Exposition aux champs électromagnétiques 5G
Exposition aux champs électromagnétiques 5G
électromagnétiques
liée au déploiement
de la technologie « 5G »
Avis actualisé de l’Anses
Rapport d’expertise collective
Février 2022
Le directeur général
Maisons-Alfort, le 14 février 2022
AVIS
de l’Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail
L’Anses a été saisie le 9 janvier 2019 par les ministères en charge de la santé, de
l’environnement et de l’économie pour la réalisation de l’expertise suivante : « Exposition de
la population aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la technologie de
communication « 5G » et effets sanitaires associés ».
applications telles que les voitures connectées, les automatisations industrielles ou encore
certaines applications dans le domaine de la santé.
Ces évolutions nécessitent non seulement l’exploitation des fréquences d’ores et déjà utilisées
par les générations actuelles de téléphonie mobile, mais également celle de nouvelles bandes
de fréquences. Parmi elles, deux bandes de fréquences ont été initialement identifiées pour
les déploiements en France : la bande 3,5 GHz (3,4-3,8 GHz), permettant d’assurer l’objectif
de couverture en téléphonie mobile 5G à haut débit, et la bande 26 GHz (24,25-27,5 GHz),
qui devrait couvrir des besoins permettant des échanges entre un grand nombre d’objets et
des communications à faible temps de latence, dans des zones géographiques très localisées.
Les projets de déploiements dans la bande 700 MHz-2100 MHz pour la couverture en
téléphonie mobile ont été connus par l’Anses en cours d’expertise, en 2020.
Ces évolutions technologiques vont modifier l’exposition de la population aux champs
électromagnétiques (nouvelles fréquences, antennes dirigées, etc.), et nécessiteront
d’adapter les méthodologies de mesure et d’estimation de ces expositions.
Afin d’accompagner le déploiement et le développement de la 5G, le Gouvernement a
présenté le 16 juillet 2018 sa feuille de route nationale 5G1. Un des quatre chantiers lancés
par le Gouvernement visait à « assurer la transparence et le dialogue sur le déploiement et
l’exposition du public ».
La saisine de l’Anses était composée de trois demandes :
1. une description des caractéristiques et de la nature des signaux émis ;
2. une évaluation du niveau d’exposition des personnes lié aux communications mobiles
de technologie 5G ;
3. une revue des connaissances existantes sur les effets sanitaires liés à l’exposition aux
champs électromagnétiques dans les bandes 3,5 GHz et 26 GHz.
Constatant la convergence de leurs préoccupations, l’Anses et l’ANFR (Agence nationale des
fréquences) ont souhaité construire un programme scientifique commun afin, d’une part, de
décrire les caractéristiques techniques de la technologie 5G, notamment les dispositifs
rayonnants spécifiquement développés pour la 5G dans le cadre des déploiements pilotes et,
d’autre part, d’évaluer les niveaux d’exposition des populations à partir des mesures
effectuées sur les zones pilotes sans utilisateurs.
L’expertise s’inscrit également dans le cadre d’une attente sociétale forte, émergeant d’une
controverse publique qui accompagne le déploiement de la 5G en France et à l’étranger, et
qui a la double particularité de relancer le débat sur l’exposition humaine aux radiofréquences
et de faire intervenir une grande variété d’acteurs porteurs d’une pluralité de points de vue et
de questionnements. Ainsi, il a été prévu, au cours des échanges préparatoires avec les
commanditaires de la saisine, qu’en parallèle des travaux d’évaluation des risques, l’Anses
décrirait et analyserait les interrogations et mobilisations citoyennes et scientifiques qui se
développent autour de la 5G.
1 [Link]
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2 Evaluation de l’exposition du public aux ondes électromagnétiques 5G. Volet 1 : présentation générale
de la 5G. ANFR, Juillet 2019.
3 [Link]
[Link].
4 [Link]
[Link].
5 [Link]
6 [Link]
7 Exposition de la population aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la technologie de
Les déclarations d’intérêts des experts sont publiées sur le site internet :
[Link]
La présente expertise relève du domaine de compétences du comité d’experts spécialisé
(CES) « Agents physiques et nouvelles technologies ». L’Anses a mandaté un groupe de
travail intitulé « 5G » pour réaliser cette expertise, sous l’égide du CES.
Les travaux d’expertise ont été adoptés par le CES « Agents physiques et nouvelles
technologies » réuni le 13 janvier 2022.
Le groupe de travail a été constitué à la suite d’un appel à candidatures public. Les experts
membres de ce groupe ont été retenus pour leurs compétences scientifiques et techniques
dans le domaine des champs électromagnétiques, de l’ophtalmologie, des neurosciences, de
la dermatologie, de la génomique, de la biologie des membranes ainsi que des sciences
sociales. Le groupe de travail a été créé en janvier 2020, il s’est réuni 14 fois en séances
plénières entre janvier 2020 et mars 2021, avant l’adoption des travaux d’expertise par le CES
en avril 2021.
Un rapport et un avis ont été publiés le 20 avril 2021, en appelant les personnes intéressées
à commenter ces travaux dans le cadre d’une consultation publique ouverte du 20 avril au 1er
juin 2021.
Le groupe de travail s’est alors à nouveau réuni neuf fois entre avril et décembre 2021, pour
préparer la consultation publique, analyser et apporter des réponses aux commentaires
recueillis, puis mettre à jour le rapport d’expertise pour l’ensemble des éléments estimés
pertinents.
Les travaux d’expertise ont été soumis régulièrement au CES (tant sur les aspects
méthodologiques que scientifiques). Le rapport produit par le groupe de travail tient compte
des observations et éléments complémentaires discutés avec les membres du CES. Ces
travaux d’expertise sont ainsi issus d’un collectif d’experts aux compétences complémentaires.
L’évaluation du risque lié à l’exposition aux radiofréquences est fondée à la fois sur l’évaluation
des capacités intrinsèques des rayonnements à causer des dommages sur la santé (le danger)
et sur les niveaux d’exposition de la population.
Une recherche bibliographique dans la littérature scientifique internationale sur les effets
biologiques et sanitaires liés à une exposition aux champs électromagnétiques dans les
bandes de fréquences autour de 3,5 GHz et de 26 GHz a été menée. Elle prend en compte
différentes sources de données :
publications issues de l’équation de recherche bibliographique implémentée par le
groupe de travail ;
publications issues de la bibliographie du rapport préliminaire de l’Anses (Anses,
2019)9 ;
publications issues de la bibliographie de la revue de Simko et Mattsson (Simko et
Mattsson, 2019)10 ;
publications transmises par les membres du comité de dialogue « radiofréquences et
santé ».
La recherche bibliographique a porté sur la période qui s’étend de janvier 2012 à juillet 2020.
Certaines études clés, parues de juillet 2020 à mars 2021 ont également été incluses
lorsqu’elles ont été jugées pertinentes et de qualité satisfaisante (cf. le rapport d’expertise
associé pour une description des critères d’évaluation). Les moteurs de recherche utilisés lors
de cette expertise sont Scopus11 ([Link] et PubMed12. Quelques
références d’intérêt mentionnées par la suite dans le cadre de la consultation publique ont
également été considérées.
Les documents pris en compte dans l’expertise sont des articles et des revues scientifiques
publiés en langue anglaise ou française dans des revues à comité de lecture, sans préjuger
de leur facteur d’impact.
Les deux bandes de fréquences considérées pour la recherche bibliographique étaient
3 – 4 GHz d’une part et 18 – 100 GHz d’autre part13.
Les experts du groupe de travail ont analysé et discuté collectivement les articles recensés.
Chaque article a été sélectionné à partir de son titre et de son résumé afin d’évaluer sa
pertinence par rapport à la question traitée. Les articles retenus ont ensuite été analysés en
Regarding 6 to 100 GHz », Int J Environ Res Public Health. 2019 Sep; Simko et Mattsson.
11 Scopus est un outil permettant d’effectuer des recherches dans une base de données
détail par deux experts et un troisième expert, compétent pour évaluer la qualité du système
d’exposition, a complété l’analyse critique de chaque article. Ces analyses ont alors été
discutées en réunions plénières, afin d’évaluer collectivement le niveau de qualité
méthodologique de la publication.
Lors de l’analyse des publications, les experts ont exclu celles qui présentaient des faiblesses
méthodologiques majeures (cf. les critères de sélection dans le rapport d’expertise associé).
Enfin, les premiers résultats des mesures d’exposition du public réalisées par l’ANFR avant et
après la mise en service de la 5G sur 1 500 sites implantés en France ont également été pris
en compte.
Pour recenser les effets sanitaires néfastes éventuels de l’exposition aux technologies 5G
dans la bande 700 - 2 100 MHz, le groupe de travail s’est appuyé sur les expertises
précédentes de l’Anses portant sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques
radiofréquences (« radiofréquences et santé » 2013, « radiofréquences et santé des enfants »
2016, « électrohypersensibilité » 2018, « téléphones de DAS élevés » 2019, notamment) et
sur des synthèses fournies par des rapports d’expertises internationaux (2018 - 2021) afin
d’identifier une éventuelle évolution récente des connaissances. À noter qu’une expertise
s’intéressant aux effets cancérogènes des radiofréquences est en cours d’instruction à l’Anses
(toutes bandes de fréquences confondues).
Concernant l’évaluation de l’exposition dans la bande 700 – 2 100 MHz, des publications
scientifiques et des mesures fournies notamment par les travaux de l’Agence nationale des
fréquences ont été mobilisées.
Pour la bande 3,5 GHz spécifiquement, le groupe de travail a constaté qu’il existait seulement
un très petit nombre de publications scientifiques étudiant des effets sanitaires néfastes
éventuels dans cette gamme de fréquences (5 publications, cf. modalités et période au 2.4.1).
Aussi, la possibilité de s’appuyer sur les nombreuses données disponibles concernant la
bande de fréquences entre 900 MHz et 2,5 GHz a été évaluée (cf. expertises précédentes de
l’Anses 2013, 2016, 2018, 2019, etc.). Une analyse de la possibilité que les effets observés
dans la bande de fréquences 900 MHz – 2,5 GHz puissent également l’être autour de 3,5 GHz
a alors été menée par le groupe de travail. Les conclusions concernant les effets sanitaires
néfastes éventuels des expositions aux champs électromagnétiques dans la bande autour de
3,5 GHz s’appuient ainsi sur plusieurs types de données :
les quelques études scientifiques disponibles (bande 3,5 GHz) ;
l’analyse de l’influence de la fréquence sur des effets biologiques ou physiologiques
observés dans la bande de fréquences entre 900 MHz et 2,5 GHz ;
les travaux antérieurs de l’Anses dans la bande 900 MHz - 2,5 GHz, s’appuyant sur de
nombreuses données ;
des considérations biophysiques sur l’interaction des champs électromagnétiques
avec le corps humain à la fréquence 3,5 GHz.
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Les premiers déploiements commerciaux du réseau mobile 5G dans la bande 3,5 GHz sont
apparus en novembre 2020, pendant la phase d’expertise de l’Anses. À ce jour, le nombre
d’utilisateurs et le trafic restent encore limités dans cette bande, l’exposition aux champs
électromagnétiques n’est donc pas représentative de ce qu’elle sera dans le futur. Des
publications scientifiques, des données issues d’expérimentations terrain des opérateurs
mobiles suivies par l’ANFR et des simulations numériques ont donc été utilisées pour anticiper
les évolutions possibles.
Les effets dits « sanitaires » se distinguent des effets dits « biologiques ». Les effets
biologiques sont des changements d'ordre moléculaire, cellulaire ou physiologique en réponse
à une stimulation. Un effet dit « biologique » se situe dans les limites de la capacité d’un
organisme à maintenir l’équilibre de son milieu intérieur (appelé homéostasie) en réponse aux
contraintes extérieures, et il est habituellement réversible. L’existence d’un effet biologique, a
fortiori observé en conditions expérimentales, ne signifie pas forcément qu’un dommage
s’ensuivra, et encore moins qu’il se traduira par un effet néfaste sur la santé. En effet, les
organismes sont soumis en permanence à un ensemble de stimuli internes et externes qui
peuvent induire une ou des réponses biologiques adaptatives normales de la cellule, du tissu
ou de l'organisme. Un effet sanitaire ne s’observe que lorsque les effets biologiques dépassent
les limites d’adaptation du système biologique considéré, entrainant alors des conséquences
négatives pour l’organisme. L’effet sanitaire se matérialise par l’apparition d’un ou plusieurs
symptômes nuisibles à la santé d’un individu ou d’un groupe d’individu.
Les études décrivant des effets biologiques ont été analysées car elles participent à
l’évaluation du niveau de preuve des effets sanitaires observés, par exemple en apportant une
explication sur les mécanismes potentiellement impliqués.
La méthode générale d’évaluation du niveau de preuve d’un effet sanitaire, utilisée dans le
cadre de cette expertise pour la bande de fréquences autour de 26 GHz, est régulièrement
mise à jour à l’Anses dans le cadre des expertises sur l’exposition aux champs
électromagnétiques. On en trouvera des présentations détaillées dans les rapports d’expertise
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consacrés aux radiofréquences et à la santé (Anses, 2013)14, à la santé des enfants exposés
aux radiofréquences (Anses, 2016)15, ou encore aux effets de l’exposition aux champs
électromagnétiques basses fréquences (Anses, 2019)16.
Les résultats des études retenues par les experts du groupe de travail pour l'évaluation des
effets sanitaires des technologies 5G dans la bande 26 GHz sont présentés de manière
succincte pour chaque effet étudié.
Pour un effet sanitaire donné, toutes les études disponibles sur des modèles animaux sont
considérées et les éléments de preuve apportés au lien entre l’exposition aux champs
électromagnétiques et l’effet considéré sont déterminés à l’aide d’un arbre de décision. À la
suite de cette analyse, les niveaux de preuve des effets sanitaires sont qualifiés en 4
catégories :
éléments de preuve suffisants pour conclure à l’existence d’un effet ;
éléments de preuve limités pour conclure à l’existence d’un effet ;
éléments de preuve disponibles ne permettant pas de conclure à l’existence ou non
d’un effet ;
données disponibles ne montrant pas d’effet.
14 Rapport d’expertise collective « Radiofréquences et santé », mise à jour de l’expertise, Anses, 2013.
15 Rapport d’expertise collective « Exposition aux radiofréquences et santé des enfants », Anses, 2016.
16 Rapport d’expertise collective « Effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques
■ Déploiement
La Corée du Sud est le premier pays au monde, en avril 2019, à avoir déployé la 5G dans la
bande 3,5 GHz, avec un taux de couverture de sa population en 5G annoncé aujourd’hui de
l’ordre de 90 %. Les autres pays ont entamé le déploiement de la 5G à des rythmes différents
et selon des stratégies propres.
Le plan d’action de la Commission européenne prévoyait un lancement commercial coordonné
de la 5G en 2020. Les tensions internationales, notamment entre la Chine et les États-Unis,
ainsi que les demandes de report d’une partie de la population et du monde politique (pétitions,
demandes de moratoire, recours, etc.) ont pu contribuer à ralentir la mise en place des réseaux
au sein de l’Union européenne (UE).
En France, des recours déposés auprès du Conseil d’État concernant le déploiement de la 5G
et les modalités et conditions d’attribution de fréquences dans la bande 3,5 GHz ont été rejetés
en décembre 2020 et en octobre 2021.
Le processus d’attribution des bandes de fréquences s’est déroulé sous forme d’enchères en
octobre 2020, et les premières offres commerciales à destination du public ont été proposées
en novembre de la même année. Au 31 janvier 2021, les bandes de fréquences concernées
sont 700 MHz (Free Mobile), 2 100 MHz (Bouygues Telecom, Orange et SFR) et 3,5 GHz (les
4 opérateurs).
17 ICNIRP guidelines for limiting exposure to time-varying electric, magnetic and electromagnetic fields
(up to 300 GHz). Published in: Health Physics 74 (4):494‐522; 1998.
18 Recommandation du Conseil n° 1999/519/CE du 12/07/99 relative à la limitation de l'exposition du
public aux champs électromagnétiques (de 0 Hz à 300 GHz) - JOCE n° L 199 du 30 juillet 1999.
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Health Physics 118(5): 483–524; 2020. Published ahead of print in march 2020: Health Physics
118(00):000–000; 2020.
21 « Les risques du déploiement. L’émergence d’une controverse sur la 5G en France », Demortain et
2021.
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antennes-relais, du Wi-Fi et des compteurs Linky, elle s’en écarte néanmoins par l’irruption de
la dimension écologique. À la question des risques sanitaires s’est ajoutée celle d’une
consommation d’énergie et d’une exploitation des ressources préjudiciables pour
l’environnement.
Cette controverse a aussi un caractère éminemment public. Celui-ci est soutenu aussi bien
par la couverture médiatique du sujet 5G que par des formes de mobilisations collectives qui
se développent dans l’espace public numérique, engageant une multitude d’acteurs et
suscitant des prises de position politiques ou publiques.
Mais surtout, l’analyse de diverses arènes médiatiques (la presse et les réseaux sociaux)
donne à voir la dimension politique de cette controverse, avec la possibilité de choisir – ou de
refuser – le déploiement de cette nouvelle technologie.
Cette question du libre choix ne peut par ailleurs être réduite au seul déploiement de la 5G,
dans la mesure où cette technologie est souvent présentée – autant par ses défenseurs que
par ses opposants – comme une étape vers un programme plus vaste de numérisation
généralisée de la société. Avec la technologie 5G, c’est un type de société qui est en cause,
la société du tout numérique et du tout connecté avec ses implications en matière de saturation
des espaces de vie par un cumul d’expositions aux champs électromagnétiques, de
consommations d’énergie et de ressources accrues par la multiplication des usages, mais
aussi les possibilités de surveillance généralisée et d’aggravation de la précarité numérique et
de l’impact de l’illettrisme numérique. La source de la conflictualité en matière de 5G tient donc
probablement au fait que de nombreux publics ont le sentiment de se voir imposer tous ces
changements sans possibilité de choix ou de participation à leur construction.
Si l’exposition aux ondes électromagnétiques émises par les technologies 5G suscitent des
interrogations quant à d’éventuels effets sur la santé, leur déploiement soulève également des
questions relatives à leur impact sur l’environnement. Ces questions renvoient de fait aux
impacts des réseaux de télécommunications et, plus largement, du développement du
numérique sur l’environnement. Plusieurs travaux ont été publiés ou commandés récemment
sur le sujet, notamment en France23.
Ces questions sortent du cadre de la présente expertise, sollicitée sur les éventuels effets
sanitaires directs de la technologie 5G. Le CES a néanmoins souhaité mettre en avant ces
interrogations qui, dépassant le cadre strict de la 5G, concernent l’ensemble des évolutions
du numérique.
Aspects spécifiques à la 5G
Concernant spécifiquement la 5G, le Haut conseil pour le climat (HCC), dans un rapport publié
en décembre 202024, a proposé une évaluation quantitative de l’impact carbone de la 5G, en
23 Voir notamment les rapports du Haut conseil pour le climat, de l’Arcep (Pour un numérique
soutenable, décembre 2020), la saisine du gouvernement adressée à France Stratégie (mai 2021) dans
le cadre de la feuille de route « Numérique et Environnement » du gouvernement, le rapport demandé
par le STOA pour le parlement européen, ou encore celui du Shift project (mars 2021, Impact
environnemental du numérique : tendances à 5 ans et gouvernance de la 5G).
24 Maitriser l’impact carbone de la 5G, rapport du Haut conseil du climat, décembre 2020.
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considérant différents scénarios de déploiement. D’après le HCC, qui souligne par ailleurs les
fortes incertitudes associées à ces projections, le déploiement de la 5G pourrait engendrer
une augmentation de 18 à 44 % de l’empreinte carbone du numérique en 203025.
Actuellement, la moitié de l’impact carbone est liée à la production de terminaux (smartphones,
ordinateurs, …), un quart aux infrastructures des réseaux et centres de données et un quart à
l’utilisation des terminaux et des réseaux.
Par ailleurs, les effets éventuels du déploiement des infrastructures de téléphonie mobile sur
la faune, la flore et la biodiversité mériteraient d’être mieux étudiés26.
Empreinte environnementale du numérique
S’appuyant sur un pré-rapport de la mission d’information du Sénat sur l’empreinte
environnementale du numérique, l’Autorité de régulation des communications électroniques et
des postes (Arcep) souligne que les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au
numérique pourraient augmenter de manière significative si rien n’est fait pour en réduire
l’empreinte : + 60 % d’ici à 2040, c’est-à-dire 6,7 % des émissions de GES nationales27.
L’Arcep mentionne par ailleurs sa volonté de « faire de l’enjeu environnemental un nouveau
chapitre de la régulation ». L’Autorité souhaite ainsi inscrire son action en cohérence avec les
pouvoirs publics, notamment avec l'Agence de la transition écologique (Ademe), avec laquelle
la collaboration devrait se renforcer via une étude conjointe et des travaux communs dans le
cadre de la mise en œuvre de la loi sur l'Économie circulaire imposant aux fournisseurs
d’accès à internet d’informer leurs abonnés sur leur consommation et les émissions de gaz à
effet de serre associées.
Au-delà des conséquences énergétiques directes et indirectes du développement du
numérique, son empreinte environnementale sur la qualité de l’air, la pollution des sols, la
consommation et la pollution de l’eau, ou encore l’épuisement des métaux rares devrait être
mieux évaluée.
Karipidis, K., Brzozek, C., Bhatt, C.R. et al. What evidence exists on the impact of anthropogenic
radiofrequency electromagnetic fields on animals and plants in the environment? A systematic map
protocol. Environ Evid 10, 39 (2021). [Link]
27 [Link]
[Link].
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Enfin, il faut noter que l’Union européenne a demandé aux industriels d’accélérer l’évolution
des technologies 5G afin de limiter leur impact sur les bandes de fréquences utilisées par les
satellites d’exploration de la Terre, indispensables aux prévisions météorologiques.
Pour étudier les effets sanitaires néfastes éventuels de l’exposition aux technologies 5G dans
la bande 700 - 2 100 MHz, le groupe de travail s’est appuyé sur les expertises précédentes de
l’Anses portant sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques radiofréquences
(Anses, 2013 et 2016) et sur des rapports d’expertises internationaux récents (2018 -2021).
En France, le déploiement de réseaux mobiles utilisant les technologies 5G dans les bandes
de fréquences comprises de 700 à 2 100 MHz s’est concrétisé28 à l’automne 2020, donc après
le début des travaux de la présente expertise. L’Anses ayant déjà produit, à plusieurs reprises,
des travaux d’expertise concernant les effets sanitaires des champs électromagnétiques
couvrant ces fréquences (Anses, 2013, 2016, 2019, etc.), le groupe de travail s’est appuyé sur
ces expertises ainsi que sur des rapports d’expertises publiés récemment par des organismes
étrangers et internationaux.
A priori, compte tenu des données techniques dont le groupe de travail a eu connaissance,
concernant les infrastructures et le fonctionnement des réseaux mobiles 5G, les niveaux
d’exposition dans l’environnement liés aux émissions des antennes relais devraient peu varier,
28Denombreuses demandes d’installation ou modification d’antennes ont été déposées à cette période
auprès de l’ANFR, pour des émissions 5G dans les bandes de fréquences 700 ou 2 100 MHz.
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à densité d’utilisateurs et trafic de données constants, que les antennes émettent des signaux
3G, 4G ou 5G.
Des premiers résultats de campagnes de mesures menées sur différents sites 5G ont été
publiés très récemment par l'ANFR29. Ces divers sites peuvent être classés en 3 catégories
suivant la bande de fréquences utilisées pour la 5G : 700 MHz, 2 100 MHz et 3,5 GHz. Les
mesures ont été effectuées soit à l'aide d'une sonde large bande couvrant la bande 100 kHz
– 6 GHz, soit en bande étroite autour de la fréquence 5G émise. Les résultats indiqués ci-
après sont extraits de ce rapport.
Pour la bande 700 MHz, les niveaux de champ de l’exposition globale mesurés sur 143 sites
avant et après qu’ils soient techniquement opérationnels sont respectivement de 0,69 V/m et
0,76 V/m.
Pour la bande 2 100 MHz, l’analyse de l’exposition a montré que les niveaux moyens mesurés
après la mise en service de la 5G restent pratiquement identiques à ceux avant son activation,
soit 1,5 V/m.
Il est cependant important de souligner que seul un programme de surveillance permettra de
suivre les niveaux d'exposition réels au fur et à mesure du développement de la 5G.
Dans la littérature scientifique et les travaux d’expertise, les principaux effets sanitaires
néfastes recherchés et évalués chez l’humain en réponse à une exposition aux champs
électromagnétiques dans cette bande de fréquences sont : le risque de cancer, les
modifications du fonctionnement cérébral (cognition, mémoire, activité électrique), la baisse
de la fertilité ou encore certains symptômes évoqués dans l’électrohypersensibilité.
Chez l’animal, les effets biologiques et sanitaires étudiés concernent principalement le cerveau
(comportement, cognition, mémoire), le stress oxydant, la génotoxicité et la cancérogenèse.
Enfin, les études in vitro sur des cellules issues de tissus animaux, parfois humains, sont
focalisées surtout sur la mort cellulaire programmée (apoptose), le stress oxydant et la
génotoxicité.
Les résultats des expertises précédentes conduites par l’Anses concernant les effets
sanitaires de l’exposition aux radiofréquences (bande 8,3 kHz– 2,5 GHz) sont pertinents pour
la 5G déployée dans la bande 700 - 2 100 MHz, bien qu’aucune étude n’ait été identifiée par
le groupe de travail concernant spécifiquement la fréquence de 700 MHz. Par ailleurs, les
niveaux d’exposition dans l’environnement seront, selon le groupe de travail, probablement
comparables entre la 5G et les précédentes technologies de téléphonie mobile pour les
fréquences de 700 à 2 100 MHz.
Les rapports institutionnels étrangers récents publiés depuis les dernières expertises de
l’Anses concernant ces fréquences ne mettent pas en évidence de nouveau lien de causalité
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entre l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les technologies mobiles et
l’apparition d’effets sanitaires néfastes30.
Pour la bande de fréquences autour de 3,5 GHz, le groupe de travail a constaté qu’il n’existait
qu’un très petit nombre de publications scientifiques étudiant des effets sanitaires éventuels
dans cette gamme de fréquences. De ce fait, la possibilité d’utiliser les résultats d’études
obtenus à des fréquences voisines a été examinée. Une réflexion concernant l’impact de la
fréquence sur les réponses physiologiques et biologiques observées chez l’humain et l’animal
dans les bandes de fréquences proches de la téléphonie mobile (900 MHz - 2,5 GHz, pour
lesquelles il existe une littérature conséquente) a ainsi été menée. Les conclusions du groupe
de travail concernant les effets sanitaires éventuels des expositions aux champs
électromagnétiques dans la bande autour de 3,5 GHz s’appuient donc sur ces deux types de
données : les quelques études scientifiques disponibles (bande 3,5 GHz, 5 études, en
application des modalités du 2.4.1) et la réflexion sur l’impact de la fréquence sur les effets
biologiques ou physiologiques observés (bande 900 MHz - 2,5 GHz).
Le réseau de téléphonie mobile 5G dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz est ouvert
commercialement depuis peu en France (1 594 sites au 31 janvier 2021, 7 537 au 30
septembre 202131. L’exposition aux champs électromagnétiques qui en résulte n’est donc pas
représentative aujourd’hui de ce qu’elle sera lorsque de nombreux utilisateurs seront
connectés.
Simulations de l’évolution de l’exposition
En se fondant sur des hypothèses d'accroissement prévisible du trafic lié au développement
de la 5G, une simulation numérique de la propagation en milieu urbain a été menée (ANFR et
CSTB, 202032). Le cumul des expositions aux différentes technologies 3G, 4G et 5G dans
différents scénarios de déploiement de la 5G montrent, dans le cadre de ces hypothèses, que
l’introduction de la 5G, conjointement à un développement ultime de la 4G, provoquerait une
augmentation limitée de l’exposition moyenne aux champs électromagnétiques, qui passerait
de 0,8 V/m à 1,7 V/m. Il faut noter que ces valeurs restent très inférieures à la valeur limite
réglementaire, fixée à 61 V/m à 3,5 GHz.
Néanmoins, ces simulations montrent que le pourcentage de points atypiques (exposition aux
champs électromagnétiques supérieure à 6 V/m) dus à la 5G pourrait augmenter par rapport
à l'état actuel, passant de 0,6 % à 1,1 %.
30 On pourra se reporter aux rapports d’expertise publiés par l’Anses sur les effets des radiofréquences
pour une définition des termes utilisés (Anses, 2013).
31 [Link]
32 Étude de l’exposition du public aux ondes radioélectriques. Simulation de l’évolution de l’exposition
du public créée par la téléphonie mobile en zone urbaine très dense (Paris XIV) ANFR et CSTB,2020.
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Avis de l’Anses
Saisine n° 2019-SA-0006
Quelles données sur d’éventuels effets sanitaires sont disponibles dans la bande
de fréquences autour de 3,5 GHz dans la littérature scientifique ?
La littérature scientifique ne fournit pas suffisamment d'études à 3,5 GHz ou dans des
fréquences voisines (seulement 5 études et dans des domaines très disparates) pour pouvoir
procéder à une évaluation du niveau de preuve d’effets sanitaires néfastes éventuels à cette
fréquence spécifique.
les téléphones mobiles dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz sont disponibles à ce
jour.
En l’absence de données sur des effets sanitaires spécifiques à 3,5 GHz, le groupe de travail
s’est appuyé sur les nombreuses publications scientifiques disponibles dans les bandes de
fréquences des communications mobiles actuelles 2G, 3G, 4G, Wi-Fi, etc. (entre 840 MHz et
2,85 GHz) pour évaluer les effets éventuels associés. À ce jour, les expertises s’appuyant sur
ces données n’ont pas permis de conclure à l’existence d’effets délétères pour la santé
associés à ces fréquences, pour des expositions inférieures aux valeurs limites
réglementaires.
Pour identifier d’éventuels effets dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz, le groupe
de travail a recherché si les données disponibles (dans la bande 840 MHz - 2,85 GHz)
mettaient en évidence un lien entre la fréquence des ondes et l’intensité des effets étudiés.
Les effets observés au niveau physiologique ou comportemental (chez l’animal ou chez
l’Homme) ne semblent pas différents d’une fréquence à une autre au sein de la bande
840 MHz – 2,85 GHz. En l’état des connaissances actuelles, les effets physiologiques ou les
risques sanitaires ne semblent donc pas dépendre de la fréquence, entre 840 MHz et
2,85 GHz.
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Avis de l’Anses
Saisine n° 2019-SA-0006
Ainsi,
les données disponibles sur les effets sanitaires dans des bandes de fréquences pour
lesquelles la profondeur de pénétration est du même ordre de grandeur que dans la
bande de fréquences autour de 3,5 GHz, et ;
les premières données d’exposition disponibles dans les pays où la 5G est déjà
déployée dans la bande 3,5 GHz, qui ne montrent pas, à l’heure actuelle,
d’augmentation importante de l’exposition moyenne de la population liée à l’ensemble
des sources de champs électromagnétiques ;
suggèrent que l’exposition induite par le déploiement de la 5G dans la bande de fréquences
autour de 3,5 GHz ne constitue pas un nouveau risque pour la santé.
Concernant l’exposition, aucune donnée dans la bande de fréquences autour de 26 GHz n’est
aujourd’hui disponible, le déploiement d’applications 5G étant encore à l’état de projet. Le
groupe de travail a cependant engagé une réflexion sur les caractéristiques possibles des
futures expositions aux champs électromagnétiques émis par les systèmes 5G dans la bande
de fréquences autour de 26 GHz, afin de formuler une première appréciation qualitative de
l’exposition probable dans cette bande de fréquences (cf. question suivante).
Concernant les effets sanitaires éventuels, il n’existe pas à ce jour de travaux publiés visant à
examiner les effets de la 5G dans la bande 26 GHz. C’est pour cette raison que le groupe de
travail a considéré une bande de fréquences élargie, de 18 à 100 GHz. Les données recueillies
sont de fait très disparates en matière de fréquences, de technologies et de types d’effets
étudiés.
Quelles hypothèses peut-on formuler sur les expositions futures aux champs
électromagnétiques des systèmes 5G dans la bande de fréquences autour de
26 GHz ?
L’exposition aux champs électromagnétiques liés aux applications 5G dans la bande 26 GHz
se différencie de celle des autres bandes de fréquences (700 MHz à 3,5 GHz) par une
profondeur de pénétration des ondes de l’ordre du millimètre, ce qui conduit à une exposition
des couches superficielles de la peau ou de l'œil. L’analyse prédictive des données
expérimentales et de simulations concernant l'exposition à des sources lointaines (distances
de plusieurs mètres entre la source et la personne) montre que les densités de puissance
absorbées au niveau de la peau ou de l’œil seront faibles et n’occasionneront que de très
faibles élévations de température (de l’ordre du millième de degré Celsius).
Concernant l’exposition à des sources proches (par exemple les téléphones mobiles), les
simulations électromagnétiques réalisées sur le couplage entre la tête ou les mains et les
antennes miniatures intégrées dans les appareils laissent présager que les niveaux
d’exposition en champ proche seront inférieurs à ceux des technologies 3G/4G.
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Avis de l’Anses
Saisine n° 2019-SA-0006
L’ensemble de ces résultats devra être confirmé par exemple par les données expérimentales
issues des 14 sites d’expérimentation que l’Arcep34 a autorisés sur une période de 3 ans et
dont les premiers retours sont attendus en 2022.
Quels sont les effets sanitaires étudiés dans la bande autour de 26 GHz (18 à
100 GHz) ?
La littérature scientifique disponible a principalement étudié les effets sur la peau, l’œil, les
membranes, le système nerveux central et les cellules issues de divers tissus humains ou
animaux (peau, neurones, cornée…).
Peau
Les études disponibles dans la gamme de fréquences 18 – 100 GHz sont diverses et très peu
nombreuses. Ces études, réalisées sur la peau humaine, ne rapportent pas d’effet
génotoxique, même si l’une d’elles observe une aneuploïdie35. Aucun effet global sur le
transcriptome36 n’a été détecté, mis à part un effet transitoire (de l’ordre de quelques heures)
sur la quantité de transcrits de quelques gènes impliqués dans la réponse des cellules au
stress. Ces résultats ne permettent pas de conclure quant à l’existence ou non d’effets
délétères de l’exposition à des champs électromagnétiques de fréquences 18 – 100 GHz sur
la peau humaine.
Œil
Les travaux effectués sur des lignées cellulaires de cornée et de cristallin ne rapportent pas
d’effet sanitaire de l’exposition aux radiofréquences à 40 et 60 GHz. Une étude in vivo sur les
lapins montre des effets thermiques sur la cornée lors d’une exposition à une très forte
puissance37 (10 à 600 mW/cm2).
Effets génotoxiques
Quatre études ex vivo ou in vitro, sur des lignées cellulaires humaines (fibroblastes, cellules
du cristallin, cellules de la cornée) et des leucocytes de rat, n’ont pas détecté d’effet
génotoxique de l’exposition à des champs électromagnétiques à des fréquences entre 25 et
60 GHz. Néanmoins, une étude déjà citée dans la section « Peau » a détecté des aneuploïdies
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Saisine n° 2019-SA-0006
dans les fibroblastes exposés aux radiofréquences. Les éléments de preuve disponibles ne
permettent pas de conclure à l’existence d’un effet génotoxique.
À l’heure actuelle, les données ne sont pas suffisantes pour permettre de conclure à l’existence
ou non d’effets sanitaires néfastes liés à l’exposition aux champs électromagnétiques dans la
bande de fréquences autour de 26 GHz.
Considérant :
les conclusions de l’expertise exprimées ci-dessus, qui ne font pas apparaître, en l’état
actuel des connaissances, de risques sanitaires nouveaux liés à l’exposition aux
radiofréquences avec le déploiement actuel de la 5G ;
les incertitudes sur les effets sanitaires à long terme de l’exposition aux
radiofréquences ;
l’état très préliminaire de l’implantation des infrastructures 5G et de l’usage de ces
réseaux ;
le CES reprend les recommandations des expertises précédentes de l’Anses concernant les
radiofréquences (rapports publiés en 2009, 2013, 2016, 2019 notamment) et souligne en
particulier la pertinence des recommandations suivantes :
o inviter à réduire l’exposition des enfants aux téléphones mobiles, en préconisant un
usage modéré et en privilégiant le recours à un kit mains-libres ;
o s’assurer que le déploiement en cours ou à venir de nouvelles technologies de
communications mobiles, qui se juxtaposent à des services déjà existants,
s’accompagne d’une maîtrise de l’exposition des personnes (qu’il s’agisse de
l’exposition environnementale ou liée aux terminaux).
38 Membranes artificielles vs membranes cellulaires : les membranes artificielles sont des modèles
simplifiés de membranes.
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Saisine n° 2019-SA-0006
Considérant que :
il existe très peu de données d’exposition liées aux antennes relais et aux téléphones
mobiles en situation réelle ;
seuls des indicateurs d’exposition fondés sur des simulations numériques sont
actuellement disponibles ;
ces indicateurs n’ont pas été jusqu’à présent validés ou infirmés par des mesures sur
le terrain faute d’un déploiement complet et d’un usage nominal du réseau 5G ;
le CES recommande de :
procéder à des mesures d’exposition due au téléphone mobile en situation d’usage
réel dans les différentes bandes prévues pour le déploiement de la 5G ;
évaluer des situations d’exposition maximale en particulier lors de l’implantation de
nouvelles stations de base de téléphonie mobile ;
réaliser des campagnes de mesure pour chiffrer l'augmentation des niveaux de champ
électromagnétique liée à un nombre important d'utilisateurs connectés simultanément
au réseau 5G ;
mettre en place un programme de surveillance de l’exposition aux champs
électromagnétiques afin de suivre les niveaux d’exposition actuels et futurs notamment
dans des situations où la 5G se superposera aux signaux 3G/4G pré-existants.
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Avis de l’Anses
Saisine n° 2019-SA-0006
De plus, pour l’ensemble des bandes de fréquences considérées, la question des éventuels
effets biologiques qui pourraient être liés à l'intermittence des signaux de certaines
technologies sans-fil requiert davantage d'études avec des méthodes de qualité rigoureuse
(par exemple incluant un groupe contrôle « effet thermique » seul).
Par ailleurs, le CES préconise la réalisation d’études prenant en compte les co-expositions
des champs électromagnétiques avec d’autres agents physiques ou chimiques.
Le CES mentionne également qu’au-delà de la question des effets sanitaires chez l’Homme,
les effets éventuels des radiofréquences sur la faune et la flore mériteraient d’être mieux
étudiés.
39 Les sciences « omiques » regroupent des champs d'étude de la biologie qui s'intéressent aux
interactions dans et entre des ensembles vivants complexes (espèces, populations, individus, cellules,
protéines, ARN, ADN) en tenant compte de l'environnement auquel ces ensembles vivants sont
exposés et de l'écosystème dans lequel ils vivent.
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Avis de l’Anses
Saisine n° 2019-SA-0006
Enfin, de façon générale, le CES souligne qu’il est souhaitable d’encourager la réalisation
d’études et d’évaluations des effets et impacts préalablement au déploiement de nouvelles
technologies.
40 Evaluation de l’exposition du public aux ondes électromagnétiques 5G. Volet 1 : présentation générale
de la 5G. ANFR, Juillet 2019.
41 [Link]
[Link].
42 [Link]
[Link].
43 [Link]
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Saisine n° 2019-SA-0006
champs électromagnétiques réalisées avant et après mise en service de la 5G sur 1 500 sites
implantés en France44.
L’Anses a, quant à elle, publié les documents suivants :
un rapport préliminaire, en novembre 201945, recensant les études disponibles portant
sur les effets sanitaires éventuels liés à l’exposition aux champs électromagnétiques
dans les bandes 3,5 GHz et 26 GHz ;
un rapport d’expertise et l’avis associé, en avril 2021, présentant notamment les
résultats de l’évaluation des éventuels risques pour la santé liés au déploiement de la
5G. Ces deux documents ont fait l’objet d’une consultation publique ;
après examen des contributions reçues à l’issue de la consultation publique, le présent
avis et le rapport d’expertise associé, actualisant les documents publiés au printemps
2021.
Par ailleurs, l’Anses rappelle son action continue en matière d’expertise des liens entre
l’exposition aux radiofréquences et la santé, dont elle actualise périodiquement les résultats,
en particulier dans le cadre de leur utilisation pour la téléphonie et les terminaux mobiles. Les
dernières expertises de référence sur le sujet datent de 2013 (Anses, 2013) pour la population
générale et de 2016 (Anses, 2016) pour les effets spécifiques de l’exposition aux
radiofréquences sur la santé des enfants. À cet égard, l’Agence souligne qu’elle a engagé des
travaux d’expertise pour actualiser l’état des connaissances sur le lien éventuel entre
l’exposition aux champs électromagnétiques et la survenue de cancers.
Les travaux existants menés par l’Anses sur les effets liés à l’exposition aux radiofréquences
(notamment dans la bande de fréquences 8,3 kHz – 2,5 GHz) ne mettent pas en évidence
d’effets sanitaires avérés pour des expositions inférieures aux valeurs limites réglementaires.
Dans ses avis et rapports précédents, l’Anses avait toutefois recommandé des études
complémentaires sur certains types d’effets (fonctions cognitives, développement
cérébral, …), ce qu’elle pourra être amenée à réexaminer en fonction de l’avancée des
connaissances.
44[Link]
45Exposition de la population aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la technologie de
communication « 5G » et effets sanitaires associés. Rapport préliminaire. Anses, Novembre 2019.
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Avis de l’Anses
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S’agissant de la bande de fréquences autour de 3,5 GHz, les niveaux d’exposition documentés
proviennent des travaux de l’ANFR (simulations, mesures sur sites au gré du déploiement) et
de quelques données issues de déploiements à l’étranger. Ces éléments mettent en évidence
des augmentations limitées des niveaux globaux d’exposition aux champs
électromagnétiques, qui restent en tout état de cause, à l’heure actuelle, très inférieurs aux
valeurs limites réglementaires. Par ailleurs, la bande de fréquences autour de 3,5 GHz est
proche de celles utilisées par les technologies mobiles 2G, 3G et 4G, dont les effets éventuels
ont été largement documentés. Ainsi, il est peu probable que l’exposition induite par le
déploiement de la 5G dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz constitue un nouveau
risque pour la santé.
S’agissant enfin de la bande de fréquences autour de 26 GHz, les données existantes, un peu
plus nombreuses que pour la bande 3,5 GHz, résultent de travaux très variés, dont aucun n’est
spécifique à l’utilisation de radiofréquences pour le transfert de données à l’instar de la 5G. À
partir des investigations menées sur une large gamme de fréquences allant de 18 à 100 GHz,
l’Agence note que l’exposition dans cette bande autour et au-delà de 26 GHz, qui n’est pas
encore exploitée à l’heure actuelle en France pour le déploiement de la 5G, va concerner des
couches encore plus superficielles de l’organisme, et que les simulations disponibles laissent
présager des niveaux d’exposition faibles. Ces éléments seront à confirmer dans le cadre de
mesures accompagnant les expérimentations 5G dans la bande de fréquences considérée.
Les études disponibles, sur la peau, l’œil, le système nerveux central, la génotoxicité, ou
encore la perméabilité des membranes, ne permettent pas de conclure, positivement ou
négativement, à l’existence d’éventuels effets sanitaires qui seraient associés à une exposition
aux radiofréquences dans la bande 26 GHz à un niveau inférieur aux valeurs limites
réglementaires, à l’exception d’un niveau de preuve limité pour l’effet sur les membranes
cellulaires artificielles.
Il ressort des conclusions exposées ci-dessus que le lien entre exposition aux radiofréquences
et risques sanitaires pour les fréquences d’intérêt pour le déploiement de la technologie 5G
est, en l’état des connaissances, comparable à celui pour les bandes de fréquences utilisées
par les générations précédentes.
L’Anses met en exergue les recommandations à la fois nombreuses et structurées des experts
pour que soient menées des études et travaux relatifs tant à la surveillance et la caractérisation
des expositions qu’à celle des liens entre exposition et effets sanitaires par des études
expérimentales chez l’Homme et chez l’animal. Ces études et travaux sont nécessaires pour
faire progresser les connaissances, de manière spécifique dans les différentes bandes de
fréquences d’intérêt, en prenant notamment en compte les particularités de l’exposition des
couches superficielles, caractéristique de la bande 26 GHz.
Au vu des résultats apportés par ces études, et plus largement des productions nouvelles de
connaissances scientifiques sur les liens entre exposition aux radiofréquences et effets
sanitaires, dont la disponibilité est conditionnée par la durée nécessaire des travaux de
recherche, l’Anses pourra faire évoluer son avis ou engager de nouvelles expertises.
Dans l’attente, l’Anses souligne que des bonnes pratiques d’utilisation de la téléphonie mobile
peuvent permettre de limiter l’exposition aux champs électromagnétiques. En particulier, elle
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Avis de l’Anses
Saisine n° 2019-SA-0006
rappelle ses recommandations formulées à la suite de son expertise publiée en 201646, invitant
à réduire l’exposition des enfants aux radiofréquences émises par les téléphones mobiles, en
incitant à un usage modéré de ces dispositifs et en privilégiant le recours au kit main-libre.
Par ailleurs et de façon générale, compte tenu notamment du peu de données spécifiques à
la 5G dont elle a pu disposer pour mener son expertise, l’Anses rappelle qu’il est souhaitable
que le déploiement de technologies nouvelles soit soutenu par la réalisation préalable, dans
une temporalité adaptée à la mobilisation d’une expertise, d’études ou de recueil documenté
de la littérature concernant les liens entre l’exposition qu’elles sont susceptibles d’induire et
les impacts sanitaires associés.
Enfin, l’Anses note que le déploiement de la technologie 5G s’opère alors qu’une
transformation de la société est à l’œuvre du fait de l’irruption de nouveaux usages rendus
possibles par les technologies numériques et de leur diffusion massive. Permettre l’émergence
d’autres usages par des objets connectés plus nombreux et diversifiés fait d’ailleurs partie des
intentions des développeurs de la technologie 5G.
Indépendamment de la technologie, l’Anses considère que les effets de cette transformation
numérique, pris dans leur ensemble en incluant ceux sur l’environnement (conséquences
énergétiques directes et indirectes, empreinte sur la qualité de l’air, sur la pollution des sols,
sur la consommation et la pollution de l’eau, ou encore l’épuisement des métaux rares, etc.)
et ceux sur le fonctionnement de la société (fracture numérique, égalité d’accès aux services,
risques de circulations de données sensibles, …) devraient être mieux évalués. Dans cette
perspective, l’Agence a pour sa part engagé une évaluation des impacts de l’usage du
numérique sur la santé des enfants et adolescents, distincte et complémentaire des travaux
qu’elle mène dans le champ de l’impact sanitaire des expositions aux ondes
électromagnétiques.
Dr Roger Genet
MOTS-CLÉS
CITATION SUGGÉRÉE
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Expositions aux champs électromagnétiques liées
au déploiement de la technologie de communication
« 5G » et effets sanitaires éventuels associés
Saisine n°2019-SA-0006 « 5G »
RAPPORT
d’expertise collective
Groupe de travail « 5G »
Janvier 2022
Citation suggérée
Mots clés
GROUPE DE TRAVAIL
Présidente
Alicia TORRIGLIA – Médecin, Directeur de recherche en opthalmologie, Centre de
Recherches des Cordeliers, Institut National de la Santé et de la recherche médicale (Inserm).
Membres
Pierre DEGAUQUE – Professeur émérite, Université de Lille, Institut d'Electronique, de
Microélectronique et de Nanotechnologie (IEMN), UMR CNRS 8520, Groupe
Télécommunications, Interférences et Compatibilité Electromagnétique (Telice)
Laura DRAETTA – Sociologue, Maître de conférences, Institut Interdisciplinaire de l’Innovation
(i3) - UMR 9217, CNRS - Télécom Paris.
Jean-François DORÉ – Directeur de recherche émérite à l’Institut national de la santé et de la
recherche médicale (Inserm), UMR 1296 Radiations : Défense, Santé, Environnement, Inserm
- Centre Léon Bérard, Lyon.
Irina GUSEVA-CANU – Epidémiologiste, Professeur des universités, Université de Lausanne.
Jürg KESSELRING – Professeur de neurologie et neuro-ré-adaptation, membre du groupe
consultatif d’experts en matière de RNI (BERENIS) de l’Office Fédéral de l’Environnement
(OFE) en Suisse
Anne PEREIRA DE VASCONCELOS – Neurobiologiste, Chargée de recherche hors classe,
Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Laboratoire de
neurosciences cognitives et adaptatives - UMR 7364, CNRS – Université de Strasbourg.
Frédérique PERONNET – Directrice de recherche CNRS, Equipe Contrôle épigénétique de
l'homéostasie et de la plasticité du développement, Laboratoire de Biologie du
Développement, Institut de Biologie Paris Seine
Hakeim TALLEB – Maître de Conférence-HDR, Laboratoire Génie Électrique et Électronique
de Paris - GeePs, UMR 8507 CNRS- Centrale Supélec-Sorbonne Université-Université Paris
Saclay
György THUROCZY– Chef d'unité, Unité de Rayonnement Non-Ionisant, Centre National de
Santé Publique (CNSP), Hongrie
Marie-Pierre ROLS – Directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique
(CNRS, Institut de Pharmacologie et de Biologie Structurale - Université de Toulouse.
Benjamin VATOVEZ – Ingénieur civil physicien, Responsable de la Cellule Champs
électromagnétiques, Direction des Risques chroniques, Institut scientifique de Service public
(ISSeP), Belgique.
Les travaux, objets du présent rapport, ont été suivis et adoptés par le CES suivant :
« Agents physiques, nouvelles technologies et grands aménagements » (mandat 2017-2021)
puis par le CES « Agents physiques et nouvelles technologies » (mandat 2021 – 2024).
PARTICIPATION ANSES
Secrétariat administratif
Sophia SADDOKI – Assistante de l’unité Agents physiques, nouvelles technologies et grands
aménagements – Anses.
SOMMAIRE
Présentation des intervenants ............................................................................................3
Sigles et abréviations.........................................................................................................12
Liste des tableaux ..............................................................................................................14
Liste des figures .................................................................................................................15
1 Contexte, objet et modalités de réalisation de l’expertise ....................................17
Contexte et objet de la saisine ...................................................................................17
Modalités de réalisation : méthode, moyens mis en œuvre et organisation................19
La consultation publique ............................................................................................20
1.3.1 Objectif ...................................................................................................................20
1.3.2 Procédure ..............................................................................................................21
1.3.3 Calendrier ..............................................................................................................21
1.3.4 Bilan chiffré de la consultation ................................................................................21
1.3.5 Modalités de prise en compte des commentaires reçus .........................................21
Prévention des risques de conflits d’intérêts ..............................................................22
2 Déploiement de la 5G et controverse publique associée......................................23
Déploiement de la 5G en France et à l’étranger .........................................................23
2.1.1 Introduction ............................................................................................................23
2.1.2 Déploiement au niveau international ......................................................................23
2.1.3 Déploiement en France ..........................................................................................26
La controverse publique autour du déploiement de la 5G en France .........................29
2.2.1 Introduction et méthode..........................................................................................29
2.2.2 5G : un assemblage d’évolutions technologiques qui pose problème .....................31
2.2.3 Temporalité de la controverse ................................................................................32
2.2.4 Les acteurs ............................................................................................................39
2.2.5 Les arènes d’opposition .........................................................................................42
2.2.6 La médiatisation de la 5G en France. Analyse de la presse ...................................45
2.2.7 Le cadrage sanitaire ...............................................................................................54
2.2.8 La participation publique de la communauté universitaire ......................................55
2.2.9 Conclusion .............................................................................................................65
3 Positions institutionnelles internationales concernant les effets sanitaires de la
5G ..................................................................................................................................68
Instances internationales ...........................................................................................68
Instances nationales étrangères ................................................................................70
3.2.1 États Unis...............................................................................................................70
3.2.2 Australie et Nouvelle Zélande.................................................................................71
3.2.3 Europe ...................................................................................................................72
Sigles et abréviations
5G : cinquième génération
5G-PPP :5G Public Private Partnership – Partenariat public-privé pour la 5G
Afsset : Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail
ANFR : Agence nationale des fréquences
Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du
travail
Arcep : Autorité de régulation des communications électroniques et des postes
BS : base station – station de base
CES : Comité d’experts spécialisé
Circ : Centre international de recherche sur le cancer
CPE : Customer Premises Equipment - équipement installé dans les locaux d’un client
DGS : Direction générale de la santé.
FACS : Fluorescence-activated cell sorting - tri cellulaire induit par fluorescence
FDD : Frequency Division Duplex – Duplexage par division en fréquence
FFTélécoms : Fédération française des télécoms
GHz : gigaHertz
GSM : Global System for Mobile communications – système global de communications
mobiles
Icnirp : International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection – Commission
internationale de protection contre les rayonnements non ionisants
IEEE : Institute of Electrical and Electronics Engineers – Institut américain des ingénieurs de
l’électricité et de l’électronique
IoT : Internet of things – Internet des objets
JRC : Joint Research Center – Centre commun de recherche de la Commission européenne
kHz : kiloHertz
LTE : Long Term Evolution – Évolution à long terme (évolution des normes UMTS)
NTP : National Toxicology Program – Programme national de toxicologie (États-Unis)
ORNI : Ordonnance pour la protection contre le rayonnement non ionisant (Suisse)
RF : radiofréquences
STOA : European Parliament's Science and Technology Options Assessment (STOA) Panel
– Panel pour l’évaluation des choix scientifiques et technologiques du Parlement européen
TDD :Time Division Duplex – Duplexage par division du temps
UE : user equipment – terminal d’un réseau de téléphonie mobile (téléphone, tablette, etc.)
UMTS : Universal Mobile Telecommunication System – système de communication mobile
universel
URLLC : Ultra-Reliable Low Latency Communication – Communication ultra-fiable à faible
latence
VLE : valeurs limites d’exposition
Figure 36 : Présentation du système nerveux central (à gauche), d’un neurone (au milieu) et d’un
potentiel d’action (à droite) ......................................................................................................... 186
Figure 37 : Représentation schématique d’une membrane ................................................................ 193
Figure 38 : Photos de cellules contrôle (A), ou traitées à la bléomycine (D) ...................................... 200
Figure 39 : Spermatogénèse ............................................................................................................... 206
Figure 40 : Section de tube séminifère................................................................................................ 206
Figure 41 : Profondeur de pénétration d’une onde électromagnétique dans un muscle .................... 244
Figure 42 : Contributeurs à la consultation publique 5G ..................................................................... 260
Figure 43 : Répartition des commentaires en fonction des modes de transmission........................... 261
1 [Link]
2 [Link]
[Link].
3 [Link]
[Link].
4 [Link]
[Link].
5 [Link]
6 [Link]
En réponse à la saisine adressée à l’Anses, un rapport et un avis ont été publiés le 20 avril
2021, en appelant les personnes intéressées à commenter ces travaux, dans le cadre d’une
consultation publique ouverte du 20 avril au 1er juin 2021.
Le groupe de travail s’est alors à nouveau réuni 8 fois entre mai et décembre 2021, pour
analyser et apporter des réponses aux commentaires recueillis lors de la consultation
publique, puis modifier le rapport d’expertise et l’avis associé lorsque cela a été estimé
pertinent.
L’Anses a par ailleurs commandité une étude auprès du Laboratoire Interdisciplinaire Sciences
Innovations Sociétés (Lisis) visant à quantifier la médiatisation de la controverse associée à la
thématique de la technologie 5G entre 2019 et 2020.
Les travaux d’expertise ont été soumis régulièrement au CES (tant sur les aspects
méthodologiques que scientifiques). Le rapport produit par le groupe de travail tient compte
des observations et éléments complémentaires discutés avec les membres du CES.
Ces travaux sont ainsi issus d’un collectif d’experts aux compétences complémentaires.
L’expertise a été réalisée dans le respect de la norme NF X 50-110 « Qualité en expertise –
prescriptions générales de compétence pour une expertise (mai 2003) ».
La consultation publique
1.3.1 Objectif
Considérant l'importance, la complexité et la sensibilité du sujet, l'Agence a souhaité porter le
rapport d’expertise et l’avis associé, publiés le 20 avril 2021, à la connaissance des membres
de la communauté scientifique et des parties prenantes intéressées. La consultation publique
visait à recueillir d’éventuels données et commentaires scientifiques susceptibles d’être pris
en compte dans l’élaboration finale du rapport d’expertise. Cette consultation a été à la fois
motivée par l’intérêt sociétal pour le sujet et la possible émergence rapide de données
nouvelles compte tenu du déploiement commercial ou expérimental engagé de la technologie
5G.
1.3.2 Procédure
L’information de la mise en place de la consultation publique a été rendue publique sur le site
internet de l’Anses, et diffusée auprès des directions générales des ministères concernés
(Direction générale de la santé, Direction générale de la prévention des risques), de
personnalités scientifiques, de parties prenantes ou d’organismes scientifiques internationaux.
L’Anses a précisé les modalités de dépôt de ces commentaires scientifiques sur la page
internet dédiée. Comme lors des initiatives précédentes, concernant les expertises relatives à
l’électrohypersensibilité et à la thématique « radiofréquences et santé des enfants », un
formulaire internet était disponible pour déposer des commentaires associés à des sections
précises du rapport d’expertise et de l’avis. Afin de faciliter ce dépôt pour les contributeurs,
mais aussi pour accélérer leur analyse et traitement par l’Anses, l’Agence a rendu possible
l’option de commenter directement le rapport et l’avis dans les fichiers au format pdf,
communiqués ensuite à l’Anses.
1.3.3 Calendrier
La consultation publique du rapport et de l’avis associé « Expositions aux champs
électromagnétiques liées au déploiement de la technologie de communication « 5G » et effets
sanitaires éventuels associés » a été ouverte du 20 avril 2021 au 1er juin 2021.
Tous les commentaires ont été analysés par le groupe de travail « 5G » et une réponse a été
rédigée, validée par l’ensemble des experts du groupe.
Un bilan des commentaires reçus lors de la consultation publique ainsi que des réponses
apportées est publié en Annexe 8 du rapport d’expertise.
L’intégralité des commentaires reçus répondant aux modalités de dépôt prévues, ainsi que les
réponses associées, ont été rassemblés dans un tableau (pour les commentaires déposés via
le formulaire internet) et dans les versions commentées du rapport et de l’avis (pour les
commentaires déposés via les fichiers PDF). Les réponses sont disponibles sur le site internet
de l’Anses ([Link]
Les commentaires qui ont donné lieu à une modification du rapport, sous forme de correction
ou de complément, sont identifiés comme tels. Le présent rapport d’expertise et l’avis associé
tiennent donc compte de l’ensemble des commentaires reçus.
Hors de ces modalités prévues par l’Agence pour participer à la consultation publique, l’Anses
a reçu 14 contributions additionnelles, sous la forme de documents PDF de longueur variable,
de 1 à 72 pages. Ces contributions, qui s’écartent donc des modalités pratiques de dépôt
prévues, ont néanmoins été consultées. L’hétérogénéité des formats de ces contributions,
mais aussi de leur contenu, ne permet pas de les inclure dans le tableau récapitulatif des
commentaires et réponses associées. Par ailleurs, plusieurs de ces contributions, dont
certaines ont été rendues publiques, s’écartent très sensiblement d’apports scientifiques.
Ainsi, les commentaires non constructifs, concernant notamment la démarche scientifique de
l’Anses, sa déontologie, ainsi que la probité et les compétences de ses experts, n’ont pas été
considérés. Cependant, lorsque des remarques pertinentes ont été formulées dans ces
contributions, elles ont été prises en compte dans les nouvelles versions du rapport d’expertise
et de l’avis.
La lecture de l’ensemble des commentaires reçus (conformes ou non aux modalités de dépôt)
a fait apparaître plusieurs préoccupations communes. En complément aux réponses
individuelles apportées pour chacun des commentaires reçus, et aux modifications du rapport
d’expertise et de l’avis, une série de questions ont donc été rédigées par le groupe de travail,
synthétisant les préoccupations communiquées. Des réponses seront publiées ultérieurement
sous la forme de « questions / réponses » sur le site internet de l’Agence.
2.1.1 Introduction
La 5G est la norme technique de téléphonie mobile de 5e génération et, à ce titre, elle succède
à la 4G et peut être utilisée en complément de la 2G, de la 3G et de la 4G. Les principales
caractéristiques de cette technologie ont été décrites dans le rapport préliminaire publié par
l’Anses en janvier 2020 (Anses, 2020).
La norme 5G est plus particulièrement ouverte et flexible, tant au niveau de la configuration
que des usages (téléphonie mobile à haut débit, Internet des objets, conduite automatique,
télémédecine, etc.).
La 5G peut être déployée de plusieurs manières différentes, relatives aux bandes de
fréquences et à son infrastructure (mode « stand alone » et « non stand alone »7). Le
« refarming », par exemple, consiste à utiliser, pour la 5G, une bande de fréquences allouée
à la 4G. Cette réallocation permet donc d’émettre de la 5G avec des antennes
conventionnelles.
Le partage dynamique du spectre fréquentiel -Dynamic Spectrum Sharing (DSS)-, quant à lui,
permet d’émettre simultanément de la 4G et de la 5G dans une même bande de fréquences.
L’agrégation de porteuses consiste à utiliser, de manière adaptative et dynamique, plusieurs
bandes de fréquences, ce qui permet d’accroître le débit en fonction des bandes disponibles.
Ces notions sont détaillées au paragraphe 4.2.
7 En résumé : infrastructure reposant totalement sur les spécifications 5G, ou partiellement. Les notions
techniques utilisées dans ce chapitre sont détaillées au chapitre 4.2.
8[Link]
The 5G PPP will deliver solutions, architectures, technologies and standards for the ubiquitous next
generation communication infrastructures of the coming decade. The challenge for the 5G Public Private
Partnership (5G PPP) is to secure Europe’s leadership in the particular areas where Europe is strong
or where there is potential for creating new markets such as smart cities.
plusieurs cantons ont en effet suspendu les procédures pour la construction de nouvelles
antennes au nom du principe de précaution. Les opérateurs continuent toutefois d’activer leurs
antennes 5G.
Le 24 juin 2019, l’opérateur italien Telecom Italia (TIM) a déployé une 5G commerciale à Rome
et à Turin. Vodafone a également déployé son réseau, entre autres dans ces deux villes et le
26 juillet 2019, pour développer la 5G en Italie, TIM et Vodafone ont conclu un accord pour
fusionner leurs 22 000 sites d’antennes.
Le Japon a commencé son déploiement en 2020, tandis qu’en Chine les droits d’utilisation des
premières bandes de fréquence ont été attribués en juin 2019.
Aux États-Unis, la bande 3,5 GHz est surtout utilisée par l’armée, ce qui en interdit l’usage
pour le déploiement immédiat de la 5G. Pour cette raison, c’est la bande 24 - 28 GHz qui a été
choisie initialement pour le déploiement de la 5G, malgré des portées plus faibles. Les
opérateurs sont AT&T, Verizon et Sprint. Le gouvernement américain compte investir 20
milliards de dollars pour assurer le déploiement dans les zones moins peuplées.
La Figure 2 reprend l’état d’avancement, des investissements au développement commercial
de la 5G à travers le monde, en date du mois d’août 2020. On distingue le déploiement de la
5G de son développement commercial à destination de l’utilisateur.
Alors que le déploiement de la 5G était prévu en France pour 2020, conformément à l’agenda
européen, la crise sanitaire de la Covid-19 a bousculé ce calendrier. Le 31 décembre 2019,
l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) avait annoncé
que l'appel à candidatures pour l’attribution des fréquences de la bande 3,4 - 3,8 GHz ainsi
que l’arrêté lançant la procédure d’attribution avaient été publiés au Journal Officiel. La date
de remise des dossiers de candidature des opérateurs avait été fixée au 25 février 2020, tandis
que la procédure d'attribution et de délivrance des autorisations d’utilisation de fréquences
était prévue pour le 21 avril 2020. Mais dans un communiqué du 2 avril 2020, l’Arcep
mentionnait que « les circonstances actuelles de crise sanitaire n'ont pas permis de conduire
les préparatifs nécessaires à l'organisation matérielle de cette enchère, initialement prévue au
mois d’avril ».
Parallèlement, des recours au fond et en référé contre la 5G ont été déposés au Conseil d’État
par les associations Priartem et Agir pour l’environnement, craignant les effets éventuels d’un
lancement précipité de cette technologie en l’absence d’évaluation environnementale et
sanitaire. Ces recours, déposés le 17 février 2020, demandaient la suspension des textes
juridiques relatifs au déploiement de la 5G9, invoquant le principe de précaution inscrit dans la
Charte de l’environnement de 2004, la sobriété énergétique et électromagnétique, ainsi que la
réglementation européenne et nationale sur la protection de la santé. Ces deux associations
avaient déjà mis en ligne – en octobre 2019 – la pétition « Stop à la 5G » demandant « au
gouvernement d’adopter un moratoire sur l’attribution des enchères 5G ».
À noter également que l'association Robin des toits avait elle aussi demandé au Conseil d'État
l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2019 relatif aux modalités et aux conditions d'attribution
d'autorisation de fréquences dans la bande 3,5 GHz, et que le syndicat CFE-CGC d’Orange
avait déposé un recours complémentaire contre ce qu’il considérait comme des irrégularités
de nature à léser les salariés du groupe.
