Année universitaire 2024-2025
Département de mathématiques SMA-LNG S IV - Analyse 5
Analyse 5
J. Assim
Y. Mazigh
1
Table des matières
1 Intégrales à paramètres 3
1.1 Continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Dérivabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2 Intégrales multiples 13
2.1 Théorème de changement de variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3 Intégrale curviligne 21
3.1 Intégrale curviligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3.1.1 Intégrale curviligne d’une fonction de Rn dans Rn . . . . . . . . . . . . . 21
3.1.2 Intégrale curviligne d’une fonction de Rn dans R . . . . . . . . . . . . . . 23
3.1.3 Longueur d’une courbe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
4 Formes différentielles 29
4.1 Formes multilinéaires alternées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2 Formes différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
4.3 Forme différentielle de degré 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
4.3.1 Intégrale d’une 1-forme le long d’une courbe paramétrée . . . . . . . . . 34
5 Calcul d’intégral par la méthode des résidus 38
5.1 Les fonctions holomorphes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
5.2 Résidus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
5.3 Application du théorème des résidus au calcul intégral . . . . . . . . . . . . . . . 46
2
Chapitre 1
Intégrales à paramètres
Il s’agit dans ce chapitre de mettre en place les outils permettant d’étudier les fonctions
définies par des intégrales, i.e, fonctions de la forme F : x 7−→ I f (x, t)dt où f est une fonction
R
de deux variables.
Une question naturelle est l’étude du transfert de la continuité (resp. la dérivabilité) de f vers
F.
1.1 Continuité
Soit J une partie non vide de R et soit I un intervalle de R. Soit f une fonction réelle
définie sur J × I, et considérons la fonction
Z
F : x 7−→ f (x, t)dt
I
que nous supposons définie sur J.
Soit (fn )n∈N une suite de fonctions intégrables sur l’intervalle compact [a, b], convergeant
simplement vers une fonction f sur [a, b]. On se pose la question suivante, a-t-on toujours :
Z b Z b
lim fn (x)dx = lim fn (x)dx ?
a n→+∞ n→+∞ a
On peut se convaincre que cette égalité n’a pas toujours lieu en considérant la suite (fn )n∈N∗
où fn est l’application définie sur [0, 1] par
2 1
2n x,
0 ≤ x < 2n
1
fn (x) = −2n(nx − 1), 2n ≤ x < n1
1
0, n
≤x≤1
D’une part cette suite converge simplement sur [0, 1] vers l’application nulle ; on a donc
Z 1
lim fn (x)dx = 0
0 n→+∞
D’autre part, on a
Z 1 Z 1 Z 1
2n 2 n
fn (x)dx = 2n xdx − 1
2n(nx − 1)dx
0 0 2n
1
=
2
3
On en déduit que Z 1
1 Z 1
lim fn (x)dx = 0 ̸= = lim fn (x)dx
0 n→+∞ 2 n→+∞ 0
Théorème 1 Soit (fn )n une suite d’applications de compact [a, b] dans R, Riemann-intégrables
sur [a, b]. Si la suite (fn )n converge uniformément sur [a, b] vers l’application f alors f est
Riemann-intégrable sur [a, b] et
Z b Z b
lim fn (x)dx = lim fn (x)dx.
a n→+∞ n→+∞ a
Démonstration Soit ε > 0 fixé. Par hypothèse, la suite (fn )n convergeant uniformément sur
[a, b] vers f , donc
!
ε
∃N ∈ N, ∀x ∈ [a, b] ∀n ∈ N n ≥ N =⇒ |fn (x) − f (x)| ≤
3(b − a)
L’application fN étant Riemann-intégrable sur [a, b], il existe un couple (ψN,ε , ϕN,ε ) de fonctions
en escalier sur [a, b] tel que :
Z b
1
ψN,ε (x) ≤ fN (x) ≤ ϕN,ε (x) ∀x ∈ [a, b] et (ϕN,ε (x) − ψN,ε (x))dx < ε
a 3
1 1
Les fonctions ϕε = 3(b−a) ε + ϕN,ε et ψε = − 3(b−a) ε + ψN,ε sont deux fonctions en escalier sur
[a, b] vérifiant ψε ≤ f ≤ ϕε sur [a, b]. Par ailleurs,
Z b Z b
2
(ϕε (x) − ψε (x))dx = ( ε + ϕN,ε (x) − ψN,ε (x))dx
a a 3(b − a)
2 Z b
= ε + (ϕN,ε (x) − ψN,ε (x))dx
3 a
2 1
< ε+ ε=ε
3 3
On en conclut que la fonction f est Riemann-intégrable sur [a, b].
