Introduction au Droit Pénal Général
Introduction au Droit Pénal Général
Par ailleurs, le droit pénal général est un droit qui est élaboré à partir de l’observation du droit pénal
spécial pour dégager les règles fondamentales abstraites et générales qui déterminent les conditions
et les conséquences de la responsabilité pénale. Qu’on va étudier selon le plan suivant:
• ----les éléments constitutifs de l’infraction
• ----la responsabilité pénale
• ----la sanction pénale
Introduction
L’objet de ce cours est l’étude du droit pénal général qui est formé de l’ensemble des règles qui
déterminent les infractions, les peines qui leur sont applicables ainsi que les conditions de la
responsabilité pénale.
L’expression « droit pénal », entendue dans son acception la plus large, désigne la branche du droit
positif ayant pour objet l’étude de la répression par l’État des comportements de nature à créer un
trouble intolérable pour l’ordre social.
Autrement dit, le droit pénal gouverne « l’ensemble des règles ayant pour objet de déterminer les
actes antisociaux, de désigner les personnes pouvant être déclarées responsables et de fixer les
peines qui leur sont applicables ».
Aussi, le droit pénal général permet de classifier les infractions selon leurs gravités ou leurs
caractères. Il propose ensuite les éléments constitutifs de l’infraction (élément légal, matériel et
moral) sans lesquels il n’y a pas d’incrimination. Puis, il prévoit les règles de la responsabilité que
ce soit une responsabilité personnelle ou une complicité.
Cette discipline détermine les causes de l’irresponsabilité (légitime défense, état de nécessité,
contrainte, démence…) Enfin, elle étudie les règles générales de fixation des peines, leurs causes
d’aggravation, d’atténuation ou d’exonération.
Le droit pénal a pour objectif la compréhension et la lutte contre le phénomène criminel. Ce dernier
est en réalité la branche du droit qui s’intéresse aux principes généraux du phénomène criminel, à
l’étude de l’infraction, du délinquant, et du lien de causalité entre les deux (responsabilité pénale). Il
s’intéresse également à l’étude de la peine, des mesures de sûreté, etc.
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Aussi, le droit pénal protège l’ordre public et la sûreté publique ainsi que les différentes
valeurs de la société. En ce sens, l’article 17 de la nouvelle Constitution tchadienne de 2018
dispose : « Tout individu a droit à la vie, à l'intégrité de sa personne, à la sécurité, à la liberté, à
la protection de sa vie privée et de ses biens ». Cette consécration constitutionnelle dénote
l’importance du droit pénal dans l’ensemble des disciplines de droit.
Sur un autre plan, l’importance du droit pénal apparaît au niveau du procès. Un procès
civil, commercial ou administratif ne met en cause que des parties et des intérêts privés tandis
que le procès pénal fait toujours appel à la puissance publique par l’intermédiaire du parquet
(représentant de l’État) afin de défendre les intérêts de l’État ou de la nation.
Afin de délimiter le contenu de cette discipline, il est essentiel de faire la distinction entre
la matière pénale et les branches de droit privé et de soulever les nuances entre le droit pénal et
les autres disciplines voisines. Ainsi isolé, le droit pénal réunit en effet plusieurs disciplines qui
ont acquis chacune un certain degré d’autonomie. Parallèlement, le droit pénal comparé et
international, opposé au droit pénal interne reste des instruments de la science pénale dans la
mesure où il consiste à rapprocher et à comparer les différents systèmes pénaux.
Le droit pénal entretient des rapports avec les branches de droit privé surtout le droit civil, le
droit commercial et le droit des sociétés. Ces disciplines régissent des domaines spécifiques ce
qui laisse penser qu’elles ne comportent pas a priori des châtiments mais seulement des
réparations sous forme de restitution des choses ou de dommage-intérêts ou de nullité…Mais,
il arrive que ces sanctions civiles soient prononcées par le juge pénal. Par ailleurs, le droit pénal
intervient pour suppléer la sanction civile (non-paiement d’une pension alimentaire, chèque sans
provision…).
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4. Le droit pénal et ses branches traditionnelles :
Le droit pénal doit être distingué, d’une part, de la procédure pénale et, d’autre part, de certaines
autres disciplines qui ont pour objet l’étude de l’infraction.
- La distinction entre le droit pénal et la procédure pénale (instruction
criminelle d’autrefois)
Le droit pénal consiste dans l’étude des règles générales ou communes de l’infraction et les
conditions de la responsabilité pénale. Les dispositions fondamentales applicables en la matière
sont contenues principalement dans le Code pénal de 2017 ou dispersées entre de multiples codes.
La procédure pénale ou le droit pénal de forme a pour objet de fixer les règles relatives à la
recherche, à la poursuite et au jugement des auteurs d’infractions. L’intégralité de ces règles figure
dans le Code de procédure pénale de 2017. Elle a pour objet l’ensemble des techniques du procès
pénal allant de la découverte de l’infraction, de sa constatation au prononcé du verdict.
D’un autre volet, la procédure pénale étudie les règles de compétences et d’organisation
judiciaire au point de vue pénal. Plus spécialement, la procédure pénale énumère les différentes
autorités appelées à intervenir dans un procès (la police, le juge d’instruction, la chambre
correctionnelle, le parquet…)
Cette distinction ne signifie pas une séparation stricte car les deux matières entretiennent
des relations étroites. En effet, la mise en œuvre du droit pénal ne peut être appréciée
indépendamment de celle du système procédural.
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Enfants…Dans cette acception élargie, la politique criminelle est définie par M. DELMAS-
MARTY : « l’ensemble des procédés par lesquels le corps social organise la réponse au
phénomène criminel ». Il en résulte que l’objet de la politique criminelle n’est pas de définir
juridiquement les infractions mais d’inspirer le choix du législateur en dégageant les lignes
directrices de son action (renforcement de la répression, dépénalisation…) Elle peut avoir pour
objet de guider le choix des magistrats par voie de circulaire au parquet dans un secteur bien
déterminé (délinquance économique, routière…)
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La récidive peut être définie comme la situation d’un individu condamné définitivement, pénalement à une peine, qui
commet un nouvel acte de délinquance. En droit pénal, il ne s’agit pas d’une simple rechute mais d’une rechute après
une condamnation pénale devenue définitive et se produisant dans un délai déterminé. Pour protéger la société, il ne
suffit pas de punir celui qui a commis un crime mais il apparaît impératif de l’empêcher de commettre un nouveau
crime, une fois sa peine purgée.
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droit pénal général.
Le droit pénal occupe une place originale dans notre ordre juridique, en raison de son
caractère mixte, qui lui confère une véritable autonomie.
Le droit pénal est susceptible de sanctionner indifféremment la violation de règles de droit public
(Ex : la réglementation municipale relative à la tranquillité et à la salubrité publique) et de droit
privé (Ex : droit à la vie privée, la liberté de circuler). Ces arguments peuvent se regrouper selon
trois axes :
- La commission d’une infraction entraîne pratiquement une enquête et des poursuites et ce sont
bien les organes de l’Etat qui en sont chargés.
- C’est toujours au nom de l’Etat que le prévenu est poursuivi.
- La sanction pénale prononcée a pour vocation l’intérêt général et non pas l’intérêt privé de la
victime.
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6. Les fonctions du droit pénal
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La deuxième fonction est liée à l’expression des valeurs essentielles de la société. La
fonction expressive s’impose simultanément avec la répression. En même temps qu’il réprime
les atteintes contre les biens et les personnes, il exprime les valeurs essentielles de la société
comme à titre d’exemple le respect de l’autre. En effet, le droit pénal exprime les valeurs de la
société et entretient des rapports étroits avec la morale collective.
La compréhension du droit pénal positif passe nécessairement par un retour à son histoire.
En effet, le droit pénal est passé historiquement par plusieurs périodes :
- Période de la vengeance privée (antiquité primitive) : Elle est désignée par certains
spécialistes comme celle de la répression vindicative caractérisée par une absence totale de la
notion de l’État. La justice s’exerçait sous forme de vengeance. La famille ou la tribu offensée
se vengeait sur l’auteur de l’infraction ou sur un membre du groupe de celui-ci. Au sein d’un
même groupe, c’était le chef de famille qui exerçait cette justice et elle prenait souvent la forme
d’une mise à mort ou d’une expulsion.
