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Gestion de la productivité en entreprise

Le chapitre aborde l'importance de la productivité pour les entreprises face à la concurrence mondiale et aux crises économiques, soulignant qu'elle est essentielle pour la croissance économique et l'amélioration du niveau de vie. La gestion de la productivité implique des phases de mesure, d'évaluation, de planification et d'amélioration, et elle peut être appliquée à différents niveaux, y compris international, national, sectoriel et organisationnel. Les enjeux liés à la productivité incluent la nécessité d'améliorer les performances économiques tout en tenant compte des impacts sociaux et environnementaux.

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Gestion de la productivité en entreprise

Le chapitre aborde l'importance de la productivité pour les entreprises face à la concurrence mondiale et aux crises économiques, soulignant qu'elle est essentielle pour la croissance économique et l'amélioration du niveau de vie. La gestion de la productivité implique des phases de mesure, d'évaluation, de planification et d'amélioration, et elle peut être appliquée à différents niveaux, y compris international, national, sectoriel et organisationnel. Les enjeux liés à la productivité incluent la nécessité d'améliorer les performances économiques tout en tenant compte des impacts sociaux et environnementaux.

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CHAPITRE II

GESTION DE LA PRODUCTIVITE

II –1 : INTRODUCTION

L’intensification de la concurrence internationale, la


mondialisation de l’économie et les crises énergétiques et
monétaires ont fait prendre conscience aux entreprises que pour
survivre, elles doivent absolument améliorer leur productivité. Ce
regain d’intérêt porté de plus en plus à la productivité vient du
fait qu’elle est la seule véritable solution aux maux dont souffre les
économies actuelles à savoir la baisse de la compétitivité et de la
qualité; l’augmentation de la pauvreté, le chômage et l’inflation.
En effet, l’amélioration de la productivité est la seule source de
création de la richesse pour l’entreprise et de croissance
économique. Aujourd’hui, il y a consensus entre industriels,
syndicats, gouvernements et consommateurs pour maintenir les
efforts relatifs à l’amélioration de la productivité. Par contre, les
moyens suggérés pour y parvenir varient selon le côté où on se
place. Par exemple, un travailleur est heureux d’acquérir une
automobile à un prix correspondant à un certain pourcentage de
son salaire annuel inférieur à celui d’il y a cinq ans. On peut
s’attendre du même travailleur à ce qu’il s’oppose à être remplacé
sur la chaîne de montage d’un fabricant automobile par un robot
plus productif (permettant de baisser le prix relatif de l’automobile

48
), surtout si l’employeur envisage par la suite une mise à pied.
Cette observation vaut également pour l’ensemble de la société.
Les consommateurs et la nation entière bénéficient
économiquement de toute hausse de productivité. Néanmoins, les
retombées sociales du chômage et les incidences écologiques
viennent assombrir cette perspective économique car ces aspects
semblent négligés lors des arbitrages.
Mais, le mot productivité est longtemps resté mal compris et on lui
donna plusieurs définitions souvent très différentes les unes des
autres selon le contexte dans lequel on a voulu l’appliquer.
Beaucoup a été écrit sur la productivité et on est aujourd’hui
arrivé à une définition acceptée de tous : la productivité, de façon
générale, se définit comme le rapport qui existe entre une
production et les facteurs de production utilisés pour l'obtenir ;
c’est le quotient d'une production par l'ensemble ou par l'un
seulement des facteurs de production qui s'y rapportent. C’est le
rapport entre la production et les facteurs utilisés pour l’obtenir.
Elle est donc une combinaison de l’efficacité et de l’efficience, i.e
l’atteinte des résultats avec la meilleure utilisation possible des
ressources. Sous forme de ratio elle se définit comme suit :

Très fréquemment, le facteur retenu est le travail ; la «productivité


du travail » est alors le quotient entre une production et la quantité
de travail qui a été nécessaire pour l'obtenir.
Productivité du travail = volume de la production/ volume du
travail
49
Productivité du capital = volume de la production / volume du
capital fixe productif
Productivité des consommations intermédiaires = volume de la
production / volume des C.I.
Productivité totale des facteurs = volume de la production /
volume (travail + capital utilisé + CI)

II –2 : LES ENJEUX

Les économies nationales de la plupart des pays en développement


en particulier sont caractérisées par les maux suivants : croissance
hésitante, progression rapide de la population, baisse des cours des
matières premières à l’exportation, fardeau de la dette, taux de
chômage élevé, déficit de la balance des payements, déficits
budgétaires, etc…Cette situation, intimement liée à la baisse de la
productivité (voir figure II-1), a pour conséquence une
détérioration de l’environnement des affaires, une dégradation du
niveau de vie des populations et un affaiblissement du pouvoir
économique et politique sur la scène internationale. Que faire pour
redresser l’économie nationale ? Un ajustement structurel ? Un
plan d’urgence ? une dévaluation ? Certes ces solutions peuvent
avoir une influence positive dans l’amélioration de la situation
mais la seule solution viable est une amélioration de la
productivité nationale. Mais la solution véritable passe par une
amélioration de la productivité qui est universellement reconnue
comme la seule source de croissance économique, de progrès
social et d ‘amélioration du niveau de vie des populations. Tous les

50
économistes vous dirons : la productivité, c’est la croissance,
l’emploi et donc la hausse du niveau de vie. Le gain de
productivité peut créer dans un premier temps un chômage
« frictionnel », mais il engendre aussi une hausse générale du
pouvoir d’achat, donc une augmentation de la demande et crée
ainsi donc de nouveaux emplois. C’est le cercle vertueux de la
productivité montré à la figure II-2.

Au niveau de Au niveau de
L’économie nationale
Entreprise

51
Figure II-1 : cercle vicieux « baisse de productivité –
inflation – chômage – pauvreté ».

Hausse de la
productivité

Hausse des Baisse des Hausse des Surplus de


profits prix salaires main-
d’oeuvre

52
Hausse de Amélioration de la Hausse du Marché de
l’investissement compétitivité de pouvoir l’emploi
l’entreprise d’achat

Hausse de Création
la demande d’emploi

Figure II-2 : Cercle vertueux de la productivité sur l’emploi

A l’époque du plan Marshall (1946 – 1959), cette importance était


déjà reconnue à tel point que tous les pays bénéficiaires du plan
étaient tenus de créer un centre national de productivité.
Aujourd’hui beaucoup de pays se sont dotés d’organismes de
productivité avec l’assistance du BIT (Bureau International du
Travail) et souvent le concours financier du PNUD (Programme
des Nations Unies pour le Développement). Ces organismes de
productivité ont généralement mis en place toutes sortes de

53
services pour les entreprises et les administrations : information,
formation, avis et conseil sur divers aspects de la productivité, de
l’efficacité et de la performance d organisations.

II –3 : DOMAINES D’APPLICATION DE LA
PRODUCTIVITE

De par sa définition, le concept de productivité se prête bien à une


utilisation dans tous les secteurs de la production. Ainsi on
effectue des études de productivité au niveau international, au
niveau national, au niveau d’un secteur industriel et au niveau
d’une organisation (publique, privée…)

II-3–1 : au niveau international


Une étude de la productivité au niveau international sert à mieux
évaluer l’impact de la productivité sur la compétitivité des produits
des différents pays sur les marchés intérieur et international. Les
mesures les plus couramment utilisées sont :
- le coût de la main-d’œuvre
- le rapport revenu national brut sur capitaux investis
- le revenu intérieur brut par employé
Mais pour bien utiliser ces indicateurs au fin de comparaison, il
faudra tenir compte des facteurs suivants :
- le taux de change (entre les différentes monnaies)
- la diversité des facteurs économiques des pays (disponibilité
des ressources, avantage comparatif)
- les facteurs socio-économiques, culturels, politiques, etc.

54
II-3–2 : au niveau national
Au niveau national, la mesure la plus utilisée est la productivité de
la main–d’œuvre. Elle constitue un indicateur important de
l’économie nationale; elle est un indicateur de la croissance
économique, une mesure de l’efficacité . En outres, elle montre la
corrélation entre prix et revenu donc une mesure du pouvoir
d’achat, de l’inflation et donc du niveau de vie.

II-3– 3 : au niveau d’un secteur industriel


La mesure de la productivité à ce niveau constitue :
- un indicateur économique qui aide à mesurer les
performances des différents secteurs industriels pour mieux
asseoir les stratégies de leur développement;
- un outil pour l’élaboration de plan de développement
sectoriel ;
- une base d’étalonnage industrielle par une analyse
comparative de la performance des entreprises d’un même
secteur ;
- un outil pour mieux prévoir l’évolution d’un secteur.

II-3– 4 : au niveau d’une organisation


A ce niveau la mesure de la productivité permet d’analyser
l’efficacité et l’efficience de l’utilisation des différentes ressources
mises en œuvre dans le processus de production de biens et
services. C’est à ce niveau que des programmes formels
d’accroissement de la productivité doivent être mis en œuvre. Ce

55
chapitre est consacré à l’étude de la productivité au niveau d’une
organisation de production de biens ou de services.

