ! sont intéressés à l’œuvre de J.-R. Commons. C’est ce que souligne, très
(9) Même si, selon justement, Théret B. [2003, p. 80] lorsqu’il note que « (…) la profusion
certains, les disciples
n’ont pas été forcément à
des concepts et des distinctions analytiques, les allers et retours incessants
la hauteur du Maître. Ce entre le niveau psychologique et les dimensions éthiques, le passage
que nous entendons par permanent entre analyse et genèse des idées mobilisées et par conséquence
« programme de
les emprunts à diverses écoles économiques considérées usuellement comme
recherche » c’est un état
d’esprit partagé et une incompatibles entre elles, rendent son œuvre touffue, pour ne pas dire
vision commune. confuse, au plan théorique, et d’une lecture ardue (11). »
(10) Ce traitement
relativement injuste
Schéma 1
transparaît y compris
dans les chapitres
consacrés par les ouvrages Théorie(s) des institutions
d’Histoire de la pensée
économique à
l’institutionnalisme
historique américain. On Old Instutionalism New Institutionalism
accorde souvent sinon Veblen (La N.E.I)
systématiquement plus Commons Coase
d’intérêt à Veblen ou à Mitchell Williamson
Mitchell au détriment de Clark North
Commons. On peut citer Langlois,
à titre d’exemple Néo-Institionalisme etc.
Facarrello G. et Béraud Hodgson
A. [2000]. Rutheford
Ramstad
(11) Sauf que Théret B. Galbraith,
[2003], à la différence de etc.
tous ceux qui adoptent le
même point de vue,
considère qu’il est
possible de reconstruire Nous nous limiterons, par voie de conséquence, à faire ressortir ce qui
une cohérence, au moins
représente pour nous le « noyau dur » des idées commonsiennes,
relative, de la pensée de
Commons. susceptibles de servir judicieusement notre propos : rareté, conflits,
transactions, règles et valeur(s) raisonnable(s).
1.1. Evolution et changement chez John Commons
La problématique de la genèse et du changement institutionnels occupe
aujourd’hui non seulement les esprits des auteurs qui s’inscrivent
ouvertement dans le cadre des visions « institutionnalistes », mais aussi
celui de tous ceux qui accordent aux institutions un rôle central dans
l’explication des modalités de fonctionnement des économies
contemporaines. Il faut remarquer néanmoins que cette problématique n’a
reçu jusqu’à maintenant que des réponses partielles, souvent très
insatisfaisantes, notamment en rapport avec les idées évolutionnistes (12). (12) Pour se faire une
L’emprunt de la métaphore évolutionniste et son application aux opinion plus précise à la
fois des rapports en
institutions reviennent souvent à considérer que ces dernières subissent des évolutionnisme et
transformations et des mutations, à travers des processus complexes institutionnalisme et de
d’adaptation aux contraintes imposées par l’environnement global. Celles l’état de la recherche
ayant pour objet ces
qui survivent sont par définition celles qui manifestent des capacités rapports, on peut se
supérieures d’adaptation (13). Il s’agit du postulat de base d’un pan entier reporter avec un très
des courants évolutionnistes qu’on peut qualifier, à juste titre, de postulat grand profit à Aréna R.,
et alii [2003] ainsi qu’à
de « l’efficience institutionnelle » fondé, sous ses différentes variantes, sur Lebras C., et alii [2003].
le darwinisme méthodologique. Le représentant le plus radical de cette forme
(13) On sait que les
de darwinisme est certainement Hayek puisqu’il fait de la loi de la courants évolutionnistes,
concurrence le seul et unique juge de paix de la sélection des « bonnes même en science
institutions ». économique, n’ont jamais
disparu totalement. Qu’il
Adopter ce postulat revient, cependant, au-delà du caractère s’agisse de
problématique des analogies biologiques, à accorder beaucoup plus J.-[Link] à travers
d’importance au rôle de la compétition et de la concurrence au détriment la théorie de l’évolution
économique [1912] ou
de la coopération, tout en sous-estimant les dimensions historiques en termes dans le cadre de sa
d’instabilité et d’irréversibilité des processus évolutionnaires. C’est ce qui conception du destin du
explique que de nombreux auteurs, antérieurement convaincus par le bien- capitalisme [1942] ou
encore Hayek F [1945]
fondé de ces analogies, s’en sont progressivement éloignés ces derniers temps et, enfin et surtout,
en considérant qu’il s’agissait beaucoup plus de « métaphores » que Nelson R., et Winter W.
« d’analogies », se rapprochant ainsi des problématiques de l’évolution en [1982]. Les idées
évolutionnistes, en
termes d’auto-organisation et de cognition [Arena. R., et alii, 2003] (14). mettant l’accent sur les
Ce rapprochement s’avère néanmoins insuffisant pour échapper à l’emprise mutations à travers les
du postulat de « l’efficience institutionnelle ». L’évolution demeure soumise innovations ou le rôle
spécifique de certains
à une logique déterministe quelque peu paradoxale : la survie prouve agents économiques
l’efficacité, et l’efficacité explique la survie. La dimension faussement (les entrepreneurs par
« dialectique » de l’idée de co-évolution ne parvient pas à briser l’emprise exemple) ou sur le
processus à long terme
du postulat « d’efficience » ; elle ne fait que déplacer le problème sans d’apparition-disparition
forcément le résoudre. des institutions, ont
Tout en se situant dans le cadre de l’évolutionnisme, J.-R. Commons contribué très fortement
à éclairer la
[1934] rejette néanmoins la pertinence de la transposition de l’idée de « la
problématique de
sélection naturelle » aux phénomènes et aux faits de société. Il reproche, l’évolution et des
en effet, aux approches évolutionnistes traditionnelles de ne pas prêter changements
l’attention ou de ne pas accorder suffisamment d’importance à institutionnels. Il n’en
reste pas moins que
l’intentionnalité et à la conscience des individus ou des groupes d’individus « l’évolutionnisme »
dans le cadre de leurs interactions propres mais aussi dans le cadre de leurs même tempéré, même
interactions avec le collectif. Les actions individuelles, qui sont des manières réformé, souffre du
« péché originel » du
de nouer des relations entre individus et avec la collectivité, n’ont de sens postulat « d’efficience
que lorsqu’elles sont inscrites dans le temps à travers la formulation des institutionnelle ».
(14) Il s’agit de anticipations (futurité). Doués des capacités d’anticiper, les individus se
l’ensemble des approches
transforment en « esprits institués » influençant ainsi leur propre avenir.
qui s’inscrivent dans le
cadre de la problématique Ils échappent donc à la loi naturelle de l’évolution. L’évolution des règles
des systèmes régies par l’action collective obéit dès lors à un processus de sélection
autopoiétiques dont la artificielle accomplie par divers collectifs organisés (associations, firmes,
figure emblématique est
[Link]. églises, etc.) et in fine par la « main visible des tribunaux » à travers les
(15) Dans ce sens, se
décisions judiciaires. Les règles (même les routines et les coutumes) sont
limiter au « face-à-face », toujours provisoires puisqu’elles sont fondées sur ce qui est raisonnable pour
changeant dans les formes résoudre les conflits dans la société à des moments donnés. Les institutions
mais néanmoins
immuable dans la nature,
ne sont pas par conséquent purement passives, même si elles sont traversées
entre l’institution par les logiques parfois contradictoires des acteurs. Elles subissent, certes,
(incarnant la hiérarchie) les mutations de leur propre environnement, et, en tant que telles, elles
et le marché (qui sont soumises à la nécessité de s’adapter mais contribuent aussi à le
incarnerait la non-
hiérarchie) nous paraît façonner (15). Dans cette optique, on peut affirmer que les périodes
très fallacieux. On peut d’instabilité et de rupture majeures sont propices à la fois aux changements
tenter institutionnels et à l’émergence d’institutions radicalement nouvelles. Ces
méthodologiquement de
dériver les institutions à périodes ressemblent étrangement à des situations de laboratoire et
partir du marché, mais il constituent un terrain privilégié pour les tentatives ayant pour objectif de
est curieux qu’aucune mettre en évidence la nature des rapports complexes entre l’action collective
critique de
l’institutionnalisme
ou individuelle, le conflit et l’ordre économique, politique et social. Toutefois,
(surtout du côté des il ne faut pas surestimer les éléments de rupture et d’irréversibilité en
économistes dits négligeant la nature cumulative non foncément arbitraire des processus
« hétérodoxes ») n’ait fait
d’évolution. Le cas de la BRI répond, nous semble-t-il, à ces deux exigences
remarquer qu’on ne peut
dériver qu’une et une (cf. tableaux 3 et 4 en annexe 1). C’est dans cette tension, qui n’est ni
seule institution (serait-ce totalement déterminée, ni purement accidentelle, que gît l’énigme de la
l’Etat ?! les vieux débats genèse, de l’évolution et des changements institutionnels dont seule l’Histoire
non-réglés nous
rattrapent toujours !). Les est susceptible de fournir les clefs.
rapports institution- Néanmoins, adopter une perspective historique ne signifie pas
marché, sont complexes. forcément revenir en profondeur, avec les détails nécessaires et la rigueur
Certes, une institution,
ne peut être comprise
qui conviennent aux historiens, sur les différentes phases d’évolution d’une
sans le marché mais le institution, ni historiciser à outrance les catégories analytiques forgées par
marché non plus ne peut la pensée institutionnaliste de J.-.[Link]. Il n’est pas dans notre
être pensé sans
l’institution à moins
intention, par conséquent, de faire ici l’Histoire de la BRI, mais plus
qu’on postule qu’au modestement de mettre en évidence (16) les paramètres cruciaux qui
début et au expliquent à la fois les conditions de sa genèse, pendant la période de l’Entre-
commencement des
deux-guerres, et de son évolution jusqu’au moment où elle devient une
temps il n’y avait que des
marchés. C’est une forme institution majeure dans l’architecture du système monétaire et bancaire
relativement décalée, international, en la situant dans le cadre de la logique de la perspective
puisque non historique de J.-R. Commons.
nécessairement biblique,
de la propre expression de
1.2. Une perspective historique originale
Williamson O. [1975].
Une ontologie non La première idée fondamentale concerne, en effet, l’inscription de la
seulement auto-
contradictoire du point pensée de J.-R. Commons dans une perspective historique. Cette
de vue méthodologique inscription est particulière dans la mesure où elle se distingue à la fois de
celle de Marx, celui-ci ayant trop mis l’accent sur le concept de mode de mais contredite par
l’Histoire elle-même.
production, et celle de Veblen, qui accorde, selon J.-R. Commons, trop
Pour s’en convaincre, il
d’importance aux facteurs technologiques. Son opinion est que ces deux suffit de lire ou de relire
auteurs, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, ont réduit l’évolution du Polanyi K., [1979].
capitalisme à des facteurs qui la surdéterminent par l’économique au L’intérêt et l’originalité de
la pensée de
détriment des facteurs institutionnels. C’est pourquoi il propose comme J.-R. Commons est
alternative de distinguer trois phases caractéristiques du développement du qu’elle permet de
capitalisme. La première phase est celle de la « rareté », la deuxième phase dépasser relativement ce
« face-à-face ». Il ne serait
est qualifiée de phase de « l’abondance », et, enfin, la dernière est identifiée pas déplacé, pour
comme étant la phase de la stabilisation. reprendre une formule
Si l’on peut rapprocher cette typologie des idéaux-types à la M. Weber, célèbre de Hahn F., à
propos de la monnaie, de
il n’en reste pas moins que l’usage que l’auteur en fait ne permet pas de se dire que « le défi le plus
faire une idée très précise du principe même de la distinction en trois phases. important auquel sont
[Link] [1971] qui la reprendra explicitement dans plusieurs de ses confrontés les modèles
des économistes est la
textes majeurs, notamment dans « les perspectives économiques de nos petits prise en compte effective
enfants » l’interprète a priori comme un processus de finitude de des institutions ».
l’Histoire, lui assignant ainsi une dimension téléologique absente chez (16) Par le biais d’un
J.-R. Commons et qui est paradoxalement très proche des idées développées choix de « phases
caractéristiques » de
par F. Fukuyama. Après s’être débarrassée du problème économique par la
l’Histoire de la BRI. Un
mise en œuvre des moyens permettant de réaliser l’abondance, l’humanité tel choix peut paraître
aura comme seul problème la gestion de la liberté dans le cadre de la arbitraire du point de vue
stabilisation, phase finale du développement du capitalisme (17). Qu’il y du principe de la
périodisation. Cette façon
ait ou non une dimension « messianique » ou « téléologique » dans cette de procéder nous semble
typologie, ce n’est pas le point le plus important ! Il est en revanche malgré tout légitime,
primordial de comprendre que J.-R. Commons s’intéresse aux institutions dans la mesure où ce qui
nous intéresse
du capitalisme en identifiant des phases particulières de son développement. fondamentalement c’est
Plus précisément, il s’intéresse aux institutions du capitalisme moderne, de savoir à partir de quel
i.e. le capitalisme de son époque. moment la BRI devient
une institution
La première phase, celle de la rareté, étroitement liée au capitalisme « instituante » se
marchand, se caractérise non seulement par l’inefficacité et la violence différenciant d’une
arbitraire, mais aussi par un exercice de pouvoir collectif et communautaire simple « agence ». Pour
plus de détails à propos
très étroit. Il s’agit d’un capitalisme défensif qui se confond avec les de cette Histoire, nous
corporations ou, du point de vue des nations, avec le mercantilisme. Le renvoyons à Diop I.-T.
rôle du droit et des règles juridiques est très restreint. Les cours de justice, [1993].
