Espaces Vectoriels Normés : Définitions et Propriétés
Espaces Vectoriels Normés : Définitions et Propriétés
3.1 Normes
Définition 1
Soit E un K-espace vectoriel. On appelle norme sur E toute application
N : E → R+ vérifiant :
i) Séparation : ∀x ∈ E, N (x) = 0 ⇐⇒ x = 0E
ii) Homogénéité : ∀x ∈ E, ∀λ ∈ K, N (λx) = |λ|N (x)
iii) Inégalité triangulaire : ∀x, y ∈ E, N (x + y) ≤ N (x) + N (y).
On dit alors que le couple (E, N ) est un espace vectoriel normé.
Remarque 1
On peut remplacer la condition de séparation dans i) par
i0 ) ∀x ∈ E, N (x) = 0 =⇒ x = 0E
Proposition 1
Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé. Si F est un sous-espace vectoriel de E alors la
restriction de k · k à F est une norme sur F .
1
2 CHAPITRE 3. EVN
Proposition 2
(Inégalité triangulaire inversée) Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé. Alors pour tout
x, y ∈ E, on a
| kxk − kyk | ≤ kx − yk.
kxk = kx − y + yk ≤ kx − yk + kyk
Définition 2
Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé. On appelle vecteur unitaire (ou normé) tout
vecteur de E de norme 1.
x
A tout vecteur x non nul on peut associer le vecteur unitaire .
kxk
Définition 3
Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé. On appelle distance associée à la norme k · k
sur E l’application
d : E×E → R+
(x, y) 7→ kx − yk
Proposition 3
La distance d associée à une norme k · k sur E vérifie
i) Séparation : ∀x, y ∈ E, d(x, y) = 0 ⇐⇒ x = y
ii) Symétrie : ∀x, y ∈ E, d(x, y) = d(y, x)
iii) Inégalité triangulaire : ∀x, y, z ∈ E, d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z).
3.1. NORMES 3
Définition 4
Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé et A ⊂ E non vide.
1. Pour x ∈ E, on appelle distance de x à A et on note d(x, A) :
(si A est une partie non vide, non majorée de R, sup A = +∞).
Remarque 2
Si x ∈ A, d(x, A) = 0. Attention, la réciproque est fausse.
Prenons par exemple, E = R, et A =]0, 1].
d(0, A) = inf{a, a ∈]0, 1]} = inf]0, 1] = 0 alors que 0 ∈
/ A.
Proposition 4
Les applications définies par ∀x = (x1 , ..., xn ) ∈ Kn
n
X
1. kxk1 = |xk |,
k=1
n
!1
2
2
X
2. kxk2 = |xk | ,
k=1
3. kxk∞ = max |xk |
k=1,..,n
Proposition 5
(Inégalité de Cauchy-Schwarz) Pour tous x = (x1 , ..., xn ), y = (y1 , ..., yn ) ∈ Rn
n n
!1 n
!1
2 2
x2k yk2
X X X
xk y k ≤ .
k=1 k=1 k=1
n
Démonstration. Soient x = (x1 , ..., xn ), y = (y1 , ..., yn ) ∈ Rn . On note hx, yi =
X
xk yk le
k=1
produit scalaire euclidien.
On considère le polynôme du 2nd degré P défini par P (t) = hx + ty, x + tyi = kx + tyk22 =
kyk22 t2 + 2 hx, yi t + kxk22 pour tout t ∈ R.
n n
!1 n
!1
2 2
x2k yk2
X X X
xk yk ≤ .
k=1 k=1 k=1
Réciproquement, si | hx, yi | = kxk2 kyk2 alors le discriminant ci-dessus est nul. P admet alors
une racine réelle (double) t0 , et pour ce t0 on a P (t) = kx + t0 yk22 = 0. D’où x + t0 y = 0,
c’est-à-dire x = −t0 y et donc x et y sont linéairement dépendants.
