Cours de DIP 2022
Cours de DIP 2022
Le cours de droit international public est un cours annuel, généralement enseigné dans les
universités pour les licences 3 droit public et pour les Master 2, droit public général. C’est un
cours relativement large composé généralement de deux parties : les sources et les sujets du
droit international public.
L’objectif de ce cours est de faire comprendre aux étudiants, qu’à côté de l’ordre juridique
interne, qu’un autre ordre dit international profondément spécifique s’est constitué. Défini
jadis comme l’ensemble des règles de droit qui régissent et ordonnent les rapports entre Etats,
le droit international public s’est constitué et développé au fur et à mesure que sont apparus
les sujets dont il a dû organiser la coexistence. Parce qu’il a été conçu pour réguler leurs
relations, les Etats sont naturellement les sujets originaires et ont créé des sujets dits dérivés
qu’ils appellent à les rejoindre. Longtemps contesté ou mis en doute, le droit international est
aujourd’hui largement devenu un droit proche, prétendant régler la conduite des sujets de
droit interne et d’abord des individus, fondés à se prévaloir devant les juges nationaux des
droits qu’il leur confère.
Cette méthode nous a permis, à défaut de pouvoir parcourir tout le cours de droit international
public en 20h, de connaitre l’essentiel du droit international public par la découverte des sujets
privilégiés auxquels il s’adresse, des sources qui lui donnent forme et des fonctions qu’il
remplit.
Bibliographie
COMBACAU (J) et SUR (S), Droit international public, Précis Domat, Montchrestien, 8ème éd.,
2008.
Nguyen (Q.D), Pellet (A), DAILLIER (P) : Droit international public, LGDJ, 7ème éd., 2002.
Alain Pellet, Le droit international à l’aube du XXIe Siècle, cours donné lors de la session
inaugurale des «Cours euro-méditerranéens Bancaja de droit international» organisés à
Castellon (Espagne) en septembre 1997.
Saidou Nourou TALL, « Droit des Organisations Internationales Africaines, Théorie Générale
Droit communautaire Comparé Droit de l’Homme, Paix et Sécurité », L’Harmattan, 2015, 547p.
Cheikh Tidiane THIAM, Cours de droit international public enseigné en Licence 3 droit public à
l’Université Cheikh Anta DIOP, en 2005.
L’évolution connue par le droit international à partir de 1945 a été accueillie avec une grande
bienveillance par certains auteurs qui suivaient avec attention le processus d’adaptation du
droit aux nouvelles finalités assignées au droit international et à la société internationale par la
Charte des Nations Unies et, plus encore, par certaines résolutions et déclarations de
l’Assemblée générale.
Avec l'avènement du droit international public moderne en étroite corrélation avec l'idée de
souveraineté, l'État est considéré comme le cadre le mieux approprié pour l'organisation de la
vie collective et le développement de l'homme ; aussi a-t-il constitué le principal sujet de droit
international. Ceci est exact et la doctrine classique en tire la conséquence que « [l]e droit
international régit les rapports entre les États indépendants». Toutefois, il ne reflète qu'une
partie de la réalité car si les États, principaux acteurs de la société internationale, demeurent
au cœur du droit international ils n'en sont pas les seuls sujets. Un sujet de droit est une
personne ayant «la capacité d'être titulaire de droits et d'obligations» en vertu d'un système
juridique donné et de «se prévaloir de ses droits par voie de réclamation ... ». Comme l'a relevé
la Cour internationale de Justice, «[I]es sujets de droit, dans un système juridique, ne sont pas
nécessairement identiques quant à leur nature ou à l'étendue de leurs droits»
L’ordre juridique international témoigne aujourd’hui de la présence au côté des Etats qui sont
les principaux sujets du droit international, d’autres sujets dits secondaires comme les
organisations internationales (section 2). Cependant, dans les rapports interétatiques, le
recours à la force est formellement interdit par la Charte des Nations Unies (Section 1). En
outre, l’étude du droit international nous permettra également d’examiner les sources du droit
international (section 3) avant d’étudier la responsabilité en droit international (section 4).
