Relations Entre L'investissement Direct Étranger, Les Échanges Et La Politique Commerciale
Relations Entre L'investissement Direct Étranger, Les Échanges Et La Politique Commerciale
Relations entre
l'investissement direct
étranger, les échanges et la
politique commerciale
ANALYSE ÉCONOMIQUE APPLIQUÉE AU
SECTEUR ALIMENTAIRE DES PAYS DE L'OCDE
ET ÉTUDES DE CAS AU GHANA, AU
MOZAMBIQUE, EN OUGANDA ET EN TUNISIE
Norbert Wilson,
Joyce Cacho
JT03223964
RÉSUMÉ
À travers une analyse empirique et des études de cas, ce document examine la relation entre
l’investissement direct étranger (IDE), les échanges et les politiques liées au commerce dans les pays de l’OCDE et
dans quatre pays d’Afrique (Ghana, Mozambique, Tunisie et Ouganda).
Dans les pays de l’OCDE, les droits de douane et les mesures de soutien du marché peuvent avoir des
retombées importantes sur la répartition géographique de l’IDE. L’IDE peut aussi constituer un moyen d’éviter ou de
contourner les droits de douane. Les entreprises d’un pays peuvent également investir dans un autre pays pour profiter
des préférences tarifaires dont ce deuxième pays bénéficie auprès d’un troisième pays. La participation à un accord
régional de libre-échange ou à une union douanière, comme l’ALENA ou l’UE, ouvre généralement des possibilités
d’investissement. Les mesures de soutien des prix du marché agricole peuvent encourager l’investissement sortant et
décourager l’investissement entrant. Globalement, l’IDE et les échanges semblent se compléter l’un l’autre.
Les quatre études de cas effectuées en Afrique mettent en évidence les interactions entre la réglementation,
l’investissement étranger et les échanges. L’IDE peut par exemple aider les entreprises à se donner les moyens de
satisfaire aux normes des marchés des pays de l’OCDE. La mise en place d’organismes de promotion des
investissements et la création de zones franches pour l’industrie d’exportation semblent constituer des phases
préparatoires qui apprennent aux pays à attirer l’IDE. Les accords commerciaux préférentiels, tels que l’initiative
« Tout sauf les armes » de l’UE ou l’African Growth Opportunity Act des États-Unis, peuvent avoir un impact sur les
échanges et l’investissement.
Outre les politiques commerciales, divers politiques et facteurs influent largement sur la localisation et la
répartition de l’IDE. Comme le montre l’expérience des pays de l’OCDE, les facteurs tels que le PIB d'un pays
(autrement dit la taille de son marché) joue à cet égard un rôle important, de même que les coûts de production et de
transport. Une autre considération qui entre en ligne de compte est l’intensité de la concurrence sur le marché visé.
Dans les quatre pays d’Afrique étudiés, le risque pays et le niveau d’infrastructure peuvent influer sur le volume
d’IDE attiré.
REMERCIEMENTS
Ce projet a été mis en œuvre par Norbert Wilson1, économiste à l’OCDE, et Joyce Cacho, consultante, sous la
direction d’Anthony Kleitz de la Direction des échanges et de l’agriculture de l’OCDE. Les collaborateurs de cette
direction ont fourni des informations et des commentaires utiles. Les auteurs tiennent à remercier les agences de
promotion de l’investissement du Ghana, du Mozambique, de Tunisie et d’Ouganda, et apprécient tout
particulièrement le dynamisme dont elles ont fait preuve et les efforts qu’elles ont accomplis pour signaler des
entreprises qui, par leur expérience, ont permis de mettre en évidence les défis et les possibilités que présente le
développement de l’IDE dans le secteur alimentaire des marchés émergents. Enfin, les entreprises ont bien voulu
donner de leur temps pour fournir des informations précises, et les auteurs ont apprécié leur détermination à attirer
des investissements étrangers accrus et soutenus au profit de l’industrie alimentaire de régions et de pays émergents.
Le Groupe de travail mixte sur l’agriculture et les échanges de l’OCDE a examiné ce rapport et décidé de le
déclassifier sous sa propre responsabilité pour en diffuser plus largement les résultats.
1
Norbert Wilson a quitté l’OCDE et exerce maintenant en tant que maître assistant à l’université d’Auburn, en
Alabama, aux Etats-Unis.
2
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
RÉSUMÉ ........................................................................................................................................................ 5
I. L’IDE DANS LE MONDE EN QUELQUES CHIFFRES ......................................................................... 7
Introduction ................................................................................................................................................. 7
Localisation et répartition de l’IDE............................................................................................................. 8
L’IDE dans le monde .................................................................................................................................. 8
II. L’IDE DANS LE SECTEUR ALIMENTAIRE DANS LA ZONE DE L’OCDE................................... 10
Introduction ............................................................................................................................................... 10
Conclusions des travaux de recherche....................................................................................................... 10
L’IDE dans le secteur alimentaire des pays de l’OCDE ........................................................................... 10
Tour d’horizon des études existantes ........................................................................................................ 16
Nouveaux modèles économétriques.......................................................................................................... 23
III. L’IDE DANS QUATRE PAYS D’AFRIQUE : ÉTUDES DE CAS ................................................. 27
Introduction ............................................................................................................................................... 27
Résultats de l’étude ................................................................................................................................... 28
Questions d’ordre méthodologique ........................................................................................................... 29
A. GHANA .................................................................................................................................................. 32
Évaluation ................................................................................................................................................. 32
Accords relatifs au commerce et à l’investissement ................................................................................. 32
Risque-pays et notation des entreprises..................................................................................................... 34
Investissement direct étranger au Ghana................................................................................................... 36
Exemple d’investissement direct étranger au Ghana : la société BLUE SKIES ................................... 38
B. MOZAMBIQUE ..................................................................................................................................... 42
Évaluation ................................................................................................................................................. 42
Accords relatifs au commerce et à l’investissement ................................................................................. 42
Risque-pays et notation des entreprises..................................................................................................... 43
Investissement direct étranger au Mozambique ........................................................................................ 45
Un exemple d’investissement direct étranger au Mozambique : Pescamar, Lda................................... 46
C. TUNISIE ................................................................................................................................................. 48
Évaluation ................................................................................................................................................. 48
Accords relatifs au commerce et à l’investissement ................................................................................. 48
Risque-pays et notation des entreprises..................................................................................................... 52
Investissement direct étranger en Tunisie ................................................................................................. 53
Un exemple d’investissement direct étranger en Tunisie : Borges Tunisie, S. A.................................. 55
D. OUGANDA ............................................................................................................................................. 57
Évaluation ................................................................................................................................................. 57
Accords relatifs à l’investissement et au commerce ................................................................................. 57
3
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
4
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
RÉSUMÉ
A travers une analyse économétrique et des études de cas, le présent document examine la relation entre
l’investissement direct étranger (IDE), les échanges et les politiques liées au commerce dans les pays de
l’OCDE et dans quatre pays d’Afrique. Les études concernant les liens entre échanges et IDE d’une
manière générale sont certes légion, mais la valeur ajoutée de celle-ci tient au fait qu’elle est centrée sur les
tendances observées à l’échelon international dans le secteur alimentaire, lequel occupe une place capitale
dans l’économie de nombreux pays en développement. En aidant à mieux comprendre les relations entre
l’IDE, les échanges et la politique commerciale dans le secteur alimentaire, elle permettra une prise de
décision mieux informée au niveau de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques concernant le
secteur alimentaire aussi bien que des secteurs connexes.
De 1982 à 2002, l’encours total des investissements directs à l’étranger est passé de 802 milliards USD à
7 123 milliards USD, dont 87 % provenant de pays de l’OCDE et 13 % de pays non membres. Le stock
d’investissements de l’étranger est pour sa part placé à 67 % dans des pays de l’OCDE et à 33 % dans des
pays non membres. Avec 2 % en 2003, d’après les estimations, l’Afrique est, de toutes les régions, celle
qui reçoit la part la plus faible de l’IDE. En 2001, le secteur alimentaire représentait 1.1 % environ de
l’ensemble des flux entrants d’IDE. Ce pourcentage se situait à 0.9 % dans les pays développés, et à 1.5 %
dans les pays en développement (CNUCED).
La présente étude semble indiquer qu’il existe un lien entre l’IDE et la politique commerciale. Dans les
pays de l’OCDE, les droits de douane et le soutien des prix du marché peuvent influer sur la répartition
géographique de l’IDE. L’IDE peut aussi constituer un moyen d’éviter ou de contourner les droits de
douane. Ou alors les entreprises d’un pays peuvent investir dans un autre pays pour profiter des préférences
tarifaires dont ce deuxième pays bénéficie auprès d’un troisième pays. La participation à un accord
régional de libre-échange ou à une union douanière, comme l’ALENA ou l’UE, peut ouvrir des possibilités
d’investissement. Le soutien des prix agricoles peut encourager l’investissement sortant et décourager
l’investissement entrant. Globalement, l’IDE et les échanges semblent se compléter l’un l’autre. Par
conséquent, les politiques qui tendent à libéraliser les courants d’échanges peuvent du même coup
contribuer à accroître l’IDE, et inversement.
De leur côté, les quatre études de cas réalisées en Afrique mettent en évidence les interactions entre les
réglementations, l’investissement étranger et les échanges. La co-entreprise britannico-ghanéenne BLUE
SKIES est l’une des premières sociétés à s’être imposée de son propre chef le respect de certaines normes,
précaution qui lui a évité d’avoir à suspendre ses ventes lorsque les consommateurs en sont venus à juger
ces normes indispensables. Amfri Farms, entreprise ougandaise affichant un exceptionnel passé d’IDE,
doit se conformer à tout un éventail de normes et aux exigences de divers organismes de certification pour
pouvoir écouler ses fruits issus de l’agriculture biologique sur les marchés de la zone de l’OCDE. Dans ces
deux cas, l’IDE s’est révélé utile pour aider les entreprises intéressées à se donner les moyens de satisfaire
aux normes des pays de l’OCDE. La mise en place d’organismes de promotion de l’investissement et la
création de zones franches pour l’industrie d’exportation semblent constituer des phases préparatoires qui
apprennent aux pays à attirer l’IDE. Les accords commerciaux préférentiels, tels que l’initiative Tout sauf
les armes de l’UE ou l’African Growth Opportunity Act des Etats-Unis, peuvent avoir un impact sur les
échanges et l’investissement.
5
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Outre les politiques commerciales, divers facteurs influent largement sur la localisation et la répartition de
l’IDE. Comme le montre l’expérience des pays de l’OCDE, parmi ces facteurs figurent le PIB du pays de
destination (autrement dit la taille de son marché) ainsi que les coûts de production et de transport. Une
autre considération qui entre en ligne de compte est l’intensité de la concurrence sur le marché visé. Dans
les quatre pays d’Afrique étudiés, le risque-pays et la qualité des infrastructures peuvent également
intervenir.
Le principal enseignement qui se dégage de la présente étude est que l’IDE est sensible aux courants
d’échanges et aux politiques liées au commerce. Reste qu’une libéralisation plus poussée des échanges ne
suffira pas, à elle seule, à améliorer la répartition géographique et sectorielle de l’IDE. Une diffusion plus
large de l’IDE requiert en effet des politiques coordonnées, au niveau national et international, en vue de
promouvoir le développement économique. Qui plus est, une coordination des stratégies adoptées par le
secteur public et par le secteur privé est également essentielle.
6
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Introduction
2. A travers une analyse économétrique et des études de cas, le présent document examine la
relation entre l’investissement direct étranger (IDE), les échanges et les politiques liées au commerce dans
les pays de l’OCDE et dans quatre pays d’Afrique. Il s’intéresse à l’IDE et aux investissements des
entreprises transnationales, en particulier par la création de co-entreprises comme moyen de faciliter les
investissements à l’étranger. Même si tous ces investissements sont appelés « IDE », des définitions bien
précises qui en soulignent les différences figurent à l’encadré 1 et à l’annexe 1. Les études concernant les
liens entre échanges et IDE d’une manière générale sont certes légion, mais la valeur ajoutée de celle-ci
tient au fait qu’elle est centrée sur les tendances observées à l’échelon international dans le secteur
alimentaire, lequel occupe une place capitale dans l’économie de nombreux pays en développement. En
aidant à mieux comprendre les relations entre l’IDE, les échanges et la politique commerciale dans le
secteur alimentaire, elle permettra une prise de décision mieux informée au niveau de l’élaboration et de la
mise en œuvre des politiques concernant le secteur alimentaire aussi bien que des secteurs connexes.
L'investissement direct étranger (IDE) traduit l’objectif d’une entité résidant dans une économie (« investisseur direct ») d’acquérir
un intérêt durable dans une entité résidant dans une économie autre que celle de l’investisseur (« entreprise d’investissement
direct »). La notion d’intérêt durable implique l’existence d’une relation à long terme entre l’investisseur direct et l’entreprise, et
l’exercice d’une influence notable sur la gestion de l’entreprise. L’investissement direct comprend à la fois l’opération initiale
entre les deux entités et toutes les opérations ultérieures en capital entre elles et entre les entreprises affiliées, qu’elles soient
constituées ou non en sociétés (OCDE ,1996, p. 8).
Les entreprises transnationales sont des entreprises constituées ou non en sociétés comprenant des sociétés-mères et leurs filiales
étrangères (CNUCED, 2003, p. 231). Une société-mère se définit comme une entreprise qui contrôle des actifs d’autres entités
dans des pays autres que son pays d’origine, généralement via la détention d’une participation au capital social (CNUCED, 2003,
p. 231). Une entreprise étrangère affiliée est une entreprise constituée ou non en société dans laquelle un investisseur, qui réside
dans une autre économie, détient une participation lui permettant d’avoir un intérêt durable dans la gestion de l’entreprise (une
participation au capital de 10 pour cent pour une entreprise constituée en société, ou son équivalent pour une entreprise non
constituée en société) (CNUCED, 2003, p. 231).
Une co-entreprise fait intervenir une participation conjointe dans une entité commerciale présentant les caractéristiques suivantes :
(i) l’entité a été créée par un accord contractuel (généralement écrit) prévoyant l’apport de ressources par deux parties au moins ;
(ii) les parties exercent un contrôle conjoint sur une ou plusieurs activités conduites conformément aux conditions de l’accord et
aucune d’entre elles n’est en position de contrôler la co-entreprise unilatéralement (CNUCED, 2006).
7
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
3. La présente étude commence par fournir une vue d’ensemble de l’IDE dans le secteur
alimentaire, à l’échelle des pays de l’OCDE et du monde. Vient ensuite un tour d’horizon ciblé des études
menées sur le sujet, qui servira de base à un examen de l’IDE et des facteurs influant sur sa localisation. Ce
dernier est suivi d’une analyse économétrique de l’IDE dans les pays de l’OCDE, qui se termine par une
série de conclusions à l’intention des pouvoirs publics. Le document se clôt par quatre études de cas de
l’IDE en Afrique, dans lesquelles sont examinés le risque-pays, les accords en matière d’investissement et
d’échanges, la situation de l’IDE au niveau du pays et les entreprises dans lesquelles va se placer l’IDE2.
4. On peut décrire la localisation et la répartition de l’IDE au moyen d’un ensemble de faits stylisés
faisant apparaître des schémas globaux ainsi que des schémas propres au secteur alimentaire : ces dernières
années, le volume d’IDE a augmenté de manière sensible. La répartition de l’IDE entre pays membres et
non membres de l’OCDE s’est faite à l’avantage des premiers à la fois comme pays d’accueil et comme
pays d’origine. Pour certains pays de l’Organisation, l’IDE dans le secteur alimentaire ne représente pas
moins de 3 % du PIB. Une forte proportion de cet investissement se concentre dans un petit nombre
d’entreprises. Le fait que les ventes des entreprises étrangères affiliées hors de leur pays d’origine sont
généralement supérieures aux exportations de ce pays témoigne de l’importance économique de ces
entreprises. Ces constats incitent à pousser plus avant l’analyse pour mieux comprendre l’influence que
l’IDE et les échanges exercent l’un sur l’autre.
5. Avant d’examiner l’IDE dans le secteur alimentaire, voyons d’abord ce qu’il en est de l’IDE
global dans le monde. D’après l’édition 2003 du Rapport sur l’investissement dans le monde (CNUCED,
2003), en 1982, l’encours mondial des investissements directs de l’étranger s’élevait
à 802 000 millions USD ; en 2002, cet encours était passé à 7 123 000 millions USD. Au cours de cette
même période, l’encours des investissements directs à l’étranger a également progressé, passant de
595 000 millions USD à 6 866 000 millions USD (pour la définition des termes liés à l’IDE, voir
l’annexe 1).
6. Cet IDE se concentre dans les pays de l’OCDE. En 2002, au niveau mondial, les entrées d’IDE se
sont élevées à 651 188 millions USD. Sur ce total, 73 % ont pris le chemin de pays de l’OCDE et 27 %
celui de pays non membres. La même année, les sorties d’IDE provenaient essentiellement des pays de
l’Organisation : à l’échelle mondiale, elles se sont chiffrées à 647 363 millions USD dont 93 % au départ
de pays de l’OCDE et 7 % d’autres pays. Cette asymétrie vaut également en ce qui concerne les encours
d’investissements de l’étranger (67 % dans les pays de l’OCDE contre 33 % chez les non-membres) et
d’investissements à l’étranger (87 % provenant des pays de l’OCDE et 13 % des autres pays). Au niveau
régional, au vu des estimations relative à 2003, ce sont l’Europe occidentale (avec 45 %) et l’Amérique du
Nord (avec 23 %) qui affichent les stocks les plus importants d’IDE entrant. Avec seulement 2 % de
l’encours mondial, c’est l’Afrique qui reçoit le moins d’investissements de l’étranger.
2
Norbert Wilson, du Secrétariat de l’OCDE, a effectué l’analyse des pays de l’OCDE et réuni les informations
récapitulatives. Joyce Cacho, consultante extérieure, est l’auteur des analyses des quatre études de cas sur des pays
d’Afrique.
8
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Graphique 1. Répartition du stock d’IDE entrant par région de destination, estimation pour 2003
Europe centrale
Asie et et orientale
Pacifique Europe occidentale
3% 45%
19%
Amérique latine
et Caraïbes
8%
Afrique
2%
Amérique du Nord
23%
7. La répartition de l’IDE occulte l’importance relative de cet investissement dans les pays en
développement.3 En 2002, l’encours des investissements directs de l’étranger dans ces pays (suivant la
définition de « pays en développement » donnée par la CNUCED) équivalait à environ 33 % de leur PIB,
contre 19 % pour les pays développés. Ces pourcentages montrent à quel point l’importance de l’IDE
a nettement augmenté dans les deux groupes de pays. En 1980, en effet, les chiffres correspondants étaient
respectivement de 13 et 5 %. Cette vue d’ensemble permet de commencer à se faire une idée de la situation
de l’IDE dans le monde. Voyons maintenant ce qu’il en est de l’IDE dans le secteur alimentaire, tout
d’abord dans la zone de l’OCDE puis dans un ensemble choisi de pays africains.
3
Pour la CNUCED, les « pays développés » sont les pays de l’OCDE moins la Corée, le Mexique et la Turquie, mais
plus Gibraltar, Malte et Israël. (Andorre, Guernesey, Jersey, le Lichtenstein, l’Île de Man et Monaco sont parfois
inclus dans cette catégorie.) Tous les autres sont des pays en développement.
9
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Introduction
8. L’analyse qui suit des courants d’IDE entre pays de l’OCDE se veut mettre en évidence les effets
des échanges et des politiques liées au commerce sur la localisation et la répartition de l’IDE dans le
secteur alimentaire. Pour commencer est fourni un bref récapitulatif des résultats de l’étude économétrique
présentée ici, suivi d’un examen des tendances ressortant des statistiques de base sur l’IDE dans le secteur
alimentaire dans la zone de l’OCDE. Afin d’étayer les hypothèses sous-tendant notre étude économétrique,
vient ensuite un tour d’horizon ciblé des travaux publiés sur le sujet. Le chapitre se clôt sur l’exposé des
résultats des modèles économétriques, dont le détail est présenté dans l’annexe 3 avec une analyse des
données.
9. L’analyse exposée dans le présent chapitre plaide en faveur de l’existence d’un lien entre l’IDE et
la politique commerciale. Dans les pays de l’OCDE, les droits de douane et le soutien des prix du marché
peuvent avoir des retombées importantes sur la répartition géographique de l’IDE. L’IDE peut aussi
constituer un moyen d’éviter ou de contourner les droits de douane. Ou alors les entreprises d’un pays
peuvent investir dans un autre pays pour profiter des préférences tarifaires dont ce deuxième pays bénéficie
auprès d’un troisième pays. La participation à un accord régional de libre-échange ou à une union
douanière, comme l’ALENA ou l’UE, ouvre généralement des possibilités d’investissement. Le soutien
des prix agricoles peut encourager l’investissement sortant et décourager l’investissement entrant.
Globalement, l’IDE et les échanges semblent se compléter l’un l’autre. Par conséquent, les politiques qui
tendent à libéraliser les courants d’échanges peuvent du même coup contribuer à accroître l’IDE, et
inversement.
10. Les chiffres globaux figurant au chapitre I offrent un contexte permettant de comprendre l’IDE.
Reste que la présente étude est centrée sur le secteur alimentaire.4 En 2001, ce secteur a absorbé environ
1.1 % des entrées totales d’IDE. L’IDE lié au secteur alimentaire a représenté environ 0.9 % de l’IDE
entrant dans les pays développés et environ 1.5 % dans les pays en développement (CNUCED).5
11. Même s’il ne constitue qu’une petite partie de l’IDE global, l’investissement direct étranger dans
le secteur alimentaire a progressé au cours des années 1990. Les quatre principaux pays d’accueil et
d’origine ont été les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la France (voir graphiques 1 et 2 ; pour
4.
Pour le secteur alimentaire, une grande partie des données sur l’IDE relatives aux pays de l’OCDE examinées dans
ce document concernent des « produits manufacturés dont les produits agroalimentaires ». Une étude plus poussée de
ces données révèle que, dans le cas des États-Unis au moins, ce secteur inclut les boissons et les produits du tabac,
autrement dit les codes 15 et 16 de la CITI Rév.3. Ces données sont compatibles avec celles sur les échanges de la
base de données STAN de l’OCDE.
5
Ces chiffres se fondent sur les données relatives à un échantillon de 50 pays représentant 89 % des entrées totales
d’IDE dans le monde.
10
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
plus de chiffres, voir également l’annexe 2).6 En moyenne sur l’ensemble de la décennie, l’encours des
investissements directs à l’étranger du Royaume-Uni et des États-Unis7 s’est élevé respectivement
à 30 600 millions USD et 27 642 millions USD, en dollars constants (graphique 2). S’agissant des
investissements directs de l’étranger dans les années 1990, l’encours des États-Unis, avec en moyenne
22 104 millions USD, a été plus de deux fois supérieur à celui du deuxième pays d’accueil de l’IDE, le
Royaume-Uni, avec ses 9 097 millions USD à prix constants (graphique 3). Parmi les autres pays à
remarquer du fait du volume et de la progression de leur IDE, on peut citer le Japon, le Danemark, l’Italie
et l’Allemagne pour leur stock d’IDE sortant, et l’Autriche, le Mexique, l’Italie et l’Allemagne, pour leur
stock d’IDE entrant.
Moyennes 1990-2000
Millions USD
35,000
30,000
25,000
20,000
15,000
10,000
5,000
0
Corée
Norvège
Suède
Islande
Portugal
Royaume-Uni
Pologne
Etats-Unis
République slovaque
Allemagne
France
Autriche
Finlande
Japon
Italie
Danemark
Pays-Bas
N.B : Des données concernant toutes les années sont disponibles pour l’Allemagne, l’Autriche, les États-Unis, la France, les
Pays-Bas et le Royaume-Uni. L’encours moyen des investissements directs à l’étranger de l’Islande, de la Pologne et de la
République slovaque est inférieur à 100 millions USD. Les moyennes ont été calculées par l’auteur en prenant 2000 comme
année courante.
Source : OCDE (2004).
6.
On ne dispose pas de données sur l’IDE pour tous les pays de l’OCDE. En outre, pour nombre de ceux qui en
fournissent, il n’en existe pas pour toutes les années. Par conséquent, une certaine prudence est de mise dans les
comparaisons entre pays.
7
A noter que plusieurs pays n’ont fourni aucune donnée ; encours des investissements directs à l’étranger : Australie,
Belgique, Canada, Espagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Luxembourg, Mexique, Nouvelle-Zélande, Suisse et Turquie ;
encours des investissements directs de l’étranger : Belgique, Canada, Espagne, Grèce, Irlande, Luxembourg,
Nouvelle-Zélande, Suisse et Turquie.
11
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Moyennes 1990-2000
Millions USD
35,000
30,000
25,000
20,000
15,000
10,000
5,000
Corée
Japon
Allemagne
Pays-Bas
Italie
France
Australie
Suède
Mexique
Finlande
Islande
Royaume-Uni
Pologne
République slovaque
Autriche
Norvège
Portugal
Etats-Unis
Hongrie
Danemark
NB : Des données concernant toutes les années sont disponibles pour l’Allemagne, les États-Unis, la France, l’Islande, l’Italie, le
Mexique, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. L’encours moyen des investissements directs de l’étranger en Islande est
inférieur à 10 millions USD. La Corée n’a communiqué des données que pour 2000 et 2001, et sa moyenne est donc calculée sur ces
deux années. Les moyennes ont été calculées par l’auteur en prenant 2000 comme année courante.
Source : OCDE (2004).
12. Pour l’IDE dans le secteur alimentaire, la répartition globale entre les différents groupes de pays
est difficile à établir en raison des limitations des données. Cependant, les chiffres relatifs aux États-Unis
donnent une idée de cette répartition. En 2003, le stock total d’investissements directs à l’étranger des
États-Unis se montait à 22 717 millions USD, dont 19 152 millions USD, soit 84 %, étaient placés dans des
pays de l’OCDE et 3 564 millions USD, soit 16 %, dans d’autres pays (BEA, 2002).8
13. L’encours d’IDE en pourcentage du PIB des pays d’accueil révèle l’importance relative de l’IDE
(voir graphique 4). Dans les années 90, c’est aux Pays-Bas que ce rapport a atteint les niveaux les plus
impressionnants, avec 2.0 % à 3.5 % du PIB, sauf pour quelques années. Au Royaume-Uni, le stock d’IDE
entrant a représenté entre 0.75 % et 1.25 % du PIB. Les chiffres pour la Finlande, la France, l’Islande et le
Mexique méritent également de retenir l’attention. Dans chacun de ces pays, l’encours des investissements
directs de l’étranger a représenté au moins 0.5 % du PIB au cours des années 90.
8.
Les catégories de pays utilisées ici sont les mêmes que celles définies plus haut. A noter que, tant pour les pays
développés que pour les pays en développement, on observe parfois des valeurs négatives. Les chiffres présentés ici
sont des chiffres nets.
12
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
3.50%
3.00%
2.50%
Finlande
France
2.00% Allemagne
Italie
Mexique
1.50% Pays-Bas
Royaume-Uni
Etats-Unis
1.00%
0.50%
0.00%
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
N.B. Les moyennes ont été calculées par l’auteur en prenant 2000 comme année courante.
Source : OCDE (2004).
14. En termes absolus, les stocks d’IDE entrant et d’IDE sortant se sont accrus dans la plupart des
pays de l’OCDE au cours des années 90. La Corée occupe une place relativement peu importante parmi les
pays d’origine de l’IDE, avec un stock moyen de 242.50 millions USD pour cette décennie. Reste que, par
rapport à l’année de référence 1990, le stock sortant de la Corée était six fois plus élevé en 2000. De même,
le stock d’IDE sortant de l’Italie a presque sextuplé entre 1990 et 1999 (voir annexe 2). L’encours des
investissements directs à l’étranger du Danemark est pour sa part passé de 679.97 millions USD en 1991 à
5 632.43 millions USD en 2000 (soit 8.3 fois plus). La Finlande, par contre, a enregistré une baisse de son
encours d’IDE sortant.