II -4 : LA GESTION DE LA PRODUCTIVITE

La gestion de la productivité comprend 4 phases : la mesure,


l’évaluation, la planification et le programme d’amélioration. Une
organisation qui entame pour la première fois un programme
d’amélioration de productivité doit commencer par mesurer les
différents ratios de productivité et évaluer les résultats afin de
déterminer les performances de l’organisation. Après l’évaluation
on doit fixer des objectifs à atteindre dans le court, le moyen et le
long terme et définir des politiques (stratégies) pour, atteindre ces
objectifs d’accroissement de la productivité. Une fois les politiques
mises en œuvre on devra assurer le suivi et la relance (le cycle
recommence).

mesurer

Evaluer
Accroître

56
planifier

Figure II-3 : cycle de gestion de la productivité

II-4–1 : La mesure de la productivité


Chaque organisation possède des caractéristiques qui lui sont
propres dans l’espace et dans le temps ce qui rendent difficile la
mesure de la productivité. On préfère souvent faire des mesures
imparfaites ou globales que des mesures complexes et coûteuses.
Par exemple, les compagnies de pétrole utilisent comme indice de
mesure de la productivité le coût de production d’un baril de
pétrole. D’une façon analogue, les compagnies aériennes se fient la
plupart du temps au coût par siège- km (mille). Cela leur permet
d’évaluer leur performance non seulement d’une période à l’autre,
mais aussi de la comparer à celles de leurs concurrents. Selon le
critère utilisé, la mesure de la productivité permet d’évaluer la
performance d’une entité d’aider à la planification des opérations
et à la détermination des politiques et d’identifier les points où les
efforts doivent être concentrés. Mais il y a 3 problèmes majeurs
liés à la mesure et à l’interprétation de la productivité. Il s’agit :
1 - des effets de substitution : par exemple, une meilleure
utilisation des machines peut entraîner un accroissement du
volume des extrants (output). En conséquence si on tente de
mesurer le ratio extrant /main-d’œuvre, on obtient un

57
accroissement par rapport à la période précédente, alors que la
productivité de la main-d’œuvre peut aussi bien avoir décliné.
2 - des difficultés d’évaluation des différents
intrants et extrants. On utilise souvent la valeur monétaire
comme base commune de mesure en tenant compte de la valeur de
l’argent dans le temps (inflation). Mais plusieurs éléments
qualificatifs ne peuvent être exprimés en F ; ce sont les éléments
intangibles tels le confort, la sécurité la santé…
3 - la difficulté sinon l’impossibilité d’isoler l’effet de
changement de prix, de coûts, de modifications de produits ou
de processus. La comparaison des mesures de productivité d’une
période à l’autre risque alors d’être moins significative.

II-4-1-1 : les données

Mais tous les produits et ressources ne sont pas toujours


quantifiables (satisfaction, expertise, climat social…). C’est
pourquoi la définition de la productivité peut être reformée de la
manière suivante :

Où le terme tangible désigne ce qui est mesurable tels un nombre


de chaise, un montant, d’argent, un nombre d’heures hommes /

58
machines, un nombre de kw-h, ect… Mais il est parfois très
difficile de comptabiliser tous les produits ainsi que les ressources
utilisées par une organisation par catégorie. On pourra aussi
appliquer la loi de paréto (20 % en nombre pour 80 % en valeur)
pour le choix des items à faire intervenir dans les calculs. Dans une
entreprise manufacturière on peut regrouper les produits en cinq
principales catégories (produits finis, produits en cours dividendes,
intérêts, autres revenus, )et les ressources en cinq catégories aussi
(main- d’œuvre, capital, matières énergie, autres dépenses). Les
figures 1 et 2 définissent ces élément.

Produits

Produits Autres
finis Produits
En cours

Utilisation Vente
Utilisation Vente interne
interne - intérêts
sur
placement
–autres
revenus

Fig II –3 : produits tangibles

59
Ressource
s

Main- d’œuvre Capital Matières Energie Autres

. ouvriers Matières . Elec Voyages


. personnel Premières Eau Taxes
de soutien fournitures Gaz Honnora
implique dans Fixe F.D. rou Carbura ires
la production nt Adminis
Capitale . stocks tration
immobil .banque
ise .C.A.Rec

des

Fig II –3 : ressources tangibles

60
Un problème qui survient lors de la collecte des données est celui
de la base d’imputation des ressources aux différents produits.
L’imputation des frais indirects de fabrication (main- d’œuvre
directe, amortissement des équipements, énergie, capital, matières)
se fait d’une façon directe. Quant aux frais généraux (frais que
doivent supporter un ensemble de produits) il faut trouver une base
d’imputation assez significative ; les bases d’imputation suivantes
peuvent être appliquées aux cas correspondants :
- - main-d’œuvre directe pour l’administration générale
- - surface occupée pour l’amortissement des bâtisses, la
climatisation, l’éclairage …
- - nombre des ventes pour les frais de ventes
Par exemples si un atelier emploie 25 ouvriers sur un total de 100
ouvriers pour l’entreprise et que les coûts d’administration
générale s’élèvent à 5 000000 de CFA : il sera imputé à l’ensemble
des produits fabriqués dans cet atelier un montant égal à

Si on a fabriqué 5000 produits du même type dans l’année, le coût


d’administration à imputer à chaque produit sera égal à

Un autre problème à résoudre avant d’entamer les calculs des


indices de productivité (ratios de comparaison des performances
d’une période à l’autre) est celui du choix de la période de base.
Pour mieux gérer les ressources on doit montrer l’évolution de
leur utilisation dans le temps. Or les prix, la valeur de l’argent et
les activités d’une organisation peuvent changer d’une période à

61
une autre. Le problème est donc de ramener toutes les données sur
une même base pour fin de comparaison. Les deux méthodes
suivantes permettent de résoudre le problème :
1 – des données historiques des ventes et de la production
de l’organisation : choisir une période qui reflète le mieux les
activités de l’organisation (moyenne) et la prendre comme période
de base.
2- choisir une période fictive dont les données seront
représentées par valeurs standards (si l’organisation en dispose) et
cette période fictive comme période de base.
Une fois la période de base (t =o) choisie, on ramène les valeurs
d’une période ( t= n). sur la base (t = o). Ceci peut se faire en
utilisant des indices de dévaluation (inflation +variation des prix ).
Ces indices sont souvent disponibles dans certains organismes tels
les banques, les chambres de commerce, certains ministères
(finance, économie, commerce).Généralement, pour le calcul de
indices de productivité il est nécessaire que les produits et les
ressources soient exprimés sur une base commune (on ne peut pas
additionner des voitures et des vélos). Une façon très simple de
résoudre ce cas est d’exprimer ces quantités en unités monétaires
(constants ou courants).

II-4 -1-2 : mesures


La productivité peut être mesurée par différents ratios et indices
dont notamment le ratio de productivité P, l’indice de productivité
et le surplus de productivité global.

Notation :

62
P : la productivité
O : le produit (output)
I : les ressources (Input)
Oin : le rendement i de la période n
Ij : la ressource j
Iij : la part de la ressource imputée au produit i
IP : l’indice de productivité
SPG : surplus de productivité global

II-4 -1-2.1 : le ratio de productivité


Pij = productivité partielle de la ressource j dans le
produit i
Pj = productivité de la ressource j
PG = productivité globale

II-4 -1-2.2 : l’indice de productivité


63
représente la ressource I qu’on aurait dû utiliser à la période n si on
fonctionne à la productivité de la période de base(ou si les
standards avaient été respectés).

est un ratio standard


Ipij = : indice de productivité partielle

IPg lobal = indice global de l’entreprise dans le calcul


des indices de productivité de l’ensemble des produits intervient le
phénomène du Mix i.e. les proportions dans lesquelles les
différents produits contribuent au produit global. Tout modèle de
mesure de la productivité doit donc en tenir compte. Ainsi le
SIMAP (Système Intégré de mesure et d’analyse de la
productivité) constitue un bon modèle de mesure de la
productivité. Sa formule est :
I P global =

64
Période o Période n
produits
oin Iio oin Iin IP
(indic
e)
1 O10= I110 Oin I11n = 50 IP1 =
1000 =50 =200 2
0
2 020= I210 02n = I21n =5 IP2 =
2000 = 20 1000 2
3 030 I"&0 03n = I31 n = 10 IP3 =
=2000 10 4000 2

II-4 -1-2.3 : le surplus de productivité globale


La méthode du surplus de productivité globale montre que la
richesse créée dans l'entreprise résulte non pas d'un facteur unique,
mais de la combinaison de plusieurs facteurs de production, dont
notamment le travail, le capital et les matières. Elle vise à décrire
comment se répartissent les gains de productivité. Elle comprend
deux étapes :
- la mesure du surplus de productivité qui est égal à la
différence entre les variations des volumes de la production
et des facteurs .

avec pi = prix unitaire des produits Oi


fi = coûts unitaire des facteurs Ii

65
le taux de surplus

- l'étude de la répartition de ce surplus sous forme, soit de


baisse du prix des produits, soit d'augmentation de la
rémunération des facteurs. En fait, le prix de certains
produits peut aussi augmenter et celui de certains facteurs
baisser. Ces variations de prix entraînent des transferts au
profit des autres agents qui s'ajoutent au surplus de
productivité pour former le surplus disponible total,
susceptible d'être réparti. De même, le surplus de
productivité peut être négatif, et cette perte est alors
nécessairement comblée par une hausse du prix de certains
produits ou par une baisse de la rémunération de certains
facteurs. En définitive, les différentes variations constituent
soit une origine, soit une répartition de surplus distribuable,
et les comptes de surplus ont pour objet de décrire ces
transferts.