Section 1 : La proscription du recours à la force dans les relations internationales
Les Etats sont, comme les individus avant le contrat social, dans un état de guerre
permanente. A partir du moment où la paix, si durement établie par le passage à l’état civil d’un
peuple, se voit sans cesse menacée par l’état de nature qui prévalait entre Etats. Ainsi,
l’ambition pour le droit international est de rétablir la paix et la sécurité internationale. C’est
ainsi que la communauté internationale par le biais du système des Nations Unies a décidé de
mettre fin à la fin à la guerre c’est-à-dire d’interdire de façon systématique le recours le recours
à la force dans les relations internationales. Ce principe rencontre cependant des exceptions
dans des circonstances particulières où un Etat victime d’une agression est en droit de recourir
à la force armée.
Après la première puis la seconde guerre mondiale, l’ambition du « plus jamais ça » a été
manifestée dans la signature d’accords internationaux interdisant le recours à la guerre.
Cependant, cette ambition s’est concrétisée systématiquement dans la Charte des Nations
Unies.
La volonté de bannir la guerre est affirmée après la première guerre mondiale, sans succès, et
renouvelée après la seconde lorsque les États adoptent la Charte des Nations unies dont le
projet principal est celui de favoriser, sinon d’instaurer, la paix entre les nations. Le recours à la
force armée était jusqu’à une époque récente licite. Ce n’est qu’au XX siècle que la
communauté internationale a tenté de mettre la « guerre hors la loi » internationale. Le droit
international a fait en matière de recours à la force un bond prodigieux et l’idée de prohiber le
recours à la force comme moyen de l’action internationale a commencé à ne plus apparaitre
comme totalement irréaliste à la fin du XIXe siècle même si son l’évolution fut difficile et
hérissée d’obstacles.
Aux termes de l’article 2 de la Charte des Nations Unies, « les membres de l’Organisation
s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la
force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute
autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies ». Depuis lors cette idée est reprise
dans d’innombrables instruments internationaux comme la Déclaration de 1970 sur les
principes gouvernant les relations amicales, la Déclaration de Manille de 1982 sur le règlement
pacifique des différends.
Le refus du recours à la force n’exclut pas sa possibilité. En cas d’usage de la force deux
dérogations au principe de l’interdiction du recours à la force sont prévues par l’article 51 : celle
de se défendre et celle de faire appel au système de sécurité collective. Dans la Charte des
Nations unies, figurent en ce sens un droit de légitime défense et un mécanisme de sécurité
collective.
Le droit de légitimement se défendre est inscrit dans Charte des Nations Unies. Ainsi, aux
termes de l’article 51, « Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit
naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations
Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures
nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales ».
Il s’agit d’un droit coutumier qui a été repris dans la Charte des Nations Unies. En outre, le juge
international reconnait le droit de légitime défense qu’il considère comme un droit
fondamental des États (CIJ, 27 juin 1986, Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et
contre celui-ci (Nicaragua c. Etats-Unis d'Amérique).
Cependant l’exercice de la légitime défense est juridiquement encadré. Selon l'article 51, ce
droit peut s’exercer jusqu’à ce « ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires
pour maintenir la paix et la sécurité internationales ». Il en résulte que dès que le mécanisme
de sécurité collective s'est mis en place, le droit à la légitime défense disparaît. De plus,
l’exercice de ce droit est conditionné par sa nécessité et sa proportionnalité. L’État agressé peut
bénéficier de l'assistance d'autres États : la légitime défense collective. Elle peut résulter
d'accord internationaux, des traités que les États concluent entre eux et par lesquels ils
prévoient que si l'un d'entre eux est attaqué les autres peuvent venir à son secours. Exemples
le Pacte de Varsovie ou l’OTAN dont l’article 5 dispose : « Les parties conviennent qu'une
attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du
Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence
elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de
légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations
Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et
d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la
force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord. »
A noter que cet article affirme également, conformément à l’article 51 de la Charte, que ces
mesures prendront fin dès que le Conseil de sécurité aura pris les mesures nécessaires pour
rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales.