Remarque 3
(hors programme) Soit p un réel tel que p ≥ 1, on définit pour x = (x1 , ..., xn ) ∈ Kn ,
n
!1
p
|xk |p
X
kxkp =
k=1
3.1.4 Boules
Définition 5
Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé, a ∈ E et r > 0. On définit
Exemple :
1. Soit (R, | . |). Pour tout a ∈ R et r > 0, B(a, r) =]a − r, a + r[, B(a, r) =
[a − r, a + r] et S(a, r) = {a − r, a + r}
2. Soit (C, | . |). Pour tout a ∈ C et r > 0, la boule ouverte B(a, r) (respectivement
la boule fermée B(a, r) n’est autre que le disque ouvert (respectivement fermé)
centré en a et de rayon r. S(a, r) n’est autre que le cercle de centre a et de rayon
r.
Définition 6
Les boules de centre 0E et de rayon 1 sont appelées les boules unités.
Proposition 6
(Lien entre les boules ouvertes, fermées et sphères) Soit (E, k · k) un espace vectoriel
normé, a ∈ E et r > 0. On a
i) B(a, r) ⊂ B(a, r)
ii) S(a, r) ⊂ B(a, r)
iii) B(a, r) ∩ S(a, r) = ∅
iv) B(a, r) ∪ S(a, r) = B(a, r)
Proposition 7
Une boule B (ouverte ou fermée) est une partie convexe, c’est-à-dire que
Démonstration. Nous allons faire la preuve pour les boules ouvertes, la preuve pour les boules
fermées est identique. Soit a ∈ E, r > 0 et considérons la boule ouverte B(a, r). Soit
x, y ∈ B(a, r) et θ ∈ [0, 1]. On a
Exercice 1
Soit (E, k . k) un espace vectoriel normé. Montrer que ∀a ∈ E, ∀r > 0, B(a, r) =
a + B(0E , r) = a + rB(0E , 1).
x ∈ B(a, r) ⇐⇒ kx − ak < r
⇐⇒ x − a ∈ B(0E , r)
⇐⇒ x ∈ a + B(0E , r)
Définition 7
Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé. Une partie A ⊂ E est dite bornée s’il existe
M ∈ R+ tel que
∀x ∈ A, kxk ≤ M.
Ce qui revient à dire que A est incluse dans une boule fermée de centre 0E .
Définition 8
Soit X un ensemble non vide et (E, k · k) un espace vectoriel normé. On dit qu’une
fonction vectorielle f : X → E est bornée lorsque son image l’est, c’est-à-dire
∃M ∈ R+ , ∀x ∈ X, kf (x)k ≤ M.
Proposition 8
Soient f, g : X → E et λ, µ ∈ K. Si f, g sont bornées, alors λf + µg l’est aussi.
Corollaire 1
L’ensemble B(X, E) des fonctions bornées de X dans E est un sous-espace vectoriel de
l’espace vectoriel F(X, E) des fonctions de X dans E.
Proposition 9
(Norme sur un espace vectoriel de dimension finie) Tout espace vectoriel de dimension
finie peut être muni d’une norme.
N : E → R+
0E 7→ 0
i=1
ces coordonnées (p = 1, 2, ∞), i.e. on pose
N (λx) = k(λx1 , ..., λxn )kp = |λ| k(x1 , ..., xn )kp = |λ| N (x)
d’après l’homogénéité de k · kp dans Kn .
n
X n
X
iii) Inégalité triangulaire : Pour tous x = xi ei ∈ E, y = yi ei ∈ E,
i=1 i=1
N (x+y) = k(x1 +y1 , ..., xn +yn )kp ≤ k(x1 , ..., xn )kp +k(y1 , ..., yn )kp = N (x)+N (y)
d’après l’inégalité triangulaire de k · kp dans Kn .
Par suite N est une norme sur E.
Exemple :
Soit E = Mn (K), n ≥ 1 et B = (Eij )i,j=1,..,n la base canonique, si on définit pour
A = (aij )i,j=1,...,n , kAk∞ = max |aij |, l’application k · k∞ est une norme sur E.
