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Le nouchi est un langage populaire en Côte d'Ivoire, basé sur le français et influencé par diverses langues locales et étrangères. Émergeant des bidonvilles dans les années 70, il a gagné en reconnaissance et est désormais utilisé à tous les niveaux de la société, notamment dans les médias. Ce langage évolue constamment, reflétant les réalités culturelles et sociales du pays.

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Le nouchi est un langage populaire en Côte d'Ivoire, basé sur le français et influencé par diverses langues locales et étrangères. Émergeant des bidonvilles dans les années 70, il a gagné en reconnaissance et est désormais utilisé à tous les niveaux de la société, notamment dans les médias. Ce langage évolue constamment, reflétant les réalités culturelles et sociales du pays.

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Revue Sciences, Langage et Communication Vol 1, N° 1 (2018)

Le nouchi dans les médias en Côte d’Ivoire


Par:

Gilbert Toppé

Université Alassane Ouattara de Bouaké, Côte d’Ivoire

Résumé

La Côte d’Ivoire est composée de quelques 63 ethnies. Elle n’a pas l’avantage d’avoir une
langue nationale, mais un langage que de nombreuses personnes partagent et utilisent même
dans leurs échanges : le nouchi. Fortement basé sur le français, il utilise des mots anglais et
espagnols, et des mots issus de presque toutes les langues parlées en Côte d’Ivoire. Il évolue
en permanence, au fil des mots crées par les nouchis eux-mêmes. Dans son évolution, le
nouchi est parti des bidonvilles pour s’étendre à toutes les couches sociales : l’homme de la
rue, les élèves, la musique, les politiques, les médias qui favorisent sa promotion.

Mots clés : nouchi, ivoirien, français, populaire, médias

Abstract

Côte d'Ivoire is made up of some 63 ethnic groups. It does not have the advantage of having a
national language, but a language that many people share and even use in their exchanges: the
nouchi. Strongly based on French, he uses English and Spanish words, and words from almost
all the languages spoken in Côte d'Ivoire. It evolves constantly, over the words created by the
nouchis themselves. In its evolution, the nouchi left the shantytowns to spread to all the social
strata: the man of the street, the pupils, the music, the politicians, the media which promote its
promotion.

Keywords: nouchi, ivorian, french, popular, media

1
Revue Sciences, Langage et Communication Vol 1, N° 1 (2018)

Introduction

La Côte d’Ivoire, pays de l’Afrique de l’Ouest francophone, est composée de quelques 63


ethnies réparties sur une superficie de 322.462 Km². Le pays n’a donc pas l’avantage d’avoir
une langue nationale comme le bambara au Mali ou le wolof au Sénégal. Pourtant en Côte
d’Ivoire, il existe un langage que de nombreuses personnes partagent et utilisent dans
plusieurs de leurs différents échanges. Il s’agit du nouchi, une langue que bon nombre
d’observateurs définit comme le français ou le créole ivoirien 1 . Cet article développe
comment cette langue est partie des ghettos abidjanaises pour avoir aujourd’hui une
reconnaissance nationale et internationale, surtout avec l’appui des médias.

Il va présenter l’origine et l’évolution du nouchi avant d’expliquer comment il est utilisé dans
les médias,

I Le nouchi, origine et évolution

Le nouchi est une langue abidjanaise, créée par des désœuvrés (anciens élèves, anciens
étudiants et sans emploi), c’est-à-dire des marginaux de cette capitale ivoirienne. On les
appelait les bris (brigands). Peu à peu cet argot du ghetto s’est propagé dans le milieu des
élèves et des jeunes et de toute la société ivoirienne.

1 Naissance du nouchi autour des années 70

Le nouchi est approximativement né autour des années 70 (….).2 A cette période, le boom
économique bat son plein en Côte d’Ivoire et naturellement, cette situation est allée de pair
avec le phénomène de l’exode rural massif qui y est inhérent. Les migrants venaient de
partout pour chercher du travail dans les grandes villes, de l’intérieur du pays mais aussi des
pays environnants.

Abidjan était la principale locomotive de ce prodigieux essor économique du pays et du coup,


le point de convergence de tous ceux qui rêvaient chercher du travail, un peu de bien-être, une
meilleure vie… Mais la situation était souvent difficile car pour beaucoup d’entre eux, c’était
la désillusion et plutôt que de retourner d’où ils venaient, ils ont préféré rester sur place et
attendre des jours meilleurs.
1
http://www.nouchi.com (consulté le 18 mars 2016).
2
http://www.nouchi.com (consulté le 02 avril 2016).

2
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La plupart des nouveaux arrivants étaient originaires du Nord de la Côte d’Ivoire, de la Haute
Volta (actuel Burkina Faso), du Mali, de la Guinée, espace naturel des malinkés et des
sénoufos. Très vite, ces migrants vont constituer le gros des désœuvrés, des chômeurs, des
laissés-pour-compte, de la petite délinquance… Dans leur grande majorité, ils n’avaient pas
eu la chance d’aller à l’école. Et pour exister dans cet environnement linguistique qui n’était
pas le leur, il n’y avait pas d’autre choix que de se mettre à l’apprentissage de la langue que
tout le monde parlait avec des fortunes diverses. Besoin de communication et de
compréhension oblige. Et comme ce n’était pas facile, ils y rajoutaient des mots et
onomatopées tirées du dioula.