En vertu du mécanisme de sécurité collective, les Etats membres des Nations Unies ont
expressément renoncé à l’utilisation de la force armée dans leurs rapports en échange d’une
protection collective. Cette protection est confiée au Conseil de sécurité de l’ONU en vertu du
chapitre VII. A cet égard, l’article 39 de la présente Charte dispose que, « le Conseil de sécurité
constate l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte
d’agression et décide quelles mesures seront prises pour maintenir ou rétablir la paix et la
sécurité internationale ». Il peut alors proposer des mesures adaptées à la situation ou décider
de mesures armées ou non, telles que la rupture des relations diplomatiques, des sanctions
économiques, des embargos sur les armes et même une intervention armée (art. 42 de la
charte)… Cette éventuelle intervention armée est donc une dérogation au principe du recours à
la force. Cependant, dans la logique du chapitre VII, il s’agit de lutter contre les menaces à la
paix et non de punir les Etats qui ont recouru à la force. Ce système de sécurité collective a été
mis en œuvre contre l’Irak en 1990 qui avait annexé le Koweït. Dans un premier temps, les
Nations Unies avaient adopté des mesures de sanctions économiques et d’embargo contre
l’Irak, notamment dans la résolution 661 (6 août 1990). Dans un second temps, la résolution
678 avait autorisé les Etats membres à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour obtenir
l’évacuation du Koweït. Cette expression est récurrente et montre encore qu’une bonne partie
des relations internationales est gouvernée par des rapports de force. Or, depuis la mise en
place du système des NU au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’objectif principal était
et est toujours de garantir une paix durable aux sujets de droit international public.
Section 2 : Les sujets du droit international
Un sujet de droit est une personne ayant « la capacité d'être titulaire de droits et d'obligations»
en vertu d'un système juridique donné et de «se prévaloir de ses droits par voie de
réclamation». En droit international, l’Etat est, en vertu de la souveraineté le premier sujet.
C’est pourquoi le juge international le qualifie de sujet primaire ou originaire du droit
international. Cependant, avec l’évolution de la société internationale, les organisations
internationales sont aujourd’hui des sujets à part entière de droit international.
L'unité conceptuelle qui préside à la définition de l’Etat comme une collectivité humaine,
installée de façon permanente sur une portion de territoire, dotée d'un gouvernement et
jouissant de la souveraineté, est commune à toutes les branches du droit. Cependant, en droit
international l'État est une entité souveraine jouissant de la personnalité juridique
internationale lui permettant d’exercer directement des compétences au niveau international.
A. La souveraineté
Dans sa sphère interne, l’Etat dispose de compétences régaliennes sans aucune concurrence,
et il est le seul à posséder de tels pouvoirs sur son territoire. Alors que ses relations avec les
autres Etats il détermine librement et en toute indépendance le choix de toutes ses décisions
diplomatiques, économiques, politiques, sans intervention et pression des autres Etats. Par
ailleurs, l’Etat exerce aussi une compétence personnelle à l’égard de ses ressortissants.
1. La capacité de s’engager
La réalité de cet engagement ne doit pas faire l’objet d’un doute quelconque. L’engagement
doit être certain quel qu’en soit par ailleurs les formes. Il peut en effet être donné verbalement
comme dans le cas de l’affaire de la « déclaration Ihlen » relative au Groenland Oriental.
L’engagement peut aussi résulter du comportement des parties comme l’a illustré l’arrêt du 15
juillet 1962 rendu par la CIJ dans l’affaire du « Temple Preah Vihear » au sujet du
comportement de la Thaïlande et ceci pour chercher la réalité de l’engagement.
