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Autonomisation agricole des femmes à Foumbot

L'article analyse la construction de l'autonomie agricole des femmes entrepreneures à Foumbot, Cameroun, en mettant en lumière les stratégies qu'elles adoptent pour surmonter les obstacles traditionnels et économiques. À travers une étude qualitative de 63 femmes, il est démontré que ces femmes s'organisent en tontines et créent des coopératives pour acquérir des ressources et améliorer leur position sociale. L'augmentation de leur participation dans l'agriculture depuis 1980 illustre une tendance vers l'autonomisation et l'entrepreneuriat féminin dans ce secteur.

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Autonomisation agricole des femmes à Foumbot

L'article analyse la construction de l'autonomie agricole des femmes entrepreneures à Foumbot, Cameroun, en mettant en lumière les stratégies qu'elles adoptent pour surmonter les obstacles traditionnels et économiques. À travers une étude qualitative de 63 femmes, il est démontré que ces femmes s'organisent en tontines et créent des coopératives pour acquérir des ressources et améliorer leur position sociale. L'augmentation de leur participation dans l'agriculture depuis 1980 illustre une tendance vers l'autonomisation et l'entrepreneuriat féminin dans ce secteur.

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CONSTRUCTION DE L’AUTONOMIE AGRICOLE

DES FEMMES : CAS DES FEMMES


ENTREPRENEURES AGRICOLES A FOUMBOT-
CAMEROUN

Valentin NGOUYAMSA,
Sociologue
FLSH, Université de Dschang Cameroun
ng_ valentin@[Link]
Gertrude Gaelle FOUTSOP Doctorante
FLSH, Université de Dschang-Cameroun
gaellefoutsop@[Link]

Résumé
Dans le domaine agricole, Foumbot est une zone très fertile composée des diverses classes sociales. La
stratification sociale est fonction de la valeur du capital, du rôle social, mais aussi d’une migration
saisonnière des acteurs sociaux (femmes). Jusqu’en 1980, les politiques et programmes agricoles ne
prenaient pas en compte en considération le rôle des femmes. Ceux qui se penchaient sur la question de
l’autonomisation des femmes ne pensaient pas à l’agriculture. Aujourd’hui, la tendance connait une
augmentation. En effet, dans un contexte de conjoncture économique où la création d’entreprise se présente
comme une stratégie de résistance, en dépit des clichés sociaux qui leur sont assignés, les femmes
agricultrices parviennent à se positionner dans le domaine agricole grâce auxquelles elles se positionnent
sur l’échelle social. Dans une approche qualitative et à travers un échantillon de 63 femmes, cet article
analyse les stratégies de construction de l’autonomisation agricole des femmes urbaines à Foumbot. Les
résultats montrent que les modes d’organisations et stratégies utilisées sur le plan pratique s’inscrivent
dans des logiques de contournement, d’évitement, du poids de la tradition pour acquérir leur autonomie
sur le plan agricole. Elles se regroupent dans des tontines pour avoir un capital leur permettant de louer
de vastes surfaces cultivables. Aussi, par la création des GIC et coopératives, elles parviennent à
contourner les défis liés à l’organisation sur le plan agricole et à l’acquisition des semences.
Mots-clés : Autonomisation agricole, entrepreneuriat agricole, femmes urbaines, modes
d’organisations, stratégies.

Abstract
In the agricultural sector, Foumbot is a very fertile area made up of various social classes. Social
stratification is a function of the value of capital, of the social role, but also of a seasonal migration of
social actors (women). Until 1980, agricultural policies and programs did not take into account the role
of women. Those who looked at the issue of women's empowerment were not thinking of agriculture.
Today, the trend is on the rise. In fact, in a context of economic conditions where the creation of a business

573
is presented as a strategy of resistance, despite the social clichés assigned to them, women farmers manage
to position themselves in the agricultural sector thanks to which they position themselves on the market.
the social scale. Using a qualitative approach and using a sample of 63 women, this article analyzes
strategies for building agricultural empowerment for urban women in Foumbot. The results show that the
organizational methods and strategies used on the practical level are part of a logic of bypassing, avoidance,
the weight of tradition to acquire their autonomy on the agricultural level. They group together in tontines
to have capital allowing them to rent large cultivable areas. Also, through the creation of GICs and
cooperatives, they manage to circumvent the challenges related to agricultural organization and the
acquisition of seeds.
Keywords: Agricultural empowerment, agricultural entrepreneurship, urban women, modes of
organization, strategies.

