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Croissance Démographique Et Urbanisation: Politiques de Peuplement Et Aménagement Du Territoire

Le document aborde la définition du milieu urbain en Côte-d'Ivoire et critique les approches traditionnelles basées sur des critères européens. Il souligne l'évolution des définitions du milieu urbain depuis le début du siècle, mettant en évidence la nécessité d'adapter les critères aux réalités locales. Enfin, il propose une approche renouvelée de l'urbanisation qui prend en compte les spécificités africaines et les dynamiques économiques locales.

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Croissance Démographique Et Urbanisation: Politiques de Peuplement Et Aménagement Du Territoire

Le document aborde la définition du milieu urbain en Côte-d'Ivoire et critique les approches traditionnelles basées sur des critères européens. Il souligne l'évolution des définitions du milieu urbain depuis le début du siècle, mettant en évidence la nécessité d'adapter les critères aux réalités locales. Enfin, il propose une approche renouvelée de l'urbanisation qui prend en compte les spécificités africaines et les dynamiques économiques locales.

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Croissance

démographique
et urbanisation
Politiques de peuplement
et aménagement du territoire

Séminaire international de Rabat (15-17 mai 1990)

ASSOCIATION INTERNATIONALE DES DÉMOGRAPHES DE LANGUE FRANÇAISE

AIDELF
AIDELF.
AI 1993. Croissance démographique et urbanisation - Actes du colloque de Rabat, mai 1990, Association internationale
des démographes de langue française, ISBN : 2-7332-7012-5, 435 pages.
Pouruneapprochenonfonctionnaliste
dumilieuurbainafricain
Françoise DUREAU
InstitutFrançaisdeRechercheScientifiquepour le Développement en Coopération
(ORSTOM),Paris,France

Définir lemilieu urbain africain? Leprojet seraitbienambitieux,relevant de «l'u-


topie», pourreprendreles termes de D. Tabutin (1984) et quelque peu vain, «la dis-
tinction statistiqueentre urbain etruralétantnécessairement arbitraire ». Onest,en effet,
en droit de s'interroger sur l'intérêt d'une telle division dualiste de l'espace et de la
population, quine prend en fait de sens queparrapport à un objectif précis. Danscette
communication, nous aborderons cette question dans le cadre d'une étude de la dyna-
mique urbaine ivoirienne depuis le début du siècle. Ds'agira d'appréhender, à travers
l'exemple de la Côte-d'Ivoire, lesdifférents aspects de la recherched'une définition du
milieu urbain opérationnelle pour une telle approche de l'urbanisation ivoirienne.
Directement issues des théories bâties sur l'expérience européenne de l'urbanisa-
tion,les définitions de la population urbaine employées classiquement en Côte-d'Ivoire
réduisent lespossibilités decompréhension deladynamiqueurbaine danscepays.L'ap-
proche démographique, qui privilégie la question de la concentration de la population
dans les villes, conduit à une définition basée sur le simple seuil de population, jugé
parfois comme la solution la «pire» (L. Lohlé-Tart et R. Clairin, 1988); pourtant, elle
permet de renouveler efficacement l'analyse de l'urbanisation en Afrique, en délaissant
les traditionnelles approches fonctionnalistes.

L- Lesdéfinitionsde l'urbain enCôte-d'Ivoire,


produitsdesthéoriesbâtiessurl'expérience européennede l'urbanisation

Lesdéfinitionsretenuesparlesorganismesstatistiquesdesdifférents pays d'Afrique


Noire présentent, en première lecture, une grande diversité; en fait, la variabilité relève
plusdesseuilschoisis quedelanaturedescritèresemployés.Toutes lesdéfinitions sont
construites en combinant trois types de critères : la taille de la localité, son rang admi-
nistratif et sa fonction économique.Ilestclairque «lesdémographes africains seposent
les mêmes questions qu'ailleurs : comment caractériser le milieu urbain ? est-ce par un
indicateur de taille (...)? ou par un indicateur plus économique (...)? ou encore par un
indicateur mesurant davantage le rôle administratif et politique des unités urbaines?»
(J. Gregory, 1988).
1)L'évolution desdéfinitions depuisledébutdusiècle

Les recensements administratifs réalisés avant l'Indépendance ne distinguent géné-


ralement pas,dans lescirconscriptions administratives, lapopulation urbaine de lapopu-
lation rurale; seuls quelques-uns présentent, en plus des effectifs totaux de population

