Edf2013 FR
Edf2013 FR
L’État des Forêts 2013 est une publication produite dans le cadre de l’Observatoire
des Forêts d’Afrique centrale de la Commission des Forêts d’Afrique centrale (OFAC/
COMIFAC) et du Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC)
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Sauf indication contraire, les limites administratives et tracés des cartes sont produits à titre illustratif
et ne présument d’aucune approbation officielle.
Sauf indication contraire, les données, analyses et conclusions présentées dans cet ouvrage sont celles
de leurs auteurs.
Toutes les photographies présentées dans cette publication sont soumises au droit d’auteur.
Toute reproduction imprimée, électronique ou sous toute autre forme que ce soit est interdite
sans la permission écrite du photographe.
Citation souhaitée : Les forêts du bassin du Congo – État des Forêts 2013. Éds : de Wasseige C., Flynn J.,
Louppe D., Hiol Hiol F., Mayaux Ph. – 2014. Weyrich. Belgique. 328 p.
Dépôt légal : D/2014/8631/30
ISBN : 978-2-87489-298-1
© 2014 ÉDITION-PRODUCTION
Tous droits réservés pour tous pays.
PARTIE 1
LES FORÊTS D'AFRIQUE CENTRALE : SYNTHÈSE RÉGIONALE SUR LES INDICATEURS DE SUIVI
Chapitre 1 : Évolution du couvert forestier du niveau national au régional et moteurs de changement 21
Chapitre 2 : Filière bois d’œuvre et gestion des forêts naturelles : les bois tropicaux et les forêts d’Afrique centrale
face aux évolutions des marchés 47
Chapitre 3 : Conservation et gestion de la biodiversité 67
PARTIE 2
CHANGEMENT CLIMATIQUE EN AFRIQUE CENTRALE
Chapitre 4 : Changement climatique et adaptation en Afrique centrale : passé, scenarios et options pour le futur 99
Chapitre 5 : REDD+ : État d’avancement et défis à relever 121
PARTIE 3
LES ESPACES FORESTIERS AUTRES QUE LES FORÊTS DENSES HUMIDES
Chapitre 6 : Les espaces forestiers des savanes et steppes d’Afrique centrale 165
Chapitre 7 : Agroforesterie et domestication des arbres en Afrique centrale 185
Chapitre 8 : Les plantations forestières en Afrique centrale : des sylvicultures nouvelles pour répondre
aux nouveaux besoins des sociétés 197
PARTIE 4
UTILISATION DU SOL EN AFRIQUE CENTRALE
Chapitre 9 : Affectation et utilisation des terres forestières : Evolutions actuelles, problèmes et perspectives 215
Chapitre 10 : Les sociétés rurales et les pratiques d’utilisation multiple des terres : perception des projets de conservation
et de développement dans le cadre des systèmes d’utilisation multiple des terres en Afrique centrale 241
Bibliographie 269
Annexes 291
Liste des contributeurs
5
abonimana Bernadette – Institut des Sciences Agronomiques
H Mertens Benoit – IRD (France) *
du Burundi Meunier Quentin – DACEFI
Haensler Andreas – Climate Service center (Allemagne) Mkankam François – Université de Yaoundé
Hansen Matthew – Université du Maryland * Mosnier Aline – IIASA
Hatcher Jeffrey Moufouma-Okia Wilfran – Met Office Hadley Centre (R-U)
Häusler Thomas – GAF AG Nchoutpouen Chouaibou – Secrétariat Exécutif COMIFAC *
Henschel Philipp – Panthera Ndikumagenge Cleto – FAO *
Hicintuka Cyrille – Institut des Sciences Agronomiques du Ndjoukam Raphael – IRAD (Cameroun)
Burundi * Ndonse Sylvestre – MPFN/FAO
Hiol Hiol François – OFAC * Ngamabou Siwe René – GAF AG
Jeffery Kathryn J. – ANPN Ngana Felix – Université de Bangui
Kaboneka Salvator – FAO, Bujumbura Ngoufo Roger – Université de Yaoundé I *
Kapa François – FAO Nkoua Méthode – CRDPI
Karsenty Alain – CIRAD (France) * Noupa Paul – UNOPS *
Kayembe François – MECNT (RDC) Ntabirorere Salvatore
Kemeuze Victor Aimé – CIFOR * Ntore Salvator – Jardin botanique national de Belgique
Kibambe Jean-Paul – Université catholique de Louvain Nzooh Zacharie – WWF
Kiyulu Joël – UICN * Oyono Phil René – Chercheur Indépendant, RRI, Yaoundé *
Kongape Jean Avit – MINFOF (Cameroun) * Palla Florence – RAPAC *
Konsala Souaré – Université de Maroua *
each Brown Carolyn – Université de Prince Edward Island
P
Korte Lisa – Smithsonian Institution (Canada)
Kosa Védastin – MECNT (RDC) Peltier Régis – CIRAD (France)
Koy Héritier – MECNT (RDC) Pénelon Alain – EFI *
Languy Marc – WWF Pennec Alexandre – CIRAD (France)
Le Bel Sébastien – CIRAD (France) Poilvé Hervé – Astrium
Lebanc Marine – ATIBT Pokam Wilfried – CIFOR *
Lescuyer Guillaume – CIFOR/CIRAD * Rahm Mathieu – Eurosense
Lewis Simon L. – Université de Leeds Ringuet Stéphane – WWF
Lima Ricardo Robiglio Valentina – ICRAF
Lola Amani Patrick – Université du Maryland Saatchi Sassan – NASA Jet Propulsion (JPL)
Ludwig Fulco – Université de Wageningen Samndong Raymond – Université norvégienne des sciences de
Luhunu Sébastien – UICN la vie (NMBU)
Lusenge Thierry – WWF Sannier Christophe – SIRS
Lyn Morelli Tony – USFS (RDC) Sayer Jeffrey – Université James Cook
Maisels Fiona – WCS Schauerte Peter – GIZ (Cameroun) *
Makak Jean Sylvestre Schmitt Antoine – PBF/GIZ
Makon Samuel – GIZ (Allemagne) Scholte Paul – GIZ-COMIFAC *
Maniatis Danae – FAO * Sembres Thomas
Manzila Eric – MECNT (RDC) Shapiro Aurelie C. – WWF
Maréchal Corinne – Université de Liège * Sonké Bonaventure – Université de Yaoundé I
Marien Jean-Noël – CIRAD (France) * Sonwa Denis – CIFOR *
Mayaux Philippe – CCR-UE * Steil Matthew – WRI *
Mbenza Daudet – MECNT (RDC) Stevart Tariq – Jardin botanique national de Belgique
Mbouna Duclaire – WRI * Stoffelen Piet – Jardin botanique national de Belgique
Melet Eudeline – MAAF Tadoum Martin – Secrétariat Exécutif COMIFAC *
Melletti Mario – Université de Rome * Tchoundjeu Zac – ICRAF
6
Tessa Bertrand – WRI Lejeune Geert – WWF
Tiani Anne-Marie – CIFOR LeToan Thuy – CESBIO
Tsalefack Maurice – Universités de Dschang et de Yaoundé * Mabiala Lambert – CAGDF
Tsanga Raphaël – CIFOR * Mahamat Hassane Idriss –
Van den Broeck Dries – Jardin botanique national de Belgique Maïdou Hervé – PARPAF (RCA) *
Vautrin Clarisse – FRM (France) Mane Landing – OSFAC
Walters Gretchen – UICN * Mathamale Jean Jacques – CIEDD
Williamson Elizabeth A. – Université de Stirling Megevand Carole – Banque Mondiale
Zelazowski Przemyslaw – FAO Mermoz Stéphane - CESBIO
Mortier Philippe – FRM (France)
Narloch Ulf
Autres contributeurs Ngandjui Germain – TRAFFIC – Afrique Centrale
Abourotogo Rodrigue Ngoboum Lydie
Altstatt Alice – Université du Maryland Njoukam Raphaël – Consultant indépendant
Bastin Didier – ALPICAM (Cameroun) Nkok Banak Ludovic – CNC-Gabon
Beina Denis – Université de Bangui Nzala Donatien – MEF/DGEF-COMIFAC (Congo)
Bottrill Leo – WWF Ongolo Symphorien
Boudzanga Georges Claver – CNIAF Pedrazzani Donata – GMV
Bourbier Lucas – Astrium Pinet Camille – IGN France International
Cornu Guillaume – Astrium Plancheron Françoise – ONFi / ALPICAM
Creighton Ken – USAID (États-Unis) Potapov Peter – Université du Maryland
Dainou Kasso – Université de Liège Ramminger Gernot – GAF AG
Defourny Pierre – Université catholique de Louvain * Riano Carlos – FAO
Dhorne Pierre – FRM (France) S eifert-Granzin Joerg – Fundación Amigos de la Naturaleza–
Dorelon Philippe – INSEE Bolivia
Enßle Fabian – Université Albert-Ludwig de Freiburg Sepulchre Frédéric – PBF/GIZ
Fichet Louis-Vincent – SIRS Toirambe Benjamin – MECNT (RDC) *
Gaugris Jérôme – FAO Tolakogadou Igor
Gillet Jean-François – Université de Liège Turubanova Svetlana – Université du Maryland
Gomez Sharon – GAF AG Usongo Léonard – UICN
Guay Bruno – Coordination Nationale REDD (RDC) Van Geit Mone – WWF
Habiyambere Thaddée – Point Focal CEFDHAC Van Orshoven Christophe
Hirschmugl Manuela – Joanneum Research Vermeulen Cédric – Université de Liège
Hoefsloot Henk – FAO Vrieling Anton – Université de Twente (Pays-Bas)
Hugel Bruno – Coordination Nationale REDD (RDC) Wassouni Amadou – MINEP (Cameroun)
Itoua Adelaide Yalibanda Yves – MEFCP (RCA) *
Jaffrain Gabriel – IGN France International
Jourdain Charlotte – FAO * Participants à l’Atelier de validation de l’État des Forêts 2013 –
Douala, Cameroun les 21-22 Mars 2013
Jungers Quentin – Université catholique de Louvain
Kabengele Victor – Coordination Nationale REDD (RDC)
Kemavo Anoumou – ONFi
Kirchgatter Johannes – NASA Jet Propulsion (JPL)
Kondi Joachim – CLFT Congo
Koumba Zaou Paul – MFEPRN (Gabon)
Lardeux Cédric – ONFi
Lee Mina – WWF
7
ACRONYMES
ADN Acide désoxyribonucléique CDB Convention sur la diversité biologique
AFD Agence française de Développement CDC Cameroon Development Cooperation
AGDRF Agence de Gestion Durable des Ressources CDF Centre des Données forestières
Forestières
CEA Conditions environnementales appropriées
AGEDUFOR Appui à la Gestion Durable des Forêts de la
CEEAC Communauté économique des États de
RDC
l’Afrique centrale
AGEOS Agence d’Etudes et d’Observation Spatiales
CEFDHAC Conférence sur les Écosystèmes des Forêts
(Gabon)
denses et humides d´Afrique centrale
ANAFOR Agence Nationale d’Appui au développement
CESBIO Centre d’Etudes Spatiales de la BIOsphère
Forestier
CFA Franc de la Communauté financière
ANPN Agence nationale des Parcs nationaux
d’Afrique
AP Aires protégées
CFAD Concession forestière sous Aménagement
APT Aires protégées transfrontalières durable
APV Accord de Partenariat Volontaire CGES Cadres de gestion environnementaux
et sociaux
ATIBT Association technique internationale des Bois
tropicaux CGIAR Groupe consultatif pour la recherche agricole
internationale
AWF African Wildlife Foundation
CGIS Geographic Information Systems & Remote
AZE Alliance for Zero Extinction
Sensing Research and Training Center
BAD Banque africaine de Développement
CIB Congolaise industrielle des Bois
BAU Business-as-usual
CICOS Commission internationale du Bassin
BM Banque mondiale Congo-Oubangui-Sanga
BMU Ministère fédéral allemand de CIEDD Centre d’ information Environnementale
l’Environnement et de Développement Durable
CAGDF Cercle d’appui à la gestion durable des forêts CIFOR Centre international de Recherche sur les
Forêts
CAI Consultation et analyse internationale
CIP Comités inter-préfectoraux
CARPE Programme régional pour l’Environnement
en Afrique centrale CIRAD Centre de Coopération internationale
en Recherche agronomique pour le
CAT Convention d’aménagement et de
Développement
transformation
CITES Convention sur le Commerce international
CBLT Commission du bassin du lac Tchad
des Espèces de Faune et de Flore sauvages
CCBA The Climate, Community and Biodiversity menacées d’Extinction
Alliance
CNIAF Centre national d’Inventaire
CCC Compagnie pour la conservation au Congo et d’Aménagement des Ressources forestières
CCN Cellule de coordination nationale et fauniques
CCNUCC Convention Cadre des Nations Unies pour le CO2M&M Projet pour la cartographie et la modélisation
Changement Climatique du Carbone
CCPM Cercle de concertation des partenaires du COBAM Changement Climatique et Forêts dans le
MINFOF/MINEPDED Bassin du Congo
CDAE Convention définitive d’aménagement CoFCCA Congo Basin Forests and Climate Change
et d’exploitation Adaptation
9
COMIFAC Commission des forêts d’Afrique centrale EDF État des Forêts
COP Conférence des Parties EESS Évaluation environnementale et sociale
stratégique
COVAREF Comité de Valorisation des Ressources
fauniques EFC Eucalyptus et Fibres du Congo
CPAET Convention provisoire d’Aménagement, EFI European Forest Institute
Exploitation et Transformation
EIES Etudes d’impact environnemental et social
C-R Capture-recapture
EN En voie de disparition
CR Danger Critique d’Extinction
ENI Société nationale italienne des hydrocarbures
CRA Centre de ressources agroforestières
ESA Agence spatiale européenne
CRDPI Centre de Recherche sur la Durabilité et la
ETIS Elephant Trade Information System
Productivité des Plantations industrielles
ETM Enhanced Thematic Mapper
CRR Centres de ressources rurales
F/NF Forêt/non forêt
CSC Climate Service center
FACET Forêts d’Afrique centrale évaluées par
CT Coordination technique
Télédétection
CTB Coopération technique belge
FAO Organisation des Nations Unies pour
CTFC Centre Technique de la Forêt Communale au l’Agriculture et l’Alimentation
Cameroun
FAOSTAT Division statistiques de la FAO
CTFT Centre technique forestier tropical
FCCC Convention-Cadre sur les Changements
CTI Convention de transformation industrielle Climatiques
DACEFI Développement d’Alternatives FCPF Fonds de Partenariat pour le Carbone
Communautaires à l’Exploitation Forestière forestier
Illégale
FED Fonds européen de Développement
DFGFI Fonds international Dian Fossey pour les
FEM Fonds pour l’Environnement mondial
gorilles
FFBC Fonds forestier pour le Bassin du Congo
DFID Département pour le développement
international FFEM Fonds français pour l’environnement mondial
DFP Domaine forestier permanent FIDA Fonds international de développement
agricole
DFS Deutsche Forstservice GmbH
FLEGT Forest Law Enforcement, Governance and
DGEF Direction générale des Eaux et Forêts
Trade
DGIS Ministère des Affaires étrangères hollandais
FMI Fond monétaire international
DHR Direction de l’Horticulture et du
FNR Fonds national REDD+
Reboisement
FOB Free On Board
DIAF Direction des Inventaires et Aménagements
Forestiers FPIC Information préalable et consentement libre
DMC Disaster Monitoring Constellation FRA Evaluation des ressources forestières
DPGT Développement paysannal et Gestion de FRM Forêt Ressources Management
Terroir
FSC Forest Stewardship Council
DSE Division des Services Environnementaux
FUNCATE Fondation brésilienne chargée du
EBA Ecosystem-Based Adaptation développement technique des méthodes
et outils destinés au système de surveillance
ECOFAC Écosystèmes forestiers d’Afrique centrale
de la forêt amazonienne
ECOFORAF Eco-certification des concessions forestières
GCRN Gestion communautaire des ressources
en Afrique centrale
naturelles
10
GES Gaz à effets de serre IIASA International Institute for Applied Systems
Analysis
GIC Groupe d’Initiatives Communes
INDEFOR-AP L’Institut national pour le développement des
GIEC Groupe d’Experts intergouvernemental sur
forêts et la gestion des aires protégées
l’Évolution du Climat
INECN Institut national pour l’environnement et la
GIZ Société allemande de coopération
conservation de la nature
internationale
INERA Institut national d’Études et Recherches
GLAS Geoscience Laser Altimeter System
agronomiques
GLOBE Global Legislators Organisation for a
INF Inventaire national des forêts
Balanced Environment
INPE Institut national de la Recherche spatiale
GLOBIOM Global Biosphere Management Model
(Brésil)
GPS Système de positionnement Global
INTERPOL International Criminal Police Organization
GRASP Great Apes Survival Partnership
IOC Indicateurs Ouverture de la Canopée
GRUMCAM Societe des grumes du cameroun
IRAD Institut de Recherche Agricole pour le
GSEaf Groupe des spécialistes de l’éléphant Développement
d’Afrique
IRD Institut de Recherche pour le
GSE-FM GMES Service Elements – Forest Développement
Monitoring
IRST Institut de Recherche Scientifique
GSPC Stratégie mondiale pour la conservation des et Technique
plantes
ITC Faculté des sciences d’informations
GTBAC Groupe de travail biodiversité d’Afrique géographiques et de l’Observation de la terre
centrale
ITIE Initiative pour la Transparence dans les
GTG Geospatial Technology Group SARL Industries Extractives
(Cameroun)
ITM L’Initiative Taxonomique Mondiale
GVTC Great Virunga Transboundary Collaboration
IUFRO Union Internationale des Organisations de
HH Polarisation horizontale/horizontale Recherche Forestière
HIMO Haute intensité de main d’œuvre JBNB Jardin botanique national de Belgique
HV Polarisation horizontale/verticale JCU Université James Cook
HVC Haute valeur de conservation JR Joanneum Resarch
ICCN Institut congolais pour la Conservation de la KfW Banque allemande de Développement
Nature
KIT Institut royal des tropiques
ICCWC Consortium international de lutte contre la
LAB Lutte anti-braconnage
criminalité liée aux espèces sauvages
LACCEG Laboratoire de Climatologie, de
ICESat Ice, Cloud, and land Elevation Satellite
Cartographie et d’Etudes Géographiques
ICRAF Centre international pour la Recherche en
LAGA Last Great Ape Organization
Agroforesterie
LEDS Low Emissions Development Strategy
IEC (Chap 5) Information, Education et Communication
LIDAR Light Detection and Ranging
IEEE Institute of Electrical and Electronics
Engineers LULUCF Utilisation des terres, le changement
d’affectation des terres et la foresterie
IFB Industries forestières de Batalimo
MAAF Ministère de l’agriculture, de
IFDC International Fertilizer Development Center
l’agroalimentaire et de la forêt
IFO Industrie forestière de Ouesso
MAAN Mesures d’Atténuation Appropriées au
IGNFI Institut Géographique National France niveau National