15. Pour les encours d’investissements directs de l’étranger, les tendances observées sont analogues.
Au cours des années 90, le stock d’IDE entrant de l’Allemagne s’est contracté de près de 30 %. En
revanche, celui du Mexique a connu une très forte progression, émaillée de hausses et de baisses
spectaculaires, qui a entraîné sa multiplication par 21 par rapport à son niveau de départ.
16. Parmi les pays dont la croissance du stock d’IDE entrant mérite de retenir l’attention, il faut citer
l’Autriche, où ce stock est passé de 114.30 millions USD en 1990 à 615.67 millions USD en 2000 (soit
5.4 fois plus). En Pologne, l’encours des investissements directs de l’étranger, qui se montait à
519 millions USD en 1994, a été multiplié par 5.5 et atteignait 2 873.4 millions USD en 2000.
L’augmentation la plus forte a été enregistrée en Islande où le stock d’IDE entrant est passé de
0.44 millions USD à 26.16 millions USD en 2001, ce qui représente une multiplication par 59.6.
17. Si on se place au niveau des entreprises, il apparaît que celles qui tiennent la tête du secteur sont à
l’origine d’une part importante de l’IDE (voir tableau 1).9 Les données présentées dans le tableau 1
montrent que de nombreuses entreprises transnationales du secteur alimentaire ont d’énormes
9.
Toutes ces données se fondent sur les rapports annuels des entreprises. Peuvent avoir été omises de la liste certaines
entreprises dont le rapport annuel n’a pas été rendu public.
13
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
investissements à l’étranger. Danone, par exemple, a 75.46 % de ses actifs à l’étranger tandis que Diageo
effectue 85.81 % de ses ventes à l’étranger.
Actifs Ventes
(millions USD) (millions USD)
Rang en 2001, au
vu du volume des
actifs étrangers, Entreprise Pays d’origine Étrangers Totaux Étrangères Totales
parmi les
entreprises de tête
21 Nestlé SA Suisse 33 065 55 821 34 704 50 717
25 Unilever Royaume-Uni/Pays-Bas 30 529 46 922 28 675 46 803
47 Diageo Plc Royaume-Uni 19 731 26 260 13 747 16 020
Philip Morris
49 États-Unis 19 339 84 968 33 944 89 924
Co. Inc.
59 Coca-Cola Co. États-Unis 17 058 22 417 12 566 20 092
Groupe Danone
86 France 11 429 15 146 9 950 12 972
SA
British American
92 Royaume-Uni 10 355 16 403 11 613 17 352
Tobacco Plc
Source : CNUCED (2003).
18. Le rapport des ventes des entreprises étrangères affiliées aux exportations et importations au
niveau national donne une idée des parts respectives de l’IDE et des échanges internationaux dans les
ventes. Les seuls pays d’origine pour lesquels on dispose de données sur les ventes des entreprises
étrangères affiliées sont l’Allemagne, les États-Unis, l’Italie et le Japon.10 Les ventes des entreprises
étrangères affiliées des sociétés mères américaines et italiennes ont été respectivement 3.21 et 1.34 fois
supérieures aux exportations des sociétés mères (voir graphique 5). Par contre, les ventes des entreprises
étrangères affiliées des sociétés mères allemandes ont représenté moins de 22 % des exportations.
19. En ce qui concerne les importations, le rapport à ces dernières des ventes des entreprises
étrangères affiliées est supérieur à l’unité dans 10 des 15 pays de l’OCDE ayant communiqué des
données.11 En Hongrie et en Pologne, la part des ventes des entreprises étrangères affiliées est 5.52 et
3.30 fois supérieure à celle des importations dans la consommation de produits alimentaires (voir
graphique 6). L’Italie, l’Allemagne, le Mexique, la Finlande et le Portugal sont les seuls pays où les
importations occupent une plus large place dans la consommation que les produits provenant des
entreprises étrangères affiliées. Ces données laissent penser que l’IDE peut, dans certains cas, se substituer
10.
Les ventes extérieures des sociétés étrangères affiliées sont les ventes effectuées dans d’autres pays par les
entreprises affiliées dont la société mère a son siège dans le pays d’origine considéré. Dans le cas de l’Allemagne, par
exemple, les ventes extérieures des sociétés étrangères affiliées recouvrent les ventes des entreprises affiliées en Italie
et dans tous les autres pays d’accueil. Le Japon n’a pas été pris en compte car les données relatives aux ventes
comprennent la « culture de céréales » et la « culture de légumes ». Les données des États-Unis sous-estiment les
ventes effectives des entreprises étrangères affiliées pour le secteur alimentaire car elles ne tiennent pas compte des
produits dérivés du tabac.
11.
Les ventes intérieures des entreprises étrangères affiliées sont les ventes effectuées dans le pays d’accueil considéré
par des entreprises affiliées dont la société mère a son siège dans un autre pays. Par exemple, les ventes d’une
entreprise affiliée d’une société mère italienne en Allemagne (et de toutes les autres entreprises étrangères affiliées)
constituent des ventes intérieures de cette entreprise étrangère affiliée en Allemagne.
14
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
aux échanges. Peut-être cette impression s’explique-t-elle toutefois par les échanges et les ventes de
produits intermédiaires.
Graphique 5. Rapport des ventes extérieures des entreprises étrangères affiliées aux exportations
États-Unis
Italie
Allemagne
6.00
5.00
3.00
3.50
4.50
4.00
0.00
0.50
1.00
1.50
2.00
2.50
5.50
Ratio
NB : Les moyennes ont été calculées par l’auteur. Elles n’intègrent que les années pour lesquelles des données sont disponibles.
Source : OCDE (2004).
Graphique 6. Rapport des ventes intérieures des entreprises étrangères affiliées aux importations
Hongrie
Pologne
Etats-Unis
France
Royaume-Uni
Rép. tchèque
Pays-Bas
Norvège
Espagne
Suède
Italie
Allemagne
Mexique
Finlande
Portugal
4.50
0.00
0.50
1.00
3.50
1.50
6.00
5.00
2.00
2.50
3.00
4.00
5.50
Ratio
N.B. : Les moyennes ont été calculées par l’auteur. Elles n’intègrent que les années pour lesquelles des données sont disponibles.
Source : OCDE (2004).
15
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
20. Cependant, une autre explication est aussi possible. Cette période a été marquée par une
croissance aussi bien des exportations que des importations (voir annexe 2). Il ressort des données relatives
aux échanges et à l’IDE que, même dans la plupart des pays où le rapport des ventes des entreprises
étrangères affiliées aux importations et aux exportations est supérieur à l’unité, les échanges internationaux
se sont néanmoins accrus. Lorsque tel n’est pas le cas, il se pourrait toutefois qu’il y ait en réalité
complémentarité, et non substitution, entre l’IDE et les échanges.
21. En liaison avec cette question de la substitution ou de la complémentarité entre l’IDE et les
échanges, on peut s’interroger sur l’effet de la politique commerciale. La relation entre l’IDE et les
échanges est-elle influencée par la politique commerciale et, dans l’affirmative, par quel canal et jusqu’à
quel point ? Par ailleurs, un approfondissement de l’analyse sera à l’évidence utile car les échanges dans le
secteur alimentaire sont souvent au cœur des débats entre gouvernements et avec la société civile. Il
importe par conséquent de mieux comprendre le fonctionnement de ce secteur, ainsi que les courants
d’IDE et d’échanges qui le caractérisent.
22. La question de la complémentarité ou de la substitution entre l’IDE et les échanges est souvent
présentée de manière simpliste. Considérer les deux notions comme diamétralement opposées risque d’être
trompeur, voire tout simplement faux. Aux yeux d’une entreprise, les investissements peuvent très bien
constituer un complément à ses échanges dans certaines lignes de produits et un moyen de les remplacer
dans d’autres. De la même façon, dans un même pays, les entreprises peuvent très bien avoir des politiques
d’investissement homogènes à l’échelle de toute l’entreprise mais, sur l’ensemble du pays, les différentes
entreprises peuvent adopter des stratégies d’investissement différentes. Mettre en opposition la
complémentarité et la substitution ne traduit donc pas le continuum des stratégies d’investissement que les
entreprises peuvent choisir. En dépit de ces considérations complexes, on peut malgré tout dresser
quelques constats concernant les liens entre IDE et échanges vus de manière globale. Ces constats
indiquent la tendance générale de l’IDE et des échanges, ce qui peut éclairer le débat sur l’action des
pouvoirs publics.
23. Les études sur l’IDE ont tenté d’aborder bon nombre des aspects évoqués plus haut et, en
particulier, la question de savoir si l’IDE se substitue aux échanges ou les complète. Cette question est
souvent raccordée à la politique commerciale, l’idée étant de déterminer si les pays d’origine investissent
dans d’autres pays pour éviter les obstacles au commerce dans les pays d’accueil. La réponse est
importante car elle influe sur les effets de l’IDE sur l’économie et les échanges. Si l’IDE se substitue aux
échanges, il entraîne un détournement de la production locale et des exportations au profit des ventes des
entreprises étrangères affiliées. Inversement, si l’IDE et les échanges se complètent, la production locale
profite des investissements à l’étranger. Pour prolonger le débat sur la complémentarité ou la substitution,
on peut se demander si les entreprises investissent dans d’autres pays pour externaliser différents niveaux
de la chaîne de production (investissement vertical), pour fabriquer le même produit dans plusieurs pays
(investissement horizontal) ou pour d’autres motifs. Un autre aspect à prendre en considération est que, si
les obstacles au commerce favorisent l’IDE, ils sont une source de perte d’efficience car les capitaux
utilisés pour l’IDE sont détournés d’autres usages productifs afin d’éviter les droits de douane. Autant
d’interrogations qui rendent compte, de façon certes schématique, des aspects traités dans les études et des
problèmes qui en découlent du point de vue de l’action des gouvernements.
24. Un examen complet de la masse d’études existantes déborderait le cadre du présent document.
Un aperçu de quelques travaux aidera à recentrer l’attention sur les questions abordées dans le cadre du
présent projet.
16
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
25. Nous diviserons ces études en trois catégories en fonction des questions auxquelles la recherche
s’efforce de répondre : les échanges et l’IDE sont-ils des substituts ou des compléments ? La localisation
de l’IDE s’appuie-t-elle sur la théorie de l’investissement horizontal ou vertical, ou bien sur l’hypothèse de
la proximité-concentration ? Quelle influence les politiques commerciales et connexes exercent-elles sur
les échanges et l’investissement ?
Complémentarité ou substitution
26. L’OCDE (1997) utilise un modèle gravitaire des échanges pour tester les effets de l’IDE sur les
flux commerciaux pour la France, la Suède et les États-Unis.12 Globalement, les résultats semblent indiquer
que l’IDE complète les échanges, avec des effets différenciés selon les pays et le type d’IDE. En
particulier, les sorties d’IDE génèrent des excédents commerciaux, et les entrées créent des déficits. La
complémentarité résulte peut-être des effets de rejaillissement entre industries. L’étude OCDE (1998)
représente une mise à jour de l’étude OCDE (1997), utilisant un modèle statistique plus avancé, dans
lequel est ajouté le Royaume-Uni. Des résultats analogues s’observent dans la version révisée : l’IDE (flux
entrants et sortants) est complémentaire des exportations et des importations. Cependant, les sorties d’IDE
ne génèrent pas d’excédents commerciaux comme dans l’étude OCDE (1997). Dans une synthèse des deux
études de l’OCDE, Fontagné (1999) indique que, pour 15 pays de l’Organisation, une sortie d’IDE de
1 USD génère un excédent commercial bilatéral d’environ 1.70 USD ; cela dit, c’est l’inverse qui se
produit en cas d’entrée d’IDE. Par ailleurs, l’OCDE (1997) et Fontagné (1999) font observer, en procédant
à un test de causalité, qu’avant le milieu des années 80, les échanges étaient à l’origine des
investissements. Le sens de la relation de causalité s’est inversé après le milieu des années 80.
27. En utilisant des données ventilées par produits, Blonigen (2001) parvient à distinguer les effets de
substitution et de complémentarité des exportations et des ventes des filiales étrangères japonaises aux
États-Unis dans le domaine des pièces détachées pour automobiles et des produits de consommation. Après
avoir passé en revue les études existantes, l’auteur constate que les ouvrages théoriques sont largement
divisés quant à ces effets mais que les études économétriques penchent en faveur de la complémentarité.
Selon lui, les chercheurs auraient eu du mal à mettre en évidence des effets de substitution à cause du degré
élevé d’agrégation des données. Avec ses données détaillées, l’auteur parvient à montrer qu’il existe bien
un effet de substitution, et qui plus est que celui-ci joue pendant une courte période. Il s’intéresse d’abord à
l’industrie automobile, et apporte la démonstration économétrique de la complémentarité théorique des
exportations de pièces détachées et des ventes de voitures produites par les entreprises étrangères affiliées,
et de l’effet de substitution entre les exportations d’automobiles et la production des entreprises étrangères
affiliées. A partir de données concernant uniquement les produits de consommation, il met ensuite en
évidence un effet de substitution entre les exportations et la production des entreprises étrangères affiliées.
28. Chakrabarti (2003) affirme que les études sur l’IDE constituent « un corpus divers et assez pesant
d’ouvrages dans lesquels la plupart des chercheurs n’ont pris en compte qu’un petit nombre de variables
explicatives à la fois, en vue d’établir une relation significative sur le plan statistique entre les entrées
d’IDE et une variable particulière ou un ensemble de variables intéressantes. L’absence de consensus
autour d’un cadre théorique qui guiderait les travaux économétriques sur l’IDE est assez frappante. »
(Chakrabarti, 2003, p. 151). L’auteur a donc élaboré un modèle théorique destiné à fournir les grands axes
de tout modèle économétrique. Selon ses recommandations, un modèle d’IDE devrait inclure les facteurs
suivants : salaires, tarifs douaniers et stabilité politique du pays d’origine, taille du marché, salaires, droits
de douane et stabilité politique du pays d’accueil, taux de change et coûts de transport.
12.
La série de données sur les flux d’IDE, les stocks d’IDE et les échanges bilatéraux pour 1984-1995 a été construite
avec l’aide des gouvernements des pays et d’Eurostat. Les données de l’OCDE complètent cette série.
17
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
29. Markusen et Maskus (2002) recensent trois modèles d’IDE : la théorie de l’investissement
horizontal, la théorie de l’investissement vertical et la théorie du savoir-capital. La théorie de
l’investissement vertical part du principe que les entreprises installent les divers maillons de leur chaîne de
production à différents endroits afin de tirer parti des dotations en facteurs alors que la théorie de
l’investissement horizontal défend l’idée que les entreprises produisent la même chose dans des lieux
différents. La théorie du savoir-capital suppose, quant à elle, que les entreprises peuvent avoir une
multiplicité de sites de production ou n’en avoir qu’un seul, géographiquement distinct des services
centraux, parce que le savoir est mobile et est un facteur de production exploitable dans des installations de
production multiples. Les auteurs organisent une « course » entre les trois modèles d’IDE pour voir celui
qui donne les meilleurs résultats avec des données agrégées. De cette comparaison, il ressort que le modèle
horizontal et le modèle savoir-capital se valent, et que le modèle vertical doit être rejeté pour l’activité
multinationale considérée dans son ensemble. Une grande partie des études sur l’IDE posent comme
hypothèse l’un de ces modèles (de manière explicite ou implicite).
30. Barrell et Pain (1996) étudient les effets de la demande, des prix relatifs des facteurs et des
anticipations de taux de change sur le niveau de l’IDE aux États-Unis. Ils prennent comme point de départ
une entreprise qui maximise sa valeur nette en maximisant la valeur actualisée de ses bénéfices.
L’entreprise est en mesure de produire aux Etats-Unis, aussi bien qu’à l’étranger par l’intermédiaire d’une
entreprise étrangère affiliée ; elle est par conséquent confrontée à deux fonctions de coût, une sur le marché
intérieur et l’autre à l’étranger. Les auteurs reconnaissent que les exportations peuvent stimuler l’IDE dans
les services en aval. Sous cet éclairage, les obstacles au commerce peuvent encourager l’IDE, mais les
auteurs font valoir que, vu leurs faibles variations d’une année sur l’autre, les politiques en la matière n’ont
pas besoin d’être prises en compte dans leur modèle. Les auteurs constatent que le niveau et les
fluctuations du PNB influent sur l’IDE. Les coûts relatifs de main-d’œuvre (États-Unis par rapport à un
autre pays) exercent un effet positif sur les sorties d’IDE sur longue période. Même chose pour le coût du
capital. De plus, une appréciation à court terme attendue du taux de change retarde l’investissement. Par
ailleurs, une appréciation du taux de change accroît l’IDE de la période en cours, tandis qu’une hausse
passée le freine.
31. Contrairement à Barrell et Pain (1996) et à d’autres chercheurs qui se focalisent sur les coûts
relatifs des facteurs, Brainard étudie l’hypothèse proximité-concentration.13 Selon cette hypothèse, les
entreprises auront davantage tendance à développer leur production horizontalement au plan international
lorsque les coûts de transport et les obstacles au commerce sont relativement élevés et lorsque les obstacles
à l’investissement et les économies d’échelle au niveau de l’usine sont relativement faibles. L’hypothèse
proximité-concentration et l’hypothèse du coût relatif des facteurs qui prévaut actuellement ne s’excluent
pas l’une l’autre. Les décisions d’investissement d’une entreprise sont fonction de l’importance relative des
deux arbitrages. A l’aide d’un modèle de gravité et de données concernant les États-Unis, Brainard (1996)
apporte des éléments tendant à prouver que la part des entreprises affiliées dans les ventes totales évolue
dans le même sens que les obstacles au commerce, les coûts de transport et les économies d’échelle au
13.
Brainard admet par hypothèse qu’il existe trois équilibres possibles : 1) un équilibre multinational pur, où il n’y pas
d’échanges mais où toutes les multinationales possèdent des entreprises étrangères affiliées qui approvisionnent le
marché étranger ; 2) un équilibre commercial pur, où toutes les entreprises ont un seul site de production implanté
dans le pays d’origine et exportent pour assurer l’approvisionnement du marché étranger et 3) un équilibre mixte, où
les multinationales conjuguent les ventes par l’intermédiaire d’entreprises étrangères affiliées et les exportations. Les
pays passent de l’équilibre multinational pur à l’équilibre mixte puis à l’équilibre commercial pur à mesure que le
niveau des coûts de transport et des obstacles au commerce diminue et que celui des obstacles à l’investissement
augmente et que les économies d’échelle deviennent plus importantes au niveau de l’usine qu’au niveau du groupe.
18
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
niveau du groupe et en sens inverse des obstacles à l’investissement et des économies d’échelle au niveau
de la production. La part des entreprises affiliées dans les ventes totales augmente aussi lorsque la langue
est la même, lorsque le risque est accru, et en fonction de la proximité des pays. Selon Brainard (1996),
l’hypothèse proximité-concentration, par rapport à l’hypothèse coût des facteurs, contribue à expliquer
pourquoi un pays a tendance à investir dans les pays qui lui ressemblent davantage. Bien que les deux
théories soient compatibles, les éléments qui plaident en faveur de l’hypothèse proximité-concentration
expliquent les différences dans la répartition de l’IDE entre pays développés et pays en développement.
32. Helpman, Melitz et Yeaple (2003) élargissent l’analyse de l’arbitrage entre proximité et
concentration en introduisant la notion d’hétérogénéité intra-industrielle. Les études antérieures ne
prenaient en compte que l’entreprise représentative dans des modèles d’équilibre général, avec pour
résultat que celle-ci participait ou non à l’IDE. Élargir l’approche pour tenir compte de l’hétérogénéité
intra-industrielle permet d’obtenir un certain nombre de résultats supplémentaires qui aident à comprendre
la participation des entreprises aux échanges et à l’IDE. Les modèles montrent que les entreprises les plus
productives ont des activités à l’étranger et que, parmi elles, les plus productives participent à l’IDE. Le
degré d’hétérogénéité intra-industrielle est un facteur déterminant du volume de l’IDE par rapport au
volume des exportations. C’est ainsi que de nombreuses entreprises implantent une part disproportionnée
de leurs activités sur les grands marchés alors que les ventes des entreprises étrangères affiliées et les
exportations en provenance d’autres pays occupent une place disproportionnée dans l’approvisionnement
des petits marchés. Lorsqu’on fait jouer la notion d’hétérogénéité intra-industrielle, on constate également
que plus les niveaux de productivité varient d’une entreprise à l’autre, plus le rapport entre les ventes
générées par l’IDE et les exportations est élevé. Une analyse économétrique portant sur les entreprises dont
le siège est aux États-Unis et couvrant 38 pays et 52 secteurs confirme le rôle de l’hétérogénéité des
entreprises et celui du rapport entre les ventes générées par l’IDE et les exportations.
33. Tadesse et Ryan (2004) font valoir que les études classiques sur l’IDE partent généralement du
principe que celui-ci se classe en deux catégories, l’investissement horizontal, destiné à produire des biens
finals sur un autre marché, ou l’investissement vertical sur un autre marché, pour produire des biens
intermédiaires destinés à un autre processus de production, et qu’elles montrent que les marchés parvenus à
maturité, ceux sur lesquels « les institutions et les politiques offrent aux entreprises étrangères un climat
commercial caractérisé par l’existence d’échanges librement consentis, le jeu de la concurrence et le
respect des droits de la propriété privée » sont ceux qui accueillent l’IDE horizontal alors que les marchés
moins bien établis accueillent l’IDE vertical (Tadesse et Ryan, 2004, p. 200). Les auteurs contrent cette
conclusion en arguant du morcellement croissant des processus de production au terme desquels le produit
final n’est pas forcément destiné au pays d’origine ou au pays d’accueil. Si le marché d’accueil peut servir
de tremplin pour pénétrer d’autres marchés, les aspects négatifs d’un marché moins bien établi peuvent
s’en trouver compensés. Ensuite, les auteurs montrent, au moyen d’une analyse économétrique des sorties
d’IDE japonais en direction du monde entier, qu’il existe une corrélation positive entre le degré de maturité
des marchés et les entrées d’IDE, mais que cette maturité amoindrit la complémentarité entre IDE et
échanges. Si les déterminants classiques de l’IDE ont leur rôle, le fait que le pays d’accueil puisse servir de
tremplin pour les exportations constitue un facteur tout aussi important pour attirer l’IDE.
34. Nicoletti et al. (2003) apportent des éléments qui montrent que l’ouverture des frontières aux
échanges et à l’investissement et des politiques intérieures favorisant la concurrence peuvent entraîner une
intensification des courant d’échanges et d’IDE dans la zone de l’OCDE. Pour leur analyse, les auteurs
utilisent une série d’équations gravitaires pour l’IDE global, les échanges (de produits et de services) et les
mesures gouvernementales (intérieures et aux frontières). Pour rendre compte des divers aspects de l’action
gouvernementale, ils construisent, à l’aide de données de l’OCDE, des variables représentatives des
réglementations en vigueur sur les marchés de produits, des dispositions visant le marché du travail et des
19
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
infrastructures (télécommunications et électricité). Leurs résultats semblent indiquer que la suppression des
droits de douane et des obstacles non tarifaires pourrait accroître les exportations de biens. D’après leurs
simulations, si tous les pays membres ramenaient les restrictions à l’IDE à leur niveau dans le pays le plus
libéral de l’OCDE, il pourrait en résulter un accroissement des stocks d’IDE entrant dans l’ensemble de la
zone. D’autres simulations laissent penser qu’un alignement des réglementations en vigueur sur les
marchés de produits (notamment en matière de protection des droits de propriété intellectuelle) sur les pays
les plus libéraux de l’OCDE pourrait accroître les stocks d’IDE entrant et les exportations à l’intérieur de la
zone de l’OCDE. Une déréglementation analogue pourrait majorer le volume des exportations à l’intérieur
de la zone de l’OCDE. De même, un alignement sur les pays les plus libéraux de l’OCDE pour ce qui est
des coins fiscaux induits par les prélèvements sociaux pourrait générer une progression des exportations à
l’intérieur de la zone de l’OCDE. Par ailleurs, une amélioration des infrastructures, qui en amènerait le
niveau à celui du pays de l’OCDE le mieux doté, entraînerait une intensification des échanges de services à
l’intérieur de la zone de l’OCDE.
35. Barrell et Pain (1999) cherchent à déterminer comment le remplacement des droits de douane par
des quotas et les plaintes contre le dumping ont influé sur les décisions du Japon en matière
d’investissement dans les pays de l’OCDE au cours des années 80. Les auteurs font valoir que la
localisation et le montant de l’IDE dépendent de plusieurs éléments tels que les coûts relatifs des facteurs,
la taille du marché et les obstacles non tarifaires. Ils admettent par hypothèse que, si le Japon a investi dans
la CE et aux États-Unis au cours des années 80, c’est pour éviter les obstacles non tarifaires, en particulier
les plaintes pour dumping (quelle qu’en soit l’issue). Ils démontrent que, globalement comme au niveau
d’une entreprise manufacturière, le nombre de plaintes contre le dumping, les coûts relatifs de main-
d’œuvre et le taux de pénétration des exportations influent sur la décision d’investir dans un pays donné.
36. Dee et Gali (2003) emploient un modèle de gravité pour examiner les effets des accords
commerciaux préférentiels, en particulier les accords de « nouvelle génération », sur les échanges et
l’investissement. Ces instruments de nouvelle génération tiennent compte d’aspects non liés aux échanges
comme l’investissement, les services, la politique de la concurrence, etc. L’étude semble indiquer qu’un
grand nombre d’accords commerciaux préférentiels provoquent un détournement des courants d’échanges,
en particulier les accords les plus libéraux tels que l’UE, l’ALENA et le MERCOSUR. Cela dit, ces
accords n’ont pas pour autant débouché sur une intensification des échanges entre les pays qui y sont
partie. Pour expliquer les médiocres résultats des accords commerciaux préférentiels, les auteurs avancent
que certaines dispositions additionnelles comme les règles d’origine ont entravé les échanges. D’un autre
côté, certaines de ces dispositions qui ne portent pas sur les échanges pourraient avoir dopé
l’investissement. Cet accroissement des flux d’investissement résulte du fait que des pays qui ne sont pas
partie auxdits accords ont investi dans les pays signataires.
37. Dans une étude théorique, Raff (2004) examine les effets des accords commerciaux préférentiels
sur la localisation de l’IDE en tenant compte de la concurrence en matière fiscale entre les pays. Les
accords de libre-échange peuvent faire naître des flux d’IDE mais pas les tarir. La création d’IDE est une
« amélioration » au sens de Pareto indépendamment de la concurrence fiscale. A supposer que des
investissements provenant d’un même pays prennent le chemin de deux pays participant à un accord de
libre-échange, l’intégration ne pourra que consolider l’IDE et la concurrence fiscale fera baisser les taux
d’imposition dans les deux pays en question.
38. Breuss, Egger et Pfafermayr (2001) utilisent un modèle de gravité pour étudier l’effet des
dépenses structurelles effectuées dans le cadre de l’Agenda 2000 sur l’encours en termes réels de l’IDE
dans les pays de l’UE. Globalement, les fonds structurels ont un impact positif sur les stocks
d’investissements directs à l’étranger. Se fondant sur la valeur ressortant de leurs estimations pour les
divers paramètres, les auteurs simulent ensuite l’effet, sur les membres de l’UE, des réductions proposées
20
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
de ces fonds. Ils constatent ainsi que celles-ci entraîneraient une diminution sur longue période des stocks
réels d’IDE comprise entre 6.6 % et 15.9 %.
39. La plupart des études portent sur les secteurs industriel et manufacturier, plaçant ainsi les
questions relatives à l’IDE dans une perspective générale. Les travaux sur l’IDE dans le secteur alimentaire
traitent de nombre des questions auxquelles s’efforcent de répondre les études sur les produits industriels et
manufacturiers. Toutefois, ce sous-ensemble d’études est davantage axé sur la relation de substitution-
complémentarité. Un peu partout, sont abordés les effets de la réglementation et des subventions agricoles
sur la localisation de l’IDE. La présente analyse étant centrée sur le secteur alimentaire, il n’est pas inutile
de passer au préalable en revue les études existantes sur l’IDE dans ce secteur. A l’instar des études
examinées ci-dessous, les travaux de recherche actuels tournent bien souvent autour des mêmes questions.
