Chap 18
Chap 18
Cours de mathématiques
Chapitre 18
Groupes
18 Groupes 3
I Structure de groupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
I.1 Définitions élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
I.2 Groupes produits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
I.3 Sous-groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
I.4 Sous-groupes additifs de Z . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
I.5 Le théorème de Lagrange pour les groupes finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
II Partie génératrice d’un sous-groupe, ordre d’un élément . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
II.1 Partie génératrice d’un sous-groupe, d’un groupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
II.2 Groupes monogènes, groupes cycliques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
II.3 Ordre d’un élément dans un groupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
III Morphismes de groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
III.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
III.2 Composition de morphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
III.3 Noyau et image d’un morphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
III.4 Morphismes et parties génératrices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
IV Groupes Sn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
IV.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
IV.2 Parties génératrices de Sn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
IV.3 Signature d’une permutation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
18. Groupes
Enjeux du chapitre
– Reprendre le cours de MPSI sur les groupes en général et sur les groupes symétriques en particulier.
– Introduire les notions de partie génératrice d’un groupe, de sous-groupe engendré par une partie.
– Définir l’ordre d’un élément dans un groupe, principalement dans le cas des groupes finis.
– Définir les groupes monogènes et cycliques.
⋆⋆⋆
I Structure de groupe
Soit E un ensemble. Une loi de composition interne sur E est la donnée d’une application ∗ : E 2 → E .
Pour une loi de composition interne, il est d’usage d’utiliser une notation en infixe, c’est-à-dire qu’on notera x ∗ y ∈ E l’image de
(x, y) par la loi de composition ∗.
Exemple 18.3.
Soient G un ensemble, et ∗ une loi de composition interne sur G. Le couple (G, ∗) est un groupe si et seulement s’il vérifie les
propriétés suivantes.
(1) La loi ∗ est associative, c’est-à-dire que pour tout (x, y, z) ∈ G 3
(x ∗ y) ∗ z = x ∗ (y ∗ z).
(2) La loi ∗ possède un élément neutre, c’est-à-dire qu’il existe e ∈ G vérifiant pour tout x ∈ G
e ∗ x = x ∗ e = x.
(3) Tout élément de G est symétrisable, c’est-à-dire que tout x ∈ G possède un symétrique x ′ vérifiant
x ∗ x ′ = x ′ ∗ x = e.
Remarque 18.5.
(a) On écrira souvent par abus de langage que G est un groupe lorsqu’il n’y aura pas d’ambiguïté sur la loi de composition interne
utilisée.
(b) Pour une loi ∗ associative, on peut supprimer les parenthèses : par exemple
(x ∗ y) ∗ z = x ∗ (y ∗ z) = x ∗ y ∗ z.
Le groupe (G, ∗) est abélien ou commutatif si et seulement si la loi ∗ est commutative, c’est-à-dire que pour tout (x, y) ∈ G 2
x ∗ y = y ∗ x.
T HÉORÈME 18.7. (Exemples de groupes usuels).
Remarque 18.8.
(a) Il y a des guillemets autour de « le » concernant le groupe trivial, car il n’est unique qu’à isomorphisme près. Tout singleton peut
être immédiatement muni d’une structure de groupe trivial.
n 2i kπ o
(b) On rappelle au passage que Un = e n , k ∈ 0, n − 1 et U = {z ∈ C, |z| = 1} sont respectivement l’ensemble des racines n-ièmes
de l’unité, et l’ensemble des complexes de module 1.
(c) On rappelle à toutes fins utiles que (Mn (K ), ×) n’est pas un groupe (il n’y a pas d’inverse d’une matrice donnée en général).
Exercice 18.9.
Pour n Ê 3, le groupe diédral D 2n est le groupe des transformations affines du plan qui préservent globalement un polygône régulier
à n côtés. Décrire D 6 et D 8 .
Ï Solution.
Soit ABC un triangle équilatéral, O son isobarycentre. En notant s M la symérie orthogonale autour de la droite (OM) et r θ la rotation
d’angle θ autour de O, on a
n o
D 6 = id, r 2π , r 4π , s A , sB , sC .
3 3
Soit ABC D un carré, O son isobarycentre, (I , J , K , L) les mileux respectifs de [AB], [BC ], [C D], [D A]. Avec des notations évidentes, on a
n o
D 8 = id, r π , r π , r 3π , s(AC ) , s(B D) , s(I K ) , s(JL) .
2 2
Figure 18.10.
sC sB
r 2π
3
O
B C
sA
r 4π
3
Figure 18.11.
rπ
B I A
s (B D) rπ
s (AC ) 2
J O
s (JL) L
s (I K )
C K D
r− π
2
x ′ = x ′ ∗ e = x ′ ∗ (x ∗ x ′′ ) = (x ′ ∗ x) ∗ x ′′ = e ∗ x ′′ = x ′′
(x ∗ y) ∗ (y ′ ∗ x ′ ) = x ∗ (y ∗ y ′ ) ∗ x ′ = (x ∗ e) ∗ x ′ = x ∗ x ′ = e.
(a) Dans la suite de ce chapitre, les lois de composition interne seront le plus souvent notées comme des produits, non commutatifs
sauf mention contraire. Par exemple, pour un groupe (G, ∗) et (x, y) ∈ G 2 , on notera simplement
x ∗ y = x y.
L’élément neutre d’un tel groupe G pourra être noté 1G ou même simplement 1.
(b) De même, pour n ∈ N∗ , on notera x n = x . . . x (n fois) le produit de x ∈ G par lui-même n fois, et par convention, x 0 = 1G .
(c) x −1 désigne alors le symétrique de x, et on note encore x −n = (x −1 )n , ce qui permet de définir la notation x h pour tout h ∈ Z.
Avec ces conventions, la propriété (d) ci-dessus s’écrit par exemple
(x y)−1 = y −1 x −1 .
La notation additive pour la loi de G est traditionnellement réservée aux groupes abéliens. On note alors nx = x + x + . . . + x (n fois),
−x pour le symétrique de x et −nx pour le symétrique de nx avec n ∈ N∗ , ce qui définit hx pour tout h ∈ Z, et 0G ou 0 pour le neutre
de G.
Exemple 18.15. (Table de Cayley d’un groupe).
Si un groupe G est fini, on peut représenter sa loi en donnant sa « table de multiplication » (on dit aussi « table de Pythagore »,
comme pour les tables de multiplication classiques, plus souvent « table de Cayley »). Voici par exemple la table de Cayley du
groupe de Klein, qui est un groupe à quatre éléments {e, a, b, c}.
∗ e a b c
e e a b c
a a e c b
b b c e a
c c b a e
Sur ce tableau, la commutativité est visible (symétrie du tableau), de même que le fait que e est neutre et que chaque élément est
inversible (et égal à son propre inverse). L’associativité requiert une vérification nettement moins immédiate. Si G est de cardinal
n, il existe des algorithmes en temps O(n 2 ) pour vérifier l’associativité à partir d’une table de Cayley.
Exercice 18.16.
Ï Solution.