International
11
MAB Man and the Biosphere NEPAD Nouveau partenariat pour le développement
de l’Afrique
MCG Modèles climatiques globaux
NER Niveaux d’émission de Référence
MDDEFE Ministère du Développement durable, de
l’Économie forestière et de l’Environnement NR Niveaux de Références
MDP Mécanisme de Développement propre NU Nations unies
MECNT Ministère de l’Environnement, Conservation NUR National University of Rwanda
de la Nature et Tourisme
OFAC Observatoire des Forêts d’Afrique centrale
MEEATU Ministère de l’Eau, de l’Environnement,
OIBT Organisation internationale des Bois
de l’Aménagement du Territoire et de
tropicaux
l’Urbanisme
OLB Origine et Légalité des Bois
MEEDD Ministère de l’Economie, de l’Emploi, et du
Développement Durable OMD Organisation mondiale des douanes
MEF Ministère de l’Économie forestière ONACC Observatoire national sur les changements
climatiques
MEFCP Ministère des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche
ONFi Office national des Forêts International
MEFCPEE Ministère des Eaux, Forets, Chasse et Pêche,
de l’Environnement et de l’Ecologie (RCA) ONG Organisation non gouvernementale
MEFDD Ministère de l’Économie forestière et du ONUDC Office des Nations Unies contre la drogue
développement durable et le crime
MERH Ministère de l’Environnement et des OSC Organisations de la société civile
Ressources halieutiques
OSCST Organe subsidiaire pour le conseil
METEOSAT Satellite météorologique scientifique et technologique
MIFACIG Mixed Farming Common Initiative Group OSFAC Observatoire satellital des Forêts d’Afrique
centrale
MIKE Monitoring the Illegal Killing of Elephants
OSFT Observation Spatiale des Forêts Tropicales
MINEF Ministère de l´Environnement et des Forêts
OSMOE Organe Subsidiaire de Mise en Œuvre
MINEP Ministère de l’Environnement, de la
Protection de la Nature PA Populations autochtones
MINEPDED Ministère de l’Environnement, de la PACEBCo Programme de Conservation des
Protection de la Nature et du Développement Écosystèmes du Bassin du Congo
Durable (Cameroun)
PACO Programme Afrique centrale et occidentale
MINFOF Ministère des Forêts et de la Faune
PAGEF Projet d’Appui à la Gestion durable des
MIST Management Information System Forêts du Congo
MNHN Musé national d’Histoire naturelle PALSAR Radar à synthèse d’ouverture en bande L
MNV Mesures, Notification et Vérification PAM Politiques et Mesures
MODIS Moderate Resolution Imaging PANA Programmes nationaux d’adaptation au
Spectroradiometer changement climatique
MPATIEN Ministère du plan, de l’aménagement du PAPAFPA Programme d’appui participatif
territoire, de l’intégration économique et du à l’agriculture familiale et à la pêche
NEPAD artisanale
MPMA Ministère des Pêches et de l’Environnement PAPECALF Plan d’action des pays de l’espace
COMIFAC pour le renforcement de
MPTF Multi-partner trust fund services
l’application des législations sur la faune
NASA Administration Nationale de l’Aéronautique sauvage
et de l’Espace
PAPPFG Projet d’Aménagement des petits Permis
NDVI Indice de végétation par différence forestiers gabonais
normalisée
12
PAREF Programme d’Appui à la Reforestation RCA République Centrafricaine
PARPAF Projet d’Appui à la Réalisation des Plans RDC République démocratique du Congo
d’Aménagement forestiers
REDD Réduction des Émissions issues de la
PASR-LCD Programme d’Action sous-régional de Déforestation et de la Dégradation des Forêts
Lutte contre la Dégradation des Terres et la
REDDAF Reduction des émissions issues de la
Désertification
déforestation et de la dégradation en Afrique
PBF Programme Biodiversité et Forêt centrale
PEA Permis d’Exploitation et d’Aménagement RFA Redevance forestière annuelle
PEXULAB Plan d’extrême urgence de lutte anti RNA Régénération naturelle assistée
braconnage
RNRA Rwanda Natural Resources Authority
PFBC Partenariat pour les Forêts du Bassin du
R-PIN Readiness Plan Idea Note
Congo
RRI Rights and Resources Initiative
PFM Société des Plantations Forestières de la
Mvoum RSPO Roundtable on Sustainable Palm Oil
PFNL Produit forestier non ligneux SAR Synthetic aperture radar
PGES Plan de gestion environnementale et sociale SARIS Société agricole et de raffinage industriel du
sucre
PHC Plantations et huileries du Congo
SDSU Université d’Etat du Dakota du sud
PIB Produit intérieur brut
SECR Sapture-recapture spatialement explicites
PIF Programme d’Investissement pour les Forêts
SEP Système de suivi-évaluation participatif
PIKE Proportion d’éléphants abattus illégalement
SES Socio-écosystème
PIN Note d’idée de projet
SGSOC SG Sustainable Oils Cameroon
PME Petites et moyennes entreprises
SGTFAP Sous-groupe de travail sur la faune sauvage
PNOK Parc National d’Odzala-Kokoua
et les aires protégées
PNS Parc national de la Salonga
SIG Système d’information géographique
PNSA Plan national de sécurité alimentaire
SIRS Systèmes d’Information à Référence Spatiale
PNUD Programme des Nations Unies pour le
SMART Spatial Monitoring and Reporting Tool
Développement
SNAT Schéma national d’aménagement du
PNUE Programme des Nations-Unies pour
territoire
l’Environnement
SNR Service national de Reboisement
PNVi Parc National des Virunga
SNSF Système national de surveillance des forêts
PRM Périmètre de Reboisement de la Mvoum
SOCAPALM Société Camerounaise de Palmeraies
ProNAR Programme national d’afforestation et de
reboisement SOFOKAD Société Forestière de la Kadéi
PSAT Planification stratégique et aménagement du SOGACEL Societe gabonnaise cellulose
territoire
SPOT-VGT SPOT – Végétation
PSE Paiement pour service environnementaux
SRTM Shuttle Radar Topography Mission
PSG Plans Simples de Gestion
SSC Commission de la Sauvegarde des Espèces
PSGE Plan stratégique Gabon émergent
SSTS Système de surveillance des terres par
PVC Polychlorure de Vinyle satellite
RAPAC Réseau des Aires protégées d’Afrique centrale STBK Société de Transformation de Bois de la
Kadey
RBUE Règlement Bois de l’Union Européenne
SVL Système de vérification de la légalité
RC République du Congo
13
THR Très haute résolution VCF Vegetation Continuous Fields
TLTV Vérification de la Légalité et Traçabilité du VCS Verified Carbon Standard
Bois
VICA Vicwood Centrafrique
TNS Tri-National de la Sangha
VIH Virus de l’immunodéficience humaine
TRAFFIC The wildlife trade monitoring network
VU Vulnérable
TRIDOM Paysage de Dja-Odzala-Minkébé
WCMC World Conservation Monitoring Centre
TVA Taxe sur la Valeur ajoutée
WCS Wildlife Conservation Society
UCL Université catholique de Louvain
WIST Equipes d’appui en cas d’incident lié aux
UE Union Européenne espèces sauvages
UFA Unité forestière d’aménagement WRI World Resources Institute
UFE Unités forestières d’exploitation WWF Fonds mondial pour la Nature
UICN Union internationale pour la Conservation ZCV Zones cynégétiques villageoises
de la Nature
ZIC Zones d’intérêt cynégétique
ULB Université libre de Bruxelles
ZICGC Zones d’intérêt cynégétique à Gestion
ULg Université de Liège communautaire
UMD Université du Maryland
UNCCD Convention cadre des nations unies contre la
désertification
UNESCO Organisation des Nations Unies pour
l’Éducation, la Science et la Culture
UN-REDD Programme des Nations Unies sur la
Réduction des Émissions issues de la
Déforestation et de la Dégradation des forêts
USA États-Unis d’Amérique
USAID Agence des États-Unis pour le
Développement international
USDA Département de l’Agriculture des Etats-Unis
USFS Service forestier des États-Unis
14
PRÉFACE
Dans la préface de l’État des Forêts 2010, nous Les différences entre les pays de la COMIFAC
écrivions « les forêts d’Afrique centrale font l’objet dans ces domaines sont davantage marquées que par
d’intenses discussions au niveau mondial ». Trois le passé. Certains se sont engagés dans des politiques
ans plus tard, cette constatation est plus que jamais et réformes résolument novatrices et porteuses de
d’actualité. Aux préoccupations sur les changements résultats, en profitant des expériences des autres
climatiques, sont venues s’ajouter l’augmentation pays membres. Dans d’autres pays par contre, la
du trafic de la flore et de la faune, dont la manifes- gouvernance s’améliore peu, ce qui diminue leur
tation la plus visible est le braconnage d’éléphants, crédibilité internationale.
la raréfaction des ressources faunistiques pour les
L’heure n’est donc pas encore aux réjouissances
populations locales, les pressions foncières exercées
généralisées, mais à la poursuite des efforts pour
par les nouvelles plantations agro-industrielles et les
répondre aux défis futurs.
concessions minières et la construction d’infrastruc-
tures. Sous la double pression de l’augmentation de Cette nouvelle édition de l’État des Forêts
la population et de la mondialisation, la pression n’aurait pu voir le jour sans la contribution de
sur les écosystèmes forestiers s’intensifie, tandis que nombreux auteurs et relecteurs qui y ont consacré
les solutions d’arbitrage sur le terrain ne sont pas une bonne partie de leur temps et de leur énergie.
toujours efficaces. Qu’il nous soit permis ici de les remercier vivement.
Tous nos remerciements vont également aux pays
Certes la prise de conscience mondiale des
et institutions ci-après qui ont soutenu la parution
enjeux sur les forêts tropicales en général et celles
de cet ouvrage : l’Union Européenne, la Norvège,
d’Afrique centrale en particulier progresse. Des
les États-Unis d’Amérique, l’Allemagne, la France,
négociations internationales recherchent des
le Canada et la FAO.
mécanismes pour la préservation des forêts, des
engagements pour la protection sont signés par
les États, des normes de gestion forestière sont
édictées, des institutions sont renforcées, mais la
mise en œuvre sur le terrain de ces résolutions se
heurte à des réalités locales contraires. Des avancées
et des « success stories » éclaircissent néanmoins ce
tableau ; il s’agit :
• des concessions qui se certifient,
• des droits communautaires qui s’organisent
et se décrètent,
• des concessions de conservations qui naissent
et des aires protégées qui sont renforcées.
15
INTRODUCTION
EDF 2013 : Une démarche participative importante en Afrique Centrale
Participants à l’Atelier de validation de l’État des Forêts 2013 – 21-22 Mars 2013
La réalisation du présent rapport EDF 2013 est issue d’un long L’atelier de validation qui s’est tenu les 21 et 22 mars 2013 à
processus participatif de collecte d’information, d’échange entre Douala constitue une étape clé de la construction de ce rapport.
experts, de débats et de construction de consensus pour fournir L’objectif principal de cet atelier était de permettre aux acteurs et
des éléments pour une meilleure gestion des écosystèmes d’Afrique partenaires du secteur forestier du Bassin du Congo d’examiner,
Centrale. Cette démarche qui provient d’une demande collective d’amender et de valider les textes proposé à la publication. Au
de diverses parties prenantes est considérée comme capitale pour total, une centaine de personne a participé à cette réunion de
la consolidation d’informations dans un rapport conjoint. Ce travail, incluant des responsables des administrations publiques,
processus de réalisation du rapport comprend de nombreuses étapes des représentants des ONG environnementales, du secteur privé
à travers lesquelles une grande partie d’acteurs sont impliqués sur et des projets de développement. Cet atelier consiste d’abord en la
une période de plus de deux ans. La construction de cette nouvelle présentation de chaque projet de chapitre, ses orientations et ses
édition a démarré en mars 2011 lors de la clôture de l’atelier de éléments clés et ainsi permet à chaque participant d’identifier les
validation de l’EDF 2010 où environ 65 participants étaient réunis. thématiques auxquelles il pourrait contribuer au mieux. Dans un
deuxième temps, les participants de l’atelier sont divisés en groupes
Comme c’était le cas pour les éditions précédentes, les
de travail afin de fournir leurs suggestions et contributions pour
participants ont été invités à proposer des sujets d’intérêt pour
améliorer le contenu des chapitres. Au cours de ces discussions, la
le rapport suivant. Plus de 40 sujets ont ainsi été proposés pour
participation était importante et les participants ont contribué à
l’EDF 2013. Une discussion a ensuite été entamée pour classer les
mettre à disposition des auteurs, une information meilleure et plus
sujets en fonction de leur priorité. Ce classement a donné lieu à
accessible. S’ensuit, alors un travail de mise à niveau du texte par
des regroupements de certains sujets et ensuite à la proposition de
les auteurs. Travail qui peut prendre plusieurs mois en fonction des
10 chapitres qui constituent actuellement le corps de cet « État des
informations et analyses nouvelles qui ont été proposées lors de
Forêts ».
l’atelier de validation.
A la demande des éditeurs, l’élaboration de chaque chapitre est
menée par un coordonnateur de chapitre. Ce dernier (i) propose
une structure du chapitre sur base des sujets proposés, (ii) dynamise
le groupe des co-auteurs pour leurs contributions respectives, (iii)
réalise au mieux la mise en forme des différentes contributions
et (iv) prépare la première version de chapitre pour l’atelier de
validation et le chapitre final en fonction des commentaires reçu de
l’atelier de validation.
17
Une fois les textes finalisés, textes qui sont bien souvent Enfin, trois chapitres traitent des sujets récurrents que sont
rédigés en partie en français, en partie en anglais, un comité de l’évolution du couvert forestier, la filière économique forestière et
relecture se penche sur l’amélioration de la cohérence des textes la biodiversité. Par rapport aux précédentes éditions, on constate
entre eux et de leur compréhension pour un public le plus large une multiplication de projets de recherche sur la thématique du
possible. La traduction, la mise en page, la relecture typographique, changement du couvert forestier avec des données satellitaires de
l’impression et la diffusion du document sont les ultimes étapes plus en plus nombreuses et détaillées. Tous montrent une plus
de cette aventure, mais elles n’en demeurent pas moins intenses grande perte de couvert forestier qu’une reconstitution naturelle du
et mobilisent des ressources humaines importantes et beaucoup de couvert à l’échelle régionale.
temps.
La biodiversité est également en perte constante. La faune est
En termes de contenu, cette nouvelle édition, fait la part belle plus que jamais sous pression. À la chasse traditionnelle, en passant
aux forêts autres que les forêts denses humides. C’est ainsi que par les filières de viande de brousse commerciale à destination des
trois des dix chapitres sont consacrés (i) aux espaces forestiers des centres urbains, s’ajoute depuis quelques années le grand braconnage
savanes et steppes, (ii) à l’agroforesterie et domestication des arbres et le trafic d’espèces de toutes sortes. Le renforcement de la loi, le
en Afrique centrale et (iii) aux plantations forestières. leitmotiv des plans d’action, peine à produire les effets attendus.
Flore ou faune, les seules espèces qui performent sont les espèces
Deux chapitres traitent de sujets liés au climat. Le premier analyse
invasives et parmi les espèces phares, le gorille de montagne. Le
le climat d’Afrique centrale en se concentrant plus particulièrement
marché du bois connait également des changements ; de nouvelles
sur (i) la manière dont celui-ci pourrait changer dans les années à
réglementations et de nouveaux marchés (notamment asiatiques),
venir, (ii) l’évolution des impacts et (iii) les possibilités d’adaptation.
des modes de production en évolution et ici encore, des différences
Le second traite des négociations internationales et des avancées de
entre les trajectoires empruntées par les pays, notamment en ce qui
la REDD+ dans la région.
concerne la mise en œuvre des modes de gestion durable.
Deux autres chapitres abordent l’importante question de
l’affectation et l’utilisation des terres forestières. Le premier
l’aborde sous l’aspect des tendances passées des problématiques
actuelles et des perspectives à l’heure où le potentiel du sol et du
sous-sol des terres d’Afrique centrale est courtisé de multiples
manières. Contrairement à ce premier chapitre avec un point de
perspective plutôt « macro » et nouveaux opérateurs économiques,
le deuxième chapitre traite du même sujet, mais avec comme point
de perspective, les sociétés rurales face aux pratiques actuelles et
prévisibles d’utilisation multiple des terres.