De même, la définition de l’article 2 des deux conventions de Vienne est relativement complète
du fait des précisions qu’elle apporte sur les formes que le Traité peut emprunter ainsi que sur
les différents sujets de droit international. L’énoncé suivant lequel un traité est un accord
conclu par les Etats et les Organisations internationales, montre que l’article 2 des deux
conventions les mentionne comme sujets de droit international c’est-à-dire pouvant atteindre
directement le commerce juridique international. Comment, alors, analyser l'engagement
international de l'État?
Selon la doctrine volontariste dominante, « accepter d'être lié par la règle de droit (...), c'est
surtout -quoi qu'on en dise- une limitation de souveraineté». Cette position est partagée par la
jurisprudence internationale du moins dans l’affaire du Vapeur Wimbledon. Dans le premier
arrêt qu’elle a été appelée à rendre en 1932, la CPJI, précise que l’engagement international est
inhérent à une limitation de souveraineté. Il en résulte que l'Allemagne était mal fondée à
invoquer le Traité de Versailles par lequel elle s’était engagée à ouvrir le canal de Kiel aux
navires de toutes les nations en temps de paix comme en temps de guerre et qu’elle considérait
comme contraire à sa souveraineté si elle devait être interpréter comme l’obligeant à laisser
passer un navire contenant des armes destinées à l’un des belligérants.
Il en est autrement pour une partie de doctrine internationale qui considère d'ailleurs qu’il est
assez absurde de parler de «limitation de souveraineté». La souveraineté ne se limite pas, ne se
divise pas, ne se «saucissonne» pas. Elle est le critère de l'État et la source de ses compétences
au plan international; s'il l'a, il est un État et jouit à ce titre de toutes les compétences que le
droit international reconnaît aux États; si l'entité en cause n'est pas souveraine, elle n'est pas
un État et le problème ne se pose tout simplement pas. La souveraineté, c'est comme la
virginité disent-ils, on l'a ou on ne l'a pas; mais on ne l'a pas «un peu» ou «beaucoup» ou «en
partie»!
De même que l’Etat exerce une compétence sur son territoire, le droit international admet
l’exercice des compétences personnelles de l’Etat à l’égard de ses nationaux, ou de certaines
sociétés enregistrées ou ayant leur siège social sur son territoire, ou de certains véhicules,
navires, aéronefs ou engins spatiaux ayant son immatriculation. La nationalité fonde ainsi la
compétence personnelle de l’Etat sur ses sujets et ce parfois où qu’ils aillent. Exemple : une
personne résidant à l’étranger ou un aéronef ou société immatriculé au nom d’un Etat, relève,
sur le fondement de sa nationalité, de la compétence personnelle de son Etat national, alors
même qu’elle est soumise à la compétence territoriale de l’Etat d’accueil.
Le lien de national permet ainsi à un Etat de soumettre à tous ses sujets le respect des règles
de droit interne, mais également de surtout de leur garantir une protection optimale. Il en est
ainsi de l’exercice de la protection diplomatique qui est une institution essentielle en droit
international permettant à un Etat, s’il le souhaite, de prendre fait et cause pour l’un de ses
ressortissants lorsque celui-ci est victime d’agissements illicites de la part d’un Etat étranger.
C’est le cas de l’arrêt de la CIJ du 30 novembre 2010 entre la République démocratique du
Congo et la République de Guinée, dans l’affaire dite « Ahmadou Sadio DIALLO » à propos de
graves violations de droit international, alléguées par la Guinée et qui auraient été commises,
par la RDC, sur la personne d’Ahmadou Sadio DIALLO. Il en est également ainsi de l’arrêt rendu
par la CIJ le 5 février 1970 dans l’affaire Barcelona Traction opposant la Belgique au
gouvernement espagnol. La demande présentée à la Cour est formulée par le Gouvernement
belge pour le compte de personnes physiques et morales qui seraient ressortissants belges et
actionnaires de la Barcelona Traction, société constitué au Canada et y ayant son siège. L’objet
de la requête est donc d’obtenir réparation du dommage qui aurait été causé à ces personnes
par le comportement contraire au droit international résultant des agissements des divers
organes de l’Eta espagnol à l’égard de cette société.