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AI 1993. Croissance démographique et urbanisation - Actes du colloque de Rabat, mai 1990, Association internationale
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106 CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ETURBANISATION

parcercle ou subdivision, lalistedeseffectifs depopulation dequelques localités.Selon


les cas, il s'agit des «centres urbains», des «principaux centres», des «principales ag-
glomérations», ou des «principales villes». Aucune règle de définition de ces localités
au vocable changeant n'est précisée; on peutjuste observer que ce n'est pas le critère
administratif qui est utilisé systématiquement et que la taille minimum de ces localités
varie entre 250 et 500 habitants selon les dénombrements réalisés avant 1975.Dans le
répertoire des localités de 1955,issu des derniers comptages de population par les ad-
ministrateurs coloniaux, toutes les localités ayant une fonction administrative (chef-lieu
de subdivision ou de cercle) font l'objet d'une mention spéciale.
Cen'est qu'en 1960qu'une distinction entremilieu urbain etmilieururalapparaît
explicitement, dans une étude de la Direction de la Statistique basée sur les résultats
desrecensementsadministratifs de l'époque : les localités inférieures à 5000 habitants
sont qualifiées de «villages», tandisquecelles comptant plus de 5000 habitants consti-
tuent des «agglomérations».
Le milieu des années 1960 marque le début de la recherche d'une définition se
rapprochantaumieuxdesréalitésurbaineslocales.Danslecadredesenquêtesrégionales
(1962-1965),desréflexions spécifiques sont menées, débouchantsurunelistede«villes»
rassemblant tous les chefs-lieux de sous-préfecture ainsi que toutes les localités de
plus de 5000 habitants : l'objectif visé était de baser la définition sur des critères ob-
jectifs,permettantdecomparerlesétatsouest-africains entreeux.Unpeuplustard(1966-
67), les études menées par les géographes de l'ORSTOM à propos de l'Atlas national
de Côte-d'Ivoire (ORSTOM et IGT, 1979) ont montré que «le seuil de4000 habitants
correspond approximativement au passage du bourg rural à la petite ville» , que l'on
considère les structures socio-professionnelles ou la physionomie des localités; d'où
l'adoption pourcetAtlas,d'une définition dumilieu urbainquirassemble les chefs-lieux
de sous-préfecture de plus de 4000 habitants. Depuis 1975, ce seuil de population est
repris par la Direction de la Statistique dans toutes ses opérations decollecte démogra-
phique, en combinaison avec un critère d'activité économique («plus de 50% desmé-
nages ayant une activité non agricole»).
Sur un plan formel, ce rappel des définitions du milieu urbain ivoirien utilisées
depuis le début du siècle dans les principales sources de données démographiques met
en évidence trois caractéristiques importantes.D'abord, on observe le recoursà desdé-
finitionsde plus en plus restrictives, qui masque une des modalités de l'urbanisation :
la multiplication des localités urbaines. Par ailleurs, il apparaît souvent des exceptions
aux règles énoncées, souvent uniquement dues à des connaissances plus approfondies
sur une ou quelques localités du pays. Enfin, en Côte-d'Ivoire comme dans les autres
pays d'Afrique Noire, aucune de ces définitions ne caractérise les groupements de po-
pulation appelés «localités», alors que les définitions du milieu urbain ont toujours
pour corollaire le classement des localités du pays en «urbaines» ou «rurales».
Cette question est pourtant primordiale pour des comparaisons temporelles ou in-
ternationales : utiliser le même seuil pour définir la population urbaine ne suffit pas à
rendredesdonnéescomparables,sil'unitédebaseducomptagedelapopulation recouvre
des réalités différentes selon lescas. Ausein-même de la Côte-d'Ivoire, le problème se
pose avec une acuité particulière; avec la création de 25 nouvelles communes en 1978
etd'une centaineen 1985,laconfusion estcroissanteentreleslocalitésetlescommunes.
Or, les communes, nouveaux cadres spatiaux d'intervention des pouvoirs publics,

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UNE APPROCHE DU MILIEU URBAIN AFRICAIN 107

TABLEAU t.- DÉFINITIONS DU MILIEU URBAIN EMPLOYÉES DANS LES PRINCIPALES SOURCES
DEDONNÉES DÉMOGRAPHIQUES EN CÔTE-D'IVOIRE

Source Critère Critère Critère Exceptions Nombre


des de administratif d'activité de
données taille économique villes
Répertoire deslocalités Chef-lieu - Touba
1955 (Servicedela decercle Toulépleu 48
statistique générale) oudesub-
division
VillagesdelaCôte-
d'Ivoire 1960 > 5 000 hab. 21
(Direction dela Stat.)
Enquêtes Chef-lieu
régionales >5000 hab. QU desous- 107
1962-1965 préfecture
+ Bouna
Evaluations Chef-lieu Toulépleu, 61
démographiques >4000 hab. £ 1 desous- Touba,
ORSTOM préfecture Abobo,
pour l'Atlas C I . 1966 Rubino,
Affery,
Akoupé

Recensement de 1975 > 10000hab. 66


E.P.R. 1978-79 an
etrecensement de 1988 > 4 000hab. EX + 50% des - Bonon
Chefsménage -f Dabakala,
ayant activité Grand-
non agricole Lahou

couvrent unterritoireassezvasteautourdelalocalitécentraleetenglobentainsicertaines
deslocalitésvoisines : ladéfinition decesunitésspatialesd'intervention de l'Etat corres-
pond en effet à une nouvelle appréhension du champ d'action de l'urbanisme, incluant
l'espace rural immédiatement environnant.
Dans la perspective d'une étude dans le temps de l'urbanisation en Côte-d'Ivoire,
le bilan que nous venons de dresser des définitions du milieu urbain montre que les
critères utilisés et les variations qu'ils ont connues empêchent de cemer précisément le
phénomène dans ses trois composantes : accroissement de lapopulation, expansion spa-
tiale des villes et augmentation du nombre devilles.
2)Leschangementsdedéfinition,témoinsde l'évolution desthéoriesexplicativesde l'urbanisation

Si l'on regarde l'évolution des définitions, non plus sur un plan formel mais sous
un angle sémantique, on observe aisément un processus en quatre grandes étapes:
1)pas de définition stricto-sensu ;
2) application d'un seul critère: administratif, puis démographique;
3) définition basée conjointement sur les critères administratif et démographique ;
4) application de critères démographique et économique.