D’ailleurs le nouchi signifie en dioula le poil du nez ou encore barbe (…)3. On disait de ses
pickpockets qu’ils étaient capables de vous tirer le poil du nez sans que vous vous en rendiez
compte (au nez et à la barbe en bon français) tellement ils étaient adroits, habiles. Le nouchi
était donc quelqu’un capable de toucher, par allégorie, à la partie sensible d’une personne
(porte-monnaie, argent, bijoux…) sans éveiller son attention.

Bien sûr que plusieurs autres langues dominantes en Côte d’Ivoire, comme par exemple le
baoulé et le bété ont également toujours inspiré le nouchi. C’est ainsi que l’on retrouve des
mots comme : ya fohi (malinké) /pas de problème ; liké fi (baoulé) / ll n’y a rien ; blê blê
(baoulé)/ doucement ; lagôh (bété) / Dieu…

En résumé, le mot « nouchi » est assimilé à la réalité de la vie dans les ghettos abidjanais.
Mais il fait aussi référence à la moustache d’un cow-boy, comme dans les films westerns.
Parce que le nouchi, c’est quelqu’un qui joue les durs, un peu comme les héros de ces films.
C’est peut-être pour cette raison que les premiers nouchis fréquentaient beaucoup les cinémas
!

A cette époque, le nouchi était un code, un argot de ces jeunes marginaux qui l’utilisaient
pour parvenir à leurs fins : l’escroquerie et le vol. Au fil du temps, il deviendra un phénomène
(langagier) à la mode : un feeling, comme les locuteurs aimaient à le dire, pour exprimer leur
façon de vivre, de renaître, de se comporter, etc. C’était totalement plaisant pour beaucoup de
jeunes citadins d’avoir ce feeling. Mais, il ne suffisait pas de connaître les mots, leurs sens, de

3
L’argot des jeunes ivoiriens, marque d’appropriation du français ? [article] sem-linksem-linkSuzanne Lafage
/ Langue française / Année 1991 / Volume 90 / Numéro 1 / pp. 95-105 Fait partie d’un numéro
thématique : Parlures argotiques

3
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savoir les agencer comme il le faut et de trouver l’intonation juste des phrases pour « être dans
ce feeling », car les paroles s’accompagnaient (aujourd’hui encore) de gestes très importants
parce qu’ils servaient de moyen de distinction : de là, on reconnaissait un « albert »
"villageois", un « gahou » "naïf" d’un « yêrê » "celui qui s’y connaissait à Abidjan" ou celui
qui est à la mode.

Le nouchi était aussi une technique d’expression, et surtout un moyen de persuasion4. Parce
que lorsque quelqu’un parle bien le nouchi, avec les gestes bien sûr, et qui a la démarche de
quelqu’un qui se fait confiance, il était très respecté. Un nouchi, c’était quelqu’un qui était sûr
de lui, quelqu’un qui est capable de se défendre et de défendre les autres aussi, comme les
maîtres du karaté, puisque pendant cette période aussi, les films chinois faisaient feu à
Abidjan ! C’est pourquoi, les nouchis portent des surnoms, et souvent des noms chinois :
Akim ; Barracuda, Tim...5

Les karatekas chinois étaient leurs modèles parce qu’ils savaient se battre et défendre les
faibles dans ces films.

Au style des karatekas qui a inspiré les nouchis, il faut aussi ajouter celui des reggaes, avec
notamment Bob Marley, U-Roy, Burning Spear, Yellow Man, etc. Or, on les voyait souvent
avec de gros cigares, fumer à grandes bouffées. Le nouchi, pour passer un temps de bonheur,
de joie comme les Rastas, a commencé à fumer aussi. Donc, l’univers des nouchis, c’était un
lieu chaud, un lieu de mouvement.

2 Distinguer le nouchi du français de Moussa

La Côte d’Ivoire a été érigée en colonie française le 10 mars 1893 par un décret portant
création de la colonie de Côte d’Ivoire. De cette époque jusqu’au 7 août 1960, les quelques 60
ethnies de la Côte d’Ivoire ont eu une régulière cohabitation avec la langue française. De cette
cohabitation, sont nés deux types de langues françaises : le français standard parlé bien sûr par
les colons et la minorité qui a eu accès à l’école (pour rappel, la première école fut créée en
1934 à Assinie) et le français de Moussa, c’est-à-dire le français qui fait fi des règles
grammaticales reconnues comme telles et qui est parlé par la grande majorité qui était

4
Par exemple, le documentaire d’Arnaud Contreras et Jean-Philippe Navarre intitulé : Le français est une chance
(4/4) : « Le Nouchi, un Français copié décalé », mars 2013.
5
http://www.slate.fr/story/4701/pourquoi-les-chinois-ont-ils-des-noms-anglais (consulté le 12 novembre 2016).