Les enchères pour l'attribution des fréquences 5G se sont déroulées du 29 septembre au 1er
octobre 2020. Elles ont permis aux quatre opérateurs nationaux, Bouygues Telecom, Free,
Orange et SFR, d’acquérir des fréquences pour un montant total de 2,789 milliards d'euros
versés à l'État français. Les premières offres commerciales à destination du public ont été
proposées en novembre 2020.
Dans ses décisions du 31 décembre 2020 et du 12 octobre 2021, le Conseil d'État a rejeté
l’ensemble des recours déposés par des associations (Priartem, Agir pour l’environnement et
Robin des toits), des citoyens et le syndicat CFE-CGC d'Orange contre le déploiement de la
5G et la procédure d'attribution des fréquences de la bande 3,5 GHz aux opérateurs. La Haute
juridiction administrative n’a pas retenu notamment que l’État avait commis un excès de
pouvoir en définissant la procédure d’attribution des fréquences, que le gouvernement avait
contrevenu au principe de précaution, ni les arguments fondés sur un défaut d'information du
public, s’appuyant sur les deux consultations publiques conduites par l’Arcep, du 26 octobre
au 19 décembre 2018 et du 15 juillet au 4 septembre 2019.
9 L’arrêté du 30 décembre 2019 relatif aux modalités et aux conditions d'attribution d'autorisations
d'utilisation de fréquences dans la bande 3,5 GHz en France métropolitaine pour établir et exploiter un
système mobile terrestre, et le Décret n° 2019-1592 du 31 décembre 2019 fixant les prix de réserve et
les redevances pour l’utilisation des bandes de fréquences nécessaires au déploiement de la 5G.
10 Un même site 5G peut être constitué d’antennes rayonnant dans des bandes de fréquences
différentes.
À l’exception de 3 sites exclusivement 5G, à la date du 1er décembre 2021, tous les 30 963
sites 5G autorisés par l’ANFR (dont 20 954, soit 67,7 %, sont déclarés techniquement
opérationnels par les opérateurs de téléphonie mobile11) sont des sites utilisant déjà les
technologies 2G, 3G et/ou 4G. Ceci traduit une augmentation de 2,9 % du nombre de sites 5G
autorisés par rapport au mois de novembre 2021.
En accord avec les données de l’observatoire de l’Arcep, les bandes de fréquences utilisées
sont la bande 700 MHz par Free Mobile (15 734 sites autorisés dont 7 054 sont déclarés
techniquement opérationnels), la bande 2 100 MHz (6 090 sites 5G Bouygues Telecom,
Orange et SFR dont 3 261 sont déclarés techniquement opérationnels) et la bande 3,5 GHz
(5 631 sites répartis entre les quatre opérateurs dont 1995 sont déclarés techniquement
opérationnels). Ces chiffres indiquent une augmentation significative du nombre de sites
pouvant être exploités commercialement par rapport aux données de 2020. Notons que les
données sont mutualisées : plusieurs sites définis par bande de fréquences peuvent être
présents sur une même structure.
11Un site techniquement opérationnel est un site d’antennes émettant des radiofréquences. Il n’est pas
nécessairement déjà ouvert à une utilisation commerciale.
Présentée par ses promoteurs comme « une génération de rupture » ou une « technologie-
clé » (DGE, 2016), la 5G succède aux technologies numériques 2G, 3G et 4G pour amener
dans la communication mobile un saut de performance en matière de débits perçus, de délais
de transmission des données et de fiabilité de la communication (Arcep, 2021). Derrière ces
performances, il y a une double ambition : répondre à la croissance exponentielle du trafic de
données mobiles et ouvrir la voie à des innovations de service de la part de plusieurs secteurs
industriels et dans le domaine du grand public (cf. Arcep, 2017).
Mais depuis les annonces de son déploiement, en France et à l’étranger, la 5G est aussi au
cœur d’une controverse sociotechnique, au sens d’un désaccord public qui prend place dans
plusieurs arènes, en particulier médiatiques, et qui porte autour de ses qualités, de ses impacts
et de sa régulation. Cette controverse engage une multitude d’acteurs hétérogènes :
associations militantes, citoyens isolés ou organisés en collectifs, représentants politiques,
municipalités, agences publiques, opérateurs télécoms mais aussi scientifiques et médecins.
Une partie de ces acteurs s’oppose au déploiement de la 5G, en raison des incertitudes
scientifiques et techniques entourant les effets sanitaires et environnementaux associés au
fonctionnement et aux usages à venir de cette nouvelle génération d’équipements de
télécommunication.
D’une manière générale, cette controverse relance le débat sur la nocivité des ondes
électromagnétiques, tout en y associant une diversité inédite de formes de mobilisation
individuelle et collective : appels de scientifiques, actions en justice, manifestations locales,
initiatives populaires en ligne, actions politiques importantes, et même actes de destruction
contre les antennes-relais, soient-elles 5G ou non. En France, des associations interrogent
l’exposition croissante aux radiofréquences12 générées par les stations de base et les
téléphones mobiles 5G, des collectifs locaux s’opposent à l’installation des nouveaux
équipements ou à leurs expérimentations, des maires et des parlementaires demandent au
gouvernement un moratoire sur le déploiement pour donner à l’expertise le temps de
l’évaluation des risques. Mais surtout, la controverse dépasse la façon binaire de poser le
13 Au nombre de 13, ces entretiens ont été réalisés par le Laboratoire Interdisciplinaire Sciences
Innovations Sociétés (Lisis) au cours de la deuxième moitié de l’année 2019. Les personnes et
organismes suivants ont été interviewés : syndicats industriels : MWF, FFTélécoms, AFNUM ;
associations : Robin des Toits, Alerte Phone Gate, ASEF, CCARRA, Criirem ; agences
gouvernementales : ANFR, Arcep ; scientifiques experts : Annie Sasco, Dominique Belpomme, Joe
Wiart.
14 Factiva est une base de données d'actualité internationale qui agrège différentes sortes de contenus
second se compose des vidéos partagées en 2019 sur la plateforme de contenus numériques
YouTube et des commentaires qu’elles ont générés (508 vidéos et 3208 commentaires) ; le
troisième est constitué des articles publiés en ligne sur le média de vulgarisation de la
recherche The Conversation, dans ses versions francophone et anglophone (39 articles sur la
période 2017-2020). L’objectif de cette analyse des médias n’est pas de prendre position dans
les débats, ni d’interroger le fondement des arguments mobilisés par les acteurs en jeu, ni,
encore, de produire une étude des médias (par ex. sur leur rôle dans la controverse). Il est
plutôt de rendre compte de la mise en problème de la 5G dans la sphère médiatique car celle-
ci peut être le reflet de l’opinion publique, tout en contribuant à la construire15.
Cette section du rapport d’expertise est purement descriptive et se distingue des autres parties
portant sur l’évaluation de l’exposition humaine à la 5G et de ses effets sanitaires. Sa rédaction
s’appuie en grande partie sur deux études (Demortain, Féron 2020 ; Demortain 2021)
réalisées au sein du Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Sociétés (LISIS –
UMR CNRS, INRAE et Université Gustave Eiffel), dans le cadre d’une recherche menée pour
le compte de l’Anses en 2019-202116. Certaines données et analyses ont été produites
directement par le groupe de travail au cours de l’expertise (notamment celles contenues dans
les paragraphes 2.2.5 et 2.2.8).
également de documents complémentaires qui ne figuraient pas dans les bases de données
mentionnées. Ces documents complémentaires ont été obtenus à partir d’interrogations ciblées sur
Twitter (184 tweets touchant au sujet 5G [ET risque OU santé] collectés depuis la base de données
Europresse) et sur les sites web de médias audiovisuels et d’associations impliquées dans le dossier
5G (à partir du mot-clé « 5G »).
16 Convention de Recherche & Développement n° 2017-CRD-11.
Bien que la trajectoire d’une controverse ne soit pas prédictible, l’analyse de la médiatisation
de plusieurs affaires en environnement, sciences et techniques, qui opposent sur la durée
différents acteurs aux représentations et intérêts divergents, permet de repérer quelques
récurrences dans les dimensions et la temporalité d’une controverse. Ainsi, sans que cela lui
soit spécifique, la controverse sur la 5G témoigne de débats sur des contenus non stabilisés
(les effets sanitaires des champs électromagnétiques), d’informations contradictoires (par ex.
sur les enjeux du déploiement) et d’acteurs hétérogènes dotés d’intérêts et de positions
sociales contrastés (le gouvernement et ses organes, élus locaux, ONG, collectifs de citoyens,
médecins, ...). Quant à sa temporalité, il est déjà possible de distinguer quelques phases
majeures : les prémices, l’alerte, l’émergence, la publicisation (cf. Tableau 1).
17 Le terme « publicisation » est utilisé ici au sens de la sociologie de la construction des problèmes
publics (Gusfield, 2009). Il définit le processus de construction par lequel le « problème 5G » devient,
par l’action d’une pluralité d’acteurs ou de groupes d’acteurs (y compris les médias), un objet de
discussion publique.
- Saisine des CGEDD, CGE, IGAS et IGF pour mission d’inspection (02/07)
- Fronde des maires et élus : demande de moratoire (12/09)
- Avis du HCC sur l’impact carbone de la 5G (19/12)
Les effets sanitaires des ondes électromagnétiques émises par les équipements de téléphonie
mobile sont l’objet d’une controverse déjà ancienne et bien étudiée en France18. On peut ici
rappeler que la première partie de la controverse publique touchant aux ondes
électromagnétiques en France a concerné l’installation des antennes-relais à la fin des années
1990, les premières oppositions citoyennes à ces installations apparaissant en 1998. La
controverse est alors marquée par trois phénomènes, qui se répéteront ultérieurement : des
conflits locaux autour de l’installation d’équipements, allant parfois jusqu’à des actions
judiciaires, y compris au niveau national ; la création et la mobilisation locale, puis nationale,
d’associations porteuses de la cause de la protection de la santé contre les champs
électromagnétiques ; la production d’expertises successives pour caractériser au mieux les
effets sanitaires possibles des champs électromagnétiques radiofréquences, à la suite
notamment du classement du Circ, en 2011, mettant en évidence leur caractère cancérigène
possible19 sur la base d’études menées sur l'exposition générée par les téléphones mobiles et
sans fils (cf. Circ, 2011). L’ensemble participe d’une controverse marquée par le cadrage initial
du problème des antennes-relais en matière de risques sanitaires pour les populations locales.
Les narrations de la controverse générale sur les ondes électromagnétiques en France
mettent souvent en avant une deuxième phase, liée à l’apparition de la cause des personnes
qui se déclarent électrohypersensibles (EHS), à partir des années 2006-200920. La diffusion
du Wi-Fi (en 2008) et le déploiement des compteurs électriques communicants Linky (à partir
de fin 2015) semblent marquer respectivement une troisième et une quatrième phase de la
controverse générale sur les effets des ondes électromagnétiques. Ainsi, la 5G arrive non
seulement comme la cinquième génération de réseaux de téléphonie mobile, mais aussi
comme la cinquième étape de cette controverse générale sur les effets sanitaires des ondes
électromagnétiques, controverse couvrant désormais de multiples dimensions et de multiples
objets technologiques.
On peut dater le début de la controverse sur les risques sanitaires liés au déploiement de la
5G au 13 septembre 2017. Ce jour-ci, 180 scientifiques et médecins de 37 pays lancent une
pétition transnationale – 5G Appeal – pour alerter la Commission européenne au sujet de
l’augmentation massive de l’exposition aux ondes électromagnétiques qui sera induite par la
5G et pour demander un moratoire sur son déploiement dans l’attente que des études d’impact
sanitaire et environnemental indépendantes soient réalisées21. Les auteurs de l’appel, qui est
adressé spécifiquement au Commissaire européen à la santé, affirment que « de nombreuses
et récentes publications scientifiques ont montré que les champs électromagnétiques affectent
les organismes vivants à des niveaux d’exposition bien inférieurs aux valeurs limites
18 Voir par exemple : Borraz 2008 ; Chateauraynaud, Debaz 2010 ; Dieudonné, 2019 ; Ollitrault 2014.
19 « peut-être cancérogènes pour l’homme » (Groupe 2B).
20 Pendant cette période, les médias vont traiter la thématique des EHS en rendant publics quelques
cas qui vont donner corps à la revendication d’une plus grande sensibilité individuelle aux ondes (cf.
Anses, 2018).
21 [Link].
internationales et nationales » : ils réclament ainsi des mesures immédiates pour protéger
l’humanité et l’environnement. Les rédacteurs s’inquiètent également de l’altération de
l’environnement électromagnétique de la Terre par les milliers de satellites 5G prévus dans le
dispositif technique, ils y voient une menace pour la vie et ils demandent l’interdiction de leur
déploiement. L’appel dénonce aussi l’exclusion de scientifiques spécialistes des champs
électromagnétiques du débat sur le développement de la 5G mené par l’industrie et les
gouvernements nationaux. Il cite diverses Conventions, Déclarations, Chartes, Rapports
signés aux Nations Unies ou dans d’autres instances internationales pour exhorter ses
destinataires à prendre des mesures immédiates pour arrêter le déploiement de la 5G,
informer les citoyens des risques sanitaires du rayonnement des radiofréquences, mettre en
œuvre des communications câblées à la place du sans-fil, établir des normes et mettre en
place un cadre réglementaire en dehors de toute influence de l’industrie.
L’appel reçoit deux premières réponses, en date du 12/10/2017 et du 29/11/2017 (publiées
sur le site de l’appel). La première, faite par courrier électronique du Directeur général de la
santé et de la sécurité alimentaire au Luxembourg, mentionne les travaux de l’Icnirp
(Commission internationale sur la protection contre les rayonnements non ionisants) et du
Comité scientifique sur les risques sanitaires émergents et nouvellement identifiés (Scenihr)
comme fournissant la preuve que l'exposition aux champs électromagnétiques ne représente
pas un risque pour la santé, si elle reste inférieure aux limites fixées par la recommandation
1999/519/CE du Conseil22. La lettre rappelle également le cadre juridique établi par la directive
sur les équipements radio23, comme garantissant la sécurité des appareils radioélectriques
mis sur le marché de l'UE. Puis elle reconnaît la nécessité d'actualiser constamment les
connaissances scientifiques, qui devront également être prises en compte dans le
développement de la technologie 5G. Ces connaissances – il est écrit – contribueront à
l'objectif d'équilibrer l'exposition du grand public aux champs électromagnétiques avec les
avantages apportés par la 5G (y compris la santé en ligne) pour la qualité de vie24. Quant à la
deuxième réponse, elle est envoyée par le Cabinet du Commissaire européen à la santé à
Bruxelles. Elle ne fait que rappeler la solidité scientifique des études mobilisées dans le cadre
des différents avis du Scenihr sur les effets potentiels sur la santé de l'exposition aux champs
électromagnétiques25. Mais surtout, elle réfute la demande des signataires de l’appel au sujet
de la mise en application du principe de précaution. Elle explique que le recours à ce principe
pour arrêter la distribution de produits 5G apparaît comme une mesure trop drastique, et
qu’avant cela « Nous devons d’abord voir comment cette nouvelle technologie sera appliquée
et comment les preuves scientifiques vont évoluer ». Trois autres réponses seront envoyées
aux auteurs de l’appel – Lennart Hardell et Rainer Nyberg – suite à leurs différentes réfutations,
respectivement en date du 27 Avril 2018, du 5 septembre 2019 et du 19 décembre 2019,
laissant voir qu’un dialogue sans convergence s’est instauré entre les parties26. Dans la
dernière réponse, il est indiqué que de nouvelles lignes directrices sont attendues de l'Icnirp.
Rédigé en anglais, le 5G Appeal est signé, en France, par sept médecins et scientifiques, pour
la plupart mobilisés de longue date contre les risques liés à la téléphonie mobile et l’exposition
aux radiofréquences (Marc Arazi, Dominique Belpomme, Philippe Irigaray, Vincent Lauer et
22 [Link]
23 Directive 2014/53/UE.
24 Le texte de la réponse est publié en ligne : [Link]
content/uploads/2018/06/reply_ryan.pdf.
25 [Link]
26 L’ensemble de ces échanges est présenté dans un article publié par les auteurs de l’appel – L. Hardell
et R. Nyberg – dans la revue Molecular and Clinical Oncology (cf. Hardell, Nyberg 2020).
Annie Sasco)27. Au moment de son lancement, l’appel est invisible dans la presse française,
et ignoré sur les réseaux sociaux28. Lancé en septembre 2017, le 5G Appeal ne fera l'objet
que d'un article de presse en France, paru deux ans plus tard (le 7 septembre 2019),
simultanément dans le journal régional Le Progrès29 et sa version locale Le Journal de Saône
et Loire30. Il est à noter que, toujours en septembre 2019, Le Monde31 publie un article qui
commente de manière indistincte les contenus de cet appel et ceux d’une autre pétition
internationale, le 5G Space Appeal (Stop 5G on Earth and in Space), lancée en septembre
2018 aux États-Unis. Depuis son lancement, le 5G Appeal a connu différentes rééditions. Fin
février 2021, il avait été traduit en 7 langues sur son site web et affichait plus de 415 signataires
dans 39 pays.
[Link] Latence
Le passage de l’alerte à la publicisation n’est pas immédiat. L’année 2018 ne laisse pas encore
apparaître un caractère controversé de la 5G. Tant la presse papier que les réseaux sociaux
se concentrent plutôt sur la promesse technologique délivrant nombre de communiqués sur
les applications de la 5G, le saut technologique par rapport à la 4G, la maturité de la
technologie chez les opérateurs français, les dates possibles d’arrivée de la technologie en
France. L’un des seuls tweets émis cette année-là pour marquer une préoccupation sur la 5G
vient d’un média en ligne suisse - Nouvo RTS, un magazine sur les nouvelles technologies -
qui met l’accent sur les risques possibles associés à la démultiplication d’ondes
électromagnétiques, notamment celles produites pour relier les nouveaux objets connectés à
l’infrastructure32.
En France, la 5G devient un sujet d’actualité nationale en 2018 lorsque le gouvernement, en
partenariat avec l’Arcep33, présente pendant l’été (16 juillet 2018) la feuille de route pour le
déploiement national de la technologie. Cette feuille de route - présentée par Mounir Mahjoubi,
secrétaire d’État chargé du Numérique, Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du
ministre de l’Économie et des Finances, et Sébastien Soriano, président de l’Arcep - prévoit
quatre chantiers prioritaires : (1) planifier et mettre en œuvre l’attribution des fréquences
radioélectriques ; (2) lancer des expérimentations et des projets pilotes sur le territoire national
pour faire émerger de nouveaux usages ; (3) accompagner le renforcement des infrastructures
existantes et le déploiement des nouvelles ; (4) assurer la transparence et le dialogue avec
les parties prenantes au sujet des déploiements et de l’exposition du public. Ce dernier
chantier s’appuiera, d’une part, sur la saisine de l’Anses et de l’Agence nationale des
fréquences (ANFR) de la part des ministères de la Transition écologique, de la Santé, de
l’Économie et Finances pour évaluer l’exposition de la population aux champs
électromagnétiques de la 5G et les effets sanitaires associés et, d’autre part, sur la discussion
27 Les deux autres signataires français sont Victor Norris, professeur émérite de biologie à l’Université
de Rouen, et Stefan Naumann, médecin anesthésiste-réanimateur.
28 Il est à noter que, sur l’année 2019, on ne compte en tout qu’une cinquantaine de tweets sur la
question des enjeux sanitaires de la 5G. Ces tweets suscitent peu, sinon pas d’activité à leur tour, étant
peu relayés ou retweetés.
29 Jean-Michel Lahire, « La 5G présente-t-elle un danger ? », Le Progrès, 7 septembre 2019.
30 Jean-Michel Lahire, « La 5G présente-t-elle un danger ? », Le Journal de Saône et Loire, 7 septembre
2019.
31 Mathilde Damgé, « “5G appeal” : pourquoi cette pétition sur les ondes et la santé est exagérément
pour-la-sante-?urn=urn:rts:video:10091243.
33 Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes.
des travaux des deux Agences avec les parties prenantes, dans le cadre de leurs Comités de
dialogue. Le présent rapport d’expertise émane de la saisine de l’Anses (lettre du 9 janvier
2019).
L’année 2018 est surtout l’année de la réalisation des projets d’expérimentation des
opérateurs privés de téléphonie mobile34. Les autorisations sont données par l’Arcep, qui
publiera la carte de ces projets fin décembre 2018. La 5G n’est pas, jusque-là, objet de
controverse publique en France, et ni les ministères concernés, ni l’Arcep, ni l’Anses ou
l’ANFR, ne sont aux prises avec un réel débat contradictoire et public, sur les risques de la
5G35. Le discours public le plus répandu porte plutôt sur le programme de la 5G et les
promesses associées. Même les sites internet des associations aujourd’hui parties prenantes
de la controverse ne montrent pas d’activité sur la 5G pendant cette année, alors qu’en
décembre 2017 l’association Priartem avait relayé la pétition « 5G Appeal » dans sa Lettre
n° 36.
En 2018, la 5G n’est l’objet d’une controverse publique qu’en dehors de la France36. En Suisse,
le Conseil des États rejette l’assouplissement des dispositions en matière de précaution et le
Département fédéral de l’environnement mandate un groupe de travail paritaire – « Téléphonie
mobile et rayonnement » – pour peser les besoins et les risques liés au déploiement des
réseaux 5G. Pendant que ce groupe de travail s’attèle à sa tâche, 25 interventions
parlementaires sont déposées sur le sujet de la 5G et des effets des rayonnements non-
ionisants sur l’être humain et l’environnement. Un collectif de citoyens crée le site
[Link] en novembre. Les oppositions locales se multiplient dans les cantons. En
Belgique, une initiative citoyenne – [Link] – est lancée en mars 2018 par des
associations et citoyens bruxellois préoccupés par les effets des ondes électromagnétiques
sur la santé et l’environnement. En novembre 2018, [Link] demande au parlement
bruxellois d’arrêter le déploiement de la 5G dans la région bruxelloise. Son initiative fait suite
à deux rapports publiés par le collectif respectivement en mars et en novembre 2018, le
premier pour documenter les risques associés aux technologies sans fil déjà en place, et le
second pour documenter les préoccupations associées à la technologie 5G37. La France
restera largement en dehors de ces premières mobilisations européennes en 2018.
[Link] Émergence
34 Notamment à Belfort, Bordeaux, Douai, Grenoble, Lannion, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Toulouse,
Sophia-Antipolis et en Ile-de-France.
35 Bien que des interrogations aient été soulevées par les associations lors de la réunion d’installation
site web du journal Libération en fait mention38. La presse continue de se focaliser sur les
promesses de la technologie 5G ainsi que sur son calendrier de déploiement en France. Ce
n’est que lors des premières oppositions de riverains à l’installation d’antennes-relais que la
couverture médiatique de la 5G se réoriente autour de positions défavorables que la nouvelle
technologie et son infrastructure suscite auprès de certains citoyens.
La 5G devient l’objet de mobilisations à partir de janvier 2019, lorsqu’affleurent des conflits à
l’échelle locale. En ce début d’année, le journal Le Progrès couvre l’opposition d’habitants à
l’installation d’une « antenne-relais évolutive », permettant à terme le déploiement
d’équipements pour la 5G, à Neuville-sur-Saône39. En mars 2019, l’édition grenobloise du
journal 20 Minutes fait le point sur une information diffusée sur les réseaux sociaux, selon
laquelle on avait coupé les arbres de la rue Lesdiguières à Grenoble pour préparer le quartier
à des tests de la 5G40. En mai 2019, Ouest-France relate l’opposition des habitants à
l’installation d’une antenne-relais au sommet du Mont des Avaloirs en Mayenne. Un habitant
de la région, responsable d’un site internet faisant la promotion de ce site touristique, incite les
autres habitants à exprimer leur opposition à la 5G, de manière préventive41. Le 8 août 2019,
le journal Le Parisien fait état de la constitution d’un collectif local pour empêcher l’implantation
d’une antenne-relais 5G à Gargenville42.
[Link] Publicisation
C’est peu avant l’été 2019 que le sujet de la controverse 5G monte en généralité, venant à
être inscrit à l’agenda de quotidiens nationaux. Des mobilisations locales et ponctuelles contre
l’installation d’antennes-relais, on passe à la question de la dangerosité plus générale de cette
génération d’équipements. Alors que les articles sur les risques de la 5G étaient jusque-là
sporadiques43, ils deviennent plus fréquents au cours de l’été. Le site du journal Le Figaro fait
le point sur les « rumeurs » entourant les risques liés à l’exposition aux radiofréquences44. Le
Monde, entre août et septembre 2019, produit plusieurs articles de vérification des faits : sur
l’affaire des arbres supposément abattus pour les expérimentations 5G à Grenoble45, sur la
mobilisation bruxelloise contre la 5G46, ou encore sur la pétition internationale 5G Appeal47
dont il critique le caractère « exagérément alarmiste »48. Mais le titre fait le point, dans la même
38 « Le développement de la 5G est-il dangereux pour la santé ? », Libération (site web), 15 février 2019.
39 « Le projet d’antennes-relais abandonné mais pas écarté », Le Progrès - Lyon, 18 janvier 2019 ;
Serge Naltchayan. « Après une lutte anti-toit, une bataille anti-5G ? », Le Progrès - Lyon, 18 janvier
2019.
40 Alexis Orsini, « Des arbres sont-ils régulièrement abattus pour des tests 5G ? », 20 Minutes, 21 mars
2019.
41 Alix Demaison, « Il n’est pas question de la 5G dans les Avaloirs », Ouest-France, 30 mai 2019.
42 Virginie Wéber, « Yvelines : ils ne veulent pas de l’antenne-relais de 36 m dans leur quartier », Le
6 avril 2019.
44 Pascal Grandmaison, « Bonnes et mauvaises ondes, le vrai du faux », Le [Link], 14 juin 2019.
45 Mathilde Damgé, aout 2019, « Tués, coupés, abattus ? Démêler le vrai du faux sur les arbres et la
5G en trois exemples », [Link].
46 Mathilde Damgé, « Non, Bruxelles n’a pas interdit la 5G pour des raisons de santé », Le Monde, 07
août 2019.
47 Il est à noter que l’article mentionne le « 5G Appeal » tout en lui attribuant des contenus dont une
période, et ce pour la première fois, sur les connaissances des dangers liés à la 5G49. Un
changement de cadrage sur l’objet de la controverse intervient, avec cette nationalisation du
sujet : on parle moins d’antenne-relais – les objets symboles des controverses passées sur la
téléphonie mobile – qu’on ne s’interroge sur un système technologique d’ensemble, une
infrastructure d’une nouvelle génération50.
C’est après cette extension au niveau national du sujet, et la montée en force du débat sur la
nocivité générale de la 5G que la mobilisation la plus visible prend place : le 2 octobre 2019,
les associations Priartem et Agir pour l’Environnement lancent un appel à moratoire sur le
déploiement de la 5G en France. Quatorze autres associations de santé environnementale ou
mobilisées sur la question des ondes électromagnétiques se joignent à l’appel (Association
Santé Environnement France, Associations Familiales Laïques, Réseau Environnement
Santé, WECF France, Alter-Ondes…). La demande de moratoire confirme l’inscription du sujet
des risques de la 5G à l’agenda médiatique national, puisqu’elle fait l’objet d’une dépêche
AFP, reprise par une série de médias nationaux ou de médias régionaux à tirage important51.
Ouest-France évoque la 5G dans un article sur les effets des radiofréquences sur les
élevages52.
De novembre 2019 à février 2020, une activité à peu près continue est observable à propos
du rôle de l’Arcep. Début janvier 2020, un tweet du média Vie Publique53 est plus repris que
les autres, posant la question du rôle de l’Arcep dans un déploiement qui comporterait des
risques pour la santé.
Quelques semaines plus tard, le 25 janvier 2020, est proclamée la première « Journée
mondiale de protestation contre la 5G ». Organisée aux États-Unis, elle est planifiée dans une
trentaine de pays, dont la France, avec des manifestations organisées à Paris et dans les
territoires. À Paris, la journée est organisée par Robin des Toits, [Link]-Ouen, Solidarité
et Coordination Anti-Linky-Île-de-France54. Cette journée mondiale de protestation est
précédée, la veille, de l’annonce d’un recours devant le Conseil d’État par Priartem et Agir
pour l’Environnement. Les deux associations dénoncent l’absence d’évaluations sanitaire et
environnementale préalables à la décision d’enclencher le déploiement de la 5G en France,
ainsi que la consultation publique des textes dont la durée est jugée trop courte55. Elles
saisiront le Conseil d’État le 17 février 2020, dans le cadre de recours au fond et en référé,
La Tribune, 2 octobre 2019 ; « Ondes, hyperconnexions … des ONG réclament un moratoire sur la
5G », Le Parisien, 2 octobre 2019.
52 Christophe Violette, 2019, « Ils traquent ondes et courants dans les élevages », Ouest-France, 3
octobre 2019.
53 [Link] est un site gratuit d’information qui donne des clés pour comprendre les politiques
publiques et les grands débats qui animent la société. Le site est réalisé par la Direction de l’information
légale et administrative, rattachée aux services du Premier ministre.
54
Cette journée sera aussi l’occasion, pour les organisateurs, de transmettre aux gouvernements de
tous les pays l’International Appeal Stop 5G on Earth and in Space, un appel international demandant
l’interdiction du déploiement des antennes 5G sur la Terre et des satellites 5G dans l’espace. Cet appel,
lancé en septembre 2018 et traduit en 30 langues sur son site internet ([Link]), a
collecté à ce jour (fin mars 2021) près de 302 000 signatures depuis 214 pays et territoires.
55 Du 28 novembre au 12 décembre 2019.
La scène de la controverse sur la 5G est posée par des acteurs historiques de la controverse
plus large sur les champs électromagnétiques, dans ses différentes manifestations (antennes-
relais, EHS, Wi-Fi, compteurs Linky). Deux associations couvrant le territoire national se
distinguent nettement quant au niveau de médiatisation de leurs prises de position et actions
contre le déploiement de la 5G : Robin des Toits et Priartem-Électrosensibles de France. À
celles-ci s’y ajoute Alerte Phonegate, qui travaille spécifiquement sur le dossier de la
surexposition aux ondes électromagnétiques des téléphones mobiles qui dépassent les limites
réglementaires. Ces associations, qui se sont constituées dans les premiers temps de la
controverse sur la téléphonie mobile, avant l’émergence de l’affaire 5G, sont toujours
56
Arrêté du 30 décembre 2019 relatif aux modalités et aux conditions d’attribution d’autorisations
d’utilisation de fréquences dans la bande 3,5 GHz en France métropolitaine pour établir et exploiter un
système mobile terrestre.
57
Décret n° 2019-1592 du 31 décembre 2019 relatif aux redevances d’utilisation des fréquences
radioélectriques dues par les titulaires d’autorisations d’utilisation de fréquences délivrées par l’Autorité
de régulation des communications électroniques et des postes.
58Anses, 2020, Exposition de la population aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la
technologie de communication « 5G » et effets sanitaires associés, Rapport préliminaire, Saisine
n°2019-SA-0006 d’octobre 2019, mis en ligne le 27 janvier 2020.
présentes et restent les premiers acteurs de ce débat sur la 5G, étant souvent mentionnées
par la presse ou intervenant dans des émissions audiovisuelles. D’autre part, les opérateurs
industriels et leurs associations restent également les mêmes, ainsi que les agences
gouvernementales (d’un côté l’ANFR et, de l’autre, l’Anses avec son collège d’experts
indépendants).
Pas de renouveau donc du côté de ces acteurs qui, par ailleurs, se connaissent mutuellement
et ont des relations récurrentes. C’est le cas notamment des associations qui participent
régulièrement aux instances de concertation – les comités de dialogue – créées d’abord par
l’Anses, puis par l’ANFR. C’est aussi le cas des opérateurs industriels, qui confirment cette
structuration relationnelle de la controverse, lorsqu’ils délèguent le traitement de la question
scientifique des effets de l’exposition aux champs électromagnétiques à l’Anses, et la mesure
de l’exposition aux ondes dans le cadre des expérimentations à l’ANFR.
La stabilité de l’environnement de la controverse 5G en matière d’acteurs, peut être retrouvée
également au niveau des nombreux collectifs informels qui portent l’action contre le
déploiement de la 5G, du moins à l’échelle locale. Ces collectifs, qui ne sont pas dotés de
personnalité juridique, sont trop nombreux pour être identifiés individuellement et il n’existe
pas, à l’heure actuelle, de plateforme de recensement comme celle qui comptabilise les
collectifs anti-Linky59. Néanmoins, en regardant le répertoire d’actions dont la sphère publique
numérique (articles de presse et pages web) rend compte, il est possible de constater que,
surtout à l’échelle locale, nombre de ces collectifs ne sont pas nouveaux et prennent forme
dans les territoires où existent des groupes déjà mobilisés, parfois de longue date, sur la
première génération d’antennes-relais, la cause des personnes électrohypersensibles et,
particulièrement, les compteurs Linky. Adossés à des départements ou des villes, les collectifs
anti-Linky deviennent très souvent des collectifs anti-Linky-5G (dans le Finistère, la Drôme,
l’Isère, les Pyrénées Orientales, en Ardèche, …). Les pratiques de contestation sont aussi
similaires : actions pour bloquer l’installation des équipements, réunions publiques
d’information, interpellation des administrateurs locaux, pétitions… Mais surtout, ces groupes
anti-5G et anti-Linky ont en commun la création d’alliances avec les associations, qui
interviennent à leur côté pour apporter soutien dans les échanges avec les institutions,
partager des connaissances, créer des réseaux de protestation.
La nationalisation du sujet 5G, autour de l’été 2019, entraîne un changement de cadrage sur
l’objet de la controverse : la question de l’exposition aux ondes électromagnétiques s’inscrit
dans une interrogation plus générale sur un système technologique qui ne touche pas qu’à la
santé des personnes mais aussi à celle de l’environnement. Si l’association de ces deux
problématiques – sanitaire et environnementale – était déjà relativement présente dans la
controverse sur les compteurs Linky (cf. Draetta, Tavner 2019), elle s’impose ici naturellement
et de manière très prégnante lorsque des alliances de circonstance se tissent au sein des
ministères et des entités de la société civile impliqués dans le dossier 5G.
Trois nouveaux acteurs s’imposent ainsi comme parties prenantes de cette controverse déjà
bien cadrée : le ministère de la Transition écologique, la Convention citoyenne pour le climat
et l’association Agir pour l’Environnement. Le premier intervient d’abord aux côtés des
ministères de la Santé et de l’Économie dans la saisine de l’Anses, en vue de son évaluation
sanitaire de la nouvelle technologie (janvier 2019). Puis une deuxième fois, en juin 2020, après
60 Selon les déclarations de la ministre Elisabeth Borne dans un interview au Journal du Dimanche
publiée le 21 juin : « INFO JDD. Borne et Véran ont écrit au Premier ministre pour demander d’attendre
sur la 5G », Le Journal du Dimanche, 21 juin 2020.
61 Les propositions de la convention citoyenne pour le climat. Rapport de la Convention citoyenne pour
le climat à l’issue de son adoption formelle dimanche 21 juin 2020, Version corrigée du 29 janvier 2021,
[Link]
62 « INFO JDD. Borne et Véran ont écrit au Premier ministre pour demander d’attendre sur la 5G », Le
pu être considéré comme un plan ou un programme ayant une incidence sur l'environnement, et de ce
fait il aurait dû faire l’objet d’une évaluation environnementale préalable, conformément aux dispositions
de la directive 2001/42/CE sur les études d’impact et de l’article L. 122-4 du code de l’environnement.
L’appel à moratoire lancé en ligne par les deux associations et soutenu par plusieurs ONG, a
collecté à ce jour presque 128 000 signatures, montrant que l’opposition à la 5G passe aussi
par le Web et les réseaux sociaux. Ici, un ensemble hétéroclite d’anciens et nouveaux acteurs
contestent le déploiement de la 5G : au-delà des associations et des collectifs locaux, on y
retrouve aussi des citoyens et des représentants politiques qui interpellent le gouvernement
en se basant sur des arguments de raison, mais aussi des internautes ou des chaines
YouTube qui partagent des fausses informations ou relayent des thèses complotistes64.
10/04/2019 Suisse, Canton de Genève Adoption d’une motion demandant la mise en place d’un
moratoire concernant l’installation de la 5G sur le territoire
cantonal et demandant à l’OMS de piloter des études sur
la nocivité de la 5G.
08/06/2019 France, Nantes Sitting contre la 5G, contre les expérimentations SFR et
Collectif 44 contre Linky et la 5G Orange, demande de consultation publique.
64 « Qui sont les « anti-5G » qui se mobilisent sur le web ? », FranceInter, 29 septembre 2020.
65 ORNI : Ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (Suisse).
27/02/2020 Suisse, Canton de Genève Adoption de la modification de la loi cantonale sur les
constructions et les installations diverses, impliquant que -
pour une durée de 3 ans - la modification d’antennes
existantes (notamment pour y installer la 5G) soit soumise
à autorisation. Un recours a été déposé par les opérateurs
de téléphonie mobile contre cette décision.
03/03/2020 Suisse, Cantons de Genève, Initiatives cantonales auprès des chambres fédérales.
Neuchâtel et Jura Demande de moratoire au niveau fédéral sur les ondes
01/04/2020
millimétriques. Proposition d’élaboration d’un projet d’acte
01/10/2020 de l’Assemblée fédérale par une commission.
06/07/2020 France, Ville de Grenoble Arrêtés municipaux pour bloquer les travaux d’installation
d’antennes 5G par les opérateurs (refus de déclaration
préalable). Les arrêtés évoquent l’incertitude sur les
impacts sanitaires et l’attente de l’avis de l’Anses.
23- France, Conseil municipal de Vœu de moratoire sur le déploiement de la 5G. Les élus
24/07/2020 Paris écologistes du Conseil municipal demandent un moratoire
avant le déploiement et un débat démocratique dans le
Grand Paris.
26/08/2020 France, Hendaye (Pays Basque) Vote de moratoire par le Conseil municipal, sur le
déploiement de la 5G dans le territoire de la Commune.
12/09/2020 France, Grandes villes et autres Demande de moratoire sur la 5G et de tenue d’un débat
Communes démocratique décentralisé, adressée au Gouvernement,
par une soixantaine d'élus locaux, nationaux et européens.
Trois constats découlent du Tableau 2 présenté ci-dessus : (1) on y reconnaît des formes de
mobilisation classiques, déjà vues au cours des différents enchaînements de la méta-
controverse sur les ondes électromagnétiques (comme les protestations de riverains contre
l’installation d’antennes-relais, la constitution de collectifs locaux ou la prise d’arrêtés
municipaux) ; (2) on voit émerger des alliances de circonstance entre porteurs de cause
(associations, citoyens, scientifiques, représentants politiques locaux et nationaux) ; et,
surtout, (3) on voit apparaître de nouvelles formes de l’action individuelle et collective qui
coïncident avec une intensification des recours au numérique.
couvrant l’année 2019 est composé de 837 articles, le deuxième couvrant l’année 2020 est
composé de 2 400 articles, soit le triple de l’année précédente67.
La chronologie présentée plus haut fait bien apparaître que la question des effets sanitaires
de la 5G ne s’impose pas dans l’agenda médiatique pendant la phase d’émergence de la
controverse (2019), et que la question des risques sanitaires liés à l’exposition à des champs
électromagnétiques nouveaux créés par la nouvelle infrastructure 5G ne s’impose que comme
l’une des manières de définir l’enjeu de la 5G en France.
Pendant l’année 2019, 837 articles de presse nationale sont recensés par la base Factiva68.
Ce chiffre n’est pas le signe d’une couverture très intense. Qu’il s’agisse de titres papier ou en
ligne, généralistes ou spécialisés, le nombre de parutions est relativement constant tout au
long de l’année : entre 50 et 100 par mois. On y distingue un seul pic de couverture du sujet,
au cours du mois d’octobre (cf. Figure 4). Assez modéré, ce pic est lié à l’appel à moratoire
lancé par Priartem et Agir pour l’Environnement, le 2 octobre.
Figure 4 : Le corpus Presse 2019 par nombre et date de publication des documents (n = 837)
Cette couverture du sujet de la 5G n’est que très partiellement motivée par la question des
risques sanitaires de la technologie, qui n’est qu’une des thématiques structurant le corpus.
En d’autres termes, le discours sur les risques sanitaires de la 5G et des ondes
électromagnétiques est présent dans la presse de 2019, mais ne constitue que l’un des
discours dominants. Car le champ d’ensemble est plutôt structuré par plusieurs thématiques.
67 Les corpus ont été constitués par extraction des articles depuis la base de données Factiva en
cherchant la présence des termes 5G ET [risques OU santé OU effets sanitaires] dans le texte complet
des articles, excluant les titres étrangers. L’analyse a été réalisée avec l’outil CorText Manager,
développé par la plateforme CorText du laboratoire Lisis, qui a permis de faire une analyse de
cooccurrences pour représenter quantitativement les thèmes les plus fréquents et les visualiser. Il est à
noter que la fréquence de l’emploi des termes ne préjuge ni de la pertinence de leur emploi, ni de
l’incidence des termes dans le débat public.
68 La liste des titres couverts dans la base est présentée en annexe.
Dans le texte des 837 articles composant le corpus, sept clusters ou ensembles de termes les
plus fréquents apparaissent distinctement, comme illustré dans le Tableau 3 ci-dessous et la
carte qui suit (cf. Figure 5) :
7. Champs et ondes
électromagnétiques
Figure 5 : Clusters des termes les plus fréquemment utilisés ensemble dans les articles de
presse papier et en ligne sur la 5G et ses risques pour la sante, en 2019.
Corpus = 837 articles de presse
chinois, américains et européens (6). Ces thèmes traduisent d’autres définitions sociales de
la question 5G qui comptent davantage que celle des risques sanitaires (cluster 7) pour des
acteurs comme le gouvernement français – qui montre une préoccupation spécifique pour les
questions de couverture du territoire et de réussite du tournant de la 5G en France. Du coté
des opérateurs industriels, cette problématique de la couverture du territoire et du calendrier
du déploiement est évidemment centrale, bien que l’enjeu qui transparait dans leurs discours
sur la 5G est celui de la sécurisation des réseaux et nouveaux équipements, beaucoup plus
susceptibles de défaillance et de piratage.
La dynamique historique est nette : le cluster sémantique relatif aux risques des ondes ou
champs électromagnétiques et au principe de précaution (cluster n°7), est celui qui gagne le
plus en force au cours de l’année 2019. Il est par contre notable que le terme « compteur
Linky » fasse partie de ce cluster. Il montre bien que le sujet « risques de la 5G » ne se
constitue pas en référence aux spécificités techniques de la nouvelle infrastructure. Il est bien
davantage saisi sous l’angle de la généralisation de l’exposition aux champs
électromagnétiques, et de la multiplication des sources d’ondes au plus près des espaces de
vie69.
L’année 2020 débute par deux événements qui seront couverts par la presse nationale
généraliste et spécialisée : (1) le recours de Priartem et Agir pour l’Environnement devant le
Conseil d’État contre la procédure de déploiement imminent de la 5G (annonce du 24/01 et
recours du 17 février 2020) et (2) la publication du rapport préliminaire de l’Anses sur
l’exposition à la 5G et les effets sanitaires associés, notant « un manque important, voire une
absence de données relatives aux effets biologiques et sanitaires potentiels dans les bandes
de fréquences considérées » (publication du 27 janvier 2020).
À partir de mars 2020, la pandémie Covid-19 prend évidemment le pas sur tout autre sujet,
mais celui de la 5G est néanmoins beaucoup plus traité dans la presse que l’année
précédente. Entre 200 et 300 articles par mois minimum paraissent sur le sujet (contre 50 à
100 en 2019). Sur toute l’année, le nombre d’articles récupérés est le triple de celui de l’année
précédente (2 400 articles contre 837)70.
Contrairement à 2019, on distingue des moments de couverture médiatique et de débats plus
intenses au cours de l’année 2020, notamment en juillet et en septembre. Juillet 2020
correspond aux premières mesures des maires écologistes récemment élus contre le
déploiement de la 5G (prise de mesures de « moratoire » sur le déploiement, à l’initiative d’Eric
Piolle, maire de Grenoble).
Le 12 septembre 2020, 68 élus, dont 11 maires de grandes villes comme Bordeaux, Grenoble,
Marseille ou Strasbourg, mais aussi des parlementaires nationaux et européens représentants
des partis écologistes et de la France Insoumise, exhortent le gouvernement à décider d'un
69 Le lien avec le moment de controverse sur le déploiement des compteurs Linky est visible à plusieurs
niveaux : dès 2015 la « fronde anti-Linky » arguait déjà du cumul d’exposition aux ondes
électromagnétiques et de ses effets sanitaires. Elle dénonçait également la menace sur l’autonomie et
sur l’intimité de la consommation du foyer par cette nouvelle technologie du « big data ». Aujourd’hui,
les « collectifs anti-Linky » sont devenus « collectifs anti-Linky-5G », et plusieurs articles de presse
traitent des similitudes entre la polémique sur la 5G et celle plus ancienne – mais toujours en cours –
sur les compteurs Linky.
70 Articles récupérés par l’intermédiaire de la même requête que celle appliquée pour produire le corpus
de 2019, c’est-à-dire comportant les termes 5G et risques ou santé, excluant les titres étrangers.
moratoire sur le déploiement de la 5G. Ils plaident aussi pour « la tenue d'un débat
démocratique décentralisé sur la 5G et sur les usages numériques ». L’appel est publié dans
une tribune parue le 13 septembre dans Le Journal du dimanche71.
Tout le mois de septembre est marqué par la poursuite des débats sur les demandes de
moratoire émanant de différentes communes à travers toute la France, des mobilisations
d’associations et de groupes citoyens dans différentes régions contre l’installation de la 5G,
dans le contexte du lancement alors imminent des enchères pour l’attribution des nouvelles
fréquences (29 septembre). Au cours de ce mois-ci, le Président de la République intervient
et intensifie le débat par une prise de position (durant une rencontre avec les firmes
technologiques françaises à l’Élysée) en faveur du processus de déploiement de la 5G et
contre les positions des élus écologistes, assimilées à la défense d’un supposé « modèle
Amish » (discours prononcé le 15 septembre). Une fois les enchères démarrées, la couverture
médiatique diminue graduellement, mais reste haute par rapport à 2019 (cf. Figure 6).
Figure 6 : Le corpus Presse 2020 par nombre et date de publication des documents (n = 2 400)
D’un point de vue thématique, la différence est marquante avec l’année 2019. On peut
distinguer cinq axes thématiques qui composent l’espace du débat français sur la 5G : les
deux principaux, en opposition, concernent (1) les risques liés au déploiement et (2) la
promesse économique de la nouvelle technologie. Les trois autres, mineurs, sont ceux (3) des
fausses nouvelles sur la 5G et les théories du complot, (4) de la guerre économique entre les
États-Unis et la Chine, (5) du rôle de la 5G dans la relance économique (en relation avec la
crise de Covid-19). Ces axes sont présentés sous la forme de clusters de termes dans le
Tableau 4 et la carte ci-après (cf. Figure 7).
71« EXCLUSIF. Lyon, Bordeaux, Marseille : les maires de 11 grandes villes demandent un moratoire
sur la 5G », Le Journal du Dimanche, 12 septembre 2020.
Clusters de termes
Termes dans ce cluster : « déploiement de la 5G », « téléphone mobile », « ANFR »,
« antennes 5G », « antennes relais », « ondes électromagnétiques », « sécurité
Sanitaire », « principe de précaution », « santé environnement », « risques sanitaires »,
« impact sanitaire », « impact environnemental », « débat public », « moratoire » …
5. Réseau mobile & nouvelles technologies
Termes dans ce cluster : « nouvelles technologies », « arrivée de la 5G », « réseau 5G »,
« réseau mobile », « fibre optique », « haut débit », « voiture autonome », « intelligence
artificielle » …
5. Réseaux mobiles
et nouvelles technologies
3. 5G et relance économique
Figure 7 : Clusters d’expressions les plus fréquemment utilisés ensemble dans les articles de
presse papier et en ligne sur la 5G et ses risques pour la santé, en 2020
Corpus = 2 400 articles de presse
La carte montre, en périphérie, trois clusters de termes (1, 2, 3) qui ne sont reliés au cœur de
la controverse sur la 5G que de manière indirecte, et qui sont également moins fréquents dans
le corpus d’ensemble :
en haut à gauche, un cluster regroupant des termes constituant un discours sur les
théories du complot et les fausses nouvelles sur la 5G, dont on sait qu’elle est associée,
sur les réseaux sociaux notamment, à des discours complotistes (par exemple en lien
avec la pandémie de Covid-19) ;
à droite en haut, un cluster concernant la couverture de la guerre industrielle opposant
les États-Unis à la Chine et à Huawei en particulier ;
en bas, le cluster vert pale touche à l’actualité des politiques économiques de relance
industrielle pour pallier la crise de Covid-19, contexte dans lequel le déploiement de la
5G est perçu comme d’autant plus bénéfique et urgent.
Les deux clusters centraux (4, 5) constituent deux ensembles de discours sur la 5G, largement
opposés. C’est leur coexistence qui constitue un état de controverse.
Le cluster 4 rassemble des marqueurs thématiques sur les risques liés à la 5G, son impact
sanitaire et environnemental, et la possibilité de choisir – ou de refuser – le déploiement
exprimée par divers publics, au nom de ces risques. Des termes anciens du débat sur les
risques des radiofréquences sont au cœur de ce cluster (« champs » et « ondes
électromagnétiques »), ainsi que les objets de risque identifiés depuis maintenant longtemps
en la matière, les antennes-relais, ou ici les antennes 5G, avec leurs particularités. Ils se
mêlent au terme « zones blanches », marqueur du débat sur le fait que, plutôt que d’avancer
dans les générations technologiques, il faudrait travailler à déployer complètement les
technologies existantes pour en faire profiter tous les publics et territoires. En continuité avec
ce débat opposant innovation et égalité, des termes marquent une nouvelle dimension : celle
du choix qui devrait être ouvert en matière d’adoption de nouvelles technologies. Débat public,
moratoires, décisions de conseils municipaux sont ainsi très largement discutés, dans la
presse, en lien avec les thèmes du risque et de l’impact sanitaire de la 5G. Ces derniers
marqueurs sémantiques sont nouveaux par rapport à 2019, année pendant laquelle on parlait
davantage de résistance à l’installation d’antennes, dans la continuité des polémiques sur le
compteur Linky.
Dans le cluster 5, la 5G est discutée sous l’angle d’une nouvelle technologie prometteuse,
pourvoyeuse de développement économique, liée à un ensemble d’autres innovations qu’elle
va contribuer à faire décoller. L’arrivée de la 5G est discutée comme faisant partie d’un
ensemble technologique qui dépasse largement le domaine des télécommunications. Il peut
être noté que la question de l’impact énergétique de la nouvelle infrastructure apparait dans
ce cluster, et non dans le cluster 4. Le thème n’est donc pas traité comme celui de l’impact
sanitaire, au titre des risques et autres effets négatifs de la 5G.
Une analyse rapprochant les thèmes des titres de presse permet de discerner nettement que
le thème « déploiement, risques et choix » est principalement traité par la presse générale
régionale, tandis que le thème « réseaux mobiles et nouvelles technologies » l’est par une
presse économique nationale (L’économiste, La Tribune, Les Echos, mais aussi Le Figaro)
(cf. Figure 8). Ainsi, les discours sur les risques sanitaires, les problèmes environnementaux
et l’opposition à l’installation de la 5G, occupent l’espace de la presse locale beaucoup plus
que la presse nationale, qui relaie ces mobilisations irrégulièrement. On est face à un
traitement médiatique dans lequel les risques de la 5G sont représentés comme des enjeux
particuliers, locaux, objets de mobilisations dans des territoires donnés, beaucoup plus que
comme un sujet de préoccupation général du public.
Réseaux
mobiles et
nouvelles
technologies
L’évolution entre les années 2019 et 2020 est importante. Quantitativement, le sujet de la 5G
a beaucoup plus largement été traité en 2020 que l’année précédente. Thématiquement, il est
possible de constater la disparation du thème « enchères » de la couverture médiatique, à
mesure que la tenue de ces enchères est devenue sûre, et qu’aucun report ne serait accordé
pour attendre d’éventuelles nouvelles données sur les risques sanitaires de la 5G. Le thème
laisse la place à une confrontation évidente entre deux registres discursifs, celui de l’arrivée
de la 5G, avec le discours positif sur la technologie 5G en matière de développement
économique et d’innovation ; et celui du moratoire, en réponse au programme de déploiement
et aux risques et choix qu’il implique. Encore une fois donc, les discours médiatiques sur la
5G sont très structurés par le rythme et les séquences du déploiement, dont la nature
inéluctable parait plus évidente en 2020 qu’en 2019.
À partir d’une requête simple, en français, sur « 5G ET santé », effectuée sur la seule année
2019, 508 contenus vidéos sont retournés par YouTube 73. L’activité de commentaire générée
par ces vidéos est aussi substantielle, 3 208 commentaires ayant été faits sur ces vidéos.
L’analyse de ce matériau donne à voir des discours organisés autour de quatre thèmes
principaux qui signalent l’existence de préoccupations marquées en relation avec la question
sanitaire (cf. carte de la Figure 9 ci-après). Ces thèmes sont les suivants : (1) les études
établissant la réalité des risques ou des effets sanitaires des ondes et micro-ondes, par
exemple sur le système immunitaire ou le cerveau ; (2) les ondes « millimétriques »,
spécifiquement utilisées pour la 5G ; (3) l’absence de preuves de la non-nocivité des ondes et
de la 5G en particulier, avec des expressions comme conflit d’intérêt, consensus scientifique,
cherry-picking, double-aveugle ; (4) la 5G comme risque global, au sens d’un risque touchant
toutes les populations et les territoires, et d’un risque s’accroissant avec l’accumulation des
ondes issues des différentes générations de téléphonie mobile.
Cet aperçu de l’activité de commentaires sur la 5G sur le site YouTube laisse donc bien
transparaitre le fait qu’il y a une controverse sur la 5G et ses risques sur la santé, bien plus
active que ne le laisse penser une lecture rapide de la presse sur la période, ou même une
consultation d’autres réseaux sociaux.
Il est à noter, par ailleurs, que cette activité sur YouTube ne mobilise pas, ni comme auteur ni
comme objet des discussions, les acteurs de la controverse, qu’ils soient institutionnels,
industriels ou associatifs, comme si l’activité discursive sur YouTube était détachée des lieux
habituels de la controverse, et désencastrée des relations sociales entre acteurs institutionnels
ou associatifs connus de celle-ci. À titre d’exemple, aucun des scientifiques cités comme
experts dans les médias, ou présents dans les arènes institutionnelles, n’apparaissent dans
les contenus YouTube.
74 The Conversation est un média d’information et d’analyse de l’actualité en ligne, qui publie des articles
grand public écrits par des universitaires (professeurs, chercheurs ou doctorants) et édités par des
journalistes. Son objectif est d’amener la communauté universitaire à contribuer au débat public en
commentant des sujets d’actualité en matière de technologie, santé, société, culture, économie. Ce
média, qui est associatif, compte neuf sites à travers le monde (Australie, Afrique, Canada en français
et en anglais, France, États-Unis, Grande-Bretagne, Espagne et Indonésie). Les contenus publiés sur
ces sites sont traduits et republiés à travers tout le réseau. Les auteurs n'écrivent que sur les sujets de
leur champ d'expertise, précisé dans le cadre de leurs articles.
75 Il est à noter qu’à ce jour, aucune publication traitant de la controverse autour de la 5G ou, plus
généralement, traitant de cette technologie à partir d'analyses en sciences humaines et sociales n’a été
identifiée dans des revues scientifiques.
représentées (dont les sciences humaines et sociales) et par la diversité des pays de
publication76.
L’analyse porte sur l’ensemble des articles que The Conversation a publié sur la 5G depuis
janvier 2014 jusqu’à décembre 2020, dans ses versions francophone et anglophone. Le
corpus est constitué de 39 articles : 28 sont publiés en anglais, entre janvier 2014 et octobre
2020, et 11 sont publiés en français entre avril 2017 et novembre 2020 (cf. Figure 10). Tous
les articles ont fait l’objet d’une lecture extensive et d’une analyse qualitative de contenu visant
à repérer les thématiques abordées, les positionnements des auteurs, ainsi que les champs
scientifiques et disciplines engagés dans la discussion de la 5G. Sur les 39 articles analysés,
22 ont fait l’objet de synthèses présentées ci-après. Les articles descriptifs centrés sur les
aspects strictement techniques ou économiques de la 5G ont été exclus de la présentation.
Cette entrée sur la 5G par ce média spécifique, qui ne saurait pas couvrir la totalité du
traitement d’une controverse publique par la communauté académique à l’heure de la
multiplication des supports de communication publique de la science, permet néanmoins
d’apercevoir les différentes arènes de traitement du sujet (pays et disciplines scientifiques),
ainsi que les cadrages thématiques et critiques opérés par cette communauté, dans le temps.
19
7
5
2 2 2 2
Les auteurs qui se sont exprimés sur The Conversation au sujet de la 5G sont d’abord
australiens et britanniques puis, à partir de 2017, français, américains, néo-zélandais et
canadiens. Ils sont pour la plupart enseignants et chercheurs en sciences de l’ingénieur
(électronique, sécurité des réseaux, communication sans fils, informatique) ou en sciences
économiques et de gestion, mais aussi en sciences sociales (science politique, sociologie,
droit) et en sciences de l’information et de la communication (cf. Figure 11).
1
5
2 17
11
Figure 11 : Distribution du corpus des articles de The Conversation sur la 5G par champs
scientifiques de leurs auteurs (n = 39)
L’analyse des articles publiés par ces universitaires fait apparaître, comme dans la presse,
une pluralité de questionnements associés à la technologie 5G et un champ d’ensemble qui
est structuré par des discours où la thématique des risques pour la santé n’est qu’une parmi
d’autres. Celle-ci est abordée initialement en 2017, mais elle ne sera véritablement
développée qu’au cours de l’année 2020, surtout en association avec la question des fausses
informations sur la 5G et des théories du complot sur le lien entre 5G et pandémie de Covid-
19.
Ainsi, il est possible de distinguer quatre thématiques principales autour desquelles
s’organisent les prises de position des auteurs : (1) Santé et Risques ; (2) Intox et complot,
5G-Covid19 ; (3) Le cas Huawei et les enjeux géopolitiques ; (4) La promesse technologique
et l’Internet des objets. Deux autres thèmes apparaissent vers la fin 2020, de manière très
minoritaire : (5) Capitalisme numérique et risque de surveillance ; (6) 5G et consommation
d’énergie. Une synthèse des articles, présentés par thématique, auteur et date de parution,
est reportée ci-après77.
Dès les premiers articles, c’est la thématique de la santé qui est mise en avant par les auteurs.
Elle est tout d’abord citée parmi les nombreux bénéfices attendus du déploiement de la 5G et
prend rang au niveau de la promesse des nouveaux usages : « The best doctors and surgeons
could then perform diagnosis and even surgery remotely using connected, tactile
technologies » (Mischa Dohler, Professor of Wireless Communications, King's College
London, 09/2014).
Les risques sanitaires liés aux ondes émises et à la multiplication des antennes-relais, quant
à eux, sont évoqués une première fois en 2017 comme étant, en quelque sorte, une
hypothèque à lever devant « la véritable révolution numérique » et ses promesses de relance
économique et de nouveaux emplois, « si toutefois les conclusions vont bien dans le sens
77Leur présentation prend volontairement la forme de comptes-rendus de lecture pour éviter les risques
de mésinterprétation voire de surinterprétation des propos des auteurs.
78
Anses, Hypersensibilité électromagnétique ou intolérance environnementale idiopathique attribuée
aux champs électromagnétiques, 2018.
79 Professeur et directeur du programme de santé au travail à la Faculté de médecine de l’Université
fait mention de recherches validées par l’OMS et de tests réalisés par différentes autorités
sanitaires canadiennes80.
En France, Delia Arnaud-Cormos et Philippe Lévêque (respectivement Maitre de conférences
en bio-ingénierie, Université de Limoges et directeur de recherche en électronique au CNRS,
10/2020) alimentent la discussion sur 5G et santé avec un article visant à faire le point sur
l’état des connaissances en matière d’expositions aux ondes électromagnétiques, article qui
se veut lui-aussi rassurant, dans le même registre que celui de l’Australienne Sarah Loughran.
Après avoir brièvement rappelé les impératifs à l’origine de l’évolution des réseaux de
télécommunications, les auteurs décrivent les nouvelles fréquences qui seront exploitées par
la 5G ainsi que les évolutions par rapport à la 4G pour en venir à l’exposition et aux interactions
avec le corps humain. Ils détaillent l’effet thermique résultant de l’exposition aux ondes et les
niveaux de référence qui ont été définis sur la base des recommandations de l’Icnirp. Ils notent
la proximité de la bande de fréquences autour de 3,5 GHz avec celles utilisées pour la 4G, et
le consensus des scientifiques – sans les citer – sur une absence d’effet sanitaire avéré.
Rassurants sur ce point, ils considèrent que des questions subsistent vis à vis de l’exposition
des enfants et des femmes enceintes, ainsi que des expositions chroniques. Plus loin, ils
détaillent aussi les principales caractéristiques des futures gammes de fréquences (26 et
60 GHz) en soulignant l’attention avec laquelle sont regardés les risques potentiels sur la
peau, les terminaisons nerveuses et la circulation sanguine associés à la plus faible
pénétration des ondes.
80Santé Canada, le Centre de recherche sur les communications Canada et l’Institut national de santé
publique du Québec au Canada.
du complot qui se sont développées en parallèle, notamment sur le lien entre le déploiement
de cette technologie et la pandémie de Covid-19. Il considère que la diffusion de fausses
nouvelles sur les réseaux sociaux renforce les craintes des citoyens, et notamment de ceux
qui s’interrogeaient déjà sur les effets sanitaires potentiels de la 5G. Qualifiant la 5G d’enjeu
controversé et de catalyseur de préoccupations sociales, il attribue ces dernières à « une peur
irrationnelle » qui, sans être spécifique à la 5G, amènerait la société à remettre en cause le
progrès technologique et serait « elle-même engendrée par l’incertitude concernant les risques
d’une technologie perçue comme invasive ». À partir de ce cadre, entre « l’enthousiasme des
technophiles » et « le scepticisme des technophobes », entre « le solutionnisme
technologique » et « la paranoïa collective », l’auteur recommande une troisième voie qui
consisterait à « réinventer les rapports de la société avec les technologies de façon
rationnelle » par une réflexion collective – élargie aux citoyens – « sur les défis, les
opportunités, les vices et vertus de la numérisation généralisée de la société ». Dans cette
troisième voie, ajoute l’auteur, la 5G devrait être approchée comme une étape essentielle de
la transformation numérique, sans pour autant tomber dans le déterminisme technologique et
en prenant les précautions nécessaires pour la santé et l’environnement.
En juin 2020, la Rédaction de The Conversation choisit de participer à la mise en lumière de
« la théorie de la conspiration 5G » en sollicitant quatre universitaires - britanniques (Wasim
Ahmed, Lecturer in Digital Business à Newcastle University ; Joseph Downing, Fellow à
London School of Economics ; Peter Knight, Professor of American Studies à University of
Manchester) et néerlandais (Marc Tuters, du Department of Media & Culture, University of
Amsterdam) - ayant déjà mené des recherches approfondies dans le domaine. Ceux-ci
questionnent les origines, le développement et les mutations de cette théorie pour proposer
des modes d’action susceptibles de contribuer à endiguer la vague de fausses nouvelles. Sur
le plan historique, ils notent que les médecins ont parlé de « radiophobie » pour la première
fois en 1903 et que, dans la lignée des craintes suscitées par les lignes électriques et les
micro-ondes dans les années 70, les opposants à la 2G des années 90 laissaient entendre
que les téléphones mobiles pouvaient provoquer des cancers et que cette information était
dissimulée. Concernant la théorie de la conspiration coronavirus-5G, ils distinguent une
déclinaison « en plusieurs souches différentes, de degrés de vraisemblance variables ». L’une
des premières versions de la théorie constatait la coïncidence entre l’expérimentation de la
technologie 5G à Wuhan et l’origine géographique de la pandémie. Elle affirmait par la suite
que la pandémie était une création délibérée pour garder les gens chez eux pendant que l’on
déployait la 5G partout, et dans la continuité de ce récit, qu’elle affaiblissait le système
immunitaire en rendant vulnérable à l’infection, ou encore, qu’elle transmettait directement le
virus.
Ces auteurs notent que les récits sur la 5G et les théories de la conspiration Covid-19 se
combinent souvent en « un cocktail toxique de désinformation » en citant la théorie selon
laquelle la pandémie est un plan des élites mondiales (Bill Gates ou Georges Soros), en ligue
avec les Big Pharma « visant à instituer des vaccinations planétaires obligatoires qui
injecteraient des puces pour le contrôle des porteurs, et qui seraient activées par les ondes
radio 5G ». Plus loin, ils expliquent la spécificité des théories du coronavirus-5G. Leur première
particularité est de rassembler des personnes appartenant aussi bien à l’extrême droite qu’à
la communauté des antivax, semblant créer des liens à travers le spectre politique. Par une
analyse quantitative de Twitter, ils montrent aussi le rôle des influenceurs des médias sociaux
qui s’efforcent de relier des communautés auparavant séparées et que les suiveurs, ceux qui
croient aux théories du complot et les propagent, sont aujourd’hui représentatifs d’une partie
de la société actuelle. Dans une analyse de plus de 10 000 tweets avec le #5Gcoronavirus
hashtag, effectuée du 27 mars au 4 avril 2020, les quatre auteurs ont découvert un compte
qui répandait la théorie de la conspiration avec plus de 300 tweets en 7 jours. Sur l’ensemble,
plus d’1/3 des utilisateurs ont cru la théorie ou partagé des points de vue en sa faveur.
