Risques des lampes UV : étude et limites
Risques des lampes UV : étude et limites
Risque spécifique
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Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 170, 1er trimestre 1998
→ A. Barlier-Salsi, S. Salsi,
A. Klingler, service Physiologie envi-
ronnementale, Centre de recherche
Lampes à rayonnement
de l’INRS, Nancy
ultraviolet
Quantification des risques associés
à leur utilisation
ette étude avait pour objectifs de quantifier les risques associés à l’utilisation de
R I SKS ASSO C I ATED
WI TH THE USE
C lampes à rayonnement ultraviolet et de définir leurs limites d’emploi. A cette fin,
l’éclairement énergétique spectrique de 30 de ces lampes a été mesuré entre 200 et 400
OF ULTRAV I OLET LAMPS nm. Les durées maximales d’exposition journalières ont été déterminées pour différentes
distances d’utilisation. Les résultats montrent que la majorité des lampes est potentielle-
ment dangereuse et que le port de dispositifs de protection est nécessaire, plus spéciale-
he aim of the study was to quantify ment avec les sources émettant dans l’UVB et C (200-315 nm). Avec les autres lampes, il
Tdifferent
the risk associated with the use of
types of ultraviolet lamps and
est indispensable de ne pas dépasser les durées d’exposition journalières.
L
tial not to exceed the daily exposure e rayonnement ultraviolet (UV) est zage artificiel. Dans le domaine médical, les
duration limits. un rayonnement optique dont le lampes à rayonnement UV sont couram-
domaine spectral s’étend de 100 à ment employées dans le traitement de cer-
쐌 optical radiati on 쐌 ultravi ole t 400 nm. La CIE (Commission inter- taines maladies (psoriasis, eczéma, hyper-
radiation 쐌 UV lamp 쐌 skin 쐌 eye
nationale de l’éclairage) distingue trois bilirubinie…) et pour la désinfection bac-
쐌 lesion
catégories d’ultraviolets : les UVA (315-400 térienne.
nm), les UVB (280-315 nm) et les UVC
(100-280 nm) [1]. Si l’exposition de courte durée et à faible
Le soleil est pratiquement la seule source dose au rayonnement ultraviolet a des ef-
naturelle de rayonnement ultraviolet; les fets bénéfiques pour l’organisme, l’exposi-
ultraviolets représentent environ 5 % du tion prolongée et/ou à forte dose peut avoir
rayonnement total émis. Il existe en re- des conséquences pathologiques aiguës ou
vanche une grande variété de sources arti- chroniques qui sont directement liées à la
ficielles. Selon le type de source, le rayon- pénétration et à l’absorption de ces rayon-
nement ultraviolet émis est considéré nements dans les structures de la peau et
comme parasite lorsqu’il ne contribue pas de l’œil.
à l’effet recherché (cas de certaines lampes
à usage général, d’arcs de soudage…) ou Pour la peau, les effets directs immédiats
est alors utilisé pour ses effets directs. Il se manifestent par le classique coup de so-
trouve en effet de nombreuses applications leil, qui comporte plusieurs niveaux de gra-
dans l’industrie pour le tirage de plans, la vité depuis le simple érythème jusqu’à des
détection de défauts, le séchage des encres, lésions plus importantes comportant dou-
la synthèse chimique, la polymérisation de leur, œdèmes de phlyctènes. A long terme,
vernis ou de colles. Le rayonnement UV est la répétition des lésions actiniques cutanées
aussi très utilisé dans les cabines de bron- entraîne des modifications pathologiques
50
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e
position chronique au rayonnement ultra-
violet est susceptible d’entraîner une opa-
α
cification du cristallin (cataracte).
D
TABLEAU I
Lampes pour arts H1 (125 W) Lampe à vapeur de mercure haute pression - sérigraphie,
graphiques - durcissement des laques,
- agrandisseur,
- éclairage décoratif.
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0,010 0,05
Ces différentes expositions sont ensuite
comparées aux valeurs limites d’exposition
0,008
B2
0,04
C1 proposées par l’IRPA (International
A3 C5 Radiation Protection Association) [4, 5].
Eλ(W.m-2.nm-1)
Eλ(W.m-2.nm-1)
0,006 0,03
La méthode de calcul des expositions,
les valeurs limites d’exposition correspon-
0,004 0,02
dantes ainsi que les risques associés sont
présentés dans le tableau II.
