Université De MOULOUD MAMMERI
Faculté de médecine
Département de MEDECINE
Module d’Immunologie
3ème Année de MEDECINE
Cours :
Les thérapeutiques immunologiques et immunointervention
2024-2025
Introduction
Les thérapeutiques immunologiques, regroupées sous le vocable général d’immuno-intervention, font
appel à des substances essentiellement d’origine biologique visant à manipuler le système immunitaire
d’un patient, dans le but d’obtenir un bénéfice thérapeutique ou préventif.
Ces substances sont utilisées pour :
- Obtenir une protection vis-à-vis d’une maladie déterminée par l’instauration d’une immunité
spécifique de façon : active (vaccination) ou passive (sérothérapie, séroprophylaxie,
immunothérapie cellulaire).
- Moduler de façon positive ou négative toute la réactivité immunitaire en cas de
dysfonctionnement : (ex ; Immunosuppresseurs.)
- Orienter la réponse immunitaire vers une réponse inoffensive, c’est l’exemple de la
désensibilisation allergique.
1- L’immunité active (artificielle) : Les vaccins
1.1.Définition :
Médicament biologique dont l’objectif est de reproduire en toute innocuité, chez un individu, la réponse
immunitaire produite face à un pathogène afin de le protéger contre l’infection naturelle ou d’en atténuer
les conséquences. Les vaccins peuvent :
- Vaccins prophylactiques : ont plusieurs objectifs :
• Induire une immunité stérilisante : une immunité qui empêche le développement du pathogène.
• Induite une immunité protectrice : Confèrent une immunité protectrice destinée à éviter les formes
graves de la maladie. ( Ex : BCG qui n’empêche pas de contracter la tuberculose mais protège contre
les formes septicémiques, milliaires).
• La protection individuelle : protéger l’individu vacciné contre la maladie infectieuse subséquente.
• La protection collective : s’il y a suffisamment d’individus immunisés dans la population, la
transmission de l’infection est évitée, et même les sujets non vaccinés sont protégés contre la maladie.
• L’éradication du pathogène : peut être envisagée lorsque le microorganisme ne peut pas se développer
en dehors de l’hôte humain (ex : variole, poliomyélite).
- Vaccins thérapeutiques : La vaccination thérapeutique vise à stimuler les réponses
immunitaires des patients quand la maladie est déjà déclarée. Ces vaccins développés pour la
plupart contre les cancers (ex : Vaccin BCG dans le cas du cancer de la vessie).
1.2 Les facteurs influençant la réponse vaccinale
Nature de l’antigène vaccinal : (voir la suite du cours)
Voie d’administration : orale, parentérale, transcutanée
Utilisation d’adjuvants : Substances qui mélangées ou combinées à un antigène potentialisent la
réponse immunitaire spécifique vis-à-vis de cet antigène. Ex ; Al(OH) 3, Phosphate de Ca, LPS.
Facteurs liés à l’hôte : Age, génétique, statut immunitaire..
1.3 Classification des vaccins
A- Vaccins à germes vivants atténués
Dans ce cas, le vaccin est un microorganisme vivant d’un pouvoir immunogène semblable voire
identique à la souche pathogène mais dépourvu de virulence. L’atténuation est obtenue en faisant croitre
l’agent pathogène pendant des périodes prolongées dans des conditions de culture défavorables.
Exemples : rougeole, rubéole, poliomyélite par voie orale (vaccin Sabin), BCG
• Avantages :
- Très bonne immunogénicité
- Induisent de fortes réponses aussi bien humorales que cellulaires ainsi qu’une bonne mémoire
immunologique ;
- Ne nécessitent pas d’adjuvants ;
- Ne nécessitent généralement qu’une seule immunisation ;
Inconvénients :
- Risque de réversion de la souche vaccinale atténuée vers son état de virulence ;
- Contre-indiqués chez la femme enceinte et les personnes immunodéprimées.
B. Vaccins à germes entiers tués (inactivés)
Après culture sur différents types de milieux, les microorganismes, virus ou bactéries, sont inactivés
(perdent la capacité de prolifération) par un agent chimique ou physique. Ce processus d’inactivation
entraîne une perte de la virulence mais non de l’immunogénicité.
Exemples : coqueluche, typhoïde, poliomyélite par voie injectable (vaccin Salk),
• Avantages
- Bon pouvoir immunogène ;
- Ne nécessitent donc pas d’adjuvants ;
- Induisent de fortes réponses humorales, (mais pas réponses cellulaires), avec une bonne
mémoire immunologique.
• Inconvénients :
- Nécessité de multiples rappels,
- L’antigénicité peut être altérée lors de l’inactivation.
C. Vaccins sous-unitaires
Certains risques associés aux vaccins à base d’organismes pathogènes entiers peuvent être évités en
utilisant des sous unités du pathogène. Obtenues par purification ou par culture cellulaire :
C.1. Vaccins à base d’anatoxines
Les anatoxines sont des toxines inactivées ; démunies de toxicité mais ont un pouvoir immunogène
identique à la toxine native.
