Odon T 2023 3036 Prevot Hugo
Odon T 2023 3036 Prevot Hugo
LIENS
UNIVERSITÉ DE LORRAINE
THÈSE
POUR LE DIPLÔME D’ÉTAT DE DOCTEUR EN CHIRURGIE DENTAIRE
par
Hugo PREVOT
Né le 01/06/1997 à Verdun (Meuse)
Composition du jury :
1
Par délibération en date du 11 décembre 1972,
2
Présidente : Docteur Hélène BOULANGER Doyen : Docteur Kazutoyo YASUKAWA
3
À NOTRE PRÉSIDENT
4
À NOTRE DIRECTRICE DE THÈSE
Nous vous remercions de nous avoir fait l’honneur de diriger cette thèse.
Un grand merci pour votre dévouement, votre soutien et vos précieux conseils.
Nous tenions à vous exprimer notre gratitude la plus sincère pour le temps
considérable que vous nous avez consacré lors de la réalisation de ce travail.
Mais également pour votre pédagogie à travers votre enseignement pendant nos
études.
Veuillez trouver ici l’expression de notre profond respect et de notre vive
reconnaissance.
5
À NOTRE JUGE DE THÈSE
Vous nous avez fait l’honneur de juger ce travail, nous vous remercions de l’attention
et de l’intérêt que vous y avez porté.
Nous nous souviendrons des années passées en tant que moniteur de travaux
pratiques à vos côtés.
Un grand merci pour votre pédagogie et vos conseils, vous resterez un pilier majeur
de notre formation.
Veuillez trouver ici l’expression de notre profond respect et de notre vive gratitude.
6
À NOTRE JUGE DE THÈSE
Nous vous remercions de nous faire l’honneur de participer à notre jury de thèse.
Vous nous avez tant appris par votre pédagogie et votre expérience clinique
conjuguées dans la bienveillance.
Votre façon de pratiquer la prothèse a grandement façonné la nôtre et nous
accompagnera, tout au long de notre carrière de praticien.
Nous n’oublierons pas la grande disponibilité et la gentillesse dont vous avez
toujours fait preuve à notre égard, tout au long de nos études, particulièrement dans
les moments difficiles.
7
À mes parents,
c’est avant tout à eux que je dois la réussite de mes études. Merci pour votre soutien
à toute épreuve, financier et surtout moral, même dans les périodes les plus
sombres. Je ne pourrai jamais les remercier à hauteur de ce qu’ils m’offrent chaque
jour. Merci de m’avoir poussé jusque-là où j’en suis aujourd’hui.
À ma chérie,
mon pilier, merci de traverser les épreuves de la vie avec moi et d’en partager le
meilleur. Merci d’être toujours présente pour moi et de m’aider à construire un avenir
heureux.
À ma sœur Violette,
mon rayon de soleil, toujours présente pour me rappeler ce qui est vraiment
important dans la vie.
À ma belle-sœur Manon,
merci pour ton soutien et les moments partagés, merci de faire partie de la famille.
Heureusement que tu t’occupes de mon frère il serait vite perdu…
8
SOMMAIRE
INTRODUCTION
CONCLUSION
9
Liste des Figures
10
Figure 18: poudre, granulés, tiges extrudées et film de PEEK pur (source: Kurtz, 2012)
................................................................................................................................... 56
Figure 19 : structure chimique du PEEK : deux fonctions éther et une fonction cétone,
3 noyaux aromatiques (source: Moby et al., 2022) .................................................... 57
Figure 20 : schéma des phases de transition thermique d’un polymère thermoplastique
(d’après Baudouin, 2018)........................................................................................... 57
Figure 21 : schéma de la structure d’un polymère semo-cristallin (source: Moby et al.,
2022) .......................................................................................................................... 59
Figure 22 : cliché MEB (microscopie électronique à balayage) de sphérolites (source :
Fayolle et Tcharkhtchi, 2015)..................................................................................... 60
Figure 23 : structure du PEEK (source : Moby et al., 2022) ...................................... 60
Figure 24 : pilier implantaire en PEEK (Koutouzis et al., 2011) ................................. 67
Figure 25 : barre supra-implantaire en Peek BioHpp® (AL-Rabab’ah et al., 2019) ... 67
Figure 26 : implant en titane en position 47 et implant en PEEK en position 46 invisible
radiographiquement (Marya et al., 2011). .................................................................. 67
Figure 27 : avantages cliniques octroyés par les propriétés physiques du PEEK ..... 68
Figure 28 : bilan général des propriétés optimales et des propriétés à améliorer pour
une utilisation clinique du PEEK (source : document personnel) .............................. 71
Figure 29 : synthèse du PEEK par substitution nucléophile (Giraud, 2011) .............. 72
Figure 30 : réalisation d’un bridge collé transitoire en PEEK (source : Zoidis et
Papathanasiou, 2016) ................................................................................................ 76
Figure 31 : choix de la forme de la tête du tenon afin de répartir au mieux les
contraintes, la tête sphérique est la plus appropriée pour le PEEK. (source :Ibrahim et
al., 2021) .................................................................................................................... 78
Figure 32 : contrainte maximale (en Mpa) sur les structures dentaires et parodontales
selon le matériau choisi pour le tenon d’une RCR (traduit d’après Ibrahim et al., 2021)
................................................................................................................................... 78
Figure 33 : répartition des contraintes dans la couronne, le ciment de scellement, le
tenon, la dentine et la partie coronaire, selon le matériau choisi : a. Titane, b. Fibre de
verre, c. PEEK (source : Ibrahim et al., 2021) ........................................................... 79
Figure 34 : inlay-core en PEEK fabriqué par pressée à partir de forme en résine pattern
(source : Lalama et al., 2021). ................................................................................... 80
Figure 35 : facettes en PEEK réalisées par CFAO (Maroiu et al., 2017) ................... 80
11
Figure 36 : cas clinique d’endocouronne en PEEK sur molaire dévitalisée (source :
Zoidis et al., 2017) ..................................................................................................... 81
Figure 37 : couronne en PEEK sur dent artificielle (Katzenbach et al., 2021) ........... 82
Figure 38 : infrastructure de bridge collé en PEEK BioHPP® (source : Andrikopoulou
et al., 2016). ............................................................................................................... 83
Figure 39 : trois vues cliniques, avant la pose (A) et après la pose du bridge en PEEK
(B,C) (source : Parmigiani-Izquierdo et al., 2017)...................................................... 83
Figure 40 : infrastructure en PEEK conçue par ordinateur puis usinée dans un disque
de PEEK (source : Siewert, 2018) ............................................................................. 84
Figure 41 : armature en PEEK nue visible sous la zircone, image issue d’une autre
étude (Siewert, 2019)................................................................................................. 84
Figure 42 infrastructure en PEEK marquée par les flèches rouges, visible sous la
zircone (source : Siewert, 2018) ................................................................................ 84
Figure 43 : vues intra-buccales après pose des facettes en zircones sur l’armature
PEEK (source : Siewert, 2018) .................................................................................. 85
Figure 44 : étapes de l’étude, a. Préparation d’une cavité de classe I, b. Design de
l’obturation par ordinateur, c. Impression 3D de la pièce, d. Collage de la pièce, e.
Simulation de mastication, f. Mesure de la résistance à la fracture (source : Prechtel
et al., 2020). ............................................................................................................... 85
Figure 45 : cavités de classe II traitées par onlay Zircone (sur la molaire, images
supérieures) ou par onlay PEEK BioHPP® (prémolaire, images inférieures) (source :
Rajamani et al., 2021) ................................................................................................ 86
Figure 46 : onlay PEEK (BioHPP®) sur modèle et collé en bouche (source : Rajamani
et al., 2021) ................................................................................................................ 87
Figure 47 : situation clinique et collage de la prothèse (haut de l’image), situation à la
pose de la prothèse (A), puis 8 ans plus tard (B), aucun problème particulier n’est
survenu. (Tasopoulos et al, 2021) ............................................................................. 88
Figure 48 : changement de couleur des crochets imperceptible, le jour de la pose (a)
et après 2 ans (b) (source : Ichikawa et al., 2019) ..................................................... 91
Figure 49 : adhésion du biofilm après 2 ans mise en évidence par révélateur de plaque
(source : Ichikawa et al., 2019) .................................................................................. 91
Figure 50 : photos intra-buccales de la prothèse amovible partielle à infrastructure
PEEK (source : Zoidis et al., 2016). ........................................................................... 92
12
Figure 51: conception assistée par ordinateur d’un châssis et usinage de la pièce dans
un disque de PEEK (source: Maryod et Taha, 2019). ............................................... 93
Figure 52: conception et vues intra-buccales des différents mainteneurs d’espace en
PEEK (source: Ierardo et al., 2017) ........................................................................... 97
Figure 53: fils orthodontiques en PEEK (source: Vasavi et al., 2021) ....................... 98
Figure 54 : prothèse maxillo-faciale en PEEK (source: Costa-Paulau et al, 2014).... 99
Figure 55 : pilier implantaire en PEEK (source: AL-Rabab'ah et al., 2019) ............. 101
Figure 56: vue occlusale de piliers de cicatrisation PEEK post-opératoire (a.) et à 3
mois (b.) et Titane post-opératoire (c.) et à 3 mois (d.)............................................ 102
Figure 57 : cas clinique d’armature en PEEK pour bridge implantaire complet (source:
AL-Rabab'ah et al., 2019) ........................................................................................ 102
Figure 58 : étapes opératoires d’un cas de mise en charge immédiate de prothèse
complète sur implant en PEEK (traduit d’après: Montero et al., 2021) .................... 103
Figure 59 : lingots de PEEK pour pressée (source: Stoyanov, 2021)...................... 105
Figure 60 : disque en PEEK pour usinage (source: Stoyanov, 2021)...................... 106
Figure 61 : usineuse Pro expert 5 Opera®, exemple d’usineuse capable d’usiner du
PEEK (source: Picart et al., 2016) ........................................................................... 107
Figure 62 : conception et Fabrication Assistée par ordinateur d’un châssis de prothèse
amovible en PEEK (source: Picart et al., 2016) ....................................................... 107
Figure 63: schéma d’une imprimante SLS (source : formlabs) ................................ 110
Figure 64: schéma d’une imprimante FDM (source : formlabs) ............................... 110
Figure 65: buse d’impression FDM (source: 3Dnatives.com) .................................. 111
Figure 66: pièce fabriquée par FDM (à gauche) comparée à une pièce fabriquée par
SLA (droite). ............................................................................................................. 111
Figure 67 : schéma de l’impression FDM du PEEK (traduit d’après: Wang et al., 2020)
................................................................................................................................. 112
Figure 68 : photo de la buse (a.) d’une imprimante 3D en cours d’impression d’une
pièce en PEEK (b.) (source: Wang et al., 2020) ...................................................... 113
Figure 69 : état de surface du PEEK au microscope après mordançage à l’acide
sulfurique 98%, formation de microporosités, la surface a un aspect de réseau en
« fibres d’éponge » (Silthampitag et al., 2016). ....................................................... 117
Figure 70 : digitations de résine composite de collage qui s’infiltre dans la surface du
PEEK après mordançage à l’acide sulfurique 98% (Silthampitag et al., 2016) ....... 117
13
Figure 71 : valeur d’adhésion au PEEK imprimé et au PEEK fraisé en fonction du
temps de mordançage par acide sulfurique (d’après Zhang et al., 2021)................ 120
Figure 72 : état de surface du PEEK au microscope électronique après traitement au
plasma versus non traité (Stawarczyk et al., 2014) ................................................. 121
Figure 73 : après sablage du PEEK sa surface est irrégulière, fissurée, avec des
oxydes d’alumine de forme polygonale incrustés dans ces surfaces (Silthampitag et
al., 2016) .................................................................................................................. 126
Figure 74 : coupe en microscopie électronique de l’interface de collage du PEEK
imprimé, le primaire d’adhésion a permis la formation d’une couche hybride entre le
PEEK et la résine composite (d’après Zhang et al., 2021). ..................................... 135
Figure 75 : sablage du PEEK (source : bredent.co.uk)............................................ 137
Figure 76 : application du primaire Visio.link (source : bredent.co.uk) .................... 138
Figure 77 : sablage du titane (source : bredent.co.uk) ............................................ 138
Figure 78 : collage de l’armature PEEK sur les chapes en titane (source :
bredent.co.uk) .......................................................................................................... 139
Figure 79 : collage de la résine cosmétique sur le PEEK (source : bredent.co.uk) . 139
Figure 80 : application de l’opaqueur gencive (source : bredent.co.uk) .................. 140
Figure 81 : maquillage de la fausse gencive (source : bredent.co.uk)..................... 140
Figure 82 : finition de la gencive (source : bredent.co.uk) ....................................... 140
Figure 83 : résultat final en place sur le modèle ...................................................... 141
14
Liste des tables
15
Table 16 : tableau résumant les avantages et inconvénients cliniques de l’utilisation du
PEEK en prothèse amovible (source : document personnel) .................................... 96
Table 17 : résumé des avantages et inconvénients du PEEK en orthodontie et
pédodontie (source : document personnel) ............................................................... 98
Table 18 : résumé des avantages et inconvénients de l’utilisation du PEEK en prothèse
maxillo-faciale ............................................................................................................ 99
Table 19 : résumé des avantages et inconvénients de l’utilisation du PEEK en
implantologie (source : document personnel) .......................................................... 104
Table 20 : résumé des avantages et inconvénients des techniques additives et
soustractives (source: document personnel) ........................................................... 108
Table 21 : tableau récapitulatif des paramètres recommandés pour l’impression du
PEEK par FFF (d’après Zanjanijam et al., 2020). .................................................... 114
Table 22 : valeurs de rugosité et d’adhésion en fonction de la concentration en acide
sulfurique (d’après Chaijareenont et al., 2018). ....................................................... 119
Table 23 : valeurs d’adhésions obtenues selon le type de plasma utilisé pendant 10
min (d’après Younis et al., 2019) ............................................................................ 122
Table 24 : valeurs d’adhésion obtenues en fonction du type de laser utilisé (d’après
Ulgey et al., 2021) .................................................................................................... 125
Table 25 : valeurs obtenues dans l’étude de Çulhaoglu et al. selon le protocole utilisé
(d’après Çulhaoglu et al., 2020) ............................................................................... 131
Table 26 : tableau résumé des paramètres influençant ou non les différents traitements
et les valeurs d’adhésion maximales trouvées dans la littérature pour chacun des
traitements (source : document personnel). ............................................................ 133
16
Introduction
Depuis 2020, le cobalt métallique est classé comme substance CMR : Cancérigène
Mutagène Reprotoxique. Or, ce dernier entre dans la composition de nombreux
dispositifs médicaux utilisés quotidiennement en odontologie et les conséquences de
cette législation sur l’activité du Chirurgien-dentiste pourraient être considérables, la
recherche d’un matériau de substitution se pose déjà.
Certains des matériaux que nous utilisons libèrent des monomères suscitant toujours
plus d’inquiétude. Ainsi, le Bisphénol-A, monomère entrant dans la composition de
certaines résines composites est une cible médiatique depuis maintenant quelques
années et l’interrogation de nos patients est croissante concernant l’innocuité des
matériaux que nous introduisons dans leur organisme
Nous nous sommes interrogé sur l’existence d’un matériau dépourvu de toxicité qui
pourrait se substituer dans un avenir proche à nos matériaux conventionnels. Le PEEK
ou polyétheréthercétone est un matériau léger, hydrophobe, ne favorisant pas le
dépôt de plaque, dépourvu de substances métalliques, et ne libérant pas de
monomères toxiques. Il pourrait constituer une excellente alternative à ces matériaux.
La première partie de mon travail sera consacrée à faire état des connaissances et de
la législation en ce qui concerne la toxicité des alliages de cobalt-chrome et des
monomères relargués par les matériaux de restaurations. Dans la seconde partie,
nous étudierons le PEEK qui semble se positionner comme une alternative fiable et
sans danger face à ces matériaux. Nous détaillerons ce qu’il est déjà possible de
réaliser ou pas à partir du PEEK en prothèse dentaire. Nous verrons que dans certains
cas il est encore nécessaire d’approfondir les études cliniques avant de généraliser
son utilisation, mais nous verrons aussi que bien souvent les propriétés du PEEK
semblent comparables (voir parfois supérieures) à celles des matériaux évoqués
précédemment. Dans la troisième partie de ce travail nous détaillerons les procédés
de mise en œuvre du PEEK en laboratoire et notamment une voie d’avenir que
représente l’impression 3D. Enfin dans la dernière partie nous nous concentrerons sur
l’utilisation clinique et plus particulièrement le collage du PEEK, un protocole de
collage proposé par un fabricant sera détaillé.
17
1. Vers une interdiction des matériaux conventionnels utilisés en odontologie
1.1. Les alliages de Co-Cr
1.1.1. Définitions
Le Cobalt (Co) et le Chrome (Cr) sont tous deux des éléments métalliques
naturellement présents dans notre environnement. On les retrouve sous diverses
formes dans les sols, les eaux mais aussi le corps humain et tous les êtres vivants
(Vaicelyte et al., 2020).
