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Habitat et zones à risques à Daloa

L'étude analyse l'occupation des zones à risques dans la ville de Daloa, en Côte d'Ivoire, où 36,14 % de la superficie bâtie est exposée à des inondations élevées. Les facteurs explicatifs incluent la croissance démographique, le coût élevé des terrains urbains et des loyers, entraînant une prédominance de la location pour 57 % des logements. Malgré les efforts des autorités pour respecter les règles d'urbanisme, l'installation des populations dans ces zones à risques persiste.

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Habitat et zones à risques à Daloa

L'étude analyse l'occupation des zones à risques dans la ville de Daloa, en Côte d'Ivoire, où 36,14 % de la superficie bâtie est exposée à des inondations élevées. Les facteurs explicatifs incluent la croissance démographique, le coût élevé des terrains urbains et des loyers, entraînant une prédominance de la location pour 57 % des logements. Malgré les efforts des autorités pour respecter les règles d'urbanisme, l'installation des populations dans ces zones à risques persiste.

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L’habitat à la conquête des zones à risques ….

A C YAPI ; A G KAKOU & W A KOUADIO

L’habitat à la conquête des zones à risques dans la ville


de Daloa (Côte d’Ivoire)

Housing to conquer risk areas in the city of Daloa (Côte


d’Ivoire)
Atsé Calvin YAPI
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
Maître-Assistant
E-mail : [email protected]

André Geoffroy KAKOU


Doctorant
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
E-mail : [email protected]

Williams Abel KOUADIO


Doctorant
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
E-mail : [email protected]

Résumé : L’urbanisation galopante constitue un défi majeur pour la gouvernance des


villes dans les pays en développement. En Côte d’Ivoire, les pouvoirs publics en quête
d’une urbanisation de qualité ont pris des dispositifs législatifs et réglementaires afin de
définir les zones inconstructibles pour le bien-être des populations. Mais, ces espaces
interdits à la construction sont régulièrement morcelés et bâtis au mépris des textes en
vigueur. Daloa, ville située au centre-ouest de la Côte d’Ivoire est confrontée à une
occupation de ses espaces déclarés non constructibles par l’habitat. Cette étude vise à
analyser les facteurs explicatifs de l’occupation des zones à risques par l’habitat dans la
ville de Daloa. Pour conduire l’étude, diverses techniques et démarches méthodologiques
ont été utilisées. Ce sont : la recherche documentaire, la collecte des données statistiques,
l’interview à l’aide d’un guide d’entretien auprès des gestionnaires du foncier et l’enquête
par questionnaire adressée aux chefs de ménage. Il ressort de l’étude que 36,14 % de la
superficie de la ville bâtie est constitué de zones à risques d’inondation élevée. Ensuite, le
développement de l’habitat dans les zones à risques s’explique par la croissance
démographique, la cherté des terrains urbains et des loyers élevés. Enfin, l’étude relève que
le mode d’occupation des logements situés dans les espaces à risques est dominé par la
location avec 57%, contre 30% pour l’achat et 13% pour l’héritage. Face aux risques
d’inondation et d’érosion auxquels sont exposées les populations, les pouvoirs publics
devraient veiller au strict respect des règles d’urbanisme dans les villes ivoiriennes.
Mots clés : Daloa ; Côte d’Ivoire ; habitat ; conquête ; zones à risques.

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Abstract: Rapid urbanisation is a major challenge for the governance of cities in


developing countries. In Côte d'Ivoire, the public authorities in search of quality
urbanisation have taken legislative and regulatory measures to define unbuildable areas for
the well-being of the population. However, these areas, which are forbidden to be built on,
are regularly divided up and built on in defiance of the texts in force. Daloa, a city located
in the centre-west of Côte d'Ivoire, is confronted with the occupation of its areas declared
non-constructible by housing. This study aims to analyse the factors that explain the
occupation of risk zones by housing in the city of Daloa. To conduct the study, various
techniques and methodological approaches were used. These were: documentary research,
statistical data collection, interviews with land managers using an interview guide, and a
questionnaire survey addressed to heads of household. The study found that 36.14% of the
built-up area of the city is made up of areas at high risk of flooding. Secondly, the
development of housing in high-risk areas is explained by population growth, the high cost
of urban land and rents. Finally, the study notes that the mode of occupation of housing
located in risk areas is dominated by renting with 57%, against 30% for purchase and 13%
for inheritance. Faced with the risks of flooding and erosion to which the population is
exposed, the public authorities must ensure strict compliance with urban planning rules in
Ivorian cities.
Key words: Daloa; Côte d'Ivoire; habitat; conquest; risk areas.