4
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illettrée. Ce type de français encore appelé français de Dago 6 , avait une coloration plutôt
campagnarde, villageoise…

Dans les années 70, se développe ainsi en Côte d’Ivoire ce qu’il était alors convenu d’appeler
le français de Moussa. « Révélé par le truchement de l’hebdomadaire d’information Ivoire
Dimanche, il illustre la façon dont, s’appuyant sur leur langue maternelle, les non
alphabétisés tentaient d’intégrer un système linguistique qui, par le commerce qu’ils
entretiennent désormais avec des individus venus de divers horizons nationaux ou de la sous-
région, s’impose à eux, dans le cadre particulier d’une nation en train de se construire »7. Ce
français est donc parlé par des personnes qui ne maîtrisent pas bien la langue française. Par
exemple, un adepte du français de Moussa dira ‘‘mon femme’’ en lieu et place de ‘‘ma
femme’’ pendant qu’un nouchi dit : ‘‘ma go’’ ! De même, un mordu du français de Moussa
dira ‘‘je content voyagé’’ en lieu et place de ‘‘j’aime les voyages’’. Un nouchi pour sa part,
dira tout simplement ‘‘je suis enjaillé des voyages’’…

De 1960 autour des années 70, ce fut ces deux types de français qui ont évolué en Côte
d’Ivoire. Bien sûr qu’avec la scolarisation, le français standard a gagné du terrain par rapport
au français de Moussa. Le nouchi pour sa part, a commencé à progresser, notamment auprès
des jeunes lycéens et même des étudiants au-delà des années 70.

3 Origines des expressions du nouchi

Fortement basé sur le français, le nouchi utilise des mots anglais et espagnols, insérés par les
élèves et étudiants, avec des mots issus de presque toutes les langues parlées en Côte d’Ivoire.
Le nouchi, tout en s’inspirant du français, magnifie aussi les langues ivoiriennes qui voient là
un canal de promotion parce que de plus en plus délaissées par la jeunesse. "Awoulaba" est un
terme tiré du baoulé qui désigne la plantureuse femme africaine. Exemple tiré d’une chanson
populaire : " Botcho, awoulaba. Qui n’aime pas ça ? " (Une paire de fesses, une jolie nana...
Qui n’aime pas ça ?) On doit cependant noter une forte dominance du malinké et du baoulé,
ethnies les plus représentées sur les marchés et les places populaires (Kouadio, 1990).

6
En référence aux comédiens Dago et Toto qui ne savaient ni lire, ni écrire.
7
Éthiopiques n°90. Littérature, philosophie et art Penser et représenter l’ethnie, la région, la nation, 1 er semestre
2013.

5
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Le nouchi a aussi la particularité de varier selon les milieux et évoluer très vite, en s’inspirant
aussi de l’actualité. Par exemple, il a été beaucoup question de boucantier ces dernières
années en Côte d’Ivoire, singulièrement à partir de 2000. Un boucantier est une personne
frimant avec des marques de luxe, partageant son argent à qui veut au cours d’une virée. Les
boucantiers évoluent dans un univers musical appelé le couper-décaler. Plusieurs expressions
nouchis entourent cet univers : couper quelqu’un, c’est le voler, l’escroquer ; décaler, mettre
dedans, béhou renvoient à prendre la fuite ; faroter, c’est frimer (Kouadio, 1990).

Par ailleurs, l’on note que ce langage est aussi et surtout la transformation du français au
contact de l’Afrique pour mieux traduire les réalités du quotidien. Il est vrai qu’il y a des
situations que la langue française n’arrive pas à traduire ou traduit mal et que le nouchi se
propose de mieux expliquer : un gnata, un soié, un gaou, renvoient à un bouffon ; dêmin-
dêmin, c’est se débrouiller ; plon, togo, signifient une pièce de 100 francs CFA ; avoir la craz,
signifie avoir faim, très faim. De plus, un gomi, une péhi sœur, renvoient à une jeune fille ;
une mousso, est une femme…

4 Description syntaxique du nouchi

Bien que populaire, le nouchi se distingue du langage familier en Côte d’Ivoire. Pour le
langage familier, les phrases seront dépourvues de leurs articles, et des adverbes du type « là »
viennent ponctuer les fins de phrase. Beaucoup de termes du nouchi visent à évoquer des
phénomènes de société propres à la Côte d’Ivoire (la mode, la jalousie ; les problèmes
politiques…). Le nouchi évolue en permanence, au fil des mots crées par les nouchis eux-
mêmes. Ainsi, les termes gaou (plouc) et agbolo (costaud) sont des néologismes relativement
récents. Pa exemple, voici une conversation en nouchi entre trois (3) interlocuteurs (en Côte
d'Ivoire), un chauffeur de Gbaka, son apprenti et un agent de police. Cette conversation
simule une scène au cours de laquelle le chauffeur de gbaka, véhicule de transport en
commun, et son apprenti sont sur le point de se faire racketter par un agent de police véreux :

Le policier: hééééé apprenti, donne-moi mes deux togo, moi je vais gagner temps.

Le chauffeur: appranti vient prendre djè-là, tu va lui donné. Dit-lui que j’ai togo seulement,
s’il veut pas, il n’a qu’a laissé.

L’apprenti : chef pardon, faut siencé, j’ai togo seulement. Ont vient de sortir comme cela ; on
na pas encore eu bon manyeman ; donc faut fait ça à cause de god.

6
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Au niveau des phrases, le nouchi est une langue qui se caractérise par des phrases courtes ou
des adjonctions de termes tirés du vécu de la rue, de l’anglais, du français et des ethnies
ivoiriennes ou même de celles de la sous-région ouest-africaine. Cependant, on note des
expressions propre aux nouchis et aux ziguéhis (les bad-boys des ghettos abidjanais) tels que :
"têguê", "gbôlô" ou "daba le gaou" (tabasser quelqu’un) "daba mon garba" (manger mon
attiéké à la friture de poisson thon); d’une part "daba" ou "gbolo" signifie "frapper, cogner ou
vaincre" et d’autre part, il signifie manger. Dans le second registre, il faut le comprendre dans
le sens d’avoir de l’appétit au point de finir toute son assiette. Des termes sont parfois utilisés
de façon péjorative, il s’agit entre autres de "gaou", "gnata", "albert" et "brézo". Le gaou, c’est
la personne naïve; cet état est moins grave que celui de gnata. Ce dernier présente une
difficulté d’adaptation. L"albert" ou le "brézo", c’est celui qui perdure dans l’inadaptation.