Le SPG évite de réduire l'analyse de la performance au cadre étroit


de la seule productivité apparente du travail qui pouvait conduire à
de graves erreurs en matière de gestion des effectifs et qui
n'appréhendait pas correctement le fait qu'il existe d'autres
gisements de productivité que le travail. Il permet par exemple de
suivre la répartition des surplus créés par l'entreprise entre les
différents acteurs de son secteur. Le SPG est un outil pertinent
pour les pouvoirs publics qui souhaitent apprécier les évolutions de

66
des gains des réformes des services publics et notamment ceux
distribués aux consommateurs. La méthode du surplus global de
productivité joue un rôle important dans le cadre des négociations
en matière de politique des revenus car elle lie l'augmentation des
rémunérations aux gains de productivité

II-4-1-3 : étapes de l’implantation d’un système de mesure


de la productivité
1- choisir les produits à étudier en faisant une analyse des ventes
(contribution marginale, analyse ABC…)
2- se familiariser avec le système de production (produits,
processus, personnel…)
3-choisir une base d’imputation (cours de prix de revient)
4-concevoir un système de collecte données (historiques,
questionnaires, formulaires…)
5-choisir une période de base (représentation ou fictive)
6-synthétiser les données recueillies (choix des pertinentes)
7-s’informer sur l’inflation
8-ramener les données sur une même base (même valeur,
période de base…)
9-calculer P. globale, P partielles, Ip global et Ip partiels
10- mettre les résultats des calculs des indices sous
graphiques
11- analyser les tendances des indices afin de déceler les
ressources Iij mal utilisées.
Cette dernière étape nous conduit à l’évaluation de la productivité.

67
II-4 –2 : L’évaluation de la productivité

Il y a trois façons distinctes, mais non exclusives, d’évaluer la


productivité:
- évaluer la performance actuelle par rapport à celle de
périodes antérieures : cette méthode ne permet pas de savoir si la
performance actuelle est valable, mais elle indique par contre s’il
y a amélioration dans le temps.
- évaluer la performance d’une organisation par rapport à une
celle d’autres : cette méthode donne un résultat relatif. Elle
reconnaît que ce qui importe avant tout, c’est d’être plus productifs
que les concurrents ; les résultats de ces derniers ou la moyenne de
l’industrie deviennent des étalons de mesure.
- évaluer la performance actuelle par rapport à un objectif
fixé: c’est une mesure de l’efficacité.

II-4 -2-1 :Calcul de changement de productivité d’une


période à une autre
Soient :

p : changement de productivité
pin = pin – pin-1
oin =oin –oin-1
Iin =Iin –Iin –1
Pin

68
il y a 3 cas possible pour Pin : - Pin < 0
- Pin = 0
- Pin >0
A partir de ces trois cas on construit l’Arbre d’Evaluation de la
Productivité (AEP) qui montre tous les changements théoriques
possibles des produits et ressources. La figure 5 de la page
suivante illustre l’AEP. L’arbre d’évaluation de la productivité est
très utile pour la prise de décision concernant l’élévation de la
productivité.

II-4 -2-2 : évaluation de la productivité à l’intérieur d’une


période
Il s’agit principalement de comparer la productivité réelle d’une
période avec sa valeur budgétisée. Pour ce faire on peut utiliser les
méthodes suivantes :
- méthode statistique : on estime la valeur budgétisée par
analyse de la série chronologique (historique) des performances
passées. On peut donc utiliser des techniques de prévision comme
la moyenne mobile, le lissage exponentiel simple pour illustrer
cette méthode.
Soit P’ijn la prévision de la prévision de la productivité de la
ressource j dans le produit i pour l période n
α : le coefficient de lissage
P’ijn = Pijn –1 = (1 – α) P’ijn –1
où o < α < 1 ; dans la pratique 0.01 < α < 0.03
donc Pijn = Pijn –P’ijn
69
- Méthode du "jugement du gestionnaire" : il s’agit
d’estimer les meilleures valeurs "0 * in et I * in" pouvant satisfaire
la " meilleure stratégie" choisie à partir de l’AEP. La valeur de
P* in = est estimée en tenant compte des politiques de
l’entreprise, de l’évolution historique de son affaire et du " flair
"du gestionnaire.
Pin = Pin - P * in
la figure 5 illustre ces deux méthodes.
Les différentes Pin obtenues devront être mise sous graphique afin
de montrer les tendances (évolution de la productivité) et d’en
dégager des actions pour atteindre les objectifs fixés
(planification).

II-4 -3 : planification de la productivité


Planifier la productivité c’est se fixer un niveau de productivité à
atteindre et définir les voies et moyens de le faire. A cet effet on
doit :
- connaître les performances passées de l’organisation ainsi
que ses forces et faiblesses
- définir les objectifs de l’organisation
- préparer des buts (chiffres) à atteindre et concordant avec les
objectifs
- développer une méthode et une structure de coordination et
de contrôle.

70
Période n- Période n
1
Oin-1, Oin, Iin, O, I
Iin-1 calculés
connus

Iin>0 Pin > 0 Pin >


0
Oin > 0 Iin=0 Impossible
Iin<0 Impossible
Pas
d’activités
Iin>0 Pin = 0 Pin =
0
Oin-1 = 0 Oin = 0 Iin=0 Pin = 0 (pas
de production)
Iin-1 = 0 Iin<0 Impossible

Oin < 0 Impossible

Iin>0 Pin > 0 Pin >


0
Oin > 0 Iin=0 Pin > 0 Pin >
0
Pin-1 = 0 Iin<0 Pin > 0 Pin >
0

71
Oin-1 = 0 Iin>0 Pin = 0 Pin =
0
Iin-1>0 Oin = 0 Iin=0 Pin = 0 Pin =
0
Iin<0 Pin = 0 Pin =
0

Oin < 0 Impossible


d’avoir une production
négative

Iin>0 Pin > 0 Pin


>=< 0
Oin > 0 Iin=0 Pin > 0 Pin >
0
Iin<0 Pin > 0 Pin >
0

Iin>0 Pin > 0 Pin <


0
Oin = 0 Iin=0 Pin > 0 Pin =
0
Iin<0 Pin > 0 Pin >
0

Oin < 0 Iin>0 Pin > 0 Pin <

72
0
Iin=0 Pin > 0 Pin <
0
Iin<0 Pin > 0 Pin
>=< 0

Période n-2 Période n-1 Période n


Données : Iin-2 , Oin- Données : Iin-1 Données : Iin
2, Pin-2, α Oin-1 Oin

73
Pin-1
Pin-2 A.E.P (première
méthode)

(deuxième
méthode)

74
Dans ce paragraphe on s’intéressera uniquement à la fixation du
niveau de productivité à atteindre, la définition des voies et
moyens sera vue en détail dans l’élévation de la productivité. Ici
on développera essentiellement la planification à court et moyen
terme et la planification à long terme.

II-4 -3-1 : planification à court et moyen terme


Ici la planification consiste essentiellement en la prévision du
niveau de productivité couvrant une période allant généralement
de 1 mois à un an. Il y a 2 principales techniques qui sont
utilisées :
- méthode de l’arbre d’évaluation de la productivité :
connaissant les valeurs réelles de Oin et Iin , on estime Oin + 1
et Iin +1 en tenant compte des performance passées et de forces et
faiblesses de l’organisation. On évalue ensuite la meilleure
combinaison (branche de l’AEP) pouvant atteindre les buts prévus.
- méthode linéaire : on utilise généralement le lissage
exponentiel double.
On pose Pin =a +b. n +ε
avec n : période
ε =erreur aléatoire
procédure
1-déterminer a et b par la méthode de régression
2- choisir α définir

75
4 – prévoir la productivité de la période à venir ( T période

après la période n)

Où T = 1, 2, 3…

II-4-3-2 : Planification à long terme


Elle couvre une période allant de 1 à 5 ans. Une des méthodes les

plus couramment utilisées et celle de la maximisation de la


productivité globale.
On veut maximiser

Sous contraintes : - I = f (O) I fonction de O


- O>0
- I>0

76
Où I= f (O), trouvé par la méthode de régression f (O) peut
prendre 4 formes
- forme linéaire I = a + bO
- forme puissance I = aOb
- forme quadratique I = a + bO + cO2 + dO3
procédure :
1- à partir de données historiques, tracer la fonction I= f (O)
2- déterminer la valeur maximale de Pm = lim
3- fixer P* l’objectif à atteindre (forces et faiblesses)
P* = K Pm avec K fraction de la valeur de Pm
3-à partir de la courbe, déterminer O* correspondant à P*
5 trouver I* = f (O) ressources planifiées.
Après avoir mesurer, évaluer et planifier la productivité il ne reste
plus qu’a mettre en œuvre un programme d’élévation de la
productivité ( ou de réduction de coûts).

