Les Cahiers d’Outre-Mer
Revue de géographie de Bordeaux
251 | Juillet-Septembre 2010
Aspects de la Côte-d'Ivoire
ANOH Kouassi Paul et POTTIER Patrick, dirs., 2008 -
Géographie du littoral de Côte-d’Ivoire : éléments de
réflexion pour une politique de gestion intégrée. CNRS-
LETG UMR 6554 et IGT : Nantes – Abidjan, 325p.
Paul Anoh
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/com/6097
DOI : 10.4000/com.6097
ISSN : 1961-8603
Éditeur
Presses universitaires de Bordeaux
Édition imprimée
Date de publication : 1 juillet 2010
Pagination : 485-489
ISBN : 978-2-86781-663-5
ISSN : 0373-5834
Référence électronique
Paul Anoh, « ANOH Kouassi Paul et POTTIER Patrick, dirs., 2008 - Géographie du littoral de Côte-d’Ivoire :
éléments de réflexion pour une politique de gestion intégrée. CNRS-LETG UMR 6554 et IGT : Nantes –
Abidjan, 325p. », Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 251 | Juillet-Septembre 2010, mis en ligne le 01
juillet 2013, consulté le 22 septembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/com/6097 ; DOI :
https://doi.org/10.4000/com.6097
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Comptes rendus d’Ouvrages
ANOH Kouassi Paul et POTTIER Patrick, dirs., 2008 - Géographie du
littoral de Côte-d’Ivoire : éléments de réflexion pour une politique de gestion
intégrée. CNRS-LETG UMR 6554 et IGT : Nantes – Abidjan, 325 p.
L’ouvrage dirigé par Patrick Pottier et Kouassi Paul Anoh, intitulé
« Géographie du littoral de Côte-d’Ivoire : élément de réflexion pour une poli-
tique de gestion intégrée », est consacré au littoral maritime de Côte-d’Ivoire.
Cet espace s’étend du cap des Palmes à l’Ouest (frontière ivoiro-libérienne)
au cap des Trois Pointes à l’Est (frontière ivoiro-ghanéenne). Il se déploie sur
566 km, avec une largeur variable de moins de 5 km dans la partie ouest à près
de 50 km à l’Est.
Jusqu’en 2003, il n’existait aucune délimitation claire du littoral de Côte-
d’Ivoire. C’est à la faveur du Projet « Gestion du Littoral » conduit par le
ministère de l’Environnement (en 2003)1 qu’un essai de délimitation a été
proposé. Cette délimitation résulte de la mise en relation de critères géogra-
phiques ou géomorphologiques (géologie, topographie, bassins versants,
milieux naturels dont les zones humides, etc.), socio-économiques (peuples
et zones d’influence/d’usage des différentes populations, aire d’influence des
villes, zones d’exploitation agricole, etc.) et juridiques (communes et préfec-
tures littorales).
Le littoral ainsi identifié est limité au nord par la route côtière à l’ouest
d’Abidjan et la route de Noé en passant par Alépé à l’Est. Dans la partie sud, il
est délimité par l’isobathe -120 m. Sa superficie est estimée à 23 253 km2, soit
7 % de la superficie totale de la Côte-d’Ivoire qui est de 322 463 km2 (minis-
tère de l’Environnement, 2003).
Limites du littoral ivoirien
Le littoral ivoirien se caractérise par une variété de milieux physiques et
des formes d’implantation humaine tout aussi diverses.
Au plan culturel, pendant longtemps, la seule évocation du littoral a
réveillé dans l’esprit de nombreux Ivoiriens et Africains le mythe de Mamie-
Watta, la déesse des eaux. Dans le sud de la Côte-d’Ivoire, on la représente
sous les traits d’une femme très belle, aux cheveux longs. Elle a un corps de
1. Ministère de l’Environnement, Abidjan, 2003 – Diagnostic de l’environnement littoral de Côte-
d’Ivoire. SECA-BDPA : Abidjan – Paris, 89 p.
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Les Cahiers d’Outre-Mer
femme jusqu’à la taille, mais le « bas » n’existe pas, le bas appartient à une
autre nature, celle du poisson par exemple. Mamie-Watta est, selon la mytho-
logie populaire, un génie de la mer, une sorte de sirène qu’on pourrait volon-
tiers imaginer partager la côte ivoirienne avec les lamantins ouest africains,
Trichechus senegalensis, résidents notamment de toute sa partie ouest. Elle
combat l’injustice, défend le pauvre et l’opprimé, mais n’hésite pas à conduire
à sa perte l’homme pervers et cupide. Elle peut donner la richesse à ses dévots
ou à ses époux hommes. Médiatrice entre le monde des hommes et le monde
invisible des êtres surnaturels, Mamie-Watta joue un rôle de bienfaiteur et
d’initiateur. Elle est vue comme l’esprit protecteur des peuples autochtones
du littoral.
Au plan socio-économique, l’évolution du littoral ivoirien ces dernières
années se caractérise par des crises multiples et multiformes. En effet, les
villes littorales qui ont constitué les têtes de pont de la pénétration européenne
au cours des siècles passés, enregistrent les chiffres de population les plus
importants eu égard au niveau de l’activité économique et au fort potentiel
d’attraction dont elles disposent.