40. Dans leur étude sur l’IDE dans le secteur alimentaire dans l’hémisphère occidental, Bolling, Neff
et Handy (1998) font valoir que la libéralisation des règles gouvernant l’IDE joue un rôle dans la
croissance de l’investissement. Face à l’augmentation des sorties d’investissement, d’aucuns craignent un
déplacement de la production, avec le risque que cette production étrangère ne se substitue à la production
nationale et aux exportations. Cependant, Bolling, Neff et Handy (1998) laissent entendre que, dans le cas
des États-Unis, certaines données montrent que les exportations de produits alimentaires et l’IDE
augmentent en parallèle et sont souvent complémentaires. De plus, l’accroissement des revenus et de la
population favorise l’intensification de la demande d’IDE et d’exportations.
41. Vaughan et al. (1994) ont interrogé dix-sept multinationales de l’agroalimentaire basées au
Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suisse. Les entretiens mettent en évidence les différents
facteurs qui influent sur le choix du lieu de production et du mode d’entrée sur un autre marché ainsi que
l’effet des politiques publiques sur les stratégies des entreprises. La raison qui revient le plus souvent pour
expliquer l’entrée sur un autre marché est la lenteur de la croissance du marché intérieur par rapport aux
objectifs de croissance que les entreprises se sont fixées pour elles-mêmes. Les auteurs citent plusieurs
facteurs influant sur les décisions de localisation de la production : la nécessité d’adapter les produits aux
goûts locaux, les possibilités d’économies d’échelle, les coûts de livraison, les aspects liés aux intrants et le
risque. Les entreprises interrogées ont déclaré souhaiter avoir des activités de production à l’étranger. Pour
y parvenir, elles adoptent une stratégie progressive : d’abord les exportations, puis les licences et les co-
entreprises et, finalement, la prise de contrôle. S’agissant du rôle des politiques gouvernementales sur ces
décisions de localisation de la production, les auteurs affirment que « la politique gouvernementale peut
aussi influer sur les décisions de localisation de la production mais, pour la plupart des entreprises
interrogées, elle semble rarement constituer un élément primordial » (Vaughan et al., 1994, p. 5). Reste
que, même si elles n’ont pas de caractère primordial, les politiques publiques, par exemple les obstacles
non tarifaires, le niveau de soutien intérieur et les politiques commerciales, semblent bien exercer une
influence.
42. Dans un examen de différents rapports et études, Handy et Bamford (2000) recensent plusieurs
facteurs de nature à influer sur l’IDE comme la taille du marché du pays d’accueil, le potentiel de
croissance de ce marché, les réglementations en vigueur, le coût de la main-d’œuvre, etc. Les auteurs
confrontent cette liste à une autre et font valoir que les taux d’imposition et les incitations à
l’investissement ne jouent pas nécessairement un grand rôle pour attirer l’IDE. Ils reviennent ensuite sur
une étude de Deloitte et Touche concernant les facteurs influant sur l’IDE dans l’agriculture canadienne.
L’étude en question tend à mettre en évidence l’importance de facteurs analogues et, principalement, la
taille du marché, le niveau d’intervention de l’État, la fiscalité, les politiques environnementales, les
salaires, etc.
21
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
43. Gopinath, Pick et Vasavada (1999) examinent la relation entres les ventes des entreprises
étrangères affiliées du secteur de la transformation alimentaire des États-Unis et les exportations de ce
secteur. A partir d’un modèle de maximisation du profit faisant intervenir une entreprise qui produit dans
son pays pour l’exportation et à l’étranger par l’intermédiaire d’entreprises affiliées, les auteurs constatent
que les ventes des entreprises étrangères affiliées se substituent aux exportations. Les mesures de
protection agricole prises par le pays d’accueil, telles qu’elles ressortent de l’équivalent subvention à la
production (ESP), augmentent les ventes des entreprises affiliées et réduisent les exportations. Une
appréciation du taux de change fait baisser les ventes des entreprises affiliées. Le PNB par habitant et les
taux d’intérêt américains, mesure du coût d’opportunité du capital aux Etats-Unis, exercent un effet négatif
sur l’emploi à l’étranger. L’IDE sortant présente une corrélation directe avec le PNB par habitant et les
ventes des entreprises étrangères affiliées mais une corrélation inverse avec le taux de change.
44. Marchant, Saghaian et Vicker (1999) étudient la relation entre le stock d’IDE des États-Unis en
Chine et les exportations de produits agroalimentaires des États-Unis vers la Chine. Leur modèle vise à
déterminer les effets du taux de change, du PIB, des prix à l’exportation et de l’IDE sur les exportations, et
les effets du taux de change, du PIB, des taux d’intérêt américains et des exportations sur l’IDE. Il montre
que l’IDE et les exportations sont complémentaires. Les variables représentatives du taux de change et du
PIB ne sont pas statistiquement significatives, mais les taux d’intérêt américains semblent influer sur
l’IDE.
45. Toutes ces études arrivent à un certain nombre de conclusions communes : la taille du marché est
en corrélation positive avec l’IDE. Les obstacles aux échanges, résultant notamment des politiques
commerciales, ou des coûts de transport élevés tendent à encourager l’IDE. Les conclusions divergent par
contre sur le rôle des coûts relatifs des facteurs. La plupart des documents examinés ici appuient
l’hypothèse du coût relatif des facteurs, mais Brainard (1996), d’une part, et Helpman, Melitz et Yeaple
(2003), d’autre part, disposent d’éléments tendant à étayer l’hypothèse proximité-concentration. Les études
divergent aussi sur la question de savoir si l’IDE et les échanges se complètent ou se substituent les uns
aux autres. Les avis diffèrent également sur l’effet des politiques publiques sur l’IDE.
46. Il est à souligner que ces études souffrent d’un biais potentiel ; bon nombre d’entre elles
s’appuient sur des données concernant un seul pays. Il est souhaitable de corriger cette lacune et de mettre
davantage en lumière l’interaction entre l’IDE, les échanges et les politiques commerciales, par exemple en
faisant porter l’analyse sur l’IDE à destination et en provenance d’un échantillon (ou un panel) de pays
[voir Fontagné (1999), Nicoletti et al (2003)., OCDE (1997) et OCDE (1998)]. Un autre moyen
d’approfondir l’analyse est de la centrer sur un secteur particulier afin de faire abstraction des effets jouant
à l’échelle de l’ensemble de l’industrie, qui peuvent masquer des aspects particuliers aux différents
secteurs.
Hypothèses/questions
47. Les études existantes conduisent à se poser quelques questions à propos des échanges et de l’IDE
dans le secteur alimentaire : 1) A l’échelon international, quelle est la relation entre l’investissement et les
échanges dans le secteur alimentaire ? 2) Quels sont les facteurs qui influent sur les échanges et l’IDE ? En
particulier, quelle influence les politiques commerciales et les conditions du marché exercent-elles sur les
échanges et l’IDE ?
48. La présente étude apporte des éléments de réponse à ces questions. En particulier, elle montre
que les politiques commerciales et les conditions du marché influent sur l’IDE, et que l’IDE influe sur les
courants d’échanges. Cela conduit à penser que les décideurs pourraient devoir accorder une plus grande
22
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
attention aux effets directs et indirects que les politiques liées au commerce, comme le soutien à
l’agriculture et les droits de douane, peuvent avoir sur les échanges et l’investissement. Ces hypothèses et
ces questions sont explorées ici au moyen d’un modèle de gravité.
Le modèle de gravité, par analogie avec la loi de la gravitation de Newton, analyse les facteurs qui agissent sur les flux
d’échanges, l’investissement direct étranger ou d’autres transactions, à savoir les revenus (masses économiques) des partenaires du
commerce bilatéral et la distance entre ces partenaires (distance économique). Ces modèles incluent généralement des variables
indicatrices d’autres facteurs susceptibles d’influer sur les flux d’échange, comme le fait d’être membre d’un ACR, de parler la
même langue, etc. Dans ces modèles, la ou les variables indicatrices utilisées pour mesurer les effets d’un ACR expliquent
comment le fait d’être (ou non) membre d’un ACR a affecté les flux d’échanges par le passé.
49. Pour se faire une première idée de la relation entre l’IDE et les exportations, une méthode à ne
pas négliger consiste à interroger les entreprises. Au vu des sources de données les plus facilement
accessibles14, il semble que la localisation et la répartition de l’IDE soient motivées par deux raisons
principales (et souvent liées) : accroître sa part de marché et réduire les coûts. L’intérêt des entreprises
pour leur part de marché tient en partie au désir de s’ouvrir de nouveaux débouchés sur les marchés
émergents, par exemple les pays d’Europe centrale et orientale dans les années 1990 (Jansik, 2004).
L’attention portée aux marchés émergents est également stimulée par la faible croissance du secteur
parvenu à pleine maturité qu’est celui de l’agroalimentaire dans la plupart des pays de l’OCDE. Pour les
besoins de la présente analyse, la « part de marché » se définit comme la part de la production locale dans
la consommation alimentaire totale (production totale plus importations moins exportations totales). Nous
sommes donc partis de l’hypothèse que plus le marché est saturé par la production locale, plus le volume
d’investissement direct à l’étranger sera élevé. Une autre façon de voir les choses consiste à dire que, si le
marché d’accueil potentiel est saturé par sa propre production locale, il risque d’être moins attrayant pour
les investisseurs.
50. L’autre raison principale poussant les entreprises à investir à l’étranger est la recherche d’une
efficience accrue. Dans cette optique, l’IDE vise à se constituer une base à partir de laquelle
approvisionner le marché du pays hôte et les marchés mondiaux (par le biais des exportations). Un pays
d’accueil peut devenir d’autant plus attrayant qu’il est partie prenante à des accords de libre-échange
(ALE) qui élargissent effectivement son marché, notion qui s’apparente à l’idée de gagner des parts de
marché. Par élargissement du marché, il faut entendre que la participation du pays d’accueil à un ALE
permet à l’investisseur de profiter des préférences tarifaires dont ce pays bénéficie auprès d’autres pays15.
Nous avons en effet pris comme hypothèse que le fait pour un pays d’être partie à un ALE exerçait une
influence favorable sur son IDE et ses exportations.
14
Le Secrétariat remercie vivement la délégation canadienne pour le soutien qu’elle lui a apporté en partageant avec
lui ses recherches sur l’IDE dans le secteur alimentaire, et en le mettant en relation avec Mme Odette Vaughan de la
Direction générale des politiques – Agriculture et Agroalimentaire Canada.
15.
Bolling et Somwaru affirment que « les entreprises américaines voient dans l’IDE un moyen d’élargir leurs
débouchés au-delà du seul territoire des Etats-Unis, et les règles plus souples que prévoient souvent les accords
commerciaux régionaux en matière d’investissement permettent aux entreprises de l’agroalimentaire de se placer sur
de nouveaux marchés ». (Bolling et Somwaru, 2001, p. 24).
23
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
51. La recherche d’une efficience accrue est le plus souvent envisagée dans le contexte d’une
réduction des coûts ; en l’occurrence, les entreprises investissent à l’étranger pour mettre à profit les écarts
de coûts ou des possibilités d’économies d’échelle ou de gamme (OCDE, 2004b). Dans ce cas, l’IDE est
un moyen de démultiplier l’offre (en fabriquant des produits à moindre coût) alors que lorsqu’il est motivé
par un élargissement des parts de marché il est un moyen d’exploiter des possibilités côté demande. Nous
avons posé comme hypothèse qu’il existait une corrélation négative entre le coût des facteurs, d’un côté, et
les investissements de l’étranger et les exportations, de l’autre, et une corrélation positive entre ce coût,
d’une part, et les investissements à l’étranger et les importations, d’autre part.
52. Les coûts induits par les mesures liées au commerce influent également sur l’IDE. Les chercheurs
et les professionnels du secteur laissent entendre qu’en général, ces mesures ne déterminent pas
directement la localisation ni la répartition de l’IDE (West et Vaughan, 1995 ; Vaughan et al., 1994). Par
contre, elles peuvent influer indirectement sur ces deux choix du fait qu’elles risquent d’accroître le coût
des intrants dans le pays producteur, qu’elles prennent la forme de droits de douane, de barrières non
tarifaires, ou d’un soutien intérieur relevant du soutien des prix du marché (SPM), indicateur qui rend
compte du surcoût des intrants agricoles pour l’industrie agroalimentaire. Nous avons posé l’hypothèse
qu’il existe une corrélation positive entre les droits de douane et l’investissement, et une corrélation
négative entre ces droits et les échanges. Le SPM (et le SPM relatif lorsqu’on s’intéresse aux relations
bilatérales) présente quant à lui une corrélation positive avec les investissements à l’étranger et les
importations, et négative avec les investissements de l’étranger et les exportations.
53. Toutes les études reposent sur une spécification économétrique découlant de la même
argumentation théorique, à savoir que échanges et IDE sont liés. La spécification économétrique à utiliser
dans ce cas consiste à reconnaître l’existence d’une possible endogénéité des flux d’IDE et des flux
d’échanges. Cette relation endogène laisse supposer une relation de substitution ou de complémentarité. Il
faut donc la tester et la prendre en compte dans la modélisation de l’IDE et des échanges. Compte tenu de
la nature des données sur les échanges, une autre spécification envisageable consiste à se demander si
toutes les activités d’un pays en direction des autres obéissent à un même schéma, auquel cas il faut
appliquer aux données un traitement particulier afin d’obtenir soit des données de panel soit des données
groupées. Si un schéma existe bien, est-il fixe ou aléatoire ? Autrement dit, faut-il utiliser un modèle à
effets aléatoires ou à effets fixes ? On trouvera plus de précisions sur ces points à l’annexe 3.
Résultats de la modélisation
54. Les modèles des échanges et de l’investissement utilisés ici s’appuient sur des modèles de gravité
classiques. A commencer par les variables que l’on retrouve dans la plupart des études sur l’IDE et les
échanges, nous voyons que les résultats de la modélisation sont conformes à nos attentes : les coefficients
des PIB des pays d’origine et d’accueil sont positifs et statistiquement significatifs. Les équations de l’IDE
n’incluent que le PIB du pays intéressé, et n’englobent pas de variable « distance ». La raison de cette
omission (parmi d’autres) est que la variable IDE ne renvoie pas à un investissement bilatéral comme les
variables dépendantes concernant les échanges. Les données relatives à l’IDE concernent la totalité des
investissements sortants et entrants dans le monde, et non pas uniquement ceux des pays de l’OCDE. Par
conséquent, les relations bilatérales ne sont pas pertinentes (pour plus de précisions, voir en annexe). La
variable représentative des coûts de production, à savoir les salaires, n’est pas significative du point de vue
statistique dans la plupart des cas ; la seule exception est une des spécifications de l’équation des
importations.16 L’une des raisons du caractère peu significatif de cette variable est que, par rapport aux
16.
Dans les spécifications antérieures figuraient les taux d’intérêt. Cette variable apparaît dans certaines études.
Cependant, à la réflexion, il semble préférable de ne pas en tenir compte. Comme l’investissement peut être financé à
partir de n’importe où, le taux d’intérêt du pays d’accueil ou celui du pays d’origine peuvent difficilement nous
renseigner sur le coût réel du capital.
24
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
coûts de publicité et autres coûts d’investissement, les coûts de main-d’œuvre sont faibles pour les produits
alimentaires transformés, les produits dérivés du tabac et les boissons. La variable « distance », censée
rendre compte des coûts de transport, a un coefficient négatif et significatif.
55. A la lumière des hypothèses posées, les modèles sont conçus pour prouver l’existence une
relation entre l’IDE, les échanges et les politiques commerciales. De l’analyse, il ressort que les flux d’IDE
et les flux d’échanges sont certainement liés. Dans le cas de l’investissement sortant, la relation n’est pas
solidement établie à cause de l’absence de signification statistique de la variable endogène
ln(Exportations). Les tests (qui ne sont pas repris ici) indiquent l’existence d’une relation endogène forte,
et significative sur le plan statistique. Une relation existe donc effectivement mais elle est faible et joue
dans le sens inverse de ce que nous supposions. Dans le cas de l’investissement entrant, la relation est
mieux établie, et positive, ce qui conduit à penser que les importations influent positivement sur ces
investissements. Avec une des équations représentatives des importations, on obtient aussi une relation
étroite et positive. La conclusion qu’on peut en tirer est que les politiques qui stimulent les échanges
contribuent du même coup à accroître l’IDE et inversement.17
56. L’intensité de la concurrence sur le marché est représentée par la part de marché, laquelle est
donnée par le rapport entre la production intérieure et la consommation intérieure (production moins
importations plus exportations).18 La part de marché, variable endogène, exerce un effet positif sur
l’investissement sortant et les exportations. Plus le rapport entre la production et la consommation
intérieures est élevé, plus forte est la propension à investir à l’étranger et à exporter. Ce résultat est
cohérent avec l’idée que, sur un marché hautement concurrentiel, une entreprise cherchera d’autres
marchés où investir afin d’obtenir de parts de marché dans d’autres pays. En raison de problèmes
statistiques, la variable « part de marché » n’a pas été prise en compte dans les équations relatives à
l’investissement entrant et aux importations.
57. Les résultats obtenus pour les variables représentatives de la politique commerciale et des
politiques connexes montrent clairement que la politique commerciale influe sur l’IDE et les échanges.
Tous les modèles englobent le taux consolidé ou le taux effectif de droits de douane applicable aux
produits alimentaires dans le pays destinataire. Pour les modèles relatifs aux exportations et aux
investissements à l’étranger, ce taux est celui auquel l’exportateur/pays d’accueil serait confronté sur le
marché destinataire. Pour les modèles relatifs aux importations et aux investissements de l’étranger, il
correspond au taux (consolidé ou effectif) de droits de douane appliqué par le pays destinataire. La variable
« droits de douane » n’est pas significative sur le plan statistique dans les modèles relatifs à
l’investissement sortant ; par contre, dans un des modèles des exportations, le taux consolidé de droits de
douane exerce, comme prévu, un effet négatif sur les exportations. Dans les équations des investissements
entrants, le coefficient des droits de douane est positif, et significatif, comme on l’avait supposé. Ce
résultat conduit à penser que l’IDE sert, du moins en partie, à « contourner » les droits de douane. Dans les
équations des importations, le coefficient des droits de douane est significatif, et négatif comme on s’y
attendait.
17.
Une certaine prudence est de mise dans l’interprétation de ces résultats. Les séries relatives à l’IDE entrant et à
l’IDE sortant n’ont en effet pas la même couverture car les pays ne fournissent pas tous des données sur les deux
catégories. A titre d’exemple, les notifications du Mexique ne contiennent des informations que sur les
investissements directs de l’étranger et non sur ceux à l’étranger. Il se peut par conséquent que ces disparités influent
sur les résultats.
18.
Les données sur les importations et les exportations servant au calcul de la part de marché renvoient aux échanges
avec l’ensemble du monde. Ce ne sont donc pas les mêmes que celles sous-tendant les variables dépendantes,
lesquelles renvoient aux flux commerciaux bilatéraux entre les pays de l’OCDE.
25
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
58. Comme les tarifs douaniers, le soutien des prix du marché (SPM), du fait qu’il accroît le prix des
intrants d’origine nationale, influe sur l’IDE dans le secteur alimentaire. Les modèles incluent le SPM dans
le pays d’origine ainsi que dans le pays d’accueil, et le rapport entre les deux SPM. Dans le cas de
l’investissement entrant, le SPM a un coefficient négatif et significatif, ce qui conduit à penser qu’un SPM
élevé décourage l’investissement. Dans le modèle relatif aux importations, le SPM relatif a un coefficient
positif et significatif. Ce résultat indique que lorsque le soutien intérieur dans le pays considéré est
important par rapport au soutien intérieur dans le pays exportateur, les importations augmentent. Pour les
entreprises, l’IDE peut être un moyen de déjouer les aides intérieures aussi bien que les droits de douane.
Dans le modèle des exportations, le coefficient du SPM relatif n’est pas significatif.
59. Enfin, le fait d’appartenir à une union douanière ou d’être partie à un accord de libre-échange
influe sur les échanges et l’investissement. L’adhésion à l’UE ou à l’ALENA devrait doper les flux
d’investissement et d’échanges, et le fait de ne pas y adhérer devrait les freiner. Dans toutes les
régressions, la variable indicatrice de la non-appartenance à l’UE ou à l’ALENA a un coefficient négatif et
significatif, ce qui tendrait à confirmer cette hypothèse. Ce résultat donne à penser que les investissements
de l’étranger dans un pays d’accueil qui bénéficie de préférences tarifaires auprès d’un pays tiers ont pour
but d’exploiter ces préférences tarifaires, le pays d’accueil servant alors de tremplin à partir duquel
exporter vers d’autres pays. Le fait que le pays d’accueil soit partie à un accord de libre-échange ne peut
donc qu’attirer les investissements de l’étranger.
Synthèse
60. Les pays de l’OCDE accueillent et sont à l’origine d’une grande partie de l’IDE dans le monde.
De nombreuses études économétriques sont exclusivement centrées sur les investissements à l’étranger.
Ici, nous nous intéressons à la fois aux entrées et aux sorties d’IDE afin de donner une image plus complète
de la relation entre échanges et investissement. Même si nos conclusions résultent d’une analyse portant
sur les seuls pays de l’OCDE, certaines des recommandations qui en découlent peuvent être applicables
pour les PED. L’investissement exige des marchés sains, qui fonctionnent bien. De faibles coûts de
production sont aussi un moyen d’attirer l’IDE. Toutefois, il ne suffit pas que les intrants soient peu
coûteux ; il faut aussi qu’ils soient de qualité. Cette remarque vaut d’autant plus si les mesures aux
frontières réduisent l’efficience des intrants nationaux ou ralentissent l’importation des intrants nécessaires.
De surcroît, les mesures visant à réduire la distance entre les pays sont de nature à intensifier les courants
d’échanges, et par ricochet les investissements de l’étranger. La facilitation des échanges permet de réduire
cette distance. Des accords régionaux mieux conçus, en matière d’échanges et de coopération, sont
susceptibles de favoriser les investissements de l’étranger ; c’est tout du moins ce que semblent indiquer
les résultats obtenus pour l’UE et l’ALENA. Un plus grand souci des effets des différentes politiques sur
l’investissement peut permettre une circulation du capital plus efficiente.
61. Dans les pays de l’OCDE, il semble exister une relation complémentaire entre l’IDE et les
échanges. Cependant, les modèles utilisés ici ne permettent pas de déterminer clairement sur quoi repose
cette complémentarité. On peut raisonnablement supposer, compte tenu des données, que les flux d’IDE et
d’échanges entraînent des mouvements de réciprocité dans les pays de l’OCDE car ce sont eux qui
concentrent l’essentiel des échanges d’IDE. En revanche, on n’observe pas de réciprocité dans le cas de
l’IDE et des échanges en Afrique. Comme le révèlent les études de cas qui suivent, l’IDE transféré sous
différentes formes des pays de l’OCDE vers l’Afrique constitue peut-être l’une des voies par lesquelles les
pays africains exportent des produits alimentaires vers les pays de l’OCDE. L’étude des flux d’IDE et
d’échanges entre les pays de l’OCDE et d’Afrique apporte une perspective nouvelle qui permettra de
mieux comprendre les relations entre l’IDE et les échanges.
26
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Introduction
62. Dans l’introduction du présent document, nous avons fait le point des stocks d’IDE dans le
monde entier. D’après les estimations, pour 2003, la quote-part des stocks d’IDE entrant en Afrique ne
serait que de 2 %. Une étude de l’IDE sur le continent africain est intéressante ne serait-ce qu’en raison de
la modicité du pourcentage d’IDE qu’il accueille. Pourquoi une part aussi faible par rapport au reste du
monde ? En fait, l’Afrique a bien reçu des investissements directs étrangers mais de façon irrégulière (voir
graphique 7). Que peut-on faire pour améliorer la situation, compte tenu de l’importance de l’IDE au
regard du développement ? La réponse complète à ces questions n’entre pas dans le cadre du présent
document mais les études de cas ci-après – qui portent sur l’IDE dans le secteur agroalimentaire dans
quatre pays d’Afrique – nous donnent une idée de la manière dont cette forme d’investissement s’est
révélée propice à la réussite de certaines entreprises.
1994-2003
Tunisie Ghana
Mozambique Ouganda
900
800
millions USD
700
600
500
400
300
200
100
0
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
Source : CNUCED
63. En somme, le but de la présente étude est de mieux appréhender les effets des échanges et des
politiques liées aux échanges sur l’IDE dans le secteur agroalimentaire. Comme le suggère l’analyse
statistique des pays de l’OCDE, ces politiques peuvent influer sur les flux d’IDE circulant entre les dits
pays. Le soutien intérieur et l’appartenance à des accords commerciaux régionaux ou à des unions
douanières peuvent influer sensiblement sur l’IDE, du moins dans les pays de l’Organisation. Les quatre
études de cas démontrent que cet investissement peut être affecté par des mesures liées aux échanges
comme les normes et les réglementations sur la sécurité des aliments ainsi que par l’interaction de ces
27
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
mesures avec les normes du secteur privé. L’IDE peut aussi être affecté par les possibilités d’accès
préférentiel aux marchés découlant d’accords commerciaux régionaux ou bilatéraux ou d’arrangements
préférentiels non réciproques. Si les politiques commerciales ont leur importance, des facteurs comme la
stabilité politique, l’environnement des entreprises, l’infrastructure matérielle, le savoir institutionnel et le
capital social peuvent en avoir davantage. A cet égard, le risque et la stabilité politique jouent peut-être un
rôle plus important que les politiques commerciales dans le cas des pays africains.
64. Les études de cas portent sur quatre pays d’Afrique. Nous nous sommes intéressés à ce continent
en raison du niveau limité d’IDE qu’il reçoit. En outre, le continent africain comprend deux ensembles
socio-économiques différents, la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) et l’Afrique sub-
saharienne. Nous avons choisi le Ghana, le Mozambique, l’Ouganda et la Tunisie, qui donnent une idée
des différentes régions d’Afrique. Ces pays entretiennent des relations historiques et linguistiques
différentes avec certains pays de l’OCDE, notamment le Royaume-Uni, la France et le Portugal. Tous
quatre sont parties à divers accords commerciaux préférentiels avec des pays de l’OCDE, en particulier
l’Union européenne et les États-Unis. Nous aurions pu choisir d’autres pays, mais nous disposions de
contacts dans ceux-là, ce qui a facilité les recherches.
65. Dans chaque pays, nous avons interrogé des responsables gouvernementaux, des personnes
dirigeant des agences de promotion de l’investissement et des entreprises bénéficiant d’IDE dont l’activité
se situe dans le secteur agroalimentaire. Caractéristique intéressante que l’on retrouve dans chacune des
quatre entreprises interrogées : toutes s’emploient principalement à exporter des denrées alimentaires vers
des marchés parvenus à maturité comme ceux de la plupart des pays de l’OCDE. L’existence de cette
caractéristique commune est purement fortuite car, à l’origine, nous avions supposé qu’un objectif
important de l’IDE en Afrique était de développer les marchés dans différents pays africains. Le fait
qu’aucune des quatre entreprises n’approvisionne au premier chef le marché local ne doit pas conduire à
conclure au déficit d’IDE pour développer des marchés locaux émergents. Mais au vu des résultats, on ne
peut s’empêcher de penser que l’IDE joue un rôle primordial pour les entreprises africaines qui
développent leurs activités à l’exportation.
Résultats de l’étude
66. Les résultats ci-dessous se fondent sur les entretiens organisés avec des agences de promotion de
l’investissement, des fonctionnaires des ministères du commerce, des responsables d’entreprises et des
experts de l’analyse de données des quatre pays.
1. L’IDE a aidé les entreprises africaines à se conformer aux réglementations qui influent sur les
échanges internationaux, en particulier en matière de sûreté alimentaire.
