Croissance Démographique Et Urbanisation: Politiques de Peuplement Et Aménagement Du Territoire
Croissance Démographique Et Urbanisation: Politiques de Peuplement Et Aménagement Du Territoire
démographique
et urbanisation
Politiques de peuplement
et aménagement du territoire
AIDELF
AIDELF.
AI 1993. Croissance démographique et urbanisation - Actes du colloque de Rabat, mai 1990, Association internationale
des démographes de langue française, ISBN : 2-7332-7012-5, 435 pages.
Pouruneapprochenonfonctionnaliste
dumilieuurbainafricain
Françoise DUREAU
InstitutFrançaisdeRechercheScientifiquepour le Développement en Coopération
(ORSTOM),Paris,France
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UNE APPROCHE DU MILIEU URBAIN AFRICAIN 107
TABLEAU t.- DÉFINITIONS DU MILIEU URBAIN EMPLOYÉES DANS LES PRINCIPALES SOURCES
DEDONNÉES DÉMOGRAPHIQUES EN CÔTE-D'IVOIRE
couvrent unterritoireassezvasteautourdelalocalitécentraleetenglobentainsicertaines
deslocalitésvoisines : ladéfinition decesunitésspatialesd'intervention de l'Etat corres-
pond en effet à une nouvelle appréhension du champ d'action de l'urbanisme, incluant
l'espace rural immédiatement environnant.
Dans la perspective d'une étude dans le temps de l'urbanisation en Côte-d'Ivoire,
le bilan que nous venons de dresser des définitions du milieu urbain montre que les
critères utilisés et les variations qu'ils ont connues empêchent de cemer précisément le
phénomène dans ses trois composantes : accroissement de lapopulation, expansion spa-
tiale des villes et augmentation du nombre devilles.
2)Leschangementsdedéfinition,témoinsde l'évolution desthéoriesexplicativesde l'urbanisation
Si l'on regarde l'évolution des définitions, non plus sur un plan formel mais sous
un angle sémantique, on observe aisément un processus en quatre grandes étapes:
1)pas de définition stricto-sensu ;
2) application d'un seul critère: administratif, puis démographique;
3) définition basée conjointement sur les critères administratif et démographique ;
4) application de critères démographique et économique.
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Ces changements ne sont pas le fruit d'un hasard, mais témoignent au contraire
de l'évolution des théories sur l'urbanisation en Europe et, plus particulièrement, du
développement des théories fonctionnalistes des réseaux urbains, largement appliquées
en Afrique Noire depuis la fin des années 1960 : c'est ainsi que le déterminant admi-
nistratif a progressivement été abandonné au profit des critères relatifs à l'activité éco-
nomique, le postulat de base devenant alors l'antinomie entre «activité agricole» et
«urbain ».
En effet, si l'on analyse la littérature scientifique sur l'urbanisation ivoirienne, on
observe l'influence des grands modèles théoriques de la géographie et de l'économie
urbaine : théorie desplacescentrales deChristaller, théoriedespôlesde développement
(Perroux)etanalysehiérarchique desfonctions tertiairesdesvilles(Rochefort), appliquée
àl'espace ivoiriendepuislesannées 1960. Cesthéoriesontmarquétrenteannéesd'études
urbaines en imposant unmodèled'organisation desréseaux urbains (hiérarchie fonction-
nelle quantifiable par des indicateurs) et un modèle d'analyse dynamique de l'urbani-
sation, reconnaissant unrôlemajeur à l'industrie, puisautertiaire supérieur : lestravaux
sur les réseaux urbains ouest-africains n'échappent pas à la règle, ceux réalisés pour
l'Atlas national de Côte-d'Ivoire, mentionnés plus haut, en constituant un exemple ca-
ractéristique.
Cesapproches,fonctionnalistes, du fait urbain en Afrique Noirese retrouvent,tout
à fait logiquement, dans les définitions du milieu urbain employées par les instituts de
statistiques de cespays.
II.- Renouveler l'approche de l'urbanisation
Bien que les principaux auteurs travaillant dans les années 1970 sur la mise en
place des réseaux urbains d'Afrique Noire francophone soulignent la spécificité dupro-
cessus d'urbanisation en Afrique Noire,ils appliquent uncorpus théorique bâti sur l'ex-
périence européenne de l'urbanisation pour étudier la situation actuelle de cette région.
