CHAPITRE III : LE CHEQUE
Le chèque peut être défini comme le titre par lequel une personne appelée tireur donne à
une autre personne appelée tiré qui est une banque ou un établissement assimilé, l’ordre
de payer à vue une somme déterminée à un bénéficiaire ou à son profit. Il suppose que le
tireur ait auprès du tiré des fonds disponibles à son profit. Par le transfert de fonds qu’il opère
au profit du bénéficiaire, le chèque permet d’éteindre l’obligation du tireur envers celui-ci. Le
chèque est donc normalement un instrument de paiement.
Cependant, une certaine pratique tend à en faire aussi tantôt un instrument de crédit,
tantôt un instrument de garantie. Malgré tout, il reste qu’il est un titre toujours payable à
vue. L’appartenance du chèque à la catégorie des effets de commerce est ainsi contestée en
raison de sa fonction exclusive d’instrument de paiement. Néanmoins, son rapprochement
avec les effets de commerce reste possible, même s’il ne lui est pas reconnu la nature d’acte
de commerce par la forme. Son caractère civil ou commercial dépend alors de la qualité du
tireur.
Le chèque permet d’éviter la manipulation d’espèces qui présente des inconvénients.
L’UEMOA a initié, à cet effet, des mesures tendant à promouvoir la bancarisation
conformément à la directive 8/2002/CM/UEMOA du 19 septembre 2002 sur les mesures de
promotion de la bancarisation et de l’utilisation des moyens de paiement scripturaux
transposée en droit interne par la loi 2004-15 du 4 juin 2004).
SECTION I : LA CREATION DU CHEQUE
Comme pour tout acte juridique, la création d’un chèque suppose le respect de
conditions de fond et de forme. En matière de chèque, il y a lieu de faire une distinction entre
les notions de création et d’émission. En effet, si la création consiste en l’établissement du
titre, l’émission renvoie à la remise du chèque à son bénéficiaire. Dès lors, l’émission suppose
de la part du tireur un dessaisissement volontaire et irrévocable. L’intérêt d’une telle
distinction réside dans le fait que c’est à partir de l’émission que le montant du chèque devient
exigible.
PARAGRAPHE 1 : LES CONDITIONS DE FORME
Le chèque bancaire est un titre formel qui comporte des mentions dont certaines sont
obligatoires et d’autres non.
A. Les mentions obligatoires
Le support du chèque est toujours un écrit. En pratique, il est toujours établi sur un papier pré-
imprimé délivré par la banque tiré. Il peut être établi en plusieurs exemplaires mais à
condition qu’il soit payable dans un lieu autre que celui de son émission. Le chèque doit
comporter les mentions obligatoires suivantes :
- La dénomination de "chèque" insérée dans le texte même du titre et exprimée dans la langue
employée pour la rédaction de ce titre ;
- Le mandat pur et simple de payer une somme déterminée ;
- Le nom de celui qui doit payer ;
- L’indication du lieu où le paiement doit s’effectuer, toutefois, le règlement prévoit que
lorsque ce lieu n’est pas indiqué, celui à côté du nom du tiré est réputé être le lieu du
paiement;
- L’indication de la date et du lieu de création du chèque ;
- La signature manuscrite du tireur.
D’après l’article 49 du règlement, le titre qui ne comporterait pas les mentions ci-dessus
énumérées ne vaut pas "chèque". Toutefois, il peut être régularisé par le tireur ce qui va lui
conférer une valeur cambiaire. Le titre nul en tant que chèque n’est pas dépourvu de toute
valeur juridique ; par la technique de la conversion par réduction, il peut par exemple
dégénérer en mandat de payer.
B. Les mentions facultatives
Le chèque peut comporter des mentions facultatives ; il s’agit de :
- L’indication ou non du nom du bénéficiaire du chèque, le chèque pouvant être émis au
porteur ;
- L’indication d’une clause de non à ordre qui interdit un nouvel endossement ;
- Le chèque peut également porter une mention relative au visa ou à la certification ; le
visa et la certification permettent respectivement de constater l’existence de la provision
ou de la bloquer au profit du porteur ;
Certaines clauses sont cependant interdites par le règlement, il s’agit respectivement, d’après
les articles 51, 54 et 80 dudit règlement, de : La stipulation d’intérêts ; La stipulation d’une
date d’échéance, le chèque ne pouvant pas être un instrument de
crédit ; La clause de non garantie insérée par le tireur. De telles clauses sont réputées non-
écrites.