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108 CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ETURBANISATION

Ces changements ne sont pas le fruit d'un hasard, mais témoignent au contraire
de l'évolution des théories sur l'urbanisation en Europe et, plus particulièrement, du
développement des théories fonctionnalistes des réseaux urbains, largement appliquées
en Afrique Noire depuis la fin des années 1960 : c'est ainsi que le déterminant admi-
nistratif a progressivement été abandonné au profit des critères relatifs à l'activité éco-
nomique, le postulat de base devenant alors l'antinomie entre «activité agricole» et
«urbain ».
En effet, si l'on analyse la littérature scientifique sur l'urbanisation ivoirienne, on
observe l'influence des grands modèles théoriques de la géographie et de l'économie
urbaine : théorie desplacescentrales deChristaller, théoriedespôlesde développement
(Perroux)etanalysehiérarchique desfonctions tertiairesdesvilles(Rochefort), appliquée
àl'espace ivoiriendepuislesannées 1960. Cesthéoriesontmarquétrenteannéesd'études
urbaines en imposant unmodèled'organisation desréseaux urbains (hiérarchie fonction-
nelle quantifiable par des indicateurs) et un modèle d'analyse dynamique de l'urbani-
sation, reconnaissant unrôlemajeur à l'industrie, puisautertiaire supérieur : lestravaux
sur les réseaux urbains ouest-africains n'échappent pas à la règle, ceux réalisés pour
l'Atlas national de Côte-d'Ivoire, mentionnés plus haut, en constituant un exemple ca-
ractéristique.
Cesapproches,fonctionnalistes, du fait urbain en Afrique Noirese retrouvent,tout
à fait logiquement, dans les définitions du milieu urbain employées par les instituts de
statistiques de cespays.
II.- Renouveler l'approche de l'urbanisation

Bien que les principaux auteurs travaillant dans les années 1970 sur la mise en
place des réseaux urbains d'Afrique Noire francophone soulignent la spécificité dupro-
cessus d'urbanisation en Afrique Noire,ils appliquent uncorpus théorique bâti sur l'ex-
périence européenne de l'urbanisation pour étudier la situation actuelle de cette région.
Dans le cas de la Côte-d'Ivoire, ces referents théoriques conduisent A.M. Cotten
et Y. Margueratàconsidérerque « les villessedéfinissent parleursfonctions, c'est-à-dire
par l'ensemble desactivitésquileslientaumonderuralenvironnantetqui,elles-mêmes,
les associent et les subordonnent les unes aux autres. Ce sont ces échanges detoutes
sortes (...) qui structurent l'espace en unités polarisées, orientées comme un champma-
gnétique,versun«centre» urbainoùsetrouvelemoteurdecesfonctions» (A.M.Cotten
et Y.Marguerat, 1977).Dans ce type d'approche basée, sur l'analyse des fonctions ur-
baines, une distinction est faite entre les activitésrelevantdu secteur domestique, des-
tinées àlasatisfaction desbesoinsdelapopulation urbaine,etlesproductionsetservices
endirection d'une population extérieure àlaville,qui forment lesecteurdebase,consi-
déré comme le moteur de la croissance urbaine; le rapport entre secteur de base et
secteur domestique est au cœur de l'analyse fonctionnelle des réseaux urbains.
Cetteapproche fonctionnelle duréseau urbainivoirien lesamèneàdresser unsché-
ma simple de l'urbanisation dans cepays (A.M.Cotten et Y.Marguerat, 1977;Y.Mar-
guerat, 1982) : il existe une hiérarchie des villes de l'intérieur, centres administratifs et
commerciaux, mais les pouvoirs de décision leur échappent totalement au profit
d'Abidjan, capitale au serviced'un Etatcentralisateur, où seconcentrent toutes lesfonc-
tionsurbaines. L'absence de dynamisme propre des villes de l'intérieur et la faiblesse