L’espace littoral est le siège d’activités industrielles, agro-industrielles,
artisanales, touristiques, halieutiques et aquacoles, etc., dont le dynamisme
est soutenu par la proximité des ports d’Abidjan et de San Pedro et entretenu
par l’important flux migratoire en provenance des régions Centre et Nord.
Cette forte migration des populations depuis l’intérieur des terres vers la côte
induit un développement urbain très rapide et généralement non contrôlé. La
population des villes littorales est passée successivement de 1 105 913 habi-
tants en 1975 à 2 217 570 en 1988, 3 426 665 en 1998 (Institut National de la
Statistique, 1998) et estimée à près de 5 500 000 en 2007 (estimations Institut
de Géographie Tropicale, 2008). Elle représente environ 30 % de la popula-
tion ivoirienne. La population se concentre dans les grandes agglomérations
dont les plus importantes (plus de 100 000 habitants) sont Abidjan, San Pedro,
Jacqueville, et Dabou.
Cette pression humaine sur l’espace littoral et l’importance des activités
économiques qui s’y sont développées ont eu depuis quelques décennies de
nombreuses répercussions sur les ressources littorales et côtières. Par la diver-
sité des modes d’appropriation de l’espace et des enjeux qui s’y rattachent,
les dynamiques qui ont marqué ce territoire sensible ont été exceptionnelles à
plus d’un titre. Elles ont entraîné la dégradation des milieux naturels sensibles
et remarquables, en même temps qu’elles ont favorisé le développement de
conflits d’usages entre différents secteurs d’activité. Ces déséquilibres se sont
accentués avec l’avènement de la crise sociopolitique qui a dégénéré en conflit
armé et sont autant d’indicateurs de l’évolution accélérée des systèmes litto-
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Comptes rendus d’ouvrages
raux. Ils soulignent aujourd’hui la nécessité d’une gestion prenant en compte
la nature complexe des interactions qui régissent les dynamiques sociales et
naturelles des espaces littoraux. Cette gestion ne saurait être mise en œuvre
sans une connaissance scientifique approfondie des réalités naturelles et
anthropiques de l’espace littoral.
Les études présentées dans cet ouvrage s’articulent autour de deux
thèmes essentiels. D’abord l’analyse des interactions nature/société dans la
bande côtière, ensuite les risques, les aménagements et la problématique de la
gestion durable des territoires côtiers.
Sur la question de l’analyse des interactions nature/société, les contribu-
tions montrent que l’érosion côtière constitue un thème majeur de l’évolu-
tion de l’environnement littoral. En Côte-d’Ivoire, les 2/3 du trait de côte sont
déstabilisés par l’érosion.
L’une des originalités du littoral ivoirien réside également dans l’étendue
de ses lagunes qui couvrent l’ensemble de sa partie orientale. Ces plans d’eau
s’organisent en retrait du rivage en un système lagunaire particulièrement
vaste et sensible. Au cœur des questions liées à la dynamique des échanges
continent/océan, ce système nécessite un regard nouveau sur les apports des
bassins versants dans leur totalité et du fonctionnement de ces grands hydro-
systèmes ivoiriens qui prolongent en quelque sorte la réflexion littorale vers
l’intérieur.
Ce développement souligne également les évolutions remarquables de la
couverture végétale du littoral tout au long de la seconde moitié du XXe siècle,
des premières formations dont certaines très originales à l’image des savanes
littorales à graminées et rôniers, à celles fortement dégradées des mangroves
reliques des milieux lagunaires. Il est également question des changements
climatiques et de leurs incidences sur la végétation du secteur littoral, et notam-
ment sur le recul des écosystèmes forestiers dont on sait qu’il s’est propagé en
Côte-d’Ivoire dans des proportions considérables depuis cinquante ans.
Ce premier axe s’intéresse également aux mutations spatiales et socio-
économiques liées à la pression sur l’espace littoral. Des premières installa-
tions de pêcheurs à celles de l’implantation coloniale de Grand-Bassam, des
grandes plantations industrielles aux pressions plus récentes exercées par les
cultures vivrières, puis à celles non contrôlées du développement touristique,
le littoral ivoirien a vu croître de façon exponentielle sa charge anthropique en
seulement quelques décennies. En 1973, la ville de San Pedro comptait 30 000
habitants, l’agglomération d’Abidjan 800 000 ; aujourd’hui, ces localités
seraient peuplées respectivement de 280 000 et 4 400 000 d’habitants (estima-
tions 2007, IGT, p. 60). Leurs trafics portuaires s’élèveraient à 1 million t pour
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la première et 6 millions pour la seconde, à la fin des années 1960, et auraient
été multipliés par 2 et 3 en trente ans. Les activités industrielles et commer-
ciales qui ont accompagné ce développement urbain ont contribué aussi à
renforcer les pressions sur le littoral et à souligner les difficultés d’une gestion
raisonnée, à l’image d’une activité touristique d’une réelle ampleur mais qui
n’est pas sans porter atteinte aux éléments qui en font pourtant l’attrait.