à travers la production de règles juridiques remettant en cause celles de la (17) Notons qu’au sujet
de l’identification
première phase, ont ouvert le champ à l’action individuelle justifiant ainsi
historique de cette
l’importance prise par l’idée d’efficience des processus de production de dernière phase, il y a une
la richesse. Le capitalisme marchand se transforme en capitalisme différence d’opinion entre
industriel. L’abondance soulève néanmoins le problème de la répartition J.-M. Keynes et
J.-R. Commons. Si pour
de la richesse. Celle-ci ne fait l’objet chez J.-R. Commons d’aucune théorie J-R. Commons, la phase
de la valeur au sens économique du terme. Sa remise en cause (18) des de stabilisation
théories économiques de la valeur est non seulement très claire mais correspond à la période
de l’Entre-deux-guerres,
catégorique [1934 et 1936]. Il propose en alternative sa propre théorie pour J.-M. Keynes
institutionnelle de la « valeur raisonnable » (cf. infra point 3). La dernière [1971], elle est renvoyée à
un siècle plus tard ! C’est phase, celle de la stabilisation se caractérise par la prégnance des actions
ce qui ressort, en tout
cas, d’une lecture avertie
collectives sur les actions individuelles par le biais par exemple de « la
des « Perspectives… ». concertation entre travailleurs et capitalistes ». Le fait que l’action collective
(18) Cette opposition ne s’impose à l’action individuelle sans forcément l’abolir permet de lutter contre
va pas cependant jusqu’au l’instabilité mais peut déboucher parfois sur des expériences tragiques de
rejet total. La position de tentatives de soumission absolue de l’une à l’autre comme dans les cas du
Commons est un peu
plus complexe. Il fascisme, du nazisme ou du collectivisme russe. C’est pendant cette phase
considère en effet que les qu’on assiste au développement des systèmes bancaires et à la construction
individus peuvent se des communautés de paiement permettant l’extension de la circulation de
prévaloir de toutes les
théories de la valeur la dette, de telle sorte qu’on peut légitimement la qualifier de phase du
possibles et imaginables capitalisme bancaire et financier. Il s’agit en fait d’un capitalisme parvenu
mais qu’il revient aux au stade d’une « économie monétaire de production » très proche de celle
« Cours » qui en ont la
légitimité de dire « la conceptualisée par J.-M. Keynes.
valeur » qui s’impose à La monnaie joue un rôle fondamental dans le cadre de ce type d’économie
tous. C’est la question et ce, non seulement à travers ses fonctions cardinales (unité de compte et
non résolue du « juste
prix » que l’économie moyen de paiement), mais aussi à travers le financement de la production
politique traîne depuis les par le recours au crédit. L’institution de la monnaie comme rapport social
scolastiques. a pour conséquence d’ouvrir la possibilité de la circulation des dettes et des
créances. Cette circulation est liée au fait, souvent souligné par les
commentateurs de Commons, que la monnaie « permet d’acquérir non des
choses, mais des droits de propriété ». Les transactions ne sont, en effet,
que les supports du transfert des droits, et en tant que telles elles génèrent
des circuits de création des dettes pouvant être éteintes par l’usage de la
monnaie. Dès lors, la caractéristique essentielle de l’économie monétaire
de production réside dans le processus de « négociabilité des dettes et des
créances ». La négociabilité est la conséquence logique de la distinction entre
la « propriété légale » et la « possession physique de l’objet ». Cette distinction
renvoie au temps, aux anticipations et finalement à la promesse de tenir les
engagements. Ce qui définit fondamentalement la modernité des économies
de l’action collective, c’est justement, selon Commons [1934, p. 250],
« l’invention de la transférabilité et de la permanence de la promesse, sans
égard à la personne engagée par cette promesse. Et cette transformation a
été si substantielle que ces simples promesses entre égaux constitutives des
dettes sur lesquelles repose le système de crédit peuvent elles-mêmes être
traitées en droit et par le sens commun comme des marchandises, quoiqu’elles
ne soient (pas) des marchandises (…) mais des anticipations subjectives issues
de la confiance dans les promesses du gouvernement, des cours et des hommes
d’affaire ». Commons rejoint ainsi des approches comme celles de Simmel
ou de Simiand faisant de la monnaie-dette une condition de la liberté des
actions individuelles. Mais cette liberté s’inscrit dans le cadre de processus
socialement garanti par l’action collective. L’institution monétaire, à travers
le système bancaire et financier chargé de la gestion du rapport au temps,
est soumise ainsi à une très forte tension entre les actions subjectives et la
nécessité de leur reconnaissance collective. Cette tension peut être source
sur les valeurs. C’est ce qui ressort, en effet, de la définition qu’il en donne :
« La valeur raisonnable, telle que je la définis en suivant la Cour suprême,
n’est pas l’opinion de n’importe quel individu au regard de ce qui est
raisonnable. Ceci est l’habituelle objection soulevée contre une théorie de
la valeur raisonnable. Il y a autant d’opinions individuelles de ce qui est
raisonnable qu’il y a d’individus, tout comme il y a autant d’opinions diverses
de ce qui est agréable ou pénible qu’il y a de personnes. La valeur raisonnable
est l’arrêt de la Cour de ce qui est raisonnable entre demandeur et défendeur.
Elle est objective, mesurable en argent et obligatoire [1936, p. 392]. » Elle
est objective non parce qu’elle renvoie aux propriétés de ce qui fait l’objet
des transactions mais parce qu’elle est « extériorisée » dans la mesure où
elle émane d’une instance supérieure en droit qui est la Cour Suprême. Selon
J.-R. Commons, la Cour suprême établit, notamment à travers le système
de jurisprudence, une échelle de valeurs, de réparations et d’indemnisations
en cas de préjudices. La théorie de la valeur « raisonnable » est beaucoup
plus proche des conceptions de la « valeur » en termes de valeur(s) sociales(s)
que de celles des « valeurs subjectives ». Elle est cohérente avec l’économie
des transactions. Dans la mesure où celles-ci impliquent le transfert des
droits de propriété, les valeurs sont « régies » par le « marché » des droits
définis par les institutions judiciaires. Bref, l’ordre de la valeur « raisonnable »
est celui de « la limite inférieure et supérieure de la valeur d’échange »
déterminée par la Cour suprême et non par la loi de l’offre et de la demande.
Trois aspects fondamentaux caractérisent ainsi « la valeur raisonnable » :
premièrement, elle s’impose aux individus par la règle de droit tout en
prenant en considération les évaluations subjectives. La valeur raisonnable
échappe néanmoins à la rationalité pure des objectifs individuels.
Deuxièmement, sa fixation ne fait pas l’objet d’une procédure purement
rationnelle. Dans ce sens, elle relève plutôt de la raison « raisonnable » et
non de la « raison rationnelle » (21). Enfin, son non-respect appelle des (21) Contrairement à ce
sanctions sur lesquelles existe un « consensus relatif ». Ce consensus ne relève qu’on peut penser, la
« raison raisonnable » ne
cependant ni d’une adhésion naturelle et spontanée, ni des purs rapports s’identifie pas à la
de force. Il résulte des « arrêts » des cours qui sont des épées de Damoclès « rationalité limitée ».
suspendues sur la tête des individus. Il s’agit de la raison
« prudente ».
Evidemment, la valeur raisonnable de Commons renvoie à la valeur
d’échange, mais elle ne s’y réduit pas. Il existe en effet un ensemble de
situations où il peut y avoir valeur raisonnable sans référence à un système
explicite de prix (les exemples de ce type de situations ne manquent pas :
indemnisations, dédommagements, etc.). Nous utilisons par conséquent
l’idée de « valeur raisonnable » dans une acception plus large que celle qu’elle
revêt chez Commons. Concrètement, elle traduit, comme on le verra plus
loin, le niveau de fonds propres requis pour une banque (ou institution
financière) au regard du degré de risque « raisonnable » en rapport avec la
perception dominante au sein de la BRI du risque « systémique » pendant
une période donnée. La BRI, par son action collective impliquant la
Ri = 1,..3 : règle ;
R’i = 1,..3 : règle modifiée ;
R’’i =1,..3 : règle modifiée à nouveau ;
Nfrp : nouveaux facteurs de risque apparus au cours de la période ;
Vri =1,..3 : Valeur raisonnable adoptée pendant la période.
lui permettant de relancer l’activité économique. De l’autre, ceux qui J.-[Link] a participé,
au lendemain de la
pensaient qu’il fallait plutôt aider l’Allemagne à faire face au poids des Première guerre
transferts sans chercher à l’écraser par des exigences qu’elle ne pourrait pas mondiale, aux
satisfaire de toute façon (24). négociations du traité de
Jusqu’à la fin des années vingt, c’est le premier camp qui l’emporta, mais Versailles. N’étant pas
d’accord sur la tournure
au début des années trente, ce sont les idées du second camp qui et l’issue des
commencèrent à prendre de l’importance, se concrétisant justement par négociations, il a
le plan Young (janvier 1930). Celui-ci avait un double-objectif : d’une part, démissionné de la
délégation britannique.
procéder à la réduction des paiements annuels de l’Allemagne, de l’autre, Une lecture
commercialiser sa dette par le biais de l’émission d’un nouvel emprunt complémentaire, au-delà
international. Deux raisons expliquent la genèse de la BRI, toutes les deux du désaccord sur les
modalités de « faire payer
liées à la forte instabilité économique, financière et politique de la période l’Allemagne », permet
de l’Entre-deux-guerres : l’absence de dispositifs de gestion des problèmes d’éclairer à la fois l’état
de coopération internationale dans le domaine monétaire et financier et, psychologique de
J.-[Link] et ses
à cause de cette absence, l’urgence de fonder une « institution » rapports avec certains
susceptible de contribuer au règlement du problème des réparations négociateurs, notamment
allemandes. La genèse de la BRI ne dérive pas par conséquent de l’insuffisance dans la délégation
allemande « le Docteur
des mécanismes du marché ; c’est une création politique. En d’autres termes,
Melchior, un ennemi
cette genèse ne s’explique pas fondamentalement par le défaut de vaincu » [1993]. On peut
dispositifs de régulation monétaire et financière internationale, mais par dire que J.-[Link]
l’impératif de la gestion du « complexe des transactions » issu du conflit avait une intuition aiguë
du rôle des institutions
des réparations. La fin de ce conflit, avec le moratoire « Hoover » en non seulement parce qu’il
1931 (25), allait imposer à la BRI la nécessité d’une adaptation rapide. Elle était en « communauté
s’est reportée sur la défense de l’étalon-or mis à l’index comme un système de pensée » et en relation
notamment épistolaire
responsable de l’aggravation de la crise puisqu’il imposait automatiquement avec une des figures
des politiques économiques déflationnistes, notamment en Angleterre et marquantes de
en France. L’abandon de celui-ci par des grands pays comme l’Angleterre l’institutionnalisme
historique américain,
a imposé une nouvelle évolution. La BRI a commencé à combler le manque J.-R. Commons en
d’une organisation efficace des paiements internationaux par l’institution l’occurrence, mais aussi
d’un système de compensation (clearing) ainsi que par le biais de la gestion parce qu’il a pu éprouver
lui-même, que ce soit
des dépôts en or.
dans sa vie intellectuelle
ou pratique, la puissance
2.2. La genèse d’un complexe des transactions des institutions.
cf. Thabet S. [2003].