Cette dans cette optique que s’inscrit que s’inscrit l’affaire Interhandel, introduite par une
requête du gouvernement suisse le 2 octobre 1957, contre les USA sur un différend portant sur
la demande de restitution par la suisse des avoirs de la société Interhandel. C’est en outre le cas
de l’affaire F. Nottebohm dans l’arrêt rendu le 5 avril 1955 et opposant le LIECHTENSTEIN au
GUATEMALA. Dans cette affaire il était question de savoir si la naturalisation de NOTTEBOHM
donne droit au Liechtenstein d’assurer sa protection diplomatique à l’égard du Guatemala ?
L'État a, depuis l'époque moderne, représenté le cadre normal d'impulsion des relations
internationales. Mais l'extension internationale de la dimension des termes d'un problème et
de leur solution adéquate révèle les limites du seul contexte étatique national comme cadre
pertinent de traitement des difficultés. Par ailleurs, la création de la Société des Nations puis
celle de l'Organisation des Nations Unies ont progressivement fait des organisations
internationales de véritables centres d'impulsion des relations internationales. On entend par
organisation internationale un groupement d’Etats créé par un traité, doté d’organes
autonomes et disposant de la personnalité juridique internationale distincte de celle des Etats.
L’organisation internationale est un sujet dérivé de droit international public reconnu non pas
en vertu de la souveraineté internationale mais plutôt de sa personnalité juridique
internationale. Si l’Etat est un être souverain, l’organisation est être dérivée fondé
essentiellement sur la reconnaissance de la personnalité juridique internationale. Définie
comme étant la capacité d’être titulaire de droits et devoirs internationaux, la personnalité
juridique a des fondements et permet aux organisations d’exercer des compétences au niveau
international.
A. Le fondement de l’admission des OI en droit international
L’organisation est destinée, selon le juge international, à exercer des fonctions et à jouir des
droits qui ne peuvent s’expliquer que si elle possède la personnalité internationale. Pourtant le
droit positif international a évolué dans le sens du juge international et a consacré l’admission
des organisations internationales dans le commerce juridique international.
1. Fondement jurisprudentiel
A la suite de l’assassinat par un groupe armé du Comte Folke Bernadotte, diplomate suédois
envoyé par l’ONU comme médiateur en Palestine la Cour internationale de justice a été saisie
pour avis par l’Assemblée générale des nations unies sur la question de savoir si l’ONU avait
qualité pour présenter contre le gouvernement de jure ou de fait responsable de dommages
subis d’une réclamation internationale en vue d’obtenir réparation ? Autrement dit
l'organisation internationale est-elle apte à jouir des droits et être titulaire d'obligations au
regard du droit international ?
Si la compétence des États pour créer une organisation internationale est indiscutable, le
problème est de savoir quelles sont les conséquences de la reconnaissance de cette
personnalité juridique internationale des organisations internationales.
2. Fondement conventionnel
Les Etats étaient les seuls sujets de droit international. Ainsi, selon l’article 2 de la Convention
de Vienne sur le droit des traités de 1969, « l’expression traité international écrit, conclu entre
Etats régi par le droit international qu’il soit consigné dans un instrument unique ou dans deux
ou plusieurs instruments connexes et quelle que soit sa dénomination particulière ». Mais avec
l’évolution du droit international et l’admission des organisations internationales au commerce
juridique international l’article 2 de la convention de 1969 a, légèrement été modifié en 1986
par la Convention de Vienne sur le droit des traités entre Etats et organisations internationales
ou entre des organisations internationales. Aux termes de cette présente convention, le traité
s’entend d’un accord international conclu par écrit entre Etats et organisations internationales
ou entre des organisations internationales régi par le droit international. Désormais, le droit
positif international reconnait les organisations internationales la qualité de sujets de droit
international au même titre que les Etats. A cet égard, elles peuvent conclurent des accords
internationaux soit, entre elles, ou avec des Etats. Cependant elles n’ont pas les mêmes
compétences que les Etats.