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UNEAPPROCHE DUMILIEU URBAINAFRICAIN 109

des flux de relations entre ellescaractériseraient la situation ivoirienne. D'où le constat


d'absence de réseau urbain à l'heure actuelle en Côte-d'Ivoire, lepays étant écrasé par
la «macrocéphalie» d'Abidjan, ville organisant seule l'ensemble du pays : cette «Côte-
d'Ivoire des géographes» est peinte dans un grand nombre d'études, auxquelles l'uni-
formité des analyses et de leurs conclusions donnent un poids considérable que ce soit
dans la sphère scientifique ou opérationnelle.
Ainsi, les actions menées depuis le milieu des années 1970 par le Ministère du
Plan ivoirien s'inscrivent totalement dans la logique fonctionnaliste proposée par les
géographes étudiant les villes ivoiriennes : l'accent est mis sur les pôles de développe-
ment, «lieux particuliersdedéploiementdesinvestissementspublicssousforme d'action
intégrée ou non, déploiement dont on attend qu'il favorise la croissance et sa diffusion
par unensemble d'effets d'entraînement régionaux impulsésàpartirdes villes «(A. Du-
bresson, 1989). Ainsi, après le plan quinquennal 1971-75 proposant une concentration
desefforts d'équipement surtrois«pôlesnationaux dedéveloppement», leplan 1976-80
traduit une volonté de « structuration etpolarisation du territoire national» :il définit de
façon volontariste un réseau urbain à cinq niveaux, des sous-systèmes urbains centrés
sur des «pôles d'équilibre», ainsi qu'un schéma des principaux axes d'échanges inter-
régionaux. Le plan 1981-85,bien queplus pragmatique que les précédents, prévoittou-
jours de concentrer les «éléments structurants» dans quelques villes où un effet induit
important est attendu à courtterme;à lafindes années 1980, lesprogrammes d'inves-
tissement prévoient encore la création de pôles de développement dans l'intérieur du
pays par l'implantation d'industries, que l'on suppose immanquablement polarisatrices
et animatrices du développement économique.
Après quinze années de politique d'aménagement du territoire en Côte-d'Ivoire,
la situation diffère sensiblement des résultats attendus de ces actions volontaristes; si
l'on ne peut nier totalement les effets de la concentration de certaines activités dans
quelques villesdel'intérieur, larelativeinefficacité desactionsengagées témoigne,entre
autres, des limites du modèle d'analyse sur lequel elles s'appuient. Lesapproches fonc-
tionnalistes, quiexpliquent laformation desréseaux urbainsenaccordant unrôle majeur
à l'industrie et autertiairesupérieur, ne suffisent pas pour observer ou interpréter les
modalités actuelles de l'urbanisation ivoirienne, encore moins à agir sur ces dernières.
L'application de referents théoriques et méthodes d'observation inadaptés, qui
conduit au bilan dressé par les géographes et aux propositions d'action desaménageurs,
déforme les réalités locales et réduit lespossibilités de compréhension de la dynamique
urbaineenCôte-d'Ivoire.Lamiseàl'épreuve d'un desfacteurs d'urbanisation, considéré
comme essentiel par ces auteurs, souligne d'ailleurs les limites des interprétations fonc-
tionnalistes duréseau urbain ivoirien : ainsi,l'examen des«biographies administratives»
d'environ quatre-vingt villes ivoiriennes quenousavons mené (F.Dureau, 1987) aclai-
rement montré ledéclin del'impact delafonction administrative dansleprocessus d'ur-
banisation du pays. Si la fonction administrative a joué un rôle clef au début de
l'urbanisation, son impact s'est différencié depuis et ne demeure direct qu'en savane.
En forêt, l'économie de plantation devient le facteur premier de la croissance urbaine,
favorisant l'essor des villes moyennes et petites dans la phase de développement des
cultures de rente.
Dans l'état actuel des connaissances, peut-on proposer une autre approche pour
analyser le processus d'urbanisation en Afrique Noire?

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110 CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE U URBANISATION

