Le président élu des États-Unis, Donald Trump, aurait été condamné pour sa
tentative présumée de renverser le résultat de l'élection de 2020 s'il n'avait pas été
vainqueur quatre ans plus tard, selon un rapport du procureur spécial Jack Smith
publié mardi 14 janvier par les médias américains. "S'il n'y avait eu l'élection de M.
Trump et son retour imminent à la présidence, le bureau" du procureur spécial "a
estimé que les preuves étaient suffisantes pour obtenir et maintenir une
condamnation lors d'un procès", indique le rapport.
Le texte rappelle que "la Constitution interdit l'inculpation et la poursuite d'un
président", un principe qui "ne dépend pas de la gravité des crimes reprochés, de la
solidité des preuves du gouvernement ou du bien-fondé de la poursuite".
Donald Trump, qui retournera à la Maison Blanche le 20 janvier, avait été poursuivi
dans l'enquête sur la prise d'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 par une foule de
partisans du républicain à Washington pour contester l'élection de Joe Biden à la
présidentielle. Jack Smith, procureur spécial nommé pour mener cette enquête, a
abandonné l'affaire pénale fédérale contre le futur président après sa victoire à
l'élection présidentielle de novembre dernier.
Dans un communiqué, le républicain a assuré qu'il s'exprimera le 15 janvier, lors
d'un meeting en Arizona. Et il s'insurge à nouveau contre la "fraude" qui a, selon lui,
et sans qu'il n'en apporte aucune preuve, entaché la dernière élection présidentielle
remportée par Joe Biden. "Le crime du siècle !" écrit Donald Trump, que son
adversaire démocrate a devancé de sept millions de voix. Mais Donald Trump fait
volte-face. Le président américain Joe Biden va désormais avoir tous les
projecteurs sur lui, jeudi 6 janvier, pour commémorer le premier anniversaire de
l'assaut meurtrier contre le Capitole. Son prédécesseur Donald Trump a annoncé,
mardi 4 janvier, qu'il annulait la conférence de presse qu'il prévoyait de faire
simultanément depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride.
Cinq morts lors de l'insurrection
L'attaque contre le Capitole, symbole de la démocratie américaine, a fait cinq morts
dont un officier de police. Plus de 100 autres officiers de police ont été blessés dans
les incidents, tandis que quatre officiers se sont ensuite suicidés. Les autorités ont
arrêté depuis lors plus de 700 personnes.
Alors que les élus du Congrès se réunissaient le 6 janvier 2021 pour certifier la
victoire électorale de Joe Biden, des centaines de partisans de Donald Trump ont
mené un assaut contre le Capitole à la suite d'un discours incendiaire de celui qui
était alors le locataire de la Maison Blanche.
Donald Trump a dénoncé pendant de nombreuses semaines, sans preuve, une
fraude électorale à son détriment. Les multiples recours engagés par son équipe de
campagne dans différents États du pays ont été rejetés par les tribunaux.
"Jack Smith le Dérangé"
Peu après la publication du rapport dans la nuit de lundi à mardi, Donald Trump a
réagi dans un message virulent sur sa plateforme Truth Social, qualifiant Jack Smith
de "dérangé".
"Jack Smith le Dérangé n'a pas été capable de poursuivre avec succès l'adversaire
politique de son 'patron', Joe Biden le Corrompu. Alors il finit par écrire un énième
'rapport' basé sur des informations" qu'un groupe de "politiques corrompus et de
voyous a détruites et supprimées illégalement, parce que cela montrait à quel point
j'étais totalement innocent", indique le message.
“Pour vous montrer à quel point le Dérangé Jack Smith est désespéré, il a publié
ses fausses conclusions à 1 h du matin", a ajouté le président élu dans un autre
message.
Pression pour "changer les résultats"
Le rapport de Jack Smith détaille les efforts présumés de Donald Trump pour
persuader les élus et les dirigeants républicains au niveau de l'État de "changer les
résultats" de l'élection de 2020.
"M. Trump a contacté des élus et des responsables d'État, a fait pression sur eux
avec de fausses allégations de fraude électorale dans leur État et les a exhortés à
prendre des mesures pour ignorer le décompte des voix et changer les résultats",
peut-on lire dans le rapport, qui a été mis en ligne par le New York Times et le
Washington Post.
"Il est important de noter" qu'il s'est adressé "uniquement aux élus et aux
responsables d'État qui partageaient son affiliation politique et étaient ses partisans,
et uniquement dans les États qu'il avait perdus", ajoute le rapport. Par ailleurs, le
texte affirme que Donald Trump et ses coconspirateurs avaient prévu de faire des
"certificats frauduleux" d'électeurs dans sept États où il avait perdu : l'Arizona, la
Géorgie, le Michigan, le Nevada, le Nouveau-Mexique, la Pennsylvanie et le
Wisconsin.