2. Pour que l’IDE s’inscrive dans la durée, des investissements dans des biens publics comme les
routes, l’assainissement, les ports maritimes, les aéroports, l’enseignement supérieur en finance
et gestion, etc. sont particulièrement nécessaires. Ces investissements, qui proviennent
généralement du secteur public, constituent un préalable au succès de l’investissement du
secteur privé d’origine tant intérieure qu’internationale.
4. Les zones franches industrielles pour l’exportation sont en train de devenir la préoccupation
majeure des agences de promotion de l’investissement, si bien que l’investissement se
concentre dans l’infrastructure et le secteur manufacturier.
28
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
5. Les financiers et les investisseurs ont tendance à privilégier les grands projets
d’investissement, au détriment de secteurs dans lesquels les unités de production sont de petite
taille.
6. Les télécommunications et les services rivalisent avec les entreprises agroalimentaires pour
attirer l’IDE, et l’emportent, probablement du fait de leur rentabilité et de leur potentiel de
croissance. De surcroît, les marchés internationaux peuvent jouer un rôle.
7. L’investissement privé – sur les marchés étrangers et émergents – progresse pour ce qui touche
à la transformation des produits agricoles. Toutefois, ce phénomène s’opère à une échelle
relativement modeste et n’a pas d’impact assez marqué sur l’économie pour aboutir à la
création de richesse permettant d’atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté – par des
augmentations sensibles de l’emploi ou des baisses significatives du prix des denrées de base.
9. Les investisseurs peuvent créer des co-entreprises pour profiter de la complémentarité des
savoirs et des ressources financières.
10. Il est un facteur qui a probablement de l’importance pour l’IDE, à savoir le rôle que le
mouvement des personnes physiques peut jouer. Les individus disposant d’une expérience et
de contacts en matière de capitaux étrangers et de ressources humaines peuvent être
particulièrement à même d’exploiter au mieux l’IDE.
67. Il est difficile de comprendre l’IDE dans le secteur alimentaire en Afrique faute de données
appropriées disponibles. Il est difficile de trouver des données de qualité en général, et en particulier dans
les pays en développement. La difficulté peut même être encore plus grande dans tel ou tel secteur en
particulier. C’est pourquoi la stratégie adoptée pour le présent projet a été celle des études de cas. Les
résultats de ces études dépassent ce qu’il aurait été possible d’obtenir au moyen d’une analyse statistique
standard de l’IDE et de données sur les échanges. C’est donc non pas à cause mais grâce au manque de
données que l’on a pu considérer l’IDE sous un jour différent.
68. Chaque étude de cas examine trois facteurs qui influent sur l’IDE en Afrique, à savoir les accords
relatifs au commerce et à l’investissement, le risque-pays et la notation des entreprises. Dans chaque cas,
on passe en revue les principaux accords relatifs au commerce et à l’investissement afin de situer le stade
de libéralisation des échanges et les possibilités d’IDE dans le contexte national.
69. En dehors des ententes bilatérales relatives au commerce ou à l’investissement et des politiques
commerciales multilatérales au sens large, les caractéristiques de l’environnement des entreprises du pays
bénéficiaire de l’IDE contribuent à la décision d’investissement.
70. Naguère, pour recueillir ce type d’information ou se faire une idée du climat des affaires, voire du
risque-pays, un investisseur devait se rendre dans le pays bénéficiaire potentiel car il n’existait que très peu
d’outils facilement accessibles auxquels se fier pour effectuer une évaluation à distance. Le coût de la
collecte de données représentant une coquette somme, l’IDE était l’apanage d’entreprises ou d’individus
qui disposaient des ressources nécessaires pour envisager des investissements à caractère spéculatif.
29
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Aujourd’hui, la détermination du risque-pays et la notation des entreprises sont des outils qu’utilisent les
investisseurs étrangers afin de mieux appréhender les possibilités et les risques que présente un pays. Les
résultats obtenus grâce à ces outils peuvent influer sur l’intérêt que portera un investisseur à un bénéficiaire
potentiel. Par ailleurs, l’innovation technologique, les partenariats public-privé et le soutien fourni par le
gouvernement des économies de marché émergentes constituent des outils objectifs crédibles pour
comparer les environnements des entreprises et les risques-pays d’un pays et d’une région à l’autre. La
Société financière internationale (SFI) et la Banque mondiale mènent des enquêtes au sujet de plusieurs
économies de marché émergentes. Ces enquêtes portent sur des aspects clés du cycle de vie des entreprises,
y compris la création, les conditions d’exploitation et la dissolution. Les tout derniers résultats d’enquête
sont publiés dans le rapport intitulé Doing Business in 2005 : Removing Obstacles to Growth (Pratiques
des affaires en 2005 : obstacles à la croissance). Pour être plus précis, ce rapport contient une évaluation
comparative de la réglementation dans des domaines comme la création de société, l’embauche et le
licenciement des travailleurs, l’enregistrement, l’obtention de crédits, la protection des investisseurs,
l’exécution de contrats et la dissolution.
71. Un deuxième outil nouveau permettant d’aider les investisseurs étrangers à comparer les marchés
potentiels d’investissement est la notation de la dette souveraine de Standard & Poor. Bien que cette
notation existe depuis de nombreuses années, l’éventail des pays notés avait tendance à se limiter aux pays
membres de l’OCDE. Grâce à une initiative du Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD) consistant à étendre la notation de la dette souveraine à des économies d’Afrique qui, auparavant,
n’étaient pas notées, plusieurs pays dont le Ghana, le Mozambique et la Tunisie ont reçu des notes de dette
souveraine à court et long termes. Les investisseurs utilisent fréquemment les notations de Standard &
Poor pour prendre leurs décisions commerciales. Le fait d’avoir inclus des économies de marché
émergentes dans la liste des pays notés par cette agence marque un progrès significatif en matière de
transparence des marchés et souligne le potentiel d’investissement des entreprises car les financiers
s’efforcent de gérer le risque des marchés à maturité saturés des pays membres de l’OCDE en diversifiant
leur portefeuille d’investissements.
72. Le Service des risques-pays de l’Economist Intelligence Unit (EIU) complète le rapport Doing
Business et la notation de Standard & Poor. Plus précisément, il observe en permanence les marchés
émergents et fortement endettés et produit des prévisions à deux ans des variables économiques les plus
importantes pour l’évaluation du risque. Ces variables incluent le solde du compte courant, les besoins de
financement, les réserves en devises, la dette à court terme, les entrées de « capitaux flottants » et la
vulnérabilité du secteur bancaire. Ensemble, ces évaluations indépendantes favorisant la transparence sous-
tendent une section essentielle des études de cas, celle dans laquelle nous examinons les caractéristiques
économiques et des entreprises de chaque pays, en étant particulièrement attentifs aux implications en
matière de capacité d’attirer l’investissement (voir tableau 2).
73. En outre, chaque étude de cas contient un exposé de la situation de l’IDE dans le pays considéré.
Dans la section correspondante, on examine les efforts de promotion de l’investissement de chaque pays.
Les agences de promotion de l’investissement fournissent un service pour attirer l’IDE dans le pays. De
surcroît, la section relative à la situation de l’IDE se penche également sur les aspects juridiques et le
soutien des donneurs pour attirer ou améliorer l’IDE dans chaque pays. S’il ne s’agit pas là de politiques
commerciales, l’action de ces agences et des donneurs de même que des institutions juridiques peut avoir
un impact considérable sur le niveau d’IDE dans les pays. Il est difficile de modéliser les effets de ces
politiques et institutions même si l’on peut se procurer aisément les données. En conséquence, les études
de cas fournissent des indications sur l’influence de ces facteurs sur l’IDE. Comme dans les sections
précédentes des études de cas, la situation de l’IDE dans le pays est examinée en termes généraux et ne se
limite pas au secteur agroalimentaire. Mais cette argumentation apporte un précieux éclairage pour
comprendre le potentiel d’IDE.
30
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
74. Chaque étude de cas comporte l’examen d’une entreprise de l’agroalimentaire qui bénéficie de
l’IDE. Dans trois cas sur quatre, l’IDE prend la forme de co-entreprises. Le quatrième est un
investissement qui fait intervenir un mouvement de personne physique. Les examens d’entreprises sont
destinés à fournir des exemples spécifiques de l’IDE dans ce secteur. Chacun donne un aperçu de la
manière dont l’IDE opère dans les entreprises. En particulier, les examens mettent le doigt sur certains des
enjeux sur le plan des politiques commerciales et liées aux échanges qui affectent l’IDE. L’évaluation de
chaque cas s’appuie largement sur les informations recueillies auprès de chaque entreprise.
décembre 2004
31
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
A. GHANA
Évaluation
75. Illustrée par le cas de BLUE SKIES, co-entreprise de transformation de fruits frais, l’expérience
du Ghana en matière d’IDE et d’échanges met en évidence un double défi : pour les investisseurs locaux et
étrangers, il s’agit d’apporter leurs compétences, et pour le gouvernement, de faire entrer le pays dans la
catégorie des économies de marché intégrées. Si, en matière de risque-pays, elle est essentielle pour obtenir
une note de dette souveraine acceptable aux yeux des investisseurs locaux ou étrangers, la stabilité
politique n’est qu’un premier pas. L’aménagement rapide d’infrastructures fiables, pour le transport par
voie terrestre et aérienne, est indispensable à la fois pour l’IDE axé sur l’exportation et l’IDE qui cible le
Ghana et les pays voisins. L’investissement dans l’aménagement d’infrastructures est hautement prioritaire
aux yeux du gouvernement. L’intérêt majeur de la collaboration dans ce domaine afin de relier la
conurbation d’Accra à d’autres régions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO) pourrait bien être la possibilité d’accéder à de nouveaux marchés de consommation et de
diversifier la localisation de l’IDE de manière à créer un maximum d’opportunités d’emploi.
76. Le Ghana et quinze autres pays ont fondé la CEDEAO en mai 1975.19 Parmi les objectifs initiaux
de cette communauté figure l’intégration économique, destinée à favoriser la stabilité et les relations
économiques entre les État membres. Bien que l’intégration complète n’aille pas sans difficulté, la
CEDEAO progresse sur certains aspects de l’intégration des marchés tels que la libre circulation des
personnes et des biens et l’harmonisation de certaines politiques économiques et financières.
L’aménagement d’infrastructures matérielles pour les réseaux régionaux de routes, de télécommunications
et de transport d’énergie figure en bonne place sur la liste des projets de la Communauté.
19
Les membres de la CEDEAO sont : le Bénin, le Burkina Faso, la République du Cap-Vert, la Côte-d’Ivoire, la
Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et
le Togo.
32
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
er
conclus au 1 juin 2005
79. La libéralisation des marchés et les possibilités d’échanges et d’investissement mais aussi les
contraintes qui l’accompagnent influent sur les stratégies de l’industrie et des entreprises. Pour ces
dernières, les principales implications de la libéralisation des marchés mondiaux sont (a) l’intensification
de la concurrence pour gagner des parts de marché et attirer les dépenses de consommation, et (b) la baisse
du prix des produits de base/matières premières. Les réponses possibles face à l’évolution des facteurs qui
façonnent l’environnement des entreprises sont (a) de s’efforcer de préserver le statu quo, (b) de faire des
démarches pour retarder le changement, ou (c) d’accepter le changement comme un fait nouveau et
chercher des moyens de s’approprier les gains résultant de la tendance à la mondialisation des marchés. A
bien des égards, les industries, les entreprises et même les gouvernements des pays non membres de
l’OCDE n’ont, en tant que producteurs de produits de base et négociants de produits finis, que peu de
latitude pour faire pression ou entreprendre des démarches contre les changements liés à la libéralisation
des marchés mondiaux. Ils s’orientent donc vers l’option (c) – c’est-à-dire qu’ils recherchent les
mécanismes permettant de tirer parti du changement. Ces mécanismes se classent toujours dans la
catégorie des « nouveaux outils » pour relever les défis du développement économique qui, avant la
libéralisation des marchés (ou la mondialisation), faisaient l’objet des discussions, de la programmation et
33
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
du financement de la part de deux parties seulement : les gouvernements et les institutions (bilatérales ou
multilatérales) de développement économique. Avec l’ouverture des marchés, on a pris conscience que le
secteur privé était essentiel pour obtenir des performances macroéconomiques positives. On imagine bien
que cette vision des choses était celle de nombreux pays membres de l’OCDE mais c’est une idée neuve
pour les gouvernements et les institutions de développement économique des pays non membres.
Par delà les stratégies régionales d’accroissement des échanges et les traités bilatéraux relatifs à l’investissement, les accords
commerciaux multilatéraux portant sur l’accès de biens aux marchés façonnent d’une manière plus générale le paysage de la
libéralisation macroéconomique. Dans le passé, les relations commerciales des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP)
avec l’UE obéissaient à la Convention de Lomé.(1) Cette convention accordait aux produits de base des pays ACP un accès
préférentiel aux marchés de l’UE et prévoyait également une assistance technique.
En 2000, l’UE et les pays ACP ont signé l’Accord de Cotonou. Cet accord constitue un cadre relatif au commerce, à l’aide
au développement et à la coopération politique qui remplace la Convention de Lomé. Aux termes de cet accord, les parties sont
convenues de négocier une série distincte de traités bilatéraux individuels entre l’UE et les pays ACP participants. Ces
arrangements individualisés prévoiront des droits et des obligations spécifiques, adaptés à chaque région ACP. A l’exception de
l’Afrique du Sud et de Cuba, les relations commerciales des 76 autres pays ACP seront organisées par des arrangements bilatéraux
ou Accords de partenariat économique (APE). Les négociations d’APE, qui ont débuté en septembre 2002, devraient être terminées
à temps pour la mise en application qui devrait commencer d’ici octobre 2008.
L’UE a lancé l’initiative « Tout sauf les armes » (TSA) le 26 février 2001, date à laquelle le Conseil « Affaires générales » a
adopté un amendement au système de préférences généralisées (SPG) de l’UE. Le régime TSA supprime quotas et droits de
douane à l’entrée du marché européen pour tous les produits exportés par les pays les moins avancés (PMA), à l’exception des
armes et des munitions.
De leur côté, les États-Unis ont conçu une initiative commerciale visant spécifiquement l’Afrique sub-saharienne. Lancé le
2 octobre 2000, l’AGOA (loi des États-Unis en faveur de la croissance et des opportunités de l’Afrique) a été reconduit le
12 juillet 2004. Ainsi, ce programme étend-il l’accès préférentiel pour les importations des pays d’Afrique sub-saharienne
bénéficiaires jusqu’au 30 septembre 2015. « Le Président des États-Unis détermine quels sont les pays qui peuvent en bénéficier.
Ceux-ci doivent respecter les droits de l’homme et le droit du travail, mais aussi avoir supprimé les obstacles aux échanges et aux
investissements des États-Unis, avoir enregistré des progrès permanents dans la lutte contre la corruption et la mise en place d’une
économie de marché protégeant la propriété privée et respectant le principe de légalité, et appliquer des politiques économiques
permettant de lutter contre la pauvreté » (Lippoldt et Kowalski, 2005, p.72).
(1) Parmi les pays visés par la présente étude, le Ghana, le Mozambique et l’Ouganda sont des pays ACP.
80. En partenariat avec le PNUD, Standard & Poor ont mis au point un système de notation de la
dette souveraine à l’intention d’économies d’Afrique sub-saharienne qui n’étaient pas notées auparavant.20
L’agence de notation a accordé au Ghana un « B » comme note de dette souveraine à court terme, un
« B+ » comme note de dette souveraine à long terme, et « stable » comme note de perspective.21. En
janvier 2005, l’Economist Intelligence Unit (EIU), une autre société d’analyse des entreprises, a fait part de
ses préoccupations concernant le risque de pénurie de liquidités à court terme pour le Ghana. Elle redoute
20
Les six économies d’Afrique sub-saharienne auxquelles seront désormais attribuées des notes de dette souveraine
ainsi que les notes court terme/perspective/long terme correspondantes sont : le Ghana (B+/stable/B,
septembre 2003), le Cameroun (B/stable/B, novembre 2003), le Bénin (B/stable/B+, décembre 2003), le Burkina Faso
(B/stable/B, mars 2004), le Mali (B/stable/B, mai 2004) et Madagascar B/stable/B, mai 2004).
21
Standard & Poor fournit des notations, indices, évaluations de risque, prospectives, données et évaluations en
matière d’investissement.
34
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
81. Les instruments fiables permettant de résumer l’environnement des entreprises d’un pays par une
seule et unique note sont peu nombreux. Toutefois, la Société financière internationale (SFI) et la Banque
mondiale ont mené des enquêtes sur des aspects clés de la création, de l’exploitation et de la dissolution
d’entreprises dans de nombreux pays. Les tout derniers résultats d’enquête ont été publiés dans Doing
Business in 2005 : Removing Obstacles to Growth (Pratique des affaires en 2005 : Obstacles à la
croissance). Plus précisément, ce rapport présente une évaluation comparative des réglementations dans
des domaines comme la création d’une société, l’embauche et le licenciement de travailleurs,
l’enregistrement, l’obtention de crédits, la protection des investisseurs, l’exécution des contrats et la
dissolution d’une société (tableau 4). Manifestement, le cadre réglementaire formel des entreprises
présente des rigidités et des manques d’efficience. L’absence de compétitivité de l’environnement des
entreprises au Ghana par rapport à celui des pays membres de l’OCDE n’est pas pour nous surprendre.
Mais c’est aussi une opportunité de nouer des partenariats public-privé compte tenu de l’expérience des
pays l’OCDE en matière de gestion d’institutions publiques par des contractants privés. Il est impératif de
réduire les coûts globaux de transaction et d’exploitation des entreprises si l’on veut stimuler l’IDE et
engranger les gains escomptés de cet investissement. Être plus efficient va devenir une qualité de plus en
plus déterminante dans la concurrence pour attirer l’IDE.
35
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
82. Le Ghana s’efforce de s’orienter vers le développement économique tiré par les exportations, le
secteur privé constituant un allié de choix dans la poursuite de l’objectif global qui est de faire du Ghana
un pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2020. L’investissement direct étranger est censé contribuer à
orienter l’économie vers la croissance tirée par les exportations (valeur ajoutée). Mais comme plusieurs
pays non membres de l’OCDE cherchent également à s’approprier les gains de la libéralisation des
marchés (en tablant sur la croissance économique tirée par les exportations, le secteur privé et l’IDE
36
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
s’inscrivant au cœur de la stratégie d’investissement de plusieurs pays), la concurrence pour attirer les
investisseurs étrangers est très âpre. Agences de promotion de l’investissement, exonérations fiscales,
désignation de secteurs prioritaires et zones franches constituent les instruments courants utilisés pour
attirer des groupes d’investisseurs ciblés.
83. En 1998, le Ghana a obtenu le soutien des institutions multilatérales pour son projet de commerce
et d’investissement Gateway. Les principaux objectifs de Gateway sont de faciliter les échanges et d’attirer
une masse critique d’entreprises privées à vocation d’exportation. Dans le cadre de ce projet, les agences
ghanéennes, qui sont le premier interlocuteur des investisseurs à l’échelle gouvernementale, seront
remaniées pour devenir des agences facilitatrices des échanges. Le premier contact des investisseurs avec
le gouvernement du Ghana s’effectue avec l’une des agences suivantes : Customs, Excise and Preventive
Services, Ghana Immigration Service, Ports and Harbours Authority, Ghana Civil Aviation Authority,
Ghana Free Zone Board et Ghana Investment Promotion Centre (GIPC). Le projet Gateway prévoit aussi le
financement d’infrastructures hors-site pour desservir les enclaves franches privées des villes de Tema,
Ampabame et Sekondi. Bien qu’il cible les zones franches, les sites économiques désignés pour les
accueillir et la communauté des entreprises au sens large bénéficieront de l’investissement dans les
infrastructures hors-site. Le succès de la réalisation du projet Gateway aidera le Ghana à atteindre son
objectif de devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici 2020.
84. En 1995, le Ghana a promulgué une loi sur l’investissement qui comporte des incitations pour les
investisseurs étrangers ou nationaux. Ainsi, par exemple, les avantages de l’investissement dans une
entreprise manufacturière à des fins d’exportation sont supérieurs à ceux de l’investissement purement
commercial. Actuellement, le pays s’intéresse particulièrement à trouver des investisseurs pour les trois
enclaves franches.22 Bien qu’aucun montant minimum d’investissement ne soit stipulé, il est plus facile
d’intéresser les agences gouvernementales de premier plan avec des projets d’une certaine envergure
financière (capital initial et flux de trésorerie) axés sur des secteurs prioritaires du Ghana : technologies de
l’information et de la communication (délocalisation des services d’arrière-guichet), textile/confection,
industrie agroalimentaire (cacao, noix de cajou, fruits et légumes tropicaux), transformation des produits de
la mer (thon), bijouterie/artisanat, fabrication d’outils à main en métal, horticulture (fleurs fraîches),
industries légères/assemblage, fabrication de carreaux de céramique, produits pharmaceutiques et produits
de beauté prisés par les Africains.
85. Le Ghana a bien reçu des flux d’IDE mais de manière irrégulière (voir graphique 7). Ces flux ont
culminé en 1997 et 1999, années où l’IDE a atteint respectivement 474.6 millions USD et
226.7 millions USD. Ce phénomène s’explique, semble-t-il, par un petit nombre de grosses transactions
dans le droit fil de la privatisation d’entreprises appartenant à l’État. A partir de 1999, les flux d’IDE
diminuent chaque année et ce, jusqu’en 2003 où ils s’élèvent à 88.1 millions USD. Au cours des
10 dernières années, le Royaume-Uni, l’Inde, la Chine, le Liban et les États-Unis ont représenté près de
50 % des 1 745 projets d’IDE au Ghana. Le secteur des services et le secteur manufacturier, qui inclut
l’industrie agroalimentaire, occupent une place prédominante dans le profil d’activité économique de
l’IDE.23 Bien que le nombre de projets dans les secteurs des services et manufacturier soit à peu près le
même, le coût d’investissement total des projets dans les services est le double de celui des projets
manufacturiers. Au cours de la dernière décennie, les projets agricoles ont représenté environ 8 % du
nombre total de projets et plus de 12 % de l’investissement total. A la fin des années 90, les co-entreprises
associant des Ghanéens à des étrangers étaient la forme de montage retenue pour 762 projets, soit plus du
double des entreprises à capitaux entièrement étrangers (322) (voir tableau 5). Entre les périodes 1994-
22
Une fois que l’on s’est implanté, l’avantage d’opérer dans l’une des zones franches est la perspective d’y trouver
des infrastructures sur-site et hors-site, ce qui facilite les exportations.
23
Le Profil d’activité économique regroupe des données correspondant aux secteurs suivants : agriculture, BTP,
commerce à l’exportation, commerce général, industries manufacturières, services et tourisme.
37
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
2000 et 2001-2004, le nombre total de projets d’IDE a régressé, passant de 1084 à 545. Le montant de
l’investissement par projet a diminué également, passant de 1.48 million USD à 0.61 million USD. En
revanche, la proportion d’investissements intégralement composés de capitaux étrangers a progressé,
passant de 29.7 % à 38.0 %. Tous ces chiffres indiquent un tassement de l’investissement au Ghana.
86. D’aucuns estiment que l’IDE a plus d’impact sur le développement économique que l’aide au
développement sous forme de dons (fDi Magazine, 2005). L’IDE ajoute une dimension de concurrence et
élargit l’éventail des possibilités des marchés du travail, financiers et des produits. L’enjeu consiste à
attirer un maximum d’IDE tout en faisant en sorte qu’il contribue au financement de biens publics qui
créent, connectent et développent des marchés, comme les réseaux de transport, l’enseignement pratique et
technique, l’adduction et le traitement de l’eau, et les institutions juridiques. Le puissant effet
multiplicateur de programmes bien synchronisés destinés à attirer l’IDE et (d’une manière générale)
l’investissement dans les biens publics précités sont extrêmement nécessaires pour catalyser le
développement économique aujourd’hui alors que les marchés des capitaux ont été libéralisés à l’échelle
mondiale.
87. BLUE SKIES, co-entreprise à capitaux entièrement privés, a été créée en 1998. Son siège
administratif est situé au Royaume-Uni mais ses activités se situent au Ghana et en Égypte.24 Les
investisseurs dans l’affaire sont un Britannique jouissant d’une grande expérience du commerce des fruits,
et des citoyens ghanéens possédant de nombreuses années d’expérience du financement structuré aux
États-Unis et dans plusieurs pays d’Afrique. L’exploitation au quotidien est supervisée par un Britannique
expatrié, des Ghanéens occupant tous les autres postes depuis le bureau jusqu’à l’usine en passant par les
postes de techniciens. Les usines BLUE SKIES du Ghana et d’Égypte font vivre les agriculteurs locaux et
la population de la région environnante.
88. BLUE SKIES produit localement des salades de fruits prêtes à consommer à la source,
conditionnées pour la vente au détail contrairement à ce qui se fait au Royaume-Uni, où les fruits
transformés sont importés entiers. L’usine du Ghana prépare les fruits tropicaux (comme l’ananas, la
mangue, le fruit de la passion, la papaye et la noix de coco) et une usine d’Égypte prépare des fruits des
régions tempérées (comme le raisin, le melon, les agrumes et les fraises). Les produits BLUE SKIES sont
expédiés par avion quotidiennement vers de nombreux pays européens, où ils sont livrés dans des pots en
24
En tant que co-entreprise, BLUE SKIES est une société autonome, ce qui constitue une structure singulière dans les
économies émergentes/en développement. Habituellement, dans ces économies, les co-entreprises font partie d’un
groupe. Si cette structure, avec son éventail d’entreprises diverses, est populaire, c’est qu’elle constitue un précieux
instrument de gestion du risque, important dans les économies en développement où les possibilités de se prémunir
contre les risques financiers et opérationnels sont limitées.
38
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
plastique, prêts à servir. Au Royaume-Uni, ces produits sont vendus par les principales enseignes de la
grande distribution sous la marque portant le nom de la chaîne, ainsi qu’aux entreprises de restauration
(FoodQuality [Link]).
89. Au Ghana, l’usine BLUE SKIES se situe à environ deux heures de voiture d’Accra. Tous les
produits sont cultivés dans un rayon de 80 km tout autour, dans de petites exploitations bénéficiant des
conseils d’agronomes de l’entreprise, qui aident les agriculteurs dans des domaines comme la gestion des
sols et le choix des meilleures périodes pour planter et récolter. La chaîne du froid commence sur l’aire de
réception des fruits de l’usine. Les installations de conditionnement à la source permettent de préserver la
fraîcheur et les qualités nutritionnelles des fruits.
90. BLUE SKIES répond aux normes EurepGAP. BVQI, organisme de certification indépendant, a
certifié que l’entreprise était conforme aux exigences de l’Initiative pour le commerce éthique. Grâce aux
pratiques éthiques de BLUE SKIES, l’eau propre est produite à partir de toutes les eaux usées et des
effluents, tous les plastiques sont recyclés et les déchets organiques sont transformés en compost et
restitués à la terre.
EurepGAP – référentiel des bonnes pratiques agricoles sur les exploitations agricoles – a été créé en 1997 à l´initiative de la
grande distribution, membre de « Euro-Retailer Produce Working Group » (EUREP). L´objectif était de définir des exigences et
des procédures pour le développement de bonnes pratiques agricoles (GAP).
Sur le plan technique, EurepGAP est un ensemble de documents définissant des exigences, et réalisés pour être en
adéquation avec les différentes lois internationales de certification comme le Guide ISO 65. Des représentants du monde entier et
de l´ensemble de la chaîne alimentaire ont été impliqués dans la rédaction de ces documents. En outre, les vues exprimées par des
acteurs extérieurs au secteur comme les associations de consommateurs et de défense de l’environnement ainsi que les pouvoirs
publics ont été prises en compte dans cette rédaction.
Les organisations de producteurs peuvent obtenir une reconnaissance indépendante et transparente des équivalences avec les
normes et procédures EurepGAP grâce à un système d’évaluation comparative, ce qui facilite les échanges mondiaux et contribue
à l’harmonisation des critères techniques.