1≤i,j≤n
n X
X n
De même les applications k · k1 définie par kAk1 = |aij | et k · k2 définie par
i=1 j=1
v
u n X
n
uX
kAk2 = t |aij |2 sont des normes sur E.
i=1 j=1
Proposition 10
(Produit d’espaces vectoriels normés) Soient (E1 , N1 ),..., (Ep , Np ) des K-espaces vec-
toriels normés. Soit E = E1 × ... × Ep l’espace produit qui est lui même un K-espace
vectoriel. Les applications suivantes définies pour tout x = (x1 , ..., xp ) ∈ E par
p p !1
2
Nk2 (xk )
X X
kxk1 = Nk (xk ), kxk2 = et kxk∞ = max Nk (xk )
k=1,...,p
k=1 k=1
i) Séparation :
v
u p
uX 2
kxk2 = t N (x k k) =0
k=1
p
Nk2 (xk ) = 0
X
⇐⇒
k=1
⇐⇒ Nk2 (xk )
= 0 ∀k = 1, ..., p
⇐⇒ Nk (xk ) = 0 ∀k = 1, ..., p
⇐⇒ xk = 0Ek ∀k = 1, ..., p
⇐⇒ x = (x1 , ..., xp ) = 0E
où on a utilisé dans la 2ème équivalence le fait que Nk2 (xk ) ≥ 0 pour tout k = 1, ..., p
et dans la 4ème équivalence le fait que Nk est une norme sur Ek pour tout k = 1, ..., p
et donc vérifie la séparation.
ii) Homogénéité : Soit λ ∈ K et x = (x1 , ..., xp ) ∈ E. On a
v v v
u p u p u p
uX 2
|λ|2 N 2 (x |λ|t N 2 (x
uX uX
kλxk2 = t N (λxk k) = t
k k) = k k) = |λ| kxk2
k=1 k=1 k=1
k=1
p
(Nk (xk ) + Nk (yk ))2
X
≤
k=1
p
Nk2 (xk ) + Nk2 (yk ) + 2Nk (xk )Nk (yk )
X
=
k=1
p
kxk22 kyk22
X
= + +2 Nk (xk )Nk (yk )
k=1
≤ kxk22 + kyk22 + 2kxk2 kyk2
= (kxk2 + kyk2 )2
où on a utilisé dans la 1ère inégalité l’inégalité triangulaire des Nk dans les Ek et dans
la 2ème inégalité, l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans Rp .
D’où kx + yk2 ≤ kxk2 + kyk2 pour tout x, y ∈ E.
Par suite, k · k2 est une norme sur E = E1 × ... × Ep .
3.1. NORMES 11
Proposition 11
(Norme de la convergence uniforme) Soit X un ensemble non vide et (E, k · k) un espace
vectoriel normé. Pour tout f ∈ B(X, E), on définit
kf k∞ = sup kf (x)k.
x∈X
Démonstration. Soit f ∈ B(X, E), f est bornée, il existe donc M ≥ 0, tel que kf (x)k ≤ M
pour tout x ∈ X. Par suite
i) Séparation :
kλf k∞ = sup kλf (x)k = sup |λ| kf (x)k = |λ| sup kf (x)k
x∈X x∈X x∈X
Proposition 12
On considère l’espace vectoriel C([a, b], K) de fonctions continues de [a, b] à valeurs dans
K, a, b ∈ R, a < b (sous-espace vectoriel de B([a, b], K)). Les applications définies sur
C([a, b], K) par ∀f ∈ C([a, b], K)
Z b
1. kf k1 = |f (t)|dt,
a
Z b !1
2
2. kf k2 = |f (t)|2 dt ,
a
3. kf k∞ = sup |f (t)|
t∈[a,b]
Proposition 13
(Inégalité de Cauchy-Schwarz version intégrale sur un segment) On se place sur E =
Z b
C([a, b], R) (a < b, a, b ∈ R) muni du produit scalaire hf, gi = f (t)g(t)dt. On a alors
a
pour tous f, g ∈ E,
Z b Z b !1 Z b !1
2 2
2 2
f (t)g(t)dt ≤ |f (t)| dt |g(t)| dt .
a a a
pour tout λ ∈ R.
Par construction, P (λ) ≥ 0 pour tout λ ∈ R. Comme le coefficient de λ2 est kf k2 ≥ 0, on
déduit que son discriminant est négatif ou nul.