Pour tout n ∈ N, on a
Z b Z b Z b
0 ≤ f (x)dx − fn (x)dx = (f (x) − fn (x))dx
a a a
Z b
≤ (f (x) − fn (x)) dx
a
Z b
≤ sup (f (t) − fn (t)) dx
a t∈[a,b]
= (b − a) sup (f (t) − fn (t))
t∈[a,b]
Comme la suite d’applications (fn )n converge uniformément sur [a, b] vers l’application f ,
lim sup (f (t) − fn (t)) = 0.
n→+∞ t∈[a,b]
On en déduit que
Z b Z b
lim f (x)dx − fn (x)dx = 0
n→+∞ a a
4
autrement dit que Z b Z b
lim fn (x)dx = f (x)dx.
n→+∞ a a
□.
Exemple 1
2
— La suite d’applications (fn )n de terme général fn : x ∈ [1, 2] → e−nx converge unifor-
mément vers la fonction nulle. Donc
Z 2
2
lim e−nx dx = 0.
n→+∞ 1
— La suite d’applications (fn )n∈N∗ de terme général
2 1
2n x,
0 ≤ x < 2n
1
fn (x) = −2n(nx − 1), 2n ≤ x < n1
1
0, n
≤x≤1
ne converge pas uniformément vers la fonction nulle, bien que la suite d’applications
(fn )n converge simplement vers la fonction nulle. En remarquant que
sup |fn (t)| = n.
t∈[0,1]
En fait, on dispose d’un résultat puissant et particulièrement commode pour le passage à la
limite dans les intégrales impropres. Il s’agit d’un résultat très général qui est au cœur de la
théorie de Lebesgue. Nous énonçons une version adaptée au niveau visé par ce cours.
Théorème 2 (Théorème de convergence monotone (ou théorème de Beppo-Lévi))
Soit (fn )n∈N une suite de fonctions intégrables sur un intervalle I à valeurs dans [0, +∞]. On
suppose que la suite (fn ) est croissante. Alors
Z Z
lim fn (x)dx = f (x)dx
n→+∞ I I
R
Démonstration Par hypothèse la suite (fn ) est croissante et positive, donc la suite ( I fn (x)dx)n
est croissante et positive. Par suite la limite α = lim I fn (x)dx ∈ [0, +∞] existe.
R
n→+∞
Soit f (x) = lim fn (x), comme pour tout n ∈ N fn ≤ f , on obtient
n→+∞
Z
α≤ f dx
I
Soit ϕ une fonction en escalier positive sur I telle que ϕ ≤ f et soit c ∈]0, 1[. On définit
An = {x ∈ I | fn (x) ≥ cϕ(x)}
La suite (An ) est croissante et ∪n∈N An = I, en effet, si x0 ∈ ∩n∈N Acn alors
fn (x0 ) < cϕ(x0 ) ∀n ∈ N
Donc, par passage au limite, on obtient
lim fn (x0 ) = f (x0 ) ≤ cϕ(x0 ) < ϕ(x0 ) ≤ f (x0 )
n→+∞
5
et donc f (x0 ) < ϕ(x0 ) ≤ f (x0 ) ce qui est absurde car ϕ est partout finie, par suite ∩n∈N Acn = ∅.
Par ailleurs on vérifie que
fn ≥ cϕ1An
donc Z Z Z Z
f (x)dx ≥ fn (x)dx ≥ cϕ1An dx = c ϕ(x)dx
I I An
Pm
De plus si ϕ = j=1 βj 1Bj , on a
Z m
X Z
ϕ(x)dx = βj dx
An j=1 An ∩Bj
Comme on a une somme finie et (An ) croissante, on obtient
Z m
X Z m
X Z Z
lim ϕ(x)dx = lim βj dx = βj dx = ϕ(x)dx
n→+∞ An n→+∞ An ∩Bj Bj I
j=1 j=1
Ainsi α ≥ c I ϕ(x)dx. On prend d’abord le sup sur c ∈]0, 1[, puis le sur ϕ en escalier positive
R
sur I telle que ϕ ≤ f , et on trouve α ≥ I f (x)dx, ce qui termine toute la preuve.
