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Les Nombres p-Adiques en Mathématiques

Ce mémoire de fin d'étude, réalisé par Omar El Figuigui sous la direction du Pr. Sfouli Hassan, traite des nombres p-adic et de leur importance dans la théorie des nombres et l'analyse mathématique. Il est structuré en trois chapitres, abordant l'analogie de Hensel, les fondations de la théorie des nombres p-adic, et les caractéristiques des nombres p-adic eux-mêmes. Le travail souligne l'interconnexion entre les nombres p-adic et d'autres domaines des mathématiques, tout en offrant une approche à la fois informelle et rigoureuse sur le sujet.

Transféré par

Omar Fg
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Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Les Nombres p-Adiques en Mathématiques

Ce mémoire de fin d'étude, réalisé par Omar El Figuigui sous la direction du Pr. Sfouli Hassan, traite des nombres p-adic et de leur importance dans la théorie des nombres et l'analyse mathématique. Il est structuré en trois chapitres, abordant l'analogie de Hensel, les fondations de la théorie des nombres p-adic, et les caractéristiques des nombres p-adic eux-mêmes. Le travail souligne l'interconnexion entre les nombres p-adic et d'autres domaines des mathématiques, tout en offrant une approche à la fois informelle et rigoureuse sur le sujet.

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Département de Mathématiques

Mémoire de fin d’étude pour l’obtention du diplome


de Master
Master Analyse Mathématique, Statistique, Géométrie et
Applications
Réalisé par : Omar El Figuigui
Encadré par : Pr. Sfouli Hassan

Thème :

Les Nombres p-Adiques

soutenu le : ../12/2024
devant le jury composé de :

Pr............ Président Professeur de l’Enseignement Supérieur à la FSK


Pr.............. Encadrant Professeur de l’Enseignement Supérieur à la FSK
Pr.............. Examinateur Professeur de l’Enseignement Supérieur à la FSK

Année universitaire : 2024/2025


Remerciements

En premier lieu, nous remercions Allah qui nous avoir donné le courage et la
volonté afin d’accomplir ce modeste travail.

Nos plus vifs remerciements vont aussi à l’encadreur en ce travail "Mr. Sfouli
Hassan." enseignant à la faculté des sciences Kénitra, qui a accepté d’encadrer
ce mémoire, pour son aide continue, ses précieux conseils et étre patient avec
nous.

Nous remercions les membres du jury Monsieur ................, enseignant à la


faculté des sciences Kénitra, "présidence de jury", monsieur ............, enseignant
à la faculté de sciences, "encadrant", pour l’honneur qu’ils nous acceptent de
siéger à notre défence et de revoir notre travail.

Je tiens à remercier vivement monsieur ................., le responsable du Master


fondamentale " d’Analyse Mathématique, Statistique, Géométrie et
Applications " pour l’intérêt qu’il a bien voulu porter à ce travail d’avoir accepter
d’évaluer ce mémoire de fin de formation.

Nous remercions à tous les enseignants du département mathématique pour


toute l’aide apportée à nous durant notre trajet universitaire.

Nous remercions mes parents généreux pour leur soutien et leur encourage-
ment à atteindre les plus hauts rangs.

Et nous remercions les amis et les collègue.

Enfin,nous adressons nos remerciements à tous ceux qui nous ont aidé de
près ou de loin.
Introduction

Les nombres p-adic et l’analyse p-adic ont joue un rôle centrale dans la théorie des nombres,
cette importance vient du fait qu’ils offrent un langage naturel et fort pour parler sur les
congruences entre les entiers, et permettre l‘utilisation des méthodes emprunte de l’analyse
pour l’étude de tels problèmes. Plus récemment les nombres p-adic se sont manifestés dans
d’autres anneaux intègre de mathématiques. Il existe de nombreuses façons de commencer notre
tâche. Parmi les options disponibles, j’ai choisi d’opter pour la théorie des valeurs absolues sur
les corps et de considérer les nombres p-adic comme directement analogues aux nombres réels.
Dans cette approche, l’ingrédient principal est le changement d’attitude à l’égard des valeurs
absolues. Il commence par l’observation que, du point de vue algébrique, il n’y a aucune raison
de considérer la valeur absolue habituelle sur le corps de Q des nombres rationnels comme don-
née. Si nous partons de la valeur absolue habituelle et que nous cherchons à compléter Q en
tant qu’espace métrique, nous obtenons les nombres réels ; si nous partons d’une valeur absolue
différente, nous obtenons autre chose. Outre son importance, l’étude des nombres p-adic est
intéressante parce qu’elle s’intègre à de nombreuses parties des mathématiques. Bien qu’elle
fasse certainement partie de la théorie des nombres, son langage est souvent celui de l’analyse,
et ses théorèmes sont souvent analogues, mais légèrement différents, de ceux que l’on trouve
dans les manuels de calcul. L’analogie et les différences sont légèrement décalées, et l’analyse
p-adic semble être l’analyse classique dans un miroir déformant.

Ce travail va donc se décomposer en trois chapitres : Dans le chapitre 1, on introduit l’analogie


de Hensel et la congruences module pn .
Le chapitre 2 concernera des généralités sur les nombres p-adic, on définit la valeur absolue
non-archimédienne,la valuation p-adic, la valeur absolue p-adic avec ses propriétés basiques,
puis la topologie et l’algèbre des nombres p-adic.
Dans le chapitre 3, on s’intéressera aux nombres p-adic, on commence avec la valeur absolue
dans Q, enfin on introduit le corps Qp .

Page 1
Table des matières

1 Apéritif 3
1.1 Un analogie de Hensel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Résolution du Congruences module pn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10

2 Les fondations du theorie des nombres p-adic 14


2.1 Les valeurs absolues sur un corps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.2 Préliminaires et propriétés basiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.3 La topologie des nombres p-adic . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.4 L’algèbre de nombres p-adic . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

3 Les nombres p-adic 30


3.1 La valeur absolue dans Q . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.2 Le corps Qp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

2
Chapitre 1
Apéritif

L’idée d’envisager de nouvelles façons de mesurer la « distance » entre deux nombres ration-
nels, puis de considérer les compléments correspondants, ne provenait pas seulement d’un désir
de généraliser, mais plutôt de plusieurs situations concrètes impliquant des problèmes d’algèbre
et de théorie des nombres. Chacune des nouvelles distances sur Q sera connectée à un certain
nombre premier, et elles codifieront une grande quantité d’informations arithmétiques liées à
ce nombre premier. Ce point de vue, cependant, est arrivé après le fait, comme une façon de
justifier ce que Hensel avait fait.
L‘objectif de ce premier chapitre est d’offrir une introduction informelle à ces idées. Ainsi, nous
procédons sans trop nous soucier de la rigueur mathématique, mais plutôt en mettant l’accent
sur les idées qui sont derrière ce que nous essayons d’accomplir. C’était en fait l’approche de
Hensel. Ensuite, dans le chapitre suivant, nous commencerons à développer la théorie d’une
manière plus formelle.

1.1 Un analogie de Hensel


Les nombres p-adic ont été introduits par le mathématicien allemand Kurt Hensel. Son point
de départ de Hensel était l’analogie entre l’anneau des entiers Z, avec son corps de fractions Q,
et l’anneau C[X] de polynômes à coefficients complexes, avec son corps de fractions C(X).Pour
être précis, utilisons X comme un nombre indéterminé, en conservant x pour représenter un
nombre. Un élément de f (X) ∈ C(X) est une « fonction rationnelle », c’est-à-dire un quotient
de deux polynômes :

P (X)
f (X) = ,
Q(X)
avec P (X), Q(X) ∈ C[X], Q(X) ̸= 0; on peut toujours exiger que Q(X) soit monique, c’est-à-
dire que son coefficient principal soit 1.
De même, tout nombre rationnel x ∈ Q est un quotient de deux entiers :
a
x= ,
b
avec a, b ∈ Z, b ̸= 0; on peut toujours exiger que b > 0. De plus, les propriétés des deux anneaux
sont assez similaires : Z et C[X] sont des anneaux où il y a une factorialisation unique : tout
nombre entier peut être exprimé uniquement comme ±1 fois un produit de nombres premiers,

3
CHAPITRE 1. APÉRITIF

et tout polynomial peut être expressé de manière unique comme


P (X) = a(X − α1 )(X − α2 )...(X − αn ),
où α et α1 , α2 , ..., αn sont des nombres complexes. Ceci nous donne le point principal de
l’analogie explorée par Hensel : Les premiers p ∈ Z sont analogues aux polynômes linéaires
X − α ∈ C[X]. L’analogie s’étend aux solutions d’équations. Étant donné un polynôme avec
des coefficients en Z, toute racine est un nombre algébrique ; si une fonction est une racine d’un
polynôme
√ avec coefficients en C[X], c’est une fonction algébrique. √
2
Ainsi 2, qui est une racine de y −2, est un nombre algébrique, tandis que f (X) = X 3 − 3X + 1,
qui est la racine de y 2 − (X 3 − 3X + 1), est une fonction algébrique.
Hensel étudiait un problème concernant les nombres algébriques. En poursuivant l’analogie, il
considérait le problème identique dans le contexte des fonctions algébriques ; ce problème s’est
avéré facile à résoudre, parce qu’il pouvait étendre les fonctions d’algèbre en séries de puissance.
Supposons que l’on nous donne un polynôme P (X) ∈ C[X] et un α ∈ C. particulier. Il est alors
possible (par example, en utilisant une développement de Taylor) d’écrire le polynôme sous la
forme
P (X) = a0 + a1 (X − α) + a2 (X − α)2 + ... + an (X − α)n
n
ai (X − α)i
X
=
i=0
avec ai ∈ C. Cela donne des informations sur la façon dont le polynomial se comporte près
de α. Pouvons-nous faire quelque chose comme ça pour les nombres entiers ? Pour les nombres
entiers positifs, nous le pouvons, et en effet nous le faisons tous les jours quand nous les notons :
321 = 1 + 2 × 10 + 3 × 102
est sous cette forme. Ce qui est gênant, c’est que 10 n’est pas un premier, alors que (X − α)
est un nombre premier en C[X].
Mais on peut arranger ça : choisir un nombre premier p et écrire notre nombre dans la base p :
étant donné un entier positif m, on peut l’écrire sous la forme
n
m = a0 + a1 p + a2 p2 + ... + an pn = ai p i
X

i=0

avec ai ∈ Z et 0 ≤ ai ≤ p − 1. Par exemple, si p = 7, nous pouvons écrire


320 = 5 + 3 × 7 + 6 × 72 .
Nous pouvons même enregistrer cela comme une chaîne de chiffres ”635” (comme dans la base
10, nous enregistrons les chiffres à l’envers : les plus faibles puissances viennent en dernier).
Pour garder la distinction entre la notation standard (de base dix) et la base p, utilisons le rouge
pour cette dernière, donc 320 = 635 tant qu’il est compris que nous travaillons avec p = 7.
Comment pouvons-nous trouver les développements ? Pour trouver le dernier chiffre de base
7 de 320, nous utilisons la division avec le reste : 320 = 45 × 7+ 5. Ensuite, nous prenons le
quotient, 45, et divisez-le également : 45 = 6 × 7+ 3. Et enfin 6 = 0 × 7+ 6.
La règle principale est que le reste doit être l’un des nombres 0, 1, ..., p − 1.
De telles développement sont déjà intéressantes car elles donnent des informations « locales » :
le développement entier de (X − α) montrera, par exemple, si P (X) disparaît à α, et dans quel
ordre. De même, le développement « en base p » montrera si m est divisible par p, et dans quel
ordre. Par exemple, le développement de 72 dans la base 3 donne
72 = 0 + 0 × 3 + 2 × 32 + 2 × 33 = 2200,

Page 4
CHAPITRE 1. APÉRITIF

ce qui montre tout de suite que 72 est divisible par 32 .


Maintenant, pour les polynômes et leurs quotients, on peut en fait pousser cela plus loin. En
prenant f (X) ∈ C(X) et α ∈ C,, il y a toujours un développement

P (X)
f (X) = = an0 (X − α)n0 + an0 +1 (X − α)n0 +1 + ...
Q(X)
ai (X − α)i .
X
=
i≥n0

C’est juste le développement de Laurent de l’analyse complexe, mais dans notre cas, elle peut
être obtenue très facilement soit en faisant une longue division avec les développement de P (X)
et de Q(X), soit en utilisant une division avec le reste comme avant.
Notez qu’il s’agit d’un objet beaucoup plus compliqué que le développement précédente :

⋆ Nous pouvons avoir n0 < 0, c’est-à-dire que le développement peut commencer avec un
exponent négatif ; cela signalerait que α est une racine de Q(X) et non de P (X). Dans le lan-
gage de l’analyse, nous dirions que f (X) a un pôle à α d’ordre −n0 .
Ce n’est pas un gros problème : nous supprimons d’abord le pôle en multipliant par (X − α)|n0 | ,
élargissons le résultat en puissances de (x − α), puis divisons à nouveau à la fin.