En notant (par souci d’allègement) r 2π = r et r 4π = r ′ et avec les notations de l’exercice 18.9, il vient
3 3
∗ id r r′ sA sB sC
′
id id r r sA sB sC
r r r′ id sC sA sB
r′ r′ id r sB sC sA
sA sA sB sC id r r′
sB sB sC sA r′ id r
sC sC sA sB r r′ id
x n x m = x m x n = x n+m .
Soit G un groupe. Alors tout x ∈ G est régulier ou simplifiable à gauche et à droite, c’est-à-dire que pour tout (y, z) ∈ G 2
x y = xz ⇒ y = z et y x = zx ⇒ y = z.
Remarque 18.20.
En particulier, x y = x ⇒ y = 1G et y x = x ⇒ y = 1G .
Exemple 18.22.
Ï Solution.
On a
x y = y x.
En multipliant cette relation à gauche et à droite par x −1 , il vient avec l’associativité
x −1 x y x −1 = x −1 y xx −1 ⇐⇒ y x −1 = x −1 y
si bien que x −1 et y commutent. On a de même que x et y −1 commutent, puis x −1 et y −1 aussi en remultipliant la relation précédente par
y −1 à gauche et à droite.
Deux éléments (x, y) d’un groupe G sont conjugués si et seulement s’il existe g ∈ G tel que
y = g xg −1 .
−1
♦ Démonstration. Réflexivité : pour tout x ∈ G, on a x = 1G x1G .
2
Symétrie : pour tout (x, y) ∈ G , s’il existe g ∈ G tel que x = g y g −1 , alors y = g −1 xg = g −1 x(g −1 )−1 .
Transitivité : pour tout (x, y, z) ∈ G 3 , s’il existe (g , h) ∈ G 2 tel que x = g y g −1 , y = hzh −1 , alors x = g hzh −1 g −1 = (g h)z y(g h)−1. ♦
Exemple 18.25.
c a : x 7→ axa −1
est une bijection de G sur G. Il en va de même des translations à gauche ou à droite par a
g a : x 7→ ax et d a : x 7→ xa.
c a −1 : x 7→ a −1 xa ; g a −1 : x 7→ a −1 x ; d a −1 : x 7→ xa −1
Soient G et G ′ deux groupes (notés multiplicativement). On définit une loi de composition interne ∗ sur G ×G ′ de la façon suivante :
pour tout ((x, x ′ ), (y, y ′ )) ∈ (G × G ′ )2
(x, x ′ )(y, y ′ ) = (x y, x ′ y ′ ).
Avec cette définition, on munit G × G ′ d’une structure de groupe appelé groupe produit de G et G ′ .
On généralise de façon immédiate à un produit fini G 1 × . . . × G n de n Ê 2 groupes à partir de la loi
Remarque 18.28.
L’élément neutre du groupe produit est alors (1G 1 , . . . , 1G n ), et le symétrique de (x1 , . . . , xn ) est (x1−1 , . . . , xn−1 ).
♦ Démonstration. Vérifions les trois axiomes de groupe dans le cas n = 2 (le cas général se traite de même).
(1) Associativité : soit ((x, x ′ ), (y, y ′ ), (z, z ′ )) ∈ (G × G ′ )3 , on a en utilisant l’associativité de G et de G ′
³ ´ ³ ´
(x, x ′ )(y, y ′ ) (z, z ′ ) = (x y, x ′ y ′ )(z, z ′ ) = ((x y)z, (x ′ y ′ )z ′ ) = (x(y z), x ′ (y ′ z ′ )) = (x, x ′ )(y z, y ′ z ′ ) = (x, x ′ ) (y, y ′ )(z, z ′ )
d’où l’associativité.
(2) Élément neutre : soit (x, x ′ ) ∈ G × G ′ , on a
Exemple 18.29.
(a) (Zn , +), (Rn , +), (Cn , +)... sont des groupes.
(b) (Z × R, +) est groupe.
(c) Z × R∗ est un groupe pour la loi
((n, x), (m, y)) 7→ (n + m, x y).
I.3 Sous-groupes
Soient (G, ∗) un groupe et H ⊂ G. H est un sous-groupe de G si la restriction de ∗ à H 2 est une loi de composition interne sur H ,
induisant pour (H , ∗) une structure de groupe.
Soient G un groupe et H un sous-groupe de G. Alors l’élément neutre de G appartient nécessairement à H et est donc l’élément
neutre de H .
De même, si x ∈ H , alors son symétrique x −1 dans G est dans H , et est donc également son symétrique dans H .
♦ Démonstration. Notons 1G l’élément neutre de G et 1H celui de H . Soient x ∈ H et x ′ son symétrique dans G. Alors x = 1H x = 1G x. En
composant à droite par x ′ , il vient 1H = 1G , ce qui prouve que 1G ∈ H . Par unicité de l’élément neutre, 1G est nécessairement l’élément
neutre de H .
Soient maintenant x ∈ H et x ′ son symétrique dans H . Alors xx ′ = x ′ x = 1H = 1G , si bien que x ′ est le symétrique de x dans G, toujours
par unicité, c’est-à-dire que x −1 = x ′ ∈ H . ♦
♦ Démonstration. Supposons que H soit un sous-groupe de G. Alors H ⊂ G par définition et H 6= ; en tant que groupe. Par le lemme
précédent, H est stable par inversion, et également par la loi de G par hypothèse (elle induit une loi de composition interne sur H ). On en
déduit que (i)⇒(ii).
Si on suppose (ii), alors pour tout (x, y) ∈ H 2 , y −1 ∈ H , et donc x y −1 ∈ H , d’où (iii). Supposons réciproquement (iii).
– Il existe x ∈ H par le point (2’). On a alors xx −1 = 1G ∈ H par (3’).
– Par (3’), il vient que pour tout x ∈ H , 1G x −1 = x −1 ∈ H , et H est stable par inversion.
– Enfin, pour tout (x, y) ∈ H 2 , comme y −1 ∈ H , on a x(y −1 )−1 = x y ∈ H par (3’), ce qui montre que H est stable par la loi de G.
On a ainsi prouvé que [(1) et (2) et (3) et (4)] ⇐⇒ [(1’) et (2’) et (3’)], c’est-à-dire (ii) ⇐⇒ (iii).
Supposant enfin (ii) et (iii), on vérifie directement les axiomes de groupe pour H . (4) assure que la restriction à H de la loi de G induit
une loi interne sur H . La loi de G étant associative, l’égalité x(y z) = (x y)z valable pour tout (x, y, z) ∈ G 3 l’est aussi pour tout (x, y, z) ∈ H 3 .
Comme H 6= ;, il existe x ∈ H et donc 1G = xx −1 ∈ H par (3’), ce qui donne l’existence d’un neutre dans H . Enfin, l’existence de l’inverse de
tout élément dans H est assurée par (3). ♦
Exemple 18.33.
Ï Solution.
(a) On a bien H ⊂ G puisque x ∈ H ⊂ G et que G est stable par produit. H 6= ; puisque x ∈ H . Pour tout (y, z) ∈ H 2 , il existe (m, n) ∈ Z2
tel que y = x m , z = x n , et il vient
y z −1 = x m x −n = x m−n ∈ H
ce qui conclut.