Introduction
Selon la BANQUE MONDIALE (2020), quelque 2,2 milliards de personnes, soit 29% de la
population mondiale vivent dans des zones exposées à une crue centennale dont
1,47 milliard directement exposées à un risque d’inondation violente. Dans les villes des
pays en développement, la non-maîtrise de l’urbanisation accélérée conduit à de nombreux
défis dont celui lié au déficit de logements poussant les populations à s’installer dans les
zones à risques. En Côte d’Ivoire, le déficit de logement est estimé à environ 500 000
logements et se creuse d’environ 40 000 à 50 000 unités par année (S. GIROUD, F.
BOILEVE, J. OTRO, 2017, p.11). À Abidjan où le déficit en logements s’élève à près de
200 000, les pauvres vivent majoritairement dans des quartiers précaires susceptibles d’être
touchés par des catastrophes naturelles avec 6,9 % des ménages vivant en zone
d’éboulement, 4,4 % dans des zones prédisposées à l’inondation, 7 % en bordure de rivière
et 29,5 % sur des collines raides (ONU-HABITAT, 2012, p. 26). La ville d’Abidjan avec
26% de la superficie constituées des zones à risques (inondations et éboulements) pendant
les saisons de pluie a près de 80 000 personnes menacées par les inondations qui causent
depuis 2009, la mort de 13 personnes en moyenne (CNTIG et al., 2014, p.1). À ce rythme,
la gouvernance urbaine de la Côte d’Ivoire est en passe de s’écarter du onzième ODD qui
vise « d’ici à 2030, à assurer l’accès de tous à un logement et des services de base adéquats
sûrs, à un coût abordable et assainir les quartiers de taudis ». Daloa, ville située au centre-
ouest de la Côte d’Ivoire est aussi confrontée au phénomène d’occupation des zones à
risques par les populations. Les basfonds qui font partie des espaces déclarés non
inconstructibles par les urbanistes à cause des risques d’inondation et d’érosion qu’ils
comportent font de plus en plus l’objet de morcellement et bâtis. Pendant la saison des
pluies, on assiste entre autres à des inondations, des éboulements, des glissements de
terrains, des dégâts matériels, à des pertes en vies humaines, etc.
Pourtant, au lendemain de l’indépendance en 1960, l’État a pris l’engagement d’offrir un
meilleur cadre de vie à sa population. Pour ce faire, l’État pour une organisation rationnelle

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de l’espace urbain a doté chaque ville d’un Schéma Directeur d’Urbanisme (SDU) consacré
par la directive n°94-01 du 21 Novembre 1994 du ministère de la Construction et de
l’Urbanisme. C’est un outil ayant pour objet de garantir l’organisation rationnelle de
l’espace, en servant de cadre de référence aux politiques d’aménagement et de protection et
en définissant les grands axes de développement de la ville, ses principales structures et en
indiquant les zones constructibles ainsi que les réserves pour les équipements publics (E. C.
Ouompie, 2012, p.87). Ensuite, en 2013, à Abidjan, les pouvoirs publics ont tenté plusieurs
initiatives pour réinstaller les populations vivant dans les zones à risques dans de nouveaux
logements construits à la périphérie urbaine (Banque Mondiale, 2016, p.59). Enfin, le
ministère de l’hydraulique, de l’assainissement et de la salubrité a lancé depuis le 5 juin
2022 à Abidjan, une campagne de sensibilisation à travers l’opération « pour sauver ma vie,
je quitte les zones à risques ». En outre, face à une urbanisation accélérée et au sévère
déficit en logements abordables, la Côte d’Ivoire s’est fixée l’objectif de produire 13 000
logements dont 4 000 déjà remis (Commission de l’UEMOA, 2020, p.12). De façon
spécifique, à Daloa les autorités locales veillent au respect des règles d’urbanisme et
sensibilisent les populations sur les dangers qu’elles encourent en s’installant dans les zones
à risques. En dépit de tous ces efforts, l’installation des populations dans les zones à risques
se poursuit. Des populations sont installées dans les basfonds, dans les lits des cours d’eau
asséchés ou en cours d’assèchement. La question centrale qui fonde cette recherche est
pourquoi, malgré les efforts consentis par l’État et le conseil municipal de la commune,
l’occupation des zones à risques persistent-elle dans la ville de Daloa ? Le problème
soulevé est celui du développement de l’habitat dans les zones à risques dans la ville de
Daloa. L’objectif visé par l’étude est d’analyser les facteurs explicatifs de l’occupation des
zones à risques par l’habitat dans la ville de Daloa. Pour mener à bien l’étude, nous allons
d’abord, faire l’état des lieux de l’occupation des zones à risques par l’habitat dans la ville
de Daloa. Ensuite, analyser les facteurs explicatifs de l’installation des populations de la
ville de Daloa dans les zones à risques. Enfin déterminer le mode d’acquisition du sol dans
les zones à risques.