0,002 0,01
Calcul des indices de risque
0,000 0,00
Afin de quantifier les risques présentés
200 250 300 350 400 200 250 300 350 400
par les sources, chaque exposition HX a été
comparée à la valeur limite d’exposition
Longueur d'onde (nm) Longueur d'onde (nm)
correspondante VLEX. Pour ce faire, un in-
(a) (b) dice de risque IX a été défini comme suit :
Hx
Ix = (4)
VLEx
0,06 0,50 Ainsi, un indice de risque supérieur à 1
D6 D11 signifie que la source étudiée présente un
0,05
D8 0,40 D12
risque dans le domaine spectral considéré.
Eλ(W.m-2.nm-1)
Eλ(W.m-2.nm-1)
D3
0,4 D2
0,30
0,03
Détermination des limites d’emploi
0,20
des sources
0,02 Compte tenu de la diversité des sources
0,10 étudiées et de leurs différentes conditions
0,01
d’utilisation, l’indice de risque déterminé
0,00 0,00 dans une situation particulière ne suffit pas
200 250 300 350 400 200 250 300 350 400 à caractériser les risques présentés par ces
sources. Il convient donc de calculer pour
Longueur d'onde (nm) Longueur d'onde (nm)
chaque source, la durée d’exposition jour-
(c) (d)
nalière maximale admissible en fonction de
Fig. 2. Répartitions spectrales d’éclairements énergétiques calculées à 1 m des lampes la distance d’exposition dans chaque do-
actiniques et supra-actiniques (a), des lampes de lumière noire (b) et des lampes pour maine spectral. Ainsi, à une distance d’ex-
le bronzage et la photothérapie (c, d) position D, la durée d’exposition journa-
lière maximale admissible t(D) a pour ex-
pression :
쐌 pour les risques « PEAUUVeff »
et « ŒILUVeff » (cf. tableau II) :
TABLEAU II
t( D ) = 30 (5)
400
MÉTHODE DE CALCUL DES NIVEAUX D'EXPOSITION ∑ Eλ (D).Sλ .∆λ
200
ET VALEURS LIMITES D'EXPOSITION CORRESPONDANTES
쐌 pour le risque « ŒILUVA »
(cf. tableau II).
Valeurs
Domaine Risques Effets Niveaux 10 4
limites t( D ) = 400
(6)
∑
spectral physiologiques d'exposition d'exposition
Eλ (D).∆λ
315
Eλ(W.m-2.nm-1)
Eλ(W.m-2.nm-1)
G1 (fig. 3d) émettent sur l’ensemble du do-
2,5E-04
maine ultraviolet, 0,03 E4 F1
쐌 le spectre d’émission des lampes germi- 2,0E-04
Eλ(W.m-2.nm-1)
Eλ(W.m-2.nm-1)
0,04
H1
0,075 G1
2.2. Evaluation des risques 0,03
0,050
Les risques présentés par les sources ont 0,02
été évalués à l’aide des indices de risque
définis par la relation (4). Deux indices de 0,025
0,01
risque ont été calculés :
0,00 0,000
쐌 l’indice IUVeff pour quantifier les risques
200 250 300 350 400 200 250 300 350 400
PEAUUVeff et ŒILUVeff Longueur d'onde (nm) Longueur d'onde (nm)
쐌 et l’indice IUVA pour quantifier le risque
(c) (d)
ŒILUVA (cf. tableau II). Les indices IUVeff et
IUVA ont été calculés dans la situation où Fig. 3. Répartitions spectrales d’éclairements énergétiques calculées à 1 m des lampes
le risque est maximal, c’est-à-dire à la dis- germicides (a), de la lampe fluorescente médicale (b), de la lampe pour les arts gra-
tance d’exposition minimale soit 0,50 m et phiques (c) et de la lampe pour la photochimie (d)
pour une durée d’exposition journalière
maximale, soit 8 heures. La figure 4 repré-
sente l’indice IUVA en fonction de l’indice
IUVeff pour l’ensemble des sources étu-
diées. IUVA
100
pour les arts graphiques G1 et la lampe pour Médicale Germicides Photochimie Art graphique
la photochimie H1 présentent tous les
risques (PEAUUVeff, ŒILUVeff et ŒILUVA) as- Fig. 4. Indices de risques calculés à 1 m de la source et pour 8 heures d’exposition jour-
sociés au rayonnement ultraviolet. nalière
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journalière (h)
journalière (h)
B3
2.3. Limites d’emploi des 4 4 D4
sources D5
D6
2 2
D7
Lorsque les sources présentent des
risques dans les conditions décrites précé-
0 0
demment, il importe de déterminer leurs li-