• Le Cobalt
C’est un métal de transition, de symbole Co et de numéro atomique 27. Il est très
rarement retrouvé sous forme d’élément natif dans la nature et la plupart du temps
combiné chimiquement à d’autres éléments. Par fusion réductrice on obtient un métal
gris argenté, brillant et dur.
Il existe deux principaux degrés d'oxydation pour le Co, à savoir le Co(II) et le Co(III)
et c’est sous ces formes qu’on le retrouve en petite quantité dans les organismes
vivants (Vaicelyte et al., 2020).
• Le Chrome
C’est également un métal de transition de symbole Cr et de numéro atomique 24. C’est
un minerai extrêmement rare qu’on peut retrouver à l’état natif (Cr0), sous forme d’un
métal brillant, cassant et dur. Mais on le trouve majoritairement à l’état trivalent ou
hexavalent dans la nature, cette dernière forme est très réactive et n’existe pas à l’état
libre (Vaicelyte et al., 2020).
Ces éléments métalliques sont associés pour constituer des alliages, mélange de
plusieurs éléments, dosés afin d’améliorer les propriétés du produit final. Les alliages
ont été développés car les métaux purs n'ont pas les propriétés physiques et
biologiques appropriées pour pouvoir être utilisés entre autres dans des conditions
normales d’utilisation en bouche (Barralis, 1991).
L’alliage est un produit solide obtenu par fusion de deux ou plusieurs métaux. La
composition d’un alliage peut être exprimée soit selon le pourcentage en poids des
éléments, soit selon le pourcentage d’atomes de chaque élément contenu dans
l’alliage, on parle dans ce cas de pourcentage atomique (Berges, 2019).
18
1.1.2. Historique (Figure 1)
Selon Baptiste Berges qui a très bien décrit les alliages de Cobalt-Chrome, ils ont
connu un essor considérable dans de nombreux domaines depuis leur découverte au
début du XXe siècle. Largement utilisés dans l’automobile, l’aéronautique ou la santé,
ils sont devenus particulièrement importants en dentisterie. « En 1907, le premier
alliage de cobalt chrome est déposé sous le nom de « stellite® ». […] Dans les années
1930, ils ont commencé à être utilisés pour la réalisation des châssis de prothèses
amovibles partielles. » (Berges, 2019). Des alliages dits céramisables sont développés
à partir des années 60, pour la fabrication de prothèses fixées céramo-métalliques
(Wataha, 2002).
1907: découverte du
"stellite"®
19
1.1.3. Composition
20
1.1.4. Propriétés et cahier des charges
Un biomatériau dentaire doit répondre à divers critères pour être déclaré conforme à
un usage clinique. Parmi les principales caractéristiques retenues, on peut citer les
propriétés mécaniques, la biocompatibilité, l’absence de toxicité, la haute résistance à
la corrosion et la haute résistance à l'usure.
Les alliages de CoCr dentaires répondent à la norme NF EN ISO 22674 qui « spécifie
une classification des matériaux métalliques appropriés à la fabrication de
restaurations dentaires et des appareils, y compris les matériaux métalliques
d'utilisation recommandée avec ou sans revêtement céramique, ou indifféremment
pour ces deux utilisations, et spécifie les exigences qui leur sont applicables. De plus,
elle précise les exigences relatives au conditionnement et au marquage des produits
et les instructions à fournir pour l'utilisation de ces matériaux, y compris les produits
commercialisés à des tiers. » (ISO, 2016)
• Propriétés mécaniques
o Module d’élasticité élevé (200-220 GPa), évitant une trop grande
flexibilité des crochets de PAPIM (Prothèse Amovible Partielle à
Infrastructure Métallique)
o Limite élastique 640-700 MPa
o Résistance à la traction élevée (900-1000 MPa)
o Dureté élevée (340-410 HV)
o Allongement permanent de l’ordre de 10%, permettant de resserrer le
crochet d’une PAPIM sans le casser.
o Coefficient d’expansion thermique (CET) 13-15.10-6/°C
21
Table 2 : tableau comparatif de certaines propriétés mécaniques des alliages de
Cobalt-Chrome et des tissus dentaires (d’après : Gregoire et Grosgogeat, 2009; Al
Jabbari, 2014; Chun et al., 2014; Nicholson et al., 2020)
Alliages de Co- Émail Dentine Os cortical
Cr
Module 200-220 80-120 10-40 20
d’Young
(GPa)
Dureté 340-410 280-370 50-60 /
Vickers
(HV)
Coefficient 13-15 11,2 8,4 /
d’expansion
thermique
(10-6/°C)
Résistance 900-1000 10 105 120
à la traction
(MPa)
• Propriétés physiques
o Grande résistance à l’usure, évitant la libération de particules
o Intervalle de fusion 1300-1600°C, permettant une mise en œuvre aisée
en laboratoire (coulée, fusion laser,…)
o Densité de l’ordre de 7,5 g.cm-3
o Absence de porosité, très bon état de surface
• Propriétés chimiques
o Résistance à la corrosion : par la formation d’une couche d’oxydes de
chrome à la surface de l’alliage sous l’influence de la corrosion
galvanique dans la salive. Cette couche de passivation, formée après un
certain temps, dans les conditions normales d’utilisation en milieu
22
buccal, ralentit fortement les phénomènes de corrosion (Figure 2)
(Vaicelyte et al., 2020).
o Excellente liaison céramo-métallique (environ 25MPa) (Gregoire et
Grosgogeat, 2009).
dioxygène
O2
air
chrome
(Cr)
acier
zone appauvrie
en chrome {
acier
23
Dureté
Résistance
à la
corrosion
Résistance
Élasticité
à la flexion
24
1.1.5. Utilisations en odontologie
25
1.1.6. Comportement biologique et toxicité
26
• Qui peuvent devenir toxiques
e) Analyse ultrastructurale de
particules de taille nanométrique et
micrométrique d'un macrophage
provenant de la même zone que celle
montrée en (b)
Figure 5 : produits de corrosion et débris métalliques retrouvés dans les tissus mous
péri-prothétiques d’une prothèse en alliage de Co-Cr (source : Scharf et al., 2015)
27
travers d’autres dispositifs médicaux tels que des prothèses de hanche (Posada et al.,
2014).
Figure 6 : phénomènes conduisant aux effets néfastes des alliages dentaires (source
: Arakelyan et al., 2022)
28
• Effets indésirables des alliages métalliques (table 4) (figure 7)
Les ions métalliques ainsi libérés peuvent entraîner des effets indésirables locaux ou
systémiques.
Les ions libérés par les alliages dentaires peuvent entraîner une certaine cytotoxicité,
notamment sur les fibroblastes parodontaux et sur les cellules épithéliales (Ortiz et al.,
2011; Nimeri et al., 2021; Arakelyan et al., 2022). Les principaux mécanismes mis en
jeux sont l'apoptose et le stress oxydatif par la création d’espèces réactives de
l’oxygène (ROS), ce qui augmente le risque de lésions buccales, potentiellement
malignes (Pan et al., 2017; Rincic Mlinaric et al., 2019; Sardaro et al., 2019; Kovač et
al., 2020).
Ils peuvent également stimuler la libération de médiateurs inflammatoires et provoquer
une inflammation chronique de la muqueuse et des tissus parodontaux (Imirzalioglu et
al., 2012; Noumbissi et al., 2019; Kheder et al., 2021).
De plus on constate une accumulation des ions dans la muqueuse buccale,
provoquant sa pigmentation.
Chez les patients allergiques, les ions métalliques peuvent provoquer une
hypersensibilité de type IV, affectant principalement la peau et la muqueuse buccale.
L'hypersensibilité aux métaux peut aggraver les maladies auto-immunes affectant les
articulations, la peau et les glandes salivaires.
29
Les réactions d’hypersensibilités peuvent être déclenchées par l’interaction des ions
métalliques avec des protéines humaines (haptènes). La réponse immunitaire se
manifeste sous forme d'affections locales telles que la réaction lichénoïde ou peut
concerner d'autres tissus et organes (Venclíková et al., 2006; Arakelyan et al., 2022).
o Effets locaux
Les manifestations cliniques des effets indésirables locaux les plus fréquents liés aux
alliages dentaires sont : le « mouth burning » (sensation de brûlure), le lichen plan oral
et les réactions lichénoïdes, les pigmentations de la muqueuse, les leucoplasies et les
lésions érosives et ulcéreuses (Figure 8).
Figure 8 : lésions orales les plus courantes qui pourraient être associées aux alliages,
(d’après : Arakelyan et al., 2022).
Par ailleurs, les courants galvaniques produits par le polymétallisme buccal
(plusieurs types d’alliages en bouche) peuvent entraîner des brulures. À l’échelle
cellulaire, ils pourraient même entraîner l’apoptose et initier la transformation maligne
de certaines cellules (Arakelyan et al., 2022).
Plus spécifiquement pour le cas du Co-Cr, un rapport de cas de 2011 montre une
association entre la libération de cobalt par des restaurations dentaires et une réaction
d'hypersensibilité orale chez un patient allergique au cobalt. Le patient présentait une
douleur de type brûlure, sévère et constante au niveau de la bouche, la langue et des
lèvres deux mois après l’insertion de sa prothèse. Les symptômes ont disparu tout de
suite après le remplacement de cette dernière (Thyssen et al., 2011) .
30
Dans un autre rapport (Song et al., 2011), un patient a souffert pendant un an de
pustules, de cloques et d'érythème sur les mains et les pieds à la suite d’une
réhabilitation prothétique avec des couronnes en Co-Cr. Bien qu'il n'y ait eu aucun
symptôme dans la cavité orale, ces symptômes ont disparu 3 semaines après le retrait
des couronnes (Figure 9).
En général, les principaux effets locaux rapportés sur le Cobalt et le Chrome dentaires
concernent une dermatite allergique de contact mais la plupart des études cliniques
nécessiteraient des investigations complémentaires.
o Effets systémiques
Les ions métalliques libérés peuvent être ingérés pour aller s’accumuler dans les
organes et sont susceptibles d’entraîner des manifestations systémiques (de Morais
et al., 2009).
L’implication des ions métalliques dans la carcinogenèse est maintenant admise. Ils
ont un rôle sur la formation des radicaux libres et des espèces réactives à
l’oxygène : de nombreuses études ont porté sur la toxicité et la cancérogénicité
induites par les métaux dans les systèmes biologiques, et l'importance de ce rôle. La
formation de radicaux libres par les métaux et notamment lors de la réduction du
31
Cr(VI) (Pavesi et Moreira, 2020) peut entraîner diverses modifications de l’ADN et être
à l’origine de phénomènes conduisant à l’apoptose d’une cellule ou à l’induction de la
carcinogénicité (Valko et al., 2006).
Le Cr(VI) est un agent oxydant puissant et toxique qui traverse les membranes
cellulaires. Les composés du Cr(VI) sont classés comme cancérigènes pour l'homme
par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) (McGregor et al., 2000).
Toutefois, il a été démontré que si le Cr(VI) est libéré d'un alliage, il n'est présent que
pour un temps très limité car il est rapidement réduit à l'état trivalent in vivo (Meek et
al., 2008) .
En dehors du cobalt et du chrome, les autres composants des alliages de CoCr, tels
que le Nickel, peuvent être libérés et avoir des effets néfastes sur le corps humain
(Genchi et al., 2020).
Depuis 2017, la pression réglementaire est devenue plus stricte pour le Co à la suite
de son enregistrement en tant que substance CMR (Cancérigène, Mutagène,
Reprotoxique), sur la base d'études in vitro et in vivo. Cependant, il reste difficile
d'évaluer l'impact de la libération des ions métalliques et des particules d'usure des
alliages dentaires sur la survenue de cancers chez l'homme. De plus, les effets
toxiques systémiques des alliages dentaires sont controversés car l'absorption
quotidienne d'ions métalliques provenant des prothèses dentaires est bien inférieure
aux valeurs limites de toxicité. C'est le principe de précaution qui est adopté par les
instances administratives (Manjith et al., 2012; El Sawy et Shaarawy, 2014; Vaicelyte
et al., 2020).
Table 4 : résumé des effets indésirables potentiels et avérés liés aux alliages de Co-
Cr (source : document personnel)
Effets locaux Effets systémiques
- Dermatite allergique de contact
- Apoptose et induction de phénomènes de carcinogenèse
- Pigmentations de la muqueuse - Accumulation dans d’autres organes
- Lichen Plan Oral - Hypersensibilités
- Leucoplasie - Aggravation de maladies auto-immunes
- Lésions érosives
- Courants galvaniques
32
1.1.7. Autres problèmes notables liés aux alliages de Co-Cr
• Prix du Cobalt
Le Cobalt de nos alliages dentaires est aussi présent dans tous les appareils
électroniques qui nous entourent, il fait partie intégrante de toutes les batteries
(smartphones, ordinateurs), les piles rechargeables, les véhicules électriques, ...
Un rapport de 2018 (McKinsey, 2018) prévoit que la demande en Cobalt risque
d’exploser de plus de 60% entre 2017 et 2025 notamment à cause du développement
des voitures électriques.
La plupart des mines de cobalt sont situées sur le continent africain, principalement en
République Démocratique du Congo. Amnesty international affirme que ces mines
constituent un réel problème à la fois sur le plan humain et environnemental.
Selon l’ONG, violations des droits de l’homme et travail des enfants, sont monnaie
courante au sein de ces mines qui fournissent le monde occidental en cobalt.
33
Figure 10 : illustration des mineurs de cobalt (souce : d’après Amnesty
International, 2017)
Des mineurs sans protection de la peau et des voies respiratoires contre les
poussières toxiques, pratiquent parfois l’extraction du minerai à la main (Figure 10) et
développent des maladies à cause de leurs conditions de travail (Amnesty
International, 2017). Par ailleurs, l’extraction du minerai de ces mines nécessite
souvent l’utilisation d’énergies fossiles émettant des gaz à effets de serre en quantités
considérables.
Le recyclage des batteries qui sont produites pose d’autres problèmes encore.
34
1.2. Les monomères
1.2.1. Définitions
Le terme « polymères » désigne une grande famille de matériaux très utilisés dans
toutes les branches de l’odontologie. « Polymère » vient du grec pollus, qui veut dire
plusieurs, et meros : partie.
D'un point de vue chimique, un polymère est une substance organique composée de
macromolécules et issue de molécules de faible masse moléculaire liées entre elles
par des liaisons covalentes. En clair, plusieurs monomères s’assemblent pour former
une molécule plus grosse le polymère. Les polymères forment donc de longues
chaînes carbonées (Chaput et Faure, 2019)
Nous nous concentrerons particulièrement sur le cas des résines utilisées pour la
réhabilitation définitive des structures dentaires ou le remplacement des dents
absentes, qui sont susceptibles de relarguer des monomères tout au long de leur vie
en bouche.
35
forment des chaînes macromoléculaires linéaires hydrophobes. On utilise le PMMA
pour les bases de prothèses amovibles, mais il ne s’agit pas d’un matériau de
restauration dentaire.
36
- L’HEMA (Hydroxy-Ethyl-Methacrylate), utilisé dans les adhésifs et les CVIMAR
- Les abaisseurs de viscosités tels que TEGDMA (tri-éthylène glycol di-
méthacrylate), UDMA (uréthane di-méthacrylate),…
- Le BPA (Bis-phénol-A), très controversé de nos jours, autrefois utilisé dans
l’industrie alimentaire.
Leur structure (Table 5) se résume à une longue chaîne carbonée qui comporte des
groupements fonctionnels permettant la polymérisation et leur conférant à chacun des
propriétés qui leur sont propres.
Bis-GMA
HEMA
TEGDMA
UDMA
BPA
37
De nos jours, plus de 200 résines composites différentes sont disponibles sur le
marché. Elles sont globalement construites sur la même base mais peuvent être très
variables selon leur indication clinique et les propriétés recherchées. Ainsi, il est
possible de classer les résines composites de plusieurs façons : selon les
caractéristiques de leurs charges, de la matrice organique, selon leur viscosité ou
encore selon leur mode de polymérisation. Un article de Thomas Giraud et Anne
Raskin paru en 2019 dans la revue BioMatériaux dentaires Cliniques décrit en détail
ces classifications dans le contexte du marché actuel (Figure 13) (Giraud et Raskin,
2019).
38
1.2.2. Polymérisation des monomères
39
résines composites à base de diméthacrylates utilisées en restauration directe. Plus
ce taux est important, meilleures sont les propriétés mécaniques et physiques du
matériau (Chaput et Faure, 2019; Mortier et Balthazard, 2019). Par ailleurs, les
monomères résiduels non polymérisés sont libérés dans le milieu buccal et peuvent
être à l'origine d'une certaine toxicité (voir chapitre 1.3.5.).