⋆ Le développement n’est généralement pas finie. En fait, il ne sera fini que si, lorsque nous
écrivons f (X) = P (X)/Q(X) dans les termes les plus bas avec Q(X), alors Q(X) est une
puissance de (X − α) (pouvez-vous le prouver ?).
En d’autres termes, c’est généralement une série infinie, et il peut être montré que la série f (λ)
que nous obtenons lorsque nous remplaçons X par λ ∈ C convergera quand λ est assez proche
(mais pas égal) de α.
Cependant, puisque nous voulons nous concentrer sur la structure algébrique ici, nous traiterons
la série comme un objet formel : elle est juste là, et nous ne nous soucions pas de la convergence.
Voici un exemple. Prenez la fonction rationnelle
X
f (X) = ,
X −1
et regardons les développements pour différents α. Si α = 0, nous obtenons
X
= −X − X 2 − X 3 − X 4 − ...
X −1
qui montre que f (0) = 0 avec la multiplicité un. Pour α = 1, nous obtenons
X 1+X −1
= = (X − 1)−1 + 1
X −1 X −1
qui met en évidence le pôle d’ordre 1 à α = 1 (et donne également un exemple d’une dévelop-
pement qui est finie). Enfin, si nous prenons, disons, α = 2, où il n’y a ni pôle ni zéro, nous
obtenons
X 2 − (X − 2)
= = 2 − (X − 2) + (X − 2)2 − (X − 2)3 + ...
X −1 1 + (X − 2)
La conclusion est que toute fonction rationnelle peut être étendue en une série de ce type en
termes de chacun des « premiers » (X − α).
( Les citations ne sont pas vraiment nécessaires, puisque les idéaux générés par les éléments de
la forme (X − α) sont exactement les idéaux premiers de l’anneau C[X], de sorte que (X − α)

Page 5
CHAPITRE 1. APÉRITIF

est un porteur légitime du titre de « premier ».)


D’autre part, toutes ces séries ne proviennent pas de fonctions rationnelles. En fait, nous avons
déjà rencontré des exemples dans nos cours d’analyse : la série pour le sin(X), disons, ou la
série de eX , qui ne peuvent être des extensions de toute fonction rationnelle.
La situation d’un point de vue algébrique. Nous avons deux corps : le corps C(X) de toutes
les fonctions rationnelles, et un autre corps qui se compose de la série Laurent dans (X − α).
Indiquons la seconde par C((X − α)).
Ensuite, la fonction
f (X) 7→ développement autour (X − α)
définit une inclusion de corps
C(X) ,→ C((X − α)).
Il y en a infiniment beaucoup (un pour chaque α ), et chacun contient des informations « locales
» sur la façon dont les fonctions rationnelles se comportent près de α.
Étant donné que de telles développement de série de puissance étaient utiles dans l’étude des
fonctions rationnelles et algébriques, l’idée de Hensel était d’étendre l’analogie entre Z et C[X]
pour inclure la construction de ces développements. Rappelez-vous que l’analogue du choix de
α est le choix d’un nombre premier p. Comme nous l’avons déjà vu, nous connaissons déjà le
développement d’un entier positif m : c’est juste la représentation « base p » de m :

m = a0 + a1 p + a2 p2 + ... + an pn ,

avec ai ∈ Z, 0 ≤ ai ≤ p − 1. Comme dans le cas des polynômes, c’est une expression finie.
Dans le cas des nombres rationnels positifs dont le dénominateur est une puissance de p, c’est
simple : prenez le développement du numérateur et divisez par une puissance de p.
Donc, puisque 320 = 5 + 3 × 7 + 6 × 72 = 635 dans la base 7,, nous voyons que
320
= 5 × 7−2 + 3 × 7−1 + 6 = 6.35,
49
où nous utilisons le point en analogie avec le « point décimal » en base dix, pour marquer le
lieu où nous passons aux forces négatives de 7.

Pour passer à des raisonnements généraux, nous devons permettre des développements d’une
durée infinie. Ce que nous faisons est d’élargir le numérateur et le dénominateur en puissances
de p, puis de diviser formellement ou d’utiliser la division répétée avec le reste.
La seule chose à laquelle on doit faire attention, c’est qu’on doit peut-être « porter ». La somme
de deux de nos ai , par exemple, peut être plus grande que p − 1, et on doit faire l’évidence. Il
est probablement plus facile d’aller directement à des exemples.
Commençons par un simple exemple, 1/2, et prenons p = 5. Divisons 1/2 par 5, comme ceci :
1 −1
=5× + 3,
2 2
donc le dernier chiffre est 3. ( Parce que 5 est premier, il peut être montré que le quotient et le
reste sont uniques ; pour l’instant, prenez cela comme étant donné.) Maintenant, nous divisons
à nouveau :
−1 −1
=5× + 2,
2 2
Donc on obtient
1
= 3 + 2 × 5 + 2 × 52 + ... = ...22223,
2

Page 6
CHAPITRE 1. APÉRITIF

notez que si nous multiplions par 2 cela fonctionne : 2 × 3 = 6 = 11 dans la base 5, donc nous
écrivons 1 et portons un 1, puis 2 × 2 + 1 = 5 = 10, donc nous écrivons 0 et portons un 1, et
puis nous répétons éternellement pour obtenir ... 00001 = 1.
Faisons une chose plus difficile : prenons p = 3, et considérons le nombre rationnel 24/17.
Ensuite, nous avons

a = 24 = 0 + 2 × 3 + 2 × 32 = 220 = 2p + 2p2

et
b = 17 = 2 + 2 × 3 + 1 × 32 = 120 = 2 + 2p + 2p2 .
(Bien que, p = 3, il est probablement moins confus d’écrire p parce que l’on est moins tenté de
« ajouter tout cela ». Le point est d’opérer formellement avec nos développements.)
Supposons que nous voulions obtenir une extension pour a/b = 24/17. Une façon de le faire est
de définir
a 24 2p + 2p2
= = 2
= a0 + a1 p + a2 p2 + a3 p3 + ...
b 17 2 + 2p + p
puis multiplier par 2 + 2p + p2 . Cela donne infiniment de nombreuses équations impliquant
les coefficients an , mais ils sont faciles à résoudre. Nous pouvons également faire une « longue
division » ou utiliser des divisions répétées par 3 comme auparavant. on obtient

24 2p + 2p2
=
17 2 + 2p + p2

= p + p3 + 2p5 + p7 + p8 + 2p9 + ...


= ...2110201010.
Vérifions que ceci est correct en le multipliant par (l’expansion de) 17, en se souvenant que
p=3:
(2 + 2p + p2 )(p + p3 + 2p5 + p7 + p8 + 2p9 + ...)

= 2p + 2p2 + p3 + 2p3 +p5 + 4p5 + 4p6 +


| {z }

2p7 + 2p7 + 2p8 + 2p8 + p9 + 2p9 + 4p9 ...


puisque p = 3, on a p3 + 2p3 = 3p3 = p4 , alors

= 2p + 2p2 + p4 + 2p4 +p5 + 4p5 + 4p6 + 2p7 + 2p7 +


| {z }

2p8 + 2p8 + p9 + 2p9 + 4p9 + ...


= 2p + 2p2 + p5 + p5 + 4p5 +4p6 + 2p7 + 2p7 +
| {z }

2p8 + 2p8 + p9 + 2p9 + 4p9 + ...


= 2p + 2p2 + 2p6 + 4p6 +2p7 + 2p7 + 2p8 + p9 + 2p8 + 2p9 + 4p9 ...
| {z }

= 2p + 2p2 + 2p7 + 2p7 + 2p7 +2p8 + 2p8 + p9 + 2p9 + 4p9 ...


| {z }

= 2p + 2p + 2p + 2p + 2p8 +p9 + 2p9 + 4p9 ...


2 8 8
| {z }
= ...
= 2p + 2p2 .

Page 7
CHAPITRE 1. APÉRITIF

de sorte que les puissances supérieures de p disparaissent « vers la droite », nous laissant avec
2p + 2p2 = 24 ! Nous aurions également pu le faire avec l’algorithme de multiplication habituel
comme ci-dessus, travaillant en base trois, tant que nous nous souviendrons que 3 = 10, 4 =
11, etc., et nous devons porter comme nécessaire (infiniment).
Dans notre exemple, le dénominateur n’était pas divisible par p. Si c’était le cas, nous calcu-
lerions une puissance négative de p pour obtenir une fraction sans p dans le dénominateur,
élargir, puis multiplier par la puissance de p que nous avons calculée.
L’effet est juste de déplacer le point. Par exemple, à partir du calcul ci-dessus nous obtenons
8
= 1 + p2 + 2p4 + p6 + p7 + 2p8 + ... = ...211020101
17
et
8
= p−1 + p + 2p3 + p5 + p6 + 2p7 + ... = ...211020101.1.
51
Notez que le développement est devenue plus courte puisque nous avons divisé par 3 ; pour
obtenir plus de chiffres ici, il faudrait commencer avec plus de numéros avant. Chaque fois que
nous divisons par p, nous perdons une certaine précision.
À condition que nous traitions l’ensemble du processus de manière formelle, il est facile de
vérifier que cela fonctionne toujours, et que la série résultante reflète les propriétés du nombre
rationnel x = a/b en ce qui concerne le nombre premier p (nous entrerons dans l’habitude de
dire « localement à p » ou même « près de p », pour souligner l’analogie).
Donc le résultat est que pour chaque p premier, nous pouvons écrire n’importe quel nombre
rationnel ( positif, pour l’instant ) a/b dans la forme
a
an p n ,
X
x= =
b n≥n0

et, par exemple, nous avons n0 ≥ 0 si et seulement si p ∤ b, et n0 > 0 s’il y a p ∤ b et p ∤ a ( en


supposant a/b est dans les termes les plus bas ).
En fait, le nombre n0 ( qui est quelque chose comme l’ordre d’un zéro ou un pôle ) reflète la
"multiplicité" de p dans a/b ; il est caractérisé par l’équation
a1
x = pn0 avec p ∤ a1 b1 .
b1
Il reste à voir comment obtenir les nombres rationnels négatifs, mais puisque notre série de
puissance en p peut être multipliée, il suffit d’obtenir un développement pour −1.
Sachant que nous travaillons de façon formelle, et avec un peu d’imagination, ce n’est pas trop
difficile à faire. Nous trouvons, pour n’importe quel p, que

−1 = (p − 1) + (p − 1)p + (p − 1)p2 + (p − 1)p3 + ...

Page 8
CHAPITRE 1. APÉRITIF

puisque, si nous ajoutons 1, nous obtenons

1 + (p − 1) +(p − 1)p + (p − 1)p2 + (p − 1)p3 + ...


| {z }

= p + (p − 1)p +(p − 1)p2 + (p − 1)p3 + ...


| {z }

= p + (p − 1)p2 +(p − 1)p3 + ...


2
| {z }
= ...
= 0.
Par exemple, si p = 7 et nous utilisons la notation « en base p » cela ressemble à

−1 = ...66666.

Maintenant, il suffit de multiplier l’expression d’un nombre positif par −1 pour obtenir l’ex-
pression de son négatif. Pour chaque nombre rationnel, nous terminerons par une série qui a
de nombreux puissances négatifs finis de p. Nous appelons cela une "série de Laurent à queue
finie en p." Le terme « queue finie » se réfère, au fait que le développement est finie à gauche,
c’est-à-dire qu’il y a finiment beaucoup de puissances négatifs finis de p. Il est généralement
infini à droite. (Alors, si nous choisissons d’écrire des chiffres en base p, alors cela s’inverse : fini
à droite, infini à gauche.) La conclusion est que, au moins dans un sens formel, chaque nombre
rationnel x peut être écrit comme une « série de laurent à queue finie en puissances de p »

x = an0 pn0 + an0 +1 pn0 +1 + ... .

Nous appellerons cela le développement p-adic de x ; n’oubliez pas que si x est un nombre entier
positif, c’est juste son expansion « en base p ».
Ne nous inquiétons pas de vérifier, à ce stade, que ce processus est injectif, c’est-à-dire que deux
nombres rationnels différents auront des développement p-adic différentes. Le résultat est que
nous avons maintenant une nouvelle façon de représenter les nombres rationnels.
Il s’avère que l’ensemble de toutes les séries de Laurent à queue finie en puissances de p (c’est-
à-dire, toutes les développement p-adic) est un corps, tout comme C((X − α)) est un corps.
Nous désignerons ce corps par Qp , et l’appellerons le corps des nombres p-adic. Comme avant,
nous pouvons décrire une grande partie de ce que nous avons fait en disant que la fonction
x 7→ p−adic x le développement de x donne une inclusion de corps

Q ,→ Qp .

(Nous n’avons pas encore montré que Qp est strictement plus grand que Q.)
La définition d’un nombre p-adic en tant qu’objet formel ( un développement de la queue de
Laurent finie en puissances de p) est bien sûr plutôt insatisfaisante selon les goûts d’aujourd’hui.
Nous allons remédier à cela dans le chapitre 3, où nous montrerons comment construire le corps
Qp comme un analogue du corps de nombres réels.
Pour l’instant, notez seulement que quelle que soit la définition « réelle », elle doit permettre à
notre série de converger, de sorte que les puissances pn doivent diminuer tant que n grandit.
Vous aurez à commencer par faire explicitement ce que les opérations sont, et ceci est un peu
compliqué en raison de « porter ».

Page 9
CHAPITRE 1. APÉRITIF

Par analogie avec les nombres réels, il est naturel de deviner que chaque nombre rationnel
aura un développement p-adic périodique , et que, inversement, toute telle développement re-
présente un nombre rationnel.