A côté des instruments de l'analyse fonctionnaliste de l'urbanisation, basée sur


l'étude des différentes fonctions urbaines, l'approche démographique, centrée sur les
questions depopulation, peutrenouveler efficacement l'analyse dynamique desréseaux
urbains: d'une part,enprivilégiant la questiondela concentration des populationsdans
les villes et de ses effets sur les comportements, d'autre part, en ayant comme objet
d'observation les individus citadins, et non pas seulement les entités urbaines. Ce par-
ti-pris permet de s'affranchir des modèles théoriques bâtis pour des pays où l'industria-
lisation est le moteur de l'urbanisation et de recentrer l'observation sur les acteurs de
la concentration croissante de la population et des relations économiques structurant
les différents points de l'espace.
Aborder l'urbanisation commeprocessus de concentration croissante despopula-
tionsencertainspointsdel'espace nationalprocède,d'une part, d'une volonté délibérée
d'envisager la seule composante universelle du phénomène (l'agglomération de per-
sonnes), sans faire appel implicitement à une théorie explicative du fait urbain, d'autre
part, du constat d'impossibilité de saisir statistiquement lesréalités économiques locales
des villes ivoiriennes : l'absence, à l'échelle du pays, de données relatives au «secteur
informel», quipourtantjoue unrôlemajeur dansl'économie desvilles ivoiriennes,nous
conduit à ne retenir, pour une analyse nationale, que la composante démographique du
processus d'accumulation des hommes et des richessesque constitue l'urbanisation.
Dans cette perspective, l'objectif, qui est d'analyser les formes de la croissance
démographique des villesenvisagée sousunaspect systémique etdynamique à l'échelle
du pays entier, ne satisfait que peu à des exigences explicatives : à l'échelle du pays,
seulel'approche longitudinaledestypesdecroissancedesvillespermetd'aborder certains
des facteurs de leur expansion démographique. Pour analyser précisément les processus
responsables des faits observés à l'échelle nationale, il est nécessaire de délaisser la
ville comme unitéd'observation au profit des éléments constitutifs de la population ci-
tadine, c'est-à-dire les individus.
Pour compléter cette approche démographique, quantitative et historique de l'ur-
banisation, l'étude desmigrations constitue unoutild'analyse particulièrement pertinent
pour avancer dans la compréhension de la dynamique urbaine : outre le fait que les
migrationstiennentuneplace depremier plan dansl'évolution démographique et ledy-
namisme économique des villes, elles sontégalement un indicateur des relationsécono-
miquesetsocialessous-tendantlesrapportsentrelesdifférents pointsdel'espacenational
ou régional.Lamigration,analysée entantquefacteur d'évolution, vecteur et indicateur
d'unréseauurbain,permetd'aborderefficacement quelquesquestionsfondamentalespour
avancer dans la compréhension de la dynamique urbaine : comment la ville, lieu de
concentration d'hommes et d'activités, est-elle utiliséepar lapopulation ? Quels sont les
systèmesrésidentielsetpratiqueséconomiquesquegénèrentlesstratégiesdereproduction
et d'accumulation en ville? Dans quelle logique économique de reproduction et d'ac-
cumulation s'inscrivent lesséjoursenvilledecertainsmembresdescommunautéslocales
(CRDI-ORSTOM-URD, 1989)?
Seule rapproche micro peut être mise en œuvre actuellement pour avancer dans
ces directions de recherche essentielles pour lamise enévidence, la compréhension des
mécanismes de l'évolution du peuplement et de lastructuration spatiale desproductions
et des échanges économiques; et, à notre sens, ce n'est qu'une fois avancé dans ces
directions de recherche que pourra être proposée une définition du milieu urbain qui

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UNEAPPROCHEDUMILIEUURBAINAFRICAIN 111

soit réellement un indicateur des réalités urbaines africaines dont la (les) logique(s)
reste(nt) à découvrir et à analyser.
En l'état actuel des connaissances et au regard des statistiques disponibles pour
une étude historique à l'échelle du réseau urbain ivoirien, recourir à une définition dé-
mographique du milieu urbain, uniquement basée sur un seuil minimum de population
agglomérée, nous semble constituer la solution laplusefficace pour participer à lamise
en évidence de ces réalités.

III.- Application de l'approche démographique


àlarecherche d'une définition delapopulation urbaine en Côte-d'Ivoire

Dans le cadre d'une approche de l'urbanisation en tant que processus de concen-


tration de la population, la définition du milieu urbainrepose,tout à fait logiquement,
sur un seuil de population agglomérée dans chaque localité : sont classées «urbaines»,
les localités dépassant un certain chiffre de population.
Bienquelaquestiondeladéfinition dumilieuurbain nesoitgénéralementabordée
que sous l'angle des critères à utiliser pour classer les localités en urbaines et rurales,
leproblèmenesauraitpourtantêtrerésolu sanss'interroger surladélimitation del'espace
urbanisé et la définition de la population qui réside sur cet espace.
1)La délimitation de l'espace urbanisé

Pourdélimiter l'espace urbanisé,denombreusesstratégiespeuventêtreenvisagées,


dépendant de l'objectif assignéà cette opération.Conscientdeseffets induits par l'exis-
tence d'un périmètre urbain séparant desespaces à statuts fonciers et administratifs dif-
férents,l'urbaniste fera de ladélimitationdesvillesunoutilsupplémentaire d'intervention
sur l'espace : sa définition territoriale de la ville sera donc dictée par ses objectifs d'a-
ménagement. Si l'on cherche non pas à agir sur l'espace, mais à rendre compte de la
situation actuelle, deux stratégies peuvent être envisagées : utiliser les limites adminis-
tratives des localités, ou appliquer une définition physique.
Si, dans certains pays, l'espace national est entièrement divisé en unitésadminis-
trativesauxlimitesclairementidentifiées, cen'estpaslecasenCôte-d'Ivoire : iln'existe
pas dedélimitation légale des territoiresattachés à chacune des 8.000 localités dupays,
maisuniquement unrattachement officiel dechaquecampement à l'une deceslocalités.
Ainsi, la division en sous-préfectures, découpage territorial le plus fin qui couvre l'en-
semble du pays,n'est décrite dansles décretsquepar deslistes delocalités appartenant
à chacune des sous-préfectures du pays; de même, les communes ne sont définies que
parleslocalitésquilescomposent.L'adoptiondeslimitesadministrativeslégales,solution
qui paraît dans de nombreux pays comme la plus simple à mettre en œuvre, se révèle
donc d'un usage délicat en Côte-d'Ivoire.
La seconde option possible en matière de délimitation du territoire urbanisé est
de recourir à une définition physique de la ville : l'accent est alors mis sur l'agglomé-
ration, la continuité du bâti, et la ville est définie comme une zone continue d'espace
bâti.Contrairement à la solution administrative, quipeut aboutir àenglober des villages
isoléssituésàl'intérieur dupérimètrelégaldeladivisionadministrative ou,aucontraire,
à ne considérer que la partie de l'agglomération incluse dans l'unité administrative, la