1. Méthodologie
La méthodologie comprend la présentation de la ville de Daloa, les matériels et la méthode.

1.1. Présentation de la ville de Daloa


L’espace que couvre l’étude est la ville de Daloa située entre le 6°30 et 8° de latitude nord
et le 5° et 8° de longitude ouest. Distante de la capitale économique, Abidjan de 410 km, la
ville de Daloa est située sur un carrefour routier important comprenant l’axe Abidjan-Man
et San-Pedro-Odienné (carte 1).
Daloa est limitée au nord par Vavoua, au sud par Issia, à l’est par Bouaflé à l’ouest par
Duékoué. Troisième importante ville du pays en terme démographique avec une population
245 360 habitants en 2014 (Institut National de la Statistique, 2014) et chef-lieu de la
région du haut Sassandra, la ville s’étend sur une superficie de 6448,5 ha (Image satellitaire
Landsat OLI, 2021 et MNT, 2021), soit une densité de 46 habitants/ha. L’espace urbain est
composé de plus de 33 quartiers.

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Carte 1 : Présentation de l’espace d’étude

1.2. Matériels et méthode


1.2.1. Matériels
Les matériels de cette recherche concernent, le support cartographique de la ville de Daloa,
les rapports de la Direction régionale du ministère de la construction et l’urbanisme de
Daloa et de la Mairie de Daloa.
1.2.2. Méthode
L’approche méthodologique adoptée combine la recherche documentaire et des enquêtes de
terrain. La recherche documentaire a consisté à la mobilisation d’écrits relatifs aux
questions d’urbanisation et de l’accès au logement. En plus de la recherche documentaire,
des enquêtes de terrain ont été réalisées durant les mois d’Avril 2022 à Mai 2022 par
l’observation sur le terrain pour l’identification des zones à risques d’érosion et
d’inondation. Par la suite, un guide d’entretien a été élaboré et adressé aux responsables de
la direction régionale du ministère de la construction du logement et de l’urbanisme pour
comprendre l’installation des populations dans les zones à risques. Enfin, un questionnaire
a été élaboré et administré aux chefs de ménage dont les habitations sont construites dans
des quartiers à risques. Ainsi, six quartiers ont été enquêtés. Il s’agit des quartiers : Marais,
Savonnerie (Sud D), Soleil 2, Lobia 2, Fatiga (Sud C Collège) et Huberson. Le choix de ces
quartiers a obéi à quatre critères que sont : la situation géographique, le niveau de
susceptibilité d’inondation, le niveau de vulnérabilité aux risques naturels et le niveau de
risques d’inondation. Le premier critère pris en compte pour mener l’étude porte sur la
répartition spatiale des zones à risques. Ensuite, le second critère qui est le niveau de
susceptibilité d’inondation a été déterminé en fonction de la pente, de la densité de drainage
et de l’indice d’humidité du sol. Ce critère a permis d’apprécier le niveau de susceptibilité
d’inondation des quartiers. Nous avons alors retenu les quartiers dont le niveau de
susceptibilité est élevé ou très élevé. Ensuite, le critère du niveau de vulnérabilité permet de
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mesurer les pertes et dommages potentiels en cas de crise ou de catastrophe du fait de


l’exposition, de la fragilité et la sensibilité des personnes, des infrastructures et des biens
(RUFAT, 2006, p.288). Sa cartographie requiert de la combinaison des données de
l’occupation du sol et de la densité de population par quartier. Ce critère a permis
d’identifier les quartiers dont le niveau de vulnérabilité est également élevé ou très élevé.
Enfin, le dernier critère relatif aux risques d’inondation découle du croisement de la carte
de susceptibilité d’inondation et de la carte de vulnérabilité. Ce croisement a permis de
retenir les quartiers qui ont des risques d’inondation élevé et très élevé. En absence de
données prédéfinies sur les habitants installés dans les zones à risques d’inondation dans la
ville de Daloa, nous avons décidé d’enquêter dans les six quartiers, un minimum de 30
personnes choisies de façon aléatoire, soit un total de 180 chefs de ménage (tableau 1).
Tableau 1: Identification des quartiers enquêtés selon les critères de choix
Quartiers Situation Niveau de Niveau de Niveau de Nombre
enquêtés géographique susceptibilité vulnérabilité risques d’enquêtés
d’inondation d’inondation
Marais Centre Elevé Très élevé Très élevé 30
Savonnerie Sud Elevé Très élevé Elevé 30
(Sud D)
Soleil 2 Nord-ouest Elevé Très élevé Elevé 30
Lobia 2 Nord Très élevé Elevé Elevé 30
Fatiga Est Elevé Elevé Moyen 30
(Sud C
Collège)
Huberson Ouest Elevé Très élevé Elevé 30
Total - - - - 180
Source : nos enquêtes de terrain, Avril-Mai 2022
Le traitement des images satellites LANDSAT (classification) a été utile dans l’étude et
l’interprétation de données brutes obtenues par les systèmes de télédétection. La couverture
de la zone urbaine a été évaluée et cartographiée à partir du traitement numérique des
données spatiales LANDSAT 5 TM (1986), LANDSAT 7 ETM+ (2000), LANDSAT
8/OLI (2019) et SENTINEL (2021). Le résultat obtenu à partir de la carte des indices de
végétation, d’eau, des constructions, des sols (NDVI, NDWI, NDBI et NDSI) a permis
d’identifier les changements au sein de la ville de Daloa. La carte de l’aléa à l’inondation
résulte du croisement de la carte des pentes, de la densité du drainage et du sol grâce à
l’outil « calculateur de raster » sous ArcGIS. Le niveau d’inondabilité varie des cas les plus
élevés au cas les plus faibles. Ces couches ont été reclassifié de manière à affecter au cas le
plus élevé le nombre le plus grand. Ces nombres qui sont des nombres pairs varient entre
10 et 2. En vue de combiner ces couches, différentes pondérations dont la somme est égale
à 1 ont été réparties entre les différents critères en fonction de leur prépondérance dans les
cas d’inondation. Ainsi, à la pente une pondération 0,5 a été affectée ; 0,3 au type de sol et
0,2 à la densité de drainage. La combinaison de ces critères a permis d’obtenir le niveau de
susceptibilité d’aléa d’inondation dans la ville de Daloa. La classification des différents
critères pour la cartographie des zones inondables. Le niveau d’inondabilité varie des cas
les plus élevés au cas les plus faibles.
Ainsi, pour le niveau le plus élevé, les chiffres les plus élevés ont été affectés et de façon
décroissante jusqu’aux cas les plus faibles pour chaque critère. Enfin, des pondérations dont
la somme totale doit être égale ont été réparties entre les différents critères en fonction de