(b) C (x) ⊂ G et 1G ∈ C (x) par définition du neutre. On a prouvé dans un exercice précédent que si y commute avec x, alors y −1 égale-
ment, autrement dit C (x) est stable par passage à l’inverse. Enfin, pour tout (y, z) ∈ C (x)2 , on a x(y z) = (x y)z = (y x)z = y(xz) = y(zx) = (y z)x
de sorte que y z ∈ C (x) et C (x) est bien un sous-groupe de G.
(c) U ⊂ C∗ par défintion et 1 ∈ U. Pour tout (z, z ′ ) ∈ U2 , on a
1
|zz ′−1 | = |z| |z ′−1 | = =1
1
si bien que zz ′−1 ∈ U, et U est un sous-groupe de C∗ . De même, Un ⊂ C∗ , 1 ∈ Un , et pour tout (z, z ′ ) ∈ U2n , on a
1
(zz ′−1 )n = z n z ′−n = =1
1
si bien que zz ′−1 ∈ Un , et Un est un sous-groupe de C∗ . Notons qu’il s’agit aussi d’un sous-groupe de U.
(d) On a immédiatement GL+ + +
n (R) ⊂ GLn (R) et I n ∈ GLn (R). Pour tout (A, B) ∈ GLn (R), on a
det A
det(AB −1 ) = >0
det B
si bien que AB −1 ∈ GL+ +
n (R) et GLn (R) est un sous-groupe de GLn (R).
♦ Démonstration. On a bien entendu H ∩ H ′ ⊂ G et on sait que 1G ∈ H ∩ H ′ puisque H et H ′ sont des sous-groupes, si bien que H ∩ H ′ 6= ;.
De plus, pour tout (x, y) ∈ (H ∩ H ′ )2 , on a x y −1 ∈ H (resp. ∈ H ′ ) car H (resp. H ′ ) est un sous-groupe. On en déduit que x y −1 ∈ H ∩ H ′ et
H ∩ H ′ est bien un sous-groupe de G. On généralise immédiatement ce raisonnement à une famille quelconque de sous-groupes de G. ♦
Exercice 18.36.
Z (G) = {x ∈ G, ∀y ∈ G, x y = y x}
est un sous-groupe de G.
Ï Solution.
\
En notant C (x) = {g ∈ G, xg = g x} pour tout x ∈ G, on a Z (G) = C (x) qui est donc un sous-groupe comme intersection de sous-
x∈G
groupes (voir exercice précédent).
Soit (G, +) un sous-groupe de (Z, +). Alors il existe un unique a ∈ N tel que
G = {an, n ∈ Z} = a Z.
I DÉE GÉNÉRALE DE LA DÉMONSTRATION . Si G 6= {0}, on montre par division euclidienne que le plus petit élément strictement positif a de G
convient.
♦ Démonstration. Éliminons immédiatement le cas trivial G = {0} = 0Z. G possède alors un élément non nul x et son symétrique −x : l’un
des deux est strictement positif, si bien que D = G ∩ N∗ est une partie non vide de N. On pose a = min D. Comme a ∈ G, tous les na, pour
n ∈ Z, sont encore dans G par stabilité de G par addition et passage à l’opposé, c’est-à-dire que a Z ⊂ G.
Montrons l’inclusion réciproque : soit n ∈ G. On effectue la division euclidienne n = aq + r de n par a, avec q ∈ N et 0 É r < a. On a
r = n − aq ∈ G car n ∈ G et aq ∈ a Z ⊂ G. On en déduit que r = 0, sinon on aurait r ∈ D en contradiction avec r < a et a = min D. Il en résulte
que n = aq ∈ a Z, d’où G ⊂ a Z et donc G = a Z.
Enfin, s’il existe a ′ ∈ N tel que a Z = a ′ Z, alors on doit avoir a|a ′ et a ′ |a et donc a = a ′ par antisymétrie de la divisibilité dans N, ce qui
achève la preuve. ♦
Un groupe (G, ∗) est fini si et seulement si G est un ensemble fini (c’est évident a priori mais autant le dire...).
Remarque 18.39.
On trouve dans la littérature la désastreuse terminologie de « groupe fini d’ordre n » pour désigner un groupe fini de cardinal n. Elle
ne sera pas employée dans ce cours, mais certains, hélas, l’utilisent.
I DÉE GÉNÉRALE DE LA DÉMONSTRATION . On découpe G selon H et tous ses translatés, qui ont tous le même cardinal.
La relation définie sur G par x ∼ y ⇐⇒ y −1 x ∈ H est une relation d’équivalence sur G. En effet :
∗ pour tout x ∈ G, x −1 x = 1G ∈ H donc x ∼ x ;
∗ pour tout (x, y) ∈ G 2 , y −1 x ∈ H ⇒ (y −1 x)−1 = x −1 y ∈ H donc x ∼ y ⇒ y ∼ x ;
∗ pour tout (x, y, z) ∈ G 3 , y −1 x ∈ H et z −1 y ∈ H ⇒ z −1 y y −1 x = z −1 x ∈ H donc x ∼ y et y ∼ z ⇒ x ∼ z.
z = y y −1 xh
On vient de démontrer que classes d’équivalence pour ∼ sont de la forme xH . Plus précisément, si l’on considère un ensemble
{x1 , . . . , xk } de représentants de ces classes d’équivalence, alors celles-ci sont exactement (x1 H , . . . , xk H ), et forment ainsi une partition
de G. Ceci montre que
k
X
Card(G) = Card(xi H ).
i=1
Or, pour tout x ∈ G fixé, l’application ϕ : y 7→ x y est une bijection de G sur G (de réciproque z 7→ x −1 z), ce qui permet d’affirmer que l’image
xH de H par ϕ a le même cardinal que H , c’est-à-dire
Card(xH ) = Card(H ).
Il vient alors
k
X
CardG = Card(xi H ) = k Card H
i=1
Exemple 18.41.
Le graphe ci-après illustre le théorème de Lagrange dans U12 : les sous-groupes de U12 de cardinaux 2 (points), 3 (losanges), 4
(carrés) et 6 (cercles) y sont illustrés.
Figure 18.42.
• •
Remarque 18.43.
Les classes d’équivalence de la forme xH de la démonstration ci-dessus sont appelées les classes à droite selon H . On peut bien
entendu définir de même les classes à gauche.
Exercice 18.44.
Ï Solution.
(a) Comme Card(U7 ) = 7 est premier, ses seuls sous-groupes sont de cardinal 1 ou 7 : il n’y a donc que {1} et U7 .
(b) On reprend les notations de l’exercice 18.9 où D 6 a été décrit. Hormis {id} et D 6 , ses sous-groupes sont nécessairement de cardinal
2 ou 3 par le théorème de Lagrange. Considérons un tel sous-groupe G.
∗ La présence d’une rotation dans G entraîne celle de l’autre (qui est son inverse) et de {id}. S’il contient aussi une symétrie, cela fait au
moins quatre éléments, donc six : le seul sous-groupe strict de D 6 contenant une rotation est donc {id, r 2π , r 4π }.
3 3
∗ Il est clair que {id, s(O A) }, {id, s(OB ) } et {id, s(OC ) } sont des sous-groupes de D 6 de cardinal 2.
∗ Si deux symétries distinctes sont présentes dans G, alors leur composée, qui est une rotation, s’y trouve aussi, ce qui impose G = D 6
comme ci-dessus.