Introduction

La construction de l’autonomie de la femme est aujourd’hui une quête


permanente dans l’analyse des questions de genre. Les femmes
développement des activités et stratégies de manière permanente pour
se faire une place dans une société où les marqueurs plus ou moins
discriminatoires font que les rapports sociaux de genre sont socialement
ancrés (Batibonack et al, 2000). Le niveau de marginalisation des femmes
rurales par les systèmes culturels discriminatoires, la non prise en compte
de leurs idées dans les multiples projets de développement augmente le
niveau de vulnérabilité féminine. Les contraintes les excluant de la
gestion et de la circulation foncière accentue la pauvreté féminine. Dans
le but de prendre en compte leurs compétences et de sortir des logiques
de subordinations dans ce contexte asservissant, les femmes se battent
dans les champs productifs, car en le faisant, elles s’émancipent de façon
latente et silencieuse de l’autorité masculine (Yong, 2000 ; Komon,
2000). Dans un Contexte mondial marqué par l’urbanisation, la
construction de l’autonomisation agricole des femmes est une
problématique d’actualité. En Afrique, les femmes dans leur ensemble et
les femmes urbaines en particulier se convertissent pour la plupart à
l’activité agricole qui, dans nombre de cas, est pourvoyeuse de ressources
(économiques, sociales, politiques).
La situation du Cameroun correspond exactement à ce schéma explicatif.
La tendance s’observe avec un fort engagement des femmes dans
l’agriculture, au point d’en faire d’elle l’une des meilleures activités pour
atteindre leurs objectifs. A Foumbot, bien que confrontées aux
restrictions que leur impose la société, il s’opère une résurgence de
l’entrepreneuriat agricole féminin qui donne de constater
574
progressivement l’autonomisation agricole des femmes dans cette
localité. La manifestation est celle du nombre de plus en plus croissant
des femmes dans des activités agricoles. Elles sont propriétaires des
vastes surfaces d’exploitations agricoles, elles sont impliquées dans la
commercialisation des produits agricoles, elles sont impliquées dans des
multiples projets agricoles. Il ya environ 40 ans dans la zone de Foumbot,
l’élaboration des politiques et programmes agricoles ne prenait pas en
compte en considération le rôle des femmes. Ceux qui se penchaient sur
la question de l’autonomisation des femmes ne pensaient pas à
l’agriculture.

Les indicateurs souvent utilisés pour évaluer l’autonomisation des


femmes tels que le taux de scolarisation, le taux d’intégration dans des
administrations par exemple n’étaient pas liés directement à l’agriculture.
En 1980, les femmes entrepreneures représentaient environ 10% dans
les secteurs agricoles. La tendance connait une augmentation, environ
40% des femmes entrepreneurs agricoles en 2019 (Mbouobouo, 2020).
Dès lors, on assiste à une féminisation progressive des activités agricoles.
C’est fort de ce constat qu’il nous a paru intéressant de porter un regard
analytique sur les procédés à partir desquels, ces femmes qui résident en
ville parviennent à faire une migration saisonnière pour entreprendre
dans les zones rurales et par là construisent leur autonomie agricole
malgré les déterminismes sociaux encore encrés dans les mœurs dans
cette zone. Nous partons de l’hypothèse selon laquelle bien que les
pesanteurs sociales excluent la femme de la propriété foncière, il
s’observe une résurgence de l’entrepreneuriat agricole féminin qui donne
de constater qu’il s’opère progressivement une autonomisation des
femmes dans ce domaine d’activité. Elles ont des stratégies propres
(collectivement et individuellement) dans le processus d’autonomisation
et de construction de leurs entreprises agricoles.

Cet article s’inscrit dans la mouvance de l’intérêt que l’on accorde à la


question de l’entrepreneuriat agricole en général et de l’entrepreneuriat
agricole des femmes urbaines en particulier. La création d’entreprise par
les femmes agricultrices est un phénomène digne d’être étudié, dans la
mesure où, plus qu’un simple acte économique, la construction de
l’autonomie agricole des femmes est aussi l’expression d’une culture, d’un
facteur de production des identités et de classes sociales. C’est sous ce

575
prétexte que la présente étude trouve sa raison d’être. En effet construire
son autonomie sur le plan agricole ne se résume pas seulement à
s’émanciper des difficultés de l’existence. Bien plus, c’est un acte de
réalisation de soi, une volonté de se positionner dans une société de
classes où le travail est une importante voie vers la réussite

1. Méthodologie

L’étude s’inscrit dans une orientation essentiellement qualitative. Les


données sont contenues dans des sources documentaires, des entretiens
réalisés auprès de 63 entrepreneures agricoles choisies au moyen de la
technique non structurée de sondage en « boule de neige ». Le choix de
la ville de Foumbot pour arbitraire qu’il soit, consiste à partir de
l’expérience des femmes agricultrices de cette ville pour porter dans le
cadre des prochaines études sur le même objet un regard plus élargie vers
d’autres villes. Aussi la ville de Foumbot constitue l’une des principales
bases des agricultrices au Cameroun. Elle est la porte d’entrée et le point
de départ des produits agricoles vers d’autres horizons (villes
particulièrement comme Bafoussam, Douala, Kye-ossi, Gabon, Guinée
Equatoriale). Les données recueillies permettent de rendre compte de la
complexité des modes d’organisation et stratégies développées dans le
processus d’autonomisation agricole des femmes urbaines à travers la
théorie constructiviste.

2. Cadre conceptuel et théorique

Le cadre conceptuel prend en compte les deux grands concepts de la


recherche. Il s’agit de l’entrepreneuriat agricole féminin et
l’autonomisation agricole des femmes.

2.1. Entrepreneuriat agricole féminin


Dans le Dictionnaire de l'entrepreneur, l'activité entrepreneuriale en
agriculture recouvre une thématique qui s'est autonomisée en champs
disciplinaires portés par l'économie et la sociologie rurale (Tiran et D.
Uzunidis, 2017). Elle se traduit par une densité d'acceptations sur les
spécificités liées à la nature de l'activité et ses formes d’usages
contemporaines.