II-4- 4 : Programme d’amélioration de la productivité

Les techniques d’amélioration de la productivité sont


essentiellement basées sur la technologie, les matières, les
employés (gestion), les produits et la tâche.

1- Techniques basées sur les employés


Il est clair que le succès du programme dépend en premier lieu des
employés (à quelque niveau qu’ils soient) car ils constituent la
richesse principale de l’organisation. Il est donc essentiel que tous
les employés soient impliqués dans le programme par divers
moyens :
77
- rémunération à la pièce
- rémunération basée sur des heures standards de travail
- incitations financières par groupe (principe du portage des
profits)
- indemnités (bénéfices marginaux, assurance…)
- promotion
- enrichissement du travail
- élargissement du travail (responsabilisation : l’employé
s’identifie au travail qu’il effectue)
- participation des employés (cercles de qualité…)
- développement de l’habilité des employés (formation)
- management par objectif (fixer des buts à atteindre pour
tous)
- courbe de " performance" (chaque employé peut lui-même,
suivre sa performance
- motivation à toujours mieux faire )
- communication (esprit d’ouverture, de respect et de
compréhension)
- formation professionnelle (habilité)
- établissement et entretien d’un bon climat de travail
- récompense (mérite) et punition (mauvais exemples –
anarchie)
- cercles de qualité (les employés s’intègrent au programme)
Comme on serait porté à le croire, ces techniques, bien que
nécessitant de fonds, n’engendre pas une augmentation des coûts
de la main – d’œuvre car leur impact doit stimuler les employés et
donc augmenter leur productivité (en produisant plus).

78
2-Techniques basées sur la technologie
- conception Assistée par Ordinateur (C.A.O)
- Fabrication Assistée par Ordinateur (F.A.O)
- computer – integrated – manufacturing C I M : intégration
de C.A.O. /F.A.O.
- Robotique (opération sur postes dangereux – travail
monotone de grande précision…)
- technologie du Laser (précision)
- Utilisation de nouvelles sources d’énergie (solaire, biomas...
- Technologie de Groupe technologie
- maintenance et entretien de l’équipement et remplacement
des machines vétustes
- économie d’énergie carburent, eau, électricité…)

3-Techniques basées sur les matières


- gestion des stocks
- planification des besoins en matières (MRP)
- contrôle de la qualité
- amélioration du système de manutention
- recyclage des matières

4- Techniques basées sur le produit


- analyse de la valeur
- diversification des produits
- simplification des produits
- standardisation des produits
- recherche développement
- amélioration de la fiabilité

79
- " copiage" (produits, procédées, technologie, système
administratif…) à faire avec intelligence
- publicité et promotion des ventes

5- Techniques basées sur la tâche (Etude du travail)


- Simplification du travail
- mesure du travail
- conception, évaluation de la tâche (poste de travail)
- santé et sécurité au travail
- ergonomie
- planification des opérations (ordonnancement)

ANNEXE N°1

Pourquoi les gains de productivité ne tirent-ils plus les salaires


vers le haut?
(Bernard Girard )

Ces dernières années, les gains de productivité sont devenus, aux


yeux de beaucoup, synonymes de licenciement et de destruction
d'emplois, mais ce ne fut pas toujours le cas. Longtemps on a
associé productivité et hausses de salaires. Il est vrai que les gains
d'efficacité étaient alors plus ou moins équitablement partagés

80
entre salariés et actionnaires. Ce n'est plus le cas. Depuis la fin des
années 80, la croissance de la productivité n'entraîne plus
d'augmentation automatique des rémunérations puisque ses
bénéfices sont pour l'essentiel transférés aux actionnaires.
Ce phénomène est particulièrement sensible aux Etats-Unis.
Depuis le début des années 90, la productivité y progresse de plus
de 2% par an alors que les salaires se sont stabilisés quand ils n'ont
pas continué de se détériorer. L'indexation des augmentations de
salaires sur les gains de productivité que l'on pensait automatique
s'est défaite comme le montre ce graphique (source EPI).

On peut être tenté d'expliquer cette évolution par la perte


d'influence des organisations syndicales. C'était elles qui
amenaient les directions d'entreprises à céder du pouvoir d'achat à
leurs salariés. Dès lors qu'elles sont plus fragiles, qu'elles ne
mobilisent plus aussi facilement les salariés, les directions n'ont
plus de motif de faire des efforts. Cette explication a le mérite de

81
s'appuyer sur des faits bien établis: les organisations syndicales ont
vu leurs effectifs fondre dans les années 80, la conflictualité a
reculé alors même qu'augmentaient les chiffres du chômage. Mais
on peut expliquer cette évolution d'autres façons. On peut
notamment le faire en regardant la manière dont on obtient les
gains de productivité.

Les différents régimes de productivité

On peut réaliser ces gains de plusieurs façons :


- en agissant sur l'organisation et les méthodes de travail,
dans la tradition de l'organisation scientifique du travail
(OST) qui reprenait en les développant des réflexions plus
anciennes sur la division du travail ;
- en modifiant les systèmes techniques, en introduisant des
machines plus puissantes ou plus efficaces, dans une
tradition elle aussi ancienne puisqu'on peut la faire remonter
à Ure ou Babbage et dont on trouve de nombreux
témoignages tout au long des deux derniers siècles,
- en modifiant le périmètre des organisations, en faisant jouer
à plein la division du travail entre entreprises, selon un
modèle qui fut pour la première exposé par Adam Smith qui
distinguait deux types de division du travail, celle que l'on
pratique dans les ateliers et qu'illustre la fabrication
d'épingles et celle qui apparaît sur le marché de grande taille

82
et qu'illustre la différence entre le marchand ambulant qui
vend de tout et le commerçant installé en ville qui se
spécialise dans une seule famille de produits,
- en agissant sur l'environnement des entreprises : l'énergie,
les moyens de transport, le système éducatif participent
directement à l'amélioration de la productivité individuelle
des salariés : pour ne prendre qu'un exemple trivial, des
pannes fréquentes chez le producteur d'électricité a un
impact direct sur la production de tous ceux qui utilisent des
matériels électriques.
Ces différentes méthodes coexistent presque toujours. En pleine
époque Taylorienne, André Citroën insistait dans ses conférences
sur le progrès technique. Mais à chaque période, une logique
domine.
Tout au long des 30 glorieuses, les gains de productivité ont été
obtenus par des améliorations importantes dans l'environnement de
l'entreprise et l'utilisation de méthodes de travail plus
performantes. C'était l'époque des grands travaux, de
l'électrification, de la création des autoroutes, de la modernisation
du téléphone, c'était celle des organisateurs, des spécialistes du
chronométrage, de l'analyse et de la rationalisation des tâches.
Depuis la fin des années 70, les grands pays industrialisés se sont
orientés dans une autre direction. On recherche dorénavant les
gains de productivité en faisant appel à la spécialisation sur le
marché et au progrès technique. Des faits discrets mais
significatifs en témoignent comme la disparition des
organigrammes des organisateurs ou l'émergence des stratégies de
coeur de métier.

83
Gains de productivité et salaires

Ce changement de cap a modifié en profondeur les relations


salariales.
Lorsque l'on recherche des gains de productivité par l'organisation
et la méthode, les résultats dépendent des efforts des salariés: si
l'on veut qu'ils se plient aux nouvelles organisations, qu'ils
appliquent les méthodes rationnelles, il faut qu'ils fassent preuve
de bonne volonté. Sinon, ils peuvent rendre les meilleures
réformes inutiles. Le coulage, les tricheries sur la qualité ne sont
que quelques uns des moyens que les salariés peuvent utiliser pour
résister aux organisateurs. Ces résistances ouvrières ont souvent
été décrites. Taylor distinguait les résistances individuelles (il
parlait de fainéantise) et cette résistance collective qui conduit les
meilleurs à ralentir leur rythme pour se régler sur l'allure des plus
médiocres et des moins efficaces. Comme la hiérarchie est
démunie et incapable de combattre cette "flânerie ouvrière"
(comment juger de l'allure d'un ouvrier si tous ralentissent leur
allure?) elle ne peut espérer rationaliser les tâches et augmenter la
production qu'en donnant aux salariés des contreparties. Tout le
taylorisme repose sur la recherche de la rémunération optimale,
celle qui incite le plus le salarié à faire des efforts. On a retenu des
travaux de Taylor ce qui concerne l'étude des temps et leur