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leur prépondérance en termes de vulnérabilité face aux aléas d’inondation. La combinaison


de ces critères a permis d’obtenir le niveau de vulnérabilité dans la ville de Daloa. Pour
apprécier la dynamique de l’occupation du sol, des cartes ont été réalisées à l’aide des
logiciels Qgis 2.0.1 et Arcview à partir des résultats de la digitalisation des cartes
topographiques et des classifications des images satellites. Le logiciel Microsoft office
Word 2007 a été utile pour la saisie des données, alors que Microsoft Excel a servi au
traitement statistique des données recueillies et la réalisation des tableaux et figures
(diagrammes et courbes d’évolution).

2. Les résultats et analyse


La présentation des résultats se structure en 3 parties que sont : l’état des lieux de
l’occupation des zones à risques d’inondation dans la ville de Daloa ; les facteurs
explicatifs de l’installation des populations de la ville de Daloa dans les zones à risques et
enfin un mode d’acquisition du sol dans les zones à risques dominé par l’achat.

2.1. Etat des lieux des risques d’inondation dans la ville de Daloa
L’état des lieux englobe la répartition des zones à risques d’inondation et l’évaluation du
niveau de risques d’inondation dans la ville de Daloa. La notion de risque se définie par la
formule suivante : R= f (A, E, V, I, t, s). Cela signifie que le risque est une fonction de
l’aléa (A = événement pouvant causer des dommages) s’exerçant en un lieu (s) et dans un
temps (t). Il dépend des éléments soumis au risque (E), quantifiés en termes physiques ou
économiques. La vulnérabilité (V) et la résilience (R) se rapportent aux éléments à risque.
(J.P. DINH, 2006, p. 11). Le risque (R) est le résultat de la confrontation entre l’aléa (A) et
la vulnérabilité (V) en rapport avec les enjeux (habitat, école, route et hôpital, etc.).

2.1.1. Inégale répartition des zones à risques d’inondation dans la ville de Daloa
La ville de Daloa fait face à des réels risques d’inondation. Ainsi, plusieurs quartiers y sont
exposés pendant la saison pluvieuse. Cependant, à l’échelle des quartiers, le niveau des
risques varie des quartiers centraux aux périphériques (carte 2).

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Carte 2 : La répartition du risque d’inondation dans la ville de Daloa

L’observation de la carte 2 permet de montrer la répartition des différents niveaux de


risques à l’échelle des quartiers et leurs proportions en termes d’emprise spatiale. On
distingue, les quartiers de risque très élevé avec un niveau d’indice variant entre (7,18-
9,44). Il s’agit des quartiers centraux comme Marais, Mossidougou, Belleville, Soleil,
Abattoir, Sud A (Garage) du quartier périphérique Gbokora. Ces quartiers qui ont un niveau
de risque très élevé concentrent plusieurs enjeux humains, économiques et sociaux.
D’autres quartiers de la ville connaissent un niveau de risque élevé (6,38 – 7,18). C’est le
cas des quartiers suivants : Sud B (Abattoir 2), Sud Savonnerie, Orly Escadron, Lobia 2,
Huberson, etc. Ces quartiers sont situés au centre, sud/ouest, sud et sud/est de la ville. Les
quartiers concernés sont relativement peuplés et concentrent diverses activités
économiques. Ils sont localisés dans des espaces de basses altitudes ayant un niveau de
drainage et d’humidité important. À côté de ces espaces, on distingue des quartiers qui ont
un niveau de risque moyen (5,59 – 6,38). Ces quartiers sont situés à la lisière de ceux ayant
un niveau de risque élevé. Le niveau de susceptibilité est moindre, malgré les équipements
et bâtis que concentrent ces espaces. Ils couvrent un important espace dans les quartiers
périphériques à savoir le quartier Sud C (Collège), Évêché, Tazibouo État-major, Tazibouo
École Française et Kennedy. Ils sont disséminés dans les autres quartiers de la ville, mais à
des proportions faibles. Toutefois, dans la ville de Daloa certains espaces ne connaissent
aucun risque d’inondation. Le niveau est jugé faible ou très faible. Ils couvrent les quartiers
périphériques concentrant moins d’enjeu. Il s’agit de Kennedy et Tazibouo et État-major.
Alors que le niveau très faible (indices compris entre 2,84 et 4,31), est observable en forte
proportion dans le nord des quartiers périphériques de Tazibouo, État-Major, Kennedy et
Sud C (Collège). Ces différents niveaux de risques d’inondation ont des proportions
différentes.

