Cours de Droit Des Obligations l2-s3
Cours de Droit Des Obligations l2-s3
Année : 2024-2025
AUTEUR :
CHAIBOU SOULEY Maman Bachare, Doctorant en droit privé
Mail : [email protected]
References bibliographiques
- BÉNABENT (A.), Droit des obligations, L.G.D.J., 14e éd., 2014, 730 pp.
- FLOUR (J.), AUBERT (J.), SAVAUX (E.), Les obligations, vol. 1, l’acte juridique, Paris, Sirey,
15e éd., 2012, 439 pp.
Filiga M. SAWADOGO et Dominique W. KABRE, Théorie générale des obligations, éd. 2020.
- MAINGUY (D.), Contrats spéciaux, Dalloz, Paris, 9e éd., 2014, 640 pp.
1 COURS DE DROIT DES OBLIGATIONS L2-S3
Dans cette introduction seront brièvement fixées la définition (A) et la classification (B)
des obligations. Le plan sommaire du Cours y sera également indiqué (C).
A. Définition de l’obligation
L’obligation est le rapport juridique qui existe entre deux personnes, en vertu duquel l’une
(le débiteur) doit faire quelque chose pour l’autre (le créancier). Ainsi, l’obligation
implique :
- un lien de droit entre deux personnes : un sujet passif déterminé qui est le
débiteur et un sujet actif déterminé qui est le créancier. Considérée du côté du
débiteur, l’obligation fait naître une dette. Envisagée du côté du créancier,
l’obligation fait naître une créance ;
- un objet précis : qui consiste en une prestation quelconque, cette prestation
pouvant être négative ou positive ;
- une contrainte : qui signifie que le débiteur peut être sanctionné lorsqu’il
n’exécute pas ce à quoi il est tenu.
B. La classification des obligations
Les obligations sont variées en droit. On les classe généralement selon leur objet (1), leur
nature (2) ou suivent leur source (3).
L’objet de l’obligation est ce sur quoi elle porte, ce dont le débiteur est tenu, la prestation
qu’il doit réaliser au profit du créancier. La principale classification des obligations
d’après leur objet est celle retenue par le Code civil (voir notamment les articles 1101 et
1126). Il s’agit de :
Les sources de l’obligation sont les évènements qui peuvent lui donner naissance. Ces
sources sont nombreuses mais forcement limitées par la loi car l’obligation est une
atteinte à la liberté naturelle d’agir ou de ne pas agir de l’homme. C’est l’article 1370 du
Code civil qui vise ces sources en ces termes : « Certains engagements se forment sans
qu'il intervienne aucune convention, ni de la part de celui qui s'oblige, ni de la part de celui
envers lequel il est obligé. Les uns résultent de l'autorité seule de la loi ; les autres naissent
d'un fait personnel à celui qui se trouve obligé. Les premiers sont les engagements formés
involontairement, tels que ceux entre propriétaires voisins, ou ceux des tuteurs, et des
autres administrateurs qui ne peuvent refuser la fonction qui leur est déférée. Les
engagements qui naissent d'un fait personnel à celui qui se trouve obligé résultent ou des
quasi-contrats, ou des délits ou quasi-délits ». De cette disposition, il se dégage cinq
sources des obligations : les contrats, les quasi-contrats, les délits, les quasi-délits et la loi.
Les contrats (ou conventions) sont des accords de volonté en vue de produire
des effets de droit ;
Les quasi-contrats sont définis par l’article 1371 comme les faits purement
volontaires de l’homme, dont il résulte un engagement quelconque envers un tiers,
et quelquefois un engagement réciproque des deux parties. Les quasicontrats sont
au nombre de trois : la gestion d’affaires, la répétition de l’indu et l’enrichissement
sans cause ;
Les délits et quasi-délits, contrairement aux quasi-contrats, sont des faits illicites
ou contraires à la loi et, s’ils causent un dommage à autrui, ils obligent leurs auteurs
à le réparer. Le délit implique la volonté d’agir de façon illicite tandis que le quasi-
délit résulte d’une imprudence ou d’une négligence, c’est-àdire d’une faute
involontaire.
Les obligations légales, comme celles des parents vis-à-vis de leurs enfants ou
celles entre propriétaires mitoyens, sont celles qui, prévues par la loi, ne
ressortissent pas des quatre autres sources.
Cette classification des obligations d’après leur source, issue Code civil, a été critiquée et
pour cela certains auteurs ont estimé qu’il serait plus approprié de regrouper les diverses
sources de l’obligation en deux groupes : les actes juridiques et les faits juridiques,
distinction qui sera retenue dans le cadre de ce cours.
L’acte juridique est une manifestation de volonté destinée à produire des conséquences
juridiques recherchées par son auteur. L’acte juridique se distingue du fait juridique qui
désigne un fait volontaire ou involontaire de l’homme qui produit des effets de droit non
recherchés par son auteur (c’est le cas des quasi-contrats, des délits et quasidélits).
IL existe deux principaux actes juridiques : l’acte unilatéral et le contrat. L’acte unilatéral
est la manifestation de volonté d’une seule personne en vue de produire des effets de
droits recherchés par cette dernière. On peut en donner l’exemple du testament. Il est très
rare en droit. Aussi pour des contraintes du temps, l’acte unilatéral ne sera pas étudié ici.
Avant d’entrer de plein pied dans l’étude des règles générales applicables aux contrats il
convient de cerner la notion du contrat (A), les fondements du droit des contrats (B) et
l’évolution du droit des contrats (C).
A. La notion de contrat
L’étude du droit des contrats suppose d’appréhender des réalités très nombreuses et
diversifiées. En effet, La richesse tant quantitative que qualitative des contrats pose la
problématique de leur définition commune (a) qui est le symbole de leur unité et celle de
leur classification (b) qui est le gage de leur diversité.
Premier sens juridique du contrat. Le contrat désigne un accord de volonté entre deux ou
plusieurs personnes portant sur un objet (patrimoniale) déterminé1. C’est cette signification
que le Code civil de 1804 applicable au Niger donne au contrat : « une convention par
laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner,
à faire ou à ne pas faire quelque chose ». Il convient de faire quelques observations à
propos de cette définition.
Tout d’abord, à travers cette définition, le Code civil présente le contrat comme une espèce
particulière de la convention dont l’unique objet se limiterait à la création de ou des
1
Par exemple, il y a contrat lorsque SANI consent à louer sa nouvelle maison à LAWALI. Il s’agit, plus
précisément ici, d’un contrat de bail d’immeuble.
obligations. C’est cette position qu’avaient défendu les anciens juristes, pour qui, le
contrat aurait un domaine plus restreint que celui de la convention : l’objet de celle-ci
dépasserait la seule création d’obligation et atteindrait, en plus, la transmission et
l’extinction des obligations2.
Ensuite, il ressort de la définition du contrat donnée par le Code civil que le contrat
implique la réunion de trois éléments :
Second sens juridique du contrat. Dans cette hypothèse, le contrat désigne l’acte écrit qui
contient cet accord ou retraçant celui-ci. C’est dans ce sens qu’on parle de contrat
authentique ou contrat sous seing privé.
L’immense diversité des contrats est frappante : la vente, le bail, le prêt, le cautionnement,
la donation, l’assurance, l’affacturage, le contrat de société, pour ne citer que ceux-là. S’il
est vrai que tous ces contrats peuvent répondre à des traits communs (par exemple,
l’unité de définition), il est indéniable que chacun d’eux dispose des caractéristiques
propres qui le particularisent sur le plan de la réglementation. C’est pourquoi il est
important de classer les contrats.
2
PLANIOL, traité de droit civil, t. II, p. 363 : « le contrat est une espèce particulière de convention, dont le
caractère propre est d'être productif d'obligations ».
plusieurs autres, sans que, de la part de ces dernières, il y ait d'engagement ». Est
synallagmatique, donc, le contrat dans lequel les parties prennent des engagements
réciproques. C’est l’exemple de la vente où le vendeur s’oblige à livrer la chose et
l’acheteur à payer le prix. Dans le contrat unilatéral, par contre, une seule des parties
seulement s’oblige. C’est le cas de la donation où seul le donateur prend un engagement.
Sur le fond, il existe des règles qui s’appliquent dans le cadre du contrat synallagmatique
et non dans le contrat unilatéral. C’est le cas de l’exception d’inexécution et de la
résolution…
Contrat à titre gratuit (ou de bienséance) et contrat à titre onéreux. Cette distinction est
portée par les articles 1105 qui prévoit que « le contrat de bienfaisance est celui dans
lequel l'une des parties procure à l'autre un avantage purement gratuit » et 1106 selon
lequel, « le contrat à titre onéreux est celui qui assujettit chacune des parties à donner ou
à faire quelque chose ».
Contrat commutatif et contrat aléatoire. C’est l’article 1104 du Code civil qui instaure cette
distinction. Au terme de ce texte le contrat « est commutatif lorsque chacune des parties
s'engage à donner ou à faire une chose qui est regardée comme l'équivalent de ce qu'on
lui donne, ou de ce qu'on fait pour elle. Lorsque l'équivalent consiste dans la chance de
gain ou de perte pour chacune des parties, d'après un événement incertain, le contrat est
aléatoire ». Il résulte de ce texte qu’est commutatif le contrat dans lequel les prestations
des parties sont fixées et connues d’avance au moment de la formation : le bail par
exemple. En revanche, est aléatoire celui où la prestation de l’une des parties dépend d’un
évènement incertain : le contrat d’assurance par exemple.
La distinction trouve sa raison d’être dans le fait que la lésion n’est pas invocable comme
cause de la dissolution du contrat dans le contrat aléatoire.