576
L’entrepreneur agricole est défini par (Say, 2014) dans sa fonction de
gestion de la production spécifique. Cet agent économique se caractérise
par sa capacité à mettre en complémentarité trois registres de
déploiement de l'activité économique : le registre du management des
conditions d'accès aux ressources productives : travail, capital, terre, eau
; celui de la gestion des incertitudes créées par les risques climatiques ; le
registre de l'organisation, de l'agencement de la fonction technique de
production. La spécificité des ressources mobilisées en agriculture prend
en compte l'offre de la terre, selon les contextes (de pays industriels ou
non (selon les périodes, selon les capacités à se saisir des opportunités
qu'offrent les nouvelles technologies et les nouvelles normes du marché
(Steiner, 1997). Ces formes cohabitent au sein des territoires dans des
relations qui peuvent relever de la concurrence, de la complémentarité
ou de la juxtaposition.
Dans le cadre de notre étude, nous abordons l'entrepreneuriat agricole
non seulement comme une entité de production et de commercialisation
agricole (ce qui relève du cadre des organisations), mais aussi et surtout
comme un ensemble d’activités agricoles structurées consistant à créer
une unité de production de biens et de services dans le but d’en tirer des
profits. Ainsi l’entrepreneuriat agricole féminin est appréhendé dans le
sens de (Montcho, 2013) comme la création et le développement des
activités agricoles, ainsi que la commercialisation de ces produits par les
femmes. La création et le développement d'entreprises agricoles par les
femmes prend depuis une dizaine d'années une importance croissante
dans la plupart des pays africains. Dans un esprit d'initiative, les femmes
ont tendance à s'organiser compte tenu des ressources disponibles pour
satisfaire leurs besoins. Le développement de l’entrepreneuriat féminin
en Afrique et la lutte contre la pauvreté dans le secteur agricole promeut
inévitablement au développement agricole et à la réduction de la
pauvreté

Au Benin le diagnostic de l'entrepreneuriat féminin dans le secteur


agricole au fait état des femmes chefs des fermes et d’entreprises
agricoles. Elles ont su capitaliser leurs compétences pour participer au
développement de l’économie béninoise. Leurs cultures
entrepreneuriales permettent de combattre l'exclusion non au moyen

577
d'une logique d'intégration globalisatrice, mais en promouvant l'insertion
individuelle et privée. (Montcho ; op cit ).
Au Cameroun les femmes ont bâti des structures formelles dont les
productions constituent une source de mobilisation des recettes de l'Etat
et une augmentation du financement interne (Tchouossi, Assoumou et
Guestop, 2017). Grâce au réseau relationnel qu’elles construisent au fur
et mesure que les opportunités d'entreprendre en agriculture leur sont
offertes, grâce à leur fermeté, leur ténacité, elles font face à leurs limites
de la force de travail. Elles surmontent les crises qui ont constitué des
obstacles à leurs émergences pour se hisser au sommet des affaires dans
l'agroalimentaire sur le plan national et international. Tout comme dans
la plupart des pays en développement, l’entrepreneuriat féminin occupe
une place de choix dans la réalisation des objectifs de développement.
L'entrepreneuriat est au cœur des problématiques de croissance, de
compétitivité économique et d'emploi ; il est assurément aussi un facteur
de progrès. L'impératif d'adaptation à un monde en mutation
permanente, tout comme la nécessité de générer de la croissance et de la
combattre le chômage, ont progressivement amené les pouvoirs publics
à engager un effort continu pour établir un environnement apte à la
création d'entreprises et favorable à la prise de risque Pellerin, F. (2013)
2.2. Autonomisation agricole des femmes
L’autonomisation agricole de la femme n'est pas un sujet récent. Le
concept est générique, il prend en compte à la fois les droits, le statut et
les rôles sociaux de la femme. Les questions sur la construction de
l'autonomisation de la femme ont négligé certaines dimensions de cette
problématique qui révèlent de la relativité de ce phénomène selon les
contextes. L'une de ces dimensions est l'autonomisation agricole de la
femme, qui était évacuée du débat. Un autre regard sur les formes
plurielles de dynamisme que connaissent les femmes urbaines dans les
processus de leur émancipation apporte une contribution à l'analyse du
dynamisme entrepreneurial des femmes aux déterminismes sociaux.
Dans l'autonomisation, nous avons la notion de l'autonomie qui est la
capacité de la femme à pouvoir s'affranchir financièrement,
matériellement, et même symboliquement des déterminismes sociaux et
des dépendances conjugales. Etymologiquement, cette notion
d'autonomie renvoie au fait de se donner à soi-même sa propre loi, ses
propres règles
578
Les femmes apportent une contribution énorme à l'économie, que ce
soit au sein de l'entreprise, dans les exploitations agricoles, comme des
entrepreneuses ou employées, ou par leur travail non rémunéré à la
maison, où elles s'occupent de leur famille. Elles sont au cœur des
équilibres familiaux, culturels, sanitaires et sociaux. Elles jouent un rôle
central en matière de santé, de développement et d'éducation. A ce titre,
leur autonomisation est perçue par certains auteurs Ndongo et Gasse
comme un indispensable facteur de paix et de progrès social,
économique et environnemental.
Dans leur logique, (Ndongo et Gasse, 2017) définissent le concept
« autonomisation agricole » comme : « un ensemble d'activités agricoles
mises sur pieds et gérées par les femmes elles-mêmes indépendamment
». Elle désigne enfin de compte les activités des femmes qui se prennent
en charge, qui s'organisent pour créer des activités économiques
rentables dans les secteurs formel et/ou informel. Il s'agit ici, comme le
dit (Mengolo, 2020), « de la dynamique féminine qui se manifeste par un
esprit de créativité admirable. »
Nous inspirant de cette définition, l'autonomie agricole des femmes est
appréhendée ici comme le fait pour les femmes de se rendre autonomes.
C’est la capacité qu’on les femmes à évoluer indépendamment dans ce
secteur d’activité par le renforcement et l’optimisation de leurs capacités
entreprenantes, ce qui les entraine à s'engager socialement,
économiquement et symboliquement.
Au niveau mondial, selon le rapport de la (FAO, 2011-2012), les femmes
urbaines qui entreprennent dans le secteur agricole sont moins de 5%.
Ce sont majoritairement des femmes agronomes, professionnelles,
exerçant dans un autre secteur d'activité. Ce sont des femmes qui ont
déjà une autonomie financière. Elles ont pour la plupart au minimum
40ans d'âge. Effet, ces femmes. Elles ont des difficultés d'accès au
foncier, aux crédits car, les banques demandent des garanties et surtout
des titres fonciers pour attribuer des crédits ; le manque de formations
et d'appui technique.
En 2011, l’initiative d’OXFORD sur la pauvreté et le développement
humain a élaboré l’indice d’autonomisation des femmes dans
l’agriculture pour suivre les progrès réalisés en matière d’égalité entre les
sexes et mesurer l’autonomisation, l’influence et l’inclusion des femmes
579
dans le secteur agricole. Cet indice selon les propos de (Meinzen, 2019 :
2) « mesure le niveau de participation des femmes dans l’agriculture dans
cinq domaines : la participation aux prises des décisions liées à la
production, le droit aux ressources, le contrôle sur les revenus, le
leadership, le temps alloués aux tâches domestiques et productives »