PARAGRAPHE 2 : LES CONDITIONS DE FOND
Elles sont relatives aux parties et à la provision.
A. Les conditions relatives aux parties
Le chèque met en présence trois personnes, le tireur, le tiré et le bénéficiaire.
1. Le tireur
Il doit exprimer son consentement et avoir la capacité. D’où il résulte qu’un mineur non
émancipé ne peut pas en principe créée valablement un chèque. L’incapacité du tireur entraîne
la nullité du titre laquelle est opposable même au porteur de bonne foi. Le tireur ne doit pas
être frappé d’une interdiction bancaire. Le tireur peut être le titulaire du compte, un cotitulaire
voire un simple mandataire notamment d’une personne morale.
Dans le cas du tirage par mandat, c’est celui au nom duquel le titre est émis qui est engagé
cambiairement sous réserve des règles applicables en cas d’absence ou de dépassement de
pouvoirs.
2. Le tiré
D’après la loi, il est obligatoirement une banque ou un établissement assimilé. En principe, le
tiré ne peut pas en même temps avoir la qualité de tireur du chèque ; toutefois, l’article 53 du
règlement admet la possibilité d’un chèque tiré entre différents établissements d’un même tiré
et à condition que ce ne soit pas au porteur.
3. Le bénéficiaire
Celui-ci peut être le tireur lui-même ou un tiers. En premier lieu, le tirage pour soit même est
valable, c’est un moyen de retrait de fond pour le tireur, on parle dans cette hypothèse de
chèque de caisse ou de guichet. En second lieu, le chèque au profit d’un tiers peut être : soit à
personne dénommée, avec ou sans clause à ordre ou avec une clause non à ordre, soit au
porteur.
Dans tous les cas, celui qui retire les fonds doit avoir la capacité juridique de recevoir le
paiement du montant d’un chèque.
B. La condition relative à la provision
La provision doit exister et le défaut d’existence de la provision entraine des
conséquences.
1. L’existence de la provision
A vrai dire, la provision n’est pas une condition de validité du chèque mais elle est
essentielle pour son efficacité. Sans elle, le chèque ne remplit pas en principe sa fonction
d’instrument de paiement. La provision est la créance de sommes d’argent du tireur à
l’encontre du tiré. Elle peut résulter soit d’un dépôt de fonds soit par l’escompte par le tiré
d’effets de commerce, soit d’une ouverture de crédit.
Dans tous les cas, la provision doit présenter un certain nombre de caractères. Elle doit
être :
- disponible : cette disponibilité de la provision suppose, d’une part, que la créance soit
certaine, liquide et exigible. Le tireur doit par conséquent disposer d’un solde créditeur
dans son compte de dépôt ou son compte courant ; d’autre part, que le tireur ait
l’autorisation expresse ou tacite de disposer de la créance de provision par chèque.
- Préalable : L’article 50 du règlement impose l’existence des fonds représentant le
montant du chèque à la création de celui-ci. Mais, l’important est qu’à la remise du
chèque, voire sa présentation au paiement, que la provision existe.
- Suffisante : En effet, la provision doit être suffisante pour permettre à la banque tirée
d’exécuter le paiement. Dès lors, l’insuffisance comme l’absence de provision sont
sanctionnées par la loi. Il faut souligner cependant qu’en cas d’insuffisance de la
provision, le porteur peut, en vertu de l’article 87 du règlement, exiger du tiré qu’il lui
paye le titre jusqu’à concurrence du montant disponible dans le compte.