Lorsqu’on examine sérieusement les conditions spécifiques à la fois du
point de vue juridique, politique et économique de la genèse de la BRI, (24) Ce débat a opposé
J.-M. Keynes, d’un côté,
on peut constater que celle-ci génère ce qu’on peut appeler un « complexe et un groupe
de transactions » (26) (cf. tableau 1). Ce complexe de transactions peut d’économistes dont le
être appréhendé sur la base de la pensée institutionnaliste de chef de file fut B. Ohlin,
de l’autre. Bien que
J.-R. Commons, avec néanmoins une précision fondamentale au sujet d’une l’argumentation, du point
certaine insuffisance concernant la distinction entre les transactions effectives de vue économique, du
et les transactions potentielles. On a pris trop souvent, en effet, l’habitude premier puisse être
considérée comme faible,
de définir l’institution comme une articulation entre l’action collective et son intuition politique
l’action individuelle à travers les règles découlant des différents types de fut en revanche très juste.
transactions, i.e comme un pur problème de coordination. On oublie alors Certes, les positions de
[Link] étaient que toute institution porte en elle-même à la fois des transactions effectives
rationnelles, mais celles
de J.-M. Keynes étaient
se traduisant par l’application des règles permettant de les réaliser et par
« raisonnables ». La des transactions potentielles que l’institution est seulement susceptible de
raison raisonnable serait- mettre en œuvre. La différence entre ces deux catégories de transactions
elle l’ennemi de la
réside, à notre avis, dans le rapport des transactions avec le conflit. En d’autres
« raison rationnelle » ?
Nous sommes enclins à le termes, les transactions effectives sont liées à la résolution des conflits du
penser. Nous y « moment », alors que les transactions potentielles ne se révèlent que lorsque
reviendrons plus tard d’autres conflits surviennent. C’est d’ailleurs la façon la plus appropriée
(cf. infra point. III) au
travers de l’idée de la d’expliquer le caractère durable de certaines institutions par rapport à d’autres
« valeur raisonnable » de dont la durée de vie est ou trop courte ou éphémère (27).
J.-R. Commons. Dans ce sens, la typologie des transactions et des règles se transforme
(25) En fait, le legs de la quelque peu afin de prendre en considération, dans le « complexe de
question des réparations
ne sera définitivement
transactions » même, celles qui ne sont pas directement liées au conflit et
réglé qu’en 1980 !? qui peuvent être activées ou réactivées en fonction des exigences liées aux
(26) Cette notion n’est nouveaux conflits. Naturellement, la distinction entre ces deux catégories
pas exclusive de celles de transactions n’abolit pas les typologies proposées par J.-R. Commons
« d’arrangements lui-même, elle ne préjuge pas non plus du caractère déterministe des
institutionnels » ou de
« formes transactions potentielles. L’incertitude radicale permet de penser que certaines
institutionnelles ». Elle a transactions potentielles ne verront jamais le jour et demeureront toujours
néanmoins le mérite de en état de latence. Cette distinction ne va pas jusqu’à dénaturer la conception
ne pas mettre
immédiatement l’accent
non nécessairement fonctionnaliste des institutions développée par
sur l’idée d’ordre. J.-R. Commons. On peut résumer très schématiquement cette distinction
(27) La société des dans le tableau ci-après :
nations (SDN) est un des
exemples de ce type Tableau 1
d’institutions éphémères.
Transactions effectives versus transactions potentielles
Transactions-règles
effectives potentielles
Conflits
Bien évidemment, cette distinction demeure très formelle. Elle n’a pas
d’autre objet que de mettre l’accent sur la logique de la dynamique globale
qui sous tend les processus des changements institutionnels (limités à l’échelle
d’une institution) et des mutations des institutions (élargie à l’ensemble
du réseau des institutions et aux processus d’apparition-disparition des
institutions). Une telle distinction éclaire néanmoins d’une façon
saisissante à travers le cas de la BRI la problématique des mutations et de
survie d’une institution. Elle est conditionnée par la composition du
Schéma 3
Genèse de la BRI comme institution
et de son complexe de transactions
Politique
(Alliés-souveraineté)
Pays indemnisés
(2)
(28) Il s’agit d’une le moins ambigu qu’elle a pu jouer pendant le conflit (28). De l’autre, le
période sombre dans
l’Histoire de la BRI. Non
sentiment général à l’époque est qu’elle présentait une forte concurrence
seulement elle fut accusée avec les nouvelles institutions issues des négociations de Bretton Woods.
du transfert illégal de l’or On s’est rendu compte progressivement que loin d’être en rivalité avec le
de la banque de
Tchécoslovaquie mais
FMI (spécialisé dans l’ajustement des balances des paiements et dans la
aussi pour son stabilisation des taux de change) et la Banque mondiale (dont la
implication éventuelle principale fonction est d’accorder des prêts à long terme), la BRI présentait
dans les « spoliations »
plutôt de fortes complémentarités et ce d’autant plus qu’à la différence des
perpétrées par le régime
nazi. deux autres institutions, il s’agissait d’une institution de banques centrales
et non d’une institution inter-étatique. La BRI a évolué donc en marge
mais en interaction avec les institutions du système de Bretton Woods. En
effet, dans l’immédiat après-guerre, la BRI s’est engagée, d’abord, dans la
construction d’un système de compensation multilatéral des paiements,
ensuite, dans la construction de l’organisation de la coopération
économique (OECE) ancêtre de l’organisation de la coopération et du
développement économique (OCDE) et, enfin, dans la mise en œuvre de
l’accord monétaire européen.
Les exigences de la reconstruction et l’absence d’un plan de coordination
permettant de la favoriser ont eu pour conséquence d’opposer les
différents pays européens en démontrant l’insuffisance des accords
bilatéraux de paiement datant de l’avant-guerre. Le développement des
échanges nécessitait en effet des disponibilités importantes d’or et de réserves
en devises. Or, ces disponibilités étaient relativement rares. Ce qui a justifié
la mise en place d’accords multilatéraux de paiement avec des procédures
de compensation confiées à la BRI. Le rôle de celle-ci devait se limiter
cependant à « l’opération technique de compensation et notamment au
rassemblement et à l’étude des statistiques relatives aux accords de paiements
(perçus) chaque mois de l’institution technique des pays participants. Ces
institutions techniques sont généralement les banques centrales avec lesquelles
la BRI entretient une collaboration étroite depuis des années, fait qui a
incontestablement facilité sa tâche et (…) permis de lever le secret bancaire
pour que soient communiqués les chiffres et pour assurer le fonctionnement
sans heurt de la partie technique des compensations » [Rapport BRI, 1948].
Les procédures de compensation portaient sur deux catégories
d’opération. Les opérations en circuit fermé entre pays créanciers et débiteurs
et les opérations dites « triangulaires » nécessitant le transfert de la monnaie
d’un troisième pays pour régler les soldes bilatéraux.
Bien entendu, la vie de ces accords a été relativement courte [1947-1948],
mais ils ont permis à la BRI de réactiver ses fonctions de coordination entre
banques centrales préfigurant ainsi le rôle qu’elle remplira plus tard lors
de la crise des années soixante-dix. Les besoins élevés, notamment en biens
d’équipement et en biens de consommation de l’Europe dans son ensemble,
devaient néanmoins être satisfaits par des importations massives en
provenance des Etats-Unis. Ces besoins excédaient les moyens de paiement
dont disposaient les pays européens et ne pouvaient être satisfaits que par
une injection massive de capitaux. Cette dernière a fait l’objet du plan
Marshall donnant naissance, dans un premier temps, à un « comité de
coopération européenne » dont les réunions débouchèrent sur « la
convention de coopération économique européenne » à l’issue de laquelle
fut créée « l’organisation économique de coopération européenne » qui se
transformera plus tard (1951) en « organisation européenne de coopération
et de développement économique ».
2.4. … mais contribuant aux efforts de la reconstruction européenne
L’objectif de l’organisation économique européenne était double : répartir
l’aide américaine en soutenant l’effort de reconstruction et contribuer à
stabiliser les cours des monnaies européennes en restaurant la confiance
dans les devises nationales. Le premier volet concernait la gestion des droits
de tirage résultant de l’aide américaine. Une fois de plus, la BRI jouait un
rôle d’agence dans le cadre de cette gestion permettant ainsi, en fonction
des informations fournies par les banques centrales nationales, à la fois de
connaître la position de chaque pays vis-à-vis des membres de l’union et
de procéder à la réduction des soldes bilatéraux des différents pays. Ce rôle
est resté le même lors du deuxième accord de paiement et de compensation.
Lorsqu’on examine attentivement les différentes dimensions de ces
accords, on constate que la reconstruction et la relance des économies
européennes pendant la période de l’après-guerre ne pouvaient être réalisées
uniquement par le recours aux mécanismes des échanges. Mais le second
volet, nécessitait l’organisation d’une communauté de paiement. Celle-ci
était censée permettre l’impulsion et le développement des échanges à la
fois inter-européens et avec le reste du monde, notamment les Etats-Unis.
L’accord établissant cette union de paiement est conclu en 1950 entre
les pays qui constitueront plus tard le noyau central de la CEE en plus de
la Turquie. L’union avait quatre objectifs : assainir les situations résultant
des accords de compensation antérieurs, faciliter la circulation de
l’information entre les pays membres à propos de leur(s) position(s), soutenir
les pays dans leur effort pour disposer de ressources pouvant servir de réserves
(or et devises) et, enfin, accompagner un retour général au multilatéralisme
et à la convertibilité des monnaies nationales. Les mécanismes de
fonctionnement portaient sur une double-compensation : dans le temps
et dans l’espace.
Très rapidement, l’union a été remplacée par un accord monétaire
européen comportant deux volets : un fonds européen financé par les
ressources subsistant après liquidation des soldes de l’union et l’instauration
d’un système multilatéral des règlements. Pour le fonds, il s’agissait de crédits
en or à court terme remboursables sur une durée de deux ans, alors que
pour le système de règlement, il était destiné à permettre aux différents pays
d’obtenir les paiements de leur soldes nets en dollars avec des conditions
temps. D’institution secondaire pour reprendre les propres termes de J.-R. d’enrayer la méfiance à
l’égard du franc ; ou
Commons, la BRI se transforme en institution première. Elle devient elle- encore, des interventions
même une source de souveraineté lui permettant d’édicter des règles justifiées indirectes portant sur des
par la lutte contre les risques systémiques (cf. schéma 4). opérations d’assistance
réalisées en collaboration
avec d’autres institutions
Schéma 4 lorsque les moyens de la
Banque s’avéraient
Autonomisation et transformation de la BRI
insuffisants à travers une
en souveraineté productrice de règles série d’arrangements
collectifs (Accord de Bâle
de 1961, accord de Bâle
de 1966, accord de Bâle
TrM/TrD BRI-Souvraineté de 1968 et enfin
par défaut arrangement collectif de
1977).
