Contraction : Vous ferez la contraction de ce texte en 195 mots.
Une tolérance de plus ou
moins 10% est admise : les limites sont donc fixées à au moins 175 mots et au plus 215
mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin
de la contraction le nombre de mots qu’elle comporte.
Essai : « Une chambre à soi, c’est aussi une fenêtre vers l’ailleurs », écrit Lucie Azéma. A-t-
on besoin d’intimité et de solitude pour s’engager dans un combat pour l’égalité ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui
sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au «
postambule ») d’Olympe de Gouges, sur le texte de l’exercice de la contraction (texte de
Lucie Azéma) et sur ceux que vous avez étudiés dans l’année dans le cadre de l’objet
d’étude « La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire
appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Texte : Lucie Azéma, Les femmes aussi sont du voyage, 2021.
___J’aime l’imprévisible du voyage, le frisson du dépaysement, l’adrénaline
qui nous envahit lorsque l’on se plonge dans des environnements dont on
ne maîtrise ni la langue, ni la culture, ni le climat. Ou, du moins, j’aime les
aimer, parce qu’ils font écho aux livres d’aventures que j’ai dévorés, aux
rêves que j’ai nourris en parcourant de longues distances sur les
mappemondes à l’aide de mon simple index. En réalité, par bien des
aspects, je ne suis pas une voyageuse. La traversée me semble moins
séduisante que l’amarrage1, j’aime les arrivées beaucoup plus que les
départs. Je cherche le temps long, sa densité, sa profondeur – la
complexité du réel, celle qui n’est accessible que si l’on reste. Le voyage
exige de s’attarder, de prendre refuge : s’acclimater, apprendre la langue,
s’entourer de fenêtres pour mieux les traverser – et ainsi accéder à une
chambre à soi.
___Le fait que les femmes aient traditionnellement été cantonnées à la
sphère privée ne signifie pas qu’elles aient eu accès à une intimité – ni à
elles-mêmes. Les interruptions constantes, liées aux obligations
domestiques qui leur incombent, ainsi que leur dépendance financière,
organisée par l’assignation2 à un travail non rémunéré, ont longtemps
empêché l’esprit de liberté, d’invention et de créativité des femmes de se
déployer. En 1929, Virginia Woolf3 livrait au monde la phrase qui deviendra
la plus célèbre de toute son œuvre : « Il est indispensable qu’une femme
possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une
œuvre de fiction ». L’écrivaine soulignait ainsi l’absolue nécessité pour les
femmes d’accéder à une certaine intimité, matérialisée par une pièce «
dont la porte est pourvue d’une serrure » et à la liberté d’esprit, rendue
possible grâce à un minimum d’argent personnel.
___Accéder à une chambre à soi permet d’appréhender l’intérieur, non
plus comme le lieu de l’aliénation 4 des femmes, mais comme celui où elles
peuvent s’atteindre. Un espace dans lequel elles aménagent une oasis de
solitude consentie, retranchée du monde, où elles peuvent écrire, lire,
dormir ; un lieu qui donne sa place au silence, leur permettant de se
dérober temporairement au monde extérieur pour mieux l’assimiler. La
chambre à soi est celle qui se referme sur l’imagination et la rêverie, sur
ce que Gaston Bachelard appelle « l’immensité de l’intime ». Grâce au
voyage et à la solitude qu’il offre, les femmes se réapproprient non
seulement le dehors, mais aussi le dedans, car il crée un aller-retour de
l’un vers l’autre, et lie ces deux espaces jusqu’à les confondre et n’en
former plus qu’un : le territoire intime de la voyageuse.
