FORCE GENERATRICE DE LA MAREE
Les riverains du bord de la mer ont, de tout temps, été intrigués par le mouvement
oscillatoire du niveau des eaux, les générations successives constatant au cours des âges,
que les mouvements les plus important des masses d'eau avaient toujours lieu aux mêmes
périodes ; périodes qui suivaient de peu l'apparition de la lune dans sa plénitude, ou au
contraire qui suivaient, avec le même décalage, sa disparition de la vue des hommes.
Ce n'est qu'au 17ème siècle que le savant anglais NEWTON découvrit les lois de la gravitation
universelle.
Ces lois permirent d'établir les premières bases des théories actuelles selon lesquelles les
marées sont une conséquence des forces attractives auxquelles sont soumis, sous
l'influence des astres, le centre de la terre et les molécules d'eau de la mer.
La loi élaborée par NEWTON s'énonce ainsi :
"Les corps dans l'espace s'attirent en raison directe de leurs masses et en raison inverse du
carré de leur distance."
Ce qui se traduit par la formule :
Kmm' m et m' sont les masses des corps en présence
F d : la distance qui les sépare
d2
K : un coefficient
Succession des P.M. et B.M.
Il n'y a que deux astres susceptibles d'avoir une influence aussi importante sur les molécules
d'eau de notre planète, ce sont :
Le SOLEIL, en raison de sa masse (332 946 fois celle de la terre).
La LUNE, en raison de sa faible distance (60 rayons terrestres ou 384 400 km).
En fait, à cause de sa faible distance, c'est la lune qui a la part la plus importante dans le
déroulement des marées ; son action est 2,25 fois plus forte que celle du soleil.
La périodicité de la marée doit donc suivre celle du "jour lunaire" qui est le temps écoulé
entre deux passages successifs de la lune au méridien d'un lieu et qui a pour valeur
24h50min. Nous devrions donc avoir une pleine mer dans un cycle de 24h50min, mais nous
allons voir que la réalité n'est pas aussi simple.
1. FORCE GENERATRICE DE LA MAREE
Si la terre tournant autour de son axe était isolée dans l'espace, chacune de ses particules
prendrait une position d'équilibre, et cet équilibre persisterait indéfiniment. Il n'y aurait pas de
marée.
Recherchons comment l'existence d'un astre, au voisinage de la terre, peut perturber cet
équilibre et déterminer la force qui sollicite les particules superficielles de la terre.
Considérons celle-ci comme une sphère
Fc de centre T, et de rayon R. Soit M un astre
perturbateur, de masse M et situé à une distance d de T.
Terre
A
Fm
u
Astre perturbateur
F
Ft Po
d M
T Fmo
Rotation de la terre
Considérons à la surface de la terre, une molécule A, de masse unité, et située à une
distance u de M.
Quelles sont les forces qui agissent sur A ?
1) Fm : Force d'attraction de l'astre M. Cette force est dirigée de A vers M et vaut :
1 M KM
Fm K 2 (1 étant la masse "unité" de A)
u2 u
Si cette force était seule, la molécule A quitterait la terre pour rejoindre l'astre M.
2) Ft : Force d'attraction terrestre. Dirigée de A vers le centre de la terre.
3) Fc : Force centrifuge (d'inertie), due à la rotation de la terre autour de son axe. Cette
force est opposée en direction à Ft .
La combinaison de Ft et de Fc donne la pesanteur Po dirigée de A vers T. C'est elle qui
empêche A de quitter la surface de la terre.
Po Ft Fc
4) : Force d'inertie due à la translation de la terre sur son orbite. Cette force s'exerce en
tous les points de la terre. Elle est égale, en direction et en grandeur, à celle qui s'exerce au
centre de la terre, T, sur une masse unité.
Or au centre de la terre, la masse unité T subit déjà de la part de M, une attraction égale à :
kM
Fmo , dirigée de T vers M.
d2
La force de translation est donc opposée en direction et en grandeur à cette force Fmo ,
sinon il n'y aurait pas équilibre en T, et la terre ne resterait pas sur son orbite. Donc en A
s'exerce une force , parallèle à la direction MT et de grandeur :
KM
Fmo
d2
Si l'on considère en A, les deux forces et Fm , nous constatons qu'elles ont des valeurs
différentes, tout en s'opposant sensiblement en direction.
KM KM
Fm et
u2 d2
Sauf position très particulière de A, u d et donc les forces Fmo et Fm , n'étant pas
égales, admettent une résultante qui est F ; "force génératrice de la marée", que nous
pouvons évaluer approximativement :
F Fm Fm Fmo
KM KM
soit F 2
u2 d
en première approximation posons, comme valeur minimale de u :
u d R ; il vient :
F KM
1
1 KM 2dR R 2
2
d R 2
d d R 2 d 2
2 KMR
soit enfin F (en négligeant R devant d)
d3
ATTENTION : cette force résultante F , qui est la FORCE GENERATRICE DE LA
MAREE, n'est pas, sauf en cas particulier, tangente à la surface de la terre, ni dirigée
vers l'astre.