(3) TrR (1)
Systèmes
banques TrD TrM (2)
bancaires
centrales
et financiers
Conflits/risques systémiques
Tableau 2
Structure schématique de l’organisation actuelle de la BRI
systémiques en l’absence d’un régulateur international légitime (31). Il s’agit, (31) L’absence du prêteur
en dernier ressort au
par conséquent, comme on l’a déjà souligné, d’une fonction remplie par niveau mondial a pour
défaut. conséquence l’éclatement
On sait, en effet, que la question du prêteur en dernier ressort est de ses attributs entre
plusieurs institutions.
cruciale (32) pour la survie de la communauté de paiement et en conséquence Dans la mesure où la BRI
pour celle des banques privées. Sa fonction doit être « extériorisée » par n’accorde pas de
rapport aux réseaux bancaires. Cette extériorisation est nécessaire pour lutter financement, elle est
dépourvue de la
contre les menaces systémiques par le rétablissement de la confiance et la
« conditionnalité » alors
garantie de la stabilité à travers les procédures de « refinancement ». Que que le FMI et la Banque
l’institution qui assume cette fonction soit indépendante ou non n’est pas mondiale en disposent,
l’aspect le plus important ! Il faut remarquer néanmoins qu’une intervention elle assume en revanche
les attributs du
systématique du prêteur en dernier ressort peut inciter les banques à prendre régulateur.
trop de risques et à développer des stratégies peu prudentes (aléa moral). (32) A propos de la
Le prêteur en dernier ressort assume finalement, au niveau national, une question du « prêteur en
fonction dont les attributs sont à la fois complexes et contradictoires. Il dernier ressort » aussi
bien dans l’Histoire de la
est condamné au principe de « l’ambiguïté constructive ». Au niveau mondial, pensée économique que
les choses sont encore plus complexes. L’absence d’un prêteur en dernier du point de vue des
ressort pré-défini a pour conséquence la nécessité de la coordination entre analyses actuelles, le
lecteur peut se reporter à
les banques centrales. Or, celles-ci disposent de prérogatives restreintes à Aglietta M., de Boyer J.,
leur propre espace de souveraineté. C’est ce qui explique que la nécessité Diatkine S. [2003].
de la coordination n’apparaît impérieuse que lors des périodes de stress et
de crises. Ces périodes révèlent, en les exacerbant, les conflits ayant pour
objet les transferts de la richesse dans le cade des économies monétaires et
financières et nécessitent des adaptations récurrentes des fonctions des
institutions internationales [Chavagneux, 1997].
Inscrites dans la perspective commonsienne de la construction d’une
théorie réaliste inspirée par la philosophie pragmatique [Peirce et de Dewey],
ces adaptations, lentes mais continuelles, obéissent à la logique de résolution
des conflits résultant de rapports de forces entre les différents acteurs [Pirou.,
1939]. Cette logique aboutit à la conception de règles prudentielles qui
ont connu une évolution progressive depuis la fin des années soixante-dix
à cause des transformations dans les configurations des rapports de force
entre débiteurs et créanciers. Deux principales configurations peuvent être
mises en évidence : la première configuration porte sur la crise de
l’endettement des pays sous-développés débouchant sur un conflit ouvert
entre créanciers et débiteurs dans le cadre duquel les banques internationales
ont été très fortement impliquées. Au cœur de la seconde configuration
qui concerne les pays développés eux-mêmes, se trouve le conflit ayant pour
objet l’arrêt des processus inflationnistes et de dévalorisation des dettes.
La conjugaison des effets des conflits sous-jacents à ces deux configurations
a été renforcée par la modification des orientations des politiques monétaires
notamment aux Etats-Unis, accélérant ainsi le passage d’une économie
mondiale sur-liquide à une économie mondiale sous-liquide et d’une
économie de la dette à une économie de finance de marché ; mais aussi
à notre problématique (cf. supra schéma 2). Cette notion fait référence aux
décisions prises par les tribunaux américains dans les affaires litigieuses. Pour
l’auteur, la valeur raisonnable ne correspond pas à « la pratique moyenne
ni à la pratique la plus répandue, mais à la pratique des établissements les
plus progressifs » [Pirou, 1939, p. 142]. Elle serait la résultante entre une
valeur idéale et une valeur réelle. Dans notre interprétation (36), la valeur (36) Au risque de nous
raisonnable est relative au contexte et aux pratiques en vigueur à un moment répéter, nous insistons
encore une fois sur le fait
donné de l’histoire des faits économiques. que l’emprunt de l’idée
Dans ce processus évolutionniste qui intègre en permanence les de « valeur raisonnable »
transformations économiques, le nouvel ordre établi ne peut être figé puisque relève essentiellement de
l’analogie.
de nouveaux conflits peuvent voir le jour du fait de la rareté des opportunités
et les relations de dépendance entre agents économiques. Justement, ce nouvel
ordre symbolisé par la règle de 8 % a montré ses limites puisqu’il a donné
lieu à un amendement en 1996.
3.2. Réforme du ratio Cooke en 1996 et amorce de la pratique
d’autocontrôle : la configuration des règles prudentielles de
l’économie des marchés financiers
Au regard des pratiques et « coutumes » bancaires, la norme instaurée
par l’action collective de la BRI en 1988 ne s’avère pas a posteriori une valeur
raisonnable, lors de sa mise à l’épreuve par les professionnels. En effet, l’accord
sur le risque de crédit qui permettait le calcul d’un ratio simple et unique
comportait des approximations et certaines faiblesses qui allaient engendrer
de nouveaux types de conflits d’intérêts conduisant à son amendement. La
règle de Cooke devait s’appliquer, avec une base consolidée, aux grandes
banques internationales sans différenciation de leurs débiteurs. Elle ne tenait
pas compte des corrélations et donc de la diversification ou de la
concentration du risque total de crédit sur une seule catégorie de risque
client. De même, le ratio de 8 % ne représentait pas une valeur raisonnable
dans le sens où il n’intégrait pas le risque de marché qui s’est fortement
accru avec la libéralisation des produits et des marchés financiers pendant
les décennies quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Bref, du point de vue des
banques, le ratio Cooke faisait peser une forte contrainte, en termes de coût
en fonds propres, sur les modalités de gestion du rapport risque/rendement.
3.2.1. Globalisation financière, montée du risque de marché et évolution des
conflits d’intérêts
Au tournant des années quatre-vingt-dix, dans un contexte marqué par
la globalisation financière, les sources de tension se multiplient dans le monde
amenant, via une concurrence exacerbée entre les banques, des conflits
nouveaux entre les acteurs internationaux : créanciers et débiteurs
notamment. En effet, de nombreux pays ont subi la crise de l’immobilier,
la hausse des taux d’intérêt, la baisse du prix des actifs financiers et le manque
de liquidités sur certains segments étroits du marché.
de la banque est obtenue par addition des VaR des quatre types de risque.
Seulement, ce modèle standard, imposé à travers une transaction de direction
reflétant le rapport de supériorité du Comité, a suscité rapidement les
critiques des banques sensées l’appliquer. Ces dernières montrent que cette
approche, consistant à estimer le risque de marché par agrégation des blocs
de risques, ne prend pas en compte le bénéfice de la diversification puisqu’elle
procède par simple sommation des risques entre les différents marchés. Le
fait de supposer que les corrélations entre les différents types de risques
sont parfaites surestime le risque total du portefeuille et conduit à une forte
exigence en fonds propres. Cette méthode standard s’avère coûteuse en fonds
propres, elle a tendance à pénaliser les banques.
Ainsi, lors de négociations (transactions) entre l’institution (BRI) et les
professionnels, les banques ont tenté de faire valoir l’utilisation de leurs
modèles internes pour l’estimation du risque de marché. Dans cette
dialectique entre régulateur et régulés, la première brèche a été ouverte par
la banque américaine J.-P. Morgan qui a assuré, en 1994, la promotion et
la diffusion gratuite d’un modèle interne de mesure de risque de marché
(RiskMetric).
Selon l’optique commonsienne, la négociation s’apparente plutôt à une
transaction de type marchandage (bargaining) puisqu’en 1995, sous la
pression de puissants établissements financiers américains, pour la
première fois le Comité de Bâle laisse aux banques la possibilité d’utiliser
leurs propres modèles de mesure de risque de marché pour calculer le
montant adéquat de fonds propres économiques. Ainsi, après l’entrée en
vigueur de la C.A.D (Capital Adequacy Directive), le 1/1/1996, les autorités
françaises ont émis le règlement « 97-02 » qui autorise la possibilité de
calculer l’exigence en fonds propres non pas selon la méthode standard mais
bel et bien selon les modèles internes. Ce règlement repose sur une séparation
des comités d’audit interne et des unités opérationnelles.
Il est alors intéressant de souligner le changement significatif qui a eu
lieu dans la philosophie de la régulation prudentielle. Celle-ci a évolué en
passant du contrôle direct vers le début de la pratique de l’autocontrôle.
Cela étant, ce transfert n’est pas total dans la mesure où le modèle interne
utilisé par la banque doit être préalablement agréé par le régulateur. Il a
également la possibilité d’apprécier la qualité des modèles, au moyen des
procédures de back-testing. La sanction peut aller jusqu’au retrait de
l’agrément s’il s’avère que le modèle n’est pas suffisamment fiable.
Du point de vue de la logique du changement institutionnel, nous
constatons que la première adaptation de la norme Cooke a eu lieu avec
l’amendement de 1996, permettant aux banques de développer leurs modèles
internes pour apprécier le risque de marché. Cet amendement traduit bel
et bien l’existence du processus évolutif de production/destruction des règles,
conceptualisé par Commons notamment, pour éclairer les conditions de
la résolution historique des conflits générés par les transformations
≥8%
Total des fonds propres
∑ des risques de crédit pondérés
+ risque de marché + risque opérationnel
De Cooke à McDonough, la structure des engagements risqués du ratio
a évolué de 4 secteurs et 4 pondérations à 9 catégories d’expositions au risque
et à l’introduction d’une nouvelle pondération à 150 % (voir tableaux 5,
6 et 7 en annexe1).
La prise en compte du risque opérationnel constitue une importante
innovation dans le calcul des fonds propres. Elle témoigne de la prise de
conscience des changements intervenus depuis les dernières décennies dans
les opérations d’exploitation courantes des banques. En effet, les
événements comme l’incendie du Crédit lyonnais en 1996, la panne de
l’ordinateur central de la banque de New York en 1985 ou les fraudes
constatées dans certaines banques comme la Barings ont permis de justifier
Schéma 5
Configuration des positions du régulateur et des banques
Exigence en fonds propres (fp)
Economie dominée
par la logique de la
dette Position des banques (R,r max ; fp min)
Rendement/risque/(R,r)
Conclusion
L’objectif assigné à ce travail était de s’appuyer sur certaines idées fortes
de J.-R. Commons pour éclairer les conditions de changement institutionnel
dans le cas de la BRI. Celle-ci est devenue progressivement une institution
incontournable de la nouvelle architecture du système monétaire, bancaire
et financier international, alors qu’elle ne disposait pas forcément
d’attributs aussi étendus que ceux des institutions « traditionnelles et
officielles » telles que le FMI ou la Banque mondiale. Il en ressort trois
résultats fondamentaux qui permettent, de notre point de vue, de comprendre
pourquoi il en a été ainsi.
Le premier résultat est assez général. Pour comprendre les capacités
d’adaptation et de changement d’une institution, il nous semble nécessaire
de mettre en évidence la composition de son complexe de transaction. Cette
notion, qui ne renvoie pas immédiatement à l’idée de l’ordre et n’est pas
par conséquent déterministe, se situe à un autre niveau que celui du postulat
« d’efficience institutionnelle » auquel adhèrent peu ou prou toutes les
approches évolutionnistes dans le domaine des analyses institutionnalistes.
Les institutions ne survivent pas parce qu’elles sont plus efficaces, elles le
deviennent parce qu’elles survivent ou, plus exactement, elles font l’objet
non d’une sélection naturelle mais plutôt d’une sélection artificielle à travers
l’évolution des règles notamment juridiques.
