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11 Continuite

Le chapitre XI aborde la continuité des fonctions, en définissant la continuité en un point et sur un intervalle, ainsi que les théorèmes associés. Il traite également des applications de la continuité, comme le théorème des valeurs intermédiaires, et introduit la notion de convexité. Enfin, il présente des exemples et des exercices pour illustrer ces concepts.

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Le chapitre XI aborde la continuité des fonctions, en définissant la continuité en un point et sur un intervalle, ainsi que les théorèmes associés. Il traite également des applications de la continuité, comme le théorème des valeurs intermédiaires, et introduit la notion de convexité. Enfin, il présente des exemples et des exercices pour illustrer ces concepts.

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Chapitre XI

Continuité, valeurs intermédiaires et convexité

Sommaire
A Continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
1 Continuité en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
2 Continuité sur un intervalle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
3 Théorèmes relatifs à la continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
B Applications de la continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
1 Le théorème des valeurs intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
2 Fonction continue strictement monotone sur un intervalle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3 Bijection (hors programme, mais facile à comprendre) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
C Convexité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
1 Définition et interprétation graphique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
2 Convexité et dérivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3 Application à la démonstration d’inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90

79
A. Continuité

1. Continuité en un point

Définition

Soit f une fonction définie (au moins) sur un intervalle I, et a un point de I.


On dit que f est continue en a si lim f (x) = f (a).
x→a

Remarque

• Cette définition peut sembler un peu étrange. En effet, on peut penser que si f est définie en a, alors
nécessairement lim f (x) = f (a). On va voir que ce n’est pas toujours le cas.
x→a
• Par contre, si f , définie en a, a une limite en a, cette limite ne peut être que f (a). En effet, par définition
de l’existence d’une limite ℓ en a pour f , tout intervalle centré en ℓ doit contenir toutes les valeurs f (x)
pour x suffisamment proche de a.
Donc en particulier : ℓ − ε < f (a) < ℓ + ε pour tout ε > 0, ce qui signifie que ℓ = f (a).
• Mais il faut bien se rappeler que dire lim f (x) = l signifie d’abord que cette limite existe, ce qui n’est pas
x→a
toujours le cas.

Exemple

Voici un exemple classique de fonction non continue : la fonction partie entière Ent.
On voit souvent dans la littérature la notation ⌊x⌋ pour Ent(x). Par définition :

Ent(x) = le plus grand entier inférieur ou égal à x

Graphe de la fonction partie entière

On peut voir que cette fonction n’est pas continue en tout x entier relatif. En effet, pour n ∈ Z donné :

lim ⌊x⌋ = n − 1 alors que lim ⌊x⌋ = n


x→n− x→n+

Graphiquement, on voit que la courbe présente des “sauts” aux points d’abscisses entières.

80
2. Continuité sur un intervalle
L’étude de la continuité ponctuelle se rencontre rarement au niveau du lycée, elle intervient dans deux situations
particulières :
a) les fonctions dont la définition contient des morceaux de fonctions à problème, du genre de la fonction partie
entière,
b) les fonctions définies par intervalles, comme par exemple

−1 si x < 0

f : x 7→ 0 si x = 0
1 si x > 0

Le problème posé par cette fonction est qu’au voisinage de 0 se rencontrent trois définitions : en 0, à gauche et
à droite de 0. On a d’ailleurs :
lim f (x) = lim −1 = −1 et lim f (x) = lim 1 = 1
x→0 x→0 x→0 x→0
x<0 x<0 x>0 x>0

donc f n’a pas de limite en 0, et n’y est donc pas continue.

Définition

Soit f une fonction définie (au moins) sur un intervalle I. On dit que f est continue sur I si f est continue en
tout point de I.

Il est bien entendu hors de question de faire une étude de continuité en chaque point ! Les théorèmes de la prochaine
section nous permettront de limiter cette étude aux seuls abscisses « à problème » (s’il y en a !).
Une conséquence graphique de la continuité : la courbe représentative d’une fonction continue sur un intervalle est en
un seul morceau. On doit la tracer sans lever le crayon . On verra une conséquence fondamentale de cette propriété
dans la suite de ce cours.