18
PA R T I E 1
1. Introduction
Les forêts tropicales sont au cœur des enjeux FLEGT (Application des réglementations fores-
internationaux sur le changement climatique et la tières, gouvernance et échanges commerciaux)
conservation de la biodiversité. Étant le second plus réclame également des informations sur la traça-
grand écosystème forestier tropical après l’Ama- bilité des bois et sur le caractère légal des coupes
zonie, le bassin du Congo joue un rôle important forestières.
dans le système climatique continental. Ces forêts
d’Afrique offrent des moyens de subsistance à 60
millions de personnes qui y vivent ou résident
à proximité (nourriture, pharmacopée, combus-
tibles, fibres, produits forestiers non ligneux).
Elles remplissent aussi des fonctions sociales
et culturelles. Ces forêts contribuent plus indirec-
tement à alimenter les 40 millions de personnes
qui vivent dans les centres urbains proches de ces
domaines forestiers (Nasi et al., 2011).
La cartographie des forêts et la surveillance de
leur évolution sont d’une importance primordiale.
L’état des forêts affecte le bien-être de millions de
personnes, influe sur le climat régional et mondial
et sur la biodiversité. La connaissance précise de la
superficie forestière, de sa composition floristique
et de sa dynamique fournissent des informations
qui sont essentielles à la mise en place et au suivi
des politiques environnementales et économiques.
Ces rôles essentiels des forêts sont pris en compte
par les accords multilatéraux sur l’environnement
tels que la Convention-Cadre des Nations Unies
© Frédéric Sepulchre
21
Ce chapitre dresse un aperçu non exhaustif des La plupart des études identifient les surfaces
différentes initiatives de suivi des forêts d’Afrique touchées par la déforestation mais d’autres, plus
centrale par image satellite. Le champ d’analyse récentes, tentent de suivre des changements de
passe de l’échelle locale, à la couverture nationale couvert forestier plus limités tels que la dégradation
voire à celle de l’ensemble de l’Afrique centrale. forestière et la réduction de la biomasse.
2.1 Gabon
Le Gabon dispose d’une cartographie com- Landsat auraient suffi par temps clair.
plète de son couvert forestier pour les années 1990, La cartographie détaillée a d’abord été réalisée
2000 et 2010. Cette cartographie a été réalisée sur l’année de référence 2000. Chaque image de
dans le cadre du projet GSE-FM Gabon grâce l’année 2000 a été traitée et classée séparément
au traitement d’images satellites Landsat pour les pour en extraire le couvert forestier. Un contrôle
années 1990 et 2000, et d’une combinaison des qualité détaillé a été appliqué pour chaque image
images Landsat et Aster pour 2010. Pour couvrir et les résultats ont été mosaïqués pour créer la
l’ensemble du territoire gabonais 300 images satel- couche nationale Forêt/Non Forêt (F/NF) de
lites ont dû être utilisées à cause du couvert nua- l’année 2000. Cette carte F/NF 2000 a ensuite
geux permanent, alors qu’une quinzaine d’images été superposée aux images de 1990 et 2010 pour
Figure 1.1 : Carte du couvert forestier du Gabon et de son évolution entre 1990 et 2000
Source : GSE-FM Gabon
23
en extraire les changements observés et les classer Afin d’améliorer les estimations des change-
selon une nomenclature compatible avec celle du ments forestiers, les cartes F/NF ont été combinées
GIEC. La précision des cartes F/NF produites a à un échantillonnage systématique photo-inter-
été évaluée à près de 98 % pour les 3 périodes. prété couvrant 1 % de la surface du Gabon (San-
La méthodologie employée est décrite en détail nier et al., 2014). Les résultats pour l’ensemble du
par Fichet et al. (2012 et 2013). Gabon sont détaillés dans le tableau 1.2. La forêt
couvre plus de 88 % du territoire gabonais soit
environ 236 000 km².
Tableau 1.2 : Estimations de l’évolution du couvert forestier du Gabon entre 1990, 2000 et 2010
Unités 1990 2000 2010 1990-2000 2000-2010
Gabon km² 267 667 Déforestation nette
km² 237 380 236 570 236 335 810 235
Couvert forestier
% 88,68 88,38 88,29 0,34 0,09
km² ±664 ±711 ±698 ±293 ±259
Incertitude (95 % IC)
% ±0,25 ±0,27 ±0,26 ±0,13 ±0,11
Source : GSE-FM Gabon
Le taux de déforestation nette entre 1990 Entre 2000 et 2010, un ralentissement très net
et 2000 est de 0,34 % soit une diminution du cou- de la déforestation est observé, puisque le taux de
vert forestier d’environ 800 km². La déforestation déforestation observé est de 0,09 %, valeur qui n’est
brute est estimée à un peu plus de 1200 km². Près pas significativement différente de zéro. Ceci peut
de la moitié de la déforestation est due à l’exploi- s’expliquer par la faible densité de la population
tation forestière et à l’ouverture de routes alors rurale, une moindre dynamique agricole et par les
que près d’un tiers résulte de la conversion de la mesures institutionnelles prises par le Gabon pour
forêt en cultures, prairies ou savanes. L’agriculture les parcs nationaux et par le code forestier. Treize
itinérante sur brûlis se confond avec la savane sur parcs nationaux sont répartis sur l’ensemble du
les images satellites. La reforestation est de l’ordre territoire et le code forestier a obligé les exploitants
de 400 km² et les principales causes en sont la à réaliser des plans d’aménagements forestiers. Une
conversion des savanes/prairies en forêts pour plus autre explication possible est à rechercher dans les
de 60 % et la reforestation des routes d’exploitation conditions écologiques généralement favorables
forestières pour 25 %. à une régénération forestière rapide, notamment
une très bonne pluviométrie et une bonne dis-
sémination des graines par une diversité faunis-
tique importante (Doucet, 2003). On pourrait
également ajouter que le relief accidenté constitue
un frein à l’exploitation permanente des massifs
forestiers. Ces explications doivent être confirmées
par les études en cours au Gabon sur les causes de
la déforestation et de la reforestation.
© Carlos de Wasseige
24
2.2 Cameroun
Une couverture nationale complète d’images Des cartes de changements de couvert ont été
satellites Landsat de 1990 et 2000, et DMC de produites pour les périodes 1990-2000 et 2000-
2005/2006 a été acquise et analysée pour terminer 2005 à partir des cartes forêt/non forêt (F/NF)
l’évaluation du couvert forestier du Cameroun. de la région Est (figure 1.2). Les zones qui ont été
Les zones forestières et non forestières ont été carto- déboisées ont ensuite été classées en cinq catégories
graphiées pour ces années par unités de 5 ha mini- compatibles avec le GIEC : culture, savane/prai-
mum. Deux projets distincts (GSE-FM Cameroun rie, marécage, habitat et autres terres. Les données
et REDDAF) ont entrepris de cartographier les d’apprentissage nécessaires à la classification F/NF
variations du couvert forestier dans le pays mais ont été dérivées d’imageries à très haute résolution
leur travail s’est limité à la région Est et à la région (THR) et de vérifications sur le terrain.
Centre en raison de contraintes budgétaires.
Figure 1.2 : Les changements du couvert forestier (en rouge) dans la région Est du Cameroun au cours des périodes 1990-2000 et 2000-2005
Source : GSE-FM Cameroun
25
Le tableau 1.3 présente les superficies affectées 2000 est estimé à 0,86 %. On note des recoloni-
par les changements du couvert forestier pour les sations forestières significatives (0,21 %) pendant
trois années de référence (1990, 2000 et 2005). cette période, qui ont ramené le taux de défores-
En raison de la couverture nuageuse, la zone tation net à 0,65 %. Pour la période 2000-2005,
cartographiée représente environ 96 à 98 % des le taux de déforestation brut est de 0,07 %. Étant
112 950 km² de la région Est. Cette zone (et les donné les recolonisations élevées (0,10 %), le taux
zones de couvert forestier correspondantes) dif- de déforestation net pour la période 2000-2005
fère dès lors légèrement d’une période à l’autre(*). est estimé à -0,03 %.
Le taux de déforestation brut pour la période 1990-
Tableau 1.3 : Estimations des changements de couvert forestier dans la région Est du Cameroun au cours
de la période 1990-2000-2005
Région Est 1990 2000 (a)* 2000 (b)* 2005 1990-2000 2000-2005
Zone cartographiée km² 108 854 110 781 Déforestation nette
Couverture km² 87 991 87 424 89 187 89 209 567,7 -22,9
forestière % 80,83 % 80,31 % 80,51 % 80,53 % 0,65 % -0,03 %
(*) Voir le texte pour une explication.
Source : GSE-FM Cameroun
Tableau 1.4 : Les changements de couvert forestier dans le nord du Congo (provinces de Likouala et de
Sangha) au cours de la période 1990-2000-2010
Likouala & Sangha 1990 2000 2010 1990-2000 2000-2010
Moyenne de la zone km² 124 774 Déforestation nette
cartographiée
km² 120 422 120 171 120 131 251,1 40,4
Couvert forestier
Photo 1.4 : Relicte forestière % 96,5 96,3 96,3 0,21 % 0,03 %
protégée par les villageois Source : GSE-FM Congo
dans le Bas Congo en RDC
26
Figure 1.3 : Carte de la perte de couvert forestier en République du Congo pour la période 2000-2005-2010
Source : FACET Congo
27
Une autre initiative de cartographie de la grâce aux images Landsat qui, par temps clair, cou-
République du Congo (RC) est l’atlas FACET, vraient 99,9 % du territoire. Le couvert forestier
une cartographie systématique réalisée sur l’en- total est estimé en 2000 à 229 385 km² (tableau
semble du pays. FACET évalue quantitativement 1.5). La forêt primaire de terre ferme représente
la dynamique spatiotemporelle des changements 52 % de la superficie forestière totale, la forêt
forestiers en Afrique centrale grâce à l’utilisation de secondaire en couvre 4 % et la forêt marécageuse
données satellitaires multitemporelles. FACET est 44 %. La perte brute de couvert forestier entre
un projet commun de l’Observatoire satellital des 2000 et 2010 est estimée à 1 700 km², soit 0,7 %
forêts d’Afrique centrale (OSFAC) et de l’Univer- de la superficie forestière totale en 2000. Pour ce
sité du Maryland. L’approche retenue pour l’atlas qui concerne le couvert forestier, 51 % de la perte
FACET du Congo est similaire à celle utilisée pour totale se situent dans la forêt primaire de terre
produire l’atlas FACET de la RDC (Potapov et al., ferme, 34 % dans la forêt secondaire et 16 % dans
2012), laquelle a été présentée dans le rapport EDF la forêt marécageuse. Les taux de perte du couvert
2010 (de Wasseige et al., 2012). Une recherche forestier varient selon le type de forêt : le taux le
exhaustive dans les archives du satellite Landsat plus élevé concerne la forêt secondaire (6,7 %) et le
ETM + a été effectuée en vue de cartographier taux le plus faible la forêt marécageuse (0,3 %).
l’étendue et la perte de couvert forestier entre 2000 Le taux de perte du couvert forestier pour la forêt
et 2010. Un total de 1 788 images ETM+ ont été primaire s’élève à 0,7 %. La majeure partie de la
traitées pour dresser la carte finale. Cette méthode perte de couvert de forêt primaire est attribuée
est une évolution de l’approche utilisée par Hansen à l’expansion de l’agriculture et à l’exploitation des
et al. (2008), qui fait appel aux données MODIS forêts primaires qui peut potentiellement modifier
pour prétraiter des séries chronologiques d’images la composition des espèces animales et végétales
Landsat, lesquelles sont utilisées à leur tour pour ainsi que la dynamique de l’écosystème. La perte
caractériser l’étendue et la perte de couvert forestier. totale de couvert forestier a presque doublé entre
Le couvert forestier a été cartographié pour 2000 2000-2005 et 2005-2010. L’augmentation la plus
et la perte a été analysée entre 2000 et 2005 et entre importante concerne la forêt marécageuse, où la
2005 et 2010 (figure 1.3). perte a presque triplé (284 %) ; la perte de forêt
Les changements de couvert forestier ont été primaire de terre ferme a augmenté de 182 %.
analysés pour l’ensemble du territoire national
Tableau 1.5 : Perte de couvert forestier en République du Congo pour la période 2000-2005-2010
(en kilomètres carrés)
Perte de forêt
2000 2005 2010
2000-2005 2005-2010
Congo km² 339118
Forêt primaire km² 117 708 117 403 116 846 305,4 557,2
Forêt secondaire km² 8 534 8 310 7 962 224,6 347,4
Forêt marécageuse km² 101 443 101 374 101 178 68,9 195,9
km² 229 385 228 786 227 685 598,8 1 100,5
Forêt totale
% 67,6 % 67,5 % 67,1 % 0,26 % 0,48 %
Source : FACET Congo
28
Encadré 1.1 : Suivi de la déforestation en RDC – le projet TerraCongo
Przemyslaw Zelazowski1,Carlos Riano2, Stefano Giaccio1, Inge Jonckheere1, V. K. Kosa3, H. K. Koy3, F. M. Kayembe3, E. N. Manzila3, D. V.
Mbenza3, Danaé Maniatis1
1
FAO, Forestry Department, UN-REDD Programme, Rome, RDC, 2 FAO, UN-REDD Programme, Kinshasa, Italy, 3 Direction Inven-
taire et Aménagement Forestiers (DIAF)/MECNT, Kinshasa, DRC
Le projet TerraCongo, lancé en 2011, est le fruit d’une collaboration entre l’Institut national brésilien pour la recherche spatiale (INPE)
et FUNCATE (fondation brésilienne chargée du
développement technique des méthodes et outils
destinés au système de surveillance de la forêt
amazonienne), la FAO et plusieurs pays qui
participent au programme UN-REDD (www.
[Link]), notamment la RDC, le Paraguay
et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. La collabo-
ration vise à renforcer la capacité nationale de
suivi et de mesures, notification et vérification (S
et MNV) de la forêt tropicale qui s’appuie sur une
technologie et des données (généralement) gra-
tuites. Parmi les autres objectifs du projet, citons
le renforcement des capacités techniques et pro-
fessionnelles des experts nationaux au cours de la
phase de mise en œuvre, ainsi que l’incorporation
des données et méthodes nationales actuelles au
système TerraCongo. La FAO fait office d’unifica-
teur pour le transfert de technologie sud-sud et le
renforcement de la capacité technique (notam-
ment le logiciel brésilien TerraAmazon) ainsi que
la promotion et la génération d’outils de télédé-
tection d’accès libre disponibles gratuitement.
29
Tout au long des deux phases de traitement des données, un groupe de cinq experts nationaux de la DIAF (Direction des Inventaires
et Aménagements forestiers), formés au Brésil, en Italie et en RDC, post-traitent et valident les informations extraites par traitement
automatique des données afin de s’assurer que les superficies forestières sont conformes à la définition officielle de la RDC d’une forêt
telle que soumise au secrétariat de la CCNUCC. Ils utilisent à cet effet un espace de travail dédié dans le logiciel TerraAmazon, qui
comporte deux projets distincts (intégrés dans la même base de données) : l’un pour la finalisation du masque de la forêt, et l’autre pour
l’évaluation périodique du changement de la superficie forestière. Les récents travaux se concentrent sur la collecte d’images à haute
résolution afin d’aider à l’interprétation des données Landsat et à la validation du projet, et sur la manipulation de l’ensemble des don-
nées de pré- et post-traitement à l’aide de logiciels libres et gratuits.
Les résultats du travail décrit ci-dessus sont publiés sur le portail web officiel du SNSF ([Link]), qui a été officiellement
inauguré en décembre 2011 (COP), et sont disponibles pour importer, traiter et disséminer toute donnée relative au suivi de la forêt
et à la MNV.
Figure 1.5 : Cartographie des changements forestiers entre 2000 et 2010 dans la province de Mambéré Kadei (Lot 1)
en RCA
Source : OSFT
30
Tableau 1.6 : Évolution historique (1990-2000-2010) de la surface des forêts denses humides, en RCA, par préfecture
1990 Changements 1990-2000 Changements 2000-2010
Surface
en forêt dense humide en forêt dense humide
Préfecture Totale Surface forêt dense humide Déforestation Recolonisation Déforestation Recolonisation
(km²)
(km²) (%) (km²) (km²) (km²) (km²)
Mambere-Kadei 30 100 9 845 32,7 % 694 59 436 151
Nana-Mambere 27 400 3 342 12,2 % 251 17 244 19
Ouham-Pende 23 300 1 093 4,7 % 105 25 99 7
Ouham 27 300 3 733 13,7 % 200 27 187 28
Kemo-Gribingui 16 800 4 582 27,3 % 318 32 347 15
Ouaka 49 200 5 246 10,7 % 263 112 188 120
Haute Kotto 16 200 4 174 25,8 % 182 23 254 27
Basse Kotto 17 200 2 750 16,0 % 54 102 53 160
Mbomou 60 400 23 668 39,2 % 362 141 364 116
Haut Mbomou 24 000 5 731 23,9 % 117 139 74 144
Sangha Mbaéré 18 700 17 713 94,7 % 124 34 118 55
Lobaye 18 400 10 223 55,6 % 119 7 128 64
Ombella-Mpoko 32 100 6 536 20,4 % 308 1 115 14
Total 361 100 98 636 27,3 % 3 097 718 2 607 919
(km²) 2379 1688
Déforestation nette
(%) 2,41 % 1,75 %
Source : OSFT et REDDAF-RCA
voir §2.1). Pour les neuf autres préfectures, une Le croisement des cartes des années 1990,
cartographie détaillée de l’année 2010 a été pro- 2000 et 2010 a permis d’estimer les changements
duite à partir des images SPOT à 10 m de résolution de surfaces forestières. Ceux-ci sont présentés par
spatiale tout comme les changements de couvert préfectures au tableau 1.6.
forestier sur la période 2000-2010. Les change- La déforestation est relativement faible dans
ments de la période 1990-2000 ont été analysés les forêts humides de la RCA, environ 2 % en 10
à partir des images Landsat de moins bonne résolu- ans à l’exception de certaines préfectures comme
tion. La cartographie détaillée de 2010 a été réalisée Nana-Mambere et Kemo-Gribingui qui présentent
en 6 classes d’occupation du sol : forêt dense, savane un taux de déforestation plus important (jusqu’à
arborée, savane, zone d’habitation, zone humide 7 % sur 10 ans). La forêt dense humide de RCA a
et zone agricole. La figure 1.5 illustre les change- perdu 4 % de sa surface totale (4 067 km²) en 20
ments intervenus dans la province de Mambéré ans soit une moyenne de 0,20 % par an.