- Période de la justice privée : La victime ou son groupe reste le bénéficiaire de la répression
mais sous le contrôle d’une autorité centrale. Des limitations aux conséquences négatives de la
vengeance privée, furent apportées. L’autorité des membres de la famille de la victime et aussi
de son chef fut tempérée qui ne pouvaient tuer les membres de l’autre famille. C’est
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L’instauration de la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». Dans cette période, on voit
l’apparition de l’abandon noxal qui signifie l’abandon par la famille de l’auteur du crime à la
famille de la victime.
- Le droit féodal (10 siècle 901 à 1000) : se caractérise par une grande hétérogénéité, l’arbitraire
et la rigueur. L’hétérogénéité s’expliquait par le fait que le droit pénal n’était pas un droit
autonome. Ce n’est qu’après 1670 que les auteurs de l’époque (Guy ROUSSEAU de
LACOMBE, Muyart de VOUGLANS…) vont commencer à mettre en ordre les différents textes
juridiques. L’arbitraire de son côté émanait du Roi ou du juge. En effet, le Roi pouvait prendre
toutes les décisions en matière judiciaire sans aucune restriction ou limitation. Il pouvait
également prendre les lettres de cachet qui étaient un moyen d’infliger directement des peines
sans intervention de la justice et parfois en l’absence de tout fait punissable. Enfin, ce système
était surtout rigoureux et inhumain. La peine de mort était fréquente, les peines
d’emprisonnement étaient très longues et disproportionnées par rapport aux degrés des
infractions commises. En outre, elles étaient accompagnées de travaux forcés pénibles, de la
torture, etc.
- La justice ecclésiastique : le droit féodal présentait des inconvénients majeurs, c’est pour cette
raison que les justiciables avaient recherchés une justice alternative. Cette justice présentait
certaines particularités liées à la qualité de la peine. Celle-ci était afflictive car elle sert à
compenser la faute commise à condition elle doit être individualisée et proportionnée à la gravité
des faits. La peine doit être aussi médicinale dans ce sens qu’elle doit sauver l’âme du fauteur ce
qui suppose des peines d’emprisonnement cellulaire favorable au repentir.
- La justice musulmane : l’islam connaissait le droit pénal. En effet, plusieurs incriminations
sont prévues par le Coran (homicide volontaire, fornication, brigandage, etc.) Les jurisconsultes
définissent et soulèvent leurs éléments constitutifs. L’infraction au sens pénal est toute atteinte à
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Autrui qui nécessairement se répercute sur la collectivité dans le sens d’un trouble à la fois
individuel, collectif et religieux. La responsabilité dans la religion musulmane suppose un esprit
saint. Des traditions prophétiques consacrent clairement la non-responsabilité du dément…
Al-hudud : ce sont des peines fixées par le Coran et qui constituent des limites à ne pas dépasser.
Exemple : le vol appelle l’ablation de la main, la fornication est réprimée par la lapidation jusqu’
à la mort pour les mariés et 100 coups de fouets pour les non mariés, etc.
Al-Qasas ou la loi du Talion: cette peine est infligée principalement par rapport à la nature de
l’infraction commise. Ex : Le crime d’homicide volontaire est puni de la peine de mort.
Le taâzir : est employé pour désigner l’ensemble de peines non prévues par le Coran ou la Sunna
et qui sont laissées à l’appréciation de l’Imam ou du juge (cadi).
Il convient de préciser que la source principale interne du droit pénal est la loi par
l’application du principe de la légalité. Mais, l’évolution de cette matière a imposé l’intervention
du règlement et l’internationalisation de cette discipline par le biais des traités et des
conventions internationales.
- La Constitution
le principe de la légalité des délits et des peines est apparu comme tellement important qu’il fut
inscrit dans de nombreuses Constitutions et dans certaines Déclarations des droits de l’Homme et
du citoyen (art. 5 et 8 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789; art. 7 de la
Convention européenne des droits de l’Homme ; art. 11-2° et 22-2° de la Déclaration universelle
des droits de l’Homme adoptée par l’ONU en 1948; Préambule et art. 23 de la Constitution
tchadienne ; art. 49 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne).
En effet, la constitution tchadienne de 2018 réaffirme son attachement à la légalité dans son
article 23 qui dispose : «Nul ne peut être arrêté ni inculpé qu'en vertu d'une loi promulguée
antérieurement aux faits qui lui sont reprochés.».
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du citoyen de 1789.
- La loi
En un sens juridique usuel, le terme « loi » désigne le texte voté par le Parlement (ou
l’Assemblée nationale seule en cas de conflit avec le Sénat), promulgué par le président de la
République et publié au Journal officiel. Cette définition recouvre la majeure partie des
dispositions pénales relevant du domaine législatif. L’exemple le plus significatif est à
l’évidence le code pénal lui-même.
Cette loi votée par le parlement est garante des droits et libertés fondamentales. Ce principe
signifie que seule la loi est normalement source du droit pénal.
- Le règlement
La notion de règlement vise l’ensemble des actes administratifs de portée générale et
impersonnelle tels que les décrets, arrêtés ministériels, préfectoraux ou municipaux.
Avec l’évolution du droit pénal, le règlement constitue aujourd’hui une source non négligeable
notamment en matière de contravention. Il s’agit ici d’une intervention du pourvoir exécutif
dans un domaine appartenant en réalité au pouvoir législatif.
La notion de règlement vise donc exclusivement les décrets pris par le Premier ministre ou par le
président de la République dans les limites de l’exercice du pouvoir réglementaire qui leur est
attribué par la Constitution.
La compétence du pouvoir réglementaire se réduit donc à définir les incriminations
contraventionnelles et à fixer les peines, dans la limite de la nomenclature légale à sa disposition
La jurisprudence pénale
Outre les sources écrites, le droit pénal puise sa source dans la jurisprudence. La jurisprudence
joue un rôle très important en matière pénale pour adapter cette dernière à l’évolution constante
et croissante de la criminalité. Le juge est amené parfois à étendre l’application des dispositions
pénales pour cerner des faits infractionnels nouveaux par rapport à l’incrimination prévue par le
législateur. En revanche, le juge n’est pas autorisé à créer de nouvelles infractions car cette
attribution relève de la compétence du législateur.
Les sources internationales : les traités et les conventions internationales
Outre les sources nationales, le droit pénal trouve ses sources dans les traités internationaux. Certes,
la matière pénale est l’une des matières les plus liées à la souveraineté de l’État. Mais, grâce au
souci de préserver les droits de l’homme et de faciliter la coopération pénale internationale, les
traités internationaux sont devenus une source essentielle. Le préambule de la constitution et du
code de procédure pénale prévoit expressément le rattachement du Tchad aux conventions
internationales.
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Première Partie : Les éléments constitutifs de l’infraction pénale
« L’infraction est un acte ou une abstention contraire à la loi pénale et réprimé par elle »2 .
Autrement dit, elle est le fait pour un individu d’enfreindre une loi pénale.
Le législateur tchadien a adopté une division tripartite de l’infraction pénale fondée sur la
gravité des infractions. Elle comprend : les crimes, les délits et les contraventions conformément
aux dispositions de l’article 16 du Code pénal tchadien. Chaque catégorie comporte trois
éléments : un élément légal, un élément matériel et un élément moral. Cette structure juridique
est largement adoptée par tous les pays y compris le nôtre.
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Article 210 du code pénal marocain.
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Titre 1 : L’élément légal de l’infraction pénale
L’élément légal de l’infraction est le texte du Code pénal prévoyant le comportement prohibé et la
sanction pénale correspondante. Il constitue ce qu’on appelle le principe de la légalité des crimes et
des peines.
Le principe de la légalité est un principe fondamental. Il signifie qu’un individu ne peut être
sanctionné si l’acte et la sanction ne sont pas expressément prévus par la loi pénale. Appliqué au
droit pénal, le principe de légalité signifie avant tout qu’un texte est exigé pour définir en des termes
généraux et par avance l’incrimination et la sanction encourue.
Le principe de la légalité constitue les fondements de la protection des libertés individuelles contre
l’arbitraire du législateur ou du juge pénal. Il s’adresse donc en premier lieu au législateur, chargé
de la production des textes pénaux. Mais également au juge pénal, appelé à appliquer la loi pénale.