40
prémolaires. Selon les études cliniques, l'usure des résines composites
est de 10 à 20 μm/an pour les zones marginales d'une restauration
postérieure. Dans certains cas, l’usure peut descendre en dessous des
5 μm/an mais peut également être 3 à 5 fois plus importante en zone de
contact occlusal.
o Conductivité thermique proche de celle de l’émail et de la dentine, plutôt
faible, ce sont de mauvais conducteurs thermiques
o Rétraction de prise 1,6 à 8,1% lors de la polymérisation, inconvénient
majeur des résines composites qui peut entraîner l’apparition de
contraintes ou de hiatus périphérique (Mortier et Balthazard, 2019).
o Teinte et radio-opacité modulables, propriétés optiques excellentes
o Apte au polissage, la rugosité de surface doit être suffisamment faible
afin d’empêcher l’adhésion de la plaque bactérienne
o Absorption d’eau : ils sont susceptibles d’absorber l’eau du milieu, ce qui
peut les colorer et détériorer leurs propriétés mécaniques par éjection
des charges. Cette propriété répond à la norme ISO 4049 (≤ 40 μg/mm3)
o Porosité relativement importante qui peut favoriser fractures et
percolation bactérienne (Roberts et al., 2020).
• Absence de propriétés antibactérienne et bactériostatique propre, au contraire,
la pose d’un composite est corrélée avec une augmentation de la quantité de
plaque bactérienne. Certaines bactéries telles que Streptococcus mutans sont
capables de dégrader les restaurations en résine composite et les sous-produits
issus de cette dégradation tels que le Tri-Ethylène-Glycol (TEG) augmentent
l’activité des bactéries cariogènes (Bourbia et al., 2018). Cependant certaines
résines disponibles de nos jours combinent différentes stratégies
antibactériennes : elles sont par exemple capables de relarguer des agents
antibactériens ou possèdent une surface empêchant l’adhésion de la plaque
(Sun et al., 2021).
41
Table 7 : tableau comparatif de certaines propriétés mécaniques des résines
composites et de celles des tissus dentaires (d’après Mortier et al., 2010; Chaput et
Faure, 2019; Mortier et Balthazard, 2019)
42
1.2.4. Utilisations des monomères en odontologie
L’image ci-dessus (figure 14), résume brièvement les utilisations possibles des
monomères dans le cas des restaurations dentaires. Nous les retrouvons partout dans
la pratique quotidienne du chirurgien-dentiste. Dans les cas évoqués ci-dessus, ils sont
destinés à rester dans la bouche de nos patients pour une durée considérable, au
cours de laquelle ils peuvent être relargués dans le milieu buccal et provoquer des
effets nocifs locaux ou systémiques.
43
1.2.5. Comportement biologique et toxicité
44
Des études récentes de vieillissement artificiel au sein d’un milieu standardisé ont
montré la libération prolongée de monomères à partir de restaurations en PMMA
(issues de la CFAO) et de restauration en résine composite (en méthode directe). Ces
études ont montré une élution de monomères sur un mode chronique plutôt qu’aigu et
donc sur une durée prolongée et pas seulement lors de la pose du matériau (Engler
et al., 2019).
Figure 15: schéma résumant les voies de libération des monomères (source:
document personnel)
45
• Conséquences et toxicité (Table 8)
o Réactions allergiques
Depuis de nombreuses années maintenant, les méthacrylates sont connus de la
communauté scientifique comme étant un groupe important de sensibilisateurs
allergiques (Sasseville et al., 2012; Romita et al., 2017; Voller et Warshaw, 2020)
En 2020 Bishop et Roberts montrent que la sensibilité de la population aux monomères
et les allergies liées aux méthacrylates utilisés en dentisterie dépassent nos croyances
traditionnelles. Les auteurs expliquent que la dermatite de contact reste la
présentation clinique la plus fréquente liée au méthacrylate mais que les complications
respiratoires et l'asthme sont de plus en plus associés à l'exposition aux monomères.
Les auteurs concluent sur la nécessité d’informer le personnel du cabinet de son
exposition quotidienne aux sources de méthacrylate et des risques qui y sont associés.
Ils soulignent également que les EPI (Équipements de Protection Individuelle) utilisés
au cabinet sont inefficaces pour la protection contre les méthacrylates (Bishop et
Roberts, 2020).
À l’heure actuelle, aucune réelle mesure ni recommandation ne sont établies par les
autorités compétentes internationales.
o Irritation pulpaire
L’inflammation pulpaire à la suite de la pose d’un soin en résine composite est une
réaction bien connue.
En effet les monomères tels que le TEGDMA ou l’HEMA se comportent comme des
irritants et induisent une certaine toxicité pulpaire.
Lovász et al. ont montré en 2021 que la présence de monomère de TEGDMA au sein
du complexe pulpo-dentinaire entrainait la production et l’activation de
métalloprotéases et de collagénases par les cellules pulpaires et donc pourrait induire
une réaction inflammatoire qui peut conduire à l’apoptose des cellules pulpaires
(Lovász et al., 2021). Les monomères sont dès lors susceptibles de conduire à la
nécrose pulpaire.
46
Les EROs induisent un stress oxydatif qui peut entraîner des dommages de l’ADN
des cellules et donc l’apoptose ou la carcinogenèse (Gallorini et al., 2013; Romo-
Huerta et al., 2021). Les cellules concernées peuvent se trouver à proximité de la
source de monomères mais également à distance dans le cas du passage systémique
de ces derniers. La cytotoxicité du TEGDMA et du bis-GMA a par exemple été
démontrée en 2021 sur des fibroblastes gingivaux humains (De Angelis et al., 2021).
o Perturbateurs endocriniens
Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques qui peuvent
perturber le système hormonal de l'organisme en bloquant ou en interférant avec les
récepteurs hormonaux. En général il s’agit de molécules similaires aux hormones qui
entre en compétition avec ces dernières (Robberecht et al., 2017).
Le Bis-Phénol-A (BPA), très utilisé en odontologie, est un perturbateur endocrinien
bien connu qui imite la structure des hormones stéroïdiennes et peut donc avoir de
nombreux effets œstrogéniques sur l'organisme. (Rubin et al., 2011; Chianese et al.,
2021). Il a notamment fait polémique dans l’industrie alimentaire ces dernières années
(Chapitre 1.4.2.).
« Chez l’animal ayant subi une exposition précoce au BPA, on observe des troubles
endocriniens (diabète, obésité), de la reproduction (altération de la spermatogénèse,
de l’ovulation, de l’implantation des embryons, du déterminisme sexuel), du
comportement (hyperactivité), un effet sur les glandes mammaires et la prostate
(perturbation de l’organisation tissulaire, augmentation de masse, apparition de
lésions néoplasiques) et une réponse immunitaire diminuée. De plus, les
conséquences d’une exposition au BPA pourraient être visibles chez les descendants
d’un individu par un saut transgénérationnel. Par ailleurs, une exposition précoce
pourrait être corrélée à l’apparition d’Hypominéralisation Molaires-Incisives (MIH). »
(Robberecht et al., 2017)
Le BPA pur n’entre pas directement dans la composition des résines composites mais
de nombreux biomatériaux sont produits à partir de ses dérivés. Des impuretés de
synthèse des biomatériaux peuvent dès lors conduire à sa libération in-vivo. Il peut
également être produit lors de l’hydrolyse des monomères libres de bis-GMA. Or le
Bis-GMA est encore plus répandu que le BPA dans la fabrication des résines
composites (Fleisch et al., 2010; Robberecht et al., 2017).
47
Au premier abord, la contribution de l'exposition au BPA provenant de sources
dentaires semble relativement faible (moins de 5%) par rapport à l'exposition générale
au BPA par l'alimentation, les boissons et les poussières. En effet, les quantités de
BPA libérées par les biomatériaux dentaires sont inférieures aux normes européennes
fixées par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) en 2015 de 4μg/kg/j.
Il n’existe donc pas de réelles preuves d’un effet toxique des dérivés du BPA provenant
de sources dentaires. Cependant, il est possible que les concentrations de BPA
provenant de sources dentaires aient été sous-estimées et des études récentes
soulèvent de nouveau cette question (Robberecht et al., 2017).
Les monomères libres sont donc susceptibles d’avoir un effet néfaste sur le système
endocrinien.
Table 8 : tableau résumant les effets locaux et systémiques néfastes des monomères
(source : document personnel)
Effets locaux Effets systémiques
- Dommages de l’ADN apoptose et induction de phénomènes de carcinogenèse
- Dermatite allergique de contact
- Toxicité pulpaire - Asthme allergique
- Perturbateur endocrinien
48
1.3. Législation
1.3.1. Cas des alliages de Cobalt-Chrome (Figure 16)
Depuis les années 1990, le nickel est considéré comme cancérigène pour l'homme
suite aux recherches du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et de
l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Une des conséquences immédiates a été
la décision du parlement européen de restreindre l'utilisation des alliages de nickel au
profit du développement de nouveaux biomatériaux (Genchi et al., 2020). Pour les
fabricants et les professionnels, le rejet des alliages à base de nickel constituait un
véritable défi à relever. Au cours des dernières décennies, l'utilisation des alliages à
base de Co-Cr a alors augmenté car ils étaient considérés comme une alternative
économique aux alliages précieux et une alternative plus sûre aux alliages non
précieux à base de Ni. L'utilisation des métaux et donc des alliages dentaires a été
fortement encadrée en Europe depuis plus de 30 ans par des directives et des
règlements.
Au cours des dernières années, l’Union européenne a beaucoup travaillé sur la
réglementation des produits chimiques afin d’harmoniser les politiques des États-
membres sur le sujet.
• REACH
L’évènement le plus marquant, est sans doute la publication du règlement (CE)
No 1907/2006 du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2006 concernant
l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, en anglais
REACH (Registration, Evaluation, Authorization and restriction of Chemicals).
De ce règlement découlent les restrictions applicables aux substances chimiques,
établissant par la même occasion un organisme régisseur : l’agence européenne des
produits chimiques (en anglais ECHA : European Chemicals Agency) (source: ECHA).
REACH est entré en vigueur le 1er juin 2007 et l'objectif global de ce règlement est de
garantir un haut degré de sécurité en santé humaine et de protection de
l'environnement au sein du marché européen. Les industriels et autres acteurs de ce
marché sont dès lors chargés de collecter des informations sur les substances qu'elles
fabriquent ou importent en quantités égales ou supérieures à une tonne par an.
49
Elles doivent évaluer les dangers et les risques que la substance peut présenter. Ces
informations sont transmises à l'ECHA par le biais d'un dossier d'enregistrement.
L'enregistrement des substances chimiques est basé sur le principe "une substance,
un enregistrement" (Grosgogeat et al., 2021).
• CLP
Le règlement (CE) No 1272/2008 relatif à la classification, à l’étiquetage et à
l’emballage des substances et des mélanges (CLP: Classification, Labelling,
Packaging), est entré en vigueur le 20 janvier 2009, il vient compléter le règlement
REACH (Vaicelyte et al., 2020).
Ce règlement a harmonisé les critères de classification des substances et des
mélanges, ainsi que les règles d'étiquetage et d'emballage des substances et des
mélanges dangereux. Il vise également à établir un inventaire de classification et
d'étiquetage des substances.
La base de données contient 23 121 substances et des informations provenant de 103
736 dossiers à sa dernière mise à jour le 30/09/2022. Les métaux Co (231-158-0) et
Cr (231-157-5) ont été enregistrés respectivement le 17 septembre 2010 et le 8
septembre 2010 (source: eur-lex).
50
Table 9 : définition d’une substance CMR selon le règlement CLP (d’après : ANSES
2013; CNRS, 2017)
o RDM
Depuis les années 1990, le législateur européen cherche également à harmoniser la
réglementation des dispositifs médicaux des pays membres de l'UE.
En 2017, un nouveau règlement sur les dispositifs médicaux (RDM) entre en
vigueur. Retardée par la crise de la covid19, sa mise en application a finalement lieu
le 26 mai 2021.
Les dispositifs médicaux sont classés en fonction du niveau de risque associé à leur
utilisation et il devient, obligatoire de signaler la présence de toute substance
51
classée CMR 1A ou 1B, en concentration supérieure à 0,1 % en fraction
massique (m/m).
Une nouvelle base de données européenne sur les dispositifs médicaux (EUDAMED)
est créée et un système d'identification optimisera la traçabilité des dispositifs
médicaux. Enfin, en cas de produits défectueux, un nouveau mécanisme financier
devrait permettre d'indemniser efficacement les patients.
À compter du 26 mai 2021, tous les dispositifs médicaux ne doivent être approuvés
qu’en fonction du processus RDM.
Les certificats et dispositifs déjà sur le marché sont valides jusqu’en mai 2022
(certificats de conformité CE délivrés avant le 25 mai 2017) ou jusqu’en mai 2024
(certificats de conformité CE délivrés après le 25 mai 2017) (Grosgogeat et al., 2021)
(Figure 16).
52
Néanmoins, le dispositif médical pourra être mis sur le marché en remplissant les
conditions suivantes : aucune alternative n'est disponible et une justification est
fournie. Quoi qu’il en soit, en vertu du RDM (UE) 2017/745, tous les matériaux
dentaires contenant du Co devront étiqueter la présence de ce métal, considéré
comme un CMR, et en informer les consommateurs.
53
Pour les industriels, il paraît assez difficile de trouver d'autres biomatériaux qui auraient
des propriétés mécaniques et physico-chimiques similaires à celles des alliages Co-
Cr dans un délai si court.
54
est légitime de se poser la question : le principe de précaution ne risque-t-il pas de
s’appliquer un jour ou l’autre ?
Les matériaux utilisés usuellement dans les techniques de CFAO incluent très souvent
des monomères. Qu’il s’agisse de gouttières, de guide implantaires ou encore de
restaurations dentaires, de nombreuses pièces produites par CFAO sont composées
de monomères. Cela est d’autant plus marqué dans les techniques d’impression 3D
(que nous développerons dans le chapitre 3.3) qui utilisent généralement des résines
polymérisables. Ces techniques d’avenir, parfois décrites comme très sûres, sont déjà
remises en question par des études récentes sur les dangers potentiels des résines
qu’elles utilisent. En effet selon Rogers et al., les résines dentaires utilisées pour
l’impression 3D sont susceptibles de libérer des monomères très toxiques pour le
système reproducteur féminin. Les auteurs ont réalisé in vitro un modèle d’appareil
reproducteur féminin de souris et ont imprimé en 3D plusieurs pièces en résines dites
« certifiées ISO biocompatibles ». Des ovocytes de souris ont ensuite été mis en
culture au sein de ces pièces imprimées en 3D. Une dégénérescence rapide de ces
cellules a été démontrée (Rogers et al., 2020). Ces résultats sont inquiétants et il est
encore difficile de conclure à une toxicité in vivo chez l’être humain, des études
ultérieures sont nécessaires. Toutefois, il s’agit d’une question à laquelle il est
important de répondre rapidement puisqu’on parle d’une industrie nouvelle en plein
essor dans tous les domaines de la santé.
Nous l’avons évoqué, nos monomères sont susceptibles de présenter une certaine
toxicité et donc d’être un jour classifié CMR, ce qui n’est généralement pas le cas pour
le moment (en dehors du BPA).
55
Nous dirigeons-nous vers la même situation que pour le Cobalt-Chrome ? Comment
présenter à nos patients des prothèses, parfois conçues au cabinet, étiquetées d’une
mention CMR ? Dans tous les cas est-ce vraiment éthique d’en connaître la toxicité
mais de continuer de proposer ces matériaux à nos patients ?
Depuis les années 60, les industriels ont découvert de nouveaux polymères. Le
poly(oxy-1,4-phénylène-oxy-1,4-phénylènecarbonyl-1,4-phénylène) ou Poly Ether
Ether Cétone- (PEEK) fait partie des plus prometteurs d’entre eux, grâce à ses
propriétés physiques et chimiques particulièrement intéressantes. Il fut amplement
utilisé dans des industries de pointe telles que l’aéronautique ou l’automobile et a attiré
l’attention de chercheurs de tous domaines, notamment en médecine humaine pour la
réalisation de prothèses orthopédiques. (Kurtz et Devine, 2007; Moby et al., 2022)
Figure 18: poudre, granulés, tiges extrudées et film de PEEK pur (source: Kurtz, 2012)
Il s’agit d’un polymère aromatique à chaîne linéaire rigide : une grande molécule
constituée d’une longue chaine carbonée formée par l’association de noyaux
aromatiques (cycles benzéniques), liés entre eux par des groupes éthers (atomes
d’oxygène) et cétones (groupes carbonyles), de formule :
(-C6 H4 -OC6 H4 -O-C6 H4 -CO-)n (Figure 19) (Moby et al., 2022).
56
Figure 19 : structure chimique du PEEK : deux fonctions éther et une fonction cétone,
3 noyaux aromatiques (source: Moby et al., 2022)
Phase de fusion
Phase Phase
vitreuse amorphe
(état semi- (état semi-
cristallin) liquide)
Phase de transition
vitreuse
57
la température redescend, les chaînes moléculaires s’organisent en perdant en
mobilité et se structurent en cristaux. Mais les chaines carbonées sont très longues et
les groupements aromatiques cristallisent difficilement, ainsi les cristaux se retrouvent
piégés au sein d’une zone amorphe, formée de molécules restées en désordre lors du
refroidissement (Kurtz, 2012). La cristallisation a un taux variable et elle n’est jamais
complète, c’est pourquoi on parle de polymère semi-cristallin (Baudouin, 2018).