___Le monde est peuplé de chambres à soi : elles éclosent 5 à la vue quand
le train ralentit ou lorsque l’avion se met à descendre lentement. Elles
sont là, fourmillantes, comme autant de petits points lumineux qui forment
la constellation de nos intimités – maisons temporaires, alvéoles 6 propices
à laisser le temps se dilater et à vider des tasses de thé jusque tard dans
la nuit. En voyage, la chambre à soi peut prendre la forme d’une auberge,
d’une guest house, d’un ryokan japonais, d’une yourte kirghize, d’un
bungalow dans la jungle, d’un caravansérail, d’un hôtel capsule, d’une
cabine de bateau ou de train, etc. Certaines voyageuses se contentent de
peu, d’une chambre vétuste7 et de quelques éléments qui leur suffisent à
créer un sentiment d’appartenance au lieu : « Assez de lumière pour
écrire, un feu, une couverture en peau de mouton, du raki 8 – on n’a besoin
de rien de plus ni de moins » écrit Schwarzenbach alors qu’elle séjourne à
Konya, en Turquie. D’autres, au contraire, voient les choses en grand,
comme Anne Brassey, qui, au XIXe siècle, transforma sa cabine de bateau
en une véritable demeure flottante, ou bien à la manière d’Alexine Tinné,
qui installait des campements gigantesques à chacune de ses étapes, et
faisait transporter par ses domestiques une bibliothèque entière, un
service à thé en porcelaine de Chine qu’elle aimait remplir de lait, un
chevalet et des couleurs pour peindre.
___Si chaque voyageuse a ses préférences concernant la chambre qui va
lui servir de port d’attache, toutes ont en commun d’avoir consacré
plusieurs pages à décrire le bonheur d’accéder à une chambre à soi à
l’autre bout du monde. « Logé partout mais enfermé nulle part, telle est la
devise du rêveur de demeures », écrit Bachelard. […] Une chambre à soi,
c’est aussi une fenêtre vers l’ailleurs.
(778 mots)
1. Amarrage : fait d’attacher un bateau à un quai ou une rive.
2. Assignation : ici, obligation de faire quelque chose.
3. Virginia Woolf : écrivaine britannique ; Gaston Bachelard, philosophe français ; Annemarie
Schwarzenbach, écrivaine et aventurière suisse ; Annie Brassey, écrivaine et voyageuse anglaise ;
Alexine Tinné, photographe et exploratrice néerlandaise.
4. Aliénation : ici, privation de liberté.
5. Éclosent : font leur apparition.
6. Alvéoles : ici, recoins, refuges.
7. Vétuste : qui est usée par le temps, qui n’est plus en bon état.
8. Raki : boisson consommée au Proche-Orient.
Corrigé de l’essai
Dans Les Femmes sont aussi du voyage, essai publié en 2021, Lucie
Azema dénonce la vision masculine de l’aventure : selon elle, le voyage
est l’un des moyens les plus symboliques pour que les femmes
s’affranchissent de leur condition. À ce titre, elle affirme : « Une chambre
à soi, c’est aussi une fenêtre vers l’ailleurs ». De tels propos interrogent :
a-t-on besoin d’intimité et de solitude pour s’engager dans un combat
pour l’égalité ? Si, comme nous le verrons dans une première partie, la
revendication de l’intimité est une condition essentielle dans le combat
pour l’égalité, nous montrerons cependant en quoi écrire et combattre
pour l’égalité nécessite l’engagement collectif.
___L’intimité et la solitude peuvent jouer un rôle important lorsque l’on
s’engage dans un combat pour l’égalité.
___Tout d’abord, s’approprier un lieu pour soi, comme un territoire de
liberté et d’autonomie, permet de prendre du recul, de réfléchir et
d’explorer ses propres convictions et valeurs. Le repli sur soi
correspondrait ainsi à une quête d’authenticité amenant à mieux
comprendre les injustices et les inégalités. Dans Une chambre à soi, essai
féministe écrit par Virginia Woolf en 1929, l’autrice insiste sur la nécessité
pour les femmes d’avoir un espace personnel et une indépendance
économique afin de pouvoir développer leur pensée et leur créativité face
aux hommes. Woolf soutient que les femmes ont été historiquement
exclues des opportunités et des ressources nécessaires pour se consacrer
pleinement à l’écriture ou à d’autres formes d’expression artistique.