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Section 1 : la signification du principe de la légalité à l’égard du législateur
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Cependant, le principe de la légalité présente certains inconvénients. En d’autres termes,
L’appréciation critique de ce principe ou son évaluation fait naître deux courants.
Selon ces auteurs, le déclin du principe légaliste est lié à plusieurs constats qui prouvent
que ce principe subit encore des atteintes.
1- La défaillance de ce principe se manifeste au niveau des définitions soit incomplètes des
infractions qui ne prennent pas l’évolution de l’acte incriminé et la personnalité du
délinquant. Soit contrairement à cela, on a d’abord reproché au principe sa rigidité, cause
de failles inacceptables dans l’œuvre répressive : puisqu’il est tenu de définir strictement
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les infractions, le législateur laisse inévitablement échapper parfois des actes inadmissibles
perpétrés par des individus astucieux.
2- L’atteinte au principe de la séparation des pouvoirs corollaire du principe légaliste se
manifeste à travers l’intervention du pouvoir réglementaire dans le domaine pénal et plus
précisément les contraventions. Dans la même perspective, les délégations du pouvoir au
profit de l’exécutif constituent une atteinte flagrante au principe légaliste suite à la
lourdeur de la machine législative.
3- Ce principe est battu en brèche depuis l’émergence des autorités administratives
indépendantes et certains établissements publics. Exemple, l’internement administratif, les
sanctions fiscales ou amendes… constituent un signe du déclin de ce principe.
Le principe de légalité criminelle emporte deux conséquences pour le juge pénal. D’une part, il lui
est interdit de créer des incriminations et des peines. D’autre part, lorsqu’il est amené à interpréter la
loi pénale, il lui incombe de procéder à une interprétation stricte de celle-ci.
Le juge pénal ne peut pas créer des infractions. Si un fait n’est pas qualifié en droit, c’est-à-dire s’il
n’est ni crime, ni un délit, ni une contravention, aucune peine ne peut être prononcée. Autrement dit,
le juge répressif ne peut prononcer de condamnation que si le fait poursuivi constitue une infraction
pénale.
De plus, si les faits constituent une infraction, le principe de légalité impose au juge de procéder à
l’exacte qualification des faits (par exemple : le fait de conduire malgré l’invalidation du permis de
conduire résultant de la perte des points ne constitue pas le délit de conduite malgré
l’annulation du permis mais la contravention de conduite sans permis, de sorte que le prononcé
d’une peine d’emprisonnement n’est pas possible).
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Paragraphe 2 : L’obligation d’interpréter strictement la loi pénale
transport. La Cour de cassation française a estimé que la loi sur la filouterie d'aliment ne pouvait
être étendue. Il a fallu attendre 1926 pour que ce délit soit incriminé. Exemple 2 : La décision de
la Chambre criminelle de la haute instance du 24 novembre 1983 a jugé que le retrait d'un
distributeur automatique de billets de banque, par le titulaire d'une carte magnétique, d'une
somme d'argent excédant le montant de sa provision disponible de son compte bancaire, s'analyse
en l'inobservation d'une obligation contractuelle et n'entre dans les prévisions d'aucun texte
répressif.
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Le délit de filouterie consiste pour son auteur à laisser sa victime lui remettre des biens ou services, alors qu’il sait ne
pas pouvoir le payer en retour ou qu’il ne compte tout simplement pas le faire.
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- L’interprétation téléologique : attribue une importance à la volonté déclarée ou présumée du
législateur lorsqu’il existe une incertitude sur la portée d’un texte pénal. Selon cette méthode, le
juge ne doit pas chercher la solution la plus favorable à l’inculpé mais la volonté exacte du
législateur. Exemple : le vol, étant défini comme la « soustraction frauduleuse de la chose d'autrui »,
pouvait-il recouvrir le vol d'usage ? La volonté du législateur était de protéger tous les attributs du
droit de propriété. Cette définition concerne donc le vol d'usage.
-L’interprétation littérale : le juge doit s’attacher exclusivement à la lettre de la loi. Il doit s’appuyer
sur le syllogisme et le raisonnement à contrario. Exemple : le Code pénal réprime le viol d’un
homme contre une femme. Il en résulte selon cette méthode qu’une femme ne peut pas violer un
homme.
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Le système pénal tchadien opte pour une méthode logique libre et l’interprétation littérale. Le
principe reste l’interprétation stricte de la loi pénale. Une loi claire devrait être appliquée
systématiquement. Si les éléments de l’espèce ne correspondent à aucune infraction, le juge
devrait relaxer ou acquitter. En revanche, quand le texte est obscur, le juge devrait chercher
l’intention du législateur (travaux préparatoires de la loi) sans oublier les principes généraux de
droit.
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Chapitre 2 : Le champ d’application de la loi pénale
L’application de la loi pénale soulève deux sujets fondamentaux : il s’agit d’étudier la loi
pénale dans le temps et dans l’espace.
Corollaire du principe « nullum crimen, nulla poena sine lege 4» et de l’interprétation stricte de la
loi pénale, la règle de la non-rétroactivité empêche l’application d’une loi pénale à une infraction
commise antérieurement à son entrée en vigueur.
Appliquer une loi pénale à des faits antérieurs équivaudrait à réprimer ces faits sur la base d’une loi
qui n’existait pas lors de leur commission, au mépris du principe de légalité qui suppose la
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Cette expression latine pourrait être traduite en français par : il ne peut y avoir aucun crime ni aucune peine sans
qu’une loi ne le prévoit.
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préexistence de la norme pénale à l’infraction. Le principe de la non-rétroactivité de la loi pénale est
donc, au même titre que le principe de de légalité criminelle dont il est un corollaire, une garantie
pour la liberté des individus.
Toutefois, ce principe de non-rétroactivité n’est pas absolu et ne commande pas le champ
d’application de toutes les nouvelles normes pénales. En effet, puisqu’il a pour but la protection
du citoyen, il n’est applicable qu’aux lois plus sévères, soit qu’elles créent une nouvelle
infraction, soit qu’elles aggravent sa répression.
Le principe de la non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère signifie que la loi pénale nouvelle ne
peut réprimer des actes qui n’étaient pas punis ou qui étaient punis moins sévèrement au moment de
leur commission. La loi plus sévère s’applique donc exclusivement aux faits commis à partir de sa
date d’entrée en vigueur et les faits antérieurs même non définitivement jugés restent régis par la loi
ancienne.
Lorsque deux lois se succèdent dans le temps pour assurer différemment la répression d’une
infraction, celle qui était en vigueur au moment des faits doit recevoir application si ses dispositions
sont plus douces. Autrement dit, si la loi nouvelle plus sévère ne rétroagit pas, l’ancien texte n’en
continue pas moins de s’appliquer aux faits commis avant l’entrée en vigueur de la loi nouvelle, car
l’infraction reste punissable.
b) le principe de la rétroactivité de la loi pénale la plus douce
Le principe de la rétroactivité de la loi plus douce, encore appelé « rétroactivité in mitius » signifie
que la loi pénale nouvelle plus douce s’applique à tous les faits qui lui sont antérieurs et toutes les
situations pendantes devant les juridictions. La règle vaut en première et en seconde instance comme
pour les affaires portées devant la Cour de cassation. Bien que cette dernière ne puisse être
considérée comme un troisième degré de juridiction, la règle se justifie tant bien que mal par l’effet
suspensif du pourvoi.
En effet, une loi nouvelle est considérée comme plus douce lorsqu’elle abroge une incrimination ou
ajoute à celle-ci des éléments, lorsqu’elle institue une nouvelle cause d’irresponsabilité pénale,
supprime une circonstance aggravante ou déclasse un crime en délit ou un délit en contravention. Il
en est de même lorsque la loi supprime une peine ou réduit la durée de celle-ci, ou modifie sa nature
(par exemple, l’amende remplace l’emprisonnement)
Le principe général est que dès leur entrée en vigueur, elles sont considérées comme d’application
immédiate, même s’agissant d’infractions commises avant leur entrée en vigueur et même si elles
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peuvent paraître plus sévères que les règles antérieurement en vigueur.