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2.1.2. Présence significative des zones à risques d’inondation élevés dans la ville
À l’échelle de la ville, les zones à risques d’inondation sont importantes. Les espaces
concernés sont ceux dont le niveau de risque varie de moyen à très élevé. Dans la ville, le
niveau de risque se présente comme suit (tableau 2).
Tableau 2 : Répartition des niveaux de risques d’inondation dans la ville de Daloa
Niveau de risques d’inondation Superficie (ha) Proportion (%)
Très faible 448, 9 6,96
Faible 1 300 20,16
Moyen 2 369 36,74
Elevé 1 700 26,36
Très élevé 630,6 9,78
Total 6 448, 5 100
Sources : INS, 2014 ; Cadastre, 2019 ; Image satellitaire Landsat OLI, 2021 et MNT, 2021
Le tableau 2 montre les superficies des niveaux des risques d’inondation et leurs différentes
proportions. Il ressort de ce tableau que la ville de Daloa a une superficie totale de 6 448, 5
ha. Sur ce total, les espaces à risques dominent. Sont considérés comme zones à risques, les
espaces dont le niveau d’indice de risques d’inondation varie de moyen (5,59 - 6,38) à très
élevé (7,18-9,44). Ainsi, la superficie totale de la ville soumise à des risques d’inondation
est de 4 699,6 ha, soit 72,88% contre 1 748, 9 ha, soit 27,12% pour les espaces sans risques,
c’est-à-dire les quartiers dont le risque d’inondation est très faible et faible avec un indice
compris entre (2,84-5,58). Toutefois, le niveau moyen de risques domine avec une
superficie de 2 369 ha, soit 38,74%, suivi du niveau élevé disposant d’une superficie de
1 700 ha, soit 26,36% et le niveau très élevé 630,6 ha, soit 9,78%.

2.2. Occupation des zones à risques liée à l’urbanisation mal maîtrisée


L’urbanisation mal maîtrisée conduit à l’installation des populations dans les zones
impropres à l’habitat. Ainsi, la conquête des zones à risques par l’habitat dans la ville de
Daloa s’explique d’une part par la croissance démographique rapide à l’origine d’une
augmentation des besoins en logements et d’autre part, par la hausse des coûts des lots et
des loyers.

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2.2.1. Croissance démographique soutenue induisant des besoins en logement


La ville de Daloa connaît une croissance démographique rapide (figure 1).
Figure 1 : Évolution de la population urbaine de Daloa de 1955 à 2020

Sources : Alla Della, 2001, RGP, 1975, RGPH 1988, 1998, 2014 et estimation 2020
L’observation de la figure 1 montre que la ville de Daloa connaît une croissance
démographique soutenue depuis 1955. Toutefois, nous pouvons la subdiviser en deux
principales phases. D’une part, la ville a connu une croissance forte, car sur la période de
1955 à 1988, la population est passée de 7 487 habitants à 121 842 habitants en 1988, soit
un taux d’accroissement moyen annuel de 8,82 %. Toutefois, c’est sur la période de 1955 à
1965 que la croissance a atteint son pic. Elle est passée de 7 487 habitants en 1955 à 35 000
habitants en 1965, soit un taux d’accroissement moyen annuel de 16,67 %. Alors que sur la
période de 1965 à 1988, le rythme connaît un fléchissement où le taux d’accroissement
moyen annuel est passé à 5,57 %. Cette forte croissance observée sur la période de 1955 à
1988 pourrait s’expliquer par la natalité et surtout par les migrations. En effet dès
l’accession à l’indépendance du pays en 1960, l’État a axé son développement sur
l’agriculture, principalement sur les cultures d’exportation dont le Cacao et le café. Daloa,
ville située en zone forestière, propice à la pratique de ces deux principales cultures attire
de nombreux migrants à la suite de la délocalisation de la « boucle du cacao » du centre du
pays à l’ouest et dans le sud-ouest. Les ressortissants de la sous-région ouest africaine
attirés par le « miracle ivoirien » des années 70 vont également affluer dans cette région.
Cependant, à partir de 1988, la population bien que continuant de croître connaît une
relative baisse, car le taux d’accroissement moyen annuel est inférieur à 3 %. En effet, sur
la période de 1988 à 2020, la population est passée de 121 842 habitants à 273 190
habitants, soit un taux d’accroissement moyen annuel de 2,25 %. Le ralentissement de la
croissance démographique pourrait s’expliquer par la crise économique des années 80 due à
la chute des cours mondiaux des matières premières. À cela s’ajoutent les effets de la crise
politico-militaire de 2002 et de la crise postélectorale de 2010 où les effets se sont
beaucoup fait sentir dans la ville de Daloa. Toutes ces crises ont fait que la ville de Daloa
attire de moins en moins. Malgré la relative baisse, les besoins en logement continuent
d’augmenter entrainant une spéculation foncière dans la ville.

