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Axe 2 - Textes

Le document présente trois textes qui explorent la relation entre l'État, la justice et les comportements humains. Antigone défend la primauté des lois divines sur les lois humaines, tandis que Machiavel et Smith soulignent l'importance de l'intérêt personnel dans les relations sociales et politiques. Ensemble, ces textes interrogent la légitimité des lois et les motivations derrière les actions humaines dans une société civilisée.

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Le document présente trois textes qui explorent la relation entre l'État, la justice et les comportements humains. Antigone défend la primauté des lois divines sur les lois humaines, tandis que Machiavel et Smith soulignent l'importance de l'intérêt personnel dans les relations sociales et politiques. Ensemble, ces textes interrogent la légitimité des lois et les motivations derrière les actions humaines dans une société civilisée.

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L’État et la Justice – Axe 2

Texte 1 :

ANTIGONE : légalité et légitimité.

CRÉON : Connaissais-tu la défense que j'avais fait proclamer ?

ANTIGONE: Oui, je la connaissais; pouvais-je I’ignorer ? Elle était des plus claires.
CRÉON: Ainsi tu as osé passer outre: à ma loi ?

ANTIGONE: Oui, car ce n'est pas Zeus qui l'avait proclamée ! Ce n'est pas la Justice, assise
aux côtés des dieux infernaux ; non, ce ne sont pas là les lois qu'ils ont jamais fixées aux
hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à
un mortel de passer outre à d'autres lois, aux lois non écrites, inébranlables, des dieux! Elles
ne datent, celles-là, ni d'aujourd'hui ni d'hier, et nul ne sait le jour où elles ont paru. Ces lois-
là, pouvais-je donc, par crainte de qui que ce fût, m'exposer à leur vengeance chez les dieux ?
Que je dusse mourir, ne le savais-je pas ? et cela, quand bien même tu n'aurais rien défendu.
Mais mourir avant l'heure, je le dis bien haut, pour moi, c'est tout profit : lorsqu'on vit comme
moi, au milieu des malheurs sans nombre, comment ne pas trouver de profit à mourir ? Subir
la mort, pour moi n'est pas une souffrance. C'en eût été une, au contraire, si j'avais toléré que
le corps d'un fils de ma mère n'eût pas, après sa mort, obtenu un tombeau. De cela, oui,
j'eusse souffert ; de ceci je ne souffre pas. Je te parais sans doute agir comme une folle. Mais
le fou pourrait bien être celui même qui me traite de folle."

Sophocle, Antigone, env. 442 av. J.-C., Éd. Les Belles Lettres, trad. R Mason.

Texte 2 :

« ...vaut-il mieux être aimé que craint, ou craint qu’aimé ? Je réponds que les deux seraient
nécessaires ; mais comme il paraît difficile de les marier ensemble, il est beaucoup plus sûr
de se faire craindre qu’aimer, quand on doit renoncer à l’un des d’eux. Car des hommes, on
peut dire généralement ceci : ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs,
ennemis des coups, amis des pécunes ; (NB : pécunes signifie l’argent ou les ressources) tant
que tu soutiens leur intérêt, ils sont tout à toi, ils t’offrent leur sang, leur fortune, leur vie et
leurs enfants pourvu, comme je l’ai dit, que le besoin en soit éloigné ; mais s’il se rapproche,
ils se révoltent. Le prince qui s’est fondé entièrement sur leur parole, s’il n’a pas pris d’autres
mesures, se trouve nu et condamné. Les amitiés qu’on prétend obtenir à force de ducats
(monnaie d’or à Venise) et non par une supériorité d’âme et de desseins, sont dues mais
jamais acquises, et inutilisables au moment opportun. Et les hommes hésitent moins à
offenser quelqu’un qui veut se faire aimer qu’un autre qui se fait craindre ; car le lien de
l’amour est filé de reconnaissance : une fibre que les hommes n’hésitent pas à rompre, parce
L’État et la Justice – Axe 2

qu’ils sont méchants, dès que leur intérêt personnel est en jeu ; mais le lien de la crainte est
filé par la peur du châtiment, qui ne les quitte jamais.

Cependant, le prince doit se faire craindre de telle sorte que, s’il ne peut gagner l’amitié, du
moins il n’inspire aucune haine, car ce sont là deux choses qui peuvent très bien s’accorder. Il
lui suffira pour cela de ne toucher ni aux biens de ses concitoyens ni à leurs femmes. Si
pourtant il doit frapper la famille de quelqu’un, que cette action ait une cause manifeste, une
convenable justification ; qu’il évite par-dessus tout de prendre les biens d’autrui ; car les
hommes oublient plus vite la perte de leur père que la perte de leur patrimoine.

C’est pourquoi un seigneur avisé ne peut, ne doit respecter sa parole si ce respect se retourne
contre lui et que les motifs de sa promesse soient éteints. Si les hommes étaient tous des gens
de bien, mon précepte serait condamnable ; mais comme ce sont tous de tristes sires et qu’ils
n’observeraient pas leurs propres promesses, tu n’as pas non plus à observer les tiennes. Et
jamais un prince n’a manqué de raisons légitimes pour colorer son manque de foi.

Il n’est donc pas nécessaire à un prince de posséder les vertus énumérées plus haut ; ce qu’il
faut, c’est qu’il paraisse les avoir. Bien mieux, j’affirme que s’il les avait et les appliquait
toujours, elles lui porteraient préjudice ; mais si ce sont de simples apparences, il en tirera
profit. Ainsi, tu peux sembler- et être réellement- pitoyable, fidèle, humain, intègre,
religieux : fort bien ; mais tu dois avoir entraîné ton cœur à être exactement l’opposé, si les
circonstances l’exigent ».

Machiavel, Le Prince.

Texte 3 :

« Dans une société civilisée, l’homme a besoin à tout moment de l'assistance et du


concours d'une multitude d'hommes, tandis que toute sa vie suffirait à peine pour lui
gagner l'amitié de quelques personnes. Dans presque toutes les espèces d'animaux,
chaque individu, quand il est parvenu à sa pleine croissance, est tout à fait
indépendant et, tant qu'il reste dans son état naturel, il peut se passer de l'aide de
toute autre créature vivante. Mais l'homme a presque continuellement besoin du
secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule
bienveillance. Il sera bien plus sûr de réussir, s'il s'adresse à leur intérêt personnel et
s'il leur persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu'il souhaite
d'eux. C'est ce que fait celui qui propose à un autre un marché quelconque; le sens
de sa proposition est ceci : Donnez-moi ce dont j'ai besoin, et vous aurez de moi ce
dont vous avez besoin vous-mêmes; et la plus grande partie de ces bons offices qui
nous sont nécessaires s'ob- tiennent de cette façon.
Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger,
que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts.
Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme; et ce n'est
jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage ».

Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations,
Gallimard – 1776.

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