Les sous-groupes de D 6 sont donc {id}, {id, s(O A) }, {id, s(OB ) }, {id, s(OC ) }, {id, r 2π , r 4π } et D 6 .
3 3
Remarque 18.46.
(a) L’ensemble des sous-groupes de G contenant A n’est pas vide puisque G lui-même en est un.
(b) 〈A〉 est le plus petit sous-groupe de G contenant A (au sens de l’inclusion).
(c) On a notamment 〈;〉 = {1G }.
(d) On s’intéressera en particulier fréquemment à la situation où A engendre G entier.
Exemple 18.47.
Remarque 18.49.
Informellement, le sous-groupe engendré par A est l’ensemble de tous les produits possibles construits à partir d’un nombre quel-
conque d’éléments de A et de leurs inverses.
© ε ε ε
♦ Démonstration. (a) Notons H = x11 x22 . . . xkk , k ∈ N∗ , (xi )1ÉiÉk ∈ A k , (εi )1ÉiÉk ∈ {−1, 1}k . On a par définition A ⊂ 〈A〉 si bien que par
ª
On vérifie que H est un sous-groupe de G. C’est bien une partie de G, qui contient 1G en prenant k = 2, x1 = x2 , ε1 = 1 et ε2 = −1
dans la définition des éléments de H . De plus, si (x, y) ∈ H 2 , il existe (k, ℓ) ∈ (N∗ )2 , (xi )1ÉiÉk ∈ A k , (εi )1ÉiÉk ∈ {−1, 1}k , (xi )k+1ÉiÉk+ℓ ∈ A ℓ ,
(εi )k+1ÉiÉk+ℓ ∈ {−1, 1}ℓ tels que
ε ε ε
x = x1ε1 . . . xkk ; k+1
y = xk+1 k+ℓ
. . . xk+ℓ
si bien que
ε ε −ε −ε
x y −1 = x11 . . . xkk xk+ℓk+ℓ . . . xk+1k+1 ∈ H
et H est donc un sous-groupe de G. Comme il contient évidemment A (prendre k = 1 et ε1 = 1 dans la définition des éléments de H ), on a
〈A〉 ⊂ H puique 〈A〉 est le plus petit sous-groupe de G contenant A, d’où finalement H = 〈A〉, ce qu’on souhaitait. ♦
Exemple 18.50.
(a) Z = 〈{1}〉 puisqu’en additonnant ou soustrayant 1 autant de fois que nécessaire, on obtient tous les entiers relatifs.
2π
(b) Pour n ∈ N∗ , Un = 〈{ω}〉 avec ω = ei n puisque Un = {ωk , k ∈ 0, n − 1} est entièrement construit à partir des puissances succes-
sives de ω.
Remarque 18.51.
On fera
D généralement tomber les accolades, par exemple 〈{a}〉 = 〈a〉, 〈{ai , i ∈ I }〉 = 〈ai , i ∈ I 〉... Typiquement, on écrira Z = 〈1〉 et
2π
E
Un = ei n dans l’exemple précédent.
P ROPOSITION 18.52. (Sous-groupe engendré contenant une partie génératrice déjà connue.).
Soient G un groupe, H un sous-groupe de G dont une partie génératrice A est connue. Si B ⊂ H est telle que A ⊂ 〈B〉, alors 〈B〉 = H .
Remarque 18.53.
Autrement dit, pour vérifier que B est une partie génératrice de H , il suffit de vérifier que B permet de construire une certaine partie
génératrice A déjà connue de H .
Exemple 18.54.
π
D πE
On a U6 = j , −1 car (−1) × j −1 = ei 3 et ei 3 = U6 .
®
Exercice 18.55.
Ï Solution.
2π
(a) ∗ On a déjà vu que si ω = ei n , alors {ω} engendre Un . De façon analogue, Un = ωn−1 (on « tourne dans l’aure sens » en calculant
®
ses puissances).
∗ {ω2 , ω3 } engendre Un . En effet, on a ω−2 ∈ ω2 , ω3 , de sorte que ω = ω3 ω−2 ∈ ω2 , ω3 , et donc Un = ω2 , ω3 puisque ce dernier
® ® ®
r 2 = r 4π ; r s = s(OC ) ; sr = s(OB ) ; r 3 = id
3
de sorte que D 6 = 〈r, s〉. De façon générale, D 6 est engendré par n’importe quel ensemble formé d’une rotation r et d’une symétrie s. On
ne peut pas trouver de partie génératrice plus petite puisque {r } et {s} n’engendrent pas D 6 .
Soit K un corps. GLn (K ) est engendré par l’ensemble des matrices de transvection, de dilatation et d’échange.
♦ Démonstration. D’après l’algorithme du pivot de Gauss, toute matrice M ∈ GLn (K ) peut-être transformée en la matrice I n par une
suite d’un certain nombre p ∈ N d’opérations élémentaires successives sur ses lignes. Chacune de ces opérations élémentaires revient à
multiplier M à gauche par une matrice O k de transvection, de dilatation ou d’échange. Il vient
O 1 . . .O p M = I n ⇐⇒ M = O −1 −1
p . . .O 1 .
Comme les inverses des matrices d’opérations sont encore des matrices d’opérations, M est bien le produit de telles matrices et GLn (K )
est bien engendré par ces matrices. ♦
Remarque 18.57.
Les matrices d’échange ne sont pas nécessaires pour engendrer GLn (K ). En effet, on vérifie facilement que pour i 6= j
GLn (K ) est donc engendré par les seules matrices de transvection et de dilatation.
Un groupe G est monogène s’il possède une partie génératrice à un seul élément g . Un tel g est alors un générateur de G.
Un groupe G est cyclique s’il est monogène et fini.
Exemple 18.59.
(a) Z = 〈1〉 est monogène. Plus généralement, tous les sous-groupes de Z sont monogènes, puisqu’ils sont de la forme a Z avec
a ∈ N, donc engendrés par {a}.
D 2π E
(b) Pour n ∈ N∗ , Un = ei n est cyclique.
G = g = {g k , k ∈ Z}.
®
♦ Démonstration. Ceci résulte aussitôt du théorème 18.48 de description du sous-groupe engendré par une partie non vide, et de la
commutation des puissances d’un élément d’un groupe. ♦
Soient G un groupe, dont l’élément neutre est noté 1G , et x ∈ G. x est d’ordre fini dans G si et seulement s’il existe k ∈ N∗ tel que
x k = 1G . Dans ce cas
ω(x) = min{k ∈ N∗ , x k = 1G }
est l’ordre de x dans G.
Exemple 18.62.
4
•
3 6
• •
12 • •
12
2 1
• •
• •
12 12
• •
3 • 6
4
Si le groupe G est noté additivement, x ∈ G est d’ordre fini si et seulement s’il existe k ∈ N∗ tel que kx = 0G , et dans ce cas, l’ordre de
x est ω(x) = min{k ∈ N∗ , kx = 0G }.
Card〈x〉 = ω(x).
x k = 1G ⇐⇒ ω(x)|k.
♦ Démonstration. (a) On a
〈x〉 = {x k , k ∈ Z}.