84
chronométrage, mais il revient en permanence sur les systèmes de
rémunération et insiste chaque fois que possible sur la nécessité de
lier augmentation de la production et augmentation du salaire.
Le rapport de force est naturellement tout différent lorsque l'on
recherche ces mêmes gains de productivité par la spécialisation et
la technologie. La spécialisation sur le marché s'est faite au travers
des fusions, rachats, OPA, opérations multiples d'externalisation
qui toutes avaient pour objet de ramener l'entreprise à ce qui était
le coeur de son métier. Ce faisant, on ne supprimait pas les
activités annexes, mais on les confiait à des spécialistes qui
pouvaient appliquer des économies d'échelle et payer les salariés
au plus près de leur prix sur le marché du travail. Pour ne donner
qu'un exemple, on a, dans un très grand nombre d'entreprises,
confié les services intégrés de nettoyage ou de reprographie à des
sociétés spécialisées capables tout à la fois de les organiser de
manière plus efficace et d'échapper aux grilles salariales qui
faisaient payer ces personnels bien au dessus de leur valeur sur le
marché. Par ce biais, gains de productivité et économies d'échelle
se sont retrouvées associées à des baisses de salaires dans tous les
métiers demandant peu de qualification.
L'impact de la technologie sur les salaires est plus complexe. On
doit, en effet, distinguer deux cas :
- celui où les nouvelles technologies rendent les compétences
anciennes inutiles. C'est ce qui s'est par exemple passé dans
le monde de la presse avec les métiers classiques de
typographe, de photograveur, de correcteur. On remplace
alors des salariés devenus trop chers par des nouveaux
venus, moins exigeants et moins bien rémunérés,

85
- celui où les nouvelles technologies demandent des
compétences nouvelles, originales qui n'existent pas dans
l'entreprise. Il faut les recruter à l'extérieur, souvent au prix
fort. Le coût peut donc être élevé pour l'entreprise, mais il
n'est plus indexé sur ses gains de productivité : il dépend de
la rareté de la compétence sur le marché du travail. Or, plus
ce salaire est élevé, plus il incite de nouveaux venus à
acquérir ces compétences, ce qui doit à terme réduire le
salaire de ces professionnels.
Dans le régime mis en place au début des années 80, il n'est utile ni
nécessaire de partager avec les salariés les gains de productivité.
Les actionnaires peuvent tirer sans difficultés la couverture à eux.
Mais pourront-ils le faire longtemps ?

Le retour vers un partage plus équitable des gains de


productivité ?

Deux facteurs font penser que la situation pourrait évoluer et


redevenir plus favorable aux salariés. Le premier est l'apparition de
nouvelles réglementations, notamment celles sur le temps de
travail. Les historiens ont observé que les grandes entreprises
avaient multiplié les efforts de méthode et d'organisation au
lendemain du Front Populaire. "L'instauration rigide de la semaine
de quarante heures, les contraintes issues des conventions
collectives, et la pression à la hausse des salaires rendirent
nécessaire une réorganisation en profondeur", écrit, par exemple,
Denis Phan, à propos de la Régie Renault. Les réductions du temps

86
de travail forcent les entreprises à faire autant avec des ressources
diminuées. Là où la technologie est déjà en place, l'effort ne peut
porter que sur les méthodes de travail, l'organisation des tâches et
une utilisation plus rigoureuse des ressources humaines. On
pourrait faire valoir que ces réglementations ne concernent que
quelques pays. C'est exact. Mais un autre facteur milite dans la
même direction : la faible efficacité de ce régime de productivité.
Les gains réalisés dans la dernière période sont partout très
inférieurs à ceux des années 50 et 60.
La spécialisation autorise des économies d'échelle, mais tout se
passe comme si ces gains étaient compensés par les coûts de
fonctionnement des entreprises sous-traitantes : l'heure de femme
(ou homme) de ménage est certainement moins bien payée dans
une entreprise spécialisée, mais elle ne coûte pas, en définitive,
moins cher au client que l'heure d'un employé qu'il aurait recruté.
Et pour peu qu'il n'y ait que peu d'économies d'échelle (cas de
beaucoup d'emplois de service), les gains sont très faibles, voire
inexistants.
Le peu d'efficacité des investissements dans les nouvelles
technologies étonne plus. Depuis que Robert Solow l'a mis en
évidence, ce phénomène est connu sous le nom de paradoxe de la
productivité.
Ce paradoxe que l'on peut résumer d'une phrase - jamais on n'a
autant investi dans les nouvelles technologies, jamais non plus la
croissance de la productivité n'a été plus faible-, a fait l'objet de
nombreux travaux. On a dit qu'il n'était qu'un effet d'optique (la
montée en puissance des services dont la productivité est en
général faible masquant les gains réalisés dans le secteur

87
industriel), qu'une parenthèse aujourd'hui close. Reste qu'il y a
bien un mystère.
Il s'éclaire dés que l'on examine ce qui se passe dans les entreprises
où l'on voit à l'oeuvre plusieurs mécanismes qui contribuent à ce
résultat :
- le premier tient à l'incertitude attachée à la nouveauté : les
investissements faits dans les nouvelles technologies ne sont
pas tous utiles. On achète des équipements qu'on n'utilise
pas, on commet des erreurs lors des achats (on achète des
produits qui ne correspondent pas à la demande), les
produits achetés ne tiennent pas leurs promesses,
- le second tient à la complexité de la mise en oeuvre de ces
outils : beaucoup de projets ne vont pas à leur terme parce
qu'on ne sait pas les réaliser dans des délais satisfaisants,
- le troisième tient aux pannes et incidents multiples que
connaissent les utilisateurs (des études indiquent que les
travailleurs américains perdent en moyenne une heure par
jour à cause de ces pannes et incidents divers),
- un autre mécanisme est lié au renouvellement rapide des
technologies qui entraîne la dégradation de systèmes
techniques très fragiles : il suffit de l'introduction d'une
nouvelle version d'un logiciel pour rendre inefficace tout un
système,
- enfin, le changement permanent d'outils, de systèmes
suscite des résistances chez les salariés qui n'apprécient pas
de voir leurs compétences régulièrement mises au rebut.

88
Autant dire que ces nouvelles technologies ne sont pas utilisées au
mieux de leurs capacités et qu'il y là un gisement de gains de
productivité qui ne demande qu'à être exploité
Tout se passe aujourd'hui comme si les entreprises ne s'en
préoccupaient, attachées qu'elles sont à la création de valeur pour
leurs actionnaires. Mais ce gisement est trop important pour ne pas
être un jour ou l'autre exploité. On ne pourra alors exclure un
retour vers des politiques de rémunérations plus incitatives qui
rendront moins improbable un partage plus équitable des revenus
de la productivité.

89
Les enjeux de la productivité au Canada (Volume 10, 2002)

Directeurs généraux de la publication : Someshwar Rao et Andrew


Sharpe, University Of Calgary Press
On peut acheter les documents de recherche en s'adressant aux
presses de l'Université de Calgary. N'hésitez pas à nous faire part
de vos commentaires à l'adresse suivante : [email protected].
Introduction
La croissance de la productivité est le principal moteur de
l'amélioration du revenu réel et du niveau de vie à long terme. Les
gains de productivité augmentent la richesse économique, libérant
des ressources supplémentaires qui peuvent être investies en vue
de répondre aux besoins de la population dans des domaines tels
que les soins de santé, l'éducation, l'environnement, les
infrastructures publiques et la sécurité sociale.
Après le premier choc pétrolier en 1973, la croissance de la
productivité a chuté au Canada, comme dans les autres pays de
l'OCDE. Puis, dans les années 90, la croissance de la productivité
au Canada a pris du retard sur celle de son principal partenaire
commercial, les États-Unis. Ces tendances inquiétantes ont stimulé
l'intérêt des chercheurs et suscité un vif débat public au Canada.
Ce recueil d'études sur la productivité favorisera une meilleure
compréhension de la dynamique de la croissance de la productivité
au Canada et des causes de la piètre performance relative du pays à
ce chapitre. Il aborde une gamme étendue de sujets : tendances et
déterminants de la productivité, innovation et productivité,
investissement et productivité, liens mondiaux et productivité,
productivité et nouvelle économie et, enfin, aspects sociaux de la