Contrat nommé et contrat innommé. Cette distinction n’est pas expressément prévue par
le Code mais résulte de son interprétation. Le contrat nommé est celui qui est prévue,
défini et réglementé par un texte de loi tandis que le contrat innommé est celui qui ne l’est
pas.
Cette distinction est importante au point de la détermination des règles applicables aux
deux catégories en question. Le contrat nommé est en principe d’un régime précis contenu
dans un corps de règles existant. Par contre, le contrat innommé n’est pas doté d’un
régime existant préalablement à sa conclusion. Fruit d’une création de la pratique il
consiste souvent en un mélange de deux ou plusieurs contrats nommés : contrat cadre,
crédit-bail…cette mixité rend complexes les règles qui lui sont applicables.
Contrat instantané et contrat successif. Dans le premier, le contrat est exécuté en un seul
moment alors que dans le second l’exécution s’échelonne dans le temps.
Contrat de gré à gré et contrat d’adhésion. Le contrat d’adhésion est imposé à l’une des
parties (assurance, prêt bancaire, transport…) alors que le contrat de gré à gré est le fruit
d’une négociation véritable entre les parties.
L’intérêt de la distinction tient au fait qu’en matière des contrats d’adhésion, il existe des
règles impératives protégeant la partie faible.
L’étude du droit des contrats est complexe car, le contrat est un phénomène social. Sa
réglementation suppose la prise en compte de certaines valeurs sociales que promeut la
société pour l’atteinte des finalités précises. Le droit des contrats repose donc sur des
valeurs, des présupposés, des fondements qu’il faille chercher.
A la question de savoir quel est le fondement du droit des contrats, les auteurs apportent
des réponses différentes. L’ensemble du débat porte sur une ancienne théorie dénommée
la théorie de l’autonomie de la volonté : il s’agit de savoir si cette théorie peut fonder ou
non le droit des contrats. Certains auteurs répondent par oui(a) et d’autres par non (b).
D’autres fondements ont aussi été proposés en dehors de la théorie de l’autonomie de la
volonté (c).
La théorie de l’autonomie de la volonté sera définie avant de préciser ses origines et ses
manifestations dans le Code civil.
Signification. La théorie de l’autonomie de la volonté signifie que les individus sont libres
de vouloir et de se soumettre au contrat ; l’existence du contrat et sa force contraignante
repose exclusivement sur la volonté des individus et non sur la loi. Le contrat est vu
comme l’expression du pouvoir de l’homme de s’obliger par sa seule volonté.
3
E. KANT, doctrine du droit. 4
E. KANT, doctrine du droit.
Le second est le libéralisme économique qui a marqué l’Europe au XIX e siècle. Selon ce
courant de pensée, le domaine de l’économie, c’est-à-dire toutes les activités de
production et d’échange des richesses, doit relever uniquement de la sphère privée. A cet
égard, l’Etat doit rester à l’écart de ces activités en s’abstenant de prendre des mesures
visant à diriger l’économie qui relève de la liberté des individus : c’est tout le sens du
fameux axiome, « laisser faire, laisser passer ». Etant donné que le contrat est le support
juridique des rapports économiques, il fallait donc le libéraliser, le réserver à l’initiative
des individus. Libéraliser le contrat était vu comme le seul moyen d’établir des rapports
justes et utiles entre les individus. En ce sens, un auteur disait que « quand quelqu’un
décide de quelque chose à l’égard d’un autre, il est toujours possible qu’il lui fasse quelque
injustice : mais toute injustice est impossible quand il décide pour luimême »4.
En somme, c’est des idées de liberté naturelle de l’homme (XVIIIe siècle ou siècle des
lumières) et du libéralisme économique (XIXe siècle) que la théorie de l’autonomie de la
volonté est née : elle est donc une doctrine juridique qui transpose des idées
philosophiques et économiques en droit et dont la manifestation peut être prouvée dans
le Code civil.
Il en va ainsi, en fin, du principe de la relativité du contrat (art. 1165 C. civ.) qui délimite
le champ d’application personnel du contrat sur la base du critère de la volonté : les effets
4
Sous réserve de l’article 6 du même Code qui limite le pouvoir de la volonté par l’ordre public et les bonnes
mœurs.
du contrat s’appliquent aux seules personnes qui l’ont voulu ; à ceux qui ne l’ont pas voulu,
il ne s’applique point.
Il découle des idées précédentes qu’il est indéniable que la volonté occupe une place
centrale dans les règles qui gouvernent le contrat. Cependant, il serait exagéré d’en
déduire que la volonté est autonome en droit des contrats. C’est pourquoi une partie de
la doctrine soutient que la théorie de l’autonomie de la volonté ne peut constituer le
fondement du droit des contrats.
Cette théorie repose sur des postulats contestables et ne peut être vérifiée dans le droit
contemporain des contrats.
Tout d’abord, la liberté naturelle (liberté absolue) ne peut se concevoir au sein d’une
société organisée car, une liberté absolue conduit à l’anarchie. La vie en société impose
des limites à la liberté des individus pour instaurer une certaine accalmie. En matière
contractuelle, cela veut dire que les parties restent libres de conclure ou non un contrat
mais ne peuvent le faire que dans le cadre strict fixé par la société et donc par la loi.
Enfin, il serait moralement inexact de dire que ce qui est contractuel est nécessairement
juste. Ce qui est accepté par contrat n’est pas toujours juste ou équitable. La partie
économiquement plus forte peut vouloir imposer ses conditions à celle qui est
économiquement faible.
Dans le Code civil, le souci de sauvegarder l’ordre public et les bonnes mœurs a conduit le
législateur à poser un frein à la liberté des parties en leur interdisant de conclure des
conventions contraires à l’ordre public ou aux bonnes mœurs. De manière plus générale,
S’agissant des limitations résultant des lois particulières, on peut noter, d’abord, celle
provenant du Code CIMA des assurances. Le souci d’assurer l’indemnisation des victimes
d’accident de circulation a conduit le législateur CIMA à instituer l’assurance automobile
obligatoire, ce qui est une limitation de la liberté de conclure ou de ne pas conclure. Aussi,
on peut citer l’Acte Uniforme relatif au Droit Commercial Général qui impose le
renouvellement du bail professionnel au bailleur. Cette mesure se justifie par la nécessité
de protéger le locataire professionnel pour sécuriser son activité contre une rupture
hâtive du bail. Elle implique, du même coup, la limitation de la liberté du bailleur qui se
voit imposer l’obligation de renouveler son contrat de bail. Les exemples peuvent être
multipliés à plaisir…
Il résulte de ce qui précède que la volonté ne peut être « l’alpha et l’oméga » du contrat :
elle ne peut être la seule valeur qui entre en ligne de compte dans l’établissement des
règles applicables aux contrats. Certains impératifs tels que l’ordre public, les bonnes
mœurs, la protection de l’une des parties conduisent à réduire le rôle de la volonté. C’est
sur la base de cette idée que l’autonomie de la volonté est contestée et qu’on a cherché à
lui substituer d’autres fondements.
Plusieurs nouveaux fondements ont été proposés au droit des contrats. Toutefois, notre
étude portera sur trois d’entre eux : la théorie du solidarisme contractuel, la théorie de
l’utile et le juste et la théorie du volontarisme social.
La théorie du volontarisme social. Selon cette théorie la volonté tient, de la loi, le pouvoir
de faire le contrat. Mais cette faculté s’exerce dans le cadre strict fixé par la loi. Cette idée
s’explique par le fait que la volonté tire son pouvoir créateur du droit de la loi. Autrement
dit, c’est la loi qui confère, par délégation, aux individus le pouvoir de créer des obligations
contractuelles dans le but de pourvoir à leurs intérêts. Ainsi, la volonté peut initier la
conclusion du contrat (d’où le mot volontarisme) ; mais l’exercice de cette faculté est
réglementé par la loi et donc par la société (d’où l’adjectif social qui accompagne le
volontarisme).
Comme toute autre discipline sociale, le droit des contrats évolue aux grés des évolutions
des mentalités, des idiologies…il faut donc appréhender l’évolution du droit des contrats
afin d’en cerner le sens (a) et la portée (b).
Pour inventorier les modifications intervenues dans cette matière, il faut remonter jusqu’à
18045, époque d’adoption du Code civil applicable au Niger. De manière synthétique, on
peut situer cette évolution à 2 niveaux : la formation du contrat et les effets du contrat.
Dans sa version issue du Code civil de 1804, le droit des contrats ne contenait pas
beaucoup d’exigences de formalités. Mais plus tard, certains contrats se verront soumis
aux formalités de publicité pour leur opposabilité aux tiers : c’est le cas, par exemple, des
contrats emportant transfert de propriété immobilière. D’autres, par contre, se verront
soumis à l’exigence de l’écrit pour leur validité. On exige même, souvent, que cet écrit
contienne certaines mentions dans le but d’éclairer et de protéger la partie faible.
En second lieu, la liberté contractuelle fut limitée. Dans le Code civil de 1804, la seule limite
importante à la liberté des parties était celle posée par l’article 6 qui interdit aux parties
de déroger, par leur contrat, à l’ordre public et aux bonnes mœurs.
5
A cause du caractère importé du droit des contrats nigérien, on ne peut pas, s’agissant de l’étude de son évolution,
se limiter à la seule époque des indépendances (1960), époque à laquelle le Niger a eu sa propre législation.
Retracer l’évolution de cette matière uniquement à partir des années 1960 conduirait à masquer un pan entier de
l’histoire de cette matière. Or, un droit sans histoire est un droit sans avenir ; ne sachant d’où il vient, il ne saura
d’où il va ! (paraphrase d’une citation tirée du cours d’histoire du droit professé par GBAGO B. Georges).
D’ailleurs, cette étude gagnerait à être prolongée jusqu’au droit romain dont s’inspire largement le droit français.