La formation des expressions est illimitée et se développe aux grés des évènements heureux
ou malheureux. C’est une langue en pleine expansion en Côte d'Ivoire, qui inspire la culture
populaire.

5 Evolution et promotion sociales du nouchi

Autour des années 90, le nouchi a commencé à évolué vers toutes les couches
socioprofessionnelles des Ivoiriens et principalement vers les élèves et étudiants. Parce qu’en
raison des difficultés persistantes de l’école (grève des élèves et étudiants), beaucoup d’entre
eux étaient déscolarisés et désœuvrés et ils se sont naturellement rapprochés des milieux des
nouchis.

Les élèves et étudiants utilisaient également le nouchi pour poser en des termes plus simples,
les difficultés auxquelles ils étaient confrontés dans leurs études : manque d’enseignants,
manque de salle de cours, manque de bourses…

A partir de là, le nouchi a commencé à s’enrichir de beaucoup plus de mots français et même
anglais : je suis degba/je suis découragé : français ; je suis enjaillé/ je suis content : anglais…

En somme, dans son évolution, le langage nouchi à commencé à séduire ! Il devenait de


moins en moins un parler argotique. D’abord, il était devenu très courant dans tous les
bidonvilles d’Abidjan. C’était la langue du ghetto ! Et, de plus en plus, il est parlé par les
jeunes des grandes villes du pays, sans oublier les lycéens, les collégiens et même les
étudiants.

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De nos jours, le nouchi est utilisé comme une langue à part entière, dans laquelle les jeunes
ivoiriens, particulièrement ceux entre 10 et 30 ans (Kouadio, 2006) se retrouvent, faute de
langue ivoirienne imposante : faute de langue ivoirienne officielle. Une langue qui les
identifie ! Les mots et expressions du nouchi se retrouvent un peu partout dans les
conversations des gens de diverses classes sociales.

Dans les musiques ivoiriennes, l’usage de ce parler est fréquent car depuis les années 90, cette
langue est en vogue dans les chansons, son extension dépasse même les frontières du pays.
« Quand un mot d’une langue sonne bien, la rue se l’accapare », résume le percussionniste
Julien Goualo8. Citons quelques-uns d’entre-eux comme les reggaemen : la grande star Alpha
Blondy, Ismael Isaac, Serges Kassi, Tiken Djah, etc.

Quant aux chanteurs du zouglou (danse et musique des jeunes ivoiriens) qui sont adeptes du
nouchi, citons pêle-mêle : Petit Yodé & L’enfant Siro, Petit Denis, le groupe Magic Système,
le groupe Garba-50, Nash et Billy Billy qui font le rap en nouchi, un peu comme le groupe
RAS ou Rosh Bi, l’un des premiers promoteurs du nouchi dans les années 90 qui créa le
concept des ‘’djosseurs de nama’’ – pour parler des gérants des parkings auto - (décédé en
2004).

Au sujet de la promotion du nouchi, Nash, l’une des artistes hip-hop de Côte d’Ivoire entend
se lancer dans un projet de création d’un dictionnaire nouchi. Ce faisant, elle multiplie les
contacts auprès des anciens du milieu artistique mais aussi auprès de certains jeunes pour
chaque jour enrichir ce dictionnaire à venir.

En plus de la musique, le nouchi est également présent dans le cinéma ivoirien, avec des
artistes comme Jimmy Danger, Abass, Oupoh. En effet, le cinéma ivoirien, depuis
l’avènement du nouchi, connaît de nouvelles sorties de films aux senteurs ‘‘nouchiphones’’
comme : Coupé décaler de Fadiga Demilano, Les bijoux du sergent Digbeu de Alex Quassy,
Signature de Alain Guikou ou Un homme pour deux sœurs de Marie-Louise Asseu. On
compte régulièrement la sortie d’un film tous les trois mois dans cette série (Bahi, 2011).

Les politiciens, notamment, les trois ténors de la politique ivoirienne que sont Alassane
Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, sont eux-aussi des ‘‘nouchiphones’’, car ils
font fréquemment usage du nouchi dans leurs discours.

8
Source : Jeune Afrique, septembre 2009.

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Par exemple, voici un discours du très strict Henri Konan Bédié lors de l’élection
présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire : « Je veux vous dire combien de fois je suis ‘enjaillé’
! C’est simplement ‘‘Kpata’’ de vous voir ici ! Votez pour moi et nous allons faire ‘‘fraya’’
tous les Refondateurs9 », lançait Bédié à la jeunesse lors d’un grand meeting politique en août
2010.10

Gbagbo, quant à lui, disait de ses adversaires politiques qu’ils étaient ‘‘flêkê-flêkê’’ (faibles
ou minoritaires) et qu’il allait les ‘‘gbôlô’’ (battre) tous au premier tour.