90
productivité. Certaines de ces études ont déjà été publiées par
Industrie Canada - quelques-unes occupant une place de choix
dans le débat sur la productivité - mais plusieurs paraissent ici pour
la première fois.
Points saillants du volume
Les études publiées dans ce volume sont regroupées en six parties :
les tendances et les déterminants de la productivité, l'innovation et
la productivité, l'investissement et la productivité, les liens à
l'échelle mondiale et la productivité, la productivité dans la
nouvelle économie et, enfin, les aspects sociaux de la productivité.
Chaque partie renferme un document de synthèse; ces documents
ont été rédigés par des économistes canadiens de renom. On avait
demandé aux auteurs de ces synthèses de faire quatre choses :
premièrement, regrouper les principaux résultats des études
présentées dans leur partie de l'ouvrage; deuxièmement, intégrer
les résultats d'autres travaux de recherche effectués au Canada ou à
l'étranger dans ce domaine; troisièmement, répertorier les lacunes
les plus importantes au niveau de la recherche, le cas échéant;
enfin, faire ressortir les conséquences des principaux résultats
empiriques des travaux actuels sur les plans de la recherche et des
politiques. Dans ce qui suit, nous pré sentons un bref aperçu de
chaque étude et document de synthèse.
Les tendances et les déterminants de la productivité
L'étude de la productivité débute par un examen des tendances
actuelles de la productivité et une analyse des facteurs
déterminants de la croissance de la productivité. Cette partie
renferme six études consacrées à ces tâches dans le contexte
canadien. La première, de Wulong Gu et Mun Ho, compare la

91
croissance de la productivité dans 33 industries canadiennes et
américaines, sur une base cohérente, pour la période 1961-1995.
La principale observation qui se dégage de cette étude est la
détérioration continue de la croissance de la productivité totale des
facteurs au Canada par rapport aux États-Unis, qui traduit une
érosion du phénomène de rattrapage ou de convergence. Avant
1973, le taux de croissance de la productivité totale des facteurs
dans la plupart des industries canadiennes était supérieur à celui
des industries correspondantes aux États-Unis; au cours de la
période 1973-1988, la croissance de la productivité a été
sensiblement la même dans les deux pays; cependant, durant la
période 1988-1995, la productivité a progressé plus lentement au
Canada dans la plupart des industries.
Dans la seconde étude, Frank Lee et Jianmin Tang examinent les
différences de niveau de productivité et de compétitivité sur le
plan des coûts entre les industries canadiennes et américaines. Ils
utilisent des parités de pouvoir d'achat (PPA) afin d'estimer les
niveaux de productivité et les taux de change du marché et
d'évaluer les tendances de la compétitivité sur le plan des coûts.
Conformément aux résultats obtenus par Gu et Ho au sujet de
l'érosion progressive de l'effet de rattrapage, Lee et Tang
constatent que le niveau de la PTF au Canada est passé de 76 pour
cent du niveau des États-Unis en 1961 à 92 pour cent en 1980,
mais qu'il a fléchi après 1985 pour ne plus représenter que 88 pour
cent en 1995. Il est intéressant de constater que la différence de
PTF est beaucoup plus restreinte que la différence de productivité
du travail (qui était de 82 pour cent du niveau américain en 1995,
sur la base du PIB par travailleur mesuré selon les estimations du

92
U.S. Bureau of Labor Statistics), en raison d'une plus grande
intensité de capital de la production aux États-Unis. Les tendances
de la compétitivité sur le plan des coûts ont été principalement
déterminées par les fluctuations du taux de change : la
compétitivité s'est détériorée de 1963 à 1976 alors que la valeur du
dollar canadien s'appréciait par rapport au dollar américain, et elle
s'est améliorée de 1976 à 1995, à la faveur de la dépréciation de la
devise canadienne.
Dans la troisième étude, Serge Coulombe examine ce qu'il appelle
le paradoxe canado-américain de la croissance de la productivité,
qu'il définit comme étant une croissance plus rapide de la
productivité multifactorielle dans le secteur des entreprises au
Canada par rapport aux États-Unis depuis le début des années 80,
en dépit d'une croissance plus lente de la productivité du travail au
Canada, selon les estimations officielles de Statistique Canada et
du Bureau of Labor Statistics (BLS). Selon l'auteur, cette situation
inusitée peut s'expliquer par les différences entre les
méthodologies employées par les deux organismes de statistique
dans le calcul de la productivité multifactorielle, différences qui
ont trait à la composition de la population active, à la définition du
stock de capital et aux profils de dépréciation. Il soutient que la
méthodologie du BLS est, dans les trois cas, supérieure à celle de
Statistique Canada, ce qui l'incite à recommander que cet
organisme révise la méthodologie qu'il emploie pour calculer la
productivité multifactorielle. Depuis que cette étude a été réalisée
en 1999, Statistique Canada a effectivement modifié la
méthodologie servant au calcul de la productivité multifactorielle
conformément aux recommandations de Coulombe.

93
Dans la quatrième étude, Serge Nadeau et Someshwar Rao
examinent le rôle de la structure industrielle dans l'explication du
retard de la croissance de la productivité du travail au Canada par
rapport aux États-Unis dans le secteur manufacturier. Les auteurs
constatent que deux industries - le matériel électronique et
électrique, et les machines et équipements industriels - sont à
l'origine de l'écart observé entre les deux pays dans la croissance
de la productivité manufacturière, durant les années 90. Ces
industries ont une taille plus importante aux États-Unis, où elles
ont enregistré une croissance plus rapide de la productivité. Les
auteurs attribuent la faiblesse relative de ces deux industries au
Canada à leur incapacité à se développer au même rythme que
leurs rivales américaines, et ils présentent divers exemples de la
performance inférieure du Canada pour certaines facettes
importantes de l'innovation et de l'acquisition et de l'utilisation du
savoir.
Dans la cinquième étude, Richard Harris offre un examen détaillé
des déterminants de la croissance de la productivité à partir d'une
revue de la documentation disponible. À la lumière de ce qu'il
considère comme une preuve empirique accablante, il énumère ce
qui constitue, à son avis, les trois principaux déterminants ou
leviers de la productivité : l'investissement en machines et en
matériel, le développement du capital humain et l'ouverture au
commerce et à l'investissement. L'auteur présente trois suggestions
à l'intention des responsables de l'élaboration des politiques qui
sont à la recherche d'une plus grande productivité : être prudent, en
s'en tenant généralement à des politiques qui favorisent ces trois
déterminants; ne pas négliger les données nouvelles; et enfin,

94
adopter une attitude de réalisme dans une perspective mondiale, en
reconnaissant la concurrence intense qui prévaut à l'échelle
internationale sur le plan des facteurs de production.
Erwin Diewert présente ses propres estimations de la productivité
globale du travail et de la productivité totale des facteurs au
Canada pour la période 1962-1998, en plus de synthétiser les
résultats des études publiées dans cette partie de l'ouvrage. Il
constate que, pour ces deux mesures de la productivité, la
performance a été meilleure aux États-Unis qu'au Canada pour
l'ensemble de la période et chacune des quatre sous-périodes. Une
question de recherche non encore éclaircie selon Diewert est le
rôle possible des impôts plus élevés et des programmes sociaux
plus généreux au Canada dans l'explication de l'écart de
productivité observé avec les États-Unis.
Innovation et productivité
Il est largement reconnu que l'innovation est une condition
nécessaire à l'amélioration de la productivité. Les cinq études
présentées dans cette partie de l'ouvrage offrent des points de vue
différents mais complémentaires sur la question de l'innovation.
Dans la première, Manuel Trajtenberg se demande si le Canada ne
risque pas de manquer le bateau technologique, et il répond par
l'affirmative. Son analyse repose sur de nouvelles données ayant
trait aux brevets obtenus par des Canadiens aux États-Unis. Il
décèle quatre tendances inquiétantes : 1) le Canada est en voie de
se faire dépasser par un groupe de pays de haute technologie
(Finlande, Israël, Taiwan et Corée du Sud) quant au nombre de
brevets par habitant et au ratio des brevets à la R-D; 2) par rapport
aux autres pays, l'informatique et les communications - la

95
technologie d'application générale dominante de notre époque -
sont sous-représentées dans l'activité innovatrice au Canada; 3) les
entreprises canadiennes détiennent une faible part des innovations
canadiennes brevetées aux États-Unis, comparativement à la
proportion élevée de ces innovations détenue par des sociétés
étrangères ou non attribuée à une entité juridique; enfin, 4) la
qualité des brevets canadiens, révélée par le nombre de citations,
est inférieure à celle des brevets américains et des brevets d'autres
pays.
Dans la seconde étude, Steven Globerman examine les liens entre
les notions étroitement liées, mais distinctes, du changement
technologique et de la croissance de la productivité. Il définit le
changement technologique comme étant le taux auquel de
nouveaux produits et procédés de production sont créés et adoptés
au sein de l'économie, et il y voit une source de croissance de la
productivité. Globerman identifie un certain nombre d'éléments de
consensus sur des questions touchant au changement
technologique - notamment que les taux de rendement sociaux sur
la R-D dépassent sensiblement les taux de rendement privés et que
la R-D financée par le gouvernement engendre des retombées
significatives dans le secteur privé. Il note également que les
raisons expliquant le faible taux de rendement sur la R-D au
Canada sont mal comprises, tout comme les aspects dynamiques
de la relation entre le changement technologique et la croissance
de la productivité dans les industries de services, en particulier les
services publics comme la santé et l'éducation, en raison de
l'accent mis traditionnellement sur l'activité manufacturière.