2. Le défaut de provision
Avant la réforme de 1996, le défaut de provision entraînait une sanction pénale à
l’encontre du tireur de mauvaise foi. Le tireur de mauvaise foi est celui qui émet un
chèque tout en sachant que la provision fait défaut ou qui la retire immédiatement après
l’émission du titre. A ce tireur indélicat, on appliquait les peines de l’escroquerie
conformément à l’article 380 du code pénal. Avec la loi uniforme de 1996 dans laquelle
les dispositions pénales avaient survécu à l’avènement du règlement 2002/15 sur les
systèmes de paiement, le principe de la sanction pénale du tireur indélicat d’un chèque
sans provision était maintenu (emprisonnement d’1 an à 3 ans et d’une amende de
1.000.000 à 2.500.000 qui peut être portée à 3.000.000 si le tireur a la qualité de
commerçants). Constatant le caractère inadapté du dispositif répressif contenu dans la loi
uniforme de 1996 par rapport aux nouveaux enjeux liés à la vie des affaires, il a été adopté
la loi 2008-48 du 3 septembre 2008 relative à la répression des infractions en matière de
chèque, de carte bancaire et d’autres instruments et procédés électroniques de paiement
(J.O. n°6453 du 7 février 2009, page 120 et s.). Selon l’exposé du motif, la loi uniforme
de 2008 « …concerne toutes les infractions en matière de chèques, de cartes bancaires et
des autres instruments et procédés électroniques de paiement, il corrige les renvois et
définit des sanctions pénales précises… ». Dès lors, il importe de constater que le
dispositif répressif de la loi de 1996 n’est plus applicable depuis l’entrée en vigueur de la
loi 2008-48. Or, en matière de répression des infractions en matière de chèque, la nouvelle
loi est plus restrictive que la précédente en matière de sanction du tireur de mauvaise foi.
En effet, concernant le défaut de provision, l’article 2 de la loi de 2008 ne vise que deux
hypothèses : Celle d’un chèque tiré sur un compte clôturé et Celle dans laquelle le
tireur s’empresse de retirer tout ou partie de la provision pour porter atteinte au
droit d’autrui. On peut en conclure que le principe est désormais l’irresponsabilité pénale
du tireur d’un chèque sans provision.
Toutefois l’auteur d’un chèque sans provision encoure toujours une interdiction
bancaire à titre de sanction. Celle-ci a une double fonction, d’une part elle vise à dissuader
les personnes tentées d’émettre des chèques sans provision ; d’autre part, elle tend à
assurer la réparation du préjudice subi par le porteur.
L’interdiction bancaire consiste à faire défense au tireur d’émettre des chèques autres
que ceux de retrait ou certifié pour une durée de 5 ans. Ainsi, à défaut de régularisation du
chèque sans provision jours après lettre d’avertissement adressée au tireur, le banquier
doit faire injonction à celui-ci de restituer à toutes les banques les formules de chèque à sa
disposition. Le banquier tiré informe la banque centrale de l’incident de paiement et
signifie à son client l’interdiction bancaire. La violation de cette interdiction entraîne pour
son auteur des sanctions pénales prévues par la loi de 2008. La régularisation consiste au
paiement du montant du chèque ou de la constitution de provision suffisante ainsi qu’au
paiement de la pénalité libératoire.
SECTION II : LA TRANSMISSION DU CHEQUE
En tant que titre cambiaire, le chèque peut circuler par la voie d’un endossement translatif
ou non translatif.
PARAGRAPHE 1 : L’ENDOSSEMENT TRANSLATIF
L’endossement translatif d’un chèque obéit pratiquement aux mêmes principes
applicables à lettre de change (voir les articles 62 et suivants du règlement).
L’endossement emporte transfert de tous les droits résultant du chèque et en particulier la
provision. Le porteur bénéficie du principe de l’inopposabilité des exceptions. Selon
l’article 67 du règlement l’endosseur est, sauf clauses contraires, garant du paiement du
chèque. Lorsqu’il interdit un nouvel endossement, l’endosseur ne sera pas tenu de la
garantie de
paiement envers les personnes auxquelles le chèque est ultérieurement endossé.
PARAGRAPHE 2 : L’ENDOSSEMENT DE PROCURATION
Le chèque peut faire l’objet d’un endossement de procuration. Comme pour la lettre de
change, le propriétaire du chèque peut recourir aux services d’un tiers pour en recouvrer le
montant. Le chèque ne peut être transmis par endossement pignoratif, car le chèque n’est
pas considéré comme un instrument de garantie. L’article 72 du règlement prévoit un
régime juridique analogue à celui de la lettre de change, aussi bien dans la forme que dans
les effets de l’endossement de procuration. Ainsi, il faut bien une mention claire par
rapport au mandat de recouvrement. En outre, les débiteurs cambiaires ne peuvent opposer
au porteur que les exceptions opposables à l’endosseur. Quant aux rapports
endosseur/endossataire, ils sont régis par les règles du droit commun du mandat.