Comme le rappelle l’autrice, « Il est indispensable qu’une femme possède
quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une œuvre de
fiction ». De tels propos mettent en évidence l’importance d’avoir un
espace physique et psychologique où les femmes peuvent se retirer du
monde extérieur et se concentrer sur leurs propres pensées et
expériences.
___En outre, l’intimité et la solitude sont parfois nécessaires : combien de
révoltés ont fait l’expérience de la solitude, et fait de cette solitude la
source de leur combat ! Qu’elle soit subie ou volontaire, douloureuse ou
sereine, la solitude permet l’affirmation du moi : Nelson Mandela est l’un
des exemples les plus emblématiques du combat pour l’égalité,
notamment pendant sa période de détention. Pendant 27 ans, Mandela a
été emprisonné en raison de son rôle de leader dans la lutte contre
l’apartheid en Afrique du Sud. Pendant sa captivité, il a utilisé son temps
de solitude pour réfléchir, étudier et développer sa vision de l’égalité et de
la justice. La solitude de sa cellule lui a offert un espace pour approfondir
ses idées, renforcer sa détermination et cultiver son leadership. Il a
également pu communiquer avec d’autres prisonniers politiques et
militants, partageant des idées et des stratégies pour lutter contre
l’oppression et promouvoir l’égalité. Loin des regards du public, Mandela a
ainsi continué à être un symbole de résistance et d’espoir pour la
population sud-africaine, ainsi que pour les citoyens du monde entier.
___L’expérience de la solitude prend donc une forte dimension politique :
la conquête de la liberté naît alors d’un refus des règles sociales imposées.
C’est ainsi qu’Olympe de Gouges, dans sa défense acharnée de l’égalité
entre les hommes et les femmes et dans son désir de promouvoir une
nouvelle forme, plus juste, de « contrat social », a été souvent amenée à
faire de sa solitude une marque d’affranchissement et de prise de
conscience identitaire. Toute son œuvre est en effet marquée du sceau de
l’autonomie et de l’anticonformisme. Sa pièce de théâtre, Zamore et Mirza
ou L’Heureux Naufrage, dont le propos est de dénoncer l’esclavage des
Noirs n’a ainsi pratiquement jamais été représentée tant les propriétaires
d’esclaves ont fait pression pour l’interdire. Seule contre tous, Olympe de
Gouges a également dû s’opposer à nombre de révolutionnaires,
notamment Robespierre et Marat, pour promouvoir ses idées féministes.
La conquête de la liberté naît donc d’un refus des règles sociales. Mais à
quel prix ? Ainsi, l’isolement est souvent un très grand risque et amène
l’individu à se mettre en marge de la société.
___Nous pouvons donc comprendre que l’engagement dans un combat
pour l’égalité ne saurait se limiter à l’intimité et à la solitude. L’action
collective, la solidarité et la collaboration avec d’autres personnes sont
tout aussi cruciales pour promouvoir de réels changements sociaux.
___L’action individuelle, comme nous venons de le voir, est souvent limitée
dans ses moyens et son application. Le collectif au contraire permet une
meilleure organisation des forces individuelles.
___En premier lieu, l’implication dans une cause collective permet de
repenser la citoyenneté et les rapports de pouvoir. La nécessité du
collectif parcourt à ce titre toute l’œuvre d’Olympe de Gouges. Femme
d’engagement et de conviction, ses appels à l’union et à la solidarité des
femmes sont essentiels. Dans sa Déclaration, Olympe de Gouges ne lutte
pas seulement pour les droits des femmes : elle les appelle aussi à
s’éduquer contre les préjugés et à s’émanciper collectivement du sort
dans lequel elles sont maintenues, afin d’en arriver à une nouvelle société
plus juste, inspirée de la philosophie des Lumières : la lutte pour ces droits
ne peut aboutir que si les femmes prennent conscience de leur déplorable
sort et s’emparent de ces revendications afin de s’affranchir de la tutelle
masculine. C’est ainsi que le postambule de la Déclaration élargit la
destination du texte à l’ensemble des femmes : « Quelles que soient les
barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ;
vous n’avez qu’à le vouloir ». Les hommes eux-mêmes sont appelés à
évoluer et à ne plus être de « serviles adorateurs rampant à [leurs] pieds
».
