Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
CHAPITRE 5 LES INDICES
TABLE DES MATIÈRES
1. Qu’est-ce qu’un indice?
2. Les indices synthétiques
3. L’indice du développement humain
4. L’indice des prix à la consommation
• Exercices supplémentaires
• Dossier
Vous avez peut-être déjà entendu le gouvernement d’Ottawa claironner que le Canada est le
meilleur pays au monde en matière de « développement humain ». Pour le prouver, on cite le score
attribué par un organisme des Nations-Unies, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le
développement). Le Canada s’est classé en tête à plusieurs reprises, devant les États-Unis et le Japon
avec une note dépassant 0,93, alors que le Mexique se retrouvait en milieu de peloton avec une
note tournant autour de 0,80, et que le Niger occupait la dernière place avec une note variant de 0,2
à 0,3 (théoriquement, la note maximum est de 1 et la note minimum de 0). Ces scores sont ce qu’on
appelle des indices, c’est-à-dire une manière de représenter de façon chiffrée une combinaison
d’indicateurs représentatifs d’une réalité humaine.
L’usage des indices en sciences humaines est assez répandu, ne serait-ce que parce qu’ils sont
pratiques. Cependant, la manière de construire certains indices comporte une dose d’arbitraire, car
l’être humain ne se traduit pas facilement en équations, et c’est bien normal! Voilà quelques bonnes
raisons d’étudier ce que sont les indices, et comment on les construit.
Nous reviendrons plusieurs fois, au cours de ce chapitre, sur l’indice du développement humain
(IDH) des Nations Unies, mais soulignons dès à présent les points suivants. D’une part, si on calculait
l’IDH du Québec, on obtiendrait le même score que pour le Canada. D’autre part, on constate que
c’est à cause d’un plus faible niveau de scolarisation que le Japon se fait dépasser par le Canada :
voilà qui est surprenant… et qui vaudra la peine d’être tiré au clair.
Au terme de ce chapitre, vous devriez être en mesure de répondre aux questions
suivantes :
• Comment peut-on utiliser des indices simples pour faire des comparaisons dans le temps et
dans l’espace?
• Comment peut-on combiner un ensemble d’indices simples pour en faire des indices
synthétiques?
• Les indicateurs utilisés pour construire un indice donné ont-ils été choisis de façon objective ou
de façon arbitraire?
Chapitre 5 – Les indices – 1
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• Quelles sont les limites des indices?
• Comment les indices d’inflation permettent-ils de mesurer adéquatement l’évolution de la valeur
des choses?
Chapitre 5 – Les indices – 2
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
1. QU’EST-CE QU’UN INDICE?
Le développement humain, pour reprendre notre exemple, est un concept très vaste et
multidimensionnel. L’indice du développement humain (IDH) n’est qu’une tentative de représenter
ce concept sous forme chiffrée. Pour passer du concept à l’indice, il faut d’abord bien cerner le
concept lui-même ainsi que ses dimensions. Selon les Nations-Unies, le développement humain
consiste à « élargir le champ des possibilités de l’individu ». Pour qu’un individu ait la possibilité de
se développer, il doit donc posséder trois grands atouts : une bonne santé, une instruction de base
et un niveau de vie décent. Il reste à trouver des indicateurs chiffrés qui reflètent de façon plus
concrète ces atouts. Dans le cas de l’IDH, ces indicateurs pourraient, par exemple, être l’espérance
de vie (santé), le taux d’alphabétisation (instruction) et le revenu par habitant (niveau de vie). Il ne
resterait plus qu’à évaluer l’importance relative de chacun de 3 indicateurs et de les combiner en un
seul chiffre : l’indice de développement humain.
L’indice est une combinaison d’indicateurs chiffrés qui représentent les diverses dimensions d’une
réalité humaine (ou concept).
Le mot indice a la même origine que le mot index. L’index est en effet le doigt qui indique, le doigt
qui dit ce qui est important ou significatif. En sciences humaines, l’indice est la représentation d’un
ou plusieurs des éléments les plus significatifs (les indicateurs) qui reflètent le concept étudié. Les
indicateurs doivent être choisis avec soin : il faut qu’ils soient à la fois représentatifs du concept et
faciles à obtenir.
1.1. Le point de référence
Les indices servent avant tout à faire des comparaisons dans le temps et dans l’espace.
L’indice permet donc de représenter un concept humain en un seul chiffre. L’IDH, par exemple, sert
à comparer les pays entre eux, l’indice boursier sert à comparer le cours des actions dans le temps.
Même s’il existe plusieurs sortes d’indices (et la plupart sont d’ailleurs plus simples que l’IDH), tous
les indices ont un point commun : ils servent à faire des comparaisons.
Contrairement aux données brutes, les indices ne sont pas mesurés avec des unités absolues
(comme le dollar, la tonne, le nombre d’individus, etc.). Puisque les indices servent à faire des
comparaisons, les valeurs qu’ils prennent doivent s’interpréter par rapport à un point de référence
choisi.
(200 x 130,7)/100 = 261,4
Voici un premier exemple du point de référence d’un indice. En 2013, l’indice des prix à la
consommation (base 2002 = 100) est de 122,8 au Canada. Cet indice n’est pas exprimé en dollars. Il
indique seulement le chemin parcouru depuis l’année de référence, qui est ici 2002 et pour laquelle
on a choisi une valeur arbitraire et commode (le chiffre 100). L’indice nous dit simplement que,
toutes proportions gardées, un panier de provisions typique qui coûtait 100 $ en 2002 coûterait
122,8 $ en 2013. On pourrait également dire qu’un panier qui coûtait 200 $ en 2002 coûterait
245,6 $ en 2013 (car 122,8/100 = 245,6/200).
La base est la valeur attribuée au point de référence de l’indice (par exemple : 2002 = 100).
Dans l’exemple que nous venons de donner, le point de référence de l’indice est l’année 2002, qui se
voit attribuer une valeur de 100. Cette valeur est appelée la base de l’indice. Toute valeur supérieure
Chapitre 5 – Les indices – 3
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à 100 signifie que les prix ont augmenté et toute valeur inférieure à 100 indiquerait que les prix ont
baissé.
Revenons à l’exemple de l’IDH : quel est le point de référence? En réalité, il y a ici deux points de
référence : le minimum (qui vaut 0) et le maximum (qui vaut 1). Les valeurs que prend l’indice seront
interprétées en fonction de ces deux points. On pourra dire notamment que le Canada (avec 0,950,
par exemple) est très près du maximum et ne devance le Japon (0,937) que de très peu. Cet indice
un peu particulier fera l’objet d’une étude plus détaillée dans la section 3 de ce chapitre.
On remarque que les points de référence sont toujours des chiffres ronds, ce qui facilite les
comparaisons. Le point de référence le plus courant est 100. Dans le cas de l’IDH, on aurait pu utiliser
une échelle de 0 à 100 (au lieu d’une échelle de 0 à 1). Le Canada aurait alors obtenu 95 et le Japon
93,7. Ce n’est finalement qu’une question de présentation.
1.2. Une comparaison dans l’espace
Un indice élémentaire est basé sur un seul indicateur.
De nombreux indices sont basés sur un indicateur unique. On les appelle les indices élémentaires.
Leur but principal est de permettre des comparaisons commodes entre époques ou endroits
différents. Voici deux exemples d’indices élémentaires : le premier permet de comparer les niveaux
de vie entre les régions de l’Union européenne; grâce au second, on peut examiner l’évolution de la
population de certaines provinces canadiennes à travers le temps.
Au cours de la décennie 1980, la Grèce, l’Espagne et le Portugal se joignent à l’Europe des Neuf
(future Union européenne). Une dizaine d’années plus tard, les disparités entre ces pays et les autres
pays membres sont toujours aussi marquées. Le quotidien londonien Financial Times reprend alors
les résultats d’une étude de l’organisme statistique de l’Union européenne (Eurostat) sur le niveau de
vie moyen dans les régions européennes. Curieusement, les données ne sont pas exprimées en
livres, ni en dollar, ni dans une quelconque monnaie européenne, mais en indices.
Tableau 4.7 - Les régions riches et pauvres d'Europe
Indices du PIB par habitant, États-Unis = 100
Les sept régions les plus riches
Hambourg 196
Bruxelles 174
Darmstadt 174
Paris 169
Vienne 166
Bavière 157
Brême 155
Les régions pauvres
Aucune région de la Grèce et du Portugal n'atteint le niveau des
États-Unis (100) et en Espagne, seule la région des Baléares
dépasse le score de 100.
Source : Financial Times, 22 février 1995. Données de 1992.
Chapitre 5 – Les indices – 4
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Pourquoi des indices? Prenons le problème dans son ordre logique. Le concept à mesurer est le
niveau de vie : le PIB (produit intérieur brut) par habitant semble un indicateur approprié et suffisant.
Toutefois, on ne peut fournir aux lecteurs la simple la liste du PIB par habitant dans la monnaie de
chaque région concernée. Il faut rendre cet indicateur plus présentable. Tout d’abord, le PIB par
habitant est converti dans une devise commune (le dollar américain). C’est mieux, mais ce n’est pas
assez, car d’une année à l’autre le pouvoir d’achat de toute monnaie varie au gré des prix. En fait, la
monnaie, contrairement au mètre ou au baril de pétrole, est un étalon de mesure variable. Si, au lieu
d’exprimer le PIB par habitant en dollars, on le comparait à une valeur de référence bien concrète (le
PIB par habitant des États-Unis, par exemple), les données seraient bien plus faciles à comprendre.
On pourrait même alors comparer des situations d’époques très différentes en matière de pouvoir
d’achat et de niveau de richesse.
Les indices du tableau 5.1 peuvent alors se lire ainsi : le PIB par habitant est presque deux fois plus
élevé à Hambourg qu’aux États-Unis (196 par rapport à 100) et les 7 régions d’Europe les plus riches
dépassent largement la moyenne américaine (pour l’année 1992).
Comment se calcule cet indice élémentaire?
Pour calculer ces indices, les spécialistes d’Eurostat avaient besoin des données brutes sur chaque
région. Ils avaient besoin, par exemple, de savoir qu’en 1992 le PIB moyen par habitant était de
23 830 $ aux États-Unis (lieu de référence), de 46 707 $ dans la région de Hambourg et de
40 273 $ dans la région parisienne. Ils ont ensuite choisi comme base de l’indice la valeur 100. On
peut constater que l’indice est beaucoup plus explicite que les valeurs en dollars.
Indice du lieu X = (Valeur du lieu X/Valeur du lieu de référence) × Base
Indice de Hambourg = (46 707/23 830) × 100 = 1,96 × 100 = 196
Dans cet exemple, on remarque que l’indice est composé d’un seul indicateur (c’est un indice
élémentaire) et qu’on a choisi un point de référence dans l’espace (États-Unis = 100).
Chapitre 5 – Les indices – 5
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1.3. Une comparaison dans le temps
Nous venons de voir un indice élémentaire (composé d’un seul indicateur) basé sur un point de
référence dans l’espace. Voyons maintenant un autre indice élémentaire dans lequel le point de
référence est situé dans le temps (généralement l’année).
La moitié gauche du tableau 5.2 indique la population de certaines provinces canadiennes depuis
1951. Il s’agit de données brutes : toute l’information s’y trouve, mais elle ne ressort peut-être pas de
manière frappante. La moitié droite du tableau reprend les mêmes données sous forme d’indice*.
L’année de base est 1951 et la base choisie est égale à 100. Cette fois, la réalité saute aux yeux. Si le
Québec suit relativement bien l’Ontario jusqu’au milieu des années 1960, il se met par la suite à
perdre rapidement du terrain.