Mais par la suite, les atteintes à la liberté contractuelle se sont multipliées. D’abord,
certaines personnes se sont vues imposer la conclusion d’un contrat sous peine des
sanctions : assurance automobile obligatoire (CIMA) par exemple ; ensuite, d’autres ont
vu la possibilité de choisir la personne avec laquelle elles vont conclure limitée : (une loi
a imposé aux bailleurs de proposer, en priorité, la vente de leur local au locataire. Dans ce
cas, on dit que ce dernier bénéfice d’un droit de préemption ou droit d’option). Enfin, les
atteintes à la liberté contractuelle se sont étendues grâce à l’extension de la notion d’ordre
public : l’ordre public institué par l’article 6 du Code civil avait un domaine limité ; il se
limitait à interdire aux parties de recourir à certaines clauses qui seraient en contradiction
avec son contenu : c’est pourquoi on le désigne comme un ordre public négatif ; en marge
de cet ordre public négatif, est apparu un ordre public positif : celui-ci va au-delà de la
simple interdiction ; il impose au parties le contenu de leur contrat6.
Somme toute, l’évolution du droit des contrats se caractérise par une régression du rôle
de la volonté individuelle en matière de formation du contrat. C’est la même tendance qui
s’observe en ce qui concerne les effets du contrat.
Ces interventions législatives arrivent dans le but de prévenir l’iniquité qui découlerait de
l’impossibilité de réviser les termes du contrat, en cas de changement des circonstances,
soit dans celui de mettre en place une politique économique de la lutte contre l’inflation
par exemple.
6
Pour plus d’information sur les notions « d’ordre public négatif » et d’ordre public positif », v. J. FLOUR, J.
AUBERT, E. SAVAUX, Les obligations, vol. 1, l’acte juridique, Paris, Sirey, 15e éd., 2012, p. 267 et ss.
S’agissant du principe de l’effet relatif du contrat, il est posé par l’article 1165 du Code civil
de 1804 selon lequel « Les conventions n'ont d'effet qu'entre les parties contractantes ;
elles ne nuisent point au tiers, et elles ne lui profitent que dans le cas prévu par l'article
1121 ». Il est à préciser que cet article est remis en cause dans sa lettre : dire que le contrat
ne peut ni nuire, ni profiter au tiers peut paraitre évident : si le contrat résulte de la
volonté, il est normal qu’il ne s’applique qu’à ceux qui l’ont voulu ; mais l’affirmation est
irréaliste car, au-delà de son aspect individuel, le contrat est un fait social. Ce qui conduira
à limiter la portée du principe de l’effet relatif du contrat.
D’un côté, l’évolution a conduira à la distinction, au sein des effets personnels du contrat,
entre les effets obligatoires et les effets opposables du contrat. De cette distinction, il a été
précisé que l’article 1165 s’applique uniquement à la force obligatoire du contrat. Cela
revient à dire que les effets obligatoires du contrat s’appliquent seulement aux partis
tandis que les effets opposables s’étendent aux tiers.
D’un autre côté, une évolution conduira à amputer d’avantage sur le nouveau champ du
principe de l’effet relatif à savoir la force obligatoire du contrat. En effet, l’avènement des
groupes de contrats, la théorie de l’apparence, la cession de créance, la cession de dette,
la cession de contrat ont conduit à étendre les effets obligatoires du contrat à des tiers,
c’est-à-dire des personnes qui ne l’ont pas conclu.
L’évolution du droit des contrats se traduit par une régression du rôle de la volonté aussi
bien au niveau de la formation du contrat qu’au niveau de ses effets. Quelles sont les
incidences de ces transformations ?
En premier lieu, il faut noter que cette évolution confirme le déclin de l’autonomie de la
volonté. En effet, la perte de sa souveraineté par la volonté implique qu’elle n’est plus
autonome en droit des contrats.
En deuxième lieu, il faut noter que cette évolution transforme l’esprit du droit des contrats
: celui-ci est passé d’un droit centré sur l’individu, où la volonté individuelle semblait
autonome, à un droit qui tient compte des impératifs sociaux tels que la bonne foi dans les
relations contractuelles, la loyauté, la protection de la partie faible...
Enfin, il ne faut se garder de confondre la perte de son autonomie par la volonté avec le
déclin du contrat : dire que les contrats sont devenus moins libre ne signifie pas qu’ils
disparaissent. Il est à remarquer, au contraire, que de nos jours, les contrats connaissent
un regain de vitalité avec la multiplication du recours à ceux-ci comme instruments des
rapports entre les entreprises et entre celles-ci et l’Etat.
C’est fort de cette évolution que nous tenterons, autant que faire se peut, d’appréhender
le régime général des contrats suivant la structure binaire classique suivante :
Pour parvenir à un accord, les parties doivent impérativement négocier. Or, ce rapport de
négociation peut justement poser des difficultés. D’où la nécessité de l’encadrer par des
règles juridiques.
L’accord des parties, c’est-à-dire le contrat en tant que tel, doit quant lui satisfaire à des
conditions pour être valide juridiquement. L’exigence des conditions pour valider le
contrat se justifie par le fait que le contrat n’est pas un acte léger eu égard aux intérêts des
parties et à l’intérêt social. Au contraire, il opère des importantes modifications
patrimoniales sur la situation des personnes qui le concluent. Il est donc compréhensible
que son efficacité soit encadrée et non laissée à la discrétion des parties, portée chacune
par ses propres intérêts.
De ce qui précède, deux questions méritent d’être examinées dans le cadre de la formation
du contrat à savoir :
La négociation du contrat est l’ensemble des démarches qu’accomplissent les parties pour
conclure un contrat : échange de vue, entretien, étude de faisabilité ou de terrain,
consultation…
Généralement, la négociation d’un contrat ne prend pas assez du temps. Ceci est surtout
le cas pour les contrats n’impliquant pas un grand enjeu économique. Par exemple, la
négociation du contrat d’achat d’un bonbon, du contrat de transport en taxi…se réalisent
à l’immédiat. Dans cette hypothèse, la négociation du contrat ne pose pas assez de
difficultés.
Par contre, il est des cas où la négociation du contrat prend du temps. Ceci est surtout le
cas pour les contrats impliquant un grand enjeu économique. Par exemple, la négociation
du contrat de vente d’un immeuble, du contrat de construction d’un pont, d’un barrage,
d’un échangeur ou du contrat de montage d’une usine industrielle ne peut se réaliser d’un
coup d’éclair. Elle s’allonge dans le temps pour permettre aux parties prenantes de murir
leur rapport. Dans cette hypothèse, la négociation peut poser des difficultés car, au cours
de son déroulement, des problèmes peuvent apparaitre.
De manière générale, le principe est que les parties sont libres de conduire leur
négociation : c’est la liberté de négociation (section1). Mais ce principe connait des limites
(section2).
Toutefois, cette liberté de négocier n’est pas absolue. Elle peut être limitée.
- Le dommage précontractuel
Le premier type du préjudice matériel est relatif aux frais et dépenses engagés dans le cadre
de la négociation. Ça peut être des frais de personnel, de déplacement ou même des frais
plus importants comme les frais d’étude…La preuve de ces préjudice peut, par exemple,
résulter des documents comptables qui constatent les frais engagés dans le cadre de la
négociation.
Le second type du préjudice matériel a trait aux dépenses engagées, non dans le cadre des
négociations, mais plutôt par suite de l’anticipation des conséquences de celle-ci et donc de
la conclusion du contrat. Par exemple, une personne aménage un local de vente des
produits de téléphonie cellulaire par anticipation de la conclusion du contrat de
distribution qu’elle négocie avec une compagnie opérant dans ce domaine ; si la
conclusion du contrat n’intervient pas, toutes les dépenses engagées ne lui servent pas ou
lui servent moins.
Un troisième type de préjudice matériel concerne la perte du gain escompté par une des
parties lorsque le contrat n’est pas conclu ou est annulé. La réparation de ce dernier
préjudice pose cependant problème. On sait que pour être réparable, cela est aussi vrai
pour les deux premiers préjudices, le dommage doit direct, certain et personnel. Or, le
caractère certain du préjudice escompté fait défaut. C’est pourquoi la jurisprudence refuse
de le réparer. Par contre, le préjudice résultant de la perte de chance de n’avoir pas conclu
avec un tiers peut donner lieu à réparation.
- La faute précontractuelle
De façon plus précise et non exhaustive, sont constitutifs de faute les faits suivants :
Une fois que la faute et le dommage sont prouvés, il ne reste qu’à établir un lien de
causalité entre les deux.
Cette troisième condition implique que la faute doit avoir causé le dommage dont la
victime se prévaut.
Si tel s’avère être le cas, la responsabilité précontractuelle peut produire ses effets alors.
Parler des effets de la responsabilité précontractuelle suppose que les conditions de mise
en jeu de celle- à savoir le dommage, la faute et le lien de causalité entre les deux- sont
réunies. Il s’agit donc de sanctionner le comportement fautif.
On examinera les conditions auxquelles tout acte doit satisfaire pour être qualifié de
contrat valide avant de voir les sanctions applicables à tout contrat ne remplissant pas
ces conditions.
Les conditions de formation du contrat sont fixées par l’article 1108 du Code civil. Aux
termes de ce dernier, « Quatre conditions sont essentielles pour la validité d'une
convention :
- sa capacité de contracter ;
§1. Le consentement
Consentir c’est vouloir, donc Le consentement est la volonté de chaque partie de conclure
le contrat. Pour que le contrat se forme, chaque partie doit extérioriser son consentement
afin de le porter à la connaissance de l’autre.