Kadei.
31
3. Évaluation régionale des changements de couvert forestier
© Baudouin Desclée
par échantillonnage qui permet une meilleure com-
préhension des changements forestiers car son his-
torique va de 1990 à 2010. La seconde approche
est la cartographie exhaustive (wall-to-wall) qui
est indispensable à la mise en œuvre des politiques
nationales et locales ; mais elle nécessite des trai-
tements d’images satellites importants au moyen
Photo 1.5 : Changement d’occupation du sol en zone forestière, conversion de la
d’outils avancés.
forêt en champ de manioc
Tableau 1.7 : Les différentes approches utilisées pour le suivi du couvert forestier en Afrique centrale entre
1990 et 2000 et entre 2000 et 2010
1990-2000 2000-2010
Cartographie Cartographie par Cartographie Cartographie par Atlas FACET
nationale échantillonnage nationale échantillonnage
Cameroun X(Est) X X(Est) X X*
Congo X(Nord) X X(Nord) X X
Gabon X X X X X*
Guinée Eq. X X X*
RCA X(Sud) X X(Sud) X X*
RDC X X X
Tchad X X
Régional X X X*
(* Travaux en cours)
32
3.1 Suivi régional des forêts humides et sèches entre 1990 et 2010
Dans le cadre du projet TREES lancé en 1992 Photo 1.6 : Rivière Munaya
par la Commission européenne, une nouvelle éva- au Cameroun
luation de la déforestation a été réalisée à partir de
la série temporelle 1990-2000-2010 couvrant le
Bassin du Congo. Des cartographies ont été éla-
borées sur la base des images satellites en utilisant
les techniques récentes de traitement d’images.
Les cartes ont été croisées pour déterminer les taux
de déforestation pour chaque pays du Bassin du
© FRM
Congo. Cette étude contribue à l’Évaluation par
télédétection des ressources forestières mondiales
2010 de la FAO (Forest Resource Assessment
(FRA) 2010 ; FAO, 2012).
L’approche TREES/FRA utilise des extraits dées. La comparaison des paires de cartes validées
d’images satellites de 1990, 2000 et 2010 cou- entre 1990 et 2000, et entre 2000 et 2010 ont
vrant 10x10 km sur la base d’un échantillonnage permis de mesurer les changements de couvert Superficie déforestée
par échantillon (km2)
systématique sur chaque demi-degré de latitude/ forestier au niveau de chaque point de l’échan- < 0,1
longitude (et même quart de degré pour le Gabon tillonnage (Mayaux et al., 2013). L’évolution de la 1 - 0,5
0,5 - 1
et la Guinée Équatoriale, fréquemment couverts déforestation sur l’ensemble du bassin du Congo 2
5
des nuages), soit un échantillon total potentiel de est présentée à la figure 1.6. 5 - 10
10 - 20
510 points systématiquement distribués sur les 20 - 40
33
0,30% La figure 1.7 reprend les estimations de taux de
Déforestation brute moins déforestation nette Déforestation nette déforestation par pays et sur l’ensemble des forêts
0,25% humides d’Afrique centrale entre 1990 et 2000,
et 2000 et 2010. La tendance générale est une
0,20% diminution du taux de déforestation qui passe
de 0,19 % à 0,14 % pour l’ensemble des forêts
0,15% humides du Bassin du Congo. La reforestation
diminue aussi et devient négligeable.
0,10%
Une analyse similaire a été réalisée sur les
0,05% forêts sèches d’Afrique centrale. Ces forêts sèches
sont situées en dehors de l’écorégion Guinéo-
0,00% Congolienne qui correspond aux forêts humides.
90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10 L’approche décrite pour la période 1990-2000 par
-0,05%
Cameroun RCA Congo RDC Guinée Eq. Gabon Forêts humides Bodart et al. (2013) a été étendue sur la période
2000-2010 sur les pays de la COMIFAC. Les prin-
cipaux pays concernés sont le Cameroun, la RCA,
Figure 1.7 : Taux annuels (bruts et nets) de déforestation des forêts humides d’Afrique la RDC et surtout le Tchad. Les données pour
centrale entre 1990 et 2000, et entre 2000 et 2010* (avec barre d’erreur standard). 1990 et 2000 proviennent de Landsat, et pour
Les chiffres sont présentés en annexe 1A 2010 de DMC (62 %) et de Landsat TM (38 %).
Les résultats de cette étude sont présentés dans
Sources : UCL (1990-2000) et CCR (2000-2010) *Résultats préliminaires
la figure 1.8. Alors que la déforestation brute est
similaire entre 1990 et 2000 et entre 2000 et 2010
(0,36 % vs 0,42 %), on constate une diminution
Déforestation brute moins déforestation nette Déforestation nette
0,80%
de la reforestation qui passe de 0,14 % à 0,03 %
entre ces 2 périodes.
0,60%
0,40%
0,20%
0,00%
90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10 90-00 00-10
Cameroun RCA Tchad RDC Forêts sèches
Figure 1.8 : Taux annuels (bruts et nets) de déforestation des forêts sèches d’Afrique
centrale entre 1990 et 2000, et entre 2000 et 2010* (avec barre d’erreur standard).
Les chiffres sont présentés en annexe 1B
Source : CCR *Résultats préliminaires
Un jeu de produits cartographiques a été généré section 2.3). Les méthodes de cartographie utilisées
dans le cadre du programme FACET. Ces produits ont été étendues à l’échelle régionale pour caractéri-
constituent les premières cartes à résolution spatiale ser les pays suivant d’Afrique centrale : Cameroun,
moyenne du type de forêt, de leurs superficies et de RCA, République du Congo, la RDC, la Guinée
la perte de forêts à l’échelle nationale. Ces cartes équatoriale et le Gabon.
existent sous forme d’atlas papier et informatique.
Les produits FACET se composent à ce jour de L’imagerie Landsat à moyenne résolution est
cartes nationales pour la RDC (présenté dans EDF la source de données par excellence pour quanti-
2010) et la République du Congo (présenté dans la fier l’étendue des forêts et ses changements dans
34
de grandes zones. Le programme Landsat répond
à plusieurs critères de suivi opérationnel, notam-
ment une stratégie formelle d’acquisition de don-
nées, une politique de données ouvertes (les don-
nées sont fournies gratuitement et sont directement
accessibles sur le site Glovis ; http ://[Link].
gov). La correction radiométrique et géométrique
des données évite aux utilisateurs de recourir à un
prétraitement onéreux. Le lancement réussi de
Landsat 8 en février 2013 garantit la pérennité
du programme.
35
La figure 1.10 illustre un exemple sous régio- densité du couvert. Pour cette carte régionale, le
nal en montrant la variation de la perturbation taux de couvert de la canopée a été estimé pour des
forestière dans les pays à la lisière septentrionale de arbres de 5 mètres ou plus. Les cartes de pourcen-
la forêt humide du Bassin du Congo. L’image en tage du couvert arboré permettent aux utilisateurs
arrière-plan montre la haute qualité des données de modifier la définition d’une forêt en fonction
Landsat. L’absence de taches nuageuses ou bru- du couvert de la canopée et autorisent la désagré-
meuses résulte du traitement massif des archives gation de la perte de forêt par strate de densité de
Landsat. la canopée. La cartographie de la perte de couvert
forestier concerne uniquement les perturbations
De telles cartes régionales montrent les pos- du peuplement mais n’évalue pas la dégradation
sibilités offertes aux agences nationales chargées de la forêt à la suite d’une exploitation sélective.
du suivi de la forêt. À titre d’exemple, les données En outre, pour modéliser correctement les émis-
FACET ont été intégrées aux activités UN-REDD, sions de carbone dans le cadre des objectifs de suivi
et utilisées pour définir la carte thématique de base REDD+, il convient de qualifier les causes de perte
de l’étendue et de la perte du couvert forestier des- de forêt par type de forêt et d’identifier la dyna-
tinée au Système national de Surveillance des Forêts mique du changement (défrichement mécanique,
(SNSF) de la RDC. Le suivi national de l’initiative incendie, dégâts de tempête). Le résultat régional
REDD+ exigera de telles données pour les estima- sera mis gracieusement à disposition sur les sites
tions de base des émissions de carbone. Les défi- internet de CARPE et de l’OSFAC ([Link].
nitions de la forêt utilisées dans REDD+ peuvent edu et [Link]).
varier en fonction de la hauteur des arbres et de la
Figure 1.10 : Sous-ensemble régional de la Figure 1.9, avec perte de couvert forestier entre 2000 et 2012 en rouge et une image d’arrière-plan
composite de Landsat en 5-4-3 fausses couleurs
Source : FACET
36
4. Avancées en matière de cartographie de la dégradation
forestière et de la biomasse : études de cas
Dans le cadre de la gestion durable des forêts des zones forestières dégradées. La télédétection
et du programme UN-REDD, de nouveaux outils permet de surveiller les activités qui entraînent la
sont nécessaires pour fournir des informations réduction des stocks de carbone, depuis l’exploita-
fiables et continues sur les changements des stocks tion sélective jusqu’à la récolte du bois de feu. Si les
de carbone forestier. La priorité du suivi forestier méthodes d’estimation de la déforestation semblent
© Dominique Louppe
concerne non seulement les processus de défores- robustes, une évaluation fiable de la dégradation
tation (conversion de forêts en d’autres utilisations forestière reste encore un défi qui exige des tech-
du sol) mais aussi la dégradation forestière, c’est- niques plus avancées d’analyse des images satellites.
à-dire la réduction des stocks de carbone au sein
En général, sur les cartes issues des images satellitaires, les forêts tropicales humides d’Afrique centrale sont un grand aplat de couleur
verte dans lequel on ne peut pas distinguer les différents types de forêts. Pourtant, les études au sol montrent l’existence d’une grande
diversité de types forestiers. Dans le cadre du projet CoForChange ([Link]), la dynamique temporelle des images satellitaires,
et leurs informations sous-jacentes, nous a permis de produire une carte détaillant les types forestiers du couloir de la Sangha (latitude
0° – 5° Nord et longitude 13° – 19° Est). Les données du satellite MODIS qui présentent une synthèse d’indices de végétation EVI sur
16 jours à 500 m de résolution ont été utilisées pour la période de 2000 à 2009. La dynamique spatiale des pluies a été analysée à partir
des moyennes météorologiques mensuelles à 8 km de résolution (http ://[Link]/fews/africa/[Link]). Les données
d’inventaires de 37 898 placettes forestières ont été utilisées pour valider cette carte. Enfin, les classes forestières ont été confrontées à la
carte de végétation du Cameroun de Letouzey (1985) pour validation (Gond et al., 2013).
La figure 1.11 présente un extrait de la carte réalisée. Dans la légende, les histogrammes de couleur présentent les précipitations
mensuelles moyennes, le trait plein la variation de l’activité photosynthétique au cours de l’année comparée à l’activité photosynthétique
moyenne de la zone d’étude (en pointillé). Au nord de la carte, les couleurs marron et jaune soulignent la transition entre les savanes
et la lisière forestière. Les dégradés de vert différencient les types de forêts tropicales humides identifiés par l’analyse des données satel-
litaires : plus la teinte est foncée plus le peuplement comprend d’arbres sempervirents ; et inversement plus la teinte est claire plus le
peuplement abrite des arbres semi-caducifoliés. Le rose correspond aux zones agro-forestières proches des voies de communication et des
agglomérations. Enfin, les savanes incluses (en orange) du sud sont clairement différenciées des savanes du nord par leur cycle végétatif
différent révélé par leur activité photosynthétique.
37
Savane Forêt très ouverte Lisière forêt-savane Forêt dense semi-decidue Forêt dense sempervirente
Forêt ouverte Forêt ouverte sempervirente Savane incluse en forêt dense Forêt marécageuse
Figure 1.11 : Extrait de la carte de l’intervalle de la Sangha présentant la lisière nord du massif forestier de Yokadouma (Cameroun)
à l’ouest, à Nola à l’est (République Centrafricaine) jusqu’aux grés de Carnot à la frontière de la République du Congo.
Sur base d’images Landsat, différents indices (figure 1.12). Ces pourcentages sont considérés
ont été calculés après avoir augmenté le contraste comme les Indicateurs d’Ouverture de la Canopée
entre les surfaces forestières et les pistes, générale- (IOC). L‘analyse d’une série temporelle d’IOC per-
ment assimilées à des sols nus, grâce à l’application met de suivre l’évolution du réseau de pistes et donc
d’un filtre spatial (Gond et al., 2004). Des valeurs d’évaluer l’impact de l’exploitation forestière.
de seuils ont été ajustées pour identifier les sols
nus (Bourbier et al., 2013). Les résultats ont été L’IOC a été calculé pour la période de 1999
produits à l’échelle d’une maille de 500 m afin à 2003 sur des images Landsat. L’évolution de
d’être compatibles avec les données du capteur l’IOC renseigne sur l’évolution de l’ouverture ou de
MODIS. Sur chaque cellule de 500 m de côté, le la fermeture du couvert forestier. Cette technique
pourcentage de pixel de sol nu a été calculé sur permet l’évaluation du réseau de pistes forestières
base d’un composite annuel d’image MODIS afin en Afrique centrale et ainsi d’identifier les forêts
d’estimer le développement des routes forestières potentiellement dégradées.
38
Figure 1.12 : L’indicateur d’ouverture de canopée à partir de Landsat (gauche) est agrégé sur un maillage de 500 m de côté (centre) pour estimer
le ratio de surface en sol nu (droite)
Source : Bourbier et al., 2013
Encadré 1.3 : Carte régionale du couvert arboré obtenue à partir de données radar
Alexandre Bouvet
CCR
39
Figure 1.14 : Suivi des trouées d’exploitation sélective sur base d’une série temporelle d’images satellites
SPOT entre Janvier 2005 et Janvier 2007 (Desclée et al., 2011)
Une seconde étude, sur base d’images SPOT, couvert forestier a été de 7 % de la superficie mise
a permis d’évaluer les changements de couvert en exploitation (figure 1.14). Ces 7 % d’ouverture
forestier sur une concession forestière certifiée en de la canopée ont été causés à 60 % par les trouées
République du Congo (Desclée et al., 2011). Dif- d’abattage et à 40 % par les routes d’exploitations.
férentes perturbations forestières ont été détectées L’analyse de 2007 montre que les trouées se sont
par des changements sur les images satellites entre refermées et que seules les pistes principales sub-
2005 et 2007. Ainsi, entre janvier et mars 2005, sistent (figure 1.14). Ces cartes de suivi du couvert
sur une assiette de coupe de 20 000 ha, la perte de forestier peuvent ainsi être croisées avec les infor-
(a)
(c) (d)
(b )
Figure 1.15 : Carte de la dégradation au centre du Gabon dérivée des images Quickbird acquises en (a) décembre 2010 et (b) mars 2012.
La carte de dégradation (en c) montre la différence de pourcentage de la superficie des petites taches de sol sans couvert végétal pour la période
2010-2012, d) l’ensemble de la zone étudiée de 20x10 km où le cadre noir indique la zone correspondant aux figures a, b et c
Source : REDDiness
40
mations fournies par la société forestière. Le suivi pée, pistes d’exploitation) ont été détectées. Cinq
précis des trouées d’abattage nécessite des images niveaux de dégradation de la forêt ont ensuite été
satellites annuelles et de résolution fine. définis en fonction de la différence de pourcentage
de sol nu pour chacun de ces grands objets entre les
Le potentiel de l’imagerie satellitale optique deux dates. La dégradation forestière de niveau 5
© Frédéric Sepulchre
et radar pour détecter et surveiller la dégradation est considérée comme de la déforestation lorsque le
de la forêt a été évalué dans le cadre du projet seuil de couvert arboré est inférieur à la définition
REDDiness. La cartographie de la dégradation a été de la forêt (figure 1.15).
effectuée sur un site test de 20 x 10 km du Gabon
central à l’aide des images Quickbird multispec- La couverture nuageuse persistante dans de
trales et de haute résolution (2,4 m) acquises entre grandes régions du Bassin du Congo empêche une
2010 et 2012. La cartographie s’est appuyée sur analyse multitemporelle efficace de la dégradation
une classification semi-automatique à base d’objets. de la forêt. Pour remédier à ce problème, l’imagerie Photo 1.9 : Forêt
Tout d’abord, les grands objets qui présentent des radar a été utilisée pour détecter les signes d’une à caesalpinaceae –
caractéristiques d’image similaires ont été identi- dégradation de la forêt, bien que le traitement Sud Ouest Gabon
fiés pour les deux dates. Parmi ces grands objets, et l’interprétation de ces données à petite échelle
les plus petites taches qui représentent le sol nu soit complexe et demande une expertise dans l’ana-
dans une des images (par ex., trouées dans la cano- lyse des signaux radar.