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112 CROISSANCEDÉMOGRAPHIQUEETURBANISATION

définition physique du milieu urbain vise à rendre compte de l'étendue effective de la


ville.
Traditionnellement, lesinstitutsdestatistique utilisentdesphotographies aériennes
récentes pour mettre àjour le périmètre des zones urbaines : les définitions employées
font alors appel à des notions de distance maximum entre bâtiments. La délimitation
des villes surphotographies aériennes, techniqueefficace qui a fait sespreuves dansde
nombreux pays,tendtoutefoisà devenir de plus en plus difficile à mettre en œuvre:
en Côte-d'Ivoire, comme dans le reste de l'Afrique Noire, les photographies aériennes
de villes se font de plus en plus rares, en raison du coût élevé des missions et de la
prioritésouventdonnéeauxmissionsenmilieu rural. Aveclessatellitesàhauterésolution,
principalement SPOT, en service depuis le milieu des années 1980, il est maintenant
possible de délimiter les zones urbanisées sur les images satellite.
Parrapportà la photographie aérienne, l'imagerie satellitaire présente un certain
nombre d'avantages, inhérents au mode d'enregistrement et à la nature du document
diffusé"* : exhaustivité spatiale, répétitivité des observations, caractère numérique des
données,richessedes informations disponibles. De plus, le coût d'une image satellite
est nettement inférieur à celui d'une couverture aérienne (rapport de 1à 10, pour une
même surface au sol) et, du fait de la forme analogique des données, les temps d'ex-
ploitation de l'information peuvent être considérablement réduits. Les travaux menés
depuis 1985 par une équipe de l'ORSTOM <2) permettent de proposer des techniques
3
opérationnelles dedélimitation d'une zoneurbaine surimagesatellite' *.Enrépétant fré-
quemment ces opérations de délimitation du territoire urbain sur image satellite, il est
possible de réaliser une observation suivie de la croissance spatiale des agglomérations
urbaines.
2)La définition de lapopulation urbaine

Si l'espace urbanisé peut être défini relativement simplement au moyen des tech-
niques décrites plus haut, la définition de la population relative à cet espace pose des
problèmesnettement plus complexes. La définition de la population de référence d'une
opération démographiqueétantbaséesurl'observation dustatutde résidence,onconçoit
aisément les répercussions que peut avoir une définition de la résidence mal adaptée
aux réalités dumilieu enquêté ou unchangement dans ladéfinition appliquée; dansdes
villesà croissance démographique rapide,commec'est lecaspourdenombreuses villes
ivoiriennes, la mesure de la croissance peut être largement biaisée par un changement
des critères de résidence entre deux opérations de collecte. Un examen des définitions
du statut de résidence employées dans les différentes opérations de collecte démogra-
phique en Côte-d'Ivoire met en évidence des divergences importantes, d'une part, sur
la durée minimale de résidence sur le lieu d'enquête nécessaire à un individu pour être

O)Pour une introduction à la télédétection spatiale, voir la première partie de F.Dureau et A. Guillaume
(1984).
L'équipeétaitcomposéede F. Dureau (géographe-démographe,responsableduprogrammederecherche),
O.Barbary (statisticien),A.Michel(urbaniste,télédétection), B.Lortic(télédétection).
' Pour une description précise de ces techniques, voir le manuel de formation rédigé par l'équipe de
l'ORSTOM quiadéveloppé uneméthode desondagearéolairesurimagesatellite (F. Dureau,O.Barbary, B.Lortic
etA.Michel, 1989)etladescription desa miseenœuvre àQuito (F. Dureau, 1988).

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AI 1993. Croissance démographique et urbanisation - Actes du colloque de Rabat, mai 1990, Association internationale
des démographes de langue française, ISBN : 2-7332-7012-5, 435 pages.
UNEAPPROCHE DUMILIEU URBAINAFRICAIN 113