Cette force résultante F agit sur toutes les particules terrestres. Mais les particules
solides offrent une trop grande inertie pour qu'elles soient déplacées. Seules les
particules liquides, à cause de leur faible inertie, sont mises en mouvement par cette
force (voir cependant "marées terrestres" dans la rubrique "questions diverses").
2. LA MAREE THEORIQUE : déviation de la verticale et succession des pleines mers et
basses mers
Reprenons notre force F , au point A. projetons cette force résultante sur l'horizontale et sur
la verticale en ce point. On observe les 2 composantes f et p .
p s'ajoute (ou s'oppose suivant les cas) à la pesanteur Po , devant laquelle on la néglige.
f , composante horizontale de la force génératrice de la marée , se compose avec Po pour
donner Pa : PESANTEUR APPARENTE dirigée suivant la VERTICALE APPARENTE.
A
p
f
F
Po
Pa
B1 Dépression (BM)
Bourrelet
(PM) Bourrelet (PM)
A2 A1
M
Dépression (BM)
B2
Reprenons la détermination de la force génératrice de la marée produite par l'astre M. Si
nous traçons la composante horizontale f de cette force pour tous les points situés sur le
quart de cercle B1 A1 , nous constatons que f est toujours dirigée de B1 vers A1 . f est
maximum en A1 ( en effet en A1 : Fm Fm Fmo est maximum) et nulle autour de B1
(en effet en B1 , on a : d u et Fm Fmo donc la résultante F Fm Fmo est nulle).
Le même raisonnement appliqué au quart de cercle B2 A1 , montre que la force tangentielle
f est toujours dirigée de B2 vers A1 .
Les molécules d'eau situées sur le demi-cercle B1 A1 B2 sont donc "attirées" vers A1 , où se
produit un "apport" d'eau ou "bourrelet", alors qu'en B1 et B2 , se produit deux "dépressions".
Si nous déterminons f pour le demi-cercle opposé à l'astre soit B1 A2 B2 , nous constatons
qu'en tout point, cette force tangentielle est dirigée vers A2 , où se produit un bourrelet au
détriment des zones B1 et B2 , où se produisent des dépressions.
Ainsi, l'astre perturbateur produit-il deux bourrelets ou "PLEINES MERS" diamétralement
opposées et en alignement avec lui, et deux dépressions ou "BASSES MERS", également
diamétralement opposées, mais décalées de 90° sur les P.M.
Puisque nous savons que c'est la LUNE qui a le plus d'influence dans l'établissement de la
force génératrice de la marée, voyons ce qui se passe en un jour lunaire, ou 24h50min, c'est
à dire dans le temps qui s'écoule entre deux passages consécutifs de la lune au méridien
d'un lieu (A par exemple).
Pour simplifier, considérons que la lune est dans le plan de l'équateur terrestre, et prenons
nos quatre points A1 , B1 , A2 , B2 dans ce plan.
Le déplacement relatif de la lune autour de la terre, qui l'amènera successivement en
A1 , B1 , A2 et B2 (dans le sens direct) est dû :
A la rotation de la terre autour de son axe des pôles PP', en 24 heures (sens direct)
A la translation de la lune sur son orbite autour de la terre, qu'elle décrit dans le sens
direct en 29,5 j (révolution synodique).
Ces deux mouvements expliquent que la lune se retrouve au méridien de A1 au bout de
24h50min (soit une rotation terrestre de 24heures plus 50 minutes qui permettent à A1 de
retrouver la lune qui en 24 heures a changé de place sur son orbite).
Partons du temps T1 : La lune est au méridien de A1 :
Il y a "bourrelets" donc P.M. en A1 et A2
et "dépressions" donc B.M. en B1 et B2 .
Pour que la lune passe au méridien de B1 , il doit s'écouler 1/4 de jour lunaire, soit
6h12min.
Et comme f se modifie sans cesse (tout comme F ), cette verticale apparente variera
continuellement en direction.
En conclusion : nous dirons que :
Sous l'action de la force horizontale f , la direction de la verticale variant sans cesse, les
molécules liquides se mettront en mouvement pour atteindre une position d'équilibre telle
que le niveau de la mer soit normal à la verticale. En général, lorsqu'elles l'atteindront, la
verticale sera à nouveau déplacée.
C'EST LE MOUVEMENT HORIZONTAL DE LIQUIDE, A LA POURSUITE CONTINUELLE
DE SA POSITION D'EQUILIBRE QUI ENGENDRE LE MOUVEMENT OSCILLATOIRE DU
NIVEAU, CONSTITUANT LA MAREE.
NOTA :
La force F , génératrice de la marée est infime devant la pesanteur ; on a
approximativement :
F 1
pour la lune
Po 9.10 6
F 1
pour le soleil
Po 20.10 6
L'angle , dont dévie la verticale sous l'action de f (composante horizontale de F ), est
très faible, on a :
f
tg 0,02' '
Po