5.
L'analyse d’une recherche-action
Combinaison d ’approches dans le domaine de la santé au
Burkina Faso
AKA BONY ROGER SYLVESTRE, VALÉRY RIDDE ET LUDOVIC QUEUILLE
L’analyse d’une recherche-action
Définition de la méthode
Il s’agit d’analyser la démarche de mise en œuvre d’une recherche-action en
combinant une analyse externe menée par une personne extérieure à la recherche-
action à une analyse interne (analyse réflexive) faite par les acteurs et actrices de la
recherche-action.
Forces de la méthode
• L’analyse externe est factuelle et basée sur des critères objectifs
• L’analyse interne (analyse réflexive) permet aux acteurs et actrices de la
recherche-action de mener des réflexions pour approfondir l’analyse externe
et d’apporter des éléments supplémentaires
• La combinaison des deux types d’analyses permet d’améliorer la qualité de
l’analyse par l’utilisation des deux analyses complémentaires et à recourir à une
triangulation de méthodes pour collecter des informations complémentaires
Défis de la méthode
• Pouvoir concevoir une grille d’analyse externe capable de comprendre la
réalité, de servir de boussole à l’analyse externe
• Être capable d’amener les parties prenantes à s’approprier la démarche
d’analyse et de faire la distinction entre « objet de recherche » et « démarche
de mise en œuvre d’une recherche-action », en utilisant un vocabulaire adapté
afin de produire des connaissances utiles
• Être capable de réunir toutes les parties prenantes pour mener une analyse
réflexive, sans se heurter aux contraintes de calendrier et de ressources
financières
Depuis 2008, deux districts sanitaires de la région du Sahel au Burkina
Faso (Sebba et Dori) bénéficient d’un projet pilote d’exemption du paiement
des soins en faveur des enfants de moins de cinq ans et des femmes
enceintes et allaitantes, afin d’améliorer l’accès aux soins de ces populations
vulnérables. Mais si les soins sont gratuits pour ces patients et patientes,
il faut que les dépenses effectuées à leur endroit par les centres de santé
soient intégralement remboursées à ces derniers pour ne pas mettre le
| 125
Évaluation des interventions de santé mondiale
système de santé en faillite. Le remboursement au réel à travers le calcul
de tous les frais des prestations réalisées par les Centres de santé présente
cependant de nombreux inconvénients : une charge de travail pour le
personnel de santé et un coût élevé de production des outils pour l’ONG
subventionnaire.
Pour y faire face, une équipe de chercheuses et chercheurs mène depuis
2011, en collaboration avec les parties prenantes de ce projet, une recherche-
action dans le district sanitaire de Sebba. Elle vise à expérimenter une
innovation, à savoir le « remboursement au forfait» des prestations des
centres de santé. Cela consiste à leur octroyer une somme forfaitaire pour
leurs prestations qui est multipliée, pour la demande de remboursement, par
le nombre de patients et patientes reçus.
Dans ce chapitre, nous analysons la démarche utilisée pour mettre en
œuvre cette recherche-action afin d’en tirer des leçons pouvant guider de
futurs projets similaires. Il s’agit d’offrir aux lecteurs et lectrices un cadre
d’analyse original afin de montrer comment il est possible d’évaluer et
analyser un processus de recherche-action en santé mondiale.
La recherche-action est un processus itératif impliquant la collaboration
entre chercheuses, chercheurs et praticien-ne-s pour agir ensemble dans un
cycle d’activités comportant l’identification du problème, la planification, la
mise en œuvre, l’évaluation des solutions et la réflexion (Avison 1999).
Roy et Prévost (2013) a représenté les différentes étapes des cycles
expérimentaux de la recherche-action en ajoutant une étape préliminaire
et une étape finale au modèle originel de Lewin (1940). Les cycles
expérimentaux prennent fin si les parties prenantes ont résolu tous les
problèmes identifiés.
126 |
L'analyse d ’une recherche-action
Réajustement du Réajustement du
Planification
plan d'action plan d'action
Réflexion- Mise en Réflexion- Mise en
évaluation œuvre évaluation œuvre
des des
données données
Les cycles d ’u n e re c h e rc h e -a c tio n . Sou rce : Roy 2013
La démarche utilisée pour la mise en œuvre de cette recherche-action a
regroupé un ensemble d’informations. Le modèle de Roy (2013) nous a permis
de la décomposer en plusieurs étapes et cycles pour bien la comprendre
avant de nous concentrer sur la démarche utilisée pour mettre en œuvre
les différentes étapes. La notion de « démarche » est définie par Lui (dans
Boudjaou et Bourassa, 2012) comme « le processus de réalisation d’intentions
de recherche et de changement dans lequel les acteurs et actrices possèdent
une grande autonomie à la fois sur les fins et les moyens ».
Ce chapitre ne prend pas en compte l’objet de recherche
(expérimentation du remboursement au forfait et ses effets) qui fait l’objet
d’une autre étude (non publiée). Il se concentre sur l’analyse de la démarche
utilisée pour réaliser cette recherche-action dans le cadre d’une
collaboration ou d’un partenariat entre chercheuses, chercheurs et parties
prenantes (Reason, 2011).
Dans le contexte de ce projet, l’idéal était de réunir toutes les parties
en présence (ONG, personnel de santé à divers échelons, représentants de
| 127
Évaluation des interventions de santé mondiale
la population) pour mener une analyse réflexive sur la démarche utilisée
pour mettre en œuvre la recherche-action et en tirer les leçons. Cependant,
l’utilisation seule d’une telle analyse se heurte à plusieurs défis. La plupart
des parties prenantes possèdent trop peu de connaissances scientifiques sur
la démarche de mise en œuvre d’une recherche-action pour mener à bien
cette analyse. Une analyse externe a été jugée nécessaire en se basant sur
des critères factuels pour bien la mener en toute indépendance. Cependant,
d’après les approches utilisées dans le domaine de l’évaluation, mener
seulement une analyse externe pourrait également entraîner de nombreux
défis, tels que la difficile utilisation des résultats. À ce sujet, Bonami (2005)
précise:
De nombreux rapports d’évaluation ou de conseils meublent les
armoires de décideuses et décideurs avant de disparaître aux
archives ou ailleurs. Il est moins banal qu’il n’y paraît de rappeler
que l’aboutissement attendu des démarches d’évaluation tant interne
qu’externe réside dans les prises de décision qui leur font suite et
qui renforcent, confirment, infléchissent, modifient les pratiques
pédagogiques et de gestion en cours dans les établissements
scolaires.
Au regard de ce qui précède, notre analyse s’est déroulée en trois étapes
: i) synthèse des connaissances sur la démarche de réalisation d’une
recherche-action et identification des meilleures pratiques pour les réaliser,
ii) analyse externe de la démarche de la RA à l’aide de la grille élaborée
de meilleures pratiques et iii) analyse réflexive des parties prenantes sur la
démarche utilisée pour conduire la RA.