L’échange des consentements scelle le contrat (A). Encore, faut-il que le consentement
extériorisé corresponde à la réalité- l’apparence étant souvent trompeuse-, pour que le
contrat soit véritablement formé. C’est pourquoi la loi prévoit des précautions pour
garantir la pureté ou l’intégrité du consentement (B).
1. L’offre
L’offre soulève deux questions qui méritent d’être examinées ici : il s’agit de celles que
posent sa notion et sa force obligatoire.
7
Droit des contrats, Paris, archétype, 2010, p. 50.
Mais cette liberté initiale qu’avait l’offrant de retirer son offre à tout moment fut, par la
suite, limitée en jurisprudence. Ce sont les juges français (qui sont généralement par les
juges nigériens) qui ont contrecarré cette faculté de libre rétractation de l’offre. La
limitation été imposée, d’abord, dans l’hypothèse où l’offre été faite avec délai. Dans ce
cas, il été interdit à l’offrant de retirer son offre avant l’expiration dudit délai. Par la suite,
la limitation de la libre rétractation fut étendue à l’offre faite sans délai. Dans ce cas, c’est
le juge qui impose un délai qu’on appelle délai raisonnable de réflexion durant lequel
l’offrant été obligé au maintien de son offre. L’interdiction faite à l’offrant de retirer son
offre dans le délai (que celui-ci résulte de l’offrant ou du juge) vise à protéger le
destinataire de l’offre. En effet, ce dernier a besoin d’un temps pour murir sa réflexion
autour du contrat dont on lui propose la conclusion. La violation, par l’offrant, de
l’obligation du maintien de l’offre dans le délai entraine sa responsabilité délictuelle.
1. L’acceptation
8
Cass. Com. 6 mars 1990 : BC IV, n° 74 ; RTDciv. 1990, 462, Mestre.
9
F. PETIT et M.-H. DE LAENDER Droit des contrats, Paris, archétype, 2010, p. 50.
nouvelle offre qui change les rôles initiaux : l’offrant initial devient destinateur et le
destinateur initial devient l’offrant.
L’acceptation peut résulter d’un écrit, d’une parole ou de tout acte ou comportement
indiquant la volonté de l’acceptant de conclure le contrat proposé.
B. L’intégrité du consentement
S’il est vrai que l’échange des consentements est une nécessité pour la formation du
contrat, le consentement échangé n’engage son auteur que dans la mesure où il est libre
et éclairé.
Le consentement est libre s’il est donné sans contrainte. N’est pas libre, le consentement
extorqué par la violence (3). 1. L’erreur
L’erreur est une fausse représentation de la réalité conduisant la personne à prendre vrai
ce qui est faux et faux ce qui est vrai. C’est la non-conformité de la croyance du contractant
à la réalité.
Il existe plusieurs types d’erreurs. Mais toutes n’invalident pas le consentement et par-là
le contrat. Il faut donc distinguer les erreurs susceptibles d’entrainer la nullité du contrat
– car elles invalident le consentement- et celles qui ne produisent pas cet effet.
C’est sur la base de leur gravité qu’ont été retenues les erreurs susceptibles de détruire ou
de vicier le consentement. Toutefois, ces erreurs ne peuvent produire cet effet que dans
la mesure où elles ont été déterminantes du consentement. Une erreur est déterminante
du consentement lorsque sans elle ce consentement n’aurait pas été donné.
Ainsi, peuvent affecter le consentement au contrat, si elles ont été déterminantes de celui-
ci, les erreurs suivantes :
En somme, seules ces trois catégories d’erreurs (erreur obstacle, erreur sur la substance,
erreur sur la personne) peuvent avoir un effet sur le consentement au contrat. En dehors
d’elles, les autres types d’erreur ne peuvent invalider le consentement. Il s’agit entre autre
de :
- L’erreur inexcusable : c’est une erreur qu’on considère fautive. Elle est
considérée comme telle car, elle résulte d’une légèreté ou d’une négligence
excessive de la part de celui qui prétend s’en prévaloir. Elle peut porter
Toutes ces erreurs ne vicient pas- par principe- le consentement. Il en est autrement en
cas du dol.
2. Le dol
Le dol est toute attitude visant à provoquer l’erreur dans l’esprit du cocontractant dans le
but de l’amener à conclure le contrat. Le dol se distingue de l’erreur spontanée car, celle-
ci provient de la personne qui se trompe elle-même. En revanche, le dol constitue une
erreur provoquée par une autre personne dans l’esprit de la victime.
3. La violence
La violence est une contrainte exercée sur la personne du cocontractant ou un proche. Elle
peut être physique (coups) ou morale (menace).
- Elle doit être illégitime : une violence est illégitime lorsqu’elle n’est pas
conforme au droit. L’emploi d’un moyen de droit, comme les voies d’exécution
par exemple, n’est pas constitutif de violence au sens de vice de consentement
car, ce moyen est conforme au droit ;
- Elle doit émaner du cocontractant ou d’un tiers ;
- Elle doit être déterminante du consentement, c’est-à-dire sans elle celui-ci
n’aurait pas été donné.
La capacité est l’aptitude à être titulaire des droits et à les exercer. En principe toute
personne est capable de contracter. Il existe toutefois, des exceptions relativement aux
mineurs non émancipés et aux majeurs protégés. Cette solution résulte de l’article 1123
du Code civil selon lequel « Toute personne peut contracter, si elle n'en est pas déclarée
incapable par la loi ».
L’objet de l’obligation est l’une des conditions exigées par l’article 1108 du Code civil pour
la validité du contrat. L’objet de l’obligation peut être défini comme ce qui est dû au
créancier par le débiteur. C’est la prestation que ce dernier s’est obligé à accomplir au
profit du créancier. Selon l’article 1126 l’objet d’une obligation peut consister à faire
(construction d’une maison), à ne pas faire (interdiction de divulguer une information) ou
à donner (transférer un droit, tel le droit de propriété).
En principe, pour que le contrat soit valide, l’objet de l’obligation doit exister au moment
où les deux volontés se rencontrent. Si l’objet de l’obligation n’existe pas, le contrat ne
peut se former. Par exemple, le contrat de vente qui porte sur une maison ravagée par
l’inondation et qui n’existe plus n’est pas valable. Toutefois, dans des hypothèses limitées,
on admet la validité des contrats portant sur certaines choses futures (exemple : produit
à fabriquer).
Aussi, pour que le contrat soit valide, l’objet de l’obligation doit être déterminé ou
déterminable, possible et licite.
§4. La cause
Aujourd’hui on présente la cause sous une double approche : c’est ainsi qu’on distingue la
cause de l’obligation et la cause du contrat.
CHAIBOU SOULEY M. Bachare, Doctorant
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27 COURS DE DROIT DES OBLIGATIONS L2-S3
La cause de l’obligation est « le but immédiat et direct qui conduit le débiteur à s’engager
». Par exemple, le but immédiat cherché par tout vendeur c’est le prix ; tout comme, le but
immédiat cherché par le locataire est la jouissance du lieu. Ainsi, la cause de l’obligation
est la même pour tous dans tous les contrats de même nature. C’est pourquoi on l’appelle
cause juridique ou objective.
Il en va autrement de la cause du contrat. Celle-ci varie, pour des contrats de même nature,
selon les personnes. Par exemple, une personne cherche une maison à louer parce qu’elle
veut se marier tandis que qu’une autre cherche la maison pour héberger ses hôtes. La
cause du contrat est donc subjective et correspond au but lointain poursuivi par le
contractant.
En tout état de cause, la cause doit exister et être licite pour que le contrat soit valable.
Lorsque les conditions de validité du contrat ne sont pas respectées, celui-ci est
susceptible d'être annulé (on parle d'annulabilité). L'annulation n'est en effet jamais
acquise de droit et il faut une action en justice pour la faire prononcer. L'article 1117 du
Code civil rappelle en effet que « la convention contractée par erreur, violence ou dol, n'est
point nulle de plein droit ; elle donne seulement lieu à action en nullité ou en rescision... ».
Les règles qui régissent cette action en justice sont prévues aux articles 1304 et suivants
du Code civil.
On distingue deux types de nullités : la nullité absolue et la nullité relative (§1), alors
qu'elles produisent les mêmes effets (§2).
Le Code civil applicable au Niger évoque la nullité relative et la nullité absolue, mais ne
précise pas le critère servant à distinguer ces deux catégories de nullité. La jurisprudence,
elle aussi, n'est pas non plus très fixée sur cette question. Néanmoins, on évoquera les
conditions de la nullité relative (A) et celles de la nullité absolue (B).
A. La nullité relative
La nullité relative a pour but de sanctionner un contrat qui a méconnu une règle supposée
protéger un intérêt particulier. De cette finalité découlent les caractères de la nullité
relative : elle ne peut être invoquée que par les personnes que la loi veut protéger, elle se
prescrit rapidement et elle est susceptible de confirmation.
B. La nullité absolue
La nullité absolue est la sanction du contrat qui a méconnu une règle censée protéger
l'intérêt général. Cette finalité explique que des solutions différentes soient retenues en
ce qui concerne les demandeurs, la prescription et la confirmation.
- Les titulaires de l’action en nullité absolue : l'action peut être intentée par
tout intéressé, dès lors qu'il a, bien sûr, un intérêt à agir. Ainsi, le contractant,
ses héritiers ou un de ses créanciers peuvent assigner l'autre contractant en
nullité absolue de l'acte. Il en va de même du ministère public. Le juge peut
également relever d'office la nullité absolue d'un contrat qui lui est soumis à
l'occasion d'un litige.
- La prescription de l’action en nullité absolue : l’action en nullité absolue se
prescrivait par 30 ans à compter de la date de conclusion du contrat (article
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Ainsi, il ne s'applique pas à l'action en rescision pour lésion dans la vente immobilière où est prévu un délai de
deux ans (article 1304, al. 2 du Code civil).