La cristallinité du PEEK varie entre 13 et 44%, le taux idéal pour avoir les meilleures
propriétés mécaniques se trouve entre 25 et 30% (Moby et al., 2022).
La microstructure du PEEK se décrit sous ses deux phases (Blundell et Osborn,
1983) :
- la phase amorphe est en désordre et ne décrit aucune organisation distincte
- la phase cristalline du polymère est dite sphérolitique.
58
Figure 21 : schéma de la structure d’un polymère semo-cristallin (source: Moby et al.,
2022)
59
Figure 22 : cliché MEB (microscopie électronique à balayage) de sphérolites (source :
Fayolle et Tcharkhtchi, 2015)
Il est lui-même composé d’un agrégat de cristaux en aiguilles ou lamelles qui croissent
en formant une structure rayonnante par élongation des cristaux autour d’un point de
nucléation initial. Ces aiguilles ont une épaisseur de 1 à 4 nm et sont espacées de 10
nm les unes des autres. Elles s’organisent selon un motif de mosaïque séparées par
la structure amorphe qui se trouve dans les espaces inter-lamellaires (Figure 21-23)
(Cowie, 1991 ; Kuo, 2010, Moby et al., 2022).
La structure amorphe est formée de polymères non cristallisés, sans organisation
particulière, désordonnée (Figure 23). Elle confère au matériau une certaine élasticité
et par le fait sa résistance à la rupture ( Schwitalla et al., 2015)
60
2.3. Propriétés du PEEK (figure 28)
• Module d’Young
Le module d'élasticité du PEEK est de 4 GPa, ce qui très proche de celui du tissu
osseux (module d’élasticité de l’os cortical = 20 GPa, module d’élasticité de l’os
médullaire = 0.5-1GPa) (Elmoutawakkil et Bellemkhannate, 2020). Cette propriété le
place dans une position avantageuse pour être utilisé en implantologie. Cette valeur
est également très proche de celle de la dentine et donc permettrait de l’utiliser en tant
que matériau de restauration coronaire, corono-radiculaire ou plus généralement en
prothèse dentaire. Un module d’élasticité proche de celui des tissus dentaires et
osseux permet de réduire les contraintes transmises par le matériau aux tissus sous-
jacents (Ibrahim et al., 2021; Villefort et al., 2021). En effet comme nous l’avons déjà
évoqué, le biomatériau parfait se veut biomimétique.
Le module d’élasticité du PEEK est donc très inférieur à celui des alliages de Co-Cr
(200-220 GPa). Il est comparable à celui du PMMA mais beaucoup plus faible que
celui de la zircone (module d’élasticité = 210 GPa) ou du titane (module d’élasticité =
110 GPa) (Moby et al., 2022).
On peut augmenter son module d’élasticité par l’ajout de fibres de verre (12 GPa ) ou
de fibres de carbone (20-47 GPa)(Pan et al., 2015; Qin et al., 2019; Vasavi et al.,
2021).
61
• Résistance à la flexion
Cette propriété est principalement mise en jeu sur le groupe incisivo-canin lors de la
mastication. La résistance à la flexion du PEEK est de l’ordre de 170 à 190 MPa à
température ambiante pour le PEEK nu (Schwitalla et al., 2015). Elle est très proche
de celle de l’os (150 MPa), relativement proche de celle de l’émail (8-35 MPa) ou de
la dentine (30-65 MPa) et plutôt éloignée de celle du Titane et du Cobalt-Chrome,
respectivement d’environ 950 MPa et 2000MPa (Plotino et al., 2007; Schwitalla et al.,
2015; Rocchi et al., 2018; Viderščak et al., 2021).
Ainsi en ce qui concerne l’implantologie, la résistance à la flexion du PEEK semble
plus adaptée que celle du titane pour la transmission des forces à l’os (Rocchi, 2016).
• Résistance à la traction
Les pièces en PEEK pur peuvent atteindre une résistance à la traction de 80-100 MPa,
230 MPa pour les pièces en renforcées en fibres de carbone (McLauchlin et al., 2014;
Zong et al., 2019; Li et Lou, 2020). Elle se rapproche de la résistance à la traction de
l’os cortical (120 MPa) et de la dentine (105 MPa) (Tannous et al., 2012; Najeeb et al.,
2016). L’ajout de fibres de carbone ou de fibres de verre au PEEK permet
d’améliorer de manière significative la résistance à la traction et à la flexion (jusqu’à
310 MPa). Une faible teneur en fibres (5 % en poids) est propice à l'augmentation des
propriétés mécaniques, à l'amélioration de la qualité de surface et à la réduction de la
porosité du CF/GF-PEEK imprimé (Wang et al., 2020). La résistance à la traction du
PEEK est relativement éloignée de celle du Co-Cr (900-1000 MPa) (Al Jabbari, 2014).
• Résistance à la compression
Les forces de compression s’exercent essentiellement sur les faces occlusales des
dents postérieures lors de la mastication. La résistance à la compression du PEEK pur
non renforcé est de 120-156 MPa, donc plus faible que celle de la dentine (300 MPa)
et de l’os (190 MPa), elle paraît donc plutôt faible et oblige souvent au renforcement
du PEEK pour améliorer cette valeur et permettre son utilisation clinique en
odontologie (Niu et al., 2021). À titre de comparaison la résistance à la compression
des alliages de cobalt-chrome se situe autour des 1500 MPa (matweb.com).
62
• Résistance à l'usure et usure de l’antagoniste
Celle du PEEK est excellente, similaire à celle des matériaux en résine lorsqu’il est
opposé aux dents naturelles, il n’entraine pas d’abrasion de l’antagoniste. Abhay et al.
ont simulé in vitro des cycles de mastication grâce à une machine en confrontant des
pièces en PEEK et en zircone à un antagoniste. Ils ont montré que l’antagoniste était
3 fois plus usé par la zircone (6,17mm2) que par le PEEK (2,50mm2) après 120 000
cycles. En revanche le PEEK s’est avéré environ 2 fois moins résistant à sa propre
usure (3,68mm2) que la zircone (1,68mm2). La limite de cette étude reste que pour des
raisons pratiques, l’antagoniste n’était malheureusement pas de l’émail dentaire.
(Abhay et al., 2021).
Une autre étude in vitro de Wimmer et al. compare l’usure de couronnes en PEEK,
résine composite et PMMA, tous les échantillons ont été fabriqués par CFAO. Les
antagonistes étaient cette fois en émail humain. Tous les échantillons en PEEK ont
montré, quelle que soit les sens d’application des forces, une bien meilleure résistance
à l’usure (de 4 à 30 fois supérieure) que les échantillons en PMMA et en composite
(Wimmer et al., 2016). Benli et al. corroborent ces résultats : après 60 000 cycles de
mastication, les auteurs ont mis en évidence 1,084mm3 d’usure moyenne du PEEK
contre plus de 2mm3 pour le PMMA (Benli et al., 2019).
Peu d’études comparent l’usure du PEEK. Sampaio et al. se sont tout de même
intéressés à l’usure par abrasion du Titane Ti6Al4V comparativement à celle du PEEK,
lors de l’hygiène dentaire, par la brosse à dent et les particules abrasives contenues
dans le dentifrice. Les résultats de cette étude étaient relativement prévisibles, le
PEEK a montré une perte de matériau plus importante que le Titane en présence de
particules de silice. Ces résultats sont dûs à la dureté du PEEK (40-80 HV) qui est bien
inférieure à celle du Titane (350-370 HV pour le Ti6Al4V), les résultats seraient très
probablement équivalents avec un alliage de CoCr (340-410HV).
• Résistance à la fatigue
La fatigue d’un matériau désigne la diminution de ses propriétés mécaniques sous
l’application d’une charge cyclique. À terme la fatigue d'un matériau peut provoquer
des fissures et/ou des fractures du matériau. Le PEEK (pur ou renforcé), possède une
excellente résistance à la fatigue, ce qui permet de l’utiliser en situations de contraintes
successives et répétées. Dans la cavité orale, les mouvements d’insertion-
63
désinsertion d'une prothèse ou le cycle masticatoire entraînent des contraintes
cycliques permanentes. Pour tester la résistance à la fatigue d’un matériau, on le place
dans une machine qui permet d’appliquer une charge cyclique variable sur ce dernier
et on mesure le nombre de cycles nécessaires à la rupture de l’éprouvette (Rocchi,
2016). En 2022, Zheng et al. ont démontré lors d’une étude que des crochets de
prothèse amovible réalisés en PEEK présentaient une meilleure résistance à la fatigue
que ceux réalisés en Co-Cr que ce soit par un procédé de frittage laser ou de coulée
classique. Les crochets en PEEK étaient capables de subir plus de cycles de
contrainte que ceux en Co-Cr et ce peu importe l’épaisseur de l’éprouvette, nous ne
donnerons les résultats que pour une seule épaisseur (0,5mm de contre-dépouille)
afin de résumer au mieux l’étude (Table 10). Le Tableau 10 permet de constater que
la résistance à la fatigue du PEEK est bien meilleure que celle du Co-Cr. Selon
l’épaisseur de l’éprouvette la relation n’est pas linéaire mais la résistance à la fatigue
du PEEK est toujours supérieure (entre 3 et 10 fois supérieure) (Zheng et al., 2022).
Table 10 : nombre de cycles moyen avant rupture des éprouvettes (pour une contre
dépouille de 0,5mm) (d’après Zheng et al., 2022)
• Densité et poids
Il possède une faible densité, d’environ 1,32 g/cm3 (Lee et al., 2012), ce qui en fait un
matériau particulièrement léger et donc intéressant lorsque le poids peut s’avérer être
un problème. On pense notamment aux prothèses amovibles parfois inconfortables à
cause de leur poids. À titre de comparaison, les alliages de Cobalt-Chrome (Co-Cr),
64
classiquement utilisés pour les châssis de PAPIM sont environ six fois plus lourd et le
titane 3 fois et demi plus lourd que le PEEK pour un même volume (Baudouin, 2018).
• Stabilité thermique
Comme évoqué précédemment, le PEEK se compose de cycles benzéniques
intercalés de fonctions cétone et éther, ce qui lui confère une structure en longue
chaîne linéaire rigide. Cette structure lui octroie des températures de transitions
élevées : sa température de transition vitreuse est de 143°C et sa température de
fusion est de 343°C (Cheng et Wunderlich, 1986). Ces températures élevées
impliquent une mise en œuvre industrielle à haute température : 400°C en moyenne.
Par ailleurs il conserve ses propriétés mécaniques jusqu’à 260°C et sa température
de dégradation en milieu aqueux est d’environ 575°C (Dandy et al., 2015).
Cette stabilité thermique, couplée à sa résistance à l’hydrolyse, nous permet de
soumettre le PEEK aux cycles de stérilisation habituels (Prion), à 138 °C dans
l’autoclave, sans risquer de perdre ses qualités mécaniques (Kato et al., 2022). Cela
nous permet également de mettre en œuvre le PEEK en laboratoire par coulée ou
impression 3D.
• Conductivité thermique
Sa conductivité thermique est de l’ordre de 0.25 – 0.29 W/m/K (matmatch.com, 2022).
C’est un très mauvais conducteur thermique ce qui permet en bouche une protection
des tissus sous-jacents (Wang et al., 2021), à la différence des métaux, qui sont de
très bons conducteurs thermiques (14,8 W/m/K pour le Co-Cr ; 7,2 W/m/K pour le
titane) (Nicholson et al., 2020). La conductivité thermique du PEEK se rapproche de
celle des résines composites (1,09 W/m/K) et PMMA (0,2 W/m/K) ou de celle des
tissus dentaires (0,92 W/m/K pour l’émail) (Chaput et Faure, 2019).
• Aptitude au polissage.
Le PEEK est facilement poli. Après polissage classique qu’il s’agisse d’un protocole
de laboratoire, clinique ou combiné la rugosité de surface du PEEK est plus faible que
celle du PMMA et des résines composites. La rugosité est mesurée par la valeur de
Ra
Selon Chaput et Faure la valeur de Ra des matériaux devrait être inférieure à la valeur
de 0,2µm (ce qui correspond au seuil de rétention de plaque bactérienne). Selon le
65
protocole de polissage et le produit utilisés, la valeur de Ra des résines composites
oscille entre 0,08 et 0,29µm, et celle du PMMA est d’environ 0,192μm. Le PEEK pur
quant à lui semble présenter la rugosité la plus faible avec une moyenne de 0.139μm,
certaines études avancent des valeurs extrêmes allant jusqu’à 0.018μm pour du
BioHPP® (Sturtz et al., 2015 ; Chaput et Faure, 2019 ; Babina et al., 2020 ; Liu et al.,
2022). A titre de comparaison la valeur de Ra de l’émail est d’environ 0,62µm. Une
faible rugosité permet de diminuer les capacités d’adhésion du biofilm bactérien, évite
les colorations et permet plus de confort en bouche lors du contact avec la langue. Le
PEEK a une rugosité si faible qu’elle peut même poser problème lorsqu’on cherche à
réaliser un collage du PEEK, nous détaillerons ce point dans la partie suivante.
• Goût
Il n’entraîne pas de goût désagréable en bouche contrairement à certaines résines et
à la plupart des métaux (Zoidis et al., 2015).
• Teinte
Il possède une teinte plutôt beige foncée – brune à l’état amorphe, il peut tendre vers
le gris lorsqu’il est suffisamment cristallin. Il est également très faiblement translucide
(Villoutreix et Acetarin, 2015). Ces propriétés optiques peuvent constituer un
inconvénient dès que l’on considère une exigence esthétique. Cependant nous
verrons par la suite qu’il est facilement surmonté par le collage d’une résine composite
sur la surface du PEEK ou en utilisant du PEEK modifié par adjonction de charges de
céramique (Stawarczyk et al., 2013). De plus, lorsqu’on le compare aux alliages
métalliques, il reste bien plus avantageux esthétiquement que ces derniers.
• Stabilité colorimétrique
Sa teinte reste stable dans le temps à l’usage en bouche. Heimer et al. ont montré que
les prothèse en PEEK se décolorent moins que les résines composites ou le PMMA
avec des facteurs extrinsèques tels que le tabac ou l’alimentation (Heimer et al., 2017).
• Radio-opacité
À la fois avantage et inconvénient, le PEEK pur est radiotransparent. Cela se révèle
particulièrement intéressant pour obtenir un meilleur cliché dans l’étude des tissus
66
adjacent, notamment péri-implantaires (Figures 24-25) (Koutouzis et al., 2011 ;AL-
Rabab’ah et al., 2019). Mais elle peut aussi compliquer l’évaluation radiographique
post-opératoire dans le cas d’un implant en PEEK par exemple, où l’implant est
totalement invisible radiographiquement (Figure 26) (Marya et al., 2011). En prothèse
implantaire scellée on peut par exemple observer très simplement les excès de ciment,
en revanche dans le cas d’une prothèse trans-vissée il est plus difficile objectiver la
mise en place correcte de la prothèse.
67
Stérilisable
Imprimable en 3D
Léger
• Solubilité
Le PEEK est insoluble dans l’eau et dans les solvants communs. Il n’est pas affecté
par une exposition à l’eau à long terme, même à une température allant jusqu’à 260°C.
Il ne subit pas d’hydrolyse et peut donc rester pendant une longue période dans la
vapeur ou dans l’eau sous haute pression sans être dégradé. Cette propriété permet
son utilisation en impression 3D et sa stérilisation répétée sans subir de dégradation
(Kurtz et Devine, 2007).
Lorsqu’on compare ses caractéristiques à d’autres polymères utilisés en CFAO ou au
PMMA utilisé en restauration coronaire provisoire, on se rend compte que le PEEK
présente une absorption d’humidité et une solubilité moindre (Vasavi et al., 2021). La
salive ne dégrade pas ses propriétés mécaniques (Rosentritt et al., 2015), il est tout à
fait utilisable dans la cavité orale : un milieu hydrique subissant des variations
importantes et fréquentes de pH (Gao et al., 2015).
L’unique solvant connu du PEEK est l’acide sulfurique à très haute concentration
(supérieure à 60%) (Chaijareenont et al., 2018). L’acide phosphorique, quant à lui ne
peut pas induire de modification chimique de la surface du PEEK même à une
68
concentration de 80% (Rocha et al., 2016). Nous verrons par la suite que cette
propriété devient un inconvénient en ce qui concerne le collage du PEEK.
• Stabilité chimique
Le PEEK est particulièrement stable chimiquement, il est donc très peu réactif, ce qui
ne fait qu’augmenter la difficulté rencontrée lorsqu’on recherche son adhésion à
d’autres matériaux ou aux tissus dentaires (Stoyanov, 2021).