Contexte et programme évalué
D escription du contexte où se déroule le program m e
Depuis 2008, les districts sanitaires de Sebba et de Dori bénéficient
d’un projet pilote d’exemption du paiement des soins en faveur des enfants
de moins de cinq ans et des femmes enceintes et allaitantes, deux groupes
qui ont un faible accès aux soins de santé. Les centres de santé (CS) ont la
responsabilité de leur fournir gratuitement des soins de santé (consultations,
128 |
L'analyse d’une recherche-action
accouchements, hospitalisations, soins médicaux et infirmiers,
médicaments, etc.). En contrepartie, l’ONG allemande Help, bénéficiant
d’une subvention de l’Office Humanitaire de la Communauté Européenne
(ECHO) de l’Union européenne, s’est engagée comme tiers payeur. Des
difficultés inattendues dans la gestion de ce projet sont vite apparues. En
effet, tous les frais afférents à la prise en charge par les centres de santé de
ces patients et patientes bénéficiaires sont calculés de façon manuelle dans
les moindres détails avant de faire l’objet d’une demande de remboursement
auprès de l’ONG. Au début du projet, des documents administratifs
comportant plusieurs pages étaient édités et faisaient l’objet de remplissage
par le personnel de santé lors du passage des enfants dans les centres
de santé. Un effet attendu de cette gratuité fut l’augmentation du taux de
fréquentation des centres de santé par la population cible. L’augmentation
de la quantité de documents à remplir a alors entraîné, de manière non
attendue, une augmentation de la charge du travail du personnel de santé.
Les coûts liés à la production des documents devenaient également
exorbitants pour l’ONG, ce qui rallongeait les délais de remboursement des
centres de santé. Cette situation a fait l’objet de plusieurs plaintes exprimées
par le personnel de santé, les membres des comités de gestion (COGES) des
centres de santé et des acteurs et actrices de l’ONG. Devant la récurrence
de ces plaintes, plusieurs solutions ont été tentées, sans grand succès,
notamment la réduction du nombre de documents à remplir et l’installation
dans les centres de santé de grosses cantines pour servir à l’archivage des
documents (plus de place de stockage dans les bureaux).
Devant la persistance des effets inattendus du remboursement au réel
et des plaintes exprimées, les parties prenantes du projet, avec l’aide d’une
équipe de recherche de l’Université de Montréal, ont convenu de conduire
une recherche-action à partir de 2011 pour expérimenter une innovation à
savoir le « remboursement au forfait ».
D escription du program m e
La recherche-action a concerné seulement la prise en charge des
enfants. L’action proposée consistait à verser une somme forfaitaire de
1300FCFA (environ 2,7 $US) par enfant et par mois au centre de santé. Ce
montant a été déterminé sur la base des coûts moyens mensuels de prise en
charge des enfants au cours de la période allant de janvier 2009 à juin 2011
| 129
Évaluation des interventions de santé mondiale
dans les six premiers centres de santé ayant expérimenté le remboursement
au forfait. Sur la base de cette somme, les centres de santé devaient compter
et multiplier le nombre d’enfants soignés par la somme forfaitaire puis faire
la demande de remboursement auprès de l’ONG. Les agents et agentes de
santé devaient utiliser les documents ou outils habituels de collecte de
données du ministère de la Santé pour enregistrer les jeunes patients et
patientes et ainsi contribuer à la réduction de leur charge de travail et des
coûts de production des outils. L’ONG devait faire le transfert de la gestion
des remboursements au district sanitaire de Sebba et en assurer le contrôle
régulier. Quant à lui, le volet recherche a porté sur i) l’étude de la faisabilité
technique et opérationnelle du remboursement au forfait, ii) le calcul de
l’évolution des coûts moyens mensuels de prise en charge des enfants et iii)
l’évaluation de la charge du travail.
Trois phases ont été planifiées dans cette recherche-action (voir
Tableau I). Pour la première phase, six centres de santé sur 13 ont été
recrutés. Pour les mettre en confiance, il leur était précisé qu’il n’y avait
aucun risque de perte financière. Les centres de santé étaient remboursés
sur la base de la somme forfaitaire de 1300 FCFA et du nombre de patients
et patientes reçus. Au terme de cette phase, le calcul de tous les coûts
réels des prestations des centres de santé devait permettre d’atteindre un
équilibre financier. Si les centres de santé avaient plus dépensé par rapport
aux sommes perçues au cours du remboursement, l’ONG s’engageait à leur
rembourser la différence. Si par contre, les centres de santé avaient perçu
plus de remboursement que leurs dépenses réelles, ils s’engageaient à
rembourser la différence à l’ONG. Après 11 mois d’expérimentation, les sept
autres centres de santé ont été introduits à la deuxième phase de la
recherche-action « sans risque financier ». Par contre, les six premiers
centres de santé et l’ONG Help avaient pris, à ce moment, « un risque
financier », à savoir plus de remboursements en cas de pertes ou de gains
financiers. Cette deuxième phase a duré 12 mois. À la troisième phase, les
13 centres de santé avaient pris un risque financier. La durée de cette phase
a aussi été de 12 mois. Le district sanitaire de Dori a été choisi comme un
district de contrôle durant toute la recherche-action.
130 |
L'analyse d’une recherche-action
Tableau 1. D e v is d e l’e x p é r im e n ta tio n d u r e m b o u r s e m e n t a u f o r f a i t (Source : G u id e de
m is e en œ u v r e d e la re c h e r c h e -a c tio n )
Recherche-action Phase 1 Phase 2 Phase 3
Durée des phases 11 mois 12 mois 12 mois
Remboursement Remboursement Remboursement
Groupe 1 (6 CS) sans risque avec risque avec risque
financier financier financier
Remboursement Remboursement Remboursement
Groupe 2 (7 CS) au réel sans risque avec risque
financier financier
District sanitaire Remboursement Remboursement au Remboursement au
de Dori au réel réel réel
Méthode d’analyse
L’analyse de la démarche utilisée pour la mise en œuvre de la recherche-
action s’est déroulée en trois étapes.
i. Élaboration d ’une grille de « meilleures pratiques »
La première étape a consisté en l’élaboration d’une grille de « meilleures
pratiques » devant servir à l’analyse de la démarche de la recherche-action.