2262 du Code civil). C’est le délai de droit commun. Sa longueur s’explique par
la volonté de sanction : ayant méconnu une règle très importante, le contrat
doit pouvoir être remis en cause pendant un long temps.
- Absence de confirmation en matière de nullité absolue : la nullité absolue
ne peut être confirmée.
Lorsqu’il est annulé, pour nullité absolue ou relative, le contrat est censé n'avoir jamais
existé. Il faut donc revenir au statu quo ante et remettre les parties dans le même état que
si le contrat n'avait jamais été signé. Pour ce faire, il faut déterminer l'étendue de la nullité
(A) et sa portée (B).
A. L'étendue de la nullité
La détermination de l’étendue de la nullité consiste à savoir si celle-ci vise l'acte dans son
entier ou une de ses parties seulement. Souvent la nullité n’affecte qu'une disposition du
contrat, telle une clause (pénale) qui est seulement critiquable. L'annulation de la clause
peut-elle rejaillir sur le reste du contrat ? C'est le problème de la nullité partielle. Pour
répondre à la question, il faut distinguer selon que le législateur est ou non resté
silencieux.
Lorsque le législateur précise que l'annulation d'une clause ne pourra avoir aucun effet
sur le reste du contrat, seule la clause est effacée et le contrat reste et demeure.
Lorsque le législateur n'a rien dit, il faut appliquer les articles 90011 et 117212 du Code
civil. De ces dispositions, la jurisprudence française retient en dernier lieu que la nullité
de la clause n'entraînera celle du contrat que si la clause en question présentait un
caractère « impulsif et déterminant » pour un contractant (pour un acte à titre onéreux).
B. La portée de la nullité
- Le principe
• Teneur du principe : en principe, l'adage selon lequel ce qui est nul ne
produit aucun effet, veut que le contrat nul soit rétroactivement détruit.
On devrait faire comme si le contrat n'avait jamais eu lieu et on devrait
remettre les parties dans l'état dans lequel elles se seraient trouvées si
elles n'avaient pas contracté : par exemple, en cas d’annulation du
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Suivant lequel, « Dans toute disposition entre vifs ou testamentaire, les conditions impossibles, celles qui
seront contraires aux bonnes mœurs, seront réputées non écrites ».
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Selon lequel, « Toute condition d'une chose impossible ou contraire aux bonnes mœurs, ou prohibée par la
loi, est nulle, et rend nulle la convention qui en dépend ».
Les limitations portent, à la fois, sur les rapports entre les parties et entre les tiers.
• Les rapports entre les parties : S’agissant des limitations relatives aux rapports
des parties, entre elles, la restitution est parfois paralysée pour respecter la nature
du contrat, pour protéger une partie, ou l'intérêt général.
Les contrats successifs. Dans les contrats successifs, il est impossible de restituer ce
qu'on a reçu : le travailleur ne peut pas restituer son travail, le locataire la
jouissance de l'appartement. On dit souvent que l'annulation se traduit par une
simple résiliation. L'affirmation est approximative car on doit considérer que
l'annulation est rétroactive.
C'est parfois un souci de protection qui conduit à neutraliser la destruction
rétroactive. Ainsi, lorsque l'acquéreur était de bonne foi, il peut conserver les
fruits. La logique de destruction rétroactive voudrait qu'il restituât les fruits
perçus. L'article 549 lui permet de « faire les fruits siens » : jusqu'à l'annulation, il
se croyait propriétaire des fruits et a pu les consommer. Il n'a pas à les restituer.
De même, l'incapable qui fait annuler un acte auquel il a consenti n'est tenu de
restituer que ce qui a « tourné à son profit » (article 1312 du Code civil).
C'est enfin la protection de l'intérêt général qui milite pour la neutralisation de
l'effet rétroactif. Deux adages s'opposent à la restitution des prestations reçues
d'un contrat annulé : Nemo auditur propriam turpitudinem allegans (nul n'est
entendu lorsqu'il allègue de sa propre turpitude) ; In pari causa turpitudinis, cessat
repetitio (à égalité de turpitude, le droit à répétition disparaît). La règle aboutit
donc à empêcher le contractant qui se prévaut de son immoralité pour obtenir la
restitution de la prestation qu'il a fournie : l'acheteur d'une maison close peut
Le contrat produit des conséquences juridiques entre les parties et à l’égard des tiers.
L’inexécution du contrat est aussi sanctionnée.
Selon l’article 1134 du Code civil, « les conventions légalement formées tiennent lieu de
loi à ceux qui les ont faites. Elles ne peuvent être révoquées que de leur consentement
mutuel, ou pour les causes que la loi autorise. Elles doivent être exécutées de bonne foi ».
Cette disposition pose le principe de la force obligatoire du contrat qui implique que : le
contrat ne peut pas être unilatéralement révoqué (1) ; le juge n’a pas le pouvoir de le
modifier (2) ;les contrats doivent être exécutés de bonne foi (3).
Toutefois, la révocation unilatérale est autorisée dans certains cas : il en est ainsi pour la
révocation prévue par les parties et pour celle permise par la loi mais il y a des cas de
moindre importance.
Les parties ont la faculté de prévoir dans le contrat que l’une d’elles pourra revenir sur
son engagement, souvent à la condition de payer à l’autre une somme d’argent, fixée
forfaitairement, à titre d’indemnité.
Cette somme est appelée dédit ou arrhes, surtout dans le droit de la vente. Celui qui a versé
les arrhes peut se libérer en les perdant, l’autre peut le faire en restituant le double (art.
1590). Les arrhes constituent une réciprocité des dédits.
Le dédit et les arrhes sont à distinguer soigneusement de l’acompte, qui est un paiement
partiel du prix, accompli en exécution d’un engagement ferme de payer la totalité du prix.
Il est parfois difficile de déterminer à quel titre une somme a été versée lors de la
conclusion du contrat. En droit de la consommation, afin d’éliminer toute difficulté
d’interprétation, une loi française du 18 janvier 1992 incorporée dans le Code de la
consommation (art. L. 114-1, al. 4) dispose que, dans les contrats de vente d’un bien
meuble ou de fourniture de services, conclu entre un professionnel et un consommateur,
les sommes versées d’avance par celui-ci sont, sauf stipulation contraire, des arrhes. Il
s’ensuit que chacun des contractants peut revenir sur son engagement : si c’est le
consommateur, il perd les arrhes ; si c’est le professionnel, il doit en restituer le double.
§2- La révocation permise par la loi
Tout contrat à exécution successive (contrat de bail, de travail…), qui a été conclu pour
une durée indéterminée, peut être résilié unilatéralement, sinon l’engagement risquerait
de devenir perpétuel, ce qui est prohibé. C’est là une généralisation de la règle énoncée
dans l’art. 1780, al. 1 et 2, du Code civil relatif au louage des domestiques et ouvriers pour
qui :
« On ne peut engager ses services qu’à temps, ou pour une entreprise déterminée.
Le louage de service fait sans détermination de durée peut toujours cesser par la volonté
d’une des parties contractantes ».
Mais, dans tous ces cas, la résiliation doit être faite sans abus, et notamment en prévenant
l’autre partie suffisamment à l’avance (sauf urgence) afin de lui permettre de prendre ses
dispositions.
Plusieurs lois destinées à protéger les consommateurs leur accordent un droit de repentir
dans un délai déterminé.
Le cas de la résiliation unilatérale du contrat lorsque l’autre partie n’exécute pas son
obligation sera examiné plus loin.
Plus rarement, une faculté de dédit est admise par les usages et reconnue par la
jurisprudence, par exemple l’annulation d’une réservation en matière hôtelière, à
condition toutefois de ne pas être faite tardivement.
Lorsque les parties concluent un contrat à exécution successive, elles tiennent compte des
circonstances actuelles et des modifications prévisibles. Or, si les circonstances sont
bouleversées par suite d’événements imprévus (guerre, crise pétrolière), l’exécution du
contrat peut devenir beaucoup plus onéreuse pour une partie : peut-elle exiger une
révision du contrat ? C’est le problème dit de l’imprévision.
§1- Le principe
Mais plusieurs arguments, de valeur inégale, sont invoqués contre cette solution.
L’un est tiré de la volonté présumée des parties : elles auraient conclu le contrat avec la
clause sous-entendue qu’il faudrait le renégocier en cas de bouleversement imprévu des
circonstances (clause rebus sic stantibus). Cette interprétation d’une volonté qui est
purement hypothétique est artificielle.
Un autre se fonde sur la théorie de la cause : lorsque l’équilibre des prestations est rompu,
l’obligation, devenue beaucoup plus onéreuse, n’aurait plus de contrepartie et donc plus
de cause. Cependant, le défaut de cause suppose une absence de contreprestation réelle
et un simple déséquilibre, même important, ne suffit pas. On pourrait rapprocher cette
position du principe selon lequel la lésion n’est pas une cause d’annulation des contrats.
Un troisième découle de l’obligation pour les parties d’exécuter de bonne foi les
conventions conformément à l’article 1134, al. 3, du Code civil : le créancier qui exige
l’exécution d’une obligation devenue très difficile pour son débiteur manque de bonne foi.
Malgré ces objections, le principe de l’interdiction de réviser le contrat est maintenu mais
diverses exceptions lui sont apportées.
C’est d’abord le cas lorsque le contrat contient une clause de variation automatique du
prix que l’on appelle clause d’échelle mobile ou d’indexation. Une telle clause fait varier le
prix automatiquement selon les fluctuations d’un indice choisi.