Dans le cas de la Côte-d'Ivoire, ces referents théoriques conduisent A.M. Cotten
et Y. Margueratàconsidérerque « les villessedéfinissent parleursfonctions, c'est-à-dire
par l'ensemble desactivitésquileslientaumonderuralenvironnantetqui,elles-mêmes,
les associent et les subordonnent les unes aux autres. Ce sont ces échanges detoutes
sortes (...) qui structurent l'espace en unités polarisées, orientées comme un champma-
gnétique,versun«centre» urbainoùsetrouvelemoteurdecesfonctions» (A.M.Cotten
et Y.Marguerat, 1977).Dans ce type d'approche basée, sur l'analyse des fonctions ur-
baines, une distinction est faite entre les activitésrelevantdu secteur domestique, des-
tinées àlasatisfaction desbesoinsdelapopulation urbaine,etlesproductionsetservices
endirection d'une population extérieure àlaville,qui forment lesecteurdebase,consi-
déré comme le moteur de la croissance urbaine; le rapport entre secteur de base et
secteur domestique est au cœur de l'analyse fonctionnelle des réseaux urbains.
Cetteapproche fonctionnelle duréseau urbainivoirien lesamèneàdresser unsché-
ma simple de l'urbanisation dans cepays (A.M.Cotten et Y.Marguerat, 1977;Y.Mar-
guerat, 1982) : il existe une hiérarchie des villes de l'intérieur, centres administratifs et
commerciaux, mais les pouvoirs de décision leur échappent totalement au profit
d'Abidjan, capitale au serviced'un Etatcentralisateur, où seconcentrent toutes lesfonc-
tionsurbaines. L'absence de dynamisme propre des villes de l'intérieur et la faiblesse
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UNEAPPROCHEDUMILIEUURBAINAFRICAIN 111
soit réellement un indicateur des réalités urbaines africaines dont la (les) logique(s)
reste(nt) à découvrir et à analyser.
En l'état actuel des connaissances et au regard des statistiques disponibles pour
une étude historique à l'échelle du réseau urbain ivoirien, recourir à une définition dé-
mographique du milieu urbain, uniquement basée sur un seuil minimum de population
agglomérée, nous semble constituer la solution laplusefficace pour participer à lamise
en évidence de ces réalités.
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Si l'espace urbanisé peut être défini relativement simplement au moyen des tech-
niques décrites plus haut, la définition de la population relative à cet espace pose des
problèmesnettement plus complexes. La définition de la population de référence d'une
opération démographiqueétantbaséesurl'observation dustatutde résidence,onconçoit
aisément les répercussions que peut avoir une définition de la résidence mal adaptée
aux réalités dumilieu enquêté ou unchangement dans ladéfinition appliquée; dansdes
villesà croissance démographique rapide,commec'est lecaspourdenombreuses villes
ivoiriennes, la mesure de la croissance peut être largement biaisée par un changement
des critères de résidence entre deux opérations de collecte. Un examen des définitions
du statut de résidence employées dans les différentes opérations de collecte démogra-
phique en Côte-d'Ivoire met en évidence des divergences importantes, d'une part, sur
la durée minimale de résidence sur le lieu d'enquête nécessaire à un individu pour être
O)Pour une introduction à la télédétection spatiale, voir la première partie de F.Dureau et A. Guillaume
(1984).
L'équipeétaitcomposéede F. Dureau (géographe-démographe,responsableduprogrammederecherche),
O.Barbary (statisticien),A.Michel(urbaniste,télédétection), B.Lortic(télédétection).
' Pour une description précise de ces techniques, voir le manuel de formation rédigé par l'équipe de
l'ORSTOM quiadéveloppé uneméthode desondagearéolairesurimagesatellite (F. Dureau,O.Barbary, B.Lortic
etA.Michel, 1989)etladescription desa miseenœuvre àQuito (F. Dureau, 1988).
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UNEAPPROCHE DUMILIEU URBAINAFRICAIN 113
classé résident dans ce lieu, d'autre part, sur la prise en considération de «l'intention»
en matière d'absence ou d'installation en un lieu donné.
Outre les difficultés qu'entraînent ces divergences pour la comparabilité des ré-
sultats des différentes opérations statistiques, sepose leproblème fondamental de l'ina-
déquation d'une mesure ponctuelle dans letempsà une caractéristique dont l'essence
même, dans les populationsd'Afrique de l'Ouest, ne peut être saisie quedans ladurée.
Eneffet, touteslesdéfinitions utiliséesreposentsurlepostulat de l'unicitédelarésidence.