1.2 Résolution du Congruences module pn


Les «nombres p-adic» que nous venons de construire sont étroitement liés au problème de la
résolution des congruences modulo puissances de p. Nous en examinerons quelques exemples.
Commençons par le cas le plus simple possible, une équation qui a des solutions en Q, comme

X 2 = 25,

Nous voulons considérer le modulo pn pour chaque n, c’est-à-dire pour résoudre les congruences

X 2 = 25 ( mod pn ).
Maintenant, bien sûr, notre équation a des solutions déjà dans les entiers : X = ±5. Cela donne
automatiquement des solutions de la congruence pour chaque n ; il suffit de mettre X ≡ ±5
(mod pn ) pour tous les n.
Essayons de mieux comprendre ces solutions du point de vue p-adic. Pour faciliter notre vie,
nous prenons p = 3 une fois de plus. Nous commençons par réécrire nos solutions en utilisant
des représentants de la classe des résidus entre 0 et 3n − 1 pour les solutions modulo 3n . La
première solution, X = 5, donne :
X ≡ 2 (mod 3)
X ≡ 5 = 2 + 3 (mod 9)
X ≡ 5 = 2 + 3 (mod 27)
etc.
qui ne change plus, et donc donne juste l’expansion 3-adic de cette solution :

X = 5 = 2 + 1 × 3 = 12.

Pour X = −5, les résultats sont un peu plus intéressants ; donnons les représentants mod 3n
comme entiers et aussi en base 3 :
X ≡ −5 ≡ 1 = 1 (mod 3)
X ≡ −5 ≡ 4 = 1 + 3 = 11 (mod 9)
X ≡ −5 ≡ 22 = 1 + 3 + 2 × 32 = 211 (mod 27)
X ≡ −5 ≡ 76 = 1 + 3 + 2 × 32 + 2 × 33 = 2211 (mod 3)
etc.
Encore une fois, la poursuite de ceci donne le développement 3-adic de la solution, ce qui est
un peu plus intéressant parce qu’il est infini :

X = −5 = 1 + 1 × 3 + 2 × 32 + 2 × 33 + 2 × 34 + ... = ...22211 = 211.

Mais bien sûr, nous savions déjà que c’est le développement à 3-adic de −5.
Notez que les deux systèmes de solutions sont « cohérents », en ce sens que lorsque nous
regardons, disons, X = 76 ( qui est une solution modulo 34 ) et la réduire modulo 33 , nous

Page 10
CHAPITRE 1. APÉRITIF

obtenons X = 22 ( qui est la solution correspondante modulo 33 ).


Donnons-cette une définition formelle :

1.2.1 Définition :
Soit p un nombre premier. Nous disons que une suite de nombres entiers αn
tels que 0 ≤ αn ≤ pn − 1 est cohérent si, pour chaque n ≥ 1, on a

αn+1 ≡ αn (mod pn ).

Si nous devons mettre l’accent sur le choix du premier p, nous dirons que la
suite est p-adiquement cohérente.

Nous pouvons imaginer nos deux suites cohérentes de solutions comme des branches dans
un arbre ( Figure 1.1). Bien sûr, tout cela est assez douloureusement évident dans le cas que
nous examinons, puisque les suites de solutions sont cohérentes simplement parce qu’elles « sont
» des solutions en Z (76 est congruente à 22 seulement parce que les deux sont congruentes à
−5). La seule véritable information que nous avons obtenue est le lien entre l’expression des
racines comme une suite cohérente et l’obtention de leurs expansions p-adic.

Les choses deviennent beaucoup plus intéressantes si nous suivons le même processus avec une
équation qui n’a pas de racines rationnelles. Par exemple, prenons le système de congruences

X 2 ≡ 2 (mod 7n ), n = 1, 2, 3, ...

Pour n = 1, les solutions sont X ≡ 3 (mod 7) et X ≡ 4 ≡ −3 (mod 7).


Pour trouver les solutions de n = 2, notez que leurs réductions modulo 7 doivent être des
solutions pour n = 1.

Page 11
CHAPITRE 1. APÉRITIF

Par conséquent, nous définissons X = 3 + 7k ou X = 4 + 7k et résolvons pour k :

(3 + 7k)2 ≡ 2 (mod 49)

9 + 42k ≡ 2 (mod 49)

(Notez que le terme impliquant (7k)2 correspond à zéro )

7 + 42k ≡ 0 (mod 49)

1 + 6k ≡ 0 (mod 7)
k ≡ 1 (mod 7)
qui, puisque X = 3 + 7k, donne la solution X ≡ 10 (mod 49). Utiliser X = 4 + 7k, donne l’autre
solution X ≡ 39 ≡ −10 (mod 49).
Encore une fois, les solutions peuvent être représentées comme des branches dans un arbre
(Figure 1.2). Cette fois-ci, cependant, nous ne pouvons pas prédire à priori quels seront les
chiffres qui apparaîtront ; au lieu de cela, tout ce que nous pourrons faire est de nous convaincre
que le processus se poursuivra aussi longtemps que nous le voulons. Le fait que l’on puisse
continuer à trouver des racines indéfiniment montre qu’il existe deux suites cohérentes de solu-
tions :
x1 = (3, 10, 108, 2166, ...)
et
x2 = (4, 39, 235, ...) = (−3, −10, −108, −2166...) = −x1 .
Comme auparavant, nous pouvons agrandir chaque nombre dans chaque suite 7-adiquement. Le
fait que la suite soit cohérente signifie que le développement de chaque racine est la troncation
de développement de la racine suivante, de sorte que, par exemple,

3=3=3

10 = 3 + 1 × 7 = 13
108 = 3 + 1 × 7 + 2 × 72 = 213.

Page 12
CHAPITRE 1. APÉRITIF

Cela nous donne deux nombres 7-adic :

x1 = 3 + 1 × 7 + 2 × 72 + 6 × 73 + ... = ...6213

et
x2 = 4 + 5 × 7 + 4 × 72 + 0 × 73 + ... = ...0454 = −x1 .
Il convient probablement de répéter : nous ne prétendons pas que nous pouvons prédire le mo-
dèle ici ; en effet, nous savons déjà qu’il ne peut pas être périodique. Tout ce que nous savons,
c’est que nous pouvons continuer le modèle aussi longtemps que nécessaire, si nous avons suffi-
samment de temps et de patience. C’est comme trouver le développement décimale de la racine
carrée de deux : nous pouvons nous rapprocher autant que nous le voulons, et nous pourrons le
prouver, bien que nous ne puissions pas prédire ce que l’extension sera réellement comme. Dans
tous les cas, nous obtenons deux nombres 7-adic, et ils sont en effet les racines de l’équation
X 2 = 2 dans Q7 .
La liaison entre la résolution de suite de congruences modulo plus élevées et de puissances
supérieures de p et de résoudre l’équation correspondante en Qp est assez étroite, comme les
problèmes ci-dessous essayer de souligner. Nous y reviendrons lorsque nous étudierons le Lemme
de Hensel. C’est aussi l’une des raisons les plus importantes pour l’utilisation de méthodes p-
adic dans la théorie des nombres.

Page 13
Chapitre 2
Les fondations du theorie des nombres p-adic

Le but de ce chapitre est de commencer à poser une base solide pour la théorie que nous
avons décrite de manière informelle dans le Chapitre 1. L’idée principale sera d’introduire une
fonction de valeur absolue différente dans l’anneau intègre des nombres rationnels.
Cela nous donnera une autre façon de mesurer les distances, d’où un autre calcule, celui dans
lequel la série formelle du premier chapitre converge en fait. Une fois que nous aurons cela,
nous l’utiliserons (au Chapitre 3) pour construire les nombres p-adic.
Pour obtenir les nombres p-adic, nous devons commencer par le corps Q des nombres ration-
nels. Cependant, au lieu de traiter exclusivement de Q, nous consacrerons ce chapitre à l’étude
des valeurs absolues dans les anneaux intègre en général. Bien sûr, l’exemple principal que nous
aurons à l’esprit sera Q, mais la théorie générale est assez facile qu’il serait un gaspillage de
se spécialiser dans les nombres rationnels trop tôt.
Donc, pour ce chapitre, K sera un corps arbitraire, et nous serons intéressés à construire une
théorie abstraite des valeurs absolues sur K. Nous allons le faire en commençant par les pro-
priétés de base des valeurs absolues que nous connaissons déjà et que nous aimons, puis en
cherchant d’autres fonctions avec des caractéristiques similaires.
Une chose à noter dès le début est que nous voudrions penser à nos nouvelles valeurs absolues
comme offrant des moyens alternatifs de mesurer la « taille » des choses.

2.1 Les valeurs absolues sur un corps


Soit K un corps et que R+ = {x ∈ R : x ≥ 0}.
Soit l’ensemble de tous les nombres réels non négatifs. Nous commençons par définir une valeur
absolue sur K et d’explorer les possibilités implicites dans la définition. La définition essaie sim-
plement de capturer ce qui semble être les propriétés les plus importantes de la valeur absolue
quotidienne.

14
CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

2.1.1 Définition : Valeur absolue non-archimédienne


Une valeur absolue sur K est une fonction

| | : K −→ R+

qui satisfait les conditions suivantes :


i) | x |= 0 si et seulement si x = 0;
ii) | xy |=| x | | y | pour tout x, y ∈ K;
iii) | x + y |≤| x | + | y | pour tout x, y ∈ K;
Nous dirons qu’une valeur absolue sur K est non-archimédienne si elle satis-
fait la condition supplémentaire :
iv) | x + y |≤ max{| x |, | y |} pour tout x, y ∈ K;
sinon, nous dirons que la valeur absolue est archimédienne.

Notez que la condition (iv) implique la condition (iii), puisque max{| x |, | y |} n’est pas
supérieure à la somme | x |, | y |. Nous discuterons plus en détail plus tard pourquoi les
valeurs absolues non archimidénnes sont importantes, et d’où leur nom vient ; pour l’instant,
mentionnons simplement qu’elles sont assez courantes.
L’exemple le plus évident d’une valeur absolue est, bien sûr, notre modèle : prendre K = Q, et
prendre la valeur absolue habituelle | | définie par
(
x si x ≥ 0
| x |=
−x si x < 0

Une façon plus sophistiquée de décrire cette valeur absolue est de dire qu’il s’agit en fait de la
valeur absolue sur le corps R des nombres réels, appliquée à Q via l’injection Q ,→ R. Il est
facile de voir que cette valeur absolue est archimédienne.
(Prendre x = y = 1 pour voir que la condition (iv) ne tient pas.) Pour des raisons que nous
discuterons plus tard, cette valeur absolue est généralement appelée la valeur absolue infinie
sur Q, ou la valeur absolue à l’infini, et est écrite comme | |∞ .
À l’autre extrême est l’exemple le plus ennuyeux : celui que nous obtenons par la configuration
| x |= 1 si x ̸= 0 et | 0 |= 0. Cela fonctionne pour n’importe quel corps K, et définit une valeur
absolue non-archimédienne. Il est connu, pour des raisons évidentes, comme la valeur absolue
triviale. Il devra souvent être exclu dans les théorèmes à suivre.
Il y a beaucoup de propriétés simples que l’on peut déduire rapidement des conditions ci-dessus.
Nous allons essayer de les développer systématiquement dans la section suivante. Pour l’instant,
essayons d’être aussi concret que possible. Tout d’abord, il convient de souligner que pour le
cas particulier des corps finis, toute la théorie est triviale.
Nous allons maintenant introduire l’exemple sur lequel nous nous concentrerons pour la plupart
de ce memoire. Prenez K = Q, et choisissez n’importe quel premier p ∈ Z. Tout nombre entier
n ∈ Z peut être écrit comme n = pv n′ , avec p ∤ n′ , et cette représentation est unique.
Puisque v est déterminé par p et n, il est logique de définir une fonction vp en définissant
vp (n) = v, de sorte que vp (n) soit juste la multiplicité de p comme diviseur de n.

Page 15
CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

Formellement :

2.1.2 Définition : La valuation p-adic


On fixe un nombre premier p ∈ Z. La valuation p-adic sur Z est la fonction

vp : Z \ {0} −→ R

définie comme suit : pour chaque entier n ∈ Z, n ̸= 0, soit vp (n) l’entier positif
unique satisfaisant
n = pvp (n) n′ avec p ∤ n′ .
Nous étendons vp au corps des nombres rationnels comme suit : si x = a/b ∈ Q× ,
alors
vp (x) = vp (a) − vp (b).

Il est souvent pratique de définir vp (0) = +∞, avec les conventions habituelles sur la façon
de gérer ce symbole. Le raisonnement ici est que nous pouvons diviser 0 par p, et la réponse
est 0, que l’on peut diviser par p et la réponse est 0, qu’on....
Il est en fait facile de voir que la valuation p-adic de n’importe quel x ∈ Q× , est déterminée
par la formule
a
x = pvp (n) . p ∤ ab.
b
Les propriétés de base de la valuation p-adic vp sont les suivantes :

2.1.3 Lemme :
Pour tout x y ∈ Q, on a :
i) vp (xy) = vp (x) + vp (y) et
ii) vp (x + y) ≥ min{vp (x), vp (y)},
avec les conventions évidentes en ce qui concerne vp (0) = +∞.

Maintenant, voici la chose vraiment compliquée : si nous comparons les deux propriétés de
ce lemme avec les conditions (ii) et (iv) dans la définition des valeurs absolues, nous voyons
qu’elles sont très semblables, sauf que le produit dans le premier a été transformé en somme
(comme lors de la prise d’un logarithme) et que l’inégalité dans le second a été inversée.
Nous pouvons « désinverser » l’inégalité en changeant le signe, puis transformer la somme en
produit en la plaçant dans un exponent.
Cela suggère ce qui suit, qui est la définition cruciale :

2.1.4 Définition : La valeur absolue p-adic


Pour n’importe quel x ∈ Q, différent de zéro, nous définissons la valeur absolue
p-adic de x par
| x |p = p−vp (x) .
Nous étendons cela à tous les Q en définissant | 0 |p = 0.