Selon Patton (2001), les « meilleures pratiques basées sur des principes pour
guider l’action sont utiles alors que celles qui sont normatives et spécifiques
sont difficiles à appliquer dans divers contextes » (traduction libre). Nous
avons considéré une « meilleure pratique » comme un savoir-faire, une
liste de tâches permettant de réaliser efficacement les différentes étapes
des cycles de la recherche-action. Partant des éléments fondamentaux de
la définition de la recherche-action, nous avons, à partir de la littérature
(scientifique et grise), fait une synthèse de pratiques que nous qualifions de
« meilleures pratiques », en plus de celles déjà identifiées par de Roy et al
(2013). Les critères de choix de ces pratiques résident dans le fait que ces
dernières étaient décrites de façon récurrente par divers auteurs et autrices,
tout en démontrant la force de leur preuve.
| 131
Évaluation des interventions de santé mondiale
2. Analyse externe de la dém arche de la R A
La deuxième étape consistait à faire une analyse externe de la démarche
de cette recherche-action. Nous nous sommes servis de notre grille de
« meilleures pratiques » pour faire i) une revue des documents de cette
recherche-action, ii) des observations sur le terrain, notamment le
déroulement des rencontres de suivi de la recherche-action et des activités
dans les centres de santé et iii) des entrevues individuelles avec certains
informateurs clés (seulement des hommes) à l’aide d’un guide d’entrevue
semi-structurée pour compléter les informations non contenues dans les
documents. Avec le coordonnateur de cette recherche-action, nous avons
recruté une variété d’informateurs au sein des différentes parties prenantes,
choisis selon leur ancienneté, la qualité de leur participation à la recherche-
action et la période d’entrée des centres de santé dans les différentes phases
de la recherche-action. Notre échantillon se répartissait ainsi :
• Équipe de recherche : le chercheur principal et le coordonnateur de la
recherche-action
• ONG Help : le contrôleur financier de la subvention et son adjoint, le
coordonnateur médical et un ancien chef du projet
• Direction régionale de la santé du Sahel : le pharmacien
• Équipe-cadre du district de Sebba: le gestionnaire
• Les Centres de santé (CS) : 4 infirmiers-chefs de poste, 4 agents de
santé (infirmiers) et 3 gérants de dépôt de médicaments
• 3 Présidents de COGES
Les données ont été collectées à l’aide d’une enregistreuse numérique
(dictaphone). Par la suite, elles ont été transcrites et saisies dans le logiciel
QDA Miner version 4.1.6. Les résultats de cette deuxième étape nous ont
servi à préparer la troisième étape consacrée à l’analyse réflexive des parties
prenantes.
3. Analyse réflexive de la dém arche de la recherche-action par les parties
prenantes
À cette dernière étape, les différentes parties prenantes ont mené une
analyse réflexive sur la démarche utilisée pour mettre en œuvre la
L'analyse d’une recherche-action
recherche-action. Nous avons organisé un atelier de deux jours réunissant,
hormis les représentants de la population, toutes les parties prenantes (n =
19). À l’entame de cet atelier, une présentation orale a été faite. Elle a porté
sur la définition, les cycles expérimentaux et les étapes d’une recherche-
action ainsi que sur les objectifs de l’atelier. Elle a été suivie d’un exercice
afin d’amener les parties prenantes à faire la distinction entre l’objet de la
recherche-action (« le forfait ») et la démarche utilisée pour mettre en œuvre
la recherche-action. Trois activités ont été organisées lors de l’atelier.
La première activité a réuni les parties prenantes en trois sous-groupes
homogènes afin de réfléchir aux éléments qu’elles avaient le plus et le moins
appréciés dans la démarche et de formuler des recommandations pour de
futurs projets de recherche-action. Une restitution des travaux a ensuite été
faite, suivie de discussions en plénière.
La deuxième activité a consisté à administrer un questionnaire
quantitatif aux parties prenantes afin de recueillir leur degré d’accord par
rapport à l’application des « meilleures pratiques » établies (89% de
répondants).
La troisième activité a consisté à faire une restitution des résultats
préliminaires de l’analyse externe aux parties prenantes, suivie de
discussions.
Au terme de cette démarche, nous présentons une synthèse de l’apport
de cette méthode.
Résultats de l’analyse
R ésultats de la revue docum entaire
Nous présentons les résultats obtenus dans une série de tableaux
proposant, pour chaque étape du cycle d’une recherche-action, une grille
d’analyse des « meilleures pratiques ».
| 133
Évaluation des interventions de santé mondiale
T a b lea u 2 a : Étape p r é lim in a ir e d e la re c h e r c h e -a c tio n
Meilleures
Description et preuve de la pratique
pratiques
Elle retrace les préoccupations exprimées par les parties
prenantes pour justifier la recherche-action. Sa restitution
Réaliser une en public aux parties prenantes et les discussions font
analyse naitrel) l’intention d’actions (besoin de faire) et 2) l’intention
situationnelle de recherche (besoin de savoir) (Démangé 2012; Faure, Hocdé
et Chia 2011; Faure et Chia 2011; Faure 2007; Roy 2013;
Tousignant 2012; Waterman 2007).
Cette pratique vise à avoir une diversité de points de vue
dans la recherche-action et une expression des différents
intérêts. Le choix doit être 1) étendu à divers acteurs et
actrices et 2) représentatif des acteurs et actrices concernés
par la problématique
Identifier les Les critères de choix sont divers (intérêt, fonction,
parties prenantes capacité de négocier ou travailler ensemble). La présence
des décideuses et décideurs et de leaders d’opinion est
fondamentale et facilite la vulgarisation des résultats
(Champagne 2007; Démangé 2012; Detardo-Bora 2004;
Dickens 1999; Faure, Hocdé et Chia 2011; Gauthier 2010;
McVicar 2012; Mikolasek, Chia, Pouomogne, Tabi 2009; Roy
2013).
Ces instances visent une participation active des parties
Mettre en place les prenantes. Elles doivent être démocratiques tout en
instances de précisant : 1) le rôle de chaque partie prenante et 2) les
gouvernance de la organes de gestion (comité de pilotage, équipe de
recherche-action recherche...). Le comité de pilotage doit être représentatif
des parties prenantes (Casabiaca 1997; Champagne 2007;
Faure, Hocdé et Chia 2011; Vespiren 2012).
Formaliser Mettre en place un cadre de partenariat équitable pour
l’engagement établir la confiance. Le contenu du cadre de partenariat doit
réciproque de être transparent et porter sur la gestion de la propriété
toutes les parties intellectuelle et des conflits, la confidentialité, les
mécanismes de prise de décision, etc. Il est matérialisé par
prenantes la signature du cadre de partenariat (Casabiaca 1997; Faure,
Hocdé et Chia 2011; Le May 2001; Mikolasek, Chia,
Pouomogne et Tabi 2009; Roy 2013).
134
Le chercheur ou la chercheuse a trois responsabilités
scientifiques selon Bourassa (2012):
• structuration de la recherche-action
• accompagnement (animation, médiation, formation,
conseils)
Définir le rôle du • production des connaissances (stimule la réflexion,
chercheur ou de la l’analyse des problèmes et des solutions et le passage à
l’action)
chercheuse dès le
départ
Cette position non partisane permet aux chercheuses et
chercheurs d’être des co-acteurs et co-actrices et aux
parties prenantes d’être des co-chercheuses et co
chercheurs. Cela permet d’établir la confiance entre les
parties prenantes en permettant d’éviter les conflits
d’intérêts et conduit à plus d’objectivité (Le May 2001;
Mikolasek, Chia, Pouomogne et Tabi 2009; Roy 2013).
| 135
Meilleures
pratiques Description et preuve de la pratique
identifiées
Formulé sur la base de l’analyse de la situation, cet objectif
Identifier l’objectif doit être prioritaire pour le chercheur, la chercheuse et les
autres parties prenantes pour susciter leur engagement. Il
de la recherche-
faut identifier déjà les défis à discuter (Casabiaca 1997;
action D’Alonzo 2010; Desclaux 2010; Faure, Hocdé et Chia 2011;
Gauthier 2010; Roy 2013; Zachariah 2009; Zachariah 2010).