Exercices
• Exercices 3 et 4 p.293.
• Exercices 20, 24, 26 et 27 p.301, 29 p.302.
• Exercices 65, 66 et 67 p.307 pour approfondir.

3. Théorèmes relatifs à la continuité

i. Continuité et dérivabilité

Théorème A.1
• Si f est dérivable en a, alors f est continue en a.
• Si f est dérivable sur l’intervalle I, alors f est continue sur I.

Preuve
Il suffit de démontrer le premier point.
f (x) − f (a)
Notons, pour x ̸= a, g(x) = . On sait que la dérivabilité de f en a équivaut à l’existence d’une
x−a
limite finie pour g en a, limite appelée par définition nombre dérivé de f en a et notée f ′ (a).
On a donc, pour tout x ̸= a, f (x) = f (a) + (x − a)g(x). De lim x − a = 0 et lim g(x) = f ′ (a), on tire bien
x→a x→a
lim f (x) = f (a).
x→a
Remarquons a qu’en écrivant g(x) = g(a) + ε(x), on obtient l’écriture

f (x) = f (a) + (x − a)f ′ (a) + (x − a)ε(x) avec lim ε(x) = 0


x→a

Une telle écriture s’appelle un développement limité à l’ordre 1 de f en a.


a. juste une remarque pour ceux qui continueront des études en mathématiques, c’est pour la terminale complètement hors
programme !

81
Remarque

Attention à ne pas utiliser ce théorème dans le mauvais sens : il dit que la√dérivabilité entraîne la continuité,
mais la réciproque est fausse en général. Par exemple, les fonctions x 7→ x et x 7→ |x| sont continues en 0,
mais ne sont pas dérivables en 0.
D’ailleurs, les mathématiciens du XIXème siècle et après se sont ingéniés à découvrir des fonctions de plus en
plus pathologiques, par exemples des fonctions continues partout et dérivables nulle part !
La figure ci-dessous montre un exemple d’un tel monstre, découvert par Bernard Bolzano aux alentours des
années 1830. On construit cette courbe récursivement, en remplaçant chaque segment composant une étape
par quatre segments de droite.

Ce qu’il faut retenir de cette remarque est que la dérivabilité est une propriété plus forte que la continuité.

ii. Opérations usuelles sur les fonctions continues

Les théorèmes relatifs aux opérations sur les limites se traduisent immédiatement en théorème relatifs à la continuité.

Théorème A.2
Si f et g sont continues en a, et si λ ∈ R, f + g, λf et f × g sont continues en a. Si de plus g ne s’annule pas
f
en a, est continue en a.
g
Enfin, si f est continue en a, si g est continue en b et si f (a) = b, alors g ◦ f est continue en a.

Ce théorème et le précédent permettent de construire de nombreuses familles de fonctions continues :

Propriété A.3

• Toute fonction polynôme est continue sur R.


• Toute fonction rationnelle est continue sur tout intervalle inclus dans son ensemble de définition.
• Les fonctions exp, sin et cos et la fonction valeur absolue sont continues sur R.
• La fonction racine carrée est continue sur [0; +∞[.
Pour résumer, toutes les fonctions usuelles sont continues sur leur ensemble de définition (si l’on n’oublie
pas que la fonction partie entière n’est pas une fonction usuelle !).

82
Exemple

En 2011, la fonction I qui à un revenu imposable annuel R associe le montant de l’impôt à payer (pour une
personne seule sans réduction d’impôts) était définie comme suite :

Revenu imposable R (en euro) Impôt I (en euro)


R ⩽ 5 963 0
5 963 < R ⩽ 11 896 0,055R − 327,97
11 896 < R ⩽ 26 420 0,14R − 1 339,13
26 420 < R ⩽ 70 830 0,30R − 5 566,33
R > 70830 0,41R − 13 357,63

La fonction I est-elle continue ? Quand un contribuable se plaint qu’en changeant de tranche d’imposition, son
impôt va “exploser”, a-t-il raison ?

