Cours élaboré par Mme DANDANI SAMIA
Partie II : La Faillite
Plan du cours :
CHAPITRE I : L’ouverture de la procédure de la faillite.
Section I : La procédure préparatoire de la faillite.
Paragraphe premier : les conditions d’ouverture.
Paragraphe deuxième : les organes de la faillite.
Section II : Les effets du jugement déclaratif de la faillite
Paragraphe premier : les effets produits à l’égard du débiteur
Paragraphe deuxième : les effets produits à l’égard des créanciers.
Paragraphe troisième : la période suspecte.
CHAPITRE II : L’exécution du jugement déclaratif de faillite :
Section I : Les solutions de la faillite.
Paragraphe premier : la clôture de la faillite.
Paragraphe deuxième : La gestion du patrimoine du débiteur.
Paragraphe troisième : La distribution des deniers.
Section II : La responsabilité résultant de la faillite.
Paragraphe premier : La responsabilité civile.
Paragraphe deuxième : La responsabilité pénale.
Paragraphe troisième : Les actions liées à la faillite.
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CHAPITRE I : L’ouverture de la procédure de la faillite :
Si le sauvetage de l’entreprise qui passe par des difficultés économiques s’avère impossible,
l’entreprise sera, alors vouée à la liquidation qui sera assurée à travers l’ouverture de la
procédure judiciaire qu’est la faillite.
La mise en faillite de l’entreprise peut être également directe, sans le passage par la
procédure du règlement judiciaire (Art.476 CC)
L’ouverture de la dite procédure nécessite le passage par une étape préparatoire (section 1)
pour permettre au jugement déclaratif de faillite de produire ses effet (section 2)
Section I : La procédure préparatoire de la faillite :
Pour arriver aux différentes solutions et effets de la faillite, il faut de prime abord respecter
les conditions d’ouverture de la procédure de la faillite (parag 1) et recourir aux organes
habilités par la loi pour chapoter la procédure (parag 2)
Paragraphe I : Les conditions d’ouverture de la procédure de la faillite :
L’article 475 du C.C. stipule dans son alinéa premier que « Le tribunal prononce la faillite du
commerçant ainsi que toutes personnes visées par l’article 416 du présent code, en
cessation de paiement et en situation désespérée »
Il résulte de la lecture de cet article que l’ouverture de la procédure de la faillite est
spécifique à une catégorie déterminée de personnes (A) devant se trouver dans une
situation économique dont les caractéristiques sont énumérées par la loi (B)
A : les conditions relatives aux personnes concernées :
1) les personnes pouvant être déclarés en faillite :
L’article 475 précitée fait renvoi à l’article 416 du CC, la combinaison des deux articles
implique que les personnes concernées par la faillite sont :
- Toute personne morale, ainsi que toute personne physique, assujettie au régime
d’imposition réel, exerçant une activité artisanale ou commerciale au sens de l’article
2 du CC,
- Toutes les sociétés commerciales par la forme exerçant une activité agricole ou de
pêche.
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Il convient de préciser que si les personnes physiques précitées sont décédées ou se sont
retirées de l’activité avant d’être déclarées en faillite, celle-ci peut être prononcée dans
l’année de la cessation de l’activité ou du décès, à condition que la cessation des paiements
soit antérieurement constatée (Art.475, al.2 CC).
Par ailleurs, une entreprise en état de liquidation, peut être, à son tour, déclarée en faillite.
2) Les personnes habilitées à formuler la demande d’ouverture de la
procédure :
Étant donné que la situation du débiteur devant le conduire à la déclaration de la faillite est
une situation désespérée pour lui et dangereuse pour ses créanciers, et en se référant à
l’article 477 du CC, on remarque que la saisine du tribunal en vue de la déclaration de la
faillite est très largement ouverte :
- Il peut tout d’abord être saisi par le débiteur lui-même, par une déclaration écrite,
chose qui devrait être faite rapidement par le débiteur, car, faute pour lui de déclarer
son état dans le mois qui suit la cessation des paiements (Art.479 CC), il risque d’être
déclaré banqueroutier.
- Le tribunal peut, ensuite être saisi par voie d’assignation par tout créancier. La
procédure de déclaration de la faillite pourra être accélérée dan les cas urgents
comme la fuite du débiteur ou son attitude de faire disparaitre une partie importante
de on actif.
- Enfin, étant donné la gravité de la situation et le trouble qu’elle et de nature à porter
à l’ordre public, le tribunal peut être également saisi par le procureur de la
république.