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2.2.2. Cherté des terrains et des loyers, facteurs de l’occupation des zones à
risques
Les coûts des terrains urbains et des loyers varient dans le temps selon l’importance de la
ville dans le réseau urbain du pays. Dans la ville de Daloa, les prix des lots et des logements
ont aussi connu une évolution comme l’indique le tableau 3.

Tableau 3 : Évolution du marché foncier à Daloa de 1955 à 2022


Période Coût du lot (FCFA) Superficie (m2)
1955-1997 50 000 - 250 000 600 - 2000
1997-2002 250 000 - 400 000 300 - 600
2002-2022 400 000-2 000 000 300 - 600
Source : nos enquêtes de terrain à Daloa, Mai 2022

Le tableau 3 indique que la valeur vénale des lots connaît une hausse dans la ville de Daloa.
Les prix des terrains se sont multipliés par 8 en l’espace de 67 ans. Dans les quartiers
économiques, les coûts des terrains sont passés de 50 000 FCFA pour les lots d’une
superficie de 600 m² en 1955 à 400 000 FCFA en 2022. Dans les quartiers résidentiels sur
la même période et pour la même superficie, les prix sont passés de 250 000FCFA à
2 000 000 FCFA. La fixation des prix tient compte de plusieurs paramètres. Ce sont entre
autres : les périodes (au fil des années), du type de vendeur (Administration ou privé), la
superficie du lot, le type de quartier, la position du lot (intersection de deux voies), le
niveau de viabilisation du quartier et surtout la proximité ou non du lot à une zone à risques
d’inondation très élevé. À Daloa, les lots d’une superficie variant entre 150 m² à 250 m²
situés dans un basfond asséché ou non sont vendus à 150 000 FCFA. Ceux situés sur les
versants d’un basfond sont vendus entre 400 000 FCFA et 500 000 FCFA. Il faut relever
que les textes règlementaires en matière d’urbanisme interdisent le lotissement des zones
non aedificandi, notamment les zones inondables. Mais, très souvent, les initiateurs des
lotissements les outrepassent. La hausse des prix des lots a commencé dès le retrait de
l’État de la production des terrains urbains depuis la loi n°97-524 du 4 septembre 1997
portant création d’une concession d’aménagement foncier. L’initiative des lotissements est
de plus en plus dans les mains des opérateurs privés, notamment les autorités coutumières.
Le paradoxe est que pendant que le coût des lots augmente, les superficies quant à elles
diminuent. Ceci répond à un souci de densification de la ville pour éviter l’étalement urbain
coûteux en infrastructures et équipements. Par, ailleurs, la hausse du coût des terrains,
entraîne une hausse du loyer dans la ville. Toutefois, le loyer dans les quartiers à risques
d’inondation demeure abordable (tableau 4).
Tableau 4 : Les loyers à Daloa, selon le niveau de risques d’inondation des quartiers
en 2022
Type de pièce Loyer mensuel dans les quartiers Loyer mensuel dans les
à risques élevés quartiers à faible risques

1 pièce 4 500- 7 500 8 000-10 000


2 pièces 7 500- 10 000 10 000-20 000
3 pièces 10 000- 15 000 20 000 et plus
Source : nos enquêtes de terrain à Daloa, Mai 2022

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À l’analyse du tableau 4, il ressort que pour le même type de pièce, le loyer est plus
abordable dans les quartiers situés dans les zones à forts risques d’inondation que ceux
issus des quartiers à faibles risques. Les prix des logements dans les quartiers à risques
d’inondation élevés sont deux, voire trois fois inférieurs à ceux situés dans les quartiers à
faibles risques. D’où le choix des populations à faibles revenus de s’y installer, malgré les
conditions d’habitabilité défavorables (planche photo 1).

Planche photo 1 : Des habitations exposées à des risques d’inondation à Daloa


Photo 1 : Une cour inondée à Huberson Photo 2 : Un logement abandonné pour
affaissement

Prise de vue, Yapi Atsé Calvin, Avril 2022 Prise de vue, Kacou Geoffroy, Mai 2022
La photo 1 montre un habitat précaire situé dans une zone à risques d’inondation au quartier
Huberson où une partie du béton de propriété servant à assainir le cadre de vie a été
arrachée par l’eau souterraine. Alors que, la photo 2 indique une maison abandonnée en
cours d’affaissement à cause du caractère compressible du sol dans les zones de basfond.