II Le nouchi dans les médias

Le nouchi a été découvert en 1986 par les journalistes Alain Coulibaly et Bernard Ahua, qui
ont été les premiers à écrire un article le 6 septembre de cette année, dans le journal Fraternité
Matin, un article qu’ils avaient intitulé « Le nouchi, un langage à la mode »11. L’utilisation
fréquente de certains mots, de certaines expressions dans les articles de journaux ivoiriens et
la création du site Internet nouchi.com (où les mots sont recensés), montre le stade que ce
parler a atteint (Ahua, 2008). Le nouchi est donc entré depuis quelques années dans une phase
de reconnaissance. Il est lu dans le livre Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma (2002),
des études le consacrent en tant que « Français Populaire Africain ».

Désormais, on peut lire des éditoriaux, écouter des pièces de théâtre qui l’utilisent pour
exprimer des sentiments, des couleurs et des réalités mieux que ne pourrait le permettre le «
Français classique » ou le « Français de Moussa».

Par ailleurs, c’est sur les réseaux sociaux et sur l’Internet que l’on peut au mieux percevoir
cette expansion du nouchi : sur Facebook et Twitter, des utilisateurs qui préféraient
s’exprimer en anglais reviennent à l’utilisation de ce français qui mute. Langue comprise par
un grand nombre y compris dans des pays anglophones et lusophones, le nouchi modifie la
carte de la zone francophone en Afrique. En outre, il permet de dépasser les barrières des

9
Autre appellation des cadres du régime de Gbagbo.
10
Lire : "Je veux vous dire combien de fois je suis en joie ! C’est simplement extraordinaire de vous voir ici !
Votez pour moi et nous allons faire partir tous les Refondateurs du pouvoir!"
11
Bernard Ahua et Alain Coulibaly (1986) « Nouchi : un langage à la mode », in Fraternité-Matin du 06
septembre 1986.

9
Revue Sciences, Langage et Communication Vol 1, N° 1 (2018)

catégories socioprofessionnelles : reflet dans les années 80 et 90 d’une certaine marginalité, il


est aujourd’hui également utilisé par des hommes politiques et intellectuels.

Il ne faut pas oublier qu’il est utilisé dans les médias, à travers notamment la presse et des
émissions de radio ou de télévision, par des acteurs et humoristes comme Adama Dahico,
Marcelin Govoi, Didier Bléou…

Les termes du nouchi dépassent même les frontières ivoiriennes ; ils sont de plus en plus
utilisés dans la sous sous-région ouest-africaine. Le nouchi permet aux Ivoiriens vivant à
l’étranger de s’identifier. Il sert souvent de langue de communication dans les conversations
de ces Ivoiriens immigrés.

Puisque le nouchi devient une langue de communication très aimée, il est bon d’étudier la
présence de cette langue à travers les médias en général et les médias ivoiriens en particulier.
En effet, le nouchi se lit sur Wikipédia12 et est écouté sur RFI13, et il est également présent sur
les médias ivoiriens.

Le nouchi est donc présent dans les médias ivoiriens à travers la musique et notamment le rap
de Nash14 (mais aussi des plus anciens comme le groupe RAS ou encore Alpha Blondy). On
peut également découvrir le nouchi à travers le web avec des sites comme nouchi.com. En
plus de ce lien, le nouchi est également présent à travers la presse et un hebdomadaire comme
Gbich! Magazine.

1 Le nouchi sur la toile

En ces temps dominés par les progrès technologiques informatiques, on ne peut que saluer
une telle initiative. Dédiés à la promotion de l’expression africaine sur Internet, les sites
www.nouchi.com ; www.nouchi-ivoirien.com, www.2ivoires.net proposent d’explorer les
ressources de cette langue ivoirienne. Ils sont consacrés aussi à la recherche et à la
documentation sur le nouchi. Ils permettent de communiquer en recourant à un code écrit
commun, ce parlé argotique populaire de Côte d’Ivoire.

12
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nouchi (consulté le 22 avril 2016).
13
http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/le-nouchi-phenomene-et (consulté le 11 février 2016)
14
Elle se définit elle-même sur sa page Facebook et sur le blog http://nashandmore.afrikblog.com comme le
combattant des mots nouchis (consulté le 14 avril 2016).

10
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Le site www. nouchi.com15 propose un assemblage très hétérogène de nouvelles, de blagues


et autres manifestations de langue populaire en français et d’articles très pointus sur le nouchi,
son origine, sa syntaxe, sa signification culturelle, etc. On trouve sur ce site un dictionnaire
nouchi. Ce dictionnaire contient de nombreuses entrées qui plongent l’utilisateur dans
l’univers coloré du nouchi, avec la bonne humeur en plus. Il contient en effet de nombreuses
rubriques telles gâte-gâte, sourire du net, proverbes, le village, qui permettent à l’utilisateur
d’apprécier le nouchi dans son contexte. Il y existe également une rubrique dénommée
‘‘l’interro nouchi’’, une sorte de quiz qui permet de tester les connaissances en nouchi.

Par ailleurs, le site www.nouchi-ivoirien.com16 est désormais mis à la disposition de tous ceux
qui parlent (ou qui aiment parler) le nouchi, de tous ceux qui adorent cette langue. Le but
principal est d’arriver à la pratiquer en utilisant un code écrit commun 17. De plus, ce site
constitue une plate-forme pour les nouchiphiles et nouchiphones, c’est un espace qui se veut
culturel et pédagogique, et vise de ce fait à un échange de vues et d’opinions en nouchi, dans
une atmosphère conviviale comme savent le faire les Ivoiriens. C’est donc un site pour la
promotion de la culture et l’information ivoiriennes dans cette langue qui ne cesse de séduire
plus d’un en Côte d’Ivoire, même au-delà des frontières du pays.