Encadré 1.4 : Différentes approches de cartographie des forêts pour faire face à une importante couverture nuageuse
Baudouin Desclée et Philippe Mayaux
CCR
Grâce aux images satellites, il est possible de cartographier les forêts tropicales par télédétection sur de grandes superficies telles que
l’Afrique centrale. Les techniques sont cependant très variées et la qualité des résultats dépend de plusieurs paramètres tels que les images
utilisées, les prétraitements réalisés, la méthode de classification et ses données d’entrainements. On parle de cartographie continue (ou
« wall-to-wall ») quand la cartographie couvre une région complète alors qu’une analyse par échantillonnage est réalisée sur un échantillon
représentatif de la zone étudiée. L’avantage de la première technique est d’avoir une information exhaustive sur toute la région d’intérêt
mais elle nécessite de nombreux traitements d’images pour combiner différentes images. L’approche par échantillonnage limite l’analyse
à des surfaces plus réduites et permet d’obtenir une vision rapide de l’évolution des forêts sur de plus grandes superficies. Les tech-
niques de classifications utilisent soit des approches par pixel (on classifie tous les pixels de l’image satellite) ou par objet (on découpe
l’image en polygones homogènes et on leur assigne une catégorie d’occupation du sol). L’avantage de la première approche est d’avoir
une information plus fine au niveau spatial (à l’échelle du pixel), tandis que la seconde permet d’avoir une information cartographique
plus cohérente (groupe de pixel de comportement similaire). La difficulté de cette dernière approche est la détermination du niveau
d’agrégation pertinent, souvent défini par l’unité minimale de cartographie.
Une grande contrainte pour la cartographie des forêts en zones tropicales, spécialement en Afrique centrale, est l’importance de la
couverture nuageuse. Ceci constitue un problème lors de l’analyse des images optiques et nécessite de trouver des méthodes adaptées
pour contourner cette difficulté. Il existe plusieurs types d’alternatives : (1) l’analyse multi-capteur, (2) la composition d’images et (3)
l’exploitation d’images radar.
La première approche utilise des images satellites de différents capteurs pour couvrir une région importante avec suffisamment
d’images sans nuages. Toutefois, on est lié à la disponibilité des images et à l’accès à ces données. Par exemple, l’accès aux images Landsat,
couramment utilisées pour le suivi des forêts, a été problématique en Afrique centrale sur la période 2003-2013, dû au problème du
capteur ETM+ de Landsat-7 en 2003 et à l’arrêt de la réception des données Landsat-5 depuis 2001 dans cette zone. Les images acquises
par d’autres capteurs (par exemple SPOT, Aster, DMC et RapidEye) sont donc ajoutées à l’analyse multi-capteur pour couvrir la zone
d’intérêt. Deuxièmement, la composition d’images est une approche plus récente qui combine des morceaux d’images afin de réaliser une
image composite sans nuages. L’avantage de cette technique est d’obtenir une image continue sans nuage mais vu que les informations de
différentes dates sont combinées, il est plus complexe d’identifier quand est survenu le changement de couverture forestière. La troisième
alternative au regard de la couverture nuageuse est l’exploitation des images radar ayant un signal qui n’est pas perturbé par les nuages.
Toutefois, ce signal est influencé par d’autres paramètres (ex. la topographie, l’humidité du sol…), ce qui rend son traitement plus
complexe à interpréter. Il est donc utile de combiner ces données avec d’autres sources d’informations, les images optiques par exemple.
Ces différentes approches de cartographie des forêts ont donc chacune leurs avantages et leurs inconvénients afin de répondre
à un défi important : cartographier les forêts dans une région très nuageuse. La recherche de nouvelles solutions est sans cesse renou-
velée pour réaliser des cartes plus précises et adaptées aux nouveaux satellites disponibles.
41
4.2 Cartographie de la biomasse forestière
Comme les régions tropicales présentent une dans le cadre du projet REDDAF : (1) une approche
couverture nuageuse permanente, les futurs sys- à base NDVI, qui compare les valeurs de cet indice
tèmes MNV nécessiteront un suivi par satellite de végétation dérivé des données satellites RapidEye
avec des capteurs pénétrant les nuages combinés entre 2009 et 2011 ; et, (2) l’application de données
à des images optiques. Dans le cadre du projet satellites stéréo Cosmo-Skymed pour calculer des
ReCover (Häme et al., 2012 ; Haarpaintner et al., modèles 3D qui mettent les trouées d’exploitation
2012), une carte de la biomasse a été produite et les pistes en évidence. Finalement, un modèle
pour une région de 68 000 km2 dans l’ouest de la transférable a été mis au point en vue d’estimer
RDC. Elle a été réalisée à partir de données satellite la biomasse aérienne des forêts à faible émission
LiDAR provenant d’un capteur ICESat/GLAS sur de carbone à l’aide de données SAR (Mernoz et
la période 2003-2009 (figure 1.16). La biomasse al., 2014). La figure 1.17 présente les résultats
est estimée par interpolation et conversion ICESat/ de ce modèle : une carte de la biomasse pour la
GLAS s’appuyant sur les hauteurs d’arbres à une région de l’Adamawa au Cameroun qui couvre
résolution d’1 km². L’équation allométrique four- environ 15 000 km². De nombreuses mesures de
nie par Saatchi et al. (2011) a été utilisée pour la biomasse (21 parcelles) ont été réalisées en 2012
cette première carte. La donnée supplémentaire sur le terrain. Elles ont été utilisées pour le calibrage
utilisée était une carte Forêt/Non forêt (F/NF) et la validation du modèle d’inversion des données
dérivée des données Landsat et combinée à des SAR. Ce modèle pourrait constituer une approche
données optiques à haute résolution (Pedrazzani peu coûteuse d’estimation de la biomasse aérienne
et al., 2012) et des données radar pénétrant les des forêts à faible émission de carbone. Il nécessite
nuages (Einzmann et al., 2012). Les cartes F/NF une validation pour une utilisation plus robuste
résultantes ont été produites pour les années 1990, dans d’autres régions.
2000, 2005 et 2010 à une résolution de 30 m.
Figure 1.16 : Carte de la
L’évaluation du facteur d’émission, qui mesure
biomasse des régions forestières
Deux méthodes d’évaluation directe de la les changements des stocks de carbone dans les
de l’est de la RDC dérivée d’une
dégradation forestière ont été testées au Cameroun divers réservoirs de carbone de la forêt, s’est concen-
combinaison de cartes forêt/non
forêt et des hauteurs d’arbres
Source : ReCover.
© FRM
la biomasse totale, aérienne et racinaire, à 326 coûts. La couverture nuageuse persistante constitue
tonnes par hectare, la biomasse aérienne étant de le principal problème pour l’acquisition d’images
285 t/ha. La comparaison des ZIC avec les parcelles optiques dans le Bassin du Congo, mais le radar
intactes révèle que pour une tonne de bois (grume) présente ses propres inconvénients intrinsèques. Photo 1.10 : Piste secondaire
extraite des concessions non certifiées, 1,97 tonnes La disponibilité limitée d’images d’archive optiques pour l’évacuation des bois
(± 0,41) de carbone étaient émises, alors que dans et radar rend actuellement difficile l’établissement dans la Province du
les concessions certifiées, les émissions de carbone de références adéquates pour le suivi de la dégra- Bandundu – RDC
s’élèvent à 1,34 tonne (± 0,22)/T de bois exporté. dation des forêts. Des stratégies d’observation
systématique, où un capteur satellite balaie fré-
Ces résultats démontrent qu’une gestion amé- quemment le territoire avec les mêmes caracté-
liorée de la forêt et des pratiques d’exploitation ristiques d’observation, permettront de remédier
à faible impact peuvent entraîner une réduction à ces problèmes.
Encadré 1.5 : Une technologie aéroportée de pointe pour mesurer la biomasse forestière en RDC
Aurélie C. Shapiro1, Mina Lee2, Johannes Kirchgatter1, Sassan Saatchi3
1
WWF – Allemagne ; 2WWF – RDC ; 3Université de Californie, Los Angeles
Après l’annonce de la cartographie de la biomasse de la forêt nationale en RDC (voir l’encadré 8.3 dans EDF 2010), le projet Carbon
Map and Model (CO2M&M1) lancé en 2012 récolte aujourd’hui des données aéroportées de scanner à laser (LiDAR, for Light Detection
and Ranging) afin de compléter les données de terrain et les données satellites en vue de l’estimation du carbone stocké dans les forêts
de la RDC. Cette collecte de données stratégiques pour l’évaluation de la biomasse est réalisée grâce à une méthode d’échantillonnage
qui reproduit les techniques d’inventaire forestier sur le terrain. Une couverture LiDAR nationale n’étant financièrement pas abordable,
un échantillonnage aléatoire stratifié permettra de générer un ensemble de données le plus objectif possible (c.-à-d. distribué largement
et uniformément) tout en représentant de manière cohérente les divers types de forêts dans l’ensemble du pays. À cette fin, 212 parcelles
couvrant au total environ 400 000 ha seront survolées entre 2013 et 2014 afin d’acquérir simultanément les données LiDAR et des
photos aériennes haute résolution en couleur, qui constitueront l’un des inventaires les plus complets de la forêt jamais réalisé en RDC.
Les scanners LiDAR sont des satellites actifs qui utilisent une approche altimétrique pour vérifier très précisément l’élévation de
la superficie des terres (<10 cm) ainsi que la hauteur de la canopée de la forêt (figure 1.18). Le signal LiDAR fournit également des
informations au sujet de la structure forestière dans les forêts denses (canopée, densité). Des parcelles existantes et des parcelles nou-
velles « classiques » seront utilisées pour calibrer les données LiDAR au niveau régional, ce qui constituera un large ensemble de données
permettant de valider la méthodologie. Les données LiDAR, calibrées grâce aux inventaires de terrain, seront généralisées sous forme
d’imagerie satellitaire et croisées avec d’autres données afin de mesurer la biomasse de l’ensemble du pays.
1 http ://[Link]/themen-projekte/waelder/wald-und-klima/carbon-map-and-model-project.
43
Outre l’estimation des stocks
de carbone, ces données Li-
DAR peuvent être utilisées
pour diverses applications,
comme la santé de la forêt,
la biodiversité et la recherche
en matière de conservation.
La campagne LiDAR fournira
également des informations
sur les perturbations de la
forêt telles que l’exploitation
dans les concessions forestières, Figure 1.18 : Schéma montrant la combinaison de LiDAR aéroporté estimant la hauteur de la canopée
l’étendue de la dégradation de et l’élévation du sol qui, combinées à des données auxiliaires, permet de produire une carte de la biomasse
la forêt et la capacité de régé- avec une résolution d’un hectare.
nération des forêts tropicales.
Selon Zhuravleva, et al. (2013),
la dégradation de la forêt peut constituer une composante significative des émissions de carbone dans le Bassin du Congo. Fin 2015, ce
projet fournira des informations essentielles sur les stocks et les émissions de carbone de la forêt en RDC et sur les émissions résultant
de la gestion forestière, de la conservation et de la déforestation.
44
Aucune étude ne considère que l’exploitation pression démographique tant rurale qu’urbaine,
forestière de bois d’œuvre soit un facteur direct de la pauvreté rurale, le développement de nouvelles
déforestation en raison des faibles densités d’ex- infrastructures et la maîtrise insuffisante de la
ploitation concentrée sur quelques espèces à haute gouvernance du secteur forestier. La déforestation
valeur commerciale. Par contre, la concomitance de reste faible lorsque la population rurale ne dépasse
fortes densités de population et de l’ouverture de pas le seuil de 8 habitants par km2 et augmente
routes forestières favorisent localement une dégra- rapidement au-delà de ce seuil. La proximité des
dation importante du couvert forestier. villes, en temps de transport, influe fortement sur
la dégradation des écosystèmes forestiers. En effet,
Les secteurs minier et pétrolier ne causent pas l’absence d’infrastructures routières de bonne qua-
de déforestation importante, du moins en termes lité est un frein au développement des activités
de surface, mais la pollution de l’air et des rivières d’exploitation agricole et de bois énergie. Lorsque
qu’ils engendrent affectent localement l’état des le temps de transport excède 16 h, l’influence des
forêts. Dans ces secteurs, de nombreux nouveaux centres urbains devient statistiquement négligeable
projets sont à l’étude (par exemple l’exploitation (Mayaux et al., 2013) sauf le long des voies navi-
pétrolière dans le parc national des Virunga) qui ne gables. Les études ont montré que la mauvaise gou-
manqueront pas d’avoir un impact très important vernance au niveau local et national est également
sur les forêts. un facteur sous-jacent qui favorise la déforestation,
en particulier dans les zones où la mauvaise ou
L’unanimité se fait sur les principales causes l’absence de planification spatiale ne permet pas de
sous-jacentes de dégradation des forêts qui sont la juguler les activités illégales (Rudel, 2013).
Une simulation des risques de pertes du couvert couvert forestier du même ordre de grandeur que
forestier en RDC à l’horizon 2035 a été réalisée par celle observée entre 2000 et 2005.
l’UCL, en collaboration avec la FAO, dans le cadre
de l’initiative REDD+. L’année 2035 constitue le Alors que la perte de couvert forestier observée
terme de l’actuelle stratégie nationale REDD+ en entre 2005 et 2010 a été estimée à 19 759 km²
RDC. (Potapov et al., 2012), soit 14 % de plus que pour
la période 2000-2005, la simulation conservatrice
Cette étude s’est basée sur l’évolution du (2e scénario) la sous-estime d’environ 13 %. Sur
couvert forestier de la RDC entre 2000 et 2010 cette base conservatrice, le taux annuel moyen de
décrite dans l’atlas FACET (Potapov et al., 2012). perte de couvert forestier serait de 0.19 %, taux peu
La simulation du risque de perte de couvert fores- réaliste en comparaison des tendances observées
tier, à la résolution spatiale du kilomètre carré, ailleurs. Ernst et al. (2013) ont observé un double-
s’est appuyée sur les moteurs de la déforestation ment des taux bruts de déforestation qui sont passés
et de la dégradation des forêts en RDC identifiés de 0,11 % par an entre 1990 et 2000, et à 0.22 %
par Defourny et al. (2011). La distribution de la par an entre 2000 et 2005. Potapov et al. (2012)
population humaine et le temps d’accès aux mar- indiquent que le taux brut de perte de couvert
chés des zones urbaines sont les deux variables qui forestier (tous types de forêts confondus) est passé
expliquent spatialement les dynamiques du chan- de 0,22 % à 0,25 % par an entre les périodes de
gement du couvert forestier en RDC (Kibambe 2000 à 2005 et de 2005 à 2010.
et Defourny, 2010 ; Kibambe et al., 2013).
Sur la base du scénario 1 (BAU), le taux moyen
La calibration du modèle de simulation a été annuel de perte de couvert forestier a été estimé
réalisée sur base des cartes d’occupation du sol des à 0,31 % avec comme hypothèses une croissance
années 2000 et 2005 de l’atlas FACET. La carto- démographique de 2 % à 3 % en milieu rural, une
graphie du couvert forestier en 2010 de cet atlas densité de population maximale de 6 habitants/km²
a servi à la validation du modèle. Deux scénarios en zone forestière (Kibambe et Defourny, 2010)
ont permis de contraster les simulations réalisées : et un besoin en terre forestière par ménage rural de
un scénario business-as-usual (BAU) qui prévoit un 0,25 hectares (Tollens, 2010). Ce taux de 0,31 %
doublement de la population en 2035 et un scéna- est quatre fois inférieur à l’estimation réalisée par
rio conservateur qui envisage une perte annuelle de Zhang et al. (2002).
45
Les simulations ont cependant montré que tier de la RDC. Par contre, la simulation basée
l’hypothèse conservatrice pouvait être un bon sur la croissance démographique montre que les
indicateur de l’évolution du couvert forestier pertes du couvert forestier pourraient être bien
à court terme (de l’ordre de 5 ans), car les superfi- plus importantes si la population congolaise double
cies forestières converties en zones non forestières d’ici 2035, terme de l’actuelle stratégie nationale
sont de faibles étendues à l’échelle du massif fores- REDD+ en RDC.
Les différentes initiatives de cartographie et de une vision globale sur l’ensemble des pays de la
suivi forestier en Afrique centrale démontrent le COMIFAC.
grand intérêt international pour les forêts tropi-
cales. La tendance est à la réalisation de plus en Les études sur la dégradation forestière et d’éva-
plus de cartographies exhaustives des forêts car de luation de la biomasse aérienne sont encore en
plus en plus d’images satellites sont disponibles phase de développement. Elles nécessiteraient une
(notamment avec l’arrivée des nouveaux satellites meilleure intégration des données de terrain, pour
Landsat-8 et Sentinel-2) et la résolution des images la biomasse notamment, par le développement
est de plus en plus fine. Pour pouvoir comparer ces d’un réseau de collecte et archivage des données
différentes cartographies, il est crucial d’harmoniser de terrain. Il est également important de renforcer
les méthodes utilisées et la définition des classes les capacités régionales pour la collecte, le traite-
d’occupation du sol ainsi que de détailler davantage ment et l’analyse des données de suivi forestier afin
la qualité et la précision des informations, ce qui que cela soit réalisé par des experts de la région.
est rarement le cas. La cartographie de certains Le projet de la station de réception SPOT de
pays comme le Rwanda, le Burundi et São Tomé Libreville sera peut-être un tremplin pour atteindre
et Príncipe est également indispensable afin d’avoir cet objectif.