Pour k ∈ Z, la division euclidienne de k par d = ω(x) s’écrit k = d q + r avec r ∈ 0, d − 1. On a alors
x k = x d q+r = (x d )q x r = x r .
On en déduit que
〈x〉 = {x r , r ∈ 0, d − 1}.
′
Considérons (r, r ′ ) ∈ 0, d − 12 , r Ê r ′ , tel que x r = x r . Alors
′
xr −r
= 1G
et 0 É r − r É d − 1 ce qui impose r − r = 0 ⇐⇒ r = r par définition de l’ordre d de x. Finalement, les (x r )r ∈0,d −1 sont bien deux à deux
′ ′ ′
x k = x r = 1G .
Comme r < d, il vient r = 0 et donc d|k. Réciproquement, si d|k, il existe d ′ ∈ Z tel que dd ′ = k et
′ ′ ′
d
x k = x d d = (x d )d = 1G = 1G . ♦
Exercice 18.66.
(a) Montrer que x ∈ G est d’ordre fini si et seulement si la suite (x k )k∈Z est périodique, et que dans ce cas, l’ordre de x est sa plus
petite période.
(b) Soient G et G ′ deux groupes et (x, y) ∈ G × G ′ . On suppose x et y d’ordre fini. Montrer que (x, y) est d’ordre fini dans G × G ′ et
donner son ordre.
(c) Soit G un groupe fini de cardinal n ∈ N∗ , montrer que G est cyclique si et seulement s’il existe un élément g ∈ G d’ordre n.
Ï Solution.
(a) Si x est d’ordre fini d, alors pour tout k ∈ Z, x k+d = x k x d = x k et (x k )k∈Z est d-périodique. Réciproquement, si d ′ ∈ N∗ vérifie
k+d
x = x k pour tout k ∈ Z, alors x d = 1G et x est d’ordre fini. Par définition, l’ordre de x est le plus petit entier non nul vérifiant cette
propriété, donc la plus petite période de cette suite.
′
d’où d|k et d ′ |k donc (d ∨ d ′ )|k. Comme (x, y)d ∨d = (1G , 1G ′ ), l’ordre de (x, y) dans G × G ′ est d ∨ d ′ .
n = CardG = ω(g ). Réciproquement, s’il existe g ∈ G tel que ω(g ) = n, alors g ⊂ G donc n = Card( g ) É CardG = n d’où l’égalité requise.
♦ Démonstration. D’après le théorème précédent, ω(x) = Card〈x〉. Comme 〈x〉 est un sous-groupe de G, son cardinal divise celui de G
d’après le théorème de Lagrange, ce qu’on voulait.
Le théorème de Lagrange étant hors programme, on donne, selon les termes du programme, une seconde démonstration de ce résultat
dans le cas où G est commutatif. Pour x ∈ G fixé, l’application y 7→ x y est une bijection de G sur G, de réciproque y 7→ x −1 y. On a alors en
notant n = CardG
x y = xn
Y Y Y
y= y.
y ∈G y ∈G y ∈G
Si G est un groupe cyclique de cardinal n, les générateurs de G sont exactement ses éléments d’ordre n.
Exemple 18.69.
(a) L’ordre d’un élément de U12 est nécessairement dans {1, 2, 3, 4, 6, 12}. Ceux d’ordre 12 sont des générateurs de U12 : il s’agit des
kπ
ei 6 avec k ∈ 1, 5, 7, 11.
(b) D 6 ne contient aucun élément d’ordre 6 : ce n’est pas parce que k| Card(G) qu’il existe nécessairement un élément d’ordre k
dans G.
Exercice 18.70.
Soit G un groupe.
(a) Quels sont les éléments de G d’ordre 1 ?
(b) Soit p un entier naturel premier, on suppose que G est de cardinal p. Montrer que G est cyclique.
Ï Solution.
(a) x ∈ G est d’ordre 1 si et seulement si x 1 = x = 1G . Le neutre de G est donc le seul élément d’ordre 1.
(b) Comme CardG = p Ê 2, G contient au moins un élément x différent de 1G . Cet élément est nécessairement d’ordre fini d Ê 2
vérifiant d|p, donc d = p. On a donc Card〈x〉 = p = CardG, donc 〈x〉 = G par inclusion, et donc x engendre G, qui est cyclique.
III Morphismes de groupes
III.1 Définitions
Soient (G, ⊤), (G ′ , ⊥) deux groupes. Une application f : G → G ′ est un morphisme de groupes (ou homomorphisme de groupes) de
G vers G ′ si et seulement si elle vérifie la propriété suivante pour tout (x, y) ∈ G 2
ou plus simplement
f (x y) = f (x) f (y)
avec des notations multiplicatives pour les deux groupes.
On note Hom(G,G ′ ) l’ensemble des morphismes de G dans G ′ .
Exercice 18.73.
Ï Solution.
(a) Pour tout (x, y) ∈ G 2 , idG (x y) = x y = idG (x)idG (y).
(b) Pour tout (x, y) ∈ G 2 , en notant f : x 7→ 1G ′ , f (x y) = 1G ′ = 1G ′ 1G ′ = f (x) f (y).
(c) Pour tout (x, y) ∈ (R∗+ )2 , ln(x y) = ln(x) + ln(y) ; pour tout (x, y) ∈ R2 , exp(x + y) = exp(x) exp(y).
(d) Pour tout (x, y) ∈ (R∗+ )2 , (x y)α = x α y α .
(e) Pour tout (x, y) ∈ G 2 , on notant ϕa : x 7→ axa −1
Exemple 18.74.
Exercice 18.75.
Ï Solution.
La réponse est non en général si a 6= 1G , car pour tout (x, y) ∈ G 2
et g ◦ f ∈ Hom(G,G ′′ ).
(b) On a bien f −1 : G ′ → G et f −1 bijectif. Soient (x, y) ∈ G ′2 . En écrivant x = f ( f −1 (x)) et de même pour y, il vient
³ ´ ³ ´
f −1 (x y) = f −1 f ( f −1 (x)) f ( f −1 (y)) = f −1 f ( f −1 (x) f −1 (y)) = f −1 (x) f −1 (y)
et f −1 ∈ Isom(G ′ ,G).
(c) Il est clair que Aut(G) ⊂ SG . De plus, idG ∈ Aut(G) si bien que Aut(G) 6= ;. Enfin, d’après ce qui précède, si ( f , g ) ∈ Aut(G)2 , f ◦ g −1 ∈
Aut(G) ce qui prouve qu’il s’agit bien d’un sous-groupe. ♦
Exercice 18.78.
Soit G un groupe. Pour tout a ∈ G, on pose ϕa : x 7→ axa −1 . Montrer que θ : a 7→ ϕa est un morphisme de G dans Aut(G).
Ï Solution.
On a déjà prouvé que ϕa ∈ Aut(G) pour tout a ∈ G. Pour tout (a, a ′ ) ∈ G 2 et tout x ∈ G
♦ Démonstration. (a) Comme 1G ∈ H , 1G ′ = f (1G ) ∈ f (H ) et f (H ) 6= ;. Soit alors (x, y) ∈ f (H )2 : il existe (u, v) ∈ H 2 tels que f (u) = x et
f (v) = y. Il vient
x y −1 = f (u) f (v)−1 = f (u) f (v −1 ) = f (uv −1 ) ∈ f (H )
Démontrer (ou redémontrer !) les résultats suivants en interprétant les sous-ensembles donnés comme des images directes ou
réciproques de sous-groupes par des morphismes.