Concrètement, ce site offre d’une part d’importantes informations sur le nouchi : son histoire,
son fonctionnement, ce qui donne l’occasion à ceux qui rêvent de l’apprendre de le faire, tout
en apprenant également son écriture : un code graphique simple, qui est proche de la
prononciation, à l’instar des écritures proposées pour les créoles français, une écriture
révolutionnaire, facile à maîtriser. D’autre part, on y trouve plusieurs rubriques sous forme
d’articles de presse : un éditorial « On di qwé ? », la Une « Gbê du jour ». D’autres sont
relatives aux lieux où vivent les Ivoiriens. Ainsi, il est prévu la rédaction des chroniques
comme celle qui parlera des nouvelles d’Abidjan : « Lês wés de Babi », celle autre qui
s’intéressera au monde des émigrés ivoiriens, dénommée tout simplement « Diaspora ».

Afin de s’imprégner de la situation des jeunes ivoiriens en Côte d’Ivoire souvent confrontés à
des difficultés existentielles, à des problèmes au niveau de leur formation et éducation, on
pourra lire les entretiens de « Tasman & Zéggên », deux jeunes personnages abidjanais qui

15
www.nouchi.com (consulté le 30 septembre 2016).
16
www.nouchi-ivoirien.com (consulté le 30 septembre 2016).
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La création d’un code graphique en nouchi est proposée par le linguiste Blaise Ahua.

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vous parleront de leurs ambitions et expériences. Aussi, la possibilité est donnée aux
intéressés nouchiphones et nouchiphiles de partager leurs opinions aux autres dans la rubrique
« Fo gbayé issi ! ». Et… ce n’est pas tout ! Dans un but informatif sur les péripéties de l’asile
en Europe, une version nouchi du livre Je suis demandeur d’asile de Blaise Ahua (2009),
ouvrage qui décrit l’aventure de ce jeune ivoirien en quête d’asile en Allemagne et qui fait la
promotion du nouchi, est livrée aux internautes : cf. « Frédi, le goundaman ».

Comme on peut le constater, l’équipe est tout simplement animée par passion de contribuer à
la culture ivoirienne et à la promotion de ce patrimoine linguistique qu’est le nouchi. De plus,
elle a pour souci est de proposer aux lecteurs, aux visiteurs éventuels du site, à tous ceux qui
adorent cette langue, un lieu de recréation, et de transmettre des informations sur les
différentes activités des Ivoiriens (et celles des Africains pourquoi pas).

Il y a aussi des blogs. Le blog de Yoro, scamaga… Par exemple, pour savoir ce que signifie
"enjailler", l’un des plus célèbres mots nouchi, le blog scamaga donne de nombreux mots et
phrases en français et en nouchi. Enjailler donc, "vient du mot anglais enjoy, qui signifie
amuser, distraire, égailler. Lorsque ce verbe se met à la forme pronominale, la traduction en
fait autant : s’enjailler = s’amuser, se distraire, s’égailler. Par exemple, un nouchi peut dire :
Abidjan enjaille ; Les filles s’enjaillent dans les boîtes de nuit"...

2 Le nouchi à la télévision et à la radio

Aussitôt né, le nouchi a fait très vite son entrée à la télévision, notamment à la faveur du
Programme d’éducation télévisuelle de Côte d’Ivoire18. En effet, « dans les années 1970, toute
une génération apprend le français grâce aux postes de télévision distribués dans les écoles du
pays par le gouvernement du président Houphouët-Boigny. Pour expliquer le sens des mots,
les instituteurs utilisent alors un français « plus élastique ». Exemple: « Ya pas drap »,
expression nouchi qui signifie qu’il n’y a pas de problème, par opposition à « Etre dans de
beaux draps » » signifiant « être dans les problèmes » (Okomba, 2009).

Le nouchi s’est aussi appuyé sur le style zouglou avec des phrases comme : "ça gâte pas, ça
réussit toujours" ! Venez donc "libérer"(vibrer), pour faire la promotion de cette langue via la
radio et la télévision. Par exemple, le célèbre groupe musical zouglou Magis Système avec
des histoires simples, comme le "1er Gaou", chronique d’un amant qui refuse de jouer les

18
Ce programme a débuté en 1979 pour prendre fin en 1981.

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"gnata", aux dépens de sa petite amie très sensible au volume du porte-monnaie ; les pratiques
pédophiles de plus en plus courantes dans les centres urbains sont stigmatisées dans
"Complainte" ; de même que des problèmes brûlants d’actualité comme les divisions
ethniques ("Mi wan gno"), l’avortement ("Pourquoi ça"), la délinquance juvénile ou encore
les vertus de la tradition dans "Amoulanga", a fait la promotion de cette expression via la
Radiodiffusion télévision ivoirienne (Rti) et toutes les grandes chaînes mondiales de radio et
de télévision. En effet, le groupe Magic System a bouleversé l’univers médiatique mondial.