3. Positionnement épistémologique

La construction de l'autonomie agricole aujourd'hui n'est plus cette


indépendance des déterminismes sociaux, mais plutôt la force que porte
la dynamique féminine dans l'équilibre des rapports avec les autres
membres de la société comme (le mari, ses partenaires) et d'autres entités
sociales (chrétiens et musulmans). Le travail est centré sur les
interactions entre ces femmes à Foumbot, ainsi que sur leurs capitaux
sociaux de l'activité informelle qui est gage de leur positionnement, de
leur implantation dans l'agriculture et de leurs aptitudes à faire des
progrès dans leurs activités. La création et le développement des
structures agricoles par ces femmes s’appuient généralement sur la
théorie constructiviste. (Berger et Luckmann, 1997) mettent l’accent sur
l’appréhension de la construction sociale de la réalité dans laquelle
l’acteur social se meut et particulièrement sur la compréhension des
agricultrices sociaux qui construisent la réalité dans laquelle elles vivent
qui est, d’après la littérature, indispensable à la réussite de l’entreprise
agricole. En effet, elle représente pour ces entrepreneures une réalité
incontournable et participent à l’action sociale. Dans le cas de la
production de la réalité sociale, les femmes sont des petites
entrepreneures (Bourdieu, 1991). S’il existe dans le monde social des
constructions objectives indépendantes de la conscience et de la volonté
des agents qui sont incapables d’orienter ou de contraindre leurs
pratiques, dans le cas des entrepreneures agricultrices de Foumbot, leurs
motivations ne sont que complémentaires à d’autres stratégies de
développement dans la construction sociale car, elles sont nombreuses.
L’importance de la construction sociale est soulignée davantage par
(Nkakleu, 2007) au travers d’une réflexion sur la réalité quotidienne que
les auteurs démontrent comme ses femmes selon ce dernier, la
construction sociale et l’action sociale constituent une ressource
déterminante dans l’étude des stratégies entrepreneuriales. Ainsi, les
ressources utilisées par les acteurs pour parvenir à leur fin sont d’un côté
580
des attributs de ces derniers et de l’autre des ressources relationnelles
comme le capital social qui par de l’action sociale. Les concepts
construction sociale et action sociale sont différentes, mais constituent
ce que (Kamdem, 2011) appelle « duopole complémentaires » que
mobilisent certains auteurs comme vecteurs de réussite de processus
entrepreneuriale. La construction sociale tout comme l’action sociale est
utile dans le processus d’engagement, d’évolution dans l’opportunité et
dans le développement des initiatives agricoles par les femmes
entrepreneures.

4. Résultats
Les résultats cadrent avec les objectifs énoncés. D’abord les indicateurs
de l’autonomisation agricole des femmes à Foumbot et ensuite les
stratégies et processus de construction de l’autonomie agricole des
femmes à Foumbot.
4.1. Indicateurs de l’autonomisation agricole des femmes à
Foumbot
Les indicateurs de l’autonomisation agricoles des femmes à Foumbot tels
que constatés allient leur implication dans la location et l’achat des terres
cultivables ; leurs participations aux différents projets agricoles et leurs
présences massives dans la commercialisation des produits agricoles.

4.1.1. L’implication des femmes dans la location et l’achat des


terres cultivables
La terre constitue le principal atout pour l’agriculture. Dans toutes les
sociétés, elle est également une source importante de richesse et une
référence en matière de statut social. De nos observations et selon les
propos des différents chefs de quartiers interrogés, près de 30% des
terres cultivables aujourd’hui dans l’arrondissement de Foumbot sont
tenues par les femmes.
Tableau 1 : implication des femmes dans la location et femmes propriétaires des
terres
Zones Femmes Femmes Total
agriculteurs en propriétaires des
location de terre surfaces
Baïgom 20 01 21
Koundoumbain 05 02 07
581
Fossett 04 04 08
Mangouom 06 02 08
Fossang 10 02 12
Makeka 04 03 07
Total 49 14 63
Source : construit à partir des données de terrain

De ce tableau, la plupart des femmes entrepreneurs agricoles ne sont pas


propriétaires des surfaces cultivables. Elles procèdent par des locations
de ces surfaces (49/63 interrogées). Celles qui sont propriétaires sont des
héritières, elles ne les ont pas achetées car dans la zone, les pesanteurs
culturelles ne laissent pas la possibilité aux femmes d’accéder librement
à la terre. Toutefois, leurs objectifs sont d’explorer au maximum et le
plus rapidement possible des espaces loués à Foumbot pour mettre en
exergue leurs produits agricoles qui, leurs permettent d’avoir des profits
tout en évitant les contraintes auxquelles elles ont fait face pour aboutir
à leur fin qui est la récolte. Elles investissent dans les zones ou la terre
est beaucoup fertile et se retirent ou changent de zones dès que celles-ci
ne sont plus assez productives. Elles utilisent parfois leurs moyens pour
louer des grandes surfaces, soit par intermédiaire ou soit par elles-mêmes.