Exercices
Trouver les ensembles sur lesquels les fonctions suivantes sont continues :

sin x x4 + x2 + 1
f : x 7→ sin x − 3
3
, g : x 7→ , h : x 7→ 4(x − ⌊x⌋)(1 − x + ⌊x⌋)
x x2 + 1
• f est définie sur R∗ . La fonction sin est continue sur R, donc sur I1 =]0; +∞[ et I2 =] − ∞; 0[, et la
fonction x 7→ x3 est continue sur R, donc leur composée est aussi continue sur I1 et I2 .
De plus x 7→ x est continue sur I1 et I2 et ne s’y annule pas, donc x 7→ sinx x est continue sur I1 et I2 .
Ainsi, f est continue sur chacun des intervalles I1 et I2 .
Remarquons que si f n’est pas définie sur R, son graphe est très proche de celui d’une fonction continue
sur R. En fait, en ajoutant la valeur f (0) = −3, on obtient une fonction continue sur R tout entier. On dit
qu’on a prolongé f par continuité en 0. Tout se passe comme si on avait enlevé au graphe d’une fonction
continue l’un de ses points, pour la rendre discontinue en ce point.
• x4 + x2 + 1 = (x2 + 1/2)2 +√3/4, cette fonction polynôme est continue sur R et ne prend que des valeurs
strictement positives. x 7→ x est continue sur R+ , on en déduit que leur composée, qui est le numérateur
de g, est une fonction continue sur R.
Le dénominateur est une fonction continue sur R, et ne s’y annule pas. Leur quotient g est donc continu
sur R.
• Cette fonction semble bien compliquée. Essayons de simplifier son étude.
La fonction partie entière est constante sur tout intervalle de la forme ]n,n + 1[, avec n ∈ Z, et y est donc
continue. Plus précisément, cette fonction est continue en tout point d’abscisse n’appartenant pas à Z, et
il en est donc de même de h. Les seuls problèmes interviennent donc aux points d’abscisse entière.
Soit n ∈ Z. Sur [n − 1,n[, on vérifie que ⌊x⌋ = n − 1, donc

(∀x ∈ [n − 1,n[) h(x) = 4(x − (n − 1))(1 − x + (n − 1)) = 4(x − n + 1)(n − x)

donc lim− h(x) = lim− 4(x − n + 1)(n − x) = 0. De même


x→n x→n

(∀x ∈ [n,n + 1[) h(x) = 4(x − n)(1 − x + n)

donc lim+ h(x) = lim+ 4(x − n)(1 − x + n) = 0.


x→n x→n
Ainsi, h est continue en n, et ce pour tout n ∈ Z. Finalement, bien que construite à partir de la fonction
partie entière qui est loin d’être continue, h est continue sur R.
Une remarque : on aurait pu simplifier l’étude de h en remarquant que celle-ci est 1 périodique. On peut
donc se contenter d’une étude sur un intervalle d’amplitude 1.

Retenons de cet exemple que ça n’est pas parce que la définition d’une fonction fait intervenir la fonction
partie entière que cette fonction est nécessairement discontinue ! Cela donne juste une idée des endroits
où il faut faire une vérification de limite à la main, les théorèmes généraux de continuité ne s’appliquant
pas.

83
iii. Continuité et suites explicites

Jusqu’à présent, on ne disposait pas de théorème pour trouver la limite de suites composées avec une fonction, selon
le schéma :
u un
n
x f (x) = f (un ) = vn
v

Le théorème suivant va nous permettre de régler ce problème :

Théorème A.4

Soit f une fonction continue en a, et (un ) une suite convergeant vers a.


Alors la suite (vn ) définie par vn = f (un ) converge, et sa limite est f (a).

Preuve

Donnons une idée de la preuve. La continuité de f en ℓ montre que tout intervalle ouvert centré en f (ℓ) (donc
de la forme ]f (ℓ) − ε ; f (ℓ) + ε[) contient toutes les valeurs f (x) pour x suffisamment proche de ℓ, donc pour
x ∈ ]ℓ − α ; ℓ + α[ pour α suffisamment petit.
Mais comme (un ) converge vers ℓ, un ∈ ]ℓ − α ; ℓ + α[ pour n suffisamment grand, c’est-à-dire pour n ⩾ N .
Ainsi, quel que soit n ⩾ N , f (un ) appartient à l’intervalle ouvert centré en f (ℓ), ce qui est bien la définition
de la convergence de la suite (f (un ))n∈N vers f (ℓ).