Tableau 5.2 - Répartition de la population par province au Canada
(En milliers) (Indice 1951=100)
er
1 Colombie- Terre- Colombie- Terre-
juillet Québec Ontario Britannique Neuve Québec Ontario Britannique Neuve
1951 4 056 4 598 1 165 361 100 100
1956 4 628 5 405 1 399 415 114 118
1961 5 259 6 236 1 629 458 130 136
1966 5 781 6 961 1 874 493 143 151
1971 6 156 7 768 2 250 535 152 169
1976 6 410 8 431 2 545 564 158 183
1981 6 568 8 838 2 836 577 162 192
1986 6 734 9 477 3 020 578 166 206
1991 7 081 10 471 3 380 580 175 228
1996 7 247 11 083 3 874 560 179 241
2001 7 396 11 897 4 077 522 182 259
2006 7 632 12 662 4 242 511 188 275
2011 8 008 13 264 4 499 525 197 288
2013 8 155 13 538 4 582 527 201 294
Source des données brutes : Statistique Canada, Cansim 051-0001.
Nous vous laisserons le soin de calculer les indices de Terre-Neuve et de la Colombie-Britannique en
exercice.
Indice à l’année X = (Valeur l’année X/Valeur à l’année de référence) × Base
Indice en 1980 (au Québec) = (6 568/4 056) × 100 = 1,62 × 100 = 162
Dans cet exemple, on remarque que l’indice est composé d’un seul indicateur (c’est un indice
élémentaire) et qu’on a choisi un point de référence dans le temps (1951 = 100).
Chapitre 5 – Les indices – 6
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
EXERCICES 1
1. L’unité dans la disparité
Le tableau 5.3 représente un indice élémentaire.
Tableau 5.3 - Le revenu des particuliers par province au Canada
Revenu personnel par habitant par rapport à la moyenne canadienne
(Indice Canada = 100)
Colombie-
Québec Ontario Britannique Terre-Neuve
1950 85,9 121,2 122,2 51,1
1955 86,5 119,5 123,1 53,2
1960 87,1 117,9 115,1 55,6
1965 90,1 117,0 113,2 59,0
1970 89,6 119,0 107,6 62,8
1975 92,2 110,6 108,6 68,5
1980 96,0 106,4 112,5 67,1
1985 94,2 109,1 101,9 68,9
1990 92,7 113,4 101,1 71,4
Source des données brutes : Statistique Canada, Cansim 380-0050.
a) Quel est le concept étudié? Quel est l’indicateur choisi?
b) Le point de référence de l’indice est-il situé dans le temps ou dans l’espace? Quelle est la base de
l’indice?
c) Question plus avancée : commentez l’évolution du revenu des Québécois au fil des années. Votre
commentaire doit montrer que vous savez comment lire les indices fournis.
2. Le Québec perd du terrain?
Les questions portent sur le tableau 5.2.
a) Complétez le tableau 5.2 en calculant les indices de Terre-Neuve et de la Colombie-Britannique.
b) Le point de référence de l’indice est-il situé dans le temps ou dans l’espace? Quelle est la base de
l’indice?
Chapitre 5 – Les indices – 7
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2. LES INDICES SYNTHÉTIQUES
Un indice synthétique est basé sur plusieurs indicateurs. Il combine plusieurs indices élémentaires.
Certains phénomènes humains ne peuvent être représentés par un indicateur unique. Le coût de la
vie dépend du prix d’un grand nombre de produits différents et ces prix peuvent varier de façon
indépendante : un indice des prix doit tenir compte d’un ensemble représentatif de produits. À la
bourse, certaines actions montent tandis que d’autre baissent, certaines compagnies pèsent lourd et
d’autres non : l’indice boursier doit tenter de refléter le phénomène dans son ensemble. La
fréquence des accouchements dépend en bonne partie de l’âge de la mère : l’indice de fécondité
doit tenir compte des femmes de tout âge. Tous ces exemples concernent des indices synthétiques,
c’est à dire des indices combinant plusieurs indices élémentaires.
Au fond, l’indice synthétique n’est que la moyenne pondérée d’un ensemble d’indices élémentaires.
Avant de construire notre premier indice synthétique, nous devons d’abord régler deux questions :
comment évaluer ces pondérations et comment tenir compte du fait que ces pondérations peuvent
évoluer avec le temps?
2.1. La pondération des indicateurs
Les indicateurs doivent refléter la réalité tout en étant commodes à obtenir.
Lors de la construction de l’indice synthétique, il faut d’abord savoir bien choisir les indicateurs. Ces
derniers doivent être peu nombreux (pour des questions de coût et de simplicité) et faciles à obtenir
pour la période, la région ou le domaine étudiés. Par ailleurs, il est nécessaire d’évaluer l’importance
relative de chaque indicateur : nous l’avons dit, certains pèsent plus lourd que d’autres.
On remarque que chacun des indices synthétiques que nous avons énumérés au début de cette
section regroupe des indices élémentaires de même nature. L’indice des prix, par exemple, est
constitué d’une combinaison de prix de divers produits. Les prix sont tous exprimés dans la même
unité (le dollar) et chacun fait partie d’un tout (le coût total des dépenses). Dans un tel cas, la
pondération de l’élément correspond à la proportion qu’il représente dans le total : on divise la
partie par le tout. Cette pondération représente l’importance relative de l’élément dans l’indice
synthétique.
L’évaluation des pondérations qu’il faut allouer à chaque élément de l’indice synthétique dépend
des circonstances.
Dans une situation complexe, on est souvent obligé de se contenter d’un nombre limité d’indices
élémentaires pour construire un indice synthétique. Cela est correct dans la mesure où les indices
élémentaires choisis sont suffisamment représentatifs. Dans un tel cas, les pondérations ne peuvent
être trouvées par un simple calcul de proportion. Il faudra avoir recours à d’autres méthodes. Une
enquête montrera, par exemple, que le prix du bœuf « pèse » près de 3 fois plus lourd que celui du
porc dans le budget d’un ménage canadien typique (selon l’enquête de 2011).
Enfin, lorsque l’indice synthétique regroupe des indices élémentaires de nature différente, les
pondérations ne peuvent plus résulter d’un simple calcul. Leur évaluation doit faire l’objet d’un choix
éclairé. C’est le cas pour l’indice du développement humain que nous étudierons dans la prochaine
section. Pour le moment, nous nous en tiendrons à des cas où les éléments qui composent l’indice
synthétique sont de nature semblable.
Chapitre 5 – Les indices – 8
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
2.2. L’effet de structure
Beaucoup d’indices sont basés sur des données chronologiques. Or, avec le temps, tout peut
évoluer, notamment l’importance relative de chaque élément. L’exemple fictif ci-dessous illustre à la
fois la simplicité de l’indice synthétique et les quelques précautions à prendre lors de sa construction
et de son interprétation. Il s’agit d’une entreprise qui compte 200 employés : des chercheurs et des
techniciens. Notre objectif final est de construire un indice de salaire moyen basé sur l’année 1
(colonne 9 du tableau 5.4). Cet indice est synthétique, car il doit tenir compte de deux indicateurs,
qui représentent les catégories de salariés.
Tableau 5.4 - L'effet de structure
Chercheurs Techniciens Ensemble des employés
Salaire Nombre Masse Salaire Nombre Masse Nombre Masse Salaire
unitaire d'employés salariale unitaire d'employés salariale d'employés salariale moyen
(en $) (en $) (en $) (en $) (en $) (en $)
[1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9]
Année 1 800 100 80 000 400 100 40 000 200 120 000 600
Année 2 900 60 54 000 440 140 61 600 200 115 600 578
Taux de
variation
(%) 12,5 -40,0 -32,5 10,0 40,0 54,0 0,0 -3,7 -3,7
Indice
(année 1 =
100) 112,5 60,0 67,5 110,0 140,0 154,0 100,0 96,3 96,3
(Données fictives)
Le salaire moyen des employés est obtenu en faisant la moyenne pondérée des salaires de chaque
catégorie d’emploi à l’année 1. Les chercheurs gagnent 800 $ (par semaine) et les techniciens 400 $.
Les pondérations reflètent la proportion de chaque catégorie de travailleurs au sien de l’entreprise.
Pondération d’une catégorie = Nombre de travailleurs de la catégorie / Nombre total de travailleurs.
Pondération des chercheurs (année 1) = 100/200 = 0,5
Pondération des techniciens (année 2) = 100/200 = 0,5
Salaire moyen (année 1) = (Pondération des chercheurs × Salaire des chercheurs) + (Pondération
des techniciens × Salaire des techniciens)
Salaire moyen (année 1) = (0,5 × 800 $) + (0,5 × 400 $) = 400 $ + 200 $ = 600 $
À l’année 1, il y a autant de chercheurs que de techniciens : le salaire moyen aurait donc pu être
obtenu en faisant une moyenne simple des deux niveaux de salaire.
Salaire moyen (année 1) = (Salaire des chercheurs + Salaire des techniciens) / 2
Salaire moyen (année 1) = (800 $ + 400 $)/2 = 600 $
À l’année 2, la proportion de chercheurs et de techniciens n’est plus la même : pour obtenir le salaire
moyen, il faut recalculer les pondérations.
Pondération des chercheurs = 60/200 = 0,3
Pondération des techniciens = 140/200 = 0,7
Salaire moyen (année 2) = (0,3 × 900 $) + (0,7 × 440 $) = 270 $ + 308 $ = 578 $
Chapitre 5 – Les indices – 9
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Il y a une autre manière de calculer le salaire moyen : il suffit de diviser la masse salariale totale de
l’entreprise par le nombre total d’employés. La masse salariale est le montant global de salaire versé
à un groupe de travailleurs.
Masse salariale des chercheurs = Salaire des chercheurs × Nombre de chercheurs
Masse salariale des techniciens = Salaire des techniciens × Nombre de techniciens
Masse salariale totale = Masse salariale des chercheurs + Masse salariale des techniciens
Salaire moyen = Masse salariale totale/Nombre total d’employés
Salaire moyen (année 1) = [(800 $ × 100) + (400 $ × 100)]/200 = (80 000 $ + 40 000 $)/200 =
120 000 $/200 = 600 $
Étrange paradoxe : le salaire moyen diminue alors que chaque catégorie d’employé voit son
salaire augmenter!
Entre l’année 1 et l’année 2, le salaire de chaque catégorie d’emploi augmente. En effet, celui des
chercheurs passe de 800 $ à 900 $ (soit une augmentation de [900 - 800]/800 = 0,125 = 12,5 %) et
celui des techniciens passe de 400 $ à 440 $ (soit une augmentation de 40/400 = 10 %).
Normalement, on devrait s’attendre à ce que le salaire moyen ait lui aussi augmenté. Pourtant, le
salaire moyen (colonne 9 du tableau) passe de 600 $ à 578 $ : il baisse de 3,66 % ([578 - 600]/600 =
-22/600 = -3,66 %). Un observateur de mauvaise foi aurait beau jeu d’accuser l’entreprise d’exploiter
sa main-d’œuvre. Quant à nous, il nous faut tirer les choses au clair.
Entre l’année 1 et l’année 2, il n’y a pas que les salaires qui changent. La structure d’emploi se
modifie également. L’entreprise compte relativement plus de techniciens (les moins bien payés) et
moins de chercheurs (les mieux payés) à la fin qu’au début. Cet exemple illustre la difficulté de
comparer des moyennes à deux moments différents. Le poids de chaque élément (les pondérations)
peut alors se modifier.
2.3. Des indices élémentaires à l’indice synthétique
Pour contourner le problème du changement de structure, nous construirons notre indice
synthétique à partir des indices élémentaires. Continuons avec notre exemple des salaires. L’indice
synthétique représente le salaire moyen dans l’entreprise et les indices élémentaires représentent le
salaire de chaque catégorie d’emploi. (Nous utiliserons ici des indices à base 100.)