2. Compétences implicites
La théorie des compétences implicites a été développée pour la première fois par la cour
suprême des Etats Unis en 1819. Le principe était : « pourvu que les fins soient légitimes,
qu'elles soient dans le système de la Constitution, tous les moyens qui sont appropriés à ces fins,
qui ne sont pas interdits, mais qui sont compatibles avec la lettre et l'esprit de la Constitution,
sont constitutionnels » (Mc Culloc V., Maryland).
En droit international, les sources conventionnelles désignent toutes celles issues d’un accord
international, c’est-à-dire d’un traité international et qui comportent des droits et obligations à
l’égard des sujets de droit international que sont les Etats et les Organisations internationales.
En droit international il existe une grande variété de termes employés pour désigner l’accord
international. La pratique permet de recenser les expressions comme traité, constitution, pacte,
charte, convention, accord, échange de lettre, échanges de note, protocole, statut,
mémorandum d’accord, procès-verbal approuvé, déclaration, concordat, acte ou acte
constitutif, modus-vivendi. Tous ces termes ont la même signification juridique en droit
international et par conséquent ils sont interchangeables. Cependant, quelle que soit sa
dénomination, la formation d’un accord international obéit à un formalisme et sa validité
s’apprécie en fonction des conditions bien définies.
La réalisation d’un procédé conventionnel ne repose pas sur la recherche d’une forme
déterminée, mais plutôt sur le respect d’un certain nombre de règles nécessaires à la formation
du traité. Ces règles régissent la négociation du traité, sa signature et l’expression par les Etats
de leur consentement à être liés par le traité.
Après avoir été négocié le texte du traité est signé par les Etats qui souhaitent devenir parties.
En signant l’accord international, les parties en arrêtent définitivement le texte. La signature est
donc l’acte d’authentification et de certification de l’exactitude du texte. Le texte ainsi signé ne
peut être modifié qu’avec l’accord de toutes les parties signataires. Au sens strict, la signature
ne peut être donnée que par un plénipotentiaire dument habilité ou par une autorité
compétente en raison de ses fonctions. Cette signature sera suivie d’une ratification c’est-à-dire
de l’expression par les Etats de leur consentement à être lié par l’accord international. Cette
compétence est du ressort exclusif des hautes autorités politiques, en particulier le chef de
l’Etat. Aux termes de l’article 95, titre IX de la constitution sénégalaise le président ratifie ou
approuve les traités internationaux sur autorisation de l’Assemblée Nationale.
Au plan théorique, deux solutions ont été apportées. D’une part, la solution de la validité
internationale du traité. Cette solution, défendue par certains auteurs partisans de la doctrine
dualiste, admet que la violation des règles de droit interne n’entraine pas d’effets invalidants
sur le plan international. Selon ces auteurs, la compétence de l’agent ou de l’organe déterminé
du point de vue international suffit à engager valablement l’Etat. Par conséquent qui aurait
violé ses propres règles constitutionnelles ne saurait se prévaloir de sa faute ici qualifiée de
faute inexcusable par Anzilotti pour se retirer d’un engagement international. Cette position de
la doctrine vise à sauvegarder la sécurité des relations conventionnelles mais également et
surtout de garantir le principe du respect de la souveraineté des Etats afin de dissuader les
Etats tiers qui seraient tentés de vérifier le respect par les organes de l’Etat des règles internes.
D’autre part, la solution de l’invalidité internationale du traité défendue par la doctrine moniste
conduit à considérer que la violation des règles de droit interne entraine ipso facto l’invalidité
du traité international dans la mesure où ces règles participent à la procédure d’édiction des
normes internationales. Par conséquent une irrégularité constatée dans l’ordre interne
comportera nécessairement des conséquences invalidantes sur le plan international. Pourtant
cette position n’est pas partagée par une partie de la doctrine selon qui une distinction est à
faire entre la violation des dispositions internes notoires et les autres qui ne le seraient pas et
seules ces dispositions (notoires) peuvent être invoquées pour contester la validité
internationale d’un traité.