Remarquons que le résultat de ce théorème est de la forme


 
lim f (un ) = f lim un
n→∞ n→∞

et c’est la continuité de f qui permet de garantir l’interversion de la limite avec l’application de la fonction.

Exemple

2n + 1
r
Soit (vn ) la suite définie par vn = .
n+2
2n + 1 √
Notant un = et f : x 7→ x, on constate que vn = f (un ). De plus,
n+2

2n + 1 2+ 1
un = = n
−−−−→ 2
n+2 1+ 2
n
n→∞

et f est continue sur [0 ; +∞[, donc en particulier en 2. √


On peut donc conclure : (vn ) converge, et sa limite est f (2) = 2.

iv. Continuité et suites récurrentes

Théorème A.5: théorème du point fixe

Soit f une fonction définie et continue sur un intervalle I, et telle que pour tout x ∈ I, f (x) ∈ I (on dit que I
est un intervalle stable pour f ).
Soit alors (un ) la suite définie par u0 = α ∈ I et, pour tout n ∈ N, un+1 = f (un ).
Si la suite (un ) converge, cela ne peut être que vers une limite ℓ solution de l’équation ℓ = f (ℓ) (on dit que ℓ
est un point fixe de f ).

Preuve

Supposons que (un ) converge vers une limite finie ℓ. Alors la suite (vn ) définie par vn = un+1 converge elle
aussi vers ℓ.
D’autre part, d’après le théorème de la section précédente, la suite (wn ) définie par wn = f (un ) converge vers
f (ℓ), puisque par hypothèse f est continue sur I, donc en ℓ.
Comme ces deux suites sont égales, elles doivent converger vers la même limite, donc ℓ = f (ℓ).

84
Exemples

1. Soit (un ) la suite définie par u0 = 0 et, pour tout n ∈ N, un+1 = 6 + un .

Notant f : x → 7 6 + x, on vérifie que f est continue sur [0 ; +∞[, et que pour tout x ⩾ 0, f (x) ⩾ 0.

u0 u1 u2 3

On conjecture que pour tout n ∈ N, un ⩽ un+1 ⩽ 3, et on le démontre par une récurrence simple.
On en déduit que la suite (un ) est croissante, majorée par 3, donc elle doit converger vers un réel ℓ,
d’après le théorème de convergence des suites monotones.
Cette limite ℓ vérifie :
▷ ℓ ⩽ 3 (par application du théorème de passage à la limite dans les inégalités),
▷ ℓ = f (ℓ) (par application du théorème du point fixe).
Or
√ ℓ2 = 6 + ℓ

ℓ = f (ℓ) ⇐⇒ ℓ = 6 + ℓ ⇐⇒ ⇐⇒ ℓ = 3
ℓ⩾0
Donc la suite (un ) converge vers 3.
Il a fallu pas moins de trois théorèmes pour prouver la convergence de (un ) et trouver sa limite !
2. Voici maintenant un exemple dans lequel on prouve la divergence d’une suite.
Soit (un ) la suite définie par u0 = 0 et, pour tout n ∈ N, un+1 = u2n + 1.
▷ Cette suite est croissante. En effet, un+1 − un = u2n − un + 1 > 0, le trinôme x2 − x + 1 ayant un
discriminant strictement négatif.
▷ Donc de deux choses l’une : soit cette suite converge (vers une limite positive ou nulle), soit elle
diverge vers +∞.
▷ Si elle convergeait, sa limite ℓ devrait vérifier ℓ = ℓ2 + 1. Mais comme on l’a vu plus haut, cette
équation n’a pas de solution réelle.
▷ L’hypothèse de convergence menant à une absurdité, on conclut que la suite (un ) diverge vers +∞.