EurepGAP regroupe des détaillants, des producteurs/agriculteurs et des membres associés représentant les branches
« intrants » et « services » de l’agriculture. La gouvernance s’effectue par le biais de « Comités supérieurs » sectoriels EurepGAP
dont le président est indépendant. Le système de normes et de certification est approuvé par un Comité technique (TSC). Il existe
un TSC par secteur de produit. Chaque TSC est composé pour moitié de détaillants et pour moitié de producteurs. Les travaux des
comités sont appuyés par FoodPLUS, une société à but non lucratif basée à Cologne, en Allemagne.
91. L’usine BLUE SKIES du Ghana a été désignée comme zone franche industrielle (ZFI) par
l’Investment Promotion Centre et le Free Zone Board. Certaines opérations sont effectuées en dehors de
ces zones franches à Tema, Ampabame ou Sekondi, ce qui signifie que BLUE SKIES utilise les
infrastructures accessibles à tous en dehors du site de l’usine.
39
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
BLUE SKIES se concentre sur son activité de base et, comme elle est située en zone franche industrielle, elle est autorisée à
importer. On sait que le conditionnement préserve la fraîcheur et les qualité nutritionnelles des fruits dans la chaîne du froid. Les
articles de conditionnement importés incluent les pots/bols en plastique dans lesquels le produit est vendu au détail ainsi que les
machines automatiques de conditionnement sous atmosphère modifiée et de thermoscellage et les matériaux (FoodQuality
[Link]). Les matériaux importés pour préserver l’intégrité de la chaîne du froid sont des bâches de régulation de température
dans lesquelles sont enveloppées les palettes chargées de produits pour l’exportation. Ne pas rompre la chaîne du froid est un défi
particulier dans la chaleur et l’humidité tropicales de la côte africaine.
Assurer une logistique efficiente, présentant de faibles risques (fiable) et à faible coût est un véritable enjeu pour la partie
ghanéenne des opérations de BLUE SKIES. Les problèmes de transport sont liés aux zones de fret tant routier qu’aérien. A l’ouest
d’Accra, la capitale du Ghana, le réseau routier reliant l’usine BLUE SKIES à l’aéroport international Kotoka est extrêmement
sollicité (poids lourds et remorques ainsi que véhicules individuels et véhicules des services publics). Comme il s’agit d’une zone
résidentielle de plus en plus prisée par les salariés des entreprises de la région et de la ville d’Accra, la demande de transport
(véhicules privés et transports publics) ne cesse de croître. On y observe en outre une nette augmentation du trafic et une forte
pression sur le réseau routier existant à cause des poids lourds et du transport de matériel de plusieurs projets d’investissement dans
le domaine agroalimentaire. Toutefois, le facteur qui provoque un accroissement anormalement élevé du transport au départ des
régions situées à l’ouest d’Accra est le conflit civil sévissant en Côte-d’Ivoire. Ce débit accru, qui peut être un “plus” pour les
recettes de l’État, va dans le sens du projet Gateway qui voit dans le Ghana une “plaque tournante” régionale. Mais c’est un
problème quotidien pour BLUE SKIES et les autres entreprises agroalimentaires situées à l’ouest de la capitale. Les efforts pour
améliorer la situation sont axés sur la construction d’une nouvelle route en matériaux plus résistants et comptant un plus grand
nombre de voies. Dans le cadre d’un projet financé par la Banque mondiale et réalisé par la Chine, les travaux ont commencé mais
ne progressent que lentement.
Le transport du fret aérien crée de plus en plus de difficultés à mesure que le volume des ventes à l’étranger de BLUE SKIES
s’accroît. Le problème est aggravé par la réduction du nombre de compagnies aériennes desservant l’Afrique de l’Ouest. Ghana
Airways qui, naguère, constituait le « réseau » de l’Afrique de l’Ouest, a cessé son activité en août 2004. Elle a été vendue à une
jeune co-entreprise américano-ghanéenne, Ghana International Airlines Limited, qui projette de commencer à desservir la zone de
la CEDEAO au troisième trimestre 2005. Les itinéraires directs et sans escale vers l’Europe sont desservis par KLM, Alitalia,
British Airways et Lufthansa. South African Airlines, Egypt Air et Kenya Airways assurent un service direct, sans escale, vers les
grandes villes d’Afrique du Sud, du Nord et de l’Est. Toutefois, comme la place en soute à fret de ces transporteurs internationaux
est limitée et comme la demande d’exportation de produits à valeur élevée va croissant, les coûts de fonctionnement des entreprises
exportatrices sont affectés directement, et même indirectement par l’augmentation des tarifs de fret et des coûts de transaction.
Parmi les effets indirects, on note aussi l’allongement des délais requis pour effectuer les expéditions et un recours accru au
marché informel.
92. Implanter l’usine à proximité du lieu de production des fruits n’est qu’une première étape pour
qui cherche à réduire le risque d’irrégularité dans l’approvisionnement et la qualité des fruits tropicaux. Le
programme de services d’appoint aux agriculteurs de BLUE SKIES aide à tisser des liens qui peuvent être
aussi solides, sinon plus, qu’un contrat. Ces relations peuvent servir à limiter les risques dans les
économies émergentes où l’exécution des contrats est généralement assez laxiste.
93. BLUE SKIES a diversifié ses sources de fruits de climat tropical et de climat tempéré à
transformer et à conditionner en étendant ses activités à l’Égypte. Cette diversification n’a pas peu
contribué à la régularité de l’approvisionnement et de la qualité des fruits. BLUE SKIES s’approvisionne
en mangues dans le nord-est du Brésil pour compléter la production ghanéenne. Parce qu’il entretient des
liens de longue date avec l’Afrique de l’Ouest et qu’il présente des similitudes géographiques avec le
Ghana, le Brésil produit des mangues d’une même variété que celles qui sont cultivées autour de l’usine
BLUE SKIES. Les mangues brésiliennes comblent les déficits saisonniers de matière première qui
résultent d’une forte demande des consommateurs au Royaume-Uni. Grâce à l’extension en Égypte, il est
plus que probable que l’entreprise sera à même de livrer n’importe quelle variété de fruits frais en salade
dans des conditionnements prêts pour la consommation aux détaillants et aux grossistes d’Europe. BLUE
40
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
SKIES peut garantir à ses clients européens des fruits tropicaux ou des fruits de climat tempéré, ou les
deux, prêts à être dégustés.
94. A l’instar d’autres instruments d’action permettant de supprimer les obstacles aux échanges, les
accords relatifs au commerce et à l’investissement tissent des liens essentiels avec les marchés sur lesquels
les consommateurs sont prêts à mettre le prix pour obtenir des fruits exotiques préparés dans de bonnes
conditions d’hygiène, frais et non mis en conserve ou surgelés. Accéder aux marchés de la zone
géographique tempérée du Nord où les fruits tropicaux sont forcément importés est crucial pour le projet
d’entreprise de BLUE SKIES. C’est surtout dans les pays à haut revenu, où une part croissante de la
population appartient à la classe moyenne, que l’on trouve des gens disposés à payer le prix de
caractéristiques immatérielles comme la sécurité des aliments. En outre, la démographie de cette clientèle
évolue par suite du vieillissement. Par ailleurs, dans les pays à haut revenu, les consommateurs privilégient
la nutrition pour prendre en charge leur santé (Wilson, 2005). Conjugués à l’argument précédent selon
lequel les consommateurs payent volontiers pour obtenir un approvisionnement régulier en fruits frais, ces
facteurs comptent parmi les déterminants de la croissance de BLUE SKIES. Ce groupe de consommateurs
régit les marchés de l’alimentation au détail dans l’hémisphère nord au climat tempéré et correspond à une
composante critique des réglementations fixées par la grande distribution, comme dans le cas d’EurepGAP
95. BLUE SKIES a été créée en 1998. Elle a pu intégrer dans son plan d’entreprise initial le coût de
la conception et de la mise en œuvre du référentiel EurepGAP. C’est ainsi qu’elle a continué de vendre ses
produits en Europe en janvier 2005, lorsque le respect de la réglementation EurepGAP est devenu
obligatoire. Toutefois, en Afrique, de nombreuses PME du secteur horticole par ailleurs florissant
observent qu’EurepGAP entrave leur activité de manière significative en raison du coût de l’information,
de la conception et de la mise en œuvre des « bonnes pratiques agricoles ». Les entreprises dynamiques des
marchés émergents/pays en développement, surtout celles qui ne bénéficient pas d’IDE, sont plus
sensibilisées aux normes internationales de gestion de la qualité telles qu’ISO 9000. En tant que source
potentielle d’incertitude pour les entreprises à l’échelle internationale, des initiatives comme EurepGAP
pourraient ralentir encore plus les flux d’IDE vers l’Afrique alors que la sécurité et la traçabilité des
aliments si prisées par les consommateurs gonflent les coûts pour les producteurs.
41
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
B. MOZAMBIQUE
Évaluation
96. Les investissements dans les infrastructures et l’éducation facilitent grandement l’IDE et les
échanges, tout comme d’autres aspects de l’activité économique. Le cas de PESCAMAR, entreprise
mozambicaine d’exploitation des produits de la mer, incite à penser que les résultats financiers des
entreprises exportatrices dépendent dans une large mesure des infrastructures nationales. Une amélioration
des services bancaires, notamment hors des grands centres urbains, répondrait aussi aux besoins de
PESCAMAR et d’autres entreprises sur le plan de la gestion commerciale et financière. Une coordination
transparente de la réglementation dans les pays importateurs, notamment entre les domaines industriel,
environnemental et commercial, réduirait les risques liés à l’IDE. Pour tirer le meilleur parti de l’IDE et
des échanges commerciaux, il est plus important d’améliorer le climat de l’investissement, de consacrer
des fonds publics aux infrastructures et de favoriser la formation que de permettre l’accès préférentiel de
certains produits aux marchés des pays à hauts revenus.
97. Le Mozambique a signé plusieurs traités d’investissement bilatéraux (tableau 6). Il est intéressant
de noter que les plus anciens ont été conclus avec des pays qui sont les principaux partenaires
commerciaux du Mozambique. En outre, la diversité régionale des cosignataires de ces accords reflète dans
une certaine mesure l’aptitude du Mozambique à s’affranchir de liens historiques.
98. Le Mozambique est partie à deux accords commerciaux entre l’Afrique et l’Union européenne et
les États-Unis, ainsi qu’à un accord sous-régional. On se reportera à l’encadré 1 de l’étude de cas consacrée
au Ghana pour une analyse plus approfondie des accords passés avec l’UE et les États-Unis.
L’appartenance du Mozambique à la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA), qui
regroupe quatorze pays d’Afrique orientale, centrale et australe25, lui permet de tirer parti de sa situation
géographique stratégique comme point d’accès pour les quatre pays enclavés voisins, voire de fournir une
masse critique de consommateurs pour certains produits agricoles, comme le riz, et pour l’électricité.
L’application de règles d’origines quelque peu compliquées, la programmation des réductions tarifaires et
le démantèlement des barrières non tarifaires ont retardé le développement de la CDAA. En dehors de la
CDAA, l’accord commercial entre le Mozambique et le Zimbabwe, signé en mars 2005, reflète
l’importance des échanges intrarégionaux26.
25
La CDAA est composée des pays suivants : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Maurice,
Mozambique, Namibie, République démocratique du Congo, Seychelles, Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe.
Il s’agit là des membres fondateurs de la CDAA, à l’exception de la République du Congo et des Seychelles.
Plusieurs protocoles ont été conclus dans le cadre de la CDAA, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la
pêche, du commerce et des télécommunications.
26.
Les produits visés par l’accord commercial entre le Mozambique et le Zimbabwe doivent entrer au Mozambique ou
en sortir à l’un des quatre principaux postes-frontières suivants : Machipanda et Espungabera, dans la province de
Manica, Chicualacuala, dans la province de Gaza, et Cuchamano, dans la province de Tete.
42
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
99. La libéralisation des marchés et les possibilités et contraintes qu’elle engendre sur le plan des
échanges et de l’investissement influent sur les stratégies industrielles et entrepreneuriales. Plus
précisément, pour les industries et les entreprises des pays membres et non membres de l’OCDE, la
libéralisation des marchés à l’échelle mondiale se traduit surtout par une intensification de la concurrence
pour obtenir des parts de marché et attirer les consommateurs, ainsi que par une baisse des cours des
produits de base et des matières premières. Les accords commerciaux généraux conclus avec l’UE et les
États-Unis exercent une influence importante sur la décision d’investir au Mozambique, ne serait-ce que
pour pouvoir exporter des produits de première ou seconde transformation vers les marchés des pays à
hauts revenus. Ces exportations offrent un meilleur potentiel de rentabilité sur des produits à plus forte
valeur ajoutée que les échanges régionaux. Pour le Mozambique, l’enjeu est d’attirer dans le secteur
agroalimentaire d’importants investissements utilisant des cultures marchandes comme matière première.
100. En juillet 2004, le Mozambique s’est vu attribuer par Standard & Poor la note « B » pour le
risque de crédit sur la dette souveraine à court terme et à long terme, associée à une perspective
« positive ». La situation géographique stratégique du Mozambique (proximité de l’Afrique du Sud, point
d’accès à quatre pays enclavés et long littoral sur l’océan Indien), de même que la diversité et la richesse
de ses ressources naturelles, expliquent la perspective positive retenue par Standard & Poor.
101. D’après la publication Doing Business, l’environnement des entreprises est caractérisé par des
atouts et des faiblesses propres au Mozambique (tableau 7). Parmi les points positifs, on citera certains
aspects de l’enregistrement, comme les délais (33 jours au Mozambique, 114 jours en Afrique
subsaharienne et 34 jours dans les pays de l’OCDE) et les coûts exprimés en pourcentage de la valeur de
l’actif par habitant (11.9 % pour le Mozambique, 13.2 % pour l’Afrique subsaharienne). Cependant, sept
formalités distinctes doivent être accomplies pour enregistrer une entreprise, ce qui signifie que les coûts
de transaction sont plus élevés que dans les autres pays de la région et dans la zone de l’OCDE. De ce fait,
le marché informel risque plus d’exercer une influence sur l’activité entrepreneuriale. Le coût d’exécution
43
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
des contrats, exprimé en pourcentage de la créance, est plus proche de ce qu’il est dans les pays de l’OCDE
qu’en Afrique subsaharienne. Pour ce qui est de la protection des investisseurs, l’indice est de 2 sur 7 pour
le Mozambique, soit à peu de chose près la moyenne régionale pour l’Afrique subsaharienne (2.1). Ces
deux chiffres sont nettement inférieurs à la moyenne de 5.6 observée dans les pays de l’OCDE.
102. Les points faibles du Mozambique concernent la création de société, la protection des
investisseurs, le marché du travail et le taux de recouvrement des investissements. Les 14 formalités et 153
jours nécessaires pour créer une société risquent de dissuader les investisseurs de monter une entreprise au
Mozambique. Le Centre de promotion des investissements (CPI), conscient de l’impact négatif que cela
peut avoir sur les décisions d’investissement, expérimente actuellement un système d’enregistrement en
ligne. Le développement et la promotion de l’économie formelle, en permettant d’accroître le revenu par
habitant, contribueront à réduire la part du revenu par habitant qui doit être consacrée aux dépenses
initiales et à l’apport de capital qu’implique la création d’une entreprise. Globalement, la réglementation
du marché du travail semble plus rigide et le licenciement d’un salarié beaucoup plus coûteux qu’ils ne le
sont en moyenne en Afrique subsaharienne. Cela étant, cette situation tient sans doute au passé politique et
économique du Mozambique. Par ailleurs, le taux de recouvrement extrêmement faible de 0.123 en cas de
dissolution d’une société est un inconvénient très sérieux. Ce chiffre est inférieur à la moyenne de 0.171
pour l’Afrique subsaharienne et très en deçà de la moyenne de 0.721 observée dans les pays de l’OCDE.
44
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
104. D’autres incitations contribuent à faire concorder les investissements avec les objectifs de
développement du Mozambique. Par exemple, des avantages fiscaux supplémentaires sont consentis pour
les investissements concernant certaines catégories d’activités dans les « zones de développement rapide »
(ZRD) définies par la loi, à savoir la vallée du Zambèze, la province de Niassa, le district de Nacala, l’Île
Mozambique et l’Île Ibo. La vallée du Zambèze comprend certains districts de la province du Zambèze,
dont le port de Quelimane, ainsi que certains districts des provinces de Sofala et de Manica. Les activités
« éligibles » pour les ZRD sont notamment l’agriculture, la sylviculture, l’aquaculture, l’élevage,
l’exploitation du bois, l’exploitation du gibier, l’adduction d’eau, l’énergie électrique (production, transport
et distribution), les télécommunications, la construction d’infrastructures pour les entreprises de service
public, le logement, les infrastructures agricoles, l’hôtellerie, le tourisme, le transport de marchandises et
de passagers, l’enseignement et la santé. La longueur de cette liste témoigne des vastes besoins de
l’économie mozambicaine. D’une manière générale, les droits de douane sur les machines et l’outillage
sont fixés à 5 %, mais ils atteignent 25 % pour les biens de consommation. Globalement, les avantages
offerts privilégient les investissements destinés à promouvoir la croissance économique par une
amélioration de l’efficience et un accroissement des capacités d’exploitation des ressources existantes.
45
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
105. Les recettes d’exportation ne sont pas jugées secondaires ; cependant, si le choix des activités
peut servir d’indicateur, la stratégie initialement mise en œuvre pour attirer l’IDE semble privilégier les
grands projets qui auront un impact immédiat sur la base économique du Mozambique. Les mégaprojets,
comme l’usine d’aluminium de Mozal (1 milliard USD), la construction d’un gazoduc (1 milliard USD) et
une mine de titane, s’appuient tous sur l’exploitation des ressources naturelles du Mozambique et
permettront à terme de réduire le déficit commercial. La privatisation des entreprises d’État ne soulève pas
de difficultés. Depuis la vente de Banco Austral au groupe sud-africain ABSA en 2002, toutes les banques
du Mozambique appartiennent à des intérêts privés.
106. Entre 1990 et 2002, l’Afrique du Sud a été la première source d’investissements étrangers au
Mozambique, avec un chiffre de 1 400 millions USD, et elle occupait encore la première place en 2004.
L’Australie vient en seconde position, mais loin derrière. Le Portugal, le Royaume-Uni et Maurice
complètent la liste des principaux investisseurs au Mozambique entre 1990 et 2002. Le Japon et la France
font partie des dix premiers investisseurs, tandis que l’Italie, les États-Unis et l’Espagne se placent
respectivement aux onzième, quinzième et seizième rangs. La grande diversité des pays d’origine des
investissements témoigne du large intérêt suscité par les ressources naturelles du Mozambique et sa
situation géographique stratégique parmi les pays d’Afrique centrale et australe. Cela étant, une majorité
écrasante de l’IDE s’est concentrée jusqu’à présent à Maputo. Le salon organisé par le CPI en août et
septembre 2004 a accordé une large place à des projets d’infrastructures routières et ferroviaires, mettant
en évidence les liens avec des activités prospectives dans le secteur agroalimentaire et donnant des
informations sur les marchés potentiels. L’accord commercial dont il a le plus été question lors de ce salon
consacré à la promotion des possibilités d’investissement est celui qui découle de l’African Growth and
Opportunities Act (AGOA – loi en faveur de la croissance et des opportunités de l’Afrique) des États-Unis.
Il privilégie les projets d’investissement visant à relancer l’industrie textile du Mozambique dans la
perspective d’exportations vers les États-Unis. L’accord de Cotonou avec l’Union européenne est
également cité dans les brochures du CPI. Le rapport de 2004 sur la promotion de l’investissement au
Mozambique indique que le pays recherche des partenaires pour investir. Les étrangers doivent investir un
minimum de 50 000 USD, alors que l’apport des mozambicains peut se limiter à 5 000 USD.
107. PESCAMAR, dont le siège est situé à Beira, dans la province de Sofala, détient des parts dans les
sociétés Pesacabom (100 %), Pesca Angoche (60 %) et Carrelomar (51 %). PESCAMAR est une
coentreprise associant le groupe Pescanova, société par actions exploitant les produits de la mer et ayant
son siège dans le nord-ouest de l’Espagne, et EMOPESCA (Empresa Mocambicana de Pescas), société de
droit public. La flotte de PESCAMAR, composée de 25 chalutiers congélateurs, a pour activité principale
la pêche industrielle à la crevette pour l’exportation. Le Portugal et l’Espagne représentent 80 % du chiffre
d’affaires de PESCAMAR. PESCAMAR et Efripel, coentreprise en association avec une société japonaise,
assurent conjointement 70 % des prises industrielles de crevettes du Mozambique. Se plaçant au vingt-
huitième rang d’après la dernière enquête réalisée par KPMG sur les 100 premières entreprises du
Mozambique, PESCAMAR occupe le premier rang au sein du secteur de l’agriculture et de la pêche. En
2002, PESCAMAR a réalisé un chiffre d’affaires de 18 millions USD, dégageant un bénéfice net de
981 865 USD pour un actif net de 17 millions USD.
108. Les liens entre PESCAMAR et Pescanova remontent à 1980, date à laquelle Pescanova avait
racheté 43 % du capital de PESCAMAR à Emopesca. À l’époque, Pescanova avait apporté à PESCAMAR
une aide financière dont la société avait grand besoin, sous la forme d’un prêt interentreprises. Grâce à des
efforts d’investissement dans les ressources humaines et à des réinvestissements consacrés à la
modernisation de la flotte entre 1989 et 1996, PESCAMAR est devenu une composante autonome du
réseau mondial de Pescanova, qui a accru sa participation dans le capital de PESCAMAR, au point de
détenir 80 % de ses actions en 2001. Aujourd’hui, PESCAMAR obtient de façon indépendante des
46
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
financements auprès du secteur bancaire mozambicain, plus développé. Les liens avec Pescanova font
partie intégrante du système d’approvisionnement en pièces détachées de PESCAMAR et de son dispositif
logistique pour les marchés d’exportation.
109. PESCAMAR reste très attaché à la communauté de Beira. En 1980, l’équipe de direction de
PESCAMAR, composée de 20 personnes, comptait 16 expatriés. Aujourd’hui, elle n’en compte plus que
deux. La transition s’est opérée principalement grâce à des investissements dans la formation de cadres
nationaux qui ont suivi des stages à Maputo. Les 603 salariés de PESCAMAR disposent notamment d’un
dispensaire où ils peuvent consulter gratuitement un médecin. La décision de PESCAMAR de reconstruire
l’intérieur d’un bâtiment historique de Beira représente une marque de confiance appréciable pour une ville
qui met du temps à se remettre d’une longue période de conflit. En septembre 2004, PESCAMAR a acquis
une participation de 60 % dans la société Beiranave, entreprise de réparation et d’entretien de navires qui
est également propriétaire d’une cale sèche27. PESCAMAR s’efforce de faire en sorte que Beira devienne
le plus grand chantier naval entre Durban, en Afrique du Sud, et Mombassa, au Kenya.
110. Le modèle économique de PESCAMAR repose essentiellement sur la réputation de qualité des
crevettes pêchées le long du littoral mozambicain, sur l’accès à des consommateurs ayant la volonté et les
moyens d’acheter des produits de qualité, et sur la technologie qui permet d’obtenir cette qualité.
L’initiative « Tout sauf les armes » de l’Union européenne, permettant l’importation de crevettes du
Mozambique en franchise, est l’une des clés du succès du modèle économique de PESCAMAR28.
L’investissement financier initial de Pescanova a permis de développer l’entreprise alors que le pays était
en guerre. Ses investissements ultérieurs ont permis d’exploiter les économies d’échelle rendues possibles
par une entreprise mondialisée, ce qui revêt une grande importance du point de vue de la gestion financière
d’une société au Mozambique. Par ailleurs, grâce à son appartenance à un groupe international,
PESCAMAR peut se tenir au fait des technologies et des pratiques en matière de traçabilité des produits et
de préservation des stocks de crevettes et de la biodiversité.
111. Les menaces qui pèsent sur le modèle économique de PESCAMAR et sur sa détermination à
assurer une croissance durable viennent principalement de l’extérieur. L’insuffisance des infrastructures –
portuaires et routières notamment, mais aussi dans le domaine de l’enseignement supérieur et surtout
technique – constitue une menace pour PESCAMAR. L’avenir des investissements du secteur privé en
général, qu’ils soient intérieurs ou étrangers, exige que la stabilité politique du Mozambique soit préservée
et que sa crédibilité soit renforcée. Enfin, les politiques d’environnement menées par certains pays
importateurs, par exemple les dispositions législatives américaines concernant la protection des tortues,
font peser encore plus d’incertitudes sur les investissement dans le secteur de la pêche. Ces questions
contribuent par ailleurs à accentuer les tensions, en termes de développement économique, entre la pêche
artisanale et la pêche industrielle.
27
Les autres actionnaires de Bieranave sont la Banque internationale du Mozambique (20 %) et les salariés de
Bieranave (20 %).
28
Il n’y a que trois ans que le Mozambique a demandé à l’Union européenne d’accorder un traitement similaire aux
crevettes d’élevage. Les exportations vers l’Union européenne de crevettes d’élevage provenant d’une coentreprise
avec des intérêts chinois dans la province de Sofala ont été retardées, et les flux de trésorerie correspondants ont été
différés d’un an, lorsqu’il est apparu que les produits de l’aquaculture devaient faire l’objet d’une autorisation
distincte de la part des autorités de régulation européennes.
47
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
C. TUNISIE
Évaluation
112. La Tunisie a une expérience à la fois plus longue et plus diversifiée que la plupart des pays
d’Afrique subsaharienne en matière d’IDE et d’échanges commerciaux. Cette expérience donne des
informations sur les sources potentielles de débouchés et de risques supplémentaires qui peuvent apparaître
au niveau macroéconomique dans un pays en développement/marché émergent à mesure que l’IDE et les
échanges prennent de l’importance. Sur le marché de l’IDE, aujourd’hui très concurrentiel, la Tunisie peut
continuer de tirer avantage de son expérience en matière d’IDE en ouvrant des circuits de financement à
cette forme d’investissement et en associant de nouveaux produits de financement à l’IDE dans les secteurs
les plus à même de créer des emplois pour une main-d’œuvre qualifiée.
113. Bien que l’accès des produits agroalimentaires tunisiens aux marchés des pays de l’Union
européenne ait évolué, la tendance à conclure des accords commerciaux bilatéraux impose des charges
administratives aux pays exportateurs. Il faut souvent du temps et de l’argent pour se tenir au courant des
possibilités commerciales qui se présentent dans le cadre de différents accords préférentiels et pour arriver
à saisir les opportunités. Par exemple, l’accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne
comporte une liste de produits agroalimentaires qui ne peuvent entrer sur les marchés de l’Union
européenne qu’à certaines périodes de l’année. Une meilleure coordination entre les signataires des accords
bilatéraux ou régionaux peut permettre de réduire les charges administratives liées aux échanges
commerciaux. Ce type d’amélioration peut contribuer dans une large mesure à faciliter l’IDE et le
commerce. En dépit de ces problèmes, l’exemple de Borges Tunisie montre comment l’IDE peut aider des
entreprises à surmonter des difficultés d’ordre réglementaire.
114. Depuis 1990, la Tunisie a signé plusieurs accords bilatéraux dans les domaines du commerce et
de l’investissement (tableaux 8, 9, et 10). L’Union européenne et les pays du Moyen-Orient y tiennent une
place prépondérante, ce qui permet à la Tunisie de servir de lien entre l’Afrique, les nations arabes et les
pays méditerranéens. Les flux d’investissement dépendent des possibilités d’accès aux marchés, ainsi que
de la situation sociale et politique. La Tunisie, pierre angulaire et lien entre trois régions, a beaucoup à
gagner aux accords commerciaux bilatéraux et régionaux. Elle a conclu un accord commercial bilatéral
avec un pays et quatre accords commerciaux bilatéraux avec des régions. En outre, elle a passé avec quatre
pays des accords de portée plus limitée sur le commerce et l’investissement, qui figurent également dans la
liste ci-dessous.