Jaron Harambam, Postdoctoral Researcher in Sociology, University of Leuven (06/2020),
utilise la 5G comme un cas d’étude parmi d’autres pour approcher les théories
conspirationnistes – dont celle du lien 5G-Coronavirus ne serait que la plus récente. Se fondant
sur des enquêtes ethnographiques qu’il a menées sur les cultures conspirationnistes
contemporaines, l’auteur essaye de démontrer l’unicité de chaque théorie du complot et la
grande variété de thèmes, idéologies, origines et personnes qui y souscrivent. Il soutient que
ces théories ne sont pas uniformes et relèvent plus d’un large éventail d'expressions culturelles
que de l’exercice d’une stratégie d’adaptation commune et indifférenciée.
Michaël Jensen (Senior Research Fellow, Institute for Governance and Policy Analysis,
University of Canberra, 07/2020) soutient la thèse générale que les « fausses nouvelles » ne
sont pas seulement un problème d'affirmations trompeuses ou mensongères sur des sites
Web marginaux, mais qu’elles deviennent de plus en plus omniprésentes, s'infiltrant jusque
dans les institutions et aux plus hauts niveaux du gouvernement. Pour étayer sa thèse et mieux
comprendre, dans le spécifique, les campagnes de désinformation contre la 5G en Australie,
l’auteur rend compte d’une recherche qu’il a menée en s’appuyant sur l’analyse de 530 public
submissions (interrogations et commentaires de citoyens) publiés en ligne et adressés à une
Commission parlementaire australienne sur le lancement de la 5G81. Il soutient qu’une part
importante de ces « soumissions » – qui provenaient pour la plupart de particuliers –
colportaient des allégations inexactes sur les effets de la 5G sur la santé, reprenant des termes
tirés de sites web bien connus sur la théorie de la conspiration. Notamment, il explique avoir
suivi le fil de deux sites conspirationnistes (CRG et Zéro Hedge) jusqu’aux groupes Facebook
ciblant spécifiquement l’Australie, et avoir identifié 73 similitudes de formulation entre les
articles publiés sur Facebook et les soumissions analysées. Il précise aussi que 50 % des
discours des soumissions correspondait mot à mot à celui des contributions des groupes de
conspiration extrême sur Facebook. À partir de cette recherche, il affirme que des groupes de
conspiration cherchent à influer sur la façon dont les australiens pensent la 5G, aidés en cela
par les algorithmes de Facebook, les trolls et les robots en ligne. Il conclut en suggérant aux
gouvernements de combattre la désinformation en étant plus proactifs en matière de
communication publique des informations techniques et scientifiques, et il rappelle qu’une
« sphère publique sans voix de confiance se remplit rapidement de désinformation ».
Si les discussions sur la désinformation sont très souvent associées à celles sur les questions
de santé, c’est moins le cas pour les autres thématiques, qui semblent plus relever du débat
entre experts que de campagnes de désinformations relayées sur les réseaux sociaux.
Le débat autour de l’intégration des équipements télécom des entreprises chinoises Huawei
et ZTE sur les réseaux 5G de différents pays a donné lieu à plusieurs articles dans la version
anglophone de The Conversation.
Dès 2018, Sandeep Gopalan (Professor of Law at Deakin University, 06/2018) aborde la
question des risques de sécurité liés à l’inclusion des équipementiers Huawei et ZTE dans
l’infrastructure mobile 5G de l’Australie. En mentionnant les différentes inquiétudes suscitées
par les deux entreprises chinoises et après avoir recensé nombre d’affaires, soupçons et
accusations portés contre Huawei ou ZTE aux États-Unis et dans d’autres pays (Norvège,
Mongolie, Algérie et Philippines), il soutient qu’au regard du passé « il est difficile de justifier
un écart par rapport à l’approche américaine » et suggère que l’Australie s’aligne sur l’exemple
américain dans ses relations avec les deux entreprises.
David Belgrave (Lecturer in Politics and Citizenship, Massey University, 02/2019) poursuit la
discussion à partir du terrain de la Nouvelle-Zélande. Après la décision de l’État néo-zélandais
de bloquer Huawei pour des raisons de sécurité, il questionne la situation de la Nouvelle-
Zélande dans une région Asie-Pacifique en transition vers un système dans lequel les règles
chinoises remplacent peu à peu celles des américains. Il met en balance des valeurs telles
que la vie privée, la sécurité nationale ou la liberté d'expression avec le besoin de commercer
avec la Chine, alors qu’elle représente une menace pour les valeurs qui importent aux néo-
zélandais. Dès lors, s’interroge l’auteur, jusqu’où repousser les intérêts de Pékin, et sinon,
combien les citoyens seront-ils prêts à payer pour une relation commerciale facile avec la
Chine ?
Marina Yue Zhang (Associate Professor of Innovation and Entrepreneurship, Swinburne
University of Technology, Melbourne, 06/ 2019) développe le sujet des enjeux économiques
et géopolitiques de la 5G. Elle revient sur le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine
qui a mis un terme aux infrastructures 5G en provenance de Chine, aux États-Unis comme en
Australie (août 2018). Elle décentre le sujet 5G du smartphone et de l’Internet rapide pour le
particulier, pour le poser comme enjeu de la collaboration, de l’innovation et du commerce
mondial. Dans cet espace, la Chine est résolue à prendre la tête en imposant ses
spécifications techniques 5G au travers des marchés qu’elle conquiert, principalement en
Europe, en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient. Elle précise une des raisons du positionnement
des États-Unis vis à vis de Huawei en remarquant que les fréquences de la bande moyenne
(autour de 3,5 GHz), qui offrent une couverture plus large et nécessitent moins
d’investissement en infrastructures, ont un accès limité pour la 5G commerciale aux États-
Unis, la plupart de ces spectres étant destinés à la défense. Les États-Unis ont donc développé
leur technologie 5G pour les spectres à bande haute (26 GHz), contrairement à la technologie
5G de Huawei qui a été développée pour la bande moyenne, l’essentiel du marché mondial.
Les États-Unis poussant leurs alliés à exclure Huawei de leurs réseaux 5G, elle estime qu’il
faudra dépenser plus d’argent et attendre plus longtemps pour avoir un système 5G
pleinement opérationnel. Elle considère que la croissance de la 5G devrait « accélérer le
développement d’un écosystème dans lequel différents pays peuvent coexister et se
développer conjointement, soutenus par des réseaux de chaine d’approvisionnement,
interconnectés et interdépendants… mais cela risque d’échouer si les pays concernés
construisent différemment leurs infrastructures 5G ».
Christopher Findlay (Honorary Professor of Economics, Australian National University,
12/2019) lui emboite le pas. Pour lui, le déploiement de la 5G est une des sources potentielles
les plus importantes pour la croissance future de la productivité.
Poursuivant l’analyse, Greig Paul (Lead Mobile Networks & Security Engineer, University of
Strathclyde, Glasgow, 01/2020) s’intéresse au compromis qui accorde à Huawei la possibilité
d’équiper 35 % du réseau d’accès radio en Grande-Bretagne, tout en lui interdisant
l’équipement du cœur du réseau, qui traite les aspects sensibles en matière de sécurité du
réseau mobile. Pour lui, il ne fait aucun doute que les intérêts commerciaux des opérateurs de
réseau sont potentiellement en contradiction avec les intérêts de sécurité du Royaume-Uni
concernant Huawei.
France à se doter d’un plan directeur pour prévenir l’évolution vers une surveillance
généralisée au service de quelques grandes entreprises : « un plan plaçant le citoyen au
centre du processus de conception des innovations numériques afférentes permise par la
5G ».
Enfin, Alain Cappy (professeur émérite en électronique à l’Université de Lille, 11/2020), fait
porter sa contribution sur les conséquences de l’introduction de la 5G sur la consommation
d’énergie. Il rappelle tout d’abord qu’il faut nécessairement cumuler la consommation de la
partie transmission des données avec celle de la partie traitement des données transmises
pour avoir une vue intégrale, le traitement représentant à lui seul plus de 50 % de la
consommation d’énergie. À ce propos, il pointe les processeurs qui effectuent le traitement,
« nous ne pouvons pas nous attendre à une amélioration sensible dans les années futures de
la rapidité de calcul ou de la consommation d’énergie ». Selon l’auteur, cela s’applique à tous
les processeurs, le problème étant leur très mauvaise efficacité énergétique : « un processeur
est avant tout un radiateur électrique ». À partir de deux exemples, dont celui de la voiture
autonome, qui serait « boostée » par la 5G, il dévoile la puissance de calcul considérable qui
est nécessaire à cette autonomie et la part significative d’énergie prise à la batterie pour traiter
l’information. Il met alors en regard le traitement gratuit de cette information lorsque le véhicule
est conduit par un humain, pour affirmer que « favoriser une technologie énergivore comme
celle des véhicules autonomes à grande échelle constitue donc un non-sens écologique ». Il
conclut en dénonçant la confusion faite entre « intelligence » et « puissance de calcul » et
propose d’ajouter la contrainte d’une utilisation limitée de ressources matérielles et
énergétique lors de tous processus d’innovation : « encourager l’innovation frugale et
parcimonieuse ».
82 L’article de Sarah Loughran, du Centre australien pour la recherche sur les bio-effets
électromagnétiques - Université de Wollongong, et l’article des français Delia Arnaud-Cormos et
Philippe Lévêque, respectivement Maitre de conférences en bio-ingénierie à l’Université de Limoges et
directeur de recherche en électronique au CNRS.
Dès avril 2020, dans le contexte de pandémie Covid-19, le débat bifurque sur la prolifération
des théories conspirationnistes, notamment celles sur la relation « 5G-Covid19 », attribuées à
la fois au manque d’information et à l’inquiétude des publics. Si la plupart des articles traitant
de ce sujet se focalisent sur la déconstruction des fausses informations, notamment autour de
« 5G-Covid19 », une minorité invitent à prendre au sérieux le phénomène et à l’appréhender
à partir de sa dynamique de construction pour le comprendre. Ce débat sur « Intox et
complot » est surtout présent dans la partie anglophone du corpus (seul deux articles du sous-
corpus francophone s’intéressent à la question).
Du côté de la communauté francophone, la discussion sur les « freins sociétaux » est plus
diversifiée. Elle s’élabore progressivement, en greffant sur la question des risques sanitaires
celles des risques pour la vie privée (capitalisme de surveillance) et des risques pour
l’environnement (augmentation des consommations énergétiques). Les articles publiés dans
la version francophone de The Conversation se distribuent à part égale entre la couverture
des aspects business de la 5G et sa mise en problème. La discussion sur les questions de
santé, de surveillance et de crise énergétique ne s’arrête pas au cadre spécifique de la 5G.
Elle déborde parfois sur la mise en question d’un modèle de développement, renforcé par le
système 5G, qui exposerait tout un chacun à divers risques au nom de la croissance, en
l’absence de réels lieux de contrôle et d’arbitrage démocratique de cette dynamique.
2.2.9 Conclusion
La 5G n’est pas une technologie comme les autres. C’est un assemblage d’évolutions
techniques (antennes, supports, modes de transmission des données, …, bandes de
fréquence) et d’évolutions d’usages qui prêtent à la controverse. Ces différentes propriétés
sont en effet présentées dans les discours des promoteurs comme autant d’avancées sur le
plan technique, économique et sociétal, alors qu’elles se chargent de nouvelles significations
lorsqu’elles investissent la scène publique. Ici, elles prennent place dans les débats comme
autant de sources de préoccupation sur le plan sanitaire, environnemental, social et politique.
La 5G fait peur et suscite contre elle une mobilisation inédite. L’absence de littérature
scientifique sur le sujet, du fait du peu de recul sur une situation récente et évolutive, a introduit
la nécessité de s’appuyer sur l’étude de corpus médiatiques (presse, réseaux sociaux,
vulgarisation scientifique) pour en rendre compte.
L’analyse de ces corpus montre tout d’abord le caractère pluridimensionnel de la contestation
publique de ce nouveau complexe technologique que représente la 5G. Trois dimensions sont
visées par la critique : (1) le système technique lui-même dont les propriétés intrinsèques
(l’infrastructure, ses composants et ses externalités) font l’objet de controverse en tant que
sources de risques éventuels – pour la santé, l’environnement, les données, … ; (2) le
processus de prise de décision, avec la dénonciation d’un déploiement lancé en l’absence de
consultation citoyenne et sans attendre les résultats de l’évaluation experte des risques ; (3)
la dimension sociétale du programme de déploiement, vis-à-vis de laquelle les opposants
manifestent leur scepticisme, aussi bien sur le plan des usages que de l’efficacité énergétique,
notamment en relation avec l’évolution des usages eux-mêmes.
L’analyse fait aussi ressortir quelques spécificités majeures de cette controverse
sociotechnique. Si la controverse sur la 5G s’inscrit dans la méta-controverse sur les ondes
ou champs électromagnétiques, dont elle représente une ultérieure étape après celles des
antennes-relais « pré-5G », du Wi-Fi et des compteurs Linky, elle s’en écarte néanmoins par
l’irruption de la question écologique. Celle-ci est centrée sur deux problématiques, celle de la
consommation d’énergie – qu’on associe à la fois à la transmission et au traitement des
données – et celle du remplacement des infrastructures et des terminaux obsolescents, avec
la conséquente exploitation de ressources naturelles et la production de déchets,
préjudiciables pour l’environnement. Cette question, qui est portée à l’unanimité par
l’ensemble des acteurs de la critique, est aussi discutée dans différentes arènes (médiatique,
politique, scientifique).
Une deuxième spécificité de cette controverse est donnée par son caractère éminemment
public. Celui-ci est soutenu à la fois par la couverture médiatique du sujet « 5G et risques » –
qui prend de l’ampleur en peu de temps (de 837 articles de presse en 2019 à 2 400 en 2020)
après une période de latence (l’année 2018) – mais aussi par des formes de mobilisation
collective qui se développent particulièrement dans l’espace publique numérique, et par des
prises de position politique importantes.
Enfin, l’analyse des médias donne aussi à voir la dimension politique de cette controverse. À
la question des risques pour la santé et pour l’environnement, dont on en demande l’évaluation
dans le cadre d’expertises indépendantes, la contestation y associe celle de la possibilité de
choisir – ou de refuser – le déploiement de la technologie en question. Débat public,
moratoires, décisions de conseils municipaux sont en effet très largement discutés, dans les
médias, en lien avec les thèmes du risque et de l’impact sanitaire et écologique de la 5G.
Cette question du libre choix ne peut par ailleurs être réduite au seul déploiement de la 5G en
tant que technologie spécifique ni aux seuls risques sanitaires et environnementaux, dans la
mesure où cette technologie est souvent présentée – autant par ses défenseurs que par ses
opposants – comme une étape vers un programme plus vaste de numérisation généralisée de
la société. Avec la technologie 5G c’est un type de société qui est en cause, la société du tout
numérique et du tout connecté, avec ses implications en matière de saturation des espaces
de vie par un cumul d’expositions aux champs électromagnétiques, de consommations
énergétiques (et en partie carbonées) accrues par la multiplication des usages, mais aussi de
surveillance généralisée. La source de la conflictualité en matière de 5G tient donc très
probablement au fait que de nombreux publics ont le sentiment de se voir imposer tous ces
changements sans possibilité de choix ou de participation à leur construction.
La 5G n’en est qu’à ses débuts, mais elle suscite de grandes craintes pour la santé. L’analyse
de différents corpus médiatiques, interrogés spécifiquement sur le cadrage sanitaire de la
question de la 5G, laisse apparaître une variété de préoccupations et d’interrogations
formulées à son égard et, plus particulièrement, à l’égard des « ondes 5G ».
Ces préoccupations et interrogations s’imposent comme les nœuds d’une évaluation
informelle, voire profane, de la technologie sur le plan de ses aspects sanitaires. Dès lors,
elles sont présentées ici, pour conclure cette section sur la controverse, comme autant de
questions adressées par la société civile à l’expertise scientifique. La liste ci-dessous réunit
les plus fréquentes :
• Qu’impliquent les nouvelles antennes pour l’exposition des personnes ?
• La population sera-t-elle exposée à un rayonnement plus intense avec les téléphones
mobiles 5G ?
• C’est quoi les ondes millimétriques ? Sont-elles risquées pour la santé ?
Le développement de la 5G a suscité des inquiétudes sur les effets sanitaires qui pourraient
accompagner cette nouvelle génération de technologie de communication, à travers la
publication d’un grand nombre de commentaires et/ou de prises de position, mais dont bien
peu émanent d’agences sanitaires ou de groupes d’experts. Plusieurs pays ont cependant
publié les positions de leurs entités administratives ou sanitaires sur les possibles effets
sanitaires du déploiement de la 5G. Parmi ces pays, comme le remarque un récent rapport
d’un groupe d’experts du Conseil général de l’environnement et du développement durable,
de l’Inspection générale des affaires sociales, de l’Inspection générale des finances et du
Conseil général de l’économie83, certains s’appuient sur les conclusions d’experts ou de
groupes de travail nationaux (la Suède, l’Australie, l’Espagne, les États-Unis, les Pays-Bas ou
encore la Suisse), alors que d’autres se basent sur les conclusions d’agences internationales
ou de celles d’autres pays.
Certaines de ces positions sont indiquées ci-après et leurs conclusions résumées brièvement.
Les positions exprimées dans ce chapitre sont celles des organismes cités, elles n’engagent
pas l’Anses. Ces éléments, à visée informative, ne font pas partie des données utilisées pour
l’évaluation du risque sanitaire.
Instances internationales
L’Organisation mondiale de la santé (OMS - Division Western Pacific), a publié sur son site
internet en février 2020, une courte question/réponse consacrée aux effets sanitaires de la
5G84. L’OMS y déclare notamment : « à ce jour, et après de nombreuses recherches réalisées,
aucun effet néfaste sur la santé n'a été lié de manière causale à l'exposition aux technologies
sans fil. Les conclusions liées à la santé sont tirées d'études réalisées sur l'ensemble du
spectre radioélectrique, mais, jusqu'à présent, seules quelques études ont été menées aux
fréquences qui seront utilisées par la 5G ». L’OMS ajoute que le principal mécanisme
d’interaction entre les champs électromagnétiques et le corps humain est un effet thermique,
et que, lorsque la fréquence augmente, la pénétration dans les tissus est moindre, l’absorption
d’énergie étant confinée à la surface du corps (peau et œil), mais qu’on n’attend aucune
conséquence sanitaire si l’exposition reste en dessous des valeurs limites internationales (voir
la partie 4.1 de ce rapport).
La Commission européenne (CE) « n’a pas encore réalisé d’étude sur les risques potentiels
pour la santé de la technologie 5G ». À la question du parlement européen quant à l’innocuité
de cette technologie, la CE a répondu le 7 décembre 2018 que « Les preuves scientifiques
actuelles n'ont pas permis d’associer l’exposition aux champs électromagnétiques (CEM) en
dessous des limites recommandées par la recommandation du Conseil n° 1999/519/EC avec
83
Déploiement de la 5G en France et dans le monde : aspects techniques et sanitaires. Septembre
2020. [Link]
84[Link]
des effets néfastes sur la santé. ». Cependant, la CE « convient qu'il est nécessaire
d'actualiser constamment les connaissances scientifiques ».85
La nécessité d’approfondir les recherches sur « les potentiels effets biologiques négatifs des
champs électromagnétiques (CEM) et de la 5G » est citée dans un document (briefing) intitulé
« Les effets de la communication sans fil 5G sur la santé humaine », disponible en français
sur le site du parlement européen.86 Il s’agit d’une synthèse rédigée par une collaboratrice du
service de recherche du parlement européen pour faciliter le travail des députés européens.
Le document présente pêle-mêle les avantages et inconvénients de la 5G et met en avant
plusieurs synthèses et études qui suggèrent des effets biologiques et sanitaires néfastes en
lien avec la 5G. Le document rappelle les résolutions du parlement et du Conseil de l’Europe
attirant l’attention sur les dangers potentiels et demandant de réévaluer les valeurs limites
d’exposition. Les études sont référencées et certaines sont accessibles par des liens
hypertexte. La qualité de ces études n’est pas décrite, de même que la méthode de la
recherche documentaire et de son analyse et l’évaluation critique, le document étant destiné
à l’usage interne d’information des parlementaires. Contrairement à d’autres rapports
nationaux, le document présente les différences entre la technologie 5G et les technologies
précédentes et précise notamment que « les dispositions actuelles de l’Union européenne sur
l’exposition aux signaux radio, figurant dans la recommandation du Conseil relative à la
limitation de l’exposition du public aux champs électromagnétiques (de 0 Hz à 300 GHz), ont
été énoncées il y a 20 ans et ne prennent donc pas en considération les caractéristiques
techniques spécifiques de la 5G ». Il insiste par ailleurs sur le problème de sécurité que posent
les réseaux sans-fil notamment en comparaison avec la transmission filaire et la fibre optique
plus particulièrement.
Enfin, ce document cite la résolution 1815 (2011) du Conseil de l’Europe87 qui : « … insiste
sur l’importance cruciale de l’indépendance et de la crédibilité des expertises scientifiques
effectuées pour assurer une évaluation transparente et objective des éventuels effets nocifs
sur l’environnement et la santé humaine. » et recommande « de prendre toutes les mesures
raisonnables pour réduire l’exposition aux CEM (notamment émises par les téléphones
portables), et de protéger tout particulièrement les enfants et les jeunes pour qui les risques
de tumeurs de la tête semblent les plus élevés; revoir les fondements scientifiques des normes
actuelles d’exposition aux champs électromagnétiques fixées par la Commission
internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants, qui présentent de
graves faiblesses ; diffuser des campagnes d’information et de sensibilisation aux risques
d’effets biologiques potentiellement nocifs à long terme pour l’environnement et la santé
humaine, en particulier à destination des enfants, des adolescents et des jeunes en âge de
procréer; privilégier des systèmes d’accès à l’internet par connexion filaire (pour les enfants
en général, et plus particulièrement dans les écoles et salles de classe) et réglementer de
façon stricte l’utilisation du portable par les élèves dans l’enceinte de l’école ; augmenter le
financement public de la recherche indépendante, pour évaluer les risques sanitaires. ».
85[Link]
86[Link]
172.
87[Link]
La Food and Drug Administration (FDA) consacre une page de son site internet à la sécurité
des téléphones mobiles88. Rappelant que la limite actuelle d’absorption d’énergie fixée par la
Commission fédérale des communications (FCC) reste acceptable pour la protection de la
santé publique, et se basant sur une revue de la littérature scientifique 2008-2018 (effectuée
par ses propres spécialistes et revue par des experts extérieurs)89, la FDA déclare
notamment : « il n’y a pas à ce jour de preuve scientifique solide ou crédible de problèmes de
santé causés par l’exposition à l’énergie radiofréquence émise par les téléphones mobiles ».
S’agissant spécifiquement de la 5G, la position de la FDA est qu’il n’y a pas de nouvelles
conséquences avec la 5G : « bien que de nombreuses spécificités de la 5G restent mal
définies, on sait que les téléphones mobiles 5G utiliseront des fréquences couvertes par les
directives d'exposition actuelles de la FCC (300 kHz-100 GHz), et les conclusions tirées sur la
base du corpus actuel de preuves scientifiques couvrent ces fréquences ».
88 [Link]
89 [Link]
90
5G Wireless: Capabilities and Challenges for an Evolving Network. GAO-21-26SP: Published: Nov
24, 2020. Publicly Released: Nov 24, 2020. [Link]
91 [Link]
92 [Link]
Le ministère de la Santé de Nouvelle Zélande a publié sur son site internet plusieurs
documents93, et notamment un document « 5G et Santé » (janvier 2021) faisant état de
mesures effectuées récemment en Nouvelle Zélande et tendant à montrer que les expositions
aux signaux 5G sont semblables à celles des autres technologies. Il faut cependant noter que
les sites 5G étaient équipés d'antennes passives ne permettant pas de réaliser des faisceaux
étroits orientés vers les utilisateurs. Il est ainsi précisé dans ce document que des mesures
ultérieures seront effectuées avec des antennes à formation de faisceaux. C'est la raison pour
laquelle ces résultats n'ont pas été repris ultérieurement dans la section 4.3 traitant de
l'exposition. Ce document renvoie en outre à des positions d’organismes internationaux pour
conclure que la recherche n’a pas démontré d’effets sanitaires en dessous des limites
[d’exposition] du type utilisé en Nouvelle Zélande.
3.2.3 Europe
93 [Link]
environment/cellsites-and-5g.
94 DG CNECT (DG Réseaux de communication, contenu et technologie) : la direction générale des
95
Ref. PE 690.012, juillet 2021.
96 European Parliament's Science and Technology Options Assessment (STOA) Panel.
Les auteurs ont reconnu qu’au départ une revue systématique devait être réalisée, mais elle
s’est avérée non faisable, notamment à cause de la rareté des études sur les FR2 et que
l'évaluation des études individuelles a présenté un grand défi pour les scientifiques impliqués.
Une évaluation systématique, selon eux, nécessiterait un examen complet et approfondi des
études sous-jacentes et cela aurait dépassé le cadre d’un document de référence pour le
travail parlementaire. Les auteurs reconnaissent aussi que malgré une certaine
multidisciplinarité de leur équipe, l’expertise en épidémiologie des cancers s’avère sous-
représentée.
Néanmoins, les conclusions élaborées ont motivé les cinq recommandations suivantes :
1- Opter pour une nouvelle technologie pour les téléphones mobiles qui permette de
réduire les expositions aux radiofréquences.
2- Réviser les limites d'exposition pour le public et l'environnement afin de réduire
l'exposition aux radiofréquences émises par les stations de base de téléphonie mobile.
3- Adopter des mesures incitant à la réduction de l'exposition aux radiofréquences.
4- Promouvoir la recherche scientifique multidisciplinaire pour évaluer les effets à long
terme de la 5G sur la santé et pour trouver une méthode adéquate de surveillance de
l'exposition à la 5G.
5- Promouvoir des campagnes d'information sur la 5G.
[Link] Allemagne
L’office fédéral de protection contre les rayonnements (Bundesamt für Strahlenschutz, Bfs)
recommande sur son site internet (très succinct) une expansion prudente de la 5G97. Le Bfs
note que « dans un premier temps, les fréquences utilisées pour la norme de communication
97[Link]
mobile 5G seront celles que nous utilisons déjà aujourd'hui pour les communications mobiles.
L'effet du rayonnement électromagnétique des communications radioélectriques mobiles sur
les humains a été bien étudié. En dessous des valeurs limites, aucun effet sur la santé n'a été
prouvé. Les valeurs limites sont respectées ». Le Bfs ajoute que dans quelques années, la 5G
utilisera des fréquences plus hautes dont les effets n’ont pas encore été bien étudiés, conseille
un développement prudent et étudiera les effets des nouvelles bandes de fréquences. Le BfS
note encore que le développement de la 5G aura probablement pour résultat plus d‘antennes
avec une moindre puissance de transmission et indique qu’il faudra étudier si l’exposition des
humains aux rayonnements augmente au cours des différentes étapes de développement de
la 5G.
[Link] Espagne
[Link] Italie
Le Conseil de Santé des Pays Bas a publié en septembre 2020 un rapport « 5G et Santé », à
la demande du Parlement100. Dans ce rapport, les experts font le constat que les effets de la
5G sur la santé n’ont pas encore été complètement étudiés, mais notent que la 5G utilisera
dans une certaine mesure des fréquences déjà utilisées dans les télécommunications mobiles
3G et 4G et dont les effets ont déjà été évalués. Le comité d’experts se déclare dans
l’incapacité de dire si l’exposition aux fréquences 5G cause réellement un risque pour la santé
humaine. Les experts ont réévalué leurs conclusions antérieures sur les relations entre
98[Link]
99[Link]
b8c3-7da28cc57827?t=1575725274470.
100[Link]
l’exposition aux radiofréquences et la survenue d’effets sur des processus biologiques ou des
maladies telles que les cancers, la réduction de fertilité des mâles, les problèmes de grossesse
et de malformations néonatales, et concluent qu’il n’y a pas de risque avéré ni même probable
mais qu’il n’est pas possible d’exclure une relation avec l’exposition aux radiofréquences (la
seule exception étant que les experts considèrent comme probable l’effet des radiofréquences
sur l’activité électrique du cerveau) (cf. § 6.2.3 pour plus de détails sur les articles analysés et
les conclusions). Finalement, les experts recommandent au Parlement de déployer la 5G avec
les bandes de fréquences les plus basses (3,5 GHz) qui ont déjà été utilisées depuis des
années pour des applications de télécommunication et le Wi-Fi sans avoir d’effets nocifs
avérés sur la santé, de suivre l’exposition des populations avec l’introduction de la 5G, et
d’attendre avant de déployer la 5G avec les fréquences plus élevées (bandes 26 GHz et
supérieures).
Public Health England (PHE) consacre une page (très succincte) de son site Internet aux
technologies 5G, radiofréquences et santé101. À propos des plus hautes fréquences prévues
pour la 5G, PHE note que ces fréquences ne sont pas nouvelles et ont été utilisées depuis
des années pour différentes transmissions, et que le principal changement réside dans le fait
que ces ondes radio pénètrent moins dans les tissus et qu’un éventuel échauffement serait
confiné aux surfaces corporelles. En résumé, PHE indique qu’ « il est possible qu'il y ait une
légère augmentation de l'exposition globale aux ondes radio lorsque la 5G est ajoutée à un
réseau existant ou dans une nouvelle zone. Cependant, l'exposition globale devrait rester
faible par rapport aux lignes directrices et, à ce titre, il ne devrait y avoir aucune conséquence
négative pour la santé publique ».
[Link] Suède
L’Autorité Suédoise de Sureté des Radiations (SSM) a publié en 2020 sur son site internet le
14e rapport de son Conseil scientifique sur les champs électromagnétiques102, qui couvre
l’ensemble des champs électromagnétiques (statiques, basses fréquences, hautes
fréquences). Ce rapport, rédigé par un groupe d’experts internationaux conclut que : « aucune
relation causale établie entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les risques pour
la santé n’a été identifiée » (cf. § 6.2.2 pour plus de détails sur l’analyse des articles et les
conclusions). S’agissant plus spécifiquement de la 5G, l’Autorité mentionne que « même s’il
n’y a pas de mécanisme établi pour que la santé soit affectée par une faible exposition aux
radiofréquences, il y a besoin de plus de recherche couvrant les nouveaux domaines de
fréquences utilisés pour la 5G. L’Autorité encourage aussi les chercheurs à entreprendre des
études épidémiologiques de cohorte dans ce domaine ».
[Link] Suisse
101
5G technologies: radio waves and health - [Link] ([Link]).
102 [Link]
protection/2020/202004/.
103 [Link]
[Link]/Rapport_TelephonieMobile-[Link].
3.2.4 Conclusion
Ainsi, les positions exprimées par différents pays ou leurs autorités sanitaires concluent toutes,
sur la base des données actuelles, à l’absence de risque sanitaire supplémentaire avec
l’introduction de la 5G (à l’exception toutefois du document parlementaire européen et du
rapport de la Commission établie par la Chambre des représentants de l’État du New
Hampshire). S’agissant du document parlementaire européen, ce document, qui ne
correspond pas à une expertise collective, a été préparé par le Service de recherche du
Parlement européen (EPRS)104 à l'attention des Membres et du personnel du Parlement
européen comme documentation de référence pour les aider dans leur travail parlementaire.
Le contenu du document est de la seule responsabilité de l'auteur et les avis qui y sont
exprimés ne reflètent pas la position officielle du Parlement. Quant au rapport de la
Commission parlementaire du New Hampshire, il visait à fournir des arguments en faveur
d’une révision des normes de la FCC, et la Commission s’est basée sur les positions
exprimées par les personnes auditionnées et n’a pas conduit d’analyse critique des documents
104 [Link]
et références recueillis lors des auditions. Les positions exprimées par certains états
(Allemagne, Italie, Royaume Uni) sur les sites Internet de leurs autorités sanitaires ne
consacrent que peu de place aux considérations sanitaires.
Certains pays, comme l’Allemagne et les Pays Bas, recommandent toutefois un
développement prudent s’agissant notamment des nouvelles bandes de fréquences
« millimétriques ». La plupart des pays émettent des recommandations de recherche, en
particulier sur les effets biologiques des hautes fréquences de la bande autour de 26 GHz, et
de suivi des expositions des populations.
4 Données d’exposition à la 5G
4.1.1 Introduction
En France, comme dans la majorité des pays européens, les valeurs limites réglementaires
d’exposition aux champs électromagnétiques ont été fixées conformément aux
recommandations de l’Union européenne en 1999 (Recommandation 1999/519/CE105). Ces
valeurs limites ont été définies par la Commission internationale de protection contre les
rayonnements non ionisants (Icnirp). Les paragraphes suivants exposent les principes adoptés
par l’Icnirp pour déterminer les valeurs limites proposées, l’essentiel des lignes directrices
publiées en 1998 et 2020 concernant les radiofréquences, et en particulier les bandes de
fréquences exploitées par la 5G, ainsi qu’une synthèse des réglementations en matière
d’exposition aux champs électromagnétiques adoptées par différents pays européens et hors
d’Europe. Enfin, l’application des valeurs limites d’exposition actuelles dans le contexte des
évolutions technologiques est questionnée.
premier a été publié en 1998 (Icnirp, 1998) et sert de référence aux valeurs limites d’exposition
dans de nombreux pays. Ces recommandations ont été mises à jour en 2020 (Icnirp, 2020).
Cette version récente des lignes directrices n’a cependant pas encore été transposée dans
les réglementations nationales et internationales.
Les valeurs limites définies par l’Icnirp sont fondées sur les seuils à partir desquels des effets
délétères sont considérés comme avérés. Dans la gamme des radiofréquences, à partir de
100 kHz107, l'Icnirp indique que les seuls effets avérés d’une exposition du corps sont
thermiques. À ces fréquences, le champ électromagnétique produit, par effet Joule, un
échauffement des tissus qu’il traverse. Des effets néfastes peuvent donc survenir à partir de
certains seuils d’exposition. Ainsi, l’objectif des limites d’exposition proposées par l’Icnirp est
d’éviter une élévation de la température du corps de plus d’un degré Celsius dans le cas d’une
exposition du corps entier, ainsi qu’une augmentation locale de la température des tissus au-
delà de 41°C lorsque l’exposition est localisée à une partie du corps.
L’Icnirp définit deux types de limite :
Les restrictions de base sont déterminées par les seuils d’exposition à partir desquels des
effets néfastes peuvent se manifester, auxquels on applique un facteur de sécurité
supplémentaire. À ce niveau, l’Icnirp distingue l’exposition du public de celle des travailleurs.
Les travailleurs sont définis comme des adultes exposés sous des conditions connues,
informés des risques éventuels et en mesure de prendre des précautions appropriées. Au
contraire, le public comprend des individus de tous âges, dans un état de santé variable et
peut inclure des groupes de personnes ayant une sensibilité particulière. En tous cas, les
membres du public ne connaissent a priori pas les niveaux auxquels ils sont exposés et ne
prennent pas nécessairement des mesures de précaution pour minimiser ou éviter l’exposition.
Pour cette raison, les limites d’exposition sont plus strictes pour le public, le facteur de
réduction choisi par l’Icnirp étant de 50 pour l’exposition du public et de 10 pour celle des
travailleurs. Nous nous limiterons à l’exposition du public dans la suite.
Les restrictions de base sont cependant relatives à des grandeurs physiques qui ne sont pas
toujours directement mesurables, telles que le débit d’absorption spécifique (DAS) exprimé en
watts par kilogramme (W/kg) ou, dans le cas des recommandations de 2020, la densité de
puissance absorbée par les tissus qui s’exprime en watts par mètre carré (W/m2). En
particulier, l’évaluation du DAS nécessite généralement l’utilisation de simulations basées sur
des modèles biophysiques des parties exposées.
Les niveaux de référence, quant à eux, sont fondés sur des grandeurs physiques directement
mesurables, dont le champ électromagnétique, exprimé en volts par mètre (V/m). Ils sont
établis de manière à garantir que le respect des niveaux de référence implique que les
restrictions de base ne seront pas dépassées. La réciproque n’est pas vraie : un dépassement
des niveaux de référence n’implique pas nécessairement le non-respect des restrictions de
base mais il faut alors vérifier que celles-ci ne sont pas également dépassées, notamment s’il
n’est pas possible de réduire l’exposition en dessous des niveaux de référence.
Les lignes directrices de l’Icnirp définissent des limites entre 0 Hz et 300 GHz, fréquence qui
est aussi la borne inférieure de la gamme des rayonnements infrarouges. Ce rapport étant
107Jusqu’à 10 MHz, les lignes directrices de l’Icnirp définissent des limites afin d’éviter que des effets
non thermiques, tels que des courants induits dans le corps dépassent les niveaux recommandés. Entre
100 kHz et 10 MHz, les effets non thermiques et thermiques peuvent donc coexister et il convient de
respecter les limites pour les deux types d’effet. Les fréquences de la téléphonie mobile sont
supérieures à 10 MHz, de sorte que seules les limites relatives aux effets thermiques s’appliquent.
consacré aux radiofréquences émises par la téléphonie mobile 5G, les valeurs limites ne
seront décrites dans la suite qu’à partir de 10 MHz.
Comme mentionné ci-avant, les lignes directrices publiées par l’Icnirp en 1998 sont à la base
de la législation européenne visant à limiter l’exposition du public, raison pour laquelle elles
sont abordées dans ce paragraphe. Les restrictions de base sont reprises dans le Tableau 5
ci-dessous. Les limites portant sur le DAS correspondent à des valeurs moyennées sur
6 minutes, les DAS localisés devant être évalués sur 10 grammes de tissu. Entre 10 GHz et
300 GHz, la densité de puissance doit être évaluée sur une aire de 20 cm² pendant une durée
(en minutes) de 68/f1,05 (par exemple, à 26 GHz, la durée est de 2 minutes 13 secondes). La
densité de puissance spatiale maximale, moyennée sur une aire de 1 cm², ne peut pas
dépasser 20 fois les restrictions de base.
Tableau 5 : Restrictions de base en fonction de la fréquence à partir de 10 MHz
(Icnirp 1998 et recommandation européenne 1999/519/CE)
DAS Densité de
DAS DAS
corps puissance
Population Fréquences tête et tronc membres
entier incidente
(W/kg) (W/kg)
(W/kg) (W/m2)
De 10 MHz à 10 GHz 0,4 10 20 -
Travailleurs
De 10 GHz à 300 GHz -* - - 50
De 10 MHz à 10 GHz 0,08 2 4 -
Public
De 10 GHz à 300 GHz - - - 10
* le tiret « - » signifie que l’indicateur de restriction de base ne s’applique pas pour la bande de fréquences
considérée.
Les valeurs des niveaux de référence dépendent de la fréquence. Elles sont reprises dans le
Tableau 6 où f est la fréquence exprimée en mégahertz (MHz).
Tableau 6 : Niveaux de référence pour les travailleurs et la population générale
Rappelons, à toute fin utile, que les niveaux de référence dépendent de la fréquence et non
de la technologie : à titre d’exemple, la limite dans la bande 2 100 MHz est la même pour les
trois normes techniques de téléphonie mobile à laquelle elle est allouée, à savoir la 3G, la 4G
et la 5G, à savoir 61 V/m (valeur moyennée sur 6 minutes) et s’applique donc également à
cette dernière technologie.
Réciproquement, il n’existe pas une limite unique pour l’ensemble des bandes de fréquences
pouvant être utilisées par la 5G, pas plus que pour les réseaux de téléphonie mobile de 2e, 3e
et 4e génération. Le Tableau 7 prend des exemples de fréquences utilisées par différentes
générations de téléphonie mobile en France ainsi que les niveaux de référence associés.
Pour les champs composés ou dans les cas d’expositions simultanées à plusieurs sources
radiofréquences, les lignes directrices proposent que la somme des carrés des rapports entre
les grandeurs physiques calculées et mesurées aux différentes fréquences et les restrictions
de base (niveaux de référence) correspondantes, reste inférieure à 100 %. Sous cette forme,
la limite sur le cumul des rayonnements correspond à l’hypothèse la plus sécuritaire.
des niveaux de référence ont été définis lorsque l’exposition est localisée ;
des restrictions de base et des niveaux de référence ont été définis pour les expositions
dont la durée est inférieure à 6 minutes. Dans ce cas, les limites dépendent de la durée
de l’exposition.
Ces limites sont reprises dans les Tableau 8 à Tableau 12 où t est la durée exprimée en
secondes et f est la fréquence en mégahertz (MHz).
Tableau 8 : Restrictions de base en fonction de la fréquence à partir de 10 MHz (Icnirp, 2020)
Densité de
DAS DAS DAS puissance
Population Fréquences corps entier tête et tronc membres absorbée
(W/kg)1 (W/kg)2 (W/kg)2 localement
(W/m2)2
De 10 MHz à 6 GHz 0,4 10 20 -
Travailleurs
De 6 GHz à 300 GHz 0,4 -* - 100
De 10 MHz à 6 GHz 0,08 2 4 -
Public
De 6 GHz à 300 GHz 0,08 - - 20
Notes :
1 : valeur moyennée sur 30 minutes.
2
: valeur moyennée sur 6 minutes.
* le tiret « - » signifie que l’indicateur de restriction de base ne s’applique pas pour la bande de fréquences
considérée.
Tableau 10 : Niveaux de référence pour l’exposition du corps entier (moyenne sur 30 minutes)
en fonction de la fréquence à partir de 10 MHz (Icnirp 2020)
Population Fréquences Champ Champ Densité de
électrique E magnétique puissance
(V/m) (A/m) incidente
(W/m²)
Travailleurs De 10 à 30 MHz 660/f 0,7 4,9/f -
108 Recommandation du Conseil du 12 juillet 1999 relative à la limitation de l’exposition du public aux
champs électromagnétiques (de 0 Hz à 300 GHz) (1999/519/CE). Journal officiel des Communautés
européennes – 30.7.1999.
109 Directive 2014/53/UE du Parlement européen et du 16 avril 2014 relative à l’harmonisation des
législations des États membres concernant la mise à disposition sur le marché d’équipements
radioélectriques et abrogeant la directive 1999/5/CE.
La recommandation 1999/519/CE permet aux États membres de définir des limites plus
strictes. Certains pays et certaines régions d’Europe ont ainsi défini des limites inférieures aux
niveaux de référence en ce qui concerne l’exposition par des antennes-relais de téléphonie
mobile, des précisions sont données ci-dessous.
Belgique
En Belgique, chacune des trois régions a défini sa propre limite d’exposition du public aux
champs électromagnétiques générés par les antennes émettrices.
La Région de Bruxelles-Capitale fixe une limite110 sur le cumul des rayonnements entre
100 kHz et 300 GHz provenant de l’ensemble des antennes présentes sur un site. La norme
stipule que dans les lieux accessibles au public, la densité de puissance ne peut dépasser à
aucun moment la valeur limite de 0,096 W/m2 (équivalent à 6 V/m en champ lointain) pour une
fréquence de référence de 900 MHz, ce qui signifie que les valeurs limites sont obtenues à
partir des niveaux de référence de l’Icnirp 1998 affectés d’un facteur de sécurité
supplémentaire de 46. La limite est donc égale à 0,043 W/m2 entre 100 kHz et 400 MHz,
égales à f / 9375 entre 400 MHz et 2 GHz, f étant exprimée en MHz et 0,22 W/m2 (soit, à titre
indicatif, 9,1 V/m) entre 2 et 300 GHz pour les fréquences comprises entre 2 GHz et 300 GHz,
gamme qui inclut la bande de fréquences 5G 3,4-3,8 GHz.
En Région flamande, deux limites sont appliquées111 : l’une porte sur le cumul des expositions
générées par les différents émetteurs présents (un quart des niveaux de référence de l’Icnirp
1998), la seconde, plus basse, est appliquée sur chaque antenne comptée individuellement
(3 V/m à la fréquence de 900 MHz, soit un rapport de 196 par rapport à l’Icnirp) dans les lieux
de résidence. Celles-ci sont reprises dans le Tableau 13.
En Wallonie, le décret du 3 avril 2009112 fixe une limite de 3 V/m par antenne dans les lieux de
séjour. La norme exige en outre que soient cumulées les contributions, dans différentes
du 1er juin 1995 fixant les dispositions générales et sectorielles en matière d’hygiène de
l’environnement, pour ce qui concerne les normes d’antennes émettrices fixes et temporaires pour des
ondes électromagnétiques entre 10 MHz et 10 GHz (M.B. 13.01.2011).
112 Décret du 3 avril 2009 relatif à la protection contre les éventuels effets nocifs et nuisances provoqués
par les rayonnements non ionisants générés par des antennes émettrices stationnaires (M.B.
06.05.2009).
bandes de fréquences, des émetteurs d’un même réseau (GSM, UMTS, LTE) dans une zone
géographique113.
Bulgarie
Comme en Wallonie, la limite est unique dans la gamme des fréquences où elle s’applique.
Elle est de 0,01 W/m2.
Croatie
Les valeurs limites sont reprises dans l’Ordonnance de protection contre les champs
électromagnétiques (ordonnance du Ministère de la santé). Les valeurs limites prescrites sont
fondées sur celles de la recommandation 1999/519/CE :
90 % de la densité de puissance (95 % du champ électromagnétique en V/m) dans les
lieux publics ;
dans les « zones sensibles », (maisons, bureaux, écoles, terrains de jeux, jardins
d’enfants, maternités, hôpitaux, maisons pour personnes âgées et handicapées et
hébergements touristiques) : 40 % des niveaux de référence de l’intensité du champ
électrique et du champ magnétique et 16 % pour la densité de puissance.
Grand-Duché de Luxembourg
La réglementation grand-ducale114 stipule que « l’exploitant doit obligatoirement installer ses
antennes de façon à garantir en tout lieu où peuvent séjourner des personnes une intensité
maximale du champ électrique de 3 V/m par élément rayonnant. »
Grèce
En Grèce, les limites d’exposition du public à proximité de stations de base115 sont égales,
dans tous les cas, à 70 % des restrictions de base et des niveaux de référence de la
recommandation 1999/519/CE et à 60 % de ces valeurs pour les stations de base situées à
moins de 300 mètres du périmètre d’écoles, de jardins d’enfants, d’hôpitaux et
d’établissements de soins pour personnes âgées.
Italie
L’Italie applique les restrictions de base et les niveaux de référence de la recommandation
1999/519/CE lorsque les sources ne sont pas des systèmes fixes de télécommunication
incluant la radiodiffusion et la télévision. Pour ces systèmes, la limite est de 20 V/m et de
1 W/m2 entre 3 MHz et 3 GHz.
Une « valeur d’attention » s’applique en outre dans les maisons, les écoles, les terrains de
jeux et les lieux où des personnes peuvent séjourner plus de quatre heures, la « valeur
d’attention » pour l’intensité du champ électrique est de 6 V/m à 900 MHz et 0,1 W/m2.
113 Comme le stipule l’article 4 du décret, « les antennes dites multi-bandes conçues pour rayonner
simultanément les signaux de N réseaux sont considérées comme équivalentes à N antennes distinctes.
« Lorsque plusieurs antennes installées sur un même support sont utilisées pour émettre les signaux
d’un même réseau dans une zone géographique, elles sont considérées comme ne formant qu’une
seule antenne. ».
114 Conditions d’exploitation pour les émetteurs d’ondes électromagnétiques à haute fréquence.
Prescriptions de sécurité types. Inspection du Travail et des Mines, ITM-SST 1105.1 (ancien ITM-CL
179).
115 Loi No 4070, Act. No. 82/A/10.04.2012 : Règlements concernant les communications électroniques,
L’« objectif de qualité » pour les espaces extérieurs très fréquentés est identique à la valeur
d’attention.
Slovénie
Pour les fréquences supérieures à 10 kHz et dans les « zones sensibles » telles que les
maisons, les écoles et les hôpitaux, les limites d’exposition pour le champ électrique et pour
le champ magnétique sont égales à 31 % des niveaux de référence de la recommandation
1999/519/CE, ce qui correspond à 10 % pour la densité de puissance. Dans tous les autres
lieux, ce sont les niveaux de référence de ladite recommandation qui sont utilisés.
Australie
Les restrictions de base et les niveaux de référence sont identiques à ceux de la
recommandation 1999/519/CE.
Chine
La norme nationale GB 8702-2014 définit des limites différentes de celles des lignes directrices
de l’Icnirp. En outre, selon la norme environnementale HJ/T 10.3-1996, pour chaque site, un
facteur de sécurité égal à √5 est appliqué pour les nouvelles installations d’antennes.
La loi sur la protection de l’environnement fixe des limites d’exposition pour la population
générale qui ne s’appliquent pas aux équipements terminaux de communication sans fil. Les
limites sont inférieures aux niveaux de référence de la recommandation 1999/519/CE, mais le
pourcentage varie avec la fréquence. À 900 MHz par exemple, la limite portant respectivement
sur l’intensité du champ électrique et sur la densité de puissance est de 29 % et de 9 % du
niveau de référence dans ladite recommandation. La norme cite également le principe de
précaution et encourage les propriétaires d’installations et d’équipements à prendre des
mesures efficaces pour réduire l’exposition du public.
Pour les téléphones mobiles, une norme distincte définit une limite qui est identique aux
restrictions de base de la recommandation 1999/519/CE.
États-Unis
La législation fédérale applique la restriction de base de la recommandation 1999/519/CE mais
des niveaux de référence supérieurs (+15 % pour le champ électrique, +14 % pour le champ
magnétique et +33 % pour la densité de puissance à 900 MHz), car un autre modèle de calcul
est utilisé pour les obtenir. Les niveaux de référence servent de limites pour l’exposition aux
équipements non portables.
Pour les appareils portables proches du corps, les limites sont identiques à la restriction de
base de ladite recommandation pour l’exposition des extrémités (mains, poignets, chevilles,
pieds, oreilles externes) et 80 % des restrictions de base pour la tête et le tronc.
Inde
La limite sur le DAS relative à l’exposition locale de la tête générée par les téléphones mobiles
est égale à 80 % de la restriction de base correspondante.
La limite portant sur l’exposition du public par des stations de base est égale à 33 % des
niveaux de référence de la recommandation 1999/519/CE pour l’intensité du champ électrique
et du champ magnétique et à 10 % pour la densité de puissance.
Japon
Les limites relatives à l’exposition par les stations de base sont presque identiques aux niveaux
de référence de la recommandation 1999/519/CE. La limite portant sur le DAS pour
l’exposition aux téléphones mobiles est la restriction de base de ladite recommandation.
Russie
La limite d’exposition pour la densité de puissance pour les fréquences comprises entre
300 MHz et 300 GHz dans et autour des bâtiments résidentiels et à l’intérieur des locaux
publics et industriels est de 2 % du niveau de référence de la recommandation 1999/519/CE.
L’objectif annoncé est d’éviter les effets biologiques qui ne sont généralement pas considérés
comme présentant un risque pour la santé dans les pays occidentaux.
La limite relative à l’exposition aux téléphones mobiles n’est pas relative au DAS mais porte
également sur la densité de puissance et est égale à 22 % du niveau de référence de ladite
recommandation.
Suisse
En Suisse, une ordonnance116 régit « la limitation des émissions des champs électriques et
magnétiques générées par des installations stationnaires dans une gamme de fréquence
allant de 0 Hz à 300 GHz (rayonnement) ». La valeur limite porte sur les installations
émettrices des réseaux de téléphonie mobile cellulaires et aux installations émettrices pour
raccordements téléphoniques sans fil dont la puissance rayonnée équivalente (ERP, égale à
1,64 fois la puissance isotrope rayonnée équivalente) est supérieure à 6 W (ou dont l’ERP est
inférieure ou égale à 6 W mais situées à moins de 5 mètres d’autres antennes telles que l’ERP
totale de ces émetteurs est supérieure à 6 W). L’ordonnance définit la limite portant sur la
valeur efficace de l’intensité du champ électrique comme suit :
« a. 4,0 V/m pour les installations qui émettent exclusivement dans la gamme de fréquence
autour de 900 MHz ou dans des gammes de fréquence plus basses ;
« b. 6,0 V/m pour les installations qui émettent exclusivement dans la gamme de fréquence
autour de 1 800 MHz ou dans des gammes de fréquence plus élevées ;
« c. 5,0 V/m pour toutes les autres installations. »
La limite doit être respectée dans les lieux sensibles (appartements, écoles, lieux de travail…
où des personnes peuvent séjourner pendant des périodes de temps prolongées) lorsque la
puissance maximale est émise.
En Suisse, les limites d’exposition dépendent donc de la fréquence, la limite la plus stricte
étant de 4 V/m dans la bande 700 MHz. Dans la bande 3,4-3,8 GHz, elle est de 5 V/m.
Pour rappel, les limites établies par l’Icnirp et d’autres organisations extra-européennes telles
que l’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE) se fondent sur les effets avérés
des champs électromagnétiques. L’Icnirp, notamment, et la recommandation 1999/519/CE qui
en découle, rappellent toutefois que les États membres peuvent adopter des limites plus
basses.
116Ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant. ORNI, 814.710, 23 décembre
1999 (au 1er juin 2019).
Le choix d’un coefficient de sécurité supplémentaire aux restrictions de base ou aux niveaux
de référence, voire d’une limite unique nettement inférieure aux niveaux de référence, résulte
de l’application d’un principe de précaution ou de la volonté de réduire l’exposition ou à tout le
moins, de garantir que celle-ci ne dépassera pas un certain niveau défini par la limite
réglementaire dans les lieux concernés.
Si l’utilisation de limites basses contribue à limiter l’exposition due aux antennes émettrices
conventionnelles (qui n’utilisent pas le massive MIMO ni le beamforming117) à des niveaux
inférieurs aux valeurs limites choisies, on constate que les niveaux d’exposition moyens dans
les lieux accessibles au public tels que la voirie, les parcs ou les bâtiments publics sont du
même ordre de grandeur que dans les pays où les limites sont celles de la recommandation
1999/519/CE118. Ceci s’explique notamment par la directivité des antennes émettrices et le fait
que les puissances rayonnées par les stations de base restent comparables dans les différents
pays pour une même technologie.
Même si les valeurs limites d’exposition peuvent être exprimées en pourcents d’une valeur de
référence commune (par exemple, les niveaux de référence de la recommandation
1999/519/CE à 900 MHz, comme ci-dessus), même lorsque le coefficient de réduction varie
en fonction de la fréquence, comparer des limites d’exposition de différents pays ou régions
et ce faisant, déterminer lesquelles sont les plus strictes peut s’avérer complexe. Par exemple,
les lieux où les limites s’appliquent peuvent être différents : lieux accessibles au public ou
seulement les lieux où des personnes peuvent séjourner ; la limite peut porter sur tous les
émetteurs présents ou sur une partie d’entre eux. En outre, les méthodes de calcul et de
mesure, ainsi que les prescriptions légales pour effectuer les contrôles (soit en des points
spécifiques, soit tout autour des émetteurs) peuvent varier. D’autres facteurs doivent
également être considérés, tels que les éventuelles puissances minimales à l’entrée des
antennes sous lesquelles les limites ne s’appliquent pas.
des mesures de contrôle de la limite qui, dans plusieurs cas, considèrent l’hypothèse
maximaliste où les antennes émettent à pleine puissance de façon continue.
Ces deux types de mesures in situ peuvent conduire à des résultats très différents dans le cas
de la 5G, car le rapport entre les niveaux d’exposition maximum et les niveaux moyens est
plus grand que pour la 4G. Il en résulte que la mesure des niveaux maximum d’exposition
conduit à une nette surestimation de l’exposition moyenne réelle des utilisateurs de l’antenne
5G dans la bande 3,4 - 3,8 GHz et probablement dans la gamme des ondes « millimétriques ».
Ce constat soulève la difficulté, dans le cadre du déploiement de la 5G, pour certains pays et
régions du monde à faire respecter des limites d’exposition nettement inférieures à celles de
la recommandation 1999/519/CE en l’état.
En outre, lorsque les antennes évoquées ci-avant utilisent les techniques du massive MIMO
et du beamforming, il en résulte une exposition plus localisée et un rayonnement de l’antenne-
relais orienté vers l’utilisateur qui génère du trafic, ce qui constitue une configuration
d’exposition différente par rapport aux antennes utilisées par les précédentes générations de
téléphonie mobile (et par la 5G dans les bandes de 700 à 2 100 MHz) où la direction du
rayonnement de l’antenne est fixe. Dans ce cas, l’exposition est moins localisée.
Ces innovations ont motivé la mise en place de méthodes de mesure spécifiques aux antennes
non conventionnelles (« smart antennas »), notamment sur la manière de déduire les niveaux
d’exposition maximum à partir des données disponibles ou acquises sur le terrain. Ces
méthodes de mesure sont reprises dans le document IEC 62232:2017119 qui décrit deux
approches conservatives, l’une déterministe et l’autre statistique. Le choix de l’une ou l’autre
méthode peut être dicté, selon le pays et la région, par les éventuelles prescriptions légales
des valeurs limites d’exposition et de leur mise en application, mais dans les deux cas,
l’opérateur doit montrer que cette limite n’est jamais dépassée.
Il appartient ainsi aux États membres de l’Union européenne ainsi qu’aux autres pays situés
hors de l’UE de déterminer dans quelle mesure les prescriptions légales relatives à
l’application des valeurs limites d’exposition et des méthodes de mesure doivent être modifiées
en prévision du déploiement de la 5G.
Pour améliorer les performances des liaisons entre une station de base (nommée par la suite
« BS », pour « base station ») et les terminaux des utilisateurs (dénommés ensuite « UE »,
pour « user equipment »), la technologie 4G a été successivement amendée, menant aux
appellations suivantes : « Long Term Evolution », « LTE-Advanced », et enfin « LTE–
Advanced Pro » qui préfigure la 5G. L'objectif de ce rapport étant axé sur l'exposition des
personnes, les caractéristiques les plus récentes des techniques d'émission – réception qui
119 IEC 62232:2017 Determination of RF field strength, power density and SAR in the vicinity of
radiocommunication base stations for the purpose of evaluating human exposure.
peuvent avoir un impact sur les modalités d’exposition, seront brièvement résumées, tout en
retenant le terme générique 4G pour simplifier la présentation.
Toutes les spécifications liées à ces diverses technologies sont décrites en détail dans les
versions successives des documents, disponibles en libre accès sur le Web, produits par le
« 3rd Generation Partnership Project » (3GPP)120. Cet organisme regroupe 7 organisations
impliquées dans le développement de normes en télécommunication et s'appuie sur de
nombreux groupes techniques.
Dans cette section, seuls la modulation et le codage du canal radioélectrique seront
brièvement présentés car, d'une part, ce sont eux qui jouent un rôle important sur le niveau et
la distribution spatiale du champ rayonné par les antennes, donc sur l'exposition et, d'autre
part, beaucoup de leurs caractéristiques sont communes à celles de la 5G.
C'est la modulation OFDM (Orthogonal Frequency Division Multiplexing) qui a été choisie pour
la 4G, compte tenu de sa grande souplesse de paramétrage et qui permet de s'adapter aux
caractéristiques du canal de propagation et d'optimiser le débit de la liaison vers chaque UE.
Cette modulation a fait l'objet de nombreuses publications et a été largement utilisée ces 15
dernières années. Une présentation complète est détaillée par Ergen (Ergen 2009).
La bande passante disponible, comprise entre 1,25 et 20 MHz, est divisée en une multitude
de sous-bandes appelées sous-porteuses. D'un point de vue conceptuel, chaque symbole de
données, associé à un certain nombre de bits, module en amplitude et en phase une sous-
porteuse différente, ce qui revient à émettre en parallèle, donc simultanément, un grand
nombre de symboles dont l'ensemble forme le « symbole OFDM » (Ergen 2009). Pour la 4G,
l'espacement fréquentiel entre chaque sous-porteuse est fixé à 15 kHz. Cette modulation
nécessiterait donc de disposer d'un très grand nombre de sources générant ces sous-
porteuses, ce qui est impossible à mettre en œuvre pratiquement. Elle est donc réalisée grâce
à une transformée de Fourier inverse. Cela mène à un signal dont les composantes ont une
allure temporelle voisine de celle d’un « bruit », présentant donc des variations aléatoires et
substantielles dans le temps, en matière d'amplitude, de phase et de fréquence instantanée.
Un exemple issu de l'enregistrement d'un tel signal est donné dans la Figure 12.
TOFDM
Figure 12 : Exemple de l'allure temporelle d'un symbole OFDM de durée TOFDM : amplitude
(échelle arbitraire) en fonction du temps.
Le signal total sera donc formé par une suite temporelle de symboles OFDM présentant une
allure globale similaire à celle de la Figure 12. Ce signal est ensuite transposé autour de la
fréquence centrale d’émission (1,8 GHz ou autre) et sa puissance est ainsi répartie dans la
bande allouée à la BS. Pour assurer une liaison duplex entre la BS et chaque UE, donc
permettant de transporter l'information dans les 2 sens, la 4G utilise en France et dans le reste
de l’Union européenne une technique de division en fréquences, dite « Frequency Division
Duplex » (FDD). Celle-ci consiste à séparer le spectre de fréquences disponibles en 2 parties :
120 [Link]
l'une affectée aux liaisons dites « descendantes », de la BS vers l'UE, et l'autre aux liaisons
« montantes », de l’UE vers la BS. Avec cette approche, le duplexage peut se faire
simultanément.
L'évolution la plus marquante lors du développement de la 4G a été l'introduction de la
technique MIMO (Multiple Input Multiple Output). Pour montrer son intérêt, envisageons
d'abord le cas simple d'une liaison entre la BS et un seul UE. Si, d'une part, la BS dispose d'un
réseau d'antennes et si, d'autre part, l'UE a au moins 2 antennes, le traitement MIMO permet
de réaliser des canaux parallèles sur lesquels des informations différentes peuvent être
transmises. Cette diversité « spatiale » permet ainsi un multiplexage (répartition des
ressources) et donc une augmentation du débit. Il faut cependant noter que ses performances
dépendent des caractéristiques du canal de propagation, donc de l'environnement entre la BS
et l’UE et du nombre d'antennes du réseau. Ce concept peut être généralisé au cas d'un
certain nombre d'utilisateurs répartis dans la zone de couverture de la BS. Pour une liaison
FDD, la connaissance des caractéristiques du canal par les terminaux est complexe puisque
les fréquences des liens montants et descendants sont différentes. D'autres approches de
traitement du signal ont donc été développées mais ont souvent conservé cette appellation
« MIMO ». Pour améliorer la qualité de la réception, par exemple, il est possible d'augmenter
la puissance reçue par l'UE à puissance d'émission constante, donc en quelque sorte de
« focaliser » l'énergie, surtout dans le cas où la BS et l'UE ne sont pas en visibilité directe.
Dans une première phase de développement, les antennes formant le réseau MIMO étaient
implantées au niveau d'une seule BS, donc co-localisées. Ce concept peut être généralisé en
envisageant non plus une seule BS mais un ensemble de BS qui communiquent entre elles
grâce à un réseau de communication haut débit supportant notamment les échanges de
données. On réalise ainsi un réseau qui n'est plus co-localisé sur une BS, mais dont les
antennes sont « distribuées » entre les BS, et donc de taille plus importante. On aboutit ainsi
à un réseau dit « virtuel ». Cette méthode est connue sous l'appellation de technique
« Coordinated MultiPoint » ou « Distributed MIMO », avec de nombreuses variantes.
Ce sont ces diverses approches de codage du signal et du lien radio, développées et mises
en œuvre pour la 4G, qui ont ensuite été transposées à la 5G. Le paragraphe suivant ne mettra
donc l'accent que sur les différences importantes entre 4G et 5G.
4.2.2 Introduction à la 5G
Une présentation très générale de la 5G est donnée dans un document ANFR121 (ANFR,
2019a). Par rapport à la 4G, les logiciels de traitement de l'information ont été modifiés afin,
notamment, de diminuer le temps de latence et le temps de traitement des données, menant
donc à une augmentation des débits. La modulation choisie est l'OFDM, identique à celle de
la 4G. En plus des fréquences déjà utilisées par les technologies mobiles 2G, 3G et 4G, que
la 5G peut réutiliser, une nouvelle bande de fréquences spécifique a été allouée à la 5G,
centrée autour de 3,5 GHz, avec une bande passante maximum de 100 MHz. Pour cette
gamme de fréquences, le duplexage est assuré par le mode « Time Division Duplex » (TDD),
la même bande de fréquences étant utilisée alternativement dans le temps pour la liaison
descendante et la liaison montante. Ce mode de fonctionnement TDD et celui de FDD pour la
4G sont illustrés sur la Figure 13.
121
ANFR, 2019a. Évaluation de l'exposition du public aux ondes électromagnétiques 5G. Volet 1 :
présentation générale de la 5G. Rapport ANFR disponible en ligne.
Dans une étape préliminaire d'implantation de la 5G, une solution dite « refarming » consiste
à utiliser les BS 4G existantes afin de permettre un développement plus rapide et moins
onéreux. Les fréquences associées, donc comprises entre 700 et 2 100 MHz, sont réaffectées
à la transmission entre les UE et cette BS, mais suivant le protocole de communication 5G. Le
spectre de la 4G peut être soit entièrement dédié à la 5G, soit être en partage dynamique entre
les trafics 4G et 5G. Cette dernière technologie, connue sous le nom de « dynamic spectrum
sharing » (DSS), permet, entre autres, d'augmenter la capacité de la liaison. Les liaisons 4G
utilisant un mode de duplexage FDD, les liaisons 5G dans cette configuration de « refarming »
se baseront également sur le duplexage FDD pour éviter notamment les problèmes de
synchronisation entre BS. D'un point de vue performances, cette solution est évidemment
nettement moins bonne que celle associée au déploiement total en 5G. On peut donc
s'attendre à ce que l’exposition à une BS suite au refarming 4G/5G soit du même ordre de
grandeur que celle de la BS 4G, à gain d'antennes et à puissance émise identiques, les
fréquences étant les mêmes, mais ce point devra être vérifié lors du déploiement de la 5G.
