Compétence et performance
capacité de construire et reconnaître l'ensemble des énoncés grammaticalement corrects
L'opposition théorique entre compétence et performance est une hypothèse de Noam Chomsky
dans le cadre de la linguistique générative. Publiée initialement en 1965 dans Aspects de la
théorie syntaxique, elle procède d'une réinterprétation de « l’opposition saussurienne de la langue
et de la parole »1 et est devenue un concept classique du discours linguistique général2. Elle
différencie chez les générativistes la capacité de construire et reconnaître l'ensemble des
énoncés grammaticalement corrects d'une part (compétence) et l'ensemble des énoncés
produits d'autre part (performance). Cette opposition est primordiale dans le sens où la tradition
générativiste tente d'étudier la capacité à produire des énoncés par le biais de ces énoncés.
Selon Chomsky, la compétence linguistique est commune à tous les locuteurs d'une même
langue, et permet d'interpréter les phrases dotées de sens, les phrases ambiguës, etc. Elle
permet en théorie à un locuteur de produire des phrases d'une longueur infinie, ce que ne permet
pas la performance linguistique en raison de notre limite mémorielle.
D'après Nicolas Ruwet : « Tout sujet adulte parlant une langue donnée est à tout moment capable
d’émettre spontanément ou de percevoir et de comprendre un nombre infini de phrases que pour
la plupart il n’a jamais prononcées ni entendues auparavant. » L’idée de base de Chomsky est
bien le concept d’innéisme selon lequel tout locuteur de naissance possède une connaissance
[réf. nécessaire]
innée des mécanismes du langage . Il peut distinguer une phrase grammaticale
d’une phrase agrammaticale.
D'autre part, selon Chomsky, l'ensemble des phrases possibles dans une langue donnée est infini,
mais limité par la pragmatique. De cette manière, la linguistique générative se distingue de la
linguistique structuraliste qui se limitait à des corpus (énoncés produits).
Par exemple, la phrase suivante est possible grammaticalement et sémantiquement, mais a peu
de chance d'être produite : « Le chien de la voisine qui est partie en vacances dans le sud de la
France où il fait bon vivre lorsqu'il ne fait pas trop chaud ou trop froid et qui est rentrée dimanche
matin aux premières lueurs, jour où mon voisin est tombé du toit de sa maison qu'il réparait en
prévision des jours de pluie que l'on attend le mois prochain et s'est cassé la jambe, s'est
échappé de son jardin et est parti se promener dans le parc où les chats... ».
L'opposition entre compétence et performance à laquelle il est fait référence ci-dessus a trait à la
linguistique. La distinction compétence/performance qui a cours en linguistique n'a pas
forcément cours, ou ne se pose pas forcément dans les mêmes termes, dans d'autres champs
scientifiques : psychologie du travail de langue française, psychologie du travail américaine,
sciences de l'éducation, ergonomie de langue française, gestion des ressources humaines,
stratégie d'entreprise3.
Notes et références
1. Patrice Maniglier, « Les choses du langage : de Saussure au structuralisme », Figures de la
psychanalyse, n° 12 2005/2, p. 27 à 44. [lire en ligne (http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=
FP_012_0027) [archive]] [PDF]
2. (en) E. F. K. Koerner, Toward a history of American linguistics, Routledge, 2002, p. 107.
3. Klarsfeld A, La compétence : ses définitions, ses enjeux, Gestion 2000, n°2, mars-avril 2000,
p.31-47
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