C’est ensuite le cas du contrat renfermant une clause par laquelle les parties s’engagent à
négocier à nouveau le contrat pour le cas où un déséquilibre profond surviendrait. Une
telle clause est dénommée clause de hardship ou de sauvegarde : c’est une sorte de clause
rebus sic stantibus expresse. C’est cette approche que semble retenir le Projet Catala.
Les exceptions véritables découlent de lois qui permettent d’imposer une révision, alors
que les parties ne l’avaient pas envisagée. Tel est le cas par exemple avec :
- les lois spéciales prises pour les périodes de guerre réaménageant les obligations
du débiteur, nées de contrats conclus avant les hostilités ;
- l’art. 1889 C. civ., qui autorise le juge à obliger l’emprunteur d’une chose à la rendre
« s’il survient au prêteur un besoin pressant et imprévu de son bien » ;
- les art. 900-2 et suivants du Code civil français, qui autorisent le juge à modifier les
charges et conditions d’une libéralité, en cas de « changement de circonstances » rendant
l’exécution de la charge « extrêmement difficile » ou « sérieusement dommageable » ;
- la loi du 25 mars 1949, plusieurs fois modifiée, prévoyant une révision automatique
des rentes viagères en fonction d’un taux qui varie selon la date de naissance de la rente ;
- les textes sur les baux commerciaux (décret du 30 septembre 1953, plusieurs fois
modifié) permettant au juge de réviser, tous les trois ans et si une partie le demande, le
loyer, en fonction de la « valeur locative » du local ; l’AUDCG précise qu’à défaut d’accord
entre les parties, le nouveau loyer est fixé par le juge en fonction notamment : de la
situation de l’immeuble, de sa superficie, de sa vétusté, des prix des loyers commerciaux
pratiqués dans le voisinage pour des locaux similaires (art. 85).
Pour finir, il faut noter que le projet d’acte uniforme de l’OHADA sur le droit des contrats
basé sur les principes d’Unidroit maintient le principe de l’immutabilité du droit tout en
organisant les possibilités de renégociation et de modification du contrat.
Cette obligation est formulée dans le 3e alinéa de l’art. 1134 : les parties doivent faire
preuve de loyauté et de coopération, c’est-à-dire mettre tout en œuvre pour respecter
l’économie du contrat.
La loyauté implique :
La coopération implique l’obligation pour chaque partie d’agir au mieux des intérêts de
son cocontractant, et notamment le devoir de lui donner les informations qu’il a intérêt
à connaître au sujet de l’exécution du contrat. Cette obligation contractuelle
d’information, relative à l’exécution du contrat, est à distinguer de l’obligation
précontractuelle de renseignements.
Divers textes précisent les informations que certains contractants doivent fournir : par
exemple, la législation sur les baux impose au bailleur de donner au locataire divers
renseignements.
- le vendeur de meubles ou celui qui doit fournir une prestation de service est tenu,
lorsque l’exécution de son obligation n’est pas immédiate, d’indiquer la date limite
d’exécution (art. L. 114-1 C. consom.) ; si le dépassement de la date prévue excède 7 jours,
le consommateur peut dénoncer le contrat par LRAR.
Selon l’article 1165 du Code civil, Les conventions n'ont d'effet qu'entre les parties
contractantes ; elles ne nuisent point au tiers, et elles ne lui profitent que dans le cas prévu
par l'article 1121 ». Cette disposition a pour objet de déterminer le cercle de personnes
auxquelles le contrat s’applique. Pour ce faire elle pose le principe de la relativité du
contrat (section I). Mais pour bien comprendre son sens, il convient de distinguer
nettement la relativité du contrat de son opposabilité (section II).
Les effets visés par l'article 1165 du Code civil sont constitués des seuls effets internes du
contrat. Par effet interne, il faut entendre les droits et obligations créés par le contrat qui
correspondent respectivement à un actif et à un passif dans le patrimoine. Le principe de
l'effet relatif implique donc qu'un tiers ne peut pas exiger de l'une des parties l'exécution
à son profit des obligations créées par le contrat et que réciproquement il ne peut être
tenu par l'une des parties d'exécuter les obligations nées du contrat. En d'autres termes,
le contrat ne peut mettre à charge du tiers aucune obligation ou droit correspondant à un
passif ou un actif patrimonial. Le contrat peut certes produire des effets vis-à-vis des tiers
mais il s'agit d'effets externes. Par effets externes, il faut entendre les effets que le contrat
est susceptible de produire en tant que fait qui s'impose à tous. Ainsi si un contrat a
transféré la propriété à un acheteur, cette nouvelle propriété est opposable à tous et donc
aux tiers au contrat. Ce respect du droit de propriété qui s'impose aux tiers ne correspond
à aucune obligation créée par le contrat. On retrouve ici la différence entre la relativité du
lien obligatoire et son opposabilité.
La notion de tiers est définie par opposition aux parties. Les parties sont celles qui ont
échangé leur consentement ainsi que leurs ayants cause universels ou à titre universel. En
effet, ceux-ci continuent la partie défunte - ou dissoute dans le cas d'une personne morale
CHAIBOU SOULEY M. Bachare, Doctorant
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38 COURS DE DROIT DES OBLIGATIONS L2-S3
Le créancier chirographaire subit l'effet des contrats passés par son débiteur. Ainsi, si le
débiteur s'enrichit ou s'appauvrit, cela s'impose au créancier chirographaire titulaire d'un
droit de gage général sur le patrimoine du créancier. Il n'y a cependant aucune exception
à la relativité des effets internes du contrat dans la mesure où le créancier chirographaire
ne peut pas - sauf s'il est titulaire d'une action directe qui lui permet d'exiger du
cocontractant de son débiteur l'exécution à son profit du contrat - invoquer à son profit
l'exécution de l'obligation pesant sur le débiteur de son débiteur. En effet, même si le
créancier chirographaire exerce l'action oblique, celle-ci enrichit le patrimoine du
débiteur et non directement celui du créancier chirographaire qui l'exerce.
L'ayant cause particulier est celui qui tient ses droits sur une chose déterminée d'un
auteur. L'acheteur, le donataire, le légataire à titre particulier constituent ainsi des ayants
cause particuliers d'un vendeur, d'un donateur ou d'un testateur. En principe, l'ayant
cause particulier ne bénéficie, ni ne supporte, les contrats passés par son auteur
relativement à la chose transmise. Le principe est quasiment absolu en ce qui concerne
les contrats qui auraient engendré des obligations même relatives au bien transmis.
S'agissant des droits, la jurisprudence considère que certaines créances accessoires au
bien transmis sont cédées en même temps que la chose à l'ayant cause particulier. On a vu
que tel était le fondement utilisé le plus fréquemment par la jurisprudence pour justifier
la cession de certaines actions contractuelles dans les chaînes de contrats.
stipulation pour autrui: conjoint par exemple). C'est également le cas lorsqu'une libéralité
est consentie par une personne (stipulant pour autrui) à un groupement associatif
(promettant dans le cadre de la stipulation pour autrui) à charge pour elle de verser des
subsides à un tiers (bénéficiaire de la stipulation pour autrui).
Objet: support juridique d'une donation indirecte, d'un paiement indirect, d'un
changement de contractant... La stipulation pour autrui permet, en premier lieu, de
réaliser une donation indirecte (assurance-vie au profit de son conjoint). Le procédé
permet, par ailleurs, d'éteindre une dette (paiement au sens juridique) vis-à-vis du tiers
bénéficiaire: ainsi, lorsqu'une assurance-vie est souscrite au profit du prêteur d'argent,
lorsque le fournisseur d'une marchandise en confie la livraison (en « paiement » de son
obligation de délivrance) à un transporteur professionnel (l'acheteur destinataire étant le
bénéficiaire de la stipulation). En outre, la stipulation pour autrui peut servir de support
juridique à un changement de contractant: on en trouve une illustration dans la « faculté
de substitution » parfois insérée dans les promesses unilatérales de vente (le tiers qui se
substituera au bénéficiaire initial de la promesse étant considéré comme le bénéficiaire
d'une stipulation pour autrui).
- l'acceptation (expresse, tacite voire silencieuse dans certains cas) de la stipulation par le
bénéficiaire: puisque le bénéficiaire n'est pas partie au contrat de stipulation pour autrui,
son acceptation n'en est pas une condition de formation mais, dès lors que cette
acceptation a eu lieu, la stipulation devient irrévocable (avant cette acceptation, le
stipulant et le promettant peuvent révoquer ou modifier leur stipulation – contrat déjà
formé – par un nouvel accord).
Extension légale. Toute une série de textes spéciaux prévoient le transfert des contrats
lorsqu'ils sont attachés à une chose de façon si étroite que leur exécution serait
inconcevable en dehors d'elle ou encore lorsque des motifs d'intérêt social justifient ce
transfert:
- le contrat d’assurance est transmis de plein droit à l'acquéreur du bien assuré, mais la
loi reconnaît un droit de résiliation à chacune des parties (article L. 121-10 du Code des
assurances);
- dans le contrat de bail, notamment de logement, le droit au bail est partagé ou transféré
selon des mécanismes autoritaires dont certains sont prévus par le Code civil (article
1122 organisant la transmission du bail consécutivement au décès ou à l’abandon de
domicile du preneur initial;
L’opposabilité du contrat signifie que celui-ci crée une nouvelle situation dans l’ordre
juridique que les tiers doivent respecter (§1) et peuvent invoquer (§2).
Les parties peuvent opposer aux tiers les droits réels (A) et les droits personnels (B) nés
du contrat.