Exemples : Anatoxine tétanique, diphtérique et botulique.
• Avantages
- Bonne immunogénicité
- Innocuité ++
• Inconvénients :
- Ils induisent une réponse humorale sans réponse cellulaire.
- La réponse est faible d’où la nécessité d’associer des adjuvants,
- Nécessitent des rappels.
C.2. Vaccins à base de polysaccharides capsulaires bactériens
C.3. Vaccins à base d’antigènes de surface recombinants :
Le gène codant pour une protéine immunogène peut être cloné (inséré dans un plasmide ou l’ADN des
eucaryotes) puis exprimé dans des bactéries, des levures…. Ce type de vaccins ne s’applique que pour
des antigènes protéiques, les polysaccharides ne pouvant pas être exprimés dans les systèmes de
clonage.
Exemple : l’hépatite B, utilisant l’antigène de surface du virus (HBsAg) , le vaccin HPV.
Ces vaccins, comme les vaccins à base d’Antigènes purifiés, induisent une réponse humorale, qui est
faible d’où nécessité d’adjuvants.
D. Vaccins vectorisés
D.1. Vaccins utilisant des vecteurs recombinants
Ces vaccins utilisent des souches atténuées dans lesquels est incorporé le plasmide contenant le gène
codant l’antigène vaccinal.
• Avantages
Induisent de fortes réponses (humorales et cellulaires) contre l’Ag vaccinal. Ils miment les
vaccins vivants atténués ;
L’activité adjuvante vis-à-vis de l’Ag vaccinal est assurée par le vecteur lui-même.
• Inconvénients
Les inconvénients sont ceux des vaccins utilisant des germes vivants atténués (risque de la réversion de
la virulence de la souche vaccinale).
D.2. Vaccins à ADN et à ARN
ADN plasmidique dans lequel on a incorporé le gène de l’Ag vaccinale est injecté directement dans le
muscle du receveur. Les plasmides sont incorporés dans les cellules musculaires.
Les vaccins à ARN utilisent des brins D’ARN messagers protégés de la dégradation par des
nanoparicules lipidiques.
L’injection de l’ARN messager codant pour une protéine spécifique induit in vivo la synthèse de cet
immunogène protéinique.
Cette façon de faire court circuite l’ADN nucléaire et met à profit la traduction protéinique de l’ARNm
injecté dans le cytoplasme des CPA de l’hôte.
Exemple : vaccin anti-COVID 19
• Avantages
Induisent de fortes réponses (humorales et cellulaires) contre l’Ag vaccinal ;
L’activité adjuvante vis-à-vis de l’Ag vaccinal est assurée par les plasmides bactériens qui
contiennent les motifs CpG, qui sont de puissants immunostimulants ;
La protéine codée est exprimée par l’hôte sous sa forme naturelle, sans dénaturation, ni
modification ;
Bonne réponse. L’Ag mime la réponse naturelle aux pathogènes (surtout ceux à multiplication
intracellulaire) ;
1.4. Effets indésirables :
2. L’immunité passive :
L’immunothérapie adoptive (ou passive) repose sur le principe d’injecter des entités
immunocompétentes, telles que des anticorps ou des cellules (cellules dendritiques matures,
lymphocytes T etc.), dans le but d’aider le système immunitaire pour lutter contre un état pathologique
particulier (d’une façon spécifique).
[Link] anticorps
A. Anticorps polyclonaux
Celle-ci consiste à administrer des anticorps spécifiques qui confèrent au patient une protection
momentanée et passagère associée à la demi-vie des IgG dans le but de :
- Prévenir certaines maladies infectieuses : Séroprophylaxie.
- Atténuer les manifestations de ces maladies : Sérothérapie.
Ces anticorps sont fournis par un sérum humain ou animal (cheval) hyper immun.
Indications :
- Séroprophylaxie :
* Infections à période d’incubation trop courte : tétanos, diphtérie, rubéole,
* Absence de vaccin.
* Prévention du rejet de greffes (SAL) .
* Prématurés (réduire la mortalité par septicémie, le transfert placentaire est pratiquement négligeable
jusqu’à la 32ème semaine de grossesse).
* Déficits immunitaires humorales.
- Sérothérapie :
* Neutralisation de venins.
* Maladies auto-immunes (exp : Sd de GUILLAIN Barré)
* Alloimmunisation anti-D (anti-Rhésus).
B. Anticorps monoclonaux
B.1. Définition
Un anticorps monoclonal est une immunoglobuline, le plus souvent une IgG, dont le paratope a une
spécificité et une affinité bien définie pour un seul épitope de l’immunogène. Cette IgG monoclonale
est elle-même produite par un clone de plasmocytes tous identiques, dérivé d’un seul lymphocyte B.