Indice élémentaire à l’année N = (Valeur à l’année N/Valeur à l’année de base) × Base
Indice du salaire des chercheurs à l’année 2 = (900/800) × 100 = 112,5
Indice du salaire des techniciens à l’année 2 = (440/400) × 100 = 110
Pour obtenir l’indice synthétique, nous faisons la moyenne pondérée des indices élémentaires.
Toutefois, nous disposons de deux ensembles de pondérations : celles de l’année 1 et celles de
l’année 2. Il va falloir faire un choix. Il paraît plus logique d’utiliser les pondérations de l’année de
base et de considérer que la structure n’a pas changé que de faire l’inverse. Il est en effet difficile
d’imaginer que les pondérations actuelles s’appliquent rétroactivement à la situation initiale. Mais
tout cela n’est qu’une question de convention. Le tricheur choisira l’une ou l’autre variante de l’indice
synthétique pour embellir la réalité. La personne avisée s’assurera de comparer des choses
comparables et de démasquer les tricheurs.
Chapitre 5 – Les indices – 10
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Indice synthétique = (Pondération 1 × Indice de l’élément 1) + (Pondération 2 × Indice 2)
+ etc.
Indice synthétique = (Indice élémentaire des chercheurs × Pondération des chercheurs) + (Indice
élémentaire des techniciens × Pondération des techniciens)
Indice de Laspeyres
Indice synthétique (pondérations de l’année 1) = (112,5 × 0,5) + (110 x 0,5) = 111,25
Indice de Paasche
Indice synthétique (pondérations de l’année 2) = (112,5 × 0,3) + (110 x 0,7 = 33,75 + 77 = 110,75)
Ces deux variantes de l’indice synthétique portent le nom de leur glorieux inventeur. Dans la grande
majorité, des cas, on utilise la première variante et on se contente de parler d’indice synthétique.
Mais si, en fouillant un jour dans des statistiques, vous rencontrez ces noms, vous saurez qu’ils ne
cachent rien d’effrayant.
Si on constate un léger écart entre les deux indices, on s’aperçoit néanmoins que les résultats sont
réalistes. Sachant que les augmentations de salaire par catégorie d’emploi varient entre 12,5 % (pour
les chercheurs) et 10 % (pour les techniciens), on s’attend normalement à ce que l’augmentation du
salaire moyen soit comprise entre ces deux extrêmes. Et en effet, dans le premier cas (indice
synthétique basé sur les pondérations de l’année 1), les salaires augmentent de 11,25 % entre les
deux périodes (l’indice passe de 100 à 111,25) et dans le second cas, ils augmentent de 10,75 %. De
toute façon, ces indices synthétiques nous montrent bien que l’entreprise en question paie mieux
ses employés qu’au point de départ, même si la masse salariale distribuée a diminué.
Chapitre 5 – Les indices – 11
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
2.4. Les sorties au cinéma ne sont plus ce qu’elles étaient
Pour vous permettre de vérifier si vous avez bien compris ce qu’est un indice synthétique, nous vous
proposons un exemple simple et typique. Le tableau 5.5 illustre l’évolution des prix rattachés à une
sortie au cinéma pour une personne. Comme on peut le voir, il en coûte de plus en plus cher d’aller
voir un film : le billet d’entrée, le ticket d’autobus et même le cornet de popcorn augmentent,
quoique dans des proportions variables. Notre but ici est de construire un indice des prix basé sur
l’année 1 (à laquelle on attribuera une base de 100).
Tableau 5.5 - Indice synthétique : une sortie au ciné
Prix de la sortie (en $)
1 billet de 2 billets 1 cornet de Dépense
cinéma d'autobus popcorn totale
Année 1 6 2 2 10
Année 2 8 4 3 15
Taux de variation (en %) 33,3 100,0 50,0 50,0
Indices élémentaires (année 1 = 100)
1 billet de 2 billets 1 cornet de
cinéma d'autobus popcorn
Année 1 100,0 100,0 100,0
Année 2 133,3 200,0 150,0
Taux de variation (en %) 33,3 100,0 50,0
Pondération des éléments (coefficients budgétaires)
1 billet de 2 billets 1 cornet de
cinéma d'autobus popcorn Total
Année 1 0,600 0,200 0,200 1,000
Année 2 0,533 0,267 0,200 1,000
(Données fictives)
Les indices élémentaires sont inscrits dans la deuxième partie du tableau 5.5. À l’année 2, l’indice du
prix du billet de cinéma est de 133,3 (soit [8/6 ] × 100). Les pondérations figurent dans la troisième
partie du tableau. À l’année 2, le billet de cinéma représente 0,533 du budget total de la sortie (soit
8 $/15 $ = 0,533).
L’indice synthétique pour l’année 2 est calculé de la manière suivante :
Indice synthétique (pondérations de l’année 1) = (133,3 × 0,6) + (200 x 0,2) + (150 × 0,2) = 80 + 40 +
30 = 150
(En vérifiant ces calculs, vous constaterez peut-être de légers écarts à cause de la manière dont les
chiffres ont été arrondis.)
Selon l’indice basé sur les pondérations de l’année 1, le prix moyen d’une sortie au cinéma a
augmenté de 50 % (soit [150 - 100]/100 = 50/100 = 0,5 = 50 %). Cela correspond d’ailleurs au taux
de variation de la dépense totale qui passe de 10 $ à 15 $.
Chapitre 5 – Les indices – 12
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Étant donné que nos chiffres ne portent que sur deux années, l’indice basé sur les pondérations de
l’année 2 présente peu d’intérêt ici. Si on devait le calculer, cet indice serait égal à (133,3 × 0,533) +
(200 × 0,267) + (150 × 0,2) = 71,11 + 53,33 + 30 = 154,44). Par contre, les pondérations de l’année 2
pourraient servir à construire l’indice d’une éventuelle année 3.
FORMULES : L’INDICE SYNTHÉTIQUE
Indice synthétique = Moyenne pondérée des indices élémentaires
Moyenne pondérée = (Pondération de l’élément 1 × Élément 1) + (Pondération 2 ×
Élément 2) + etc.
Si chaque élément fait partie d’un même tout, on calcule une pondération ainsi :
Pondération de l’élément 1 = Valeur de l’élément 1/Somme des éléments
Sinon, les pondérations font l’objet d’un choix « éclairé ».
Indice élémentaire à l’année N = (Valeur à l’année N/Valeur à l’année de base) ×
Base
Exemple : calcul de l’indice synthétique du prix de la sortie au cinéma (tableau 5.5)
Indices élémentaires à l’année 2 :
Indice de l’élément 1 = (8/6) × 100 = 133,3
Indice de l’élément 2 = (4/2) × 100 = 200
Indice de l’élément 3 = (3 /2) × 100 = 150
Pondérations (basées sur l’année de départ) :
Pondération de l’élément 1 = 6/10 = 0,6
Pondération de l’élément 2 = 2/10 = 0,2
Pondération de l’élément 3 = 2/10 = 0,2
Indice synthétique :
(0,6 × 133,3) + (0,2 × 200) + (0,2 × 150) = 80 + 40 + 30 = 150
Chapitre 5 – Les indices – 13
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
EXERCICES 2
1. Grandeur et décadence du 33 tours
À l’aide des chiffres du tableau 5.6, calculez l’indice synthétique des prix des disques et des cassettes,
avec comme base l’année 1984 = 100. Utilisez les prix moyens pour construire les deux indices
élémentaires, et la valeur des ventes pour calculer les pondérations. Les autres données du tableau
sont purement décoratives.
Figure 5.6 - Vente de disques et cassettes au Canada: le déclin du disque en vinyle
Livraisons nettes (milliers d'unités)
Disques 30 Disques Autres Total Totals
cm compacts disques disques cassettes
1984 32 759 209 14 811 47 779 35 550
1985 25 550 1 256 12 328 39 134 41 075
1986 22 477 3 489 10 464 36 430 42 555
1987 17 882 9 388 7 238 34 508 44 406
1988 12 395 14 708 5 786 32 889 51 356
Valeur des ventes (milliers
de $) Prix moyen ($) Vente par habitant (unités)
Disques Cassettes Disque Cassette Disques Cassettes
1984 133 885 119 803 2,80 3,37 1,86 1,38
1985 118 057 137 922 3,02 3,36 1,51 1,58
1986 136 200 145 242 3,74 3,41 1,39 1,62
1987 176 351 172 626 5,11 3,89 1,30 1,67
1988 206 136 244 286 6,27 4,76 1,22 1,91
Source des données brutes : Statistique Canada, Cansim 2904.
Note : les données en italiques sont des estimations; les données en vert constituent des données calculées.
Chapitre 5 – Les indices – 14
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3. UN CAS TYPIQUE : L’INDICE DU DÉVELOPPEMENT
HUMAIN
Nous avons affirmé à plusieurs reprises, dans ce manuel, que les chiffres ne mentent jamais. Ce sont
plutôt ceux qui en font un usage abusif, devant un auditoire crédule, qui mentent parfois. L’indice du
développement humain (IDH) mis au point par la Programme des Nations unies pour le
développement (PNUD) est un bon exemple de donnée chiffrée détournée à des fins politiques, du
moins dans les premières années de son existence. Le temps est venu d’examiner comment cet
indice est construit, étape indispensable avant une interprétation correcte des chiffres. Aux fins
d’analyse, nous travaillerons sur les données de 1992, époque où certains pays (que nous ne
nommerons pas) arrangeaient quelque peu les données qu’ils fournissaient au PNUD, afin de mieux
briller dans ce classement international. Le lecteur trouvera les derniers IDH sur le site du PNUD.
3.1. L’état de la question
Pour commencer, jetons un coup d’œil sur les résultats du palmarès. Dans le tableau 5.7, on
retrouve les 10 pays qui obtiennent le meilleur score ainsi qu’une sélection d’autres pays.
Tableau 5.7 - Indice du développement humain et autres indices
Indice
sexospécifique
Rang Indice du du PIB par habitant Rang
dans développement développement (États-Unis = dans
Pays l'IDH humain (IDH) humain (ISDH) 100) l'IDH
1992 2012
Canada 1 0,950 0,891 86 11
États-Unis 2 0,937 0,901 100 3
Japon 3 0,937 0,896 86 10
Pays-Bas 4 0,936 0,851 75 4
Finlande 5 0,934 0,918 68 21
Islande 6 0,933 75 13
Norvège 7 0,932 0,911 78 1
France 8 0,930 0,898 82 20
Espagne 9 0,930 0,795 56 23
Suède 10 0,929 0,919 77 7
Royaume-Uni 18 0,915 0,862 72 26
Mexique 53 0,842 0,741 31 81
Niger 174 0,207 0,196 3 186
Source : Rapport mondial sur le développement humain 1995, PNUD. Rapport 2014.
Note : le PIB par habitant est calculé selon la méthode de la parité des pouvoirs d'achat.
Nous avons ajouté au tableau 5.7 quelques autres indices, ainsi que le classement 2012. L’ISDH
(indicateur sexospécifique du développement humain) est une variante de l’IDH qui tient compte
des inégalités entre les sexes. Un pays où la discrimination sexuelle est plus grande est considéré
comme moins développé sur le plan humain et voit son score diminuer. Nous y reviendrons plus
Chapitre 5 – Les indices – 15
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
loin. Le PIB (produit intérieur brut) par habitant est la méthode de classement des pays la plus
courante. Mais le développement humain ne se limite pas à une simple dimension économique.
Étant donné que chaque PIB est comptabilisé en monnaie nationale, les données ont été converties
en dollars américains en tenant compte du pouvoir d’achat de chaque devise, et non du taux de
change officiel. Le tout a été ramené en indice, pour lequel les États-Unis servent de point de
référence. On voit que les classements différent selon la variable choisie : les États-Unis, premiers au
chapitre du PIB par habitant, se voient détrôner par le Canada si on se fie à l’IDH, et le Canada perd
lui-même sa première place si on tient compte de la discrimination sexuelle.