Donc ∆ = 4 hf, gi2 − 4kf k22 kgk22 ≤ 0 ce qui n’est autre que
Z b Z b !1 Z b !1
2 2
2 2
f (t)g(t)dt ≤ |f (t)| dt |g(t)| dt .
a a a
3.2. EQUIVALENCE DES NORMES 13
Remarque 4
(hors programme) Soit p un réel tel que p ≥ 1, on définit pour f ∈ C([a, b], K) ,
Z b !1
p
p
kf kp = |f (t)| dt
a
Définition 9
Deux normes N1 et N2 sur un même espace vectoriel E sont dites équivalentes si
Proposition 14
L’équivalence de normes est une relation d’équivalence sur l’ensemble des normes de E.
Théorème 1
(Equivalence des normes en dimension finie : admis) Sur un K-espace vectoriel de di-
mension finie, toutes les normes sont deux à deux équivalentes.
Remarque 5
1. Comme dim Rn = n finie, on a alors, d’après Théorème 1, que les normes k · k1 ,
k · k2 et k · k∞ sont deux à deux équivalentes sur Rn . En effet, pour tout x ∈ Rn ,
on a
√ √
kxk∞ ≤ kxk1 ≤ nkxk∞ , kxk∞ ≤ kxk2 ≤ nkxk∞ et kxk2 ≤ kxk1 ≤ nkxk2 .
2. Soient (E1 , N1 ),..., (Ep , Np ) des K-espaces vectoriels normés et E = E1 × ... × Ep
l’espace vectoriel produit. Alors les trois normes définies sur E dans la Proposition
√
10, k · k1 , k · k2 , k · k∞ sont deux à deux équivalentes (kxk∞ ≤ kxk1 ≤ pkxk2 ≤
pkxk∞ pour tout x = (x1 , ..., xp ) ∈ E).
3. En dimension infinie, il existe des normes équivalentes, mais il y a aussi des normes
non équivalentes. On le verra par exemple en TD pour les normes k · k1 , k · k2 et
k · k∞ sur C([a, b], R) qui est un espace vectoriel de dimension infinie.
Proposition 15
Soient E un K−espace vectoriel et N1 , N2 deux normes équivalentes sur E. Alors tout
boule de centre a ∈ E pour l’une des normes est incluse et contient des boules de même
centre a (mais de rayons différents) pour l’autre norme.
14 CHAPITRE 3. EVN
Démonstration. On va faire la preuve pour les boules ouvertes, on fait pareil pour les boules
fermées.
Comme les normes N1 et N2 équivalentes alors
1 1
N1 (x − a) ≤ N2 (x − a) < C1 r = r
C1 C1
et donc x ∈ BN1 (a, r). D’où BN2 (a, C1 r) ⊂ BN1 (a, r).
Prenons maintenant x ∈ BN1 (a, r). On a alors
N2 (x − a) ≤ C2 N1 (x − a) < C2 r
et donc x ∈ BN2 (a, C2 r). D’où BN1 (a, r) ⊂ BN2 (a, C2 r).
Par suite
BN2 (a, C1 r) ⊂ BN1 (a, r) ⊂ BN2 (a, C2 r).
Exemple : √
2
Sur R√ , on a k · k∞ ≤ k · k2 ≤ 2k · k∞ √ ce qui nous donne B2 (0, 1) ⊂ B∞ (0, 1) ⊂
B2 (0, 2) et B2 (0, 1) ⊂ B∞ (0, 1) ⊂ B2 (0, 2).
3.3.1 Convergence
Définition 10
On dit qu’une suite (un )n∈N ∈ E N d’éléments de E est bornée s’il existe M ≥ 0 tel que
kun k ≤ M pour tout n ∈ N.
Définition 11
Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. On dit que cette suite est convergente s’il existe
l ∈ E tel que kun − lk → 0 lorsque n → +∞, c’est-à-dire
∀ > 0, ∃N ∈ N, ∀n ≥ N, kun − lk ≤ ,
On dit dans ce cas que (un )n converge vers l dans E et l est alors l’unique limite de la
suite (un )n . On note l = lim un ou un → l .
n n→+∞
On dit que la suite est divergente dans le cas contraire.
Remarque 6
un → l ⇐⇒ un − l → 0E .
n→+∞ n→+∞
Attention!
La convergence d’une suite dans un espace vectoriel normé (E, k · k) est relative à la
norme k · k et n’est pas en général satisfaite pour une autre norme. Si on travaille avec
plusieurs normes sur E, on précisera la convergence de (un )n pour k · k.