Il existe donc de programmes en nouchi sur la Rti et quelques animateurs comme Marcelin
Govoei ou Didier Bléou. D’autre part, il existe des chaînes de radio qui ont des émissions
exclusivement en nouchi, notamment à Abidjan : JAM FM…

La levée de censure qui frappe certains d’entre eux dans les média d’Etat et dans bien des
journaux n’a pas été occultée. Par exemple, le rappeur Billy Billy aurait mieux fait de caresser
le président Alassane Ouattara dans le sens du poil dans son single « Ma lettre au président ».
Parce que même si l’œuvre n’a apparemment pas dérangé le président, la Rti a décidé d’être le
porte-parole du ‘‘prési’’ en censurant l’œuvre du chanteur, estimant qu’elle ne cadre pas avec
la réconciliation nationale. A présent, l’enfant de Wassakara est livré à lui-même. Plutôt, aux
pirates puisque la Rti ne compte pas l’accompagner dans la promotion de ce titre.

3 Le nouchi dans la presse écrite

Le nouchi est également exploité dans la presse comme la radio et la télévision. Outre les
magazines people tels que Declic'Mag ou Top visages qui emploient le nouchi, les
hebdomadaires Gbich ! Magazine et Bôl’kotch sont écrits également dans cette langue et
permettent de faire la satire et la caricature de la société et du monde politique en Côte
d’Ivoire. Par exemple dans l’hebdomadaire Gbich ! Magazine, indice de mesure de la société
ivoirienne, miroir anamorphique de la culture populaire ivoirienne, autant par la thématique
abordée à chaque parution, que par le jeu discursif et le style graphique, le lecteur y retrouve
la foisonnante culture populaire véhiculée par le nouchi. Un festival de langage qui se
retrouve dans les titres des rubriques de l’hebdomadaire : «Et dit tôt!», «Z'yeux voient pas,
bouche parle», «Courrier drap», «Gbichaaan!» ou encore «Affaires Moussocologiques»
inspiré, lui, du mot bambara «mousso» qui signifie «femmes».

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En plus de la promotion de cette langue dans la presse ivoirienne, les activités des artistes
nouchis sont largement couvertes par ces médias. En guise d’exemple, l’artiste Nash fait
souvent la une de la presse ivoirienne. Plusieurs articles sont parus en rapport avec la sortie de
l’album "Ziés Dédjàs"19 et certaines de ses tournées ivoiriennes, africaines et occidentales 20
sont relayées par la presse.

4 Le nouchi dans la littérature

Le nouchi a fini par pénétrer dans les milieux scolaires et universitaires puisque des travaux
littéraires et scientifiques lui sont consacrés21. Parmi ces travaux, il y a la bande dessinée. La
bande dessinée pour de nombreux Ivoiriens est un art ludique, satirique et pédagogique 22. La
bande dessinée Aya de Yopougon23 retrace la vie quotidienne d’une jeune abidjanaise de la fin
des années 70, et une place importante y est accordée au nouchi. En plus d’Aya de Yopougon,
une série de personnages nouchi sont connues par le biais de la bande dessinée de presse. Il
s’agit notamment de Tommy Lapoasse, jeune étudiant à la guigne légendaire, Jo’ Bleck, le
tombeur de ces dames, Papou le gamin innocent, Gazou La-doubleuz qui résiste aux Dom
Juan ou encore Sergent Deutogo, le militaire corrompu qualifié de «corps à billets». Mais la
star des stars est Cauphy Gombo, l’homme d’affaires sans scrupules avec le célèbre dicton
« no pitié in business ».

De plus, le nouchi est lu dans des livres, particulièrement avec l’écrivain Ahmadou
Kourouma, des études le consacrent en tant que « Français Populaire Africain ». Par exemple,
l’on peut recenser sans exhaustivité les travaux suivants :

19
Lire à ce sujet : Top Visages, du 21 décembre 2008 ; Star Magazine, du 24 décembre 2008 ; Notre Voie, du 31
décembre 2008 ; Fraternité Matin, du 28 décembre 2008 ; Déclic Magazine, du 6 janvier 2009.
20
http://p6.storage.canalblog.com/69/40/485751/45625002.pdf (consulté le 17 mars 2016).
21
Par exemple, un séminaire à l’initiative du ministère de la Culture et de la Francophonie en collaboration avec
l’Ufr des langues, littératures et civilisations (LLC) de l’université de Cocody, a réuni à Grand-Bassam (Côte
d’Ivoire) du 17 au 19 juin 2009, des luiguistes et des littéraires pour proposer un mécanisme de sauvegarde et de
promotion de ce parler populaire. Ils pensent aussi à instituer une grammaire appropriée. Le thème de cette
rencontre était : « Le nouchi en Côte d`Ivoire : Manifestation linguistique passagère du mal de vivre de la
jeunesse, ou alternative possible d’une identité ivoirienne en construction ? »
22
C’est à juste titres que Scott McCould, un grand théoricien de la BD la définit comme « des images picturales
et autres, volontairement juxtaposée en séquences, destinées à transmette des informations et à provoquer une
réaction esthétique chez le lecteur. »
23
Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon. Cases extraites de la p. 34, tome 5.

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Revue Sciences, Langage et Communication Vol 1, N° 1 (2018)

KOUADIO N. J (1990). « Le nouchi abidjanais, naissance d’un argot ou mode linguistique


passagère ? », in Gouaini/Thiam (éds.), Des Langues et des villes. Paris, ACCT/Didier
Erudition, p. 373-383 ; KOUADIO, N.J. (1999). « Quelques traits morphosyntaxiques du
français écrit en Côte-d’Ivoire », in Cahiers d’études et de recherches francophones, Langues.
II, 4, p. 301-314 ; KOUAKOU, K.G. (1997).