Chapitre 5 – Les indices – 16
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
3.2. La composition de l’IDH
Pour permettre à l’être humain de bien se développer à travers son travail, ses loisirs, ses activités
sociales, culturelles et politiques, il faut lui donner un minimum d’atouts. Une personne qui n’a pas
accès aux soins médicaux, qui n’a pas la chance de s’instruire et qui a de la difficulté à satisfaire ses
besoins matériels les plus essentiels a peu de possibilités de se développer. C’est du moins le point
de vue qui a amené le PNUD à identifier trois dimensions du développement humain : la santé, le
niveau d’éducation et le niveau de vie. Nous avons déjà parlé de ces trois dimensions au début du
chapitre. Voyons maintenant comment traduire ces principes par des données mesurables. Le
tableau 5.8 donne les résultats obtenus par quelques pays.
Tableau 5.8 - Les composantes de l'indice du développement humain (IDH) en 1992
PIB par
Taux de habitant (en
Rang Espérance Taux scolarisation parité des
dans de vie à la d'alphabétisation tous niveaux pouvoirs PIB corrigé
l'IDH Pays naissance des adultes confondus d'achat) par habitant
(années) (en %) (en %) (en $US) (en $US)
[1] [2] [3] [4] [5]
1 Canada 77,4 99 100 20 520 5 359
2 États-Unis 76,0 99 95 23 760 5 374
3 Japon 79,5 99 77 20 520 5 359
8 France 76,9 99 86 19 510 5 347
Royaume-
18 Uni 76,2 99 77 17 160 5 341
53 Mexique 70,8 89 65 7 300 5 213
174 Niger 46,5 12 14 820 820
Indicateur Indicateur de Indicateur du
d'espérance niveau Indicateur de développement
de vie d'éducation PIB humain
[6] [7] [8] [9]
1 Canada 0,87 0,99 0,98 0,950
2 États-Unis 0,85 0,98 0,99 0,937
3 Japon 0,91 0,92 0,98 0,937
8 France 0,87 0,95 0,98 0,930
Royaume-
18 Uni 0,85 0,92 0,98 0,916
53 Mexique 0,76 0,81 0,96 0,842
174 Niger 0,36 0,13 0,13 0,207
Source : Rapport mondial sur le développement humain 1995, PNUD.
Indicateur 1 : l’espérance de vie mesure la longévité.
L’espérance de vie à la naissance est un indicateur tout indiqué pour représenter sous forme de
chiffre la possibilité de vivre en bonne santé et longtemps. Cet indicateur est facile à obtenir pour
tous les pays et reflète de façon éloquente les chances qu’a l’individu de protéger sa santé.
Chapitre 5 – Les indices – 17
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Le chiffre ainsi obtenu est maintenant transformé en indicateur, en le mettant sur une échelle de 0 à
1. Le PNUD fixe la valeur maximum de la longévité humaine à 85 ans (le Japon obtient 79,5) et la
valeur minimum à 25 ans (n’importe quelle société, même primitive, peut atteindre ce résultat). Un
pays où l’espérance de vie serait de 25 ans se verrait donc attribuer la note de 0; un pays où
l’espérance de vie serait de 85 ans se verrait attribuer la note de 1.
Indicateur pour un pays = (Valeur du pays – Valeur minimale)/(Valeur maximale – Valeur
minimale)
Indicateur d’espérance de vie pour le Mexique = (70,8 – 25)/(85 – 25) = 45,8/60 = 0,76
Indicateur 2 : le taux d’alphabétisation et le taux de scolarisation indiquent le niveau d’éducation.
Pour l’accès à l’éducation, le PNUD combine deux indicateurs : le taux d’alphabétisation des adultes
(qui reflète l’état de la situation) et le taux de scolarisation (qui nous dit où on s’en va). La moyenne
entre les deux indicateurs est une moyenne pondérée : le taux d’alphabétisation compte pour les
2/3 et le taux de scolarisation pour 1/3.
Le taux de scolarisation est également ramené sur une échelle de 0 à 1 (ou 0 à 100 %), le pays ayant
obtenu le meilleur score (le Canada) servant de base. Ainsi, le score de 65 (%) pour le Mexique
signifie que dans ce pays, le taux de scolarisation équivaut à 65 % du taux canadien. En d’autres
mots, le taux de scolarisation est indexé sur la valeur d’un pays de référence.
Indicateur pour un pays = (2/3 × Taux d’alphabétisation) + (1/3 × Taux de scolarisation)
Indicateur du niveau d’éducation pour le Mexique = (2/3 × 88,6 %) + (1/3 × 65 %) = 81 % = 0,81
Indicateur du niveau d’éducation pour le Mexique = (2 × 88,6 % + 1 × 65 %)/3 = 81 % = 0,81
Indicateur 3 : le PIB par habitant mesure le niveau de vie.
C’est le PIB par habitant qui a été choisi comme indicateur du niveau de vie. Le PIB représente la
valeur de la production annuelle sur un territoire donné. Par ailleurs, la méthode de calcul choisie
pour évaluer le PIB tient compte de la disparité du coût de la vie d’un pays à l’autre. Même si le PIB
par habitant peut prendre n’importe quelle valeur positive, le PNUD estime qu’il varie en pratique
entre 100 $ (le minimum vital) et 40 000 $ (niveau au-delà duquel la richesse matérielle n’a plus
aucune utilité en matière de développement humain).
Mais ce n’est pas tout. Passé un certain seuil, l’augmentation du revenu d’un individu apporte de
moins en moins de satisfaction. Le PNUD fixe ce seuil à 5 120 $ US, soit la moyenne mondiale du PIB
par habitant. Jusqu’à ce seuil, chaque dollar est compté à sa pleine valeur, au-delà du seuil, chaque
dollar compte de moins en moins. On voit ainsi, dans le tableau 5.8, le Niger conserve son score de
820 $, alors que le score du Canada est ramené de 20 520 $ à 5 359 $. Un pays qui aurait obtenu le
maximum (40 000 $) verrait son score ramené à 5 448 $*.
Pour les curieux (les autres s’abstenir), voici un exemple du calcul de conversion : le PIB par habitant
du Canada est de 20 520 $; cette valeur est découpée en tranches de 5120 $ (la moyenne mondiale),
soit 20 520 = 5120 + 5120 + 5120 + 40; on traite ensuite les tranches de la façon suivante : 5120 + (2
× 51201/2) + (3 × 51201/3) + (4 × 51201/4) + (5 × 401/5) = 5359. Ouf, n’est-ce-pas?
Comme les autres indicateurs, le PIB par habitant est ramené sur une échelle de 0 à 1. Un pays qui
aurait un PIB par habitant de 100 $ (le minimum) se verrait attribuer la note de 0; un pays qui aurait
un PIB par habitant de 5 448 $ (le maximum) se verrait attribuer la note de 1.
Chapitre 5 – Les indices – 18
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Indicateur pour un pays = (Valeur du pays – Valeur minimale)/(Valeur maximale – Valeur
minimale)
Indicateur du niveau de vie pour le Canada = (5 359 – 100)/(5 448 – 100) = 0,98.
Indicateur du niveau de vie pour le Mexique = (5 213 – 100)/(5 448 – 100) = 0,96.
L’IDH représente la moyenne des trois indicateurs
Le PNUD a estimé que chacun des indicateurs avait la même importance dans l’évaluation du
développement humain. Il leur attribue donc à chacun une pondération de 1/3. Cela revient à faire
une moyenne simple dans laquelle chaque élément est traité en parts égales.
IDH d’un pays = (Indicateur 1 + Indicateur 2 + Indicateur 3)/3
IDH du Mexique = (0,76 + 0,81 + 0,96)/3 = 2,53/3 = 0,843
IDH du Mexique = (0,333 × 0,76) + (0,333 × 0,81) + (0,333 × 0,96) = 0,843
3.3. Un regard critique
Il est temps d’examiner de plus près l’attitude triomphaliste du gouvernement canadien de l’époque.
Ce dernier prétend en gros que le Canada est le pays où on vit le mieux au monde, et que cette
affirmation est d’autant plus crédible qu’elle vient d’une source étrangère et sérieuse (ce qui
constitue un double sophisme). Pourtant, le PNUD prend la peine de dire que l’IDH n’est pas une
mesure du bien-être ou du degré de bonheur d’une société. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que
nous mesurons ici des phénomènes humains et non la trajectoire des planètes : le degré de
précision n’est pas le même. Ainsi, il est intéressant de comparer le Japon (IDH de 0,937) à Cuba
(0,769), à la Chine (0,594), au Bangladesh (0,364) et au Niger (0,207). D’ailleurs, le PNUD divise lui-
même les pays en 3 catégories : les pays à développement humain élevé (IDH de 0,8 et plus), moyen
(IDH entre 0,5 et 0,799) et faible (IDH inférieur à 0,5). Par contre, la différence entre le Canada et le
Japon est si minime qu’elle n’est pas pertinente.
Si on observe de plus près les indicateurs fournis par chaque pays, on constate des phénomènes
pour le moins étonnants. Le Japon battrait facilement le Canada si son taux de scolarisation dans
l’enseignement supérieur (18 à 24 ans) n’était pas si faible (19,5 % contre 73,4 % pour le Canada). Il
serait surprenant que les Japonais aient un tel retard sur le Canada dans ce domaine. Cela ne
signifierait-il pas plutôt que les Canadiens mettent plus de temps à apprendre que les studieux
confrères Japonais, ou, tout simplement, que les chiffres du Canada sont carrément truqués?
D’ailleurs, les taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur des États-Unis (72,9 %), de la
France (51,2 %) et du Royaume-Uni (31,9 %) semblent montrer que les systèmes nord-américains,
européens et japonais ne sont tout simplement pas comparables.
Enfin, le niveau du PIB par habitant est très minimisé dans la formule de l’IDH : comparez, dans le
tableau 5.8, le PIB par habitant et l’indicateur de PIB qui en est déduit. De plus, si on utilise le taux de
change (et non le pouvoir d’achat) pour faire les comparaisons entre pays, on constate que le PIB
par habitant du Japon dépasse de moitié celui du Canada. Le coût de la vie étant plus élevé au
Japon (à peu près 50 %, également), les deux pays se voient attribuer le même PIB par habitant. Il
n’en demeure pas moins qu’un Japonais qui voyage au Canada doit trouver la vie bon marché, alors
que le Canadien en visite au Japon, tout champion de l’IDH qu’il est, ne doit pas toujours se sentir
très riche.
Chapitre 5 – Les indices – 19
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
3.4. L’ISDH, indice sexospécifique du développement humain
L’ISDH est une sorte d’IDH amélioré. Derrière les moyennes sur lesquelles est construit l’IDH se
cachent parfois de profondes inégalités : entre races, entre sexes, entre classes sociales, etc. Or, 50
personnes très riches, en bonne santé et diplômées universitaires accompagnées de 50 personnes
très pauvres, malades et sans instruction ne font pas 100 êtres humains développés. Dans le calcul
de l’ISDH, on tient justement compte d’une des formes d’inégalités la mieux partagée à travers le
monde : celle qui existe entre les sexes. Plus les inégalités entre sexes seront grandes dans un pays,
plus son ISDH sera faible par rapport à son IDH (à moins que cette inégalité se manifeste au
détriment des hommes). À l’opposé, un pays où il n’y aurait pas d’inégalités obtiendrait le même
ISDH que son IDH.
Les indicateurs retenus pour l’ISDH sont sensiblement les mêmes que pour l’IDH : espérance de vie,
taux d’alphabétisation et de scolarisation, PIB par habitant. Pour mesurer l’inégalité, on tient compte,
pour chaque indicateur, de l’écart entre les hommes et les femmes (voir tableau 5.9).