SECTION III : LE PAIEMENT DU CHEQUE
Le paiement d’un chèque peut nécessiter des garanties. Il se fait selon certaines modalités
et le défaut de paiement emporte des conséquences.
PARAGRAPHE 1 : LES GARANTIES DE PAIEMENT
Il y a trois sortes de garantie : l’aval, le visa et la certification. L’acceptation, admise
en matière de lettre de change, elle est expressément interdite en matière de chèque. L’article
51 du règlement répute non écrite l’acceptation d’un chèque. Une telle règle s’explique pour
des raisons d’ordre public monétaire.
L’aval en tant que garantie de paiement du chèque, est régi par les articles 74 à 76 du
règlement. Il peut être donné par un tiers ou par un signataire. A défaut d’indication de son
bénéficiaire, il est réputé donné pour le tireur. Le donneur d’aval est engagé dans les mêmes
termes que la personne pour qui l’aval est donné. Il faut toutefois reconnaître que l’aval d’un
chèque n’est pas une pratique courante ; tout le contraire de certaines garanties spécifiques au
chèque, il s’agit du visa et de la certification.
Le visa a pour effet de constater l’existence de la provision à la date à laquelle il est
donné. Par le visa, le banquier tiré atteste l’existence de la provision au moment où il est
donné. Rien ne garantit cependant que cette provision va demeurer jusqu’à la présentation du
chèque visé au paiement.
Ainsi, la garantie la plus énergique demeure la certification. Par cette garantie, le
banquier tiré, qui appose la mention sur le chèque, s’engage à bloquer la provision au profit
du porteur jusqu’à l’expiration du délai légal de présentation. Le banquier ne peut en principe
refuser la certification requise à la diligence du tireur ou du porteur si la provision existe.
PARAGRAPHE 2 : LES MODALITES DU PAIEMENT
Seront étudiés ici, la présentation du chèque au paiement et la réalisation du chèque
A. La présentation du chèque
Le chèque doit être présenté au paiement auprès du tiré par le porteur personnellement ou par
mandataire. Il peut être présenté au paiement dès son émission parce qu’étant un titre payable à
vue. Même postdaté, le chèque est payable dès sa présentation au banquier. Cette présentation doit
intervenir dans les délais prévus à l’article 81 du règlement. Ainsi par exemple le chèque payable au
lieu de son émission doit être présenté dans les 8 jours à compter de sa date de présentation.
Toutefois, l’expiration du délai légal de présentation ne fait pas obstacle au paiement du
chèque. Elle a seulement pour conséquence de faire perdre au porteur négligent les recours
cambiaires en cas de non-paiement.
B. La réalisation du paiement
Lorsque la provision est suffisante, il pèse sur le tiré une obligation de paiement du chèque qui
lui est présenté même à l’expiration du délai légal. Le paiement doit également être effectué lorsque le
chèque a été émis en violation d’une interdiction bancaire. Mais cette obligation de payer peut-être
paralysée par une opposition du tireur. Cette opposition au paiement du chèque n’est en principe
concevable qu’en cas de perte, de vol, d’utilisation frauduleuse du chèque ou d’une procédure
collective de redressement ou de liquidation des biens ouverte contre le porteur. Le tireur doit
confirmer cette opposition par écrit en indiquant le motif. Dès lors, le banquier qui n’a aucun pouvoir
d’appréciation, doit refuser de payer le chèque si l’opposition est fondée sur l’une des causes
autorisées. Cette défense de payer ne prend fin qu’avec la main levée ou la prescription. Lorsque
l’opposition a un caractère illégitime, son auteur encoure une sanction pénale conformément à l’article
2 de la loi de 2008.
Pour les conditions du paiement, il faut distinguer selon que le chèque est ou non barré.
Lorsqu’il s’agit d’un chèque non barré, tout porteur peut en recevoir paiement. En revanche, lorsqu’il
s’agit d’un chèque barré, il faut distinguer selon que le barrement est général ou spécial. Le barrement
général est matérialisé par l’apposition de deux barres parallèles. Dans ce cas, le paiement ne peut être
fait qu’à un banquier, à un chef de bureau de chèques postaux ou à un client du tiré. Le barrement
spécial est matérialisé par l’apposition au recto de deux barres parallèles entre lesquelles est inscrit le
nom d’un banquier. Le chèque ne peut être payé dans ce cas qu’au banquier désigné ou, si celui-ci est
le tiré, à son client.