L'implantation de la 5G, dite « standalone » (SA), consiste à déployer les stations de base et
le réseau suivant toutes les spécifications requises, la bande de fréquence dédiée se situant
autour de 3,5 GHz. Une première étape pour l'implantation du réseau, dite « non standalone »
(NSA), consiste à envoyer les données entre l'UE et les antennes d'une BS 5G suivant ce
protocole 5G, donc à 3,5 GHz. Cependant, cette BS 5G n'est pas reliée à un « cœur » 5G, qui
serait élaboré dans une étape ultérieure, mais au « cœur » 4G existant. Il en résulte que tous
les signaux de contrôle et, éventuellement, des données supplémentaires, transitent par une
BS 4G comme l'indique la Figure 15 (a). Il faut cependant noter que d'autres architectures sont
possibles. La Figure 15 (b) correspond au cas SA, le mobile étant relié à tout le réseau en 5G
ou éventuellement au réseau 4G, en l'absence, par exemple, d'un réseau 5G disponible dans
la zone du mobile.
Dans une deuxième phase, les signaux de « trafic » sont échangés entre BS et UE.
L'opérateur de télécommunications a une grande liberté de choix du mode de transmission en
liaison descendante. Il pourra utiliser le traitement du signal qu'il juge le plus adéquat et des
diagrammes de rayonnement d'antenne différents menant à une focalisation plus ou moins
importante du signal, donc à une augmentation possible de la puissance reçue par l'UE. Pour
donner un ordre de grandeur, les puissances reçues dans la phase « signalisation » et dans
la phase « trafic », qui joue le plus grand rôle pour l'exposition, pourront, par exemple, différer
de 5 à 15 dB. Compte tenu de la périodicité parfaitement définie des SSB, les champs reçus
lors de leurs émissions peuvent servir de point de départ à une évaluation globale du niveau
d'exposition dont la valeur maximum est atteinte lors de la phase « trafic ». Il faut cependant
noter que, compte tenu de la faible durée de ces émissions et de leurs faibles occupations
spectrales, la phase « signalisation » ne contribue que très faiblement à l'exposition, par
rapport à la phase « trafic ».
À titre indicatif (Franci, 2020a), les divers types de faisceaux pour établir la liaison descendante
en phase trafic sont les suivants :
un ensemble de faisceaux fixes, ayant une couverture angulaire et une direction
prédéterminée, comme dans l'étape initiale de signalisation, la liaison étant établie
dans le lobe maximisant la puissance reçue par l'UE ;
un faisceau dont l'orientation est variable, de manière à ce que la puissance maximale
soit dirigée vers l'UE, cette technique étant souvent dite « beam steering » ;
des faisceaux générés par des antennes « adaptatives » qui permettent, par exemple,
d'assurer le meilleur compromis entre maximiser la puissance envoyée vers l'UE et
minimiser les interférences avec les autres UEs ;
l'application de la technologie MIMO avec précodage adéquat des données. Grâce à
un traitement du signal approprié, cette technique MIMO revient, comme nous l'avons
déjà expliqué, à réaliser des canaux indépendants les uns des autres sur lesquels des
informations différentes peuvent être transmises pendant le même intervalle temporel,
augmentant ainsi la capacité du canal.
122 [Link]
Le choix entre ces diverses techniques, dont certaines d'entre elles peuvent d'ailleurs
cohabiter, dépend de nombreux facteurs comme la densité d'utilisateurs, les caractéristiques
de l'environnement, les quantités d'informations à transmettre, etc. Divers enregistrements
temporels des signaux émis illustrent l'article de Franci.
Des interrogations sont parfois soulevées sur l'évolution de l'allure ou de la forme des signaux,
du GSM à la 5G, et notamment de ses aspects transitoires ou non, pouvant éventuellement
jouer un rôle du point de vue sanitaire. Pour illustrer ces notions, on se focalisera sur 4
exemples : le GSM (2G), la 4G, la 5G avec « refarming » sur la 4G, et la 5G à 3,5 GHz.
Envisageons par exemple le canal 1 qui servira de base pour communiquer avec 8 UE. En
liaison descendante, la BS émet successivement les données pour l'UE1, puis pour l'UE2,
jusqu’à l'UE8, et recommence ensuite les envois avec la même périodicité. Comme l'illustre la
Figure 18, la BS illumine en GSM toute la cellule à couvrir. L'UE1 recevra donc le message
(signal modulé) qui lui est destiné mais aussi, au fur et à mesure du temps, les messages à
destination des autres UE. D'un point de vue télécommunication, l'UE1 ne retiendra que le
sien. Par contre, en matière d'exposition, l'UE1 (comme les autres UE) sera soumis à un signal
pratiquement « continu », formé d'une suite de signaux modulés.
En liaison montante, la configuration est différente puisque les 8 UE doivent émettre dans le
même canal. Pour qu'il n'y ait pas de collision de messages, les UE vont transmettre
successivement leurs données (cf. Figure 19).
Pour le GSM, toutes les structures de trames sont parfaitement définies. Chaque UE, donc
l'UE1 en particulier, enverra des « paquets de données modulées » successifs, chacun ayant
une durée de 577 µs et avec une périodicité de 4,61 ms, correspondant à une fréquence
d'envoi de 217 Hz. La durée totale de ces émissions « intermittentes» dépend évidemment de
la quantité d'information à transmettre.
(a) (b)
Figure 20 : Illustration d'affectation de RBs à 3 utilisateurs
un RB est schématisé par un carré élémentaire
Sur la Figure 20 (a), les 3 UE transmettent dans la même bande de fréquence mais à des
instants différents tandis que, pour la Figure 20 (b), la répartition temps-fréquence choisie par
la BS est totalement différente. Pour donner une brève explication, si le canal de propagation
pour l'UE1 devient meilleur pour les fréquences « élevées » dans ce dessin, la BS lui affectera
des RB dans cette bande (Figure 20 (b)). Si, dans un autre cas, le flux de données de l'UE1
est important et doit être transmis rapidement, la BS lui affectera une grande bande de
fréquence, donc beaucoup de blocs suivant l'axe vertical, mais éventuellement sur un temps
plus réduit (Figure 20 (a)). Avec cette approche, on remarque que la notion de paquets de
données envoyés de façon intermittente mais avec une périodicité parfaitement définie comme
en GSM, ne s'applique plus. Au sein de chaque RB, la forme d'onde est celle représentée sur
la Figure 12, transposée autour de la fréquence porteuse. Il faut également souligner que,
dans ces liaisons FDD, il n'y a plus d'intervalle de temps prédéfini dans lequel une émission
ou une réception doit avoir lieu, puisque les liaisons montantes et descendantes sont
simultanées.
cependant possible suivant le trafic et les applications, comme par exemple : DDDSU,
DDDDDDDDSUU. On remarque qu'entre le dernier slot D consacré au lien descendant et le
slot U du lien montant, un slot noté « S » est introduit. C'est un slot intermédiaire pour prendre
en compte le temps de basculement nécessaire à l'UE pour passer de la réception à l'émission,
mais surtout les temps de propagation entre BS et UE. Le rapport entre les temps alloués
respectivement au lien descendant et au lien montant est de ¾, soit 75 %, ou de 8/10, soit
80 %, pour les 2 exemples précédents. Certains slots peuvent éventuellement être inoccupés
par les données, dans le cas d'un trafic très faible. Suivant les usages, ce rapport peut être
modifié pour favoriser davantage un lien ou un autre. Au sein de chaque slot, les RB sont
affectés par la BS à différents utilisateurs comme en 4G (cf. Figure 20).
Les instants pendant lesquels un UE émet ou reçoit ne sont donc pas définis de manière fixe,
car ils dépendent de la densité du trafic, de l'usage, de la quantité d'informations à transmettre,
de la qualité de la liaison, etc. Enfin, en liaison descendante, un degré de liberté
supplémentaire existe compte tenu de la focalisation possible vers les UE. Les données à
transmettre sont ainsi réparties dans un ensemble à 3 dimensions : espace, temps, fréquence.
Il est difficile dans ce cas d'introduire la notion de signaux envoyés de façon intermittente mais
parfaitement périodique123.
Une étude statistique de la répartition des intervalles d'émission et de réception pour un UE
donné pourrait éventuellement être réalisée à partir de mesures faites sur un réseau
opérationnel. Cependant, celles-ci devraient être réalisées en très grand nombre, compte tenu
de l'ensemble des paramètres, comme notamment l'usage, jouant un rôle dans cette
répartition.
Dans le chapitre suivant, après avoir présenté quelques aspects liés à l'exposition à des
sources d'émission proches du corps, comme c'est le cas pour les téléphones mobiles, les
résultats issus de l'analyse bibliographique sur les champs rayonnés par les stations de base
seront résumés. Il faut cependant noter dès à présent que, compte tenu de l'état actuel du
développement de la 5G, le nombre d'articles ou de rapports décrivant avec finesse des
résultats de mesure est très limité.
123En France, l’ARCEP a pris une décision fixant un format de trame harmonisée pour assurer la
synchronisation des réseaux terrestres dans la bande 3,4 – 3,8 GHz. Décision n° 2019 0862.
être inférieur aux valeurs limites réglementaires, dans des conditions de mesure normalisées
pour les usages proches de la tête, du tronc et des membres. Le DAS maximal est de 2 W/kg
pour la tête et le tronc et de 4 W/kg pour les membres (cf. paragraphe [Link]).
Les travaux menés sur l'exposition aux téléphones mobiles par de nombreuses équipes de
recherche, notamment universitaires, que ce soit pour la 4G ou la 5G, ont notamment porté
sur la définition de différentes structures d'antennes pour minimiser le DAS et assurer le
maximum de rayonnement de l'antenne vers l'espace libre. Les modélisations numériques
tridimensionnelles permettent le calcul du DAS en tout point du corps proche de la source en
fonction de la position du téléphone et de son orientation. Pour une configuration MIMO, le
DAS est calculé pour toutes les combinaisons de phase des signaux alimentant les différentes
antennes de manière à évaluer le pire cas et vérifier que ce DAS reste inférieur aux valeurs
limites applicables.
Comme pour la 4G, il sera intéressant de comparer le DAS des différents téléphones mobiles
5G lorsqu'un nombre suffisant d'entre eux seront mis sur le marché. De plus, quand le réseau
5G sera pleinement opérationnel, des mesures in-situ permettront d'évaluer la variation de
l'exposition en fonction du type de cellule, micro ou macro124, et de l'usage comme la voix ou
l’échange de données. Cet aspect a été traité pour la 4G, par exemple par Mazloum (Mazloum
et al., 2019).
124 À titre d'ordre de grandeur, une micro cellule en milieu urbain couvre une zone inférieure à 500 m
autour de la BS et une macro cellule au-delà de cette distance. Cependant, il n'y a pas de définition
précise des tailles de cellules car cela dépend fortement du type d'environnement (dense, semi-rural ou
rural par exemple).
125 ANFR, Protocole de mesures, DR 15-4.1, Oct. 2019.
De plus, pour assurer la conformité aux valeurs limites réglementaires, pour les fréquences
d'émission supérieures à 100 kHz, il faut également s'assurer que l'inégalité (2), fondée sur la
somme des puissances normalisées, soit vérifiée 127.
(2)
avec = 87/ , la fréquence fi étant exprimée en MHz, la quantité c ayant comme unité le
V/m.
Comme précisé dans le protocole de mesure de l’ANFR, cette évaluation détaillée de
l'exposition doit être menée notamment si le résultat d'une mesure directe large bande est
supérieur ou égal à 6 V/m, cette valeur ayant été choisie car elle dépasse substantiellement
le niveau de champ moyen observé à l'échelle nationale française (de l’ordre de 0,8 V/m). Le
point de mesure correspondant est appelé « atypique » par l'ANFR.
126 Figure extraite du rapport ANFR Etude de l’exposition du public aux ondes radioélectriques (Mai
2020).
127 [Link]
128 [Link]
Marseille, Nantes, Paris et Mulhouse un dispositif de mesure grâce à des capteurs implantés
dans des lieux très fréquentés, en hauteur, placés à environ 100 m d’antennes 5G non encore
activées. Ce dispositif sera étendu à d'autres villes. Les capteurs large bande mesurent, une
dizaine de fois par jour, le niveau de champ électrique total dans une bande s'étendant de
80 MHz à 6 GHz, incluant donc la radio FM, le Wi-Fi et toutes les technologies de téléphonie
mobile.
Les résultats de mesure en temps réel sont disponibles depuis fin décembre 2020 sur le site
de l'ANFR129. Un exemple est donné sur la Figure 22.
4.3.4 Mesures de l’exposition due aux stations de base sur des réseaux 5G
opérationnels (Royaume-Uni, Suisse et Corée du sud) ou en cours de
déploiement (France)
Des mesures ont été effectuées par l'organisme régulateur des services de
télécommunications du Royaume-Uni (Office of Communications – Ofcom) sur 22 sites du
pays, et notamment à Londres, Belfast et Cardiff. L'objectif était d'évaluer le niveau
d'exposition au voisinage des BS, un résumé succinct en a été publié (OFCOM, 2020). Les
zones sélectionnées sont celles où on peut s'attendre à un usage important de la téléphonie
mobile, comme des hubs de transport ou des centres commerciaux. Dans ces zones, la 5G
est en cours de développement et coexiste avec les réseaux 2G, 3G et 4G.
Les relevés ont été faits dans l'intervalle de fréquences 420 MHz – 6 GHz, grâce à un
mesureur de champ connecté à une sonde omnidirectionnelle placée à une hauteur de 1,5 m
au-dessus du sol, la technique de mesure étant indiquée dans le rapport de l’Ofcom (OFCOM,
2020). À partir de ces relevés, moyennés sur une période de 6 minutes, en accord avec les
recommandations de l’Icnirp (Icnirp, 1998), le champ électrique moyen a été calculé, soit pour
chacune des sources potentielles de rayonnement, soit sur toute la largeur de bande. Il faut
noter qu'une seule période de 6 minutes a été envisagée, ce qui ne permet évidemment pas
de connaitre l'évolution de l’exposition au cours du temps, comme une journée.
Les résultats mentionnés dans ce rapport indiquent que la contribution principale à l'exposition
du public provient de l'ensemble des réseaux des générations précédentes. L'exposition due
à la totalité des émetteurs ne dépasse pas 1,5 % des valeurs limites recommandées par l’Icnirp
129[Link]
champ/observatoire-des-ondes/.
(10 W/m2). Si on envisage la bande 5G seule, ce niveau maximum relatif n'est plus que de
0,04 %.
Il faut noter que ce rapport de mesures ne donne pas d'information sur le nombre possible
d'UE dans ces zones, ni sur les caractéristiques des BS 5G. Il est indiqué que les mesures ont
été faites « au voisinage » de BS, mais sans autre précision sur l'intervalle de distance entre
les points de mesure et ces BS. Les valeurs qui viennent d'être mentionnées ne peuvent donc
donner qu'un ordre de grandeur des champs moyens dans une zone urbaine, et uniquement
en l'état actuel de déploiement de la 5G. Lorsque celui-ci aura été mené à son terme, l'Ofcom
prévoit d'effectuer d'autres mesures afin d'obtenir une meilleure représentativité des résultats.
Des campagnes de mesure ont été effectuées (Aerts, 2021) récemment sur un réseau 5G
opérationnel à Berne (Suisse), au voisinage de 4 stations de base (MIMO massif). La plupart
des points de mesure se situaient à une distance de 100 à 400 m d'une station de base et
dans des conditions de visibilité directe. À l'exception de 2 mesures réalisées sur un toit de
bâtiment, le récepteur était placé au niveau du sol, à une hauteur de 1,90 m. La puissance
d'émission était au maximum de 8 W, la bande passante étant de 100 MHz. Les résultats
obtenus ont ensuite été extrapolés pour une puissance de 200 W correspondant à la
puissance maximum usuelle d'une station 5G. La technique de mesure adoptée présente de
nombreuses similitudes avec celle décrite dans le paragraphe précédent, le champ ayant par
exemple été évalué en maximisant le débit vers un UE pour atteindre, en principe, 100 % des
capacités de la station de base. Il en résulte que le champ maximum est d'environ 4 à 5 V/m,
valeur proche des 6 V/m mentionnée précédemment et obtenue par l'ANFR dans une
configuration voisine.
Début avril 2019, les trois opérateurs historiques KT, SKT et LGU+ ont activé leur réseau 5G
en Corée du sud. Afin d'avoir une vue d'ensemble de l'exposition en ville et en zone rurale,
des campagnes de mesures ont été effectuées par la société Cetim, à la demande de l'Ineris130
(Institut national de l'environnement industriel et des risques), suite à une consultation
préalable de l'ANFR pour mettre au point les méthodes de mesure. Les valeurs de champ
mesurées et toutes les informations qui sont indiquées ci-dessous sont extraites du rapport
Cetim (Cetim, 2019).
Les fréquences d'émission de la 5G sont comprises entre 3,42 et 3,70 GHz et la bande
passante allouée aux opérateurs est de 100 MHz, sauf pour LGU+, cette bande étant de
80 MHz. Le nombre de stations KT 5G déployées sur tout le territoire est de 38 999 dont 9 878
à Seoul (hors agglomération) à la date du rapport.
Des campagnes de mesures, notamment à Séoul et à Naji, ont été menées dans divers types
d'environnement :
une zone commerciale urbaine dense, comprenant entre autres une zone d'affaires et
une partie souterraine ;
une zone urbaine avec un quartier commercial, un parc et une zone résidentielle ;
une zone rurale avec des parties commerciales, administratives et résidentielles.
130Le Ministère de la transition écologique et solidaire a commandé à l’Ineris une étude visant à
caractériser l’exposition des personnes aux rayonnements émis par les nouveaux réseaux 5G, dans un
contexte d’exploitation commerciale déjà effective.
De plus, d'autres enregistrements ont été effectués soit sur des voies urbaines, le trajet
couvrant dans ce cas l'ensemble du centre de l'agglomération de Séoul, soit sur une voie extra
urbaine, reliant le centre de Séoul à l'aéroport.
En se déplaçant au sein de ces diverses zones, les enregistrements ont été effectués durant
environ 2 h, la fréquence d'échantillonnage étant de 1 point toutes les 3 ou 5 s. À cette fin, 2
exposimètres couvrant la bande 88 MHz – 5 GHz ont été utilisés et programmés pour
différencier les types d'émission et mesurer le champ moyen reçu dû à chacun d'eux, de la
modulation de fréquence (FM) à la 5G. Les résultats ci-dessous ont été obtenus avec
l'exposimètre « Fields at Work / ExpoM-RF ». Le Tableau 14 résume les niveaux mesurés soit
sur la 5G seule dans la bande 3,4 – 3,6 GHz, soit sur l'ensemble de la bande de fréquences
prenant en compte la totalité des services : GSM, UMTS, LTE, 5G, etc. (« Niveau moyen
global »). Rappelons que les niveaux maximums de champ précisés par l'Icnirp pour
l'ensemble des bandes sont indiqués sur la Figure 21, ce niveau étant de 61 V/m pour la bande
3,4 – 3,6 GHz.
Tableau 14 : Valeur des champs électriques obtenus dans différentes zones ou sur les trajets
concernés
Les zones sont définies suivant la surface bâtie et non suivant la densité de population. Source : Rapport
Cetim.
Le rapport du Cetim fournit également des résultats concernant la répartition des champs
mesurés en fonction des services, qui montrent que la contribution de la 5G à l'exposition
totale est loin d'être majoritaire. Signalons enfin que d'autres enregistrements ont été menés
sur des lignes ferroviaires ou sur des trajets en voiture et en bus. Les résultats sont du même
ordre de grandeur que ceux décrits précédemment.
Il faut cependant souligner que ces résultats ne donnent qu'un ordre de grandeur des champs
mesurés dans les diverses zones et ne sont pas extrapolables à d'autres sites. En effet, la
puissance des émetteurs, leurs distributions, les distances relatives entre les différentes BS et
les points de mesure sur le trajet suivi par le système d'enregistrement, ne sont pas précisées.
De plus, le niveau moyen 5G s'avère très nettement inférieur à celui dû à la 4G et au GSM,
mais aucun commentaire ni explication, basée par exemple sur une comparaison entre les
densités de trafic en 4G et en 5G, ne figurent dans le rapport.
Elles ont été menées dans les villes de Pau, Marseille, Lille, Douai, Bordeaux, Lyon, Nantes,
Rouen, Saint-Ouen et Toulouse et dans lesquelles Orange, Bouygues Telecom et SFR
effectuent les premiers déploiements pilotes dans la bande 3,4 GHz – 3,8 GHz. Les réseaux
d'antennes des BS permettent souvent de réaliser 64 antennes en émission (T) et 64 en
réception (R), et sont notés 64T64R. Quelques réseaux 32T32R et un seul 8T8R ont aussi été
déployés.
Dans tous les cas, les niveaux de champ ont été évalués en valeur moyenne sur 6 minutes.
On envisagera successivement les configurations suivantes :
configuration sans trafic ;
configuration avec trafic continu dans un faisceau bloqué ;
configuration de transfert de fichiers dans une direction donnée.
Les résultats mentionnés ci-dessous sont extraits du rapport ANFR (ANFR 2020c)131.
131ANFR, 2020c. "Evaluation de l'exposition du public aux ondes électromagnétiques 5G. Volet 2 :
premiers résultats de mesures sur les pilotes 5G dans la bande 3400-3800 MHz." Rapport ANFR
disponible en ligne.
BS. Dans les différentes configurations qui ont fait l'objet de test, environ ¼ du temps est
réservé pour ces liaisons.
- Champ au voisinage immédiat du terminal de réception
Sur l’ensemble des sites considérés, sauf pour une configuration où le terminal CPE était à
l'intérieur d'un bâtiment, les mesures du champ électromagnétique réalisées par l'ANFR ont
été menées en extérieur, à une hauteur de 1,5 m au-dessus du sol, la BS étant située en
visibilité directe du récepteur. Tous les détails précisant la configuration géométrique des
essais sont donnés dans (ANFR 2020c). À titre indicatif, mentionnons que les antennes des
BS se situent à des hauteurs comprises entre 8 m et 45 m, la distance entre le CPE et la BS
étant, dans la plupart des cas, de l'ordre de 120 m.
Pour les mesures ponctuelles qui ont été effectuées, les niveaux de champ électrique mesurés
en extérieur et à proximité du CPE et sur différents sites sont compris entre 6 V/m et 9 V/m,
pour une transmission sur 100 MHz de largeur de bande et une puissance maximale injectée
dans l'ensemble des antennes d'un réseau de l'ordre de 200 W. Pour déterminer la puissance
émise dans une direction particulière, il faut multiplier la puissance par le gain du réseau dans
cette direction. Sur un site particulier, des niveaux plus faibles ont été obtenus et cela peut
s'expliquer par les caractéristiques du faisceau de trafic, comme le gain du réseau, et dont la
gestion est au libre choix de l'opérateur.
Toutes les mesures de champ réalisées avec un faisceau bloqué décrites dans le rapport de
l’ANFR ont été menées dans 100 MHz de largeur de bande, à l'exception d'une seule situation
particulière (mesures en dehors de l'axe de l'antenne sur le site de Mérignac) pour laquelle la
bande a été ramenée à 50 MHz, en raison d’une limitation en réception du CPE utilisé lors de
ce test.
- Variation du champ autour du CPE (Customer Premises Equipment)
Le terminal CPE étant fixe, le champ a été mesuré à différentes distances de celui-ci. Des
fluctuations locales du champ sont observées, dues à des réflexions sur le sol ou sur des
bâtiments proches. De façon générale, le champ diminue évidemment si on s'écarte du
terminal CPE sur lequel la puissance est focalisée, mais l'allure de cette décroissance qui
traduit la « tache au sol » dépend fortement de l'environnement et des caractéristiques du
faisceau de trafic.
- Configuration avec transfert de fichier dans une direction donnée
Dans cette configuration, le CPE ou le modem de réception déclenche un téléchargement de
fichiers dont les tailles peuvent varier entre 150 Mo et 10 Go. Aucune contrainte de bande
n'est imposée à la station de base, qui peut exploiter toutes ses ressources ; il en résulte que
le débit descendant est en moyenne de 530 Mb/s. Les essais ont été effectués sur 3 sites. À
titre d'exemple, le niveau de champ moyenné sur 6 minutes à proximité du CPE de réception
et lors de la réception d'un fichier unique de 1 Go est de 1,1 V/m. Le temps de chargement de
ce fichier est de 15 s, ce qui correspond à un débit moyen du lien descendant de 530 Mbits/s.
Durant les 345 s restantes, aucun signal de données n'est donc envoyé par la BS.
Si on extrapolait ce résultat à un téléchargement continu, on trouverait une valeur de champ
électrique estimée sur 6 minutes à 5,4 V/m. Cette dernière valeur est proche de celle qui avait
été mesurée sur ce site, égale à 6,5 V/m, dans la configuration avec trafic continu dans un
faisceau bloqué. Ces valeurs de champ sont celles dues uniquement à une seule station de
base 5G. L'influence d'autres stations utilisées par différents opérateurs pourra être étudiée
lors du suivi in situ des niveaux d'exposition au fur et à mesure du déploiement de la 5G.
4.3.6 Indicateur d'exposition fondé sur une taille estimée des fichiers à
transmettre
L'indicateur proposé par l'ANFR se fonde sur un usage prévisible de la 5G qui correspondrait,
pour la liaison descendante, à un envoi descendant de données de 1 Go sur une fenêtre
temporelle totale de 6 minutes, dans un faisceau de trafic donné. Comme cet envoi peut
s'effectuer en 15 s pour un débit moyen du lien descendant de 530 Mbits/s, la puissance
moyenne reçue dans le faisceau pendant cette fenêtre de 6 minutes est diminuée d'un facteur
22,5 (13,5 dB) par rapport au cas d'une émission permanente pendant les 6 minutes. Cela
mène à un facteur de réduction de 4,7 sur l’amplitude moyenne du champ électromagnétique,
la puissance étant proportionnelle au carré de ce champ.
Afin d’évaluer si cette hypothèse de taille de fichiers est représentative des usages actuels,
une couverture de la zone à l'aide de 8 faisceaux est envisagée, soit un envoi par la BS de
8 Go sur une fenêtre temporelle totale de 6 minutes. Cela suppose que les utilisateurs sont,
en moyenne, répartis sur toute la zone et que les flux de données à transmettre depuis la BS
dans chacun des faisceaux sont de tailles voisines.
En se basant sur le nombre de cartes SIM 4G et du nombre de sites 4G sur l'étendue du
territoire, l'ANFR estime, en moyenne, qu’il y a 1 000 utilisateurs, professionnels ou privés, par
site. L'ANFR indique que les hypothèses précédentes mèneraient à une consommation
mensuelle par utilisateur de la 5G de 28 Go par mois. Cette valeur pourrait être comparée à
la consommation moyenne pour l'ensemble des mobiles 4G, qui est de 7 Go par mois, ce qui
laisse donc une marge, selon l’ANFR. Il faut cependant souligner que ces niveaux de
consommation évolueront certainement compte tenu des nouveaux usages qui apparaitront
au fur et à mesure du développement de la 5G, et ne représentent que des moyennes de
consommations. Un suivi continu des valeurs d'exposition s'avère donc nécessaire, une
première approche proposée par l'ANFR ayant été présentée dans le paragraphe 4.3.3.
Le facteur de réduction de 13,5 dB mentionné précédemment, qui pourra donc évoluer en
fonction des statistiques liées au nombre de terminaux et aux nouveaux usages de la 5G,
s'applique sur la valeur du champ qui pourrait être reçu sur une période de 6 minutes dans la
configuration de « pire cas » et qui est déduit, soit de mesures, soit de simulations. Rappelons
que cette valeur de champ électrique est celle correspondant au cas où la BS utilise toutes
ses ressources spatio-temporelles pour focaliser la puissance maximum disponible dans un
seul faisceau, comme décrit dans les paragraphes précédents. En pratique, ceci suppose que
la BS n'assure donc aucun autre trafic dans la zone qu'elle couvre. De plus, dans cette
hypothèse de pire cas, le transfert de données se faisant de façon continue pendant 6 minutes
et avec un débit moyen de 530 Mb/s, la taille des fichiers téléchargés via ce faisceau
dépasserait 20 Go.
Un premier exemple, donné dans le rapport ANFR (ANFR 2020c), porte sur le niveau de
champ électrique, moyenné sur 6 minutes, mesuré à 100 m d'une station de base et à
l'intérieur d'un bâtiment, mais juste derrière une fenêtre. Une comparaison fenêtre ouverte –
fenêtre fermée montre que l'atténuation due au vitrage est de 2 dB, cette valeur pouvant
cependant être beaucoup plus élevée suivant le type de vitrage (athermique par exemple), la
fréquence et l’angle d’incidence du rayonnement avec celui-ci. En tenant compte notamment
du facteur de réduction de 13,5 dB mentionné précédemment et pour un gain d'antenne de
24 dBi, l'indicateur d'exposition pour cette liaison 5G prendrait une valeur de 1,1 V/m et de
1,8 V/m, respectivement pour une puissance d'émission de 80 W et de 200 W. Rappelons que
l'estimation de ce facteur de réduction se fonde sur le trafic possible dans une zone donnée,
à partir de la consommation des utilisateurs, et ceci quel que soit le nombre d'opérateurs
couvrant cette zone.
Cette méthode de calcul d'un indicateur d'exposition a été intégrée dans les « Lignes
directrices nationales sur la présentation des résultats de simulation de l'exposition aux ondes
émises par les installations radioélectriques » éditées par l'ANFR (ANFR 2019c). Il faut
cependant souligner que les paramètres introduits dans ce calcul pourront être modifiés en
fonction des résultats de mesures de champ effectuées sur des réseaux opérationnels et qui
reflèteront notamment les probables changements des usages, compte tenu des possibilités
qu'offriront les liaisons 5G. Mentionnons également que divers scénarios de développement
de la 5G sont détaillés dans le paragraphe suivant, afin de montrer, grâce à une simulation
numérique, leurs impacts sur les niveaux d'exposition prévisibles.
Tableau 15 : Comparaison des valeurs de champ, calculées au niveau de façades pour divers
scénarios.
Tableau 16 : Niveaux des champs calculés pour divers scénarios. Les 2 valeurs successives
indiquées dans le Tableau correspondent à des points situés respectivement à une hauteur de
1,5 m au-dessus du sol et sur le devant des façades.
Dans le Tableau 16, la valeur médiane prévisible en « état initial » de 0,6 V/m est comparable
à la valeur de 0,52 V/m qui a été mesurée en milieu urbain sur différentes zones du territoire
(ANFR 2018). On remarque de plus que les calculs effectués pour des points de réception
situés sur l'ensemble des façades mènent à des valeurs supérieures de 20 à 30 % à celles
calculées au voisinage du sol. Cela s'explique par la présence d'un espace plus dégagé quand
on s'élève au-dessus du sol, les émetteurs étant généralement situés sur des points hauts.
Si on compare les niveaux moyens ou médians prévisibles dans les scénarios « état initial »
et « 4G optimisée », on constate dans ce dernier cas une augmentation des niveaux, de l'ordre
de 50 %. La technique dite « d'optimisation de la 4G » mènerait donc à un accroissement de
l'exposition dans les zones denses, ce qui est évidemment étroitement lié à l'augmentation
souhaitée des débits des liaisons descendantes.
Dans l’hypothèse de l’ajout des émetteurs 5G au déploiement 4G optimisée (« Majorant 5G »),
le niveau d’exposition moyen dans toute la bande affectée à la téléphonie mobile deviendrait,
au niveau du sol, égal à 1,7 V/m au lieu de 1,3 V/m, la valeur pour l'état initial étant de 0,8 V/m.
Mentionnons enfin que les niveaux dépassés pour 1 % des points de mesure seraient de
2,9 V/m en l'état initial et de 5,6 V/m pour le majorant 5G. Cela se traduirait par une
augmentation du nombre de points dits « atypiques ».
Toutes les valeurs indiquées dans les Tableau 15 et Tableau 16 restent bien inférieures à la
valeur limite d’exposition réglementaire (61 V/m), comme indiqué sur la Figure 21, mais
devront être confirmées par des mesures effectuées périodiquement durant le déploiement
des réseaux. Cela permettra également de définir les scénarios les plus proches possibles de
la réalité. À noter qu’hormis dans le cadre de scénarios avec signaux 5G seuls, les simulations
sont multi-fréquentielles. Dans ce cas, il convient de considérer la valeur limite d’exposition la
plus basse dans l’ensemble de la bande de fréquences considérées, à savoir 36 V/m pour les
bandes de la téléphonie mobile.
Une approche statistique pour évaluer l'exposition aux champs dus aux réseaux 2G, 3G et 4G,
aussi bien pour les liaisons montantes que descendantes, est décrite notamment dans les
articles de Varsier (Varsier 2015) et de Huang (Huang 2017). Ces travaux ont été menés dans
le cadre du projet européen LEXNET132 (Low EMF Exposure Networks). Les variations
statistiques des amplitudes de champ ont été calculées en introduisant un modèle
stochastique des villes, puis les résultats ont été introduits dans un simulateur simplifié de
trafic du réseau 4G. L'évaluation d'un indice d'exposition fait intervenir divers paramètres
comme une pondération entre les usages, en fonction, par exemple, de la tranche d'âge des
individus et s’ils sont consommateurs importants de données ou non. Cette approche,
développée pour la 4G, pourrait être éventuellement transposée à la 5G mais est relativement
complexe à mettre en œuvre, compte tenu du grand nombre de paramètres du modèle.
L'indicateur d'exposition utilisé par Thors et al., (Thors 2017) et qui est également précisé dans
un rapport technique de l’IEC (IEC 2018)133, est celui correspondant au 95e percentile de la
puissance mesurée (ou calculée) en envisageant tous les scénarios possibles. Dans son
article, Thors propose un modèle statistique pour calculer l'indicateur d'exposition en des
132 [Link]
133
IEC 2018. "Methods for the assessment of electric, magnetic and electromagnetic fields associated
with human exposure." IEC TR 62669 ED2 Technical report.
points situés dans la ligne de vue du réseau mMIMO, afin d'en déduire les périmètres de
sécurité autour des antennes. Le modèle se base sur les fonctions de probabilité associées,
entre autres, au nombre d'utilisateurs, à leurs distributions spatiales et temporelles, à la
puissance émise vers chacun d'eux, aux instants de connexions et à la durée de celles-ci.
Les résultats de simulation montrent que, pour la configuration de charge du réseau la plus
élevée, l'indice d'exposition, comme défini dans cet article, n'atteint que 22 % de la valeur qui
aurait été calculée en supposant que la puissance maximum soit transmise dans un seul
faisceau durant plusieurs minutes. Ces conclusions doivent cependant être validées par des
campagnes de mesures menées sur différents sites lorsque la 5G sera suffisamment
déployée.
Des approches similaires, basées sur les percentiles, avaient été menées pour la 4G par
Werner et al., (Werner 2019) sur un système opérationnel en Australie afin de prédire
également les dimensions du périmètre de sécurité autour des antennes. Les champs ont été
mesurés à une distance de 6 m d'un réseau mMIMO comportant 192 éléments rayonnants. Le
diagramme de rayonnement de ce réseau comporte au maximum 8 faisceaux qui peuvent être
utilisés partiellement ou simultanément en fonction de la position des UE. La transmission est
en mode TDD, le lien descendant occupant 75 % du temps disponible pour les liaisons.
L'approche statistique montre que, pour le 95e percentile et pour la charge maximum de trafic,
le niveau d'exposition moyen varie entre 7 et 16 % du niveau calculé en supposant que toute
la puissance de la BS soit concentrée dans un seul faisceau très directif (« cas pire »). Cette
différence s'explique évidemment par le fait que la puissance rayonnée par la BS est répartie
entre différents faisceaux dont le nombre dépend de la position relative des utilisateurs et varie
donc en fonction du temps.
Ces travaux ont ensuite été repris par Colombi et al., (Colombi 2020) pour la 5G. Les mesures
ont été faites sur 25 BS du réseau commercial 5G « Telstra » en Australie et sur lequel plus
de 100 000 utilisateurs sont connectés. La bande de fréquence s'étend de 3,3 à 3,8 GHz, la
bande passante étant comprise entre 40 et 80 MHz. Si on s'intéresse au champ rayonné dans
les faisceaux trafic, la solution qui a été choisie est de caractériser ces faisceaux grâce aux
informations stockées par le système (Ericsson) effectuant la supervision du réseau. Les
puissances moyennes dans la zone de couverture et l'évolution temporelle du gain des
antennes dans les directions des différents utilisateurs permettent ainsi d'analyser, au cours
du temps, la distribution spatiale de la puissance transmise par la BS. En introduisant
également la notion du 95e percentile, les résultats de l'analyse statistique montrent que
l'hypothèse de l'émission constante dans un faisceau avec la puissance maximum mène,
comme en 4G, à une surestimation de 8 à 10 dB des niveaux d'exposition.
Une étude théorique, pour optimiser de façon conjointe la consommation en puissance des
BS et le niveau d'exposition, a été menée par Matalatala (Matalatala, 2018). Dans cette
simulation, l'indice d'exposition est défini à l'aide d'une pondération entre la valeur médiane du
champ et celle du 95e percentile. La contrainte imposée par le régulateur flamand est que le
champ en tout point dû à l'ensemble des BS ne doit pas dépasser 4,48 V/m.
Le réseau envisagé doit couvrir une surface d'environ 7 km2 des faubourgs de Gand (Belgique)
à l'aide d'antennes mMIMO dont la fréquence centrale est de 3,7 GHz, la bande transmise
étant de 20 MHz. Le nombre d'antennes des BS peut varier entre 16 et 256. Une simulation
au niveau système a été menée grâce à des outils de déploiement de réseaux, l'atténuation
du signal en tout point étant calculée à partir de modèles statistiques classiques.
Deux scénarios sont envisagés, se rapportant soit à une zone très dense en nombre
d'utilisateurs, comme un stade, et pour lequel un débit moyen de 20 Mb/s est suffisant, soit
une zone urbaine de bureaux nécessitant un débit de 300 Mb/s. Les résultats obtenus
montrent qu'une planification judicieuse des BS pourrait permettre de diminuer le niveau
d'exposition, mais moyennant une augmentation du nombre de ces BS. Cependant, il faut
noter que les diverses hypothèses faites pour aboutir à cette conclusion sont contraignantes
et devraient être validées à partir de travaux expérimentaux. Une étude complémentaire plus
exhaustive s'avère nécessaire. Notons qu'une étude similaire a été menée pour une émission
dans la bande des 60 GHz (Matalatala, 2017).
Lorsque le réseau 5G est pleinement opérationnel, les seuls signaux indépendants du trafic et
toujours émis à puissance et à largeur de faisceau constantes sont ceux de la signalisation
(blocs SSB). Des travaux ont donc été menés pour pouvoir éventuellement extrapoler les
mesures faites sur ces signaux aux valeurs d'exposition lors du trafic. Cela nécessite de
prendre en compte l'importante fluctuation spatiale du champ dans la zone couverte par la
station de base lorsque des « antennes reconfigurables134 » sont utilisées, comme illustré par
Migliore (Migliore 2019). Signalons que, pour un réseau 4G, des résultats détaillés par
Exposito et al., (Exposito, 2018) indiquent que l'amplitude du champ augmente en fonction de
la charge du réseau et ses fluctuations peuvent atteindre 10 dB. Cette influence de la charge
du réseau constitue également un point critique pour la 5G, compte tenu des techniques de
gestion des faisceaux et des liens entre BS et UE.
Pour la 5G, Aerts (Aerts 2019) et Keller (Keller 2019) proposent une méthodologie basée
également sur cette technique d'extrapolation des mesures faites sur les SSB, et quelques
exemples décrivent la mise en œuvre de l'approche proposée. Adda (Adda 2020) présente
une technique similaire d'évaluation de l'exposition en soulignant qu'un facteur important est
le gain de faisceau. Celui-ci traduit l'augmentation du niveau de champ au point de réception
lors du trafic compte tenu de la formation du faisceau vers l'utilisateur. Son évaluation
théorique à partir du diagramme de rayonnement des antennes s'avère délicate, car les
spécifications techniques de la 5G ont prévu une gestion très ouverte des faisceaux par la BS.
Ce point est également souligné par Franci et al., (Franci 2020b).
En conclusion, les différentes techniques proposées pour calculer un indicateur d'exposition
doivent encore être validées sur des réseaux opérationnels, donc sur des zones de couverture
importantes desservies par un ensemble de BS.
Afin de mettre en évidence les travaux menés sur l'exposition à la 5G dans d'autres
environnements, quelques résultats concernant les distributions de champ dans des milieux
134Le terme générique « antennes reconfigurables » recouvre toutes les technologies, comme mMIMO,
permettant d'adapter les formations de faisceaux et les traitements de signal associé pour maximiser
les performances des liaisons.
confinés et notamment dans un hall industriel et dans un tramway sont décrits dans ce
paragraphe. Dans ces 2 cas, on ne s'intéresse pas au rayonnement d'une BS située en
extérieur et couvrant une zone importante, mais à celui provoqué par une source située dans
le milieu confiné lui-même. En effet, la propagation dans un tel milieu est soumise à de
nombreuses réflexions sur les parois et obstacles pouvant engendrer une augmentation locale
des niveaux de champ. Dans le cas du hall, l'émission est générée par un réseau d'antennes
5G devant couvrir la surface de ce hall, et jouant en quelque sorte le rôle d'une BS locale,
tandis que pour le tramway, on s'intéresse au lien montant, l'émission étant supposée provenir
de l'antenne d'un téléphone mobile.
[Link] Tramway
200 mW135. Les résultats excluent la zone très « proche » de l'antenne (5 longueurs d'onde,
soit 8 cm à 3,7 GHz) pour laquelle les hypothèses liées à la simulation numérique ne sont pas
vérifiées.
Avec une antenne d'émission omnidirectionnelle et à une fréquence de 3,7 GHz, le champ
moyen calculé sur l'ensemble des points situés à une distance de l'antenne inférieure à 1,5 m,
est de 1,2 V/m ou 1,1 V/m, respectivement pour une densité de passagers faible ou
importante. Le champ décroît ensuite en fonction de la distance et, au-delà de 2,5 m, sa valeur
moyenne ne dépasse pas 0,1 V/m. Pour l'ensemble du tramway, le champ moyen est de
0,5 V/m si l'antenne d'émission est omnidirectionnelle et, avec un faisceau directif, le champ
deviendrait égal à 0,8 V/m pour des points situés dans le faisceau mais diminuerait à 0,2 V/m
ailleurs. Des résultats similaires ont été obtenus à 26 GHz.
Les niveaux de champ estimés sont donc bien inférieurs aux valeurs limites d'exposition
réglementaires (1 à 2 % de la limite à 61 V/m). Les niveaux de champ les plus importants sont
évidemment obtenus dans une zone de l'antenne inférieure à quelques mètres, et ce point
devra faire l'objet d'attention si des antennes très directives sont utilisées dans la bande des
26 GHz. Il serait important de poursuivre ces travaux grâce à des campagnes de mesure pour
chiffrer, de façon statistique, l'augmentation des niveaux de champ liée à un nombre important
d'utilisateurs connectés simultanément au réseau 5G.
Les données d’exposition disponibles jusqu'à présent proviennent des valeurs de DAS des
appareils compatibles 5G apparaissant sur le marché, fournies par les constructeurs afin
d’attester de leur conformité aux valeurs limites réglementaires et qui figurent dans les
caractéristiques techniques des appareils. Des DAS de 0,4 à 1 W/kg pour la tête sont
mentionnés, le niveau maximum autorisé étant de 2 W/kg. Il semble que ces DAS soient un
peu supérieurs à ceux des appareils 4G. Il est cependant difficile d'en tirer des conclusions
sur l'augmentation du DAS due à l'implantation de la 5G car ces smartphones doivent couvrir
toute la bande, du GSM à la 5G, et les DAS ne sont jamais précisés pour une bande
particulière (seule la valeur maximale mesurée sur toutes les bandes est fournie). Quand de
nombreux smartphones seront en service dans un réseau 5G pleinement opérationnel, il sera
nécessaire de connaitre les variations statistiques du niveau d'exposition en fonction des
usages et de la charge du réseau.
Pour cette première étape de la 5G, les liens radio entre la BS et les UE sont établis grâce aux
antennes 4G, donc sur les fréquences correspondantes, le mode de duplexage choisi étant le
même que pour la 4G. La différence principale avec la 4G est liée aux techniques logicielles
de traitement du signal. À niveau de puissance totale émise identique, on peut donc s'attendre
à un niveau d'exposition voisin de celui qui existait avec la 4G, mais aucun résultat de mesures
n'est encore disponible.
135Normes ETSI, User Equipment (UE) radio transmission and reception, ETSI TS 138 101-2 V15.9.1
(2020-04).
un indicateur d'exposition pourrait être défini comme étant la valeur du 95e percentile de la
fonction de distribution du champ, la probabilité que le champ reçu soit inférieur à cette valeur
étant donc de 95 %. Cette définition a également été introduite dans quelques normes comme
celle proposée par l'IEC (IEC, 2018). Des mesures préliminaires faites sur les faisceaux de
trafic au niveau d'une BS connectée au réseau montrent que le champ correspondant au
percentile à 95 % est inférieur de 8 à 10 dB à celui mesuré sur un faisceau unique à pleine
charge.
- Conclusion
Si on envisage tout d'abord la situation de « pire cas » dans laquelle, durant 6 minutes, toute
la puissance disponible de la station de base est concentrée dans un seul faisceau le plus
étroit possible, et ceci compte tenu de la taille du réseau d'antennes, le champ mesuré par
l'ANFR à une distance de 70 à 100 m de différentes stations en phase de test, est compris
entre 6 et 9 V/m, valeurs qui restent largement inférieures à la valeur limite réglementaire de
61 V/m. Cependant, si de tels niveaux de champ étaient observés en condition normale
d'exploitation de réseau, les points de mesure correspondant seraient considérés comme
atypiques, nécessitant une intervention de l'exploitant.
Alors que le réseau 5G n'était pas encore opérationnel en France, des modélisations
théoriques ont été menées afin d'évaluer le niveau de champ moyen en divers
environnements, comme en milieu urbain par exemple. Compte tenu des hypothèses
introduites concernant les flux de données échangées et basées sur une extrapolation de la
consommation 4G actuelle, ce champ moyen serait de l'ordre de 1,5 V/m, donc comparable à
celui dû à la 4G. Des mesures effectuées dans divers pays où la 5G est déjà implémentée
tendent à confirmer ce résultat, mais ces mesures sont peu nombreuses. De plus, dans ce
début de déploiement, le nombre d'utilisateurs est encore restreint.
La 5G va rendre possible une grande variété d'applications innovantes telles que la réalité
augmentée, l'internet des objets, les communications entre machines ou robots industriels ou
les voitures autonomes, pour ne citer que quelques exemples. Ces applications peuvent
mener à une augmentation de la taille des fichiers à transmettre et donc de l'exposition pour
le grand public et la population professionnelle, mais qu'il est difficile de chiffrer actuellement.
Les puissances reçues en un point quelconque, pendant la durée de 6 minutes indiquée dans
les lignes directrices et les normes de test, dues à toutes les sources de rayonnement, de la
radio FM à la 4G puis à la 5G, se cumulent. Cette problématique n'est évidemment pas
nouvelle et c'est la raison pour laquelle, suite au décret n°2013-1162 du 14 décembre 2013
relatif au dispositif de surveillance et de mesure des ondes électromagnétiques, des mesures
systématiques sont effectuées par l'ANFR pour localiser les points dits « atypiques » pour
lesquels, en pratique, le champ électrique est supérieur ou égal à 6 V/m136.
Afin d’évaluer l’impact de l’arrivée de la 5G sur le niveau d’exposition, l'ANFR prévoit, d'ici fin
2021, de mener une campagne nationale de mesure sur 4 800 points répartis sur le territoire.
De plus, il est aussi important de suivre en temps réel l'évolution du niveau d'exposition afin
d'évaluer l'impact de l'augmentation de la densité de terminaux et du rôle des nouveaux
usages offerts par la 5G. Un premier système de surveillance, décrit dans le paragraphe 4.3.3,
136 Les points atypiques sont définis par la loi n° 2015-136 du 9 février 2015 comme les lieux dans
lesquels le niveau d'exposition aux champs électromagnétiques dépasse substantiellement celui
généralement observé à l'échelle nationale, conformément aux critères, y compris techniques,
déterminés par l'Agence nationale des fréquences et révisés régulièrement. Dans cette démarche
initiale, l’ANFR a retenu comme critère un niveau global d’exposition de 6 V/m.
a été développé, mais celui-ci pourrait évoluer pour mieux apprécier les contributions de
chacun des réseaux de communication mobile.
Les données d’exposition dans la bande 26 GHz n’étant pas disponibles, le groupe de travail
a souhaité entamer une réflexion sur les aspects biophysiques de l’interaction entre les ondes
électromagnétiques et le vivant, permettant d’avoir une première appréciation qualitative de
l’exposition dans cette bande de fréquence.
Ces aspects sont présentés dans le chapitre 5.2.
Ce chapitre expose les différences dans les interactions entre les champs électromagnétiques
et les tissus biologiques pour les expositions à des rayonnements de fréquences 0,9-2,5 GHz
d’une part et 3,5 GHz d’autre part. En effet, la question suivante peut être posée : existe-t-il
une différence dans l’absorption de la puissance électromagnétique (DAS) dans les tissus
humains à 3,5 GHz par rapport aux bandes de fréquences utilisées précédemment dans les
communications mobiles, à savoir entre 1 et 2,5 GHz environ ? Les propriétés diélectriques
des tissus, comme par exemple la conductivité, dépendent de la composition des tissus et de
la distribution des molécules d’eau, des ions et d’autres molécules. Ces propriétés influencent
le niveau d’absorption du champ dans les différents tissus. Une conductivité élevée, due par
exemple à une teneur en eau ou en sel élevée, augmente la puissance électromagnétique
absorbée et accroît également l’interaction du champ avec les tissus. Les caractéristiques de
l’absorption des champs électromagnétiques par les tissus biologiques, à 3,5 GHz, sont
similaires à celles des fréquences entre 1 et 2,5 GHz. Même dans le cas d’une exposition à
une onde plane (modèle simple d’exposition, par exemple en situation de source lointaine), un
pourcentage élevé de l’énergie des radiofréquences est absorbé par la peau et les tissus
superficiels. Cependant, la répartition des énergies déposées dans les tissus, en profondeur,
peut être hétérogène, en raison des discontinuités entre les différentes couches tissulaires. En
effet, chaque tissu d’un système biologique a une permittivité complexe137 différente, il y aura
ainsi en général des réflexions d’énergie entre les diverses interfaces tissulaires pendant
l’exposition aux radiofréquences (RF Dosimetry Handbook, 5e édition, 2009).
Dans les conditions d’exposition en champ proche (par exemple à proximité des téléphones
mobiles), cette hétérogénéité peut être encore plus complexe.
D’autre part, les longueurs d’onde dans les tissus sont considérablement réduites par rapport
à l’espace libre (en-dehors d’un milieu matériel), en raison des constantes diélectriques
élevées des tissus. Cette réduction est assez importante, d’un facteur 6,5 à 8,5 pour les tissus
ayant une forte teneur en eau (comme la peau, les muscles, le cerveau), et d’un facteur 2 à
2,5 pour les tissus ayant une faible teneur en eau (comme les os, la graisse, les cheveux). Les
longueurs d’onde typiques dans les tissus ayant une forte teneur en eau sont d’environ 1,4 cm
137La permittivité diélectrique d’un matériau relie la réponse du milieu matériel à son exposition à un
champ électromagnétique. Les structures biologiques sont des milieux le plus souvent inhomogènes,
non isotropes et diélectriques à pertes (liées à une certaine conductivité). La permittivité complexe, au
sens mathématique du terme (partie réelle et imaginaire), est la grandeur utilisée pour représenter ces
phénomènes.
à 3,5 GHz et de 1,75 cm à 2,45 GHz (par exemple Wi-Fi), tandis que les longueurs d’onde
dans l’air aux mêmes fréquences sont respectivement de 8,6 cm et 12 cm. Outre cette
réduction importante des longueurs d’onde, une forte absorption d’énergie est observée dans
les tissus dans ces bandes de fréquences.
En résumé, aucun argument scientifique ne vient étayer le fait que les caractéristiques
principales de l’exposition des tissus biologiques aux champs électromagnétiques, à l’échelle
macroscopique, dans la nouvelle bande de fréquences autour de 3,5 GHz de la technologie
5G, pourraient être différentes par rapport aux autres technologies sans-fil utilisées jusqu’à
présent (2G-4G, Wi-Fi), tant dans les conditions d’exposition en champ lointain qu’en champ
proche. Néanmoins, peu d’études de dosimétrie ont été publiées spécifiquement à 3,5 GHz
dans différentes situations d’exposition, que ce soit en champ proche ou en champ lointain.
de 0,9 à 3,5 GHz utilisées dans les communications sans-fil ou mobiles, alors qu’au-dessus
de 10 GHz elle n’est que d’environ 0,2 mm ou moins (Wu, 2015, Hirata, 2018). Cela signifie
qu’à 3,5 GHz, la profondeur de pénétration est réduite d’environ 40 % par rapport à la
fréquence de 900 MHz utilisée par les systèmes mobiles depuis le début de leur
développement (GSM). Par conséquent, à 3,5 GHz, l’interaction entre les radiofréquences et
les systèmes biologiques est limitée aux couches superficielles des tissus, jusqu’à une
profondeur d’environ 0,4 cm. La physique des interactions entre les rayonnements
électromagnétiques et les propriétés diélectriques des tissus biologiques implique en effet que
plus la fréquence des ondes électromagnétiques est élevée, plus les ondes sont absorbées
par les couches superficielles de la peau et plus la profondeur de pénétration de ces ondes
dans l’organisme diminue.
C’est pour cette raison qu’à des fréquences plus élevées, les restrictions de base qui protègent
contre les risques sanitaires avérés des radiofréquences ne sont plus exprimées en débit
d’absorption spécifique (DAS en W/kg) mais en densité surfacique de puissance (en W/m²).
Pour l’Icnirp, la frontière entre les absorptions d’énergie en profondeur ou en surface des tissus
était située aux alentours de 10 GHz dans les lignes directrices publiées en 1998 (Icnirp
1998) ; elle est passée à 6 GHz dans leur mise à jour publiée en 2020 (voir les détails au
chapitre 4.1), considérant qu’au-delà d’environ 6 GHz, l’échauffement survient principalement
au niveau de la peau. Cependant, aucune autre justification n’est fournie par l’Icnirp
concernant cette modification.
Il est également important de prendre en compte le coefficient de réflexion de l’interface air-
tissu qui dépend de la fréquence des rayonnements et de la teneur en eau des tissus. Comme
la peau et les tissus musculaires ont une forte teneur en eau, le coefficient de réflexion peut
être élevé (Rani, 2015). Ce coefficient est par exemple de 0,77 à 900 MHz et 0,74 3,5 GHz.
Cela signifie que 74 à 77 % de la puissance incidente est réfléchie par la surface du corps et
ne peut donc pas être absorbée par le corps humain (Christ, 2006, Johnson, 1972).
Une des questions posées dans le cadre des recherches sur les effets éventuels des
radiofréquences sur la santé concerne la distinction entre d’une part des effets qui seraient
liés à la quantité d’énergie véhiculée par les rayonnements, indépendamment de la répartition
temporelle avec laquelle cette énergie est transmise aux structures biologiques, et d’autre part
des effets qui seraient liés précisément à la structure temporelle de l’émission des
rayonnements, autrement dit à la modulation dans le temps des signaux. Avec l’évolution
successive des technologies de communication, des équipes de recherche se sont
intéressées aux effets des signaux de type GSM, les premiers utilisés dans le domaine des
communications mobiles, puis par la suite aux signaux UMTS, par exemple, dont les
caractéristiques de modulations temporelles sont différentes du GSM. Les résultats des études
menées par certaines équipes sont souvent disparates : des effets sur le fonctionnement
biologique cellulaire peuvent être par exemple retrouvés pour des expositions à des signaux
GSM, mais pas en UMTS, et réciproquement (e.g. Tillmann, Ernst et al. 2010 ; Danker-Hopfe
et al., 2011 ; Zeni et al., 2012 ; Smith-Roe et al., 2019).
Par ailleurs, des études spécifiques ont porté sur l’hypothèse de démodulation des signaux
qui pourrait être réalisée par des structures biologiques (e.g. Sheppard et al., 2008 ; Davis et
al., 2010 ; Kowalczuk et al., 2010). Ces études n’ont pas mis en évidence de capacité des
entités biologiques, à petite ou grande échelle, à démoduler les signaux, et donc à
potentiellement réagir à la forme temporelle du signal plutôt qu’à l’énergie véhiculée. À
l’exception de l’étude de Carrubba et al. (2010), dont les auteurs avancent la possibilité
d’émission d’un signal électrique par le cerveau (potentiel évoqué cérébral) lié à l’exposition à
un signal basse fréquence 217 Hz (fréquence fondamentale de répétition temporelle des
trames GSM).
Par principe, des processus non linéaires tels que le « redressement » peuvent transposer les
signaux radiofréquences modulés à basse fréquence dans la bande de fréquences où les
systèmes physiologiques sont capables de fonctionner. Presque toutes les utilisations des
technologies radiofréquences, y compris les systèmes de téléphonie mobile, utilisent des
signaux modulés plutôt que des signaux à ondes continues (CW). La démodulation par des
circuits électroniques non linéaires est bien connue et essentielle dans ces processus. Une
certaine forme de démodulation peut être impliquée dans des effets biologiques, en lien avec
des champs intermittents, modulés en amplitude de manière sinusoïdale ou avec une
combinaison de modulations de fréquence, d’amplitude et de phase, lorsque les composantes
microscopiques des tissus peuvent « suivre » par exemple les variations d’intensité des
champs électromagnétiques. La question de savoir si des structures biologiques du corps
humain peuvent réagir de façon non linéaire à des signaux de télécommunications a donc été
étudiée dans plusieurs publications, telles que celles examinées par Sheppard et al (2008).
Les principaux résultats des modèles suggèrent qu’une démodulation non linéaire ou des
fréquences sous-harmoniques peuvent exister au niveau cellulaire, mais que le niveau des
signaux démodulés ou de l’énergie sous-harmonique est très faible dans la bande des basses
fréquences où les effets biologiques pourraient être initiés. L’ordre de grandeur d’un champ
électrique démodulé généré par un mécanisme non linéaire a pu être estimé et il a été montré
que la démodulation de l’enveloppe d’une porteuse radiofréquence atténue l’amplitude du
signal modulant (Foster et Rephacholi, 2004). Pour un processus de détection hypothétique
idéal, cette atténuation de puissance peut être de 90 à 100 dB. Par exemple, un champ
électrique incident extrêmement basses fréquences modulé en amplitude de 100 V/m ne
provoquerait pas de tension supérieure à environ 3x10-11 V à travers une membrane cellulaire
dans la bande des basses fréquences (Sheppard, 2008). Ce signal très faible est environ
107 fois plus petit que le niveau de bruit du potentiel membranaire à basses fréquences, qui
limite les événements physiologiquement significatifs dans les cellules excitables et serait
également sensiblement inférieur au bruit du potentiel membranaire dans les cellules. Par
ailleurs, l’efficacité de cette démodulation hypothétique diminue lorsque la profondeur de
modulation du signal est inférieure à 100 %.
Les paragraphes 4.2.1 et 4.2.2 du présent rapport rappellent les principales caractéristiques
des signaux de communication utilisés par les technologies 4G et 5G, ainsi que leurs
différences. La modulation du signal utilisée est la même pour ces deux technologies (OFDM).
En revanche, alors que les liaisons montantes - du téléphone vers la station de base - et
descendantes peuvent être opérées simultanément dans une communication en 4G (ces
liaisons sont en effet séparées dans des canaux fréquentiels différents), les signaux 5G
montants et descendants dans la bande de fréquences 3,5 GHz sont eux séparés dans le
temps, dans des blocs temporels envoyés alternativement (pour plus de détails voir le
paragraphe [Link]).
Concernant les expositions aux sources lointaines, il est possible d’estimer les caractéristiques
de signaux 5G (répartition temporelle et intensités moyennes) dans un cas théorique :
un faisceau unique, émis par une station de base, illuminant un utilisateur pendant un
temps long (supérieur à 6 minutes par exemple) ;
une situation d'exposition de type « pire cas » telle que présentée en 4.3.5 et [Link].
Rappelons que cela suppose que la station de base envoie toute l'énergie disponible
dans ce faisceau unique directif pour télécharger un flux de données vers un seul
utilisateur (ou un groupe d'utilisateurs très proches les uns des autres), et que cet
utilisateur ne fait que recevoir (il n'émet pas ou très peu). En TDD, le téléphone mobile
recevra donc un signal « intermittent » pendant une durée Tem quand la station de base
émet dans ce faisceau, puis plus rien pendant Trepos (le mobile n'émet pas). L'enveloppe
de ce signal est donc de forme rectangulaire et périodique (signal « on – off » ou en
français « tout ou rien »).
Pendant le temps Tem le signal émis est un signal de modulation OFDM dont l'allure temporelle
est celle d'un « bruit », situé dans une large bande de fréquences autour de 3,5 GHz (cf.
paragraphe 4.2). En se plaçant dans une échelle de temps beaucoup plus grande et en
supposant donc que, pendant Tem, les tissus sont illuminés par un champ électrique de valeur
moyenne Emoy, de puissance moyenne Pmoy, et en supposant pour simplifier que le signal est
purement sinusoïdal à 3,5 GHz (cf. Figure 24), la question qui pourrait être posée serait donc
de savoir quels sont les effets sanitaires éventuels (autres que l'élévation de température)
avec un tel signal intermittent ?
Les mesures effectuées par l'ANFR et détaillées dans le paragraphe [Link].2 montrent que,
dans cette situation fortement improbable de « pire cas », à une distance de 100 m environ de
la station de base, Emoy est de l'ordre de 6 à 9 V/m, et donc Pmoy de l’ordre de 0,1 à 0,2 W/m2.
Les durées Tem et Trepos peuvent varier, selon les spécifications techniques de la 5G, par
exemple selon des couples de valeurs comme suit : Tem = 3 ms, Trepos = 1 ms, ou/et
Tem = 1,5 ms et Trepos = 0,5 ms et enfin ou/et Tem = 0,75 ms et Trepos = 0,25 ms. (cf. paragraphe
[Link].4).
5.2.1 Introduction
Au-delà des bandes de fréquences situées entre 0,7 et 2,1 GHz et de la bande autour de
3,5 GHz, le déploiement de la 5G est également prévu, à plus long terme, dans la bande dite
« millimétrique » autour de 26 GHz (appelée aussi FR2 « Frequency Range 2 » ou 5G Ultra
Wideband, ou encore 5G mmWave), c’est-à-dire entre 24,25 et 27,5 GHz.
Cette bande a pour but, selon les promoteurs de la 5G, d’offrir in-fine des « ultra » hauts débits
comparables à la fibre optique (jusque 10 Gbit/s) et des faibles temps de latence dans les
communications, pour des besoins particuliers : forte densité urbaine, ports connectés, usines
et véhicules autonomes138 ou communication indoor, dans des bâtiments.
L’emploi du terme « millimétrique » vient du fait que les longueurs d’onde dans le vide autour
de 26 GHz sont proches de 10 mm. En France, l’utilisation de cette bande n’est pas nouvelle
puisqu’elle est déjà employée dans plusieurs applications satellites, faisceaux hertziens entre
sites fixes, par le Centre national d’études spatiales (CNES), ou encore le ministère des
armées. Comme l’indique l’Arcep, « l’intégralité de la bande 24,25 à 27,5 GHz devrait être
rendue progressivement disponible, sous réserve de conditions de coexistence avec les
services de radioastronomie et d’exploration de la terre, et des travaux en cours pour évaluer
l’utilisation partagée du spectre à 26 GHz entre les systèmes 5G et les stations terriennes des
services par satellite dans la bande 25,5 ‑ 27 GHz de façon à éviter un impact significatif sur
la couverture et le déploiement 5G dans cette bande » .
C’est dans ce contexte de coexistence d’usages que l’Arcep a consulté les différents acteurs
de ce marché (opérateurs et industriels) pour mieux évaluer la pertinence de cette nouvelle
bande 5G parmi les applications déjà existantes. Il ressort de ces discussions que, pour le
moment, seule la bande de fréquences 26,5 – 27,5 GHz (donc de largeur 1 GHz) sera allouée
pour d’une part être en cohérence avec le premier déploiement national et européen (décision
d’exécution (UE) 2019/784139) et d’autre part pour être compatible avec les législations et les
développements industriels américains (États-Unis et Canada) et asiatiques (Corée du Sud et
Japon), qui ont plutôt fait le choix de la bande 28 GHz (26,5 - 29,5 GHz. C’est ainsi que l’Arcep
a autorisé 14 sites d’expérimentation sur une période de 3 ans ; les premiers résultats associés
à des protocoles de mesures sont attendus d’ici 2022.