Notez que la définition de | 0 |p correspond à notre convention selon laquelle vp (0) = +∞


si nous interprétons p−∞ de la seule façon raisonnable. Pour voir si notre définition donne
vraiment une valeur absolue, nous devons vérifier que nos exigences ont été satisfaites.

Page 16
CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

2.1.5 Proposition :
La fonction | |p est une valeur absolue non-archimédienne sur Q.

Pour avoir une impression générale de ce que fait la valeur absolue p-adic, notez que quand
un nombre n est très divisible par notre p premier la valeur vp (n) sera grande, et alors la valeur
absolu | n |p sera petite. (Regardez ce signe de moins dans l’exponent !) Ainsi la valeur absolue
p-adic donne, d’une manière étrange, une mesure de la divisibilité par p d’un nombre.
La connexion entre une valeur absolue non-archimédienne et une fonction telle que celle de
Lemme 2.1.3 (appelée une valuation, ou parfois une valuation additive) est assez générale. En
fait, on peut développer la théorie en prenant l’objet (valuation ou valeur absolue) comme pri-
mitif.
Dans ce memoire, nous nous attacherons aux valeurs absolues, parce qu’elles sont plus proches
de notre intuition, mais il est souvent pratique d’aller dans l’autre sens.
Bien que la valeur absolue p-adic soit peut-être la plus intéressante du point de vue de ce me-
moire, il convient de souligner qu’il existe d’autres valeurs absolues intéressantes dans d’autres
anneaux intègre.

Notre dernier exemple est destiné à montrer que la théorie que nous développons est en ef-
fet assez générale, et peut en fait être appliquée, presque sans changement, dans toutes sortes
de contextes. L’exemple que nous voulons considérer sert également à confirmer l’intuition de
Hensel sur la similitude entre Q et les corps des fonctions rationnelles. Alors que F soit n’im-
porte quel corps (par exemple, un corps fini, ou C), que F[t] soit l’anneau des polynômes avec
des coefficients dans F, et que F(t) soit le corps des fonctions rationnelles au-dessus de F, qui
est le corps de fractions de la forme f (t)/g(t) où f (t) et g(t) appartiennent à F[t] (et g(t) ̸= 0,
bien sûr.)
Nous définirons plusieurs valuations (et donc plusieurs valeurs absolues) sur F(t). Le premier
est très spécifique à cette situation, puisqu’il dépend de la notion de degré d’un polynomial ;
en revanche, les autres sont étroitement analogues à la valeur absolue p-adic.
Tout d’abord, pour tout polynomial f (t) ∈ F[t], nous définissons v∞ (f ) = −deg(f (t)), et
étendons cela aux fonctions rationnelles comme précédemment, en définissant v∞ (0) = +∞ et
!
f (t)
v∞ = v∞ (f (t)) − v∞ (g(t)) = deg(g(t)) − deg(f (t)).
g(t)

Il est facile de vérifier que ceci est une valuation.


On peut obtenir d’autres valuations sur F(t) en imitant la définition de la valuation p-adic,
puisque F[t] est un anneau intègre de factorisation unique. Il suffit de choisir un polynomial
irréductible p(t) et de procéder comme précédemment : définir une valuation en comptant la
multiplicité de p(t) comme facteur.
Il existe une théorie étendue de la façon dont les valuations s’étendent (ou non) des sous-anneaux
à des corps plus importants, et cette théorie s’avère étroitement liée à la théorie algébrique des
nombres.

2.2 Préliminaires et propriétés basiques


Dans cette section, K sera un corps arbitraire, et | | sera une valeur absolue (généralement
non triviale) sur K, qui peut ou non être archimédienne. Les premières choses à prouver sont

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

quelques faits « évidents », que nous aurions mieux fait pour s’assurer qu’ils fonctionnent dans
un cadre général.

2.2.1 Lemme :
Pour toute valeur absolue | | sur n’importe quel corps K, nous avons :
i) | 1 |= 1.
ii) Si x ∈ K et xn = 1, alors | x |= 1.
iii) | −1 |= 1.
iv) Pour tout x ∈ K, | −x |=| x | .
v) Si K est un corps finie, alors | | est trivial.

Démonstration. Le fait crucial à retenir est que | x | est un nombre réel positif.
Ensuite, pour prouver la première affirmation, tout ce qu’il faut noter est que

| 1 |=| 12 |=| 1 |2 ,

puisque le seul nombre réel non-zéro positif α pour lequel α2 = α est α = 1.

Les autres déclarations suivent de la même manière.

2.2.2 Lemme :
Soient K un corps et | | une valeur absolue sur K. Les deux assertions
suivants sont équivalents :
i) Pour tout x, y ∈ K, | x + y |≤ max{| x |, | y |}.
ii) Pour tout z ∈ K, | z + 1 |≤ max{| z |, 1}.

Démonstration. Si (i) est vrai, on obtient (ii) en mettant x = z, y = 1, donc il est clair que (i)
implique (ii).
Maintenant supposer (ii). Si y = 0 alors (i) tient automatiquement, de sorte que nous pouvons
supposer y ̸= 0. Laissez z = x/y. Ensuite, nous avons
x x
| + 1| ≤ max{| |, 1}.
y y

Multiplier les deux côtés par | y | donne maintenant (i).

2.2.3 Lemme :
Soit K un corps et soit | |: K −→ R+ satisfait :
i) | x |= 0 si et seulement si x = 0,
ii) | xy |=| x | | y | pour tout x, y ∈ K, et
iii) | x |≤ 1 ⇒| x − 1 |≤ 1.
Alors | | est une valeur absolue non-archimédienne sur K.

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

Démonstration. Compte tenu les deux premières conditions et de Lemme 2.2.2, ce que nous
devons montrer est que pour n’importe quel x ∈ K nous avons

| x + 1 |≤ max{| x |, 1}.

Notez d’abord que x + 1 = −(−x − 1), de sorte que nous avons aussi

| x |=| −x |≤ 1 ⇒| x + 1 |=| −x − 1 |≤ 1.

En d’autres termes, la condition (iii) implique que

| x |≤ 1 ⇒| x + 1 |≤ 1

De même. Considérons maintenant les cas suivants :


⋆ Si | x |≤ 1, alors max{| x |, 1} = 1 et on a | x + 1 |≤ 1 = max{| x |, 1}.
⋆ Si | x |> 1, alors | 1/x |< 1, et iii) implique | 1 + 1/x |≤ 1. Alors on a
x+1 1
| | = |1 + | ≤ 1,
x x
donc | x + 1 |≤| x |= max{| x |, 1}.
Pour un critère plus intéressant, commencez par remarquer que pour n’importe quel corps K
nous avons une application Z → K définie par




1| + 1 +
{z
... + 1} si n > 0


 n
0 si n = 0

n 7→

− (1 + 1 + ... + 1) si n < 0





 | {z }
−n

Si Q ⊂ K, c’est juste l’inclusion habituelle de Z dans Q ; si K est un corps fini, l’image est un
sous-corps (il est clairement un sous-anneau sans divisors zéro, mais les anneaux intègre finis
sont des corps) de K, qui aura un nombre premier d’éléments.

2.2.4 Théorème :
Soit A ⊂ K l’image de Z en K. Une valeur absolue | | sur K est non-
archimédienne si et seulement si | a |≤ 1 pour tous a ∈ A. En particulier, une
valeur absolue sur Q est non-archimédienne si et seulement si | n |≤ 1 pour
chaque n ∈ Z.

Démonstration. Une partie est facile : nous avons | ±1 |= 1 toujours ; par conséquent, si | | est
non archimidén, nous obtenons que

| a ± 1 |≤ max{| a |, 1}.

Il s’il suit que | a |≤ 1 pour chaque a ∈ A.

Pour l’inverse : supposons que | a |≤ 1 pour tout a ∈ A. Par la Lemme 2.2.2, nous devons
prouver que pour tout x ∈ K nous avons

| x + 1 |≤ max{| x |, 1}.

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

Soit m un nombre entier positif. Ensuite, nous avons


m m
! !
m m k m
| | xk | .
X X
|x+1| =| x |≤ |
k=0 k k=0 k
   
Maintenant, puisque m k
est un nombre entier, nous avons | m
k
|≤ 1, de sorte que nous
pouvons continuer avec
m m m
!
m m
| | xk |≤ | xk |= | x |k
X X X
|x+1| ≤ |
k=0 k k=0 k=0

Maintenant, notez que la plus grande valeur de | x |k pour k = 0, 1, 2...m est égale à | x |m si
| x |> 1 et est égal à 1 autrement, parce que x0 = 1. Alors

| x + 1 |m ≤ (m + 1) max{1, | x |m }.

Prendre la m-émé racine des deux côtés donne



| x + 1 |≤ m m + 1 max{1, | x |}.

Cette étrange inégalité est vrai pour chaque nombre entier positif m, peu importe à quel point
il est grand, et nous savons que √
m
lim
m→∞
m + 1 = 1.
Par conséquent, pour m → ∞ nous obtenons

| x + 1 |≤ max{1, | x |},

ce qui est ce que nous voulions prouver.

Cela permet d’expliquer la différence entre les valeurs absolues d’Archimède et non. Il nous
permet de répéter les choses de la manière suivante. Une valeur absolue est archimédienne si
l’image de Z en K est non-bornée. Il s’ensuit qu’une valeur absolue est archimédienne si elle a
la propriété suivante :

2.2.5 Propriété d’Archiméde :


Soient x, y ∈ K, x ̸= 0, il existe un nombre entier positif n tel que | nx |>| y | .

Il est facile de voir que la Propriété Archimédienne est équivalente à l’affirmation qu’il
y a des entiers « arbitrairement grands » (traduction : qu’il y a des nombres entiers dont les
valeurs absolues sont arbitrairement grandes ).
Cette propriété tient pour la valeur absolue habituelle sur Q et dans les nombres réels. (Dans
une forme légèrement différente, cette observation remonte à Archimède.)

2.3 La topologie des nombres p-adic


L’essentiel d’une valeur absolue est qu’elle nous donne une notion de « taille ». En d’autres
termes, une fois que nous avons une valeur absolue, nous pouvons l’utiliser pour mesurer les
distances entre les nombres, c’est-à-dire pour mettre une distance sur notre corps. Ayant la
distance, nous pouvons définir des ensembles ouverts et fermés, et en général d’enquêter sur ce

Page 20
CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

qu’on appelle la topologie de notre corps.

2.3.1 Définition :
Soit K soit un corps et | | une valeur absolue sur K. Nous définissons la
distance d(x, y) entre deux éléments x, y ∈ K par

d(x, y) =| x − y |

La fonction d(x, y) est appelée la distance induite par la valeur absolue.

La définition de d(x, y) parallèles, bien sûr, la façon habituelle que nous définissons la dis-
tance entre deux nombres réels. Le premier point que nous devons faire est qu’un grand nombre
des notions que nous pouvons définir en utilisant la distance habituelle sur R fonctionnent aussi
bien pour toute distance ancienne.

2.3.2 Propriété :
i) Pour tout x, y ∈ K, d(x, y) ≥ 0, et d(x, y) = 0 si et seulement si x = y.
ii) Pour tout x, y ∈ K, d(x, y) = d(y, x).
iii) Pour tout x, y ∈ K, d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z).

Cette dernière inégalité est appelée l’inégalité triangulaire, car elle exprime le fait habi-
tuel que la somme des longueurs de deux cotés d’un triangle est plus grande que la longueur
de l’autre côté. (“Une ligne est le chemin le plus court entre deux points.”)

Un ensemble sur lequel une distance est définie est appelé espace métrique, de sorte que nous
pouvons lire l’affirmation de ce dernier propriété comme disant que tout corps avec une valeur
absolue rendu en un espace métrique en définissant d(x, y) =| x − y |.

Si nous avons une distance, nous pouvons parler de continuité. Nous n’en aurons pas grand-
chose besoin en ce moment, mais enregistrons au moins la définition.

2.3.3 Définition : La continuité topologique


Soient K et F deux corps avec des valeurs absolues, et soit f : K −→ F une
fonction. Nous disons que f est continu en x0 ∈ K si pour n’importe quel ε > 0
nous pouvons trouver δ > 0 ( possible en fonction des deux x0 et ε ) de sorte
que
d(x, x0 ) < δ =⇒ d(f (x), f (x0 )) < ε.

Nous disons f est uniformément continu sur K si δ ne dépend pas de x0 , c’est-à-dire si


donné n’importe quel ε > 0 nous pouvons trouver δ > 0 de sorte que pour tout x, y ∈ K nous
avons
d(x, y) < δ =⇒ d(f (x), f (y)) < ε.
Remarque :
Si la fonction n’est définie que sur un sous-ensemble de K, les deux définitions ont encore du

Page 21
CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

sens lorsqu’elles sont limitées à celui-ci.

Le résultat est que les corps généraux avec des valeurs absolues se comportent beaucoup comme
les nombres réels. Pour nous, les différences importantes se produisent lorsque la valeur absolue
est non-archimédienne.
Le fait qu’une valeur absolue soit non-archimédienne peut également être exprimé en termes
de distance :

2.3.4 Lemme : Inégalité Ultramétrique


Soit | | une valeur absolue sur un corps K, et on définit une distance par
d(x, y) =| x − y | .
Ensuite | | est non-archimédien si et seulement si pour n’importe quel x, y, z ∈
K, nous avons
d(x, y) ≤ max{d(x, z), d(z, y)}.

Démonstration. Pour un coté, on appliquer la propriété non-archimédienne à l’équation

(x − y) = (x − z) + (z − y).