4.1.2. Participation des femmes dans la commercialisation des


produits agricoles et aux projets agricoles
Les marchés des produits agricoles des zones de Foumbot aujourd’hui
sont dominés par les femmes (environ 70%). Elles sont non seulement
productrices, mais davantage participent elles-mêmes à la
commercialisation que ce soit en gros ou en détail. Mme X est
propriétaire d’un champ, elle produit des ignames, maïs etc. suivant les
saisons. Elle procède elle-même à la commercialisation de ses produits.
Elle livre ces produits jusqu’aux frontières du Cameroun (Kyossi par
exemple).
Des 63 femmes entrepreneurs agricoles interrogées, 43 commercialisent
elles-mêmes leurs produits agricoles. La plupart d’entre elles sont des
initiatrices ou des membres des projets agricoles. Dans nos enquêtes de
terrain, nous avons identifié environ 20 projets agricoles dans
l’arrondissement de Foumbot. Nous nous sommes intéressés à 4 de ces

582
projets sur la base de leur importance et surtout sur la base de l’adhésion
à ces projets. Ces différents projets mettent en exergue :
 la production de maïs par le renforcement du système agricole
et de la commercialisation ;
 le développement de la culture du Riz et la construction des
usines de transformation ;
 le développement de la filière tomate par des initiatives de
transformation ;
 la mise sur pieds d’une organisation dans le financement des
projets agricoles.
Tableau 2 : implication des femmes dans des projets agricoles
Projets Total des Hommes Femmes
membres
Projet de production de maïs et 50 30 20
de renforcement du système
agricole et de la
commercialisation
Projet de développement de la 44 20 24
culture du Riz et de la
construction des usines de
transformation
Projet de développement de la 66 16 40
filière tomate par des initiatives
de transformation
Projet de mise sur pieds d’une 33 18 15
organisation dans le
financement des projets
agricoles
Total 193 84 108
Sources : construit à partir des données de terrain

De ce tableau, nous avons observé dans 04 projets agricoles une présence


massive des femmes en général. Sur un effectif de 193 hommes, nous
avons remarqué une implication de 108 femmes. Elles sont plus
impliquées que les hommes dans ces différents projets agricoles. Des 63
femmes entrepreneurs agricoles qui ont constitué notre échantillon, 45
sont impliquées dans ces différents projets en tant que initiatrices ou
membres. Le projet de développement de la filière tomate par exemple
583
est un projet entièrement construit par un groupe de 03 femmes de notre
échantillon. C’est certainement ce qui peut encore justifier la forte
implication féminine dans ce projet.

Le fort déploiement des femmes entrepreneures interrogées à Foumbot,


en particulier les agricultrices, témoignent à suffisance que leurs activités
agricoles est le fruit d’une formation des circonstances. Ces activités qui,
en réalité, jusqu’ici, étaient assimilées aux hommes participent de
l’animation agricole et économique de la localité. A travers leurs multiples
efforts, engagements dans ce domaine d’activité, on assiste à une
féminisation de l’agriculture. En effet, l’émergence de la féminisation
rime avec le changement des comportements ou logiques d’une catégorie
des femmes entrepreneures aux stratégies diversifiées.

4.2. Stratégies de construction de l’autonomie agricoles des


femmes
Les stratégies renvoient aux moyens et aux méthodes de mobilisation et
de savoir-faire mis sur pied pour atteindre un objectif précis. Les
stratégies développées par les femmes, mettent en lumière un ensemble
de techniques, de pratiques et d’harmonisation réunies pour un but
commun à travers une action collective. Les femmes interrogées
procèdent par la constitution d’un capital social, des regroupements en
GIC (Groupes d’Initiatives Communes) et coopératives

4.2.1. La constitution du capital social


Le capital est l’outil de production d’une entreprise. Il constitue
l’ensemble des ressources financières, matérielles, humaines, sociales et
culturelles nécessaires pour la création, le fonctionnement, le
positionnement et la pérennité de l’entreprise agricole. Compte tenu de
ces paramètres, il est intéressant de s’interroger sur les procédés à partir
desquels ces femmes parviennent à initier des tontines, des associations
pour constituer le capital social et par là la réalisation de leurs entreprises
agricoles.
La tontine est une forme traditionnelle et formelle ou informelle
d’association entre un groupe d’individus qui s’établie généralement sur
la base de la filiation, du voisinage ou de la classe d’âge. Elle a pour but :
« le développement d’un esprit communautaire, l’échange autour des
travaux à entreprendre et les cotisations à verser » (Lecoq, 1998 :43) pour
satisfaire non seulement, leurs intérêts personnels ; mais aussi ceux du
584
groupe tout entier. La tontine n’est pas nouvelle à l’Ouest Cameroun,
elle remonte à la période précoloniale. Elle joue un rôle majeur dans la
résolution des difficultés essentielles des femmes.

Dans la zone rurale de Foumbot, la pratique de la tontine est ancrée


dans les habitudes des populations en général et des femmes en
particulier. Les hommes s’y intéressent moins que les femmes et les
sanctions qui s’y dégagent sont relatives à des peines de pénalités et à des
exclusions au sein du groupe. Les femmes interrogées sont impliquées
dans trois formes de tontine : les tontines en argent, les tontines en nature
et les tontines mixtes.