Au niveau européen, un certain nombre de projets innovants sur la 5G dans la bande
« millimétrique », regroupant des centres de recherches, équipementiers et industriels ont été
financés par le programme H2020, tels que METIS140 ou mmMAGIC141. Ces projets ont
participé au développement technologique de la 5G dans la bande 26 GHz, ainsi qu’aux
travaux de normalisation associés. Qu’il s’agisse des stations de base ou des téléphones
mobiles, le dimensionnement et le design des antennes 5G aux fréquences autour de 26 GHz
138 L’utilisation de la sous-bande 24,25-26,65 GHz pour les radars à courte portée pour l’autonomie
automobile devrait progressivement disparaitre d’ici le 1er janvier 2022. Ces applications migreront vers
la bande de fréquences 77-81 GHz, qui est harmonisée au niveau de l’Union européenne. (UIT-R
M.1452-2)
139 Décision d'exécution (UE) 2019/784 de la Commission du 14 mai 2019 sur l'harmonisation de la
bande de fréquences 24,25-27,5 GHz pour les systèmes de Terre permettant de fournir des services
de communications électroniques à haut débit sans fil dans l'Union.
140 [Link]
141 [Link]
sont en effet complexes, puisque ces antennes doivent être miniaturisées tout en offrant des
performances de réception et d’émission optimales.
Parmi les questions spécifiques aux ondes « millimétriques », en matière d’exposition, figurent
la propagation possible des rayonnements dans le conduit auditif, dont le rayon est de 3,0 à
4,5 mm mais aussi l’absorption de l’énergie principalement au niveau de la peau ou de la
cornée de l’œil, et donc une augmentation potentielle de la température de ces tissus.
Concernant la première question, il a été montré par Vilagosh et al. que le conduit auditif se
comporte comme un guide d’onde fonctionnant en-dessous de sa fréquence de coupure et
donc empêchant les ondes dans la bande 18-30 GHz d’y pénétrer (Vilagosh et al., 2020).
La seconde question est liée au fait que, pour des fréquences autour de 26 GHz, la profondeur
de pénétration des rayonnements est proche de 1 mm pour la peau humaine ou la cornée de
l’œil142, ce qui conduit à une atténuation quasi-totale à environ 3 mm de profondeur. Que ce
soit pour l’œil ou la peau, même rapidement atténuée en profondeur, la pénétration des ondes
se traduit par une transformation de l’énergie électromagnétique en énergie thermique.
Le mécanisme qui décrit le transfert de chaleur entre le tissu exposé et le sang peut être
modélisé à l’aide de l’équation de bio-diffusion de la chaleur (appelée équation de transfert de
la chaleur biologique de Pennes), fondée sur l'hypothèse que tout transfert de chaleur entre
un tissu et le sang se produit dans les capillaires. Pour faire le lien entre l’énergie
électromagnétique concentrée et la température, le terme source dans l’équation de bio-
diffusion de la chaleur de Pennes est défini comme = DAS × (W/m3) pour un champ
continu, où est la densité volumique (kg/m3) (Foster et al., 2016, Foster et al., 2020).
L’utilisation du DAS avec sa définition standard ⁄2 (où est la valeur crête du champ
électrique et la conductivité en S/m ) au-delà de 6 GHz est sujet à question, puisque comme
le rappellent les nouvelles lignes directrices publiées par l’Icnirp (Icnirp, 2020), pour des
fréquences au-delà de 6 GHz, l’indicateur principal pour l’évaluation de l’exposition n’est plus
le DAS mais la densité surfacique de puissance absorbée, car l’absorption de l’énergie par les
tissus est beaucoup plus superficielle. Il est donc préférable de réécrire le DAS de la manière
suivante (Gandhi et al., 1986 ; Foster et al., 2020) :
( )T / ⁄
DAS = (3)
Des travaux de recherche ont été engagés sur le lien entre la densité de puissance et la
température chez l’Homme : on trouve ainsi un certain nombre d’études expérimentales en
bande millimétrique, mais en dehors de la bande 26 GHz (Foster 2016). En revanche, du côté
de la modélisation multiphysique (couplage entre la thermique et l’électromagnétisme), il existe
142 La profondeur de pénétration des ondes est liée à leur fréquence, mais aussi aux propriétés
diélectriques des tissus. [Link]
dans la littérature un certain nombre d’études récentes (Hirata et al., 2017 ; Laakso et al.,
2017 ; Hirata et al., 2020 ; Yinliang Diao et al., 2020 ; Wu et al., 2015) qui mettent en évidence
les variations locales de températures lorsqu’un fantôme numérique (tête et corps réalistes ou
modèles homogènes ou multicouches simplifiés) est soumis à une source d’excitation
électromagnétique allant de 24 à 30 GHz. Ces études s’appuient pour la plupart sur des
simulations électromagnétiques réalisées avec des logiciels (commerciaux ou « maison »)
utilisant des méthodes numériques rigoureuses dites « full-waves » c’est-à-dire qu’elles
résolvent les équations de Maxwell dans leur ensemble (méthode des moments MoM,
méthode des éléments finis FEM, méthode des intégrations finies FIT, méthode des
différences finies dans le domaine temporel FDTD). Sachant que les propriétés diélectriques
de la peau ou de la cornée de l’œil varient très peu (cf. Niremf op. cit.) dans la bande
24 - 30 GHz, les résultats intégrant cette bande sont inclus dans la présente analyse autour
de la fréquence 26 GHz.
Dans tous les cas, lors des simulations numériques, le maillage doit être suffisamment dense,
fin et petit vis-à-vis de la longueur d’onde pour tenir compte des couches de quelques
millimètres (Laakso et al., 2017 ; Yinliang Diao et al., 2020; Poljak et al., 2019). Dans le cas
contraire, les niveaux de champs électromagnétiques obtenus sont soit surestimés soit sous-
estimés, en raison des erreurs numériques (Laakso et al., 2017). De plus, il est important aussi
de noter qu’une des difficultés liées aux simulations numériques multiphysiques concerne
d’une part la maîtrise des sauts de valeurs entre les propriétés diélectriques des tissus
(Samaras et al., 2019 ; Wu et al., 2015) et d’autre part la maîtrise des propriétés thermiques
des tissus (Hirata et al., 2020 ; Yinliang Diao et al., 2020). Sans l’utilisation d’une méthode de
lissages de maillage, les moindres écarts peuvent conduire à des variabilités importantes dans
les résultats (Yinliang Diao et al., 2020).
La section qui suit est décomposée en deux parties. La première aborde les expositions aux
champs électromagnétiques en champ lointain autour de 26 GHz, tandis que la seconde est
focalisée sur les sources proches, et plus spécifiquement l’influence du champ réactif dans les
résultats de simulations numériques. Les Tableau 17 et Tableau 18 suivants présentent les
valeurs limites d’exposition préconisées par l’Icnirp (Icnirp, 2020) spécifiquement à 26 GHz (cf.
4.1).
Tableau 17 : Restrictions de base de l’Icnirp à 26 GHz
Type d’exposition (à
Densité de puissance
normaliser sur une surface Temps moyenné
absorbée maximale
de 4 cm²)
Densité de puissance
Type d’exposition Temps moyenné
incidente maximale
Femto-
0,001 à 0,25 10 à 100 1 à 30 Intérieur
Cellules
Micro-
1 à 10 200 à 2 000 100 à 2 000 Intérieur/extérieur
Cellules
Des tests de pico et micro-cellules réalisés dans des villes américaines ont montré des débits
élevés (100 Mbps sur 5 km à Janesville dans le Wisconsin (Ericsson143) ou 2 Gbps sur une
centaine de mètres au MetLife Stadium à New-York144). Néanmoins, ils ne peuvent être
généralisés car d’une part, en espace libre, les pertes s’accentuent en temps de pluie, de
brouillard ou de neige et d’autre part, ils ont été pratiqués dans une plaine désertique sans
aucun obstacle pour le test au Wisconsin et sans public dans le stade à New-York. Dans les
deux cas, il est par ailleurs probable que le maximum de puissance autorisée entre l’émetteur
et le récepteur ait été employée. En effet, de nombreuses études expérimentales montrent
que les pertes par propagation et par absorption dans les espaces urbains ou forestiers, ou
dans les milieux biologiques, sont importantes. Par exemple, concernant les pertes dans les
lieux publics, on peut se référer à l’étude d’Edmond et al. qui montre une perte de pénétration
d’au moins 5 dB (soit 70 % de pertes en puissance) pour des signaux à 28,8 GHz traversant
un mur creux en plaques de plâtre de quelques millimètres d’épaisseur (Edmond et al., 1988),
ou encore à celles de Wang et al. et Haneda et al. qui confirment des niveaux de pertes d’au
moins 5 dB à travers une porte en bois ou encore une vitre simple ou teintée de quelques
143 [Link]
144 [Link] nfl-stadium.
millimètres (Wang et al., 2017 ; Haneda et al., 2016). Concernant le mode de propagation et
de diffusion en milieu urbain (outdoor) ou à l’intérieur des bâtiments (indoor), on peut se référer
à des études récentes (Kim et al., 2020 ; Khalily et al., 2018 ; Medbo et al., 2017 ; Azpilicueta
et al., 2020) qui montrent à travers des modélisations numériques la complexité des
cartographies des champs et leur atténuation selon l’emplacement des sources dans la zone
concernée (outdoor ou indoor). Dans le cas « indoor » étudié dans (Kim et al., 2020), les
résultats qui ont pris en compte les modèles de l’affaiblissement de propagation proposés par
le consortium 3rd Generation Partnership Project (3GPP) montrent qu’à 28 GHz, les pertes de
transmission peuvent atteindre 73 dB selon l’agencement des pièces et des obstacles,
autrement dit en configuration de propagation sans visibilité directe (non-line-of-sight - NLOS).
Concernant l’exposition du corps humain à une source de rayonnement de type antenne
cornet, distante de d, en champ lointain, on peut se référer à la surface effective d’illumination
illustrée sur la Figure 25. Le rayon de la surface circulaire est alors estimé par :
r= tan (4)
Afin d’estimer la surface d’illumination d’une onde à 26 GHz, prenons comme exemple les
données expérimentales utilisées dans l’étude de (Wang et al., 2018) indiquées dans la Figure
26 ci-dessous.
La distance entre la source et le point de mesure est de 7,5 m ,et l’antenne cornet employée
possède un angle θ à –3 dB (cf. paramètre HPBW dans le tableau à droite de la Figure 26)
égal à 10°. Ainsi, d’après l’équation (4) on obtient un rayon de 65 cm, soit une surface
circulaire d’illumination effective de 1,34 m2. Au vu de ce résultat et sachant que la largeur
d’un tronc humain est en moyenne de 50 cm, on peut conclure qu’une personne sera illuminée
par l’onde plane sur une bonne partie du tronc.
On peut également, d’après ces données expérimentales, estimer le champ électrique incident
(valeur crête) ainsi que la densité de puissance incidente équivalente en utilisant les
formulations suivantes :
= (7)
( ⁄ ⁄ )
= (8)
Le coefficient de transmission est proche de 0,5 (Foster et al., 2020 ; Sasaki et al., 2017)
autour de 26 GHz. Il est à noter que le textile (laine ou coton) (Sacco et al., 2020) aura une
influence sur la densité de puissance incidente et donc sur le niveau de la densité de puissance
absorbée sur la peau, ce qui réduira le coefficient de transmission .
Les résultats de modélisation dans (Foster et al., 2020 ; Sasaki et al., 2017) pour des ondes
continues ou intermittentes confirment que l’élévation de température à des fréquences autour
de 26 GHz, pour des densités de puissance incidentes allant de 10 W/m2 à 50 W/m2, sont
nettement inférieures à 1°C. Compte tenu de ces éléments, et en se fondant sur la densité de
puissance incidente effective de 0,2 W/m2 issue du précédent exemple d’illustration, on peut
estimer que le rayonnement issu d’une antenne femto-cellule impliquera une très faible
élévation de la température, proche de quelques millièmes de °C.
Un autre point important à soulever dans les résultats de simulation en champ lointain est le
fait qu’il est très difficile de réaliser l’envoi d’une onde focalisée issue d’une antenne réaliste
sur un fantôme numérique. En effet, la source et la cible doivent être séparées de quelques
mètres ; ce qui n’est, pour l’heure, pas envisageable en matière de ressources mémoires pour
un logiciel. C’est pour cette raison que les simulations numériques en champ lointain se
contentent usuellement d’utiliser des conditions limites de Dirichlet afin d’imposer une onde
plane sur l’une des frontières de la boîte de calcul entourant un fantôme numérique réaliste
3D (Hirata et al., 2017 ; Laakso et al., 2017 ; Diao et al., 2016 ; Hirata et al., 2020). En
revanche, comme illustré dans la Figure 27(a), l’utilisation d’un code numérique « maison » de
type FDTD a permis à l’équipe de Hirata (Hirata et al., 2017) d’imposer un faisceau localisé
circulaire sur la surface d’un modèle simplifié multi-couches, avec différents diamètres de
focalisation (de 5 à 40 mm). La Figure 27(b) montre les résultats de l’élévation de la
température de surface normalisés par rapport à l’envoi d’une onde plane. Dans les deux cas
(onde plane et faisceau), la puissance incidente est de 10 W/m2. Les résultats montrent que
la densité de la puissance absorbée pour un diamètre de 40 mm correspond à 90 % de celle
d’une onde plane. Les auteurs ont conclu que l’élévation de la température pour une puissance
absorbée issue d’un faisceau d’un diamètre de 50 mm, ce qui correspondrait à une surface de
20 cm2 (ancienne recommandation en matière de restrictions de base de l’Icnirp, à savoir
10 W/m2 pour 20 cm2), sera équivalente à celle engendrée par une onde plane.
Considérant les nouvelles recommandations de l’Icnirp (Icnirp, 2020) qui se fondent sur une
surface de 4 cm2, cette situation correspondrait à 26 GHz à un faisceau de 22 mm de diamètre,
soit l’équivalent de 75 % de l’élévation de la température dans le cas d’une onde plane.
Dans le cas de l’œil, et plus spécifiquement de la cornée et du cristallin, il n’est pas possible
d’utiliser la formulation analytique (7) puisque le mécanisme de refroidissement convectif par
le flux sanguin ne s’applique pas ici. Dans ce cas, il est nécessaire de pratiquer des simulations
numériques avec l’une des méthodes rigoureuses précédemment citées. Dans la littérature,
on trouve des travaux de simulations de référence sur l’œil (Diao et al., 2016 ; Wessapan et
al., 2014; Poljak et Cvetkovic, 2019) mais pour des fréquences inférieures à 26 GHz. L’article
de Bernardi (Bernardi et al., 1998) est l’une des rares études qui ait abordé directement la
question de l’élévation de la température à 30 GHz sur la cornée pour une onde d’une densité
de puissance incidente de 10 W/m2. Bien que comme le montre la Figure 28, le fantôme
numérique de l’œil basé sur une modélisation FDTD présente un maillage assez grossier, les
auteurs ont conclu que, sur la base des résultats obtenus, il apparaît que l'utilisation des
valeurs limites d'exposition proposées par les différents organismes de protection contre les
rayonnements électromagnétiques entraînent des augmentations de température dans l'œil
qui ne sont pas susceptibles d'induire une opacification du cristallin, tout au moins à court
terme.
Une autre étude (Zhao et al., 2006) a abordé l’exposition de l’œil par une onde plane à 30 GHz,
avec une densité de puissance incidente de 10 W/m2 ; mais faute d’un couplage avec
l’équation de Pennes de bio-diffusion de la chaleur, seuls les DAS normalisés (cf. Figure 29)
selon les masses locales ont pu être donnés (impossibilité de moyenner sur 10 g car la masse
de l’œil n’est que de 7 g). Les auteurs comparent leur résultat du DAS sur l’œil entier
(17,7 . 10-2 W/kg pour 7,1 g) par rapport à la valeur limite de 2 W/kg pour 10 g de tissus, alors
en vigueur à l’époque de réalisation de l’étude. Or, cette comparaison se semble pas correcte,
puisque la recommandation de 2 W/kg pour 10 g n’était valable que pour des fréquences en
dessous de 6 GHz. En effet, l’Icnirp indique qu’au-delà de 6 GHz, le DAS n’est plus un
indicateur pertinent pour évaluer le niveau d’exposition. Les auteurs notent toutefois que la
concentration du DAS au niveau de la cornée est plus importante que dans les autres tissus
de l’oeil, ce qui traduit bien une concentration de l’énergie au niveau de la cornée.
Figure 29 : Valeurs de DAS dans les tissus de l’œil à 30 GHz (exposition de 10 W/m2)
Source : Zhao et al., 2006
L’étude réalisée par Laakso et al. a évalué l’élévation de température des tissus de la tête
exposés à une source lointaine, d’intensité très élevée. La Figure 30 représente la distribution
surfacique de températures obtenue par simulation sur un fantôme numérique réaliste de tête
humaine (Laakso et al, 2020). L’exposition à une onde plane incidente uniforme intermittente,
sur une durée de 5s, à une intensité très élevée, bien au-delà des valeurs limites d’exposition,
provoque une élévation de la température non uniforme. En effet, à 26 GHz, la longueur d’onde
dans les tissus est proche de 2 mm, ce qui implique que l’onde électromagnétique interagit
avec les reliefs du visage. Ainsi, selon la polarisation de l'onde incidente, plusieurs points
chauds de température se forment en raison de réflexions et de diffractions multiples au niveau
du nez et d'autres parties du visage. Leurs emplacements correspondent aux maxima
d'absorption de la puissance électromagnétique
Bien que la mesure d’exposition réalisée par Wang et al. (Wang et al., 2017) a été réalisée
avec une simple antenne cornet directive, elle peut aider à mieux appréhender le scénario
d’un rayonnement issu par exemple d’un réseau 2D d’antennes 5G dans la bande
« millimétrique », qui peut avoir des gains supérieurs à 20 dBi selon le nombre d’antennes
élémentaires incorporées. Comme le montre la Figure 31(a), on trouve des réseaux composés
de 64 éléments145,146,147 (Zhang et al., 2019 ; Raney et al., 2018) à 256 éléments (Hautcoeur
et al., 2010) déposés sur un substrat du type RT-Duroïd (2 < < 4). La Figure 31(b) illustre les
caractéristiques dimensionnelles d’un réseau 2D d’antennes.
145 [Link]
antenna.
146 [Link]
blocks-for-28ghz-small-cells.
147 [Link]
system-and-antenna-array-for-5g-network-base-stations.
Quelles sont les conséquences de l’exposition à des ondes intermittentes dans les bandes de
fréquences « millimétriques » sur le mécanisme du transfert de chaleur ? Dans cette situation,
l’Icnirp recommande d’utiliser l’énergie absorbée à la place de la densité de puissance
absorbée comme indicateur d’exposition. Foster a proposé un modèle analytique pour estimer
l’élévation de la température selon la durée de l’impulsion, qui peut être plus ou moins
importante en fonction du temps intrinsèque caractérisant la conduction thermique de la
peau (Foster et al., 2020). La Figure 32 montre les élévations maximales de température
consécutives à des expositions à des ondes de durée limitée (10 s, 1 s, impulsion) et de
densité surfacique d’énergie de 18 kJ/m2 (valeur limite recommandée par l’agence américaine
Federal Communications Commission) et à une onde continue de densité de puissance de
50 W/m2. Il est à noter que bien que les impulsions engendrent des élévations de température
très élevées, elles décroissent très rapidement. Les auteurs soulèvent ainsi la question de
l’effet réaliste de ces pics sur l’élévation de la température de la peau. Ces résultats récents
obtenus sur un modèle analytique doivent être vérifiés par des simulations numériques 3D
plus approfondies.
L’exposition en champ proche se différencie du champ lointain par le fait que, d’une part le
rayonnement ne peut plus être considéré comme une onde plane et, d’autre part, par le fait
que l’environnement proche de l’antenne (main, tête, mur, etc…) crée un couplage avec la
Pour des expositions issues de téléphones mobiles intégrant des antennes de petites
dimensions (cf. [Link]), ces notions de distances perdent leur sens car, contrairement aux
réseaux d’antennes, on ne peut pas définir ici la plus grande dimension de l’antenne. Ainsi,
pour des antennes de petites dimensions, la zone de Rayleigh est définie par le facteur
/(2 ) (Balanis et al., 2005 ; Colombi et al., 2018 ; Carrasco et al., 2021) comme dans le cas
d’une antenne ponctuelle, soit près de 2 mm autour de la bande de fréquence 26 GHz. Dans
cette zone très proche, les termes 1/r2 et 1/r3 d’atténuation du champ électromagnétique sont
prépondérants sur ceux en 1/r, ce qui implique que les champs électriques et magnétiques
décroissent très rapidement. Ainsi, la densité́ de puissance rayonnée décroit très rapidement,
car elle contient des termes en 1/r5. L’exposition de la tête ou de toute autre partie du corps à
une source placée dans cette zone inférieure à /(2 ) est difficile à déterminer, en raison du
couplage particulièrement complexe dans cette zone. En effet, en première approximation on
pourrait penser que la partie réactive du champ va dépendre fortement de la présence de la
tête (Zhao et al., 2016), mais comme le soulignent Colombi et al., la partie réactive du champ
ne contribue en réalité que très faiblement à la puissance dissipée totale puisque le couplage
entre la tête et l'antenne provoque une désadaptation de l'antenne (Colombi et al., 2018).
Ainsi, l'augmentation éventuelle de ce couplage va être compensée par la diminution de
puissance provoquée par la désadaptation de l'antenne. La présence de la main accentue ce
phénomène.
Dans les études de Colombi et al. et Carrasco et al., les auteurs soulèvent le fait que ce
couplage entre la partie réactive du champ et la tête sera en réalité très faible, car la distance
entre la tête et les antennes miniatures intégrées au sein d’un smartphone est conditionnée
par l’épaisseur de la coque de ce dernier, qui est supérieure à 2 mm (Colombi et al., 2018 ;
Carrasco et al., 2021).
Le groupement 3GPP (3GPP, 2016) a proposé des spécifications pour la puissance minimale
du terminal mobile en ondes millimétriques, pour que le bilan de puissance émetteur-récepteur
soit satisfaisant tout en limitant les interférences. Cette puissance est exprimée en puissance
rayonnée totale ou en de puissance rayonnée isotrope équivalente (EIRP).
148L’adaptation d’une antenne représente sa capacité à transférer l’énergie électrique qui lui est
communiquée en rayonnement dans l’environnement.
Des simulations du rayonnement d'un téléphone mobile disposant d'un réseau linéaire
d'antennes à 4 ou 8 éléments ont été réalisées pour des fréquences de 28 et 39 GHz. Les
résultats montrent que les puissances recommandées par le 3GPP pour les communications
sont compatibles avec les limites d'exposition proposées par l'Icnirp (Xu et al., 2019).
Le niveau d’exposition en situation de champ proche dépendra des antennes mobiles
intégrées dans les futurs smartphones. Comme illustré sur la Figure 33, les modèles
d’antennes proposés sont généralement des cellules de réseaux d’antennes planaires parfois
à base de motifs à fente déposés sur un substrat du type RT-Duroïd. Étant donné que
l’ensemble doit être intégré dans un environnement miniaturisé, le nombre d’antennes
planaires repliées est limité à quelques éléments pour quelques centimètres de long (Curtis et
al., 2016). Cela permet des gains proches de 10 dBi (Navqi et al., 2019 et 2020 ; Mantash et
al., 2020) avec des diagrammes de rayonnement proches d’une émission quasi-
omnidirectionnelle, qui donne la possibilité de recevoir le maximum d’énergie provenant des
stations de base selon plusieurs angles d’incidence.
Un certain nombre d’études (Colombi et al., 2018 ; Tooba et al., 2018 ;Hirata et al., 2017 ;
Wang et al., 2018 ; Ojaroudi et al., 2019 ; Morimoto et al. 2016 et 2017), dont une très récente
(Morelli et al., 2021), ont permis de calculer la puissance absorbée en champ proche issue
d’un réseau d’antennes à 26 GHz (dipôle, patch ou à base de motifs à fente) à quelques
millimètres de distance d'un fantôme numérique multicouches (Colombi et al., 2018 ; Tooba et
al., 2018 ;Hirata et al., 2017 ; Wang et al., 2018) ou plus réaliste (Ojaroudi et al., 2019 ;
Morimoto et al. 2016 et 2017 ; Morelli et al., 2021). Les résultats de Morelli montrent que pour
tous les scénarios d'exposition considérés, les valeurs de la densité de puissance absorbée
sont très faibles. Les calculs de la profondeur de pénétration du champ électrique ont montré
que l'énergie électromagnétique est rapidement absorbée dans l'épiderme et le derme. Des
valeurs élevées de DAS local maximal, localisées au niveau de la peau, sont observées, ainsi
que des différences faibles entre les adultes et les enfants.
5.2.4 Conclusions
L’exposition aux champs électromagnétiques liés aux applications 5G dans la bande 26 GHz
se différencie de celle de la bande 3,5 GHz par le fait que la profondeur de pénétration des
ondes est de l’ordre du millimètre, ce qui conduit à une exposition superficielle pour la peau
ou l'œil. Les estimations issues de données expérimentales et de simulations concernant
l'exposition à des sources lointaines (distances de plusieurs mètres) indiquent que les densités
Méthode d’évaluation
Il est à noter qu’il existe très peu d’études consacrées aux nouvelles bandes de fréquences
de la 5G. Le groupe de travail s’est donc intéressé à des bandes de fréquences plus larges
que celles prévues pour le déploiement de la 5G.
Comme indiqué au paragraphe 1.2 (cf. Figure 1), la présente expertise a pour objectif d’évaluer
si des risques pour la santé peuvent être associés au déploiement de la 5G. Cette démarche
nécessite de croiser les informations disponibles concernant d’une part les effets sur la santé
intrinsèques aux champs électromagnétiques dans les bandes de fréquences de la 5G, en
fonction de l’intensité de l’exposition, et d’autre part les niveaux d’exposition des populations
considérées.
L’appréciation du risque sanitaire (chapitre 7) est donc réalisée, pour chaque bande de
fréquences séparément, au regard des connaissances sur les effets sanitaires d’une part
(chapitres 5 et 6), et sur les niveaux d’exposition d’autre part (chapitres 4 et 5).
Pour déterminer les effets intrinsèques des rayonnements, l’Anses a, dans les expertises
conduites précédemment sur les radiofréquences (rapport publiés en 2013, 2016, etc.), utilisé
des méthodes d’évaluation du niveau de preuve des effets sur la santé. Ces méthodes
supposent en règle générale de réaliser au préalable des revues systématiques des effets
recensés, en analysant l’ensemble de la littérature scientifique disponible répondant aux
critères d’intégration. Dans le calendrier dévolu à cette expertise, il n’était pas envisageable
de procéder de cette façon pour l’ensemble des bandes de fréquences de la 5G. Les méthodes
spécifiques à chaque bande de fréquences de la 5G choisies par le groupe de travail pour
évaluer les risques sanitaires sont décrites ci-dessous.
Pour l’étude des effets sanitaires éventuels dans la bande 700-2 500 MHz, le groupe de travail
s’est appuyé sur les expertises précédentes de l’Anses portant sur les effets sanitaires des
champs électromagnétiques radiofréquences (Anses, 2013 et 2016). Ces éléments ont été
complétés par l’analyse de rapports d’expertises internationaux récents. Il ne s’agit donc pas
d’une nouvelle évaluation du niveau de preuve à partir de l’analyse d’études originales. Les
éléments apportés par les rapports d’expertise d’autres organismes ont permis d’évaluer si de
nouvelles données étaient de nature à modifier, ou non, les conclusions précédentes de
l’Anses concernant les effets sanitaires des radiofréquences. À noter par ailleurs qu’une
expertise visant à réévaluer le niveau de preuve de la cancérogénicité des radiofréquences
est en cours d’instruction à l’Anses (toutes bandes de fréquences confondues).
Pour la bande 3,5 GHz spécifiquement, il n’existe qu’un très petit nombre de publications
scientifiques étudiant des effets sanitaires éventuels dans cette gamme de fréquences. Il
n’était donc pas possible de conduire une évaluation du niveau de preuve d’effes éventuels
spécifiques de cette fréquence. Par ailleurs, si la fréquence 3,5 GHz est proche de fréquences
plus basses très étudiées, le chapitre 5.1 a présenté les similitudes et divergences en matière
d’interaction avec le vivant entre ces différentes fréquences. De ce fait, la possibilité d’utiliser
les résultats d’études obtenus à des fréquences voisines a été étudiée. Une réflexion
concernant l’impact de la fréquence sur les réponses physiologiques/biologiques chez
l’humain et l’animal dans les bandes de fréquences proches de la téléphonie mobile
(900 MHz - 2,5 GHz, pour lesquelles il existe une littérature abondante) a ainsi été menée, elle
est présentée dans le paragraphe 6.3.2. Les conclusions du groupe de travail concernant les
effets sanitaires éventuels des expositions aux champs électromagnétiques dans la bande
autour de 3,5 GHz s’appuient ainsi sur ces deux types de données : les quelques études
scientifiques disponibles (bande 3,5 GHz) et la réflexion sur l’impact de la fréquence sur des
effets biologiques ou physiologiques observés (bande 900 MHz - 2,5 GHz).
Enfin, concernant la bande de fréquences situées autour de 26 GHz, compte tenu des
modalités d’interactions biophysiques dans ces bandes, le groupe de travail a considéré toutes
les publications utilisant des fréquences entre 18 et 100 GHz. Les études conduites dans cette
bande de fréquences sont notamment relatives à des technologies radar ou encore à des
dispositifs thérapeutiques (voir aussi le chapitre « Les ondes radiofréquences millimétriques
et leurs applications thérapeutiques chez l’Homme », en Annexe 7). En fonction de la
disponibilité des études, une évaluation du niveau de preuve a pu être conduite selon les effets
considérés.
Pour les bandes de fréquences autour de 3,5 GHz et 26 GHz, la présente expertise s’est
appuyée sur une analyse de la littérature scientifique internationale disponible recherchant les
effets biologiques et sanitaires liés à une exposition aux champs électromagnétiques dans ces
bandes de fréquences utilisées par les technologies 5G. Pour ce faire, une recherche
bibliographique a été menée prenant en compte différentes sources de données :
publications issues de la recherche bibliographique implémentée par le groupe de
travail ;
publications issues de la bibliographie du rapport intermédiaire du rapport de l’Anses
(Anses, 2019) ;
publications issues de la bibliographie de la revue de Simko et Mattsson (2019) ;
publications transmises par les membres du comité de dialogue « radiofréquences et
santé ».
Pour la bande de fréquences autour de 3,5 GHz, les articles considérés comme pertinents
concernaient les fréquences étudiées entre 3 et 4 GHz.
Pour la bande de fréquences autour de 26 GHz, tous les articles étudiant les fréquences entre
18 et 100 GHz ont été considérés, compte tenu de l’homogénéité des interactions
biophysiques dans cette bande (cf. chapitre 5.2).
La recherche bibliographique a été réalisée sur la période qui s’étend de janvier 2012 à juillet
2020. Certaines études clés, parues de juillet 2020 à mars 2021 ont également été incluses
lorsqu’elles ont été jugées pertinentes et de qualité satisfaisante. De plus, les experts ont pu
inclure dans la bibliographie toutes études parues avant 2012 si cela semblait nécessaire,
notamment pour présenter un état de l’art dans les parties introductives des chapitres relatifs
aux effets sanitaires.
biologiques, médicales mais aussi relatives aux sciences humaines et sociales. PubMed est
un moteur de recherche centré sur les publications du domaine médical et des sciences de la
vie.
Les documents pris en compte dans l’expertise sont des articles originaux scientifiques publiés
en langue anglaise ou française dans des revues à comité de lecture, sans préjuger de leur
facteur d’impact.
Les revues descriptives ou narratives, qui consistent à synthétiser l’ensemble des études
publiées sur un sujet donné sur une période de temps définie n’ont pas, quant à elles, été
analysées.
[Link] Bibliographie
Dans un premier temps, le groupe de travail a listé, sur la base d’avis d’experts, l’ensemble
des mots clef associés aux effets sanitaires possibles liés à une exposition aux technologies
5G. Ceci a permis de définir, au-delà des effets sur la santé de manière générale, plusieurs
catégories d’effets sanitaires à investiguer.
Les experts du groupe de travail ont analysé et discuté collectivement les articles recensés.
Chaque article a été sélectionné à partir de son titre et de son résumé afin d’évaluer sa
pertinence par rapport à la question traitée. Les articles retenus ont ensuite été analysés en
détail par deux experts, et un troisième expert, compétent pour juger de la qualité du système
d’exposition, a complété l’analyse critique de chaque article. Ces analyses ont alors été triées
selon le type d’effet étudié et discutées en réunions plénières, afin d’évaluer collectivement le
niveau de qualité méthodologique de la publication.
6.1.4 Critères de qualité retenus pour l’analyse des études et présentation des
résultats
Lors de l’analyse des publications, les experts ont exclu celles qui présentaient des faiblesses
méthodologiques majeures, comme par exemple des facteurs de confusion trop importants
non pris en compte ou des systèmes d’exposition inadéquats.
Les résultats des études retenues par les experts du groupe de travail pour l'évaluation des
effets sanitaires des technologies 5G sont présentés de manière succincte pour chaque effet
étudié.
Il est important dans cette étape d’évaluation du niveau de preuve de bien distinguer les effets
biologiques des effets sanitaires. Rappelons que les effets biologiques sont des changements
d'ordre biochimique ou physiologique qui sont induits dans une cellule, un tissu ou un
organisme, en réponse à une stimulation extérieure. Un effet biologique se situe dans les
limites de la capacité du système biologique à maintenir l’équilibre de son milieu intérieur en
Figure 34 : Logigramme d'évaluation des éléments de preuve relatifs à un effet donné dans les études sur
les modèles animaux
Les données relatives à l’effet étudié pour l'animal de laboratoire sont classées selon les
catégories ci-après.
Éléments de preuve suffisants pour conclure à l’existence d’un effet : une relation de
cause à effet a été établie entre l'exposition à la 5G considérée et l’effet étudié a) chez deux
espèces animales ou plus ; ou b) dans le cadre de deux études distinctes ou plus, portant sur
une même espèce, effectuées à des moments différents, ou dans des laboratoires différents,
ou selon des protocoles différents.
Éléments de preuve limités pour conclure à l’existence d’un effet : les données
disponibles laissent penser qu'il existe un effet, mais elles sont limitées et ne permettent pas
de faire une évaluation définitive parce que : a) les éléments de preuve de l’effet se limitent à
une seule expérience mais dont le protocole a été jugé de bonne qualité sans limites
méthodologiques majeures; ou b) plusieurs études de bonne qualité montrent des résultats
convergents mais des questions restent en suspens en ce qui concerne la pertinence du
protocole, la conduite ou l'interprétation des données ; ou l'incidence de l’effet observé peut
être naturellement élevée chez certaines souches.
Les éléments de preuve disponibles ne permettent pas de conclure à l’existence ou non
d’un effet : les études ne peuvent pas être interprétées comme prouvant la présence ou
l'absence de l'effet étudié, parce que : a) il n’existe qu’une seule étude, qui ne montre pas
d’effet b) plusieurs études disponibles ne montrent pas d’effet mais elles n’ont pas été
effectuées chez 2 espèces animales au moins, ou bien c) elles présentent d'importantes
faiblesses d'ordre qualitatif ou quantitatif.
Les données disponibles ne montrent pas d’effet : un nombre suffisant d'études sont
disponibles, portant sur deux espèces au moins, qui montrent, de manière convergente et
dans les limites des expériences réalisées, que la technologie 5G considérée n’a pas d’effet.
Lorsque les renseignements obtenus suggèrent une « absence d’effet », cette conclusion ne
peut s'appliquer qu'à l’effet étudié, aux radiofréquences considérées, aux conditions et niveaux
d'exposition et à la durée d'observation pris en considération dans les études.
6.2.1 Introduction
149Les études de provocation sont souvent considérées comme le meilleur moyen de démontrer, en
laboratoire, l’existence d’un lien de causalité entre les expositions aux champs électromagnétiques
d’une part, et la survenue et la persistance des symptômes d’autre part.
effets étudiés, dans le paragraphe 6.2.2) à partir d’une littérature antérieure à 2013 pour les
données chez l’adulte et à 2016 pour les études chez l’enfant et sur le développement.
L’objet de ce chapitre est de proposer succinctement un état des lieux des connaissances
depuis 2016 à partir de rapports internationaux récents ciblant les effets des radiofréquences
dans les bandes utilisées pour les techniques de l’information et de la communication (2G, 3G,
4G, Wi-Fi) en Europe et en Suisse, soit 835 – 2 600 MHz. Si la bande 700 MHz est citée dans
le rapport du Conseil de la santé des Pays Bas (cf. 6.2.3), elle n’a jusqu’à maintenant fait l’objet
que de rares publications et ses effets biologiques ou physiologiques et sur la santé chez
l’homme ou l’animal sont peu, voire pas explorés. La question se pose également de savoir si
on peut extrapoler les conclusions obtenues dans la bande 835 MHz - 2 600 MHz à la bande
700 MHz. On trouvera des éléments à ce sujet dans le paragraphe 6.3.2.
Ainsi, le présent chapitre présente les principaux éléments et conclusions apportés par quatre
rapports suédois publiés en 2018, 2019, 2020 et 2021, un rapport hollandais publié en 2020,
un rapport espagnol et un rapport suisse publiés en 2019.
6.2.2 Les rapports annuels suédois « Recent research on EMF and health risk »
par le SSM’s scientific council on electromagnetic fields (2018, 2019, 2020
et 2021)
Fondés sur l’examen de la littérature scientifique de 2016 à 2020, ces 4 rapports ciblent
l’ensemble des ondes électromagnétiques et sont divisés chacun en 4 parties : champs
statiques (0 Hz), extrêmement basses fréquences (0 - 300 Hz), fréquences intermédiaires
(300 Hz – 10 MHz) et radiofréquences. Pour le présent chapitre, seules les parties consacrées
aux radiofréquences sont considérées, soit la gamme (10 MHz – 300 GHz), mais la très
grande majorité des études concerne la gamme de 835 MHz à 2,5 GHz, soit les fréquences
de la téléphonie mobile et du Wi-Fi. Au sein de chaque partie sont considérées les études : i)
cellulaires in vitro, ii) chez l’animal, iii) de provocation chez l’homme et iv) épidémiologiques.
Comme précédemment (cf. Rapports Anses 2013, 2016), les principaux effets recherchés
chez l’Homme sont : le cancer ; le comportement, la cognition, la mémoire ; la reproduction et
la fertilité (études épidémiologiques) ; l’activité cérébrale et électroencéphalogramme (EEG,
veille et sommeil) ; la cognition ; l’électrohypersensibilité et les symptômes décrits (études de
provocation). Chez l’animal, les effets étudiés concernent principalement le cerveau
(comportement, cognition, mémoire), la fertilité, le stress oxydant, la génotoxicité et
[Link]érogenèse. Enfin, les études cellulaires sont focalisées surtout sur la mort cellulaire par
apoptose, le stress oxydant, la réponse adaptative (en présence d’un agent physique ou
chimique) et la génotoxicité.
Études cellulaires in vitro
Comme dans les rapports précédents, un certain nombre d’études n’ont pas été retenues pour
des raisons méthodologiques. Comme précédemment également, la plupart des 31 études
retenues ne rapportent pas d’effet, sauf dans quelques cas où des paramètres du stress
oxydant sont affectés. Les types cellulaires étudiés sont issus de divers organes d’origine
animale - rongeurs (spermatocytes, cerveau [astrocytes, neurones, microglies], cellules de
moelle osseuse...) - ou d’origine humaine (neuroblastomes, glioblastomes, fibroblastes,
lymphocytes, sang de cordon ombilical…). Dans certaines études, le type de cellules semble
jouer un rôle dans l’apparition d’effets des radiofréquences. De plus, pour des valeurs de DAS
élevées (4 W/kg), quelques effets cellulaires ont été mis en évidence (ex : dommages de l’ADN
et formation de radicaux libres oxygénés [spermatocytes], morphologie des neurones
corticaux). De plus, ces nouvelles études confirment que l’exposition aux radiofréquences est
capable de moduler (augmentation ou diminution) les effets induits par des agents chimiques
ou physiques (rayons ionisants [gamma, X], agents mutagènes).
Études chez l’animal
Comme précédemment, les 91 études analysées et retenues concernent de nombreux
paramètres, notamment pour les études sur le cerveau. Comme dans les rapports antérieurs,
les auteurs indiquent que les résultats des études sur le comportement et la mémoire sont non
cohérents, avec des altérations de la mémoire ou de l’exploration, ou une absence de
changement pour des expositions similaires. Par exemple, une étude montre des
changements indiquant des dommages dans le cerveau, une réduction de la mémoire à long-
terme après 15 min d’exposition aux radiofréquences. Deux autres études ne montrent pas ce
type d’effets chez le rat jeune ou âgé après 4 semaines d’exposition. Enfin, deux études
montrent des effets bénéfiques des radiofréquences, la 1e, sur la mémoire testée par la
reconnaissance d’objets et la 2de sur la cognition dans un modèle d’Alzheimer de souris
transgénique. De plus, ces effets des radiofréquences sur la cognition apparaissent parfois
pour des DAS très bas (14-179 mW/kg) ou très hauts (7 W/kg), tandis qu’une absence d’effet
est constatée à des DAS intermédiaires (0,2-3,3 W/kg). Une étude montre des effets
comportementaux (anxiété, activité) et sur le cerveau (stress oxydant) qui dépendent de la
fréquence du signal radiofréquence, observés à 2 450 MHz, pas à 900 ni à 1 800 MHz.
L’anxiété augmente dans trois études sur quatre. Des effets ont aussi été observés sur la
neurotransmission et les voies de signalisation dans le cortex et l’hippocampe, mais là encore,
le lien avec le niveau d’exposition n’est pas clair. Des effets thermiques pour les DAS élevés
ne peuvent être exclus.
Pour les effets des radiofréquences sur le cancer, les auteurs du rapport indiquent que
l’étude150 du National Toxicology Program (NTP) rapporte pour l’essentiel l’absence
d’association significative avec les radiofréquences, sauf pour le schwannome cardiaque chez
le rat mâle, qui apparait aussi dans l’étude de Falcioni (Falcioni et al., 2018). Ces études, selon
les auteurs, n’indiquent pas clairement un effet cancérigène potentiel des radiofréquences
chez l’humain.
Plusieurs études citées dans ces rapports montrent des altérations de l’expression de gènes
cérébraux pour un DAS de 4 W/kg, posant la question des effets thermiques. L’exploration du
stress oxydant et/ou de la mort cellulaire par apoptose montre fréquemment une augmentation
dans le cerveau et dans d’autres tissus (œil, testicules, nerf sciatique), contrairement aux
études antérieures à 2016, et ceci est constaté même à des niveaux d’exposition faibles. Dans
les études exposant les animaux pour des durées variables, le stress oxydant est réduit après
les expositions les plus longues.
Enfin, une exposition prénatale affecte le système reproducteur des mâles et des femelles
(DAS = 0,05 W/kg). Une étude montre que l’exposition prénatale (900 MHz, 17,25 V/m)
impacte le nombre de follicules dans les ovaires des jeunes femelles et d’autres paramètres
en lien avec le stress oxydant. Comme dans les études précédentes, au niveau des testicules,
les radiofréquences peuvent induire une baisse du nombre de spermatozoïdes et de leur
viabilité, augmenter le stress oxydant, induire des changements dans l’expression de gènes
et de marqueurs de l’inflammation ainsi qu’une diminution des taux de testostérone circulante.
Le SSM conclut qu’une augmentation du stress oxydant ou des effets sur le comportement
sont retrouvés, mais les données restent « non-cohérentes ». Les rapports du SSM pointent
150 [Link]
en 2020 et 2021 le besoin de revues systématiques des études notamment sur le stress
oxydant et aussi la fertilité chez le mâle, avant de pouvoir conclure à un effet possible pour la
santé humaine.
tumeur, et ne sont pas en faveur d’un rôle des radiofréquences émises par les téléphones
mobiles. Il y a donc peu d’indications de changement de l’incidence et du risque.
Les 5 études sur la fertilité masculine ne permettent pas d’associer les problèmes de fertilité
ou de qualité du sperme aux radiofréquences, car aucune mesure de l’exposition au niveau
des testicules a été faite, seul l’usage du téléphone a été considéré. D’autres facteurs causaux
comme le manque d’activité physique ou le stress ne peuvent être écartés. Ce qui en fait une
limitation importante des études.
Les nouvelles études sur l’usage du téléphone mobile et autres média électroniques en
relation avec la qualité de vie, la santé, le sommeil, les fonctions cognitives et le comportement
chez l’enfant et l’adolescent rapportent souvent des associations. Les causes sous-jacentes
sont difficiles à élucider. Elles pourraient ne pas être en lien avec les radiofréquences mais
plutôt avec les usages (texting, gaming) ou la détérioration du sommeil (anxiété, troubles
respiratoires) où des associations ont été mises en évidence. Ainsi, certaines études
proposent comme facteur causal la lumière bleue, les éveils nocturnes ou les comportements
addictifs. Enfin, deux études montrent des effets positifs (score moteur, compétences
langagières, index de développement psychomoteur entre 6 mois et 3-5 ans) et négatifs
(complexité des phrases à 3 ans) sur le développement des enfants en lien avec l’usage du
téléphone par la mère pendant la grossesse, suggérant là encore que d’autres facteurs sont
en jeu. Cela pourrait être différent pour les performances cognitives (baisse des performances
en mémoire verbale) où une association plus forte a été trouvée avec l’exposition aux
radiofréquences par rapport aux usages (une étude), mais non confirmée par d’autres études
chez l’enfant et l’adolescent. De même, une étude suisse donne des indications d’un effet des
radiofréquences sur les fonctions cognitives, effet qui nécessite d’être confirmé.
En ce qui concerne l’électrohypersensibilité ou EHS (28 études, 1 méta-analyse), aucune piste
identifiant des caractéristiques physiologiques de l’EHS pouvant aider au diagnostic n’a abouti.
Enfin, comme toujours, les membres du conseil du SSM rappellent que la qualité des études
est très hétérogène, de nombreuses études ont été exclues, l’absence de standards
internationaux pouvant améliorer la qualité des études publiées et du système de peer-review
des journaux est encore et toujours à relever. Le rapport souligne que la publication d’études
de mauvaise qualité, pouvant effrayer la population, peut avoir un impact sur sa santé et son
bien-être, justifiant que seules les études de bonne qualité méthodologique devraient être
financées, réalisées et publiées.
de la fertilité et de certains marqueurs chez les animaux mâles a été retrouvée comme
précédemment, alors que chez l’homme, les études ne permettent pas d’associer les
radiofréquences à une baisse de la fertilité.
Enfin, au niveau cellulaire, les rapports pointent la mauvaise qualité de nombreuses études et
le besoin de revues systématiques notamment sur les effets des radiofréquences sur la
génotoxicité et le stress oxydant, pour lesquels un effet des radiofréquences est régulièrement
décrit.
Symptômes
Dans 28 études épidémiologiques, on a cherché à savoir si l'utilisation d’un téléphone mobile
ou le fait de vivre à proximité d'une station de base est associé avec des symptômes signalés.
Dans dix de ces études, aucune association n'a été observée et 18 études ont constaté une
association entre le lieu d’habitation et l’apparition de symptômes. Dans 35 des 36 études
expérimentales sur l'Homme, aucun effet de l'exposition aux radiofréquences sur leur
apparition n’a été observée. En conséquence, aucune relation n'a été trouvée entre
l'exposition aux champs électromagnétiques radiofréquences et l'apparition de symptômes tels
que maux de tête, insomnie, problèmes de concentration, acouphènes et éruptions cutanées.
Système auditif
Aucun effet n'a été observé dans 6 études épidémiologiques, 10 études expérimentales
humaines et 7 études expérimentales sur les animaux. Dans 2 études animales, une
augmentation des potentiels évoqués a été constatée chez les animaux traités.
La commission conclut que pour la gamme de fréquences de 700 à 2 200 MHz, aucun effet
défavorable sur le système auditif n'a été observé.
Yeux
Aucun effet sur la vision n'a été observé dans 4 études expérimentales chez l'Homme. Dans
une étude animale, une expression accrue de deux gènes impliqués dans la mort cellulaire
programmée (apoptose) a été observée dans les tissus oculaires. Le comité estime que les
données sur l’implication des radiofréquences dans la bande 700 – 2 200 MHz pour les
dommages de l'œil ne sont pas concluantes.
Système cardio-vasculaire et système nerveux autonome
Une étude épidémiologique a révélé un risque accru de cardiopathie ischémique associé à
l'utilisation quotidienne d'un téléphone mobile. Dans 20 études expérimentales humaines,
aucun effet n'a été observé, 3 études montrent un effet défavorable sur les variations du
rythme cardiaque, et 1 étude montre un effet qui n'est pas clairement favorable ou défavorable
(une augmentation transitoire de la circulation sanguine dans la peau a été constatée). Le
comité conclut qu'aucun effet de l'exposition aux champs électromagnétiques radiofréquences
sur le système cardiovasculaire et le système nerveux autonome n'a été constaté dans la
gamme de fréquences de 700 à 2 200 MHz.
Maladies neurodégénératives
Une étude épidémiologique a été publiée, qui a révélé un risque accru de sclérose latérale
amyotrophique. En raison de la quantité limitée de données, il n’est pas possible d’établir une
relation entre l'exposition à la bande 700 – 2 200 MHz et les maladies neurodégénératives.
Fertilité
Aucun effet sur la fertilité masculine n'a été observé dans 5 études sur l’animal ; dans 1 étude
des effets défavorables ont été constatés, dans 2 études un effet favorable, et dans 2 études
à la fois des effets favorables et défavorables. Le comité conclut, sur la base des études
animales, qu'aucune relation ne peut être établie.
Pour la fertilité féminine, dans une étude épidémiologique, un effet défavorable a été observé
(diminution de la durée de la grossesse). Dans 7 études sur l’animal, aucun effet n'a été
constaté, et dans 1 étude, un effet défavorable a été observé (réduction du nombre de cellules
nerveuses dans l'hippocampe des nouveau-nés). Le comité conclut que des effets
défavorables de l'exposition aux champs électromagnétiques radiofréquences pendant la
grossesse, sur le déroulement de la grossesse, sur les malformations congénitales et sur le
développement précoce sont possibles.
Comportement
Dans 3 études épidémiologiques sur 9, aucune relation n'a été observée. Dans 5 autres études
épidémiologiques, des effets défavorables ont été observés et dans 1 étude, un effet favorable
a été observé. Dans 16 études sur l’animal, aucun effet sur le comportement n'a été constaté,
dans 8 études un effet défavorable a été observé, dans 3 études un effet favorable a été
observé et dans 2 études un effet favorable et un effet défavorable ont été observés. Le comité
conclut que les effets (favorables et défavorables) ne peuvent être exclus et qu'un effet est
possible.
Cognition
Deux des 11 études épidémiologiques ne montrent pas d'association, 4 montrent une
association défavorable, 2 une association favorable, 2 une association favorable et
défavorable et 1, une association non clairement favorable ou défavorable. Dans 31 études
expérimentales sur l'Homme, aucun effet n'a été constaté, dans 7 un effet défavorable et dans
8 un effet favorable. Sur les 24 études sur l’animal, 14 ne montrent aucun effet, 9 un effet
défavorable et 1 un effet favorable. La commission conclut qu'un effet favorable et un effet
défavorable sont tous deux possibles.
Sommeil
Sur les 21 études épidémiologiques qui ont été identifiées, 12 ne montrent aucune association
entre l’exposition aux radiofréquences et le sommeil, 6 présentent une association
défavorable, 2 présentent une association favorable et 1, une association qui pourrait être à la
fois favorable et défavorable. Dans 12 études expérimentales sur des volontaires humains,
aucun effet n’a été trouvé, tandis que dans 14 études, un effet a été constaté. Le comité conclut
qu'un effet est possible.
Neurotransmission cérébrale
Dans 2 études sur l’animal, aucun effet n'a été constaté, dans 8 un effet défavorable a été
constaté. Deux autres études montrent des effets qui ne sont pas clairement favorables ou
défavorables. La commission conclut que les champs électromagnétiques radiofréquences
peuvent avoir un effet sur la neurotransmission cérébrale.
Activité électrique du cerveau
Pour la gamme de fréquences 700 – 2 200 MHz, 23 études expérimentales sur l'Homme ont
été évaluées, aucun effet sur l'activité électrique du cerveau n’a été observé, et dans 41 études
on a observé des effets qui ne sont pas clairement favorables ou défavorables. Dans 4 études
sur les animaux, aucun effet n'a été constaté, et dans 5 études, des effets qui ne sont pas
clairement favorables ou défavorables ont été constatés. La conclusion du comité est qu'un
effet est probable, mais il n'est pas clair si les effets sont favorables ou défavorables.
Barrière hémato-encéphalique
Il existe une étude épidémiologique qui n'a pas trouvé d'association entre l'exposition aux
radiofréquences entre 700 et 2 200 MHz et la barrière hémato-encéphalique. Dix-huit études
animales n'ont pas montré d'effets, dans 2 études un effet n'était pas clairement favorable ou
défavorable, et dans 6 études un effet défavorable a été montré. Le comité conclut qu'aucun
effet non équivoque n'a été constaté. La conclusion est qu'un effet est possible.
Neurodégénération
Dans 4 des 13 études animales, aucun effet n'a été constaté sur la neurodégénérescence du
tissu cérébral. Dans 8 études, une augmentation de la neurodégénérescence a été constatée
et dans 1 étude, des effets favorables et défavorables ont été observés. La conclusion est que
des effets sont possibles.
À partir du document détaillé ci-dessus, le conseil de la Santé des Pays Bas a publié un court
rapport consultatif et un résumé exécutif151. En ce qui concerne la bande 700 – 2 500 MHz,
les recommandations du comité au Parlement néerlandais statuent que, étant donné que les
bandes de fréquences jusqu'à 3,5 GHz sont déjà utilisées pour les télécommunications et le
Wi-Fi depuis des années, la commission ne voit aucune raison d'arrêter ou de restreindre leur
utilisation. Il recommande toutefois que l'exposition soit surveillée et de poursuivre les
recherches sur la relation entre l'exposition aux fréquences 5G et l'incidence du cancer, la
réduction de la fertilité masculine, les mauvaises issues de grossesse et les malformations
congénitales.
Il est à noter que ce texte est supposé reprendre les éléments développés dans le rapport
intitulé Background document (cf. ci-dessus).
Deux autres rapports moins informatifs considérant la bande 700 – 2 200 MHz ont été publiés
récemment :
6.2.5 Conclusion
Les résultats des expertises précédentes conduites par l’Anses concernant les effets
sanitaires de l’exposition aux radiofréquences, pertinents pour la 5G dans la bande
700 - 2 100 MHz, ont été utilisés comme socle de connaissances sur les effets sanitaires. Les
expertises de l’Anses publiées en 2013 et 2016 incluent des études publiées respectivement
jusqu’en 2012 et 2014. En complément, le groupe de travail s’est appuyé sur des rapports
d’autres organismes à l’étranger afin d’identifier d’éventuelles évolutions majeures dans la
production scientifique. Bien que la bande 700 MHz soit citée dans plusieurs rapports, les
données scientifiques concernant spécifiquement cette bande sont pratiquement inexistantes.
Il est nécessaire de souligner que tous ces rapports constatent un manque de données, leur
dispersion et leur faible qualité. Ces rapports mentionnent également un possible biais de
publication dans la production des données, car les résultats de certaines études, en particulier
de celles qui montrent une absence d’effet, sont difficiles à publier.
La synthèse de ces documents ne révèle pas de modifications importantes dans les
connaissances mises en avant par les précédentes expertises de l’Anses.
Très peu d’études ont été publiées sur les effets physiologiques ou biologiques d’un signal de
fréquence 3,5 GHz, que ce soit chez l’Homme, in vivo chez l’animal ou encore in vitro. Cinq
études ont été répertoriées dans des domaines très différents : une étude sur la reproduction
chez le rat, plus particulièrement la spermatogenèse (Wu et al., 2011), une étude sur les effets
thermiques chez l’humain liés à l’exposition à des antennes intégrées à des lunettes
connectées (Geyikoğlu et al., 2019), une étude in vivo sur le développement du poisson zèbre,
un modèle animal classique pour étudier le développement (Dasgupta et al., 2020), et deux
études in vitro sur des cellules humaines, l’une sur des cellules de la cornée (Miyakoshi et al.,
2018), et l’autre sur des cellules de peau saine, les fibroblastes, ou sur des cellules issues de
mélanome (Mumtaz et al., 2020).
Wu et al. 2011 ont étudié les mécanismes moléculaires par lesquels les radiofréquences
induisent un trouble de la spermatogenèse. Ils se centrent particulièrement sur les cellules de
Sertoli et les cytokines qu’elles produisent, afin de déterminer l'effet des cytokines produites
par les cellules de Sertoli sous l’effet des radiofréquences sur les cellules germinales. Des
cellules de Sertoli matures sont isolées à partir de rats âgés de 3 semaines et sont séparées
en un groupe témoin (Sham) et un groupe exposé aux radiofréquences. Les cellules ont été
exposées à un signal de densité de puissance moyenne 100 mW/cm² dans la bande S
(2 - 4 GHz) pendant 4 min. Les cellules du groupe sham ont été placées dans les mêmes
conditions à l'exception de l'exposition aux radiofréquences.
Après exposition, les cellules de Sertoli ont été collectées pour l'extraction d'ARN, le dosage
radio-immunologique ou co-incubées avec des cellules spermatiques normales.
Pour les expériences de co-culture, après 96 h d'isolement, les cellules de Sertoli ont été
traitées à la trypsine et réensemencées dans des plaques à six puits, puis exposées aux
radiofréquences. Par la suite, des cellules spermatogènes normales ont été ajoutées. Après
24 h de co-culture, les cellules spermatogènes ont été collectées pour analyses (cytométrie
de flux, Western blot, …) ; la peroxydation des lipides a été déterminée pour les membranes
des cellules germinales.
Pour examiner les taux de cytokines dans les cellules de Sertoli exposées aux
radiofréquences, l'ARN total des cellules de Sertoli a été extrait après 2, 6 et 12 h d’exposition.
La PCR quantitative a montré que l’ARNm correspondant au facteur de nécrose tumorale
TNFα dans les cellules de Sertoli exposées aux radiofréquences pendant 2 h était environ 2,5
fois plus élevé que celui des cellules témoins. Le taux de l’interleukine IL-6 a augmenté de 2,5
et 3 fois après 2 et 6 h d’exposition. Celui de l’IL-1b était respectivement 4 et 5 fois plus élevé,
après 2 h et 6 h d’exposition. Les protéines correspondantes suivaient l’augmentation de
l'ARNm. En ce qui concerne les cellules germinales co-cultivées avec des cellules de Sertoli
exposées, les cellules en apoptose (mort cellulaire génétiquement programmée
« physiologique »152) étaient significativement plus élevées que dans les cellules germinales
co-cultivées avec des cellules témoins, mais le nombre de cellules nécrotiques (mort cellulaire
non génétiquement programmée « pathologique ») n’était pas modifié de façon significative.
Pour confirmer cette augmentation de l’apoptose, les auteurs ont mesuré l’expression des
protéines Bax, Bcl-2 et caspase-3 par Western blot. Ils montrent une augmentation de Bax et
de caspase-3 dans les cellules germinales co-cultivées avec des cellules de Sertoli exposées
aux radiofréquences (3,5 et 3 fois, respectivement) tandis que l'expression de Bcl-2 a été
réduite de 3,5 fois par rapport aux cellules témoins.
Les auteurs concluent que les cytokines pro-inflammatoires produites par les cellules de
Sertoli après exposition aux radiofréquences peuvent perturber la spermatogenèse suite à leur
apoptose. L’étude montre que l’apoptose des cellules germinales est induite par la sécrétion
de cytokines à partir des cellules de Sertoli, elle-même induite par l’exposition aux
radiofréquences.
Ce papier est jugé de bonne qualité du point de vue biologique (étude des cytokines et de la
survie cellulaire). Cependant, l’étude des mécanismes de mort cellulaire n’est pas appropriée.
En effet, pour Bax et Bcl-2, c’est surtout leur localisation à la membrane mitochondriale qui
importe, plus que leur expression ; pour la caspase 3, c’est le clivage de la pro-caspase 3 en
caspase 3 qui est important (cf. Annexe 3 pour plus de précisions). Or, les auteurs ont étudié
l’expression de la pro-caspase 3 (35 KDa) alors que l’apparition de la caspase 3 (11-17 KDa
selon l’anticorps) n’est pas rapportée. Les tests statistiques avec vérification de la distribution
normale des données sont pertinents. Enfin, le système d’exposition aux radiofréquences est
peu décrit.
L’objectif de l’étude de Geyikoğlu et al. (2019) était de tester l’effet d’antennes dipôles en
serpentin intégrées dans des lunettes « intelligentes » utilisant des technologies sans-fil sur la
température au niveau de la tête : les antennes émettant des radiofréquences à 2,45 ; 3,6 ;
3,8 ; 4,56 et 6 GHz.
Dans une première partie expérimentale du travail, les auteurs ont utilisé un fantôme153 de tête
dont la composition et la réalisation sont décrites en détails (gel semi-liquide constitué d’eau
désionisée, de sel (NaCl) pour augmenter la conductivité, de sucrose, de gélatine et d’acide
polylactique pour obtenir une constante diélectrique élevée). La stabilité des propriétés
diélectriques du fantôme préparé, mesurées pour chaque fréquence pendant 2 semaines à
température ambiante, a été vérifiée. Dans un premier temps, une simulation in silico a été
réalisée sur un fantôme de tête (logiciel CST Microwave Studio Suite) avec deux prototypes
d’antennes, pour déterminer le DAS et la température locaux, avec et sans lunettes, aux
fréquences de 2,45 ; 3,8 et 6 GHz, pour une puissance d’antenne de 20 mW. L’un des deux
prototypes a un DAS légèrement plus élevé, et l’élévation de température la plus importante a
été de +0,7°C avec un plateau atteint en 1 h environ. Dans un second temps, des mesures de
DAS ont été effectuées sur le fantôme de tête, et la variation de température (thermographie
infrarouge) à 2,45 GHz, pour des expositions de 10, 20 et 30 min a été mesurée. Les résultats
sont concordants avec ceux de la simulation numérique (augmentation d'environ 0,4°C à
30 minutes pour 2,45 GHz). Après 30 min d'exposition, pour le prototype 1 : DAS : 16,1 mW/kg
sans lunettes et 8,1 mW/kg avec lunettes et augmentation de la température de 0,3°C sans
lunettes et 0,2°C avec lunettes ; pour le prototype 2 : DAS : 14,1 mW/kg sans lunettes et
8,1 mW/kg avec lunettes et augmentation de la température de 0,2°C sans lunettes et 0,1°C
avec lunettes.
Dans une seconde partie clinique du travail, 4 hommes (24-26 ans, taille de 1,50 m à 1,72 m,
poids de 65 à 85 kg), ont été exposés au port de lunettes connectées (prototype 1 puis 2)
dotées d’antennes émettrices à la fréquence de 2,45 GHz, et leur température cutanée a été
mesurée sur l’ensemble de la tête par thermographie infrarouge à 10, 20 et 30 min
d’exposition. L’augmentation de température au niveau du visage et du profil droit après
30 min d’exposition a été de 0,1 à 0,3°C (très faible variabilité entre individus), ce qui confirme
ce qui a été obtenu avec le fantôme de tête SAM. Par ailleurs, les élévations de température
liées à l’exposition aux radiofréquences sont plus faibles avec les lunettes que sans.
S’agissant de l’augmentation de température, les résultats des simulations, des mesures sur
le fantôme SAM et des mesures sur les 4 sujets sont congruents, et les auteurs concluent que
l’augmentation de température due à l'exposition étant inférieure à 1°C, les antennes tri-
bandes intégrées dans les lunettes « intelligentes » peuvent être utilisées sans risque.
Il est à noter que cet article a exploré uniquement les effets thermiques de lunettes connectées
pour une durée d’exposition courte de 30 min, des mesures sur des durées plus longues
auraient pu être effectuées. Enfin, la partie clinique a concerné 4 individus, un échantillon de
taille très faible.
Dasgupta et al. (2020) ont étudié les effets d’une exposition aux radiofréquences sur le
développement du poisson zèbre (zebra fish, Danio rerio) afin de mettre en évidence une
atteinte possible du développement embryonnaire. Pour cela, des embryons aux stades de 6
à 48 h post-fécondation ont été exposés aux radiofréquences dans une chambre-cage de
153Ce terme, dans le domaine de la mesure des expositions aux champs électromagnétiques, désigne
un modèle numérique ou un mannequin représentant un être humain ou un animal, dont les propriétés
permettent de simuler l’absorption des ondes électromagnétiques. Ces fantômes sont plus ou moins
réalistes, ils peuvent être « homogènes » (un seul type de tissu représenté) ou « hétérogènes »
(plusieurs tissus différents).
Faraday [3,5 GHz, DAS = 8,24 W/kg pendant 42 h], la température des 6 puits contenant les
embryons (n = 50/puits) a été maintenue à 28°C. Après l’exposition aux radiofréquences ou
Sham (témoins), 48 embryons (8/puits) ont été récupérés et transférés chacun dans un puits.