2.3. Mode d’accès au sol dans les espaces à risques d’inondation


Dans les quartiers à risques d’inondation élevés, le statut d’occupation des logements est
dominé par la location. Les populations qui y habitent exercent à majorité des activités
issues du secteur informel.
2.3.1. Statut d’occupation des logements dominé par la location
Le statut d’occupation des logements situés dans les zones à risques d’inondation est divers.
Il comprend la location, l’héritage et l’achat, mais à des proportions variables (figure 1).
L’observation de la figure 1 indique que sur un total de 180 chefs de ménage dont les
habitations sont situées dans les zones à risques, le statut d’occupation dominant est la
location avec 103 chefs de ménage, soit 57% de l’effectif total des enquêtés.

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Figure 1 : Répartition des chefs de ménage par quartier selon le statut d’occupation
de logements
16
Taux par statut d'occupation (%) 14
12
10
8
6
4
2
0
Marais Savonnerie Soleil 2 Lobia 2 Fatiga Huberson

Location Achat Héritage


.
Source : nos enquêtes de terrain à Daloa, Mai 2022
Les quartiers où l’on enregistre les plus forts taux de locataires sont successivement, Soleil
2, Marais, Fatiga et Lobia 2. Après la location, suit l’achat avec 54 chefs de ménage, soit
30% de l’effectif total. L’achat est prédominant au quartier Huberson et Savonnerie.
L’héritage quant à lui vient en dernière position avec 23 chefs de ménage concernés, soit
13% de l’effectif total des enquêtés. Ce mode d’accès au logement est absent dans les
quartiers Soleil 2 et Fatiga.

2.3.2. Zones à risques majoritairement habitées par des ménages exerçant dans
le secteur informel
Le secteur informel regroupe toutes les activités qualifiées de petits métiers (mécaniciens,
vulcanisateurs, réparateurs d’appareils électro-ménagers, cireurs, petits commerçants, etc.).
Dans la ville de Daloa, les chefs de ménage exerçant dans ce secteur sont les plus nombreux
parmi les habitants des quartiers dont les risques d’inondation sont élevés (figure 2).

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Figure 2 : Répartition des chefs de ménage enquêtés par secteur d’activité

Source : nos enquêtes de terrain à Daloa, Mai 2022


La figure 2 montre la répartition des chefs de ménage enquêtés par secteur d’activité. L’on
observe que 56,67% des ménages vivant dans les quartiers dont les risques d’inondation
sont élevés exercent dans le secteur informel. Ces derniers sont suivis par les étudiants et
les agriculteurs avec chacun 13, 33%. L’insuffisance de revenu de ces chefs de ménage
pourrait expliquer leur choix d’habiter dans ces quartiers.

3. Discussion
L’étude a d’abord relevé que la ville de Daloa est exposée à de réels risques d’inondation.
Ensuite, l’installation des ménages dans les zones à risques d’inondation dans la ville de
Daloa s’explique par la croissance démographique induisant la hausse des loyers. Enfin,
une prédominance des ménages des locataires exerçant dans le secteur informel.

3.1. Daloa, une ville exposée à de réels risques d’inondation


L’étude a relevé une présence significative dans la ville de Daloa, des espaces soumis à des
risques d’inondation. En effet, 36,14% de la superficie de la ville représente des espaces à
risques d’inondation.
Les résultats de l’étude sont identiques à ceux obtenus par L. WALLEZ (2010 p.33) dans
ses travaux sur l’inondation en Afrique de l’ouest indiquant qu’en raison des
caractéristiques géomorphologiques, 50 % des zones habitées loties et habitées au mépris
des lois seraient impropres à l’habitat car étant des marécages, exutoires, berges et plaine
inondable du lac et de la lagune. Ce point de vue est partagé par OCHA (2014, p.1) qui
soutient que la ville d’Abidjan présente également plusieurs zones à risques pendant les
saisons de pluie avec de réelles menaces sur les populations où 80 000 personnes sont
menacées par les inondations. À Abidjan, les phénomènes d’érosion suivis d’éboulement de
terrain et surtout d’inondation s’observent dans les quartiers précaires et se développent sur
les espaces à hauts risques, "interdits de construction" dans le plan directeur d’urbanisme et
d’aménagement de la ville (K. DONGO et al. 2008, p.2.). Cette situation n’est pas
l’apanage des pays sous-développés. Car selon L’INSTITUT D’AMENAGEMENT ET
D’URBANISME (2011, p.2) dans son étude sur les zones inondables en Île-de France a