En principe, la loi nouvelle rétroactive modifie la situation établie sous l’empire d’une loi antérieure
et supprime donc les effets des actes déjà accomplis. L’adoption d’une telle solution pour les lois de
procédure entraînerait des difficultés insurmontables puisque cela signifierait qu’il faudrait
recommencer les procédures depuis le début. La solution retenue pour les lois de forme nouvelles
est celle de l’application immédiate : la loi ancienne continue de s’appliquer aux actes accomplis
lorsqu’était en vigueur, la loi nouvelle s’applique uniquement aux situations en cours. Dès lors, les
actes accomplis durant un procès peuvent être régis par deux textes. Jusqu’à l’adoption de la loi
nouvelle, la loi ancienne régit les premiers actes effectués. L’adoption d’une nouvelle loi ne remet
pas en cause leur validité, mais les actes ultérieurs sont soumis à cette loi nouvelle.
Les règles relatives au champ d’application dans le temps des lois de forme, issues de la
jurisprudence, ont pour l’essentiel été reprises dans le nouveau code pénal.
Ce principe est toutefois assorti d’exceptions pour les lois de forme relatives à l’exécution des
peines, de sorte que leur régime est proche de celui applicable aux lois de fond.
A. les lois de compétence et d’organisation judiciaire
Ces lois sont applicables immédiatement à la répression des infractions commises avant leur entrée
en vigueur, à condition qu’un jugement sur le fond, n’ait pas été rendu en première instance.
La loi qui crée ou supprime une juridiction est ainsi immédiatement applicable à toutes les
infractions, même à celles commises antérieurement à l’entrée en vigueur de la loi, pourvu qu’un
jugement sur le fond n’ait pas encore été rendu en première instance. Il en est de même si une loi
déclasse un crime en délit ou, au contraire, criminalise un délit, de sorte que l’infraction ressort de la
compétence d’une autre juridiction pénale : la loi nouvelle est immédiatement applicable même si
l’instruction a débuté ou si la juridiction de jugement a été saisie.
B. les lois fixant les modalités des poursuites et les formes de la procédure
Les lois nouvelles de procédure, qui sont relatives au déroulement du procès pénal, s’appliquent à la
poursuite et au jugement des infractions commises avant qu’elles n’aient été promulguées, même si
l’instance est déjà engagée lors de leur promulgation, pourvu bien évidemment qu’une décision
définitive n’ait pas encore été rendue.
Le code pénal considère que la loi nouvelle intervenant dans ces domaines, comme par exemple une
loi modifiant le déroulement de l’instruction ou les conditions de mise en détention provisoire est
immédiatement applicable. En d’autres termes, les actes de procédures sont effectués
conformément à la loi applicable lors de leurs accomplissements.
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C. les lois relatives au régime d’exécution et d’application des peines
Les lois relatives au régime d’exécution et d’application des peines5 ont été traditionnellement
considérées comme immédiatement applicables par la jurisprudence. Cependant, le Code pénal a
profondément modifié les règles relatives au champ d’application des lois relatives à l’exécution
des peines, de sorte que leur régime se rapproche de celui des lois pénales de fond.
D. les lois relatives à la prescription de l’action publique et à la prescription des peines
Les lois nouvelles modifiant les délais des prescriptions ou leur point de départ sont sans effet sur
les prescriptions déjà acquises lors de leur entrée en vigueur. Lorsque les prescriptions ne sont pas
acquises, c’est-à-dire lorsque le délai de prescription n’est pas expiré, les lois relatives à la
prescription de l’action publique (le délai à l’expiration duquel les poursuites ne sont plus possibles)
et à la prescription des peines (le délai à l’expiration duquel l’exécution d’une peine n’est plus
possible) sont immédiatement applicables
L’application de la loi dans l’espace est soumise au principe de la territorialité. Ainsi, Le droit pénal
tchadien s’applique bien entendu aux infractions commises sur le territoire tchadien. Le territoire est
pris dans son sens large. Outre l’espace terrestre, maritime et aérien, il comprend selon l’article 6 du
Code pénal tchadien les navires et les aéronefs quel que soit l’endroit où ils se trouvent, sauf s’ils
sont soumis en vertu du droit international à une loi étrangère.
1. les principes envisageables
Pour déterminer le champ d’application spatial du droit pénal, l’utilisation de critères est
indispensable. Selon celui que l’on choisit, quatre systèmes sont envisageables :
a) le principe de la territorialité de la loi pénale : compétence territoriale de la loi
pénale
Le critère choisi est celui du territoire. Selon ce système, la loi pénale d’un Etat s’applique aux
seules infractions commises sur le territoire de cet État, quelle que soit la nationalité de l’auteur de
la victime. Dès lors que l’infraction est commise ou tentée totalement ou en partie sur le territoire
national, la loi pénale de cet État est compétente. Par contre, si l’infraction est commise à l’étranger,
la loi pénale n’est pas applicable, même si l’auteur ou la victime de l’infraction est un national ou si
la nature de l’infraction porte atteinte aux intérêts de l’Etat ;
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Le recouvrement des amendes, les conditions d’exécution des peines privatives de liberté, le sursis, l’ajournement du
prononcé de la peine, les permissions de sortir, la libération conditionnelle…
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b) le principe de la personnalité de la loi pénale : compétence personnelle de la loi
pénale
Le troisième critère est celui de l’infraction elle-même. La loi pénale s’applique alors, compte tenu
des intérêts interrogés, quel que soit le lieu de la commission de l’infraction, quelle que soit la
nationalité des personnes impliquées. L’intérêt d’un tel critère est qu’il tend essentiellement à
protéger l’ordre public national. Il a pour objectif de défendre les intérêts essentiels de l’Etat, par
exemple pour lutter contre la fabrication de fausse monnaie. Le système de la réalité apparaît donc
ici comme une application du système de personnalité passive, la victime étant finalement l’Etat lui-
même.
d) le principe de la compétence universelle de la loi pénale
Quel que soit le lieu de commission de l’infraction, quelle que soit la nationalité de l’auteur de
l’infraction, quelle que soit la nature de l’infraction, si le coupable est localisé, il doit être arrêté.
L’État de l’arrestation doit alors soit juger l’auteur de l’infraction selon sa propre loi pénale, soit
l’extrader : aut dedre aut punire, extrader ou punir. La répression est alors universelle.
2. les principes applicables
À l’image du Code pénal, il est utile de distinguer les infractions commises sur le territoire de la
République de celles commises hors de ce territoire.
a) les infractions commises au Tchad : l’application de du principe de la territorialité
La loi pénale tchadienne est applicable à toute infraction commise sur le territoire tchadien.
La référence au principe de territorialité est clairement affirmée par le Code dans son article 6-1 qui
dispose : « La loi pénale s’applique à tout fait constitutif d’infraction commis sur le territoire
national ». La notion de territoire national est assez large puisqu’elle comporte les navires et les
aéronefs immatriculés dans la République du Tchad (article 6).
Par ailleurs, l’article 7 du Code pénal indique que l’infraction est réputée commise au Tchad dès
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lors qu’un de ses faits constitutifs a eu lieu sur le territoire de la République.
b) les infractions commises hors du territoire de la république
La loi pénale tchadienne peut s’appliquer lorsque l’infraction est entièrement commise à l’étranger,
dès lors que l’auteur ou la victime de l’infraction possède la nationalité tchadienne.
L’article 8 du Code pénal tchadien prévoit des cas de compétence personnelle active de la loi
pénale tchadienne « La loi pénale s’applique aux faits commis à l’étranger par un Tchadien ou par
un résident, à condition que ces faits soient punissables par la loi du lieu de leur commission et
soient qualifiés crimes ou délits par les lois de la République ».
L’intérêt du système de la personnalité active est double ; d’une part, il s’agit de lutter contre la
dangerosité d’un criminel de nationalité tchadienne ; d’autre part, et sauf exception, le Tchad
n’extrade pas ses nationaux pour qu’ils soient jugés à l’étranger, de sorte que l’auteur tchadien
d’une infraction commise à l’étranger et retournant au Tchad après son méfait ne pourrait pas en
pratique être jugé à l’étranger.
La première condition est celle de la nationalité de l’auteur de l’infraction. S’il est Tchadien, la loi
pénale tchadienne est applicable.
La deuxième condition, tient à la nature de l’infraction. L’auteur doit avoir commis, au regard du
droit tchadien, un crime ou un délit (pas une simple contravention) et s’agissant d’un délit, encore
faut-il que celui-ci soit également réprimé par la loi pénale du pays dans lequel le délit a été
commis, selon le principe de la double incrimination ou de la réciprocité législative
Le principe légaliste interdit qu’un comportement soit réprimé s’il n’entre pas dans les
prévisions d’un texte pénal. Le premier devoir des magistrats qui connaissent des affaires
pénales est de s’assurer que les faits sont qualifiables pénalement. En d’autres termes, la
qualification consiste à apprécier le caractère répréhensible et de déterminer le régime juridique.