Exercices
• Exercices 7 et 8 p.295.
• Exercices 36 p.302, 38 et 39 p.303.
• Exercices 40, 41 et 42 p.303 pour des exemples d’études de suites définies par une relation de récurrence.
• Exercices 70 et 73 p.308 pour aller plus loin.

B. Applications de la continuité
On a vu dans la première partie une conséquence graphique de la notion de continuité sur un intervalle. Nous allons
traduire cette notion intuitive sous la forme d’un théorème fort utile en analyse.

1. Le théorème des valeurs intermédiaires

Théorème B.1
Soit I un intervalle de R, a et b deux éléments de I tels que a < b. Soit encore f une fonction continue sur I.
Si λ est un réel compris entre f (a) et f (b), il existe c ∈ I tel que f (c) = λ.

85
Les applications sont innombrables, de l’existence de solutions à des équations jusqu’à un encadrement de ces solutions
par la méthode de dichotomie (pour les ordinateurs) ou de balayage .

Exemple

Considérons l’équation x3 = 3x + 1.
Notant f : x 7→ x3 − 3x − 1, on a f ′ (x) = 3(x2 − 1), donc le tableau de variations de f est de la forme

x −∞ −1 1 +∞
f (x)

+ 0 − 0 +
1 +∞
f
−∞ −3

On en déduit l’existence d’une solution α à l’équation f (x) = 0 dans l’intervalle [−1 ; 1] (et deux autres solutions,
nous en parlerons plus bas). Comme f (0) = −1, α ∈ [−1 ; 0].
En faisant un balayage dans l’intervalle [−1 ; 0] de pas 10 1
, on trouve que f (−0,4) > 0 > f (−0,3), donc
−0,4 < α < −0,3.
Par un nouveau balayage dans l’intervalle [−0,4 ; −0,3], de pas 100 1
, on vérifie que f (−0,35) > 0 > f (−0,34),
donc −0,35 < α < −0,34.
Chaque balayage fait gagner une décimale, ce qui est bien plus efficace que la méthode consistant à effectuer
un balayage initial dans l’intervalle [−1 ; 0] de pas 10−n .

2. Fonction continue strictement monotone sur un intervalle

Théorème B.2

Si f est continue et strictement croissante sur l’intervalle I = [a; b], l’image de l’intervalle I par f est [f (a); f (b)],
et tout réel de cet intervalle est atteint une unique fois (autrement dit pour tout λ ∈ [f (a); f (b)], l’équation
f (x) = λ admet une unique solution.
On dit que f réalise une bijection de l’intervalle [a; b] dans l’intervalle [f (a); f (b)].

Preuve

La stricte croissance de f assure que f (a) ⩽ f (x) ⩽ f (b) pour tout x ∈ [a,b].
La continuité assure l’existence de solutions pour chaque équation f (x) = λ, la stricte croissance assure l’unicité.

On peut citer un théorème plus général, mais moins facile à énoncer clairement :

Théorème B.3

Soit f une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle I (borné ou non). Notons λ et µ les
limites de f aux extrémités de l’intervalle I (λ et µ désignant des réels, +∞ ou −∞).
Alors l’image de I par f est un intervalle d’extrémités λ et µ (incluses ou exclues selon la nature de l’intervalle
I), et pour tout réel k compris entre λ et µ, l’équation f (x) = k admet une unique solution.

Si par exemple I =] − ∞,b], si lim = λ et si µ = f (b), et si f est strictement décroissante sur l’intervalle I, alors
x→−∞
l’image de I par f est [µ,λ[.
Tout cela est bien plus clair sur un dessin.
On retiendra en particulier que l’image par une fonction continue d’un intervalle est un intervalle (attention : réciproque
fausse !).

Exercices
• Exercices 11 et 12 p.297.
• Exercices 46 et 50 p.303.
• Exercices 75 et 77 p.309.