R
□
Théorème 3 (Convergence dominée de Lebesgue) Soit (fn )n∈N une suite de fonctions
définies sur un intervalle I. On suppose que
1. pour tout n ∈ N, fn est continue par morceaux sur I,
2. la suite (fn )n∈N converge simplement sur I vers une fonction f ,
3. la fonction f est continue par morceaux sur I,
4. il existe une fonction φ : I −→ R, continue par morceaux, positive et intégrable sur I
telle que :
∀n ∈ N, ∀x ∈ I |fn (x)| ≤ φ(x) (hypothèse de domination)
R R
Alors f est intégrable sur I et lim fn (x)dx = f (x)dx.
n→+∞ I I
π
Exemple 2 Calculons la limite lim 02 sinn (x)dx.
R
n→+∞
Nous avons
π
∀x ∈ [0, [, lim sinn (x) = 0
2 n→+∞
si x ∈ [0, π2 [ 0
donc la suite (sinn (x))n∈N converge simplement vers f (x) = .
1 si x = π2
De plus ∀n ∈ N, ∀x ∈ [0, π2 ], | sinn (x)| ≤ 1, et l’application constante est intégrable sur [0, π2 ].
En utilisant, le théorème de convergence dominée, on obtient
Z π Z π Z π
2 n 2 n 2
lim sin (x)dx = lim sin (x)dx = 0 dx = 0.
n→+∞ 0 0 n→+∞ 0
6
Remarque 1 La condition de domination est essentielle comme le montre l’exemple suivant :
Pour tout n ∈ N∗ , soit la fonction fn : R+ −→ R+ définie par
1si x ∈ [0, n[
fn (x) = n
0 si x ≥ n
Si g est une fonction localement intégrable vérifiant |fn | ≤ g, alors pour tout x ∈ R+
1
g(x) ≥ fE(x)+1 (x) =
E(x) + 1
puisque x ∈ [0, E(x) + 1[, où E(x) désigne la partie entière de x. Par suite
Z n n−1
X Z k+1 n−1
X 1
g(x)dx = g(x)dx ≥
0 k=0 k k=0 k + 1
ainsi Z +∞ Z n
g(x)dx = lim g(x)dx = +∞
0 n→+∞ 0
Par conséquent, la fonction g n’est pas intégrable sur [0, +∞[. Or
1
sup |fn (t)| = −→ 0,
t∈R+ n n→+∞
la suite (fn )n converge uniformément sur R+ vers la fonction nulle. Mais
Z n
Z +∞
1 Z +∞
lim fn (x)dx = lim dx = 1 ̸= 0dx = 0
n→+∞ 0 n→+∞ 0 n 0
Théorème 4 Soit I un intervalle de R, et soit J une partie (non vide) quelconque de R. Soit
f : (x, t) 7−→ f (x, t) une fonction définie sur J × I. Supposons que
1. pour tout t ∈ I, la fonction x 7−→ f (x, t) est continue sur J,
2. pour tout x ∈ J, la fonction t 7−→ f (x, t) est continue par morceaux sur I,
3. il existe une fonction φ : I −→ R+ continue par morceaux, intégrable positive sur I
telle que
∀(x, t) ∈ J × I, |f (x, t)| ≤ φ(t).
Alors la fonction F : x 7−→
R
I f (x, t)dt est définie et continue sur J.
Démonstration Fixons x ∈ J et considérons (xn )n∈N une suite dans J convergeant vers x.
Pour chaque n ∈ N, notons fn la fonction définie sur I par
fn (t) = f (xn , t)
Alors la suite (fn )n∈N vérifiée les hypothèses du théorème de convergence dominée (Théorème
3). En effet
— Pour tout n ∈ N, la fonction fn est continue par morceaux sur I.