Le deuxième résultat concerne le processus et le rythme du changement.
Certes, l’instabilité et le désordre jouent un rôle fondamental dans la
détermination de ce rythme. Mais, ce qu’on observe dans le cas de la BRI,
c’est que rarement ces périodes ont crée des ruptures radicales dans son
évolution. Ou, plus précisément, ces ruptures n’ont fait qu’accélérer
épisodiquement une évolution très lente qui s’est effectuée par sédimentations
successives de compétences résultant de l’enchaînement des conflits récurrents
et des différentes modalités de leur résolution en rapport avec les transactions
et les règles.
Le troisième et dernier résultat, à nos yeux le plus fondamental, a trait
au statut actuel de la BRI comme institution productrice de « règles
prudentielles » auxquelles sont associées des « valeurs raisonnables ». Il s’agit
d’un processus de création/destruction scandé par des périodes caractéristiques.
Au cours de chaque période, la résolution du conflit passe par l’adoption
d’une « valeur raisonnable » dont l’efficacité est limitée notamment par le
positionnement stratégique des acteurs et par le rythme des innovations
technologiques et financières. Ce qui est nouveau dans le cadre de la phase
actuelle d’une économie dominée par la logique de la finance de marché,
c’est que la définition des « valeurs raisonnables » sur lesquelles s’appuient
les règles prudentielles fait l’objet d’une véritable dialectique de transactions
et d’évaluation entre la BRI, en tant qu’institution régulatrice, et les grandes
banques internationales. C’est cette dialectique qui donne tout son sens au
caractère « neuf des habits commonsiens » dont nous avons vêtu la BRI.
Règles de fonctionnement de l’institution comme action collective contrôlant, libérant l’action individuelle.
123
124
Tableau 4
BRI et économie des transactions bancaires (Going Concern) : dynamique de la « valeur raisonnable »
Période 1970-1990 1990-1999 1999-2006
Caractéristiques générales – Economie de la dette des pays sous-développés – Economie dominée par la finance de marché – Economie composite : dominée par la finance de
et type de risques (Mexique 1982) – Crises bancaires et financières (SME 1992, marché marché, une redéfinition des fonctions des
– Crises bancaires et financières (1987) obligataire 1994, faillites bancaires) banques et l’indépendance des banques
Conflits – Créanciers/débiteurs Contestation du nouveau dispositif de gestion des Processus de construction d’une « nouvelle valeur
– Concurrence entre banques centrales risques et négociation de la validation des modèles raisonnable »
– Managers/actionnaires internes (remise en cause du ratio Cooke)
– Régulateur national/régulateur international
Nicolas Moumni, Ali Bouhaili
La Banque des règlements internationaux
Tableau 5
L’accord de 1988
Secteur Pondération
Etat OCDE 0%
Banques 20 %
Hypothécaire 50 %
Normal (corporate, retail) 100 %
Souverains Entreprises
Autres entités du secteur public Détail
Banques mutualistes de développement Crédit hypothécaires
Banques Risques élevés
Hors bilan
Tableau 7
La nouvelle matrice des pondérations
Concours Appréciation
AAA à AA A+ à A– BBB+ à BBB– BB+ à B– Moins de B– Non noté
Etats 0% 20 % 50 % 100 % 150 % 100 %
Banques Option 1* 20 % 50 % 100 % 100 % 150 % 100 %
Option 2** 20 % 50 % 50 % 100 % 150 % 50 %
Sociétés 20 % 50 % 100 % 100 % 150 % 100 %
Détail Immobilier 40 %
Autres 75 %
* Une catégorie de risque unique pour toutes les banques d’un même pays, catégorie de qualité immédiatement inférieure à celle du
pays.
** Une appréciation individualisée du risque de chaque banque, indépendamment de son pays d’origine.
Source : (tableaux 4, 5 et 6) : BRI, [2003], Third Consultative Paper, avril.
Annexe 2
Encadré 1
Charte constitutive de la Banque des règlements internationaux
(du 20 janvier 1930) (1)
Considérant que les Puissances signataires de l’Accord de La Haye de janvier 1930 ont
adopté un Plan qui envisage la création par les banques centrales d’Allemagne, de
Belgique, de France, de Grande-Bretagne, d’Italie et du Japon et par un établissement
financier ou groupe bancaire des Etats-Unis d’Amérique d’une banque internationale
qui sera appelée la « Banque des Règlements Internationaux » ; et considérant que
lesdites banques centrales et un groupe bancaire comprenant MM. J.-P. Morgan & Co.
de New York, The First National Bank of New York, New York, et The First National Bank
of Chicago, Chicago, ont entrepris de fonder ladite banque et ont garanti ou pris des
mesures pour faire garantir la souscription de son capital autorisé s’élevant à cinq cents
millions de francs suisses, équivalant à 145 161 290,32 grammes d’or fin et divisé en
deux cent mille actions ; et considérant que le gouvernement fédéral suisse a conclu,
avec les gouvernements d’Allemagne, de Belgique, de France, de Grande-Bretagne,
d’Italie et du Japon une convention par laquelle il a accepté d’accorder la présente
Charte constitutive de la Banque des règlements internationaux, s’engageant à ne pas
abroger cette Charte, à n’y apporter ni modifications, ni additions et à ne pas sanctionner
les modifications aux statuts de la Banque visées au paragraphe 4 de la présente Charte,
si ce n’est d’accord avec lesdites Puissances ;
1. La personnalité juridique est conférée par la présente Charte à la Banque des
règlements internationaux (ci-après dénommée « la Banque »).
2. La constitution de la Banque, ses opérations et son domaine d’activité sont définis
et régis par les statuts annexés (2) qui sont sanctionnés par la présente Charte.
3. Les modifications aux articles desdits statuts autres que ceux qui sont énumérés
au paragraphe 4 ci-dessous pourront être faites et seront mises en vigueur ainsi qu’il
est prévu à l’article 57 desdits statuts et non autrement.
4. Les articles 2, 3, 8, 14, 19, 24, 27, 44, 51, 54, 57 et 58 des statuts ne pourront être modifiés
qu’aux conditions suivantes : la modification devra être adoptée à la majorité des deux
tiers par le Conseil d’administration de la Banque, approuvée à la majorité par
l’Assemblée générale et sanctionnée par une loi additionnelle à la présente Charte.
5. Les statuts et toute modification qui leur serait apportée conformément aux
dispositions des paragraphes 3 et 4 ci-dessus seront valables et auront effet
nonobstant toute contradiction avec toutes dispositions actuelles ou futures du droit
suisse.
6. La Banque est libre et exempte de tous impôts rentrant dans les catégories suivantes
a. droits de timbre, d’enregistrement et autres droits, sur tous actes ou autres
documents ayant trait à la constitution ou à la liquidation de la Banque ;
b. droits de timbre et d’enregistrement sur toute émission initiale des actions de la
Banque souscrites par une banque centrale, par un établissement financier, par un
groupe bancaire ou par une personne ayant pris ferme soit à la création de la Banque,
soit avant, soit en vertu des dispositions des articles 5, 6, 8 et 9 des Statuts ;
c. tous impôts sur le capital de la Banque, ses réserves ou ses bénéfices distribués
ou non, qu’ils frappent ces bénéfices avant distribution ou qu’ils soient perçus
au moment de la distribution, sous forme d’une taxe à payer ou à retenir par la
Banque sur les coupons. Cette stipulation ne porte pas atteinte au droit de la Suisse
d’imposer les personnes résidant en Suisse autres que la Banque, comme elle le
juge opportun ;
d. tous impôts sur tous contrats que la Banque pourra conclure en liaison avec
l’émission d’emprunts de mobilisation des annuités allemandes et sur les titres
d’emprunts de cette nature émis sur un marché étranger ;
e. tous impôts sur les rémunérations et les salaires payés par la Banque à ses
administrateurs et à son personnel n’ayant pas la nationalité suisse.
7. Toutes les sommes déposées à la Banque par n’importe quel gouvernement en vertu
des dispositions du Plan adopté par l’Accord de La Haye de janvier 1930 seront libres
et exemptes d’impôts à percevoir soit par voie de retenue par la Banque agissant
pour le compte de l’autorité imposante, soit de toute autre manière.
8. Les susdites exemptions et immunités s’appliqueront aux impôts présents et futurs,
sous quelque nom qu’on les désigne et qu’il s’agisse d’impôts de la Confédération,
de cantons, de communes ou d’autres autorités publiques.
9. En outre, sans préjudice aux exemptions spécifiées ci-dessus, il ne pourra être levé
sur la Banque, ses opérations ou son personnel, aucun impôt qui n’aurait pas un
caractère général et auquel les autres établissements bancaires établis à Bâle ou
en Suisse, leurs opérations ou leur personnel, ne seraient pas assujettis en droit et
en fait.
10. La Banque, ses biens et avoirs, ainsi que les dépôts ou autres fonds qui lui seront
confiés ne pourront faire, ni en Charte constitutive 5.6 Textes fondamentaux BRI
2003 temps de paix, ni en temps de guerre, l’objet d’aucune mesure telle que
expropriation, réquisition, saisie, confiscation, défense ou restriction d’exporter ou
d’importer de l’or ou des devises ou de toute autre mesure analogue.
11. Tout différend entre le gouvernement suisse et la Banque concernant l’interprétation
ou l’application de la présente Charte sera soumis au tribunal arbitral prévu à
l’Accord de La Haye de janvier 1930. Le gouvernement suisse désignera un membre
qui siégera à l’occasion de ce différend, le président ayant voix prépondérante. En
recourant audit tribunal, les parties peuvent toutefois se mettre d’accord pour
soumettre leur différend au président ou à un membre du tribunal choisi comme
arbitre unique.
(1) Texte adapté à la nouvelle numérotation des articles des statuts et sanctionné le 10 décembre 1969 dans les
conditions prévues à l’article 1 de la Convention concernant la Banque des règlements internationaux.
(2) Voir texte des Statuts actuellement en vigueur.
Encadré 2
Statuts de la BRI
(du 20 janvier 1930 ; mis à jour au 10 mars 2003) (1)
Chapitre premier
Nom, siège et objet
Article premier. — Il est constitué sous le nom de Banque des règlements
internationaux (ci-après dénommée « la Banque ») une société anonyme par actions.
Art. 2. — Le siège social de la Banque est établi à Bâle, Suisse.
Art. 3. — La Banque a pour objet : de favoriser la coopération des banques centrales
et de fournir des facilités additionnelles pour les opérations financières internationales ;
et d’agir comme mandataire (trustee) ou comme agent en ce qui concerne les
règlements financiers internationaux qui lui sont confiés en vertu d’accords passés
avec les parties intéressées.
Chapitre II
Capital
Art. 14. — La propriété d’une action de la Banque ne comporte aucun droit de vote
ni de représentation aux Assemblées générales. Les droits de représentation et de vote
sont exercés, en proportion du nombre des actions souscrites dans chaque pays, par
la banque centrale de ce pays ou par la personne désignée par elle. Si la banque centrale
d’un pays quelconque ne désire pas exercer ces droits, ils peuvent l’être par un
établissement financier de réputation largement reconnue et de même nationalité,
désigné par le Conseil, et contre lequel la banque centrale du pays en question n’aura
pas soulevé d’objections. Dans le cas où il n’existe pas de banque centrale, ces droits
peuvent être exercés, si le Conseil le juge opportun, par un établissement financier
qualifié du pays en question choisi par le Conseil.
Art. 15. — Les actions ne peuvent être souscrites ou acquises que par des banques
centrales ou des établissements financiers désignés par le Conseil dans les conditions
fixées à l’article 14.
Art. 18. — La propriété de l’action s’établit par l’inscription du nom de l’actionnaire
sur les registres de la Banque.
Chapitre III
Pouvoirs de la Banque
Art. 19. — Les opérations de la Banque doivent être conformes à la politique monétaire
des banques centrales des pays intéressés. Avant qu’une opération financière
quelconque sur un marché déterminé ou dans une monnaie déterminée soit
entreprise par la Banque ou pour son compte, le Conseil doit donner à la banque
centrale ou aux banques centrales directement intéressées, la possibilité de s’y opposer.