86
3. Bijection (hors programme, mais facile à comprendre)
Si f vérifie les hypothèses du théorème précédent, on dit que f réalise une bijection de I sur J = f (I). Ceci permet de
définir une application g, de J dans I, de la façon suivante : pour tout x ∈ J, g(x) est l’unique solution de l’équation
f (t) = x.
On a ainsi : pour tout x ∈ I, g(f (x)) = x, et pour tout y ∈ J, f (g(y)) = y.
On dit que g est la fonction réciproque de f , et que f et g sont des bijections réciproques. L’étude des propriétés de
cette fonction réciproque n’est pas au programme. On peut démontrer que g a le même sens de variation que f , et
que g est continue sur J (ce qui n’est pas tout à fait évident).

Exemples

• Les fonctions f : R+ → R, x 7→ x2 et g : R+ → R, x 7→ x sont réciproques l’une de l’autre (attention, il
ne faut pas considérer la fonction f sur R tout entier !).
• La restriction de la fonction sin à l’intervalle [−π/2; +π/2] est continue, strictement monotone, et a pour
image l’intervalle [−1; 1]. Ceci permet de définir une fonction réciproque, de l’intervalle [−1; 1] dans R.
Cette fonction s’appelle la fonction arcsinus, se note arcsin, et correspond à la touche asin ou sin−1 sur
votre calculette.
π/2

−π/2 −1 1 π/2

−1

−π/2

Cherchez par vous-même des fonctions réciproques pour les fonctions cos et tan (ou pour leurs restrictions
à des intervalles convenables !).
2x + 1
• Soit f définie sur R \ {1} par f (x) = .
x−1
Il est assez facile de vérifier que la restriction de f à l’intervalle I =]1 ; +∞[ est continue et strictement
décroissante. On a lim+ f (x) = +∞ et lim f (x) = 2. f réalise donc une bijection de l’intervalle I sur
x→1 x→+∞
l’intervalle J =]2; +∞[.
Cherchons une expression de la fonction réciproque g.
2y + 1
Dire que y = g(x) revient à dire que x = f (y) = . Il s’agit donc de résoudre l’équation d’inconnue
y−1
y:
2y + 1 1+x
x= ⇐⇒ x(y − 1) = 2y + 1 ⇐⇒ y(x − 2) = 1 + x ⇐⇒ y =
y−1 x−2

y x

On remarque, et c’est bien le cas, que les deux courbes représentatives sont symétriques par rapport à la
droite d’équation y = x (la première diagonale).

87
C. Convexité

1. Définition et interprétation graphique

Définition
Soit f une fonction définie sur un intervalle I, et C sa courbe représentative dans un repère.

• On dit que f est convexe sur I si pour tous • On dit que f est concave sur I si pour tous
points A et B distincts de C , le segment [AB] points A et B distincts de C , le segment [AB]
est au dessus de la courbe C entre A et B. est en dessous de la courbe C entre A et B.

C C

• B
A•
A• • B

Voici une façon plus formelle d’exprimer la convexité d’une fonction :

Théorème C.1
Soit f une fonction définie sur un intervalle I. f est convexe sur I si pour tous réels a et b de I, et pour tout
t ∈ [0 ; 1],
f ((1 − t)a + tb) ⩽ (1 − t)f (a) + tf (b)
f est concave sur I si l’inégalité est dans l’autre sens.

Preuve

Commençons par constater que (1 − t)a + tb = a + t(b − a), et donc que lorsque t parcourt l’intervalle [0 ; 1],
x = (1 − t)a + tb = a + t(b − a) parcourt a l’intervalle [a ; b].
De la figure

B
f (b)

M′
y2
y1
M

A N
f (a) C

a x b

on extrait une configuration de Thalès qui nous permet d’écrire :

M ′N AN y2 − f (a) x−a (1 − t)a + tb − a


= ⇐⇒ = = =t
BC AC f (b) − f (a) b−a b−a

donc
y2 = f (a) + t(f (b) − f (a)) = (1 − t)f (a) + tf (b)
Comme d’autre part y1 = f (x) = f ((1 − t)a + tb), le fait que la fonction soit convexe est équivalent au fait que
le point M se situe en dessous du point M ′ , soit que y1 ⩽ y2 , soit

f ((1 − t)a + tb) ⩽ (1 − t)f (a) + tf (b)


a. Plus précisément, x = (1 − t)a + tb = a + t(b − a) est le point d’abscisse t sur la droite réelle si l’on place l’origine en a et le
point d’abscisse 1 en b.