48
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
49
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Tableau 9. Accords commerciaux avec la Tunisie
50
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Tableau 10. Traités d’investissement avec la Tunisie
51
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
115. Les agences de notation semblent avoir des avis relativement concordants en ce qui concerne le
risque sur la dette souveraine. En mars 2000, Standard & Poor attribuait à la Tunisie la note
BBB/Stable/A-3 pour les emprunts en devises. L’évaluation de l’EIU, plus récente (décembre 2004),
assigne à la Tunisie la note « B » pour le risque-pays, ce qui signifie que la politique économique et les
risques politiques doivent être surveillés de près (tableau 2). Les pays auxquels l’EIU attribue une note
« B » n’ont généralement pas de sérieux problèmes pour obtenir des prêts en devises et n’ont pas à
négocier un rééchelonnement de leur dette extérieure avec les donneurs. Les risques concernent
essentiellement l’aptitude à préserver la stabilité politique à mesure que s’accentuent les pressions
découlant de la transition vers un système politique plus ouvert, ainsi que la persistance d’un taux de
chômage élevé – question qui revêt une importance particulière dans une société à structure
démographique « jeune ».
Moyenne régionale
Tunisie Moyen-Orient et Afrique Moyenne OCDE
Afrique du Nord subsaharienne
Caractéristiques économiques (2003)
Moyen-Orient et
Région
Afrique du Nord
Catégorie de revenu Intermédiaire,
tranche inférieure
Revenu national brut (RNB) 2240 6096 562 25773
Économie informelle (en % du RNB) 38.4 27.4 42.3 16.8
Population (en millions d’habitants) 9.9 20.75 19.46 41.5
Création de société (2004)
Nombre de formalités 14 10 11 6
Délai (en jours) 11 39 64 25
Coût (en % du revenu par habitant) 327.2 51.2 223.8 8
Capital minimum
31.4 856.4 254.1 44.1
(en % du revenu par habitant)
Embauche et licenciement (2004)
Indice de difficulté d’embauche 61 22.6 53.2 26.2
Indice de rigidité des horaires 0 52.9 64.2 50
Indice de difficulté de licenciement 100 40.7 50.6 26.8
Indice de rigidité de l’emploi 54 38.7 56 34.4
Coûts de licenciement
29 74.3 59.5 40.4
(en semaines de salaire)
Enregistrement (2004)
Nombre de formalités 5 6 6 4
Délai (en jours) 57 54 114 34
Coût (en % de l’actif) 6.1 6.8 13.2 4.9
Obtention de crédit (2004)
Coût des sûretés
22.4 18.5 41.8 5.2
(en % du revenu par habitant)
Indice des droits des emprunteurs et
4 3.9 4.6 6.3
des créanciers
Indice d’information sur les
2 2.1 2.1 5
antécédents de crédit
Registre public du crédit
(emprunteurs pour 1 000 USD par 93 20.6 1.1 76.2
habitant)
Registres privés du crédit
(emprunteurs pour 1 000 USD par 0 126 39.4 577.2
habitant)
Protection des investisseurs (2004)
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COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
116. Les disparités entre la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) et l’Afrique
subsaharienne sont considérables : le RNB par habitant y est respectivement de 2 240 USD et de 562 USD,
et la prévalence de l’économie informelle de 27.4 % contre 42.3 %. Cependant, la population moyenne des
pays qui composent chaque région n’est pas très différente, avec 20.8 millions d’habitants pour la première
et 19.5 millions pour la seconde. Les différences entre les deux régions et les moyennes des pays de
l’OCDE sont importantes, comme le laissent prévoir les différences d’évolution économique et politique.
117. La Tunisie est plus proche de la moyenne OCDE pour ce qui est de la création de société, sauf en
ce qui concerne le coût de 246 USD, qui est inférieur aux moyennes de l’Afrique subsaharienne, de la
région Moyen-Orient et Afrique du Nord et de l’OCDE. S’agissant de l’embauche et du licenciement, la
situation de la Tunisie est très voisine de celle de l’Afrique subsaharienne, sauf pour le coût de
licenciement, les investisseurs pouvant tabler sur 29 semaines de salaire, ce qui est largement inférieur aux
coûts observés dans les trois régions. Le délai et le coût d’enregistrement sont à peu près les mêmes que
dans les autres pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, soit environ la moitié de ce qu’ils sont
en Afrique subsaharienne. S’agissant de l’obtention d’un crédit, critère particulièrement important pour les
partenaires dans des investissements locaux, la Tunisie semble étonnamment occuper la situation la plus
avantageuse en ce qui concerne la couverture du registre public du crédit. Pour ce qui est de la protection
des investisseurs, la Tunisie fait aussi bien que les pays de l’OCDE. Sur le plan de l’exécution des contrats,
elle obtient aussi des résultats comparables à ceux des pays de l’OCDE mais présente en outre l’avantage
d’un délai moyen de 27 jours, contre 229 jours dans les pays de l’OCDE. Enfin, les coûts de transaction
liés à la dissolution d’une société en Tunisie sont tout à fait comparables à ce qu’ils sont dans les pays de
l’OCDE en termes de délais et en pourcentage de la valeur de l’actif. En revanche, le taux de recouvrement
en cas de dissolution de société est de 0.501 pour la Tunisie, contre 0.286 pour la région Moyen-Orient et
Afrique du Nord, 0.171 pour l’Afrique subsaharienne et 0.721 pour les pays de l’OCDE. En outre, les
sociétés qui investissent sur des marchés extérieurs cherchent généralement à équilibrer la répartition
géographique de la production et/ou le risque commercial, et des mécanismes de financement bien
structurés peuvent influer sur le taux de recouvrement de l’investissement en cas de dissolution de société.
118. L’investissement direct étranger en Tunisie, bien que fluctuant, suit une tendance positive
(graphique 7). Le rythme de privatisation des entreprises publiques y a été notablement lent. Les secteurs
des services, des industries extractives et de la finance restent fermés à l’IDE. En outre, les flux de capitaux
financiers ne sont pas encore totalement libéralisés. La lenteur des privatisations, jointe à l’obligation
d’obtenir des autorisations pour les sorties de capitaux financiers et à la croissance limitée de l’IDE dans
certains secteurs, comme les services, contribue à l’irrégularité des entrées d’IDE en Tunisie.
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(CEPEX) et de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA). Depuis 1989, la FIPA joue le
rôle de guichet unique pour les investisseurs, permettant de créer une société en 24 heures. L’API offre la
possibilité d’enregistrer une société par voie électronique et fournit le certificat d’enregistrement. Outre ces
organismes chargés de venir en aide aux investisseurs, il existe deux zones franches : Bizerte au nord et
Zarzis au sud. Aux termes du Code des incitations aux investissements de 1994, la Tunisie a supprimé
toute différenciation entre les investisseurs étrangers en nationaux dans les branches d’activité autorisées29.
120. La Tunisie participe fréquemment à des salons commerciaux à l’étranger et, en octobre 2004,
l’APIA a organisé le quatrième salon international de l’investissement agricole et des technologies (SIAT)
pour présenter à des investisseurs potentiels un certain nombre de possibilités d’investissement dans le
secteur agricole. Outre la série habituelle d’incitations financières et fiscales à l’investissement, la Tunisie
mise activement sur l’accord d’association avec l’Union européenne pour motiver des investissements et
met l’accent, dans la promotion des investissements, sur les partenariats ou les coentreprises. Les
incitations à l’investissement sont particulièrement nombreuses pour les entreprises « totalement
exportatrices » de produits de l’agriculture ou de la pêche, notamment dans le secteur de l’agriculture
biologique30. Les investisseurs étrangers sont seulement autorisés à louer des terrains. Cependant, la durée
du bail diffère selon que les terrains sont privés ou publics et suivant le produit qui y sera cultivé. Un
terrain privé peut être loué pour un minimum de trois ans et un maximum de 20 à 25 ans, avec possibilité
de reconduction. Les terrains publics peuvent être loués pour une durée de 10 à 25 ans, avec possibilité de
reconduction également. Dans le cas des entreprises totalement exportatrices, des permis de travail sont
accordés pour quatre cadres techniques expatriés. L’embauche de tout salarié expatrié supplémentaire
s’effectue sur demande des autorités.
121. Les principaux pays qui investissent dans des coentreprises en Tunisie sont la France, l’Italie, le
Royaume-Uni et la Suisse. L’IDE s’oriente majoritairement vers les entreprises exportatrices. Cette
tendance s’est progressivement accentuée, notamment au cours des cinq dernières années. Par exemple, en
2004, 93 % des nouveaux investissements étrangers en Tunisie ont été réalisés dans des entreprises
exportatrices (tableau 12). En 2004 également, 119 entreprises du secteur agroalimentaire, dont 51
exportatrices, ont bénéficié de ce type d’investissement. Les entreprises de réfrigération et de séchage de
produits agricoles et alimentaires ont attiré le plus grand nombre d’investissements étrangers. Les
entreprises de production d’huile végétale et de réfrigération sont les plus nombreuses parmi les entreprises
qui exportent moins de 70 % de leur production.
29
Les branches d’activité dans lesquelles l’IDE est autorisé sont les industries manufacturières (y compris l’industrie
textile), l’agriculture, le secteur agroalimentaire, les services liés à l’exportation et à l’industrie et les travaux publics.
30
Sont considérées comme « totalement exportatrices » les entreprises qui exportent au moins 70 % de leur
production.
54
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
122. Le groupe Borges a créé Borges Tunisie, S.A. dans le cadre d’une coentreprise en 1996. Depuis
1896, Borges produit et vend des olives et des amandes, produits agricoles traditionnels de la région de
Tárrega, dans la province de Lleida, en Catalogne (Espagne). La gamme de produits du groupe Borges
comprend aujourd’hui diverses catégories de noix, les dattes et l’huile d’olive. En 1978, Borges s’est lancé
dans un programme d’expansion internationale qui s’est traduit par l’acquisition de terres agricoles, la
création de filiales en amont et en aval et l’acquisition de Star Fine Foods, grande société de distribution de
produits alimentaires ayant son siège en Californie (États-Unis). En 1997 a été créée la société Borges
Russie. Cette expansion a été suivie de la création de Borges Andalucía. Aujourd’hui, le groupe Borges est
l’un des premiers producteurs de denrées alimentaires entrant dans la composition du « régime
méditerranéen » et exporte ses produits vers plus de 95 pays.
123. La principale activité de Borges Tunisie est l’exportation d’huile d’olive de qualité supérieure en
vrac. Les entreprises qui font partie du réseau du groupe Borges jouent un rôle important dans la
commercialisation l’huile d’olive produite par Borges Tunisie au sein de l’Union européenne et sur des
marchés d’exportation nouveaux pour la Tunisie, comme l’Argentine, l’Australie, le Brésil et les États-
Unis. Depuis quelque temps, Borges Tunisie produit de l’huile d’olive de qualité supérieure en bouteille
sous contrat pour une grande marque de spécialités alimentaires et l’expédie directement aux États-Unis en
vue de la vente au détail. L’étendue des activités du groupe Borges permet à Borges Tunisie d’avoir accès
aux techniques et équipements d’embouteillage les plus modernes et d’utiliser des étiquettes et
conditionnements multilingues pour un moindre coût que si l’usine de Tunisie ne faisait pas partie d’un
groupe. Borges Tunisie a son propre laboratoire d’essai et de recherche sur l’huile d’olive.
124. Outre les avantages spécifiques liés au fait d’être une filiale d’une entreprise multinationale
spécialisée dans les produits méditerranéens, l’IDE dans la transformation des produits alimentaires
contribue au succès commercial de Borges Tunisie. Les objectifs de croissance commerciale du groupe
Borges rejoignent les objectifs d’investissement du gouvernement tunisien en ce qu’ils contribuent à
diversifier les destinations des exportations hors de l’Union européenne. Le succès commercial et le
développement de Borges Tunisie reposent sur un approvisionnement régulier en olives de qualité, un
entreposage et un conditionnement d’un excellent niveau, une logistique efficace, fiable et peu coûteuse
(sur place et dans les pays de destination) et des réseaux de commercialisation et de distribution solides
auprès des entreprises de transformation et des détaillants dans les pays importateurs, notamment lorsqu’il
s’agit de nouveaux marchés.
55
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
125. Au milieu des années 90 encore, il aurait sans doute été pratiquement impossible d’obtenir des
approvisionnements réguliers en olives tunisiennes de qualité, car relativement peu d’investissements
avaient été réalisés dans le but d’améliorer la productivité des oliviers tunisiens. Le vieillissement des
oliveraies, appartenant principalement à de petites exploitations familiales, joint aux garanties de prix
offertes par l’office public tunisien, n’encourageait guère les exploitants ou les industriels à accroître leurs
recettes en replantant de nouveaux arbres. La disparition progressive du monopole d’achat de l’Office
national de l’huile a contribué à accroître l’offre d’olives sur le marché privé. Par ailleurs, le gouvernement
tunisien a récemment lancé un programme de replantage et de traitement à l’intention des exploitants afin
d’améliorer la productivité des oliveraies et de réduire ainsi les risques de rupture d’approvisionnement.
Enfin, le développement de la téléphonie mobile facilite grandement le suivi des cours des olives. Borges
Tunisie se trouve à proximité des oliveraies et est en communication constante avec les vendeurs.
127. La situation des installations de Borges Tunisie, à proximité des oliveraies et à une demi-heure de
route de Sfax, permet de réaliser des économies sur le plan de la logistique interne. Une filiale chargée des
transports contribue à l’objectif national de diversification des marchés d’exportation en permettant de
réduire les coûts d’accès aux nouveaux marchés des États-Unis, du Canada, du Brésil et de l’Argentine.
Les différents accords commerciaux récemment signés par la Tunisie contribuent aussi à diversifier les
marchés d’exportation de l’huile d’olive tunisienne, développant ainsi son image de marque, outil de
commercialisation de plus en plus important dans le contexte de la mondialisation. Le fait que les
consommateurs sachent que de l’huile d’olive de qualité supérieure peut venir de Tunisie, tout autant que
de sources et marques italiennes et espagnoles connues, permet à la Tunisie de ne plus se cantonner dans
l’exportation d’huile d’olive en vrac.
128. Grâce à des infrastructures efficaces et en constante amélioration, la distribution des produits,
depuis l’usine de transformation jusqu’à l’exportation, est exempte d’incertitudes et n’est pas tributaire de
marchés parallèles. Les bureaux de Borges aux États-Unis se chargent des ventes en gros et au détail des
produits en vrac et des produits de marque de Borges Tunisie dans 21 États. La distribution en Amérique
du Sud est gérée à partir du siège de Borges en Espagne. En sa qualité d’entreprise totalement exportatrice
du secteur agroalimentaire, Borges Tunisie bénéficie de nombreuses incitations à l’investissement. Un
projet d’extension des installations d’embouteillage et de stockage de Borges Tunisie devrait être bientôt
achevé. L’image de marque et les réseaux de distribution dont Borges fait bénéficier l’industrie tunisienne
de l’huile d’olive par son investissement répondent parfaitement à l’intérêt manifesté par la Tunisie à
l’égard de l’IDE dans des coentreprises du secteur agroalimentaire et pour le développement des marchés
d’exportation.
56
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
D. OUGANDA
Évaluation
129. Amfri Farms, entreprise de production de fruits frais et de fruits secs, offre un exemple d’IDE
facilité par le mouvement des personnes physiques. L’une des difficultés qu’elle a rencontrées tient à la
différence de réglementation concernant les produits issus de l’agriculture biologique entre l’UE et les
États-Unis. La reconnaissance mutuelle ou l’harmonisation des spécifications pour obtenir le label
« biologique » sont déterminantes pour l’IDE et les échanges contribuant à la croissance économique des
marchés émergents. Or, les coûts qu’engendre le respect de réglementations différentes risquent
d’empêcher les entreprises des économies émergentes d’exporter vers des marchés divers. Ces coûts
pourraient bien aussi limiter l’IDE de certains investisseurs.
130. Les accords relatifs à l’investissement et au commerce contribuent aux efforts déployés par
l’Ouganda pour intégrer des ressources du secteur privé dans sa stratégie de croissance économique. Très
tôt, les pays européens ont signé des traités d’investissement bilatéraux avec l’Ouganda. Pour sa part,
l’Égypte, qui y est reliée géographiquement et économiquement par le Nil a signé un traité de cette nature
avec l’Ouganda en 1995. Après 1999, l’Ouganda a enregistré une nette augmentation du nombre et de la
dispersion géographique de ses partenaires d’investissement (pour une liste complète, voir tableau 13).
Pour mémoire, on trouvera dans l’encadré 1 de l’étude de cas du Ghana un exposé des accords
commerciaux avec l’UE et les États-Unis.
er
signés au 1 juin 2005
131. En juillet 2005, l’Economist intelligence Unit (EIU) a accordé à l’Ouganda la note « C »,
indiquant par là des perspectives « engageantes » pour les investisseurs étrangers, à traiter avec une
57
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
certaine prudence. Cette mise en garde n’est pas négligeable parce que le risque de crise de change et de
problèmes politiques est latent. Bien que l’économie ougandaise ne cesse de fluctuer, le gouvernement
prend des mesures pour maîtriser les déséquilibres intérieur et extérieur (tableau 2).
132. D’après le rapport intitulé Doing Business, la création d’entreprise ainsi que le recrutement et le
licenciement de travailleurs pose moins de problèmes aux entreprises ougandaises qu’à celles d’autres pays
de la région. Dans le domaine de l’enregistrement du patrimoine, les caractéristiques du régime ougandais
sont proches de celles des pays de l’OCDE. En revanche, s’agissant de l’entrepreneuriat et, plus
généralement, de l’environnement des entreprises, on observe un déficit majeur dans les domaines de
l’obtention de crédit et de la protection des investisseurs. L’absence d’institutions capables de fournir des
évaluations indépendantes de solvabilité se fait cruellement sentir dans le domaine de l’obtention de
crédits, même quand on compare la situation avec celle d’autres pays d’Afrique sub-saharienne. S’agissant
des trois composantes de l’exécution des contrats (nombre de formalités, délais et coût), l’Ouganda affiche
des chiffres plus élevés que les autres pays de la région. Pour ce qui est de la fermeture d’entreprise, le
pays est à la traîne par rapport à la moyenne enregistrée dans la région.
133. Tout bien considéré, ces comparaisons des coûts de transaction liés à l’investissement dans les
entreprises en Ouganda révèlent que certaines des mesures prises par le Uganda Investment Promotion
Board (IPB) ont donné des résultats. Le fait qu’en regard de la majorité des indicateurs de Doing Business,
l’Ouganda affiche des coûts de transaction inférieurs à ceux de la région de l’Afrique sub-saharienne
témoigne de la capacité du pays de s’employer à attirer constamment des investissements privés, à
l’intérieur comme à l’international. Toutefois, à l’instar de ce qu’on observe dans d’autres pays de la
région, les difficultés de redéploiement des fonds provenant soit d’un placement infructueux, soit de la
vente d’une entreprise persistent. L’immobilisation des capitaux dans les entreprises, qu’elles soient
prospères ou perdent de l’argent, limite l’énergie que les capitaux d’investissement peuvent imprimer à
l’économie globale.
58
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
134. La Uganda Investment Authority (UIA) a été créée par une loi votée par le Parlement en 1991,
dans le but d’attirer, de promouvoir et de faciliter l’investissement. Pour accueillir les entreprises privées
comme partenaires du développement économique, l’UIA défend la candidature de l’Ouganda auprès des
entreprises d’Europe et des États-Unis et offre un « guichet unique » aux investisseurs tant nationaux
qu’étrangers. On mesure à quel point l’Ouganda s’engage pour soutenir les investisseurs quand on voit le
nombre d’aspects que le pays s’efforce de réformer pour améliorer le climat de l’investissement.
135. Les lois et réglementations ougandaises sont en général favorables aux investisseurs. Des
investisseurs étrangers peuvent constituer des sociétés à 100 % de capitaux étrangers et des co-entreprises
(avec participation majoritaire ou minoritaire) avec des investisseurs locaux, sans aucune restriction. Le
gouvernement autorise les investisseurs étrangers à acheter ou à reprendre des entreprises locales et
encourage les investissements en installations entièrement nouvelles. En général, les tribunaux ougandais
respectent le caractère sacré des contrats bien qu’ils subissent parfois des pressions politiques (US State
Department, 2005).
136. Le gouvernement prévoit d’utiliser un crédit de 24 millions USD de la Banque mondiale pour
créer des zones franches industrielles (ZFI) afin de stimuler l’investissement et de promouvoir les
exportations. Aux termes d’un projet de loi, les investisseurs qui s’implanteraient dans ces zones
bénéficieraient de différentes incitations dont l’exonération fiscale, le remboursement des droits de douane,
et la suppression des taxes à l’exportation sur les biens produits dans les ZFI.
137. Le Code de l’investissement garantit à ceux qui ont investi 500 000 USD de pouvoir rapatrier
leur investissement et les dividendes, et de recevoir des devises pour payer les dettes exposées dans
l’exercice des activités de l’entreprise. Les investisseurs n’ont aucun problème pour obtenir des devises.
Toutefois, un petit nombre d’entre eux en sont arrivés au point où ils souhaiteraient rapatrier les bénéfices.
Mais la plupart réinvestissent leurs bénéfices dans leur entreprise en Ouganda.
138. Pour favoriser les nouveaux investissements, la loi sur l’impôt sur le revenu de 1997 a supprimé
les exonérations fiscales portant sur certains investissements étrangers, les remplaçant par des provisions
59
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
pour amortissement modulées. Par ailleurs, les pertes peuvent être reportées indéfiniment. Le
gouvernement va travailler avec des investisseurs étrangers pour mettre au point des programmes
d’incitations adaptés à des projets spécifiques. Cette approche différenciée, qui peut inclure des incitations
fiscales, des subventions gouvernementales ou la mise à disposition de terrains, pourra profiter à certains
investisseurs.
140. L’investissement direct de l’étranger en Ouganda a augmenté régulièrement sur la période 1994-
2003. Alors qu’ils s’élevaient à 100 millions USD en 1994, les flux d’IDE entrant ont presque triplé et
n’atteignaient guère moins de 300 millions USD en 2003 (graphique A4.1). La régularité des flux
d’investissement direct de l’étranger qui caractérise le cas de l’Ouganda ne s’observe dans aucun des trois
autres pays ayant fait l’objet d’une étude de cas. En 2003, l’agriculture, l’exploitation forestière et la pêche
représentaient près de 50 % des projets enregistrés à l’Uganda Investment Authority. Viennent ensuite
l’eau et l’énergie, puis l’industrie manufacturière.
Tableau 15. Valeur des projets autorisés par l’Uganda Investment Authority
en USD, en 2003
141. Amfri Farms Ltd. est une entreprise familiale appartenant à M. Amin Shivji, ingénieur de
formation, qui l’exploite aidé de sa femme et de sa fille. C’est un cas à part dans l’histoire de l’IDE parce
que l’entreprise a été fondée avec des capitaux liés au mouvement des personnes physiques. En 1972, l’ex-
Président Idi Amin Dada avait menacé les Ougandais d’ascendance orientale et nationalisé leurs
60
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
entreprises. M. Shivji avait alors émigré au Canada. De retour en Ouganda en 1990, M. Shivji a récupéré
son exploitation agricole et utilisé le capital levé au Canada pour créer AmFri Farms.
142. L’activité fruitière d’Amfri Farms fait fond sur la faible prévalence de l’emploi d’engrais – qui
est un atout pour l’Ouganda – et emploie des fruits issus de l’agriculture biologique qu’il exporte frais ou
séchés par l’intermédiaire d’African Organic. L’exportation de vanille est un ajout plus récent aux activités
de l’entreprise. Amfri Farms est certifiée par l’Institut IMO Suisse conformément aux normes du règlement
CEE 2092/91. Elle est la première entreprise ougandaise à avoir été certifiée pour sa production
biologique.
143. Les bureaux et aires de conditionnement sont situés à Kampala. L’exploitation est située à
Luwero, à 85 km de Kampala. Elle compte 430 acres de terres certifiées et est équipée d’un atelier de
conditionnement et d’une chambre froide pour produits agricoles. Avant Amfri, existait Suntrade and
Consulting INT (U) LTD qui avait commencé son activité en 1990 avec 25 petites plantations individuelles
et des coopératives d’exploitation. Aujourd’hui, la société travaille avec plus de 100 plantations satellites.
Suivant les principes du libre-échange, les cultivateurs d’ananas d’Amfri auraient reçu plus de 4 500 USD
à titre de prime en 2004. Amfri Farms prend en charge le coût de l’inspection et de l’audit annuels des
responsables de la certification d’IMO qui viennent de Suisse pour s’assurer du respect des normes et
réglementations dans chaque exploitation qui livre des produits à African Organic.
144. African Organic veille au contrôle de la qualité des produits qu’elle exporte au travers des
dispositifs suivants :
1. certification par IMO pour transformer et commercialiser des produits issus de l’agriculture
biologique conformes au règlement CEE 2092/91 ;
2. conformité avec le programme américain de création récente National Organic Program 7CFR
Part 205 de l’Agricultural Marketing Service de l’US Department of Agriculture (USDA). Amfri
Farms figure parmi les premières entreprises d’Ouganda à participer à ce programme de
l’USDA ;
3. conseils, aide et formation permanente des planteurs aux méthodes et techniques de l’agriculture
biologique/durable et à la certification ;
145. Amfri Farms est l’un des producteurs et des exportateurs de fruits secs les plus réputés
d’Ouganda. Une installation de séchage au soleil composée de 50 séchoirs est située sur l’exploitation, à
Luwero. Les fruits sont pelés, tranchés et séchés au soleil dans le respect des normes d’hygiène qui
s’appliquent au personnel, au matériel et aux installations. Tous les produits séchés sont issus de
l’agriculture biologique et exempts d’agents de conservation. Le séchage à l’air chaud a été mis en place
pour raccourcir le processus de dessiccation et permettre l’opération quelles que soient les conditions
météorologiques.
146. African Organic cultive et exporte les produits frais suivants : ananas (biologiques et non
modifiés), pommes et bananes (biologiques et non modifiées), gingembre (biologique et non modifié),
fruits de la passion (en saison) (biologiques et non modifiés), mini aubergines, gombos, piments (non
modifiés), mangues, avocats et papayes (biologiques). Amfri Farms exporte vers l’Allemagne, le Canada,
le Danemark, les États-Unis, l’Italie, le Liban, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la Suède, la Suisse et
le Royaume-Uni.
61
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Encadré 6. Le point de vue de l’Afrique sur les défis auxquels sont confrontées les entreprises africaines
et les possibilités qui s’offrent à elles
Ces derniers temps, les accords commerciaux multilatéraux et régionaux ont avant tout porté sur les obstacles
formels aux échanges, en particulier les droits de douane. Il n’empêche que les mesures non tarifaires constituent une
source grandissante d’incertitude, surtout lorsqu’elles sont le fait des milieux industriels et non des pouvoirs publics.
C’est ainsi que pour redonner confiance aux consommateurs, les professionnels européens de la vente au détail ont
fait de la traçabilité leur mot d’ordre, ce qui suppose implicitement que tous les participants à la chaîne de valeur
ajoutée alimentaire, qu’ils exercent en Europe ou ailleurs, disposent des moyens financiers et techniques nécessaires
pour respecter cette exigence. Dans de nombreux pays de l’OCDE, les initiatives du secteur de la vente au détail de
produits alimentaires ne sont pas rendues publiques par les mêmes canaux que les initiatives se rapportant aux
échanges de ces produits. Face aux marchés mondialisés et intégrés qui se mettent en place, une coordination entre
les responsables des échanges internationaux et le monde de l’industrie est indispensable au niveau des pays de
l’OCDE ; autrement dit, il faut veiller à la cohérence des politiques non seulement à l’échelle de l’ensemble de
l’administration mais aussi entre les pouvoirs publics et l’industrie. Dans le cas contraire, l’action d’un ministère ou
d’une institution risque d’être annihilée par celle d’autres ministères ou institutions.