Selon Lui et al. (1997), la présentation de l’objectif de
Analyser les recherche-action aux parties prenantes suivie de discussions
enjeux liés à l’objet
permet d’analyser les enjeux liés à l’objet de recherche
et à l’implantation
(faisabilité, financement, participation des parties...),
d’obtenir leur accord afin d’établir la confiance avant le
de la recherche- démarrage. Pour Le May et al. (2001), l’analyse des enjeux
action permet de sécuriser la collaboration en vue de mettre les
participant-e-s en confiance.
Formulées par les chercheuses et chercheurs à partir des
objectifs de la recherche-action, les questions de recherche
Identifier les doivent être ouvertes pour produire de façon inductive les
connaissances scientifiques. Elles doivent être priorisées
questions de
selon la logique des entrées et sorties. Elles doivent être
recherche traitables au cours d’un cycle de la recherche-action
(Casabiaca 1997; Chevalier 2013 ; Faure, Hocdé et Chia 2011;
Mikolasek, Chia, Pouomogne et Tabi 2009; Vespiren 2012).
Identifier des scénarios d’évolution des préoccupations
exprimées dans l’analyse situationnelle (Faure 2007). Trois
Proposer des caractéristiques fondamentales des solutions pour maintenir
la confiance et l’intérêt des parties prenantes sont : 1)
solutions adaptées innovation, 2) adaptation ou intégration au contexte pour
et réalistes faciliter leur mise en œuvre et 3) fondement sur des preuves
ou expériences (Casabiaca 1997; Faure, Hocdé et Chia 2011;
Waterman 2007)
136
Le protocole de recherche doit être réaliste, souple, non
fermé, progressif selon l’évolution de la recherche-action
(Roy, 2013). Il comprend les éléments suivants (D’Alonzo 2010;
Démangé 2012; Faure, Hocdé et Chia 2011; Mshelia 2013; OMS
2008; Waterman 2007) :
• devis d’études adapté (type de recherche)
• choix des cibles
• représentativité des sites d’expérimentation pour le
Planifier les transfert
activités à réaliser • méthodes de collecte des données adaptées
• questions éthiques
• identification des indicateurs de mesure à collecter
• chronogramme des activités
Démangé (2012) a identifié deux principes pour son
élaboration: 1) élaboration par un groupe restreint (chercheur
ou chercheuse, facilitateur ou facilitatrice de recherche, un-
e intervenant-e de terrain) et 2) présentation au comité de
pilotage pour discussion
Tableau 2c : Mise en place de la recherche-action
Meilleures
pratiques Description et preuve de la pratique
identifiées
Les activités menées dans le cadre de la recherche-action
Élaborer des étant expérimentales, elles doivent être clairement définies,
guides de mise en décrites et standardisées dans des guides pour faciliter la
œuvre des mise en œuvre sur tous les sites. Il faut responsabiliser les
activités parties prenantes (Champagne 2007; Démangé 2012; Faure,
Hocdé et Chia 2011; Faure 2007; Peters et Adam, 2013).
Organisation de séances de travail sur le lieu de travail des
intervenant-e-s de terrain pour passer en revue les activités
Organiser des menées, le remplissage des outils de collecte de données,
détecter d’éventuelles difficultés et y apporter des solutions
séances de travail
et renforcer les capacités des acteurs et actrices de terrain
sur le terrain au besoin. Le suivi peut aussi se faire à travers le courriel, le
téléphone (Champagne 2007; D’Alonzo 2010; Démangé 2012;
Detardo-Bora 2004; Vespiren 2012).
137
Meilleures
pratiques Description et preuve de la pratique
identifiées
Selon Dickens et al. (1999), les actions dans la
recherche-action étant expérimentales, il faut collecter les
données utiles et de façon approfondie pour générer les
connaissances (Dickens et al. 1999; Faure 2007; Mikolasek,
Déterminer les Chia, Pouomogne et Tabi 2009). La triangulation (méthodes,
méthodes de données, temporelle et chercheuses et chercheurs)
collecte des augmente la rigueur scientifique de la recherche-action
données (Champagne 2007). Il s’agit des entrevues individuelles, de
groupes de discussion, d’observations, de revues
documentaires (Gauthier 2010; McVicar 2012; Roy 2013). La
rétro-information des données stimule la collecte des
données (Mshelia 2013).
Les outils de collecte sont standardisés en adaptant leur
contenu et leur forme (Démangé 2012). Cela permet
l’exploitation scientifique des données tout en limitant les
Élaborer les outils biais, de comparer les données entre divers sites
de collecte d’expérimentation. Il peut s’agir de guides d’observation,
standardisés d’entretien, de questionnaires, de fiche de suivi, de journaux
de bord, etc. Il faut faire un pré-test pour évaluer le contenu.
L’utilisation des outils existants peut faciliter la collecte des
données.
Assurer la
traçabilité de la Toutes les données à collecter sont compilées et transmises
transmission des selon un circuit déterminé en mentionnant les dates de
transmission. Cela permet de retrouver facilement les
données en
données égarées. L’archivage des données constitue un atout
responsabilisant qui permet de revenir à tout moment sur les données. Cette
les acteurs et bonne pratique a été observée sur le terrain.
actrices
138
Meilleures
pratiques Description et preuve de la pratique
identifiées
• Organiser des rencontres périodiques dans le cadre du
Organiser des comité de pilotage pour faire le suivi et le bilan de la
rencontres de suivi recherche-action
périodiques • Avoir une diversité d’opinions dans la validation et
l’interprétation des résultats (Toussaint 2012)
• Partager les résultats obtenus après analyse du comité
scientifique au comité de pilotage
• Engager la discussion entre les parties prenantes pour
Valider ensemble
interpréter les résultats
• Critères de validation des résultats selon Chevalier
les résultats
(2013)
• Fiabilité (voir triangulation des données)
• Consensus (validité de signifiance, sens donné par les
acteurs et actrices)
• Discuter et trouver ensemble des solutions aux
difficultés rencontrées par les acteurs et actrices de
terrain
Faire le bilan de • Redéfinir les questions de recherche innovantes qui
chaque cycle du proviennent des acteurs et actrices du terrain pour un
processus nouveau cycle
• Critères pour mettre fin à un cycle: satisfaction des
acteurs et actrices par rapport à la résolution du
problème (Roy 2013)
• Rédaction de mémos sous forme de journal de bord
• Critères de validation des connaissances selon
Formaliser les
Casabiaca et Roy (Casabiaca 1997; Roy 2013)
• Niveau de résolution des problèmes identifiés au départ
connaissances • Critères de reproduction des connaissances: la
transférabilité, la pertinence, la fécondité,
l’opérationnalité, les apprentissages.