Pour le contraire, prenez y = −y1 et z = 0 dans l’inégalité satisfaite par d(., .).

Remarque :
Cette inégalité est connue sous le nom d’«inégalité ultramétrique», et une distance pour la-
quelle elle est vraie est parfois appelée une «ultramétrique». Un espace avec une ultramétrie
est appelé un « espace ultramétrique ». De tels espaces ont des propriétés plutôt curieuses,
et nous passerons le reste de cette section à les explorer. Le point principal dans ce qui suit
est que, une fois que nous avons un moyen de mesurer les distances, nous pouvons faire de
la géométrie. Puisque notre façon de mesurer les distances est assez étrange, la géométrie est
aussi plutôt étrange. Comme nous l’explorons, nous nous concentrerons sur des corps avec une
valuation non-archimédienne, mais presque tous nos résultats sont en fait vrais dans n’importe
quel espace ultramétrique.

2.3.5 Proposition :
Soient K un Corps et | | une valeur absolue non-archimédienne sur K.
Si x, y ∈ K et | x | =
̸ | y |, alors

| x + y |= max{| x |, | y |}.

Démonstration. En échangeant x et y si nécessaire, nous pouvons supposer que | x |>| y | ..


Ensuite, nous savons que
| x + y |≤| x |= max{| x |, | y |}.
D’autre part, x = (x + y) − y, de sorte que

| x |≤ max{| x + y |, | y |}.

Puisque nous savons que | x |>| y |, cette inégalité ne peut se maintenir que si

max{| x + y |, | y |} =| x + y | .

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

Cela donne l’inégalité inverse | x |≤| x + y |, et à partir de celle-ci (en utilisant notre première
inégalité) nous pouvons conclure que | x |=| x + y | .

2.3.6 Corollaire :
Dans un espace ultramétrique, tous les « triangles » sont isosceles.

Démonstration. Soient x, y et z trois éléments de notre espace ( les sommets de notre «


triangle » ). Les longueurs des côtés du « triangle » sont les trois distances d(x, y) =| x − y |,
d(y, z) =| y − z |, et d(x, z) =| x − z | .
Maintenant, bien sûr,
(x − y) + (y − z) = (x − z),
de sorte que nous pouvons invoquer la proposition pour montrer que si | x − y |̸=| y − z |, alors
| x − z | est égal au plus grand des deux. Dans les deux cas, deux des « côtés » sont égaux.

C’est un résultat plutôt peu intuitif (et il aura un impact énorme sur la topologie de notre
anneau intègre). Ainsi, au lieu de se contenter d’aller plus loin, il vaut peut-être la peine
d’examiner brièvement le cas de la valeur absolue p-adic pour essayer de comprendre ce qui
se cache derrière la vérité de la proposition. Comme avant, nous mettons | x |= p−vp (x) . Étant
donné que nous recherchons des connaissances, pas des preuves, nous ne regarderons que le cas
où x, y ∈ Z. Disons que vp (x) = n et vp (y) = m,

x = p n x′ y = pm y ′ p ∤ x′ y ′ .

En traduisant en valeurs absolues, on obtient

| x |= p−n et | y |= p−m

Nous aurons | x |>| y | quand n < m; dire m = n + ε, avec ε > 0. Alors

x + y = pn x′ + pn+ε y ′ = pn (x′ + pε y ′ ).

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

Maintenant, puisque p ∤ x′ , nous avons p ∤ (x′ + pε y ′ ), et donc vp (x + y) = n, ce qui signifie


| x + y |= p−n =| x |, comme le dit la proposition.
Dans cette situation | y | est plus petit et | x |=| x + y | .
D’autre part, supposons que | x |=| y |, c’est-à-dire n = m. Ensuite on obtient

x + y = pn (x′ + y ′ )

avec p ∤ x′ et p ∤ y ′ , et il est parfaitement possible que p/(x′ + y ′ ).


Si c’est le cas, le plus que nous pouvons dire est que vp (x + y) ≥ n = min{vp (x), vp (y)}, ce qui
se traduit par
| x + y |≤ max{| x |, | y |} =| x |=| y | .
Donc quand | x | et | y | sont égales il est possible que | x + y | . soit plus petit (ou non).
Ainsi, dans les deux cas, deux des trois valeurs absolues | x |, | y | et | x + y | sont égales.

Dans les espaces métriques, les « boules » ou « disques » sont plus importants que les tri-
angles.
Ceux-ci se révèlent également assez étranges dans le cas d’un ultramétrique.

2.3.7 Définition :
Soit K un corps avec une valeur absolue | | . Soit a ∈ K un élément et soit
r ∈ R+ un nombre réel.
La boule ouverte du rayon r et du centre a est l’ensemble

B(a, r) = {x ∈ K : d(x, a) < r} = {x ∈ K : | x − a |< r},

La boule fermée du rayon r et du centre a est l’ensemble

B(a, r) = {x ∈ K : d(x, a) ≤ r} = {x ∈ K : | x − a |≤ r}.

Ce sont des définitions standard dans n’importe quel espace métrique. Les boules ouvertes
sont les prototypes des ensembles ouverts, et les boules fermées des Ensembles fermés.
Pour les valeurs absolues non archimédéennes, nous obtenons quelques propriétés surpre-
nantes :

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

2.3.8 Propriétés :
Soit K un corps avec une valeur absolue non-archimédienne.
i) Si b ∈ B(a, r), alors B(a, r) = B(b, r); en d’autres termes, chaque point qui est
contenu dans une boule ouverte est un centre de cette boule.
ii) Si b ∈ B(a, r), alors B(a, r) = B(b, r); en d’autres termes, chaque point qui
est contenu dans une boule fermée est un centre de cette boule.
iii) L’ensemble B(a, r) est à la fois ouvert et fermé. B(a, r) a une frontiere
vide.

iv) Si r ̸= 0, l’ensemble B(a, r) est à la fois ouvert et fermé et a une


frontiere vide.

v) Si a, b ∈ K et r, s ∈ R× + , nous avons B(a, r) ∩ B(b, s) ̸= ∅ si et seule-


ment si B(a, r) ⊂ B(b, s) ou B(a, r) ⊃ B(b, s); en d’autres termes, les deux boules
ouvertes sont soit disjointes ou contenues l’une dans l’autre.
vi) Si a, b ∈ K et r, s ∈ R×
+ , nous avons B(a, r) ∩ B(b, s) ̸= ∅ si et seulement
si B(a, r) ⊂ B(b, s) ou B(a, r) ⊃ B(b, s); en d’autres termes, les deux boules
fermées sont soit disjointes ou contenues l’une dans l’autre.

Démonstration. La plupart sont faciles. Les parties bizarres dépendent tous du fait que « tous
les triangles sont isosceles ; » dessiner des images peut aider à comprendre ce qui se passe.
i) Par définition, b ∈ B(a, r) si et seulement si | b − a |< r. Maintenant, prenant n’importe quel
x pour lequel | x − a |< r, la propriété non-archimédienne nous dit que

| x − a |≤ max{| x − a |, | b − a |} < r,

de sorte que x ∈ B(b, r); cela montre que B(a, r) ⊂ B(b, r). En changeant a et b, nous obtenons
l’inclusion opposée, de sorte que les deux boules sont égales.
ii) Remplacer < par ≤ dans la preuve de (i).
iii) La boule ouverte B(a, r) est toujours un ensemble ouvert dans n’importe quel espace mé-
trique, comme nous l’avons montré ci-dessus. Mais dans un espace ultramétrique, il suit im-
médiatement de (i), puisque la boule ouverte de rayon r autour de n’importe quel point de la
boule ouverte est la même que B(a, r).
Ce que nous devons montrer, c’est que dans notre cas non-archimédien, il est également fermé.
Ceci est équivalent à dire son complément

C = {x ∈ K : d(x, a) ≥ r}

est ouvert. Choisissez n’importe quel y ∈ C, de sorte que | y − a |≥ r, et laissez s < r. Nous
affirmons que la boule ouverte B(y, s) est contenue dans C. Nous avons

| z − y |< s <| y − a |,

donc par « tous les triangles sont isosceles » nous obtenons

| z − a |= max{| z − y |, | y − a |} =| y − a |≥ r,

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

donc z ∈ C. Il y a donc une boule ouverte autour de chaque y ∈ C qui est entièrement contenue
dans C, ce qui dit que C est un ensemble ouvert. Par conséquent, son complément B(a, r) est
fermé.
la réclamation finale est un fait général : tout ensemble qui est à la fois fermé et ouvert a une
frontiere vide. Ceci est facile à voir : si un point est à la limite de B(a, r), alors toute boule
autour de lui contient des points dans les deux B(a, r) et C. Cela signifie qu’il est également
à la limite du complément C. Puisque les deux B(a, r) et C sont fermés, nous concluons que
tout point limite doit appartenir à B(a, r) ∩ C = ∅.
iv) C’est beaucoup comme (iii).
v) Nous pouvons supposer que r ≤ s ( sinon les intervertir). Si l’intersection n’est pas vide, il
existe un c ∈ B(a, r) ∩ B(b, s). Ensuite, nous savons, à partir de (i), que B(a, r) = B(c, r) et
B(b, s) = B(c, s). Par conséquent

B(a, r) = B(c, r) ⊂ B(c, s) = B(b, s),

Comme on l’a affirmé.


vi) Identique à la précédente, en utilisant (ii).
Remarque :
Dans un espace ultramétrique, les boules ouvertes sont des ensembles fermés et nos boules
fermées sont des Ensembles ouverts ! Cela suggère que les noms « boule ouverte » et « boule
fermé » ne sont pas tout à fait appropriés, mais il est difficile de penser à des alternatives
( mais voir [1], qui va pour les boules « dépouillé » et « habillées » ). Toute alternative serait en
conflit avec la langue standard de toute façon, il est donc préférable de laisser les termes seuls.
Néanmoins, le lecteur doit garder à l’esprit que la barre dans la notation B(a, r) ne signifie pas
fermeture.
La géométrie des boules dans un espace ultramétrique semble très étrange à première vue ;
obtenir un bon sentiment pour cela peut être la première étape la plus importante vers la com-
préhension de la valeur absolue p-adic.

Les ensembles qui sont à la fois ouverts et fermés sont assez rares dans l’analyse habituel,
mais sont très courants lorsque nous traitons de valeurs absolues non-archimédiennes. (Comme
nous venons de le voir!) Alors nous leur donnons un nom.

2.3.9 Définition :
Soit K un corps avec une valeur absolue | | (ou, plus généralement, tout
espace métrique). Nous disons qu’un ensemble S ⊂ K est ouvert-fermé si c’est
à la fois un ensemble ouvert et un ensemble fermé.

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CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

Le fait qu’il y ait tellement de groupes ouvert-fermé autour rend la topologie des corps
avec des valuations non archimidénnes plutôt étrange. Par exemple, rappelez-vous qu’un en-
semble S est appelé non-connexe si l’on peut trouver deux ensembles ouverts U1 et U2 tels que

⋆ S = (S ∩ U1 ) ∪ (S ∩ U2 ),
⋆ (S ∩ U1 ) ∩ (S ∩ U2 ) = ∅, et
⋆ Ni (S ∩ U1 ) ou (S ∩ U2 ) sont vides.

L’idée, bien sûr, est qu’un tel S est composé de deux « pièces » (c’est-à-dire, les intersec-
tions avec chacun des ensembles ouverts). Les ensembles qui ne peuvent pas être divisés de
cette façon sont appelés connexes.

Si nous prenons un point x ∈ K, nous définissons la composant connexe de x comme étant


l’union de tous les ensembles connexes qui contiennent x. Puisque l’union de deux ensembles
connexes non disjoints est connexe, il s’agit d’un ensemble connexe, de sorte que nous pouvons
le décrire comme le plus grand ensemble connexe contenant x. Par exemple, si K = R, alors
la composante connexe de n’importe quel point x ∈ R est tout de R ( simplement car R est
connexe ). Les choses sont tout à fait différentes dans le cas non-archimédien :

2.3.10 Proposition :
Dans un corps K avec une valeur absolue non-archimédienne, le composant
connexe de n’importe quel point x ∈ K est l’ensemble {x} composé seulement
de ce point.

Ce que cela dit, c’est qu’il n’y a pas vraiment des ensembles connexes intéressantes dans K :
seuls les ensembles avec un seul élément sont connexes. D’autre part, à condition que la valeur
absolue sur K soit non-triviale, l’ensemble {x} n’est pas ouvert (si chaque ensemble {x} était
ouvert, la topologie sur K serait discrète, c’est-à-dire que chaque ensemble serait ouvert ).
Une conséquence vaut la peine d’être notée :

2.3.11 Corollaire :
Si K est un corps avec une valeur absolue non-archimédienne et que R est
donnée sa valeur absolue habituelle, alors il n’y a pas de fonction continue
non-constante R −→ K.

Démonstration. Nous savons que R est connexe et que l’image d’un ensemble connexe sous une
fonction continue est un groupe connexe. Puisque K est totalement non-connexe, l’image ne
peut être qu’un seul point, ce qui signifie que f est constante.

Si nous autorisons des fonctions définies sur des sous-ensembles de R, la conclusion est que
f est localement constante, c’est-à-dire constante à chaque intervalle.