96
Dans la troisième étude, Someshwar Rao, William Horsman,
Ashfaq Ahmad et Phaedra Kaptein-Russell examinent les
principaux déterminants de l'innovation pour tenter de mieux
préciser la nature et les sources du retard d'innovation du Canada.
Ils observent une relation étroite et positive entre divers indicateurs
de l'innovation, par exemple le nombre de brevets et le PIB réel
par habitant. Ils présentent des données sur l'innovation au Canada
en soulignant la performance particulièrement faible du pays au
chapitre du ratio des machines et du matériel (le plus bas des pays
du G-7) et du ratio R-D/PIB (le deuxième plus bas des pays du G-7
après l'Italie). Une observation encourageante qui ressort de leur
étude est que l'écart d'innovation semble se refermer selon divers
indicateurs. Tout en reconnaissant que le gouvernement canadien
est intervenu activement pour promouvoir l'innovation, les auteurs
soutiennent que l'on devrait accorder plus d'attention à l'éducation
et à la formation, ainsi qu'à l'investissement en R-D et en machines
et en matériel, et que le climat d'affaires et le régime de
réglementation au Canada devraient être flexibles, dynamiques et
concurrentiels par rapport à ceux des autres pays de l'OCDE, et
notamment des États-Unis.
Dans la quatrième étude, Randall Morck et Bernard Yeung
présentent une synthèse des travaux de recherche actuels sur les
déterminants économiques de l'innovation. Au point de départ, ils
appuient la notion répandue selon laquelle les entreprises et les
pays innovateurs ont une performance économique supérieure. Ils
poursuivent en affirmant que, dans une économie axée sur le
savoir, la principale forme de concurrence est l'innovation et non la
réduction des prix. Par conséquent, le modèle économique de

97
concurrence parfaite ne s'applique pas dans un contexte où
l'innovation confère un pouvoir de monopole, à tout le moins
temporaire. Les auteurs expriment leur scepticisme au sujet des
avantages éventuels d'un soutien de l'État aux activités
innovatrices des petites entreprises, en raison d'un problème de
recherche de rentes, signalant plutôt leur préférence pour une
stratégie de subvention des infrastructures et de l'éducation.
Enfin, dans le document de synthèse, Jeffrey Bernstein présente
une revue détaillée de la documentation disponible sur la question
de l'innovation et de la productivité, y compris les quatre études
publiées dans cette partie de l'ouvrage; il traite des questions de
mesure, des déterminants de l'innovation et de la politique en
matière d'innovation. Parmi les nombreux points qu'il aborde, il y a
celui de l'importance primordiale des retombées des travaux de R-
D réalisés aux États-Unis pour la croissance de la productivité au
Canada. L'auteur note qu'il ne semble pas y avoir de déclin
séculaire des gains de productivité attribuables à la R-D aux États-
Unis, ce qui augure bien pour les gains de productivité futurs au
Canada.
Investissement et productivité
À l'instar de l'innovation, l'investissement est largement reconnu
comme un déterminant fondamental de la croissance de la
productivité. Les trois études réunies dans cette partie de l'ouvrage
scrutent en détail la relation entre l'investissement et la
productivité. Dans la première, Kevin Stiroh présente un aperçu de
l'investissement et de la croissance de la productivité englobant à
la fois la perspective néoclassique et celle de la nouvelle théorie de
la croissance. Il soutient que ces deux écoles de pensée diffèrent

98
sur la question du mécanisme grâce auquel l'investissement hausse
la productivité. L'approche néoclassique met l'accent sur les
rendements décroissants du capital, qui sont principalement
internes à l'entreprise, tandis que les nouveaux modèles de
croissance insistent sur les rendements croissants et les effets
externes - les gains de productivité ayant des retombées hors de
l'entreprise. L'auteur considère que les deux approches sont
complémentaires, l'accent néoclassique mis sur l'accumulation des
intrants et les rendements internes expliquant jusqu'à quatre
cinquièmes de la croissance économique, tandis que la nouvelle
théorie de la croissance expliquerait le reste, associé au progrès
technologique.
Dans la seconde étude, Edgard Rodriguez et Timothy Sargent se
demandent si un problème de sous-investissement n'a pas
contribué à l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis.
Les auteurs constatent que le Canada sous-investit sensiblement en
R-D et en machines et en matériel comparativement aux États-
Unis, mais ils affirment que ces écarts d'investissement
n'expliquent pas nécessairement une part importante du retard de
productivité. Selon eux, pour que la différence observée dans
l'investissement en R-D soit à l'origine de l'écart de productivité, il
faudrait que les rendements sociaux sur la R-D soient beaucoup
plus élevés que les rendements privés et qu'une part importante des
retombées ne franchisse pas la frontière. Pour que l'investissement
moins élevé en machines et en matériel explique l'écart de
productivité, il faudrait qu'il traduise des différences plus
importantes sur le plan de la qualité du capital que celles qui
ressortent des données disponibles. Selon les auteurs, ces

99
hypothèses n'ont pas encore été démontrées. Ils en concluent donc
que l'écart de productivité ne semble pas résulter d'un sous-
investissement dans les grands agrégats, ce qui suppose que les
mesures de politique telles que les impôts et les subventions axées
sur ces agrégats pourraient ne pas constituer la façon la plus
efficace de réduire l'écart observé.
Dans le document de synthèse, Ronald Giammarino analyse la
relation investissement-productivité dans le contexte des travaux
de recherche effectués jusqu'ici et des deux études précitées. Il
affirme que l'approche économique traditionnelle en matière
d'investissement pourrait mettre à profit les connaissances acquises
dans le domaine du financement des entreprises, notamment sur la
façon dont les décisions d'investissement sont prises en présence
de nombreuses imperfections du marché. Selon cette dernière
approche, les problèmes d'information sont au centre des décisions
d'investissement des entreprises, et il faut examiner les liens entre
ces décisions et des facteurs tels que le capital autogénéré et les
régimes juridiques et comptables.
Les liens à l'échelle mondiale et la productivité
La productivité d'un pays subit l'influence des relations
économiques qu'il entretient avec d'autres pays, par les canaux
internationaux que sont les transferts de technologie et les flux de
commerce et d'investissement. Cette partie de l'ouvrage regroupe
trois études consacrées à l'incidence de ces mécanismes sur la
productivité. La première étude, de Daniel Trefler et Gary
Sawchuk, est consacrée à l'incidence de l'Accord de libre-échange
Canada-États-Unis sur la productivité dans le secteur
manufacturier. La principale constatation qui ressort de cette étude

100
est que, durant la période 1989-1995, les réductions de droits
tarifaires ont haussé la productivité du travail de 3,2 pour cent par
an dans les industries les plus touchées et de 0,6 pour cent par an
dans l'ensemble du secteur manufacturier.
Dans la seconde étude, Someshwar Rao et Jianmin Tang se
demandent si les entreprises manufacturières sous contrôle
canadien sont moins productives que leurs rivales sous contrôle
étranger. Ils répondent par l'affirmative, observant que le niveau de
la productivité multifactorielle dans les entreprises sous contrôle
canadien est, en moyenne, de 19 pour cent inférieur à celui des
entreprises sous contrôle étranger sur la période 1985-1995. Les
auteurs constatent également que les déterminants classiques des
écarts de productivité, comme la qualité de la main-d'oeuvre, la
syndicalisation, l'orientation vers l'exportation et la taille des
entreprises, n'interviennent pas dans l'explication de l'écart de
productivité. Ils soutiennent plutôt que ces écarts sont attribuables
à des pratiques et à des stratégies de gestion supérieures, ainsi
qu'au savoir-faire technologique des entreprises sous contrôle
étranger.
Dans le document de synthèse, John Ries présente un aperçu de la
documentation récente sur l'investissement étranger, le commerce
et la performance industrielle, et il met en relation ces travaux de
recherche et les deux études publiées dans cette partie de l'ouvrage.
Il attire l'attention sur la prédiction théorique voulant que le
commerce engendre à la fois des gains statiques et dynamiques au
chapitre de la croissance de la productivité, et que la réaffectation
de la main-d'oeuvre vers les industries à productivité plus élevée
peut être particulièrement importante. Par contre, l'auteur affirme

101
que les travaux empiriques publiés jusqu'à maintenant n'ont pas
réussi à confirmer de façon systématique l'existence d'un lien entre
l'ouverture au commerce ou le volume des échanges commerciaux
et une plus forte croissance de la productivité dans un pays, bien
que plusieurs - sinon la majorité - des études, comme celle de
Trefler et Sawchuk, font état d'une relation positive à cet égard.
La productivité et la nouvelle économie
L'accélération de la croissance de la productivité du travail aux
États-Unis au cours de la seconde moitié des années 90 a incité
certains auteurs à parler de nouvelle économie, expression qui
désigne une économie marquée par une hausse permanente de la
croissance tendancielle de la productivité, attribuable à l'effet
favorable des technologies de l'information sur la productivité. Les
cinq études présentées dans cette partie de l'ouvrage explorent
diverses facettes du débat consacré à la nouvelle économie. Dans
la première, Steven Globerman décrit et évalue les liens entre le
commerce électronique et la croissance de la productivité. Tout en
reconnaissant que le commerce électronique en est encore aux
premières étapes de son développement, l'auteur est d'avis que ses
répercussions économiques auront probablement un caractère
évolutif plutôt que révolutionnaire. Comme les données montrent
que le commerce électronique n'a eu, jusqu'à maintenant, que des
retombées limitées, Globerman affirme qu'il y a peu de
justification théorique à chercher à promouvoir le commerce
électronique en tant qu'objectif de la politique publique.
La seconde étude, également réalisée par Steven Globerman,
renferme un examen du phénomène des grappes industrielles, à la
lumière de la perception croissante que l'activité économique dans