___Comme nous le comprenons, la lutte pour l’égalité réussit d’autant
mieux que les gens sont unis afin de faire entendre leurs voix. Le
mouvement MeToo en tant que manifestation internationale de solidarité
et de prise de parole des femmes victimes d’agressions sexuelles ou de
harcèlement a permis à cet égard un véritable élan universel. Lancé en
2017 en réaction aux révélations d’abus sexuels dans l’industrie du
cinéma, il s’est rapidement répandu à travers le monde et a permis à de
nombreuses femmes de partager leurs expériences et de dénoncer les
comportements prédateurs. MeToo a eu ainsi un impact considérable en
suscitant des débats sur le consentement, l’égalité des sexes et la culture
du silence entourant les agressions sexuelles. En favorisant également de
nouvelles formes de sociabilité politique, le mouvement a encouragé des
changements profonds dans plusieurs secteurs comme l’industrie du
divertissement, la politique, etc. Il a mis en évidence l’ampleur du
problème et a ouvert la voie à des avancées essentielles sur les violences
sexistes et la nécessité d’un changement culturel pour faire bouger les
consciences et agir sur la vie publique.
___Si la lutte pour l’égalité prend davantage d’importance quand elle est
menée de manière collective, c’est enfin parce que s’associer, collaborer à
un processus collectif, c’est passer d’un engagement militant personnel au
soutien d’intérêts communautaires. En ce sens, le collectif façonne le lien
social : la lutte contre les inégalités implique des actions nombreuses de
sensibilisation, de mobilisation… Autant de luttes qui passent par le
collectif et la force du groupe. Nous pourrions mentionner l’exemple de
l’actrice Emma Watson, ambassadrice de bonne volonté à l’ONU. Dans un
discours intitulé : « l’égalité des sexes est aussi votre problème ! »
prononcé le 20 septembre 2014 à l’ONU dans le cadre de la campagne
« HeForShe », mouvement mondial des Nations Unies pour l’égalité des
sexes, Emma Waton interpelle les hommes en ces termes : « Messieurs,
j’aimerais profiter de cette opportunité pour vous inviter formellement.
L’égalité des sexes est aussi votre problème ». Comprenons qu’écrire et
combattre pour l’égalité, plus qu’un engagement individuel, est surtout un
engagement collectif. Par sa nature, l’humain est un être social : c’est en
effet par le collectif qu’on peut transformer les normes sociétales et les
stéréotypes qui perpétuent les inégalités, afin de promouvoir une société
plus équitable et juste.
___Au terme de ce travail, il apparaît que le combat pour l’égalité nous
engage à la fois individuellement et collectivement. Si la lutte pour
l’égalité a pour fondement l’individualisme, elle place souvent l’individu en
conflit avec la société comme le prouve le destin tragique d’Olympe de
Gouges. Dans un autre registre, la série de films Hunger Games montre
bien la difficulté du combat de Katniss Everdeen, la célèbre héroïne de la
tétralogie : à la fois proche des masses populaires par ses origines
sociales, elle est un moteur de l’action collective. Mais sa conduite
transgressive, dominée par un individualisme exacerbé, rend bien souvent
inefficace son action individuelle : même en voulant agir pour la
communauté, elle apparaît souvent comme une rebelle fragile et solitaire.
Cela montre bien qu’en travaillant ensemble, les personnes engagées
dans la lutte collective pour l’égalité peuvent partager leurs expériences,
renforcer leur voix, accroître leur influence et exercer une pression plus
efficace sur les institutions et les décideurs. Cette solidarité est essentielle
pour promouvoir un changement réel et durable vers plus d’égalité et de
justice sociale.