Tableau 5.9 - Les composantes de l'indice sexospécifique du développement humain (ISDH)
Part des
Espérance de Taux Taux de revenus du
Rang Pays ISDH IDH vie d'alphabétisation scolarisation travail
(années) (%) (%) (%)
Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes
1 Suède 0,919 0,929 81 75 99,0 99,0 79,3 76,7 41,6 58,4
9 Canada 0,891 0,950 81 74 99,0 99,0 100,0 100,0 29,3 70,7
47 Cuba 0,726 0,769 77 74 94,2 95,5 67,7 67,9 27,2 72,8
127 Niger 0,196 0,207 48 45 5,8 19,3 10,2 18,0 39,6 60,4
Source : Rapport mondial sur le développement humain 1995, PNUD.
La longévité.
En principe, l’espérance de vie des femmes dépasse celle des hommes de 5 ans. En Suède, l’écart est
de 5,7 ans, au Canada de 6,5 et au Niger de 3,2. La Suède et le Canada améliorent leur score.
Le niveau d’éducation.
Là encore, l’écart est en faveur des femmes pour la Suède alors qu’il est en défaveur des femmes au
Niger. La Suède gagne des points et le Niger en perd. Le Canada ne bouge pas.
Le niveau de vie.
Étant donné qu’il n’existe pas de PIB par homme ou par femme (alors qu’il existe une espérance de
vie pour chaque sexe), on a choisi d’utiliser la répartition des revenus du travail entre les sexes pour
mesurer l’inégalité du niveau de vie. Les femmes reçoivent 41,6 % des revenus du travail en Suède,
39,6 % au Niger et seulement 29,3 % au Canada. On voit que la Suède est proche de l’égalité à ce
chapitre et que le Canada en est loin. Deux remarques s’imposent ici. D’une part, la plus faible
proportion obtenue par les femmes peut être due à des salaires plus bas, mais aussi à une plus
faible participation au marché du travail. D’autre part, pour évaluer l’inégalité, il faut comparer la
part du revenu reçu par les femmes à la proportion de ces mêmes femmes dans la population (qui
Chapitre 5 – Les indices – 20
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
n’est pas nécessairement de 50 %). Si au Canada, les femmes représentent près de 51 % de la
population, cette proportion descend jusqu’à 47 % dans certains pays (Corée du Sud, Inde).
Dans l’ensemble, la Suède et Cuba font bonne figure au chapitre de l’ISDH, et pourtant le niveau de
vie est 5 fois plus élevé en Suède qu’à Cuba. Cela prouve que l’égalité est avant tout le résultat d’un
choix politique et non une affaire de gros sous. Les autres pays qui se classent mieux dans l’ISDH
que dans l’IDH (les pays à inégalités faibles) sont, entre autres, le Danemark, la Finlande, la Norvège,
la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Malaisie, Sri Lanka et la Jamaïque. À l’opposé, dans les pays
pour lesquels le classement selon l’ISDH est nettement inférieur à celui de l’IDH (les pays à inégalités
fortes), on retrouve l’Argentine, le Chili, l’Arabie Saoudite, l’Égypte, l’Algérie, les Pays-Bas, l’Espagne
et le… Canada.
EXERCICES 3
1. Sommes-nous les meilleurs?
Cet exercice se rapporte au tableau 5.8 (les composantes de l’IDH).
a) Comment se fait-il que le Japon obtienne le même IDH que les États-Unis malgré le fait que les
Japonais vivent plus vieux que les Américains?
b) À partir des données brutes (partie gauche du tableau 5.8), calculez les indicateurs d’espérance de
vie, de niveau d’éducation et de PIB et l’IDH pour la France et le Royaume-Uni. Comparez vos
résultats avec les chiffres figurant dans la partie droite du tableau.
2. Derrière l’indice, des principes
a) Quelles sont les trois dimensions du développement humain retenues dans la construction de
l’IDH? Quels sont les indicateurs choisis pour évaluer ces dimensions?
b) L’IDH est-il un bon indicateur du développement humain? Donnez le pour et le contre.
Chapitre 5 – Les indices – 21
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
4. L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION
Nous avons déjà fait connaissance avec l’indice des prix à la consommation au chapitre précédent.
On y voyait (à la figure 4.4) que les prix avaient baissé au Canada entre les deux guerres et qu’ils
n’avaient cessé d’augmenter depuis. Les changements de prix affectent la valeur (ou pouvoir
d’achat) de la monnaie : nous verrons comment en tenir compte grâce à l’indice des prix à la
consommation (IPC). L’étude de l’indice des prix à la consommation nous permettra en même temps
de revoir une bonne partie des notions abordées dans ce chapitre. (Les données historiques de l’IPC
figurent en annexe de ce manuel.)
4.1. L’IPC est un indice synthétique
Il existe de nombreux prix et tous n’ont pas le même impact sur le niveau général d’inflation. Une
hausse du prix du bœuf a plus de conséquences qu’une hausse du prix du poisson, car le bœuf pèse
3 fois plus lourd que le poisson dans le budget d’un consommateur canadien moyen. Statistique
Canada, qui est chargée de la construction de l’IPC, a élaboré un « panier type » de consommation
contenant environ 600 produits représentatifs des dépenses d’un ménage moyen. Chaque mois, cet
organisme relève en moyenne 60 000 prix. Certains produits voient leur prix relevé plusieurs fois et
en des lieux très différents alors que dans d’autres cas les prix, plus stables, sont relevés moins
souvent. Cela permet de calculer, pour chaque produit, un indice élémentaire.
L’IPC est un indice synthétique, c’est-à-dire qu’il combine tous ces indices élémentaires pour donner,
en un seul chiffre, un résumé du niveau des prix. Chacun des produits qui constituent le panier type
se voit attribuer une pondération conforme au comportement d’un ménage typique. L’indice
(élémentaire) du prix des disques est, par exemple, de 121 en 1994 (base 1986 = 100) et la
pondération des disques (et cassettes) est de 0,35 %. Cela signifie que le prix des disques a
augmenté de 21 % entre 1986 et 1994 et que l’achat de disques compte pour 0,35 % du budget d’un
ménage moyen. Comme on peut s’y attendre, les paniers types évoluent avec le temps, et celui de
2011 a remplacé la rubrique disques et cassettes par la rubrique équipement informatique numérique
et dispositifs (avec une pondération de 0,66 %).
Chapitre 5 – Les indices – 22
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Le tableau 5.10 indique les pondérations associées aux principaux groupes de produits. On y
remarque, par exemple, que les Canadiens dépensent deux fois plus pour s’habiller que pour
assouvir certains vices (tabac et alcool). Plutôt que d’indiquer la pondération de chaque élément du
panier (il aurait fallu plusieurs pages), nous les avons groupés par catégories. La pondération des
dispositifs numériques multifonctionnels (0,11 %, non citée dans le tableau), par exemple, fait partie
des 11,26 % alloués au groupe loisirs. La somme des pondérations donne évidemment 100 %
(colonne 1).
Tableau 5.10 - Pondérations de l'indice des prix au Canada
Pondérations
originales du IPC juin 2014 Pondérations
panier de (Base Moyenne du panier de
2011 2002 = 100) pondérée 1992
(en %) (en %)
[1] [2] [3] [4]
Aliments 16,35 136,4 22,30 18,04
Logement 25,86 132,2 34,19 27,58
Ameublement et équipement du ménage 12,57 116,4 14,63 10,35
Vêtements et chaussures 6,20 92,7 5,75 6,82
Transports 20,05 133,1 26,69 17,22
Soins de santé et soins personnels 4,95 119,0 5,89 4,35
Loisirs, formation et lecture 11,26 108,2 12,18 10,17
Boissons alcoolisées et produits du tabac 2,76 146,7 4,05 5,47
Ensemble 100,00 125,9 125,68 100,00
Source : Document de référence de l'indice des prix à la consommation, Statistique Canada; Cansim 326-0020.
Le tableau 5.10 contient aussi l’indice des prix pour juin 2014 (colonne 2). Celui des aliments, par
exemple, est de 136,4. Cela signifie que les prix des aliments ont augmenté de 36,4 % depuis l’année
de base (qui est 2002). Dans l’ensemble (dernière ligne du tableau), les prix ont augmenté de 25,9 %
entre 2002 et juin 2014. L’IPC, qui était de 125,9 en juin 2014, représente la moyenne (pondérée) de
tous les indices de la colonne 2.
Aux fins du calcul de l’indice synthétique (l’IPC), les indices de chaque groupe de produits du tableau
5.10 peuvent être considérés comme des indices élémentaires. Pour calculer l’IPC, nous avons donc
fait la moyenne pondérée des indices élémentaires (en utilisant les pondérations de la colonne 1).
Ainsi, les aliments contribuent à 16,35 % × 136,4 = 22,3 points de l’IPC de juin 2014 (colonne 3). La
somme de la colonne 3 donne l’IPC de juin 2014, que l’on peut comparer au chiffre officiel (en bas
de la colonne 2). Le léger écart entre les deux chiffres (125,9 pour le chiffre officiel et 125,68 pour
notre chiffre calculé) vient du fait que nous travaillons sur des données arrondies (à une seule
décimale de pourcentage) alors que Statistique Canada dispose de données plus précises.
Puisque l’IPC représente un indice synthétique, il n’est pas dit que tous les indices élémentaires qui
le composent le suivent de près. On remarque sur la figure 5.1, d’une part, que le prix de l’essence
est beaucoup plus instable que la moyenne des prix à la consommation et, d’autre part, que ce prix
a parfois eu tendance à augmenter plus rapidement que cette moyenne, notamment à partir de
l’année 2004. Curieusement, cela n’a pas empêché les Canadiens d’acheter de plus en plus de
camionnettes et de camions légers en guise de véhicules de promenade.
Chapitre 5 – Les indices – 23
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
À titre de complément au tableau 5.10, précisons que l’essence représentait 4,85 % de la
pondération de l’IPC en 2011, contre 5,57 % pour les autres frais associés à l’utilisation de véhicules
de tourisme et 7,64 % pour l’achat ou la location de ces mêmes véhicules. En tout, le coût du
transport privé comptait donc pour 18,06 % du budget d’un consommateur typique, contre 1,99 %
pour le transport public, et 16,35 % pour les aliments (ce dernier chiffre figure dans le tableau 5.10).
Comme nous venons de le constater, l’IPC nous livre volontiers toute une richesse d’informations.
Chapitre 5 – Les indices – 24
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
4.2. La mise à jour des pondérations
Avis : On recherche le « Canadien moyen ».
Les pondérations de l’IPC reposent sur le panier type d’un ménage canadien moyen. Mais le
Canadien moyen existe-t-il? Est-ce un individu à moitié français et à moitié anglais? Est-il très
catholique, assez protestant et un peu musulman? Certaines sociétés insistent sur ce qui unit leurs
membres, d’autres sur ce qui les distingue.
Pour contribuer au débat, nous vous proposons de comparer les pondérations des ménages
québécois, pauvres et riches (tableau 5.11 ci-après), à celles des ménages canadiens moyens
(colonne 4 du tableau 5.10, vu précédemment). Nous utiliserons pour cela les pondérations de 1992,
que nous comparerons ensuite à celles de 2011. Les différences sont évidentes, non seulement entre
les Québécois et les Canadiens en général, mais aussi entre les riches et les pauvres. Les ménages
pauvres affectent une plus grande partie de leur budget à la satisfaction des besoins essentiels
(aliments et logement). Ces écarts de pondération ne signifient pas pour autant qu’un groupe de la
population subit plus d’inflation que l’autre.
Tableau 5.11 - Les pondérations de l'IPC selon le niveau de vie au
Québec en 1992
Ménages pauvres Ménages riches (4e
(Pondérations basées sur les prix (1er quartile du quartile du
de 1992) revenu) revenu)
Aliments 23,0 18,1
Logement 33,5 20,4
Dépenses et équipement du
ménage 9,6 10,3
Habillement 5,4 8,6
Transport 10,9 18,5
Santé et soins personnels 5,5 5,5
Loisirs et formation 5,2 10,4
Tabac et alcool 4,9 4,0
Divers 2,0 4,2
Total 100 100
Source : Le Québec statistique, 1995.