46
CHAPITRE 2
Filière bois d’œuvre et gestion des forêts naturelles : les bois tropi-
caux et les forêts d’Afrique centrale face aux évolutions des marchés
Nicolas Bayol1, Frédéric Anquetil2, Charly Bile3, An Bollen4, Mathieu Bousquet5, Bérénice Castadot2, Paolo Cerutti6, Jean Avit
Kongape7, Marine Leblanc2, Guillaume Lescuyer6,8, Quentin Meunier9, Eudeline Melet10, Alain Penelon11, Valentina Robiglio12,
Raphaël Tsanga6, Clarisse Vautrin1.
Avec la contribution de : Membres de la commission des marchés ATIBT, Denis Beina, Pierre Dhorne, Joachim Kondi, Paul Koumba
Zaou, Lambert Mabiala, Jean Jacques Urbain Mathamale, Philippe Mortier, Donatien Nzala, Cédric Vermeulen, Yves Yalibanda.
1
FRM, 2ATIBT, 3CTFC, 4FERN, 5UE, 6CIFOR, 7MINFOF, 8CIRAD, 9DACEFI, 10MAAF, 11EFI, 12ICRAF
L’évolution des filières de bois d’œuvre en forte croissance en quantités, mais le faible pouvoir
Afrique centrale est largement dépendante des d’achat de la population et l’absence d’exigences
exigences des marchés. Cela est notamment vrai des clients quant à la gestion des ressources font
pour les marchés internationaux qui sont particu- que ce marché s’oriente majoritairement vers une
lièrement exigeants quant à la qualité des produits. filière informelle et / ou illégale.
Cette forte exigence constitue un obstacle à une
meilleure valorisation de la ressource forestière. Ce chapitre concerne les filières bois d’œuvre
Ces marchés sont également de plus en plus sou- d’Afrique centrale. Il aborde dans un premier
cieux des conditions de production, du respect temps l’évolution de la demande en bois tropi-
des réglementations nationales et des standards cal. Ensuite, il s’intéressera aux producteurs et aux
internationaux de gestion durable. Parallèlement, filières et enfin à la gestion des espaces forestiers.
le marché intérieur du Bassin du Congo est en
© Frédéric Sepulchre
47
2. La demande en bois tropical
2.1.1 Evolution des volumes, prix plémentaires par an, constitue une part importante
et flux de bois. Le Bassin du de l’approvisionnement des pays limitrophes de la
Congo au sein de la production sous-région.
mondiale Evolution des volumes
L’arrêt de l’exportation du bois sous la forme
La récolte mondiale de bois ronds (hors bois de grumes, promulgué par le Gabon en 2009,
énergie) est estimée à 1 578 millions m3 (FAO, (presque 2 millions de m3 de grumes exportés en
2011). 2007) est entré en vigueur en 2010. En 2009, le
Gabon a, à lui seul, exporté autant de grumes que
L’extraction du bois des forêts naturelles de l’ensemble de la sous-région et n’en a plus exportées
l’ensemble des pays de la COMIFAC s’élève, tou- en 2010. La baisse des exportations gabonaises de
jours selon la FAO, à environ 16 millions de m3, grumes entre 2009 et 2010 a été en partie com-
soit 1 % seulement de la production mondiale2. De pensée par un accroissement de 500 000 m3 de
ce volume exploité, 5 millions de m3 équivalent l’exportation de grumes en provenance des autres
grumes sont exportés (tous produits confondus)3, pays de la région, essentiellement du Cameroun
ce qui ne représente que 0,3 % environ de la pro- et de la République du Congo. Les concessions
duction mondiale de grumes. gabonaises ont vu leur rentabilité baisser suite
à cette réglementation stricte et inattendue.
Volumes des exportations et destinations L’effet de la crise mondiale de 2008 sur les
L’Asie – essentiellement la Chine – représente volumes de sciages exportés (qui se sont effondrés
2 La production formelle est comprise
plus de 50 % des volumes équivalent grumes expor- en 2009) continue de se faire sentir sur le marché
ces dernières années entre 6 et 8 tés. Les marchés européens et asiatiques sont essen- européen toujours en récession. Le Cameroun, lea-
millions de m3, le chiffre de la FAO tiellement approvisionnés par le Cameroun et le der du sciage de la région, a malgré cela, retrouvé
inclut probablement une part de Gabon. en 2010, un niveau d’exportations de sciage, en
production informelle. Le marché interafricain représente moins de volume supérieur à celui de 2006, proche de
3 Le volume équivalent grume est
le volume des grumes qui ont été
10 % des volumes exportés (environ 0,4 millions de 600 000 m3. Le Gabon a multiplié par trois ses
nécessaires pour produire un mètre m3 grumes par le Gabon et le Cameroun). Le sciage exportations de sciages entre 2007 et 2011 pour
cube de produits finis. informel, estimé à plus de 0,2 millions de m3 sup- atteindre 470 000 m3, grâce à l’évolution de son
60% 3.000.000
2009 2010
50% 2.500.000
40% 2.000.000
30%
1.500.000
20%
1.000.000
10%
500.000
0%
Europe Asie Afrique Afrique Amérique Amérique 0
Contreplaqué
Rondins pour
tranché
Grume
Sciage
raboté
déroulé
pâte à papier
Placage
Placage
Sciage
48
outil industriel suite à l’arrêt des exportations de
grumes. Le Gabon a également interdit l’abat-
tage de 5 essences : Afo (Poga oleosa), Andok
(Irvingia gabonensis), Douka (Tieghemella sp.),
Moabi (Baillonella toxisperma), Ozigo (Dacryodes
buettneri)4. Bien que ces espèces ne concernent
© Dominique Louppe
que de relativement faibles volumes (13 % des
volumes grumes exportés en 20075), cette mise
en réserve a fragilisé la viabilité économique de
certaines concessions, et a engendré quelques effets Photo 2.2 : Train de grumes
de report vers les pays voisins. pour l’exportation au port
L’exportation de sciages rabotés (parquets, d’Owendo – Gabon
lames de terrasse, moulures, etc) demeure à un
niveau excessivement faible (2 % des exportations 2013 et les premières licences FLEGT (Forest Law
en m³ équivalent grume), dominé de très loin par Enforcement, Governance and Trade) attendues pour
le Cameroun qui s’approche à nouveau du niveau 2014 auront des effets, difficiles à prévoir, sur la
d’exportation de 2008 (41 000 m³ de sciages rabo- compétitivité des produits certifiés.
tés en 2010).
L’exportation de contreplaqués par le Gabon Evolution des prix
a fortement baissé au profit du placage déroulé Pendant la crise, l’évolution des taux de change
qui connaît une forte croissance à l’export (effet des devises a contribué à renchérir les produits
indirect de la non-signature des accords de parte- exportés.
nariat économique avec l’Union Européenne par le Les contraintes logistiques diverses (ponts,
Gabon entraînant des hausses des tarifs douaniers ports, routes) contribuent aussi à faire augmenter
différentes selon les produits et qui sont particu- les coûts du transport et à freiner ainsi les perspec-
lièrement élevées pour les contreplaqués). tives de développement des exportations.
L’exportation de produits manufacturés éla- La baisse de la demande liée à la crise de 2008-
borés (exemples : portes, meubles) demeure tota- 2009 a fait chuter les prix. Cette baisse des prix a
lement insignifiante. été plus forte sur les sciages (jusqu’à presque 25 %
Au niveau régional, l’exportation de nouvelles en 2009 et 2010) que sur les grumes (uniquement
essences (dites essences secondaires) progresse, en 2009).
mais timidement. Parmi ces espèces on trouve : les
Tali (Erythophleum sp.), Padouk (Pterocarpus sp.), Flux des bois
Okan (Cylicodiscus gabunensis), Eyoum (Dialium Les grumes (Cameroun, Congo) qui consti- 4 Seuls le Moabi, le Douka et l’Ozigo
représentaient des volumes
sp.), Anzem (Copaifera sp.), Kotibé (Nesogordonia tuent plus de la moitié des exportations de la zone
significatifs
papaverifera), Longhi rouge (Chrysophyllum sp.), sont destinées essentiellement à la Chine, suivie de 5 Source : statistiques SEPBG
Mukulungu (Autranella congolensis), Gheombi loin par l’Inde dont la demande augmente.
(Sindoropsis le-testui), etc. Leur commercialisation
est rendue difficile par la difficulté de constituer des
lots homogènes suffisants en volumes et de garantir
900
un approvisionnement stable dans la durée. Ces
essences souffrent aussi d’un niveau de prix bas 800
qui ne permet pas, le plus souvent, d’assurer la
rentabilité de leur exploitation surtout pour les 700
concessions éloignées pour lesquelles le coût de Ayous
transport pèse fortement sur le prix de revient. 600
Okoumé
Padouk
En outre, les perspectives des bois tropicaux Sapelli
sur le marché européen sont limitées par la concur- 500 Iroko
rence des bois tempérés et celle, très vive, des maté- Moabi
Movingui
riaux autres que le bois (PVC et [Link] en 400
350
Ayous
300 Azobé Ayous (Triplochiton scleroxy-
Iroko
lon) ; Azobe (Lophira alata) ;
Okoumé
250 Moabi
Iroko (Cholorophora regia) ;
Movingui Okoumé (Aucoumea klai-
Okan neana) ; Moabi (Baillonella
Padouk
200 toxisperma) ; Movingui (Dis-
Sapelli
Tali
temonanthus benthamianus) ;
Okan (Cylicodiscus gabunen-
150
sis) ; Padouk (Pterocarpus
soyauxii) ; Sapelli (Entan-
100 drophragma cylendricum) ;
Jan 2008 Jan 2009 Jan 2010 Jan 2011 Déc 2011 Jan 2013
Tali (Erythrophleum sp.)
Figure 2.4 : Evolution des prix FOB des grumes d’Afrique (€/m ) 3
Source : OIBT
Les sciages, qui jusqu’à récemment provenaient et de légalité de l’exploitation. Mais, comme le
majoritairement du Cameroun, alimentent princi- marché asiatique est en partie tourné vers la réex-
palement les clients historiques européens dont la portation de produits transformés, il doit lui aussi
demande est cependant en diminution (Espagne, répondre aux exigences, notamment de traçabilité
France, Italie et Pays-Bas). L’Asie est en train de des produits, des autres pays consommateurs dont
prendre le relais sur ce marché (Carte Examen les marchés européens, américains et australiens.
Annuel 2010 ITTO P45). Ces derniers, quant à eux, se soucient de plus en
Le placage déroulé est exporté essentiellement plus des conditions de production des bois qu’ils
vers l’Europe (France et Italie), mais il subit à la achètent. Le cas particulier du marché européen
fois la perte d’intérêt pour le contreplaqué et la est détaillé ci-dessous en raison de son importance
concurrence des bois tempérés. et de l’actualité liée à la mise en œuvre du plan
d’action FLEGT. En effet, bien que l’Asie soit deve-
En matière d’origine des produits bois nue le premier importateur de bois africain, les
d’Afrique centrale, les exigences des différents producteurs d’Afrique centrale ne peuvent pas se
marchés internationaux consommateurs sont très permettre de se couper du marché européen dont
variables. Le marché asiatique reste très peu regar- ils doivent s’adapter aux exigences.
dant sur les questions de gestion durable des forêts
Tableau 2.1 : Quantité et types de produits exportés (secteur formel) des pays d’Afrique centrale en 2010
Exportations 2010 Guinée
Cameroun Congo RDC RCA Gabon Total
(m3 réels de produit) équatoriale*
Grumes 607 647 798 954 124 037 147 893 23 385 - 1 678 531
Sciages 696 166 132 187 25 838 36 657 3 375 278 236 1 169 084
Placages déroulés 52 548 18 038 - - 8 388 196 804 267 390
Placages tranchés 78 - - - - 78
Contreplaqués 17 084 167 - - 54 707 71 958
Sciages rabotés 40 945 - 225 - 971 42 141
Rondins pour pâte
- 318 492 318 492
à papier
Equivalent grumes 2 616 104 1 493 343 189 195 239 536 52 793 1 299 442 5 837 618
Source : statistiques des administrations forestières des pays concernés, volume équivalent grumes évalué par les auteurs
* : données 2009
50
2.1.2. Accord de Partenariat Volontaire nombre de titres d’accès à la ressource (volumes ou
et Règlement Bois de l’Union Européenne : espaces), a une multiplicité d’acteurs, ce qui rend le
des exigences de légalité pour accéder au contrôle très complexe. Par ailleurs, une difficulté
© Dominique Louppe
supplémentaire résulte du fait qu’une partie du
marché européen bois destiné à l’exportation provient d’importantes
exploitations informelles.
Dès 2003, l’Union européenne s’est fixé de L’APV avec le Congo est entré en vigueur en
nouvelles exigences sur le commerce du bois et de mars 2013, mais le Congo connait des difficultés
ses dérivés. Ces exigences ont été matérialisées par avec la mise en œuvre de son Système de vérifica-
le Plan d’Action FLEGT dont la volonté affichée tion de la légalité (SVL) et son système national de
est de bannir le bois illégal et son commerce vers traçabilité, mais aussi avec l’application rigoureuse
Photo 2.3 : Sciages d’Afror-
l’Union Européenne (UE). Quelques pays pro- de la loi par bon nombre d’entreprises forestières.
mosia Pericopsis elata – RDC
ducteurs de bois tropicaux ont engagé avec l’UE la Le développement des procédures de vérification
négociation d’un Accord de Partenariat Volontaire de légalité est bien avancé mais leur mise en œuvre
(APV). Un tel accord a pour buts de concrétiser effective nécessite un mécanisme de financement
cette volonté réciproque de lutter contre l’exploi- pérenne et le renforcement des capacités des agents
tation illégale, et mettre en place une gouvernance qui en auront la responsabilité.
et un contrôle amélioré du secteur forestier. Enfin L’APV avec la République Centrafricaine est
il permet de garantir du bois légal aux consomma- entré en vigueur en juillet 2012. Il y a des dif-
teurs européens. ficultés matérielles pour sa mise en œuvre dans
Avec le Plan d’Action FLEGT de 2003, l’UE a la mesure où le pays dépend fortement de l’aide
affiché son souhait d’appuyer les pays producteurs extérieure. L’enclavement complet du pays pose le
de bois engagés dans des réformes du secteur, avec problème du transit des bois centrafricains à travers
notamment les objectifs de lutte contre l’exploi- le Cameroun ainsi que la prise en charge de leur
tation illégale et la mise en place d’une gestion traçabilité.
durable des forêts. L’appui porte sur le renforce- L’APV avec la République Démocratique du
ment de la capacité des États dans leurs fonctions Congo est en cours de négociation depuis 2010.
de contrôle, sur le soutien à un secteur privé ver- Une difficulté tient à la volonté de décentralisation
tueux et l’émergence d’une société civile soucieuse dans le pays. Par ailleurs, l’exploitation industrielle,
de la bonne gestion des ressources naturelles de qui s’est développée ces dernières années sous cou-
leur pays. Parmi les outils disponibles du processus vert de permis artisanaux, n’offre pas de garanties
FLEGT, la négociation des APV est certainement suffisantes sur l’origine des bois ni sur la gestion
le plus connu. durable des ressources.
51
Enfin, l’APV avec le Gabon est en cours de Promulgué en 2010, le RBUE est entré en
négociation depuis 2010. Le clivage du secteur vigueur le 3 mars 2013 alors que tous les pays enga-
forestier entre les grandes entreprises et les petits gés dans un APV ont pris du retard dans sa mise
opérateurs forestiers, couplé à une absence d’enga- en œuvre. Ces pays ne sont donc pas en mesure
gement des administrations concernées ont placé d’émettre une autorisation FLEGT, ce qui inquiète
© Carlos de Wasseige
la négociation dans une longue phase de léthargie. le secteur privé des pays producteurs. Sans autori-
sations FLEGT, les importateurs vont considérer
Le Règlement sur le bois de l’Union qu’il y a un risque que leur fournisseur leur vende
européenne du bois illégal. En l’absence de système national
de vérification de la légalité, il appartient donc
Le Règlement Bois de l’Union européenne à chaque opérateur exportant vers l’Union euro-
(RBUE) fait partie du plan d’action FLEGT et est péenne de fournir les éléments d’information qui
Photo 2.5 : Labelisation OLB venu compléter les APV en 2010. Le RBUE n’est vont rassurer son acheteur quant à la légalité du
en vue d’une exportation – pas une mesure de contrôle aux frontières mais une bois et des produits dérivés, et à la crédibilité des
Port de Douala – Cameroun mesure qui s’applique aux opérateurs plaçant du informations fournies. Les schémas de certification
bois sur le marché européen, quelque soit l’origine volontaire, déjà bien développés dans la région,
de ce bois (bois tropical ou tempéré, bois importé vont certainement jouer un rôle positif important
ou produit sur le territoire de l’UE). Il oblige les en ce sens.
opérateurs à mettre en place un système de « dili- À terme, les autorisations FLEGT permettront
gence raisonnée » lequel leur permet de s’assurer aux opérateurs européens d’importer du bois en
que le bois qu’ils placent sur le marché est d’ori- provenance de pays dont l’APV est opérationnel.
gine légale. Il fait du commerce de bois illégal un Ils pourront ainsi s’acquitter sans difficultés de leurs
délit passible de sanctions et oblige ceux qui com- obligations définies par le RBUE, ce qui constitue
mercent du bois au sein de l’Union européenne en soi une incitation pour avancer dans la mise en
à mettre en place un système de traçabilité. œuvre des APV.