88
Exemples

• La fonction carré et la fonction exponentielle sont convexes sur R.


• La fonction racine carrée et la fonction ln (voir prochain cours) sont concaves sur ]0 ; +∞[.

Peu de fonctions sont convexes ou concaves sur l’intégralité de leur ensemble de définition. Étudier la convexité d’une
fonction f revient à découper son ensemble de définition en sous-intervalles sur lesquels elle est soit convexe, soit
concave 1 .

Exercices
• Exercices 13 et 14 p.267.
• Exercices 46 p.274, 47, 48 et 49 p.275.

2. Convexité et dérivation

Une caractérisation alternative de la convexité, lorsque la courbe de la fonction admet une tangente en tout point (i.e.
lorsque la fonction est dérivable sur I) est la suivante :

Propriétés C.2

Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I, et C sa courbe représentative dans un repère.
• f est convexe sur I si et seulement si la courbe C est entièrement au dessus de chacune de ses tangentes.
• f est concave sur I si et seulement si la courbe C est entièrement en dessous de chacune de ses tangentes.

Preuve
Cette preuve n’est absolument pas exigible, elle est là pour ceux qui veulent aller plus loin.
Reprenons l’inégalité de convexité vue plus haut :

f ((1 − t)a + tb) ⩽ (1 − t)f (a) + tf (b)

Retranchons f (a) de chaque côté, et divisons par x − a = (1 − t)a + tb − a = t(b − a) :

f (x) − f (a) (1 − t)f (a) + tf (b) − f (a) t(f (b) − f (a)) f (b) − f (a)
⩽ = =
x−a t(b − a) t(b − a) b−a

Si l’on fait tendre t vers 0, ce qui revient à faire tendre x vers a, la fraction de gauche tend vers f ′ (a). On en
déduit, par conservation des inégalités par passage à la limite :

f (b) − f (a)
f ′ (a) ⩽ ⇐⇒ f (b) ⩾ f (a) + (b − a)f ′ (a)
b−a
Or le nombre de droite et l’ordonnée du point d’abscisse b de la tangente à la courbe, ce qui permet bien de
conclure que le point d’abscisse b de la courbe est au dessus du point d’abscisse b de la tangente.
Comme ceci ne dépend pas de a et b dans l’intervalle I, on en déduit le résultat.

Lors d’un changement de sens de convexité se produit un phénomène intéressant :

Définition
Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I, et C sa courbe représentative dans un repère.
On dit que A(a ; f (a)) est un point d’inflexion de C si la courbe C traverse sa tangente au point A.

1. tout comme étudier les variations d’une fonction revient à découper son ensemble de définition en sous-intervalles sur lesquels elle est
soit croissante, soit décroissante.

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Exemple

Considérons la fonction f : x 7→ x3 . La tangente au point d’abscisse 0 a pour équation


y = 0 (c’est l’axe des abscisses), et la courbe représentative de f traverse cette tangente.
O
Ainsi, O(0 ; 0) est un point d’inflexion de la courbe de la fonction cube.

De même qu’on étudie les variations d’une fonction en étudiant le signe de sa dérivée, l’étude de la convexité d’une
fonction va passer par l’étude de ses dérivées successives. Voici un premier théorème reliant la notion de convexité à
une propriété de la dérivée :

Théorème C.3
Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I.
• f est convexe sur I si et seulement si f ′ est croissante sur I.
• f est concave sur I si et seulement si f ′ est décroissante sur I.

On est donc amené à étudier les variations de la dérivée f ′ de f . Or, on dispose d’un outil efficace pour l’étude de ces
variations : la dérivation. Commençons par une définition.

Définition
Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I.
Si f ′ est elle-même dérivable sur I, on appelle dérivée seconde de f et on note f ′′ la fonction dérivée de f ′ .
On dit dans ce cas que f est deux fois dérivable sur I .