L’opposabilité des droits réels crées par le contrat veut dire que les tiers doivent, par
principe, tenir compte des actes constitutifs ou translatifs de droits réels sur un bien, alors
même qu’ils n’auraient pas été parties à ces actes. Mais Cette opposabilité n’est pas sans
limite. D’une part, elle est dans de nombreux cas, et notamment en matière immobilière,
subordonnée à la publicité des actes ; D’autre part, elle est écartée dans certaines
hypothèses, soit à titre de sanction, soit en raison de la foi due à l’apparence. C’est ainsi
que, en cas de simulation, la convention occulte passée entre les parties (contre-lettre),
alors même qu’elle serait valable entre les parties, est, en vertu de l’article 1321 du Code
civil, inopposable aux tiers, qui peuvent s’en tenir à l’acte apparent (mais qui peuvent
aussi, s’ils y trouvent avantage, se prévaloir de la contrelettre). De même, lorsqu’un acte
d’aliénation (vente ou donation) a été passé par un débiteur dans le but d’organiser son
insolvabilité vis-à-vis de ses créanciers, ceux-ci peuvent exercer l’action paulienne prévue
par l’article 1167 du Code civil dans le but de faire déclarer l’acte inopposable à leur égard.
Les tiers ne doivent pas seulement respecter la constitution ou la transmission des droits
réels par contrat, ils doivent aussi tenir compte, dans leur comportement, des droits et
obligations personnelles créés par un contrat auquel ils sont étrangers. C’est dans cette
optique que la jurisprudence admet la responsabilité du tiers qui se rend complice de la
violation d’une obligation contractuelle. C’est le cas d’un employeur qui embauche un
salarié qu’il sait lier à un autre employeur par un contrat de travail en cours. Il en est ainsi,
également, lorsqu’au mépris d’une clause d’exclusivité une partie conclut un contrat de
vente ou d’achat avec un tiers. La responsabilité de la partie auteur de la violation ne pose
pas de difficultés. Il suffit d’engager sa responsabilité contractuelle. Qu’en est-il de celle
du tiers ? Une lecture orthodoxe de l’article 1165 aurait pu faire obstacle à la
responsabilité du tiers envers la créancière victime. En vertu d’un contrat conclu par
d’autres personnes, le tiers ne peut voir sa liberté de contracter bridée. Toutefois, il faut
admettre que toute liberté a des limites en ce sens que, l’exercice de celle-ci n’autorise
nullement à porter atteinte aux droits acquis par d’autres. Aussi, avec la prise de
conscience de l’opposabilité du contrat au tiers cette conception devait changer.
Il faut maintenant définir le comportement qui caractérise la faute du tiers. A cet égard, la
doctrine belge a distingué trois théories : la théorie de la fraude qualifiée, la théorie de la
simple connaissance et une qui est intermédiaire, la théorie de la fraude simple. En France,
la jurisprudence exige la simple connaissance du contrat violé par le tiers pour établir sa
faute. Il n’est nullement besoin d’établir un concert frauduleux entre lui et l’autre partie
contractante. En droit positif nigérien, nous n’avons pas connaissance d’une solution
déterminée concernant cette question. Toutefois, on peut estimer que la solution retenue
en France, puisse être applicable compte tenu de la grande similitude qui existe entre les
deux législations.
L’examen de l’opposabilité du contrat par les tiers commende de préciser le principe qui
gouverne la question (A). Une application particulière : la responsabilité du contractant à
l’égard des tiers sera aussi évoquée (B)
A- Principe
La question est ici de savoir si les tiers peuvent se prévaloir d’un contrat auquel ils n’ont
pas été parties. La réponse de principe ne fait aucun doute. Par exemple, l’article 1384
alinéa 5 du Code civil fait peser sur le « commettant » la responsabilité des dommages
causés par son « préposé » ; pour engager la responsabilité d’une personne à ce titre, il
faut établir l’existence d’un lien de préposition entre cette personne et l’auteur du
dommage et pour cela, la victime peut s’appuyer sur les stipulations du contrat entre eux,
alors même qu’elle n’y est pas partie. A l’inverse une personne responsable d’un
Dans tous ces cas, le tiers qui se prévaut du contrat doit le prendre tel qu’il est, dans les
limites de ce qui a été convenu entre les parties. Il peut donc se voir opposer tous les
moyens de défense que le contractant contre qui il agit pourrait opposer à son
cocontractant, notamment la nullité ou la résolution du contrat. On en voit une application
particulière dans le contexte des chaînes de contrats translatifs de la propriété d’un bien
: si le premier contrat est annulé ou résolu, le sous-acquéreur pourra se voir opposer cette
nullité ou cette résolution par l’effet de la rétroactivité de l’anéantissement de la première
vente. Cependant, la protection du tiers peut être assurée par le jeu de divers mécanismes
correcteurs : l’apparence, la prescription acquisitive, la règle « en fait de meubles la
possession vaut titre » etc.
La définition de la faute qui peut être invoquée par le tiers a suscité de sérieuses difficultés
en France. D’un côté certains arrêts exigeaient « Une faute délictuelle envisagée en elle-
même indépendamment de tout point de vue contractuel ». D’un autre côté, certaines
décisions admettent que « Les tiers à un contrat sont fondés à invoquer l'exécution
défectueuse de celui-ci lorsqu'elle leur a causé un dommage, sans avoir à apporter
d'autres preuves » . Ainsi donc, était divisée la jurisprudence entre partisans de
l’assimilation de la faute contractuelle et la faute délictuelle et ceux qui militent en faveur
de l’autonomie de chacune. Quant à la doctrine elle était également divisée sur cette
question. Pour définir la faute pouvant être invoquée par les tiers, certains auteurs ont
distingué d’une part la faute strictement contractuelle de celle qui relève d’un devoir
général . De même, il a été proposé un autre critère de distinction qui consiste à mettre
d’un côté les obligations exclusivement stipulées dans l’intérêt du contrat et d’un autre
celles qui le sont aussi dans l’intérêt d’autres personnes . Toutes ces positions se justifient,
d’une part, par le souci d’assurer la protection du tiers et d’autre part, par la nécessité de
ne pas porter atteinte à la relativité de la faute contractuelle. Le débat a été finalement
tranché par l’arrêt de l’assemblée plénière du 6 octobre 2006 de la Cour de cassation
française qui, à travers une formule générale décide que « le tiers à un contrat peut
CHAIBOU SOULEY M. Bachare, Doctorant
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43 COURS DE DROIT DES OBLIGATIONS L2-S3
La sanction désigne les conséquences juridiques que la loi ou les parties, par une clause
conventionnelle, attachent à l'inexécution des obligations. Ce qui est donc sanctionné est
l'inexécution d'une ou de plusieurs obligations.
Le droit commun des sanctions contractuelles conditionne la mise en jeu des sanctions à
la mise en demeure du débiteur. La mise en demeure est sommation faite au débiteur de
s’exécuter. Donc la simple survenance du terme d'exigibilité de l'obligation ne provoque
pas une mise en demeure. Rien n'interdit, cependant, aux parties de prévoir l’inverse dans
leur contrat.
Les différents modes de sanctions doivent être distingués selon que l'inexécution est
provisoire ou définitive. Le caractère provisoire ou définitif de l'inexécution s'apprécie du
point de vue du créancier.
1. L'exception d'inexécution
L'exception d'inexécution consiste pour le créancier d'une obligation, qui est en même
temps débiteur d'autres obligations, à suspendre l'exécution des obligations dont il est
débiteur. Pour qu'un tel moyen de pression puisse jouer, il faut évidemment que le contrat
soit synallagmatique et que le créancier-débiteur n'ait pas déjà exécuté ses obligations. En
outre, il faut que l'exécution, qui sert de fondement à la mise en œuvre de l'exception
d'inexécution, présente un certain caractère de gravité. Certes, elle ne doit pas être totale
mais il ne doit pas s'agir de l'inexécution d'une obligation tout à fait mineure du contrat.
Cela est à relier à la condition de bonne foi exigée dans l'exécution des contrats (art. 1134
al. 3 C. civ.). Par contre, il n'est pas nécessaire, pour que l'exception puisse être invoquée,
que le débiteur de l'obligation servant de fondement à l'exception soit de mauvaise foi.
Cela signifie que l'exception peut être invoquée même si le retard du débiteur n'est pas dû
à sa faute. L'effet de l'exception d'inexécution est seulement de suspendre l'exécution de
l'obligation de celui qui l'invoque. Celui-ci ne peut cependant "aller plus loin". Par
exemple, le vendeur qui refuse de livrer parce qu'il n'a pas reçu le prix ne peut vendre le
bien - qui au demeurant ne lui appartient plus mais appartient à l'acheteur - pour se payer
sur la somme ainsi dégagée.
2. L'astreinte
L'astreinte est l'obligation faite à un débiteur en retard dans l'exécution de ses obligations
d'avoir à payer une somme d'argent par jour/semaine de retard afin de le contraindre à
s'exécuter. L'astreinte, en aucune manière, ne constitue une indemnisation du préjudice
souffert du fait du retard ; elle est un moyen de pression pour vaincre la résistance du
débiteur. Cela explique que l'astreinte n'est pas exclusive de dommagesintérêts
moratoires, qui, eux, seront chargés de réparer le préjudice subi par le créancier du fait
du retard. C'est également pour cette raison que le juge, lorsqu'il fixe une astreinte, peut
en déterminer le montant sans que celui-ci ait un rapport avec le préjudice subi par le
créancier. L'astreinte peut être ordonnée par le juge (astreinte judiciaire), saisi par le
créancier. Dans certains contrats, les parties prévoient une clause conventionnelle
d'astreinte, d'ailleurs totalement indépendante d'une éventuelle clause de dommages-
intérêts pour retard dans l'exécution des obligations (clause pénale moratoire). En effet,
la première est un moyen de pression sur le débiteur ; la deuxième évalue forfaitairement
le dommage subi par le créancier du fait du retard. La licéité des clauses d'astreinte a
parfois été contestée, en ce qu'elles empiéteraient sur les prérogatives judiciaires de
l'Etat. Il semble, qu'en France, la jurisprudence valide les clauses conventionnelles
d'astreinte, en se fondant sur la liberté des conventions. L'astreinte judiciaire ne
commence à courir que du jour de la signification de la décision judiciaire qui l'ordonne ;
l'astreinte conventionnelle du jour de la mise en demeure du débiteur, sauf clause de
terme équivalant à la mise en demeure.