Il s’agit de rapprocher la règle de droit aux faits matériels.
Le problème qui se pose est celui de savoir s’il faut appliquer un seul des textes en
conflit et lequel ou tous ceux susceptibles de l’être ?
Le choix de la qualification n’est pas toujours évident car il arrive que plusieurs textes
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paraissent s’appliquer à une même infraction. Cette situation mérite de distinguer : le concours
réel d’infraction et le concours idéal de qualification.
Le concours ou le cumul idéal de qualification suppose qu’un acte est susceptible de plusieurs
qualifications. Dans ce cas, il convient de choisir une seule qualification par l’application de
l’article 406 du Code pénal tchadien: « Le fait unique susceptible de plusieurs qualifications doit
être apprécié suivant la plus grave d’entre elles ».
6
Article 40-1 « Au cas où un individu fait l’objet d’une même poursuite pour plusieurs crimes ou délits ou
contraventions connexes, seule la peine encourue la plus sévère est prononcée ».
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Exemple1 : un même fait peut tomber sous le coup d’une qualification générale et d’une
qualification spéciale. C’est alors la seconde qui prévaut. Un assassinat évince celui qui réprime
l’infraction simple (meurtre).
Mais, cette règle ne doit pas être confondue avec une autre technique adoptée par le Code
pénal qui consiste à donner une qualification propre à deux infractions commises simultanément.
Exemple 1 : le meurtre aggravé par la commission d’un autre crime ou la sanction est la peine de
mort. Exemple 2 : le vol accompagné de menaces ou port illégal d’uniforme est considéré
comme une seule infraction : le vol aggravé.
Toutefois, les infractions jugées dans des procès différents risquent de poser des
problèmes. Il en est ainsi dans le cas où une infraction a été jugée et l’on découvre une deuxième
infraction. La deuxième juridiction saisie peut prononcer une deuxième condamnation sans que
la peine dépasse le maximum de l’une ou de l’autre infraction.
En revanche, si les peines privatives de liberté sont de même nature, le juge par décision
motivée peut décider le cumul en utilisant la confusion des peines. Exemple : dans le premier
procès, une infraction est passible de 3 mois à 2 ans, la peine prononcée est de 2 ans.
Parallèlement, une deuxième infraction est passible de 2 à 5 ans. Dans ce cas, le juge peut
ajouter 3 ans à 2 ans pour obtenir le maximum qui est de 5 ans. Dans tous les cas le juge ne peut
en aucun dépasser les limites du maximum prononcé pour l’infraction la plus sévèrement
sanctionnée.
26
Chapitre 3 : L’absence de l’élément légal (les faits justificatifs)
Les faits justificatifs sont des causes objectives de non responsabilité par rapport aux
causes subjectives (démence, minorité qui vont être étudiées dans le cadre de la responsabilité
pénale). Ils anéantissent l’élément légal et enlèvent l’acte criminel son élément légal. Leurs
applications entraînent un conflit de loi dans des hypothèses ou un fait puni par un texte se
trouvait autorisé par un autre (exemple : usage d’une arme par la police).
Ils peuvent être regroupés sous plusieurs rubriques : l’accomplissement d’un devoir et
l’exercice d’un droit et la légitime défense puis l’état de nécessité et le consentement de la
victime. Ces causes produisent non seulement l’absence de la responsabilité mais également de
l’infraction.
L’article 67 du Code pénal pose le principe selon lequel : «La responsabilité pénale ne
peut résulter d’un acte commandé par l’autorité légitime, sauf si l’ordre est manifestement
illégal».
Une loi peut déroger une loi, le législateur est seul compétent pour créer des infractions,
il doit être seul compétent pour les justifier. Très souvent cet ordre est donné à une autorité
légitime c'est-à-dire investie de pouvoirs politiques et juridiques. Le Code pénal fait obligation
aux médecins et à toutes personnes intervenant dans le domaine de la santé publique ou qui par
fonction, détient des secrets professionnels de ne les révéler que dans les cas exigés par la loi..
D’autres situations, sont prévues par la loi et qui peuvent être prises dans l’intérêt du procès
pénal : la garde à vue, détention préventive ou provisoire, perquisition, les écoutes
téléphoniques… Exemple : le juge qui dans le cadre de ses pouvoirs décerne un mandat de
dépôt ne se rend pas coupable de séquestration arbitraire.
27
Le commandement de l’autorité légitime appelle certaines précisions dans la mesure où il
n’est pas fréquent que la loi s’adresse directement à celui qui va exécuter son ordre. Trois
situations peuvent se présenter :
Situation 1 : l’ordre de la loi émanant de l’autorité légitime c'est-à-dire, celle investie du pouvoir
légitime de gouverner. Il s’agit toujours d’une autorité publique et non privée. Cette légitimité
résulte d’une reconnaissance publique ou démocratique. Il convient de préciser que la légitimité
de l’autorité est une condition essentielle de la légitimité de l’ordre émanant de celle-ci et aussi
une garantie aux droits et libertés fondamentales des citoyens.
Situation 2 : l’ordre de la loi sans le commandement de l’autorité légitime : cette hypothèse
suppose l’absence de hiérarchie ou d’intermédiaire entre l’agent doté de fonctions judiciaires et
la loi. En d’autre terme, l’ordre de la loi suffit pour justifier les mesures attentatoires à la liberté
dans l’intérêt du bon déroulement du procès pénal. Les cas souvent cités pour cette hypothèse
sont celui du juge qui n’a aucun ordre à recevoir pour autoriser une arrestation ou une rétention.
Situation 3 : le commandement de l’autorité légitime sans l’ordre de la loi : C’est le cas
lorsqu’une autorité légitime (supérieur hiérarchique) ordonne un acte illégal ou ne rentrent pas
dans ses compétences. Est-ce que cet ordre est un fait justificatif ?
Sur la question, la doctrine n’est pas unanime. Une première opinion dite « d’obéissance
passive », considère l’exécution par le subalterne comme obligatoire et par conséquent un fait
justificatif. Une deuxième opinion appelée « baïonnette intelligente » affirme au contraire, la
nécessité pour l’exécutant de vérifier la conformité de l’ordre à la légalité. Seulement, dans ce
cas, les auteurs distinguent deux cas de figures :
- Le cas de l’illégalité manifeste, l’exécutant doit s’abstenir du fait (exemple : ordre de
modification ou de falsification de documents et des pièces de preuve…)
- Le cas de la légalité apparente : l’exécutant n’a pas les moyens de vérifier la légalité de
l’ordre ou la compétence du supérieur. Celui qui exécute reste couvert par le fait
justificatif.
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effet, la jurisprudence pénale à sa tête la Cour de cassation n’accorde de vertu justificative à un
ordre illégal ou manifestement illégal. Toute illégalité de l’ordre de son supérieur hiérarchique
devrait être décelée par les fonctionnaires ou les différents collaborateurs de justice investis d’un
pouvoir d’arrestation et de rétention. L’importance de leur responsabilité leur donne le droit de
déceler les ordres qui leurs sont adressés. Evidemment, la capacité de l’intéressé à ne pas exécuter
un ordre attentatoire à la liberté individuelle dépend beaucoup de sa position hiérarchique mais
sans doute aussi de la nature même de la hiérarchie à laquelle il appartient.
Deux courants doctrinaux justifient la légitime défense. Le premier est subjectif car il
prend en compte la psychologie de l’agent attaqué. L’instinct de conservation oblige la victime
d’une agression à riposter. Le second courant fait état d’une situation objective liée au cas
d’urgence et d’absence de protection par la société au moment de l’agression.
En revanche, l’appréciation de la légitime défense devant les instances judiciaires est très
restrictive. La mise en œuvre de ce fait justificatif nécessite la réunion de plusieurs conditions.
-L’agression doit être certainement suffisamment grave pour justifier une riposte contre
l’atteinte corporelle ou sexuelle. Il faut que la vie ou l’intégrité de la personne soit suffisamment
en danger. La jurisprudence rejette la légitime défense concernant les atteintes à l’honneur
(injures, diffamations). Dans la même ligne, la jurisprudence retient la défense des biens mais
avec beaucoup de réserves.