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indiqué que dans cette partie de la France, près de 830 000 habitants, soit 7,2 % de la
population francilienne, sont directement menacés par une crue centennale.
3.2. Occupation des zones à risques liée à la croissance démographique et à
hausse des loyers
L’étude a aussi relevé que la croissance démographique rapide a induit des besoins en
logements, la cherté des terrains urbains et surtout la hausse des loyers. Les populations les
plus vulnérables sont alors contraintes pour se loger de s’installer dans les zones à risques
d’inondation où, les terrains et les loyers sont moins couteux.
Les résultats de l’étude sont en phases avec ceux obtenus par J. C. BERTONI (2006, p.128)
dans ses travaux sur l’inondation urbaine en Amérique Latine indiquait que les inondations
des secteurs riverains sont liées à l’urbanisation inadéquate des secteurs voisins des cours
de l’eau ou l’utilisation du lit majeur des cours de l’eau par l’homme. Les résultats sont
également conformes à ceux de la BANQUE MONDIALE (2012, p.19) qui indiquait dans
son étude sur les villes et inondations, qu’une urbanisation mal planifiée ou maîtrisée peut
aggraver les risques d’inondation en raison de changements inadaptés d’affectation des
terres donnant lieu à un développement anarchique des plaines inondables. Par ailleurs, les
résultats concordent bien avec ceux effectués par la BANQUE MONDIALE (2016, p.59)
sur la Côte d’Ivoire qui indique que l’occupation des zones à risques d’inondation se
développe à la périphérie des villes à cause de l’accroissement de la population urbaine et
ses difficultés à accéder à un logement formel abordable. C’est dans cette optique que
L’ONU-HABITAT (2012, p. 26) dans son étude sur Abidjan a soutenu que la pauvreté est
l’une des causes car les pauvres vivent majoritairement dans des quartiers précaires
susceptibles d’être touchés par des catastrophes naturelles. Alors que l’OCHA (2014, p.1)
est allé plus loin en affirmant que l’occupation des zones à risques serait plutôt liée à la
proximité du lieu de travail, la pauvreté, les coûts élevés du logement ou l’attente d’une
aide conséquente du gouvernement pour leur relocalisation. Cependant, le résultat est en
désaccord avec les conclusions de certains auteurs. En effet, pour L. WALLEZ (2010 p.32)
ayant mené une étude sur les inondations dans les villes d’Afrique de l’ouest a plutôt
accusé les pouvoirs publics qui après les indépendances, dépassés par l’explosion urbaine
n’ont pas maîtrisé le processus d’occupation des sols par un accompagnement des
aménagements. Quant à la BANQUE MONDIALE (2016 p.60), l’occupation des zones à
risques à Abidjan s’explique par le fait que les ménages devraient faire un choix difficile
entre le paiement de loyers élevés dans des quartiers bien desservis et des coûts de transport
élevés dans des zones situées à la périphérie.

3.3. Prédominance des ménages locataires exerçant dans le secteur informel

Les résultats de l’étude ont montré que le statut d’occupation des logements situés dans les
zones à risques d’inondation est dominé par des ménages locataires. Ces derniers exercent
surtout dans le secteur informel.
Les résultats de l’étude ne diffèrent pas de ceux obtenus par la BANQUE MONDIALE
(2016, p.57) dans son étude sur la ville d’Abidjan qui indiquait que les trois quarts de la
population abidjanaise étaient des locataires. La plupart du temps les habitants des quartiers
à risques ont des revenus très bas, sans alternative immédiate de relogement (J.C.
BERTONI 2006, p.137). Y. KOVACS et al., (2017, p.6) ne disent pas le contraire car dans
leur étude sur les risques d’inondation et villes des pays en développement arrivent à la
conclusion que les populations pauvres s’y installent car les perspectives économiques

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priment sur le risque qu’elles encourent. Nos résultats vont dans le sens de ceux obtenus par
J. C. BERTONI (2006, p.130) dans son étude sur l’inondation urbaine en Amérique Latine
lorsqu’il affirme que sur un effectif de 500 000 habitants se trouvant dans une région de
risques d’inondation, 53% des foyers se trouvaient en situation de pauvreté. Le résultat est
aussi en phase avec l’étude menée par D. Y. TOMETY (2017, p.45) au Burkina-Faso,
indiquant que le sous-emploi constaté dans la plupart des villes ne permet pas aux ménages
d’avoir accès aux zones hors lotissement et non inondables pour achat du fait de leurs coûts
élevés.

Conclusion
Au terme de notre étude, il ressort que la ville de Daloa est exposée à de réels risques
d’inondation. L’installation des ménages dans les zones à risques d’inondation dans la ville
de Daloa s’explique par la croissance démographique à l’origine des hausses des loyers et
des coûts élevés des terrains urbains. Cette situation contraint les ménages économiquement
faibles exerçant pour la plupart dans le secteur informel à être des locataires dans les
logements situés dans les zones à risques d’inondation. Pour réduire les effets néfastes de la
croissance urbaine, l’État devrait poursuivre la sensibilisation des populations sur les
risques qu’elles encourent en occupant ces dits espaces, voire procéder à leur
déguerpissement.

Références Bibliographiques
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