7
— La continuité de f par rapport à x donne
∀t ∈ I, lim fn (t) = lim f (xn , t) = f (x, t)
n→+∞ n→+∞
Donc, la suite (fn )n∈N converge simplement sur I vers f (x, .).
— La fonction f (x, .) est continue par morceaux sur I.
— Comme ∀(x, t) ∈ J × I, |f (x, t)| ≤ φ(t), on obtient
∀n ∈ N, ∀t ∈ I, |fn (t)| = |f (xn , t)| ≤ φ(t)
où φ est une fonction intégrable positive sur I.
Ainsi, d’après le théorème de convergence dominée, on obtient
Z Z
lim fn (t)dt = f (x, t)dt
n→+∞ I I
i.e,
lim F (xn ) = F (x).
n→+∞
Ce qui prouve la continuité de F au point x, et finalement, la continuité de F sur J. □
Exemple 3 La fonction F donnée par
Z +∞
sin(tx)
F (x) = dt
0 1 + t2
est définie et continue sur R. En effet, la fonction
sin(tx)
f : (x, t) 7−→
1 + t2
est continue par rapport à x et continue par rapport à t. De plus
sin(tx) 1
∀(x, t) ∈ R × [0, +∞[, |f (x, t)| = | 2
|≤ = φ(t)
1+t 1 + t2
Or la fonction φ est continue par morceaux, positive et intégrale sur [0, +∞[. D’après le théo-
rème 4, on conclut que F est continue sur R. □
Exercice 1 Soit
f : R×]0, 1] −→ R
x
(x, t) 7−→ x2 +t2
1. Calculer F (x) = 01 f (x, t)dt
R
2. Montrer que lim− F (x) = −π 2
, lim+ F (x) = π2 .
x→0 x→0
(Ici les conditions (1) et (2) du théorème 4 sont vérifiées, mais (3) ne l’est pas).
Corollaire 1 L’hypothèse de domination peut simplement être vérifiée sur tout segment K
inclus dans J , c’est-à-dire :
∀(x, t) ∈ K × I, |f (x, t)| ≤ φK (t)
La continuité de F sur tout K assure sa continuité sur J. En effet, soient x ∈ J et (xn )n une
suite dans J convergeant vers x. Notons K = {xn , n ∈ N} ∪ {x}. Alors K est un compact de
J et d’après le théorème 4 appliqué à f|K×I , la fonction f (x, .) est intégrable sur I pour tout
x ∈ K, et la fonction F|K est continue sur K. En particulier la fonction F est continue au
point x.
8
Exercice 2 On considère la fonction
F : ]0, +∞[ −→ R
R +∞ t2 e−xt2
x 7−→ 0 1+t2
dt
Montrer que F est continue sur ]0, +∞[.
Corollaire 2 Soit f : J × [a, b] −→ R une fonction continue. Alors la fonction
Z b
F : x 7−→ f (x, t)dt
a
est continue sur J.
Démonstration Soit x0 ∈ J. Alors il existe un voisinage V de x0 et un réel M > 0 tels que
∀(x, t) ∈ V × [a, b], |f (x, t)| ≤ M
En effet, la continuité de f sur J × [a, b] assure que pour chaque u ∈ [a, b], il existe un voisinage
Vu de x0 dans I et un intervalle ouvert Ju de centre u tels que
∀Ju ∩ [a, b], ∀x ∈ Vu , on ait |f (x, t) − f (x0 , t)| < ε
Or [a, b] étant compact, on peut le recouvre par un nombre fini d’intervalles Ju1 , · · · , Jun . Posons
V = ∩ni=1 Vui . Alors si x ∈ V et t ∈ [a, b], il existe une valeur k telle que t ∈ juk . D’où
∀(x, t) ∈ V × [a, b], |f (x, t) − f (x0 , t)| < ε.
Comme la fonction t 7−→ M est continue, positive et intégrable sur [a, b], le théorème 4 entraine
que F est continue en x0 , par suite F est continue sur J. □
Exercice 3 Redémontrer le corollaire 2 sans utiliser le théorème 4.