Tableau 3: formes tontines agricoles dans la zone de Foumbot

No Formes Exemples Femmes


de impliquées
tontines
1 Tontines -Pamshut 12 L’argent
en argent comme
élément de
tontine
2 Tontine Dynamiques 10 Des
en nature cotisations en
matériels ou
des modes de
travail en
rotation dans
les champs
des membres
3 Tontine Nkone 41 Argent et
mixtes
Total 63 1& 2
Source : construit à partir des données de terrain

Du tableau ci-dessus, 12 femmes sont impliquées dans les tontines en


argent qui sont des formes des tontines dont l’argent est le seul objet de
cotisation

585
« Il y a des cotisations qui se font chaque jour, une ou deux fois par
semaine ; deux fois par mois ou même une fois par mois. Environ
95% et 90% des femmes respectivement à Foumbot, ont un fort
attachement à la pratique de la tontine » (Entrepreneure F19
interviewée à Fosset le 20 mai 2021).

L’argent qu’elles « emportent », leur permet le plus souvent de louer les


espaces cultivables, de payer les intrants agricoles (engrais, semences,
matériaux de travail etc.) afin d’améliorer en quantité et en qualité leurs
productions. Aussi, 10 sont dans les tontines en nature qui sont des
formes de cotisations dans lesquelles le matériel intervient au lieu de
l’argent. Ce sont parfois des cotisations des produits agricoles. Le
membre qui en bénéficie commercialise ces produits et investi les
revenus dans un projet agricole quelconque. Ce projet est surveillé et
évalué par les membres de la tontine. Cette forme de tontine est aussi la
rotation du travail dans les champs des différents membres

« Nous pouvons travailler aujourd’hui dans mon champ et demain


nous travaillons dans le champ d’un autre membre, ainsi de suite.
C’est une forme de tontines agricoles qui permet de capitaliser la force
de travail et de pouvoir économiser dans un contexte où la main
d’œuvre est souvent élevée » Entrepreneure F10 interviewée à
Baigom le 22 Juin 2021).
Les tontines mixtes sont aussi les plus courues, elles bénéficient d’une
adhésion massive des femmes interrogées (41 femmes). Elles cotisent en
même temps de l’argent et quelques biens en nature. Elles permettent à
ces dernières, non seulement d’agrandir leurs activités mais aussi de
ravitailler les marchés et d’enrichir leurs greniers familiaux.

4.2.2. Regroupement : Création des GIC (Groupes d’Initiatives


Communes) et coopératives
À la différence des associations villageoises non légalisées (les tontines),
un GIC en milieu rural est une Organisation Paysanne (OP) légalisée et
organisée qui vise à faciliter à ses membres (agriculteurs ou éleveurs),
l’exercice de leurs activités, notamment la mise à disposition d’intrants
agricoles et pastoraux au profit des membres. Il a aussi pour objectif la
collecte et la mise sur le marché des produits issus des exploitations de
ses membres, la promotion de l’esprit d’entraide et d’assistance entre les
membres ; il est enfin d’une importance en ceci qu’il permet de faciliter
586
la recherche et l’obtention des sources de financements pour les activités
de ses membres et du groupe ; d’acquérir des formations agricoles et
pastorales à travers les séminaires organisés par les services d’agriculture
d’arrondissement qui jouent le rôle et de vulgarisateurs (…).Comme nous
informe cette informatrice :

« Nous sommes un groupe 10 donc sept (7) femmes et trois (3) hommes
du GIC JAMIHOU à Baigom nous faisons dans la culture maraîchère
mais uniquement (le maïs) sur six (6) hectares de surfaces. Ce qu’on fait
c’est cotiser de l’argent louer des espaces sur lesquels on travaille pour
avoir de l’argent. Nous quittons la ville pour aller dans les zones rurales
avec l’argent pour louer les terres sur lesquelles on pourra réaliser notre
culture que ce soit sur les collines, soit en forêt et même dans les
maraîchages qui se font en saison sèche à partir du mois d’Octobre
jusqu’en Avril avec l’arrivée des pluies, on arrête avec les maraîchages
pour continuer avec la culture du (mais, arachides, haricot(blanc, rouge,
noir etc…) qui dure cinq (5) mois environs pour récolter on s’organise
pour aller vendre dans les différents marchés. On reparti quelques
personnes pour aller vendre au marché de Bafoussam, au vivre frais de
Foumbot et parfois quand la production est assez abondante, on est en
contact avec les partenaires avec qui on se tissé la relation du réseau pour
avoir les prix des marchandises à Douala, Kye-ossi, et même en Guinée
Equatoriale et au Gabon donc on envoie les marchandises parfois avec
une ou deux de nos membres, ils voyagent pour livrer ou vendre plus en
gros et non en détail et nous rendre compte. (EF numéro 5 interviewé à
Baïgom) »
Le constat ici est que les GIC sont les prolongements des associations de
tontines. C’est dans ce contexte que les activités qui s’y déroulent
tournent également autour des cotisations hebdomadaires et mensuelles
entre les membres. Le tableau suivant permet de repartir les femmes
interrogées dans les trois grands GICS identifiés

587
Tableau 4 : implication des femmes interrogées dans les GICS

No GICS Total des Implication des femmes


Femmes interrogées
1 Pammebouo 60 13
2 Dishout 120 20
3 Capables 90 30
Total 270 63
Source : construit à partir des données de terrain