Évaluation des interventions de santé mondiale
Une brève description des résultats de l’analyse externe
Etape préliminaire
Les plaintes exprimées par les acteurs et actrices lors de l’exécution du
projet d’exemption du paiement des soins étaient les éléments essentiels
pour justifier cette recherche-action. En raison de leur persistance
(plusieurs solutions infructueuses) et de leur pertinence, elles ont créé une
forte intention d’actions (besoin d’agir) parmi toutes les parties prenantes
du projet, de même qu’une intention de recherche (besoin de savoir). Même
si la recherche d’une solution était prioritaire pour les parties prenantes,
l’idée de faire une recherche-action, avancée par l’équipe de recherche, n’a
d’abord pas été approuvée par les autres acteurs et actrices du projet, car
il y avait trop d’enjeux financiers. Devant ces réticences, les chercheuses
et chercheurs ont usé de patience pendant six mois afin d’identifier
progressivement les parties prenantes représentatives des différents acteurs
et actrices affectés par la problématique au niveau local. Sur le plan national,
certains décideuses et décideurs n’ont pas été impliqués, notamment les
Programmes Nationaux de Santé Infantile et de Santé Maternelle et la
Direction de la Recherche du Ministère de la Santé.
Etape de la planification
Les solutions proposées étaient souples, progressives et adaptées au
contexte pour faciliter leur mise en œuvre. Plusieurs étapes ont été
nécessaires pour mettre en confiance les différentes parties prenantes,
notamment les prestataires de soins et les membres des comités de gestion
des structures sanitaires. Ces étapes ont permis de représenter les différents
cycles d’action expérimentaux de la recherche-action.
Etape réflexion-évaluation
La projection des résultats de la recherche au cours des rencontres de
suivi a permis aux parties prenantes de voir le bien fondé de la recherche-
140 |
L'analyse d’une recherche-action
action et de partager les connaissances. Cependant, l’absence de règles
de fonctionnement n’a pas permis de canaliser les débordements dans les
propos des parties prenantes tels que les rivalités affichées et les tendances
à la stigmatisation des acteurs et actrices qui n’avaient pas eu de bons
résultats au cours des rencontres. L’équipe de recherche engagea des
discussions ouvertes avec les acteurs et actrices pour interpréter les
résultats.
Une brève description des résultats de l’analyse réflexive des parties
prenantes
Les parties prenantes ont le plus apprécié leur implication dans la
démarche de mise en œuvre de la recherche-action, car chacune a ses
spécificités et le fait de toutes les impliquer a permis de réduire les obstacles
lors de la mise en œuvre. La signature des conventions a créé la confiance et
établi leur engagement. Le choix des groupes de comparaison leur a permis
de mieux observer les effets de la recherche-action dans le temps et de
dissiper leurs inquiétudes. Le suivi et l’évaluation ont permis un partage
d’expériences et de niveau d’information et de prendre ensemble des
décisions. De façon unanime, toutes les parties prenantes ont fortement
apprécié la mise en œuvre de toutes les meilleures pratiques identifiées à
l’étape de réflexion-évaluation.
Cependant, elles ont moins apprécié la non-maîtrise de la durée de la
recherche-action qui était liée au financement extérieur, ce qui a induit une
multiplicité de conventions. Le retard de la signature des conventions dues
aux lenteurs administratives a été parfois source de démotivation. Elles ont
également notifié des insuffisances dans la collecte des données, notamment
des outils mal renseignés ou égarés. Le retard dans la transmission des
termes de références des rencontres de suivi et la courte durée des
rencontres ont entraîné une analyse partielle et tardive des résultats.
Analyse réflexive du processus d’analyse
Au terme de notre travail, nous avons conduit une analyse réflexive sur
notre démarche et notre processus d’analyse.
| 141
Évaluation des interventions de santé mondiale
Leçons apprises du processus évaluatif
À l’issue du processus d’analyse, les leçons apprises se résument comme
suit :
• l’analyse situationnelle au début a créé une intention d’actions et de
recherches parmi les parties prenantes
• l’identification et l’implication de toutes les parties prenantes dès le
début ont légitimé le processus et ont donné toutes les chances de
succès à la recherche-action
• la discussion des enjeux et la signature de conventions ont marqué la
confiance et l’engagement des différentes parties en présence durant le
processus
• les solutions proposées étaient souples, progressives, innovantes et
adaptées au contexte
• l’élaboration d’un guide de mise en œuvre, des visites de terrain et les
outils de collecte des données ont facilité les actions expérimentales et
la recherche
• l’organisation de rencontres de suivi régulières, démocratiques,
encadrées par des règles de fonctionnement a stimulé la réflexion et
l’évaluation des résultats par consensus
• la faible implication de certains acteurs et actrices du ministère de la
Santé pourrait constituer un défi dans la mise en œuvre des
recommandations de cette recherche
• il existe des difficultés dans la collecte et l’organisation des rencontres
de suivi de la recherche-action.
Forces et faiblesses de n o tre processus d ’analyse
L’élaboration d’une grille d’analyse des « meilleures pratiques » avec
la description de leurs caractéristiques ainsi que la force de leur preuve
a permis de les appliquer, de les étudier et de faire une analyse externe
factuelle basée sur des critères objectifs à travers une triangulation de
méthodes. Les pratiques identifiées proviennent de divers auteurs et
autrices et ont été expérimentées dans différents contextes (pays
industrialisés et pays en développement) et divers domaines (santé,
éducation, agriculture, social) permettant de voir leur adaptation.
142 |
L'analyse d’une recherche-action
La combinaison des deux types d’analyses (externe et interne) offre
de nombreux avantages. Elle a permis de structurer la démarche d’analyse
en deux étapes complémentaires tout en utilisant une triangulation de
méthodes pour collecter des informations complémentaires.
Au cours de l’analyse externe, l’étude de la documentation de la
recherche-action n’ayant pas permis d’avoir toutes les informations relatives
à la grille des « meilleures pratiques », une triangulation de méthodes
(observations, entrevues) a été indispensable pour recueillir des données
complémentaires. À ce sujet, les observations ont permis d’observer les
enjeux de pouvoir entre les parties prenantes au cours des rencontres de
suivi. Cette analyse externe a été utile, car lors de l’analyse réflexive, aucun
sous-groupe n’a fait référence aux enjeux de pouvoir, dont la gestion reste
déterminante pour la réussite de la recherche-action (Bernier 2014).
Cependant, elle n’a pas été suffisante pour recueillir toutes les informations
nécessaires. Sans l’analyse réflexive, certaines réalités n’auraient pas pu être
décelées par un regard externe. Cette analyse réflexive a permis aux parties
prenantes de mener des réflexions approfondies sur certains éléments déjà
identifiés lors de l’analyse externe et d’apporter des éléments
supplémentaires. À ce sujet, les parties prenantes ont exprimé des
préoccupations détaillées relatives à l’organisation pratique de la recherche-
action, telles que le retard accusé dans la mise en place du financement, dans
l’organisation des rencontres de suivi et dans la signature de conventions, ce
qui a parfois été source de démotivation. Les valeurs culturelles des parties
en présence les ont certainement obligées à un devoir de réserve face à
cette question, surtout en présence des personnes venues d’horizons divers.