4. La suspension du contrat
Plutôt que d'envisager une mesure-sanction, les parties peuvent dans leur contrat tenter
d'organiser et de gérer la suspension du contrat. Il ne s'agit pas de sanctionner, ni même
de contraindre à exécuter, mais de voir ce qui se passera en cas de suspension du contrat
afin d'assurer son avenir. Spécialement, dans les contrats internationaux, ces clauses sont
intitulées clauses de force majeure. En droit interne, la force majeure a un effet extinctif ;
elle met fin au contrat et exonère de sa responsabilité contractuelle le débiteur qui peut
s'en prévaloir. Dans les contrats de longue durée (et particulièrement les "grands"
contrats), les parties placent l'effet extinctif au second plan, lui préférant, au moins dans
un premier temps, un effet suspensif.
L’inexécution est définitive en revanche lorsque le créancier n’a plus intérêt à ce que
l’obligation soit exécutée. L’inexécution définitive est sanctionnée par la résolution du
contrat (§1) et par la mise en jeu de la responsabilité contractuelle du débiteur (§2).
La résolution du contrat est une sanction propre au contrat synallagmatique. Elle consiste
en l’anéantissement rétroactif de celui-ci du fait de l’inobservation par l’une des parties
de son engagement. Elle se distingue de la nullité, sanction de la formation du contrat, en
ce qu’elle sanctionne l’exécution du contrat. Ainsi, en cas d’inexécution du contrat l’alinéa
2 de l’article 1184 offre au créancier la possibilité de recourir à la résolution pour mettre
fin au contrat.
Mais en raison de la gravité des effets (B) qu’elle entraine la prononciation de la résolution
du contrat nécessite l’intervention juge (A).
L’exigence du recours en justice est posée par l’article 1184, al. 3 du Code civil. Cette
exigence se justifie par plusieurs raisons. D’abord, la résolution a des conséquences plus
graves que l’exception d’inexécution, puisqu’elle met fin au contrat ; ensuite, le juge doit
vérifier si les conditions de la résolution sont réunies.
Le juge, ainsi saisi, peut se décider de diverses manières : tout d’abord, si chaque
contractant a commis une faute, la résolution peut être prononcée aux torts réciproques ;
aussi, il peut la prononcer en condamnant en outre le débiteur à des dommages et intérêts
lorsque le créancier a subi un préjudice du fait de l’inexécution ; en outre, le juge peut
condamner le débiteur à des dommages et intérêts sans prononcer la résolution,
notamment en cas d'inexécution partielle, ce qui aboutit à diminuer indirectement la
prestation due par le créancier ; le même résultat est atteint par la réfaction du contrat,
c’est-à-dire la réduction du prix, technique surtout utilisée à propos de la vente
commerciale ; enfin, le juge peut accorder au débiteur un délai de grâce : art. 1184, al. 3
remplacé par l’art. 39 de l’AUPSRVE.
Tant que la résolution n’a pas été définitivement prononcée, le débiteur a encore, selon
les circonstances, la possibilité d’exécuter valablement son obligation. Toutefois, dans le
cadre de son pouvoir d’appréciation, le juge peut estimer que cet agissement tardif ne
permet pas d’échapper à la résolution.
En dehors du cas où les parties sont d’accord pour mettre fin au contrat (mutuus
dissensus), la résolution résulte alors d’un nouveau contrat, on distingue trois séries
d’hypothèses :
Pour les contrats fondés sur l’intuitus personae, la raison est que dans ces contrats la prise
en considération de la personne du contractant étant déterminante, il est normal que la
partie qui a placé sa confiance en l’autre puisse résilier l’acte si cette confiance a disparu.
La loi accorde expressément une faculté de résiliation unilatérale à certains contractants,
par exemple, au mandant (art. 2004) et au déposant (art. 1944).
Le droit de rompre unilatéralement peut être exercé pour n’importe quel motif, mais là
encore sans abus.
Les clauses résolutoires sont valables, sauf exceptions légales : par exemple, la prohibition
totale dans les baux à ferme ou partielle dans les baux d’habitation.
Dans tous les cas où la résolution judiciaire n’est pas nécessaire, le juge peut être amené a
posteriori, non à la prononcer, mais à vérifier si ses conditions étaient bien réunies : par
exemple, y-a-t-il eu manquement à une obligation visée par une clause de résolution de
plein droit ? Si un cocontractant a rompu à tort le contrat, il engage sa responsabilité
envers l’autre partie.
Toutefois, la résolution, comme l’annulation, risque d’affecter les droits des tiers. En
matière mobilière, le sous-acquéreur de bonne foi peut se prévaloir de l’article 2279 du
Code civil pour qui « en fait de meubles, la possession vaut titre ».
Si le contrat est à exécution successive, on ne peut pas effacer certains faits comme le
travail accompli ou la jouissance du local. De là découle un aménagement nécessaire : le
contrat est anéanti, mais sans rétroactivité ; on parle alors de résiliation, c’est-à-dire de
l’extinction du contrat seulement pour l’avenir.
1- La faute contractuelle
Lau faute contractuelle doit être fixée aussi bien quant à sa consistance qu’en ce qui
concerne sa preuve.
Tout d’abord, la faute consiste dans l'inexécution d'une obligation prévue par le contrat.
Ainsi, dans les contrats donnant naissance à une obligation de sécurité, elle procédera de
ce que la sécurité à laquelle le créancier pouvait légitimement prétendre n'a pas été
assurée. Il en ainsi dans le contrat de transport de personnes lorsque le passager subit un
accident. Si le contrat donne naissance à une obligation de renseignement ou de conseil,
la faute contractuelle consistera à ne pas avoir fourni les éléments d'information qui
devaient être livrés. Une telle obligation pèse notamment sur l’avocat dans le contrat
conclu avec son client.
S’agissant de la preuve de la faute, ensuite, selon que l'obligation inexécutée est de moyens
ou de résultat, la faute devra être prouvée ou sera présumée. Ainsi, lorsque le débiteur est
tenu d'une obligation de moyens, il appartient au créancier de prouver la faute commise
par son cocontractant. A défaut, aucune responsabilité ne saurait être recherchée. Ainsi,
dans le contrat médical, le patient est tenu d'établir que le praticien ne l'a pas soigné en
fonction des données acquises de la science.
2- Le dommage
3- Le lien de causalité
L'exigence d'un lien de causalité découle de l'article 1151 C. Civ., lequel dispose in fine que
"les dommages et intérêts ne doivent comprendre à l'égard de la perte éprouvée par le
créancier et du gain dont il a été privé, que ce qui est une suite immédiate et directe de
l'inexécution de la convention".
Quant à la réparation en nature, elle ne doit pas être confondue avec l’exécution forcée en
nature. Alors que la première consiste à réparer par l’accomplissement d’une prestation
semblable, mais non identique à celle prévue au contrat, la seconde tend à permettre au
créancier d’obtenir exactement ce à quoi il avait droit. Elle ne doit pas non plus être
confondue avec les mesures qui tendent à supprimer la source du préjudice. Par exemple,
l’ordre de détruire ce qui a été fait en contravention des engagements souscrits ne doit
pas s’analyser en une réparation en nature, mais en une mesure tendant à supprimer la
situation illicite. Ces précisions étant faites, il convient de souligner que la possibilité
d’octroyer une réparation en nature est très controversée en doctrine. En jurisprudence,
elle n’a pas eu l’occasion d’être vérifiée
Ensuite, La mise en œuvre de la réparation obéit à des règles générales tenant d’une part
à l’étendue de la réparation et, d’autre part, à la date d’évaluation des dommages et
intérêts. L’indemnisation du dommage est soumise au principe du dommage prévisible.
Ainsi selon l’article 1150 du Code civil, « le débiteur n’est tenu que des dommages et
intérêts qui ont été prévus ou qu’on a pu prévoir lors du contrat, lorsque ce n’est point par
son dol que l’obligation n’est point exécutée ». Ainsi, sauf faute dolosive, l’assiette du
préjudice réparable est limitée au seul dommage prévisible. Aussi, l’évaluation des
dommages et intérêts se fait au jour du jugement définitif.
Les parties ont toujours la possibilité d’aménager dans le contrat qu’elles passent les
conséquences que la loi attache normalement à l’inexécution de ce dernier. Ainsi, elles
peuvent insérer une clause limitative de responsabilité ou encore une clause pénale. Les
clauses limitatives de responsabilité sont celles qui limitent le montant des dommages et
intérêts alloués en cas d’inexécution. De telles clauses sont en principe valables au nom
de la liberté contractuelle. Il importe cependant que le contractant ait effectivement eu
connaissance de la clause. Les clauses limitatives de responsabilité sont par ailleurs
déclarées nulles lorsque l’inexécution est constitutive d’une faute lourde, laquelle ne peut
toutefois plus se déduire du seul manquement à une obligation essentielle de la
convention.
La clause pénale est celle par laquelle les parties fixent à l’avance et forfaitairement le
montant des dommages et intérêts dus par le débiteur en cas d’inexécution de sa part.
Cette fixation forfaitaire des dommages et intérêts par les parties peut être néanmoins
révisée par le juge si ce dernier estime que la peine qui a été convenue est « manifestement
excessive ou dérisoire ». Ce pouvoir de révision judiciaire constitue non pas une obligation
mais une simple faculté.