De ce tableau, toutes les femmes sont impliquées dans des GIC. Cette
forte implication traduit leur volonté à contourner les difficultés qu’elles
ont à pouvoir s’organiser, le but étant de renforcer leurs capacités en
terme financier et matériel dans l’acquisition des surfaces cultivables et
dans l’achat des semences. Des 63 entrepreneurs interrogées, 40 se
regroupent en GIC et les 20 autres en communautés voire intermédiaires.
Cependant, elles restent attachées dans leurs habitudes et engagements
de travail. Elles maintiennent en outre les contacts de leurs fournisseurs
d’espaces et mêmes des produits à livrés dans d’autres villes (Douala,
Kye-Ossi, Bafoussam et autres). Leurs actions de bénévolat, leurs
soutiens matériels, financiers et physiques, leurs entraides mutuelles (…),
constituent des modes d’organisations dans la construction de leur
autonomie agricole afin de ne plus être futurs éternelles « demandeuses »
ou « des quémandeuses ». Par exemple, à travers les GIC agricoles, la
main d’œuvre et la force de travail s’agrandissent d’avantage, ce qui fait
qu’on assiste à des productions massives et diversifiées qui fructifient
leurs entreprises agricoles. Outre, ces GIC qui constituent un préalable à
leurs pratiques agricoles à Foumbot, l’organisation en communauté
constitue aussi un pilier important dans la construction de leur
autonomie à Foumbot.

4.2.3. Création des champs communautaires (CC)


Les champs communautaires constituent l’une des réalisations concrètes
des associations des femmes, des paysannes. C’est en fait une des
stratégies de ces femmes, qui consiste à former de petits groupes
d’environ 10 à 20 personnes pour entreprendre des grandes réalisations
agricoles. Ces attitudes sont très fréquentes à Foumbot et ne se passent
pas seulement entre les femmes d’une même association ou d’un même

588
GIC. Quatre ou cinq voisines du quartier, ou des femmes qui ont des
champs voisins constituent généralement aussi des petits groupes pour
unir leur force de travail. Pour se faire, elles vont tour à tour dans la
plantation de chacune d’elles pour travailler ensemble pendant une
certaine heure et à une intensité déterminée.

Cette initiative est motivée par la pauvreté ambiante qui affecte souvent
le milieu. A partir de cette réalité, les femmes développent le souci de
faire des grandes productions ; mais, restent limitées par les moyens pour
se payer la main d’œuvre. Elles sont donc obligées de constituer les «shi »(
Union d’un groupe de femme pour associer leurs forces de travail) pour
maximiser leurs cultures et leurs productions. Cette innovation des
femmes est d’ailleurs observée à Foumbot dans une plantation
industrielle de productions des légumes où la majorité des tâches
manuelles sont effectuées par les groupes de paysannes. Ainsi, lors des
récoltes du haricot vert et du haricot beure dans cette plantation, on y
retrouve chaque jour six équipes de paysannes constituées de 25
personnes par équipe.

Parallèlement, ces femmes se réunissent souvent au sein de leurs


associations pour lancer les campagnes des légumes feuilles qu’elles
appellent communément dans le Noun « Djapché » c’est (la morelle
noir), de la tomate, du gombo, des choux, des pommes de terre (…).
Elles choisissent les produits à cultiver en fonction de la demande sur le
marché. Alors, les champs communautaires, constituent un des modes
d’organisations pour construire leur autonomie agricole

4.2.4. Création des champs intermédiaires


Les champs intermédiaires sont les champs que les hommes ont achetés,
ou ont succédés soit par héritage ou dons des grands-parents, de la
famille et même des connaissances qu’ils mettent à la disposition de leurs
épouses comme leur capital (fonds de commerce) où elles pourront
exploiter, avoir de l’argent pour résoudre un certain nombre de
problèmes qu’elles vont faire face au quotidien.

Je suis autonome grâce à mon mari, depuis 40ans de mariage je


travaille dans les champs de mon mari sur les terres qu’il a hérité
de la famille parce qu’il est successeur, don de connaissances, et
sur ce que lui-même a acheté et m’a demandé d’exploiter pour
589
réaliser mes projets pourtant à coté il y avait d’autres activités
comme la couture, le marché, l’élevage, etc. après on a causé j’ai
compris qu’il fallait que je fasse vraiment quelle chose parce que
tout ce que je veux je ne suis pas sûr qu’il va me donner, du coup
j’ai commencé à travailler moi-même petit à petit chose qui n’était
pas facile pour moi cette première année comme ça pendant cinq
(5) ans. Lui en tant que commerçant et éleveur m’a aidé à acheter
les intrants agricoles (engrais, semences, et matériel de travail)
pour m’encourager. C’est là que j’ai commencé à réfléchir que les
champs si peuvent nous faire grandir je dois vraiment prendre en
compte, j’ai causé avec lui et il m’a prêté de l’argent pour chercher
le Pabbè ou les gens dans les carrefours (carrefours Massagam à
Ngouogouo, Koundoumbain), payés pour défricher, cultiver tout
le champ que après on a semé ensemble, au moment de sarcler,
désherber et récolter, j’ai refaire la même chose et par là que je
commence vraiment à considérer l’agriculture comme un métier
qui donne aussi bien de l’argent et emploi aussi les gens pour
réduire le chômage (la main d’œuvre).(EF numéro 23 interwievée
à Koundoumbain)
Les champs intermédiaires sont aussi un moyen important que les
femmes utilisent pour contourner le poids de la tradition afin d’acquérir
leur autonomie sur le plan agricole.