Cependant, de façon anonyme, une personne s’est exprimée sur le sujet en
écrivant en ces termes :
il faut améliorer la motivation des participant-e-s lors des rencontres
de recherche-action parce que ce n’est pas un travail comme les
autres, car nous fournissons beaucoup d’effort intellectuel (moins
de 15 euros/jour comme jetons de présence lors des rencontres
de suivi). Il faut continuer la recherche-action et améliorer les
conditions.
Au regard de ce qui précède, nous constatons que la combinaison des
deux analyses a amélioré la qualité de l’étude, comme le mentionnent Baron
et al :
| 143
Évaluation des interventions de santé mondiale
Tout d’abord, la participation des groupes concernés par un
programme public à son processus d’évaluation permet une
meilleure qualité du jugement de valeur qui sera porté sur ce
programme, car l’évaluateur aura accès à davantage d’informations
au travers de ses échanges avec les participant-e-s et le jugement
sera construit à partir d’une multiplicité d’opinions informées (Baron
et Monnier, 2003).
Malgré les forces d’une telle analyse combinée, il convient de relever
certaines limites. Le fait d’avoir assemblé des « meilleures pratiques »
énoncées par divers auteurs et autrices dans le modèle de Roy et Prévost
(2013) peut présenter des limites. Certainement, notre recension des écrits
n’a pas été complète ni pris en compte tous les articles scientifiques les
plus pertinents, ce qui a donné lieu à trois versions de l’outil lors de sa
conception. L’absence de consensus concernant la définition de la
recherche-action dans les écrits scientifiques a affecté le positionnement
des « meilleures pratiques » dans les différentes étapes. Dans la vie, toutes
les étapes du cycle de la recherche-action ne sont pas toujours distinctes,
notamment les étapes préliminaires, de planification et de réflexion-
évaluation.
Principaux enjeux liés à la conduite de l’analyse
Le premier enjeu réside dans la capacité de concevoir une grille
d’analyse externe capable de comprendre la réalité, de servir de boussole à
l’analyse externe. Dans notre cas, l’absence de consensus sur la définition
d’une recherche-action (Gauthier 2010) et des « meilleures pratiques » fut
une difficulté. Le deuxième enjeu concerne la capacité de réunir toutes les
parties prenantes pour mener une analyse réflexive, sans être confrontés
aux contraintes de calendrier et de ressources financières (Baron et Monnier
2003). Dans notre cas, l’atelier a été reporté à deux reprises en raison de
conflits de calendrier. Le budget initial de la recherche-action n’ayant pas
prévu une telle analyse, il a fallu faire un plaidoyer pour organiser l’atelier.
Le troisième enjeu traite de la capacité d’amener les parties prenantes
à s’approprier la démarche d’analyse et à faire la distinction entre un objet
de recherche et une démarche de mise en œuvre d’une recherche-action,
en utilisant un vocabulaire adapté afin de produire des connaissances utiles.
144 |
L'analyse d’une recherche-action
Dans notre cas, pour éviter d’influencer l’analyse des parties prenantes, les
séances ont été dirigées par certaines d’entre elles. Cependant, étant donné
qu’elles étaient peu impliquées dans les préparatifs, pour plusieurs raisons,
leur participation a été peu remarquable.
C om m ent procéder la prochaine fois?
Si c’était à refaire, il serait judicieux de bien identifier les mots clés
pour faciliter la recension des écrits et établir des critères de sélection plus
rigoureux des articles. S’agissant de notre démarche de travail, la qualité
de notre analyse pourrait être biaisée par les relations fortes qui existent
entre l’équipe de recherche-action et les parties prenantes depuis un certain
nombre d’années dans cette zone.
Au regard des limites, il conviendrait de diffuser cet outil d’analyse,
de le tester davantage dans divers contextes et de le réviser si possible.
L’atelier organisé n’était pas suffisamment préparé avec les co-animateurs
et co-animatrices externes, notamment avec les représentants de l’ONG et
le responsable du District sanitaire. On aurait pu avoir plus d’informations
au niveau de l’analyse réflexive pour générer plus de connaissances. Les
consignes données aux différents groupes de travail n’étaient pas
suffisamment claires au début. Si c’était à refaire, il aurait fallu leur donner
l’occasion de bien clarifier les consignes afin qu’ils soient au même niveau
d’informations. En raison de la grande quantité de documents non archivés,
nous n’avons certainement pas consulté tous les documents qui auraient pu
éclairer davantage notre lanterne.
Conclusion
La mise en œuvre d’une recherche-action comporte différents éléments
qui peuvent constituer des facteurs limitant l’atteinte des objectifs s’ils ne
sont pas correctement identifiés et bien gérés.
L’analyse de la démarche utilisée pour mettre en œuvre une recherche-
action est utile pour guider les futurs projets de recherche-action, mais elle
reste confrontée à de nombreux défis. Ce travail a permis de structurer
la démarche d’analyse en trois étapes complémentaires. L’élaboration d’une
grille de « meilleures pratiques » a constitué une boussole. La combinaison
| 145
Évaluation des interventions de santé mondiale
de l’analyse externe avec l’analyse réflexive de parties prenantes offre de
nombreux avantages en termes de complémentarité des données à collecter
et de la qualité de l’analyse, en recueillant le point de vue des parties de façon
plus approfondie à travers une triangulation de méthodes. Pour réaliser une
telle démarche d’analyse, il convient de bien sélectionner la documentation
afin de constituer une grille d’analyse externe basée sur des éléments
factuels. Pour faciliter la réflexion des parties prenantes, il faut les impliquer
depuis le début du processus afin de bien préparer l’atelier de réflexion et
utiliser un vocabulaire adapté.
Références clés
Gauthier, B. (2010). La recherche-action. B. Gauthier (dir.), Recherche sociale :
de la problématique à la collecte des données (p. 517-533). Québec : Presses
de l’Université du Québec.
Un chapitre ancien et excellent car un des premiers à aborder
la recherche-action comme une démarche scientifique en sciences sociales en
langue française.
Reason, P. et Bradbury, H. (dir.). (2011). Handbook of action research:
Participative inquiry and practice. Londres : Sage Publications.
La bible pour les personnes qui souhaitent comprendre les détails des
fondements épistémologiques, théoriques et conceptuels de la recherche-action.
L'ouvrage regorge aussi de multiples exemples montrant comment les
recherches-actions sont mises en œuvre dans plusieurs contextes et domaines,
y compris dans des pays du Sud. Une section concerne aussi les compétences et
Information des acteurs et actrices de la recherche-action.
Roy, M. et Prévost, P. (2013). La recherche-action : origines, caractéristiques
et implications de son utilisation dans les sciences de la
gestion. Recherches qualitatives, 32(2), 129-151.
Un article relativement récent qui permet de mettre au jour les différentes
étapes d’une recherche-action et qui a notamment servi de base au présent
chapitre.
146 |
L'analyse d’une recherche-action
Références
Avison, D., Lau, F., Myers, M. et Nielsen, P.A. (1999). Action Research: To make
academie research relevant, researchers should try out their theories with
practitioners in real situations and real organizations. Communications of
the ACM, 42(1), 94-97.