Par ailleurs, le tribunal peut se saisir d’office dans les cas urgents, et ce, lorsque :
- Le débiteur aurait fermé ses magasins et pris la fuite,
- L’entreprise aurait été dissoute,
- Le débiteur aurait fait disparaitre une partie importante de on actif ou de ses avoirs
financiers,
- La société est entrée en liquidation et que les conditions de la faillite sont réunies,
- L’entreprise a cessé son activité depuis au moins un an ou dont les pertes ont atteint
la totalité des fonds propres ou ayant enregistré des pertes dépassant trois quarts de
ses fonds propres sur trois années successives, sans qu’il existe de chances sérieuses
pour son redressement,
- L’entreprise a cessé son activité et ne dispose pas de biens suffisants pour couvrir les
frais de justice.
Outre les cas précités, le tribunal se saisi d’office dans toutes les phases de procédures
de redressement, s’il estime que les conditions d’ouverture de la faillite sont réunies,
c’est le cas :
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- S’il ya résolution de l’accord du règlement amiable,
- Lors de l’examen de la demande de règlement amiable,
- Lors de l’examen du plan de redressement et qu’il s‘avère impossible de le mettre en
œuvre à cause de la situation de l’entreprise,
- Lors de l’examen de la demande d’annulation du plan de redressement ou de la
résolution de la location pour laquelle on aurait opté comme solution de
redressement dans le cadre du règlement judiciaire.
B : Les conditions relatives à la situation économique de l’entreprise :
Le recours à la procédure de faillite s’impose dès lors que la cessation des paiements(1)
aboutit à une situation désespérée (2)
1) La cessation des paiements :
L’alinéa deuxième de l’article 434 du CC, définit la cessation des paiements, comme
étant l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec ses liquidités et actifs
réalisables à court terme.
La cessation des paiements est une condition communément exigée dans les procédures
de règlement judiciaire et de la faillite, ceci ne veut pas dire pour autant qu’il existe deux
notions différentes et spécifiques à chacune de ces procédures.
La définition est la même, ce qui diffère, toutefois, c’et le degré de gravité de la cessation
des paiements, en effet, si la situation de l’entreprise en cessation des paiements est
susceptible de redressement, la procédure adéquate serait le règlement judiciaire, si, par
contre la situation est très grave et désespérée, elle doit donner lieu à l’ouverture de la
procédure de la faillite.
L’unicité de la notion de cessation des paiements est confirmée par la lecture de l’article
475 CC qui ne fait que lui ajouter un adjectif qualificatif, à savoir « la situation
désespérée »
2) Une situation désespérée :
L’ouverture de la procédure de la faillite ne dépend pas uniquement de la cessation des
paiements de l’entreprise débitrice, parce que ça conduirait à contredire le principe de la
primauté des procédures de sauvetage ; encore faut-il prouver qu’il n’ya aucune chance
de sauver l’entreprise.
D’où alors, le trait caractéristique de la cessation des paiements en matière de faillite est
la perte de crédit, la disparition de confiance qui en découle met le débiteur dans
l’impossibilité de continuer son existence commerciale.
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La situation désespérée peut être déduite de cas de figures énumérés par l’article 482
précité.
Paragraphe II : Les organes de la faillite :
La procédure de la faillite est strictement judiciaire, la chambre commerciale du tribunal
de première instance du lieu du siège principal du débiteur est compétente pour déclarer
sa faillite, c’est l’organe principal de la faillite, mais il ne pourrait assurer toutes les
opérations préparatoires.
C’est alors qu’interviennent le juge commissaire (A), le ou les syndics (B) et le ou les
contrôleurs (C).