Table 11 : tableau comparatif de certaines propriétés du PEEK aux matériaux vus en
partie 1 et aux tissus dentaires (résistance à la fatigue d’après Zheng et al., 2022)
Alliages de Titane PEEK PMMA Résine Émail Dentine Os
composite
Co-Cr pur cortical
69
2.3.4. Comportement biologique
• Bioinertie :
Nous l’avons vu, le PEEK est un matériau très stable chimiquement, il est apolaire, sa
surface ne réagit donc pas avec son environnement. Il ne relargue pas d’ions ou de
constituants (Toth, 2012) et ne comporte pas de monomères résiduels nocifs,
contrairement aux résines acryliques (Liebermann et al., 2016 ; Abdullah et al., 2016 ;
Moby et al., 2022). Il ne présente pas non plus de potentiel allergène, seul un cas
d’allergie systémique chronique est connu à ce jour (Maldonado-Naranjo et al., 2015).
• Biocompatible
Nous possédons maintenant un recul de plus de 20 ans en ce qui concerne les études
de biocompatibilité du PEEK. Les études in vitro et in vivo n’ont démontré aucune
cytotoxicité ou mutagénicité du PEEK (Katzer et al., 2002 ; Chon et al., 2019 ;
Ramenzoni et al., 2019 ; Ekambaram et Dharmalingam, 2020). Aucun mécanisme de
défense indésirable ou intolérance n’a été observé suite à l’implantation de PEEK in
vivo (Rivard et al., 2002).
• Bioactivité
S’il est très bien toléré par les organismes vivants, le PEEK n’est en revanche que très
peu bioactif et montre donc des limites en ce qui concerne son ostéo-intégration en
implantologie (Rocchi, 2016). Cependant des études prometteuses montrent que des
traitements de surface permettent de grandement potentialiser ces propriétés (Yang
et al., 2022). Cette partie sera développée par la suite.
Des matrices poreuses en PEEK ont été utilisées avec succès pour la réalisation de
« scaffold » osseux dans le cadre de régénérations osseuses guidées (Roskies et al.,
2016 ; Feng et al., 2020.
De la même façon, des implants en PEEK imprimés en 3D ont été utilisés en tant que
substituts osseux après résection tumorale mandibulaire (Kang et al., 2021).
70
• Colonisation bactérienne
La composition chimique d’un matériau, la rugosité de surface et l’énergie libre de
surface sont susceptibles d’affecter l’adhérence bactérienne (Liu et al., 2022). Nous
l’avons vu sa rugosité peut être très faible lorsqu’il est suffisamment poli et sa
composition chimique n’en fait pas non plus un bon substrat bactérien. Une étude de
D’Ercole et al. a montré que, par rapport au titane, le PEEK présentait des propriétés
antiadhésives et antibactériennes contre des bactéries orales telles que Streptococcus
oralis (D’Ercole et al., 2020). De même, une étude in vitro de Hahnel et al. a évalué le
biofilm sur différents matériaux (zircone, titane, PMMA et PEEK) et a conclu que la
formation du biofilm sur le PEEK et le PMMA était égale ou inférieure à celle de la
zircone et du titane (Hahnel et al., 2015).
En revanche, les matériaux présentant une énergie libre de surface faible tels que le
PEEK offrent des surfaces hydrophobes et sont susceptibles de faciliter la croissance
de bactéries hydrophobes. Les Candida albicans, par exemple, qui sont généralement
considérés comme le principal agent responsable de la stomatite prothétique, sont
hydrophobes (Hirasawa et al., 2018 ; Liu et al., 2022). C’est donc un facteur important
à prendre en compte.
Figure 28 : bilan général des propriétés optimales et des propriétés à améliorer pour
une utilisation clinique du PEEK (source : document personnel)
71
2.4. Synthèse du PEEK
La synthèse du PEEK est complexe à cause de son insolubilité dans les solvants
usuels, elle est basée sur la polymérisation par condensation en utilisant la substitution
nucléophile.
Historiquement, le PEEK a été synthétisé par polycondensation de bisphénol avec des
dihalogénures activés avec du diméthylsulfoxyde (DMSO) comme solvant (Johnson et
al., 1967). Cependant ce procédé s’avéra laborieux du fait de la non-solubilité du PEEK
dans le DMSO. Pour contourner ce problème, Attwood et Rose ont utilisé du
diphénylsulfone (DPS) comme solvant, car ce dernier est aprotique et apolaire donc
inerte et thermiquement stable (Attwood et al., 1981). La polymérisation était ensuite
effectuée à proximité du point de fusion pour maintenir la solubilité. Imperial Chemical
Industries (I.C.I) a commercialisé les premiers PEEK de haut poids moléculaire
synthétisés par cette méthode en 1982 et certains fabricants l’utilisent encore
aujourd’hui (Giraud, 2011).
72
Les réactifs de départ sont l’hydroquinone, la 4,4’ difluorophénylcétone et le carbonate
de potassium en proportions équimolaires. Une température comprise entre 200 et
400°C est requise afin de déclencher la réaction. Il est nécessaire de respecter un
certain degré de pureté des dérivés aromatiques pour éviter des réactions parasites
qui tendraient à diminuer les propriétés du polymère par formations de liaisons
indésirables. Les produits de la réaction sont : du PEEK, du fluorure de potassium, de
l’eau et du dioxyde de carbone sous forme gazeuse (Figure 29) (Kemmish, 1995).
Les fabricants peuvent alors commercialiser le PEEK brut sous diverses formes :
granulés, disques, bobines de fil pour l’impression 3D,…
Le PEEK utilisable en dentisterie proposé par ces fabricants n’est jamais pur, selon
l’usage auquel il est destiné, il doit subir certaines modifications afin de présenter des
propriétés optimales.
73
Ainsi,
o les PEEK destinés à l’implantologie sont bien souvent chargés en dioxyde de
titane ( à hauteur de 20% environ) afin d’améliorer leur ostéo-intégration (Tsou
et al., 2015),
o certains sont renforcés par de l’hydroxyapatite afin d’améliorer la bioactivité et
donc l’ostéointégration (Tan et al., 2003 ; Vaezi et al., 2016 ; Zhong et al., 2019 ;
Rodzeń et al., 2021)
o les PEEK destinés à la prothèse fixe par CFAO comme BioHPP sont composés
de charges de céramique (Ceramic Filled PEEK ou CMF PEEK) (20%
céramique, 80% PEEK) afin d’adapter ses propriétés optiques et mécaniques
à la situation clinique (Bechir et al., 2016).
o D’autres, nous l’avons déjà vu, par des fibres de carbone ou de verre (CF/GF
PEEK), dans le cadre d’inlay-core ou d’implants en PEEK, ce qui permet
d’alléger le PEEK et d’améliorer ses propriétés mécaniques (Wang et al., 2020)
74
Table 12 : répartition des publications disponibles en janvier 2019 concernant le PEEK
en odontologie (d’après Bathala et al., 2019)
Dans cette partie nous évoquerons des techniques de conception de pièces en PEEK,
nous les développerons dans les chapitres suivants.
Une liaison adéquate entre le PEEK et les résines de revêtement reste une limite et
un facteur clé pour garantir des taux de survie et de réussite durables, nous
développerons également cet aspect plus tard.
75
2.6.1. Prothèse fixe (Table 13)
• Restaurations transitoires
En 2016, Zoidis et Papathanasiou ont publié un cas d’utilisation clinique du PEEK pour
la réalisation de l’infrastructure d’un bridge collé transitoire après la pose de deux
implants (Figure 30) (Zoidis et Papathanasiou, 2016).
76
• Restaurations corono-radiculaires
77
classiques plus rigides (module d’Young plus éloigné de celui des tissus)
(Figure 33).
Figure 32 : contrainte maximale (en Mpa) sur les structures dentaires et parodontales
selon le matériau choisi pour le tenon d’une RCR (traduit d’après Ibrahim et al., 2021)
78
Figure 33 : répartition des contraintes dans la couronne, le ciment de scellement, le
tenon, la dentine et la partie coronaire, selon le matériau choisi : a. Titane, b. Fibre de
verre, c. PEEK (source : Ibrahim et al., 2021)
o Une étude de Tekin et al. corrobore ces résultats (Tekin et al., 2020)
o En 2021, Lalama et al. ont évalué plusieurs méthodes de fabrication des tenons
en PEEK par pressée ou par CFAO, nous développerons cet aspect par la suite.
Nous pouvons retenir que la précision actuelle de conception du PEEK peut
être suffisante pour réaliser les pièces les plus complexes telles que des RCR
(Figure 34) (Lalama et al., 2021).
79
Figure 34 : inlay-core en PEEK fabriqué par pressée à partir de forme en résine pattern
(source : Lalama et al., 2021).
80
matériaux conventionnels (voir partie 4) Ce problème de collage ce pose tant par le
collage au tissu que par le maquillage du PEEK (collage d’une résine composite
esthétique).
81
dans le cas des RCR, les valeurs présentées montrent des contraintes relativement
similaires entre une couronne céramo-métallique et une couronne en PEEK.
• Bridge collé
En 2016, Andrikopoulou et son équipe ont publié un cas clinique de bridge collé réalisé
en BioHPP®, chez un enfant de 14 ans présentant une agénésie de l’incisive
supérieure latérale droite et de la canine supérieure gauche. Il ne s’agit pas à
proprement parler d’un bridge collé tel qu’on l’entend mais d’une prothèse fixe collée
qui trouve les mêmes indications qu’un bridge collé. Les auteurs ont pu obtenir une
valeur d’adhésion de 25 MPa ce qui est considéré comme convenable. Dans ce cas,
l’utilisation du PEEK est justifiée par son approche esthétique, évitant une bande
métallique visible (Figure 38). Elle l’est d’autant plus d’un point de vue mécanique : en
effet le module d’Young du BioHPP® (4 GPa) est bien plus faible et proche de celui
des structures dentaires que celui du métal (190 GPa) ou de la céramique (210 GPa).
Cela permet de diminuer les risques de décollement et de fracture de la prothèse
(Andrikopoulou et al., 2016).
82
Figure 38 : infrastructure de bridge collé en PEEK BioHPP® (source : Andrikopoulou
et al., 2016).
• Bridge :
o Parmigiani-Izquierdo et al. ont réalisé un bridge implanto-porté en PEEK sur
des implants et piliers en zircone dans la réhabilitation de molaires maxillaires.
Le suivi clinique est décrit comme satisfaisant à 12 mois. Les auteurs concluent
cette étude en validant l’usage combiné des implants en zircone avec les
restaurations implanto-portées en PEEK. Pour cause, l’effet amortisseur et le
module élastique du PEEK permettent l’absorption des forces occlusales. De
plus, les restaurations en PEEK s’usent comme une dent naturelle, ce qui
pourrait optimiser et préserver l’ostéointégration sur le long terme. Pour eux ce
système se substituerait parfaitement à ceux incluant des alliages métalliques
(Figure 39) (Parmigiani-Izquierdo et al., 2017) .
Figure 39 : trois vues cliniques, avant la pose (A) et après la pose du bridge en PEEK
(B,C) (source : Parmigiani-Izquierdo et al., 2017).
83
Straumann). L’armature du bridge a été conçu par ordinateur et fabriqué par
usinage dans un disque de PEEK. La partie cosmétique du bridge également
conçue par ordinateur a été réalisée en zircone hautement translucide pour
permettre un bon rendu esthétique. La restauration finale, totalement « metal-
free », se présente sous forme de « facettes cosmétiques » en zircone scellées
sur l’infrastructure en PEEK (Figures 40 à 43) (Siewert, 2018).
Figure 40 : infrastructure en PEEK conçue par ordinateur puis usinée dans un disque
de PEEK (source : Siewert, 2018)
Figure 41 : armature en PEEK nue visible sous la zircone, image issue d’une autre
étude (Siewert, 2019)
Figure 42 infrastructure en PEEK marquée par les flèches rouges, visible sous la
zircone (source : Siewert, 2018)
84
Figure 43 : vues intra-buccales après pose des facettes en zircones sur l’armature
PEEK (source : Siewert, 2018)
• Inlay-onlay
o En 2020, Prechtel et al. ont comparé la résistance à la fracture d’inlays en PEEK
imprimés en 3D et usinés par fraisage à des obturations directes en résine
composite et à des dents saines. Ils ont montré que toutes les obturations
étudiées ont présenté une résistance supérieure aux forces physiologiques et
maximales de mastication. La dent saine a présenté la meilleure résistance à
la fracture. Les onlays imprimés en 3D ont dû subir un post-traitement
relativement important induit par leur mode de conception mais sont restés
intacts après tous les essais de résistance à la fracture, seules les structures
dentaires résiduelles ont fini par se fracturer jamais l’onlay lui-même (Figure 44)
(Prechtel et al., 2020).
85
o La même année, Rajamani et al. ont comparé des onlay zircone avec des onlay
en PEEK BioHPP® en clinique sur les points suivants : leur rétention, leur
couleur, la décoloration marginale, l’adaptation marginale, la reprise carieuse,
l’état de surface, la forme anatomique d’usure, la sensibilité postopératoire et la
résistance à la fracture. Ils ont conclu que le BioHPP® peut très bien être utilisé
comme restauration esthétique indirecte en alternative à la zircone. Il présente
un taux de fracture nul sur une période d’observation d’un an (taux de survie
de 100%) ce qui est équivalent à celui des inlays en zircone sur dents
postérieures. Les pièces réalisées présentaient un haut niveau de précision,
une très bonne rétention, une bonne adaptation marginale et de bonnes
propriétés esthétiques et biologiques. Aucune différence significative n’a été
mise en évidence entre les deux groupes d’onlay au cours du suivi. Le point de
vue du patient a également été étudié : la satisfaction et le confort des patients
étaient également prometteurs. Les pièces étudiées étaient donc totalement
satisfaisantes en comparaison avec les inlays en zircone sur cette période
d’observation, l’étude avance donc le possible remplacement des onlays en
zircone par le BioHPP® (Figure 45 et 46) (Rajamani et al., 2021).
Figure 45 : cavités de classe II traitées par onlay Zircone (sur la molaire, images
supérieures) ou par onlay PEEK BioHPP® (prémolaire, images inférieures) (source :
Rajamani et al., 2021)
86
Figure 46 : onlay PEEK (BioHPP®) sur modèle et collé en bouche (source : Rajamani
et al., 2021)
87
(Visio.link®) et maquillées à l’aide d'une résine composite nanochargée polymérisée
à la lumière indirecte (Combo.lign® ; bredent).
Les dents piliers et l’armature ont été sablés avec des particules d’alumine modifiée
par ajout de silice d'une taille moyenne de 30 μm sous 2 bars de pression pendant 15
secondes. L’émail a été mordancé à l’acide orthophosphorique (H3PO4) à 37%
pendant 20 secondes. L’armature a été conditionnée par le primaire Visiolink® (dont
nous parlerons en dernière partie) et le collage final a été effectué à l’aide d’une colle
duale (Calibra®; Dentsply Sirona). Les surfaces ont ensuite subi un polissage
mécanique rigoureux afin d’empêcher la rétention de plaque.
88
Table 13 : résumé des avantages et inconvénients de l’utilisation du PEEK en prothèse
fixe
Avantages Inconvénients
o Une meilleure esthétique que le métal en o Des protocoles clinique et de
général, un maquillage ou une laboratoire parfois complexes et
association à d’autres matériaux encore en recherche (polissage,
(zircone) possible permettant une maquillage,…)
excellente esthétique o Une épaisseur augmentée en
o Un module d’Young bien plus faible que comparaison aux métaux
celui des métaux donc une meilleure
transmission des forces aux tissus, moins
de risque de fracture et de décollement.
o Des propriétés mécaniques modulables
selon la situation par ajout de carbone ou
de céramique
o Meilleur isolant thermique par rapport aux
métaux conducteurs
o Une précision suffisante pour la
réalisation de petites pièces (tenons,
onlay,…)
o Biocompatibilité pour les tissus péri-
prothétiques
o Meilleure résistance à l’usure que les
résines composites ou PMMA
o Résistance à la fatigue bien supérieure
au CoCr, évite les fractures de fatigue
89
2.6.2. Prothèse amovible (Table 16)
• Châssis de PAPIM
Le relargage d’ions métalliques et le faible rendu esthétique sont des problèmes liés à
l’utilisation des infrastructures métalliques des PAPIM, ces problèmes sont surmontés
par l’utilisation du PEEK. Par ailleurs, le faible poids du PEEK, son confort pour le
patient et l’absence d’allergie sont des atouts, le plaçant comme alternative majeure
aux alliages dans la réalisation de prothèses partielles.