Il est explicitement mentionné dans le règle- L’image positive véhiculée par un APV opéra-
ment bois, que les importateurs de bois ayant une tionnel devrait également rassurer les investisseurs
autorisation FLEGT (ou CITES) ont respecté le privés et institutionnels engagés dans des projets
RBUE, ce qui constitue donc un avantage certain de « déforestation évitée » dans le cadre du méca-
pour tous les pays capables d’émettre une autori- nisme REDD+ (Réduction des émissions liées à la
sation FLEGT. déforestation et la dégradation forestière).
Le Règlement Bois de l’Union européenne 6 a adopté une définition de la légalité. Son article 2 (alinéa h) précise notamment les
domaines de la législation en vigueur dans le pays de récolte qui sont couverts par le RBUE :
- le droit de récolter du bois dans un périmètre légalement établi rendu officiellement public ;
- le paiement des droits de récolte et du bois, y compris les taxes liées à la récolte du bois ;
- la récolte du bois, y compris la législation environnementale et forestière, notamment en matière de gestion des forêts et de conservation
de la biodiversité, lorsqu’elle est directement liée à la récolte du bois ;
- les droits juridiques des tiers relatifs à l’usage et à la propriété qui sont affectés par la récolte du bois ;
- le commerce et les douanes, dans la mesure où le secteur forestier est concerné.
On constate la cohérence, voulue par le législateur européen, entre la légalité du bois telle que définie dans le RBUE et celle définie
dans les APV.
6 Règlement (UE) N° 955/2010 du Parlement européen et du Conseil du 20/10/2010 établissant les obligations des opérateurs qui mettent du bois et des produits
dérivés sur le marché
52
Défis et enjeux du RBUE en tent donc leurs exigences vis-à-vis de l’origine des
complément des APV. produits bois.
© Didier Hubert
née. La certification peut constituer une alternative ne touchent au mieux qu’un quart du bois com-
valable à l’autorisation FLEGT dans les pays qui mercé.
n’ont pas encore négocié d’APV.
Dans les pays du Bassin du Congo, une ques- - Un pas de plus : la voie règlementaire :
tion majeure, avec la mise en œuvre du RBUE sera Australie & USA
l’incidence qu’aura cette nouvelle solution offerte Comme l’Union européenne, d’autres pays
aux acheteurs européens sur le processus de mise en consommateurs de bois ont choisi de légiférer Photo 2.6 : Une souche
œuvre des APV. En mettant en œuvre un APV, les contre le commerce de bois illégal : les USA depuis marquée est une condition
États se réapproprieraient in fine leur compétence mai 2008 avec le Lacey Act et l’Australie qui fin nécessaire pour assurer la
de contrôle en s’appuyant sur un système de vérifi- 2012 vient d’adopter l’Illegal Logging Prohibition traçabilité
cation de légalité légitime, opérationnel et reconnu. Act, lequel s’appliquera fin 2014. Ces législations
L’histoire récente des APV négociés en Afrique interdisent, tout comme le RBUE, la commercia-
centrale a montré combien ces accords avaient lar- lisation de bois illégal récolté en contrevenant aux
gement dépassé la simple volonté de lutter contre lois du pays d’exploitation.
l’exploitation illégale et placé le devenir des forêts Le Lacey Act pose une interdiction large allant
du Bassin du Congo sous une attention accrue. de la vente aux échanges et même à la possession
de bois récolté illégalement. Cependant, le Lacey
Act ne pose pas d’obligation de moyens, même si
2.1.3. Exigences des autres marchés l’administration encourage la « due care » (vigilence)
internationaux comme moyen de réponse pratique aux obligations
règlementaires. Tous les produits bois, de la grume
D’autres marchés consommateurs de bois ne au papier, sont concernés par le Lacey Act.
sont pas en reste par rapport à l’Europe. Les outils L’Illegal Logging Prohibition Act australien
pour lutter contre l’exploitation illégale des forêts se retient une approche similaire au RBUE soit une
multiplient, avec leur cortège d’exigences vis-à-vis interdiction de mise sur le marché et l’exercice de
des pays producteurs de bois. la « due diligence ». Une liste de produits « régulés »,
les seuls qui seront concernés par l’obligation de
- La scène internationale pousse les consom- diligence raisonnée, sera établie d’ici un an.
mateurs à être plus scrupuleux Tout comme le RBUE, ces dispositifs n’en-
Depuis le G8 de 1998 et le sommet mondial sur gendrent pas de nouvelles barrières douanières.
le développement durable de 2002, la lutte contre Ils s’appliquent avant tout aux opérateurs écono-
l’exploitation illégale des forêts occupe le devant de miques, même s’ils requièrent des obligations décla-
la scène dans les discussions internationales. Des ratives. Ainsi, le Lacey Act impose une déclaration
pays producteurs de bois, notamment en Afrique, du pays d’origine avec identification scientifique
se mobilisent sur le sujet. La Banque mondiale des essences, ainsi que la quantité et la valeur du
publie des données sur les pertes financières que produit en douanes. En Australie, la déclaration du
l’exploitation illégale engendre. Les ONG dénon- système de diligence raisonnée sera obligatoire lors
cent régulièrement le phénomène. Progressivement, de l’importation (ceci sera précisé courant 2013).
les consommateurs veulent s’assurer qu’ils ne parti- Concernant les contrôles et les sanctions,
cipent pas à un commerce controversé et augmen- il est sans doute un peu tôt pour comparer les
53
Finalement, ces instruments reviennent donc en
pratique à imposer des politiques d’achats respon-
sables à l’ensemble du secteur.
© Dominique Louppe
garanties pour garder leur clientèle. Lisibilité, sécu-
rité et transparence doivent être les maîtres mots
de la filière d’approvisionnement. Certaines entre-
prises des pays producteurs se sont déjà engagées en
ce sens, notamment par le biais de la certification
volontaire (de légalité ou de gestion durable).
À l’échelle d’un pays, c’est un formidable enjeu
Photo 2.7 : Panneaux de pour la filière de l’export. Seule, l’UE a prévu
contreplaqué chez Alpicam instruments, puisque seul le Lacey Act s’applique d’accompagner les pays producteurs de bois pour
à Douala – Cameroun depuis un certain laps de temps. Ceci dit, la phi- relever ce défi à travers les APV. Ni le Lacey Act,
losophie répressive du Lacey Act s’appuie sur la ni l’Illegal Logging Prohibition Act ne prévoient
recherche de faits délictueux emblématiques par un tel accompagnement spécifique.
le Département de la justice américain suivie, en Les pays producteurs africains se sont bien
cas de délis, de lourdes procédures judiciaires. En engagés pour être en position forte sur le marché.
revanche, le RBUE et l’Illegal Logging Prohibition Ils ont des chaînes d’approvisionnement relative-
Act visent à responsabiliser progressivement le sec- ment courtes, donc relativement transparentes.
teur privé par des contrôles et un suivi étatique Les entreprises exportatrices sont très engagées dans
régulier. la certification. Enfin, lorsque les APV en cours de
In fine, même si les approches de ces instru- développement seront opérationnels, la vérification
ments juridiques sont légèrement différentes, les de la légalité qui sera appliquée à l’ensemble des
attentes sont les mêmes : à savoir que les opéra- exportations apportera sur la scène internationale,
teurs soient responsables et discriminants vis-à- les preuves de légalité que le marché recherche.
vis de leur(s) chaîne(s) d’approvisionnement.
En raison du prix élevé du bois sur le marché pleine expansion aux sources d’approvisionnements
international, plusieurs pays d’Afrique centrale les plus proches.
s’approvisionnent directement dans les pays voi- La croissance économique et l’urbanisation
sins à des tarifs compétitifs, presque toujours par le croissante des pays d’Afrique centrale sont le
biais de transactions informelles. Le marché régio- moteur de l’augmentation de la demande en bois
nal s’agrandi donc et le bois d’œuvre qui « sort » d’œuvre, nationale et régionale. Les infrastructures
des pays producteurs (Cameroun, RCA ou RDC) de transport restent cependant une contrainte au
est exporté au Tchad, au Nigeria ou en Ouganda. développement de ces flux transfrontaliers (comme
La principale variable qui influence la demande par exemple, les difficultés d’exporter du bois vers
transfrontalière est la distance qui lie une ville en le Nigeria, ou de la RDC vers la RCA). Mais des
54
nouvelles routes sont en train d’être construites
(Cameroun-Nigeria ou Cameroun-Congo) et favo-
riseront le commerce régional et intra-régional,
comme en témoignent déjà les exportations de
bois d’œuvre de l’est de la RDC vers les pays de
l’Afrique de l’est et du sud (Ouganda, Rwanda,
Kenya, Sud-Soudan…). Des efforts de facilitation
des échanges commerciaux sont consentis dans
la région des grands lacs, conjointement avec la
mise en place des zones économiques, et pourront
également jouer en faveur du développement des
échanges régionaux et inter-régionaux.
© Carlos de Wasseige
55
disparaître du jour au lendemain et vont résister parler d’amélioration des exigences des marchés
pour conserver leurs parts de marché. Rendre publics nationaux. Des efforts en ce sens doivent
les bois légaux attractifs sur les marchés domes- être faits. En outre, les partenaires du dévelop-
tiques demanderait donc des mesures incitatives pement pourraient commencer à demander un
majeures comme réduire les charges pesant sur les contrôle de qualité du bois d’œuvre utilisé dans les
bois légaux. projets qu’ils sponsorisent : construction d’écoles,
Il est peu probable que les demandes locales pri- d’hôpitaux etc. ou autres infrastructures.
vées de sciage se tournent vers des produits légaux La standardisation des normes techniques
dont le prix devrait augmenter. C’est donc l’État et commerciales doit aussi être développée pour
qui doit créer cette demande de sciages légaux sur aider les producteurs à mieux s’adapter aux mar-
son marché national. Or, on entend encore très peu chés.
3. Les producteurs
Les filières de bois d’œuvre en Afrique centrale Mais les travaux entrepris dans le cadre des pro-
peuvent être caractérisées de plusieurs manières : cessus de certification privée (SGS, BVQI et Rain
formelles ou informelles, industrielles ou artisa- Forest Alliance) ont amené à avoir une vision plus
nales, légales ou illégales. globale de la légalité des bois et produits dérivés.
Les productions informelles sont celles qui Le processus FLEGT (Forest Law Enforcement,
échappent à la régulation, à l’enregistrement et à la Governance and Trade – en français Application
fiscalité par les services de l’État, elles sont généra- des règlementations forestières, gouvernance
lement réalisées à petite échelle, avec des moyens et échanges commerciaux) a également encouragé
humains, matériels et financiers limités. les différentes parties prenantes à définir de façon
Les activités illégales sont celles commises plus précise et consensuelle ce que recouvre la léga-
en infraction avec les lois et règlementations en lité d’un bois ou d’un produit dérivé. Sur la base de
vigueur. la législation e t de la règlementation nationale, la
Les activités artisanales sont réalisées sans légalité englobe, outre le droit d’accès à la ressource,
moyens mécaniques ou avec des moyens méca- les règlementations liées au droit foncier, à l’envi-
niques légers. ronnement et la protection de la biodiversité, à la
Une production peut être d’origine artisanale gestion forestière, à la fiscalité, au droit du travail,
et légale. Une production peut aussi être d’origine au transport et à la transformation des produits
industrielle et illégale. Les productions informelles forestiers, au respect des populations locales et des
le sont souvent parce que le cadre règlementaire est peuples autochtones ainsi qu’aux procédures de
mal adapté aux opérateurs exerçant à petite échelle commerce et d’exportation.
ou à leur marché. Si la définition de la légalité est
assez évidente, il existe des débats sur la légalité Le résultat des travaux menés dans le cadre de la
voulue sur les marchés du bois. négociation des Accords de Partenariat Volontaire
Pour certains, la légalité se limite au droit d’ac- (APV) FLEGT est un ensemble de grilles de léga-
cès à la ressource. Une entreprise qui disposerait lité définissant des critères et indicateurs de la
des autorisations légales d’abattage valables pour la légalité d’un produit, sur la base des textes légaux
forêt et les arbres concernés serait ainsi légale ainsi et règlementaires du pays de production. Dans
que sa production. Dans le cadre de la produc- le cadre des APV, le système de vérification de
tion industrielle (concessions forestières), l’accès la légalité va chercher à vérifier si l’ensemble des
à la ressource (contrat de concession pluriannuel critères, indicateurs et vérificateurs définis dans
et autorisations annuelles de coupes – portant sur ces grilles sont bien respectés, ce qui permettra
une « Assiette Annuelle de Coupe ») est généra- l’octroi d’une autorisation FLEGT. Les premières
lement bien régulé et formalisé, et le bois qui en analyses montrent que des progrès importants sont
découle est le plus souvent légal par rapport à ce nécessaires pour que l’ensemble des compagnies
critère d’accès à la ressource. respectent l’ensemble des critères définis dans ces
grilles de légalité.
56
Le secteur artisanal est le plus souvent informel,
le droit d’accès à la ressource en particulier y est
mal défini et peu contrôlé par l’État, les droits étant
acquis souvent coutumièrement auprès des popula-
tions locales, ce qui amène ce bois artisanal à être le
plus souvent illégal au regard des règlementations
actuelles. Un travail important est actuellement
entrepris par les États de la région, avec l’appui du
CIFOR, pour mieux réguler le secteur artisanal, en
adoptant des règlementations mieux adaptées à ses
spécificités. Il cherche aussi à éviter que ce secteur
important de l’économie locale ne soit contourné
par des entrepreneurs industriels cherchant s’affran-
chir du respect des règlements imposés aux conces-
© Frédéric Sepulchre
sions, comme cela a été mis en évidence en RDC
en 2012 (conférence de presse et note technique
de la Coalition Nationale Contre l’Exploitation
Illégale du Bois en RDC à propos des entreprises
« artistrielles » opérant de façon industrielle sur des
permis artisanaux). En Afrique centrale, les pro-
ductions du secteur artisanal occupent une position
très largement dominante sur les marchés intéri- Photo 2.10 : Aménagement de latrines pour un camp de travailleurs au Gabon
eurs. Les volumes exportés hors de la sous-région
restent limités.
Tableau 2.2 : caractéristiques dominantes des filières artisanales et industrielles en Afrique centrale
Artisanal Industriel
Titres d’exploita- Aucun ou rarement, permis de courte durée en Oui le plus souvent (cf. typologie ci-après)
tion nombre de pieds ou superficie Parfois titres d’exploitation non valides ou non compatibles
avec une exploitation industrielle
Légalité Cadre légal souvent incomplet et mal adapté à l’acti- Cadre légal souvent très complet.
vité artisanale et à ses acteurs. Niveau très variable de respect de l’ensemble des lois
Faible respect des lois et règlementations et règlementation
Opérateurs Petites ou très petites entreprises nationales Grandes ou moyennes entreprises, le plus souvent à capitaux
Filière segmentée, multitude de petits opérateurs étrangers
Filière très intégrée, avec des entreprises forestières et indus-
trielles
Abattage Tronçonneuses – parfois haches Tronçonneuses
Quelques arbres par producteur Chantier plus important par producteur (généralement plus
de 1000 m3 grumes/mois)
Extraction et trans- En partie manuel pour les bois transformés et les Extraction à l’aide de tracteurs à pneus ou chenilles
port des produits grumes
Pas d’engins lourds employés
Transformation Plusieurs cas de figure : Sciage à la tronçonneuse sur le Dans des usines : sciage, déroulage et contreplaqués, tran-
lieu d’abattage en forêt (pas de transport de grumes), chage.
petites unités de sciage, outils de transformation sou- Si la législation le permet, une partie des grumes est expor-
vent sommaires et vétustes tée en l’état et transformée à l’étranger
Sciages de faible qualité, généralement non séchés, ou
produits de 2e et 3e transformation
Vente Marchés nationaux ou vers des pays voisins Vente essentiellement à l’exportation hors sous-région
Déclaration des Pas de déclaration le plus souvent Déclaration aux Ministères en charge des forêts
productions
Fiscalité Seulement para-fiscalité le plus souvent Fiscalité et para-fiscalité
57
Permis de Forêts Domaine rural-forêts
Concession courte durée communautaires non permanentes
Exploitation
Exploitation artisanale
industrielle
Essentiellement 1ère
transformation et
contreplaqués
Transformation
industrielle Transformation
artisanale
Grumes
Marché local
Exportation
Filière majoritairement formelle et bois exploités sur des surfaces disposant de titres légaux d’accès à la ressource
Filière majoritairement informelle et bois exploités majoritairement sur des surfaces ne disposant pas de titres légaux
d’accès à la ressource
Epaisseur des traits variable selon l’importance des flux de bois concernés
La production régionale formelle de grumes est Ces productions formelles sont issues de dif-
en baisse sensible en 2010, avec environ 6 millions férents titres d’exploitation forestière, dont nous
de m3, soit la production la plus faible enregistrée avons cherché à établir une typologie. L’essentiel
depuis 1993. Cette baisse est le résultat de l’effet de la production formelle, plus de 90 % (en 2010),
conjugué de la crise sur le marché des bois tropi- provient de titres d’exploitation de longue durée sur
caux et de l’interdiction de l’exportation de grumes des concessions que leurs titulaires ont l’obligation
gabonaises en 2010. d’aménager.