B.2. Indications thérapeutiques :
Pathologies inflammatoires. (exp : Anti TNF-a, anti-IL6)
Maladies auto-immunes. (exp : anti-CD20)
Maladies tumorales. (exp : anti-points de contrôles : CTLA-4, PD-1)
Maladies allergiques. (exp : anti-IgE)
Maladies cardiovasculaires. (exp : Anti VEGF-A)
Transplantations d’organes. (exp : anti-CD 3, anti CD20) .
[Link] cellules
La thérapie cellulaire est basée sur la réinjection de cellules humaines manipulées ex vivo.
- Les principales cellules utilisées en immunothérapie sont :
* Les cellules dendritiques : Les cellules dendritiques du sujet à traité sont récupérées, manipulées
(chargement en antigène et activation) dans le laboratoire pour être réinjectées de nouveau au patient
par voie S/C ou IV.
Exp : Provenge® (sipuleucel-T) : traitement à base de cellules dendritiques pour le traitement de
l’adénocarcinome prostatique
* Les lymphocytes T (principalement TCD8+) : Les lymphocytes T spécifiques d’un antigène sont
séparés puis traités in vitro pour augmenter leur fonction, puis injectés chez le patient. Les lymphocytes
peuvent être aussi modifiés génétiquement.
- D’autres cellules peuvent être utilisées comme :
* Les cellules NK,
* Les lymphocytes T,
3. Les immunosuppresseurs
Les immunosuppresseurs sont des substances réprimant les réponses immunitaires et qui sont utilisés
notamment dans le traitement des maladies auto-immunes, le traitement des hypersensibilités et la
prévention et le traitement des rejets d’allogreffes.
3.1 Immunosuppresseurs à action spécifique
La plupart des immunosuppresseurs cible le lymphocyte TCD4+. Son blocage entraine une suppression
de la réponse immunitaire. Ils agissent aux différentes étapes de l’activation du lymphocyte T CD4+.
Nb : Ils ciblent les lymphocytes T activés et ils épargnent les lymphocytes naïfs et mémoires.
Immunosuppresseurs agissant sur le 1er signal d’activation
Le premier signal d’activation est représenté par l’interaction du TCR/CD3 avec les molécules
HLA/peptide présentés par les CPA.
Exp : Cyclosporine A, FK506
Immunosuppresseurs agissant sur le 2ème signal d’activation
Le deuxième signal d’activation du lymphocyte T est représenté par l’interaction des molécules de
costimulation CD28 avec la molécule B7 sur les CPA et le récepteur de l’IL-1 avec l’IL-1.
Exp : CTLA-4 Ig et glucocorticoïdes
Immunosuppresseurs agissant sur le 3ème signal d’activation
Ce signal est induit par la fixation paracrine et autocrine de l’IL-2 sur son récepteur de haute affinité.
Exp : l’anticorps monoclonal anti-CD25 qui bloque l’action de l’IL-2 à son récepteur, et la
Rapamycine qui bloque la transduction de signal fournit par le récepteur.
Immunosuppresseurs agissant sur le 4ème signal d’activation
Ils comprennent les agents alkylants et inhibiteurs des purines et des pyrimidines. Ces produits ont un
mécanisme d’action non spécifique qui s’exerce envers toutes les cellules en division dans l’organisme,
d’où le risque de toxicité médullaire par interférence sur l’hématopoïèse.
Exp : Méthotrexate (Méthotrexate®), Azathioprine (Imurel®)...
3.2. Immunosuppresseurs à action non spécifique
Ces immunosuppresseurs détruisent tous les lymphocytes qu’ils soient naïfs, activés ou mémoires. Il
s’agit principalement d’anticorps cytotoxiques qui détruisent tous les lymphocytes ou bien une action
sélective sur une sous population particulière.
Exp : Sérums anti-lymphocytes (SAL), Anticorps monoclonaux anti-lymphocytes (anti-CD3, anti-
CD2O)
3.3 Indication du traitement immunosuppresseur
Les maladies auto-immunes
La prévention et le traitement du rejet d’allogreffe
4. Immunothérapie anti-allergique : (Revoir cours HS1)
La désensibilisation allergique est une méthode d’immunothérapie spécifique qui consiste à
administrer un allergène (sous forme d’extrait ou recombinant) permettant d’inhiber la réponse TH2 et
la production d’IgE contre cet antigène.
- L’administration de l’allergène se fait en augmentant progressivement la dose de l’allergène.
- Voies d’administration existantes : (sont généralement différentes de la voie de pénétration naturelle
de l’allergène) :
Peau : injection sous-cutanée utilisant : Des extraits aqueux ou des extraits retard (avec
adjuvants comme Al(OH) 3, Phosphate de Ca,..)
Muqueuse orale : Comprimés voie orale, Solution (gouttes) voie sublinguale, Comprimés voie
sublinguale
Muqueuse nasale : Spray nasal.