L’importante réflexion sur les interactions des occupations humaines
sur l’ensemble de ce littoral ivoirien devrait représenter un apport utile à bon
nombre d’acteurs nationaux et internationaux.
Dans la deuxième partie, l’analyse des risques, des aménagements et
de la problématique de la gestion durable des territoires côtiers, révèle que
le phénomène d’instabilité du trait de côte décrit dans la première partie a
des dimensions économiques et sociales considérables. Il provoque des
destructions d’habitat et d’infrastructures du fait de l’intense concentration
des populations sur le littoral. Le recul côtier dans la partie centrale de Port-
Bouët pourrait ainsi provoquer la disparition de 81 % de l’habitat précaire
dans les trente prochaines années et la projection sur la base du rythme actuel
de comblement aboutirait en 2177 à la disparition complète de la dernière baie
urbaine de la lagune Ébrié d’Abidjan.
Parallèlement, les niveaux de pollution atteints aujourd’hui dans la lagune
Ébrié posent de véritables questions de santé publique. Le développement non
maîtrisé de l’agglomération d’Abidjan a provoqué depuis plusieurs décennies
une dégradation de l’environnement urbain tout à fait remarquable, notamment
des milieux lagunaires et littoraux, particulièrement vulnérables du point
de vue de l’équilibre anthropo-systémique. Cette seconde partie produit un
descriptif précis des risques côtiers, ayant valeur d’exemple pour l’ensemble
de la zone côtière tropicale africaine soumise à des contraintes identiques, et
ceci en vue d’un bilan préalable au développement durable de ces zones.
Les contributions rassemblées dans cet ouvrage tentent d’éclairer
l’originalité de cet espace littoral, situé à l’interface entre la terre et la mer,
en soulignant sa richesse potentielle, l’attrait qu’il exerce sur les populations,
en dressant un bilan précis des conflits qui opposent de plus en plus souvent
les différents usagers, mais également des expériences dans le domaine des
aménagements et de la rencontre des acteurs sociaux. Il invitera aussi à plus
de responsabilité dans la gestion de ce milieu riche, sensible, présentant
un réel potentiel pour l’avenir à condition d’en apprécier tous les enjeux et
d’opter ainsi pour un véritable aménagement intégré. Dans un pays comme la
Côte-d’Ivoire où l’activité socio-économique est fortement « littoralisée » et
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Comptes rendus d’ouvrages
« maritimisée », il est en effet urgent que cette question de l’environnement
et de la gestion durable des espaces littoraux soit enfin traitée prioritairement.
Cet ouvrage qui fait une synthèse des connaissances existantes sur le fonc-
tionnement des espaces côtiers et l’environnement littoral ivoirien est destiné
non seulement au monde scientifique, mais également à tous les acteurs insti-
tutionnels, politiques, administratifs ou privés, nationaux ou internationaux,
qui s’intéressent au littoral ivoirien.
Paul Anoh
Bredeloup Sylvie, Bertoncello Brigitte et Lombard Jérôme,
dirs., 2008 - Abidjan, Dakar : des villes à vendre ? La privatisation « made
in Africa » des services urbains. L’Harmattan : Paris, 353 p.
Depuis une décennie, la problématique du « modèle » de développe-
ment demeure un point focal de la recherche dans de nombreuses disciplines
en sciences sociales. Cette étude, proposée par Sylvie Bredeloup, Brigitte
Bertoncello et Jérôme Lombard, en collaboration avec des jeunes chercheurs
français, ivoiriens et sénégalais, s’inscrit dans cette même perspective.
Abidjan, Dakar : des villes à vendre, intègre la riche littérature interdis-
ciplinaire en général et géographique en particulier, qui se propose d’apporter
des éclairages sur des préoccupations lancinantes mises au goût du jour par la
volonté de ces chercheurs de décrire et de comprendre les réponses populaires
à l’urbanisation accélérée en zone de croissance économique modérée ou en
sortie de crise2.
Les quatre parties évoquent successivement la montée en puissance
d’agents sociologiques inhabituels de la « gouvernance urbaine » ; les
conflits de compétences entre l’État central et les collectivités ; la difficile
régulation, et enfin les conséquences de la privatisation « made in Africa »
au sujet des disparités socio-spatiales. Cet ouvrage doit l’originalité de ses
analyses, d’une part aux aspects comparatif et transversal des logiques et des
stratégies des acteurs émergents du développement urbain et, d’autre part, au
regard interdisciplinaire de ses méthodes d’approche. Mais c’est davantage
dans le questionnement à la fois théorique et pragmatique de paradigmes
socio-anthropologiques, que cet ouvrage collectif puise la pertinence de
ses hypothèses et de son argumentation. Les enquêtes menées aussi bien à
Abidjan qu’à Dakar ont permis d’apporter des précisions contextuelles sans
2. Xavier Crépin, « Préambule », in Abidjan, Dakar : des villes à vendre, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 9.
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