Or, la vie d'un individu en Afrique de l'Ouest est fortement marquée par son caractère
multispatial : les décisions et les pratiques individuelles s'inscrivent, généralement, en
plusieurs lieux de l'espace régional ou supra-régional. La succession des lieux d'habi-
tation dans letempsn'est qu'une des formes lesplus visibles de l'ubiquité des sociétés
locales (E. Le Bris, 1983).Dans les méthodes actuelles d'observation des populations,
laréalitéduphénomènedemulti-résidenceest totalementniée : cettepratiqueestpourtant
centrale dans la compréhension du processus d'urbanisation africain.
Il importe donc derechercherdes nouvelles méthodes d'observation prenant en
compte cette réalité locale.Dans lecadre d'une opération statistique d'envergure natio-
nale, la seule démarche, qui pourrait être adoptée dès maintenant, serait de saisir stric-
tement la population de fait, c'est-à-dire la population présente (ayant dormi la nuit
précédente)dansla ville, le jourdel'opération decollecte : lechiffretotaldepopulation
de la ville inclurait donc toutes les personnes quelle que soit leur durée de séjour dans
la ville,qu'il s'agisse deséléments relativementstablesde lapopulation ou deceuxqui
constituent une fraction de la population en perpétuel renouvellementque Roussel (en-
quêtes régionales 1962-65) qualifie de «nébuleuse(...)sans cesse renouvelée».
Ce n'est quedans lecadred'enquêtespar sondage sur depetits échantillons que
l'on peut envisager actuellement de traduire le concept de système résidentiel. Unedes
voies à explorer consisterait à interroger l'ensemble des individus surtoutesleurs rési-
dences durant un laps de tempsdonné, un an par exemple; pour exploiter ces informa-
tions,on pourrait introduire le concept de «densité de résidence», défini par la durée
relative que chacune de ces résidences occupe dans l'intervalle d'observation. Ainsi, le
caractèremultipolairedelarésidence,essentielpourcomprendrelescomportementsdans
un pays tel que la Côte-d'Ivoire, pourrait être conservé. Des enquêtes spécifiques sur
l'analyse des systèmes résidentiels permettront d'améliorer la connaissance du phéno-
mène et de proposer des éléments de solution pour une meilleure perception de la ré-
sidence dans les opérations statistiques telles que le recensement ou les enquêtes
nationales.
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114 CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ETURBANISATION
sur ces répartitions, plutôt que d'affirmer que tel seuil de population est a priori signi-
ficatifdu fait urbain ivoirien. Les distributions statistiques correspondant à l'ensemble
des localités ivoiriennes en 1955,1965et 1975montrent l'existence de deux seuils l'un
à 5000 habitants, l'autre correspondant à 10000 habitants.
Pour statuer sur la validité de ces seuils dans les différentes régions du territoire
ivoirien, ilestpossible detravailler surun tableau présentant, pourchaque département,
le nombre de localités par classe de taille en 1975; une classification ascendante hié-
rarchique permet deregrouper lesdépartements encinq typesdepeuplement. L'examen
des distributions des localités par taille pourchacun decestypesdepeuplement montre
que les seuils de 5000 et 10000 habitants ne séparent en aucun cas des groupements
de localités, et que le seuil de 5000 apparaît comme le seuil le plus élevé qui puisse
être retenu pour individualiser les grosses concentrations de population dans les zones
d'habitat dispersé (F.Dureau, 1987).Lecritèrede5000habitants paraîtêtre uncompro-
mis acceptable dans lesdifférents casde figure ; ilne semblepasnécessaire de moduler
le seuil selon les types de peuplement.
Al'heure actuelle, la définition du milieu urbain ivoirien, même considérée d'un
seul point de vue démographique, pourrait faire l'objet d'améliorations sensibles, prin-
cipalement dans les domaines de la délimitationterritorialedes zones urbaines et de la
définition de la population urbaine. En ce qui concerne la détermination du seuil de
population agglomérée, la méconnaissance du fait urbain africain, quijustement conduit
à unedéfinition purementdémographique,empêche deraisonner véritablement cechoix.
Mais la définition retenue (>5000 h.), quels que soient les biais d'observation
liés aux problèmes de délimitation territorialeet de définition de la population urbaine,
est la seule praticable pour une étude nationale depuis le début du siècle. Même ap-
pliquée imparfaitement, elle permet de renouveler l'approche de la dynamique urbaine
ivoirienne et de contribuer à une relecture de l'urbanisation qui constitue lepréalable
nécessaire à l'amélioration de la définition, celle-ci n'étant que le produit desconnais-
sances du phénomène qu'elle a pour objet de caractériser.