En cas d’opposition à signifier dans un délai raisonnable que devra fixer le Conseil,
l’opération projetée n’aura pas lieu. Une banque centrale peut faire dépendre son
agrément de certaines conditions et limiter son autorisation à une opération
particulière, ou passer une convention générale en vertu de laquelle la Banque serait
(1) Le texte initial des Statuts, du 20 janvier 1930, a fait l’objet d’amendements adoptés par les Assemblées générales
extraordinaires des 3 mai 1937, 12 juin 1950, 9 octobre 1961, 9 juin 1969, 10 juin 1974, 8 juillet 1975, 14 juin 1993,
13 septembre 1994, 8 novembre 1999, 8 janvier 2001 et 10 mars 2003. Les amendements de 1969 et de 1975 ont
été sanctionnés dans les conditions prévues à l’article 1er de la Convention concernant la Banque des règlements
internationaux en vertu d’accords passés avec les parties intéressées.
autorisée à entreprendre ses opérations dans des conditions déterminées quant au temps,
au montant et au caractère des transactions. Cet article ne doit pas être interprété comme
exigeant l’autorisation de la banque centrale pour le retrait de son marché des fonds
qui y auraient été placés sans opposition de sa part, sauf stipulation contraire
de la part de la banque centrale intéressée au moment où a été effectuée l’opération
primitive. Le fait que le Gouverneur d’une banque centrale, ou son suppléant ou tout
autre administrateur spécialement autorisé par la banque centrale de son pays pour
agir en son nom à cette fin, n’aura pas, étant présent à une réunion du Conseil, voté contre
la proposition d’une telle opération implique valablement l’assentiment de la banque
centrale intéressée. Si le représentant de la banque centrale en question est absent ou
si une banque centrale n’est pas directement représentée au Conseil, les mesures
nécessaires doivent être prises pour donner à la banque centrale ou aux banques centrales
intéressées, la possibilité de s’opposer aux opérations les concernant.
Art. 21. — Le Conseil fixe le caractère des opérations que la Banque peut entreprendre.
La Banque peut notamment :
a. acheter et vendre de l’or en pièces ou en lingots pour son propre compte ou pour
le compte de banques centrales ;
b. avoir de l’or sous dossier pour son propre compte dans les banques centrales ;
c. accepter la garde d’or pour le compte de banques centrales ;
d. consentir des avances ou emprunter aux banques centrales contre garantie d’or,
de lettres de change et d’autres effets négociables à courte échéance de premier
ordre, ou d’autres valeurs agréées ;
e. escompter, réescompter, acheter ou vendre en les endossant ou non des lettres de
change, chèques et autres effets à courte échéance de premier ordre, y compris les
bons du Trésor et toutes autres valeurs d’État à court terme de ce genre,
couramment négociables sur le marché ;
f. acheter et vendre des devises pour son propre compte ou pour celui de banques
centrales ;
g. acheter et vendre des valeurs négociables autres que des actions, pour son propre
compte ou pour celui de banques centrales ;
h. escompter à des banques centrales des effets provenant de leur portefeuille et
réescompter auprès des banques centrales des effets provenant de son portefeuille ;
i. se faire ouvrir et conserver des comptes courants ou des comptes à terme dans des
banques centrales ;
j. recevoir :
(i) les dépôts effectués par les banques centrales en comptes courants ou en comptes
à terme ;
(ii) les dépôts résultant des contrats de trust qui pourront être passés entre la Banque
et des Gouvernements en matière de règlements internationaux;
(iii) tous autres dépôts qui, de l’avis du Conseil, rentrent dans le cadre des attributions
de la Banque. La Banque peut aussi :
k. agir comme agent ou correspondant de toute banque centrale ;
l. s’entendre avec toute banque centrale pour que celle-ci agisse comme son agent
ou correspondant. Dans le cas où une banque centrale ne serait pas en mesure de jouer
ce rôle ou s’y refuserait, la Banque pourra prendre toutes autres dispositions
nécessaires, pourvu que la banque centrale intéressée n’y fasse pas d’objections. Si,
dans de telles circonstances, il paraissait opportun que la Banque ouvrît une agence,
une décision du Conseil, prise à la majorité des deux tiers, serait nécessaire ;
m) passer des accords pour agir comme mandataire (trustee) ou comme agent dans
la matière des règlements internationaux, pourvu que de tels accords ne portent pas
atteinte aux obligations de la Banque à l’égard de tiers ; et exécuter les diverses
opérations prévues dans ces accords.
Art. 22. — Toute opération que la Banque est autorisée à effectuer avec les banques
centrales aux termes de l’article précédent peut être entreprise avec les banques,
Chapitre IV
Administration
Art. 27. — Le Conseil est composé de la façon suivante :
1. Les Gouverneurs en exercice de chacune des banques centrales d’Allemagne, de
Belgique, de France, de Grande-Bretagne, d’Italie et des États-Unis d’Amérique (ci-
après dénommés « administrateurs d’office »). Tout administrateur d’office peut
nommer comme suppléant une personne qui aura le droit d’assister aux réunions
du Conseil et d’y exercer les fonctions d’administrateur si le Gouverneur ne peut
y assister en personne.
2. Six personnes représentant la finance, l’industrie ou le commerce, nommées chacune
par un des Gouverneurs des banques centrales mentionnées à l’alinéa 1 et de la
même nationalité que le Gouverneur qui les nomme. Si, pour une raison quelconque,
le Gouverneur d’un quelconque des six établissements ci-dessus désignés ne peut
ou ne veut remplir lui-même les fonctions d’administrateur, ni procéder à la
nomination prévue au paragraphe précédent, les Gouverneurs des autres institutions
précitées, ou la majorité d’entre eux, peuvent inviter à devenir membres du Conseil
deux nationaux du pays dont ce Gouverneur est ressortissant, et contre le choix
desquels la banque centrale du pays en question ne soulève pas d’objections. Les
administrateurs nommés comme dit ci-dessus, autres que les administrateurs d’office,
exercent leur mandat pendant trois ans, mais sont rééligibles.
3. Neuf personnes au maximum élues par le Conseil, à la majorité des deux tiers, parmi
les Gouverneurs des banques centrales de pays dans lesquels il a été souscrit des
actions, mais dont la banque centrale ne délègue pas d’administrateurs d’office au
Conseil. Les administrateurs ainsi élus restent en fonctions pendant trois ans ; ils
peuvent être réélus.
Art. 30. — Ne peut être nommé ni demeurer administrateur aucun membre ou
fonctionnaire d’un Gouvernement, à moins qu’il ne soit Gouverneur d’une banque
centrale ; ne peut pareillement être nommé ni demeurer administrateur aucun membre
d’un corps législatif, à moins qu’il ne soit Gouverneur ou ancien Gouverneur d’une
banque centrale.
Art. 33. — Sauf dispositions contraires des Statuts, les décisions du Conseil sont prises
à la majorité simple des membres présents ou représentés par procuration. En cas
d’égalité des voix, la voix du Président est prépondérante. Le Conseil ne peut délibérer
valablement que s’il réunit un quorum. Ce quorum sera fixé par un règlement qui doit
être adopté par le Conseil à la majorité des deux tiers.
Chapitre V
Assemblée générale
Art. 44. — Peuvent assister aux Assemblées générales de la Banque les personnes
désignées par les banques centrales ou par les autres établissements financiers visés
à l’article 14. Le droit de vote est réparti proportionnellement au nombre des actions
souscrites dans le pays de chaque établissement représenté à l’Assemblée. Le Président
du Conseil, ou, en son absence, un Vice-Président, préside les Assemblées générales.
Ceux qui ont le droit d’être représentés aux Assemblées générales devront être avertis
des réunions avec un préavis d’au moins trois semaines. L’Assemblée générale fixe sa
propre procédure, dans les limites des dispositions des Statuts.
Chapitre VII
Dispositions générales
Art. 54. — 1. Si un différend vient à s’élever quant à l’interprétation ou à l’application
des Statuts de la Banque, soit entre la Banque, d’une part, et telle banque centrale,
établissement financier ou autre banque visé aux Statuts, d’autre part, soit entre la
Banque et ses actionnaires, ce différend sera soumis, pour décision définitive, au Tribunal
prévu par l’Accord de La Haye de janvier 1930.
2. Faute d’accord sur les termes du compromis, chacune des parties au différend visé
au présent article pourra saisir le Tribunal qui statuera, fût-ce par défaut, sur toutes
questions, y compris celles relatives à l’étendue de sa compétence.
3. Avant toute décision finale, et sans préjuger du fond, le président du Tribunal, ou,
en cas d’empêchement de sa part dans un cas quelconque, tout autre membre
désigné par lui d’urgence, pourra, sur requête de la partie la plus diligente, ordonner
des mesures conservatoires provisoires au bénéfice des parties.
4. Les dispositions qui précèdent ne portent pas atteinte au droit des parties de désigner,
d’un commun accord, à l’occasion d’un de ces différends, comme arbitre unique,
le président ou l’un des membres dudit Tribunal.
Art. 55. — 1. La Banque bénéficie de l’immunité de juridiction, sauf :
a. dans la mesure où cette immunité a été formellement levée pour des cas
déterminés par le Président, le Directeur général ou par leurs représentants dûment
autorisés ;
b. dans le cas d’actions civiles ou commerciales découlant de transactions bancaires
ou financières, intentées par des cocontractants de la Banque, sous réserve des cas
pour lesquels des dispositions d’arbitrage ont ou auront été prises.
2. Les biens et avoirs de la Banque, où qu’ils se trouvent et quels qu’en soient les
détenteurs, bénéficient de l’immunité d’exécution (notamment à l’égard de toute
mesure de saisie, séquestre, blocage ou d’autres mesures d’exécution forcée ou de
sûreté), sauf dans le cas où l’exécution est demandée sur la base d’un jugement ayant
force de chose jugée rendu contre la Banque par un tribunal compétent
conformément à l’alinéa 1 a) ou b) ci-dessus.
3. Les dépôts confiés à la Banque, toute créance sur la Banque, ainsi que les actions
émises par la Banque, où qu’ils se trouvent et quels qu’en soient les détenteurs, ne
pourront faire l’objet, sauf accord exprès préalable de la Banque, d’aucune mesure
d’exécution (notamment de saisie, séquestre, blocage ou d’autres mesures
d’exécution forcée ou de sûreté).
Art. 56. — Aux fins des Statuts, il faut entendre :
a. par banque centrale, la banque ou le système de banques chargé dans un pays de
la mission de régler le volume de la circulation monétaire et du crédit dans ce pays ;
ou, dans le cas d’un système de banques centrales transfrontières, les banques
centrales nationales et la banque centrale commune chargées de cette mission ;
b. par Gouverneur d’une banque centrale, la personne qui, sous l’autorité de son Conseil
d’administration ou de tel autre pouvoir compétent, dirige la politique et
l’administration de la banque ;
c. par majorité des deux tiers du Conseil, au moins les deux tiers des voix de la totalité
du Conseil (que les votes soient émis en personne ou par procuration) ;
d. par pays, un État souverain, une zone monétaire à l’intérieur d’un État souverain ou
une zone monétaire s’étendant sur plusieurs États souverains.
Source : Une sélection des statuts, in les Textes fondamentaux de la BRI, site web de la BRI.
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I. Introduction Ahmed
Rhazaoui
En septembre 2005, la communauté internationale a fait le bilan des
Directeur du Bureau
réalisations des Objectifs du Millénaire pour le Développement à
des Nations Unies pour
l’occasion de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies l’Afrique de l’Ouest,
devant examiner les réformes des Nations Unies proposées par le Secrétaire Dakar, Sénégal
(rhazaoui@[Link])
général dans son rapport Dans une liberté plus grande.