(a) Si G est un groupe et x ∈ G, alors H = {x n , n ∈ Z} est un sous-groupe de G.
(b) L’ensemble GL+
n (R) des matrices carrées réelles de déterminant strictement positif est un sous-groupe de GLn (R).
2kπ
(c) H = {ei n , (k, n) ∈ Z × N∗ } est un sous-groupe de (C∗ , ×).
(d) (i R, +) est un sous-groupe de (C, +).
Ï Solution.
Soient G et G ′ deux groupes et f un morphisme de groupes de G dans G ′ . Alors Ker f est un sous-groupe de G.
Attention, si la loi de G ′ est notée additivement et si f ∈ Hom(G,G ′ ), alors Ker f = f −1 ({0G }). Cette situation est d’autant plus
piégeuse lorsque le groupe d’arrivée est une partie d’une structure plus riche, comme un anneau ou une algèbre, dans laquelle
deux éléments neutres (additif et multiplicatif) coïncident. Prenez toujours le temps de réfléchir aux lois en jeu !
Exemple 18.84.
Si E et F sont deux K -espaces vectoriels, f ∈ L (E , F ) est en particulier un morphisme de groupes additifs. Les deux notions de
noyau coïncident dans ce cadre.
Exercice 18.85.
Redémontrer les résultats suivants en interprétant les sous-ensembles donnés comme des noyaux de morphismes.
(a) U est un sous-groupe de (C∗ , ×).
(b) Pour n ∈ N∗ , Un est un sous-groupe de (C∗ , ×).
(c) Si E est un espace euclidien, SO(E ) est un sous-groupe de O(E ).
(d) Plus subtil... Si G est un groupe, son centre Z (G) = {x ∈ G, ∀y ∈ G, x y = y x} est un sous-groupe de G.
Ï Solution.
(a) U = f −1 ({1}) = Ker f où f : z 7→ |z| est un morphisme de (C∗ , ×) dans (R∗+ , ×). En effet, pour tout (z, z ′ ) ∈ (C∗ )2 , |zz ′ | = |z| |z ′ |.
(b) Un = Ker f où f : z 7→ z n est un endomorphisme de (C∗ , ×), puisque pour tout (z, z ′ ) ∈ (C∗ )2 , (zz ′ )n = z n z ′n .
(c) SO(E ) est le noyau du morphisme de groupes det : (O(E ), ◦) → ({1, −1}, ×).
(d) Pour tout a ∈ G, on pose ϕa : x 7→ axa −1 , et on définit θ : a 7→ ϕa . On a vu qu’il s’agissait d’un morphisme de G dans Aut(G).
a ∈ Ker(θ) si et seulement si ϕa = idG , c’est-à-dire si et seulement si
∀x ∈ G, axa −1 = x ⇐⇒ ∀x ∈ G, ax = xa
⇐⇒ a ∈ Z (G).
Soient G et G ′ deux groupes et f ∈ Hom(G,G ′ ). Alors f est injectif de G dans G ′ si et seulement si Ker f = {1G }.
♦ Démonstration. Supposons f injectif. Comme f (1G ) = 1G ′ , 1G est par injectivité le seul antécédant de 1G ′ par f d’où Ker f = {1G }.
Réciproquement, supposons Ker f = {1G } et soit (x, x ′ ) ∈ G 2 tel que f (x) = f (x ′ ). Alors
f (x) = f (x ′ ) ⇐⇒ f (x) f (x ′ )−1 = f (xx ′−1 ) = 1G ′ .
On en déduit que xx ′−1 ∈ Ker f d’où xx ′−1 = 1G ⇐⇒ x = x ′ , ce qui montre l’injectivité de f . ♦
Exercice 18.87.
Soient G est un groupe et x ∈ G. Montrer que le morphisme ϕ : n 7→ x n de Z dans G est injectif si et seulement si x n’est pas d’ordre
fini dans G.
Ï Solution.
Par définition, Ker ϕ = {n ∈ Z, x n = 1G }. ϕ n’est pas injectif si et seulement si Ker ϕ 6= {0}, donc si et seulement s’il existe n ∈ Z∗ tel que
x = 1G . Quitte à considérer −n, c’est encore équivalent à dire qu’il existe n ∈ N∗ tel que x n = 1G , donc à dire que x est d’ordre fini.
n
P ROPOSITION 18.88. (Morphisme déterminé par sa valeur sur une partie génératrice).
Soient G et G ′ deux groupes, A une partie génératrice non vide de G, et f ∈ Hom(G,G ′ ). Alors f est entièrement déterminé par sa
restriction à A.
ε ε
♦ Démonstration. Pour tout x ∈ G, il existe k ∈ N∗ , (x1 , . . . , xk ) ∈ A k et (ε1 , . . . , εk ) ∈ {−1, 1}k tels que x = x11 . . . xkk , d’où
f (x) = f (x1 )ε1 . . . f (xk )εk
est bien déterminé par la valeur de f sur les éléments de A. ♦
Exemple 18.89.
Si G est un groupe, pour x ∈ G fixé, il existe un unique morphisme f de (Z, +) dans (G, ×) tel que f (1) = x. Celui-ci est donc n 7→ x n .
Pour (n, p) ∈ (N∗ )2 , montrer que si n ∧ p = 1, le seul morphisme de Un dans Up est le morphisme trivial.
Ï Solution.
2π
Un morphisme f de Un dans Up est entièrement déterminé par la valeur de z = f (ei n ). On a alors
³ 2π ´n
z n = f ei n = f (1) = 1
si bien que l’ordre de z divise n. Comme z ∈ Up , il doit aussi diviser p, donc être égal à 1 puisque n ∧ p = 1, si bien que z = 1 et f est le
morphisme trivial.
IV Groupes Sn
IV.1 Généralités
Soit n est un entier naturel non nul. On note Sn l’ensemble des permutations de 1, n, c’est-à-dire l’ensemble des bijections de
1, n sur lui-même.
On rappelle que (Sn , ◦) est un groupe, non commutatif pour n Ê 3, de cardinal n!, ce qui définit notamment la notation σk pour
tout σ ∈ Sn et tout k ∈ Z.
Remarque 18.92.
Une permutation pourra (dans un premier temps) être fournie sous forme de tableau à deux lignes, la ligne du dessous donnant
les images de celle du dessus. Par exemple
1 2 3 4 5 6
µ ¶
3 4 6 2 5 1
désignera la permutation σ ∈ S6 définie par σ(1) = 3, σ(2) = 4, σ(3) = 6, σ(4) = 2, σ(5) = 5, σ(6) = 1.
ωσ (i ) = {σk (i ), k ∈ Z}.
Exemple 18.94.
Exercice 18.95.
1 2 3 4 5
µ ¶
Déterminer les orbites de .
2 4 5 1 3
Ï Solution.
Soit σ ∈ Sn .