29
-L’agression doit être actuelle ou au moins imminente de façon à ne pas permettre à la personne
de s’enfuir et se mettre sous la protection des autorités publiques. Ce qui suppose évidemment
qu’un certain temps ne doit pas s’écouler entre l’agression et la défense afin d’exclure la
vengeance.
- L’agression doit être injuste et ne pas être autorisée par la loi. L’arrestation en tant que
contrainte exercée par l’agent de police ne justifie pas la réaction violente de la personne arrêtée
car elle constitue en elle-même une infraction pénale.
- La défense ne doit pas précéder l’agression qui s’apprécie en fonction des faits objectifs et de
l’état réel auquel est trouvée la victime. Le juge doit s’assurer que la légitime défense n’est pas
putative et qu’il n’existe que dans l’imaginaire de celui qui la prétend.
- La défense doit être nécessaire : la question se ramène en pratique de savoir s’il y a
véritablement urgence car la défense n’est pas légitime si un appel aux autorités était possible.
Cela signifie l’inexistence d’autres alternatives pour éviter les conséquences de la défense
(exemple : la fuite). Cette question est très discutée en doctrine est celle de savoir si la riposte
est justifiée quand la fuite était possible. Contrairement à la tendance doctrinale favorable à la
fuite, la Cour de cassation marocaine n’avait pas retenu ce critère dans sa décision n° 4200 du 26
novembre 1997, dossier n° 94/14936.
- La riposte doit être actuelle ou concomitante à l’agression. La victime qui ne réagit pas
immédiatement pour se défendre contre l’agression constitue une infraction réprimée par le
Code pénal.
- Elle doit être proportionnelle à l’agression ce qui ne manque pas de soulever des difficultés
que le juge pénal doit examiner en fonction des faits. A titre d’exemple, il a été jugé normal le
fait de tirer sur un cambrioleur escaladant le mur d’une maison. Par contre, il été jugé excessif
de tirer au revolver sur celui qui il a giflé ou de frapper à talons aiguille alors qu’il était en passe
d’être maîtrisé par des témoins qui étaient présents et approximativement à côté de l’évènement.
Il a été jugé également que le fait de casser le bras d’un enfant mineur qui menace de jeter des
pierres sur un passant..
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est que la légitime défense paraît supposer une riposte personnelle, consciente et réfléchie.
L’état de nécessité peut être défini comme la situation dans laquelle se trouve une
personne qui, pour sauvegarder un intérêt supérieur, n’a d’autre ressource que d’accomplir un
acte défendu par la loi pénale. Il permet à une personne de commettre une infraction lorsque
celle-ci est nécessaire pour éviter la réalisation d’un dommage aussi grave ou plus grave que
celui qui résultera de l’infraction. Exemple : un passager qui casse la porte d’un parking pour
éteindre le feu qui a commencé à ravager une partie de ce parking.
1- L’existence d’un danger réel : il faut un danger imminent et actuel et non éventuel.
Exemple 1 : il a été jugé nécessaire l’infraction de construction sans permis commise par
une personne pour loger sa famille (Tribunal correctionnel de Colmar, décision du 27
avril 1956). Exemple 2 : la dégradation commise par une personne mal logée pour
s’introduire dans un appartement d’un office (habitation à loyer modéré, décision du
tribunal correctionnel de Paris, 28 novembre 2000). Peu importe la nature de ce danger
(physique, matériel…) Exemple : Il est en état de nécessité, l’auteur qui pour éteindre
l’incendie de sa maison, pénètre par effraction chez son voisin pour appeler les pompiers.
31
2- Il faut que le danger soit irrésistible et imprévisible troublant complètement la volonté de
l’auteur de l’infraction. Autrement dit, l’origine du danger doit émaner d’un événement
extérieur et non pas de la faute de l’auteur des faits. Exemple : Le tribunal correctionnel
de Rennes a refusé l’état de nécessité à propos d’un chauffeur de poids lourd qui s’étant,
par sa faute, aventuré sur un passage interdit, avait fracturé les barrières pour échapper à
l’arrivé du train (décision du 12 avril 1954).
3- La réaction doit être nécessaire et proportionnée : la commission de l’infraction doit être
nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien. Auparavant, les décisions
jurisprudentielles faisaient preuve de moins sévérité, en admettant la justification lorsque
l’infraction était : « le meilleur moyen » d’éviter le péril. Ultérieurement, la
jurisprudence s’est rattrapée, l’état de nécessité n’est admis que si l’auteur n’a aucune
autre alternative ou solutions que de commettre l’infraction pour mettre fin au danger.
32
L’auteur des faits. Contrairement, dans certains pays comme la Belgique ou les Pays-Bas la
déclaration du patient atteint d’une maladie incurable pour mettre fin à sa vie constitue un
élément parmi d’autre de l’impunité pénale du médecin qui va pratiquer l’euthanasie.
Il est vrai que certaines infractions disparaissent lorsque leur victime directe est consentante.
Dans ce cas, ces infractions s’effacent non pas en vertu d’un fait justificatif tiré du consentement
mais en raison que l’infraction en question comprend, parmi ses éléments constitutifs le
consentement. Exemple : le vol suppose la possession de la chose sans le consentement de son
propriétaire. A contrario, le consentement de ce dernier enlève à l’incrimination son caractère
délictueux parce qu’il y’ a une imperfection de l’élément matériel.
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Titre 2 : L’élément matériel de l’infraction pénale
Cependant, ce principe connaît des assouplissements et doit être entendu dans le sens du
rétrécissement. En effet, sous un angle préventif, le législateur est venu à prévoir l’incrimination
d’actes ou de situations d’état dangereux dans les phases préparatoires à condition qu’ils soient
ostensibles. Exemple : menaces de mort, association de malfaiteurs, fabrication de faux…
34
Chapitre 1 : l’élément matériel dans les infractions consommées
Le droit pénal ne sanctionne pas la simple intention criminelle. Il faut que celle-ci s’extériorise par
un acte matériel. Il faut alors un acte ou un fait. L’accomplissement de l’élément matériel peut être
intégral, dans ce cas, l’infraction est consommée. Il peut être également interrompu ou infructueux,
dans ce cas on parle de l’infraction non consommée.
Le droit pénal ne sanctionne pas l’intention de commettre l’infraction, mais sanctionne un acte ou
un fait extérieur. L’acte constituant l’élément matériel peut être soit une action soit une omission,
c’est-à- dire un acte positif ou une abstention (négatif). Le législateursanctionne aussi bien le fait de
faire que le fait de laisser faire. Il convient de distinguer généralement, les infractions de
commission, lesinfractions d’omission et les infractions de commission par omission.
35
L’infraction d’omission consiste à ne pas faire ce que la loi impose. Il s’agit alors d’un acte négatif,
une abstention. Ainsi, par exemple : le fait de ne pas porter secours à une personne en danger.
Ces infractions découlent d’une obligation de solidarité. Il faut aider son prochain en situation
de danger. Ce comportement moral signifie qu’il n’est pas possible de se désintéresser du sort
malheureux d’autrui.
Les infractions d’omission sont des comportements pénaux passifs. Par nature, une infraction
d’omission sanctionne le non-respect d’une obligation de faire. Cette obligation est imposée
préalablement par la loi. Les cas d’application des infractions d’omission prévues par le Code
pénal sont, à titre d’exemple : l’omission de témoigner en faveur d’un innocent.
Les infractions de commission par omission constituent une catégorie discutable: est-ce que le
résultat provoqué par une action positive peut provenir d’une omission?
En principe un délit de commission ne peut pas résulter d’une omission sauf si la loi l’a
expressément prévu. On applique ici le principe de l’interprétation stricte de la loi pénale. En
revanche, si le texte d’incrimination n’envisage pas l’omission, l’infraction de commission ne peut
être réalisée par un acte négatif. Ainsi, la non-assistance à une personne en danger constitue un délit
d’omission autonome et non pas un délit de commission par omission. Par conséquent celui qui ne
porte pas secours à une personne en danger n’est pas puni comme auteur d’un meurtre ou de coups
et blessures volontaires. Le droit pénal tchadien reste réticent7 à cette catégorie d’infraction.