Dans la pratique bilatérale les deux solutions de validité et d’invalidité sont consacrées avec
une portée équivalente. La jurisprudence surtout interne, quant à elle tend à accepter la
validité internationale des traités irrégulièrement ratifiés. En revanche dans la jurisprudence
internationale, la solution est versatile. Ainsi, dans l’affaire opposant le Costa-Rica au Nicaragua
l’arbitre choisit le président américain Cleveland avait conclu que la validité internationale du
traité dépend de sa régularité interne. Dans une autre affaire opposant le Danemark et la
Norvège relative au Groenland dite affaire de la déclaration Ihlen, la Cour (CPJI) a eu à rendre
une décision plutôt ambiguë. La cour considère, en effet, que « la réponse à une demande du
représentant diplomatique d’une puissance étrangère par le ministre des affaires étrangères au
nom du gouvernement dans une affaire qui est du ressort, lie le pays dont il est le ministre ». on
peut donc conclure, selon la cour, à la validité de la déclaration du fait de la compétence
implicitement admise du ministre agissant dans une affaire qui est de son ressort bien à la
validité de l’engagement nonobstant la violation au fond des règles constitutionnelles
pertinentes.
Dans une difficulté à trouver une solution définitive, la convention de viennes sur le droit des
traités propose une solution qui repose sur la notion de violation manifeste des règles de droit
interne. En effet, selon son article 46 « le fait que le consentement d’un Etat à être lié par un
traité o été exprimé en violation d’une disposition de son droit interne concernant la
compétence pour conclure des traités ne peut être évoqué par cet Etat comme viciant son
consentement à moins que cette violation n’ait été manifeste et ne concerne une règle de son
droit interne d’importance fondamentale ». En clarifiant la notion de violation manifeste
comme celle « objectivement évidente pour tout Etat se comportant en la matière
conformément à la pratique habituelle et de bonne foi », la convention admet la solution de la
validité internationale du traité sauf dans le cas d’une violation manifeste par l’Etat qui
l’invoque. Cette solution est favorable à la partie contre laquelle on invoque l’invalidité car
l’article 47 de la convention stipule clairement que « le représentant d’un Etat ne peut être
fondé à invoquer sa propre violation des restrictions particulières apportées à son pouvoir
d’exprimer le consentement de l’Etat à être lié que si ces restrictions ont été préalablement
notifiées aux parties donc connues de ces dernières ».
La troisième hypothèse, qui est une création de la convention de Vienne (art. 53 et 71), est celle
du jus cogens ou « norme impérative de droit international ». Tout accord international,
bilatéral ou multilatéral, qui comporterait des dispositions contraires au jus cogens serait
automatiquement nul et de nullité absolue.
L'idée est généreuse mais encore en voie de consolidation dans la mesure où le contenu exact
des normes de jus cogens n'est toujours pas précisé ni globalement admis. C'est pourtant la
voie du progrès pour la communauté internationale.
On désigne par sources non conventionnelles toutes celles qui ne sont pas fondées sur
l’expression directe de la volonté collective des Etats et qui s’expliquent par des moyens autres
que le traité international. Ces sources comprennent essentiellement les règles coutumières,
les sources dites subsidiaires ainsi que les actes des organisations internationales. Toutefois,
nous étudierons la coutume comme source non conventionnelle du droit international.
On désigne par sources non conventionnelles toutes celles qui ne sont pas fondées sur
l’expression directe de la volonté collective des Etats et qui s’expliquent par des moyens autres
que le traité international. Ces sources comprennent essentiellement les règles coutumières,
les sources dites subsidiaires ainsi que les actes des organisations internationales. En droit
international l’idée de coutume renvoie à un ensemble d’élément matériel et d’un élément
psychologique.