90
Figure 48 : changement de couleur des crochets imperceptible, le jour de la pose (a)
et après 2 ans (b) (source : Ichikawa et al., 2019)
Figure 49 : adhésion du biofilm après 2 ans mise en évidence par révélateur de plaque
(source : Ichikawa et al., 2019)
o Chez le même patient, Zoidis et al. ont réalisé une PAPIM classique en chrome-
cobalt et une seconde en PEEK BioHPP® pour le même édentement. La
PAPIM en PEEK était 27,5% plus légère (9,0 g) que la PAPIM classique (12,4
g) (Zoidis et al., 2016). Par ailleurs, le rendu esthétique de la prothèse en
bouche et le confort du patient étaient très bons, cela s’explique par son faible
poids et par la douceur du matériau qui est très agréable à la langue une fois
poli (Figure 50)
91
Figure 50 : photos intra-buccales de la prothèse amovible partielle à infrastructure
PEEK (source : Zoidis et al., 2016).
o Picart et al. ont également comparé le poids des châssis en PEEK des
prothèses partielles avec ceux en chrome-cobalt et en polyméthacrylate de
méthyle (PMMA), les poids sont respectivement de 6,8 g (Cobalt-Chrome), 1 g
(PEEK) et 0,8 g (PMMA). Le châssis en PEEK était plus de 85% plus léger par
rapport à celui en cobalt-chrome, la différence est encore plus impressionnante
puisque 3 fois supérieure à celle de l’étude précédente. Elle s’explique par
l’utilisation de PEEK pur au lieu de BioHPP® (renforcé en céramique) dans
l’étude précédente (Picart et al., 2016) Si l’on compare les deux études on se
rend compte que dans la première les valeurs de poids des prothèses sont plus
importantes cela est lié au fait que dans la première étude, on pèse les
prothèses avec la base en PMMA et les dents, ce qui n’est pas le cas dans la
seconde où l’on ne pèse que le châssis.
o Une étude de Maryod et Taha de 2019 étudiait l’état des dents porteuses de
crochets en cas d’édentation libre bilatérale, chez 24 patients répartis en deux
groupes. Le premier ayant été appareillé avec des prothèses partielles à base
de cobalt-chrome et le second avec des prothèses en PEEK (de marque
juvora®) toutes obtenues par CFAO (usinage) (Figure 51). Les résultats
montrent que l'état des dents de soutien et porteuses de crochet (indice
gingival, présence de poches parodontales et hauteur d'os) est meilleur dans le
temps, dans le cas du port de prothèses partielles en PEEK que pour celles en
cobalt-chrome. Les valeurs de variation moyenne de l’indice gingival, de la
profondeur de poche et de la perte osseuse des dents porteuse de ces crochets
92
sur un an est rapportée dans le tableau 14. On constate des chiffres excellents
pour les crochets en PEEK comparativement aux crochets Co-Cr (Table 14).
Les chassis en PEEK permettent donc une meilleure préservation tissulaire que
les chassis en Co-Cr, ce qui vient donner une indication méconnue au PEEK :
la préservation tissulaire dans un contexte parodontal (Maryod et Taha,
2019). Zoidis et al., nous apprennent également que les crochets PEEK sont
plus respectueux de l’émail ou des couronnes en céramiques sur lesquelles ils
s’appuient, cela s’explique encore par leurs propriétés élastiques (module de
Young) (Zoidis et al., 2015).
Figure 51: conception assistée par ordinateur d’un châssis et usinage de la pièce dans
un disque de PEEK (source: Maryod et Taha, 2019).
Table 14 : variation moyenne des valeurs après douze mois de port, comparativement
aux valeurs mesurées au moment de la pose de la prothèse (d’après Maryod et Taha,
2019).
93
montre que les crochets en PEEK ont une force de rétention comprise entre
6,45 et 18,36 N tandis que pour ceux en CoCr on se situe entre 21,78 et 65,37N
(Tribst et al., 2020), la force minimale de rétention acceptable pour un
crochet de prothèse amovible partielle étant 1,6 N (Peng et al., 2020). En
2021, Micovic et al. ont corroborés ces résultats lors d’un essai clinique cas-
témoin en comparant la rétention de crochets de plusieurs sortes de PEEK
(usiné et pressé de différentes marques) à des crochets CoCr. Là encore les
crochets CoCr ont présenté la meilleure rétention même après vieillissement
artificiel, toutefois tous les groupes ont présenté des forces de rétentions
satisfaisantes (Micovic et al., 2021). Gentz el al. ont obtenu sensiblement les
mêmes résultats (Gentz et al., 2022) Ces forces de rétention plus faibles
expliquent en grande partie la capacité de préservation tissulaire évoquée
précédemment.
o En ce qui concerne le design et l’adaptation des châssis en PEEK, les études
s’accordent à dire que la précision et l'adaptation peuvent être excellentes,
notamment grâce aux techniques de CFAO. Le problème réside plutôt dans la
standardisation d’un design des châssis adapté au PEEK, aucune norme n’est
disponible à ce jour (Pordeus et al., 2021). Par exemple les crochets doivent
être plus épais mais aucun consensus n’est établi en ce qui concerne
l’épaisseur la plus adaptée. Une revue systématique de littérature de Carneiro
Pereira et al. s’intéressait à 7 articles dont 2 études cliniques afin d’évaluer la
précision et l’adaptation de prothèse amovible conçue avec différents matériaux
et différentes techniques. Il s’avère que les châssis en PEEK issus de la CFAO
sont tous cliniquement acceptables (Carneiro Pereira et al., 2021) et une étude
affirme même que les châssis usinés en PEEK présentent une meilleure
adaptation que les châssis en CoCr conçus traditionnellement (empreinte avec
matériau d’enregistrement et réalisation classique par coulée). Les auteurs de
cette étude ont mesuré l’espace entre le châssis et les structures en 4 points à
l’aide de silicone type « fit-checker », les résultats sont donnés dans le tableau
15 (Ye et al., 2018).
94
Table 15 : adaptation des châssis aux structures dentaires (d’après : Ye et al., 2018)
Zone Chassis PEEK (µm) Chassis classique CoCr (µm)
Appui occlusal 86,2 +/- 22,6 133,9 +/- 49,7
Connexion principale 52,8 +/- 44,6 131,1 +/- 87,1
Base de la prothèse 37,4 +/- 31,0 129,3 +/- 49,2
Intégralité du chassis 42,8 +/- 29,4 130,9 +/- 50,5
95
Table 16 : tableau résumant les avantages et inconvénients cliniques de l’utilisation du
PEEK en prothèse amovible (source : document personnel)
Avantages Inconvénients
o Absence de métal (allergie, o Absence d’adhésion chimique
relargage,…) résine acrylique – PEEK
o Couleur relativement stable dans o Toujours pas « couleur dent »
le temps et plus esthétique que o Rétention des crochets moindre
le métal mais acceptable puisque
o Inertie, très faible colonisation toujours supérieure au minimum
bactérienne de 1,6N.
o Meilleure préservation tissulaire o Epaisseur et largeur des
qu’avec le CoCr, meilleure crochets augmentée (visibilité
protection des structures et autres discutable)
restaurations. o Protocoles légèrement différents
o Diminution du risque de forces des techniques de PAPIM
excessives des crochets sur les o Absence de recul clinique, pas
dents porteuses en comparaison de design standard établi pour
avec les crochets CoCr les châssis et crochets
o Diminution du risque de fracture à
l’interface résine-chassis par une
proximité des modules élastiques
o Meilleure résistance à la fatigue
des crochets en PEEK que ceux en
CoCr
o Port agréable pour le patient
(27,5 à 85% plus léger qu’un
chassis Co-Cr, agréable à la
langue, insertion-désinsertion
facile,…
o Bonne précision grâce à la
CFAO, potentiellement supérieure
aux chassis traditionnels CoCr
96
2.6.3. Orthopédie Dento-Faciale et Pédodontie (Table 17)
• Mainteneur d’espace
Une étude menée par Ierardo et al. dans le service de pédodontie de l'université de
Rome s’est intéressée aux mainteneurs d’espace. Elle incluait des patients âgés de 8
à 10 ans qui avaient besoin de mainteneurs d'espace en raison de la perte prématurée
de dents ou qui nécessitaient un traitement interceptif (Ierardo et al., 2017). Trois
mainteneurs différents ont été étudiés, à savoir: l'arc lingual, la bande en boucle et la
plaque amovible (Figure 52).
97
• Fils orthodontiques esthétiques (Figure 53)
Par rapport à d'autres polymères utilisés pour les fils orthodontiques, tels que le
polyéthylène sulfone (PES) et le difluorure de polyvinyle (PVDF), les fils
orthodontiques en PEEK offrent une meilleure résistance orthodontique. Des forces
orthodontiques similaires sont obtenues avec les fils en titane-molybdène (Ti-Mo) et
en nickel-titane (Ni-Ti), cependant les fils en PEEK sont nécessairement plus larges
(Maekawa et al., 2015).
Avantages Inconvénients
o Forces plus « naturelles » avec o Epaisseur globalement
un module d’Young plus proche augmentée
de celui des tissus o Protocoles à perfectionner
o Résistance orthodontique
similaire dans le cas des fils
o Meilleure esthétique que les
métaux
o Confort de port pour le patient en
comparaison aux métaux
o Avantages de la prothèse
amovible transférables à la
pédodontie (Table 16)
98
2.6.4. Prothèse Maxillo-Faciale (Table 18)
Costa-Paulau et al. rapportent un cas clinique où, devant une perte de substance
centro-maxillaire avec communication sinusale, un obturateur creux a pu être conçu
numériquement et usiné (Figure 54). Le suivi clinique confirme la bonne maturation
des tissus mous péri-prothétiques, le patient fait état d'un confort dû à la légèreté du
matériau, il rapporte également une meilleure rétention de la prothèse (Costa-Paulau
et al, 2014). Parce qu’il est facile à travailler, inerte et non poreux, le PEEK se présente
comme matériau alloplastique idéal pour la reconstruction maxillo-faciale
Avantages Inconvénients
o Bonne tolérance des tissus
souvent fragiles en prothèse
maxillo-faciale
o Meilleur confort pour le patient
que les résines : prothèse plus o Recul clinique faible
légère, plus rétentive et plus
agréable à porter dans un
contexte de recherche de la
meilleure qualité de vie
possible
99
2.6.5. Implantologie (Table 19)
100
• Pilier implantaire définitif ou transitoire (Figure 55)
En 2011, Koutouzis et al. ont réalisé une étude clinique prospective sur 60 patients,
ils n’ont démontré aucune différence en terme de préservation tissulaire entre
l’utilisation de piliers de cicatrisation en PEEK et les piliers de cicatrisation
classiques en titane. Dans les deux cas la préservation et la cicatrisation des tissus
durs et mous est excellente, on peut donc envisager sans problème de remplacer
les piliers de cicatrisation en titane par du PEEK dans le cas de patients allergiques
aux métaux (Koutouzis et al., 2011).
101
Figure 56: vue occlusale de piliers de cicatrisation PEEK post-opératoire (a.) et à 3
mois (b.) et Titane post-opératoire (c.) et à 3 mois (d.)
Figure 57 : cas clinique d’armature en PEEK pour bridge implantaire complet (source:
AL-Rabab'ah et al., 2019)
102
avantages mécaniques et esthétiques du PEEK (AL-Rabab'ah et al., 2019; Villefort et
al., 2021).
103
Table 19 : résumé des avantages et inconvénients de l’utilisation du PEEK en
implantologie (source : document personnel)
Avantages Inconvénients
o Ostéo-intégration du PEEK (après o Radio-transparence, mais
modification de surface) correctible
potentiellement comparable au o Propriétés mécaniques du
Titane, module d’Young adapté au PEEK pur inadaptées pour
tissu osseux l’implantologie sans
o Biocompatibilité et préservation modifications
tissulaire toujours très bonne o Beaucoup de modifications à
o Avantages de la prothèse fixe effectuer qui vont parfois à
(pour la prothèse sur implant) l’encontre du « sans-métal »
(par exemple surface
recouverte de Titane)
104
3. CFAO et autres techniques de mise en œuvre
105
3.2. Usinage et procédés soustractifs
Plus récente, permise grâce aux techniques de CFAO, l’acquisition des données 3D
est réalisée directement en bouche à l’aide de caméra intra-orale ou à l’aide d’un
scanner/CBCT. Le fichier 3D obtenu (.stl) est un ensemble de données : chaque
donnée constitue un voxel (plus petit unité élémentaire : volumetric pixel), facette
triangulaire, formant un nuage de points par assemblage des voxels. Ce maillage
permet la reconstruction de l’image en 3D et l’obtention d’une réplique virtuelle du
modèle physique. La résolution est d’autant meilleure que la taille des voxels est petite
et donc que leur nombre augmente (ce qui rend le fichier plus lourd). Les zones
courbes sont nécessairement approximatives du fait de la forme de ces facettes
planes.
106
Figure 61 : usineuse Pro expert 5 Opera®, exemple d’usineuse capable d’usiner du
PEEK (source: Picart et al., 2016)
Une revue systématique de la littérature de Pordeus et al. montre qu’en 2021 les
études concernant la planification et la fabrication par CFAO puis usinage des
armatures de prothèses amovibles sont encore trop rares mais prometteuses. Les
données disponibles pour le moment témoignent d’une précision similaire à la
technique classique par coulée en plus d’une amélioration de l’esthétique des pièces
produites (Pordeus et al., 2021).
107
Les principaux inconvénient des techniques soustractives restent les pertes de
matériau parfois importantes, inhérentes à ce processus, ainsi que la limite d’un seul
matériau monochrome. Les techniques d’impression 3D semblent prometteuses pour
palier à ce problème.
3.3. Impression 3D
3.3.1. Introduction
L’impression 3D constitue une méthode de fabrication additive. Elle a gagné en
popularité grâce à des avantages tels qu’une totale liberté de conception et une
capacité à produire des objets et structures très complexes dans un court laps de
temps et à faible coût. Cette technique est très développée dans divers domaines
d’ingénierie, par exemple « l'impression 3D de matériaux en béton permet de réduire
les déchets de construction de 30 à 60 %, le coût de la main-d'œuvre de 50 à 80 % et
le temps de construction de 50 à 70 % » (Hossain et al., 2020; Kafle et al., 2021).
Elle est d’apparition relativement récente dans notre domaine et permise par
l’avènement de la CFAO en dentisterie. Comme pour l’usinage cette technique
s’appuie sur la CAO à partir de fichiers 3D (.stl le plus souvent mais le format varie
selon équipement) directement acquis dans la cavité orale à l’aide de
caméras/scanner. Cette technique permet de réduire les coûts et le temps de
108
production de certains dispositifs médicaux mais aussi d’exploiter les propriétés de
nouveaux matériaux tels que le PEEK. Le recul clinique est encore faible et les études
trop peu nombreuses mais leur nombre ne cesse de croitre ces dernières années. Les
avantages et incovénients des techniques additives et soustractives sont résumés
dans le tableau 20.
L’impression 3D décrit en réalité un ensemble de procédés différents avec tous un
point commun : la création d’un produit couche par couche.
Il ne peut pas être utilisé dans les deux autres techniques les plus courantes que sont :
La stéréolithographie ou SLA, technique la plus ancienne découverte dans les années
80 et la Digital Light Processing ou DLP.
109
Figure 63: schéma d’une imprimante SLS (source : formlabs)
Cependant elle n’est pas vraiment la plus utilisée à l’heure actuelle dans les
laboratoires de prothèse dentaire.
Les pièces sont fabriquées par fusion d’un filament thermoplastique déposé sur un
plateau couche par couche par une buse pilotée par l’ordinateur, on l’observe en cours
de fonctionnement sur la figure 65.
110
Figure 65: buse d’impression FDM (source: 3Dnatives.com)
Malheureusement cette technique est bien moins précise, en termes de résolution des
pièces fabriquées, que ne le sont les techniques SLA et DLP, la figure 66 ci-dessous
compare une pièce conçue par FDM à une pièce conçue par SLA.
Figure 66: pièce fabriquée par FDM (à gauche) comparée à une pièce fabriquée par
SLA (droite).
111
3.3.2 Fused filament fabrication (FFF=FDM) pour l’impression des polymères
La FFF ou FDM est un procédé qui consiste à déposer des filaments thermoplastiques
couche par couche sur une plateforme de fabrication. Le filament polymère est chauffé
jusqu'à un état semi-liquide et déposé sur une plateforme grâce à une buse qui suit
une trajectoire définie dans une couche donnée de la pièce à réaliser. Une fois la
couche terminée, la plateforme peut descendre d’un étage et la buse va pouvoir suivre
la trajectoire d’une nouvelle couche et ainsi de suite jusqu’à la formation de la pièce
finie. Chaque couche est définie par ordinateur grâce au logiciel de CAO qui a un rôle
de slicer : il découpe en « tranches », en « couches » la pièce à fabriquer et guide la
buse dans son chemin pour la réalisation de chaque couche (Figures 67-68) (Mazzanti
et al., 2019; Wickramasinghe et al., 2020; Shaqour et al., 2021).
Figure 67 : schéma de l’impression FDM du PEEK (traduit d’après: Wang et al., 2020)
112
Figure 68 : photo de la buse (a.) d’une imprimante 3D en cours d’impression d’une
pièce en PEEK (b.) (source: Wang et al., 2020)
113
Tous ces paramètres sont plus ou moins interdépendants et exercent une influence
directe sur la qualité et les propriétés du produit imprimé.