Page 27
CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

2.4 L’algèbre de nombres p-adic


Jusqu’à présent, nous nous sommes principalement concentrés sur la géométrie obtenue à
partir d’une valeur absolue sur un corps K. Dans cette section, nous prenons un point de vue
plus algébrique, et cherchons des connexions entre les valeurs absolues (non-archimédiennes) et
la structure algébrique du corps sous-jacent. Ces connexions se révèlent assez fortes. En fait,
ils indiquent une relation étroite entre les propriétés géométriques et algébriques de ces corps.
(Cette section nécessite nécessairement un peu plus de connaissance de bases en algèbre abs-
traite que les précédentes, mais ne devrait pas être très difficile à gérer.) Le message principal
est que la relation étroite entre la valeur absolue p-adic et le nombre premier p est en fait
typique des corps evalue non archimidéns.
Pour commencer, chaque valeur absolue non-archimédienne est attachée à un sous-anneau du
corps K, et ce sous- anneau a quelques propriétés plutôt agréables :

2.4.1 Proposition :
Soit K un corps, et soit | | une valuation non-archimédienne sur K. L’ensemble

O = B(0, 1) = {x ∈ K : | x |≤ 1}

est un sous-anneau de K. Son sous-ensemble

B = B(0, 1) = {x ∈ K : | x |< 1}

est un idéal de O. En outre, B est un idéal maximal en O, et chaque élément


du complément O − B est inversible en O.

Les anneaux qui contiennent un idéal maximal unique dont le complément est constitué
d’éléments inversibles sont appelés anneaux locaux. La proposition, alors, nous montre com-
ment attacher à toute valeur absolue non-archimédienne sur K un sous-corps de K qui est un
anneau local. Donnons-lui un nom :

2.4.2 Définition :
Soit K un corps et | | soit une valeur absolue non-archimédienne sur K. Le
sous-anneau
O = B(0, 1) = {x ∈ K : | x |≤ 1} ⊂ K
est appelé l’anneau de valuation de | |. L’idéal

B = B(0, 1) = {x ∈ K : | x |< 1} ⊂ O

est appelé l’idéal de valuation de | |. Le quotient

K = O/B

est appelé le corps résiduel de | |.

(Pour le corps résiduel, rappelez-vous que le quotient d’un anneau commutatif par un idéal

Page 28
CHAPITRE 2. LES FONDATIONS DU THEORIE DES NOMBRES p-ADIC

maximal est toujours un corps.) Il est naturel de s’attendre à ce que de nombreuses propriétés
de la valeur absolue soient liées aux propriétées algébriques de son anneau de valuation associé.
En fait, on peut développer la théorie en se concentrant sur ce côté des choses (de sorte que
trouver une valeur absolue sur un corps se traduit par trouver un sous-anneau avec certaines
propriétés).
Exactement quelles propriétés caractérisent les anneaux qui surgissent de cette façon est une
question qui sera abordée dans l’un des problèmes de cette section.
Puisque nous serons principalement intéressés par les valeurs absolues p-adic, enregistrons ce
que nous obtenons dans ce cas :

2.4.3 Propositions :
Soient K = Q et || = ||p la valeur absolue p-adic. Ensuite :
i) L’anneau de valuation associé est O = Z(p) = {a/b ∈ Q : p ∤ b};
ii) L’idéal de valuation est B = pZ(p) = {a/b ∈ Q : p ∤ b et p/a};
iii) Le corps résiduel est K = Fp (le corps avec p éléments ).

Démonstration. Tout ce qu’il nous faut, c’est se rappeler les définitions. Nous avons
a a a1
| |= p−v quand = pv avec p ∤ a1 b1
b b b1
On obtient donc que a/b ∈ O si et seulement si v ≥ 0. Si a/b est dans les termes les plus bas,
cela signifie simplement p ∤ b, comme affirmé. De même, a/b ∈ B se produit lorsque v > 0, d’où
lorsque p ∤ b et p/a. La dernière phrase est un exercice facile dans les anneaux de quotients.

La notation Z(p) provient de l’algèbre commutative : c’est la notation standard pour la


localisation de l’anneau commutatif Z à l’idéal principal (p).

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Chapitre 3
Les nombres p-adic

Ayant construit notre fondation, nous pouvons maintenant appliquer la théorie générale au
cas spécifique du corps Q des nombres rationnels. Élargir notre corps d’application pour inclure
tous les corps de nombres algébriques (c’est-à-dire, les extensions finies de Q ), ou même inclure
ce que les experts appellent les « corps global » en général, ne serait pas très difficile. Néan-
moins, nous avons préféré nous tenir, au début, à l’exemple le plus concret disponible. Plus de
détails sur la théorie des valuations sur les corps global peuvent être trouvés dans plusieurs des
références.

3.1 La valeur absolue dans Q


Nous avons déjà trouvé quelques exemples de valeurs absolues dans le corps Q des nombres
rationnels. La prochaine étape sera de montrer que ce sont essentiellement toutes les valeurs ab-
solues possibles ; pour cela, nous aurons besoin d’introduire une notion raffinée de ce que signifie
que deux valeurs absolues sont « les mêmes ». Jusqu’à cette notion d’équivalence, nous serons
en mesure de montrer que les valeurs absolues que nous avons sont la liste complète des valeurs
absolues possibles sur Q. Enfin, nous allons prouver la formule du produit comme un exemple
initial de la façon dont toutes les valeurs absolues travaillent ensemble dans l’arithmétique de Q.

Nous commençons par enregistrer ce qui a été réalisé jusqu’à présent, à savoir que nous avons
construit les valeurs absolues suivantes sur le corps Q :
⋆ la valeur absolue triviale ;
⋆ la « valeur » absolue « ordinaire » | |∞ , que nous avons appelée la valeur « absolue à
l’infini », et qui est associée aux nombres réels ;
⋆ pour chaque p premier, la valeur p-adic absolue | |p .

Notez que, à l’exception de la valeur absolue triviale (que nous aurons tendance à ignorer),
nous avons écrit tout cela sous la forme | |p , où p est soit un premier ou ∞. Il s’avère pratique
de penser au symbole ∞ comme à une sorte de nombre premier dans Z, et de se référer à lui
comme « le premier infini », et à la valeur absolue correspondante comme la valeur absolue
«∞-adic ».
Cela nous permettra de dire des choses comme « | |p pour tous les premiers p ≤ ∞ ». Bien
qu’il y ait certaines raisons de le faire, à ce stade, nous ne l’utiliserons qu’à titre de commodité
notationnelle.

30
CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

Pour pouvoir affirmer notre théorème principal dans cette section, nous devons d’abord
faire une bonne définition de quand deux valeurs absolues sont « identiques ». L’idée principale
ici est que nous utilisons des valeurs absolues sur un corps K pour introduire une topologie
(ensembles ouverts et fermés, connectivité, etc.) sur K. Il est donc raisonnable de définir :

3.1.1 Propositions :
Deux valeurs absolues | |1 et | |2 sur un corps K sont appelées équivalentes
si elles définissent la même topologie sur K, c’est-à-dire si chaque ensemble
qui est ouvert par rapport à l’un est également ouvert en relation avec l’autre.

C’est plus facile à dire qu’à vérifier, donc il vaut mieux trouver un critère plus accessible.
Notez d’abord que le fait qu’une suite converge peut être exprimé en termes de ensembles ou-
verts, et donc des valeurs absolues équivalentes auront les mêmes suites convergentes.

3.1.2 Lemme :
Soit K un corps avec une valeur absolue | |. Les éléments suivants sont
équivalents :
i) lim xn = a.
n−→∞
ii) Tout ensemble ouvert contenant a contient également tous, mais sauf un
nombre fini des xn .

Démonstration. Supposer (ii). Puisqu’une boule ouverte B(a, ε) centrée à a est un ensemble
ouvert, tous les xn seront dans la boule, et donc il y a un N tel que n ≥ N implique un
a ∈ B(a, ε).
Par conséquent, pour n’importe quel ε un N tel que n ≥ N implique | x − a |< ε, c’est-à-dire
xn −→ a.

Inversement, supposons xn −→ a et soit U un ensemble ouvert contenant a. Puisque U est


ouvert il existe un r tel que B(a, r) ⊂ U . Par conséquent, il y a un N tel que | x − a |< r pour
tous n ≥ N .
Par conséquent, pour tous mais un nombre fini de n, nous avons xn ∈ B(a, r) ⊂ U.

Cela donne une définition de la suite convergente (dans un corps value) en termes de en-
sembles ouverts. Par conséquent, si deux valeurs absolues définissent les mêmes ensembles
ouverts, elles définiront également les même suites convergentes. C’est la première de plusieurs
façons équivalentes de caractériser l’équivalent des valeurs absolues.

Page 31
CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

3.1.3 Proposition :
Soient | |1 et | |2 des valeurs absolues sur un corps K. Les assertions suivantes
sont équivalentes :
i) | |1 et | |2 sont des valeurs absolues équivalentes.
ii) Pour toute suite (xn ) en K, nous avons xn −→ a par rapport à | |1 si et
seulement si xn −→ a en relation avec | |2 .
iii) Pour n’importe quel x ∈ K nous avons | x |1 < 1 si et seulement si | x |2 < 1.
iv) Il existe un nombre réel positif α tel que pour chaque x ∈ K nous avons

| x |1 =| x |α2 .

Démonstration. Nous suivons la méthode habituelle de la preuve d’un cercle d’implications.


⋆ Premièrement, supposons (i), c’est-à-dire que | |1 et | |2 sont équivalents. Par le lemme, toute
suite qui converge par rapport à une valeur absolue doit également converger dans l’autre, qui
est (ii).
⋆ Supposons (ii). Compte tenu de n’importe quel x ∈ K, il est facile de voir que lim xn = 0
n−→∞
par rapport à la topologie induite par une valeur absolue | | si et seulement si | x |< 1. Cela
donne (iii).
⋆ (iii) implique (iv) à faire.
⋆ Enfin, si l’on suppose (iv), on obtient que
1
| x − a |1 < r ⇐⇒| x − a |α2 < r ⇐⇒| x − a |2 < r α ,

de sorte que toute boule ouverte par rapport à | |1 est également une boule ouverte ( bien que
d’un rayon différent ) par rapport a | |2 . Cela suffit pour montrer que les topologies définies
par les deux valeurs absolues sont identiques.

Par exemple, rappelez-vous la valeur absolue définie par

| x |= c−vp (x) ,

où c > 1 était un nombre réel.


Maintenant, nous pouvons vérifier que ceci est équivalent à la valeur absolue p-adic - il suffit
de choisir α de sorte que cα = p. Nous verrons plus tard que le choix c = p est dicté par des
considérations « global » ( c’est-à-dire la formule du produit ).
Le théorème principal de cette section dit que nous avons déjà trouvé toutes les valeurs absolues
sur Q.

3.1.4 Théorème : (Ostrowski)

Chaque valeur absolue non triviale sur Q est équivalente à l’une des valeurs
absolues | |p , où soit p est un nombre premier, soit p = ∞.

Démonstration. Soit | | une valeur absolue non triviale sur Q. Nous examinerons les cas pos-
sibles.

Page 32
CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

a) Supposons, tout d’abord, que | | est archimédien. Nous voulons montrer qu’il est équi-
valent à la valeur absolue « habituelle » (∞-adic).
Soit n0 l’entier le moins positif pour lequel | n0 |> 1 ( il doit y en avoir un, car sinon | | serait
non-archimédien ). Maintenant bien sûr nous pouvons trouver un nombre réel positif α de sorte
que
| n0 |= nα0 .
(Trouver une formule pour α est un exercice facile sur les logarithmes.) Nous affirmons que ce
α le fera, c’est-à-dire qu’il réalisera l’équivalence entre | | et | |∞ .
Cela signifie que nous voulons prouver que pour chaque x ∈ Q nous avons | x |=| x |α∞ .
Compte tenu des propriétés connues des valeurs absolues, cela suivra si nous le savons pour les
entiers positifs, c’est-à-dire si nous montrons que | n |= nα pour n’importe quel entier positif
n.
Nous savons que l’égalité tient pour n = n0 . Pour le prouver en général, nous utilisons un petit
truc. Prenez un nombre entier arbitraire n, et écrivez « en base n0 », c’est-à-dire sous la forme

n = a0 + a1 n0 + a2 n20 + .... + ak nk0 ,

avec 0 ≤ ai ≤ n0 − 1 et ak ̸= 0. Notez que k est déterminé par l’inégalité nk0 ≤ n < nk+1
0 , qui
dit que
log n
k = E( )
log n0
où E(x) désigne le « la partie entiere » de x, c’est-à-dire, le plus grand nombre entier qui est
inférieur ou égal à x. Maintenant, prenez des valeurs absolues. On obtient

| n |=| a0 + a1 n0 + a2 n20 + .... + ak nk0 |

≤| a0 | + | a1 | nα0 + | a2 | n2α kα
0 + ....+ | ak | n0 ,

Puisque nous avons choisi n0 pour être le plus petit nombre entier dont la valeur absolue était
supérieure à 1, nous savons que | ai |≤ 1, donc nous obtenons

| n |≤ 1 + nα0 + n2α kα
0 + .... + n0
 
= nkα
o 1 + n−α −2α
0 + n0 + .... + n−kα
0

k
= nkα n−iα
X
o 0
i=0

≤ nkα n−iα
X
o 0
i=0

nα0
= nkα
o
nα0 − 1

Si nous notons C = nα
0
(c’est-à-dire, un nombre positif), nous pouvons lire cela comme disant
0 −1
que
| n |≤ Cnkα α
0 ≤ Cn .