On déduit de cette définition un outil d’étude de la convexité :

Théorème C.4
Soit f une fonction dérivable deux fois sur I.
• f est convexe sur I si et seulement si f ′′ est positive sur I.
• f est concave sur I si et seulement si f ′′ est négative sur I.

Un point d’inflexion apparaît alors comme un point en lequel le sens de variation de f ′ change, donc un point en
lequel la dérivée seconde s’annule en changeant de signe.

Exemple

Reprenons la fonction cube f : x 7→ x3 vue plus haut. f est dérivable sur R, et f ′ (x) = 3x2 . On remarque que
f ′ est elle-même dérivable sur R, et que f ′′ (x) = 6x. Dressons le tableau de signe de f ′′ (x) :

x −∞ 0 +∞
f ′′ (x) − 0 +

On retrouve bien le fait que O(0 ; 0) est point d’inflexion de la courbe C de f , mais aussi que la courbe est
convexe sur [0 ; +∞[ et concave sur ]−∞ ; 0].

3. Application à la démonstration d’inégalités


La convexité est souvent utilisée pour démontrer des inégalités. Voici deux exemples :

Exemples

• Montrons que pour tout x ∈ R, ex ⩾ 1 + x.


La fonction exp est strictement convexe sur R, donc sa courbe est au dessus de toutes ses tangentes.
La tangente au point d’abscisse 0 a pour équation y = x + 1, d’où le résultat.

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• Démontrons maintenant l’inégalité arithmético-géométrique :
√ a+b
ab ⩽
2

qui dit que la moyenne géométrique ab de deux réels est toujours inférieure ou égale à leur moyenne
a+b
arithmétique .
2
La fonction racine carrée est concave sur R+ , donc quelques que soient a et b positifs,


r
a+b 1 √
⩾ ( a + b)
2 2

Élevons au carré :
a+b 1 √ 
⩾ a + 2 ab + b
2 4
a+b √
ce qui donne bien, après simplification, ⩾ ab.
2

Voici pour finir quelques exercices d’application et d’approfondissement :

Exercices
• Exercices 17 et 18 p.271.
• Exercice 52 et 53 p.275, 54, 59 et 63 p.276.
• Exercice 79 p.280, 88 et 89 p.282.
• Exercice 99 p.286 et 100 p.287 pour aller plus loin.

Résumé du cours sur la continuité

Point méthode
• Pour étudier la continuité d’une fonction f sur un inervalle I, on procédera dans cet ordre :
1- si f est dérivable sur I, alors f est continue sur I (bien entendu, il faudra d’abord prouver que la
fonction f est bien dérivable !) ;
2- si f est un « assemblage » (somme, produit, quotient, composée) de fonctions usuelles (fonctions
“bizarres” genre partie entière exclues), alors f est continue sur son ensemble de définition ;
3- dans le cas où f est définie “par intervalles”, on prouvera la continuité sur chaque sous-intervalles
ouverts, puis on étudiera les limites en chaque point où deux définitions se rencontrent.
• Si l’on doit utiliser la continuité d’une fonction f , on se trouvera en général dans l’un des cas suivants :
1- continuité et suites :
— si un = f (vn ), si (vn ) converge vers ℓ, et si f est continue en ℓ, alors (un ) converge vers f (ℓ) ;
— si (un ) est définie par une relation de récurrence de la forme un+1 = f (un ), et si la fonction
f est continue, alors (un ) ne peut converger que vers un point fixe de f , soit une solution de
l’équation f (x) = x.
2- continuité et équations :
Pour étudier une équation de la forme f (x) = k, avec f continue sur un intervalle I, on trouvera un
intervalle [a ; b] sur lequel f (a) et f (b) sont de part et d’autre de k, et on appliquera le théorème des
valeurs intermédiaires.
Pour compter le nombre de solutions d’une telle équation, il sera le plus souvent nécessaire d’étudier
les variations de f .
On notera que si la question est « résoudre l’équation », alors il faudra en général utiliser des
outils algébriques pour trouver les solutions, alors que si la question est de la forme « montrer que
l’équation a n solutions », il faudra le plus souvent utiliser la continuité et la monotonie.

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