A) Le juge commissaire :
Par le jugement déclaratif de la faillite, le tribunal procède à la désignation de l’un de
ses membres comme juge commissaire, néanmoins, le tribunal peut à tout moment et
en vertu d’une décision motivée, remplacer le juge commissaire par un autre de se
membres (Art 500 CC)
L’article 499 du CC précise le rôle du juge commissaire qui est chargé de réaliser et
surveiller les opérations et la gestion de la faillite, il doit pour ce faire :
- Présenter, au tribunal, des rapports sur toutes les contestations que la faillite peut
faire naitre, ainsi que sur tous les éléments d’information qu’il juge utile de lui
soumettre,
- Déterminer les sommes à déduire des dépenses et frais qui doivent être versées à la
caisse des dépôts et consignation au Trésorerie générale de la république tunisienne
(Art. 528 du CC)
- Ordonner le versement par la caisse des dépôts et consignation entre les mains des
créanciers de la faillite,
- Transmettre le compte rendu, présenté par le syndic, au sens de l’article 521 CC, au
ministère public, et l’aviser s’il n’a pas reçu le compte rendu dans les délais prescrits,
- Fixer les secours alimentaires du débiteur au sens de l’article 513 CC,
- Autoriser la vente des objets à dépérissement ou à dépréciation imminente ou
dispendieux à conserver (Art 512 CC),
- Autoriser la transaction sur toutes contestations qui intéressent les droits des
créanciers (Art 529 CC),
- Décider l’arrêt définitif de l’état des créances (Art. 534 CC),
- Autoriser la vente de l’actif mobilier ou immobilier du débiteur (Art. 544 CC),
- Convoquer les contrôleurs à se réunir au moins une fois tous les six mois (Art.547
CC),
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- Présenter au tribunal, le rapport qui constate la clôture de la faillite pour défaut
d’intérêt des créanciers (Art.549 CC) ou lorsqu’il s’avère que le débiteur n’a pas de
biens ou que leur valeur est dérisoire (Art. 550 CC),
- Admettre et présenter au tribunal un rapport sur les demandes en revendication des
biens qui se trouvent en la possession du débiteur (Art.554 CC)
Il convient de signaler que les décisions du juge commissaire sont prises par voie
d’ordonnances qui sont immédiatement déposées au greffe du tribunal.
B) Le ou les syndics :
Le jugement déclaratif de la faillite procède à la nomination d’un ou plusieurs syndics
avec un maximum de trois, tel que mentionné dans l’article 501 du CC.
Le syndic à la qualité de mandataire de justice à l’égard du débiteur et de ses créanciers.
Le syndic est contrôlé, dans ses missions, par le juge commissaire qui fixe également
leurs frais et honoraires et reçoit toutes les réclamations contre les actes par eux
accomplis et en statue dans un délai de trois jours à partir de la réception de la
réclamation (Art. 505 CC).
Afin d’éviter les conflits d’intérêts, l’article 501 du CC soumet le syndic, comme étant
mandataire de justice, aux dispositions de l’article 568 du COC, au sens duquel, il ne peut
se porter acquéreur des biens de ceux qu’il représente.
Dans le même ordre d’idées, l’article 502 du CC énumère les cas d’incompatibilité avec la
mission de syndic, ainsi, ne peuvent être nommés comme syndic, l’époux du failli ou l’un
de ses ascendants, descendants, parents ou beaux- parents jusqu’au quatrième degré,
ou celui dont il était le salarié au cours des cinq dernières années ou l’un des créanciers.
Ainsi que le commissaire aux comptes de la société déclarée en faillite.
Il en est de même pour toute personne liée, par l’un des liens ci-dessus mentionnés, avec
le gérant de la société déclarée en faillite, son directeur général, président directeur
général ou avec l’un des membres de son conseil d’administration ou l’un des membres
de son directoire ou son directeur général unique ou l’un de ses membres de son conseil
de surveillance ou l’associé solidaire ou avec tout autre associé.
C) Les contrôleurs :
La nomination des contrôleurs relève du juge commissaire et se fait par voie
d’ordonnance conformément aux dispositions de l’article 507 du CC.
Les contrôleurs sont les représentants des créanciers et des salariés.
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Le représentant des créanciers est choisi parmi ceux qui font acte de candidature, si
aucun des créanciers ne se porte candidat, le juge commissaire désignera l’un d’eux pour
ce poste.
D’autre part, si le nombre des salariés dépasse les dix, ils doivent désigner un ou deux
représentants dans un délai de dix jours à compter de la réception de l’avis émis par le
juge commissaire de la faillite, à défaut, ce dernier procèdera lui-même à cette
désignation.
Comparé au rôle joué par les syndics et le juge commissaire, celui incombant aux
contrôleurs est moins important, étant purement consultatif et étant donné que leur
tâche est essentiellement d’assistance.
Section II : Les effets du jugement déclaratif de la faillite :
Le jugement déclaratif de la faillite produit des effets aussi bien à l’égard du débiteur
(Parag 1) qu’à l’égard des créanciers (Parag 2).