Le théorème 4 se généralise au cas où x0 est adhérent au domaine J, x0 réel ou infini
Théorème 5 Soit I un intervalle de R, et soit J une partie (non vide) quelconque de R. Soit
f : (x, t) 7−→ f (x, t) une fonction définie sur J × I. Soit x0 un point adhérent à J ou x0 = +∞
si J n’est pas majorée ou x0 = −∞ si J n’est pas minorée. Supposons que
1. pour tout t ∈ I, la fonction x 7−→ f (x, t) admet une limite ℓ(t) quand x tend vers x0
et de plus la fonction ℓ est continue par morceaux sur I
2. pour tout x ∈ J, la fonction t 7−→ f (x, t) est continue par morceaux sur I,
3. il existe une fonction φ : I −→ R+ continue par morceaux, intégrable positive sur I
telle que
∀(x, t) ∈ J × I, |f (x, t)| ≤ φ(t).
Alors la fonction F : x 7−→
R
I f (x, t)dt admet une limite en x0 et
Z Z Z
lim f (x, t)dt = lim f (x, t)dt = ℓ(t)dt
x→x0 I I x→x0 I
Démonstration
9
1. Si x0 ∈ R, pour (x, t) ∈ (J ∪ {x0 }) × I, posons
si x ∈ I
f (x, t)
g(x, t) =
ℓ(t) x = x0
La fonction g vérifie les hypothèses du théorème 4 sur (J ∪ {x0 }) × I.
2. Si x0 = +∞ (resp. x0 = −∞), on applique le résultat précédent à la fonction
1
(x, t) 7−→ f ( , t)
x
en 0+ (resp. 0− ).
□
R +∞ −x2 t2
Exemple 4 Calculons la limite lim e dt.
x→+∞ 0
2 t2 R +∞
Pour tout (x, t) ∈ [1, +∞[×[0, +∞[, posons f (x, t) = e−x de sorte que F (x) = 0 f (x, t)dt.
On a alors
1. ∀x ∈ [1, +∞[, la fonction t 7−→ f (x, t) est continue sur [0, +∞[
2. ∀t ∈ [0, +∞[, la fonctionx 7−→ f (x, t) admet une limite ℓ(t) quand x tends vers +∞
avec
0 si t > 0
ℓ(t) =
1 si t = 0
et la fonction ℓ est continue par morceaux sur [0, +∞[ (continue partout sauf en 0)
2 t2 2
3. Pour tout (x, t) ∈ [1, +∞[×[0, +∞[, |f (x, t)| = e−x ≤ e−t = φ(t), avec la fonction
φ est intégrable sur [0, +∞[
Par suite, d’après le théorème 5, on obtient
Z +∞
2 2
lim F (x) = lim e−x t dt
x→+∞ x→+∞ 0
Z +∞
2 2
= lim e−x t dt
0 x→+∞
Z +∞ Z +∞
= ℓ(t)dt = 0dt = 0
0 0
1.2 Dérivabilité
Théorème 6 Soit I un intervalle de R, et soit J une partie (non vide) quelconque de R. Soit
f : (x, t) 7−→ f (x, t) une fonction définie sur J × I. On suppose que pour chaque x de J, la
fonction t −→ f (x, t) est continue par morceaux et intégrable sur I.
On suppose de plus que
1. ∂f /∂x existe sur J × I.
∂f
2. pour tout t ∈ I, la fonction x 7−→ ∂x
(x, t) est continue sur J,
∂f
3. pour tout x ∈ J, la fonction t 7−→ ∂x
(x, t) est continue par morceaux sur I,
10
4. il existe une fonction φ : I −→ R+ continue par morceaux, intégrable positive sur I
telle que
∂f
∀(x, t) ∈ J × I, (x, t)| ≤ φ(t).
∂x
Alors la fonction F : x 7−→ f (x, t)dt est de classe C 1 sur J et de plus
R
I
Z
∂f
∀x ∈ J, F ′ (x) = (x, t)dt
I ∂x
Démonstration Puisque pour chaque x ∈ J, la fonction t −→ f (x, t) est continue par mor-
ceaux et intégrable sur I, la fonction F est définie sur J.
Soit a ∈ J, pour (x, t) ∈ J × I, posons
f (x,t)−f (a,t) si x ̸= a
x−a
g(x, t) = ∂f
∂x
(a, t) si x = a
— Pour chaque x dans J, la fonction t 7−→ g(x, t) est continue par morceaux sur I (y
compris pour x = a).