classé résident dans ce lieu, d'autre part, sur la prise en considération de «l'intention»
en matière d'absence ou d'installation en un lieu donné.
Outre les difficultés qu'entraînent ces divergences pour la comparabilité des ré-
sultats des différentes opérations statistiques, sepose leproblème fondamental de l'ina-
déquation d'une mesure ponctuelle dans letempsà une caractéristique dont l'essence
même, dans les populationsd'Afrique de l'Ouest, ne peut être saisie quedans ladurée.
Eneffet, touteslesdéfinitions utiliséesreposentsurlepostulat de l'unicitédelarésidence.
Or, la vie d'un individu en Afrique de l'Ouest est fortement marquée par son caractère
multispatial : les décisions et les pratiques individuelles s'inscrivent, généralement, en
plusieurs lieux de l'espace régional ou supra-régional. La succession des lieux d'habi-
tation dans letempsn'est qu'une des formes lesplus visibles de l'ubiquité des sociétés
locales (E. Le Bris, 1983).Dans les méthodes actuelles d'observation des populations,
laréalitéduphénomènedemulti-résidenceest totalementniée : cettepratiqueestpourtant
centrale dans la compréhension du processus d'urbanisation africain.
Il importe donc derechercherdes nouvelles méthodes d'observation prenant en
compte cette réalité locale.Dans lecadre d'une opération statistique d'envergure natio-
nale, la seule démarche, qui pourrait être adoptée dès maintenant, serait de saisir stric-
tement la population de fait, c'est-à-dire la population présente (ayant dormi la nuit
précédente)dansla ville, le jourdel'opération decollecte : lechiffretotaldepopulation
de la ville inclurait donc toutes les personnes quelle que soit leur durée de séjour dans
la ville,qu'il s'agisse deséléments relativementstablesde lapopulation ou deceuxqui
constituent une fraction de la population en perpétuel renouvellementque Roussel (en-
quêtes régionales 1962-65) qualifie de «nébuleuse(...)sans cesse renouvelée».
Ce n'est quedans lecadred'enquêtespar sondage sur depetits échantillons que
l'on peut envisager actuellement de traduire le concept de système résidentiel. Unedes
voies à explorer consisterait à interroger l'ensemble des individus surtoutesleurs rési-
dences durant un laps de tempsdonné, un an par exemple; pour exploiter ces informa-
tions,on pourrait introduire le concept de «densité de résidence», défini par la durée
relative que chacune de ces résidences occupe dans l'intervalle d'observation. Ainsi, le
caractèremultipolairedelarésidence,essentielpourcomprendrelescomportementsdans
un pays tel que la Côte-d'Ivoire, pourrait être conservé. Des enquêtes spécifiques sur
l'analyse des systèmes résidentiels permettront d'améliorer la connaissance du phéno-
mène et de proposer des éléments de solution pour une meilleure perception de la ré-
sidence dans les opérations statistiques telles que le recensement ou les enquêtes
nationales.

3)Choix d'un seuilde populationagglomérée


En supposantrésoluesles questions de délimitation du territoire urbain et de dé-
finition de la population urbaine, se pose ensuite le problème du choix d'un seuil mi-
nimum depopulation nécessaire àuneagglomération pourêtreclassée «urbaine» :cette
question pourtant cruciale, reste problématique parce qu'elle n'est pas nourrie par un
solide niveau de connaissances sur le processus d'urbanisation en Côte-d'Ivoire, et en
Afrique Noire de façon générale.
En l'absence de referents théoriques solides, il nous paraît préférable de partir de
l'examen desdistributionsdeslocalitéspar taille,c'est-à-dire desgroupementsobservables

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sur ces répartitions, plutôt que d'affirmer que tel seuil de population est a priori signi-
ficatifdu fait urbain ivoirien. Les distributions statistiques correspondant à l'ensemble
des localités ivoiriennes en 1955,1965et 1975montrent l'existence de deux seuils l'un
à 5000 habitants, l'autre correspondant à 10000 habitants.
Pour statuer sur la validité de ces seuils dans les différentes régions du territoire
ivoirien, ilestpossible detravailler surun tableau présentant, pourchaque département,
le nombre de localités par classe de taille en 1975; une classification ascendante hié-
rarchique permet deregrouper lesdépartements encinq typesdepeuplement. L'examen
des distributions des localités par taille pourchacun decestypesdepeuplement montre
que les seuils de 5000 et 10000 habitants ne séparent en aucun cas des groupements
de localités, et que le seuil de 5000 apparaît comme le seuil le plus élevé qui puisse
être retenu pour individualiser les grosses concentrations de population dans les zones
d'habitat dispersé (F.Dureau, 1987).Lecritèrede5000habitants paraîtêtre uncompro-
mis acceptable dans lesdifférents casde figure ; ilne semblepasnécessaire de moduler
le seuil selon les types de peuplement.
Al'heure actuelle, la définition du milieu urbain ivoirien, même considérée d'un
seul point de vue démographique, pourrait faire l'objet d'améliorations sensibles, prin-
cipalement dans les domaines de la délimitationterritorialedes zones urbaines et de la
définition de la population urbaine. En ce qui concerne la détermination du seuil de
population agglomérée, la méconnaissance du fait urbain africain, quijustement conduit
à unedéfinition purementdémographique,empêche deraisonner véritablement cechoix.
Mais la définition retenue (>5000 h.), quels que soient les biais d'observation
liés aux problèmes de délimitation territorialeet de définition de la population urbaine,
est la seule praticable pour une étude nationale depuis le début du siècle. Même ap-
pliquée imparfaitement, elle permet de renouveler l'approche de la dynamique urbaine
ivoirienne et de contribuer à une relecture de l'urbanisation qui constitue lepréalable
nécessaire à l'amélioration de la définition, celle-ci n'étant que le produit desconnais-
sances du phénomène qu'elle a pour objet de caractériser.