(a) La relation définie sur 1, n par i ∼ j si et seulement s’il existe k ∈ Z tel que i = σk ( j ) est une relation d’équivalence sur 1, n.
(b) Les orbites de σ sont les classes d’équivalence relativement à ∼, et forment ainsi une partition de 1, n.
(c) Pour tout i ∈ 1, n, la suite (σk (i ))k∈Z est périodique de période p, où
On a toujours p É n.
I DÉE GÉNÉRALE DE LA DÉMONSTRATION . Le troisième point est le seul un peu subtil : par le principe des tiroirs, on introduit (ℓ, m) ∈ 0, n2
distincts tels que σℓ (i ) = σm (i ). On montre alors que p = |m − ℓ| est la période recherchée.
et p est bien une période de (σk (i ))k∈Z . En notant que m − ℓ É n par construction, on a de plus p É n. La périodicité donne ωσ (i ) =
{σk (i ), k ∈ Z} = {σk (i ), 0 É k É p − 1}, et par un raisonnement similaire à celui effectué ci-dessus pour montrer A 6= ;, les p éléments de ce
dernier ensemble sont deux à deux distincts, ce qui fournit bien p = Card(ωσ (i )). ♦
Soit n Ê 2.
(a) Un cycle de Sn est une permutation γ ∈ Sn possédant une seule orbite ω qui ne soit pas réduite à un singleton.
(b) Cette unique orbite de γ non réduite à un point est le support de γ.
(c) Un cycle est de longueur p (2 É p É n) si son support est de cardinal p.
(d) Un cycle de longueur n de Sn est une permutation circulaire de Sn . Tous les éléments de 1, n sont donc dans son support.
(e) Une transposition est un cycle de longueur 2, donc une permutation qui échange deux éléments et fixe les autres.
Exemple 18.99.
1 2 3 4 5
µ ¶
(a) est la transposition (3 5).
1 2 5 4 3
1 2 3 4 5
µ ¶
(b) est le 3-cycle (1 2 4).
2 4 3 1 5
1 2 3 4 5
µ ¶
(c) est la permutation circulaire (1 2 4 5 3).
2 4 1 5 3
IV.2 Parties génératrices de Sn
♦ Démonstration. Soient (γ, γ′ ) ∈ Sn2 deux cycles à supports disjoints respectifs S et S ′ et i ∈ 1, n.
– Si i 6∈ S ∪ S ′ , alors γ(i ) = γ′ (i ) = i et γγ′ (i ) = γ′ γ(i ) = i .
– Si i ∈ S alors i 6∈ S ′ et γ(i ) 6∈ S ′ , si bien que
Il en va de même si i ∈ S ′ et γ et γ′ commutent. ♦
T HÉORÈME 18.101. (Toute permutation est un unique produit de cycles à supports disjoints).
I DÉE GÉNÉRALE DE LA DÉMONSTRATION . La restriction de σ à une de ses orbites non réduite à un singleton est un cycle (tout au moins, elle se
prolonge en un cycle en fixant tous les autres points).
♦ Démonstration. Soit σ ∈ Sn tel que σ = γ1 . . . γp = γ′1 . . . γ′q soient deux décompositions de σ en produit de cycles à supports disjoints.
Soit i ∈ 1, n. Si i n’appartient au support d’aucun γk pourk ∈ 1, p , alors i est un point fixe de σ, de sorte que son orbite ω(i ) est {i }. Il ne
peut donc appartenir au support d’aucun γ′ℓ pour ℓ ∈ 1, q . Sinon, i est dans le support, par exemple, de γ1 et de γ′1 , quitte à renuméroter.
γ1 et γ′1 étant des cycles, leurs supports sont respectivement S 1 = {γk1 (i ), k ∈ Z} et S 1′ = {γ′k
1 (i ), k ∈ Z}. Or, par disjonction des différents
supports dans les deux décompositions, on a pour tout k ∈ Z
γk1 (i ) = σk (i ) = γ′k
1 (i )
de sorte que γ1 et γ′1 coïncident sur leurs supports et sont donc égaux. On établit ainsi une correspondance entre (γ1 , . . . , γp ) et (γ′1 , . . . , γ′q )
montrant l’égalité des deux compositions à renumérotation près. Une décomposition de σ ∈ Sn en produit de cycles, si elle existe, est
unique.
Montrons l’existence d’une telle décomposition : on note (ω1 , . . . , ωp ) les p Ê 1 orbites de σ. Pour tout i ∈ 1, p , on note γi la permu-
tation qui coïncide avec σ sur ωi et avec l’identité sur 1, n \ ωi . D’après les propriétés des ortbites, γi est un cycle de support ωi , et on a
alors
σ = γ1 . . . γ p .
Ceci prouve que toute permutation est un produit de cycles à supports disjoints. ♦
Remarque 18.102.
(a) Il sera commode de définir σ ∈ Sn par sa décomposition en produit de cycles à supports disjoints. Par exemple, la permutation
σ de S6
1 2 3 4 5 6
µ ¶
3 4 6 2 5 1
sera notée
σ = (1 3 6)(2 4).
(b) On a aisément un algorithme de décomposition : on part de 1 et on calcule ses images successives jusqu’à retomber sur 1, ce
qui donne un premier cycle. On considère ensuite le plus petit élément non encore pris en compte, puis ses images successives, et
on réitère ainsi le processus jusqu’à ce que tous les éléments aient été pris en compte.
Pour n Ê 2, Sn est engendré par l’ensemble de ses transpositions (il n’y a pas unicité de la décomposition).
I DÉE GÉNÉRALE DE LA DÉMONSTRATION . On engendre une famille génératrice connue à partir des éléments que l’on se donne : ici : on montre
que tout cycle est un produit de transpositions.
♦ Démonstration. Soit γ = (i 1 . . . i k ) un cycle de Sn de longueur k Ê 1 avec (i 1 , . . . , i k ) ∈ 1, n2 deux à deux distincts. On vérifie que
γ = (i 1 i 2 )(i 2 i 3 ) . . . (i k−1 i k ).
En effet, pour tout j ∈ 1, k − 1, l’élément i j n’est pas modifié par l’application (i j +1 i j +2 ) . . . (i k−1 i k ), puis envoyé sur i j +1 par (i j i j +1 ), et
i j +1 n’est pas modifié par (i 1 i 2 ) . . . (i j −1 i j ). Pour sa part, i k est transformé en i k−1 , puis i k−2, etc., puis enfin i 1 . Ceci montre bien l’égalité
voulue. Tout cycle est donc un produit de transpositions, et comme toute permutation est un produit de cycles, le résultat s’ensuit. ♦
Exercice 18.104.
1 2 3 4 5 6
µ ¶
σ= .
3 4 6 2 5 1
Ï Solution.
(a) Si γ = (i 1 . . . i k ) avec (i 1 , . . . , i k ) ∈ 1, nk distincts, alors pour tout ℓ ∈ 1, k − 1
γℓ (i 1 ) = i ℓ+1 6= i 1
donc γℓ 6= id. On a de même aussitôt γk = id, de sorte qu’un cycle γ de longueur k ∈ 2, n est d’ordre k.
(b) Soit σ = γ1 . . . γp la décomposition de σ en produit de cycles à supports disjoints. Alors pour tout k ∈ Z, comme les (γi ) commutent,
il vient
σ = γk1 . . . γkp .