Trois expériences ont été réalisées avec 48 embryons/expérience. Les paramètres comme la
mortalité, la morphologie (17 variables, ex : longueur et axe du corps, pigmentation, œdème
cardiaque, yeux, mâchoires, museau, appareil circulatoire, corne dorsale, développement du
cerveau, …) ont été mesurés à 42 h (fin exposition) et 78 h post-exposition. Le comportement
(réponse photomotrice, réflexe de sursaut) a été évalué à 78 h post-exposition, c'est à dire à
120 h post-fécondation. La réponse photomotrice a été testée sur 3 cycles de lumière, chaque
cycle consistant en 3 min d’alternance lumière/obscurité et la distance (mm) parcourue par les
larves a été mesurée. Le réflexe de sursaut consiste en un son audible (100 dB, 600 Hz)
pendant 900 ms et la distance parcourue est mesurée pendant 9 s à l’aide d’un système vidéo
de détection de mouvements (Technology ZebraBox et ZebraLab motion tracking, Viewpoint
Life Sciences).
Les résultats montrent qu’une exposition aux radiofréquences n’affecte ni la mortalité des
larves, ni l’incidence d’anomalies du développement morphologique. De même, au plan
comportemental, la réponse photomotrice n’est pas altérée, que ce soit dans la phase sombre
ou éclairée du test. Pour la réponse de sursaut consécutive à un stimulus sonore, les
embryons exposés présentent une réduction modérée de 16,5 % de la distance parcourue en
réponse à la stimulation, par rapport aux embryons du groupe témoin. Ce test, qui mesure une
réponse sensorimotrice à un stimulus sonore, est classiquement utilisé pour détecter des
altérations des capacités d’apprentissage chez l’humain et pour le screening des substances
neuroactives pouvant affecter le fonctionnement du système nerveux central. Enfin, la
température du milieu a été mesurée (28-29°C) et n’a pas montré d’élévation pendant
l’exposition.
Les auteurs concluent que l’exposition à un signal radiofréquences à 3,5 GHz pendant 42 h
n’impacte pas le développement et la survie des embryons mais induit une baisse modérée
des fonctions sensorimotrices.
Cette étude est sérieuse et bien conduite de la part d’un groupe spécialiste du développement
du poisson zèbre, incluant la cognition dans le contexte de la toxicité de divers agents
chimiques, notamment. Cependant, il aurait été intéressant notamment de tester au moins une
autre fréquence acoustique et une autre intensité pour mesurer le réflexe de sursaut. Le
système d’exposition aux radiofréquences est bien décrit et illustré.
L’objectif de l’article de Miyakoshi et al. (2018) était de tester l’effet génotoxique et l’expression
des protéines de choc thermique après exposition aux radiofréquences de cellules épithéliales
de cornée humaine (HCE-T, Riken cell bank) dans des conditions de maintien de la
température (effets non-thermiques).
Les cellules ont été cultivées sous une atmosphère contenant 5 % de CO2 à 37°C, dans du
DMEM, et ensemencées dans des puits de 10 cm à une densité de 106 cellules/mL sur une
couche de milieu de culture de 2 mm d’épaisseur et dans un volume milieu de 11,6 mL. Après
exposition aux radiofréquences, les cellules ont été traitées avec de la cytochalasin B, un
inhibiteur de la formation des filaments d’actine et par conséquent de la division cellulaire. Les
micronoyaux de 1 000 cellules binucléées ont été comptés : la formation des micronoyaux
dans les cellules en interphase est un test validé de génotoxicité (étude de lésions
chromosomiques potentielles), qui accompagne souvent un test des comètes. Ainsi, des tests
des comètes ont été réalisés en utilisant le kit Trevigen Comet Assay. Cent comètes minimum
ont été analysées pour chaque gel d’agarose. Un contrôle positif a été inclus et obtenu par
traitement des cellules à la bléomycine, qui induit des cassures de l’ADN. Pour l’analyse des
protéines de choc thermique, les protéines ont été préparées en présence d’inhibiteurs de
protéases, soumises à une électrophorèse en gel d’acrylamide et transférées sur une
membrane. L’ensemble des expériences a été réalisé 3 fois indépendamment. Les données
ont été soumises à des tests statistiques de comparaisons multiples (test de Tuckey) et les
différences considérées significatives à p < 0,01. La température n’augmentant pas après
l’exposition, les effets recherchés sont donc des effets non-thermiques.
Les résultats montrent que la fréquence des micronoyaux augmente significativement après
traitement à la bléomycine mais ne varie pas après 24 h d’exposition (comparaison des
témoins non exposés, des témoins sham (dans le système d’exposition sans radiofréquences),
et des exposés aux radiofréquences). Concernant les tests des comètes, le moment de la
queue augmente significativement après traitement à la bléomycine, mais ne varie pas après
exposition aux radiofréquences. Enfin, alors que la température induit une augmentation
significative de l’expression des protéines de choc thermique Hsp27, Hsp70 et Hsp90, les
ondes radiofréquences à 5,8 GHz ne modifient pas leur expression.
Compte tenu des éléments méthodologiques disponibles, cette étude a été évaluée de bonne
qualité par le groupe de travail.
Mumtaz et al. (2020) ont étudié les effets des radiofréquences sur la peau, et plus précisément
sur les fonctions cellulaires dans un modèle in vitro de culture de cellules saines (fibroblastes
de derme humain) ou de cellules de mélanome (souche G361 et SK-Mel-31). Les cellules ont
été exposées à un signal intermittent à 3,5 GHz (5 ou 45 « shots », énergie électromagnétique
de 0,6J par « shot », pulsation 60 ns, 1 min entre 2 « shots ». La température du milieu de
culture a été mesurée (thermal imager FLUKE Ti90) avant et après l’exposition (5 shots de
5 min et 45 shots de 45 min) et n’a pas varié par rapport aux cultures témoins (sans
radiofréquences). La viabilité cellulaire a été mesurée à 5, 24, 48 et 72 h post-exposition, et
l’apoptose à 24 h post-exposition dans les 3 types cellulaires. La prolifération, l’activité
métabolique et la production de radicaux libres oxygénés ont été évaluées à 24 h post-
exposition dans les cellules G361, seuls les taux d’ATP ont été mesurés dans les 3 types
cellulaires. Enfin, une analyse moléculaire (qPCR, expression des ARMm) de gènes impliqués
dans la prolifération (Ki67, c-Myc), l’apoptose (Caspase 3, Caspase 9), la division cellulaire
(CDC, CENPF) et la mitochondrie (ATP5A1, ATP2B1) a été réalisée sur les cellules de
mélanome G-361. Le délai post-exposition n’est pas précisé, possiblement 24 h.
Les résultats montrent : i) viabilité cellulaire : une légère augmentation significative de la
viabilité 5 h post-exposition pour les fibroblastes (45 shots), et une augmentation significative
de la viabilité à 5 h et 24 h post-exposition pour les cellules de mélanome ont été observées,
avec un effet plus marqué pour les cellules G361 et pour la dose élevée (45 shots). À partir de
48 h post-exposition, aucun effet n’est observé sauf pour les cellules SK-Met-31 à la dose
élevée (45 shots, 48 h). ii) Mort cellulaire : aucun effet des RF n’a été observé (5 et 45 shots)
quel que soit le type cellulaire. iii) Prolifération, métabolisme énergétique et stress oxydant :
dans les cellules de mélanome G361 aux 2 doses (5 et 45 shots), une augmentation
significative de la prolifération, de la libération d’ATP cellulaire et mitochondrial a été observée.
Par contre, aucun effet des radiofréquences n'a été observé sur l’apoptose et sur l’activité
superoxyde dismutase (SOD, indicateur de la réponse anti-oxydante). Il est à noter que les
taux d’ATP cellulaires augmentent également dans les cellules SK-Mel-31, mais pas dans les
fibroblastes. iv) Marqueurs moléculaires : dans les cellules de mélanome G361, une
En conclusion, les 5 études répertoriées dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz ont
chacune exploré un domaine de recherche spécifique : les effets thermiques des
radiofréquences dans un dispositif de lunettes connectées chez l’humain, le développement
morphologique et comportemental du poisson zèbre, la réponse des fibroblastes et des
cellules cancéreuses de la peau ou des cellules de la cornée humaine et, enfin, le système
reproducteur chez le rat mâle. Ainsi, dans cette gamme de fréquences, les données sont
insuffisantes pour conclure à l’existence ou non d’un effet biologique, physiologique voire
pathologique qui pourrait avoir un impact sur la santé humaine.
Les bandes de fréquences 700 MHz et 3,5 GHz sont les premières « nouvelles » fréquences
destinées à la 5G déployées en France et pour lesquelles les opérateurs disposent déjà des
autorisations.
Les données relatives aux effets de ces 2 bandes étant rares, le groupe de travail s’est
interrogé sur la possibilité d’appliquer les données disponibles à des fréquences proches à
ces nouvelles fréquences. Une approche adoptée pour évaluer ce point a été de vérifier si un
effet de la fréquence pouvait être mis en évidence dans les données disponibles. L’idée étant
que si un effet est détecté par exemple à 900 MHz, à 1 800 MHz ou encore 2 100 MHz, on
pourrait émettre l’hypothèse qu’il soit également présent à 700 MHz ou 3,5 GHz. La validité
dans une large gamme de fréquences (entre 700 MHz et 3,5 GHz) des effets observés à une
fréquence particulière est, au moins implicitement, soutenue dans la plupart des rapports
internationaux publiés à ce jour. Cependant, les études scientifiques qui ont recherché les
effets de l’exposition aux radiofréquences de la téléphonie mobile (2G, 3G, 4G) depuis plus
de 20 ans n’ont pas étudié spécifiquement l’impact de la fréquence sur ces effets. Ainsi, si des
fréquences différentes produisent des effets variables sur les paramètres observés, la
généralisation à la bande 700 MHz ou à 3,5 GHz des conclusions sur les effets déjà établies
dans les autres bandes (entre 840 MHz et 2,85 GHz environ) ne serait pas justifiée, et donc
impossible. Par contre, à l’inverse, s’il apparaît que lorsque des effets sont observés à une
fréquence donnée, ils sont systématiquement retrouvés à une autre fréquence, cela
permettrait d’estimer, en attendant des études sur les signaux spécifiques de la 5G, que les
données déjà disponibles dans la bande de fréquences entre 840 MHz et 2,850 GHz
pourraient être transposées aux « nouvelles » fréquences de la 5G, à savoir 700 MHz et
3,5 GHz.
Les études analysant différentes fréquences ont donc été recherchées dans la littérature. Ceci
devrait permettre d’apprécier comment un même paramètre, évalué par la même équipe, et
dans des conditions expérimentales similaires, pourrait ou non dépendre de la fréquence
utilisée.
Le groupe de travail a recensé les articles présentant cette caractéristique, c'est-à-dire étudiant
le même phénomène à des fréquences différentes. Une recherche bibliographique a permis
de sélectionner 39 articles étudiant des effets moléculaires, physiologiques ou
comportementaux chez l’animal et l’humain.
Les études obtenues ont été classées en 3 catégories : celles faisant référence à des
phénomènes tissulaires ou moléculaires chez l’animal (25 études), celles ayant trait aux effets
comportementaux sur l’animal (6 études), et celles ayant pour sujet d’étude l’homme
(18 études).
La sélection des articles originaux s’est faite d’une part à partir de 3 revues sur la
neurophysiologie et la cognition chez l’homme (Kwon and Hämäläinen, 2011 ; Regel et
Achermann, 2011 ; Wallace et Selmaoui, 2019), 2 revues sur la cognition animale (Naranayan
et al., 2019 ; Sienkiewicz et Von Rongen, 2019) et 1 revue sur le stress oxydant cellulaire
(Yakymenko et al., 2016), et d’autre part à partir de la bibliographie issue des rapports de
l’Anses « Radiofréquences et Santé » 2013 et « Radiofréquences et santé des enfants » 2016.
Le critère d’inclusion des publications a été l’étude d’au moins 2 bandes de fréquences.
Vingt-cinq études réalisées à des fréquences différentes sur le même paramètre chez l’animal
ont été identifiées (Shirai et al., 2005, Ferreira et al., 2006, Shirai et al., 2007, Smith et al.,
2007, Lee et al., 2009, Mailankot et al., 2009, Sirav and Seyhan, 2009, Ziemann et al., 2009,
Franzellitti et al., 2010, Markova et al., 2010, Lee et al., 2011, Paulraj and Behari, 2011, Sirav
and Seyhan, 2011, Lee et al., 2012, Ozorak et al., 2013, Cetin et al., 2014, Nisbet et al., 2016,
Ertilav et al., 2018, Alkis et al., 2019, Kumar et al., 2019, Wang et al., 2019, Yinhui et al., 2019,
Furman et al., 2020, Lameth et al., 2020)
Parmi elles, 4 ont été écartées car elles analysaient en réalité une seule fréquence (Ferreira
et al., 2006, Franzellitti et al., 2010, Furman et al., 2020, Lameth et al., 2020). Trois autres ont
été écartées car elles utilisaient plusieurs fréquences, mais simultanément (Lee et al., 2009,
Lee et al., 2011, Lee et al., 2012). Quatre autres n’ont pas été retenues car les auteurs
n’avaient constaté aucun effet à aucune des fréquences étudiées (Shirai et al., 2005, Shirai et
al., 2007, Smith et al., 2007, Ziemann et al., 2009). Finalement, 2 études ont été considérées
de qualité insuffisante pour l’évaluation, en raison de systèmes d’exposition mal caractérisés
(Mailankot et al., 2009, Yinhui et al., 2019). Les publications restantes ont fait l’objet d’une
analyse approfondie.
L'objectif de l’étude de Alkis et de ses collaborateurs (Alkis et al., 2019) était d'explorer si
l'exposition à long terme à différentes fréquences induit des lésions de l'ADN, en examinant
les paramètres oxydants-antioxydants dans le sang et les tissus cérébraux des rats. Trois
fréquences ont été analysées : 900 MHz, 1 800 MHz et 2 100 MHz. Un effet des fréquences,
avec une augmentation des valeurs des paramètres mesurés (queue des comètes, stress
oxydatif) liée à l’augmentation de la fréquence d’exposition, est constaté.
L’étude de Cetin et de ses collaborateurs (Cetin et al., 2014) a évalué les effets de l’exposition
aux téléphones mobiles (900 et 1 800 MHz) sur le stress oxydatif dans le cerveau chez les
rats, de la gestation à l'âge de 6 semaines : les fréquences 900 MHz et 1 800 MHz ont été
étudiées. Une augmentation de la peroxydation lipidique avec l’augmentation de la fréquence
est constatée.
Ertilav et ses collaborateurs (Ertilav et al., 2018) ont étudié la contribution du récepteur TRPV1
au stress oxydatif mitochondrial et à l'apoptose dans des noyaux dorsaux et lombaires, ainsi
que de l’hippocampe, à la suite d'une exposition à long terme à 900 et 1 800 MHz dans un
modèle de rat. Les augmentations de tous les paramètres étudiés sont plus importantes dans
le groupe à 1 800 MHz que dans le groupe à 900 MHz.
L’étude de Kumar et de ses collaborateurs (Kumar et al., 2019) a été conçue pour explorer les
effets des radiofréquences de faible intensité sur le stress du réticulum endoplasmique et
l’UPR (unfolded protein response).Les expériences ont été réalisées sur des rats Wistar mâles
exposés aux fréquences de 900 MHz, 1 800 MHz et 2 450 MHz. Les expressions de l'ARNm
ont été estimées. Un effet de la fréquence a été constaté avec une augmentation du stress du
réticulum avec l’augmentation de la fréquence.
Markova et ses collaborateurs (Markova et al., 2010) ont étudié si les radiofréquences des
téléphones mobiles GSM (à 905 ou 915 MHz) et UMTS (1 947,4 MHZ) induisent des cassures
d’ADN double brins ou affectent la réparation de ces cassures dans les cellules souches et les
fibroblastes. Ils ont analysé les foyers de la protéine 53BP1 du suppresseur de tumeur TP53
qui sont localisés dans les foyers de réparation de l'ADN. Les effets sont en général plus
importants dans les cellules souches que dans les fibroblastes, mais l’effet de la fréquence
n’est pas clairement établi, car les méthodes statistiques utilisées pour établir la signification
de la différence entre fréquences sont peu adaptées.
Nisbet et ses collaborateurs (Nisbet et al., 2016) ont eu pour but de déterminer les effets de
l'exposition du corps entier aux champs électromagnétiques sur les cartilages de conjugaison
des rats mâles en croissance. Ils concluent que les radiofréquences de 1 800 MHz et 900 MHz
peuvent prolonger la phase de croissance chez les rats en développement, mais ils
n’observent pas d’effet spécifique de la fréquence.
Le but de l’étude d’Ozorak et de ses collaborateurs (Ozorak et al., 2013) a été de déterminer
les effets de signaux Wi-Fi (2,45 GHz) et d’un téléphone mobile (900 et 1 800 MHz) sur le
stress oxydatif et le niveaux d'oligo-éléments dans les reins et les testicules de rats en pleine
croissance, de la gestation à l'âge de 6 semaines. Les animaux exposés ont présenté une
augmentation du stress oxydatif, mais pas de variation avec la fréquence.
Sirav et Seyhan (Sirav et Seyhan, 2009) ont évalué les effets des radiofréquences à 900 et
1 800 MHz en onde continue sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique (BHE)
des rats. Il n'y a pas eu de changement chez les rats femelles. Mais chez les mâles, la
perméabilité est augmentée, mais sans effet de la fréquence. Dans leur article de 2011 (Sirav
et Seyhan, 2011), les auteurs ont réalisé exactement les mêmes expériences, mais à une
puissance plus élevée. Les résultats sont les mêmes.
En 2019, Wang et ses collaborateurs (Wang et al., 2019) ont étudié l’expression différentielle
des protéines du cerveau par iTRAQ154. Des rats Wistar ont été exposés à 1,5 GHz et
2,856 GHz. Les résultats de l'analyse protéomique iTRAQ ont été validés par Western blot.
L'exposition cumulée aux radiofréquences induit l’expression différentielle de 391 protéines, à
1,5 GHz de 295 protéines et à 2,856 GHz de 311 protéines. L’impact de la fréquence est
possible dans ce cas.
Au final, cinq articles montrent un impact clair de la fréquence sur les paramètres étudiés et
quatre autres indiquent un effet moins marqué, voire inexistant. Étant donné que les
phénomènes biologiques étudiés sont assez disparates, il se peut que certains soient plus
sensibles que d’autres et donc plus à même de présenter une variation claire en fonction de
la fréquence. Les données analysées amènent à conclure que des effets au niveau
moléculaire dans un système biologique puissent dépendre de la fréquence des
rayonnements.
Six études ont été analysées (Schneider et Stangassinger, 2014, Deshmukh et al., 2015,
Deshmukh et al., 2016, Tan et al., 2017, Gupta et al., 2019, Li et al., 2020). Elles ciblent
l’anxiété, la mémoire sociale et la mémoire spatiale. Une étude n’a pas été retenue car elle a
testé les effets de 8 fréquences combinées (2 bandes à 800 MHz, 2 bandes à 2 GHz, une à
2,4 GHz, 2 bandes à 2,5 GHz et une bande à 5,2 GHz, Shirai et al., 2017).
Schneider et Stangassinger (2014) ont étudié les effets d’une exposition « vie entière » à un
signal radiofréquences de type GSM 900 MHz ou UMTS 1 966 MHz chez des rats mâles et
femelles. À l’aide d’une tâche de reconnaissance sociale, ils montrent, pour le signal GSM,
que la mémoire sociale est altérée chez les rats mâles aux âges de 3 et 6 mois, mais pas chez
les femelles de 6 mois (non testée à 3 mois). Dans ce test, un rat adulte mâle résidant dans
sa cage est confronté à un rat juvénile inconnu (pendant 4 min), le temps passé à inspecter
ce jeune rat est enregistré. Après un délai de 30 min, le rat résident est à nouveau mis en
présence du même rat juvénile ainsi que d’un nouveau rat juvénile. Le temps passé à
inspecter/renifler chacun des 2 jeunes rats est enregistré. Si le rat adulte se souvient du rat
juvénile déjà rencontré, il passera plus de temps à inspecter/renifler le rat juvénile nouveau,
s’il passe autant de temps avec chacun des 2 jeunes rats, il présente une altération de la
mémoire de reconnaissance sociale. Par contre, pour le signal UMTS, la mémoire est altérée
chez les mâles de 3 mois, mais pas pour les 2 sexes à 6 mois. Ceci montre donc un effet des
radiofréquences, en fonction de la fréquence, uniquement chez les mâles, alors qu’aucun effet
n’est observé chez les femelles (ni des radiofréquences, et a fortiori en fonction de la
fréquence).
Desmukh et al. (2015, 2016) ont étudié, chez le rat, les effets de signaux à 3 fréquences (900,
1800 et 2 450 MHz), en exposition corps entier, pendant 180 ou 90 jours, pour un DAS très
faible (0,6 mW/kg), sur la mémoire spatiale et l’anxiété. Les radiofréquences induisent une
baisse des performances de mémoire en piscine de Morris observée pour les 3 fréquences.
De même, dans le labyrinthe en croix surélevé, une augmentation similaire de la latence à
entrer dans les bras fermés est observée après l’exposition aux 3 fréquences. Cependant, le
protocole utilisé pour ce dernier test ne permet pas d’estimer clairement ce qui a été évalué.
154iTRAQ = Isobaric Tag for Relative and Absolute Quantitation : méthode d’identification et de
quantification de proteines.
Ainsi, ces 2 premières études ne montrent pas d’effet spécifiquement lié à la fréquence des
signaux.
Tan et al. (2017) ont évalué, chez le rat mâle, les effets de 2 fréquences (1,5 GHz et
2,856 GHz) seules ou combinées, avec une puissance de 5 ou 10 mW/cm² (soit un DAS de
1,7-1,8 W/kg ou 3,3-3,7 W/kg). La mémoire spatiale en piscine de Morris est altérée pour la
puissance la plus élevée (10 mW/cm²) et de manière plus marquée quand les 2 signaux sont
combinés, mais sans effet spécifique de la fréquence des signaux. Pour l’activité électrique
cérébrale (EEG, ondes alpha, béta, théta et delta), des altérations de la puissance des ondes
cérébrales (sauf delta) sont observées à 10 mW/cm² et, comme pour la mémoire, celles-ci
sont plus marquées quand les 2 signaux sont combinés, mais sans effet spécifique de la
fréquence.
Gupta et al. (2019) ont mesuré l’anxiété et les taux de corticostérone plasmatique chez des
rats mâles après une exposition à des signaux radiofréquences à 900, 1 800 et 2 450 MHz
pendant 28 jours. Les tests ont été réalisés après 1, 14, 21 et 28 jours d’exposition. Les
résultats montrent une augmentation de l’anxiété accompagnée par celle des taux de
corticostérone, uniquement à la fréquence de 2 450 MHz, alors que peu ou pas d’effets sont
observés à 900 et 1 800 MHz. Cet article atteste de l’observation d’effets différents en fonction
de la fréquence des rayonnements.
Li et al. (2020) ont étudié le développement, la mémoire spatiale (âge 3 semaines, labyrinthe
en Y) et l’activité exploratoire et l’anxiété (âge 7 semaines, test du champ ouvert) chez des
jeunes rats mâles et femelles après une expostion prénatale à un signal 1 800 MHz, 2,4 GHz
(Wi-Fi) ou combiné. La combinaison des 2 signaux affecte les performances de mémoire
(dégradation), alors que le signal Wi-Fi seul les améliore, et que le signal à 1 800 MHz a peu
d’effet. Pour l’activité et l’anxiété, seule la combinaison des 2 signaux affecte les capacités à
explorer (baisse) et augmente la peur et l’anxiété. Enfin, une diminuiton du poids corporel est
observée après une exposition prénatale au Wi-Fi seul ou combiné avec le signal
1 800 [Link], des effets différents en fonction de la fréquence sont observés pour la
mémoire, mais pas pour l’activité et l’anxiété : les effets les plus marqués étant observés avec
la combinaison des 2 signaux.
Ainsi, 3 articles montrent que différentes fréquences de rayonnement pourraient avoir des
effets différents sur l’anxiété ou la mémoire sociale (Gupta et al., 2019) et 3 autres publications,
dont 2 d’un même groupe, ne montrent pas d’effet dépendant de la fréquence sur la mémoire
spatiale (Deshmukh et al., 2015, Deshmukh et al., 2016, Tan et al., 2017). De plus, Schneider
et Stangassinger et al. montrent un effet différentiel chez les mâles par rapport aux femelles
sur la mémoire de reconnaissance sociale : il faut noter que les études abordant le rôle du
sexe sont plutôt rares.
Dix-huit études ont été répertoriées concernant les effets de champs électromagnétiques à
différentes fréquences appliquée avec le même protocole expérimental chez l’Homme
(Hietanen et al., 2000, Hietanen et al., 2002, Eltiti et al., 2007, Hountala et al., 2008, Kleinlogel
et al., 2008b, a, Eltiti et al., 2009, Croft et al., 2010, Maganioti et al., 2010, Danker-Hopfe et
al., 2011, Sauter et al., 2011, Vecsei et al., 2013, Leung et al., 2015, Malek et al., 2015, Vecsei
et al., 2018a, Vecsei et al., 2018b, Danker-Hopfe et al., 2020, Eggert et al., 2020). Les points
étudiés étaient l’activité électrique (EEG) de la veille et du sommeil, la cognition, la douleur, le
bien-être et les symptômes en rapport avec l’électrohypersensibilité. Parmi ces études,
certaines ne montrent pas d’effet des radiofréquences (Hietanen et al., 2000, Kleinlogel et al.,
2008b, a, Eltiti et al., 2009, Danker-Hopfe et al., 2011, Sauter et al., 2011, Malek et al., 2015)
et ne sont pas développées ici.
Parmi les 11 études montrant un effet des radiofréquences, celui-ci ne variait pas lorsque la
fréquence du signal changeait dans 6 études (Hietanen et al., 2002, Eltiti et al., 2007,
Maganioti et al., 2010, Vecsei et al., 2018a, Danker-Hopfe et al., 2020, Eggert et al., 2020),
tandis que 4 (Hountala et al., 2008, Croft et al., 2010, Vecsei et al., 2013 et 2018b, Leung et
al., 2015) montrent un impact de la fréquence sur les effets étudiés.
Hietanen et al. (2002) ont étudié chez des sujets EHS (7 hommes et 13 femmes), les effets
d’expositions de 30 min (3-4 sessions) à un téléphone 900 MHz (NMT155), un téléphone GSM
900 MHz ou GSM 1 800 MHz sur leurs symptômes ressentis (ex : maux de tête, anxiété,
symptômes cardiaques, sensations au niveau des yeux, du cou, des oreilles, du visage, de la
gorge, des pieds…) et la physiologie (rythme cardiaque, pression artérielle, fréquence
respiratoire). L’étude a été menée en double aveugle. Les résultats montrent que les sujets
présentent plus de symptômes avec l’exposition contrôle sham que lors des expositions aux
signaux radiofréquences. Aucun impact spécifique de la fréquence des signaux utilisés n’est
observé. Peu d’effets physiologiques significatifs sont observés, le nombre de sujets étant
faible pour les auteurs. Enfin, les sujets ne détectent pas les phases d’exposition aux
radiofréquences, comme cela a déjà été montré précédemment.
Eltiti et al. (2007) ont étudié le bien-être et les symptômes ressentis chez des sujets EHS
(n = 44) et des sujets non EHS (n = 114), sexe et âge non précisés, après une exposition de
50 min à des signaux GSM (900 MHz et 1 800 MHz, 5 mW/m2 chacun) ou UMTS (2020 MHz,
10 mW/m2). Dans une 1re expérience de provocation ouverte, ils montrent que les EHS ont un
sentiment de bien-être inférieur en situation d’exposition aux signaux GSM et’UMTS, par
rapport à la condition contrôle sham. Les sujets non EHS ont plus de symptômes ressentis
avec le signal UMTS que pendant la condition contrôle sham. Dans une 2de expérience en
double aveugle, pour le GSM, aucun effet n’est observé, quel que soit le groupe. Après
exposition au signal UMTS, les sujets EHS rapportent un niveau d’éveil plus élevé mais pas
d’augmentation des symptômes : les auteurs proposent que cet effet serait plutôt lié à l’ordre
de passage plutôt qu’à un effet propre des radiofréquences. Pour les paramètres
physiologiques (rythme cardiaque, conductance cutanée et BVP (blood volume pulse)), aucun
effet des radiofréquences, quels que soient le signal ou le groupe de sujet, n’est observé.
Ainsi, cette étude ne met pas en évidence d’impact clair de la fréquence des signaux sur les
effets observés.
Hountala et al. (Hountala et al., 2008) ont étudié l'EEG et la cohérence spectrale156 dans les
bandes alpha, beta, delta et théta pendant une tâche de mémoire de travail chez des jeunes
hommes (n = 19) et femmes (n = 20) sains (22-23 ans), exposés à un signal continu à 900 ou
1 800 MHz (téléphone placé à 20 cm de l'oreille). Ils ont montré : 1. un effet du sexe sur la
cohérence spectrale : les hommes ont une cohérence interne plus élevée que les femmes ; 2.
le signal à 900 MHz annule la différence entre les sexes (augmentation de la cohérence chez
les femmes seulement) alors que le signal à 1 800 MHz diminue la cohérence chez les
hommes seulement, pour atteindre celle des femmes en condition basale sans exposition aux
radiofréquences. Cette étude montre donc un impact de la fréquence sur les effets chez les
155NMT : Nordic Mobile Telephone, norme de téléphonie mobile des pays nordiques, de type
analogique.
156La cohérence de l'EEG est une méthode qui renseigne sur la synchronisation dans le temps entre
paires de signaux électriques enregistrés à des sites néocorticaux distincts. C’est une mesure de la
connectivité fonctionnelle entre régions corticales.
hommes seulement (pas d’effet du 900 MHz, et baisse de la cohérence avec le signal à
1 800 MHz), alors que chez les femmes, les 2 signaux ont le même effet, une augmentation
de la cohérence).
Maganioti et al. (2010), comme Hountala et al., ont mesuré les effets d’un signal continu à
900 MHz (téléphone situé à 20 cm de l’oreille) ou 1 800 MHz chez 20 femmes et 19 hommes
sains (âge : 22-23 ans) sur le potentiel évoqué P600 en réponse à une tâche de mémoire de
travail. Comme pour Hountala et al., un effet du sexe est observé sur l’amplitude et la latence
du P600 (plus faibles chez les femmes). Cet effet disparaît avec l’exposition aux
radiofréquences et, contrairement à l’étude précédente, aucun impact de la fréquence n’est
observé. Ainsi, un effet des radiofréquences est observé chez les femmes, sans que la
fréquence des signaux ne joue un rôle, alors que chez les hommes, aucun effet des
radiofréquences n’est observé.
L’étude de Croft et al. (Croft et al., 2010) a mesuré l’activité électrique cérébrale pendant 5 ou
10 min avant et après une exposition aux radiofréquences de 50 min. Ils ont analysé la
puissance du rythme alpha (8-12 Hz) au niveau des lobes frontal et postérieur chez des
adolescents (13-15 ans, n = 41, dont 21 hommes), adultes (19-40 ans, n = 42, dont 21
hommes) ainsi que des personnes âgées (55-70 ans, n = 20, dont 10 hommes). Les signaux
utilisés sont : GSM (849 MHz) provenant d’un téléphone Nokia 6110 (DAS = 0,7 W/kg) et
WCDMA (1 900 MHz) (téléphone mobile, DAS = 1,7 W/kg). L’un est positionné à droite et
l'autre à gauche de la tête au niveau du lobe temporal. Les auteurs constatent une
augmentation de la puissance de l'onde alpha chez l'adulte exposé au téléphone GSM en lien
avec une activation psychologique - mais pas d'effet du GSM chez les sujets jeunes et âgés.
Pour l’exposition au signal WCDMA, aucun effet n’est observé quel que soit le groupe d'âge.
Ils montrent donc un impact de la fréquence sur les effets seulement chez l’adulte.
En 2011, Leung et al. (Leung et al., 2011) ont publié une étude similaire à celle de Croft et al.
Ils ont exposé des adolescents (13-15 ans, n = 41, dont 21 hommes), des adultes (19-40 ans,
n = 42, dont 21 hommes) et des sujets âgés (55-70 ans, n = 20, dont 10 hommes) soit à un
téléphone 2G GSM (849 MHz, Nokia 6110, DAS = 0,7 W/kg), soit à un téléphone 3G WCDMA
(1 900 MHz, DAS = 1,7 W/kg) pendant 50 min, l'un à droite et l'autre à gauche (lobe temporal).
Des tests cognitifs ont été réalisés : le test auditory 3-stimulus oddball ajusté au seuil de
discrimination individuelle (mesure la réponse à la nouveauté, les processus attentionnels) et
des tests N-back (mémoire de travail). L’EEG a été enregistré, avec évaluation des potentiels
évoqués N1 et ERD/ERS (event-related desynchronization/event-related synchronization).
Pour le test 3-stimulus oddball, aucun effet des radiofréquences sur le temps de réaction et la
précision n’est observé. L’EEG montre une augmentation du potentiel N1 avec l'exposition au
signal 2G GSM, quel que soit l'âge. Le test N-back montre une diminution des performances
chez les adolescents avec le signal RF 3G WCDMA (par rapport au sham) et des réponses
retardées ERD/ERS de la puissance alpha avec les signaux 2G et 3G (par rapport au sham),
quel que soit l'âge. Ils montrent donc un impact de la fréquence sur les effets observés qui
dépend de l’âge, uniquement chez les adolescents (GSM 2G : EEG, test auditory 3-stimulus
oddball et WCDMA 3G : N-back test performance).
Vecsei et al. (2018a) ont mesuré l’activité électrique cérébrale et la cognition (test de Stroop,
fonctions exécutives, vitesse et attention sélective) chez 34 sujets sains (dont 20 femmes,
20 ± 3 ans) exposés à signal UMTS (1 947 MHz, téléphone Nokia 6650, DAS < 2 W/g) et 26
sujets sains (dont 13 femmes, 21 ± 3 ans) exposés à un signal LTE (1 750 MHz, générateur,
DAS < 1,8 W/kg) pendant 20 min. Les mesures ont été réalisées avant, pendant et après la
fin de l’exposition. Les résultats montrent une baisse notable de la puissance du rythme alpha
sur l’EEG avec les radiofréquences, qui persiste après l’arrêt de l’exposition, sans impact de
la fréquence sur cet effet. Aucun effet des radiofréquences n’est observé pour le test cognitif.
Vecsei et al. ont également publié 2 études séparées dont l’objectif était le même, seul le
signal radiofréquences changeait (Vecsei et al., 2013, Vecsei et al., 2018b). Dans la
publication de 2013, ils ont utilisé un signal 3G UMTS à 1 947 MHz (DAS = 1,75 W/kg –
30 min) et dans celle de 2018 un signal 4G LTE à 1 750 MHz (DAS < 1,8 W/kg – 30 min).
Dans celle de 2013, l’effectif est constitué de 10 femmes et 12 hommes (20-29 ans), tandis
que celle de 2018 étudie 12 femmes et 6 hommes (16-26 ans). Sur ces sujets, ils mesurent
(études en double aveugle et randomisées) le seuil de douleur thermique avant, pendant et
après l'exposition aux radiofréquences (indiqué par un mouvement du doigt posé sur un
coussin chauffant) ainsi que la perception subjective de la douleur par le sujet. La publication
de 2013 ne montre pas d'effet des radiofréquences sur le seuil de douleur dans la bande
UMTS, mais un effet sur l'échelle subjective de la douleur perçue (visual analogue rating scale,
VAS) avec une atténuation avec les radiofréquences de la sensibilisation générale au 2e bloc
de 6 essais par rapport au 1er bloc de 6 essais en condition contrôle sham (augmentation de
la sensation de douleur). Celui de 2018 ne montre aucun effet des radiofréquences de type
LTE sur le seuil de perception de la douleur (pré-, post- et pendant l’exposition aux
radiofréquences) ainsi que sur la douleur subjective (échelle VAS). En somme, ils montrent un
impact de la fréquence sur la perception subjective de la douleur mais pas sur le seuil de
douleur. Il faut noter que les 2 études ont été publiées à 5 ans d’écart.
Enfin, Danker Hopfe et al. (2020) ont comparé les effets d’un signal de type TETRA (385 MHz,
DAS = 6 W/kg) et d’un signal de type GSM (900 MHz, DAS = 2 W/kg) chez 60 sujets âgés
(dont 30 femmes, âge 60-80 ans) sur la macrostructure du sommeil (30 variables). Les
expositions ont été de 8 h par nuit sur 9 nuits. Les résultats sont très nombreux au vu de la
quantité de variables : ils montrent des effets des radiofréquences, mais surtout un effet du
sexe important. Par exemple, une réduction des éveils, de la latence du sommeil lent profond
(N3) et temps d'éveil auto rapporté après sommeil plus court pour les 2 sexes avec l’exposition
aux radiofréquences. Par contre, plusieurs effets des radiofréquences sont liés au sexe,
comme la latence pour le stade REM (rapid eye movement) qui est plus court chez les femmes
et tend à être plus long chez les hommes exposés (2 signaux). Ou encore, le temps éveillé
pendant le sommeil est plus court chez les femmes sous TETRA et légèrement plus long chez
les hommes. Alors que sous exposition au GSM, le temps total de sommeil rapporté tend à
être plus long chez les femmes et plus court chez les hommes. Les auteurs concluent que les
effets des radiofréquences sur le sommeil dépendent du sexe : ils sont plus marqués chez les
femmes. Cependant, quel que soit le sexe, les effets des radiofréquences (2 fréquences) sont
plutôt marginaux et n'indiquent pas d'altération du sommeil.
Cette approche vise à répondre à une question précise : étant donné que très peu d’études
concernant les bandes 700 MHz et 3,5 GHz spécifiquement sont disponibles, est-il possible
d’utiliser les résultats des études antérieures obtenus à des fréquences proches ?
Pour évaluer cette possibilité, la question suivante a été examinée : existe-t-il un impact de la
fréquence sur les effets biologiques, physiologiques voire sanitaires ? Si la réponse est
positive, il sera difficile d’extrapoler les résultats obtenus à certaines fréquences à d’autres,
sinon, les effets pourraient dépendre uniquement de l’énergie déposée et de sa profondeur de
pénétration.
L’analyse des publications qui ont étudié des effets d’expositions à différentes fréquences
montre que lorsque des phénomènes moléculaires sont analysés, l’augmentation de la
fréquence semble entraîner, souvent, une augmentation de l’effet. Lorsque des effets
physiologiques ou comportementaux chez l’animal sont analysés, 3 papiers sur 6 montrent un
effet de la fréquence, 4 sur 10 chez l’Homme, notamment les effets sur le comportement ou
l’EEG. Ainsi, qu’il s’agisse d’études in vivo ou chez l’Homme, il n’existe pas d’argument solide
pour conclure quant à l’existence ou non d’un impact de la fréquence sur des effets observés.
On peut cependant noter que, lorsque des effets sont observés chez l’Homme à des
fréquences entre 0,9 et 2,4 GHz, ils semblent faibles et, le plus souvent, aucun impact de la
fréquence n’est mis en évidence, ce qui laisse penser que pour des signaux proches (700 MHz
ou 3,5 GHz) non encore étudiés, ils pourraient être comparables. Enfin, il est à noter qu’il a
été montré chez l’Homme un effet des radiofréquences en fonction du sexe, mais qui tend le
plus souvent à être plus faible que l’effet du sexe seul.
Ces conclusions ne concernent pas les tissus superficiels (peau, œil), pour lesquels les effets
de la variation de la pénétration en fonction de la fréquence ne se posent pas. Ils n’ont pas ou
peu été étudiés dans ces bandes de fréquences (y compris études avec au moins 2
fréquences) et ce sont des tissus dans lesquels les effets moléculaires pourraient être plus
marqués (en raison de leur localisation superficielle).
6.3.3 Conclusion
La littérature scientifique ne fournit pas suffisamment d'études dans des fréquences autour de
3,5 GHz – entre 3 et 4 GHz – (seulement 5 études et dans des domaines très disparates) pour
pouvoir procéder à une évaluation classique du niveau de preuve d’effets sanitaires éventuels.
Le groupe de travail a donc abordé la question sous un autre angle. Les données concernant
les fréquences utilisées pour la téléphonie mobile 2G à 4G, ou encore les applications Wi-Fi,
sont très nombreuses. Le groupe de travail a recherché si, dans la gamme des fréquences les
plus étudiées (entre 840 MHz et 2,85 GHz environ, proches de 700 MHz et de 3,5 GHz), la
littérature scientifique mettait en évidence un lien entre la fréquence et l’intensité des effets
étudiés. Pour ce faire, un corpus d’articles ayant étudié au moins 2 fréquences et montrant un
effet biologique, physiologique ou sanitaire a été analysé.
Dans un premier temps, le groupe de travail a considéré les études in vitro et ex vivo. L’analyse
de la littérature suggère que l’intensité des effets cellulaires et moléculaires tend à augmenter
avec la fréquence.
Dans un second temps, le groupe de travail a analysé les études in vivo. Ces études, qui
s’intéressent aux effets comportementaux et neurophysiologiques chez l'animal ou chez
l'Homme, ne mettent pas en évidence d’effet de la fréquence. Ces résultats tendent à montrer
une absence de lien entre la fréquence et l’intensité des effets étudiés. Les différences
constatées entre les résultats obtenus in vitro et ex vivo et les résultats in vivo suggèrent une
compensation de ces effets par l’homéostasie de l’organisme.
Ainsi, s’il n’est pas pertinent d’extrapoler les résultats in vitro et ex vivo à des fréquences
différentes de celles étudiées, même proches, les effets observés au niveau physiologique ou
comportemental (in vivo chez l’animal ou chez l’Homme) ne semblent pas différents d’une
fréquence à une autre au sein de la bande 840 MHz – 2,85 GHz.
De plus, en s’intéressant aux interactions biophysiques, le groupe de travail a constaté que la
seule différence majeure avec les fréquences plus basses est que la profondeur de pénétration
des champs électromagnétiques dans les tissus est plus faible à 3,5 GHz.
S’appuyant sur ces réflexions, chez l’Homme et en l’état des connaissances actuelles, les
effets physiologiques ou sanitaires pour des fréquences comprises entre 700 MHz et 3,5 GHz
ne semblent donc pas différents de ceux observés précédemment à des fréquences proches
(entre 840 MHz et 2,85 GHz).
La peau humaine est un des organes les plus volumineux de l’organisme, avec un poids de
l’ordre de 2 à 3 kg et une surface de 1,5 à 2 m2 chez l’adulte. Elle a une structure complexe,
et comporte trois couches principales : l’épiderme, le derme et le tissu sous-cutané, constitués
de différents types cellulaires assurant différentes fonctions.
L’épiderme est la couche la plus superficielle de la peau. Son épaisseur varie de 50 µm
(paupières) à 1,5 mm (sole plantaire). Il est presqu’exclusivement constitué d’un seul type
cellulaire, les kératinocytes, organisés en quatre couches. La couche basale comporte une
seule couche de kératinocytes qui se divisent activement, adhérents à une membrane basale.
Cette couche basale comporte également des mélanocytes (1 à 5 %, selon les localisations
anatomiques) qui produisent des pigments et émettent des dendrites vers les couches
supérieures de kératinocytes. Les kératinocytes de la couche basale se différencient
progressivement et migrent pour former les couches supérieures de l’épiderme. Le stratum
spinosum, fait de 5 à 15 couches de grands kératinocytes, contient aussi des cellules de
Langerhans (cellules dendritiques impliquées dans le traitement de l’antigène). Le stratum
granulosum est fait de 1 à 4 couches de kératinocytes aplatis, au noyau en dégénérescence,
contenant des granules de kératohyaline. La couche la plus externe de l’épiderme, le stratum
cornéum, est constituée de 10 à 30 couches de cornéocytes (kératinocytes morts) remplis de
fibrilles de kératine.
Le derme est un tissu conjonctif, d’environ 1 mm d’épaisseur, dont la partie supérieure, le
derme papillaire, est en contact avec la membrane basale de l’épiderme et forme des papilles
qui augmentent les surfaces de contact avec l’épiderme (rete ridges). Il est fortement
vascularisé et contient des neurofibrilles et des récepteurs sensoriels (corpuscules de Pacini).
La plus importante partie du derme, le derme réticulaire, est formé de réseaux protéiques
(collagène et élastine) produits par des fibroblastes, et est vascularisé dans sa partie
supérieure. Le derme contient aussi des annexes : glandes sudoripares, follicules pileux
(invagination de l’épiderme) et leurs muscles érecteurs et glandes sébacées.
Le tissu sous-cutané est essentiellement constitué de graisse et est vascularisé.
À ces structures s’ajoutent les nombreuses bactéries commensales constituant le microbiote
cutané dont la composition varie selon les localisations anatomiques (zones grasses, humides
et sèches). Ce microbiote est présent dans l’épiderme, mais aussi dans le derme et les
annexes. Il participe aux mécanismes de défense anti-infectieuse de la peau.
La peau est une interface avec le milieu extérieur. S’agissant des interactions avec les
rayonnements électromagnétiques radiofréquences, la profondeur de pénétration dans les
tissus diminue avec l’augmentation de la fréquence, et pour des fréquences élevées (plusieurs
GHz), la pénétration est limitée aux couches superficielles de la peau (propriété exploitée par
exemple par les scanners d’aéroports fonctionnant à une fréquence de 24 GHz), et peut
produire un échauffement cutané (effet thermique exploité par exemple par les systèmes
d’armes non létales utilisant une fréquence de 95 GHz).
Il faut noter, concernant les études sur les effets des radiofréquences sur la peau, que les
modèles de peau humaine reconstruite en culture tridimensionnelle in vitro sont beaucoup plus
simples et imparfaits.
[Link].1 Présentation
L’effet des ondes millimétriques sur l’expression de gènes candidats a été étudié par
différentes méthodes :
par l’analyse de l’expression de gènes candidats par Reverse Transcription
Polymerase Chain Reaction quantitative (RT-qPCR) en partant des ARN totaux extraits
d’un tissu exposé ou non ;
par la recherche de gènes dérégulés par hybridation des ARN totaux à des microarrays
de sondes correspondant à un ensemble donné de gènes ;
ou enfin par le séquençage exhaustif des ARN (high throughput RNA sequencing ou
RNA-seq).
Dans tous les cas, les expériences sont répliquées au minimum 3 fois et les résultats soumis
à des tests statistiques classiques, par exemple tests t ou Mann-Whitney, suivis de tests pour
comparaison multiples, par exemple correction de Benjamini-Hochberg157, dans le cas des
analyses à grande échelle (microarrays et RNA-seq).
L’objectif de l’étude de Le Quément et al. (2012) était de suivre les variations de l’expression
globale des gènes dans des primocultures de kératinocytes humains exposées à des ondes
électromagnétiques à 60,4 GHz. Les cultures ont été établies à partir de prépuces de 3
nouveaux-nés et cultivées à 37°C sous 5 % de CO2 à une densité de 16 000 cellules/cm2. Les
cultures ont ensuite été exposées pendant 1, 6 ou 24 h aux ondes électromagnétiques à
60,4 GHz à une densité de puissance de 1,8 mW/cm2 et un débit d’absorption spécifique
moyen de 42,4 W/kg, ou non exposées (sham). Les ARNm ont été extraits et le niveau
157Il s’agit d’éliminer les faux positifs en faisant une analyse statistique de l’ensemble des mesures
d’ARNm (contrairement au t test qui compare les valeurs des différents réplicats pour un ARNm donné
obtenues dans les conditions testées (ici exposition) et dans les conditions témoin).
d’expression des gènes a été évalué par hybridation des transcrits sur des puces à ADN
contenant les sondes correspondant à 41 000 gènes (Whole Human Genome kit, Agilent) en
4 réplicats. Les résultats ont été soumis à une analyse statistique classique (tests t suivis ou
non de correction de Benjamini-Hochberg158).
L’exposition est accompagnée d’une élévation de température de 0,8 à 0,9°C. Les travaux
précédents des auteurs ont montré qu’une telle élévation de température n’induit pas
l’expression des protéines de choc thermique Hsp27 et Hsp70. De plus, après 6 h d’exposition,
les gènes DNAJB1, DNAJB6, et HSPA1A, fortement surexprimés lors d’un choc thermique,
sont peu surexprimés ici. L’exposition ne semble pas induire un choc thermique en soi.
L’analyse statistique complète (tests t suivis de correction de Benjamini-Hochberg) ne révèle
aucun gène exprimé de façon différentielle entre les témoins sham et les échantillons exposés.
Cependant, avant correction de Benjamini-Hochberg, 130 gènes potentiellement dérégulés
sont détectés : 111 gènes régulés négativement et 19 gènes régulés positivement après 6 h
d’exposition Les 24 gènes dont le facteur de changement est le plus élevé et la significativité
statistique (p-value) la plus faible ont été choisis pour effectuer des validations par RT-qPCR.
La diminution de l’expression de 5 d’entre eux après 6 h d’exposition a été confirmée. Il s’agit
de CRIP2 (Cysteine-Rich Protein 2, codant une protéine impliquée dans la régulation
transcriptionnelle, la signalisation cellulaire, l’hématopoièse et la prolifération cellulaire),
PLXND1 (Plexin D1, codant un récepteur transmembranaire impliqué dans le développement),
PTX3 (Pentraxin-related gene, codant une protéine impliquée dans l’immunité innée et la
réponse inflammatoire), SERPINF1 (Serpin peptidase inhibitor, codant un inhibiteur
d’endopeptidase anti-prolifératif et anti-angiogénique) et TRPV2 (Transient Receptor Potential
cation channel, codant un canal cationique mécano et thermo-sensible, perméable au calcium,
impliqué dans la perception sensorielle de la chaleur). La diminution de l’expression de ces 5
gènes est transitoire, observée après une exposition de 6 h et, excepté pour TRPV2, ne
persiste pas après une exposition de 24 h.
L’étude est bien décrite et rigoureuse. L’analyse statistique classique des données par tests t
et comparaison multiple suggère que les ondes électromagnétiques continues de fréquence
60,4 GHz n’ont pas d’impact sur le transcriptome de kératinocytes humains. Quelques rares
gènes (130 sur 41 000) ont une expression significativement différente après exposition en
absence de comparaison multiple mais, au moins pour ceux qui ont été testés par RT-qPCR,
la dérégulation n’est que transitoire.
L’objectif de l’étude de Le Quément et ses collaborateurs (2014) était d’étudier l’effet des
ondes millimétriques sur le stress du réticulum endoplasmique (RE). Les auteurs ont exposé
des cellules de lignées cellulaires de peau humaine (HaCaT, kératinocytes humains
spontanément immortalisés, et A375, mélanome humain) pendant 20 min.,1 h, 6 h, 16 h ou
24 h, à une exposition à 60,4 GHz, à des densités de puissance surfaciques allant de 1 à
20 mW/cm2 (la valeur la plus élevée correspond à la valeur limite d’exposition préconisée par
l’Icnirp. Des expositions factices (sham) ont été réalisées. L’expression de 2 gènes résidents
du RE, BIP et ORP150, a été examinée par RT-qPCR. Les résultats ont montré que
l’exposition aux ondes millimétriques ne changeait pas les niveaux de base des ARNm BIP ou
ORP150, quelle que soit la lignée cellulaire, la durée d’exposition ou le niveau de puissance.
158 La correction de Benjamini-Hochberg a pour objectif d’éliminer les faux positifs en faisant une analyse
statistique de l’ensemble des mesures d’ARNm (contrairement au [Link] qui compare les valeurs des
différents réplicats pour un ARNm donné obtenues dans les conditions testées (ici exposition) et dans
les conditions témoin.
L’objectif de l’étude de Habauzit et ses collaborateurs (2014) était d’évaluer les effets de
l’exposition à des ondes millimétriques dans la bande 60 GHz sur l’expression du génome.
Les essais ont été réalisés en utilisant un pool de 3 primocultures (pour limiter les variations
individuelles) de kératinocytes humains. Les essais ont été menés à 20 mW/cm² (valeur limite
d’exposition préconisée par l’Icnirp pour le public). À ce niveau de densité de puissance,
l’exposition induit une augmentation de la température du milieu de culture. Des « contrôles
thermiques » ont donc été introduits, en plus d’un contrôle « sham », afin de pouvoir dissocier
les effets liés aux champs électromagnétiques des effets thermiques engendrés par les
radiofréquences : un contrôle HSC (Heat Shock Control) où les cellules ont été cultivées à la
température atteinte dans les cultures lors de l’exposition, et un contrôle CompT_Expo où
l’augmentation de température due à l’exposition a été compensée par une diminution de la
température de l’incubateur. Deux séries d’essais ont été réalisés.
Dans une première série, les cellules ont été exposées pendant 3 heures, les transcrits
analysés par microarrays, et les résultats vérifiés par RT-qPCR. L’exposition aux ondes
millimétriques a induit une augmentation de température (+6,7°C) et une importante
modification de l’expression de 665 gènes dans les cellules exposées par rapport aux cellules
témoins. La plupart des gènes dont l’expression a été modifiée correspondent à des protéines
chaperones et de choc thermique. Mais, lorsque la température a été maintenue constante,
l’exposition aux ondes millimétriques n’a pas induit de modification de l’expression génique.
Cependant, les témoins HSC ne reproduisent pas exactement l’effet de l’exposition, suggérant
un léger effet électromagnétique spécifique dans des conditions d’hyperthermie : 34 gènes
sont différentiellement exprimés. Vingt-deux gènes ont été sélectionnés sur la base de
l’amplitude de leur modification (> 1,5 ou > 2) et sa significativité pour une vérification par RT-
qPCR : l’expression différentielle de 21 de ces gènes a été confirmée. Pour vérifier la
reproductibilité de l’effet des ondes millimétriques observé, une seconde série d’expositions a
été réalisée, et la dynamique de l’expression de ces 22 gènes a été étudiée au cours du temps
(1, 2 et 3 h). Après cette seconde série d’exposition et d’analyse par RT-qPCR, seuls 7 gènes
ont été confirmés comme exprimés différentiellement. Parmi ces gènes, 3 (ADAMTS6, NOG
et IL7R), codant pour des facteurs de sécrétion impliqués dans la communication cellulaire,
ont montré une augmentation d’expression lors de l’exposition aux ondes millimétriques et une
légère diminution en conditions HSC, ce qui semble indiquer un effet des ondes millimétriques
sur l’expression des gènes, différent des conditions sham et HSC, et une expression
spécifique de certains gènes due aux radiofréquences.
Soubere Mahamoud et ses collaborateurs (2016) avaient pour objectif d’évaluer l’effet d’une
exposition à des ondes millimétriques sur des kératinocytes humains (primoculture et lignée
cellulaire HaCaT), et d’observer les effets biologiques de ces ondes millimétriques lorsque les
cellules étaient exposées à un stress métabolique imitant l’effet Warburg. En utilisant une
approche microarrays/génome entier, les auteurs ont analysé les modifications d’expression
du génome de kératinocytes en primoculture exposés à 60,4 GHz à une densité de puissance
de 20 mW/cm² pendant 3 heures dans des conditions athermiques (compensation de
l’élévation de température par diminution du réglage de la température de l’étuve de culture).
Dans ces conditions, aucune modification du transcriptome des kératinocytes n’a été
observée. Les auteurs ont ensuite analysé les effets des ondes millimétriques sur le
métabolisme cellulaire en cotraitant les cellules exposées aux ondes par un inhibiteur de la
glycolyse, le 2-désoxyglucose (2dG, 20 mM pendant 3 heures), en évaluant l’expression du
génome entier ainsi que (pour les cellules HaCaT) la concentration intracellulaire d’ATP.
L’exposition aux ondes millimétriques n’a pas modifié la concentration en ATP, par contre
l’exposition au 2dG a induit une diminution significative (2 fois) de la concentration
intracellulaire en ATP des cellules exposées ou non. Cela indique que les ondes millimétriques
n’ont pas potentialisé le stress énergétique déclenché par le 2dG. Contrairement à l’exposition
aux ondes millimétriques, l’exposition des cellules au 2dG a induit une forte modification du
transcriptome (632 gènes codants), les gènes affectés étant associés à la répression
transcriptionnelle, la communication cellulaire et l’homéostasie du réticulum endoplasmique.
L’exposition combinée aux ondes millimétriques et au 2dG a modifié légèrement la réponse
induite par le 2dG, reflétant la capacité des ondes millimétriques à interférer avec la réponse
au stress bioénergétique. Une validation par RT-qPCR a confirmé que 6 gènes sont
différentiellement exprimés lorsque la réponse au choc métabolique est associée à une
exposition aigue aux ondes millimétriques : SOCS3, SPRY2, TRIB1, FAM46A, CSRNP1 et
PPP1R15A. Ces 6 gènes codent pour des facteurs de transcription ou des inhibiteurs des
voies des cytokines, ce qui, pour les auteurs, soulève un questionnement sur l’impact potentiel
de l’exposition chronique ou à long terme aux ondes millimétriques sur des cellules
métaboliquement stressées.
L’objectif de l’étude de Martin et al., (2020) était de tester la généralisation d'un effet modeste
des ondes millimétriques sur l'expression de certains gènes déjà étudiés dans une étude
précédente du même groupe (Habauzit et al., 2014), en utilisant les mêmes conditions
d’exposition. L’étude porte sur 3 modèles de cultures primaires de kératinocytes humains
(HEK_3N, NHEK_3N et HEK_1N provenant de cellules de prépuces de nouveaux-nés) et une
lignée de kératinocytes humains spontanément immortalisée et aneuploïde qui provient de
peau d’adulte, la lignée HaCaT. L’expression des 3 gènes ADAMTS6, IL7R, et NOG a été
suivie par RT-qPCR (gènes utilisés pour la normalisation, TBP et GAPDH, analyse par la
méthode du Ct159) après une exposition de 3 h à des ondes continues de fréquence
60,4 GHz, avec une densité de puissance de 20 mW/cm², et un débit d’absorption spécifique
maximum de 1 233 W/kg, et moyen de 594 W/kg160. Les expériences ont été reproduites de 3
à 6 fois et les résultats soumis à des tests Mann-Whitney one-tailed.
Le traitement des cellules par des facteurs de croissance (interleukine-1 et Epidermal Growth
Factor) augmente l’abondance des ARNm correspondant aux trois gènes ADAMTS6, IL7R, et
NOG, comme attendu, ce qui constitue un témoin positif de l’expérience. Par contre,
l’abondance de ces ARNm codant pour ADAMTS6, IL7R et NOG n’est pas significativement
différente après l’exposition. Cependant, trois tendances (augmentation, diminution, pas de
variation) sont observées selon la lignée cellulaire, bien que l’exposition soit identique, ce qui
témoigne d’une certaine variabilité dont l’origine reste à identifier. Martin et al. concluent que
les cellules des 4 lignées pourraient présenter des sensibilités différentes aux ondes
électromagnétiques.
La portée de cette étude, qui ne concerne que trois gènes, est très limitée. L’absence de
groupe témoin « température », alors que selon Habauzit et al. la température dans ce
système augmente de 7 à 8°C, est une grande faiblesse.
L’étude d’Habauzit et al., (2020) vise à analyser les changements de l’expression des gènes
dans la peau de rat Hairless lors d’une exposition à des ondes à 94 GHz.
Les rats sont soumis à un rayonnement à 94 GHz en utilisant un générateur EIK
(Communications & Power industries, UK). Pour cela, ils sont placés dans une chambre
anéchoïque à 20°C ± 1°C et exposés par l’intermédiaire d’une antenne cornet, 3 h par jour,
3 jours par semaine, pendant 5 mois. La distance entre les rats et l’antenne est de 71 cm, ce
qui crée un faisceau homogène de 10 mW/cm² sur une aire d'un mètre. La température est
enregistrée avant et après l'exposition avec une caméra infrarouge FLIR A320. Deux
expériences ont été réalisées. La première expérience (E1) porte sur 14 rats mâles adultes
âgés (14 semaines ; poids moyen 521 g), 6 rats sont exposés et 8 rats (témoins) subissent le
même traitement mais sans exposition. La seconde expérience (E2) porte sur 17 rats mâles
jeunes (6 semaines ; poids moyen 301 g), 9 rats sont exposés et 8 rats subissent le même
traitement mais sans exposition. L'exposition n'affecte pas le poids des rats mais elle induit
une augmentation de la température de la surface de la peau (1,0 ± 0,5°C pour les adultes et
0,5 ± 0,5°C pour les jeunes) sans modifier la température interne. Les ARNm de la peau des
rats ont été extraits et hybridés avec des micropuces à ADN permettant de suivre l’expression
de 14 721 gènes (logiciel GeneSpring, Agilent technologies). Les données sont publiques
(déposées sur GEO : GSE132816, GSE132817 and GSE132818). Les gènes dont la variation
de l’abondance des ARNm est supérieure à un facteur 1,5 ont été conservés, la p-value
calculée (test Mann-Whitney two-tailed) et ajustée (Benjamini-Hochberg). La variation de
l’abondance des ARNm a été considérée significative quand la p-value est inférieure à 0,05.
Globalement, 1 % des gènes (156 pour E1 et 120 pour E2) présentent une variation de
l’abondance des ARNm supérieure à 1,5. Après correction de Benjamini-Hochberg, seulement
14 gènes présentent une variation de l’abondance des ARNm après exposition pour E1 et 4
pour E2, aucun n'est commun à E1 et E2, ce sont probablement des faux positifs. L'expression
160 À mesure que la fréquence augmente, le coefficient de transmission à l'interface air/peau augmente
également, et l'absorption devient de plus en plus locale. Pour la même densité de puissance incidente,
à 60 GHz les valeurs de DAS maximum sont donc plus élevées qu'à quelques GHz. Dans les études in
vitro à 60 GHz, le DAS est utilisé comme métrique intermédiaire qui permet de comparer les niveaux
d'exposition in vitro avec les niveaux d'exposition dans la peau. La densité de puissance incidente
(grandeur dosimétrique utilisée avant 2019 pour les fréquences supérieures à 6 GHz) ne peut être
utilisée ici, car le coefficient de réflexion et la profondeur de perpétration sont différents dans les deux
cas.
Se fondant sur des résultats antérieurs qui avaient suggéré que les ondes millimétriques
pouvaient augmenter les pics de calcium intracellulaire dans des cellules neuronales, Sun et
al. (2012) ont étudié la modulation de la dynamique du calcium par des ondes millimétriques
(94 GHz, 30 ou 60 mW) dans un système in vitro de co-culture de cellules murines P19
induites à se différencier en cellules neuronales et de kératinocytes épidermiques humains
HEKn. Dans ce système, les cellules n’étaient pas en contact direct, mais en couches
unicellulaires opposées et séparées de 200 µm (la pénétration des ondes dans le milieu
n’étant que d’environ 115 µm). Les essais ont été conduits à température ambiante (env.
22°C), sans refroidissement forcé. Au repos, les kératinocytes montraient une fréquence des
pics de calcium de 8,2 ± 0,8 par heure. L’exposition pendant 60 min aux ondes millimétriques
(60 mW) a induit une augmentation significative de la fréquence des pics de calcium
(17,7 ± 1,5 pics / 60 min; p<0,05). En comparaison, à une température de 32°C, le nombre de
pics de calcium augmentait à 11,8 ± 1,7, et à environ 15 pour 42°C. En co-culture avec des
cellules neuronales, l’exposition des kératinocytes (à cause de la distance entre les deux
cultures, il est peu vraisemblable que l’exposition puisse affecter la dynamique du calcium des
cellules neuronales) modifiait le nombre de pics de calcium dans les cellules neuronales non
exposées. À une puissance de 30 mW, l’exposition augmentait significativement le nombre de
pics de calcium des cellules neuronales, mais à une puissance de 60 mW, l’exposition
diminuait le nombre de pics par rapport au témoin non exposé. L’ATP étant un facteur majeur
de modulation de la formation de pics de calcium dans les cellules neuronales, les auteurs ont
mesuré l’ATP dans le milieu en réponse à l’exposition à 94 GHz et montré que cette sécrétion
était augmentée d’un facteur 5 pour une puissance de 30 mW et d’un facteur 10 pour 60 mW.
Pour confirmer le rôle de l’ATP dans l’induction de pics de calcium dans les cellules neuronales
consécutive à l’exposition des kératinocytes, les auteurs ont conduit des essais en présence
d’un bloqueur des canaux ATP et observé que l’activité des pics de calcium était complètement
inhibée. En outre, l’addition de 0,1 µM d’ATP dans le milieu stimulait la production de pics de
calcium alors qu’une concentration de 10 µM l’inhibait. Ce qui suggérait un mécanisme dans
lequel l’exposition à 94 GHz des kératinocytes induirait la production d’ATP qui modulerait la
dynamique du calcium des cellules neuronales non exposées, un excès d’ATP pouvant inhiber
et non stimuler la production de pics de calcium. Ce mécanisme impliquerait la participation
de récepteurs purinergiques (P2X2 et P2Y2), dont les auteurs ont vérifié l’expression
abondante dans les cellules souches P19 indifférenciées et différenciées en cellules
neuronales. Une simulation utilisant un modèle mécanistique mathématique développé pour
étudier la dynamique du calcium ATP-dépendante et médiée par des récepteurs
purinergiques, est en accord avec les résultats expérimentaux et suggère la participation de
récepteurs purinergiques sensibles à l’ATP. Les auteurs concluent que, dans ce modèle de
co-culture, la dynamique intracellulaire du calcium est régulée par des interactions cellules-
ondes millimétriques et cellules-cellules. Les mesures effectuées par caméra thermique
indiquent qu’en réponse à une exposition à 60 mW, la température dans la chambre de culture
augmente rapidement et atteint un équilibre en 10 secondes, une augmentation maximum de
+8°C a été observée. Les expositions ayant été effectuées pour des durées de 60 minutes, il
n’est pas possible d’éliminer totalement un effet thermique, bien que les auteurs aient effectué
des essais en augmentant la température à 32 et 42°C. Dans ces conditions, le témoin non
exposé est resté à la température ambiante de 22°C.