Ces différences entre ménages riches et pauvres tendent par contre à montrer que les pondérations
sont susceptibles de changer avec le temps, puisqu’elles dépendent largement du niveau de revenu
et que celui-ci évolue sensiblement d’une génération à l’autre. Le fait que la part consacrée à
l’alimentation et au logement diminue d’une génération à l’autre (comparer les colonnes 1 et 4 du
tableau 5.10) témoigne d’une augmentation moyenne du niveau de vie à long terme. C’est la raison
pour laquelle Statistique Canada effectue régulièrement des enquêtes sur la consommation afin de
mettre à jour les pondérations.
Il n’y a d’ailleurs pas que les habitudes de consommation qui font changer les pondérations de l’IPC.
La hausse du prix de l’essence fera augmenter la pondération correspondante : on ne roulera pas
plus, mais l’essence pèsera plus lourd dans le budget. Raison de plus pour réviser périodiquement
les pondérations.
Chapitre 5 – Les indices – 25
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
4.3. L’IPC et le taux d’inflation
Le taux annuel d’inflation n’est autre que le taux annuel de variation des prix. Pour l’obtenir, il suffit
de comparer l’IPC de l’année qui nous intéresse à celui de l’année précédente. Ainsi, le taux
d’inflation en 1991 sera égal à l’écart entre les IPC de 1991 et de 1990 divisé par l’IPC de 1990 (voir
tableau 5.12).
Tableau 5.12 - Indice des prix et taux d'inflation
Taux de Indice du prix
IPC (base IPC (base IPC (base croissance des cassettes
1986 = 100) 1991 = 100) 2002 = 100) annuelle (%) et disques
[1] [2] [3] [4] [5]
1984 92,4 73,2 60,6 ..
1985 96,0 76,1 63 3,9 98,3
1986 100,0 79,2 65,6 4,2 100,0
1987 104,4 82,7 68,5 4,4 106,1
1988 108,6 86,1 71,2 4,0 114,3
1989 114,0 90,3 74,8 5,0 119,6
1990 119,5 94,7 78,4 4,8 120,5
1991 126,2 100,0 82,8 5,6 127,2
1992 128,1 101,5 84 1,5 121,1
1993 130,4 103,3 85,6 1,8 121,8
1994 130,7 103,6 85,7 0,2 121,0
1995 133,6 105,9 87,6 2,2
2002 152,5 120,8 100,0
2013 187,3 148,4 121,7
Source : Statistique Canada, Cansim.
Taux annuel d’inflation = (IPC de l’année considérée – IPC de l’année précédente)/IPC de
l’année précédente
Exemple : Taux d’inflation en 1991 = (126,2 – 119,5)/119,5 = 0,056 = 5,6 %
On pourrait de la même manière calculer un taux d’inflation sur une période différente. Le taux
d’inflation entre 1990 et 1994 serait de (130,7 – 119,5)/119,5 = 9,4 %.
Nous nous sommes servis des données de la colonne 1 pour calculer les taux d’inflation qui
précèdent, mais nous aurions tout aussi bien pu utiliser les données des colonnes 2 ou 3.
L’information contenue dans ces trois colonnes est la même, seul diffère le point de référence
(l’année de base).
Lorsque les prix baissent, les calculs restent les mêmes. Cependant, l’expression « inflation négative »
peut sembler un peu étrange. On pourra alors parler de déflation.
Chapitre 5 – Les indices – 26
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
4.4. Le changement de base
Il est facile de modifier l’année de base de l’IPC. C’est d’ailleurs ce que fait périodiquement
Statistique Canada, généralement au moment où elle met à jour les pondérations. Dans le tableau
5.12 ci-dessus, nous avons créé un nouvel IPC basé sur l’année 1991 (colonne 2). On observe que les
trois colonnes d’IPC sont proportionnelles. On peut facilement vérifier ce fait en calculant le taux
annuel d’inflation à partir des deux séries d’IPC : on obtient la même réponse.
IPC (base 1991) de l’année N = IPC (base 1986) de l’année N/IPC (base 1986) de l’année
1991 × Base
Exemple : IPC (base 1991) de 1994 = 130,7 /126,2 × 100 = 103,6
4.5. La croissance en valeur et la croissance réelle
La croissance réelle mesure la croissance du pouvoir d’achat d’une somme d’argent.
Entre 1985 et 2013, le salaire minimum passe de 4 $ à 10,15 $ au Québec. Le taux de croissance
semble appréciable : (10,15 – 4)/4 = 6,15/4 = 154 %. Dans le même temps, l’indice des prix à la
consommation (IPC base 2002 = 100) passe de 63 à 121,7. Autrement dit, les prix augmentent de :
(121,7 – 63)/63 = 93 %. On serait tenté de dire que le pouvoir d’achat a progressé de 61 % (soit 154 -
93), et on aurait tort! Mais comment calcule-t-on au juste le taux de croissance réelle du salaire?
Dans le tableau 5.13, nous avons converti le salaire officiel ou nominal (colonne 1) en dollars de 2002
(colonne 5) à l’aide de l’indice des prix à la consommation (colonne 3).
Tableau 5.13 - La croissance réelle du salaire miminum au Québec
Salaire Taux de Taux Salaire Taux de
minimum croissance en IPC (base d'inflation minimum croissance
($ courants) valeur (%) 2002 = 100) (%) ($ de 2002) réelle (%)
[1] [2] [3] [4] [5] [6]
1985 4,00 63,0 6,35
1986 4,35 8,7 65,6 4,1 6,63 4,4
1987 4,55 4,6 68,5 4,4 6,64 0,2
1988 4,75 4,4 71,2 3,9 6,67 0,4
1989 5,00 5,3 74,8 5,1 6,68 0,2
1990 5,30 6,0 78,4 4,8 6,76 1,1
1991 5,55 4,7 82,8 5,6 6,70 -0,8
1992 5,70 2,7 84,0 1,4 6,79 1,2
1993 5,85 2,6 85,6 1,9 6,83 0,7
1994 6,00 2,6 85,7 0,1 7,00 2,4
1995 6,45 7,5 87,6 2,2 7,36 5,2
2002 7,20 11,6 100,0 14,2 7,20 -2,2
2013 10,15 41,0 121,7 21,7 8,34 15,8
Sources : Commision des normes du travail du Québec (salaire minimum); Statistique Canada, Cansim (IPC).
Chapitre 5 – Les indices – 27
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Note : Le salaire minimum québécois passe de 6,45 $ en 1995 à 7,20 $ en 2002, soit une hausse apparente de
11,6 % (en valeur). Entre-temps, les prix augmentent 14,2 %. Les prix ayant augmenté plus vite que le salaire,
le pouvoir d'achat du salarié diminue de 2,2 %. Ce dernier chiffre peut être obtenu en convertissant le salaire
officiel (exprimés en dollars courants) en salaire réel (exprimé en dollars d'une année de base) grâce à l'indice
des prix à la consommation (IPC).
Salaire d’une année particulière en $ de 2002 = Salaire nominal/IPC (base 2002) × Base
Exemple : Salaire de 2013 en $ de 2002 = 10,15 $/121,7 × 100 = 8,34 $.
Un calcul similaire pourrait être fait pour n’importe quelle année de base.
Le salaire réel (en pouvoir d’achat) passe donc de 6,35 $ en 1985 à 8,34 $ en 2013 (colonne 5). Le
taux de croissance réelle du salaire est de (8,34 – 6,35)/6,35 = 0,314 = 31,4 % entre 1985 et 2013. Ça
peut paraître beaucoup, mais pendant ces 28 ans, le PIB réel par habitant a augmenté de 75 % au
Québec (source : Cansim 384-0038). Paradoxalement, le sort des travailleurs les plus modestes
s’améliore moins vite que celui de l’ensemble de la population.
Il existe une autre méthode pour calculer le taux de croissance réelle. Pour cela, il faut utiliser une
forme particulière d’indice : ce que nous avons appelé, au chapitre 4, l’indice de variation. Reprenons
les données du problème pour la période 1985-2013. Le salaire officiel (ou nominal) augmente de
154 % (il est multiplié par 2,54) et les prix augmentent de 93 % (ils sont multipliés par 1,93).
D’habitude, lorsqu’on divise le montant d’argent qu’on a en poche par le prix d’un article, on sait
alors combien d’articles on peut acheter. On agira ici de la même manière : en divisant l’indice de
variation du salaire officiel par l’indice de variation des prix, on obtient l’indice de variation du
pouvoir d’achat : 2,54/1,93 = 1,316. Pour chaque dollar gagné en 1986, on reçoit maintenant 1,316
dollars, soit une hausse de 31,6 % (le léger écart entre ce taux et celui du paragraphe précédent est
dû au moindre degré de précision utilisé ici).
Indice de variation réelle = Indice de variation nominale / Indice de variation des prix
Indice de variation = 1 + Taux de variation
Taux de variation = Indice – 1
2,54/1,95 = 1,316, d’où le taux de variation = 1,316 – 1 = 0,316 = 31,6 %.
Cette méthode possède un autre avantage : on n’a même pas besoin de connaître le salaire ou l’IPC
pour déterminer le taux de croissance réelle, les taux de variation suffisent.
Cette méthode nous permet de calculer, par exemple, que :
• une hausse de salaire (nominal) de 32 % combinée à 10 % d’inflation équivaut à une hausse
réelle de 20 % (car 1,32/1,10 = 1,20);
• un taux d’intérêt bancaire de 15,5 % combiné à 10 % d’inflation rapporte en réalité 5 % (car
1,155/1,10 = 1,05);
• une hausse de 7,2 % de l’aide aux pays en développement combinée à 10 % d’inflation équivaut
en pouvoir d’achat à une baisse de 2,5 % (car 1,072/1,10 = 0,975, d’où le taux 0,975 – 1 = –0,025
= –2,5 %).
Chapitre 5 – Les indices – 28
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Cette méthode de calcul du taux de croissance réelle est un peu plus abstraite que la précédente,
mais elle n’a rien de sorcier et elle peut facilement s’appliquer à de nombreuses situations.
Pour conclure sur l’IPC, soulignons qu’il existe d’autres indices de prix (des importations, de la
production, des biens d’équipement, des matières premières). Le ménage qui veut évaluer son
augmentation de salaire ou son taux d’hypothèque se basera sur l’indice des prix à la
consommation. L’éleveur de bétail s’intéressera plutôt à l’indice des prix du grain. Ces indices de prix
sont relativement faciles à obtenir. Ce qui compte, c’est avant tout d’utiliser l’indice approprié à la
situation étudiée.
EXERCICES 4
1. Taux de variation
a) Quel est le taux d’inflation en 1986, 1987 et 1994?
b) Quel est le taux de variation du prix des disques et cassettes en 1986?
Note : utilisez les indices de prix du tableau 5.12.
2. La croissance réelle
a) Vérifiez les taux de croissance réelle du salaire minimum en 1986, 1987 et 1994 qui apparaissent au
tableau 5.13.
b) Calculez le taux de croissance réelle du salaire minimum entre 1988 et 1993.
c) La Banque Nationale du Canada offre un taux d’intérêt de 7 % sur ses comptes d’épargne en 1986.
Quel est le taux d’intérêt réel?
d) Recherche. Consultez le site de la Commission des normes du travail du Québec pour obtenir les
dernières données sur le salaire minimum.
Chapitre 5 – Les indices – 29
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
EXERCICES SUPPLÉMENTAIRES
1. Le paradis des retraités
Un Canadien qui songeait à prendre sa retraite en 1995 pourrait constater, à la lecture du tableau
5.14, que les maisons ne sont pas chères en Irlande, mais que le coût de la vie y est plus élevé qu’au
Mexique. Pour simplifier les comparaisons, nous vous demandons de convertir tous les chiffres du
tableau en indices, en utilisant comme base la ville canadienne qui figure dans le tableau.