Le bureau du procureur spécial conclut que "la conduite de Trump a violé plusieurs
lois pénales fédérales". Le procureur spécial Jack Smith a quitté le ministère de la
Justice la semaine dernière, quelques jours après avoir soumis son rapport final.
La juge fédérale Aileen Cannon, nommée par Donald Trump, a rejeté l'an dernier
une affaire distincte contre lui à propos de sa gestion de documents top secrets
après son départ de la Maison Blanche, mais des accusations sont toujours en cours
contre deux de ses anciens coaccusés. Donald Trump a par ailleurs été
officiellement dispensé de peine par un juge le 10 janvier dans l'affaire des
paiements cachés à une star de films X, une sanction symbolique mais historique
dans le sens où elle fait de lui le premier président élu des États-Unis condamné au
pénal.
Pendant ce temps…
Alors que le bilan des incendies historiques de Californie est passé, dimanche, à 24
morts, influenceurs conservateurs, conspirationnistes d'extrême droite et soutiens de
Donald Trump font feu de tout bois contre les politiques en faveur de la diversité
qui, selon eux, ont pris une importance démesurée dans l'État démocrate au
détriment de la lutte contre les feux.
Plutôt que de pointer du doigt la sécheresse, les effets du changement climatique ou
le manque de moyens pour les pompiers, les soutiens de Donald Trump ont trouvé
le coupable idéal des incendies hors de contrôle qui ravagent la Californie. Le nom
du criminel tient en trois lettres : DEI ("Diversity, equality and inclusion"), acronyme
érigé en repoussoir des excès du wokisme par les conservateurs. Les programmes
DEI désignent toutes les mesures prises dans les entreprises, les écoles ou les
agences gouvernementales pour accroître les opportunités pour les femmes, les
Afro-Américains, les personnes LGBT+ et d'autres groupes marginalisés.
Comme souvent, le milliardaire Elon Musk a contribué à allumer la mèche en
multipliant les messages incendiaires et trompeurs sur son réseau social X. "Ils ont
donné la priorité au DEI plutôt que de sauver des vies et des maisons", écrit le
patron de Space X, insinuant que le budget du département incendie a servi à
promouvoir ces politiques d'inclusion et de diversité.
"Lorsque vous vous focalisez sur la diversité, l'équité, l'inclusion, les projets LGBT+,
et que vous êtes otage des écologistes, [...] vous devenez incapables de faire les
choses les plus basiques", a également affirmé Charlie Kirk, autre désinformateur en
chef de la sphère Maga ("Make America Great Again") qui fustige l'incapacité des
autorités à juguler les flammes.
En première ligne des bouc-émissaires désignés par l'extrême droite américaine :
la maire de Los Angeles, Karen Bass, le gouverneur démocrate de Californie Gavin
Newsom, et la cheffe des pompiers de Los Angeles. Première femme et première
personne ouvertement homosexuelle à occuper ce poste, Kristin Crowley est
devenue ces derniers jours le symbole de ces politiques honnies des
conservateurs.
Pompier vétéran
Nommée en 2022 pour redorer le blason d'un département accablé par des
plaintes de harcèlement et de discrimination parmi ses 3 400 membres, Kristin
Crowley est accusée par la droite américaine de s'être focalisée sur les DEI au
détriment de la sécurité incendie. Pourtant, rien ne prouve que les politiques de
diversité dans son service ont entravé la lutte contre les flammes.
"La cheffe des pompiers de Los Angeles a fait de la diversité sa priorité absolue au
lieu de remplir les bouches d'incendie", a notamment commenté l'ancienne
journaliste de Fox News, Megyn Kelly. "Ce que nous voyons était largement
évitable".
Peu importe si le service des pompiers n'a rien à voir avec le ravitaillement des
bornes incendies. Ce dernier dépend du département de l'eau et de l'électricité de
Los Angeles. Ses dirigeants ont expliqué avoir été dépassés par la demande
exceptionnelle du système municipal qui n'est pas conçu pour lutter contre des
incendies de forêt. En début de semaine dernière, environ 20 % des bouches
d'incendie utilisées dans le quartier de Pacific Palisades étaient asséchées.