Franchini et al. (2018) ont exposé pendant 20 min des fibroblastes humains fœtaux (lignée
cellulaire HFFF2 de fibroblastes de prépuce) ou adultes (lignée cellulaire HDF de fibroblastes
dermiques) à des ondes intermittentes dans une large bande de fréquences comprises entre
100 et 150 GHz (hors du champ de la présente analyse) et à une exposition à des ondes
continues à une fréquence de 25 GHz à une puissance de 20 mW, et évalué les effets
potentiels de ces expositions sur l'intégrité du génome, le cycle cellulaire, l'ultrastructure
cytologique et l'expression des protéines. Au cours de l’exposition, les échantillons exposés et
« sham » ont approché la température ambiante, la variation de température étant de l’ordre
de ± 0,3°C pour l’exposition à 100-150 GHz, et de ± 0,6°C pour l’exposition à 25 GHz (dans
ce dernier cas, la source de l’augmentation de température provenant de la chaleur dissipée
par le système d’exposition).
Les résultats des analyses effectuées sur les fibroblastes fœtaux et adultes exposés aux
fréquences de 100-150 et 25 GHz suggéraient que ces fréquences n’induisaient pas de
lésions directes de l’ADN (évaluées par test de comètes, foyers γ-H2AX, et micronoyaux
CREST-négatifs correspondant à la présence de fragments de chromosome), mais des effets
indirects conduisant à une aneuploidie (augmentation significative des micronoyaux CREST-
positifs correspondant à la présence d’un chromosome entier ; résultats confirmés par
l’augmentation de l’incidence des non disjonctions de chromosomes dans les échantillons
exposés). L’analyse de la longueur des télomères n’a pas montré de modulation significative
après l’exposition, suggérant que cette structure n’est pas impliquée dans la mauvaise
ségrégation des chromosomes.
L’analyse en cytométrie de flux du cycle cellulaire des cellules fœtales et adultes a montré que
l’exposition à 100-150 GHz ou à 25 GHz n’affectait pas la progression dans le cycle. Aucune
modification de l’expression des protéines de choc thermique et des protéines de signalisation
pro-survie (NF-kB, ERK1/2, AKT) n’a été observée pour les deux fréquences d’exposition. Les
Une étude de Le Pogam et al. (2019) a étudié l’effet de l’exposition à 60,4 GHz pendant 24 h
à une densité de puissance de 20 mW/cm² sur les lipides et les métabolites de cellules de
passages précoces de la lignée HaCaT cultivées à température maintenue constante en
diminuant la température de l’étuve pour contrecarrer l’augmentation de température induite
par l’exposition aux ondes millimétriques. Après exposition, les profils lipidomique et
métabolomique dans les deux fractions intra-cellulaire et extra-cellulaire (aliquot de milieu de
culture), à des polarités positive et négative, ont été déterminés.
Les résultats montrent un nombre limité de caractéristiques modifiées dans les profils
lipidomiques et dans les analyses métabolomiques intracellulaires, quel que soit le mode
d'ionisation (moins de 6 caractéristiques modifiées). Par contre, des dérégulations importantes
ont été observées dans les profils métabolomiques extracellulaires, avec 111 et 99
modifications après l'exposition sur des adduits positifs et négatifs respectivement.
Les auteurs pensent que cette ampleur inattendue de modifications peut difficilement provenir
des modifications légères rapportées par les études du transcriptome, et émettent l’hypothèse
selon laquelle les ondes millimétriques pourraient altérer la perméabilité des membranes
cellulaires, comme cela a été rapporté par d’autres études sur des modèles phospholipidiques
de membranes cellulaires.
UV. Les auteurs ont utilisé un modèle in vitro de peau reconstruite complète 3D (dépourvu de
mélanocytes) et évalué l’inflammation produite dans ce modèle par des irradiations UV et des
expositions aux radiofréquences en mesurant la production dans le milieu de culture de
cytokines (IL-1α, IL-6 et IL-8) et la sécrétion de l’enzyme MMP-1 (tests ELISA). Dans une
première série d’essais, cherchant un éventuel effet d’augmentation de la réponse
inflammatoire, les modèles de peau ont été exposés à une faible dose d’UV (simulateur solaire,
2 SED en 30 min.) et immédiatement après à des radiofréquences (1 950 MHz, UMTS,
4 W/kg, exposition intermittente par périodes de 20 min. on/off). Les échantillons ont été
ensuite incubés pendant 24 h et les tests biologiques effectués. Des témoins non exposés et
exposés par des UV ou des radiofréquences seules ont été effectués. Dans cette première
série d’essais, il n’a pas été observé de modification de la production de cytokines après
exposition par des radiofréquences seules, et pas de modification importante de la production
de cytokines après exposition aux radiofréquences suivant une irradiation aux UV (légère
augmentation de l’IL-1α, diminution non significative de l’IL-8). Dans une seconde série
d’essais, cherchant une éventuelle réponse adaptative, les échantillons ont été exposés aux
radiofréquences (1,5 W/kg, exposition continue de 24 h), et après 4 h d’incubation, exposés à
des UV (4 SED en 1 h). La production d’interleukines et de MMP-1 a ensuite été évaluée après
24 h d’incubation. Des témoins non exposés et exposés par des UV seuls ont été effectués.
Dans cette seconde série d’essais, bien que les concentrations d’interleukines et de MMP-1
soient plus élevées que lorsque les tissus avaient été irradiés à 2 SED d’UV, la pré-exposition
à des radiofréquences n’a pas entrainé de modifications significatives de l’expression des
marqueurs d’inflammation induite par les UV. Néanmoins, une légère tendance à un effet
protecteur a été observé pour toutes les interleukines et la MMP-1. Bien qu’elle n’ait pas utilisé
des fréquences de la 5G, mais un signal 3G, cette étude propose un modèle d’évaluation des
effets sur la peau des fréquences utilisées par la technologie mobile 5G.
D’autres articles concernant des effets sur des cellules cutanées ont été analysés dans
d’autres sections du rapport : Franchini et al., 2018, dans la section « Génotoxicité » (cf.
chapitre 6.4.5), ainsi que Geyikoğlu et al., 20149 et Mumtaz et al., 2020, analysés dans la
section consacrée à la fréquence 3,5 GHz (cf. chapitre 6.3).
L’article de Hamed et al., 2018, analysé, n’a pas été retenu pour l’évaluation du niveau de
preuve. Cet article est consacré uniquement à des calculs théoriques de DAS et d’élévation
de température à différentes fréquences sur deux modèles (fantômes cylindriques) de tissus
humains (peau en monocouche et en triple couche –peau, tissus adipeux, muscle) basés sur
les propriétés diélectriques des organes humains. Les calculs sont effectués pour une antenne
plane placée à 3 distances différentes 0,5, 3 et 5,5 mm, sans analyse d’effets biologiques.
différentes aux ondes électromagnétiques. Ces études ont aussi suggéré que l’exposition à
un rayonnement pouvait interférer avec la réponse cellulaire à un stress. Une autre étude du
même groupe (Le Pogam et al., 2019) a montré une modification des profils lipidomique et
métabolomique extracellulaires et suggéré que cette modification pouvait résulter d’une
altération de la perméabilité des membranes cellulaires.
Pour une fréquence de 94 GHz, une étude in vitro (Sun et al., 2012) a montré l’augmentation
de la fréquence des pics intracellulaires de calcium de kératinocytes humains et
l’augmentation de leur production d’ATP, pouvant moduler la dynamique du calcium de
cellules neuronales non exposées mais en co-culture avec les kératinocytes exposés. In vivo,
Habauzit et al. (2020) ont montré qu’une exposition sur le long terme à des ondes à 94 GHz
ne modifie pas l'expression des gènes de la peau des rats, même si une faible augmentation
de la température de la peau est enregistrée.
Ces études sont trop diverses et trop peu nombreuses pour conclure à l’existence ou non d’un
effet de la gamme de fréquences 24 – 60 GHz sur la peau humaine. Ces études ne montrent
pas d’effet génotoxique direct, mais peuvent indiquer la possibilité d’un effet indirect
(aneuploïdie). Aucun effet sur le transcriptome n’a été détecté, mis à part des effets transitoires
sur l’expression de quelques rares gènes impliqués dans la réponse des cellules au stress.
Par ailleurs, la quasi-totalité des références citées concerne le travail d’une seule équipe de
recherche.
L’œil est l’organe des sens permettant de traduire en influx nerveux les radiations lumineuses.
Il est constitué de trois couches superposées (cf. Figure 35).
La couche externe est constituée de la cornée et de la sclère. La cornée, transparente, permet
l’entrée de la lumière dans l’œil. Elle contribue à la convergence de l’image vers la rétine et
protège l'œil contre les infections et les agressions extérieures. La sclère forme une couche
de tissu conjonctif qui protège les tissus profonds et maintient la forme de l’œil. La partie visible
de la sclère (le blanc de l’œil) est recouverte d'une muqueuse transparente, la conjonctive. La
couche moyenne de l'œil est composée de l'iris, du corps ciliaire et de la choroïde. L'iris
contrôle la taille de la pupille, le corps ciliaire contrôle la forme, et donc la puissance réfractive,
du cristallin. Le corps ciliaire produit aussi l’humeur aqueuse. La choroïde est une couche
hautement vascularisée qui fournit de l'oxygène et des nutriments aux couches externes de la
rétine.
La couche la plus interne de l'œil est la rétine ; il s’agit d’une structure nerveuse stratifiée de
neurones qui capte la lumière et assure le traitement primaire du signal nerveux qui en résulte.
À l’intérieur de cette structure trilaminaire se trouve l’humeur aqueuse, le cristallin et l'humeur
vitrée.
Comme mentionné plus haut, il faut distinguer pour l’œil les effets thermiques des effets non
thermiques des radiofréquences. Du point de vue thermique, le segment antérieur n’a pas une
dissipation efficace de la température, contrairement au segment postérieur où la circulation
choroïdienne est très efficace. Par ailleurs, le segment antérieur est plus proche de la
température ambiante, contrairement au segment postérieur où l’intensité de la circulation
choroïdienne et le processus de phototransduction augmentent la température qui se trouve
être un peu plus élevée que la température corporelle (essentiellement au niveau de
l’épithélium pigmentaire de la rétine).
Chez des modèles animaux, il a été montré qu'une exposition aiguë à 60 GHz à 1 mW/cm²
pendant 6 min pouvait générer des lésions oculaires chez le lapin (Kojima et al., 2009). Ces
résultats confirment un rapport antérieur sur les rats montrant des changements induits dans
le cristallin prédisposant au développement de la cataracte (Prost et al., 1994). Cependant,
d'autres observations ont montré qu'une exposition unique (8 h) ou répétée (cinq jours
consécutifs pendant 8 h) à 60 GHz (10 mW/cm2) ne provoquait pas de lésions chez les lapins
et les primates non humains (Kues et al., 1999).
Un des effets le plus relevé dans la littérature est l’apparition de cataractes. Lipman et ses
collaborateurs (Lipman et al., 1988) ont noté que les ondes dans la gamme du MHz provoquent
le plus souvent des opacités sous-capsulaires, que ce soit chez les animaux de laboratoire ou
dans les études épidémiologiques. Cutz et ses collaborateurs (Cutz et al., 1989) montrent que
les opacifications nécessitent une puissance relativement élevée (supérieure à 100 mW/cm2).
Kues et Monhan (Kues et Monhan, 1992), ont étudié les effets du rayonnement micro-ondes
de faible intensité sur l'œil des primates en utilisant des fréquences de 1,25 et 2,45 GHz 4 h
par jour pendant 3 jours consécutifs. Ils ont identifié des lésions cornéennes, une
augmentation de la perméabilité vasculaire et une dégénérescence des photorécepteurs de la
rétine. Sasaki et ses collaborateurs (Sasaki et al., 2014) ont fait état de leurs expériences in
vivo sur des lapins pour des fréquences allant de 24,5 à 95 GHz, mesurant l'élévation de la
température. Leurs études suggèrent que des dommages cornéens se sont produits à une
densité de puissance incidente de 300 mW/cm2.
La recherche bibliographique a mis en évidence 3 publications étudiant les effets sur l’œil
jugées de bonne qualité. Une publication montre des effets sur la cornée du lapin, et deux
publications montrent une absence d’effets genotoxiques ou d’expression de protéines de
chocs thermiques sur des cellules en culture. À ce corpus de publications issues de la
recherche bibliographique ont été ajoutées deux publications fournies par le comité de
dialogue « Radiofréquences et santé » de l’Anses (Parker et al., 2020) et (Kojima et al., 2019).
Parmi ces publications, les travaux de Kojima et ses collaborateurs (Kojima et al., 2018)
avaient pour objectif de développer des modèles de lésions oculaires chez le lapin permettant
d'évaluer leur évolution clinique. Les lésions oculaires sont induites par l’exposition aux ondes
dans la bande de fréquences 40-100 GHz. Ils ont également évalué la dépendance des
dommages oculaires en fonction de la densité de puissance incidente.
Cent trente lapins ont été utilisés. Les yeux, maintenus ouverts pendant l’exposition, ont été
hydratés par une solution saline afin d’éviter leur dessèchement. L’œil droit est exposé, l’œil
gauche non exposé sert de témoin.
Cent-cinq lapins ont été exposés pendant 6 minutes à des radiofréquences selon le schéma
suivant :
10–600 mW/cm2 (40 GHz) ;
50–300 mW/cm2 (75 GHz) ;
50–300 mW/cm2 (95 GHz).
Vingt-et-un lapins sont exposés pendant 30 min à 75 GHz (10–300 mW/cm2).
Un contrôle thermique positif c’est-à-dire un groupe pour lequel la température de la surface
oculaire a été augmentée à 38 °C, a été réalisé sur les 4 derniers lapins, par exposition à une
lampe de bureau de 60 W.
La température est mesurée par une caméra thermique. L’examen des dommages oculaires
est réalisé par marquage à la fluorescéine, qui se fixe à la surface cornéenne lorsque
l’épithélium est endommagé. Ce marquage s’interprète grâce à la mesure de l’épaisseur
(variations possibles de l’épaisseur en fonction des dommages cornéens) et de l’opacité de la
cornée. Les effets sont évalués 10 minutes après exposition, puis après 1, 2 ou 3 jours.
Les résultats montrent que :
à fréquence et puissance identiques les altérations cornéennes sont plus importantes
si le temps d’exposition est augmenté ;
à densité de puissance identique, l’augmentation de température de la cornée dépend
de la fréquence ; elle est nettement plus élevée à 75 GHz qu’à 95 GHz ;
les lésions sont très faibles à 100 mW/cm², mais sont observées pour la totalité des
animaux pour les 3 fréquences lorsque la densité de puissance incidente est élevée
(500-600 mW/cm2 pour 40 GHz, 300 mW/cm2 pour 75 GHz) ;
1 jour après exposition, les dommages présents au niveau du stroma et de l’épithélium
sont les plus importants. À 3 jours, ces effets tendent à disparaitre ;
la probabilité de 50 % de dommages oculaires est calculée (DD50) : 40 GHz
(206 mW/cm2) > 95 GHz (146 mW/cm2) ≈ 75 GHz (143 mW/cm2) ;
ces effets ne dépendent pas de la température
Ce travail présente un modèle animal qui permet d’étudier différents effets des
radiofréquences sur la cornée. Ceci dit, le nombre d’expériences et d’animaux par conditions
est très variable et parfois faible. Dans leur discussion, les auteurs indiquent que comme les
humains clignent des yeux plus fréquemment que les lapins, l’exposition à ces rayonnements
ne devrait pas induire de dommages de l’épithélium de la cornée chez l’Homme. En revanche,
ils omettent de dire que la cicatrisation cornéenne chez le lapin est meilleure que chez
l’Homme.
Dans un travail ultérieur (Kojima et al., 2019), le même groupe a examiné l'influence de
l'humidité sur les dommages de la surface oculaire induits par les radiofréquences. Ils ont
étudié la différence entre l'augmentation de la température induite en conditions d’humidité
relative élevée (70 %) et faible (30 %). Les yeux de lapins pigmentés (néerlandais, 11-15
semaines) ont été exposés unilatéralement à 40 GHz avec une puissance de 200 mW/cm2
pendant 5 ou 30 min avec une antenne focalisée au centre de la zone pupillaire, à une distance
de 135 mm de l'ouverture de l'antenne. La thermographie infrarouge a été utilisée pour
mesurer la température de la surface de la cornée pendant l'exposition. La température du
stroma cornéen et du noyau du cristallin a été mesurée à l'aide d'un thermomètre fluoroptique
(liquide thermochromique micro-encapsulé injecté dans la chambre antérieure). Les
différences de température ont été évaluées par un t test apparié. La distribution normale des
données et leur homocédasticité ont été testées par le test de Kolmogorov-Smirnov et F
respectivement. Après 4 min d’exposition, la température était augmentée dans toute la
chambre antérieure dans les deux conditions d’exposition. Les températures de la surface de
la cornée, du stroma cornéen et du cristallin étaient toutes plus élevées dans un
environnement à fort taux d’humidité (70 %) que dans un environnement faiblement (30 %)
humide. À taux d’humidité faible, la température de la surface de la cornée a atteint 35,5 °C,
alors qu’en forte humidité elle a atteint 37,3 °C. Concernant le stroma, elle était respectivement
de 36,6 °C et 38,3 °C. La température du noyau du cristallin a été mesurée à 35,6 °C et
37,3 °C. Les mesures étaient beaucoup plus élevées en situation d'humidité élevée qu'en
humidité faible.
Toujours sur l’étude de la cornée in vivo, la publication de Parker et ses collaborateurs (Parker
et al., 2020) a été analysée. Il s’agit plutôt d’une publication qui concerne l’exposition. Comme
dans les publications précédentes, les effets thermiques sur la cornée des primates causés
par des ondes de 35 et 94 GHz ont été rapportés. Cette étude a examiné les vitesses
d’échauffement de la cornée et les a comparées à un modèle thermique multicouche intégrant
la convection. Seize singes rhésus mâles, âgés de 2 à 15 ans et pesant de 8 à 12 kg ont été
exposés aux ondes (pas plus de 2 [Link]-2 et 3 [Link]-2). Les changements de température qui
se sont produits pendant l'exposition des cornées aux radiofréquences ont été mesurés à l'aide
d'une caméra infrarouge.
Chaque membre d'un groupe a été exposé à deux des trois densités de puissance possibles
(0,5, 1,0 ou 2,0 [Link]-2), une dans chaque œil. Chaque exposition a été réglée pour une
fluence de 3 J/cm2, de sorte que la durée de chaque exposition était de 6,0, 3,0 et 1,5 s
respectivement. Comme les structures centrales antérieures de l'œil n'ont pas de vaisseaux
sanguins, un modèle d'exposition 1D impliquant les propriétés thermodynamiques et
électrodynamiques des tissus a été utilisé pour comparer avec les données d'observation. Les
données thermiques sont en accord avec un modèle thermodynamique à trois couches, utile
pour l’évaluation et la simulation de la montée de température dans la cornée.
Les autres publications évaluées sont celles de Koyama en 2016 (Koyama et al., 2016) et en
2019 (Koyama et al., 2019). Elles portent sur les 2 mêmes lignées de cellules humaines, des
cellules épithéliales de la cornée, HCE-T, et des cellules épithéliales du cristallin, SRA01/04.
La seule différence entre ces publications est la fréquence du signal., 40 GHz pour celle de
2019, 60 GHz dans l’étude de 2016.
L’objectif de l’étude de 2016 (Koyama, Narita et al., 2016) était d’étudier les effets non
thermiques des ondes à 60 GHz sur la génotoxicité et l'expression des protéines de choc
thermiques (HSP). Pour cela, la formation de micronoyaux, le test des comètes et l’expression
de protéines de choc thermique (HSP 27, HSP 70, HSP 90α) ont été évalués après une
exposition à un signal à 60 GHz pendant 24 h (1 mW/cm²) avec contrôle de la température
(élévation de moins de 0,1 °C). Deux contrôles positifs ont été inclus : 1 h d’exposition à la
bléomycine, agent génotoxique, ou 2 h à 43 °C suivi de 1 h à 37 °C. Les résultats ne montrent
aucun effet génotoxique de l’exposition aux radiofréquences, au contraire des effets évidents
et attendus de la bléomycine ou de l’augmentation de la température (43 °C, 2 h). Aucune
réponse de choc thermique n’est constatée non plus.
Cette étude est issue d'un groupe spécialiste du domaine. Elle est claire, bien présentée et
illustrée. Elle est réalisée en aveugle avec des témoins positifs permettant de valider l'absence
d'effets non thermiques observés avec les radiofréquences sur 2 types cellulaires de l’œil
humain. Les tests statistiques sont adaptés.
Le même groupe a publié en 2019 une étude similaire à 40 GHz (Koyama, Narita et al., 2019).
Ils ont utilisé la même démarche expérimentale et les mêmes marqueurs de stress cellulaire.
Les résultats sont identiques à ceux de l’étude précédente.
En conclusion, les travaux effectués sur des lignées cellulaires ne montrent pas d’effets des
ondes à 40 et 60 GHz sur les cellules issues de la cornée ou le cristallin humains. Il faut
cependant remarquer que les cellules en culture, et en particulier les lignées, présentent très
souvent une résistance accrue aux stress de toute nature par rapport aux cellules d’origine.
Cet aspect n’a pas été évalué dans les travaux analysés.
Le travail effectué chez le lapin montre un effet seulement à des très fortes densités de
puissance. Il faut noter deux éléments importants : 1) les études concernant les effets sur l’œil
sont centrées sur les effets thermiques et 2) celles portant sur les tissus plus profonds,
notamment le cristallin, semblent être abandonnées ces dernières années. Ceci peut se
comprendre du fait que les ondes de fréquence plus élevées pénètrent moins dans les tissus.
Néanmoins, le cristallin présente une structure particulière avec une tendance à l’accumulation
et des altérations au fil du temps. La face antérieure du cristallin est en contact avec l’humeur
aqueuse, dont il dépend pour son homéostasie. La composition de l’humeur aqueuse dépend
de structures relativement superficielles (telles que le canal de Schlemm et le trabeculum,
situées dans la région scléro-cornéenne). Il serait donc important de continuer les études sur
cet organe.
Les éléments de preuve ne permettent donc pas de conclure à l’existence ou non d’un effet.
Le système nerveux central (SNC) commande et contrôle l’ensemble du corps. Son rôle est
de recevoir, enregistrer, interpréter les signaux qui parviennent de la périphérie et ceux
d'origine internes, et ainsi organiser la réponse appropriée. Le SNC est composé i) de
l’encéphale comprenant le cerveau, le tronc cérébral et le cervelet, ii) de la moelle épinière et
iii) des nerfs optiques. L'encéphale constitue l'organe principal du système nerveux central.
Situé à l'intérieur de la boîte crânienne, il est responsable de l'envoi des influx nerveux (voir
définition ci-dessous) moteurs, du traitement des données transmises par les influx nerveux
sensitifs ou sensoriels (audition, odorat, ...), et des fonctions supérieures comme le langage
et les processus cognitifs complexes (mémoire, attention, planification, raisonnement, …).
Le cerveau est constitué de 2 hémisphères (droit et gauche) qui communiquent par un faisceau
de fibres, le corps calleux. Il est divisé en 4 lobes (cf. Figure 36) :
le lobe frontal (avant) est impliqué dans l’initiation et la coordination des mouvements,
dans les tâches cognitives supérieures comme la résolution de problèmes, la pensée,
la planification, bien d’autres aspects de la personnalité et de la formation des
émotions ;
le lobe pariétal (milieu) intervient dans les processus sensoriels, l’attention et le
langage ;
le lobe temporal (milieu) joue un rôle dans l’encodage des informations auditives et
dans l’intégration des informations provenant des autres modalités sensorielles. Il
intervient dans la mémoire grâce à l’hippocampe, et dans la mémoire émotionnelle
grâce à l’amygdale ;
le lobe occipital (arrière) a un rôle dans l’information visuelle y compris dans la
reconnaissance des formes et des couleurs.
Parmi les structures du cerveau étudiées dans la littérature, l’hippocampe est la plus
représentée pour son implication dans la mémoire chez l’Homme ou l’animal. De plus, cette
structure est située dans le lobe temporal, au niveau des 2 oreilles et donc proche d’un
téléphone mobile au cours d’une conversation téléphonique.
Les éléments cellulaires composant le SNC sont le neurone (composé d’un corps cellulaire ou
soma, de dendrites, d’un axone, et de synapses, cf. Figure 36) et les cellules gliales
(astrocytes, oligodendrocytes, microglie et épendyme). La substance grise est formée par les
cellules et la substance blanche par les fibres (axones des neurones).
Les neurones sont des cellules spécialisées dans la réception, l’intégration et la
transmission d’informations, ils sont intégrés dans des réseaux multiples ordonnés et
hiérarchisés, chargés de recevoir, de transmettre un signal ou de coordonner une
fonction complexe. La transmission des informations (influx nerveux) entre les
neurones ou entre un neurone et un effecteur (muscle, cellule sécrétrice d’une glande)
se fait au niveau des synapses, zones de contacts spécialisées assurant le transfert
des signaux entre les cellules. Les synapses sont soit de nature électrique (présentes
dans de nombreux tissus), soit, le plus souvent, de nature chimique
(neurotransmetteurs, uniquement dans le système nerveux). Ce sont les neurones qui
véhiculent l’influx nerveux, c’est-à-dire le potentiel électrique se déplaçant sur l’axone
après stimulation du corps cellulaire du neurone. Le potentiel d’action est une variation
transitoire du potentiel membranaire déclenchée suite à une stimulation. Celle-ci peut
provenir d’un autre neurone, ou de la stimulation d’un récepteur sensitif (ex : à la
surface de l’organisme [peau], dans l’organisme [organes]). Le potentiel d’action se fait
en différentes étapes : la dépolarisation, la repolarisation et l’hyperpolarisation (cf.
Figure 36).
Les propriétés électriques des neurones sont à la base des études électrophysiologiques in
vivo ou in vitro chez l’animal ou cliniques chez l’humain (électroencéphalographie ou EEG,
exploration de l’activité électrique cérébrale de veille et de sommeil, potentiels évoqués
somato-sensoriels, moteurs ou cognitifs).
Les cellules gliales constituent le tissu de soutien du système nerveux, assurent le lien
avec les vaisseaux sanguins et apportent les nutriments essentiels au fonctionnement
métabolique du SNC. Ces cellules, contrairement aux neurones, peuvent se multiplier,
voire proliférer et devenir cancéreuses. Les astrocytes sont les plus nombreux et
représentent le tissu de soutien, assurent le support métabolique et la synthèse des
constituants du système nerveux, ils sont aussi les constituants de la barrière
hématoencéphalique. Les olygodendrocytes élaborent la myéline qui entoure les
axones, et les cellules microgliales sont des macrophages avec des propriétés de
phagocytose et qui assurent le rôle de défense immunitaire.
Les astrocytes et la microglie, ainsi que leurs marqueurs spécifiques (ex : GFAP, OX-42, ED1,
cytokines…), sont étudiés chez l’animal pour la recherche d’une inflammation en réponse à
divers stimuli de l’environnement, dont les radiofréquences.
Lobe dendrites
Lobe pariétal
frontal
synapses
Lobe
occipital
Lobe
temporal
Tronc Cervelet axone
cérébral soma (noyau)
Figure 36 : Présentation du système nerveux central (à gauche), d’un neurone (au milieu) et
d’un potentiel d’action (à droite)
Sept publications ont été analysées et évaluées de qualité suffisante pour être intégrées à
l’évaluation du niveau de preuve. Une étude a été réalisée chez l’humain (Partyla et al., 2017)
et 6 études in vitro sur plusieurs modèles de neurones en culture (Haas et al., 2016a, 2016b,
2017; Romaneko et al., 2014, 2019 : Samsonov et Popov, 2013). L’étude de Partyla et al. a
concerné les effets anti-douleurs. Les études in vitro se sont focalisées sur la réponse
électrophysiologique, la croissance des neurites, le métabolisme de la dopamine et les
mécanismes possibles des effets potentiels sur la douleur (nociception/anti-nociception ou
analgésique/antalgiques) des radiofréquences. Les effets anti-nociceptifs ou analgésiques des
radiofréquences dans la gamme des ondes dites « millimétriques » sont investigués depuis de
nombreuses années, tant chez l’Homme que chez l’animal, avec des résultats contradictoires.
En effet, les fréquences dans la gamme 40 - 60 GHz (voire 30-70 GHz), à des densités de
puissance de 1 à 10 mW/cm2, sont utilisées en thérapeutique depuis plus de 30 ans,
notamment en Russie pour leurs propriétés analgésiques revendiquées (ex : maux de tête,
douleurs articulaires, douleurs post-opératoires et douleurs neuropathiques161 (Usichenko et
161 Plusieurs types de maladies peuvent être à l’origine d’une douleur neuropathique : maladies
neurologiques (Parkinson, sclérose en plaques, accident vasculaire cérébral), maladies métaboliques
(diabète), maladies infectieuses (zona), sida ou cancer, et chimiothérapies. Il en résulte des lésions du
al., 2006)). Ceci explique que l’essentiel des études se sont focalisées sur ces aspects pour
en comprendre les mécanismes cellulaires et moléculaires au niveau cérébral. Trois études
n’ont pas été retenues (Shiina et al.,2014 ; Degoyan et al., 2012 ; Sivachenko et al., 2016) et
sont décrites succinctement.
Étude chez l’Homme
L’étude chez l’Homme de Partyla et al. (2017) s’est intéressée aux effets hypoalgésiques (anti-
douleur) des radiofréquences. Elle a porté sur une cohorte de 20 jeunes hommes volontaires,
sains. Ceux-ci ont été exposés à un signal radiofréquence (42,24 GHz, intensité
< 17,2 mW/cm2, condition appelée « générateur-RF ») à l’aide d’un générateur et d’une
antenne située à moins de 1 cm de la peau, au niveau du sternum. Les sujets ont subi 4
séances de 30 min à 24 h d’intervalle. Ils ont également été exposés à deux situations
témoins : placébo d’une part (appelée « condition générateur - sans RF ») et « bruit » d’autre
part (condition appelée « générateur, 50-70 Hz »), cette dernière correspondant au bruit émis
par le générateur. Une condition basale a également été incluse (sans exposition aux
radiofréquences, sans générateur). L’ensemble des expositions ont été réalisées selon un
protocole randomisé, en double aveugle et croisées. Le seuil de douleur a été évalué par le
test CPT (cold pressure test) : le sujet place sa main dans l’eau glacée (1°C) et le temps de
latence jusqu’au ressenti de douleur est mesuré. Le test CPT a été réalisé 6 fois (à 24 h
d’intervalle minimum). Les autres paramètres évalués ont été la pression artérielle, le rythme
cardiaque, l’incidence d’une sensation subjective (ex : paresthésie) pendant l’exposition. Les
résultats montrent que si certains paramètres, comme le seuil de douleur, la latence de
sensation douloureuse (différence entre tolérance à la douleur et seuil douloureux en
secondes) ou encore la pression diastolique, augmentent significativement avec l’exposition
aux radiofréquences par rapport aux conditions basale et « bruit », aucune différence n’est
observée par rapport à la condition placébo. Ces résultats ne valident donc pas l’hypothèse
initiale des auteurs d’un effet hypoalgésique des radiofréquences, en tout cas dans les
conditions de l’étude. Cette étude est de bonne qualité, une légère réserve est à émettre sur
le choix de certains tests statistiques.
Études in vitro
Les 2 études de Romanenko et al. se sont intéressées à l’activité électrique neuronale en
réponse à une exposition aux radiofréquences. En 2014, Romanenko et al. ont mesuré les
effets physiologiques d’un signal radiofréquence (60 GHz, signal continu, densité de
puissance = 1, 2 et 4 mW/cm2) pendant 1 min sur des neurones de ganglion de sangsue en
culture. L’objectif était l’identification, la quantification et la visualisation de la forme des
potentiels d’action sous l’effet des radiofréquences, en comparaison avec ceux induits par une
augmentation similaire et progressive de la température du milieu d’incubation (0,04 °C/s, soit
2,4 °C/min). La température des ganglions a été enregistrée à l’aide d’un système par fibre
optique et spectrophotométrie (résolution 0,05 °C, temps de réponse < 100 ms), et celle du
milieu par une sonde Thermistor, (précision 0,01 °C). Les potentiels d’action au repos de
chaque cellule étudiée ont été enregistrés au moyen d’une microélectrode intracellulaire. Les
système nerveux central ou périphérique dans des zones intervenant dans la transmission et le contrôle
de la douleur.
Les douleurs neuropathiques possèdent deux composantes : une douleur permanente de type brûlure
ou étau à laquelle peuvent s’ajouter des épisodes douloureux transitoires. Ces derniers, appelés accès
paroxystiques douloureux, se caractérisent par une intensification spontanée et de courte durée de la
douleur pouvant être aiguë, voire insupportable, avec sensation de décharge électrique ou coup de
poignard. D’autres sensations, non douloureuses, transitoires, peuvent aussi être perçues
(fourmillements, engourdissements, picotements). Ce type de douleur résiste souvent aux traitements
conventionnels de la douleur (antalgiques).
résultats montrent que pour les 2 conditions (exposition aux radiofréquences et température),
une augmentation dose-dépendante et similaire de l’hyperpolarisation des neurones (le
potentiel de membrane devient plus négatif [efflux d’ions K+ ou afflux d’ions Cl-]) et une baisse
de l’amplitude des potentiels d’action ont été observées. Cependant, le rétrécissement de la
forme du potentiel d’action (phases ascendante et descendante) est 5 fois plus marqué avec
l’exposition aux radiofréquences (4 mW/cm2) comparativement à celui observé après
l’augmentation de 0,6 °C de la température. De plus, le taux de décharge des neurones est
supprimé par les radiofréquences aux 3 densités de puissance (persistant pendant la durée
de l’exposition pour 1 mW/cm2, transitoire pour 2 et 4 mW/cm2), alors qu’il augmente de
manière dose-dépendante avec l’augmentation graduelle de la température. Ces effets directs
des radiofréquences disparaissent 5 s après la fin de l’exposition. Les auteurs émettent
l’hypothèse selon laquelle le mécanisme associé aux effets non thermiques des
radiofréquences impliquerait une interaction spécifique de l’énergie des ondes avec la
membrane du neurone. Les auteurs proposent que l’effet inhibiteur des radiofréquences
pourrait être utilisé pour supprimer (moduler à la baisse) la douleur comme déjà montré chez
l’animal et l’Homme (ex : Radiesky et al., 2008 ; Usichenko et al., 2006). Cette étude est de
grande qualité, présentant de nombreux résultats, avec une analyse statistique solide.
La 2de étude réalisée par cette équipe, dans la suite des travaux de 2014, s’est focalisée sur
la nociception, c’est-à-dire les mécanismes cellulaires traitant les signaux douloureux
(Romanenko et al., 2019). Pour cela, les auteurs ont étudié la réponse de neurones sensoriels
primaires ou nocicepteurs (NI) issus de ganglions de la sangsue médicinale : ceux-ci sont
actifs lorsqu’ils sont exposés à un stimulus douloureux (pression, agent chimique ou
osmotique, changements de température). La sensibilité à la température est attribuée à la
présence d’un récepteur, le transient receptor potential vanilloid-1 (TRPV1)-like capsain
receptor activé par des températures de 42 à 45°C, mais ce récepteur est aussi sensible à des
variations de l’osmolarité. Les enregistrements électrophysiologiques ont été réalisés à l’aide
d’une micro-électrode de verre positionnée dans le neurone choisi, sous contrôle au
microscope. La préparation a été exposée à un signal radiofréquences (60 GHz, signal
continu, densité de puissance 170 mW/cm2) pendant 3 à 5 min. Un témoin de température a
été systématiquement inclus. La 1ère expérience a montré que l’exposition aux radiofréquences
modifie le seuil d’activation des neurones (déclenchement des potentiels d’action ou PA) qui
est d'environ 50 % inférieur à celui observé chez le témoin température. L’exposition ne
modifie ni l’excitabilité des neurones NI, ni la résistance membranaire, ni les conductances
voltage-dépendantes. De plus, la réponse aux radiofréquences des neurones NI est annulée
en présence d’un antagoniste des récepteurs TRPV1, montrant que ces effets pourraient
résulter de l’activation de ces récepteurs. Afin de tester le rôle possible de changement de
l’osmolarité plutôt que de celui de la température - les TRPV1 étant sensibles à ces deux
paramètres - l’enregistrement d’un autre type de neurones (sensibles à des stimulations
mécaniques), les neurones N-médial., Nm) ne possédant pas de récepteurs TRPV1 mais des
récepteurs TRPV4 (sensibles à l’osmolarité) a été réalisé. Les auteurs ne montrent aucune
altération par les radiofréquences de l’activité des neurones Nm. Ces données confirment que
la sensibilité des neurones NI serait due à l’activation des TRPV1. Ce récepteur étant sensible
aux teneurs en calcium extracellulaire, l’expérience suivante a consisté à tester les effets des
radiofréquences sur les neurones NI en présence d’une teneur élevée en calcium : celle-ci
annule les effets des radiofréquences sur le seuil de déclenchement des potentiels d’action.
Enfin, dans la dernière expérience, un modèle in silico, soit une modélisation et des simulations
informatiques, a été développé. Il a permis de confirmer les données expérimentales et de
proposer que parmi les mécanismes potentiels d’effets des radiofréquences, le plus efficace
est la sensibilisation des TRPV1 via leur thermo- et osmo-sensibilité. Les auteurs concluent
sur l’intérêt de l’utilisation de ce type de signaux radiofréquences dans le cadre de la
neurostimulation et du traitement des douleurs chroniques. Cette étude de bonne qualité, bien
construite et rigoureuse, propose un mécanisme potentiel d’effets non thermiques des
radiofréquences sur des nocicepteurs.
La publication de Haas et al. (2016a) concerne également la douleur et ses mécanismes, avec
l’étude de l’expression de protéines spécifiques (TRPV1 et TRPV2), des récepteurs-canaux
cationiques voltage-dépendants (voir Romanenko et al., 2019 ci-dessus) et P2X3, un purino-
récepteur fonctionnant aussi comme un canal cationique. Pour cela, les auteurs ont étudié les
effets des radiofréquences (60,4 GHz, signal continu, 10 mW/cm2) pendant 24 h sur des
cellules PC12 (clone NS-1) en culture. Les cellules PC12 dérivent de tumeurs des glandes
surrénales de rat. Elles se différencient et présentent un phénotype neuronal en présence du
facteur de croissance NGF (Nerve Growth Factor) et sont alors considérées comme un modèle
de neurones en culture. L’expression de la protéine de choc thermique HSP70 a été mesurée,
comme marqueur de stress cellulaire. Deux groupes contrôles ont été inclus : sham (sans
exposition aux radiofréquences, 37°C) et température (heat control ou HC, 38,6 °C, similaire
à la température observée avec les radiofréquences [38,8 °C]). De plus, un contrôle positif
MG132 (inhibiteur du protéasome, induisant un stress protéotoxique) a été inclus pour l’étude
de l’expression de HSP70. Une approche originale a été l’utilisation du « cellomics array
scan » qui permet de visualiser la fluorescence de cellules individuelles. Les résultats ne
montrent aucun effet propre des radiofréquences sur l’expression des 3 protéines d’intérêt.
Les auteurs concluent que les effets hypoalgésiques des radiofréquences ne seraient pas liés
à une modulation de l’expression de ces protéines, et que la mesure de l’activité de ces canaux
ioniques mériterait d’être investiguée.
Les résultats de cette étude ne montrant pas d’implication de récepteurs spécifiques à la
douleur comme TRPV1 diffèrent de ceux de Romanenko et al. 2019, qui proposent un rôle
possible de ces même récepteurs TRPV1 dans les effets analgésiques des radiofréquences.
Cependant, les approches diffèrent, l’étude de Haas propose une mesure à un temps donné
de l’expression de protéines dans une lignée cellulaire de type neuronal, alors que Romanenko
et al. ont mesuré l’activité électrique de neurones spécifiques de la douleur, les nocicepteurs.
Les conditions d’exposition diffèrent également, à très court terme pour Romanenko et al. (3-
5 min), à plus long-terme pour Haas et al. (24 h).
La 2e étude de Haas et al. (2016b) avait pour objectif d'étudier les effets des radiofréquences
sur la différentiation neuronale dans un modèle de cellules PC12 en culture traitées au NGF.
Les paramètres étudiés ont été les caractéristiques des neurites (longueur, angle,
nombre/cellule) ainsi que l’expression de la β3-tubuline, une protéine du cytosquelette
spécifique des neurones. Trois groupes ont été inclus : radiofréquences (60,4 GHz, signal
continu, 10 mW/cm2), sham et témoin de température (HC - heat control). Les résultats
montrent qu’une exposition aux radiofréquences pendant 24 h n’a pas d’effet sur la croissance
neuritique, ni sur la différentiation neuronale (expression de la protéine β3-tubuline et taux de
présence de neurites sur les cellules). Les auteurs discutent ce résultat négatif au regard du
type de signal (continu) et de la fréquence élevée du signal radiofréquence utilisé. Des
données de la littérature semblent montrer notamment l’importance de la modulation du signal
sur la croissance neuritique des cellules PC12 (Zhang Y et al., 2005, BEMS). Ces auteurs ont
montré une inhibition de la formation des neurites de cellules PC12 (+NGF) après exposition
à un signal RF intermittent (50 Hz, 10 % d’occupation du cycle), phénomène non observé
lorsque le signal radiofréquences est continu (pas de différence avec la condition témoin sans
exposition). En augmentant le temps de présence du signal (percentage pulse duty, 30 %,
50 %, 80 %...), le nombre de cellules formant des neurites augmente progressivement pour
atteindre un maximum avec un signal continu. Par contre, si on mesure la longueur des
neurites, l’effet inverse est observé, à savoir une diminution de leur longueur avec
l’augmentation du pourcentage d’occupation du signal, pour atteindre un minimum lorsqu’il est
continu. Ces données montrent la complexité des interactions des ondes radiofréquences
avec les cellules en culture et le rôle de leurs caractéristiques (signaux continus vs
intermittents).
La 3e étude de Haas et al. (2017) a été réalisée également avec le modèle de cellules PC12
en culture traitées au NGF. L’objectif était l’étude de l’impact d’une exposition aux
radiofréquences pendant 24 h (60,4 GHz, signal continu, densité de puissance 5 mW/cm2) sur
le métabolisme de la dopamine. En effet, les cellules PC12 possèdent toute la machinerie
métabolique (synthèse, libération, transport et catabolisme) de la dopamine, considérée
comme un indicateur de l’activité neuronale globale et du métabolisme. Les paramètres
étudiés ont été : i) le turnover de la dopamine (DA) et de son métabolite (DOPAC) intra- et
extra-cellulaire, ainsi que la cinétique d’accumulation du DOPAC extracellulaire, mesurés par
HPLC, et ii) l’expression de la protéine DAT (transporteur de la dopamine) et de la β-actine
(protéine de contrôle) par immunohistochimie. Trois groupes ont été inclus : sham, exposé aux
radiofréquences et contrôle température (HC - heat control). Les résultats montrent que
l’exposition aux radiofréquences induit une augmentation modérée (non significative) du
contenu en dopamine et DOPAC extracellulaire ; cette augmentation qui apparait aussi dans
la condition témoin chaleur (HC), suggère un effet lié à l’augmentation de la température (1-
2 °C) du milieu suite à l’exposition aux radiofréquences. Par contre, cette exposition n’a pas
d’impact sur l’expression du transporteur de la dopamine (ni de la β-actine) en condition avec
ou sans NGF (cellules différenciées ou non).
Il est à noter que le nombre de cultures ou expériences (n = 4 ou 5) pour certaines mesures
(contenu en DA et DOPAC intracellulaire, expression de la protéine DAT) est faible et pourrait
expliquer les écarts-types élevés et l’absence de conclusion ferme quant aux effets possibles
des radiofréquences sur le métabolisme cellulaire de la dopamine. Enfin, l’approche en
immunohistochimie de l’expression de protéines ne permet pas une véritable quantification,
au contraire de la technique du western blot.
Samsonov et Popov (2013) ont étudié les effets thermiques et non thermiques des
radiofréquences (94 GHz, densité de puissance 31 mW/cm2) sur des neurones en culture
(modèle d’embryon de Xénopes) sur le taux d’assemblage des microtubules, composants du
cytosquelette assurant différentes formes de transports antérogrades et rétrogrades,
essentiels à la fonction neuronale. Leur approche visait à comprendre les mécanismes de la
nociception thermique impliquant plusieurs sous-types de canaux, comme les TRPV1, sachant
que tout changement des microtubules affecte l’activité fonctionnelle de ces canaux. Ce
modèle in vitro de culture d’embryons de Xénope a été au préalable validé par les auteurs. De
même, la mise au point de la méthode de mesure et de contrôle des variations de la
température des cultures (technique du microfilm) au niveau des neurones individuellement a
été validée. Enfin, les méthodes de visualisation de la dynamique des microtubules par
fluorescence (étude de la protéine associée aux microtubules, EB1 couplée à la GFP [green
fluorescent protein]) ont, elles aussi, été mise au point au préalable. Des cultures témoin
température ont été incluses (1. effet température [30 °C], 2. Exposition aux radiofréquences
sans augmentation de la température [22 °C]). Les résultats montrent que : i) l’exposition aux
ondes à 94 GHz augmente rapidement le taux d’assemblage des microtubules neuronaux, et
ceci de manière réversible (retour à la normale à l’arrêt de l’exposition), et ii) cette
augmentation est liée uniquement à l’élévation de la température. Ces résultats apportent des
arguments plutôt fiables de l’absence d’effet cellulaire sur des neurones en culture d’une
exposition aiguë aux ondes millimétriques, en dehors d’un effet thermique attendu. Les
expériences, bien présentées et de bonne qualité, reposent sur une solide méthodologie,
malgré le traitement statistique faible. Le système d'exposition parait être lui aussi de qualité
adapté à la fréquence d'émission.
La seule étude réalisée chez l’humain ne montre pas d’effet hypoalgésique (anti-douleur) d’un
signal radiofréquences à 42,24 GHz. Parmi les 5 études in vitro qui ont évalué les effets d’un
signal à 60 GHz, 2 études (Romanenko et al.,2014, 2019) montrent qu’une exposition très
courte (1 et 3 à 5 min) affecte les neurones (y compris les nocicepteurs) de sangsue,
possiblement au niveau des membranes, avec l’implication des récepteurs TRPV1 à la douleur
(TRPV1). Ces effets non thermiques conforteraient l’hypothèse selon laquelle les
radiofréquences exercent des effets antidouleurs dans cette gamme de fréquences.
Cependant, la sangsue est un animal poïkilotherme, les mécanismes de régulation et la
sensibilité thermique de ces cellules diffèrent par rapport aux cellules de mammifères. Les 3
études de Haas et al. (2016a, b, 2017) dans un modèle de culture de neurones de rat ne
montrent pas ou peu d’effet d’une exposition d’une durée de 24 h aux radiofréquences
(60 GHz) sur l’expression de protéines liées à la douleur ou au stress thermique, la croissance
cellulaire ou encore le métabolisme de la dopamine. Enfin, concernant les effets thermiques
ou non thermiques des radiofréquences dans la gamme des ondes « millimétriques », 1 étude
in vitro portant sur des neurones embryonnaires de xénope exposés en aigu à un signal à
94 GHz (Samsonov and Popov, 2013) montre que les effets cellulaires observés sont
uniquement liés à l’augmentation de la température.
Sur la base des études orientées pour l’essentiel sur les effets antidouleurs potentiels des
radiofréquences dans la gamme « millimétrique » et leurs mécanismes, les données
disponibles, soit 1 étude chez l’Homme, ne permettent pas de conclure à l’existence ou non
d’un effet sur la nociception ou l’analgésie. Les données in vitro sur des neurones en culture
de plusieurs espèces animales ne permettent pas de conclure quant à un mécanisme
particulier. Cependant, les auteurs de 2 études d’une même équipe, in vitro et in silico,
proposent que l’interaction entre l’énergie des radiofréquences et la membrane neuronale,
ainsi que la sensibilisation de récepteurs sensibles à la douleur, seraient impliquées dans les
mécanismes pouvant expliquer les effets analgésiques des radiofréquences.
vésicules constituent des modèles d’étude très utilisés pour de nombreux travaux de
recherche visant en particulier à la compréhension des mécanismes d’interaction entre ondes
électromagnétiques et membranes cellulaires. Différents types de vésicules (SUV, LUV, MLV,
GUV) dont la taille varie de quelques centaines de nm à plusieurs µm permettent ainsi d’étudier
divers effets sur un modèle simplifié mais pertinent de membrane cellulaire162.
162
SUV : small unilamellar vesicles, MLV : multilamellar vesicles, LUV : large unilamellar vesicles ;
GUV : giant unilamellar vesicles.
163La spectroscopie RMN (résonance magnétique nucléaire) utilise les propriétés magnétiques de
certains noyaux atomiques, notamment pour l’imagerie médicale.
système d’exposition a été décrit dans des travaux antérieurs (Zhadobov, 2006). Il provient
d’une source générant des ondes électromagnétiques dans la gamme 53,57 - 78,33 GHz,
avec un débit d’absorption spécifique (DAS) inférieur à 12 mW/kg. Les vésicules sont
exposées pendant des durées longues, de 4 à 26 heures et les vésicules non exposées
servent de témoin non exposé (sham).
Dans l’article de Beneduci de 2012, l’exposition des MLV induit une diminution du paramètre
ordre des molécules d’eau à l’interface et un déplacement de la température de transition de
phase qui varie de 1,5 °C, ce qui suggère l’extrême sensibilité des membranes biologiques à
des longues durées d’expositions. À noter que les protocoles de préparation des vésicules et
des expériences menées en RMN du deutérium sont quant à eux clairs et de qualité
satisfaisante. Les cartographies des champs sont montrées à 74 GHz et non aux autres
fréquences. L’acquisition des spectres RMN des MLV est réalisée pendant l’exposition. Une
limite de ce travail est due à l’absence de barres d'erreurs sur certaines figures ainsi que
d’indication du nombre d’expériences réalisées.
Dans leur article de 2013, Beneduci et ses collaborateurs montrent que l'exposition des MLV
aux ondes millimétriques dans la bande 53 – 78 GHz, à une température physiologique de
37 °C, induit une diminution du déplacement quadratique moyen de 25 % après 4 h
d'exposition. Cet effet ne dépend pas de la température, mais dépend du rapport molécules
d’eau/lipides, suggérant un effet sur l'hydratation. Il dépend également de la fréquence :
observé à 62,1 GHz, il n’est pas détecté à 53,37 ou 65,0 GHz en condition d'exposition bande
unique. Ces résultats proviennent de 3 expériences indépendantes. Enfin, les ondes changent
la distribution des molécules d’eau liées à l'interface, augmentant ainsi la rigidité de la
membrane. La conclusion de l’article est, qu’au niveau moléculaire, les effets peuvent
s’expliquer par des modifications de l’interface eau/membrane. Une des limites de ce travail
est l’absence de statistiques, la mesure du DAS qui ne serait pas adaptée pour ce type de
fréquence et l’absence d'explication sur le fait que les effets soient observés à 62,1 GHz mais
pas aux bandes voisines (53,37 et 65,0 GHz).
En lien direct avec les précédentes publications, l’objectif de la publication de Beneduci et ses
collaborateurs de 2014 est de proposer une hypothèse mécanistique d’interaction entre les
ondes millimétriques et les membranes biologiques. Les résultats de simulation permettent de
calculer le DAS qui, dans les conditions maximums de 20 µW, reste inférieur aux limites
définies par l’Icnirp. La distribution du champ ne parait cependant pas très uniforme
(typiquement un facteur 3 au centre, normal pour ce type d'antenne).
Trois expériences indépendantes montrent qu’une exposition de 4 heures induit une
diminution de l’éclatement quadrupolaire des molécules d’eau dans la phase fluide et une
augmentation dans la phase gel. La température de transition de phase augmente de 1,5 °C.
Les résultats de cette étude montrent que les rayonnements produisent des effets non
thermiques et portent la membrane dans un état excité associé à un réarrangement structural
de la bicouche lipidique (changement structural des têtes polaires des phospholipides et
redistribution des molécules d’eau liées à l’interface). Ces modifications peuvent avoir des
conséquences directes sur les propriétés des membranes biologiques dont la déshydratation
peut affecter les fonctions essentielles.
Dans leurs travaux de 2013, Cosentino et ses collaborateurs se sont intéressé aux effets des
ondes millimétriques sur les membranes cellulaires. En guise de modèle biologique, ils utilisent
des membranes artificielles en forme de vésicules de différentes tailles, les LUV et GUV,
composées de DLPC (1,2-dilauroyl-sn-glycero-3-phosphatidylcholine). Les LUV permettent
d’étudier la stabilité physique des membranes par mesure de diffraction dynamique de la
lumière et les GUV d’étudier la perméabilité membranaire à l’eau sous stress osmotique par
microscopie à contraste de phase. Les LUV sont formés par extrusion et les GUV par
électroformation, leurs tailles moyennes étant respectivement égales à 100 nm et supérieure
à 20 µm. L’exposition est provoquée par une antenne conique générant des fréquences
comprises entre 52 et 72 GHz avec une puissance incidente de 0,0035 - 0,010 mW/cm2. Le
temps d’exposition est de 4 heures. Trois expériences indépendantes sont conduites. Les
auteurs observent une diminution de la contraction du volume des GUV, donc une diminution
de la perméabilité des membranes à l’eau, en condition de stress osmotique des vésicules
exposées par rapport à la condition sham. Ils concluent que l’exposition aux ondes induit une
diminution de la fluidité de la membrane. Les expériences réalisées sur les LUV ne montrent
pas de différence de taille des vésicules exposées pendant 4 h par rapport au sham. Par
contre, au bout de 18 heures, le diamètre des LUV exposées est plus faible que celui des
témoins (82/133 nm). Ces résultats sont interprétés comme des modifications des propriétés
physiques des membranes : stabilité thermodynamique accrue de la bicouche lipidique et
augmentation de sa rigidité suite à sa déshydratation partielle due au changement de
polarisation des molécules d’eau. L’article est clair, bien écrit. Les méthodes et les résultats
sont bien détaillés, justifiés et illustrés. Sa principale limite provient du faible nombre de
préparations indépendantes et d’expériences rendant les méthodes statistiques peu adaptées.
Le diamètre des vésicules présente une grande variabilité pouvant atteindre un facteur 10
dans le cas des GUV (5 à 50 µm). Des tests paramétriques sont utilisés pour 3 expériences,
ce qui est source de biais en raison de la mauvaise utilisation des outils statistiques et conduit
à une surinterprétation des résultats.
Les LUV ont également été utilisées par le même groupe de recherche dans la publication de
D’Agostino de 2018 sur la propagation d’une impulsion électrique dans un modèle original très
simplifié d’axones artificiels composé de circuits électriques de type RC164 contenant une
solution aqueuse de vésicules lipidiques encapsulant des ions potassium K+. Les neurones
peuvent être considérés comme un circuit électrique classique de transmission d’informations
de l’un à l’autre. Les LUV sont formées de L--Phosphatidylcholine. L’article est plutôt clair et
assez bien détaillé dans sa partie méthodologique. Quatre à six préparations vésiculaires sont
utilisées. L’exposition est réalisée par le biais d’une antenne cornet conique placée à 8 cm au-
dessus de la cible. L’exposition est assez homogène en champ proche comme en champ
lointain. Le résultat principal est qu’une exposition de 30 minutes à un signal 53,37 GHz
continu facilite l’efflux de potassium à travers la membrane des LUV. Cet effet est amplifié en
présence d'un facilitateur du transporteur des ions K+, la valinomycine. Ces effets sont
athermiques. Les auteurs concluent que les radiofréquences altèrent la structure membranaire
sans pouvoir proposer de mode d’action (moléculaire, supramoléculaire). En raison de
l'extrême simplification de ce modèle d'axones artificiels, réduit à un système électrique et des
vésicules lipidiques contenant du potassium, le tout dans un milieu aqueux, et de l’absence de
statistiques, seul un t-test de Student a été utilisé, alors qu’une ANOVA à 2 facteurs eut été
appropriée ; on peut s'interroger quant à sa pertinence pour une évaluation des effets
biologiques. À noter également que, comme pour les autres publications de ces auteurs, les
mêmes antennes, fréquence et puissance à la sortie de l'antenne sont utilisées, mais aucune
information n’est donnée sur le générateur et les formes d’onde.
En conclusion, ces travaux sur membranes artificielles réalisés sur vésicules lipidiques de
tailles et compositions variées mettent en évidence l’existence d’effets non thermiques
conduisant à des modifications à la fois structurales et fonctionnelles. Par modification de
l'interface membrane-eau, les rayonnements portent la membrane dans un état excité associé
d’ondes (notamment leur durée et forme) pourrait présenter néanmoins elle aussi un intérêt
pour le développement de traitements des cancers cutanés par hyperthermie pulsée induite
par ondes millimétriques.
Dans leur article de 2018, Perera et ses collaborateurs ont exposé des cellules PC 12 à des
champs électromagnétiques à 18 GHz, dans le but de déterminer si ces rayonnements
peuvent affecter la physiologie des cellules ou leurs systèmes de transport membranaire.
Cette lignée cellulaire, issue d'un phéochromocytome (tumeur neuro-endocrinienne) de
médullosurrénale de rat, constitue une alternative aux cultures des cellules chromaffines
surrénales primaires. La fréquence de 18 GHz a été choisie en raison de travaux antérieurs
ayant montré des effets d’augmentation réversible de la perméabilité membranaire de
bactéries Gram positifs et négatifs et de levures. Les cellules PC 12 sont soumises à 3 cycles
de 30 s à une puissance de 17 W et un DAS très élevé de 1,17 kW/kg (augmentation de la
température de 25 à 35 °C reproduite chez les témoins). Le résultat principal est une
augmentation significative transitoire de la perméabilité membranaire, déterminée par
l’internalisation de nanosphères de silice de 23 nm de diamètre ou d’agrégats de celles-ci.
Cette augmentation de perméabilité est observée jusqu’à 10 min suivant l’exposition aux
radiofréquences dans 90 % des cellules. Elle ne s’accompagne pas de modification de la
morphologie, viabilité et activité métabolique. Ces résultats sont en accord avec les travaux
menés sur les cellules procaryotes. La perméabilisation des membranes serait différente d’une
simple formation de pores et pourrait s’expliquer, d’après les auteurs et comme dans le cas
des membranes modèles, par une interaction directe entre les ondes électromagnétiques et
les phospholipides membranaires. Les protocoles de détermination des effets des ondes sur
les cellules sont clairement détaillés et pertinents pour ce genre d’étude. Cette augmentation
de la perméabilité membranaire, à la fois transitoire et sans effets dommageables sur les
cellules, reste à approfondir et étendre à d’autres lignées en raison de ses perspectives dans
le domaine de la vectorisation.
En conclusion, les travaux réalisés sur cellules et membranes cellulaires sont peu nombreux
et disparates. Leur objectif principal est de mettre en évidence des effets bénéfiques potentiels
pour la santé, que ce soit pour l’éradication de cellules cancéreuses ou le traitement de
l’arthrose. Les effets membranaires, qu’ils soient structuraux ou fonctionnels (activation de
canaux thermosensibles, augmentation de la perméabilité) restent à approfondir.
Les articles suivants ont été analysés mais non retenus pour l’évaluation du niveau de preuve
de l’effet sur les membranes.
La publication de Foster et al. (2017) est un commentaire sur la modélisation thermique et non
un article contenant des résultats expérimentaux ; sans analyse d’effets biologiques il ne peut
pas être utilisé pour contribuer à la détermination de niveaux de preuve.
L’article de Siervo et al. (2018) décrit une méthode numérique d’évaluation du DAS produit par
une antenne patch WiMax, généralement employée dans les ordinateurs portables, sur une
population virtuelle de 4 individus. Sans étude d’effets biologiques, il ne peut pas être utilisé
pour contribuer à la détermination de niveaux de preuve.
Dans un article de modélisation, Setayandeh et Lohrasebi (2015) décrivent des modifications
de propriétés mécaniques de dimères de tubuline, l’un des constituants du cytosquelette que
sont les microtubules. Les fréquences de 2, 5 et 7 GHz induisent une augmentation de rigidité
de la protéine, alors que les fréquences de 1 et 6 GHz la rendent plus flexible. Malgré son
intérêt, ce travail de pure modélisation ne peut pas être utilisé pour contribuer à la
détermination de niveaux de preuve.
Les travaux sur membranes artificielles mettent en évidence l’existence d’effets. Les
modifications à la fois structurales et fonctionnelles qui en résultent peuvent avoir des
conséquences directes sur les propriétés des membranes biologiques. Ainsi, si l’ensemble de
ces travaux ne permet pas d’évaluer les risques sanitaires, ils démontrent néanmoins
l’existence d’effets non thermiques et donnent une idée des effets éventuels des ondes
millimétriques sur les membranes cellulaires.
Les études menées sur les membranes cellulaires et analysées dans ce chapitre sont trop
diverses et trop peu nombreuses pour conclure quant à l’existence d’un effet biologique
délétère. Trop peu de groupes de recherche se sont intéressés aux effets des ondes
millimétriques, en particulier dans les gammes de fréquences utilisées par les technologies de
la 5G, ce qui est parfaitement compréhensible puisque celles-ci n’étaient pas encore
déployées. Les rares effets reportés sont, à ce stade des recherches, des effets
essentiellement thermiques avec leurs conséquences notables aussi bien au niveau
membranaire sur l’activation de canaux thermosensibles, qu’au niveau intracellulaire. Elles ne
permettent pas de montrer l’existence d’effets négatifs directs des ondes sur la santé. Il
apparait intéressant de s'interroger sur l'existence d'effets thérapeutiques, dans une approche
de compréhension globale des mécanismes d'interaction avec le vivant, qu'ils soient positifs
ou non, délétères ou non (un chapitre « Les ondes radiofréquences millimétriques et leurs
applications thérapeutiques chez l’Homme » a ainsi été ajouté en Annexe 7 du rapport).
Les études menées à ce jour sur membranes cellulaires sont principalement orientées vers
des effets éventuellement bénéfiques des radiofréquences. Elles ne permettent pas de
conclure quant à l’existence ou non d’un effet sur les membranes. Etant donné les éléments
de preuve validés sur membranes artificielles, l’augmentation de perméabilité membranaire
observée dans le cas des cellules de la lignée PC12 et sur cellules procaryotes (notamment
du microbiote) et l’importance des membranes dans les fonctions cellulaires, il est très
important que la recherche soit encouragée sur le sujet.
Différentes techniques sont couramment utilisées pour détecter les effets génotoxiques des
ondes millimétriques. Le test des comètes (cf. Figure 38) a pour objet d’identifier les
substances causant des dommages à l’ADN. En conditions alcalines, ce test des comètes
permet de détecter les cassures simple et double-brin. Le nom de la méthode dérive de la
similarité visuelle entre les profils électrophorétiques obtenus et les comètes. Des cellules
uniques sont soumises à une électrophorèse en gel d’agarose, leur ADN migre en formant
une tête de comète et une queue de comète, constituée de l’ADN qui a subi des cassures. Les
quantités d’ADN dans la tête et la queue de la comète sont mesurées et le pourcentage d’ADN
endommagé est ainsi déterminé.
Une seconde méthode pour détecter les dommages de l’ADN consiste à observer la formation
de micronoyaux (MN) dans des cellules en division dont la cytokinèse a été bloquée
chimiquement, et qui sont donc bi-nucléées. Les MN sont de minuscules corps extra-
nucléaires provenant de chromatides acentriques (fragments de chromosomes) ou de
chromatides entières avec un centrosome (chromosomes entiers) qui tardent à remonter aux
pôles du fuseau à l’anaphase et ne sont pas incluses dans le noyau lors de la télophase. Les
cellules sont marquées avec un anticorps CREST qui marque les kinétochores (site
d’attachement, dans le centrosome, des microtubules composants le fuseau mitotique). Deux
types de MN peuvent être détectés : des MN CREST négatifs qui correspondent à des
fragments de chromosomes acentriques issus de cassures de l’ADN, et des MN CREST
positifs qui correspondent à des chromosomes entiers qui seront perdus, perte à l’origine d’une
aneuploïdie.
D’autres méthodes sont également couramment utilisées pour détecter les dommages de
l’ADN. Les cellules peuvent être marquées avec un anticorps dirigé contre l’histone gamma-
H2AX, une forme phosphorylée sur la sérine 139 de l’histone H2A qui est incorporée au niveau
des coupures double-brin de l’ADN. L’hybridation in situ de sondes fluorescentes (FISH) sur
les chromosomes avec des sondes centromériques permet de détecter la non-disjonction des
chromosomes. La FISH utilisant des sondes télomériques permet de mesurer la longueur des
télomères, les extrémités des chromosomes, et d’estimer ainsi leur intégrité. Enfin, des
modifications de l’ultrastructure cellulaire peuvent être détectées en microscopie électronique
à transmission.
Quatre publications ont été jugées de qualité suffisante pour être intégrées à l’évaluation du
niveau de preuve.