Tableau 5.14 - Le coût de la vie dans les villes de rêve pour
retraités en 1995
Achat d'une Dépenses
maison de 3 mensuelles par
chambres personne
(en $US)
Sarasota États-Unis 160 000 1500
Okanagan Canada 115 000 900
San José Costa Rica 120 000 600
Comtés de l'Ouest Irlande 90 000 700
Guadalajara Mexique 100 000 500
Source: Fortune, 24 juillet 1995.
Chapitre 5 – Les indices – 30
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
2. Les disparités en Allemagne après la réunification
Dans le tableau 5.15 ci-dessous, le PIB par tête sert d’indicateur du niveau de vie dans les différents
Länder (provinces, ou régions) qui forment la République fédérale d’Allemagne.
Tableau 5.15 - L'Allemagne unie mais pas homogène
Population Superficie PIB par tête
(en milliers de (en milliers de
(en millions) km²) marks)
Rhénanie-du-Nord-Westphalie 17,8 34,1 43,4
Bavière 11,9 70,5 49,1
Bade-Wurtemberg 10,2 35,8 48,3
Basse-Saxe 7,7 47,6 40,1
Hesse 6,0 21,2 57,1
Saxe* 4,6 18,4 23,7
Rhénanie-Palatinat 3,9 19,8 38,7
Berlin 3,5 0,9 42,6
Saxe-Anhalt* 2,8 20,4 23,4
Schleswig-Holstein 2,7 15,7 40,7
Brandebourg* 2,5 29,5 25,1
Thuringe* 2,5 16,2 23,3
Mecklembourg-Poméranie-Occidentale* 1,8 23,2 22,5
Hambourg 1,7 0,8 78,9
Sarre 1,1 2,6 39,5
Brême 0,7 0,4 58,1
Source : Der Spiegel in Courrier international, 23 mai 1996.
Note : 1 DM (Deutsche Mark) = 0,71 $CAN au 11 juillet 1995.
a) On peut déduire des données du tableau que le PIB total de l’Allemagne est 3 465 milliards de
marks et que le pays compte 81,4 millions d’habitants. Calculez le PIB par tête pour l’ensemble de
l’Allemagne.
b) En prenant comme base le PIB par tête dans l’ensemble de l’Allemagne (tel que calculé dans la
sous-question précédente), calculez l’indice de PIB pour chacun des Länder allemands.
c) Qu’avez-vous à dire sur les régions marquées d’un astérisque dans le tableau?
Laboratoire
d) Vérifiez, à l’aide des données du tableau, que le PIB total de l’Allemagne est bien de 3 465
milliards de marks (conseil : utilisez un chiffrier électronique).
e) Tracez un diagramme circulaire représentant la répartition de la population par Land.
f) Dessinez une carte d’Allemagne en représentant l’indice de PIB par tête par des couleurs plus ou
moins foncées.
g) Recherche. Obtenez des données similaires sur un autre pays et dessinez une carte semblable à
celle de la sous-question précédente.
Chapitre 5 – Les indices – 31
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
3. Les familles qui ont encore des enfants
Le tableau 5.16 ci-dessous montre comment le revenu des différents types de familles canadiennes
varie avec les années. Aux fins de l’étude, on n’a considéré que les familles qui ont un ou plusieurs
enfants (il n’existe pas de famille monoparentale sans enfants!), et on n’a pas tenu compte des
enfants de 18 ans et plus, ni des familles dont le chef avait 65 ans ou plus.
Tableau 5.16 - Évolution du revenu moyen des familles canadiennes
Deux Deux
parents et Père et Mère et parents et Père et Mère et
enfants enfants enfants enfants enfants enfants
(en $ de 1991) (en $ de 2011)
1981 56 005 42 923 23 686 2001 79 300 49 200 37 300
1982 54 666 38 496 21 682 2002 80 100 49 900 34 700
1983 54 424 35 641 21 435 2003 80 700 53 100 34 900
1984 54 642 38 153 22 491 2004 83 600 50 500 35 700
1985 56 244 36 405 22 174 2005 81 900 57 700 40 300
1986 57 469 37 707 22 271 2006 84 000 59 000 40 900
1987 58 824 47 024 22 907 2007 88 300 56 200 42 500
1988 59 724 40 248 22 938 2008 89 000 56 900 43 500
1989 61 644 47 062 25 020 2009 89 000 58 500 45 800
1990 60 420 38 790 23 196 2010 91 400 58 600 46 100
1991 59 014 36 669 22 186 2011 93 700 55 100 43 000
Source : Statistique Canada, Enquête sur les finances des consommateurs, SC 13-207; Cansim 202-0603.
Note : Seules les familles ayant des enfants de moins de 18 ans et dont le chef est âgé de moins de 65 ans
sont comptabilisées.
a) Calculez l’indice de revenu pour chacune des trois catégories en prenant 1981 pour année de base
(1981 = 100).
b) Calculez, pour les familles biparentales, le taux de variation annuel en 1982, 1990 et 1991 en
utilisant d’abord les chiffres bruts et en utilisant ensuite les indices.
c) Calculez le taux de croissance total entre 1981 et 1991.
d) Calculez le taux de croissance annuel moyen entre 1981 et 1991.
e) Que pensez-vous de l’affirmation suivante : « En réalité, le revenu moyen des familles a baissé au
cours des années 1980, compte tenu de l’augmentation du coût de la vie. »
f) Que pensez-vous de l’affirmation suivante : « Au cours de la décennie 2001-2011, ce sont les
familles monoparentales, et notamment celles dont le chef de famille est un homme, qui ont connu
la plus faible croissance du revenu familial moyen. »
Chapitre 5 – Les indices – 32
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
4. L’université : pas gratuit!
L’indice des frais de scolarité universitaires aux États-Unis (base 1980 = 100) était en 1994 de 360
pour les universités d’État et de 340 pour les universités privées (source : Fortune, 25 juillet 1995).
L’indice des prix à la consommation de 1994 était quant à lui d’environ 180 (toujours avec la même
base de comparaison).
a) Calculez le taux de croissance des frais entre 1980 et 1994 pour les deux types d’université.
b) Calculez le taux de croissance annuel moyen des frais entre 1980 et 1994 pour les deux types
d’université.
c) Calculez le taux de croissance réel (en tenant compte de l’inflation) des frais entre 1980 et 1994
pour les deux types d’université.
À titre d’information supplémentaire, les frais de scolarité étaient en 1995-96 de 20 865 $US pour
Harvard (université privée) et de 4 354 $US pour Berkeley (université publique). À Berkeley
cependant, les étudiants en provenance de l’extérieur de la Californie devaient débourser 12
053 $US. En 2014, les frais de scolarité pour un étudiant de première année étaient de 41 616 $ à
Harvard et 16 294 $ à Berkeley.
En juin 2014, l’indice des frais de scolarité aux États-Unis (base 1982-1984 = 100) était de 659,5,
contre 238,3 pour l’indice d’ensemble des prix à la consommation. Cela signifie que les prix, en
général, avaient augmenté de 138,3 % au cours de ces trois décennies, alors que les frais de
scolarité, en particulier, avaient augmenté de 559,5 % (source : Bureau of Labor Statistics)! Si les
États-Unis ne bénéficiaient pas d’un puissant exode des cerveaux en leur faveur, on pourrait se
demander si une telle situation n’est pas suicidaire pour le pays et sa prospérité future.
5. Commentaire de tableau
Commentez le tableau 5.17.
Tableau 5.17 - Indice de production
alimentaire par habitant
(1979-81 = 100) 1992
Libye 84
Tunisie 121
Syrie 93
Jordanie 134
Algérie 127
Liban 190
Iraq 84
Égypte 119
Maroc 110
Yémen 74
Soudan 89
Source : Rapport mondial sur le développement
humain 1995, PNUD. Données de 1992.
Chapitre 5 – Les indices – 33
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Notes : le tableau comprend les pays arabes, à
l'exception des pays riverains du Golfe Persique.
Les pays sont classés selon l'indice de
développement humain (IDH) de la PNUD.
6. Un IPC pour chacun
L’IPC calculé dans la colonne 3 du tableau 5.10 est basé sur les pondérations du « Canadien
moyen ». En utilisant les pondérations du tableau 5.11, calculez l’IPC du Québécois pauvre moyen et
du Québécois riche moyen pour la même période. Comparez les résultats.
7. Les pondérations : Québécois et Canadiens, riches et pauvres
Dites si les affirmations suivantes sont vraies ou fausses et expliquez pourquoi. Si nécessaire, faites
des hypothèses sur le niveau de vie ou les types de produits consommés. (Utilisez le tableau 5.10 et
le tableau 5.11)
a) Les ménages québécois pauvres consomment plus de tabac et d’alcool que les ménages
québécois riches.
b) Les Canadiens des provinces anglaises consomment plus de tabac et d’alcool que les ménages
québécois.
c) Les ménages pauvres québécois sont mieux logés que les ménages canadiens en général.
8. Votre propre indice
Le cabinet genevois Corporate Resources Group a analysé la qualité de la vie dans 118 métropoles à
partir de 42 facteurs tels que la délinquance, la pollution, les conditions économiques et sociales.
Genève arrive en tête devant Vancouver, Vienne, Toronto, Luxembourg, Ottawa, Zurich et Montréal.
Les pires métropoles sont (en commençant par la dernière) : Alger, Kiev, Lagos, Moscou, Saint-
Pétersbourg, Canton, Shanghai et Pékin.
a) Que pensez-vous des résultats? Est-ce un signe que le choix des indicateurs est subjectif? Y a-t-il
une seule définition de la qualité de la vie?
b) Construisez votre propre indice de la qualité de vie : quels indicateurs retiendriez-vous? Quelle
importance respective leur accorderiez-vous?
c) Recherche. Testez votre indice en obtenant des données sur les différentes villes, quartiers, écoles
ou autres lieux de vie.
Chapitre 5 – Les indices – 34
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
DOSSIER 5 LA BOMBE DÉMOGRAPHIQUE
Le Nigéria dépasse le Japon
Estimée à seulement 20 millions d’habitants en 1931 (contre 65 millions pour le Japon), la population
du Nigéria a, depuis, connu une ascension vertigineuse : 56 millions en 1970, 103 millions en 1993.
Dans son Rapport sur le développement dans le monde 1995, la Banque mondiale estime même que
cette population dépassera 238 millions en 2025 et continuera d’augmenter par la suite, jusqu’à ce
qu’elle atteigne un plafond de 382 millions d’habitants. Le Nigéria aurait non seulement distancé
largement le Japon, mais il serait alors plus peuplé que les États-Unis, pour un territoire 10 fois plus
petit. Le tableau D5.1 montre que les prévisions faites par la Banque mondiale en 1995 sont en
bonne voie de se réaliser.
Tableau D5.1 - Population du Nigéria et du Japon
Nigéria Japon
(en millions)
1931 20 65
1970 56,1 104,3
1993 103,1 124,5
2003 132,6 127,7
2013 173,6 127,3
Prévision 2025 238 122
Source : Banque mondiale, Rapport sur le développement
dans le monde 1995; IDM 2014; Nihon Sōmushō Tokeikyoku.
Essayons d’avancer quelques hypothèses à propos de cette situation. Pour cela, il n’est pas
nécessaire de bien connaître le Nigéria ni le Japon. Faisons plutôt appel à notre logique. Nous irons
chercher plus tard les données qui nous permettront d’évaluer nos hypothèses.