Par unicité de la décomposition en cycles, σk = id si et seulement si γk1 = . . . = γkp = id, donc si et seulement si k est un multiple des ordres
de tous ces cycles, c’est-à-dire un multiple de leur PPCM. Réciproquement, ce PPCM convient, et est donc l’ordre de σ. On en déduit que
σ = (1 3 6)(2 4) est d’ordre 6.
♦ Démonstration. Commençons par remarquer que si τ est une transposition, alors τ−1 = τ.
Soient τ et τ′ deux transpositions de Sn . On exclut le cas trivial τ = τ′ et on envisage alors les cas de figure suivants.
(1) Il existe (i , j , k) ∈ 1, n3 deux à deux distincts tels que τ = (i j ) et τ′ = ( j k). Alors, comme on l’a vu ci-dessus
avec σ = (i k).
(2) Il existe (i , j , k, ℓ) ∈ 1, n4 deux à deux distincts tels que τ = (i j ) et τ′ = (k ℓ). Alors
Soit n ∈ N∗ , n Ê 2. Il existe un unique morphisme non trivial ε de (Sn , ◦) dans ({−1, 1}, ×) appelé signature. Celui-ci possède les
deux définitions équivalentes suivantes.
(i) Pour tout σ ∈ Sn
Y σ(ℓ) − σ(k)
ε(σ) = .
1Ék<ℓÉn ℓ−k
(ii) Pour tout σ ∈ Sn
ε(σ) = (−1)p
où p est le nombre de transpositions intervenant dans une décomposition de σ en produits de transpositions.
I DÉE GÉNÉRALE DE LA DÉMONSTRATION . Dans la formule donnée, le numérateur et le dénominateur contiennent, au signe près, les mêmes
termes. Il ne reste donc qu’à se préoccuper précisément de cette question de signe.
♦ Démonstration. Soit f : Sn → {−1, 1} un morphisme. Comme l’ensemble des transpositions engendre Sn , la connaissance de l’image
par f de chaque transposition suffit à déterminer entièrement f . Or, si (τ, τ′ ) sont deux transpositions, elles sont conjuguées d’après la
proposition précédente : il existe σ ∈ Sn tel que
On a donc
– soit f (τ) = 1 pour toute transposition, auquel cas f est constante égale à 1 sur Sn ;
– soit f (τ) = −1 pour toute transposition.
Il reste à prouver que ce second cas définit bien un morphisme de Sn sur {−1, 1}, qui sera alors unique puisque entièrement déterminé
sur les éléments d’une partie génératrice de Sn .
Soit ε : Sn → R l’application définie dans le point (i), et soit σ ∈ Sn . Comme σ est une bijection, pour tout couple (k, ℓ) ∈ 1, n2 avec
k < ℓ, il existe un unique couple (k ′ , ℓ′ ) ∈ 1, n2 tel que σ(k ′ ) = k, σ(ℓ′ ) = ℓ. Dans le quotient définissant ε(σ), chaque couple (k, ℓ) apparaît
donc exactement une fois au numérateur, soit sous la forme ℓ − k si k ′ < ℓ′ , soit sous la forme k − ℓ si k ′ > ℓ′ . On a donc nécessairement
ε(σ) = ±1, en fonction de la parité du nombre de couples (k, ℓ) tels que k < ℓ et σ(k) > σ(ℓ).
Montrons maintenant que ε est un morphisme. Soit (σ, σ′ ) ∈ Sn2 . Alors
σσ′ (ℓ) − σσ′ (k) Y σσ′ (ℓ) − σσ′ (k) Y σ′ (ℓ) − σ′ (k)
ε(σσ′ ) =
Y
=
1Ék<ℓÉn ℓ−k 1Ék<ℓÉn σ (ℓ) − σ (k) 1Ék<ℓÉn
′ ′ ℓ−k
σ(ℓ′ ) − σ(k ′ ) Y σ′ (ℓ) − σ′ (k)
= ε(σ)ε(σ′ )
Y
=
1Ék ′ <ℓ′ Én ℓ′ − k ′ 1Ék<ℓÉn ℓ−k
où l’on a utilisé le fait que σ′ est une bijection de 1, n et réordonné éventuellement les couples (k ′ , ℓ′ ) = (σ′ (k), σ′ (ℓ)).
On vérifie enfin que ε(τ) = −1 pour une transposition. En effet, si τ = (i j ) avec (i , j ) ∈ 1, n2 , i < j , dans le produit
Y τ(ℓ) − τ(k)
1Ék<ℓÉn ℓ−k
τ(i ) − τ(k) j −k
tous les termes se simplifient sauf ceux faisant intervenir i ou j . Si k < i , il apparaît dans ce produit les termes = et
i −k i −k
τ( j ) − τ(k) i − k τ( j ) − τ(k) τ(k) − τ(i ) τ(k) − τ( j ) τ(k) − τ(i )
= dont le produit vaut 1. Si i < k < j , on trouve de même et , puis et si k > j ,
j −k j −k j −k k −i k−j k −i
ce qui donne à chaque fois un produit de 1. Enfin
τ( j ) − τ(i )
= −1
j −i
d’où ε(τ) = −1 et ε est donc bien l’unique morphisme non trivial de Sn dans {−1, 1}.
L’assertion (ii) découle alors immédiatement du fait que ε(τ) = −1 pour toute transposition. ♦
Remarque 18.107.
(a) La première formule possède l’interprétation suivante : ε(σ) = (−1)q où q est le nombre d’interversions de σ, c’est-à-dire le
nombre de couples d’éléments (k, ℓ) ∈ 1, n2 tels que k < ℓ et σ(k) > σ(ℓ).
(b) On peut aussi l’interpréter en représentant la permutation par liens. La parité du nombre de croisements donne la signature (1
s’il est pair, −1 s’il est impair). Le cycle (1 5 4 6 7 2) de l’exemple ci-dessous est de signature −1 (9 croissments).
1 2 3 4 5 6 7
• •
•
• • •
•
• •
1 2 3 4 5 6 7
(c) La deuxième formule montre aussi que les décompositions d’une permutation σ en produit de transpositions comportent un
nombre d’éléments de parité constante.
Pour tout n Ê 2, le groupe alterné An est le sous-groupe de Sn noyau de la signature ε (donc constitué des permutations de
signature égale à 1).
Exercice 18.109.
Ï Solution.
Si σ est d’ordre k ∈ Sn , alors σk = id, donc ε(σk ) = ε(σ)k = (−1)k = ε(id) = 1 donc k est pair.
γ = (i 1 i 2 )(i 2 i 3 ) . . . (i ℓ−1 i ℓ )
Pour calculer la signature d’une permutation σ, il suffit de la décomposer en produit de cycles à supports disjoints : la signature
de σ est alors le produit des signatures de ses cycles.
Exercice 18.112.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
µ ¶
Déterminer la signature de la permutation σ : .
8 4 1 2 10 6 3 7 5 9
Ï Solution.
On a
σ = (1 8 7 3)(2 4)(5 10 9)
si bien que ε(σ) = (−1)4−1 (−1)2−1 (−1)3−1 = 1.