— Pour chaque t dans I, la fonction x 7−→ g(x, t) est continue sur J.
— Soit (x, t) ∈ (J\{a}) × I. D’après l’inégalité des accroissements finis,
( )
f (x, t) − f (a, t) ∂f
|g(x, t)| = ≤ sup (u, t) , u ∈ J ≤ φ(t)
x−a ∂x
ce qui reste vrai quand x = a et t ∈ I.
D’après le théorème de continuité des intégrales à paramètres (Théorème 4), la fonction G :
x 7−→ I g(x, t)dt est continue sur J et en particulier en a. On en déduit que le taux F (x)−F (a)
R
x−a
a une limite quand x tend vers a et donc que F est dérivable en a. De plus,
F (x) − F (a) Z
F ′ (a) = lim = lim g(x, t)dt
x→a x−a x→a I
Z
= lim g(x, t)dt
x→a
ZI
= g(a, t)dt
I
Z
∂f
= (a, t)dt
I ∂x
Ainsi, F est dérivable sur J et et sa dérivée s’obtient par
R ∂f
dérivation sous le signe somme. Enfin,
′
toujours d’après le théorème 4 la fonction F : x 7−→ I ∂x (x, t)dt est continue sur J et donc F
est de classe C 1 sur J. □
Exemple 5 La fonction F donnée par
Z +∞ −t
e sin(xt)
F (x) = dt
1 1+t
est de classe C 1 sur R. En effet, considérons
f : R × [1, +∞[ −→ R
e−t sin(xt)
(x, t) 7−→ 1+t
11
Pour chaque x ∈ R, la fonction f (x, .) est continue par morceaux sur [1, +∞[ et intégrable,
puisque |f (x, t)| ≤ e−t et t 7−→ e−t est intégrable sur [1, +∞[. D’autre part, la fonction
∂f te−t cos(tx)
: (x, t) 7−→
∂x 1+t
est définie sur R × [1, +∞[, continue par rapport à x, continue par morceaux par rapport à t,
et vérifie l’hypothèse de domination sur R × [1, +∞[ , puisque
∂f te−t cos(tx)
∀(x, t) ∈ R × [1, +∞[, (x, t) = ≤ e−t
∂x 1+t
et que t 7−→ e−t est intégrable sur [1, +∞[. D’après le théorème 6, F est de classe C 1 sur R et
on a Z +∞ −t
′ te cos(tx)
∀x ∈ R, F (x) = dt
1 1+t
□
Corollaire 3 Comme pour la continuité, le théorème 6 reste vraie si l’hypothèse de domination
est vérifiée sur toute partie compacte K incluse dans J, c’est-à-dire :
∂f
∀(x, t) ∈ K × I, (x, t) ≤ φK (t).
∂x
Par récurrence, on en déduit du théorème 6, le théorème plus général suivant :
Théorème 7 Soit I un intervalle de R, et soit J une partie (non vide) quelconque de R. Soit
f : (x, t) 7−→ f (x, t) une fonction définie sur J × I. On suppose que pour chaque x de J, la
fonction t −→ f (x, t) est continue par morceaux et intégrable sur I.
On suppose de plus que f est pourvue sur J × I de dérivées partielles successives par rapport à
sa première variable x jusqu’à l’ordre n ≥ 1 (resp. à tout ordre) vérifiant ;
∂k f
1. pour chaque k ∈ [1, n] (resp. k ∈ N∗ ) et chaque x de J, la fonction t 7−→ ∂xk
(x, t) est
continue par morceaux sur I ;
∂k f
2. pour chaque k ∈ [1, n] (resp. k ∈ N∗ ) et chaque t de I, la fonction x 7−→ ∂xk
(x, t) est
continue sur J ;
3. pour chaque k ∈ [1, n] (resp. k ∈ N∗ ), il existe une fonction φk , définie, continue par
morceaux et intégrable sur I telle que,
∂kf
∀(x, t) ∈ J × I, (x, t) ≤ φk (t).
∂xk
Alors, la fonction F : x 7−→ f (x, t)dt est de classe C n sur J et
R
I
(k)
Z
∂kf
∀k ∈ [1, n], ∀x ∈ J, F (x) = (x, t)dt.
I ∂xk
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