Il y a aussi le français parlé dans les bidonvilles d’Abidjan. Le cas de Koweit City à
Yopougon, Mémoire de Maîtrise, Université de Cocody-Abidjan ; KOUASSI, N. M. (1998).
Situation sociolinguistique de la commune d’Adjamé, Mémoire de Maîtrise, Université de
Cocody-Abidjan, pour ne citer que ceux-là.

Pierre N’da, dans son ouvrage consacré à l’étude de l’écriture romanesque de Maurice
Bandaman (N’Da, 2003), confirme ce que l’écrivain Jean-Marie Adiaffi a soutenu plus haut :
« Maurice Bandaman … est professeur de français, et on peut raisonnablement penser qu’il
maîtrise assez bien cette langue qu’il enseigne au lycée. Mais, dans ses romans, on observe
qu’il sait passer de la correction académique à une langue débridée, libérée des contraintes
normatives …

Le lecteur des romans de Maurice Bandaman, poursuit-il, ne manque pas d’être frappé par la
liberté textuelle qui se traduit par les interférences linguistiques ou l’insertion de la langue
baoulé dans le texte français, par l’emploi du parler spontané ou du français populaire parlé
dans les rues et les marchés de Côte d’Ivoire, dit "français ivoirien".

Conclusion

Le nouchi qui est apparu autour des années 70, est parti des bidonvilles et des quartiers
précaires pour avoir une reconnaissance nationale et internationale. Aujourd’hui, les hommes
politiques nationaux utilisent le nouchi. Sur le plan international, le nouchi est également
utilisé, notamment par tous ces fans de la musique zouglou. Le nouchi a ainsi un caractère
inter-ethnique sur l’ensemble du territoire ivoirien et même au-delà des frontières.

Aujourd’hui, le nouchi est allé plus loin car les cercles les plus réticents naguère comme ceux
des étudiants, des professeurs, des hommes politiques et de la diaspora, sont devenus plus que
tolérants : ils en font usage et de fort belle manière. De langue des petits voyous, le nouchi est
devenu la langue de la comédie populaire ivoirienne, voire de la musique ivoirienne. Cette
langue populaire ivoirienne est également utilisée dans les médias nationaux et

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internationaux, sur la toile à travers de clips, d’interviews et de reportages. On y voit ou lit


quelques extraits inédits de concerts lives, ou de documentaires sur le nouchi. Cette utilisation
du nouchi dans les médias se justifie du fait qu’il a un usage facile et surtout en raison de sa
capacité à dépeindre la réalité ivoirienne telle qu’elle est. Il est de ce fait devenu une langue à
connotation politique, revendicative, fictive et lyrique.

Bibliographie

ABOUET M. et OUBRERIE C., (2005), Aya de Yopougon, Gallimard, 112 pages.

AHUA M. B., (2009), Je suis demandeur d’asile, Books on Demand Editions, 140 pages.

BAHI G. O. H., (2011), Contribution à la redynamisation du cinéma en Côte d’Ivoire :


Proposition du festival « ciné-musik » d’Abidjan, Éditions universitaires européennes EUE,
68 pages.

AHUA B. et COULIBALY A. (1986), « Nouchi : un langage à la mode », in Fraternité-Matin


du 06 septembre 1986.

KOUADIO N. J. (1990), « Le nouchi abidjanais, naissance d’un argot ou mode linguistique


passagère ? », in Gouaini/Thiam (éds.), Des Langues et des villes. Paris, ACCT/Didier
Erudition, p. 373-383.

KOUADIO, N. J. (1999), « Quelques traits morphosyntaxiques du français écrit en Côte-


d’Ivoire », in Cahiers d’études et de recherches francophones, Langues. II, 4, p. 301-314.

KOUADIO, N. J., (1990), Le nouchi et les rapports dioula-français, Université de Cocody-


Abidjan, 15 pages.

KOUAKOU, K.G. (1997), Le français parlé dans les bidonvilles d’Abidjan. Le cas de Koweit
City à Yopougon, Mémoire de Maîtrise, Université de Cocody-Abidjan.

KOUASSI, N. M. (1998). Situation sociolinguistique de la commune d’Adjamé, Mémoire de


Maîtrise, Université de Cocody-Abidjan.

Kourouma A., (2002), Allah n’est pas obligé, Seuil, 223 pages.

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LAFAGE, S. (1998), « Hybridation et « français des rues à Abidjan» », in A. Queffélec (éd.),


Français parlé et alternance codique, Aix-en-Provence, P.U.P., 279-291.

LAFAGE, Su. (2002) et (2003), Le lexique français de Côte-d’Ivoire. Appropriation &


créativité, Le Français en Afrique Noire, Revue du ROFCAN, n° 16 et 17, tomes 1 et 2.

N’DA, P., (2010), « Le roman africain moderne : pratiques discursives et stratégies d’une
écriture novatrice. L’exemple de Maurice Bandaman ». En-quête, n° 23, spécial hommage au
Professeur, pp.48-66.

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nouchi, Mémoire de DEA, Université Paul-Valéry Montpellier 3.

NIAMIEN N. E. (1997) ; Le français parlé dans les gares routières d’Abidjan, Mémoire de
Maîtrise, Université de Cocody-Abidjan.

OKOMBA D. H., (2009), Le Zouglou dans l’espace publique en Côte-d’Ivoire (1990-2007),


thèse de doctorat en science politique par, université du Québec à Montréal, 331 pages ;

www.nouchi.com (consulté le 5 janvier 2015).

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