Étant donné la gravité du risque qu’encourent les créanciers, et dans le but de protection
de leurs droits contre les actes d’appauvrissement accompli par le débiteur, une période
suspecte se trouve, alors ouverte, en vue de contrôler les dits actes (Parag 3)
Paragraphe I : les effets produits à l’égard du débiteur :
Afin de garantir l’efficacité de la procédure, le débiteur déclaré failli ne doit plus
continuer à gérer son patrimoine, par crainte que sn patrimoine ne continue à
s’appauvrir soit parce qu’il s’est révélé incompétent ou malhonnête, c’est alors qu’il se
trouve, en principe, (A) dessaisi de ses biens, sauf les cas exceptionnels déterminés par la
loi (B)
A) le principe de dessaisissement :
Le principe de dessaisissement est annoncé dans le cadre de l’article 486 du CC, dont la
lecture permet de tirer les remarques suivantes :
- Le dessaisissement est un effet automatique de jugement déclaratif de la faillite, en
ce sens qu’il s’applique de plein droit sans que le juge intervient spécialement pour
le mentionner,
- Le dessaisissement à un effet immédiat c'est-à-dire que le débiteur est dessaisi dès le
prononcé du jugement, le point de départ du dessaisissement est donc la date du
jugement et non celle de sa publicité (les mesures de publicité sont précisés dans
l’article 485 CC).
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- Le dessaisissement est limité dans le temps, il joue jusqu’à la décision de clôture de
la faillite.
- La portée du dessaisissement est précisée au sein de l’article 486 précité, en effet, le
débiteur se trouve dessaisit de l’administration et de la disposition de tous ses biens,
même de ceux qu’il peut acquérir à quelques titres que ce soit. Ainsi, le débiteur, se
trouve, à partir du jugement, représenté par le syndic, habilité par la loi à exercer les
droits et actions concernant le patrimoine du débiteur.
Le dessaisissement n’empêche pas le débiteur de faire les actes conservatoires de ses
droits et de se porter partie intervenante au procès suivi par le syndic.
B) l’exception au principe de dessaisissement :
Vue la gravité du dessaisissement, le législateur lui a apporté les exceptions suivantes :
- Les droits exclusivement attachés à la personne du débiteur et ceux qui mettent en
jeu un intérêt d’ordre essentiellement moral.
- Les biens déclarés insaisissables par la loi,
- Les traitements et salaires que peut réaliser le débiteur par son activité.
Il convient de signaler à cet égard que le juge commissaire peut fixer des secours
alimentaires en l’absence ou en dehors des traitements et salaires, au profit du
débiteur pour assurer la subsistance et celle de sa famille.
Paragraphe II : les effets produits à l’égard des créanciers :
La procédure de la faillite est intimement liée à la notion de la masse des créanciers, en
effet, la constitution de la dite masse contribue à mieux asseoir le caractère collectif de la
poursuite et d’assurer l’égalité entre les créanciers.
L’appartenance des créanciers à la masse entraine des effets se rattachant aux
procédures d’exécution individuelle (A), aux créances (B) mais aussi au bail des
immeubles affectés à l’activité du débiteur (C).
A) Les procédure d’exécution individuelle :
Le rassemblement des créanciers en une masse leur permet de bénéficier d’une
liquidation collective et égalitaire, c’est d’ailleurs la spécificité des procédures collectives,
ainsi, le jugement de la faillite suspend les poursuites individuelles, exception faite des
poursuites visant à prouver le droit ou la créance.
L’article 488 précise que les actions ne peuvent plus être poursuivie que contre le syndic
ou intentées par lui.
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B) Les créances :
Le jugement de la faillite arrête le cours des intérêts de la créance, aussi bien à l’égard
des créanciers que les garants et coobligés.
D’autre part, il entraine, à l’égard du débiteur la déchéance du terme, même au profit de
ses créanciers qui possèdent une sûreté.
Toutefois, il résulte de la lecture de l’article 493 du CC que la déchéance ne s’étend pas
aux garants et coobligés du débiteur, qui continuent à bénéficier des délais.
C) Les effets relatifs au bail :
A l’instar de la survie de la personnalité morale dans le cadre de la liquidation, le
législateur a réglementé la relation entre le bailleur et le débiteur au sein de l’article 489
CC, de telle manière qu’on peut garde rune certaine continuité afin de permettre
l’accomplissement des procédures de faillite, ainsi, « la faillite n’entraine pas, de plein
droit, la résiliation du bail des immeubles affectés à l’activité du débiteur »
Il serait utile de rappeler que la règle précitée ne concerne que les immeubles affectés à
l’activité du débiteur.