En effet, la Déclaration du Millénaire, adoptée lors d’une session
extraordinaire de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2000, tire
la sonnette d’alarme à propos des tendances troublantes des indicateurs-
clés du développement humain dans les pays pauvres et permet d’espérer,
de la part de la communauté internationale, un engagement renouvelé grâce
auquel les tendances négatives des années 80 et 90 pourront être renversées.
Cette Déclaration a été perçue comme la résultante des conférences
mondiales tenues dans les années 90 (Vienna/droits humains, Rio de Janeiro
/environ nement, Le Caire/population, Beijing/genre, Copenhague
/développement social, Dakar/éducation pour tous ...) qui ont tenté de cerner
les principales dimensions du développement humain et mobiliser la
communauté internationale pour accélérer le développement des pays
pauvres. Les résultats décevants de ces conférences ont amené le Secrétaire
général à lancer une nouvelle initiative qui a été adoptée par les 189 membres
des Nations Unies. La Déclaration du Millénaire regroupe les principales
recommandations de ces conférences et souligne l’urgence qui s’attache à
la nécessité de la réalisation des objectifs ainsi définis.
L’appel renouvelé pour un partenariat mondial est devenu incontournable
en raison de la baisse préoccupante de l’aide publique au développement
(APD) dans les années 90 en termes absolus et par rapport au PNB des
pays développés, la marginalisation des pays pauvres dans l’économie
mondiale, particulièrement en Afrique, l’avancée de la pauvreté, la
détérioration continue des termes de l’échange des exportations des produits
de base, le poids de plus en plus lourd du service de la dette supporté par
de nombreux pays en voie de développement et les systèmes commerciaux
et financiers défavorables aux pays en développement.
V. Perspectives d’avenir
Les trois rencontres organisées en 2003, respectivement, en Afrique
orientale, en Afrique occidentale et en Afrique australe ont servi à mieux
centrer le débat et porter le processus au-delà du plaidoyer.
Les questions suivantes ont été considérées comme étant importantes
pour la réalisation de progrès dans l’avenir :
– assurer une meilleure cohérence entre les stratégies nationales du
NEPAD et les OMD ;
– réconcilier les OMD et les DRSP en termes d’objectifs, de cibles, de
besoins en ressources et d’engagement des bailleurs ;
– adapter les ODM aux contextes nationaux ;
– veiller à l’appropriation nationale des OMD en impliquant pleinement
les gouvernements, la société civile, les ONG et les collectivités locales ;
– réconcilier les OMD avec les études prospectives et la planification
stratégique ;
– harmoniser les systèmes d’information sur la pauvreté (destinés
habituellement aux DRSP) avec les mécanismes de réalisation des OMD ;
– élaborer de façon plus systématique des programmes de renforcement
des capacités pour aider les pays africains à mieux gérer la réalisation
des OMD ;
– veiller à rendre les rapports nationaux sur les OMD pleinement
participatifs et à garantir leur appropriation nationale.
Les avancées sur ces questions dépendront de la force du partenariat
entre les gouvernements africains, les bailleurs bilatéraux, les institutions
financières internationales, les organisations de la société civile et les agences
des Nations Unies.
Les initiatives prises récemment par les pays riches dans le cadre de la
Commission pour l’Afrique (lancée par la Grande-Bretagne) ou du G-8 pour
augmenter substantiellement l’aide publique au développement, réduire la
dette externe des pays les plus pauvres et ouvrir leurs marchés aux exportations
de ces pays constituent une avancée encourageante.
Références bibliographiques
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Options for Policy », Development Policy Accountability in African Decentralizations :
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Phillips Anne (1995), « The politics of
presence », Clarendon Press, Oxford.
Introduction Youness
El Mesmoudi
Dans les pays en voie de développement, la pauvreté est de plus en plus
Doctorant à l’UFR
appréhendée dans ses dimensions sociale et politique. Si la théorie Economie des
économique se focalisait dans le passé sur le volume des richesses créées, organisations/LEID
aujourd’hui les crises que connaissent les économies revêtent un intérêt Université Mohamed V-
Agdal, Rabat
particulier. Les questions de “sécurité économique” (1) et de “risque (y_elmesmoudi@[Link])
social” (2) constituent les voies de recherches explorées pour approcher les
tendances socio-économiques modernes et pour définir les orientations des
politiques publiques.
« La forme, le mode et les médiums de répartition des risques se
(1) Pour plus
distinguent systématiquement de ceux de la répartition des richesses. Cela
d’éclaircissements sur ce
n’exclut pas qu’un grand nombre de risques soient répartis spécifiquement concept, voir les
en fonction des couches sociales ou des classes. (…) L’histoire de la répartition programmes de l’O.I.T.
sur la sécurité socio-
des risques montre bien que les risques, comme les richesses, obéissent à économique.
une logique de classes – mais elle est inverse : les richesses s’accumulent (2) Voir à ce titre
en haut, les risques en bas. (…) A la pénurie dans l’approvisionnement Holzmann et Jorgensen
viennent s’ajouter une pénurie en sécurité et une surabondance de risques (2000).
qu’il s’agit d’éviter. Les riches (ceux qui possèdent les revenus, le pouvoir,
la culture) peuvent y répondre en achetant la sécurité et en s’affranchissant
du risque par ce biais. (…) Les possibilités et les capacités de réaction à
des situations de risque et les stratégies de prévention ou de compensation
de ces risques sont elles aussi inégalement réparties en fonction des revenus
et du niveau de formation » (Beck, 2001, p. 62-64).
Au Maroc, la question de l’emploi occupe une place centrale dans le
débat autour de la sécurité économique du fait qu’il constitue la seule source
de revenus pour une grande partie des ménages. Avec un taux de chômage
élevé et une réglementation du travail favorisant de plus en plus la flexibilité
des revenus salariaux, le marché du travail connaît un changement majeur.
Les tendances qui ont affecté les marges d’intervention de l’Etat et les
conditions du rapport capital-travail partout dans le monde ont généré,
pour le cas du Maroc, une dynamique institutionnelle paradoxale : une
(3) Désormais, j’utiliserai volonté d’extension du champ et du poids des institutions (3) régulant
le terme “institutions” la relation salariale (4) combinée à une plus grande “flexibilisation” de
pour désigner les règles
ne relevant pas des celles-ci.
mécanismes du marché. Cette tendance à la flexibilité est appréhendée ici comme un mode
(4) « Le concept de d’assomption de responsabilité par les parties du processus de production
rapport salarial a une par rapport au face à face du produit et du marché, et les incertitudes (liées
vocation et une
application aux qualités humaines et à l’opportunité du projet vis-à-vis du marché) sont
principalement macro- en fait des incertitudes pesant sur les revenus potentiels des parties prenantes
économiques. La notion (Hypothèse 1).
de relation salariale
correspond à la L’intérêt ici est de mettre l’accent sur le rôle des aléas du procès de travail
projection de cette notion et de la réalisation du produit sur le revenu salarial et de synthétiser les
au niveau et dans les “risques économiques” qui concernent les salariés du secteur privé
catégories qui ont un sens
pour les acteurs » (Boyer, marocain (le risque portant sur le salaire, le risque de sous-emploi ou de
2002, p. 111). perte d’emploi, le risque de vulnérabilité).
Par ailleurs, la compréhension des enjeux économiques de l’évolution
de partage de risque entre employeurs et employés dans notre contexte ne
peut se contenter de l’analyse de la dimension micro-économique de la
relation du travail, mais nécessite plutôt un passage vers une approche macro-
économique traduisant cette dynamique en termes de “compromis
institutionnalisé” : le changement dans le niveau contractuel de la relation
de travail (individualisation des pratiques salariales, non-respect du droit
de travail, etc.) est le corollaire d’une certaine dynamique au niveau macro-
économique se manifestant par une reconfiguration des institutions de la
relation salariale et du marché de travail (Hypothèse 2). C’est ainsi que
plusieurs crises surgissent, touchant le système de sécurité sociale et la
législation sur la protection de l’emploi et conduisant à des projets de
réformes successives remettant en cause aussi bien leur logique que leur
étendue.
Cette recherche vise à analyser l’articulation des institutions de protection
sociale des travailleurs avec les tendances observées sur le marché du travail
marocain, notamment ceux institutionnalisées par le nouveau Code du travail
(reconnaissance des contrats à durée déterminée, assouplissement de la
procédure de licenciement…). Le but est d’approcher la configuration du
rapport salarial au Maroc à partir de la façon dont les institutions de sécurité
sociale et de protection d’emploi régulent “le risque salarial”. Il s’agit donc,
d’une part, de mettre en évidence l’importance du “risque salarial” comme
étant un angle privilégié et pertinent pour approcher le rapport salarial au
Maroc et, d’autre part, de questionner les structures, les acteurs et les
Graphique 1
Population en chômage selon la durée (en %)
100
80
60
Non déclaré
40 Plus de 12 mois
Moins de 12 mois
20
0
1984 1986 1988 1990 1997 1999 2001
Tableau 1
Population active sans travail selon les motifs du chômage
Raisons de 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
recherche d'emploi
Arrêt de l'activité
de l'établissement, 21,3 20,2 21,2 22,6 28,7 21,0 21,7 23,8 23,9 24,8 28,1 28,8 28,6
licenciement
Cessation d'activité
indépendante,
saisonnière 15,2 13,3 13,1 13,2 12,5 14,2 14,7 13,8 14,8 18,3 15,9 16,4 15,5
ou pour raison de
revenu
Fin d'études ou de
formation 16,5 19,9 22,1 26,4 25 ,7 24,8 39,4 43,7 46,4 40,4 42,0 39,9 40
Arrivée à l'âge de
travailler 5,3 7,2 5,9 3,8 2,9 3,1 9,7 7,4 8,5 10,6 8,4 9,1 10,7
Autres causes 20,6 16,6 15,7 13,7 13,7 8,0 13,6 7,0 6,0 5,8 5,5 5,8 5,2
Non déclarés 0,5 2,5 1,3 1,4 2,6 2,4 0,9 0,3 0,4 0,1 0,1 0,0 0,0
Ensemble 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
Tableau 2
Motifs des conflits sociaux collectifs (1999-2001)
Licenciement du
personnel 362 22,01 347 19,14 307 21,47
Fermeture – 47 2,59 88 6,15
Total 1645 100 1813 100 165 100
Tableau 3
Classement de certain pays selon leur
“Indice de sécurité économique”
Références bibliographiques
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collectifs », Rapport du social 2002, p. 9-20.
décembre.
Lemistre P. (2000), « Modèle à paiement
différé, effort individuel et évolution des
(2) La stratégie Cette stratégie (2), spécifique à Fiat, s’est concrétisée avec le projet 178 pour
d’intégration
transrégionale a démarré
la production des modèles Palio et Siena dans les pays émergents. Dans ce
au Brésil et en Argentine, projet, Fiat a signé une convention avec l’Etat marocain en s’engageant à
pour s’élargir ensuite aux prendre en compte les normes de contenu local dictées par la loi
autres pôles productifs et
d’intégration-compensation. Le choix du Maroc était motivé par le bas niveau
d’assemblage.
de motorisation situé à 3,3 % et par l’offre locale limitée. Ainsi, il a été prévu,
dans un premier temps, la production de 24 000 unités par an. Ce chiffre
n’a jamais été atteint vu la situation du marché et la montée en puissance
des importations en CBU et en voitures d’occasion (voir tableau ci-après).
Tableau 1
Evolution du marché marocain de l’automobile de 1996 à 2001
Tableau 3
L’industrie automobile par rapport aux autres secteurs industriels en 2000
Tableau 4
Les délocalisations des équipementiers internationaux
dans les pays émergents
les délais, accroître la qualité, demeurer compétitif sont les impératifs qui
bousculent la manière de produire dans un espace lui-même en évolution.
En effet, on assiste à une mise en concurrence plus forte des sous-traitants
au niveau mondial et à l’intensification des relations interfirmes. Cette
intensification implique une coordination étroite en termes décisionnels,
une cohérence accrue des process et une synergie en termes de compétences.