IV- Enconclusion, un nouveauregardsurl'urbanisationivoirienne

Si l'on retient une définition constante de la ville ivoirienne de 1900à nosjours,


basée sur le seuil démographique de 5000 habitants, il est possible d'analyser lesmo-
dalités et la dynamique du processus de concentration de la population dans les villes
dupays ou, end'autrestermes,lesétapesconstitutives de rarmature urbaine ivoirienne.
Avec cette définition constante, les résultats diffèrent sensiblement des observations
communémentadmises,bâtiessurunedéfinition deplusenplus restrictive,nous l'avons
vu, de la ville ivoirienne qui occulte une dimension de l'urbanisation : l'augmentation
du nombre de villes.
Considérons tout d'abord le phénomène de «primatie», concept introduit par Jef-
ferson en 1939,abondamment employé parlesauteurstravaillant surlesréseaux urbains
africains, quiont souventconsidéréla « macrocéphalie » commel'unique descripteurdes
hiérarchiesurbainesdecetterégiondu monde. Enadoptantunedéfinition démographique
constantedumilieuurbain,ilapparaîtainsiquedepuis 1936,alorsques'accentue l'écart
detailleentre Abidjan etla seconde villedupays,Bouaké,lepourcentage depopulation
urbaine vivant à Abidjan est tout à fait constant, se maintenant autour de 40%. Les

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villes de l'intérieur ont donc bien participé à la vague d'urbanisation qu'a connue le
paysetl'on nepeutparlerdeconcentration croissantedelapopulation urbaineivoirienne
dans la capitale.
L'ensemble des villesivoiriennes s'est développé dans lemêmetempsqu'Abidjan
continuait decroître à unrythme toujours plusrapide quelesautresgrandes villesivoi-
riennes;la croissance d'Abidjan n'a pas empêché la constitution d'un réseau démogra-
phiquement hiérarchisé de villes dans l'intérieur du pays. Cette double caractéristique
de l'évolution de ladistribution destaillesdesvillesivoiriennesrévèledes facteurs d'é-
volution d'ordres différents pour la capitale et le reste du réseau urbain ivoirien. La
primatie d'Abidjan, que l'on ne peut pas nier, doit plutôt être interprétée comme révé-
latrice d'un mécanisme de croissance marginal répondant à une logique supranationale,
qu'être considérée comme la seule caractéristique du réseau urbain ivoirien, occultant
tous les phénomènes relatifs aux villes numériquement moins importantes.
Concernantcesvillesmoyenneset petites, l'approche adoptéepermetdeconsidérer
deuxcomposantesimportantesduprocessusd'urbanisation : lacroissancedémographique
des villes déjà existantes et l'augmentation du nombre de villes. Une analyse fine et
spatialisée de la hiérarchie des tailles des villes et des relations entre tailles des villes
et rythmes de croissance démographique depuis le début du siècle permet de mettre
en évidence un schéma dynamique de la hiérarchie urbaine ivoirienne à l'échelle natio-
nale, qui se vérifie dans les différentes régions de forêt. Dans la partie orientale de la
zone forestière, puis dans sa partie occidentale, l'urbanisation s'est développée selon le
schéma suivant : émergence rapide de quelques villes moyennes, diffusion de l'urbani-
sation au détriment du rythme de croissance des plus grands centres régionaux, puis
reprise de la croissance dans ces villes et uniformisation des rythmes decroissance. Le
développement de l'économie de plantationjoue unrôle central dans le processus d'ur-
banisation ivoirien : si cette observation n'est pas nouvelle, l'approche démographique,
systémique et localisée, de la mise en place de l'armature urbaine permet de préciser
les effets de l'économie de plantation. Elle fait apparaître le caractère éminemment dif-
férentiel de ce facteur d'urbanisation. En effet, la concentration des populationsrurales,
qui va de pair avec des taux d'accroissement démographique élevés en milieu rural,
s'accompagne d'un ralentissement temporaire de la croissance des villes importantes de
la région. Un fort dynamisme économique et démographique du milieu rural bénéficie
plus aux villes moyennes et petites qu'aux grands centres urbains de la région : voir
dans l'urbanisation un produit de l'économie de plantation est tout à fait justifié, mais
il ne faut pas oublier le caractère sélectif de ce facteur.
L'approche démographique permet de porter un regard nouveau sur le processus
d'urbanisation ivoirien.Lesapproches fonctionnalistes duréseau urbain ivoirien,menées
depuis lesannées 1960,concluaient àl'absence deréseau urbain, lacapitale concentrant
toute les fonctions urbaines et bloquant lacroissance descentres secondaires. Dansces
conditions,lesvillesdel'intérieur, simplesrelaisadministratifs d'une capitale accaparant
non seulement l'essentiel des investissements privés, mais aussi tous les pouvoirs de
décision, ne méritaient pas que l'on s'intéressât précisément à leur dynamique et à leur
fonctionnement; cités parées de bienfaits par les discours idéalisant la grande ville ou
villes-monstres redoutéesdanslesscénarii-castastrophes quel'urbanisation danslespays
en développement a trop souvent suscité, les capitales ont focalisé l'attention dans la
plupart des pays africains. Mettre l'accent sur le phénomène d'accumulation de la

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population dans les villes replace les centres secondaires dans le champ d'observation
du processus d'urbanisation et permet, dans uneétude systémique à l'échelle nationale,
d'appréhender la dynamique des villes moyennes et petites, ses modalités et son rôle
dans l'édification de l'armature urbaine de cespays.

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