114
4. Utilisation clinique du PEEK
4.1. Pré-traitements et maquillage du PEEK (Table 26)
Comme nous l’avons déjà évoqué, un des inconvénients majeurs du PEEK est sa
couleur relativement inesthétique et son aspect opaque. Par conséquent, un
maquillage à l’aide de résine composite, au moins en zone esthétique, est
indispensable pour surmonter cet inconvénient. Dans le cas d’un châssis en PEEK, il
faut une bonne adhésion des dents en PMMA au châssis. Il est donc important de
déterminer le meilleur pré-traitement ainsi que le système adhésif adéquat pour
permettre de bonnes valeurs d’adhésion d’un matériau cosmétique au PEEK.
D’autre part, le PEEK est destiné à l’assemblage par collage aux tissus dentaires, or
son inertie et son hydrophobie constituent un challenge pour le collage.
« Pour tout matériau destiné au collage, le pré-traitement est une des étapes les plus
importantes. Elle permet d’éliminer les résidus de production, les contaminants et les
couches superficielles de faible cohésion ; autrement dit tous les produits pouvant
perturber le futur collage, présents à la surface du matériau. Mais son rôle s’étend
également à la fonctionnalisation de la surface, créant des sites promoteurs
d’adhésion mécanique, chimique ou physique selon le type de
traitement. » (Ourahmoune, 2012)
En 2010, Schmidlin et al. démontrent l’impossibilité du collage du PEEK poli et
l’absolue nécessité du pré-traitement de surface avant collage (Schmidlin et al., 2010).
En 2016, Rocha et al. étudient eux aussi les procédés de traitement de surface du
PEEK pour le collage à la dentine humaine. Ils montrent que les échecs de collage se
produisent toujours à l’interface PEEK-résine de collage et pas à l’interface résine-
dentine.
En Odontologie, les prétraitements qui ont été étudiés sont :
- Les traitements mécaniques : sablage
- Les traitements chimiques : acide sulfurique
- Les traitements physiques : plasma etching et laser
(Wang et al., 2022).
115
Les paramètres les plus souvent étudiés sont :
• l’état de surface après traitement (analyse au microscope électronique),
• la rugosité moyenne (Ra, en µm) de la surface : on recherche une surface
rugueuse qui permet une meilleure accroche de la résine de collage dans les
anfractuosités induites par le traitement,
• la mouillabilité de la surface, mesurée par l’angle q (°) formé entre la surface et
une goutte d’eau, qui décrit la capacité d’un liquide (l’adhésif) à s’étaler à la
surface du matériau (q doit être le plus proche de 0° possible)
• la valeur de la SBS (Shear Bond Strength) qui est la résistance au cisaillement
(en MPa) du joint de collage et qui décrit donc la qualité mécanique du collage.
Elle est considérée comme satisfaisante pour un usage en odontologie au-delà
de 10 MPa (Wang et al., 2022).
116
Figure 69 : état de surface du PEEK au microscope après mordançage à l’acide
sulfurique 98%, formation de microporosités, la surface a un aspect de réseau en
« fibres d’éponge » (Silthampitag et al., 2016).
117
• En 2020, Ma et al. ont démontré une mouillabilité plus faible du PEEK après
mordançage par acide sulfurique (angle θ à 115,3 ± 9,9◦) par rapport à la
surface non traitée (θ à 92,9 ± 3,2◦).
• Une étude d’Escobar et al., en 2021 vient corroborer ces résultats. Ils comparé
le collage de deux pièces de PEEK, un groupe de pièces en PEEK était traité
par acide sulfurique et l’autre groupe n’était pas traité. La rugosité de surface
du PEEK a augmenté : sans traitement, la rugosité de surface constatée était
de 0,06 µm, après traitement elle était de 1.05 ± 0.59 µm Encore une fois sans
traitement le collage s’est révélé impossible alors qu’après mordançage avec
l’acide sulfurique à 98% pendant 60 sec ils ont pu obtenir des valeurs
d’adhésion allant jusqu’à 21,43 ± 5,00 MPa. (Escobar et al., 2021).
• La même année Adem et al., tirent également des conclusions similaires en ce
qui concerne la comparaison de l’application d’acide sulfurique à 98% pendant
60 secondes à une absence de traitement. Avant traitement la rugosité de
surface était de 0,29 ± 0,10 μm et la SBS était de 5,39 ± 1,36 MPa. Après
traitement la rugosité était de 0,73 ± 0,20 μm et la SBS était de 13,43 ± 1,42
MPa. (Adem et al., 2021)
118
Table 22 : valeurs de rugosité et d’adhésion en fonction de la concentration en acide
sulfurique (d’après Chaijareenont et al., 2018).
Concentration
de l’acide 70 80 85 90 98
sulfurique (%)
Rugosité (μm) 0,18 0,44 0,57 0,62 0,74
SBS (MPa) 1,37 17,47 21,53 26,68 27,36
119
Figure 71 : valeur d’adhésion au PEEK imprimé et au PEEK fraisé en fonction du
temps de mordançage par acide sulfurique (d’après Zhang et al., 2021).
D’autres acides tels que le mélange piranha (un mélange à concentration variable
d’acide sulfurique et de peroxyde d’hydrogène) ou l'acide fluorhydrique ont également
été étudiés pour améliorer les performances de collage du PEEK, mais tous deux ont
donné des résultats peu concluants, nous ne développerons donc pas ces produits
(Wang et al., 2022).
4.1.2. Plasma-etching
Il s'agit d'un processus qui augmente l'énergie libre de surface du matériau traité, ce
qui peut conduire à une nette amélioration des caractéristiques d’adhésion. La
définition physique du "plasma" est un gaz électriquement neutre dont les espèces
sont ionisées. Un plasma peut être considéré comme un mélange d'ions chargés
positivement et d'électrons chargés négativement, coexistant éventuellement avec des
atomes et des molécules neutres. On le produit artificiellement en appliquant des
champs électriques suffisamment puissants pour séparer le noyau de ses électrons
dans les gaz. Au cours du « plasma-etching », on envoie le gaz par impulsions
sur une cible (la surface du polymère), les molécules excitées vont se désintégrer
et en exciter d'autres, formant alors une nouvelle couche de surface plus réactive
(observée par microscopie électronique sur la figure 72). Les gaz typiquement utilisés
120
pour le traitement des polymères sont l'air, l'oxygène, l'azote, l'hélium, l'argon et
l'ammoniac (Stawarczyk et al., 2014).
En 2018, Bötel et al. comparent un traitement par plasma O2 et par plasma Ar/O2
(1 :1) pendant 35 minutes avec l’absence de traitement, pour coller de la résine
composite sur du PEEK.
• En ce qui concerne la rugosité de surface obtenue elle était légèrement
supérieure après traitement par plasma O2 (0,76 ± 0,21 μm) en comparaison
au même échantillon non traité (0,75 ± 0,14 μm) et légèrement inférieure après
traitement par plasma Ar/O2 (0,68 ± 0,21 μm) en comparaison au même
échantillon non traité (0,79 ± 0,22 μm).
• La mouillabilité des échantillons traités, a fortement augmenté mais était
meilleure avec le plasma 02 : Ar/O2 (θ à 2,8 ± 1,3◦) < O2 (θ à 0,0 ± 0,0◦).
• En ce qui concerne l’adhésion, le traitement par plasma O2 a donné des valeurs
de SBS plus élevées (28,69 ± 4,20 MPa) que le traitement plasma Ar/O2 (24,48
± 3,22 MPa) qui lui-même a donné des valeurs plus élevées que le groupe non
traité (18,25 ± 5,15 MPa).
Les auteurs de cette étude ont réitéré la même expérience mais cette fois avec du
PEEK chargé de 20% de dioxyde de titane (TiO2). Les valeurs obtenues sont
comparables à l’étude précédente mais légèrement différentes :
• La rugosité après traitement par plasma O2 (2,1 ± 0,78 μm) était supérieure à
celle du groupe non traité (2,08 ± 0,89 μm). Celle du groupe traité par plasma
Ar/O2 (2,86 ± 0,21 μm) l’était également en comparaison au groupe non traité
(3,13 ± 0,15 μm).
121
• La mouillabilité obtenue était similaire à l’expérience précédente : Ar/O2 (θ à
2,0 ± 1,6◦) < O2 (θ à 0,0 ± 0,0◦).
• En ce qui concerne la valeur d’adhésion, cette fois c’est le traitement par plasma
Ar/O2 qui a donné une valeur de SBS plus élevée (31,54 ± 3,49 MPa) que le
traitement par plasma O2 (30,38 ± 5,56 MPa). Dans les deux cas, en
comparaison au groupe non traité (17,31 ± 1,93 MPa) la valeur de SBS était
presque doublée (Bötel et al., 2018).
En 2019, Younis et al. tentent un traitement du PEEK par plasma d’azote (N), Argon
(Ar), Oxygène (O) et air pendant 10 minutes.
• La rugosité était là encore, (très) faiblement changée dans tous les cas : une
valeur moyenne de rugosité de surface de 1,01 ± 0,21 μm était constatée.
• Les valeurs de SBS obtenues (Table 23) étaient plus faibles que lors de l’étude
précédente, notamment puisque le temps de traitement était fortement
diminué : la meilleure valeur obtenue était après traitement par plasma N suivie
du plasma Ar puis de l’air et enfin de l’O en comparaison au groupe non traité.
Là encore on constate que la valeur de SBS après un traitement de 10 minutes
est quasiment doublée (Younis et al., 2019).
SBS (MPa) 10,04 ± 1,84 9,56 ± 1,35 9,27 ± 1,33 8,59 ± 1,64 5,38 ± 2,90
Okwa et al. ont réalisé, l’année suivante, un traitement par plasma helium (He) pendant
1 minute dans l'eau distillée de CFR-PEEK et de GFR-PEEK.
• La mouillabilité du CFR-PEEK était plus élevée après traitement (37,2 ± 2,6◦)
que celle groupe contrôle (88,6 ± 0,9◦). Celle du GFR-PEEK était également
plus élevée après traitement (37,3 ± 4,2◦) que le groupe contrôle (74,4 ± 3,0◦).
122
• Cette étude ne présente pas de valeurs de SBS mais déclare qu’elles étaient
significativement plus élevées dans les groupes traités que dans les groupes
contrôle après seulement 1 minute (Okwa et al., 2020).
En 2021, Fu et al. réalisent un plasma-etching du PEEK par plasma H, O et HO (1 :1)
en fonction du temps.
• Ils confirment dans tous les cas étudiés, que même après 30 minutes, aucune
différence significative de rugosité n’est observée à la surface du matériau en
comparaison au groupe non traité.
• Ils observent également que la mouillabilité se stabilise après 10 minutes : θ
descend à 41,67 ± 1,15◦ pour le plasma H et à presque 0° pour le plasma O et
plasma H/O (Fu et al., 2021).
123
4.1.3. Traitement par laser
Il est possible d’utiliser différents laser afin de modifier l’état de surface du PEEK, ce
qui constitue une piste de réflexion pour pré-traitement du PEEK avant collage. Les
lasers pouvant être utilisés sont variés : par exemple CO2, Er :YAG, Nd :YAG,
Nd:YVO4 ou encore KTP. Là encore, il est possible de faire varier différents
paramètres tels que la puissance et la fréquence du laser, le temps de traitement ou
la profondeur de traitement. Dans la littérature, on trouve de nombreuses études qui
s’intéressent au traitement laser.
En 2019, Tsuka et al., étudient le traitement par laser Nd:YVO4 sur une profondeur de
100μm, 150μm et 200μm.
• Après traitement ils observent un réseau en surface avec des rainures et des
contre-dépouilles régulières.
• La rugosité observée la plus élevée était pour la profondeur de 200-μm (19,9 ±
1,7 µm) suivie des 150-μm (19,6 ± 1,6 µm) puis des 100-μm (15,9 ± 1,8 µm).
Elle était donc toujours supérieure à la rugosité observée dans le groupe non
traité (0,5 ± 0,1 µm).
• Pour les valeurs d’adhésion la meilleure était pour le traitement à 200-μm de
profondeur (15,0 ± 5,3 MPa) suivi de celui à 150-μm (14,4 ± 4,8 MPa) puis des
100-μm (13,2 ± 5,4 MPa). Ces valeurs étaient donc relativement proches mais
croissante avec la profondeur du traitement et au moins deux fois
supérieures à la valeur SBS obtenue dans le groupe non traité (4,5 ± 2,9
MPa) (Tsuka et al., 2019).
124
En 2021, Ulgey et al., comparent 3 types de laser pour un traitement du PEEK à la
même puissance (3W), la même fréquence (20Hz) et pendant la même durée (30
secondes). Il s’agit des laser Er:YAG, Nd:YAG et KTP.
• Ils ont d’abord observé la surface du PEEK traité au microscope, dans le cas
de l’Er:YAG les surfaces étaient rugueuses sans défauts perceptibles ; dans
celui du Nd:YAG on observait des pores réguliers et profonds avec des bords
de pore distincts et une surface relativement rugueuse ; alors que dans le cas
du KTP on observait une carbonisation des surfaces. Les morphologies de
surface observées semblent corrélées logiquement aux valeurs de SBS
obtenues.
• Les valeurs d’adhésion en question sont données dans le tableau 24: le laser
Nd:YAG s’est révélé supérieur au Er:YAG qui lui-même a donné de meilleurs
valeurs d’adhésion que le laser KTP . On observe une supériorité de tous les
traitements laser sur le groupe non traité (Ulgey et al., 2021)
SBS (MPa) 16,35 ± 0,63 14,29 ± 0,49 11,3 ± 0,41 8,09 ± 0,55
Cette étude met en lumière un point important : même lorsqu’on standardise les
paramètres variables des laser, le type de laser lui-même a une importance
capitale sur la morphologie de surface du matériau traité et donc sur l’adhésion
obtenue.
D’autres études sur le traitement laser ont obtenu des valeurs similaires :
• en 2020 Çulhaoglu et al., ont obtenu une SBS 11,46 ± 1,97 Mpa avec un laser
Yb:PL en comparaison à un groupe non traité dont la SBS était de 5,09 ± 2,14
Mpa (Çulhaoglu et al., 2020).
125
• en 2022 Taha et al., ont observé une SBS de 10,1 ± 1,2 Mpa après traitement
laser Er :YAG (Taha et al., 2022).
Le traitement par laser semble toujours permettre une augmentation des valeurs de
collage en comparaison à une absence de traitement. Selon Wang et al., le traitement
laser permettrait un collage satisfaisant (SBS > 10MPa). Toutefois force est de
constater qu’un traitement laser seul ne permet pas d’obtenir des valeurs aussi
élevées que d’autres traitements déjà évoqués. Nous reviendrons sur cette
comparaison entre les différents traitements et sur les possibilités de les combiner afin
d’améliorer les valeurs de collage.
4.1.4. Sablage
• Sablage à l’alumine
L’air-abrasion ou sablage à l’aide de particules d’alumine (Al203), de 30 à 100µm, fait
partie des méthodes de pré-traitement les plus populaires et étudiées de la littérature.
Il est possible de faire varier divers paramètres tels que la durée de sablage, la taille
des particules, la pression utilisée, l’angle et la distance de projection des particules…
Le sablage permet de modifier la topographie de la surface, en créant notamment des
irrégularités (figure 73), d’augmenter la mouillabilité et la rugosité de la surface. Ce
procédé élimine également les contaminants organiques de la surface.
Figure 73 : après sablage du PEEK sa surface est irrégulière, fissurée, avec des
oxydes d’alumine de forme polygonale incrustés dans ces surfaces (Silthampitag et
al., 2016)
En 2018, Stawarczyk et al. étudient le sablage sur 400 échantillons de PEEK, ils
testent 5 différents protocoles avec différentes granulométries de particules et
126
différentes pression à savoir : 50 μm Al203 à 0,5 bar ; 50 μm Al203 à 3,5 bar ; 110 μm
Al203 à 0,5 bar ; 110 μm Al203 à 3,5 bar ; et 110 μm Al203 à 2,8 bar. Les auteurs
montrent que l’air-abrasion permet d’augmenter la résistance à la traction des
échantillons collés (Stawarczyk et al., 2018).
Plusieurs auteurs ont montré que le sablage avec des particules d’alumine de 110
µm permettait d’augmenter l’adhésion du PEEK par rapport au PEEK non traité (Rocha
et al., 2016; Gouveia et al., 2021; Tosun et al., 2022)..
L’adhésion semblait comparable en présence de PEEK usiné ou de PEEK imprimé en
3D (Gouveia et al., 2021).
Taha et al., ont corroboré récemment ces résultats: ils ont observé une supériorité
des valeurs de SBS obtenues après sablage par des particules de 50 μm d’Al203
pendant 15 secondes à une pression de 2,5 bar (17,4 ± 2,4 MPa) en comparaison à
un échantillon non traité (8,3 ± 0,6 MPa) (Taha et al., 2022).
127
les échantillons sont rigoureusement polis avant traitement et d’autre part le sablage
est effectué à une pression relativement faible (1 bar) pendant un temps relativement
court (10 secondes).