D’après l’élément matériel, les infractions peuvent être classées selon plusieurs catégories. Ces
classifications ont des conséquences remarquables, pratiques et importantes.
7
Ne manifeste pas ouvertement sa pensée sur ce sujet.
36
pluralité d’actes?
L’infraction simple (ou d’occasion) est constituée d’un acte matériel de commission ou
d’omission unique et isolé.
Autrement dit, 'infraction simple est une infraction dont la consommation suppose
l'accomplissement d'un acte unique. La plupart des infractions sont des infractions simples :
exemple : le vol qui nécessite un seul acte de soustraction frauduleuse, la diffamation etc.
l’infraction complexe nécessite une pluralité d’actes matériels de nature différente qui
Concourent à un but identique. Exemple : l’escroquerie nécessite l’usage de faux, des manœuvres
frauduleuses... L'infraction ne sera considérée comme accomplie que si les deux actes ont été
consommés et que la remise de la chose à l'escroc par la victime a été effectuée.
deux actes de même nature par une même personne. L'infraction ne sera consommée qu'au moment
où le deuxième acte sera accompli. L’habitude est un élément de la consommation ou un élément
constitutif de l’infraction. Il ne faut pas la confondre avec la récidive qui se définit par la répétition
des faits criminels après une décision de justice ayant acquis l’autorité de la chose jugée. La
jurisprudence fixe l’habitude au nombre de deux actes successifs mais ne dit rien sur le délai qui
doit séparer les actes. Exemple : l’exercice illégal de la médecine.
L’infraction instantanée s’exécute en un trait de temps peu importe qu’il s’agisse d’une
action ou d’une omission. Elle est consommée en un instant. C’est l’exemple du vol et du meurtre.
L’infraction continue ou successive est l’infraction qui suppose une action ou une omission
qui se prolonge dans le temps en raison de la volonté constante de l’auteur. Exemple l’abandon de
famille, la séquestration. Il faut la distinguer de l’infraction continuée. Cette dernière est une
infraction instantanée par sa nature mais présente les caractères d’une infraction continue car elle est
répétée par des actes successifs. Ainsi par exemple, le vol d’électricité par un branchement
clandestin est un délit instantané consommé chaque jour. L’infraction continuée est soumise au
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régime de l’infraction continu si bien que son auteur est sanctionné par une seule peine
L’infraction est dite matérielle lorsqu’un résultat est exigé pour sa consommation. L’infraction est
consommée par la réalisation du dommage. C'est pourquoi on l'appelle aussi « infraction de résultat
». Le résultat est un élément même de l’infraction. Par exemple, l’homicide volontaire n’est
consommé que par la mort de la victime. La plupart des infractions sont des infractions matérielles.
Une infraction est dite formelle lorsqu’elle existe indépendamment de tout résultat. L’acte est
incriminé par lui-même.
Cette infraction est consommée par le seul accomplissement de l'acte incriminé, même s'il n'a
commis aucun dommage. On parle aussi d'« infraction de moyen ». Ces infractions sont réprimées
indépendamment du résultat éventuel. Les plus connues des infractions formelles sont la corruption,
l’empoisonnement etc.
L’infraction est dite obstacle lorsque sa sanction tend à empêcher (à faire obstacle à) la commission
d’une infraction plus grave.
Par ailleurs, lorsque le résultat recherché par l’auteur de l’infraction obstacle est effectivement
atteint, plusieurs situations peuvent être distinguées. Soit l’infraction obstacle disparaît (la menace
de mort se concrétise et devient homicide volontaire), soit les deux infractions sont constituées
(menaces et violences). Il arrive également que l’infraction obstacle devienne la circonstance
aggravante de l’infraction : la conduite en état alcoolique est une circonstance aggravante de
l’homicide involontaire de même de l’association de malfaiteurs.
38
Chapitre 2: l’élément matériel dans les infractions non consommée
Section 1 : la tentative
L’article 78 du code pénal tchadien prévoit la tentative « constitue une tentative et est considéré
comme le crime ou le délit lui-même, tout acte tendant à l’exécution d’un crime ou d’un délit et
démontrant sans équivoque l’intention irrévocable de son auteur de commettre l’infraction, s’il n’a
pas été volontairement suspendu ou s’il n’a manqué son effet que par des circonstances
indépendantes de la volonté de son auteur. La tentative est punissable alors même que le but
recherché ne pouvait être atteint à raison d’une circonstance de fait ignorée de l’auteur. L’acte
préparatoire, à lui seul, ne constitue pas une tentative au sens pénal du terme ».
Pour que la tentative soit punissable, l’article 78 du code pénal tchadien pose deux conditions
cumulatives: d’une part, le commencement d’exécution, d’autre part, l’absence de désistement
volontaire.
a. Le commencement de l’exécution
Il faut comprendre alors que la tentative n’est punissable que si l’auteur passe à l’acte en
extériorisant son intention par des agissements. Sont exclus alors la simple intention criminelle et
les actes préparatoires. Ces derniers ne sont pas punissables sur le plan de la tentative mais peuvent
donner lieu à des infractions autonomes (association de malfaiteurs par exemple). La difficulté
réside néanmoins dans la distinction entre le commencement d’exécution et les actes préparatoires.
Il n’y a pas de tentative punissable si le processus criminel est interrompu au cours de la phase de
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préparation de l’infraction. Cette solution est tout à fait justifiée pour deux raisons. En premier lieu,
un acte préparatoire est par nature équivoque : on peut acheter une arme pour commettre un meurtre,
mais également pour se protéger, aller à la chasse…En second lieu, entre un acte préparatoire et la
commission de l’infraction, le délinquant peut revenir sur son intention criminelle.
Parfois, la distinction entre les deux est délicate à cerner. Selon les juridictions pénales, il y’a
commencement d’exécution lorsque « l’acte tend directement au délit » ou « doit avoir pour
conséquence directe et immédiate de consommer le crime, celui-ci étant entré dans sa période
d’exécution ».
• La thèse objective privilégie l’acte. Il est nécessaire que l’acte tende directement à la
commission de l’infraction.
Deux courants partagent cette thèse: selon le premier courant, le commencement d’exécution
suppose que l’agent ait accomplit un des actes constitutifs de l’infraction ou un acte correspondant à
une circonstance aggravante de celle-ci. Par exemple : l’appréhension matérielle de la chose
d’autrui en matière de vol est un acte constitutifs; l’effraction par le vol est une circonstance
aggravante. En dehors de ce type d’actes, il s’agit d’actes préparatoires. Selon le second courant, le
commencement d’exécution est constitué par les actes qui ne sont susceptibles que d’une seule
interprétation, c’est-à-dire univoques. Par exemple, pénétrer dans une voiture pour la voler. Les
actes équivoques constituent des actes préparatoires.
• La thèse subjective donne la primauté à la volonté de l’agent. Selon cette thèse, il y’a
commencement d’exécution lorsque l’acte accompli révèle la volonté criminelle de l’agent. Une fois
l’intention criminelle de commettre l’infraction est démontrée, l’acte en question constitue un
commencement d’exécution.
L’acte doit par ailleurs être accompli avec l’intention irrévocable de commettre l’infraction. Les
tribunaux peuvent déduire cette intention du caractère non équivoque de l’acte lui-même. Exemple :
une personne embusquée et munie d’un fusil pour tuer.
Aux termes de l’article 78 du Code pénal, un commencement d’exécution ne peut constituer une
tentative punissable que s’il a été interrompu par « des circonstances indépendantes de la volonté de
son auteur ». Si ce dernier renonce volontairement à son entreprise criminelle quel que soient les
motifs de son renoncement (pitié, remord, crainte de la prison…), il ne tombe pas sous le coup de la
loi pénale. Le désistement entraîne l’impunité à la double condition qu’il soit antérieur à la
40
consommation de l’infraction. Il en résulte que le délinquant qui après entièrement accompli
l’infraction, s’efforce d’en réparer les conséquences par le repentir actif demeure punissable. En
revanche, il n’y a pas au contraire interruption volontaire lorsque la tentative est suspendue par un
événement extérieur et contraignant tel que l’intervention de la police ou d’un tiers qui réussissent à
neutraliser le malfaiteur ou encore la résistance de la victime.