0,5 0,52 0,54 0,56 0,58 0,6 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
mites d’emploi, exprimées sous la forme de
courbes distance - durée d’exposition. Les Distance d'exposition (m) Distance d'exposition (m)
journalière (h)
100 E4
LUVA figure 6. Bien que tous les tubes fluo-
rescents pour le bronzage et la photothé- 80
journalière (h)
journalière (h)
journalière (h)
0
3. Discussion
0
0,5 0,6 0,7 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5
journalière (h)
6
D12 6 ment intense dans le domaine UVB-C, les
lampes germicides occasionnent souvent
journalière (h)
journalière (h)
G1
des accidents. Les personnes amenées à tra-
4 4
H1
vailler à proximité de ces lampes doivent
donc porter vêtements et lunettes de pro-
2
tection [7]. Lorsque ces lampes sont utili-
2
sées pour la désinfection de locaux, elles
ne doivent jamais fonctionner en présence
0 0 de personnel. De même, les sources utili-
0,5 1,5 2,5 3,5 4,5 0,5 1,5 2,5 3,5 4,5 sées dans les processus industriels comme
Distance d'exposition (m) Distance d'exposition (m) les lampes actiniques, supra actiniques et
(e) (f) les lampes pour la photochimie sont sou-
vent intégrées dans des machines et les uti-
Fig. 6. Limites d’emploi des lampes pour le risque ŒILUVA : lisateurs ne sont généralement pas expo-
(a) lampes supra actiniques, (b) lampes actiniques, (c) lampe de lumière noire,
(d) tubes fluorescents pour le bronzage et la photothérapie, (e) lampes pour le bronzage sés au rayonnement direct des lampes.
et la photothérapie, (f) lampes pour les arts graphiques et la photochimie Les risques consécutifs à l’emploi de
lampes pour le bronzage et la photothéra-
pie résultent plutôt d’expositions chro-
niques. Ces lampes, souvent montées en
lampes actiniques (B3) montées en batte- qui est de l’ordre de 7h30 pour une lampe, batterie de 4 ou 8 lampes, sont susceptibles
rie. Cette figure permet de comparer les du- est de seulement 1h45 pour 4 lampes. de provoquer des érythèmes légers, juste
rées maximales d’exposition journalière ad- Il est donc impératif d’adapter les résul- perceptibles mais dont la répétition peut se
missibles en fonction de la distance d’ex- tats présentés aux conditions réelles d’uti- révéler dangereuse à long terme. Le per-
position pour 1, 2 et 4 lampes. Ainsi, à lisation, à savoir le nombre de lampes en sonnel employé dans les cabines de bron-
0,50 m, les risques PEAUUVeff et ŒILUVeff service. Une estimation approximative du zage artificiel ou dans les salles de traite-
quasi inexistants lors de l’utilisation d’une risque consiste à diviser la durée maximale ment par photothérapie doit être attentif à
seule lampe, deviennent tout à fait réels lors d’exposition journalière admissible relative la durée d’exposition à ces lampes; si ces
de l’utilisation d’une batterie de 4 lampes. à une lampe, par le nombre de lampes uti- durées dépassent les durées maximales
La durée maximale d’exposition journalière lisées. Ce calcul est approximatif dans la d’exposition journalières admissibles, le
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8
Durée maximale d'exposition
journalière (h)
4
4
2 1 lampe 1 lampe
2
2 lampes 2 lampes
4 lampes 4 lampes
0 0
Fig. 7. Limites d’emploi correspondant
0,5 1,0 1,5 2,0 0,5 1,5 2,5 3,5 4,5
à 1, 2 et 4 lampes :
Distance d'exposition (m) Distance d'exposition (m) (a) risque PEAUUVeff + ŒILUVeff, (b)
(a) (b)
risque ŒILUVA
INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE ET DE SÉCURITÉ - 30, rue Olivier-Noyer 75680 Paris cedex 14
Tiré à part des Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail, 1er trimestre 1998, n° 170 - ND 2074 - 1200 ex.
N° CPPAP 804/AD/PC/DC du 14-03-85. Directeur de la publication : J.-L. MARIE. ISSN 0007-9952 - ISBN 2-7389-0624-9