L’importance de la règle est également démontrée par son caractère impératif, puisque
« toute stipulation contraire est réputée non écrite »
Ceci implique que toutes voies d’exécution introduite par le bailleur, pour défaut de
paiement et visant à évincer le locataire des lieux loués qui sont nécessaires pour
sauvegarder les biens de l’entreprise, sont suspendus, pendant un délai de trois mois, à
compter du jugement de la faillite.
Toutefois, le juge commissaire peut autoriser le syndic à résilier le bail ou le continuer en
satisfaisant à toutes les obligations du locataire, débiteur.
Si les garanties offertes, en cas de décision de continuation du bail, sont insuffisantes, le
bailleur, peut former une demande de résiliation du bail dans les quinze jours à partir de
la notification de la décision qui lui est faite par le syndic.
Paragraphe III : La période suspecte :
Le dessaisissement du débiteur n’est pas toujours suffisant pour assurer la protection
des créanciers puisqu’il est postérieur au jugement déclaratif de la faillite, or, le débiteur,
embarrassé dans ses affaires, peut, dans le but de se redresser, accomplir des actes qui
risquent d’empirer sa situation au détriment de ses créanciers.
C’est alors qu’il convient de contrôler la période qui précède la déclaration de la faillite,
nommée « période suspecte ».
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Il convient alors de cerner la période suspecte (A) et de déterminer son régime juridique
(B)
A) La durée de la période suspecte :
La durée de la période suspecte est strictement liée à la date de cessation des
paiements, raison pour laquelle elle est réservée à deux seules formes de procédures
collectives qui sont le règlement judiciaire et la faillite.
Pour cerner la durée de la période suspecte, il convient de préciser qu’elle s’étale sur
toute la période qui commence à courir à partir de la cessation des paiements jusqu’au
déclenchement de la procédure collective qu’il s’agisse de règlement judiciaire ou de la
faillite, sa durée ne peut, en tout les cas, dépasser les dix huit mois.
Dans le cadre du règlement judiciaire, la période suspecte s’étale entre l’ouverture des
procédures de règlement judiciaire et la date de cessation des paiements, mais dans le
cadre de la faillite, elle a pour point de départ la date de cessation des paiements et
court jusqu’au jugement déclaratif de la faillite.
En dépit du fait que la période suspecte est limitée dans le temps, elle peut devenir
parfois instable, et ce dans le cas où on change l’une des dates du début ou de la fin.
Certes, le tribunal tenu de déterminer la date de cessation des paiements est toujours
tenue de ne pas dépasser les dix huit mois. C’est ce qu’on peut déduire de l’alinéa
deuxième de l’article 439 du CC dans le cadre du règlement judiciaire, d’une part, et de
l’alinéa premier de l’article 484 selon lequel : « En cas de mise en faillite du débiteur
sans passer par les procédures de règlement judiciaire ou sans les avoir terminées le
tribunal fixe dans le jugement de faillite la date de cessation des paiements, qui ne
peut excéder dix huit mois précédant la date de jugement de faillite, ou le cas échéant,
la date de la demande de règlement judiciaire »
Seulement, si le tribunal n’épuise pas les dix huit mois et fixe une durée inférieure, la
période suspecte peut, alors être avancée par un ou plusieurs jugements, rendus sur le
rapport du juge-commissaire, soit d’office, soit à la demande de toute partie intéressée
et notamment des créanciers agissant individuellement, afin d’élargir la sphère de la
protection accordée à ces derniers.
B) Le régime juridique de la période suspecte :
Les actes de la période suspecte seront sanctionnés par la nullité, vue du coté du pouvoir
discrétionnaire accordé au juge, la nullité peut être soit d’office (article 494 CC) soit
facultative (article 495 CC).
Sont alors frappés de nullité :
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- les actes et aliénations à titre gratuit, à l’exception des dons minimes d’usages,
- les paiements anticipés,
- toute dation en paiement,
- la constitution d’une hypothèque ou d’un gage sur les biens du débiteur pour
garantie d’une dette préexistante.
D’un autre coté, peuvent être annulés, tous autres paiements faits par le débiteur pour
dettes échues et tous autres actes à titre onéreux, si ceux qui ont reçu paiement du
débiteur ou traité avec lui, avaient connaissance de la cessation de ses paiements.
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