PARAGRAPHE 3 : LE DEFAUT DE PAIEMENT
La remise d’un chèque n’emporte pas novation. La créance dont le chèque a pour objet
d’éteindre subsiste jusqu’au recouvrement effectif dudit chèque. Ainsi, le bénéficiaire du chèque
conserve toujours sa créance tant qu’il n’y a pas encaissement. La remise du titre n’est qu’un début
d’exécution du paiement. Il peut ainsi poursuivre le paiement de cette créance en cas de refus de
paiement. Le défaut de paiement du chèque produit des conséquences propres ; il doit faire l’objet de
constatation et ouvre droit à l’exercice de recours en paiement.
A. Le constat du défaut de paiement
Le défaut de paiement du chèque pour absence ou insuffisance de provision doit en principe
être
constaté par un acte authentique afin de conserver les recours cambiaires. L’acte authentique dont il
s’agit est en principe le protêt. Le porteur doit également donner avis à son endosseur ainsi qu’au
tireur. En dehors du protêt, il y a l’attestation de rejet délivrée par le banquier, laquelle précise le motif
du refus de paiement.
B. Les recours en paiement
Certains recours sont prévus par le droit des instruments de paiement et de crédit. Tandis que d’autres
relèvent des procédures de recouvrement prévues dans le droit des voies d’exécution.
1. Les recours prévus par le droit des instruments de paiement et de crédit
Comme pour tout titre cambiaire, le porteur du chèque impayé dispose de recours cambiaires. Il faut
cependant distinguer selon qu’il est diligent ou négligent. Le porteur négligent est celui qui n’a pas fait
établir protêt dans le délai légal de présentation. Si le porteur est diligent, il a le droit d’exercer ses
recours cambiaires contre tous les signataires du titre, qu’il soit tireur ou endosseur. Si le porteur est
négligent, il ne conserve de recours cambiaires que contre le tireur qui n’a pas fourni provision et
contre les signataires qui se seraient enrichis indument. On peut observer le caractère limité de la
portée de la négligence du porteur. En effet, si le chèque revient impayé, c’est tout simplement parce
que le tireur n’a pas fourni la provision suffisante. De surcroît la plupart des chèques ne circulent pas
et le porteur n’a par conséquent de recours que contre le tireur. A côté des procédures communes à
tous les titres cambiaires, il y a une procédure propre au chèque, il s’agit de celle du certificat de non-
paiement. D’après l’article 123 du règlement, à défaut de régularisation du chèque impayé dans le
délai de 30 jours à compter de la première présentation ou de constitution de la provision dans ce
délai, la banque délivre au porteur un certificat de non-paiement. La notification effective ou la
signification dudit certificat au tireur par ministère d’huissier vaut commandement de payer. Et si
l’huissier ou le notaire ne reçoit pas de justification de paiement dans le délai de 10 jours à compter de
la notification ou de la signification, il dresse un acte de non-paiement. Cet acte de non-paiement est
remis au greffier du tribunal compétent qui délivre un titre exécutoire permettant au porteur de
procéder à toute voie d’exécution dans un délai de 8 jours au maximum.
2. Les procédures de recouvrement prévues dans le droit des voies d’exécution
Outre les procédures prévues par le règlement pour le recouvrement du chèque impayé, il y a deux
procédures prévues dans le cas des voies d’exécution. La première est la procédure d’injonction de
payer. En effet, l’article 2 de l’AU/PSRVE prévoit la possibilité de recourir à une telle procédure en
cas de défaut ou d’insuffisance de la provision ; la seconde est la saisie conservatoire ; c’est l’article
55 de l’AU/PSRVE qui permet le recours à cette forme de saisie et dispense le porteur de requérir une
autorisation judiciaire pour y procéder. La saisie conservatoire est une situation provisoire. Soit
l’indisponibilité de ses biens pousse le débiteur à payer volontairement, soit il y a conversion de la
saisie conservatoire en saisie exécution qui permet d’obtenir un paiement forcé.