• Enduction de silice
Le sablage à l’alumine est parfois modifié par adjonction de particules de silice,
pulvérisées à la surface du PEEK, ce qui permet de la rendre plus réactive. Nous
l’avons vu précédemment (chapitre 2), le PEEK est parfois modifié dans sa structure
par ajout de nano-particules de silice ce qui tend à améliorer non seulement ses
propriétés physiques mais aussi sa réactivité, par fonctionnalisation de la surface, et
donc son aptitude au collage. Cependant, dans la littérature, la silice ne semble pas
apporter de réel avantage à la technique de sablage classique.
Plus tard, en 2020, Çulhaoglu et al., dans le même type d’étude ont comparé le
sablage modifié à la silice avec des particules de 30 μm et le sablage classique avec
des particules de 50 μm. Dans les deux cas le sablage était effectué sous 0,3 bar de
pression pendant 15 sec. Lorsqu’on regarde les valeurs de SBS obtenues on constate
que le sablage classique présente des valeurs légèrement supérieures (10,81 ± 3,06
MPa) au sablage modifié à la silice (8,07 ± 2,54 MPa). Là encore la différence ne
semble pas significative.
128
de 15 secondes. Ils ont conclu cette étude en affirmant qu’entre ces deux traitements
il n’y avait pas de différence significative des valeurs rugosité et de résistance au
cisaillement obtenues.
Lorsqu’on sait que la granulométrie des particules n’a pas d’impact sur les valeurs
d’adhésion on se rend donc compte que le sablage par adjonction de silice utilisé
seul ne présente pas d’intérêt pour améliorer l’adhésion en comparaison au
sablage classique utilisé seul. Cependant, la silice améliore la mouillabilité de la
surface et nous verrons par la suite qu’elle peut se révéler utile lorsqu’on combine
son utilisation à un primaire de collage hydrophile.
En 2016, Rocha et al. étudient les procédés de traitement de surface du PEEK pour le
collage à la dentine humaine. Ils ne démontrent aucune différence significative des
valeurs de collage entre les procédés de sablage (45μm, pendant 15 secondes sous
2,8 bar à 10 mm) et les procédés utilisant l’acide sulfurique (98% pendant 5, 30 ou 60
secondes) et tirent la conclusion suivante : « en raison de la toxicité de ce dernier
(l’acide sulfurique), il ne peut être utilisé comme prétraitement de matériaux
129
destinés à être utilisés au niveau de la cavité orale, le prétraitement par sablage
lui sera donc préféré » (Rocha et al., 2016).
• Avec le plasma
En 2022, Taha et son équipe montrent une rugosité, une mouillabilité et des valeurs
d’adhésion supérieures avec un protocole de sablage (50μm, pendant 15 secondes
sous 2,5 bar à 10 mm) en comparaison à un protocole de plasma-etching à l’oxygène.
Après sablage la SBS était de 17,4 ± 2,4 MPa, alors qu’après traitement par plasma
elle était de 12,4 ± 0,7 Mpa pour un même protocole de collage. La mouillabilité était
de 8,8 ± 0,6° après traitement par sablage contre 21,5±2,2° après traitement par
plasma (Taha et al., 2022).
Cette étude comparative semble démontrer une supériorité du sablage sur le plasma,
cependant, il est bon de remarquer que dans la littérature, les valeurs de SBS
obtenues avec le traitement plasma peuvent être supérieures à celles obtenues avec
le traitement par sablage. En effet, avec le traitement plasma on trouve des SBS
dépassant les 30MPa dans certaines études (Bötel et al., 2018), alors que la valeur
maximale de SBS obtenue après sablage est plutôt sous les 20MPa (Taha et al.,
2022).
• Avec le laser
Selon l’étude d’Ates et al. le laser a tendance à produire une surface irrégulière avec
des pores étroits et profonds tandis que le sablage produit des irrégularités de surface
avec des vallées et des fosses plus larges mais peu profondes. Dans cette étude ils
comparent un laser Er:YAG avec un protocole sablage. Le sablage (50μm, pendant
15 secondes sous 2,7 bar à 10 mm) a obtenu les meilleures valeurs d’adhésion (10,97
± 2,88 MPa) en comparaison au laser (Er:YAG, 150 mJ, 10Hz, 1,5W) (6,03 ± 1,04
MPa) (Ates et al., 2018).
L’étude de Çulhaoglu et al. s’intéresse à la différence entre un traitement au laser
Yb:PL (5 W, 4 Hz pendant 30 s) et un sablage (50 μm, à 0,28 bar pendant 15 s). Les
valeurs (résumées dans le tableau 25) de rugosités, mouillabilité et résistance au
cisaillement du joint de collage étaient similaires entre les deux protocoles (Çulhaoglu
et al., 2020).
130
Table 25 : valeurs obtenues dans l’étude de Çulhaoglu et al. selon le protocole utilisé
(d’après Çulhaoglu et al., 2020)
Protocole Rugosité Mouillabilité SBS
laser Yb:PL 2,85 ± 0,20 μm θ à 103,6 ± 4,88° 11,46 ± 1,97 Mpa
Sablage 2,26 ± 0,33 μm θ à 84,83 ± 4,56° 10,81 ± 3,06 Mpa
L’étude de Taha et al., est similaire mais cette fois le sablage (50μm, pendant 15
secondes sous 2,5 bar à 10 mm) est comparé à un traitement par laser Er :YAG. La
SBS obtenue après sablage est de 17,4 ± 2,4 MPa tandis qu’elle n’est que de 10,1 ±
1,2 MPa pour le laser (Taha et al., 2022).
Le traitement laser semble donc donner des valeurs d’adhésion plus faibles que
celles obtenues avec le traitement par sablage (ou au mieux similaires).
Nous l’avons déjà vu au travers de cette étude, on trouve très souvent dans la
littérature une combinaison de traitements. Par exemple un sablage suivi d’un
mordançage acide ou un sablage combiné au laser.
131
• Adem et al. se sont penchés en 2021 sur la combinaison acide sulfurique (98%,
1 minute) et sablage (50μm, pendant 10 secondes sous 2 bar à 10 mm). En
comparant les valeurs d’adhésion, la combinaison des deux (11,72 ± 1,69
MPa) s’est révélée moins avantageuse que l’utilisation de l’acide sulfurique
seul (13,43 ± 1,42 MPa) mais meilleure que le sablage seul (6,43 ± 1,05 MPa).
• En 2018, Ates et al. ont combiné le laser (Er:YAG, 150 mJ, 10Hz, 1,5W) avec
le sablage (50μm, pendant 15 secondes sous 2,7 bar à 10 mm), ce protocole
est abrégé LS. Ils ont également combiné ce même laser avec le sablage
modifié par silice (même conditions que sablage), abrégé LSS. Nous l’avons
déjà évoqué cette étude comparait également le sablage seul (S), le sablage
modifié par la silice (SS) et le laser seul (L). Les valeurs d’adhésion obtenues
permettent de classer les traitements dans l’ordre du meilleur au moins bon :
LSS (13,14 ± 1,45 MPa) > LS (12,09 ± 2,08 MPa) ou SS (12,07 ± 2,82 MPa) >
S (10,97 ± 2,88 MPa) > L (6,03 ± 1,04 MPa). La combinaison du laser et du
sablage est donc gagnante puisque l’adhésion est toujours meilleure
lorsqu’on les combine que lorsqu’on les utilise seuls.
132
Table 26 : tableau résumé des paramètres influençant ou non les différents traitements
et les valeurs d’adhésion maximales trouvées dans la littérature pour chacun des
traitements (source : document personnel).
Traitement Paramètres Paramètres SBS maximale obtenue
influençant n’influençant (MPa)
l’adhésion pas (ou peu)
l’adhésion
Acide - Concentration
sulfurique de l’acide 27,90 ± 3,48 MPa
- Temps de (Zhang et al., 2021)
traitement (doit /
être ni trop long
ni trop court)
Plasma - Temps de - Plasma / Gaz 31,54 ± 3,49 MPa
traitement utilisé Avec plasma Ar/O2
(Bötel et al., 2018)
Laser - Profondeur de 16,35 ± 0,63 MPa
traitement Avec Nd :YAG
- Type de Laser / (Ulgey et al., 2021)
- Temps de
traitement
Sablage - Pression de - Granulométrie 17,4 ± 2,4 MPa
sablage des particules (Taha et al., 2022)
- Temps de - L’ajout de
traitement silice
Combiné Inhérents aux techniques qu’on Environ 21-22 MPa pour
combine les combinaisons laser-
sablage et plasma-sablage
(Taha et al., 2022)
Le meilleur des traitements réside certainement dans une stratégie combinée. Les
meilleurs collages sont pourtant obtenus grâce à des techniques utilisant l’acide
sulfurique, malheureusement ces techniques ne sont pas transposables à la pratique
133
courante du fait de leur dangerosité. Nous devons retenir une chose au vu des
résultats de la revue de littérature de Wang et al. : le sablage doit être le pilier
principal du traitement de surface du PEEK du fait de son efficacité et de sa
sûreté (Wang et al., 2022). De plus le sablage répond très bien à la combinaison avec
d’autres traitements. Un des autres avantages du sablage selon Gouveia et al., 2021
serait de réduire l’écart des valeurs de collage entre le PEEK usiné et le PEEK
imprimé.
134
(19,86±2,52 MPa). Selon les auteurs les avantages de ce primaire résident dans sa
composition particulière de triacrylate de pentaérythritol (PETIA) en solution (qui
possède une haute capacité de modification du PEEK), de monomères MMA (qui
induisent un gonflement de la surface du PEEK) et de diméthacrylates, ce qui permet
un micro-enchevêtrement entre la résine de collage et le PEEK. Soit une meilleure
pénétration de la résine de collage dans les porosités de surface du PEEK à la manière
de n’importe quel primaire d’adhésion, ce qui constitue la base du collage (Caglar et
al., 2019).
Les preuves confirmant l'effet positif d’un primaire sur l'adhésion du PEEK sont
nombreuses. Les mêmes constatations ont été faites avec une combinaison de
prétraitement à l'acide sulfurique et primer (Zhang et al., 2021), les auteurs ont
mordancé du PEEK avec de l'acide sulfurique à 98 %, puis ont appliqué du Visio.link.
Ils ont ensuite étudié la pièce par microscopie électronique, ce qui a révélé que le
primer avait pénétré dans les pores créés lors du mordançage, contribuant à
l'amélioration de la liaison micromécanique avec le ciment résineux et améliorant
finalement la résistance au cisaillement (Figure 74) (Zhang et al., 2021).
Silthampitag et al., parlaient déjà en 2016 des avantages des primaires et montraient
de meilleurs collages avec l’utilisation de Visio.link ou d’Heliobond (Silthampitag et al.,
2016).
135
VisioLign®, le fabricant du système Visio.link, met en avant la possibilité de coller du
PEEK sur la notice de son produit (source : visiolign.com/wp-
content/uploads/2019/12/crea_lign_freestyle-Manual_0098330F-
20191209_210x297mm_NEW.pdf , consulté le 22/03/2022) et Bredent le fabricant du
BioHPP recommande dans son protocole de collage l’utilisation de ce même produit,
(source : bredent.co.uk/bonding-protocol-for-biohpp-a-step-by-step-guide/ consulté le
22/03/2022). Dans les deux cas, l’utilisation de ce produit est précédée d’un
prétraitement par sablage (voir partie 4.1.8.) : « Sabler le PEEK avec de l’oxyde
d’aluminium au grain de 110 μm et sous une pression de 2 à 3 bars. Après le sablage,
ne pas nettoyer l’infrastructure au jet de vapeur, enlever d’éventuelles contaminations
à l’aide d’alcool et d’un pinceau propre. »
Kurahashi et al. ont rapporté que le traitement du PEEK par un primaire destiné à la
céramique (Clearfil Ceramic Primer Plus) n'a pas montré d'effet significatif sur
l'amélioration de la SBS (3,55 ± 1. 14 MPa) par rapport au groupe témoin (3,19 ± 1,06
MPa). Cependant, lorsque ce même primaire était combiné à un sablage modifié à la
silice, la force d’adhésion SBS était plus élevée (15,32 ± 1,80 MPa) par rapport au
sablage silice seul (12,31 ± 2,10 MPa). Ce primaire à base d'eau s'est avéré adapté à
l'adhésion de surfaces hydrophobes et chimiquement inertes ce qui correspond tout à
fait aux propriétés du PEEK (Kurahashi et al., 2019).
136
est la meilleure méthode de fabrication pour le PEEK en dentisterie prothétique, et il
s'agit là d'un autre domaine qui nécessite un développement plus approfondi.
Enfin, les études disponibles ont rarement étudiées les « nouveaux » PEEK (GFR,
CFR, revêtement titane, silice…), or ils présentent des performances mécaniques
améliorées et pourraient également améliorer son collage (Wang et al., 2022).
Il faut retenir de cette partie que le protocole de collage du PEEK devrait inclure
la combinaison d’un sablage (avec ou sans particules de silice) et d’un primaire
hydrophile. Même si l’acide sulfurique produit de très bons résultats son
utilisation n’est pas envisageable en Odontologie du fait de sa toxicité. Le
plasma-etching produit lui aussi de très bons collages mais c’est un procédé
long et complexe qui sera sans doute réservé à l’industrie.
137
Etape 2 : Conditionner à l’aide d’un primaire d’adhésion (Figure 76)
Appliquer une couche fine et uniforme de visio.link et polymériser dans un appareil de
photopolymérisation pendant 90 secondes (plage de longueurs d'onde 370 nm - 400
nm). La zone conditionnée doit avoir une finition semi-mate après le durcissement à la
lumière, et NON brillante.
Etape 3 : Coiffes en titane prêtes à être collées sur l'armature (Figure 77)
Le titane doit être sablé avec de l'oxyde d'aluminium de 110μm à une pression de 3 à
4 bars. NE PAS nettoyer à la vapeur après le sablage.
Appliquer ensuite une fois le primer MKZ et attendre qu'il s'évapore
138
L'adhésif polymérise après sept minutes à température ambiante. Il est également
possible d'accélérer le processus en le plaçant dans un tunnel de polymérisation
pendant 180 secondes.
139
Figure 80 : application de l’opaqueur gencive (source : bredent.co.uk)
140
Résultat final (figure 83):
141
Conclusion
142
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connect.de/DOI/DOI?10.1055/s-0041-1731833
166
Table des matières
1. Vers une interdiction des matériaux conventionnels utilisés en odontologie ............. 18
1.3. Législation..................................................................................................................... 49
1.3.1. Cas des alliages de Cobalt-Chrome (Figure 16) ............................................................................. 49
1.3.2. La réglementation concernant les monomères ............................................................................ 54
167
2.6.4. Prothèse Maxillo-Faciale (Table 18) .............................................................................................. 99
2.6.5. Implantologie (Table 19) ............................................................................................................. 100
168
169
PREVOT Hugo – Évolutions réglementaires concernant les alliages de cobalt-
chrome et les monomères utilisés en dentisterie : le PEEK, une alternative
«safe»?
Mots-clefs :
- cobalt-chromium dental alloys
- dental resins
- CMR classification
- polyether-ether-ketone (PEEK)
- dental restoration
Résumé :
Les matériaux de restaurations utilisés par les chirurgiens-dentistes font souvent l’objet de
discussions voire de polémiques. Les amalgames dentaires ont ainsi soulevés de nombreuses
interrogations qui ont abouti à une interdiction partielle depuis 2018. Le Bisphénol-A entrant dans
la composition de certaines résines composites est sur la sellette. Depuis 2020, le cobalt
métallique est classé comme substance CMR : Cancérigène Mutagène Reprotoxique. Ce dernier
entre dans la composition de nombreux dispositifs médicaux utilisés quotidiennement en
odontologie. À travers ce travail, nous étudions plus amplement ces matériaux et leur toxicité
supposée ainsi que la législation récente qui les encadre.
Nous décrivons ensuite le PEEK ou polyétheréthercétone : un matériau léger, hydrophobe, ne
favorisant pas le dépôt de plaque, dépourvu de substances métalliques, et ne libérant pas de
monomères toxiques. Il se présente comme une excellente alternative « safe » aux métaux mais
aussi à de nombreux biomatériaux qui entrainent le relargage de monomères. Nous nous
intéressons à sa possible utilisation clinique en odontologie, à sa mise en œuvre en laboratoire
ainsi qu’aux obstacles restant à surmonter avant de pouvoir généraliser son utilisation. Nous nous
intéressons particulièrement à la mise en œuvre par impression 3D et au collage de ce matériau.
Jury :
Président : Pr. E. MORTIER Professeur des Universités
Membres : Dr. V. MOBY Maître de Conférences
Dr. C. AMORY Maître de Conférences
Dr. C. GERBER Chef de clinique des universités – Assistant des hôpitaux
Directrice de thèse : Dr V. MOBY
Adresse de l’auteur :
Hugo PREVOT
53 avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny
54000, Nancy
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