• Le moment de désistement: pour éviter la sanction pénale, le désistement doit être antérieur
à la consommation de l’infraction; Une fois celle-ci consommée, il ne s’agit plus de désistement
mais repentir actif, c’est-à-dire, l’auteur essaie de réparer les conséquences de l’infraction. Le juge
peut cependant tenir compte de ce repentir en personnalisant la peine : atténuation ou exemption.
Le législateur a tenu compte de la gravité des agissements criminels dans la sanction de la tentative.
Il s’agit de cas assimilés à la tentative, dans lesquels l’agent a fait tout ce qui était en son pouvoir
pour que l’infraction se réalise, mais celle-ci a échoué indépendamment de sa volonté et sans
intervention extérieure.
Autrement dit, l’auteur accomplit tous les actes pour consommer une infraction, mais il n’obtient
pas le résultat escompté: soit parce que l’auteur a manqué son acte, soit parce que le résultat était
impossible.
Dans la première hypothèse, l’élément matériel de l’infraction est intégralement accompli avec
l’intention requise mais l’action n’a pas produit le résultat voulu en raison d’une défaillance
quelconque. Dans une seconde hypothèse, l’agent a mis en œuvre tout ce qui était nécessaire pour
réussir mais l’infraction était vouée à l’échec pour une raison dont il n’était pas informé.
41
L’article 78 du code pénal parle de la tentative qui a manqué son effet. L’agent a exécuté tous les
actes indispensables à la consommation de l’infraction mais il n’a pas obtenu le résultat souhaité.
Exemple : un individu qui tire avec une arme à feu mais qui rate sa cible. Le résultat n’a pas été
obtenu à cause de sa maladresse. Cette infraction exprime la volonté de l’agent d’aller jusqu’au bout
pour perpétrer l’infraction et que celle-ci n’a manqué son but que par la suite de circonstances
indépendantes de sa volonté. Autrement dit, le résultat de l’infraction n’a pas été atteint bien que
tous les actes matériels aient été accomplis par le délinquant. Aussi, l’exemple : d’une personne qui
a l’intention de tuer tire un coup de fusil contre sa victime mais manque sa cible ou lorsque la
victime atteinte par le coup de feu survit à ses blessures
b. L’infraction impossible
En pratique cette distinction n’a pas un intérêt pratique puisque le législateur tchadien assimile
l’infraction impossible à la tentative.
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Titre 3 : l’élément intentionnel ou moral
Pour que l’infraction soit constituée il faut que l’acte soit l’œuvre de la volonté de son auteur.
L’auteur est responsable pénalement lorsque d’une part l’on peut lui imputer l’acte criminel, c’est-à-
dire, lorsqu’il est un être responsable jouissant de ses facultés mentales, il a le libre arbitre (qu’on va
aborder dans la responsabilité pénale). En d’autre part, lorsqu’il est coupable, c’est- à-dire, il a
commis une faute. L’élément moral réside alors dans la volonté et la conscience de violer la loi
pénale. Cependant, on distingue entre la faute intentionnelle, élément en principe nécessaire pour
tout crime ou délit selon le code pénal et la faute non intentionnelle d’imprudence ou de négligence
élément suffisant lorsque la loi le précise.
Pour comprendre l’élément intentionnel, il convient d’étudier la distinction entre les fautes
intentionnelles et les fautes non intentionnelles.
- La volonté de commettre l’infraction : l’agent doit vouloir et désirer le résultat prohibé par la
loi ;
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Paragraphe 2: distinction entre l’intention criminelle et les mobiles
Le mobile est la raison qui pousse l’agent à accomplir l’infraction. Il est concret et varie d’un cas à
l’autre. Par exemple, un meurtre par haine, par jalousie, par cupidité, pour se venger… Cependant,
l’intention définie comme la volonté consciente d’accomplir un acte illicite est toujours la même
pour chaque type d’infraction car elle est abstraite. L’intention de l’agent dans le meurtre est de tuer.
Le droit pénal ne prend pas en considération les mobiles de l’agent. Ce principe connaît néanmoins
des assouplissements. D’une part, les juges prennent parfois en compte les mobiles de l’agent pour
prononcer une peine réduite. D’autre part, les mobiles peuvent constituer une circonstance
aggravante (le cas d’un meurtre pour empêcher la victime de témoigner voire un élément de
l’infraction ainsi le cas des génocides.
Les délits sont en principe intentionnels pour les mêmes raisons relatives aux crimes. Mais, le même
code prévoit une exception : la loi peut punir un délit commis par imprudence, c’est-à-dire un délit
non intentionnel. Pour cela, il faut un texte exprès
Selon le même code, les contraventions sont en principe non intentionnelles sauf les cas où la loi
exige expressément une intention de nuire
Par ailleurs, le dol général ne peut exister en l’absence d’une infraction intentionnelle. Exemple :
n’est pas coupable de vol celui qui se croit à tort propriétaire de la chose dont il s’est emparé. Dans
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ce cas, cette personne doit réussir à démontrer sa bonne foi. La preuve du dol incombe normalement
au ministère public pour démontrer que l’infraction est caractérisée non seulement dans ses éléments
matériels mais également dans ses éléments intellectuels. Or, une telle preuve immatérielle ne peut
pas être apportée directement. C’est pourquoi, en pratique elle se déduit le plus souvent de la nature
du comportement matériel.
Parfois, le dol n’est pas suffisant pour la constitution de l’infraction; La loi exige en outre une
volonté plus précise à savoir le dol spécial. C’est l’intention d’atteindre un certain résultat prohibé.
Cette intention n’est exigée que pour certaines infractions. Dans le vol par exemple, le dol général
consiste dans la conscience de violer la loi pénale interdisant le vol et le dol spécial consiste dans la
volonté de s’approprier la chose d’autrui.
Le législateur considère que cette personne doit être punie en fonction du résultat qui s’est
effectivement produit et non en fonction du résultat qu’elle avait l’intention de provoquer. Cette
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solution est compréhensible dans la mesure où il est très difficile de connaître l’intention de
l’auteur des violences.
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Chapitre 2 : les infractions non intentionnelles
Les fautes non intentionnelles sont prévues par le Code pénal. Il s’agit des fautes d’imprudence, de
maladresse ou de négligence. Dans ces hypothèses, l’agent a consciemment un comportement
anormal par rapport à celui qu’il devrait avoir dans l’activité à laquelle il se livre mais il ne cherche
aucun résultat. Il veut son acte et non pas les conséquences dommageables qui vont résulter. Il en
résulte que toute trace d’intention disparaît à cet échelon. L’appréciation de ces fautes est liée à la
situation ou au comportement d’une personne raisonnable placée dans les mêmes circonstances.
Pour le premier élément l’auteur d’une faute d’imprudence n’a pas prévu les conséquences
dommageables de son acte. Par conséquent, d’une part, sa faute n’est pas intentionnelle et d’autre
part, elle doit avoir entraîné la réalisation d’un dommage. C’est justement, parce qu’un
comportement déterminé a causé un dommage que le juge va se demander, a posteriori, si son
auteur n’a pas été imprévoyant afin de le déclarer coupable d’un délit d’imprudence ou de
négligence. Par ailleurs, en ce qui concerne les atteintes involontaires à la personne, la gravité du
dommage qui est occasionné fixe la mesure de la répression de la faute d’imprudence ou de
négligence. En effet, un conducteur perd le contrôle de son véhicule et renverse un piéton et le tue,
sera puni plus sévèrement que si lui a causé une incapacité de travail.
Déterminer si cette personne a été imprudente ou négligente revient à se demander si cette personne
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a violé une règle de prudence ou de sécurité, donc à rechercher l’existence d’une telle norme. Deux
situations peuvent se présenter.
Situation 1 : La règle de conduite peut tout d’abord être inscrite dans une loi ou dans un règlement,
le terme règlement doit être entendu dans son sens le plus large : décret, circulaire… notamment en
matière de sécurité routière ou d’hygiène et de sécurité dans le travail.
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Dans ces hypothèses et de façon générale pour toutes les infractions comportant une
faute contraventionnelle, l’auteur matériel du comportement incriminé ne peut échapper à sa
responsabilité pénale en prouvant qu’il n’avait pas la volonté de violer la loi. La preuve de la
bonne foi ou la démonstration que toutes les précautions ont été prises sont totalement
indifférentes. Ainsi, un conducteur qui circule de nuit avec un feu de position hors d’usage et
démontre qu’il vienne juste de changer d’ampoule a commis une contravention
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