"Derrière tout cela, il y a l'idée que la société avait comme usage d'embaucher des
gens sur la base de la compétence et du mérite mais que ce système a été dévoyé
par des minorités puissantes", décrypte auprès de la NPR, la radio publique
américaine, Ian Haney López, professeur de droit à l'université de Berkeley. "Encore
et encore, nous voyons tous ces efforts pour alimenter le ressentiment contre des
groupes qui ont été historiquement marginalisés socialement".
Le profil de Kristin Crowley ne prête pourtant guère le flanc aux procès en
incompétence. Lors de sa prise de fonction, elle travaillait déjà depuis 22 ans au sein
du service des incendies, où elle a été pompier, ambulancier, ingénieur, inspecteur
des incendies, capitaine, chef de bataillon, capitaine des pompiers et chef adjoint.
En 2018, elle se distingue pour sa bravoure aux côtés de son épouse, également
soldat du feu, en sauvant neuf maisons des flammes dans des conditions
dantesques lors du "Woosley Fire". Enfin, lorsqu'elle a passé son examen à la fin
des années 1990, elle s'est classée parmi les 50 premiers sur 16 000 candidats,
rappelle Newsweek.
Des Américains divisés sur le DEI
Ces dernières années, les attaques contre les programmes DEI connaissent une
nouvelle vigueur aux États-Unis, en particulier lorsque survient un événement
dramatique. À l'été 2024, dans le sillage de la tentative d'assassinat de Donald
Trump, le Secret Service, en charge de la protection des présidents américains, a
immédiatement été sous le feu des critiques pour ses mesures en faveur de la
diversité. Le même refrain a été entendu après l'effondrement d'un pont à Baltimore
en mars ou lors de divers événements climatiques extrêmes comme les ouragans
Milton et Helene en 2024, deux événements qui ont charrié un nombre incalculable
de fake news.
Lors de sa campagne électorale, Donald Trump a lui-même promis de s'attaquer aux
programmes de diversité, y compris dans les universités. "Les lois sont très injustes
aujourd'hui", a-t-il estimé en mai auprès du magazine Time. Plusieurs États, dont la
Floride, le Texas, l'Alabama et l'Iowa, ont déjà interdit les bureaux du DEI dans leurs
universités publiques. En juin 2023, la Cour suprême américaine, à majorité
conservatrice, avait mis un coup d'arrêt à la discrimination positive dans les
universités américaines. Les juges avaient été saisis de deux plaintes d'étudiants
blancs et asiatiques qui se considéraient comme victimes de la discrimination
positive.
Les critiques affirment que les politiques en matière de diversité sont discriminatoires
et désavantagent d'autres groupes, en particulier les Américains blancs. "Il ne s'agit
pas de programmes neutres visant à accroître la diversité mais de programmes
politiques qui utilisent les ressources du contribuable pour promouvoir une
orthodoxie partisane spécifique", estimait dans le New York Times Christopher Rufo,
activiste ultra conservateur qui a contribué à la démission de la directrice d'Harvard
en janvier 2024.
Alors que se prépare le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les
programmes DEI sont plus que jamais menacés. Vers la fin de son premier mandat
en 2020, le milliardaire avait signé un décret interdisant la formation à la diversité
dans les agences gouvernementales et les institutions qui reçoivent des fonds
fédéraux. L'administration a rapidement fait l'objet de poursuites judiciaires et un
juge fédéral a bloqué le décret peu de temps après.
Du côté du secteur privé, le vent semble déjà avoir commencé à tourner. Après les
bonnes volontés affichées dans le sillage du meurtre de Georges Floyd en 2020,
l'heure est au rétropédalage sur un sujet qui divise la société américaine. Cette
semaine, Meta et McDonald's ont rejoint une liste croissante d'entreprises, dont
Walmart et Ford, qui réduisent leurs initiatives en matière de programmes DEI.
Questions :
1- Pourquoi Donald Trump n’a pas été condamné pour l'assaut contre le Capitol ?
Comment a-t-il réagi face aux accusations ?
2- Penses-tu qu’il aurait vraiment fait de la prison s’il n’avait pas gagné les élections
présidentielles ?
3- Quelles sont les charges retenues contre lui ? Qu’en penses- ?
4- Qu’est-ce que la DEI ? Quels liens les partisans de Trump établissent-ils entre les
incendies et la politique DEI ? Pourquoi ?
5- D’après l’article, quelles sont les causes réelles derrière les incendies de la
Californie ?
6- Pourquoi s’attaque-t-on à Kristin Crowley particulièrement ? Qu’est-ce qui montre
qu’elle est loin d’être incompétente ?
7- Qu’est-il arrivé à la société américaine à cause du DEI ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui
risque de se passer maintenant ?