16 CHAPITRE 3. EVN
Exemple :
Soit E = C([a, b], K). Une suite (fn )n d’éléments de E converge vers f ∈ E pour k · k∞
si kfn − f k∞ = sup |fn (x) − f (x)| → 0 ce qui n’est autre que la convergence
x∈[a,b] n→+∞
Proposition 16
Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E qui converge vers l ∈ E. On a alors la suite
(kun k)n∈N converge vers klk dans R.
Proposition 17
Si (un )n∈N est une suite convergente d’éléments de E, alors (un )n est bornée.
Démonstration. On a (un )n∈N est une suite convergente d’éléments de E. Il exsite donc l ∈ E
tel que
∀ > 0, ∃N = N () ∈ N, ∀n ≥ N, kun − lk ≤ .
En particulier, pour = 1, ∃N ∈ N, ∀n ≥ N, kun − lk ≤ 1 et donc pour tout ∀n ≥
N, kun k ≤ klk + 1 (d’après l’inégalité triangulaire).
Soit M = max(ku0 k, ..., kuN −1 k, klk + 1). On a alors kun k ≤ M pour tout n ∈ N et par
suite la suite (un )n est bornée.
Proposition 18
Soit (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites d’éléments de E qui convergent respectivement vers
l, k ∈ E. Alors pour tout λ, µ ∈ K, la suite (λun + µvn )n∈N converge vers λl + µk.
En d’autres termes, l’ensemble des suites convergentes dans E est un K−espace vector-
tiel, et l’application définie sur cet espace vectoriel (un )n∈N 7−→ lim un est linéaire.
n
Proposition 19
Soient (λn )n∈N ∈ KN une suite numérique convergeant vers λ ∈ K et (un )n∈N ∈ E N une
suite d’éléments de E convergeant vers l ∈ E, alors (λn un )n∈N converge vers λl dans
E.
On a utilisé le fait que (un )n converge et donc est bornée ( ∃M > 0 tel que kun k ≤ M pour
tout n ∈ N).
Proposition 20
Deux normes équivalentes définissent les mêmes suites convergentes et celles-ci ont les
mêmes limites pour les deux normes. En d’autres termes, si N et N 0 sont équivalentes,
alors pour toute suite (un )n d’éléments de E, on a l’équivalence :
un → l pour N1 ⇐⇒ un → l pour N2
n→+∞ n→+∞
Attention!
Si les normes ne sont pas équivalentes il se peut que la suite converge pour une des deux
normes et diverge pour l’autre ou converge pour les deux normes mais vers des limites
différentes.
Exemple :
On considère E = C([0, 1], R) et pour tout n ∈ N, fn : [0, 1] → R avec fn (t) = tn pour
tout t ∈ [0, 1]. Z
1 1
On a kfn k1 = tn dt = → 0 et donc (fn )n converge vers 0E pour k · k1 .
0 n + 1 n→+∞
D’autre part, kfn k∞ = 1 9 0 et donc (fn )n ne converge pas vers 0E pour k · k∞ .
n→+∞
On peut déduire donc que k · k1 et k · k∞ ne sont pas équivalentes sur E.
Proposition 21
Deux normes équivalentes définissent les mêmes suites bornées.
Définition 12
(Suites coordonnées dans un espace vectoriel de dimension finie) Soit E un K−espace
vectoriel de dimension p ∈ N∗ et B = (e1 , ..., ep ) une base de E. Soit (u(n))n∈N une
suite d’éléments de E. Pour tout n ∈ N, on peut écrire
p
X
u(n) = uk (n)ek = u1 (n)e1 + ... + up (n)ep .
k=1
Les suites scalaires (uk (n))n∈N , k = 1, ..., p sont appelées suites coordonnées (ou com-
posantes) de la suite (u(n))n∈N dans la base B.
Proposition 22
Soit E un K−espace vectoriel de dimension p ∈ N∗ et B = (e1 , ..., ep ) une base de E.
On a équivalence entre
i) la suite (u(n))n∈N converge dans E
ii) les suites coordonnées (uk (n))n , k = 1, ..., p convergent dans K.