Baron, G. et Monnier, E. (2003). Une approche pluraliste et participative :
coproduire l’évaluation avec la société civile. Informations sociales, 110,
120-129.
Baum, F., McDougall, C., Danielle, S. (2006). Participatory action research. J
Epidemiol Community Heath, 60, 854-857.
Bernier, J. (2014). La recherche partenariale comme espace de soutien à
l’innovation. Global Health Promotion 2014 21: 58, 21(Supp.l), 58-63.
Boudjaou, M. et Bourassa, B. (2012). Introduction. In Bourassa, B and
Boudjaoui, M. (dir.). Recherches collaboratives en sciences humaines et
sociales. Enjeux, modalités et limites. Québec : Presses de l’Université Laval.
Bourassa, B., Leclerc, C. et Fournier, G. (2012). Assumer et risquer une
posture de recherche collaborative. In Bourassa, B. and Boudjaoui, M.
(dir.) Recherches collaboratives en sciences humaines et sociales. Enjeux,
modalités et limites. Québec : Presses de l’Université du Québec.
Boyera, S., Koulla-Shirod, S., Abe, C., Spirea, B., Moattia, J-P. (2011).
Implementing operational research to scale-up access to antiretroviral
therapy for HIV infection: lessons learned from the Cameroonian
experience. Current Opinion in HIV and AIDS, 6, 239-244.
Casabiaca, F. et Albeladejo, C. (1997). Des multiples légitimités de la
recherche action. Etud. Rech. Syst. Agraires Dev, 30,11-25.
Champagne, M. (2007). La pratique de la recherche-action. Entre utopie
et nécessité. In Dorvill, H. (dir.) Problèmes sociaux Tome III. Théorie et
méthodologie de la recherche, 463-490. Montréal : Presses de l’Université
du Québec.
Chevalier, J., Buckless, D. J et Bourassa, M. (2013). Guide de la recherche
action, la planification et l'évaluation participative, Module 2. SAS2. Ottawa,
Canada.
Évaluation des interventions de santé mondiale
D’Alonzo, K. T. (2010). Getting started in CBPR: lessons in bulding community
partenerships for new researchers. Nursing Inquiry, 17(4), 282-288.
Demange, E., Henry E. et Préau M. (2012). De la recherche en collaboration à la
recherche communautaire. Un guide méthodologique. Paris. ANRS/Coalition
Plus. Coll. Sciences sociales et sida. 2012.
Desclaux, A., Rouanda, S., and Obermeyer, C.M. (2010). Stakeholders
participation in operational research on HIV: insights from Burkina Faso.
AIDS, 24(1), S79-85.
Dickens, L and Watkins, K. (1999). Action Research: Rethinking Lewin.
Management Learning, 30,127.
Ministère de l’économie et des finances. République du Burkina Faso (2011).
Stratégie de croissance accélérée et de développement durable 2011 - 2015.
http: / / [Link]/sites/default/files/PDF /
Burkina_Faso_PRSP_2011.pdf
Faure, G., Hocdé, H., et Chia, E. (2011). Action research methodology to
reconcile product standardization and diversity of agricultural practices: A
case of farmers’ organizations in Costa Rica. Action Research, 9, 242-260.
Faure, G., Hocdé, H. et Meneses, D. (2007). Les organisations paysannes
du Costa Rica construisent leur vision de l’agriculture familiale : une
démarche de recherche-action marquée par une rupture. Cahiers
Agricultures, 16(3), 205-2011.
Hercot, D., Meessen, B., Ridde, V. et Gilson, L. (2011). Removing user fees
for health services in low- income countries: a multi-country review
framework for assessing the process of policy change. Health Policy and
Planning, 26, Ü5-Ü15.
Le May, A. et Lathlean, F. (2001). Action research: A design with potential.
Nursing Times Research, 6, 502.
Lui, M. (1997). La validation des connaissances au cours de la recherche
action. Etud. Rech. Syst. Agraires Dev, 30,183-196.
McVicar, A., Munn-Giddings, C. et Abu-Helil, C. (2012). Exploring the
development of action research in nursing and social care in the UK: A
comparative bibliometric review of action research designs in social work
(2000-2010). Action Research, 10, 79.
Mikolasek, O., Barlet, B., Chia, E., Pouomogne, V. et Tabi, M.T.E. (2009).
148 |
L'analyse d’une recherche-action
Développement de la petite pisciculture marchande au Cameroun: la
recherche-action en partenariat. Cahiers Agricultures, 18(2-3), 270- 275.
Mshelia, C., Huss, R., Mirzoev, T., Elsey, H., Baine, S.O., Aikins, M., et al (2013).
Can action research strengthen district health management and improve
health workforce performance? A research protocol. BMJ Open 3.
OMS. (2008). Guide to operational research in programs support by the Global
Fund. Organisation mondiale de la santé. Fonds mondial pour la lutte
contre Sida, la tuberculose et le paludisme.
Patton, M.Q. (2001). Evaluation, knowledge management, best practices, and
high quality lessons learned. American Journal of Evaluation, 22, 329.
Peters, D. H., Tran, N. T. et Adam, T. (2013). Implementation research in health:
a practical guide. Geneva: World Health Organization. Alliance for Health
Policy and Systems Research
[Link]
Peters, D.H., Taghreed, A., Alonge, O., Agyepong, I.A. et Tran, N. (2013).
Implementation research: what it is and how to do it. BMJ 347.
Reason, P., et Bradbury, H. (2011). Introduction: Inquiry and participation in
search of a world worthy of human aspiration. In P. Reason & H. Bradbury
(Eds.), Handbook of action research: Participative inquiry and practice (pp.
1-14). London: SAGE.
Roy, M. et Prévost, P. (2013). La recherche-action : origines, caractéristiques
et implications de son utilisation dans les sciences de la gestion.
Recherches qualitatives, 32(2), 129-151.
Swann, C. (2002). Action research and the practice of design. Design Issues,
18(2).
Tousignant, P., Remondin, M., Laurendeau, M-C., et Bergeron, P. (2012). Une
approche participative pour une recherche ancrée dans la pratique en
première ligne. Réseau de recherche en santé des populations du Québec.
Carnets-synthèse 11.
http: //[Link]/fr/activites /[Link] l
Vespiren, M. et Chia, E. (2012). Rôle d’une recherche-action sur la diffusion
des savoirs et la modification du contexte social. Bourassa, B. and
Boudjaoui, M. (dirs) Recherches collaboratives en sciences humaines et
Évaluation des interventions de santé mondiale
sociales. Enjeux, modalités et limites. Montréal : Presses de l’Université du
Québec.
Waterman, H., Marshall, M., Noble, J., Davies, H., Walshe, K., Sheaff, R. et
Elwyn, G. (2007). The Role of Action Research in the Investigation and
Diffusion of Innovations in Health Care: The PRIDE Project. Quai Health
Res, 17, 373.
Zachariah, R., Harries, A.D., Ishikawa, N., Rieder, H.L., Bissell, K., Laserson, K.,
et al. (2009). Operational research in low-income countries: what, why, and
how? Lancet Infect Dis, 9(11), 711- 717.