Tout d’abord, il est probable que les mères nigérianes donnent naissance à plus d’enfants que les
mères japonaises. Il se pourrait aussi que le Nigéria accueille relativement plus d’immigrants que le
Japon. Ce sont les deux explications les plus évidentes, mais on peut en proposer d’autres. Ce n’est
pas tout d’avoir de nombreux enfants, encore faut-il qu’ils atteignent l’âge de procréer pour que la
boucle soit bouclée : se pourrait-il que les enfants nigérians meurent moins facilement que les
enfants japonais? Par ailleurs, avez-vous songé que si les gens vivaient deux fois plus longtemps, la
population d’un pays doublerait sans l’aide d’autres facteurs : serait-il possible que les chances de
vivre vieux soient en train d’augmenter au Nigéria?
Nous avons donc formulé quatre hypothèses, qu’il va falloir accepter ou rejeter à la lumière des
chiffres.
• 1. Les mères nigérianes ont plus d’enfants que les mères japonaises.
• 2. L’immigration est plus importante au Nigéria qu’au Japon.
• 3. Moins de Nigérianes que de Japonaises meurent avant de mettre des enfants au monde.
Chapitre 5 – Les indices – 35
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
• 4. Les chances de vivre de plus en plus vieux augmentent plus rapidement au Nigéria qu’au
Japon.
Comment mesurer la fécondité d’une femme?
Commençons par explorer le concept du nombre d’enfants par femme. Une Nigériane a-t-elle
généralement plus d’enfants qu’une Japonaise? Pour être plus précis, quel est le nombre moyen
d’enfants d’une femme nigériane (nous prendrons l’année 1993 comme base de nos calculs)? Il est
difficile de répondre directement à de telles questions, car il peut s’écouler un certain nombre
d’années entre la naissance de l’aîné et celle du petit dernier. Et pendant ce temps-là, les mœurs
familiales peuvent évoluer rapidement.
Supposons que, dans un village typique, les femmes de 80 ans aient eu en moyenne 9 enfants, les
femmes de 60 ans aient eu 6 enfants et les femmes de 40 ans en aient eu 3. Il est clair que le
nombre d’enfants par femme est en baisse d’une génération à l’autre. Mais quel chiffre retenir pour
mesurer l’état actuel des choses? À quelle génération appartient une femme de 50 ans? La femme
de 40 ans a-t-elle fini de donner naissance à des enfants? Il y a un moyen bien simple de réconcilier
tous ces faits. Il suffit d’observer le nombre de naissances par femme pour chaque âge où cette
dernière peut procréer. Nous combinerons le tout en dressant un portrait type fabriqué à partir des
caractéristiques des mères de tous âges. Examinons l’extrait de tableau suivant.
Tableau D5.2 - Calcul de l'indice synthétique de fécondité
Âge de la femme .. 20 21 22 ..
Nombre de femmes .. 100 100 80 ..
Naissances cette année-là .. 10 8 6 ..
Nombre moyen d'enfants par femme pour cet âge-là .. 0,1 0,08 0,075 ..
Le nombre moyen d’enfants par femme (ou taux de fécondité) est obtenu en divisant le nombre de
naissances par le nombre de femmes. Ainsi, même si la formulation peut sembler cocasse, une
femme a en moyenne 0,1 enfant entre son 20e et son 21e anniversaire. Pour les 3 âges inscrits au
tableau (de 20 à 22 ans), le nombre moyen d’enfants serait de 0,1 + 0,08 + 0,075 = 0,255. En
additionnant ainsi tous les taux de fécondité pour chaque âge de la vie d’une mère, on obtiendra le
nombre moyen d’enfants par femme à un moment donné. Ce chiffre (qu’on appelle indice de
fécondité) représente donc une synthèse, un instantané, de toutes les générations de femmes en âge
de procréer à une époque donnée.
Il nous suffit maintenant d’obtenir des données sur l’indicateur choisi, ce qui est relativement facile
dans le domaine de la démographie.
En 1993, cet indice de fécondité est de 6,4 pour le Nigéria, ce qui signifie qu’en moyenne, une
Nigériane met au monde environ 6 enfants. C’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour assurer la survie
de la génération suivante. On peut aussi parier que les familles de 12 enfants ou plus ne doivent pas
être rares (étant donné que certaines femmes ont peu d’enfants, ou pas du tout). La famille
« moyenne » compte d’ailleurs plus de 24 enfants lorsque le mari a quatre femmes! Même si l’indice
de fécondité des Nigérianes est en baisse (il atteignait 6,9 en 1970, mais n’était redescendu qu’à 6,0
en 2013), il n’en demeure pas moins très supérieur à celui du Japon (1,5 enfant en 1993, et 1,4 en
2013). (Note : ces chiffres, ainsi que ceux qui suivent, proviennent des Indicateurs de développement
dans le monde de la Banque mondiale.)
Chapitre 5 – Les indices – 36
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
Hypothèse 2 : l’immigration
Notre deuxième hypothèse pour expliquer la progression plus rapide de la population du Nigéria
(par rapport à celle du Japon) était l’importance de l’immigration. Mais, contrairement au Canada où
l’immigration contribue pour un bon tiers à la croissance de la population, le Nigéria et le Japon
accueillent relativement peu d’immigrants. Cette hypothèse ne peut donc servir à éclairer la situation
qui nous intéresse.
Hypothèse 3 : la mortalité infantile
Le taux de mortalité infantile pourrait nous aider à vérifier notre troisième hypothèse. En 1993, au
Nigéria, sur 1000 enfants, 84 meurent avant l’âge d’un an et 183 meurent avant l’âge de 5 ans. Au
Japon, les taux sont respectivement de 5 pour 1000 (avant 1 an) et de 6 pour 1000 (avant 5 ans).
Même si les mères japonaises mettent moins d’enfants au monde, ceux-ci ont plus de chances
d’arriver à l’âge où ils pourront à leur tour se reproduire. En 2012, le taux de mortalité infantile (avant
5 ans) atteint encore 124 pour 1000 au Nigéria, tandis qu’il est passé à 3 pour 1000 au Japon. Cette
hypothèse joue nettement à l’avantage du Japon.
Hypothèse 4 : l’espérance de vie
Il nous reste une dernière hypothèse, celle qui concerne la durée de la vie. En moyenne, un Nigérian
qui vient au monde peut espérer vivre 52 ans en 2012 (contre 83 ans au Japon). Si les Nigérians
vivaient aussi longtemps que les Japonais, ils pourraient donc être beaucoup plus nombreux qu’ils
ne le sont actuellement. Or, l’espérance de vie à la naissance des Nigérians ne cesse d’augmenter :
elle n’était que de 41 ans en 1970, contre 46 ans en 1993 et 52 ans en 2012. Entre 1970 et 2012,
l’espérance de vie des Japonais augmente également de 11 ans, pour atteindre 83 ans, ce qui n’est
pas un mince exploit compte tenu du fait que la barre était déjà très haute! Cependant, toutes
proportions gardées, la performance relative du Nigéria (52 – 41/41 = +27 %) lui donne ici un
avantage sur le Japon (83 – 72/72 = +15 %)
Une méthode quantitative
Dans cette courte et modeste étude, nous avons cherché à analyser un phénomène humain en
utilisant des chiffres de façon méthodique. Pour cela, nous avons commencé par réfléchir sur la
mécanique qui sous-tend l’évolution des effectifs d’une population. Nous avons alors élaboré quatre
hypothèses susceptibles d’expliquer la situation : si les deux premières hypothèses étaient plutôt
évidentes, les deux dernières étaient par contre relativement subtiles. Il ne nous restait plus qu’à
choisir des indicateurs précis correspondant à ces hypothèses et à obtenir des chiffres sur ces
indicateurs.
Nous pouvons conclure que la hausse rapide de la population nigériane s’explique surtout par le
nombre élevé d’enfants par femme (hypothèse 1) et, dans une moindre mesure par l’allongement de
l’espérance de vie (hypothèse 4). Or, même si les différences entre le Nigéria et le Japon venaient à
s’estomper rapidement, la machine nigériane ne s’arrêterait pas de sitôt, ne serait-ce parce que les
nombreuses petites filles d’aujourd’hui deviendront les nombreuses mères de demain.
Chapitre 5 – Les indices – 37
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
DÉSAMORCER LA BOMBE : L’EXPÉRIENCE CHINOISE
En 1995, la population chinoise atteint 1,2 milliard d’habitants, soit 21,1 % du total mondial. À cause
du fort taux de natalité enregistré dans les décennies précédentes, et notamment à l’époque de la
Révolution culturelle (1966-1976), la Chine compte alors une proportion importante de femmes et
d’hommes en âge de procréer. Si on se contentait de limiter le nombre d’enfants à deux par famille,
la croissance de la population ne pourrait être freinée avant la prochaine génération. Le
gouvernement chinois juge qu’un tel niveau de surpopulation pose non seulement un énorme
obstacle au développement économique, mais qu’il menace l’environnement et la paix mondiale. Il
n’est donc pas question d’abandonner la politique de planning familial, dite de « l’enfant unique »,
mise en route en 1979.
Les joies de la piscine en Chine
Pour désamorcer la bombe, la politique de planning familial chinoise a été orientée en fonction des
paramètres suivants (source : Jinri Zhongguo, Pékin, mars 1996) :
• Mariage tardif (25 ans pour les garçons et 23 ans pour les filles).
• Procréation tardive (24 ans pour les filles).
• Limitation des naissances (1 enfant par couple, sauf exception : enfants handicapés, minorités
nationales, situations familiales particulières).
• Accouchement de qualité (la santé du nouveau-né et de la mère doivent être garantis).
On le devine, ces mesures s’accompagnent d’une infrastructure appropriée (contraception, cliniques
d’avortement) et d’une série d’incitatifs matériels (primes et congés pour le mariage et la procréation
tardive, pertes d’avantages sociaux pour un trop grand nombre de naissances dans la même famille).
En 2013, le taux de croissance annuel de la population chinoise n’est plus que de 0,5 % (contre 2,8 %
au plus fort de la Révolution culturelle). En 2013, la population de la Chine représente « seulement »
19,1 % du total mondial (contre 22,6 % en 1974, record historique).
Beaucoup, en Occident, se sont mis à critiquer la Chine, au moment où ce pays semblait prendre ses
« responsabilités démographiques ». Cela est d’autant plus paradoxal que la Chine était plutôt
Chapitre 5 – Les indices – 38
Méthodes quantitatives et Sciences humaines, 2e édition, Renaud Bouret
adulée au moment de la soi-disant Révolution culturelle. Or, on s’aperçoit que les mesures de la
politique familiale chinoise s’appuient sur une étude méthodique des données démographiques.
Toute critique de cette politique doit faire preuve d’autant de rigueur. N’est-ce pas d’ailleurs le but
des méthodes quantitatives en sciences humaines?
QUESTIONS
1. Le taux et l’indice de fécondité
a) Sur 100 femmes de 15 ans, 4 mettent un enfant au monde au cours de l’année. Le taux de
fécondité est le même pour les femmes âgées de 16 à 24 ans. Les femmes âgées de 25 ans à 34 ans
ont un taux de fécondité de 8 pour 100 et celles âgées de 35 à 44 ans ont un taux de fécondité de 6
pour 100. Enfin, les femmes âgées de moins de 15 ans et de plus de 45 ans n’ont jamais d’enfants.
Calculez l’indice synthétique de fécondité.
b) Sachant que dans un pays, les femmes sont fécondes pendant 30 ans et que le taux de fécondité
de chaque groupe d’âge est de 8 naissances pour 100 femmes, quel est l’indice synthétique de
fécondité? (Chiffres fictifs)
2. Recherche
a) Choisissez deux pays différents en matière d’évolution démographique, formulez des hypothèses
pour expliquer ces différences et trouvez des chiffres pour confirmer ou infirmer vos hypothèses.
b) Obtenez des chiffres plus anciens ou plus récents sur le Nigéria et le Japon et interprétez-les.
Chapitre 5 – Les indices – 39