102
les secteurs à coefficient élevé de savoir se distingue par la
formation de grappes régionales. Alors que ces activités sont
attirées vers les localités offrant des niveaux élevés de capital
humain et une infrastructure matérielle et sociale bien développée,
elles pourraient en principe s'établir à de nombreux autres endroits.
Par conséquent, les gouvernements pourraient favoriser l'éclosion
de ces grappes en privilégiant le développement du capital humain
et des infrastructures. Néanmoins, Globerman adopte une attitude
de laissez-faire face au phénomène des grappes, affirmant que les
gouvernements ne devraient pas tenter de déterminer quelles
grappes ayant des traits géographiques particuliers devraient faire
l'objet d'une promotion, mais qu'ils pourraient avoir un rôle
légitime à jouer en rationalisant ou en arbitrant les revendications
concurrentes des régions en matière de soutien public. De l'avis de
l'auteur, la tâche la plus redoutable qui incombe au gouvernement
fédéral en pratique est d'user de son pouvoir de persuasion auprès
des provinces pour les dissuader de s'engager dans une rivalité
futile en vue d'attirer des grappes.
La troisième étude, réalisée par Andrew Sharpe et Leila Gharani,
présente un tour d'horizon des écrits consacrés à la croissance de la
productivité tendancielle et à la nouvelle économie. Les auteurs
examinent le regain de productivité enregistré aux États-Unis
depuis 1995, en notant que les industries de services, comme le
commerce et les finances, connaissent enfin une meilleure
croissance de la productivité grâce aux importants investissements
faits dans les technologies de l'information. Ils évaluent les points
de vue articulés par les partisans de la nouvelle économie, comme
Dale Jorgenson, et ceux de ses critiques, comme Robert J. Gordon.

103
Les auteurs adoptent une position mitoyenne sur la question de la
nouvelle économie. Ils attribuent environ la moitié de la hausse
d'un point de pourcentage de la croissance de la productivité du
travail observée durant la seconde partie des années 90 à des
facteurs temporaires ou à court terme, tels que la vigueur de
l'économie et la poussée de l'investissement, et l'autre moitié de la
hausse permanente de la productivité tendancielle à l'adoption des
technologies de l'information.
Dans la quatrième étude, Ronald Hirshhorn, Serge Nadeau et
Someshwar Rao examinent et évaluent le rôle joué par le
gouvernement sur le plan de l'innovation dans l'économie du
savoir. Ils signalent au départ qu'en 1996-1997, le gouvernement
fédéral a consacré plus de 7 milliards de dollars aux mesures de
soutien à l'activité scientifique et technologique, sous forme de
dépenses directes et d'allégements fiscaux. Les auteurs notent que
la justification de l'intervention de l'État dans le domaine de
l'innovation repose sur l'imperfection du marché associée aux
retombées positives ou aux externalités engendrées par la R-D du
secteur privé. Selon les auteurs, il est difficile de prétendre que le
Canada n'encourage pas suffisamment l'innovation par des
mesures d'incitation fiscale et par ses lois sur la propriété
intellectuelle. De fait, ils affirment qu'il est loin d'être clair que le
Canada profite d'un système de subventions à la R-D plus
généreux que celui des autres pays, et que nous aurions
probablement intérêt à rééquilibrer les mesures de soutien
gouvernemental axées sur la R-D en abaissant les impôts des
sociétés et en réduisant les crédits d'impôt et les subventions.

104
Dans le document de synthèse, Peter Dungan et Thomas Wilson
résument le débat sur la nouvelle économie et discutent de ses
conséquences pour la croissance future de la productivité au
Canada. Tout en partageant l'optimisme des tenants de cette vision,
ils soutiennent qu'il n'est pas approprié de projeter que le Canada
enregistrera le même taux de croissance de la productivité que
celui que les États-Unis ont connu depuis 1995. Les auteurs
estiment que la performance supérieure des États-Unis au chapitre
de la productivité ne peut être répétée dans d'autres pays en raison
de la taille importante du secteur des technologies de l'information
aux États-Unis et de certains facteurs uniques du côté de la
demande. Si le profil de croissance de la productivité au Canada
durant la première décennie du présent siècle devait reproduire
fidèlement celui observé aux États-Unis durant la seconde moitié
des années 90, les auteurs prévoient alors une croissance annuelle
de la production par travailleur d'environ 1,8 pour cent, ce qui
serait supérieur à la performance enregistrée au cours de chacune
des trois décennies précédentes.
Les déterminants sociaux de la productivité
Outre les déterminants économiques, des facteurs sociaux peuvent
influer, directement et indirectement, sur la croissance de la
productivité. Les trois études présentées dans cette partie de
l'ouvrage explorent diverses dimensions des déterminants sociaux
de la productivité. La première étude, de Richard Harris, renferme
une analyse détaillée des liens existant entre la politique sociale et
la croissance de la productivité. L'auteur souligne que si l'on
pouvait établir que les déterminants sociaux constituent un facteur
quantitativement important de la croissance de la productivité,

105
alors l'arbitrage traditionnel entre l'équité et l'efficience n'existerait
pas. Au terme d'un examen minutieux de la documentation, Harris
conclut que nous n'avons pas encore de preuve claire de l'existence
de liens robustes entre la politique sociale, l'égalité et la croissance
de la productivité, bien qu'il reconnaisse l'existence possible de tels
liens et la nécessité de poursuivre les recherches dans ce domaine.
Dans la deuxième étude, Andrew Sharpe analyse la relation
bidirectionnelle entre la productivité et le bien-être économique,
défini en fonction de quatre dimensions ou composantes : la
consommation, le stock de richesse, l'égalité et la sécurité
économique. L'auteur examine comment chacune de ces
composantes peut subir l'influence positive d'une productivité
accrue et comment, en sens inverse, les améliorations observées
sous certaines dimensions du bien-être économique, comme
l'égalité et la sécurité économique, peuvent se répercuter
favorablement sur la croissance de la productivité. L'étude nous
rappelle que l'importance de la productivité va bien au-delà de
l'augmentation du revenu réel parce qu'elle peut avoir des
répercussions positives notables sur d'autres aspects du bien-être
économique.
Dans le document de synthèse, Lars Osberg examine les aspects
sociaux de la productivité dans le contexte des travaux publiés
jusqu'ici et des deux études présentées dans cette partie de
l'ouvrage. Il affirme que le processus de production s'inscrit dans
un contexte social dont les caractéristiques influent fortement sur
la quantité de travail et de capital directement requise pour
produire une quantité donnée de biens et de services. L'auteur note
que les intrants qui n'ont pas un prix explicite, par exemple

106
l'environnement ou le capital social, ne sont pas pris en compte à
l'heure actuelle dans la mesure de la productivité, mais qu'ils
devraient l'être afin d'en arriver à une comptabilisation complète
des intrants et des extrants économiques et sociaux. Il conclut en
recommandant que l'une des priorités de la recherche future sur la
productivité soit de mieux définir et de me surer avec plus de
précision ces intrants hors-marché.
Conclusion
Voici certains des messages clés qui se dégagent des travaux de
recherche présentés dans cet ouvrage : mesurer avec précision la
productivité revêt une importance critique pour la compréhension
et l'analyse des problèmes de la productivité du Canada et
d'élaboration de politiques et de stratégies appropriées; le Canada a
pris un retard significatif sur les États-Unis durant les années 90 au
chapitre de la productivité et des revenus réels; le Canada doit
mettre en oeuvre des politiques et des stratégies efficaces pour
refermer l'écart sur le plan de l'innovation; le secteur de la
production des TIC a fait un apport important à la croissance
globale de la productivité au Canada, mais nous n'avons pas de
preuve solide d'une hausse de la croissance de la productivité dans
les industries qui utilisent les TIC; il n'y a pas de consensus sur
l'éventualité d'une hausse de la croissance de la productivité
tendancielle au Canada; l'orientation accrue vers l'extérieur a eu
une incidence positive sur la productivité au Canada; la croissance
de la productivité peut améliorer la situation sociale, la cohésion
sociale et la qualité de vie, mais on ne s'entend pas sur la présence
d'un effet de rétroaction positif des investissements dans les
programmes sociaux sur la productivité; enfin, les gouvernements

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peuvent jouer un rôle important en vue d'accélérer la croissance de
la productivité.

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