Chaque fournisseur se trouve alors obligé de tenir compte des besoins des
clients. En fait, dans un environnement concurrentiel, le gain des parts de
marché dépend de la prise en compte de ces besoins. Les considérations
relatives aux prix et aux délais, tout comme les exigences de flexibilité, restent
déterminantes.
Pour le cas de l’industrie automobile au Maroc, les relations entre les
fournisseurs de cette branche et leurs donneurs d’ordres, en majorité
européens, n’ont pas évolué comme en Europe. Les contraintes liées à la
taille des séries produites, à la maîtrise technologique et aux mutations de
plus en plus profondes enregistrées par le secteur automobile au niveau
mondial ont rendu le processus d’intégration, par une remontée progressive
de la filière, à la fois complexe et coûteux. Certes, les critères d’excellence
mondialement reconnus sont présents dans les choix des fournisseurs au
Maroc, mais actuellement, les obligations contractuelles de compensation
restent le principal élément décisionnel des donneurs d’ordres. Toutefois,
les éléments de coûts et de qualité demeurent des critères déterminants dans
l’évolution des relations des fournisseurs avec leurs clients.
Les fournisseurs et leurs structures de coûts
Dans une étude récente sur le secteur automobile au Maroc (GTZ, 2003),
la comparaison de la structure d’un compte d’exploitation analytique d’un
équipementier automobile européen à celle d’un équipementier marocain
(6) L’entreprise fictive a donné les résultats ci-après (6).
européenne correspond à Pour les matières premières, la majorité des entreprises ont des
une entreprise fabriquant
des équipements mid-
fournisseurs internationaux et, du point de vue technique, la fourniture
tech avec des procédés des matières premières semble être assurée. L’approvisionnement pose
significativement quelques problèmes de logistique pour les entreprises marocaines qui
automatisés. L’entreprise
fictive marocaine
s’approvisionnent pour la plupart en flux continus. Quant au coût de
correspond à la moyenne l’énergie, il reste élevé par rapport à l’Europe et à d’autres pays
des 22 entreprises de concurrents. Le véritable problème pour ces entreprises se situe au niveau
l’échantillon interrogé
dans le cadre de cette
des frais généraux qui sont élevés du fait que ces entreprises n’ont pas de
étude. Les entreprises de système de comptabilité analytique et imputent plusieurs charges dans cette
câblage n’ont pas été catégorie. Les dépenses consacrées aux recherches et développement restent
intégrées pour ne pas
biaiser l’analyse car la
faibles au Maroc.
structure de coûts de ces En outre, selon les indications de plusieurs producteurs de véhicules,
entreprises est différente. les prix intérieurs de certaines pièces (Original Equipement) sont plus élevés
(d’environ 15 %) que les prix d’achat comparables (CAF) de producteurs
européens de véhicules. Ainsi, plusieurs donneurs d’ordres exigent de leurs
Tableau 5
Les facteurs de coûts de production d’une entreprise
de fourniture de composants automobiles par rapport
à ceux d’une entreprise européenne
(11) Renault avait coûts (11), élément essentiel de la compétitivité, dont la maîtrise implique
négocié une réduction de
1,5 milliard d’euros pour
des gains de productivité pour l’ensemble des acteurs de la filière.
la période 1997-2000, de Dans ce contexte, le renforcement de l’industrie équipementière
2000-2003, Renault a marocaine doit passer par son insertion dans les réseaux internationaux, à
prévu une réduction de
travers le développement des relations des fournisseurs avec leurs clients,
3 milliards d’euros, dont
la moitié provient des notamment Renault. C’est à la lumière des principales tendances de ces
achats-fournisseurs. relations et des intentions des groupes internationaux présents sur le territoire
que l’on pourrait évaluer l’évolution de l’industrie automobile marocaine.
Renault, avec son nouveau projet, est amenée à jouer un grand rôle dans
ce sens en assurant une meilleure coordination basée sur des arrangements
contractuels durables.
Une nouvelle coordination interentreprises
La coordination des relations interfirmes est un enjeu stratégique dans
la construction automobile, comme dans les différentes composantes de
la chaîne d’approvisionnement. La question de la coordination des
compétences et des connaissances entre clients et fournisseurs est un enjeu
majeur pour cette industrie (Lung, 2001). Tout en développant les politiques
(12) Une plateforme est de platesformes (12), les constructeurs ont réduit le nombre de leurs
un site de production fournisseurs directs et sont devenus plus exigeants quant aux critères de
commun pour plusieurs
véhicules avec des
sélection, tout en privilégiant des fournisseurs offrant des modules et des
composants communs. sous-ensembles. Ces critères vont sans doute être imposés aux fournisseurs
Cette politique permet des composants automobiles marocains avec l’entrée en vigueur du projet
d’élargir aussi les
différentes versions d’un
de la voiture Dacia. Il s’agit principalement de :
même modèle. – la capacité du fournisseur à assurer le développement technique du
produit ;
– la qualité du management ;
– la logistique ;
– la situation financière ;
– la capacité du fournisseur à participer aux co-développements ;
– la capacité à développer des systèmes ;
– l’aptitude du fournisseur à travailler par coûts-objectifs.
En effet, l’intégration dans ce nouvel environnement concurrentiel passe
par l’émergence d’une nouvelle dynamique des relations entre entreprises
fondée sur de nouveaux rapports. Ces rapports doivent être complétés par
la maîtrise d’outils techniques et de dispositifs organisationnels, logistiques
et informationnels adéquats en matière de coordination et de pilotage des
activités productives.
La recherche de rentabilité sur des voitures économiques passera par
de nouvelles formes de négociations clients-fournisseurs. Par exemple, Ford
rémunère ses fournisseurs en fonction de ses ventes. Si un tel système se
généralise, la performance des fournisseurs sera directement liée au succès
commercial du constructeur, et cela révolutionnera les modes de gestion
Conclusion
Le secteur automobile au Maroc n’a pas suivi la dynamique des relations
entre les constructeurs, leurs équipementiers et fournisseurs au niveau
mondial. Les constructeurs déjà présents au Maroc, tels que Renault et PSA,
sont convaincus de la nécessité de doubler leurs efforts pour attirer plus
de sous-traitants au Maroc en tant que site de production compétitif.
Néanmoins, les problèmes de qualité et de compétences techniques et
organisationnelles de ces entreprises sont de plus en plus mis en exergue.
Les PME marocaines, à l’instar des PME d’autres pays, même les plus
industrialisés, seront confrontées à de nombreuses contraintes (Chanaron,
Lung, 2002). Ces contraintes sont liées aux obligations de réduction des
coûts imposées par les donneurs d’ordres, aux problèmes de financement
aggravés par les fluctuations des demandes, les risques de rupture de contrat
Références bibliographiques
Annexe 1
Exportations des composants automobiles au Maroc
Annexe 2
L’évolution des principales variables de
l’industrie automobile au Maroc
200 200
0
0
1994 1995 1996 1997 1998 1999
1994 1995 1996 1997 1998 1999
0 0
1994 1995 1996 1997 1998 1999 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Faisceaux et câbles
Parties de moteurs et périphériques
(Filtres, pistons, radiateurs, batteries, collecteurs…)
Source : Association marocaine de Transmission et suspension
la construction automobile (2001). (Pneumatiques, garnitures de freins…)
Freins et roues (Amortisseurs, silencieux…)
Carrosseries, verres et habillage
Annexe 3
Les droits de douane
appliqués aux composants automobiles importés au Maroc
Pièces DD 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Liste 1 10 7,5 5 2,5 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Liste 2
–a 32,5 32,5 32,5 32,5 29,2 26 22,75 19,5 16,5 13 9,75 6,5 3,25 0
–b 50 50 50 50 45 40 35 30 30 20 15 10 5 0
La liste 1 regroupe les produits suivants : embrayage et parties, rotules de direction et support de moteur, boîtes de
vitesse, ponts avec différentiel, roues et leurs parties, volant, colonnes et boîtiers de direction.
La liste 2 regroupe deux catégories de produits selon le niveau de baisse des droits de douane les concernant :
– la catégorie a regroupe les pare-chocs, les ceintures de sécurité et les câbles de frein ;
– la catégorie b regroupe les plaquettes de frein, les amortisseurs, les radiateurs, les silencieux et les tuyaux d’échappement.
Pour la liste 1, le démantèlement tarifaire est déjà entré en vigueur. Dans la liste 2 on trouve les produits très
protégés avec des droits de douanes assez élevés et appelés à disparaître en 2012.
Source : Ministère du Commerce et de l’Industrie (2003).
Taxes d'importation Exonération Exonération • Pour les sociétés exclusivement exportatrices, matières
(équipement et matières premières) premières importées en admission temporaire
• Régime de l'entrepôt industriel franc (critères
d'éligibilité : investissement >150 MDh, emplois>250
chiffre d'affaires à l'export >50 MDh)
• Montant de l'investissement supérieur ou égal à
Taux minimum 2,5 % 200 MDh
Taux maximum 10 % Biens d'équipement, matériels, outillages, accessoires et
L’industrie automobile au Maroc
TVA à l'importation Exonération Droit de déduction • Bien d'équipement, matériels et outillages inscrits dans
un compte d'immobilisation ouvrant droit à déduction
• Exonération pour un montant de l'investissement
supérieur ou égal à 200 MDh
Taxe urbaine 15 ans d'exonération 5 ans d'exonération • Sont exclus de cette exonération les établissements,
Impôts des patentes sociétés et entreprises dont le siège social n'est pas au
Maroc, titulaires de marchés de travaux, de fournitures
ou de services, et les sociétés d'assurance et agences
immobilières
• Réduction de 50 % accordée à vie pour la wilaya de
Tanger
Taxe sur les dividendes, parts sociales Non résident : 0 % Non résident : 10 %
et revenus assimilés prélevés à la Résident : 7,5 % Résident : 10 %
source
Impôts sur les sociétés Exonération 35% • Pour les sociétés exclusivement exportatrices,
Les 5 premières années 8,75 % 35% exonération durant les 5 premières années et
Après 5 ans (pendant 10 ans) Taux maximum 44 % abattement de 50 % au terme de cette période
Impôt général sur le revenu Exonération Taux maximum 44 % • Abattement de 50 % à vie pour la wilaya de Tanger
Les 5 premières années 80 % de réduction
Après 5 ans (pendant 10 ans)
179
Critique économique
Appel à contributions
L’accord de libre-échange Maroc - Etats-Unis
Sous la direction de Najib Akesbi*
Axes proposés
– L’Accord de libre-échange Maroc-Etats-Unis d’Amérique (ALEMEU) :
contexte géopolitique d’ensemble.
– L’économie mondiale, entre globalisation et régionalisation (OMC
et ALE bilatéraux et régionaux).
– Insertion de l’économie marocaine dans la mondialisation :
dynamique et difficultés (les engagements extérieurs du Maroc).
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BMCE Bank, Agence Rabat-Hassan
Critique économique
démarche scientifique expli-
❏ La Banque des règlements internationaux : des habits neufs pour
citement critique, plusieurs
l’honorable “vieille institution” ?
stéréotypes ont fini par trouver Nicolas Moumni, Ali Bouhaili
un ancrage dans le sens
commun contribuant à déve- ❏ Les objectifs du millénaire pour le développement :
lopper, ici comme ailleurs, des défis et opportunités pour l’Afrique
réflexes cognitifs prenant la Ahmed Rhazaoui
“p e n s é e u n i q u e” p o u r l a
“réalité unique”. Il y a lieu de ❏ La régulation du risque salarial au Maroc
renouer avec l'esprit critique Youness El Mesmoudi
car il y a lieu de sortir d'une
logique épistémologique ❏ L’industrie automobile au Maroc : potentiels et dynamiques des relations
clients-fournisseurs
absolutiste et se dégager d'un
Brahim Bachirat, Loubna Boulouadnine, Nisrine Lembarek
parti pris analytique où tous
les chats sont gris.
17 17
Septième année • Hiver 2006 • 50 Dh