1. L’élément matériel
L’élément matériel de la coutume est constitué par un ensemble d’acte ou omissions attribué à
l’Etat dans l’ordre interne ou international et comprenant, s’agissant de la pratique interne
toute pratique gouvernementale ainsi que tous actes de nature législative ou juridictionnelle
pertinents tandis que sur le plan international l’élément matériel est constitué par les actes ou
omissions intéressants les sujets de droit international qu’il s’agisse notamment de traités
internationaux, de déclarations, de conduites bien définies ou de décisions judiciaires ou
arbitrales. Il convient à cet égard de distinguer la coutume universelle (article 38 du Statut de la
CIJ) de la coutume régionale (affaire Haya de la Tore) de celle bilatérale (affaire du droit de
passage entre l’Inde et le Portugal). Toutefois, qu’elle soit locale ou universelle la pratique doit
être répétée et cette répétition doit être suffisante et univoque pour dégager ce que la CIJ
appelle, dans l’affaire du droit d’asile de 1950, « un usage constant et uniforme ».
Pourtant, il n’est pas nécessaire que cette répétition s’effectue dans une période prolongée. Il
suffit tout simplement qu’elle soit le fait d’Etats qui par leur qualité sont considérés comme
suffisamment représentatifs et que les Etats tiers ne s’y soient pas opposés.
2. L’élément psychologique
Le droit international de la responsabilité est essentiellement un droit coutumier car aucun des
projets de la Commission du Droit International sur la responsabilité n’est passé à l’état de
traité contraignant pour les signataires. Il en résulte que seules les coutumes internationales,
reprises par la jurisprudence, sont applicables en la matière.
L’Etat en tant que premier sujet de droit international, peut voir sa responsabilité engagée pour
violation du droit international et réparation de dommages éventuellement causés, et ce quel
que soit l’organe de l’Etat, unitaire ou fédéral qui agit. De la même façon, les organisations
internationales, depuis leur accession au commerce juridique international peuvent voir leur
responsabilité engagée pour manquement au droit international. Les conditions de mise en
œuvre de cette responsabilité et les conséquences qui en découlent seront successivement
examinées.
Le régime de la responsabilité des Etats est analogue à celui des organisations internationales.
Le principe de la responsabilité repose sur le fait que la responsabilité sera engagée en cas de
faits internationalement illicite imputable à un Etat ou à une organisation internationale.
Lorsqu’un État est reconnu responsable d’une violation d’une obligation internationale, il doit
réparer le préjudice causé par cette violation. Mais il doit aussi faire cesser l’acte illicite s’il est
continu.
La réparation est un principe du droit international voire une obligation générale des systèmes
juridiques. Toute violation d’un engagement comporte l’obligation de réparer le préjudice qui
en a découlé. Cette affirmation figure dans un arrêt de la Cour permanente internationale de
justice, du 13 septembre 1928, affaire relative à l’Usine de Chorzów : « [...] la Cour constate que
c'est un principe du droit international, voire une conception générale du droit, que toute
violation d'un engagement comporte l'obligation de réparer ».
Dans son arrêt du 16 décembre 2015, la Cour a adjugé au Costa Rica la souveraineté sur le «
territoire litigieux » et a, en conséquence, déclaré que les activités du Nicaragua, notamment le
creusement de trois canaux et l’établissement d’une présence militaire sur ce territoire,
emportaient violation de la souveraineté territoriale du Costa Rica. Le Nicaragua était dès lors
tenu de réparer les dommages causés par ses activités illicites (C.I.J. Recueil 2015 (II), p. 703,
par. 93). La Cour a [...] conclu que le Costa Rica était fondé à recevoir une indemnisation pour
les dommages matériels découlant des violations dont elle avait constaté la commission par le
Nicaragua. Dans le présent arrêt, la Cour déterminera le montant de l’indemnité due au Costa
Rica.