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villes de l'intérieur ont donc bien participé à la vague d'urbanisation qu'a connue le
paysetl'on nepeutparlerdeconcentration croissantedelapopulation urbaineivoirienne
dans la capitale.
L'ensemble des villesivoiriennes s'est développé dans lemêmetempsqu'Abidjan
continuait decroître à unrythme toujours plusrapide quelesautresgrandes villesivoi-
riennes;la croissance d'Abidjan n'a pas empêché la constitution d'un réseau démogra-
phiquement hiérarchisé de villes dans l'intérieur du pays. Cette double caractéristique
de l'évolution de ladistribution destaillesdesvillesivoiriennesrévèledes facteurs d'é-
volution d'ordres différents pour la capitale et le reste du réseau urbain ivoirien. La
primatie d'Abidjan, que l'on ne peut pas nier, doit plutôt être interprétée comme révé-
latrice d'un mécanisme de croissance marginal répondant à une logique supranationale,
qu'être considérée comme la seule caractéristique du réseau urbain ivoirien, occultant
tous les phénomènes relatifs aux villes numériquement moins importantes.
Concernantcesvillesmoyenneset petites, l'approche adoptéepermetdeconsidérer
deuxcomposantesimportantesduprocessusd'urbanisation : lacroissancedémographique
des villes déjà existantes et l'augmentation du nombre de villes. Une analyse fine et
spatialisée de la hiérarchie des tailles des villes et des relations entre tailles des villes
et rythmes de croissance démographique depuis le début du siècle permet de mettre
en évidence un schéma dynamique de la hiérarchie urbaine ivoirienne à l'échelle natio-
nale, qui se vérifie dans les différentes régions de forêt. Dans la partie orientale de la
zone forestière, puis dans sa partie occidentale, l'urbanisation s'est développée selon le
schéma suivant : émergence rapide de quelques villes moyennes, diffusion de l'urbani-
sation au détriment du rythme de croissance des plus grands centres régionaux, puis
reprise de la croissance dans ces villes et uniformisation des rythmes decroissance. Le
développement de l'économie de plantationjoue unrôle central dans le processus d'ur-
banisation ivoirien : si cette observation n'est pas nouvelle, l'approche démographique,
systémique et localisée, de la mise en place de l'armature urbaine permet de préciser
les effets de l'économie de plantation. Elle fait apparaître le caractère éminemment dif-
férentiel de ce facteur d'urbanisation. En effet, la concentration des populationsrurales,
qui va de pair avec des taux d'accroissement démographique élevés en milieu rural,
s'accompagne d'un ralentissement temporaire de la croissance des villes importantes de
la région. Un fort dynamisme économique et démographique du milieu rural bénéficie
plus aux villes moyennes et petites qu'aux grands centres urbains de la région : voir
dans l'urbanisation un produit de l'économie de plantation est tout à fait justifié, mais
il ne faut pas oublier le caractère sélectif de ce facteur.
L'approche démographique permet de porter un regard nouveau sur le processus
d'urbanisation ivoirien.Lesapproches fonctionnalistes duréseau urbain ivoirien,menées
depuis lesannées 1960,concluaient àl'absence deréseau urbain, lacapitale concentrant
toute les fonctions urbaines et bloquant lacroissance descentres secondaires. Dansces
conditions,lesvillesdel'intérieur, simplesrelaisadministratifs d'une capitale accaparant
non seulement l'essentiel des investissements privés, mais aussi tous les pouvoirs de
décision, ne méritaient pas que l'on s'intéressât précisément à leur dynamique et à leur
fonctionnement; cités parées de bienfaits par les discours idéalisant la grande ville ou
villes-monstres redoutéesdanslesscénarii-castastrophes quel'urbanisation danslespays
en développement a trop souvent suscité, les capitales ont focalisé l'attention dans la
plupart des pays africains. Mettre l'accent sur le phénomène d'accumulation de la
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116 CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ETURBANISATION
population dans les villes replace les centres secondaires dans le champ d'observation
du processus d'urbanisation et permet, dans uneétude systémique à l'échelle nationale,
d'appréhender la dynamique des villes moyennes et petites, ses modalités et son rôle
dans l'édification de l'armature urbaine de cespays.
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