Franchini et al., (2018) ont recherché les effets génotoxiques associés à une exposition à des
ondes millimétriques de fréquence 25 GHz sur des fibroblastes humains. Pour cela, les
auteurs ont réalisé des tests comètes en milieu alcalin, recherché des MN en couplant à des
marquages CREST, et réalisé des immuno-marquages pour l’histone gamma-H2AX. De plus,
ils ont recherché d’éventuelles non-disjonction des chromosomes lors de la mitose par FISH
en marquant spécifiquement les chromosomes 4, 10 et 17 qui sont impliqués dans certaines
pathologies, notamment des cancers. L’intégrité des télomères a été analysée en quantifiant
leur taille après un marquage FISH. Le cycle cellulaire a été suivi par cytométrie en flux
(FACS), et l’ultrastructure des cellules observée par microscopie électronique à transmission.
Enfin, l’expression de plusieurs protéines a été suivie par western blot (les protéines pro et
anti-apoptotiques Bax et Bcl2, le suppresseur de tumeur P53, PARP-1, une protéine impliquée
dans la réparation de l’ADN, les protéines du cytosquelette actine et tubuline, les MAP kinases
ERK1 et ERK2, phosphorylées ou non, qui sont impliquées dans la croissance cellulaire, le
facteur de transcription NFB impliqué dans la réponse au stress, la kinase Akt phosphorylée,
un signal de survie cellulaire).
Des fibroblastes humains de la peau, d’origine fœtale et adulte (respectivement HFFF2 et
HDF, collection ECACC), ont été soumis à une exposition continue de 20 minutes à 20 °C à
des ondes millimétriques de fréquence 25 GHz à une densité de puissance moyenne de
0,8 mW/cm2. Des témoins négatifs sham et sham-thermal (boîte de culture de cellules sham
placée dans une seconde boîte contenant de l’eau et absorbant 99 % de la puissance reçue)
ont été réalisés.
Comparant les cellules témoins sham et sham-termal avec les cellules exposées, les auteurs
n’ont pas observé d’impact de l’exposition pour la majorité des tests. Toutefois, dans les deux
lignées cellulaires, ils ont observé après exposition une augmentation du nombre total de MN
due à une augmentation des micronoyaux CREST-positifs dans les cellules exposées,
indiquant une aneuploïdie due à des pertes de chromosomes. Ceci est corroboré par
l’observation d’une augmentation significative de la non-disjonction du chromosome 10 pour
les cellules HFFF2 et de celle du chromosome 17 pour les cellules HDF. L’analyse de
l’ultrastructure ne révèle aucun effet de l’exposition mis à part une augmentation des
lysosomes primaires et secondaires. Les résultats ont été soumis à des tests statistiques
appropriés (t-test, test binomial ou Mann-Whitney selon le type de données). Franchini et al.
concluent que l’exposition n’a pas d’effet direct sur l’ADN dans les fibroblastes issus de tissus
foetaux ou adultes. Les effets observés sont indirects. Notamment, les aneuploïdies pourraient
provenir de défauts dans la voie d’assemblage des fuseaux mitotiques.
Les protocoles expérimentaux sont soigneusement décrits et les caractéristiques de
l’exposition ont été déterminées et analysées avec précision. L'utilisation de témoins négatifs
sham et sham-thermal permet d'exclure l'origine thermique des effets éventuels. De nombreux
tests ont été effectués pour détecter un impact sur le génome ou, plus globalement, sur la
santé des cellules, et l’ensemble de ces tests est négatif. À noter cependant qu’il serait
intéressant de compléter l’analyse de l’expression des protéines in vivo pour déterminer leur
localisation avant ou après exposition. Enfin, des recherches devraient être poursuivies pour
déterminer l’origine des aneuploïdies observées.
La littérature montre qu’il existe souvent un effet protecteur de l’ADN par les ondes
électromagnétiques vis-à-vis des radiations ionisantes ou de certains agents chimiques
mutagènes. Gapeyev et al. (2015) ont exploré cette hypothèse en combinant le traitement de
leucocytes de souris par divers agents mutagènes physiques (rayons X) ou chimiques (un
inducteur de stress oxydant comme le peroxyde d’oxygène, ou un agent alkylant, le
méthanesulfonate de méthyle), et l’exposition à des ondes électromagnétiques de fréquence
42,2 GHz, et en testant l’intégrité de l’ADN après ces doubles traitements.
Le sang de souris mâles adultes de la lignée Kv:SHKa été collecté à partir de la veine de la
queue et dilué pour obtenir 0,5 millions de leucocytes/mL. Les leucocytes ont ensuite été
déposés sur une lame recouverte d’agarose à bas point de fusion à 0,5 % et recouverts d’une
couche du même agarose. L’intégrité de l’ADN a été estimée par des tests comètes en milieu
alcalin sur 9 expériences indépendantes réalisées en aveugle. La normalité de la distribution
a été vérifiée par des tests de Kolmogorov-Smirnof, les variances sont analysées par ANOVA
et comparées par des tests de Dunnett. Les leucocytes ont été exposés pendant 20 minutes
(densité de puissance incidente 100 µW/cm2) avec une source en cornet pyramidal qui émet
un signal sinusoïdal continu ou pulsé (période de 1 ou 16 Hz). Pour les doubles traitements,
les leucocytes ont été traités avant la fin de l’exposition aux ondes électromagnétiques, soit
pendant 5 minutes aux rayons X (4 Gy, 1 Gy/minute), soit durant 10 minutes à 37 °C en
présence de peroxyde d’hydrogène H2O2 20 µM ou de méthyl-sulfonate 2,5 mM. L’exposition
des leucocytes aux ondes électromagnétiques continues ou discontinues n’a pas d’effet sur
l’intégrité de l’ADN. L’exposition aux rayons X induit des cassures de l’ADN et le taux de
cassures n’est pas différent si les leucocytes sont au préalable traités avec des ondes
électromagnétiques continues. Par contre, l’exposition préalable par les ondes
électromagnétiques discontinues résulte en une réduction significative des cassures de l’ADN,
et ceci est vrai également pour d’autres traitements génotoxiques (peroxyde d’oxygene,
méthyl-sulfonate). Ainsi, les ondes pulsées (intermittentes) réduisent les dommages de l'ADN
de 20 à 45 % selon l’agent génotoxique.
Les expériences sont très soigneusement décrites et les données soumises à des tests
statistiques appropriés. Les auteurs proposent que les ondes intermittentes, en induisant des
espèces réactives de l’oxygène (ROS) à une très faible concentration, pourraient déclencher
un mécanisme d’adaptation. Tester cette hypothèse pourrait permettre de révéler des effets
plus subtils des ondes électromagnétiques.
Les deux autres publications sont celles de Koyama (Koyama et al., 2016 ; Koyama et al.,
2019). Elles portent sur les deux mêmes lignées de cellules humaines, une lignée de cellules
épithéliales de cornée, HCE-T, et une lignée de cellules épithéliales de cristallin, SRA01/04
(Riken Cell Bank). La seule différence entre ces publications est la fréquence du signal,
40 GHz pour celle de 2019, 60 GHz dans l’étude de 2016. Leur objectif était d’étudier les effets
non thermiques des ondes millimétriques, en particulier leur génotoxicité et leur capacité à
induire un stress dans les cellules de l'œil humain.
Ces cellules adhérentes ont été cultivées en boîte de Pétri de 10 cm de diamètre. Les boîtes
ont été déposées sur un applicateur planaire en forme de disque dans un incubateur dont
l’atmosphère est contrôlée (37 °C, CO2 5 %, humidité > 95 %).) Les cellules ont été collectées
24 h après l’exposition, et la génotoxicité des traitements, évaluée par l’analyse de la formation
de MN et des cassures de l’ADN par des tests comètes en milieu alcalin. L’induction d’un
stress a été estimée par l’analyse de l’expression des protéines de choc thermique Hsp27,
Hsp70 et Hsp90α, 6 h par western blot. Jusqu’à 6 expériences indépendantes ont été réalisées
pour les tests de micronoyaux et comètes. Des contrôles négatifs (cellules placées dans
l’incubateur ou soumises à une exposition sham) et positifs (traitement à la bléomycine, un
agent génotoxique, 1 h à 37 °C ou 2 h à 43 °C suivi d’1 h à 37 °C) ont été inclus dans
l’expérience. Les analyses ont été réalisées en aveugle. Les résultats, nombre de micronoyaux
et pourcentages d’ADN dans les queues de comètes, ont été soumis à des tests de Dunnett
pour comparaisons multiples (différences significatives si p-value < 0,05). Les cellules ont été
exposées à des ondes électromagnétiques de fréquence 40 ou 60 GHz, pendant 24 h. La
densité de puissance était de 1 mW/cm2. Une simulation numérique a permis d'estimer
l'homogénéité de la puissance sur la surface de l'applicateur. L’élévation de température est
inférieure à 0,1°C.
Les résultats ne montrent aucun effet génotoxique des ondes millimétriques, au contraire des
effets évidents et attendus de la bléomycine ou de l’augmentation de la température (43 °C,
2 h). De même, l’exposition n’augmente pas le niveau d’expression des protéines de choc
thermique. Ainsi, Koyama et al. concluent que les ondes électromagnétiques n’ont pas d’effet
génotoxique ou inducteur de stress sur deux types cellulaires de l’œil humain.
Ces deux études sont issues d'un groupe spécialiste du domaine. Elles sont claires et
rigoureuses, réalisées en aveugle avec des témoins positifs et négatifs, et les tests statistiques
sont adaptés. Elles permettent de valider l'absence d'effets génotoxiques observé avec les
ondes électromagnétiques sur deux types cellulaires de l’œil humain.
Les articles suivants ont été analysés mais non retenus pour l’évaluation du niveau de preuve
de la génotoxicité : De Luca et al., 2016 ; Fan et al., 2019 ; Gallerano et al., 2015 ; Wu et al.,
2012 ; Hintzsche et al., 2012.
L’article de De Luca et al. de 2016 traite de l’effet de radiations ionisantes et non de l’exposition
à des radiofréquences sur des carcinomes thyroïdiens. Il a donc été considéré hors-sujet de
cette expertise.
L’article de Fan et al. de 2019 est une analyse descriptive de l’ablation par les micro-ondes
(MWA) de tumeurs pelviennes malignes. Les patients qui ont subi cette chirurgie ont une
meilleure survie (94 % pour des lésions moyennement graves, 54 % pour des lesions très
graves) et surtout une meilleure récupération fonctionnelle grâce à la préservation de
l'enveloppe osseuse. Malheureusement, le système d’exposition n’est pas décrit. Aucune
précision n’est donnée sur l'intensité ou la puissance des radiofréquences générées. Enfin,
cette étude ne comporte pas de contrôle (patients non traités aux MWA). L’étude a ainsi été
jugée de faible qualité méthodologique. Pour ces raisons, elle n’a pas été retenue.
L’article de Gallerano et al. de 2015 a étudié l’effet de l’exposition de fibroblastes humains à
des radiofréquences entre 18 et 40 GHz à une puissance de 20 mW. La génotoxicité
potentielle de cette exposition a été suivie en comptant le nombre de micronoyaux induits, et
en quantifiant les foci de γ-H2AX, mais sans analyse statistique de cette quantification. Les
résultats sont très sommairement décrits et il est très difficile de juger de la qualité des données
obtenues. Pour cette raison, cette étude n’a pas été retenue.
Dans l’article de Wu et al. de 2012 dans International Journal of Oncology, une lignée cellulaire
cancéreuse d’ostéosarcome humain a été exposée à des ondes millimétriques (4 mW/cm²)
émises par un instrument utilisé en thérapie (AKFA-100A, Chine). La morphologie, la viabilité,
l’apoptose, la production d’ATP, le potentiel mitochondrial et l’activation des caspases ont été
analysés. Cet article présente des limites méthodologiques majeures (statistiques non
appropriées, nombre de répétitions pas toujours indiqué, etc.) et a d’ailleurs été rétracté en
2014 par l’ensemble des auteurs. Pour ces raisons, il n’a pas été retenu.
Dans l’article de Hintzsche et al. de 2012 dans PLoS One, trois lignées cellulaires (deux
lignées humaines, HaCat et HDF, et une lignée hybride Humain-Hamster) ont été exposées à
des ondes de fréquence 106 GHz émises par une source à 17,67 GHz (0,88 W/cm²) pendant
2h, 8h, et 24h. Les dommages de l’ADN potentiellement créés par l’exposition ont été
recherchés en comptant les micronoyaux et par des tests des comètes. Le nombre de cellules
par essai et le nombre de réplicats sont satisfaisants. Il n’a pas été observé de variation des
dommages de l’ADN après traitement. Ceci étant, le protocole de mesure de l’exposition n’est
pas explicite. De plus, la fréquence des ondes utilisées est assez éloignée des fréquences
mises en jeu dans la 5G. Pour ces raisons, cet article a été exclu de l’analyse.
En conclusion, les 4 études ex vivo présentées ci-dessus ont étudié l’exposition à des ondes
millimétriques entre 25 et 60 GHz de lignées cellulaires humaines (fibroblastes, cellules du
cristallin, cellules de la cornée) et de cellules sanguines de rat (leucocytes). Ces études n’ont
pas permis de détecter d’effet génotoxique à proprement parler. Néanmoins, des aneuploïdies
résultant de défauts de disjonction des chromosomes lors de la mitose ont été détectées dans
les fibroblastes exposés L’étude d’un tel effet, même s’il est indirect, mériterait d’être
Les articles suivants ont été analysés mais non retenus pour l’évaluation du niveau de preuve
de l’effet sur le système cardio-vasculaire : Jauchem, et al. 2016 et Narinyan & S. Ayrapetyan,
2017.
Dans le premier, l’exposition de rats à des ondes de densité de puissance 75 mW/cm2
provoque une augmentation de température des animaux jusqu’à 46°C. L’augmentation de la
pression artérielle dans certains cas jusqu’au décès paraît non éthique, bien que les auteurs
disent avoir suivi les lignes directrices sur l’expérimentation animale. Pour cette raison, cette
étude a été rejetée par le groupe de travail.
Le second article présente des limites méthodologiques majeures. Outre l’imprécision sur la
fréquence effectivement utilisée, cette publication contient plusieurs incohérences entre les
figures et l’exposé des résultats, ainsi que de nombreuses erreurs d'interprétation des
données, y compris dans la discussion.
[Link].1 Introduction
Les études identifiées pour les effets concernant le système reproducteur se concentrent sur
le testicule. Le testicule humain présente une capsule à partir de laquelle des septa fibreux
divisent l’organe en quelques 250 lobules. Chaque lobule contient jusqu’à 4 tubes séminifères
composés de cellules germinales en différents stades de différenciation et des cellules de
Sertoli.
Les cellules germinales sont à l’origine des spermatozoïdes, processus de différenciation
cellulaire appelé la spermatogénèse, schématisé en Figure 39.
Figure 39 : Spermatogénèse
Source : modifié de Trainer 1987 (Trainer, 1987)
Les cellules de Sertoli, quant à elles, représentent un peu plus de 10 % de cellules du tube
séminifère. Elles s’étendent de la couche basale jusqu’à la lumière du tube séminifère. Elles
forment entre elles un réseau étanche qui constitue la barrière hémato-testiculaire. Elles
régulent le passage de substances vers les cellules germinales, régulent la spermatogénèse
par leur activité phagocytaire, la régulation de la production de FSH et le transport de
testostérone (cf. Figure 40).
En outre les cellules de Sertoli produisent des cytokines pro et anti-inflammatoires qui, dans
des conditions normales, participent au fonctionnement du testicule mais qui, dans des
conditions inflammatoires, peuvent agir comme un facteur pro-apoptotique sur les cellules
germinales (Kaur et al., 2014).
Le tissu situé entre les tubes séminifères contient des amas de cellules interstitielles, aussi
appelées cellules de Leydig, productrices de testostérone.
Des études antérieures avaient montré que l’exposition à des ondes radiofréquences
(2 – 4 GHz) entraînait une dégénérescence des cellules germinales à différents stades
(Subbotina et al., 2006) ainsi qu’une réduction du nombre de spermatozoïdes et de leur
mobilité (Bonisoli-Alquati et al., 2011).
Les résultats montrent que l'exposition restaure la production des cytokines Th1 et Th2
supprimées par le CPA et que les 3 ORA potentialisent l’effet de l’exposition sur la production
de Th1 et Th2. Le traitement combiné CPA, exposition et ORA μ ou δ augmente le déséquilibre
de la production de cytokines vers les Th2 alors que le traitement combiné CPA, exposition,
ORA annule la suppression des cytokines par le CPA et restaure la production de cytokines
Th1.
Les résultats montrent que les opioïdes endogènes sont impliqués dans l’immunomodulation
par les ondes millimétriques et suggèrent que leur effet thérapeutique pourrait être lié au
blocage du canal Les protocoles expérimentaux ainsi que les traitements statistiques sont
bien décrits. Les expériences sont réalisées rigoureusement. Cette étude est de bonne qualité.
L’objectif de l’article de Vlasova et al. (2018) était d’étudier l’influence d’ondes millimétriques
de 32,9 à 39,6 GHz sur l’activation des neutrophiles par des agonistes particulaires dans des
échantillons de sang totaux. Chez l’Homme, les neutrophiles représentent 50 à 75 % des
leucocytes circulants. Ce sont les premières cellules recrutées et activées en réponse à une
infection. L’activation des neutrophiles est marquée par la libération de myelo-peroxydase
(MPO), la protéine majoritaire des neutrophiles, et d’espèces réactives de l’oxygène (ROS).
Ces ROS produisent de l’H2O2 transformée par le MPO en acide hypochloreux (HOCl), un
oxydant puissant qui contribue à la défense contre les infections.
Le sang veineux a été prélevé chez des individus volontaires en bonne santé. Leur taux de
neutrophiles est de 2 à 5 millions/mL. Du zymosan opsonisé ou des bactéries E. coli ont été
ajoutés aux échantillons de sang pour stimuler la réponse immunitaire. Un échantillon témoin
a été incubé sans aucun traitement, à température ambiante. Un échantillon a été soumis à
une exposition. La production de ROS a été estimée par mesure de la chemiluminescence en
présence de luminol (luminol-dependent chemilulinescence ou CL). Une analyse
morphométrique des neutrophiles a été faite à partir de frottis colorés avec du Romanovsky-
Giemsa et observés par microscopie optique (comptage de 500 neutrophiles par lame).
Alternativement, les neutrophiles ont été purifiés par centrifugation dans un gradient de
densité, repris dans du plasma, puis incubés avec du zymosan opsonisé ou des bactéries et
les mêmes tests ont été réalisés. Les données présentées correspondent à la moyenne de 3
réplicats. Les échantillons ont été comparés par des tests de Student ou de Wilcoxon et
considérés significativement différents si p ≤ 0,05. L’activité oxydative du MPO a été mesurée
par deux tests indépendants (oxydation de l’o-dianisidine dihydrochloride (OD) et déplétion
des groupements SH libres). Les données de 5 expériences indépendantes ont été comparées
par des tests de Wilcoxon et considérées significativement différentes si p ≤ 0,05.
Les échantillons ont été exposés pendant 5, 15 ou 30 minutes à des ondes de 32,9 à 39,6 GHz
délivrées par un générateur sur mesure (puissance sortante 70 mW ; puissance incidente
100 W/m2) et une antenne cornet. La température a été mesurée grâce à un thermomètre à
fibre optique et le DAS estimé à 145 ± 20 W/kg.
Dans les échantillons de sang, en présence de zymosan opsonisé ou d’E. coli, la production
de ROS augmente après exposition pendant 15 minutes aux ondes miilimétriques. De même,
l’analyse morphométrique des neutrophiles montre une augmentation du nombre et de la taille
des vacuoles après l’exposition. Pour déterminer la contribution de la chaleur dans cette
réponse des neutrophiles, des échantillons de sang ont également été chauffés. La
quantification des ROS (CL) montre que leur augmentation est similaire à celle qui est
observée lors de l’exposition. Ainsi, l’élévation de température pourrait être à l'origine de
l’augmentation de la production d'oxydants. Les expériences ont été reproduites sur des
neutrophiles isolés et resuspendus dans du plasma. Elles montrent une augmentation des
ROS après traitement par le zymosan opsonisé ou les bactéries. Enfin, dans le même système
ex vivo, l’exposition augmente l’activité oxydative de la MPO.
En conclusion, l’activation des neutrophiles par le zymosan opsonisé ou les bactéries est
intensifiée par l’exposition à des ondes millimétriques de fréquence 32,9 - 39,6 GHz. Les
expériences sont bien décrites et réalisées rigoureusement. Les données sont analysées avec
des tests statistiques appropriés. Cependant, le nombre de réplicats des dosages de ROS ou
de l’activité MPO est faible (3 à 5). Par conséquent, cette étude ex vivo présente des limites
méthodologiques mineures.
Une seule étude a été identifiée, décrite ci-dessous, mais dont aucune conclusion ne peut être
tirée quant aux effets sanitaires éventuels liés à l’exposition à des ondes millimétriques.
L’objectif de l’étude publiée en 2012 par Xia et ses collaborateurs était de tester l’effet
thérapeutique des ondes millimétriques sur l’arthrose. L’arthrose est caractérisée par une
perte du cartilage articulaire. Un modèle d’arthrose chez le lapin est obtenu par section du
ligament croisé antérieur du genou (ACLT). En effet, il a été montré que les ondes
millimétriques peuvent diminuer l'inflammation et l'apoptose (mort cellulaire) des chondrocytes
(cellules du cartilage) (Sinotova et al., 2004 ; Wu et al., 2010). L’état du cartilage est suivi après
l’opération avec ou sans traitement par des ondes millimétriques. Le traitement consiste en
l’application d’un rayonnement (37,5 GHz, 10 mW/m², appliqué à 5 mm de la peau pendant 20
ou 40 minutes, 5 fois par semaine pendant 2 semaines, avec une antenne. Six semaines après
le traitement, les animaux sont sacrifiés et l’état du cartilage est analysé par trois tests
différents : (1) l’observation des tissus, qui permet de définir un score histopathologique (score
de Mankin), (2) des marquages immunohistochimiques du cartilage articulaire pour la
caspase-3, la caspase-8 et la MMP-13 (Matrix Metallo Proteinase), ainsi qu’un marquage
TUNEL, ces 4 marquages permettent de définir un index apoptotique et donc de quantifier les
cellules en train de mourir, (3) l’analyse moléculaire des protéines extraites du cartilage pour
la présence de caspase-3, caspase-8 et MMP-13 (western blots). Les résultats de cette étude,
menée de façon rigoureuse au niveau biologique, sont soumis à des tests statistiques
appropriés (One-way ANOVA et chi-square, Kruskal-Wallis si les variances sont hétérogènes).
L’ensemble des trois tests converge vers un effet bénéfique de l’application du traitement le
plus long (40 minutes). Ces travaux montrent que les ondes millimétriques permettent de
limiter la mort cellulaire et donc la dégradation du cartilage articulaire. Cependant, aucun effet
« délétère » n'a été recherché, ni aucune évaluation des risques réalisée. L’effet des ondes
sur la prolifération cellulaire reste quant à lui à déterminer, ainsi que leur nature thermique ou
athermique. À noter également l’absence d'indication sur la façon de mesurer le DAS et de
précision sur le type de signal.
Conclusions
7.1.1 Déploiement
La Corée du Sud est le premier pays au monde à avoir déployé la 5G, en avril 2019. Les autres
pays ont emboîté le pas à des rythmes différents et souvent avec des stratégies propres.
Le plan d’action de la Commission européenne prévoyait un lancement commercial coordonné
en 2020. Les tensions internationales, notamment entre la Chine et les États-Unis, ainsi que
les demandes de report d’une partie de la population et du monde politique (pétitions,
demandes de moratoire, recours, etc.) ont pu contribuer à ralentir la mise en place des
réseaux.
En France, des recours avaient été déposés au Conseil d’État, en opposition au déploiement
de la 5G et aux modalités et conditions d’attribution d’autorisations de fréquences de la bande
3,5 GHz. L’ensemble de ces recours ont été rejetés dans des décisions des 31 décembre 2020
et 12 octobre 2021. Les enchères se sont déroulées en octobre 2020 et les premières offres
commerciales à destination du public ont été proposées en novembre de la même année. Au
31 janvier 2021, les bandes concernées sont 700 MHz (Free Mobile), 2 100 MHz (Bouygues
Telecom, Orange et SFR) et 3,5 GHz (les 4 opérateurs).
La 5G n’est pas une technologie comme les autres. C’est un assemblage d’évolutions
techniques et d’évolutions d’usages qui se prêtent à controverse. Ces évolutions sont en effet
présentées dans les discours des promoteurs comme autant d’avancées sur le plan technique,
économique et sociétal, alors qu’elles se chargent de nouvelles significations lorsqu’elles
investissent la scène publique. Ici, elles prennent place dans les débats comme des sources
de préoccupation sur le plan sanitaire, environnemental et politique.
La 5G fait peur, questionne et suscite une mobilisation contre elle inédite. L’absence de
littérature scientifique sur le sujet, du fait sans doute du peu de recul sur une situation récente
et évolutive, a introduit la nécessité de s’appuyer sur l’étude de corpus médiatiques (presse,
réseaux sociaux, vulgarisation scientifique) pour en rendre compte.
L’analyse de ces corpus fait ressortir quelques spécificités majeures de cette controverse sur
la 5G. Tout d’abord le caractère pluridimensionnel de la contestation publique. Trois
dimensions sont visées par la critique : (1) le système technique lui-même dont les propriétés
intrinsèques font l’objet de controverse en tant que sources de risques éventuels ; (2) le
processus de prise de décision, avec la dénonciation d’un déploiement lancé en l’absence de
consultation citoyenne et d’évaluation experte des risques ; (3) la dimension sociétale du
programme, vis-à-vis de laquelle les opposants manifestent leur scepticisme, aussi bien sur le
plan des usages que de l’efficacité énergétique.
Si la controverse sur la 5G s’inscrit dans la méta-controverse sur les champs
électromagnétiques, dont elle ne représenterait qu’une ultérieure étape après celles des
antennes-relais, du Wi-Fi et des compteurs Linky, elle s’en écarte néanmoins par l’irruption de
la cause écologique. Celle-ci est centrée sur la problématique de la consommation d’énergie,
portée à l’unanimité par l’ensemble des acteurs de la critique, en association avec la question
des risques sanitaires.
Cette controverse a aussi un caractère éminemment public. Celui-ci est soutenu aussi bien
par la couverture médiatique du sujet 5G que par des formes de mobilisation collective qui se
développent dans l’espace publique numérique et qui engagent une multitude d’acteurs, dont
certains sont des personnages publics.
Mais surtout, l’analyse de diverses arènes médiatiques donne à voir la dimension politique de
cette controverse. À la question des risques, pour la santé et pour l’environnement, la
contestation y associe celle de la possibilité de choisir – ou de refuser – le déploiement de la
technologie en question.
Cette question du libre choix ne peut par ailleurs être réduite au seul déploiement de la 5G,
dans la mesure où cette technologie est souvent présentée – autant par ses défenseurs que
par ses détracteurs – comme une étape vers un programme plus vaste de numérisation
généralisée de la société, qui à son tour impliquerait, entre autres choses, l’emplissage des
espaces de vie par un cumul d’expositions aux champs électromagnétiques. La source de la
conflictualité en matière de 5G, tient donc probablement au fait que de nombreux publics ont
le sentiment de se voir imposer tous ces changements sans possibilité de choix ou de
participation à leur construction.
appuyé, pour cette expertise, sur les données bibliographiques existantes dans des bandes
de fréquences plus larges.
Les expertises menées par l’Anses au cours des précédentes années sur les effets éventuels
liés à l’exposition aux radiofréquences (notamment dans la bande de fréquences 8,3 kHz –
2,5 GHz) indiquent que les seuls effets sanitaires avérés (lien de cause à effet démontré) des
radiofréquences sont des effets thermiques, c’est-à-dire liés à l’échauffement des tissus
biologiques.
■ Risque pour la santé lié au déploiement de la 5G dans les bandes comprises entre
700 et 2 100 MHz
En France, le déploiement de réseaux mobiles utilisant les technologies 5G dans les bandes
de fréquences comprises de 700 à 2 100 MHz s’est concrétisé165 à l’automne 2020, donc
après le début des travaux de la présente expertise. L’Anses ayant déjà produit, à plusieurs
reprises, des travaux d’expertise concernant les effets sanitaires des champs
électromagnétiques couvrant ces fréquences, le groupe de travail s’est appuyé sur les
expertises précédentes de l’Anses publiées récemment (Anses, 2013 et 2016), ainsi que sur
des rapports d’expertises récents par des organismes étrangers et internationaux.
A priori, compte tenu des données techniques dont le groupe de travail a eu connaissance,
concernant les infrastructures et le fonctionnement des réseaux mobiles 5G, les niveaux
d’exposition dans l’environnement liés aux émissions des antennes relais devraient peu varier,
que les antennes émettent des signaux 3G, 4G ou 5G, dans l'hypothèse où les conditions
restent identiques, à savoir une densité d'utilisateurs et un trafic constant. Une simulation
numérique faisant intervenir une évolution du trafic a montré que dans une configuration de
pire cas, le niveau d'exposition moyen pourrait atteindre environ 2 V/m, niveau très inférieur
aux valeurs limites réglementaires.
165Denombreuses demandes d’installation ou modification d’antennes ont été déposées à cette période
auprès de l’ANFR, pour des émissions 5G dans les bandes de fréquences 700 ou 2 100 MHz.
Les résultats des expertises précédentes conduites par l’Anses concernant les effets
sanitaires de l’exposition aux radiofréquences (bande 8,3 kHz– 2,5 GHz) sont pertinents pour
la 5G déployée dans la bande 700 - 2 100 MHz, bien qu’aucune étude ne concerne
spécifiquement la fréquence de 700 MHz. Par ailleurs, les niveaux d’exposition dans
l’environnement seront vraisemblablement comparables entre la 5G et les précédentes
technologies de téléphonie mobile pour les fréquences de 700 à 2 100 MHz.
Le réseau de téléphonie mobile 5G dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz est ouvert
commercialement depuis peu en France (1 594 sites au 31 janvier 2021166), l’exposition aux
champs électromagnétiques qui en résulte n’est donc pas représentative aujourd’hui de ce
qu’elle sera lorsque de nombreux utilisateurs seront connectés.
Des simulations ont cependant été menées (ANFR, 2020) afin d'évaluer le niveau de champ
moyen en divers environnements, comme en milieu urbain par exemple. Compte tenu de
l’hypothèse émise concernant l’évolution des flux de données échangées, fondée sur une
extrapolation de la consommation 4G actuelle, le niveau d’exposition moyen, en champ
électrique, serait de l'ordre de 1,5 V/m (ANFR, 2020). Ce niveau est comparable à celui du
réseau 4G actuel, en particulier en raison d’un meilleur débit de la 5G (notamment grâce à des
faisceaux directifs). Néanmoins, ces simulations montrent que le nombre de points atypiques
(exposition aux champs électromagnétiques supérieure à 6 V/m) pourrait augmenter par
rapport à la 4G (de 0,6 à 1,1 %).
Des mesures effectuées dans divers pays où la 5G est déjà implémentée tendent à confirmer
les valeurs de ces simulations, mais ces mesures sont encore peu nombreuses. Par exemple,
en Corée du Sud, où la 5G est déployée depuis plusieurs mois, en zone urbaine dense, le
champ électrique le plus élevé a été mesuré à 2,1 V/m, bien en-dessous de la valeur limite
d’exposition réglementaire fixée à cette fréquence à 61 V/m.
Pour ce qui concerne le cumul des expositions aux différentes technologies 3G, 4G et 5G en
France, des résultats de simulations (ANFR, 2020) dans différents scénarios de déploiement
de la 5G montrent que l’introduction de la 5G ne provoque qu’une faible augmentation de
l’exposition moyenne aux champs électromagnétiques.
Quelles données sur d’éventuels effets sanitaires sont disponibles dans cette
gamme de fréquences dans la littérature scientifique ?
La littérature scientifique ne fournit pas suffisamment d'études à 3,5 GHz ou dans des
fréquences voisines (seulement 5 études et dans des domaines très disparates) pour pouvoir
procéder à une évaluation du niveau de preuve d’effets sanitaires éventuels à cette fréquence
spécifique.
166[Link]
[Link].
Existe-t-il des différences concernant les signaux radiofréquences des systèmes 5G à 3,5 GHz
par rapport aux précédents systèmes mobiles sans fil (par exemple 2G-4G) qui pourraient
avoir une conséquence sur les interactions avec le corps ?
Les caractéristiques des signaux radiofréquences utilisés par la technologie 5G sont
complexes, mais similaires à celles des signaux de la technologie 4G. Cependant, l'influence
du caractère intermittent des signaux radiofréquences utilisés par les communications mobiles
dans les interactions biophysiques avec le vivant mériterait d’être mieux étudiée.
L’existence d’effets biologiques parfois observés est-elle liée à la fréquence des champs
électromagnétiques ?
Le groupe de travail a tenté de répondre à la question de savoir si, dans la gamme de
fréquences proches de 3,5 GHz (845 à 2 450 MHz), il pourrait exister un lien entre la fréquence
des champs électromagnétiques et l’apparition d’effets biologiques. À partir d’une bibliographie
regroupant des articles ayant étudié au moins deux fréquences et montrant un effet biologique
des radiofréquences, les études ciblant des effets cellulaires et moléculaires tendent souvent
à montrer que l’intensité des effets biologiques augmente avec la fréquence des signaux
étudiés. Par contre, les études sur les effets comportementaux et neurophysiologiques chez
l'animal ou chez l'Homme ne montrent pas de lien entre la fréquence des signaux et l’existence
des effets étudiés. Il existe donc une incertitude quant au rôle de la fréquence sur l’apparition
d’effets biologiques et physiologiques chez l'Homme.
Á ce jour, les données disponibles n’ont pas permis de conclure quant à l’existence d’effets
sanitaires associés à des fréquences utilisées par les technologies mobiles actuelles. Le
groupe de travail a recherché si, dans la gamme des fréquences les plus étudiées, la littérature
Ainsi,
compte tenu des données disponibles sur les effets sanitaires dans des bandes de
fréquences pour lesquelles la profondeur de pénétration est du même ordre de
grandeur que dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz,
et des premières données d’exposition disponibles dans les pays où la 5G est déjà
déployée dans la bande 3,5 GHz qui ne montrent pas, à l’heure actuelle,
d’augmentation importante de l’exposition moyenne de la population liée au grand
nombre de sources de champs électromagnétiques,
le groupe de travail considère qu’il est peu vraisemblable que le déploiement de la 5G dans la
bande de fréquences autour de 3,5 GHz constitue un nouveau risque pour la santé. Les
conclusions des expertises précédentes de l'Anses concernant les radiofréquences et la santé
restent donc valables.
Aucune donnée d’exposition dans la bande de fréquences spécifique autour de 26 GHz n’est
aujourd’hui disponible, le déploiement d’applications 5G étant encore à l’état de projet. Le
groupe de travail a cependant souhaité entamer une réflexion sur les aspects biophysiques
permettant de formuler une première appréciation qualitative de l’exposition probable dans
cette bande de fréquences.
Quelles sont les caractéristiques possibles des futures expositions aux systèmes 5G dans la
bande de fréquences autour de 26 GHz ?
L’exposition aux champs électromagnétiques liés aux applications 5G dans la bande 26 GHz
se différencie de celle de la bande 3,5 GHz par une profondeur de pénétration des ondes de
l’ordre du millimètre, ce qui conduit à une exposition des couches superficielles de la peau ou
de l'œil. Les prédictions issues des données expérimentales et de simulations concernant
l'exposition à des sources lointaines (distances de plusieurs mètres entre la source et la
personne) montrent que les densités de puissance absorbées au niveau de la peau ou de l’œil
seront faibles et n’occasionneront que de très faibles élévations de température. Concernant
l’exposition à des sources proches (par exemple les téléphones mobiles), les simulations
électromagnétiques réalisées sur le couplage entre la tête ou les mains et les antennes
miniatures intégrées laissent présager que les niveaux d’exposition en champ proche seront
inférieurs à ceux des technologies 3G/4G. L’ensemble de ces résultats devra être confirmé
par exemple par les données expérimentales issues des 14 sites d’expérimentation que
l’Arcep a autorisé sur une période de 3 ans et dont les premiers retours sont attendus d’ici
2022.
Des études conçues spécifiquement pour étudier les effets sanitaires de la technologie 5G
dans cette bande de fréquences ont-elles été publiées ?
Il n’existe pas à ce jour de travaux publiés visant à examiner les effets spécifiques de la 5G
dans la bande 26 GHz. C’est pour cette raison que le groupe de travail a considéré une bande
de fréquences élargie allant de 18 à 100 GHz. Les données recueillies sont ainsi très
disparates en matière de fréquences, de technologies et de types d’effets étudiés.
Quels sont les effets sanitaires étudiés dans la bande de fréquences autour de
26 GHz (18 à 100 GHz) ?
La littérature scientifique disponible a principalement étudié les effets sur la peau, l’œil, les
membranes, le système nerveux central et les cellules issues de divers tissus humains ou
animaux (peau, neurones, cornée…).
Peau
Les études sont trop diverses et trop peu nombreuses pour conclure à un effet sanitaire de la
gamme de fréquences 18 – 100 GHz sur la peau humaine. Ces études ne montrent pas d’effet
génotoxique direct, mais l’une d’elles suggère qu’il pourrait y avoir un effet indirect
(aneuploïdie). Aucun effet global sur le transcriptome n’a été détecté, mis à part un effet
transitoire sur l’expression de quelques rares gènes impliqués dans la réponse des cellules au
stress.
Œil
Les travaux effectués sur des lignées cellulaires de cornée et de cristallin ne montrent pas
d’effet de l’exposition aux radiofréquences à 40 et 60 GHz. Une étude in vivo sur les lapins
montre des effets thermiques sur l’œil lors d’une exposition, mais à une très forte puissance
(10 à 600 mW/cm2167).
Effets génotoxiques
Quatre études ex vivo ont étudié l’exposition à des champs électromagnétiques avec des
fréquences entre 25 et 60 GHz de lignées cellulaires humaines (fibroblastes, cellules du
cristallin, cellules de la cornée) et de leucocytes de rat. Ces études n’ont pas permis de
détecter d’effet génotoxique. Néanmoins, une étude déjà citée dans la section « Peau » a
détecté des aneuploïdies dans les fibroblastes exposés aux radiofréquences. Les éléments
de preuve disponibles ne permettent pas de conclure à l’existence ou non d’un effet.
Considérant que :
il existe très peu de données d’exposition liées aux antennes relais et aux téléphones
mobiles en situation réelle ;
seuls des indicateurs d’exposition fondés sur des simulations numériques sont
actuellement disponibles ;
ces indicateurs n’ont pas été jusqu’à présent validés ou infirmés par des mesures sur
le terrain faute de déploiement du réseau 5G ;
le groupe de travail recommande :
de procéder à des mesures d’exposition due au téléphone mobile en situation d’usage
réel dans les différentes bandes prévues pour le déploiement de la 5G ;
évaluer des situations d’exposition maximale en particulier lors de l’implantation de
nouvelles stations de base ;
de réaliser des campagnes de mesure pour chiffrer l'augmentation des niveaux de
champ électromagnétique liée à un nombre important d'utilisateurs connectés
simultanément au réseau 5G ;
168Membranes artificielles vs membranes cellulaires : les membranes artificielles sont des modèles
simplifiés de membranes
Considérant que :
il n’existe que très peu de publications qui ont examiné les effets biologiques ou
sanitaires éventuels des ondes électromagnétiques dans ces bandes de fréquences
dans des modèles cellulaires in vitro, chez l’animal ou chez l’Homme ;
les ondes de fréquence 3,5 GHz ont une plus faible pénétration dans les tissus que
celles de fréquences plus basses ;
Considérant que peu d’études se sont intéressées à la bande 26 GHz, le groupe de travail
recommande :
de réaliser de nouvelles études dans la bande de fréquences 26 GHz dans des
situations d’exposition chronique ou aiguë ;
de promouvoir les études sur les effets des ondes sur la flore cutanée, qui fait partie
du système immunitaire et contribue à la bonne santé de la peau et de l’organisme en
formant une barrière protectrice contre les germes pathogènes ; d’étudier la réponse
immunitaire adaptative ; d’étudier le micro-environnement cellulaire ;
d’analyser les effets biologiques et sanitaires chez l’animal en ciblant les organes les
plus exposés, par exemple la peau ou l’œil ;
de réaliser des études approfondies sur des membranes artificielles et cellulaires ;
de promouvoir des études sur des cellules en culture afin de mesurer des paramètres
tels que la viabilité cellulaire et la génotoxicité ; il serait intéressant d’utiliser des
approches « omiques » globales sans a priori (transcriptome, protéome, métabolome,
…) ;
d’analyser chez l’Homme ou l’animal les effets des radiofréquences sur le système
nerveux (comportement, neurophysiologie, nociception) ;
d’explorer si les ondes électromagnétiques dans la bande 26 GHz peuvent avoir des
effets antidouleurs comme observé à des fréquences plus élevées.
De plus, pour l’ensemble des bandes de fréquences considérées, la question des éventuels
effets biologiques de l'intermittence des signaux de certaines technologies sans fil requiert
davantage d'études avec des méthodes de qualité rigoureuse.
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ANNEXES
entre 100 kHz et 10 GHz, les ondes sont plus ou moins pénétrantes et sont transformées,
pour l’essentiel, en chaleur. C’est le débit d’absorption spécifique (DAS, voir plus loin) qui
rend compte de l’énergie absorbée/dissipée sous forme de chaleur dans l’organisme par
unité de temps et de masse. Evalué localement ou sur l’organisme entier, il s’exprime en
W/kg selon la formule suivante : DAS = .E2/, où E est l’intensité du champ électrique
(valeur RMS ou efficace), la conductivité spécifique du tissu (en S/m) et sa densité
(en kg/m3) ;
la pénétration des ondes dans l’organisme est très limitée entre 10 GHz et 300 GHz. Les
effets sont donc essentiellement surfaciques. Le DAS est alors remplacé par la densité
surfacique de puissance (DSP), exprimée en W/m2 selon la formule suivante :
DSP = P.G/(4r2) où P est la puissance totale rayonnée dans l’espace libre par l’antenne,
G est le gain isotropique maximal de l’antenne et r la distance antenne - cible. Il reste que,
pour ces ondes « millimétriques » (de 30 à 300 GHz, vide varie entre 1 et 10 mm), les
seuls effets connus à ce jour sont d’ordre thermique. Les valeurs limites d’exposition sont
donc fixées, en conséquence, à 5 mW/cm² pour les travailleurs et 1 mW/cm² pour le grand
public.
Entre 100 kHz et 10 GHz, les moments dipolaires de l’eau et des molécules biologiques
n’absorbent pas, de façon résonante, l’énergie de ces radiofréquences. Cependant, la
composante électrique alternative entraîne, par couplage, le moment dipolaire des molécules
d’eau du milieu biologique. Ces molécules ont alors tendance à suivre les oscillations du
champ, ce qui génère des frottements intermoléculaires, une élévation de température et une
dispersion diélectrique, c’est-à-dire une modification de la permittivité du milieu, sans effet sur
sa conductivité.
Les pertes engendrées par frottements se traduisent, au sein du tissu exposé, par une
relaxation thermique, c’est à dire une transformation en chaleur.
Cette relaxation thermique dépend de la fréquence et s’atténue exponentiellement avec le
temps, avec une constante de temps de 5,84.10-11 s (17,1 GHz) pour l’eau liquide à 20°C
(Hasted, 1973). Dans les matériaux biologiques, des mécanismes diélectriques
supplémentaires impliquant les charges des membranes cellulaires, des protéines et des
différentes interfaces, sont sensibles à différents domaines de fréquences ; ils suivent donc
une atténuation exponentielle propre à chacun, laissant apparaître finalement trois domaines
de relaxation thermique notés alpha, béta et gamma.
Le « processus » caractérisé par la relaxation alpha entraîne une surperméabilité (jusqu’à 106
fois) de la matière biologique aux basses fréquences (quelques centaines de Hz, optimum à
100 Hz environ). Le « processus » caractérisé par la relaxation béta disparaît au-dessus de
quelques MHz. Le « processus » caractérisé par la relaxation gamma est, quant à lui,
essentiellement celui de l’eau biologique169 ; il implique une bande de fréquences étendue,
pratiquement comprise entre 1 GHz et 100 GHz, avec un optimum centré aux environs de
25 GHz à 37°C (Foster et Schwan 1996). Ce dernier processus est exploité industriellement
dans les fours à micro-ondes par exemple, qui utilisent des fréquences dans le domaine des
GHz (généralement 2,4 GHz suffisent car, au-delà de 1 GHz, l'eau a déjà du mal à suivre les
oscillations du champ électrique des micro-ondes).
Les effets thermiques sont invoqués, sur des modèles de cultures cellulaires animales ou
humaines, lorsque la température des cellules ou des tissus augmente suite à une exposition
aux radiofréquences. Ce sont des effets qui concernent la partie haute des radiofréquences,
au-dessus de 100 kHz, mais surtout à partir de 10 MHz et jusqu’à plusieurs dizaines de GHz.
169 Les molécules d’eau liées à des protéines se comportent différemment de l’eau libre.
En pratique, le niveau d’échauffement des tissus biologiques est quantifié par le DAS (Débit
d'absorption spécifique, ou SAR des anglo-saxons pour Specific Absorption Rate). Le DAS
permet de fixer, de façon empirique, les limites d'énergie déposable par relaxation thermique
in vivo, donc sous forme de chaleur. L’expérience acquise sur différentes espèces animales
pour différentes fréquences montre qu’une augmentation de 1 °C de la température centrale
d’un organisme vivant impose un DAS moyen d’environ 4 W/kg (Afsset, 2009 ; D’Andrea, Adair
et de Lorge, 2003 ; Elder, 1994). Au-dessous de cette valeur, le système de thermorégulation
de l'organisme exposé est capable de maintenir la température corporelle, car la
vascularisation des tissus biologiques permet l'évacuation de la chaleur.
Le DAS est l’énergie représentative d’une augmentation de température pour une masse de
tissu donnée. Cette énergie est proportionnelle au carré de la valeur efficace du champ
électrique appliqué :
2
Eeff dT J 2
DAS c.
dt
Eeff : valeur efficace de l’amplitude du champ électrique dans les tissus (V/m), c’est-à-dire la valeur crête
divisée par racine de 2.
σ : conductivité du tissu (S/m)
ρ : masse volumique du tissu (kg/m3)
dT/dt : variation de température dans le tissu (°C/s)
J : densité de courant induit dans le tissu (A/m²)
c : Chaleur massique des tissus du corps humain exprimée en J/kg/K°
L’effet thermique sera donc d’autant plus important que le champ électrique sera élevé. Ainsi,
une onde entretenue aura un effet thermique beaucoup plus important qu’une onde pulsée ou
intermittente de même niveau énergétique. Il ne faut donc pas confondre énergie et puissance.
Ainsi, à valeur efficace du champ électrique égale, une onde de quelques nanosecondes (ns)
déposera beaucoup moins d’énergie qu’une onde de quelques millisecondes (ms). Des
signaux d’aussi courte durée ne peuvent donc engendrer que des effets thermiques
négligeables et non détectables par la mesure.
Un article de revue de Foster et Glaser, publié en 2007, a fait le point sur les mécanismes
thermiques liés à l’interaction entre les champs électromagnétiques radiofréquences et les
systèmes biologiques (Foster et Glaser 2007). L’augmentation de température, en régime
transitoire (peu de temps après le début de l’exposition), pour un DAS de 10 W/kg, est de
0,15 °C/min. En régime permanent, l’augmentation de température, pour le même DAS, est
de 0,1 à 0,3 °C avec une constante de temps d’environ 1 à 2 min. Parmi les effets explorés
par les auteurs, ils soulignent que le seuil de perception de chaleur chez l’Homme se situe à
environ 0,06 °C, et le seuil de la douleur, dans le cas de la peau exposée à des impulsions
intenses de 3 s à 94 GHz, à une température de 43,9 °C.
Les autres effets des champs électromagnétiques sur le vivant, pour ceux qui impliquent des
expositions de forte intensité, que l’on ne rencontre qu’exceptionnellement au quotidien, sont
bien décrits dans la littérature scientifique. Cette connaissance a conduit à l’établissement de
valeurs limites d’exposition, pour la population générale et pour les professionnels, qui
préviennent la survenue des effets aigus à court terme (Icnirp, 1998 ; Icnirp, 2010). Si certains
effets sur le vivant résultant d’expositions à de faibles intensités (inférieures aux valeurs limites
d’exposition réglementaires) ont pu être décrits, leur implication dans la survenue d’effets sur
la santé, à court ou long terme, est encore largement débattue (Anses, 2013).
Classiquement, la mort cellulaire est catégorisée en deux grandes types : l’apoptose, une mort
cellulaire génétiquement programmée, c'est-à-dire que la cellule a, dans son génome, le code
génétique des protéines impliquées dans cette mort cellulaire, celles qui vont finir par « tuer »
la cellule de l’intérieur et la nécrose, qui était considérée comme une mort cellulaire
accidentelle, produite par un agent extérieur, qui n’est pas programmée dans la cellule. En
quelque sorte on pourrait dire que l’apoptose est un suicide cellulaire et la nécrose un meurtre
mené par un agent extérieur. Ce concept est maintenant désuet.
Il est important de savoir que, en dehors du déterminisme de ces morts cellulaires, le
processus cellulaire et la réponse de l’organisme est différente. En effet, pendant l’apoptose,
l’activation de protéases et endonucléases spécifiques vont détruire les protéines nécessaires
à la survie cellulaire et dégrader le génome. Ceci résulte en changements phénotypiques
caractéristiques : la cellule se condense, rétrécie, se détache des cellules voisines, sa
membrane plasmique produit des bourgeonnements appelés « blebs », le noyau de la cellule
se fragmente, l’ADN se dégrade en petits morceaux de 180 paires de bases ou multiples (les
nucléosomes ou oligonucléosomes). La cellule finit par se fragmenter en ce qui est appelé les
corps apoptotiques. Les modifications membranaires qui accompagnent ces processus font
que les cellules voisines à la cellule qui meurt vont devenir très friandes de ces corps
apoptotiques, elles vont les phagocyter et de ce fait la cellule qui vient de mourir va disparaitre
du tissu « sans laisser de trace ». Ceci évite d’endommager les cellules voisines et diminue
sensiblement la réponse inflammatoire du tissu.
Dans la nécrose, a contrario, le dommage que souffre la cellule provoque son « explosion »
incontrôlée, le déversement du contenu cellulaire dans l’espace intercellulaire, un
endommagement des cellules voisines (à cause du déversement du contenu lysosomal
essentiellement, mais aussi de protéases et endonucléases cellulaires) et une forte réaction
inflammatoire du tissu avec invasion macrophagique et tout ce qui s’en suit.
Quels sont les agents qui provoquent nécrose et apoptose ? L’apoptose peut se déclencher
quand « arrive l’heure de la cellule » ; c’est par exemple la disparition cellulaire pendant le
développement embryonnaire (réabsorption des membranes interdigitales, par ex) ou par des
lésions cellulaires : mutation de l’ADN, infection virale, etc. La nécrose, quant à elle, est
produite par des stress cellulaires intenses : brûlure, manque aigu d’oxygène, par exemple.
De nos jours, les caractéristiques cellulaires de la nécrose et de l’apoptose sont toujours
valables mais la coupure nette entre ces deux mécanismes est moins tranchée. Dans un tissu,
il est possible d’avoir les deux réponses en même temps. Par exemple, lors des AVC, la zone
du cerveau directement irriguée par l’artère bouchée va être fortement concernée par la
nécrose, tandis que dans la zone alentour, « la pénombre de l’infarctus », on trouvera de
l’apoptose.
Ces dernières années, la vision sur la nécrose a été extrêmement modifiée. Elle peut être
toujours une « mort accidentelle « de la cellule mais il a été montré que la « nécrose
programmée », appelée aussi « necroptose » existe aussi. Elle passe par l’activation de
protéines cellulaires spécifiques, notamment les « receptor interacting protein kinases » ou
RIP kinases, qui vont conduire à la formation de complexes moléculaires capables de faire
des trous dans toutes les membranes cellulaires, incluant la membrane plasmique, ce qui va
avoir l’effet d’une « explosion de la cellule » provoquée de l’intérieur.
Ainsi, que les mécanismes de mort soient programmés ou non, la grande différence entre
apoptose et nécrose n’est pas l’aspect programmé ou non mais la différence dans la
L'édition du soir par Ouest France (Français) Le Courrier des Maires et des Elus locaux
(Français)
L'Équipe (France, Francais)
Le Figaro - All sources
L'Est Républicain (Lorraine, France, Francais)
Le Figaro Bourse Premium (France, Français)
L'Eveil de la Haute Loire (France, Français)
Le Journal de l'Île de la Réunion (Français)
L'Express (Français)
Le Journal des Entreprises (Français)
L'Humanité (France, Francais)
Le Journal du Centre (Nièvre, France, Francais)
L'Humanité Dimanche (Français)
Le Maine Libre (Le Mans, France, Francais) Nord Eclair (Nord-Pas-de-Calais, France,
Le Mensuel d´Agéfi Luxembourg (Français) Francais)
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À titre d’exemple, l’équation de recherche présentée ci-dessous, qui intègre les mots clef
utilisés lors de cette expertise, a été utilisée avec le moteur de recherche Scopus.
Ce chapitre propose, après une courte introduction sur les applications thérapeutiques des
ondes électromagnétiques (gamme 0-100 GHz), un résumé des données disponibles
concernant spécifiquement les fréquences supérieures à 30 GHz, appelées ondes
millimétriques. Celles-ci se caractérisent par leur très faible pénétration dans les tissus
biologiques. Ce chapitre, qui répond notamment à une demande de la consultation publique,
n’est pas construit à partir d’une revue exhaustive qui aurait fait l’objet d’une analyse détaillée
et critique de la littérature scientifique par le groupe de travail. L’objectif poursuivi était de
fournir un aperçu informatif et descriptif des applications thérapeutiques des ondes
millimétriques de faible intensité, c’est-à-dire n’induisant pas ou peu d’élévation de la
température de la surface exposée. Ce chapitre n’avait pas pour vocation d’évaluer l’efficacité
des applications thérapeutiques, ou les liens entre les usages des ondes millimétriques et les
effets bénéfiques observés. Par contre, ce chapitre pourrait initier une réflexion autour des
effets biologiques des ondes électromagnétiques liées aux technologies de l’information et de
la communication, qui interrogent la communauté scientifique et le citoyen quant à leur impact
sur la santé humaine.
Introduction
L’utilisation des ondes électromagnétiques dans le domaine de la santé a une longue histoire,
avec un des premiers témoignages rapporté dans le livre intitulé « The Magnete » écrit en
1600 par William Gilbert, le médecin personnel de la reine d’Angleterre. Ce philosophe utilisait
de la magnétite minérale (iode stone) pour soigner les problèmes des citoyens anglais, y
compris la reine. L’utilisation des ondes électromagnétiques dans la pratique clinique a
commencé au Japon juste après la 2e guerre mondiale et s’est rapidement étendue à l’Europe,
d’abord en Roumanie puis en Union soviétique. Entre 1960 et 1985, presque tous les pays
européens ont conçu et fabriqué des systèmes produisant des champs ou ondes
électromagnétiques.
On peut distinguer, selon Markov (2015), 6 catégories d’ondes électromagnétiques liées à des
applications thérapeutiques :
- les champs statiques créés par des aimants permanents ou par des courants continus (DC,
direct current) circulant dans une bobine ;
- les ondes électromagnétiques sinusoïdales de basses fréquences (sine waves) à 50 Hz
(Europe et Asie) et 60 Hz (USA, Canada) ;
- les ondes électromagnétiques pulsées en basses fréquences (PEMF ou pulsed
electromagnetic fields), < 100 Hz, souvent quelques Hz) de formes et amplitudes variées ;
- les ondes radiofréquences pulsées (PRF ou pulsed radiofrequency) utilisant des
fréquences spécifiques (ex : 13,56 ou 27,12 ou 40,68 MHz) ;
- la stimulation magnétique transcranienne (TMS, transcranial magnetic stimulation), qui
utilise des impulsions courtes (< 1 ms), intenses (pics à 1-2,5 Tesla) et focalisées sur
certaines zones cérébrales170 ;
170
Les autres applications des ondes électromagnétiques en neurologie/psychiatrie : 1-stimulation du
nerf vague (vagal nerve stimulation, VNS), 2- stimulation magnétique profonde (deep brain stimulation,
DBS), 3- stimulation transcranienne à courants directs (transcranial direct current stimulation, tDCS), 4-
stimulation transcranienne à courants indirects (transcranial indirect current stimulation, tACS).
- les ondes radiofréquences millimétriques (30-100 GHz), utilisées ces 50 dernières années
dans le traitement de nombreuses maladies, notamment en Russie;
En clinique, divers protocoles thérapeutiques sont utilisés, même en l’absence de justification
du choix d’une fréquence en particulier, d’une amplitude ou d’un autre paramètre physique. La
majorité des données publiées sur les effets thérapeutiques des ondes électromagnétiques
concerne l’application d’ondes pulsées (PEMF, PRF) de faible intensité (0,1 à 10 V/m). Ces
traitements sont appliqués directement à la surface du corps via des électrodes de contact
(Markov, 2015; Mattson et Simko, 2019 ; Saliev et al., 2019).
Pour rappel, les ondes électromagnétiques (basses fréquences-radiofréquences [quelques Hz
à 450 MHz]) d’intensité élevée (ex : DAS = 20-40 W/kg) et induisant une forte élévation de la
température au niveau du tissu ou de l’organe ciblé (température de 40 à 45°C) sont utilisées
dans le traitement de diverses pathologies. En particulier pour induire la mort cellulaire ou la
perméabilisation des membranes cellulaires (rendant possible le passage de médicaments)
dans le traitement des cancers en raison de leur caractère non invasif et de leur grande
capacité de pénétration (e.g., Wust et al., 2002; Rao et al., 2010 ; Breton et Mir, 2012 ; Kok et
al., 2015 ; Mattson et Simko, 2019).
Les 1ers essais cliniques ont débuté en 1977 en URSS, et depuis le milieu des années 90,
l’utilisation thérapeutique des ondes millimétriques s’est très largement répandue dans les
hôpitaux et centres spécialisés russes (Pakhomov et Murphy, 2000). Les thérapies consistent
en des applications locales répétées, sur certaines parties du corps, d’ondes millimétriques de
faible intensité (le plus souvent <10 mW/cm2), utilisées en monothérapie ou combinées à
d’autres traitements.
Les indications thérapeutiques les plus courantes concernent les ulcères gastriques ou
duodénaux, les maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle, maladies cardiaques
171 Le processus xiphoïde, ou apophyse xiphoïde, est une structure osseuse ou cartilagineuse qui se
situe à la partie inférieure du sternum. Il est relié à la base du corps du sternum par la synchondrose
xipho-sternale et se projette au niveau de la 10e vertèbre thoracique (T10).
172 La zone de projection d’un organe est soit la peau qui le recouvre, soit une zone cutanée à distance
qui est reliée à cet organe par des fibres nerveuses cutanées et viscérales qui pénètrent ensemble dans
la moelle épinière et se rejoignent sur un même neurone. Ces zones de projections à distance ont une
origine embryologique identique à celle de l’organe cible.
173
L’enképhaline ou encéphaline est un neuropeptide appartenant à la famille des opioides endogènes.
Elle se fixe sur des récepteurs opioïdes à la surface de la membrane des neurones, notamment ceux
impliqués dans la douleur. Par un effet inhibiteur sur la transmission nerveuse de la douleur au cerveau,
l’enképhaline participe à l’analgésie de façon similaire à la morphine.
millimétriques. Belyaev et al. (1996) montrent dans un modèle de culture d’Escherichia Coli
que les pics de résonance apparaissent pour les fréquences de 51,76 GHz et 41,34 GHz et
pourraient être associés à des changements subtils de conformation de l’ADN et/ou des
liaisons ADN-protéines. Cependant, cette hypothèse s’appuie sur un test ‘Anomalous viscosity
time dependence’ (AVTD) évaluant la conformation de la chromatine dont l’interprétation des
résultats et les conséquences fonctionnelles ne sont pas clairement établies (Pakhomov et al.,
1998).
Les ondes millimétriques pourraient également agir, comme pour les fréquences plus basses
(< 100 MHz), sur les tissus excitables et les cellules en modifiant notamment le potentiel
transmembranaire via des mécanismes impliquant l’activation des pompes ioniques
transmembranaires (Pakhomov et al., 1998).
Enfin, il convient de noter que les études qui sous-tendent ces hypothèses mécanistiques ont
été effectuées essentiellement in vitro sur divers types cellulaires (procaryotes, eucaryotes).
De plus, le lien entre les effets biologiques cellulaires des ondes millimétriques et leurs effets
au niveau de l’organe ou de l’organisme entier n’est pas connu. L’implication des récepteurs
périphériques et des voies de signalisation au niveau des neurones afférents pourraient
participer à la réponse de l’organe ou de l’organisme à une exposition locale (peau) aux ondes
millimétriques (Pakhomov et al., 1998).
Enfin, le groupe de Ziskin et ses collaborateurs proposent que la vitesse de montée en
température (qui peut être élevée initialement [0,1-0,5°C/s]) plutôt que la valeur absolue de la
température, serait importante pour produire des effets biologiques (Rojavin et Ziskin, 1998).
En conclusion
Cette brève revue des applications thérapeutiques des ondes millimétriques révèle des
pratiques très variées, peu d’essais cliniques contrôlés et des mécanismes qui restent à
élucider. En effet, bien qu’utilisées depuis de nombreuses années, notamment dans les pays
de l’Europe de l’Est et en Russie, les thérapies utilisant les ondes millimétriques (30-70 GHz)
à faible intensité (≤ 10-15 mW/cm2) dans un large panel de pathologies, font l’objet de débats
et de discussions sur leur efficacité et mode d’action au sein de la communauté scientifique et
médicale internationale. Alors que les effets analgésiques sont les plus documentés, y compris
avec des études scientifiques reproductibles et de qualité, beaucoup de questions demeurent
en suspens, précisément sur les mécanismes sous-jacents. L’utilisation des ondes
millimétriques dans le domaine de la santé reste donc à ce jour essentiellement empirique,
par manque de validation ou de confirmation scientifique et médicale solide.
De plus, si les études décrivent des effets apparaissant en dessous du seuil de sensibilité
thermique, la notion d’effets non thermiques ou faiblement thermiques mériterait d’être
éclaircie. En effet, bien que les intensités des ondes millimétriques soient considérées comme
trop faibles pour induire des effets thermiques de forte ampleur, les effets liés aux applications
thérapeutiques semblent relever, au moins en partie, d’effets thermiques locaux, limités à la
zone de la peau exposée, qu’il conviendrait de préciser.
Si l’observation d’effets bénéfiques devait être validée scientifiquement, ces données
pourraient être de grande importance pour identifier et mieux comprendre, plus généralement,
les effets des ondes millimétriques sur la santé. Cependant, un effet biologique de type
cellulaire ou moléculaire, observé in vitro ou in vivo sur des modèles très simplifiés, qu’il soit
positif ou négatif, ne peut constituer à lui seul une preuve d’un effet thérapeutique ou d’un effet
sur la santé chez l’Homme. Il faut donc développer des approches à divers niveaux de
complexité et combiner des modèles in vivo intégrés, plus complexes, permettant d’étudier les
réponses d’un organe ou d’un organisme entier.
Académique, recherche 1
Société savante 1 Autres 2
Administration ou institution
Profession libérale 1 publique 3
Association – ONG 8
Entreprise ou
fédération
d'entreprise 3
Particuliers 23
Les modalités de transmission des commentaires avaient été précisées par l’Anses : soit par
le biais d’un formulaire internet à compléter, en précisant notamment la partie du rapport ou
de l’avis concernée par le commentaire, soit par le biais de l’envoi du fichier pdf du rapport ou
de l’avis commenté. L’Anses a reçu par ailleurs 14 contributions d’expressions libres, sous
forme de documents pdf, de 1 à 72 pages. Ces contributions ne sont pas comptabilisées dans
la Figure 43, ci-dessous, qui présente la répartition des commentaires reçus en fonction du
mode de transmission.
Formulaire
Commentaires internet
sur l'avis (pdf) 16%
24%
Commentaires
sur le rapport
(pdf)
60%
Au total, 203 commentaires ont été reçus, sans compter les 14 contributions d’expressions
libres :
33 commentaires ont été fournis par l’intermédiaire du formulaire sur le site internet de
l’agence (dont 14 portaient sur l’avis et 19 sur le rapport) ;
122 commentaires ont été intégrés au fichier pdf du rapport d’expertise (5 fichiers
transmis) ;
48 commentaires ont été émis sur l’avis (dont 18 dans la version anglaise), directement
dans le fichier pdf (3 avis reçus, dont 1 en anglais).
Les commentaires ont été classés en six catégories, chacune appelant à un type de réponse
différent :
Les réponses apportées aux commentaires émis via le formulaire internet sont rassemblées
dans les tableaux dans une annexe dédiée disponible sur le site internet de l’Agence, à la
page consacrée à la présente expertise. Les réponses aux commentaires formulés
directement dans les fichiers pdf du rapport d’expertise et de l’avis sont fournies dans deux
fichiers disponibles au même endroit sur le site de l’Anses.
Les références bibliographiques recueillies dans le cadre de la consultation ont été prises en
considération aux conditions suivantes :
qu’elles soient pertinentes et répondent aux critères de sélection présentés au §1.3.
qu’il s’agisse d’articles originaux publiés dans des journaux à comité de lecture
indépendant, en langue française ou anglaise.