Zachariaha, R., Ford, N. Draguez, B., Yunc, O. et Reida, T. (2010). Conducting
operational research within a non governmental organization: the example
of Médecins Sans Frontières. International Health 2(1-8).
Résumé / Abstract / Resumen
Depuis 2011, une recherche-action est menée dans le cadre d’un projet
de subvention de l’accès aux soins des enfants de moins de cinq ans, des
femmes enceintes et allaitantes au district sanitaire de Sebba au Burkina
Faso. Elle vise à expérimenter une innovation, le remboursement au forfait
des prestations de soins de santé délivrés gratuitement aux patients afin de
résoudre les difficultés inhérentes au projet de subvention de l’accès aux
soins rencontrées par les agents de santé et l’ONG subventionnaire. Parmi
les difficultés figurent entres autres la charge de travail pour le personnel
de santé, les coûts de production des outils de collecte des données. Les
résultats préliminaires de cette recherche-action étant probants, il est
apparu nécessaire d’analyser la démarche utilisée pour la mettre en œuvre.
Pour y parvenir, une analyse externe combinée à une analyse réflexive des
parties prenantes a permis de tirer les leçons idoines qui ont permis de
guider d’autres recherches-actions. La réussite d’une telle démarche
d’analyse est passée par i) l’élaboration d’une grille d’analyse comportant
des éléments factuels pour mener à bien l’analyse externe, ii) une bonne
préparation de l’analyse réflexive et iii) une implication des parties prenantes
au processus d’analyse dès le début.
•k -k -k
Since 2011, action research has been conducted as part of a project
to subsidize access to care for children under five, pregnant and lactating
150 |
L'analyse d’une recherche-action
women in Sebba health district in Burkina Faso. It aims to test an innovation,
the reimbursement of health care benefits delivered free of charge to
patients in order to solve the difficulties inherent to the project of grant
of access to care met by the health workers and the subsidizing NGO. As
a difficulty he had in other workload for the health staff, the costs of
production of data collection tools. The preliminary results of this action
research being conclusive, it appeared necessary to analyze the approach
used to implement it. To achieve this, an external analysis combined with
a reflective analysis of the stakeholders made it possible to draw the
appropriate lessons that made it possible to guide other action research.
The success of such an analysis has gone through i) the development of an
analysis grid with factual elements to carry out the external analysis, ii) a
good preparation of the reflexive analysis and iii ) Stakeholder involvement
in the analysis process from the beginning.
•k -k -k
Desde 2011, una investigaciôn-acciôn se lleva a cabo como parte de un
proyecto para subvencionar el acceso a la atenciôn de los nihos menores de
cinco ahos y de las mujeres embarazadas y lactantes en el distrito de salud
de Sebba, en Burkina Faso. Su objetivo es experimentar una innovacion, el
reembolso de los servicios de asistencia sanitaria gratuitos prestados a los
pacientes, con el fin de resolver las dificultades inherentes al proyecto de
subvenciôn del acceso a la asistencia encontradas por los trabajadores de
la salud y de la ONG financiadora. Los desafios incluyen la carga de trabajo
del personal de salud, los costos de producir herramientas de recolecciôn
de datos, etc. Como los resultados preliminares de esta investigaciôn-acciôn
fueron concluyentes, parecia necesario analizar el enfoque utilizado para
llevarla a cabo. Para lograrlo, un anâlisis externo combinado con un anâlisis
reflexivo de las partes interesadas proporcionô las lecciones apropiadas
para guiar futuras investigaciones-acciones. El éxito de este enfoque de
anâlisis se ha logrado a través de (i) el desarrollo de una tabla de anâlisis
con elementos factuales para llevar a cabo el anâlisis externo, (ii) una buena
preparaciôn del anâlisis reflexivo y (iii) la participaciôn de las partes
interesadas en el proceso de anâlisis desde el principio.
•k-k-k
Aka Bony Roger Sylvestre est médecin de formation et titulaire d’un
Master en santé publique option Santé mondiale en 2014 à l’Université de
| 151
Évaluation des interventions de santé mondiale
Montréal au Canada avec orientation évaluation. Comme stagiaire au Centre
de Recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, il a conçu
un outil et analysé le processus d’implantation d’une recherche-action en
santé au Burkina Faso. Les résultats de ce travail ont fait l’objet de plusieurs
publications notamment dans la revue de la Société Québécoise dévaluation
de Programme au Canada et a remporté un prix d’excellente au concours
« Évaluation d’Or 2015 » en Côte d’ivoire. Depuis janvier 2018, il est chef
d’un projet de recherche sur la tuberculose chez les enfants au Programme
PACC-CI en Côte d’ivoire. De 2015 à 2017, il était chargé de suivi-évaluation
au Programme élargi de vaccination au sein du ministère de la Santé en Côte
d’ivoire.
i
Valéry Ridde est directeur de recherche au CEPED , une Unité Mixte de
Recherche associant l’Université Paris Descartes et l’Institut de Recherche
pour le Développement (IRD). Il est chercheur régulier de l’Institut de
recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM) et
chercheur associé au Centre interdisciplinaire de recherche en
développement international et société (CIRDIS) de Montréal. Il est
rédacteur adjoint des revues BMJ Global Health et Global Health Promotion,
membre du comité de rédaction de la Revue Canadienne dévaluation de
Programme et de Qualitatif! Revue africaine de sciences sociales. Ses travaux
de recherche portent sur la couverture universelle en santé, le financement
des services de santé, l’évaluation de programme, les politiques publiques de
santé et la promotion de la santé.
Ludovic Queuille est Consultant en Gouvernance & Financement de la
Santé pour l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS)/Organisation
mondiale de la santé (OMS) en Haïti depuis septembre 2014. C’est en tant
que Courtier en connaissances (2008-2014) pour le compte du Centre de
recherche de l’Université de Montréal et basé à Ouagadougou qu’il était,
entre autres travaux, responsable de cette recherche-action sur le paiement
par montants forfaitaires dans le cadre d’un projet de subvention du
paiement de soins des enfants, femmes enceintes et allaitantes dans la
région du Sahel au Burkina Faso ([Link]
helpburkina/).1
1. [Link]
152 |
Citation
Aka Bony Roger Sylvestre, Valéry Ridde et Ludovic Queuille. (2019). L’analyse
d’une recherche-action. Combinaison d’approches dans le domaine de la
santé au Burkina Faso. In Évaluation des interventions de santé mondiale.
Méthodes avancées. Sous la direction de Valéry Ridde et Christian
Dagenais, pp. 125-153. Québec : Éditions science et bien commun et
Marseille : IRD Éditions.
| 153
Aka B.R.S., Ridde Valéry, Queuille L. (2019).
L'analyse d'une recherche-action : combinaison d'approches
dans le domaine de la santé au Burkina Faso.
In : Ridde Valéry (ed.), Dagenais C. (ed.) Évaluation des
interventions de santé mondiale : méthodes avancées.
Québec (CAN) ; Marseille : Ed. Science et Bien Commun ; IRD,
125-153. ISBN 978-2-7099-2766-6