Maintenant, nous utilisons un truc sale. Cette formule s’applique à chaque n ( comme celui
que nous avons choisi était arbitraire); en l’apliquant à un nombre entier de la forme nN , nous
obtenons
| nN |≤ CnN α

Page 33
CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

(le point crucial est que le nombre C ne dépend pas de n- vérification de définition ci-dessus !).
En prenant N -émé racines, nous obtenons

N
| n |≤ Cnα .

Puisque n’importe quel N le fera, nous pouvons laisser N −→ ∞, ce qui fait N C −→ 1, et
donc donne une inégalité : | n |≤ nα . C’est la moitié de ce que nous voulons.
Nous devons maintenant montrer l’inégalité dans la direction opposée. Pour cela, nous retour-
nons à l’expression de base n0

n = a0 + a1 n0 + a2 n20 + .... + ak nk0

Puisque nk+1
0 > n ≥ nk0 , nous obtenons
(k+1)α
n0 = | nk+1
0 | = | n + nk+1
0 − n | ≤ | n | + | nk+1
0 − n |,

alors que
(k+1)α (k+1)α
| n | ≥ n0 − | nk+1
0 − n | ≥ n0 − (nk+1
0 − n)α ,
où nous avons fait usage de l’inégalité prouvée dans le paragraphe précédent.
Maintenant que n ≥ nk0 , il s’ensuit que
(k+1)α
| n | ≥ n0 − (nk+1
0 − n)α ,
1
 
(k+1)α
= n0 1 − (1 − )α
n0
(k+1)α
= C ′ n0
> C ′ nα ,
et une fois de plus C ′ = 1 − (1 − n10 )α ne dépend pas de n et est positif. En utilisant exactement
le même truc qu’avant, nous obtenons l’inégalité inverse | n |≥ nα , et donc | n |= nα . Cela
prouve que | | est équivalent à la valeur absolue "usuel" | |∞ , comme on l’a affirmé.

Supposons maintenant | | est non archimidén. Ensuite, comme nous l’avons montré, nous
avons | n |≤ 1 pour chaque nombre entier n. Comme | | est non-trivial, il doit exister un plus
petit nombre entier n0 tel que | n0 |< 1.
La première chose à voir est que n0 doit être un nombre premier. Pour voir pourquoi, supposons
que n0 = a · b avec a et b tous deux plus petits que n0 . Ensuite, par notre choix pour n0 , nous
aurions | a |=| b |= 1 et | ab |=| n0 |< 1, ce qui ne peut pas être. Ainsi, n0 est premier, alors
appelez-le par un nom premier ; définissez p = n0 .
Maintenant, bien sûr, nous voulons montrer que | | est équivalent à la valeur absolue p-adic,
où p est ce premier particulier.
La prochaine étape consiste à montrer que si n ∈ Z n’est pas divisible par p, alors | n |= 1.
Ce n’est pas trop difficile. Si nous divisons n par p nous aurons un reste, de sorte que nous
pouvons écrire
n = rp + s
avec 0 < s < p. Par la minimalité de p (voir le paragraphe précédent), nous avons | s |= 1.
Nous avons aussi | rp |< 1, parce que | r |≤ 1 (parce que | | est non archimidén) et | p |< 1
(par construction).

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

Comme | | est non archimidén (et donc « tous les triangles sont isosceles »), il s’ensuit que
| n |= 1.
Enfin, étant donné n ∈ Z, écrivez-le comme n = pv n′ avec p ∤ n. Ensuite

| n |=| p |v | n′ |=| p |v = c−v ,

où c =| p |−1 > 1, de sorte que | | est équivalent à la valeur absolue p-adic, comme affirmé.

Ce théorème est la raison principale de penser que la valeur absolue « ordinaire » | |∞ ( ou


de l’injection Q ,→ R d’où elle provient ) est une sorte de « premier » de Q. Le point est qu’il
est alors vrai que chaque valeur absolue de Q « vient de » un premier (finie ou infinie).
Il y a beaucoup de contextes en arithmétique où il est utile de travailler avec « toutes les pre-
miers », c’est-à-dire d’utiliser des informations obtenues à partir de toutes les valeurs absolues
de Q. En termes de « sensation » générale, la valeur absolue réelle enregistre des informations
liées au signe, tandis que les autres valeurs absolues enregistrent des informations relatives aux
différentes premiers. Voici l’exemple le plus fondamental :

3.1.5 Proposition : (Formule du produit)

Pour n’importe quel x ∈ Q× , nous avons,


Y
| x |p = 1,
p≤∞

où p ≤ ∞ signifie que nous prenons le produit sur tous les nombres premiers
de Q.

Démonstration. Il est facile de voir que nous n’avons besoin de prouver la formule que lorsque
x est un nombre entier positif, et que le cas général suivra. Donc laissez x être un nombre entier
positif, que nous pouvons considérer comme x = pa11 pa22 ...pakk . Ensuite, nous avons


 | x |q = 1 Si q ̸= pi
| x |pi = pi−ai

pour i = 0, 1, 2..., k

| x |∞ = pa11 pa22 ...pakk





Le résultat est alors le suivant.

Cette formule établit une relation étroite entre les valeurs absolues de Q ; par exemple, il
dit que si nous connaissons toutes sauf une des valeurs absolues d’un nombre x ∈ Q, alors
nous pouvons déterminer celle qui manque. Cela s’avère étonnamment important dans de nom-
breuses applications (par exemple, la théorie des hauteurs sur les variétés algébriques).
Un résultat similaire est vrai pour les extensions finies de Q, sauf que dans ce cas, nous devons
utiliser plusieurs «nombres premiers infinies» (un pour chaque inclusion différente dans R ou
C ). Bien sûr, nous avons aussi besoin d’une extension du théorème d’Ostrowski pour que cela
soit logique, et d’un concept correct d’« premier » dans un tel anneau intègre. C’est à cause de
ces techniques que nous avons choisi de ne traiter que de la théorie sur Q.

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

3.2 Le corps Qp
Nous sommes maintenant prêts à construire, pour chaque nombre premier p, le corps p-adic
Qp .
Le principal point sera de poursuivre l’idée que toutes les valeurs absolues sur Q sont «également
importantes», et doivent donc être traitées de la même manière. Nous devons d’abord rappeler
trois concepts importants de la topologie de base (nous ne les déclarons que dans le contexte des
corps avec des valeurs absolues, mais ils sont vraiment des concepts généraux pour les espaces
métriques).

3.2.1 Définition :
Soient K un corps et | | une valeur absolue sur K.
i) Une suites d’éléments xn ∈ K est appelée une suite de Cauchy si pour
chaque ε > 0 on peut trouver un borne M tel que nous avons | xn − xm |< ε
quand m, n ≥ M .
ii) Le corps K est appelé complet par rapport à | | si chaque suite de Cauchy
d’éléments de K a une limite dans K.
iii) Un sous-ensemble S ⊂ K est appelé dense en K si chaque boule ouverte
autour de chaque élément de K contient un élément S ; en symboles, si pour
chaque x ∈ K et chaque ε > 0 nous avons

B(x, ε) ∩ S = ∅.

Le lecteur a probablement rencontré ces concepts dans un cours sur l’analyse réelle, puisque
l’une des grandes choses au sujet du corps R des nombres réels est qu’il est un corps complet,
c’est-à-dire que chaque suite de Cauchy converge. En termes intuitifs, une suite de Cauchy est
une série qui « devait » avoir une limite, parce que ses termes se plongent dans des boules de
plus en plus petites (pensez à choisir une série de valeurs plus petites et plus petites pour ε ).
En d’autres termes, un corps est complet si des suites qui devraient converger convergent.
La plupart des corps évalués ne sont pas complets, mais il s’avère que l’on peut toujours
construire un complément, c’est-à-dire un corps évalué plus grand qui est complet et qui contient
le corps original en tant que sous-ensemble dense.

Notre raison de rappeler ces notions est que, comme notre théorie est maintenant, la valeur
absolue d’Archimède | |∞ est différente de tout le reste, parce qu’il existe une inclusion Q ,→ R
de Q dans un corps R (oui, nous voulons dire les nombres réels) qui est un complément :
⋆ la valeur absolue | |∞ s’étend à R,
⋆ R est complète par rapport à la distance donnée par cette valeur absolue, et
⋆ Q est dense en R (par rapport à la distance donée par | |∞ ).

Tout cela est probablement bien connu du lecteur. Nous résumons cette liste de propriétés
en disant que R est le completion de Q par rapport à la valeur absolue | |∞ . Le point est que
R est le plus petit corps contenant Q qui est complet par rapport à cette valeur absolue. Nous
pouvons voir cela parce que tout tel corps aurait à inclure la limite de toute suite de Cauchy
d’éléments de Q, et, puisque Q est dense en R, tout élément de R est une limite de cette suite.

Notre objectif principal dans cette section est de rétablir la parité entre les valeurs absolues
sur Q, en construisant, pour chacune des autres valeurs absolues, une complétude analogue à
R. C’est-à-dire, nous voulons montrer que pour chaque nombre premier p il existe un corps

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

auquel nous pouvons étendre la valeur absoluep-adic, qui est alors complète par rapport à la
valeur absolue étendue, et dans laquelle Q est dense. L’existence d’un tel corps est un théorème
général sur les espaces métriques.
Une remarque est importante : comme dans le cas de la construction des nombres réels, la
méthode de construction de notre completude est moins importante que les propriétés du corps
résultant. En d’autres termes, la construction elle-même n’est importante que parce qu’elle
établit l’existence d’un completude.
Bien que notre processus de construction d’une finition soit généralement valable, nous nous
concentrerons uniquement sur construction d’une completion de Q. Pour le reste de cette sec-
tion, nous laissons | |=| |p être la valeur absolue p-adic sur Q, pour quelques nombre premier
p . La première chose utile à noter est que les suites de Cauchy peuvent être caractérisées
beaucoup plus simplement lorsque la valeur absolue est non-archimédienne.

3.2.2 Lemme :
Une suite (xn ) dans un corps K avec une valeur absolue non-archimédienne
| | est une suite Cauchy si et seulement si nous avons

lim | xn+1 − xn |= 0.
n−→∞

Démonstration. Si m = n + r > n, nous obtenons

| xm − xn |=| xn+r − xn+r1 + xn+r1 − xn+r2 + ... + xn+1 − xn |

≤ max{| xn+r − xn+r1 |, | xn+r1 − xn+r2 |, ..., | xn+1 − xn |}


parce que la valeur absolue est non-archimédienne. Le résultat suit alors immédiatement.

Cela rend l’analyse beaucoup plus simple lorsque le corps est non-archimédien, comme nous
le verrons plus tard. Nous devrions insister, une fois de plus, que ce lemme est faux pour les
valeurs absolues d’Archimède.
La prochaine étape consiste à montrer que Q n’est pas complet par rapport aux valeurs absolues
p-adic, de sorte que le processus de completion va vraiment accomplir quelque chose.

3.2.3 Lemme :
Le Corps Q des nombres rationnels n’est pas complet par rapport à tous les
valeurs absolues non triviales.

Démonstration. Compte tenu du théorème d’Ostrowski (3.1.4), nous devons vérifier ceci pour
| |p pour p ≤ ∞. Alors que Q n’est pas complet pour | |∞ est bien connu (et laissé comme un
problème ci-dessus), donc nous regardons les valeurs absolues p-adic.
Si nous prenons | |=| |p pour certains p premiers, nous devons construire une suite de Cauchy
dans Q qui n’a pas de limite dans Q.
Pour construire la suite de Cauchy nécessaire, nous n’avons besoin que de trouver une suite
cohérente de solutions modulo pn d’une équation qui n’a pas de solution en Q. Nous traitons
cela dans le cas p ̸= 2, et laissons le cas p = 2 au lecteur.

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

Ainsi, supposons que p ̸= 2 est un nombre premier. Choisissez un entier a ∈ Z tel que
⋆ a n’est pas un carré dans Q ;
⋆ p ne divise pas a ;
⋆ a est un modulo de résidu carré p, c’est-à-dire que la congruence X 2 ≡ a ( mod p ) a une
solution.
Par exemple, nous pourrions prendre n’importe quel carré dans Z et ajouter un multiple de p
pour obtenir un a approprié.
Maintenant, nous pouvons construire une suite de Cauchy (en ce qui concerne | |p ) de la
manière suivante :
⋆ Choisir x0 pour être n’importe quelle solution de x20 ≡ a ( mod p) ;
⋆ Choisissez x1 de sorte que x1 ≡ x0 ( mod p ) et x21 ≡ a ( mod p2 ) ;
⋆ En général, choisis xn afin que

xn ≡ xn−1 ( mod pn ) et x2n ≡ a ( mod pn+1 ).

La prochaine étape est de vérifier que nous avons vraiment une suite de Cauchy. Il est clair de
la construction que nous avons

| xn+1 − xn |=| λpn+1 |≤ p−(n+1) −→ 0,

de sorte que la limite, si elle existait, devait être une racine carrée de a. Puisque a n’est pas un
carré dans Q, il ne peut y avoir de limite en Q, ce qui indique que Q est incomplet par rapport
à | |p .

Puisque Q n’est pas complet, nous devons construire un complément. Il y a plusieurs façons
de le faire. Nous suivrons la voie de la moindre résistance. Ce que nous voulons faire est de «
ajouter à Q les limites de toutes les suites de Cauchy ». Étant donné qu’au début il n’existe pas
de telles limites, on ne peut pas le faire littéralement. Ce que nous faisons à la place est d’utili-
ser un peu de magouille mathématique standard, en remplaçant la limite que nous n’avons pas
avec la suite que nous avons (de sorte que, à la fin, la suite sera un peu comme une limite de
soi !). Pour ce faire, nous commençons avec l’ensemble de toutes les suites de Cauchy comme
objet de base, puis utilisons les opérations algébriques sur Q pour gérer l’objet résultant. (La
construction utilise certaines notions de l’algèbre abstraite ; elles peuvent être évitées, mais le
faire rendrait notre vie beaucoup plus difficile.)