Sur les marchés émergents, d’Afrique en particulier, le lien institutionnel – pourtant essentiel pour faciliter le
passage de la simple production agricole à la transformation agroalimentaire – entre l’agriculture et la finance fait
souvent défaut. L’existence de dispositifs comme les récépissés d’entrepôt, les bourses de produits et les modes de
financement, aux taux du marché, favorisant la formation de valeur ajoutée contribuent à intégrer l’agriculture aux
marchés des capitaux (désormais libéralisés) ; or, en général, ce genre de dispositif n’existe pas en Afrique.
Les entreprises privées jouent un rôle fondamental dans les économies de marché, où leur présence met de
l’huile dans les rouages de la machine macro-économique en aidant à absorber la main-d’œuvre inemployée et où
elles constituent les meilleurs incubateurs d’idées nouvelles pour le marché local. La privatisation permet d’attirer un
volume important de capitaux mais offre des possibilités limitées du point de vue de l’IDE. Pour stabiliser les flux,
actuellement fort variables, d’IDE, il est essentiel de stimuler l’entrepreneuriat. De nos jours, l’IDE vise avant tout à
mettre en place des partenariats qui facilitent les transferts de technologies et de modes de gestion et qui contribuent
à accroître les recettes d’exportation du pays d’accueil. Les projets d’IDE destinés à lancer une activité totalement
nouvelle dans un pays en développement ou une économie émergente ont plus de mal à mobiliser des financements
sur le marché. Les fonds de développement économique voient leurs ressources s’étioler et les compétences en
matière de gestion d’une affaire ne sont pas le point fort de ces institutions. Les entreprises privées sont donc la voie
par laquelle transiteront les apports d’IDE de demain.
62
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
L'investissement direct étranger (IDE) traduit l’objectif d’une entité résidant dans une économie
(« investisseur direct ») d’acquérir un intérêt durable dans une entité résidant dans une économie autre que
celle de l’investisseur (« entreprise d’investissement direct »). La notion d’intérêt durable implique
l’existence d’une relation à long terme entre l’investisseur direct et l’entreprise, et l’exercice d’une
influence notable sur la gestion de l’entreprise. L’investissement direct comprend à la fois l’opération
initiale entre les deux entités et toutes les opérations ultérieures en capital entre elles et entre les entreprises
affiliées, qu’elles soient constituées ou non en sociétés (OCDE ,1996, p. 8).
Les entreprises transnationales sont des entreprises constituées ou non en sociétés comprenant des
sociétés-mères et leurs filiales étrangères (CNUCED, 2003, p. 231).
Une co-entreprise fait intervenir une participation conjointe dans une entité commerciale présentant les
caractéristiques suivantes : (i) l’entité a été créée par un accord contractuel (généralement écrit) prévoyant
l’apport de ressources par deux parties au moins ; (ii) les parties exercent un contrôle conjoint sur une ou
plusieurs activités conduites conformément aux conditions de l’accord et aucune d’entre elles n’est en
position de contrôler la co-entreprise unilatéralement (CNUCED, 2006).
Une société-mère se définit comme une entreprise qui contrôle des actifs d’autres entités dans des pays
autres que son pays d’origine, généralement via la détention d’une participation au capital social
(CNUCED, 2003, p. 231).
Une entreprise étrangère affiliée est une entreprise constituée ou non en société dans laquelle un
investisseur, qui réside dans une autre économie, détient une participation lui permettant d’avoir un intérêt
durable dans la gestion de l’entreprise (une participation au capital de 10 pour cent pour une entreprise
constituée en société, ou son équivalent pour une entreprise non constituée en société) (CNUCED, 2003,
p. 231).
Les flux d’IDE sont constitués des capitaux fournis (soit directement, soit par l’intermédiaire d’autres
entreprises apparentées) par un investisseur direct étranger à une entreprise d’investissement direct, ainsi
que des capitaux reçus d’une entreprise par un investisseur direct étranger. L’IDE se compose de trois
éléments : le capital social, les bénéfices réinvestis et les prêts intragroupe (CNUCED, 2003, p. 231).
Le stock d’IDE est la valeur de la part du capital et des réserves des entreprises affiliées (y compris les
bénéfices non distribués) attribuable à la société-mère, à laquelle il faut ajouter l’endettement net des
entreprises affiliées vis-à-vis de leur société-mère (CNUCED, 2003, p. 232).
Le pays d’origine est le pays à partir duquel des entreprises émettent des flux d’IDE.
63
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Millions USD
60,000
50,000 Royaume-Uni
Etats-Unis
40,000
Pays-Bas
France
30,000
Japon
Danemark
20,000
Italie
Allemagne
10,000
0
1990
1999
2000
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
a. L’année courante est 2000. Les données disponibles pour le Japon n’allaient pas au-delà de 1994. Dans le cas du
Danemark, on disposait uniquement de données pour les années 1991, 1994 et 1998-2000.
Source : OCDE, (2004d).
Graphique A2.2 Stock d'investissements directs en provenance de l'étranger dans le secteur alimentaire
Millions USD
60,000
50,000 Etats-Unis
Royaume-Uni
40,000 Pays-Bas
France
30,000 Australie
Mexique
20,000 Italie
Allemagne
10,000
0
1990
1991
1992
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
1993
64
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Graphique A2.3 Stock relatif d'investissements directs à l'étranger dans le secteur alimentaire
(base 100 en 1990)
2200
2100
2000 Autriche
1900
1800 France
1700
1600 Allemagne
1500 Islande
1400
1300 Italie
1200
1100 Japon
1000
900 Corée
800 Pays-Bas
700
600 Norvège
500
400 Royaume-Uni
300
Etats-Unis
200
100
0
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
a. On ne dispose pas de données pour 1998 concernant l'Islande, ni pour 1999 et 2000 concernant la Norvège.
Source : OCDE, (2004d).
65
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Graphique A2.4 Stock relatif d'investissements directs en provenance de l'étranger dans le secteur
alimentaire
2200
2100
2000
1900
1800
1700
1600 France
1500 Allemagne
1400
1300 Italie
1200 Japon
1100 Mexique
1000 Pays-Bas
900
800 Norvège
700 Royaume-Uni
600 Etats-Unis
500
400
300
200
100
0
2000
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
Source : OCDE, (2004d).
66
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Millions USD
50,000
45,000 Danemark
40,000 France
35,000 Allemagne
Italie
30,000
Japon
25,000 Mexique
20,000 Pays-Bas
Espagne
15,000
Royaume-Uni
10,000
Etats-Unis
5,000
Millions USD
50,000
45,000
40,000 Danemark
France
35,000
Allemagne
30,000 Italie
Japon
25,000 Mexique
Pays-Bas
20,000
Espagne
15,000 Royaume-Uni
Etats-Unis
10,000
5,000
0 2000
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
67
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Modélisation économétrique
Les études portant sur l’IDE et les échanges sont de nature diverse, offrant de nombreux cadres théoriques
pour traiter le sujet. Les analyses économiques mettent en évidence différentes relations entre l’IDE et les
échanges (voir graphiques A3.1 et A3.2). Dans la présente étude, à caractère essentiellement
économétrique, nous examinons la relation entre l’IDE, les échanges et les politiques commerciales, en
considérant aussi bien l’investissement de l’étranger et les importations que l’investissement à l’étranger et
les exportations. Une relation positive signifierait que l’IDE favorise les exportations et/ou que les
exportations favorisent l’IDE. Une relation négative indiquerait en revanche que l’IDE se substitue aux
exportations et vice versa.31 Rares sont les études conduisant à penser qu’il n’existe aucune relation entre
ces deux variables.
Pour la présente analyse, nous avons posé comme hypothèse que l’IDE et les échanges suivent des
évolutions parallèles. Cette hypothèse repose principalement sur des éléments non vérifiés donnant à
penser qu’un processus d’évolution se met en marche lorsqu’on pénètre un nouveau marché
(Weatherspoon, Cacho et Christy, 2001 ; Vaughan et al., 1994). Dans le modèle économétrique, l’IDE est
représenté par le stock d’IDE injecté dans le secteur alimentaire, lequel inclut ici les produits
agroalimentaires, les boissons et le tabac. Au cours de ce processus d’évolution, à mesure qu’une
entreprise se rapproche de la phase d’IDE, les exportations perdent du terrain en tant que mode
d’approvisionnement du marché. Toutefois, les exportations totales peuvent se maintenir au même niveau
ou augmenter à cause des échanges intra-sectoriels destinés à assurer l’alimentation en intrants. De
surcroît, un changement de stratégie d’échanges/d’investissement visant une ligne de produits peut
permettre l’augmentation des échanges d’autres produits.
L’hypothèse d’une relation positive se fonde sur un autre argument : c’est tout simplement que le fait pour
une entreprise d’opter pour une des deux solutions n’annule pas la possibilité d’utiliser l’autre quand elle
veut desservir un marché. Elle peut juger plus approprié à cet effet de produire certaines des marchandises
dans son pays et de les exporter tandis que pour d’autres il sera plus intéressant pour elle de recourir à
l’IDE pour produire localement.
Relation entre divers facteurs, d’une part, et l’IDE et les échanges, d’autre part
En dehors de la relation centrale, les effets de différents facteurs sur l’IDE et les échanges constituent des
relations importantes à modéliser. Dans le cas de l’investissement, nous utilisons un modèle qui s’inspire,
entre autres, des travaux de Barrell et Pain (1996), Chakrabarti (2003), et Gopinath, Pick et Vasavada
(1999). Dans celui des échanges, nous avons recours à un modèle de gravité que nous appliquons à des
données sur les échanges bilatéraux. Cette approche a été retenue pour le modèle des flux commerciaux
parce qu’elle s’accorde bien aux modèles théoriques (Bergstand, 1985 ; Bergstand, 1989 ; et Bergstand,
31.
A noter que ces affirmations n’ont rien de normatif. Le fait que la relation entre l’IDE et les échanges soit positive
(ou négative) ne doit pas être considéré comme traduisant un produit ou un résultat souhaitable (ou non souhaitable).
Il indique simplement le signe pris par le coefficient dans un modèle.
68
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
1990), et parce que son utilisation est largement répandue (Otsuki, Wilson et Sewadeh, 2001a et 2001b ;
Zahniser et al., 2002, entre autres).
- Distance
- Salaires du pays +
d’origine
Pour ce qui est du modèle des importations (graphique A3.2), nos attentes sont identiques sauf pour deux
variables, le SPM relatif et la part de marché. Dans ce cas, le SPM relatif devrait en effet avoir un effet
positif car le SPM étant plus élevé dans le pays importateur que dans le pays exportateur, le premier devrait
importer davantage de produits alimentaires du fait que les coûts de production sont moindres dans le pays
exportateur. La part de marché devrait quant à elle avoir un signe négatif car plus le marché du pays
importateur est concurrentiel plus le partenaire aura du mal à le pénétrer. Une autre différence entre les
deux modèles est que, dans celui concernant les importations, on considère l’investissement entrant. En
vertu de notre hypothèse de complémentarité entre les échanges et l’investissement, nous affectons à cette
variable le signe positif.
69
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Graphique A3.2 Hypothèses concernant les relations entre IDE entrant, importations et facteurs connexes
- Distance
+ Salaires du pays
-
d’origine
Dans un premier temps, nous avons considéré un modèle d’échanges simplifié intégrant l’investissement
(voir le tableau A3.1). Dans le modèle gravitaire de base, les courants d’échange sont fonction des PIB des
partenaires bilatéraux et de la distance entre ces pays. Il n’est pas rare que les modèles de gravité intègrent
d’autres variables, comme l’appartenance à une ZLE. Toutes les variables continues sont représentées par
leur logarithme. Dans notre modèle simplifié, nous avons inclus aussi le SPM relatif et le stock
d’investissements, dans le cas des exportations.
Les études antérieures laissant supposer l’existence d’un lien entre l’IDE et les échanges, avant d’inclure
l’IDE dans un modèle d’échanges il convient de se demander si l’IDE doit entrer comme variable
endogène dans les équations des échanges. Par conséquent, la première étape consiste à effectuer un test
pour vérifier la présence d’une relation endogène. Il nous est ainsi apparu que, dans le cas des exportations,
l’investissement sortant est une variable endogène et que, dans celui des importations, l’investissement
entrant est endogène. Comme nos données se présentaient sous forme de panel, il nous a fallu choisir entre
un modèle sur données groupées et un modèle sur données de panel. Nous avons utilisé les deux et eu
recours à un test de spécification de Hausman pour déterminer s’il fallait préférer un modèle à effets fixes
ou à effets aléatoires. Les modèles les plus performants pour les exportations et les importations sont
présentés dans les tableaux.
70
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Résultats
La spécification qui donne les meilleurs résultats pour les exportations est le modèle sur données groupées
avec erreurs types robustes. Le R² est de 0.65. Toutes les variables à l’exception de deux sont
statistiquement significatives et la plupart ont le signe attendu, abstraction faite du SPM relatif. Nous avons
ainsi confirmation que l’investissement est complémentaire des échanges. Au vu du test de Hausman, dans
le cas des importations, la meilleure spécification est le modèle à effets aléatoires. Le R² est de 0.56.
Toutes les variables sont statistiquement significatives et seul l’investissement entrant n’a pas le signe
attendu.
N.B. : Significatif au seuil de ***= 1 pour cent, **=5 pour cent, et *=10 pour cent. Les écarts types sont fournis entre parenthèses
sous la valeur estimée du coefficient. Les erreurs types du modèle sur données groupées sont robustes. La mention avec VI signifie
qu’on a recours à la technique des variables instrumentales en raison de la présence de variables endogènes.
Modèles complets
Argumentation théorique
Nous avons déjà présenté, à propos des modèles préliminaires, la plupart des hypothèses sous-tendant la
modélisation des exportations et des importations. Ces modèles préliminaires ne tenaient pas compte des
salaires, de la part de marché ni des droits de douane. Dans les modèles complets, nous intégrons les
salaires car cette variable, représentative des coûts de production, risque d’influer largement sur les
capacités d’exportation et d’importation. Une augmentation des coûts de production, tels que mesurés par
les salaires, réduit l’aptitude à exporter et accroît la demande d’importations. Par conséquent, les salaires
devraient, selon nous, présenter une corrélation inverse avec les exportations et directe avec les
importations. Les droits de douane sont une autre composante du coût du commerce. On dispose de deux
types de données dans ce domaine : le taux consolidé et le taux effectif. Nous avons choisi de nous référer
à la moyenne simple des droits de douane applicables aux produits constituant les divisions 15 et 16 de la
71
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
CITI Rév. 3. Selon nous, les droits de douane devraient exercer une influence négative sur les exportations
aussi bien que sur les importations.
Avec les équations de l’investissement, nous nous efforçons d’aborder la relation de complémentarité ou
de substitution entre les échanges et l’investissement sous un angle différent. Nous souhaitons qu’il y ait
concordance entre les résultats des modèles des échanges et des modèles de l’investissement ce qui
corroborerait la complémentarité entre les deux variables. Par conséquent, nous partons du principe que
dans le modèle de l’investissement entrant, les importations doivent avoir le signe positif, de même que les
exportations dans celui de l’investissement sortant. Comme dans le cas des échanges, le PIB, qui rend
compte de la taille du marché, devrait exercer une influence positive sur l’investissement aussi bien entrant
que sortant. Dans un modèle concernant les flux bilatéraux et reposant sur l’hypothèse d’une relation de
complémentarité entre les échanges et l’investissement, la distance aurait un effet négatif sur
l’investissement puisque investissement et échanges sont deux phases successives. Etant donné que le
modèle ne renvoie pas ici aux flux bilatéraux, cette variable ne peut toutefois être prise en compte.32
Dans le cas de l’investissement sortant, les variables de coût, à savoir les salaires et le SPM, devraient
avoir un effet négatif car les entreprises sont d’autant moins désireuses de s’implanter sur les marchés
locaux que les coûts de production y sont élevés. Qui plus est, des coûts de production élevés devraient
défavoriser les exportations du fait de la complémentarité entre ces dernières et l’investissement sortant. La
part de marché, par contre, devrait exercer une influence positive sur l’investissement sortant car le fait
d’occuper une part importante du marché incite à investir sur d’autres marchés. Les pays qui ne sont partie
ni à l’UE ni à l’ALENA devraient moins investir à l’étranger car ils ne bénéficient pas des liens et de la
facilité d’accès au marché résultant de ces accords. Il est par ailleurs probable que l’investissement à
l’étranger sera d’autant plus important que les droits de douane sont élevés par suite du contournement des
droits de douane.
A partir du moment où on veut appréhender plus complètement l’IDE, il faut analyser aussi bien les
entrées que les sorties d’IDE. Nous avons en conséquence estimé quatre équations, dans lesquelles les
variables dépendantes sont, respectivement, l’investissement entrant, les importations, l’investissement
sortant et les exportations. Nous avons traité ces équations séparément, cela nous ayant paru raisonnable du
fait que les données sur les échanges portent sur les flux bilatéraux alors que les données sur l’IDE
renvoient aux mouvements totaux et non bilatéraux.
Comme on l’a déjà indiqué à propos des modèles préliminaires, il pourrait exister une relation endogène
entre les échanges et l’IDE. Nous avons donc procédé à un test d’endogénéité. Dans le cas de
l’investissement sortant, celui-ci met en évidence l’endogénéité de la part de marché. Dans le cas des
exportations, le test d’endogénéité est statistiquement significatif pour l’investissement sortant pour une
valeur de p de 9 %, ce qui interdit de trancher. Il confirme par contre l’endogénéité de la part de marché.
32.
Handy et Bamford (2000) avancent un argument qui va dans le sens contraire. Ils font en effet valoir que dans
certains cas, le rapport entre les coûts de transport et la valeur des produits limite la distance sur laquelle il reste
rentable de transporter les produits alimentaires (Handy et Bamford, 2000, p. 59). Si l’on se range à ce point de vue,
la distance peut accroître l’investissement.
72
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Nous avons estimé le modèle en recourant et en ne recourant pas à la technique des variables
instrumentales et sommes parvenus à la conclusion que la meilleure spécification était celle des variables
instrumentales, ce qui suppose que l’investissement sortant et la part de marché sont des variables
endogènes.
Afin de vérifier la solidité de nos résultats, nous avons fait tourner les modèles avec les taux effectifs et les
taux consolidés de droits de douane. Nous avons par ailleurs eu recours au test de Hausman pour
déterminer s’il valait mieux utiliser un modèle à effets fixes ou un modèle à effets aléatoires. Dans tous les
cas, le test de Hausman conduit à préférer une spécification à effets aléatoires. Pour l’investissement
sortant et l’investissement entrant, nous sommes toutefois revenus à un simple modèle sur données
groupées. Nous divergeons donc sur ce point de nombre des études évoquées, qui reposent sur des modèles
à effets fixes. Dans le cas des exportations, nous avons retenu le modèle à effets aléatoires en raison des
résultats du test de Hausman. Une grande prudence s’impose donc dans l’interprétation des résultats du
modèle sur données de panel relatif aux exportations. Les résultats des modèles sont présentés dans les
tableaux A3.2 et A3.3 ci-dessous et débattus dans le corps du texte.
73
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Tableau A3.2 Exportations et stock d’IDE sortant
Variable dépendante (1) ln(investissement sortant) (2) ln(investissement sortant) (3) ln(exportations) (4) ln(exportations)
Modèle avec VI Modèle avec VI Modèle à effets aléatoires sur Modèle à effets aléatoires sur
Variables explicatives données de panel avec VI données de panel avec VI
ln(investissement sortant) 0.021a 0.040a
(0.13) (0.13)
ln(exportations) -1.65a -1.59*b
(0.93) (0.86)
ln(PIB pays d’origine) 1.95*** 1.94*** 0.74** 0.69*
(0.48) (0.40) (0.34) (0.34)
ln(PIB pays d’accueil) 0.32*** 0.30***
(0.029) (0.029)
ln(salaires pays d’origine)b 0.13 0.090 -0.20 -0.16
(0.12) (0.13) (0.26) (0.27)
ln(SPM pays d’origine) 0.75* 0.65
(0.41) (0.37)
ln(SPM relatif) 0.023 0.015
(0.024) (0.027)
ln(part de marché pays d’origine) 16.12*a 15.78**a 3.18***a 3.21***a
(7.57) (6.45) (0.79) (1.00)
ln(Distance) -0.60*** -0.63***
(0.084) (0.081)
ln(droits de douane pays d’accueil)c 0.0016 0.022 -0.030** -0.0053
(0.038) (0.041) (0.013) (0.0048)
N.B. : Significatif au seuil de ***= 1 pour cent, **=5 pour cent, et *=10 pour cent. Les écarts types sont fournis entre parenthèses sous la valeur estimée du coefficient. Les erreurs types du modèle sur
données groupées sont robustes. La mention avec VI signifie que le modèle fait intervenir des variables instrumentales en raison de la présence de variables endogènes. Pour les régressions 1 et 2, les
données sont groupées par année et pour les régressions 3 et 4 par paire de pays.
74
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Tableau A3.3 Importations et stock d’IDE entrant
Variable dépendante (5) ln(investissement entrant) (6) ln(investissement entrant) (7) ln(importations) (8) ln(importations)
Modèle avec VI Modèle VI Modèle à effets aléatoires sur données Modèle à effets aléatoires sur données
Variables explicatives de panel de panel
Ln(investissement entrant) 0.18*** 0.0069
(0.063) (0.028)
Ln(importations) 0.37**a 0.36**a
(0.16) (0.15)
Ln(PIB pays d’origine) 0.22** 0.22** 1.37*** 0.13***
(0.10) (0.094) (0.26) (0.032)
Ln(PIB pays d’accueil) 0.41*** 0.79***
(0.020) (0.12)
Ln(salaires pays d’accueil)b 0.12 0.13 -0.77*** -0.025
(0.10) (0.10) (0.27) (0.13)
Ln(SPM pays d’accueil) -0.79*** -0.62***
(0.17) (0.13)
Ln(SPM relatif) 0.38*** 0.0084
(0.049) (0.026)
Ln(distance) -1.11** -0.79***
(0.043) (0.097)
ln(droits de douane pays d’accueil)c 0.058** 0.064** 0.013 -0.020*
(0.021) (0.027) (0.010) (0.012)
Significatif au seuil de ***= 1 pour cent, **=5 pour cent, et *=10 pour cent. Les écarts types sont fournis entre parenthèses sous la valeur estimée du coefficient. Les erreurs types du modèle sur données
groupées sont robustes. La mention avec VI signifie que le modèle fait intervenir des variables instrumentales en raison de la présence de variables endogènes. Pour les régressions 5 et 6, les données sont
groupées par année, pour la régression 7 par paire de pays et pour la régression 8 par importateur.
75
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
A. GHANA
Depuis son accès à l’indépendance, en 1957, le Ghana a atteint un niveau de maturité qui neutralise le
risque politique dans les décisions des investisseurs. En décembre 2004, pour la quatrième fois depuis le
vote de la nouvelle Constitution (1992), le pays a organisé avec succès des élections pluralistes, libres et
démocratiques.
Situé en Afrique de l’Ouest en bordure du Golfe de Guinée, le Ghana qui a pour voisins la Côte d’Ivoire, le
Togo et le Burkina Faso présente une superficie totale de 239 460 km² dont 8 520 sont recouverts d’eau,
notamment par le Lac Volta. Les principales villes sont : Accra, la capitale, au sud ; Kumasi au centre, et
Tamale, au nord. La terre arable et la terre vouée aux cultures permanentes représentent respectivement
16.3 et 9.7 %. Comme seuls 110 km² de terre arable sont irrigués, une grande partie de la production
agricole ne l’est pas et est tributaire des précipitations. Les ressources naturelles du Ghana sont l’or, le bois
d’œuvre, les diamants industriels, la bauxite, le manganèse, la pêche, le caoutchouc et l’hydroélectricité.
Le Ghana compte 20.8 millions d’habitants dont près de 40 % sont âgés de moins de 15 ans. Selon les
estimations, la population augmenterait de 1.36 % par an.33 Même si le pays dispose d’un système éducatif
de qualité depuis longtemps, il ne s’en classe pas moins parmi les pays à plus faible revenu d’Afrique en
termes de revenu par habitant. Le revenu national brut (RNB) par habitant est de 270 USD. Avec un RNB
aussi bas et compte tenu de la jeunesse de la population, la demande d’emplois et de services publics est
considérable (Banque mondiale, 2004).
Économie générale
L’agriculture continue de jouer un rôle déterminant dans l’économie ghanéenne. Elle représente environ
35 % du PIB et emploie 60 % de la population active. L’Economist Intelligence Unit (EIU) (2005) estime
qu’en 2004, le PIB s’élève à 8 200 millions USD [75 900 millions de cedis ghanéens (GHC)], ce qui
correspond à un taux de croissance annuelle réelle de 5.4 % par rapport à 2003 et dépasse l’objectif de
croissance réelle du PIB de deux points de pourcentage. Les produits de base constituent toujours
l’essentiel des exportations du pays (tableau 1). L’or, les fèves et les produits dérivés du cacao, le bois
d’œuvre et en grumes sont les principales exportations du Ghana. Le dépassement de l’objectif de
croissance du PIB en 2004 s’explique en partie par une augmentation de 48 % de la production de cacao
pendant la saison 2003-2004. Dans le secteur des services, le tourisme obtient des résultats spectaculaires.
Les récents investissements publics comme l’extension de l’aéroport international Kotoka à Accra et, plus
généralement, les améliorations du transport, du commerce et des services publics comptent pour beaucoup
dans les gains du tourisme.
33
Cette estimation tient expressément compte des effets de la surmortalité due au SIDA. Ces effets peuvent
comprendre un raccourcissement de l’espérance de vie, une mortalité infantile et des taux de mortalité plus élevés,
des taux de peuplement et d’accroissement de la population plus faibles, ainsi que des changements dans la
distribution de la population par âge et par sexe plus marqués qu’ils ne devraient l’être (estimation datant de
juillet 2004).
76
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Le déficit commercial du Ghana persiste (tableau A4.1). Le niveau élevé des importations de produits non
pétroliers constitue une énorme difficulté pour le gouvernement ghanéen soucieux de maîtriser l’économie
du pays, surtout en cette ère de libéralisation des marchés financiers : en effet, comme les termes de
l’échange des produits de base sont moins favorables que ceux des produits manufacturés, une forte
demande d’importations consomme des devises sans produire l’effet multiplicateur si nécessaire par le
biais de la croissance de l’emploi et du paiement des services. Le cedi ghanéen continue de perdre de la
valeur face au dollar et à l’euro. L’inflation persiste. L’accroissement des activités de transformation
primaire du cacao et d’autres produits agricoles qui se met lentement en place a un rôle à jouer dans tout
effort visant à réduire le déficit de la balance commerciale, soit en augmentant les recettes à l’exportation,
soit en accroissant la disponibilité de produits finis importés sur le marché intérieur.
Chiffres macroéconomiques
a a a a b
2000 2001 2002 2003 2004
b
PIB au prix du marché (en millions 27200 38100 48900 65200 75900
de GHC)
b
PIB (en millions USD) 5000 5300 6200 7500 8400
b
Croissance réelle du PIB (%) 3.7 4.2 4.5 5.2 5.4
Population (en millions) 19.6 20.0 20.5 20.9 21.4
Exportations de marchandises (en 1936.3 1867.1 2015.2 2562.4 3080.8
millions USD)
Importations de marchandises FOB 2766.6 2968.5 2707.0 3276.1 3908.2
(en millions USD)
Chiffres des échanges internationaux
Principales importations en 2003 millions USD Principales importations en 2003 millions USD
Or 830.1 non pétroliers 2406.4
Fèves et dérivés du cacao 802.2 pétrole 562.9
Bois d’œuvre et grumes 174.7
Outre l’or, le cacao et le bois d’œuvre, le Ghana exporte du thon, de la bauxite, de l’aluminium, du minerai
de manganèse et des diamants dans des proportions non négligeables. Ensemble, ces produits de base ont
représenté plus de 70 % des 2 562.4 millions USD d’exportations réalisés par le Ghana en 2003, d’après
les estimations (tableau 1).Le pays exporte en majorité vers l’Europe. Le commerce des produits de base
avec les pays en développement fait partie intégrante de l’histoire économique de l’Europe. Les principaux
partenaires à l’exportation du Ghana sont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et le
Japon d’après les données de 2003.