5. Discussion

Les modes d’organisations et stratégies utilisés par les entrepreneures


agricultrices interrogées sur un plan purement pratique s’inscrivent dans
les logiques de contournement, d’évitement, du poids de la tradition pour
acquérir leur autonomie sur le plan agricole. Ce sont des pratiques mises
en œuvre avec les hommes. On ne manquera pas cependant pas de faire
observer ici que, dans tous ces modes et stratégies, elles procèdent
chaque fois par mobilisation ou constitution du capital social. Suivant la
théorie constructiviste et de l’action social, le constructivisme social de
(Berger et Luckmann, 1996) permet aux femmes agricultrices en zone
rurale de déconstruisent et reconstruisent au quotidien leurs propres
réalités, à partir des structures objectives élaborées aux préalables
susceptibles de les encourager dans la construction de leur autonomie
dans cette zone. Il est question de présenter comment ces femmes gèrent

590
la transition entre les normes prescrites par la société et les stratégies
qu’elles même développent afin d’y mêler leur propre sensibilité.

L’analyse des modes d’acquisition des terres par les femmes permet de
comprendre que la plupart des femmes ne sont pas propriétaires des
surfaces, mais des locataires. Cela permet de de conclure avec Bongigwe
(2015) que la femme a moins de chances qu’un homme d’être
propriétaire d’un bien foncier. S’il est établi que le fossé hommes femmes
présente des caractéristiques différentes selon la ressource analysée et la
localisation, on observe, d’une région à l’autre, des similitudes entre les
causes sous-jacentes de la disparité patrimoniale entre les hommes et les
femmes : en l’occurrence, ce sont les normes sociales qui limitent de
façon systématique les options offertes aux femmes. Cela étant posé,
quelle qu’en soit la cause ou l’ampleur, la disparité de patrimoine entre
hommes et femmes porte atteinte à la productivité agricole des femmes
et, de ce fait, comporte des coûts économiques et sociaux de plus vaste
portée

Coté (2002) dit de l’entrepreneur que plus ses liens sont diversifiés et
forts, plus il a de la possibilité de réussite. Les femmes de par leurs actions
sociales construites, constituent pour elle un mur protecteur qui peut
cependant limiter son entrée dans l’environnement du travail. Car, leur
apport provient généralement de l’épargne personnel, communautaire
qui, soutenue par un fort capital social. Ce capital social est constitué des
membres de la famille, de la communauté des femmes de Foumbot, des
liens d’amis ou connaissances à Foumbot et partout. Les femmes
s’épanouissent face aux contraintes sociales notamment, elles ont cette
capacité à pouvoir satisfaire leurs besoins les plus élémentaires et ceux
spécifiques par entrainant ainsi un certain équilibre dans leurs rapports
avec les autres acteurs sociaux.

Toutefois, nous devons comprendre la notion de « l’autonomisation de


la femme » non pas comme l’indépendance de la femme au sens des
féministes (Asery (2012), mais, aujourd’hui comme étant la capacité de
celle-ci d’abord, à se positionner pour parvenir à équilibrer les rapports
qu’existent entre elle et les autres membres de la société (Batibonack,
2009). Ainsi comprise, cette notion implique de réajuster les
représentations et les attitudes vis-à-vis de la femme entrepreneure. Elle
ne doit plus être cette indépendance du déterminisme social qu’est : un
591
concept sociologique selon lequel les pensées et les comportements des
humains résultent d’une contrainte sociale qui s’exerce sur eux, la plupart
du temps sans que ceux-ci en aient conscience. En conséquence,
l’individu ne choisit pas son action, il est contraint de la réaliser sous le
poids de la société ; il n’est pas réellement libre d’agir comme il l’entend.
(Paugam, 2010)

Satisfaites par elles-mêmes de par leurs revenus, elles participent


progressivement à l’élaboration des « grandes prises de décision » faisant
d’elles des maillons incontournables dans l’organisation de la production
et du monde agricole, équilibrant aussi leurs rapports avec les autres
membres de la société. Ce résultat a été déjà relevé dans le cas des femmes
kenynannes par (Diiro et al., 2018). C’est pourquoi nous disons que la
construction de l’autonomisation agricole renforce la dynamique dans
l’équilibre des rapports sociaux et production économiques. Cette
recherche a concouru à comprendre la construction de l’autonomie
agricole des femmes urbaines entrepreneures à Foumbot. La survie et la
participation de la femme entrepreneure au développement de la
communauté en dépendent. Toutefois, l’étude n’a pas pris en compte le
rôle de la communauté dans la consolidation de ces entreprises agricoles
femmes et leur insertion dans les sphères politiques. C’est donc là une
piste qui pourrait s’avérer féconde pour les prochaines recherches, dans
la mesure où l’entreprise agricole est une valeur qui se transmet d’une
génération à une autre avec des valeurs différentes dans leur insertion des
sphères politiques

4. Conclusion

La construction de l’autonomie agricole par les femmes interrogées


correspond à un comportement opportuniste qui limite le désir
d’extension de leurs activités. Mais il faut noter une faible rupture dans
leur rapport avec les hommes. Les entrepreneures agricultrices ont une
perception réaliste de l’économie locale, mais cependant peu confiants
quant aux perspectives d’évolution future dans la ville. Elles élargissent
leurs relations avec leurs congénères (hommes) et se consacrent
principalement à leurs projets. Leurs moyens stratégiques ont permis
d’entreprendre en agriculture. Cependant, les femmes entrepreneures
agricoles confrontées à des difficultés socioculturelles, structurelles dans
la construction de leur autonomie agricole que par la suite développent
592
des stratégies de contournement, d’évitement de ces contraintes afin,
d’acquérir leur autonomie sur le plan agricole. Cependant, il faut noter
qu’aujourd’hui, l’autonomisation de la femme n’est plus cette
indépendance des déterminismes sociaux mais, plutôt la force que porte
la dynamique féminine dans l’équilibre des rapports sociaux. Elles
participent désormais à l’élaboration de la prise des « grandes décisions »
sur le plan de la production agricole, voire au développement total de la
localité

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