3.2.4 Définition :
Soit | |=| |p une valeur absolue non-archimédienne sur Q.
Nous désignons par C, ou Cp (Q) si on veut insiste sur p et Q, l’ensemble de
toutes les suites de Cauchy des éléments de Q :
C = Cp (Q) = {(xn ) : (xn ) est une suite de Cauchy par rapport à | |p }.

La première chose à vérifier est que C a une structure d’anneau naturelle, en utilisant les
définitions « évidentes » pour la somme et le produit de deux suites.

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

3.2.5 Proposition :
On définit
(xn ) + (yn ) = (xn + yn )
(xn ) · (yn ) = (xn yn )
alors C est un anneau commutative unitaire.

Démonstration. Facile ; la seule chose qui a vraiment besoin de vérifier c’est que les suites sur
le côté droit sont de Cauchy.
L’anneau C n’est pas un corps (puisque tous les éléments different de zéro ne sont pas in-
versibles). En fait, il contient des « diviseurs de zéro », c’est-à-dire des éléments different de
zéro dont le produit est zéro.
Nous devrions vérifier immédiatement que cet énorme anneau contient le corps des nombres
rationnels. Pour cela, tout ce que nous devons faire est de noter que si x ∈ Q est un nombre quel-
conque, la suite x, x, x, x, ... est certainement Cauchy ; nous l’appellerons la suite constante
associée à x et la désigner par x̄. Ensuite, nous avons

3.2.6 Lemme :
L’application x 7→ x̃ est un homomorphisme d’anneau injectif de Q en C.

Le problème principal avec C est qu’il n’a pas encore capturé l’idée de « ajouter les limites
de toutes les suites de Cauchy », parce que différentes suites de Cauchy dont les termes se rap-
prochent les uns des autres « devaient » avoir la même limite, mais ce sont des objets différents
dans C. Ce genre de situation exige l’identification de deux suites qui « devaient » avoir la
même limite, ce qui signifie que nous devons passer à un quotient de C.
C’est là que la structure algébrique nous aide, parce qu’elle permet de décrire facilement quand
il est que deux suites « devaient » avoir la même limite : cela devrait arriver lorsque leurs
termes se rapprochent, c’est-à-dire que la différence des suites tend à zéro. Nous commençons
par regarder l’ensemble des suites qui tendent à zéro.

3.2.7 Définition :
Nous définissons N ⊂ C comme étant l’idéal

N = {(xn ) : xn −→ 0} = {(xn ) : lim | xn |p = 0}


n−→∞

de suite qui tendent à zéro par rapport à la valeur absolue | |p .

3.2.8 Lemme :
N est un ideal maximal de C.

Démonstration. Soit (xn ) ∈ C être une suite Cauchy qui ne tend pas à zéro (c.-à-d. n’appartient
pas à N ), et soit I l’idéal généré par (xn ) et N .

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

Ce que nous voulons montrer, que I doit être tout C. Nous le ferons en montrant que l’élément
unitaire I (c.-à-d., la suite constante correspondant à 1) est dans I.
Cela suffit, parce que tout idéal qui contient l’élément unitaire doit être l’anneau entier.
Maintenant, puisque (xn ) ne tend pas à zéro et est une suite de Cauchy, il doit « eventuellement
» être éloigné de zéro, c’est-à-dire qu’il doit exister un nombre c > 0 et un nombre entier N
tel que | xn |≥ c > 0, pour tout n ≤ N . (Si cela n’est pas clair, le lecteur devrait trouver une
preuve !) Maintenant, en particulier, cela signifie que xn = 0 pour n ≤ N , de sorte que nous
pouvons définir une nouvelle suite (yn ) en définissant yn = 0 si n < N et yn = 1/xn si n ≥ N .
La première chose à vérifier est que (yn ) est une suite de Cauchy. Mais c’est clair parce que si
n ≥ N nous avons
1 1 | xn+1 − xn | | xn+1 − xn |
| yn+1 − yn |=| − |= ≤ −→ 0,
xn+1 xn | xn xn+1 | C2

ce qui montre (yn ) ∈ C parce que | | est non archimidén. (On peut modifier légèrement
l’argument de sorte qu’il fonctionne aussi si | | est archimédien, mais c’est plus facile.)
Maintenant, remarquez que

 0 si n < N
xn y n = si n ≥ N
 1

Cela signifie que la suite de produit (xn )(yn ) se compose d’un nombre fini de 0s suivi d’une
chaîne infinie de 1s. En particulier, si nous le soustrayons de la suite constante 1̃, on obtient
une suite qui tend à zéro (en fait, qui va à zéros et ensuite y demeure). En d’autres termes.

1̃ − (xn )(yn ) ∈ N .
Mais cela dit que 1̄ peut être écrit comme un multiple de (xn ) plus un élément de N , et donc
appartient à I, comme nous l’avons prétendu.
Par conséquent, I = C et nous avons prouvé que N est le maximum.

Nous voulons identifier des suites qui diffèrent par des éléments de N , au motif qu’elles
devraient avoir la même limite. Ceci est fait de la manière standard, en prenant le quotient de
l’anneau C par le N idéal. Pour rendre les choses encore plus belles, prendre un quotient d’un
anneau commutatif par un idéal maximal donne un corps.

3.2.9 Définition :
Nous définissons le corps des nombres p-adic comme étant le quotient de
l’anneau C par son idéal maximal N :

Qp = C/N .

Notez que deux suites constantes différentes ne diffèrent jamais par un élément de N (leur
différence est juste une autre suite constante, et la constante n’est pas zéro). Par conséquent,
nous avons toujours une injection
Q ,→ Qp
en envoyant x ∈ Q à la classe d’équivalence de la suite constante x̃.
Très bien : nous avons maintenant un corps, et une inclusion de Q dans ce corps. Il reste à

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

vérifier qu’il a les propriétés déclarées de la completion.


La première est que la valeur absolue | |p s’étend à Qp . Ceci découle facilement du lemme
suivant.

3.2.10 Lemme :
Soit (xn ) ∈ C, (xn ) ∈
/ N . La suite de nombres réels | xn |p est finalement
stationnaire, c’est-à-dire qu’il existe un nombre entier N tel que | xn |p =| xm |p
chaque fois que m, n ≥ N.

Démonstration. Puisque (xn ) est une suite de Cauchy qui ne tend pas à zéro, nous pouvons
(comme dans le précédent lemme ) trouver c et N1 tels que

n ≥ N1 ⇒| xn |≥ c > 0.

D’autre part, il existe également un nombre entier N2 pour lequel

n, m ≥ N2 ⇒| xn − xm |< c.

Nous voulons que les deux conditions soient vraies à la fois, donc définir N = max{N1 , N2 }.
Ensuite, nous avons
n, m ≥ N ⇒| xn − xm |< min{| xn |, | xm |},
ce qui donne | xn |=| xm | par la propriété non-archimédienne ("tous les triangles sont isosceles").

Cela signifie que la définition suivante a du sens :

3.2.11 Définition :
Si λ ∈ Qp est un élément de Qp , et (xn ) est une suite de Cauchy représentant
λ, nous définissons
| λ |p = lim | xn |p .
n−→∞

(Rappelez-vous que nous avons défini Qp comme un quotient, de sorte que les éléments de
Qp sont des classes d’équivalence des suites de Cauchy.)
Nous avons effectivement défini une valeur absolue sur Qp qui étend la valeur absolue p-adic
sur Q. Il y a un autre fait important qui doit être enregistré, qui est que l’image de la fonction
de valeur absolue est la même pour les deux corps.
Pour vérifier que nous avons effectivement obtenu l’achèvement, nous devons maintenant contrô-
ler les deux exigences restantes : que Q est dense en Qp , et que Qp est complet. Le premier est
facile :

3.2.12 Proposition :
L’image de Q sous l’injection Q ,→ Qp est un sous-ensemble dense de Qp .

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

Démonstration. Nous devons montrer que toute boule ouverte autour d’un élément λ ∈ Qp
contient un élément de (l’image de) Q, c’est-à-dire une suite constante. Donc fixer un rayon
ε′ > 0. Nous montrerons qu’il y a une suite constante appartenant à la boule ouverte B(λ, ε).
Tout d’abord, laissez (xn ) être une suite de Cauchy représentant λ, et soit ε′ > 0 un nombre
légèrement plus petit que ε. Par la propriété de Cauchy, il existe un nombre N tel que
| xn − xm |p < ε quand n, m ≥ N . Laissez y = xN et considérez la suite constante ỹ Nous
affirmons que
ȳ ∈ B(λ, ε),
c’est-à-dire que | λ − ỹ |p < ε. Pour voir cela, rappelez-vous que λ − ỹ est représenté par la suite
(xn − y), et que nous avons défini

| (xn − y) |p = lim | xn − y |p .
n−→∞

Mais pour n ≥ N , nous avons

| xn − y |p =| xn − xN |p < ε′

de sorte que, dans la limite, nous obtenons

lim | xn − y |p ≤ ε′ < ε,
n−→∞

de sorte que (y) fait en effet appartenir à B(λ, ε), et nous sommes terminés.

Il reste à montrer que Qp est complet, c’est-à-dire que chaque suite de Cauchy dans Qp
converge vers un élément de Qp . Cela semble presque évident, jusqu’à ce que l’on se rende
compte qu’une suite de Cauchy d’éléments de Qp équivaut à une série de suite de Cauchy et
que la limite devra être une classe d’équivalence de suite de Cauchy. Cela semble rendre tout
très confus. Il n’est pas si difficile si l’on garde son intelligence sur un, mais c’est plus facile dit
que fait !
La clé est d’utiliser le fait que Q est dense en Qp .

3.2.13 Théorème :
Qp est complet par rapport à | |p .

Démonstration. Soient λ1 , λ2 , ..., λn , .... une suite de Cauchy d’éléments de Qp , de sorte que
chaque λi est une suite de Cauchy (xi(k) ) des éléments de Q, pris à l’équivalence.
Puisque (l’image de) Q est dense en Qp , nous pouvons trouver, pour chaque i, un nombre yi ∈ Q
tel que la suite constante ỹi ∈ Q est aussi proche de λi que nous le voulons.
Prendre, disons,
1
| λi − ỹi |p < ,
i
nous pouvons nous assurer que
lim | λn − ỹn |p = 0.
n−→∞

Maintenant, nous pouvons conclure que la suite (ỹn ) (une suite des suite constantes dans Qp )
est de Cauchy. Par conséquent, puisque la valeur absolue d’une suite constante est la valeur
absolue de la constante, la suite (yn ) (une suite de nombres rationnels) est Cauchy, donc définit
un élément de Qp ).

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

Soit λ l’élément de Qp correspondant à (yn ).


La suite λ est, bien sûr, la limite que nous recherchons. Prouvons-le en deux étapes.
Soit ε > 0. Puisque λ = (yn ) est de Cauchy, il existe un N tel que n, m ≥ N implique
| ym − ym |< 21 ε.
Considérons la suite de suite constantes (ỹn ).
La différence λ − (ỹn ) est représentée par (ym − yn ), où n est fixe et m varie. Donc si m ≥ N
nous avons
1
| λ − ỹn |p = m−→∞
lim | ym − yn |p ≤ ε < ε
2
Par conséquent, la suite λ − (ỹn ) converge à 0 dans Qp . En d’autres termes, la suite de suite
constantes (ỹn ) converge à la suite de Cauchy λ = (yn ) (comme, en effet, on a dejà supposé).
Maintenant, rassemblez-les. Nous savons que | λn − ỹn | converge vers zéro, et nous savons que
(ỹn ) converge à λ. Par conséquent, (λn ) converge à λ. Puisque (λn ) était une suite de Cauchy
arbitraire dans Qp , nous avons prouvé que toutes les suites de cauchy en Qp ont une limite.

Une dernière remarque : lorsque nous passons de Q à R, il y a une image très naturelle
de ce qui se passe : nous visualisons R comme une ligne, et les nombres rationnels sont assis
sur cette ligne mais ne remplissent pas tous ses points. Nous pouvons penser au processus de
completion comme à « remplir » les points manquants. Il n’y a pas de tableau aussi simple
pour le déplacement de Q à Qp , parce que la topologie que nous obtenons de la valeur absolue
p-adic est beaucoup plus étrange, comme nous le savons déjà. En particulier, Qp est totalement
non-connexe, donc il ne ressemble à rien de la ligne réelle.

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CHAPITRE 3. LES NOMBRES p-ADIC

Références

[1] Alain M. Robert. A Course in p-adic Analysis. Springer-Verlag, 2000

[2] Fernando Q. Gouvea. Primeiros Passos P-´adicos. IMPA–CNPq, 1989.

[3] Fernando Q. Gouvea. A Guide to Groups, Rings, and Fields. MAA Press,
2012.

[4] Helmut Hasse. Number Theory. Springer, 1980.

[5] Keith Conrad. “The p-adic expansion of rational numbers”. Search for “Keith
Conrad expository” ou visite
https ://[Link]/blurbs/gradnumthy/ [Link].

[6] Kurt Hensel. Theorie der Algebraischen Zahlen. Teubner, 1908.

[7] Kurt Hensel. Zahlentheorie. G. J. Goschen’sche Verlagshandlung, 1913.

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