Comme le Ghana est un pays en développement dépourvu de pétrole, le profil de ses importations est
évidemment dominé par les biens d’équipement, le pétrole et les denrées alimentaires. En 2003, environ
77
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
50 % des 3 276.1 millions USD d’importations du Ghana ont été fournis par le Nigeria (21.2 %), la Chine
(7.6 %), le Royaume-Uni (6.7 %), la Côte d’Ivoire (5.8 %) et les États-Unis (5.6 %).
Le 13 juillet 2004, le Ghana a mis un terme à l’initiative d’aide aux pays pauvres très endettés (PPTE) du
Fond monétaire international et de la Banque mondiale. Après avoir décidé d’y participer en février 2002,
le gouvernement ghanéen avait mis en œuvre des politiques qui entraient en concurrence avec les
exigences de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC) arrêtées avec les bailleurs
de fonds, qui prend fin en mai 2006. D’après l’EIU, il se pourrait que l’allégement de la dette au titre de
l’initiative PPTE soit neutralisé par « le rapatriement accru des bénéfices réalisés par les sociétés
d’exploitation minière étrangères ». Le Ghana continue de se classer parmi les pays de tête pour ce qui est
des transferts de fonds des étrangers et même s’il n’est pas interrompu, le soutien des donneurs ne devrait
pas parvenir à empêcher le compte courant de connaître un déficit de 2.4 % du PIB en 2005 et de 3.9 %du
PIB en 2006, d’après l’EIU.
Le Ghana a été l’un des premiers pays de l’Afrique sub-saharienne à adhérer au programme d’ajustements
structurels de la Banque mondiale. Sur le plan international, la tendance à la libéralisation
macroéconomique qui s’est amorcée à la fin des années 80 a ouvert les marchés et augmenté l’importance
des accords commerciaux. Au départ, l’enjeu de la formulation des nouveaux accords commerciaux était
de convertir des quotas en droits de douane. Effectivement, cette méthode a permis de maintenir les
relations commerciales existant de longue date. Mais à mesure que les marchés financiers se sont
libéralisés, la concurrence pour les capitaux à investir s’est intensifiée. Plusieurs facteurs comme les
troubles civils latents en Côte d’Ivoire, les enjeux liés à la toute puissance économique du Nigeria,
richement doté en pétrole, et la stabilité politique du Ghana se conjuguent pour faire de ce pays la
passerelle des échanges et de la croissance économique de l’Afrique de l’Ouest.
B. MOZAMBIQUE
L'histoire politique du Mozambique est la clé de sa structure économique actuelle et de son ouverture à
l'investissement étranger. Après avoir acquis son indépendance à l'égard du Portugal en juin 1975, le pays a
sombré dans une guerre civile qui a duré 15 ans. En novembre 1990 a été adoptée une nouvelle
Constitution, qui entérine le principe du pluralisme politique. En 1994, le Mozambique a organisé ses
premières élections multipartites, qui ont abouti à la situation de stabilité politique que connaît maintenant
le pays.
Le Mozambique est divisé en 10 provinces. Celles de Zambézia et de Nampula, dans le nord, possèdent les
terres agricoles les plus fertiles et regroupent 40 % de la population du pays. Le fleuve Zambèze est
78
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
navigable de la ville de Tete, située dans la province la plus occidentale du Mozambique, à l'océan Indien,
et s'écoule entre les provinces de Zambézia et de Sofala. Un des deux lacs mozambicains, le lac Cahora
Bassa, situé dans la province de Tete, se trouve entièrement sur le territoire national, tandis que le second,
le lac Niassa, qui baigne la province éponyme, est commun au Mozambique et au Malawi. Maputo, la
capitale, est située dans l'extrême sud du pays, à quelque 430 km à l'est de Johannesburg. Les cinq autres
principales villes mozambicaines, classées dans l'ordre décroissant de leur population estimée, sont : Beira,
une ville portuaire de la province de Sofala, Nampula dans le nord, Chimoio dans l'ouest (non loin de la
frontière zimbabwéenne), Nacala, un port situé dans la province de Nampula, et Quelimane, une ville
portuaire de la province de Zambézia.
La population du Mozambique est estimée à 18.8 millions d'habitants (dont environ 1.1 million vivent dans
la capitale, Maputo) et devrait croître au rythme de 1.22 % par an. La part de la population vivant en milieu
rural est évaluée à 67 %, mais on assiste à un phénomène classique d'exode rural. Il est d'autant plus
difficile d'endiguer cet afflux vers les zones urbaines, voire d'amener des citadins à regagner les
campagnes, que le pays doit faire face aux vestiges de la guerre. La quasi-totalité des habitants ont moins
de 65 ans : les tranches d'âge de 0 à 14 ans et de 15 à 64 ans représentent respectivement 43.6 % et 53.6 %
de la population. L'espérance de vie des Mozambicains est de 37 ans. Ces indicateurs sociaux, ainsi que
d'autres, conjugués à la nécessité que le secteur privé sous toutes ses formes joue un rôle central dans le
développement économique, définissent les enjeux de l'action gouvernementale au Mozambique.
Le produit intérieur brut (PIB) de l'économie mozambicaine a été estimé à 5 400 millions USD en 2004, et
à 4 400 millions USD en 2003. Par ailleurs, la croissance du PIB réel a été évaluée à 8.2 % en 2004, et à
7.1 % en 2003. Cette expansion économique spectaculaire s'est accompagnée d'une inflation relativement
stable, qui s'est établie à 13.4 % en 2003 et a été estimée à 12.8 % en 2004. Le Mozambique continue à
importer davantage qu'il n'exporte, mais son déficit commercial diminue. Les exportations d'aluminium
contribuent de manière sensible à ce rééquilibrage de la balance commerciale. Tandis que le Mozambique
investit pour relancer son économie, les importations de machines et d'équipements représentent environ
11.3 % de l'ensemble de ses importations. D'autres projets d'investissements dans le domaine de
l'extraction et du traitement du titane, ainsi que dans le secteur de l'habillement, devraient contribuer à
réduire encore l'écart entre importations et exportations (Tableau A4.2).
Statistiques macroéconomiques
a a a b c
2000 2001 2002 2003 2004
PIB aux prix du marché (millions 56 900 71 100 85 200 103 700 124 000
MZM)
PIB (millions USD) 3 700 3 400 3 600 4 400 5 400
a
Croissance du PIB réel (%) 1.5 13 7.7 7.1 8.2
Population (millions) 17.9 18.2 18.5 18.9 19.2
Exportations de biens (millions USD) 364 726 679.3 880.2 1 253.9
Importations de biens FAB (millions 1 046.0 997.3 1 215.7 1 228.2 1 448.5
USD)
Statistiques des échanges internationaux
Principales exportations en 2003 Millions USD Principales importations en 2003 Millions USD
Aluminium 519 Machines et équipements 139
Véhicules, matériel de transport
Crevettes 64 113.8
et pièces de rechange
Noix de cajou en coque et décortiquées 17 Combustibles 92.3
Textiles 43.4
Produits manufacturés 15
Produits métalliques 38.9
79
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Principaux pays de destination des % du total Principaux pays d'origine des % du total
d d
exportations en 2003 importations en 2003
Belgique 30.3 Afrique du Sud 34.5
Afrique du Sud 17.3 Australie 10.4
Italie 11.6 États-Unis 5.1
Espagne 11.3 Portugal 5.0
a. Chiffres effectifs.
b. Estimations officielles.
c. Estimations de l'Economist Intelligence Unit (EIU).
d. Chiffres fondés sur les statistiques commerciales des partenaires du pays, caractérisés par une marge d'erreur
importante.
Source : EIU (2005)
Autrefois conséquente, la dette extérieure du Mozambique a été allégée par le biais de mesures de remise
et de rééchelonnement de dettes prises dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés
(PPTE) et de l'Initiative PPTE renforcée, achevées en juillet 2004. Par ailleurs, le Brésil a consenti à
annuler 314 millions USD de dette bilatérale, représentant 95 % des 331 millions USD de créances qu'il
détenait sur le Mozambique. Cela a permis de réduire encore le niveau précédemment insoutenable d'une
dette qui se montait à 3 702 millions USD en 2002. L'endettement extérieur total du Mozambique était de
3 988 millions USD en 2003.
La pêche revêt une importance croissante pour l'économie mozambicaine, les crevettes sauvages
continuant à jouer un rôle de premier plan dans les exportations. Les investissements du Royaume-Uni
dans une nouvelle jetée à Angoche, dans la province de Nampula, qui borde l'océan Indien, étayent les
activités de recherche des pouvoirs publics concernant l'élevage des crevettes, et le Japon est un gros
importateur de crevettes mozambicaines. L'intérêt manifesté tant par le Royaume-Uni que par le japon
souligne les perspectives prometteuses de la pêche et du secteur de la crevette. Les captures
écologiquement viables du Mozambique sont estimées à 500 000 tonnes de poisson, dont 300 000 tonnes
d'anchois. Le niveau soutenable des captures de crevettes est estimé à 14 000 tonnes.
Le secteur industriel contribue à hauteur de 27.3 % au PIB, mais il n'emploie que 6 % de la population
active. Les industries manufacturières – notamment les secteurs des produits alimentaires, des boissons,
des produits chimiques (engrais, savon et peinture), de l'aluminium, des produits pétroliers, des textiles, du
ciment, du verre, de l'amiante et du tabac – représentent environ 15.5 % du PIB. Le secteur des services est
celui qui contribue le plus au PIB (52.7 %), mais il n'emploie que 13 % des actifs.
80
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
fournisseurs d'importations du Mozambique étaient l'Afrique du Sud (34.5 %), l'Australie (10.4 %), les
États-Unis (5.1 %) et le Portugal (5.0 %), qui représentaient à eux quatre 55 % des importations totales
en 2003.
C. TUNISIE
Pays riverain de la Méditerranée situé entre l'Algérie et la Libye, la Tunisie couvre une superficie de
163 610 km2, ce qui en fait le plus petit pays d'Afrique du Nord.34 Sa proximité avec l'Italie a joué un rôle
déterminant dans son évolution historique, et continue à influer sur son développement économique. La
longue côte de 1 148 km qui limite le territoire tunisien à l'est et au nord est un facteur clé pour les secteurs
du tourisme et de la pêche, ainsi que pour les échanges. Sur les 155 360 km2 de terres émergées
tunisiennes, 17.9 % seulement sont arables et 13.7 % sont consacrées à des cultures permanentes.35 On
estime à 3 800 km2 la superficie des terres irriguées, sachant que la Medjerda, qui arrose l'ouest du pays,
est le seul fleuve permanent du pays, ce qui signifie que l'irrigation joue un rôle décisif dans la production
agricole.
Tunis, la capitale, et la ville portuaire de Sfax sont les principaux centres d'activité économique et de
population. Gabès et Kairouan sont également des villes importantes, auxquelles il convient s'ajouter le
port de Bizerte. Le taux de croissance de la population tunisienne, qui est de 9.9 millions d'habitants (dont
environ 1.8 million résident à Tunis), est estimé à 1.01 % par an. La jeunesse de la population va se
traduire par une augmentation de la demande d'emplois et de services publics. Étant donné que l'espérance
de vie moyenne est déjà de 74.7 ans, il y a tout lieu de penser que les pressions exercées sur les services
sociaux vont s'accentuer.
En termes de contribution au produit intérieur brut (PIB), l'agriculture et la pêche n'arrivent qu'en troisième
position (13.9 %), largement distancées par les services (53.9 %) et les industries manufacturières
(20.6 %). L'EIU évalue à 28 100 millions USD (35 100 millions TND) le PIB tunisien de 2004. Estimé à
5.1 %, le taux de croissance du PIB réel en 2004 est en léger recul par rapport à 2003, mais en phase avec
l'évolution tendancielle de l'expansion économique tunisienne sur le long terme (Tableau A4.3).
34
. La Tunisie s'étend sur 750 km du nord au sud, mais sur 150 km seulement d'est en ouest.
35.
Les terres arables tunisiennes sont essentiellement des plaines fertiles, situées notamment entre Sfax, Tunis et
Bizerte.
81
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Statistiques macroéconomiques
a a a a b
2000 2001 2002 2003 2004
PIB aux prix du marché 26 700 38 700 29 900 32 300 35 100
(millions TND)
PIB (millions USD) 19 500 20 000 21 000 25 000 28 100
Croissance du PIB réel (%) 3.5 4.9 1.7 5.6 5.1
Population (millions) 9.5 9.6 9.7 9.8 9.9
Exportations de biens (millions 5 840.0 6 628.0 6 857.0 8 027.0 9 550.0
USD)
Importations de biens FAB (millions 8 093.0 8 997.0 8 981.0 10 297.0 11 866.7
USD)
Statistiques des échanges internationaux
Principales exportations en 2003 Millions USD Principales importations en 2003 Millions USD
Textiles 3 301 Textiles 2285
Équipement électrique 93 Machines 1422
Pétrole et produits dérivés 80 Équipement électrique 1311
Articles en cuir et peau 487 Pétrole et produits dérivés 1310
Huile d'olive 89 Véhicules, cycles et tracteurs 726
Principaux pays de destination des % du total Principaux pays d'origine des % du total
exportations en 2003 importations en 2003
France 35.6 France 31.0
Italie 22.8 Italie 23.0
Allemagne 12.1 Allemagne 10.0
Libye 5.4 Espagne 5.6
a. Chiffres effectifs.
b. Estimations de l'Economist Intelligence Unit (EIU).
Source : EIU (2005)
Les ressources naturelles de la Tunisie sont le pétrole, les phosphates, le minerai de fer, le plomb, le zinc et
le sel. Sa production agricole se compose d'olives, d'huile d'olive, de céréales (orge et blé), de produits
laitiers, de tomates, d'agrumes, de viande bovine, de betteraves sucrières, de dattes et d'amandes.
L’industrie regroupe les secteurs du pétrole, de l'exploitation minière (en particulier des phosphates et du
minerai de fer), du tourisme, des textiles, de la chaussure, de l'agroalimentaire et des boissons. Les
principaux postes d'exportation sont les textiles, les équipements électriques, le pétrole et les produits
dérivés, et les produits agricoles. Il est intéressant de constater que les textiles, les équipements électriques
et les produits pétroliers figurent également dans les principales importations tunisiennes, aux côtés des
machines et des véhicules, cycles et tracteurs.
Les principaux partenaires commerciaux de la Tunisie sont des pays de l'Union européenne (UE). Plus
précisément, la France et l'Italie représentaient à elles deux plus de la moitié des exportations tunisiennes
en 2003 (à hauteur de 35.6 % et 22.8 %, respectivement. C’est aussi de ces deux pays que venaient la plus
grande partie des importations (31.0 % et 23.0 %, respectivement). D'après les données de 2003, les deux
autres principaux partenaires à l’exportation de la Tunisie à l'exportation étaient l'Allemagne (10.0 %) et
l’Espagne (5.6 %).
Bien que certains segments du secteur des services, en particulier dans le domaine du tourisme, retrouvent
une position solide, la vulnérabilité économique de la Tunisie dans la branche textile des industries
manufacturières constitue une source d'incertitude lourde de conséquences. Les 280 000 salariés du textile
représentent en effet la moitié environ des effectifs du secteur manufacturier. La production et les
exportations de l'industrie textile tunisienne ont stagné de manière très nette au cours des deux dernière
années, après avoir enregistré une croissance annuelle moyenne de 8 % pendant les années 90. Si la
Tunisie reste le quatrième fournisseur de produits textiles de l'UE, sa part de marché a été entamée par les
82
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
exportations des pays d'Europe de l'Est et d'Asie. La Chine est ainsi devenue récemment le premier
fournisseur de produits textiles de la France.
En 2004, c'est le secteur agroalimentaire qui a enregistré les meilleurs résultats parmi les industries
manufacturières tunisiennes. Les recettes d'exportation de l'industrie alimentaire ont augmenté de 85 % au
cours des 11 premiers mois de l'année 2004, par rapport à la même période de 2003, malgré la faiblesse de
la demande dans l'UE.36 Cette augmentation est essentiellement imputable à l'envolée des exportations
d'huile d'olive, qui constitue le principal produit de la branche agroalimentaire.
Les résultats du secteur agricole ont été mitigés en 2004. D'après les estimations, la récolte de céréales
tunisienne en 2004 est inférieure de 17.0 % environ au niveau record de 2.9 millions de tonnes atteint en
2003, ce qui s'explique essentiellement par les dégâts provoqués par des pluies abondantes et des averses
de grêle en juin, ainsi que par les préjudices causés ensuite par le mildiou. L'estimation de la récolte de
céréales révisée à 2.4 millions de tonnes est toutefois nettement supérieure à la moyenne des dix dernières
années, qui s'établit à 1.7 millions de tonnes. Les répercussions négatives de la récolte de céréales de 2004
ont été compensées par les hausses de production observées pour les olives, les dattes, les abricots, les
pêches, les prunes, les grenades et d'autres fruits d'arbres, ainsi que pour les melons et de nombreux
légumes. L'oléiculture est une activité cyclique bisannuelle. La campagne 2002-2003 a été une année de
faible production, limitée à 72 000 millions de tonnes d'olives. Une forte production, de 260 000 millions
de tonnes, a en revanche été enregistrée pendant la campagne 2003-2004. La campagne suivante devrait
être marquée par un recul au niveau des « années basses ». D'après les prévisions, la récolte de 2004-2005
devrait toutefois atteindre 122 000 millions de tonnes, ce qui représenterait une hausse de 10 % par rapport
à la production de 2003-2004. Environ 80 % de la production de 2003-2004 ont été exportés vers l'UE. La
variété de dattes deglet nour, qui est la plus répandue en Tunisie, est réputée pour sa qualité supérieure
dans la profession.
Le solde déficitaire des échanges de marchandises de la Tunisie s'est accru en 2004. Les exportations
records d'huile d'olive37, en volume comme en valeur38, devraient représenter environ 50 % des
exportations agricoles de la Tunisie en 2004. Cette hausse permet de compenser la progression marquée
des importations d'équipements mécaniques et électriques destinées à des investissements en capital fixe.
Selon l'EIU, l'augmentation en valeur des exportations d'équipements mécaniques et électriques, ainsi que
de produits miniers – en particulier de phosphates bruts et de produits dérivés, tels que l'acide
phosphorique ou des engrais phosphatés –, a également atténué l'effet de la montée des importations sur le
déficit commercial. La hausse des prix des produits alimentaires au niveau international et des cours des
produits énergétiques (raffinés), ainsi que le renchérissement des prix mondiaux des matières premières
industrielles (hors pétrole), mettent en exergue le coût de la structure des importations tunisiennes. Un
redressement vigoureux des recettes touristiques – tandis que la Tunisie s'efforce d'étendre son marché à
l'Europe de l'Est et à la Chine – ainsi que les envois de fonds des travailleurs émigrés tunisiens ont permis
d'empêcher le creusement du déficit commercial et de renforcer les réserves de change.
36
. Le secteur des matériaux de construction, les industries mécaniques et électriques, ainsi que l'industrie chimique
ont également connu une forte expansion au cours des 11 premiers mois de l'année 2003.
37
. L'augmentation quantitative des exportations tunisiennes d'huile d'olive s'explique par l'accroissement de la
demande internationale consécutif à une baisse de la production en Italie et en Espagne, les deux principaux
fournisseurs d'huile d'olive de l'UE. L'envolée du prix de l'huile d'olive est en partie imputable au déséquilibre
régional entre l'offre et la demande, ainsi qu'à l'augmentation des quantités d'huile tunisienne vendues en bouteille,
d'un meilleur rapport que les ventes en gros.
38.
À la mi-octobre 2004, quelque 195 000 millions de tonnes d'huile d'olive avaient été exportées, pour un montant de
545 millions USD (654 millions TND), et l'on tablait sur un total supérieur à 200 000 millions de tonnes à la fin de
l'année. Les précédents records établis à l'exportation étaient de 193 000 millions de tonnes en volume, en 1994, et de
383 millions TND en valeur, en 1999.
83
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
D. OUGANDA
L'Ouganda fait partie de la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE) et du Marché commun de l'Afrique de
l'Est et de l'Afrique australe (COMESA). Un des traits distinctifs de ce pays réside dans son absence de
littoral.39 L'Ouganda a des frontières communes avec la République démocratique du Congo (765 km), le
Kenya (933 km), le Rwanda (169 km), le Soudan (435 km) et la Tanzanie (396 km). Plusieurs de ces pays
sont sortis récemment de guerres civiles. Malgré une histoire politique marquée au coin de l'instabilité – et
parfois de l'oppression –l'Ouganda a trouvé une certaine stabilité politique depuis qu'il a acquis son
indépendance à l'égard du Royaume-Uni en 1962, et s'est récemment engagé par la voie des urnes dans un
processus de transition vers le multipartisme. L'incertitude politique continue néanmoins à éclipser les
bonnes nouvelles relatives aux investissements.
L'Ouganda couvre une superficie totale de 236 040 km2. Bien qu'enclavé, le territoire ougandais comprend
la plus grande partie du lac Victoria. Son taux d'évaporation élevé, lié à sa localisation sur la ligne
d'équateur, fait de cet immense plan d'eau un déterminant essentiel du climat local. Le lac Victoria assure
l'existence d'une pêche en eau douce, qui est notamment axée sur la perche du Nil, le tilapia et l'omena. La
production agricole et les ressources halieutiques continentales constituent la clé de voûte de l'économie
ougandaise.
Kampala, la capitale située dans la partie centrale du pays, est le principal centre d'activité économique et
de population (son nombre d'habitants est estimé à 1.33 million en 2004). Gulu, dans le nord de l'Ouganda,
est la deuxième ville du pays et compte 139 000 habitants. Plus de 50 % des 26.5 millions d'Ougandais
sont âgés de moins de 15 ans, et le taux d'alphabétisation des personnes de plus de 15 ans est d'environ
70 %.
La production agricole représente approximativement 39 % du produit intérieur brut (PIB) ougandais, qui
s'établissait à 7 700 millions USD en 2004. Les précipitations ayant été généralement suffisantes pour les
productions végétales par le passé, les investissements consacrés aux systèmes d'irrigation sont
négligeables en Ouganda. Par conséquent, lorsque les chutes de pluie sont faibles, comme cela s'est produit
au second semestre 2004 et début 2005, la production agricole accuse une baisse sensible. D'après les
prévisions, la croissance du PIB réel devrait s'établir à 5.4 % en 2005, c'est-à-dire en deçà de l'objectif de
croissance annuelle de 7 % retenu par le gouvernement. Néanmoins, la progression continue des
exportations de produits agricoles – notamment horticoles – et halieutiques, ainsi que l'expansion
persistante de l'industrie manufacturière, de la construction, des transports et des communications,
pourraient déboucher sur une croissance du PIB réel un peu plus rapide, évaluée à 6.2 % en 2006 (EIU,
2005). L'expansion de l'industrie agroalimentaire et du secteur des infrastructures repose en grande partie
sur l'investissement direct étranger (IDE).
L'absence de littoral de l'Ouganda constitue un facteur important en termes d'échanges et d'IDE. À cet
égard, il est crucial qu'existent des infrastructures assurant la liaison entre les marchés à l'intérieur de
l'Ouganda, et reliant le pays à ses voisins de la région des Grands Lacs, ainsi qu'aux autres marchés
extérieurs. Les centrales thermiques louées récemment, qui devraient entrer en service au second semestre
2005, devraient, par exemple, avoir des retombées sur l'ensemble de l'économie ougandaise. Par ailleurs, il
39
. Il existe 15 pays enclavés en Afrique, à savoir : le Botswana, le Burkina Faso, le Burundi, la République
centrafricaine, le Tchad, l'Éthiopie, le Lesotho, le Malawi, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Swaziland, l'Ouganda, la
Zambie et le Zimbabwe.
84
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
est essentiel que le pays dispose de routes revêtues, or celles-ci ne représentent que 6.7 % du réseau routier
ougandais, soit un chiffre inférieur de moitié à la moyenne de 13.3 % observée en Afrique subsaharienne
(Tableau A4.4). Divers projets d'infrastructures routières financés par des donneurs stimulent la
construction et l'industrie extractive. À eux seuls, les véhicules qui empruntent le réseau routier aux fins
d'activités commerciales le mettent à rude épreuve. Un financement régulier des travaux d'entretien des
routes, ainsi que d'amélioration et d'extension du réseau existant – en particulier s'agissant des liaisons
entre l'Ouganda et les pays voisins –, constitue une condition essentielle pour réduire l'instabilité
macroéconomique.
85
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
Statistiques macroéconomiques
a a a a b
2000 2001 2002 2003 2004
PIB aux prix du marché 9 500 10 300 10 900 128 800 13 800
(millions UGX )
PIB (millions USD) 5 800 5 800 6 100 6 500 7 600
Croissance du PIB réel (%) 5.5 5.1 6.7 4.7 5.0
Population (millions) 23.5 24.2 28.0 25.8 26.5
Exportations de biens (millions 449.9 475.6 480.7 563.0 632.1
USD)
Importations de biens FAB (millions 949.7 996.9 1 073.2 1 241.7 1 478.3
USD)
Statistiques des échanges internationaux
c d
Principales exportations en 2003 Millions USD Principales importations en 2003 Millions USD
Café 123 Pétrole et produits connexes 174
Poissons 102 Véhicules routiers 105
Coton 39 Céréales 73
Thé 35 Produits minéraux non
41
métalliques
Principaux pays de destination des % du total Principaux pays d'origine des % du total
e e
exportations en 2003 importations en 2003
Pays-Bas 15.8 Kenya 44.6
Belgique 10.2 Afrique du Sud 6.6
États-Unis 9 Inde 5.6
a. Estimations officielles pour l'année civile.
b. Estimations de l'Economist Intelligence Unit (EIU).
c. Estimations officielles pour l'exercice budgétaire (qui va de juillet à juin).
d. Estimations officielles pour l'année civile.
e. Chiffres fondés sur les statistiques commerciales des partenaires du pays, caractérisés par une marge d'erreur
importante.
Source : EIU (2005)
La structure des exportations ougandaises fait une place de plus en plus large à des produits non
traditionnels, tels que des fruits et légumes biologiques, des fleurs, des produits halieutiques ainsi que des
produits à forte intensité technologique (en quantité minime mais notable). Les Pays-Bas ont constitué la
première destination des exportations ougandaises en 2003, suivis par la Belgique, les États-Unis,
l'Allemagne et l'Espagne. Malgré une hausse de 25 % des exportations en 2003-2004, le déficit commercial
s'est creusé. Cela tient au fait que la croissance des exportations a toujours été plus faible que celle des
importations en Ouganda, sauf au cours des deux dernières années, où elles ont progressé de manière
identique. En 2003-2004, environ 50 % des exportations ougandaises ont concerné des produits agricoles
(estimation) : il s'agissait de café (123 millions USD), de poissons (102 millions USD), de coton
(39 millions USD) et de thé (35 millions USD) (voir Tableau A4.5). Les efforts déployés par l'Ouganda
pour attirer des investissements en vue de diversifier sa production agricole, ainsi que d'exploiter les
innovations scientifiques et technologiques afin d'améliorer ses productions végétales, contribuent de
manière cruciale à favoriser d'autres investissements le long de la chaîne de valeur alimentaire. En outre, il
est impératif que ces investissements permettent de restructurer les exportations ougandaises, via un
transfert des produits de base vers des produits issus de l'agriculture à plus forte valeur ajoutée.
86
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
dans des conditions concurrentielles. L'émission d'obligations du Trésor à deux et trois ans en 2003-2004,
conjuguée à un transfert des projet multilatéraux et bilatéraux hors du champ d'activité des banques
commerciales, implique en effet que ces dernières vont devoir chercher d'autres possibilités de placement
pour combler ce vide dans leurs portefeuilles. Jusqu'à ce que la situation se stabilise, il y a tout lieu de
penser que les taux d'intérêt, qui sont actuellement légèrement supérieurs à 20 %, augmenteront quelque
peu, mais dans un contexte de vive concurrence pour l'obtention de projets d'investissements solides, les
taux devraient retomber à 18.5 % (EIU, 2005).
87
COM/TD/AGR/WP(2004)45/FINAL
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