De plus, dans ce cas on a
lim u(n) = lim u1 (n) e1 + ... + lim up (n) ep .
n n n
3.3. SUITES DANS UN ESPACE VECTORIEL NORMÉ 19
Démonstration. E est un espace vectoriel de dimension finie, on peut donc le munir d’une
norme et rappelons que toutes les normes sont alors deux à deux équivalentes sur E. On va
p
X
considérer la norme infinie : pour tout x = xk ek ∈ E, kxk∞ = max |xk |.
k=1,..,p
k=1
on déduit alors que |uk (n) − lk | → 0 pour tout k = 1, ..., p et donc la suite (uk (n))n
n→+∞
converge vers lk dans K pour tout k = 1, .., p.
p
X
∀n ∈ N, 0 ≤ ku(n) − lk∞ = max |uk (n) − lk | ≤ |uk (n) − lk | → 0.
k=1,..,p n→+∞
k=1
p
X
Par suite, lim
n
ku(n) − lk∞ = 0 et donc (u(n))n converge vers l = lk ek dans E.
k=1
20 CHAPITRE 3. EVN
Exemple :
1. On considère dans R2 (de dimension 2), la suite (un )n≥1 avec
1 1 1 1
∀n ≥ 1, un = (e n , n ln(1 + )) = e n e1 + n ln(1 + )e2
2n n
où (e1 , e2 ) est la base canonique de R2 .
1 1 1 1 1
Comme e n → 1 et n ln(1+ ) ∼ → , on déduit que un → (1, ).
n→+∞ 2n +∞ 2 n→+∞ 2 n→+∞ 2
2. Soit (zn )n une suite d’éléments de C. Comme (1, i) est une base de C qui est
un R-espace vectoriel de dimension 2, (zn )n converge dans C ⇐⇒ (Re(zn ))n et
(Im(zn ))n convergent dans R et on a
3. Dans Mn (K) (de dimension n2 finie, toutes les normes sont deux à deux équi-
valentes), une suite (Ak )k∈N d’élements de Mn (K) avec pour tout k ∈ N,
Ak = (aij (k))i,j=1,...,n converge vers A = (aij )i,j=1,...,n dans Mn (K) si seule-
ment si
aij (k) → aij dans K pour tout i, j = 1, ..., n.
k→+∞
Théorème 2
Soit E = E1 × ... × Ep un produit d’espaces vectoriels normés (Ek , Nk ), k = 1, ..., p,
muni d’une des trois normes définies précédemment k · k1 , k · k2 , k · k∞ (deux à deux
équivalentes).
Soit (u(n))n∈N une suite d’éléments de E où pour tout n ∈ N, u(n) = (u1 (n), ..., up (n)).
Les suites (uk (n))n∈N sont appelées suites coordonnées de la suite (u(n))n∈N .
On a alors equivalence entre
i) la suite (u(n))n∈N converge dans E (pour la norme produit).
ii) les suites coordonnées (uk (n))n , k = 1, ..., p convergent dans Ek (pour Nk ).
De plus, dans ce cas on a
lim u(n) = lim u1 (n), ..., lim up (n) .
n n n
Démonstration. On va considérer la norme produit k · k∞ parmi les trois normes deux à deux
équivalentes k · k1 , k · k2 , k · k∞ (déjà vu).
Montrons tout d’abord que i) =⇒ ii).
3.3. SUITES DANS UN ESPACE VECTORIEL NORMÉ 21
La suite (u(n))n converge vers l = (l1 , ..., lp ) pour k · k∞ , on a donc lim ku(n) − lk∞ = 0.
n
Comme ∀k = 1, ..., p, 0 ≤ Nk (uk (n) − lk ) ≤ ku(n) − lk∞ , on a alors lim n
Nk (uk (n) − lk ) = 0
pour tout k = 1, ..., p, ce qui montre ii).
Montrons maintenant que ii) =⇒ i). Supposons que chaque (uk (n))n converge dans Ek vers
lk pour k = 1, ..., p. Posons l = (l1 , ..., lp ) ∈ E. On a alors
p
X
0 ≤ ku(n) − lk∞ ≤ Nk (uk (n) − lk ) → 0
n→+∞
k=1
Par suite, lim ku(n) − lk∞ = 0 et donc (u(n))n converge vers l dans E pour k · k∞ .
n