8,000
Cameroun
39%
Production (x 1000 t)
Gabon
6,000 31%
4,000
Congo
21%
2,000
1992
1994
1996
1998
2000
2009
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2010
Figure 2.6 : Evolution des récoltes de grumes en Afrique centrale de Figure 2.7 : Répartition par pays de la récolte annuelle de grumes
1991 à 2010 en 2010 en Afrique centrale
58
Tableau 2.3 : Types de titres forestiers en Afrique centrale pour l’exploitation du bois d’œuvre issu des forêts naturelles
Cameroun Congo RCA RDC Gabon
Permis de longue durée
portant sur une superficie CPAET et CFAD,
supérieure à 15 000 ha Convention d’exploi- CAT ou CTI déli- pouvant intégrer
Contrat de conces-
Attribution sur une durée tation délivrée sur une vrées sur une UFA PEA ou regrouper des
sion forestière
de 15 ans minimum UFA ou UFE Permis Forestiers
Obligation d’aménagement Associés
par le concessionnaire
Forêts des com-
Forêts des collec- Non prévu dans le Non prévu dans le
Forêts des collectivités Forêts communales munes et autres
tivités publiques Code Forestier Code Forestier
collectivités locales
Non prévu dans
Série de développe- le Code Forestier
Forêts des communautés Forêt Forêts des commu-
Forêt Communautaire ment communau- Création de forêts
locales Communautaire nautés locales
taire communautaires
à l’étude
Vente de coupe, auto-
Permis de court terme en risation de récupéra-
volume, nombre de pieds tion de bois, autori-
ou superficie. Attribué sur sation d’enlèvement Permis d’exploi- Permis de coupe
Permis spécial Permis de gré à gré
un an maximum de bois, autorisation tation artisanale artisanal
Porte au maximum sur 50 personnelle de coupe,
pieds, 2500 ha ou 500 m3 permis d’exploitation
de bois d’œuvre
Existence : Oui Non
Avec : CAT : Convention d’aménagement et de transformation ; CFAD : Concession forestière sous aménagement durable ; CPAET : Convention provisoire d’aménagement,
d’exploitation et de transformation ; CTI : Convention de transformation industrielle ; PEA : Permis d’exploitation et d’aménagement ; UFA : Unité forestière d’aménagement ;
UFE : Unité forestière d’exploitation.
À l’échelle régionale, les concessions forestières ou les pays de la sous-région non producteurs de
attribuées sur le long terme dominent largement bois. En pratique, la complexité de l’accès à ce type
le paysage en termes de superficies et de volumes de permis et les productions formelles très faibles
extraits par des opérateurs formels. enregistrées sur ces titres amènent à s’interroger
Les permis de court terme sont en théorie sur la pertinence de cette solution qui ne semble
destinés aux opérateurs artisanaux qui écoulent pas être à même de répondre aux spécificités des
leur production vers les centres urbains proches opérateurs artisanaux.
Dans les pays du bassin du Congo, les der- industriels (CIFOR 2013, non publié) ; ce qui
nières estimations de volumes de bois sciés par représente environ 10 fois la production (et l’ex-
les exploitants artisanaux (en majorité sans titre portation) de sciages industriels. Au Cameroun
valide d’exploitation) et vendus dans les grandes et en RCA, la consommation locale est supérieure
villes montrent que cette production est très impor- à la production de sciages industriels, alors qu’au
tante comparée à la production et l’exportation des Congo et, surtout au Gabon, la production indus-
sciages industriels. trielle est supérieure à la consommation locale. À la
suite de la décision du gouvernement gabonais
En RDC, les dernières estimations font état d’interdire l’exportation de grumes, ce qui oblige
d’une consommation dans les villes de Kinshasa à transformer localement la totalité des bois exploi-
et de Kisangani d’environ 290 000 m3 de sciages, tés, on peut prévoir une augmentation à moyen
dont environ 60 000 m3 proviennent de rebuts terme de la quantité des rebuts industriels qui
59
100% seront mis à disposition sur le marché domestique,
avec peut-être un impact sur la demande en sciage
artisanal qui subira la concurrence de ces rebuts.
80%
Dans tous les pays de la région, la demande
reste soutenue surtout par la construction et les
Production de bois sciés
Pointe-Noire)
Kisangani)
(Bangui)
(Libreville)
(Kinshasa,
(Brazzaville,
Gabon
RCA
moyenne. Les scieurs artisanaux se répartissent en
RDC
Congo
Bafoussam, Limbe)
Exportations (principalement industrielles, 2011, OFAC) mandes préétablies de résidents dans les grandes
Consommation domestique (principalement artisanale, villes ou qu’ils décident eux-mêmes de couper
2010/2012, CIFOR) du bois pour les marchés urbains. Selon le cas,
la structure des coûts et des bénéfices peut varier
Figure 2.8 : Comparaison (en %) des productions de sciages exportés et consommés loca- grandement. En général, les scieurs sans commande
lement dans cinq pays du Bassin du Congo préétablie n’arrivent pas à vendre leurs produits
au même prix que les exploitants commandités.
Ils sont également plus assujettis aux contrôles des
administrations postées en bord de route.
Les exploitants artisanaux qui approvisionnent
les pays voisins bénéficient d’une organisation
et de soutiens (commerciaux, financiers, poli-
tiques) bien plus développés que les scieurs qui
n’approvisionnent que les marchés domestiques. Ce
constat est similaire au Cameroun pour les sciages
artisanaux exportés vers le Tchad et en RDC pour
ceux exportés vers l’Ouganda.
Globalement, l’industrie du bois d’Afrique cen- • Au Gabon, 100 % depuis fin 2009 ;
trale reste peu développée et elle transforme moins • Au Cameroun, 100 % avec dérogation possible
ses bois que les autres régions tropicales d’Afrique, pour des essences secondaires ;
d’Amérique du Sud et d’Asie. Cette industrie parti- • En RCA, 70 % depuis 2008 ;
cipe néanmoins de manière non négligeable à l’éco- • En RDC : 70 % au moins pendant 10 ans pour les
nomie des pays (entre 4 et 6 % du PIB, 15 % des seuls détenteurs d’unités de transformation et les
recettes d’exportation au Gabon, et 21 % de celles exploitants nationaux (100 % pour les autres) ;
du Cameroun). • En Guinée Equatoriale : 100 % depuis 2008.
© Frédéric Sepulchre
60
Tableau 2.4 : Taux de transformation réels évalués
2009-2011 2005-2008 1993-1999
Cameroun ND 88 % 57 %
Congo ND 57 % 42 %
Gabon 67 % (1) 37 % 15 %
Guinée Equatoriale ND 11 % ND
RCA 51 % (2) 59 % 77 %
RDC ND 39 % 69 %
Afrique centrale ND 54 % 42 %
Légitimement, les pays exigent des opérateurs de la COMIFAC sur l’évaluation durable des res-
de la filière qu’ils s’assurent d’une meilleure valori- sources forestières.
sation des grumes extraites des forêts. Pour appuyer
cette volonté, en 2010 et 2011, quatre réunions Les axes stratégiques retenus sont :
intitulées « Vers une stratégie de promotion du déve- • Soutenir et favoriser l’investissement des Petites
loppement de l’industrie forestière dans le bassin et moyennes entreprises (PME) du secteur ;
du Congo » ont été organisées par l’IFIA, l’OIBT, • Proposer des produits de financements adaptés
la FAO et le projet RECAP WOOD INVEST et accessibles aux industriels, PME ou TPE (Très
financé par l’Union européenne dans le cadre du petites entreprises) ;
programme PROINVEST. Ces réunions se sont • Mettre l’accent sur la formation en créant des
tenues à Yaoundé (Cameroun, Septembre 2010), centres de formation technique et professionnelle ;
à Brazzaville (Congo, Mars 2011), à Kinshasa • Lever les barrières commerciales dans les marchés
(RDC, Mai 2011) et à Libreville (Gabon, Juin locaux et régionaux ;
2011). Leur objectif était de formuler et mettre en • Intégrer le secteur informel aux économies natio-
œuvre des stratégies nationales de développement nales ;
des industries forestières. Cet effort rejoint le cin- • Mettre en place une fiscalité incitative au déve-
quième axe stratégique du « Plan de convergence » loppement des filières de transformation des bois.
© Frédéric Sepulchre
61
4. La gestion des forêts de production
62
l’engagement fort d’entreprises devançant la mise Ces avancées en matière d’aménagement et de
en place d’un cadre légal en la matière. Les petits gestion responsable s’opèrent pourtant dans des
producteurs, en retard du fait de leur faible capacité conditions contraignantes qui pèsent sur la viabi-
d’investissement et de dimensions incompatibles lité environnementale et économique de la filière
avec l’application du modèle développé sur les africaine. Les entreprises forestières (certifiées ou
grandes superficies, sont désormais engagés dans non), basées en Afrique évoluent dans un contexte
le processus, avec l’appui du Projet d’aménagement économique souvent peu attractif : accès difficile
des petits permis forestiers gabonais (PAPPFG). aux investissements, fiscalité peu incitative, offre
locale en formation professionnelle très limitée,
Les entreprises à capitaux européens gardent main d’œuvre qualifiée compétitive peu présente,
une grande avance en matière de gestion durable. outil industriel qui ne permet pas de maintenir
L’engagement d’une grande partie d’entre elles dans la valeur ajoutée sur place (faible capacité de
la certification privée de leur gestion forestière a séchage, rendements médiocres, système énergé-
rendu possible de grandes avancées sur le terrain, tique pétrolier coûteux), concurrence des marchés
aussi bien au niveau environnemental que social locaux informels. La recherche forestière est très
et économique. Les efforts constants des entreprises souvent insuffisamment active pour produire des
pour répondre aux exigences de la certification ont données sur l’écologie des essences, la dynamique
conduit à la mise en place d’outils de gestion et de forestière ou pour aider à la mise au point d’outils
protection faune/flore de plus en plus performants, de gestion, etc. Les administrations manquent de
à une collaboration toujours plus étroite avec les moyens pour assurer leur rôle et rendre les textes
populations locales dont des réalisations sociales juridiques opérationnels. À un plus haut niveau, le
pérennes (écoles, dispensaires, emplois directs manque de vision intersectorielle pèse sur le déve-
et indirects, campagne VIH, formations, etc.). On loppement de la filière forêt-bois qui se trouve mal
compte à ce jour plus de 5 millions d’ha de forêts intégrée dans la stratégie de développement natio-
naturelles certifiées FSC dans le Bassin du Congo. nal (ex : manque de plantations pour répondre à la
demande énergétique ; marché de l’emploi sous-
La certification de la légalité est également estimé). Ajoutons à cela, la mauvaise image des
présente dans le bassin du Congo avec plus de 3 bois tropicaux sur certains marchés internationaux
millions d’ha sous OLB (Origine et légalité des qui font du bois tropical un matériau mal perçu
bois) et TLTV (Timber Legality and Traceability et donc mal valorisé.
Verification).
Tableau 2.5 : Superficies des concessions forestières de longue durée en Afrique centrale
Concessions forestières Concessions aménagées Concessions certifiées
Superficie Superficie Superficie Superficie
Nombre %(1) %(2)
(ha) moyenne (ha) (ha) (ha)
Cameroun 7 058 958 111 63 594 5 071 000 72 % 2 393 061 34 %
Congo 12 600 221 51 247 063 3 504 159 28 % 2 584 813 21 %
Nord-Congo 5 822 597 14 415 900 3 504 159 60 % 2 584 813 44 %
Sud-Congo 6 777 624 37 183 179 0 0% 0 0%
Gabon 14 272 630 150 95 151 7 181 420 50 % 2 435 511 17 %
Guinée Equatoriale 0 0 0 0
RCA 3 058 937 11 278 085 3 058 937 100 % 0
RDC 12 184 130 80 152 302 0 0% 828 033 7%
Total 49 174 876 403 247 063 18 815 516 38 % 8 241 418 17 %
63
Au cours des dernières années, certains des pre- gement. L’Agence Française de Développement
miers plans d’aménagement du Gabon, de RCA (AFD), acteur majeur dans le processus d’amé-
et du Cameroun ont été révisés pour tenir compte nagement, a tiré en 2011 un « Bilan de 20 années
de nouvelles orientations liées à un contexte évo- d’intervention de l’AFD dans le Bassin du Congo ».
lutif (notamment de nouveaux marchés) ou pour
actualiser et préciser les données de base utilisées Ce bilan montre le succès du plan d’aménage-
pour la planification. Il apparaît désormais utile de ment durable comme « modèle économique et éco-
faire un bilan de la mise en œuvre de ces documents logique et de délégation partielle de gouvernance
de planification. Au Congo, les premiers plans aux sociétés forestières ». Il insiste aussi sur le besoin
d’aménagement ont fait l’objet d’une évaluation d’aller plus loin encore dans la prise en compte des
quinquennale qui a attesté de la bonne mise en questions sociales et environnementales dans la
œuvre de l’essentiel des prescriptions d’aména- gestion forestière durable.
À l’heure actuelle, le Cameroun est le seul pays élevées (passage obligé par les services du Premier
de la sous-région à disposer de forêts communales. ministre et accord préalable de la Présidence de
D’autres pays étudient l’opportunité et les modali- la République car l’enjeu foncier est hautement
tés de création de forêts gérées par des collectivités. politique (certaines forêts attendant ainsi plusieurs
Au Cameroun, la législation ouvre le droit de années avant d’être classées)), (ii) l’étude d’impact
gestion de la ressource forestière aux Communes environnemental, bien qu’onéreuse, devient
avec rétrocession des droits fonciers. Ainsi, une obligatoire dans le cadre de la loi, (iii) le coût de
forêt communale est une forêt du domaine fores- l’ensemble du processus est élevé : 50 millions de
tier permanent (DFP) qui a fait l’objet d’un acte francs CFA (hors bornage) sans compter les frais
de classement pour le compte de la commune ultérieurs de fonctionnement liés à l’exploitation,
concernée, ou qui a été plantée par elle sur un au suivi, à la révision du plan d’aménagement, etc.
terrain communal. La superficie moyenne des La première convention de classement a été signée
forêts communales (hors plantation) est d’environ en 2001 (Poissonnet et Lescuyer, 2005), soit sept
20 000 ha, soit le quadruple de celle maximale des ans après la création du concept. Depuis lors, le
forêts communautaires. nombre de forêts communales classées n’a cessé
D’après Cuny (2011), la foresterie communale d’augmenter. En 2012, 17 forêts étaient classées
est soumise à trois principaux défis : (i) le classement pour le compte des Communes soit une superfi-
et l’immatriculation foncière qui sont des opéra- cie de 381 834 ha (tableau 2.6). Parmi ces forêts
tions administrativement lourdes et financièrement communales classées, 15 sont sous aménagement
Tableau 2.6 : Situation et superficie des forêts communales classées au Cameroun par région
Nbre de
Nbre de Nbre de FC
FC Classée,
Superficie FC Clas- Superficie classée en Superficie Superficie
Région aménagée
(ha) sée, amé- (ha) cours d’amé- (ha) totale (ha)
et en exploi-
nagée nagement
tation
Est 4 115 257 3 51 697,5 0 0 166 955
Centre 3 58 076 1 20 000 1 29 500 107 576
Sud 2 56 357 2 17 226 1 33 720,5 107 304
Total 9 229 690 6 88 923,5 2 63 220,5 381 834
Source : Base de données du Centre Technique de la Forêt Communale au Cameroun (CTFC)
64
(Plans d’aménagement approuvés) soit 318 613 ha, 413 850 ha. 47 forêts communales ont été créées
9 forêts communales sont en cours d’exploitation ou sont en cours de création par plantation soit
soit 229 690 ha et deux en cours d’aménagement environ 11 000 ha. Par ailleurs, Le Ministre des
(Plans d’aménagement en cours d’élaboration) sur Forêts et de la faune a fixé la liste et les modalités
63 221 ha. de transfert de la gestion de certaines réserves fores-
tières aux Communes. 43 réserves et périmètres de
En plus de ces 17 forêts classées, 16 autres sont reboisement sont ainsi concernés par cette décision
en cours de classement et leur superficie avoisine les pour une superficie estimée à 151 086 ha.
Le plan de convergence de la COMIFAC plaide l’État et une communauté dans la gestion d’une
pour une harmonisation des approches et législa- portion de forêt. Cependant, ces pays diffèrent
tions concernant les « permis communautaires », dans leur niveau d’exécution. De nombreuses forêts
titres forestiers qui reconnaissent aux commu- communautaires sont actives au Cameroun et com-
nautés locales et autochtones le droit d’exploiter mencent à fournir une part du marché national
et de fournir un marché en bois. Le Cameroun, la estimée à 5-10 % (Malnoury, 2012), alors qu’au-
République centrafricaine et le Gabon possèdent cune forêt communautaire n’a encore été attribuée
des législations proches qui portent sur une fores- au Gabon et en Centrafrique. En RDC, la situa-
terie communautaire au sens « classique » qui lie tion est comparable à celle du Gabon : les quelques
Une concession pilote de 42 000 ha a été créée à proximité de Kindu, entre le fleuve Congo et la rivière Elila, avec l’appui du
« Programme Biodiversité et Forêt – PBF » de la Coopération Germano-Congolaise. L’objectif est d’y tester un modèle simplifié de
gestion des ressources et recettes forestières. La cogestion est assurée conjointement par les communautés riveraines de la concession
et par les structures étatiques compétentes.
La concession forestière de Kailo est une des forêts protégées du domaine privé de l’État. Les 18 villages qui l’entourent disposent
de droits coutumiers et peuvent y exploiter du bois d’œuvre. L’exploitation forestière est encore manuelle et est pratiquée à proximité
des axes routiers et fluviaux. La quasi-totalité du bois exploité provient de trois essences : Iroko (Milicia excelsa), Kosipo ou Tiama
(Entandrophragma sp.) et Emien (Alstonia sp.). Le partage des retombées se conclut habituellement par des arrangements entre exploitants
et communautés locales, les exploitants payant un « droit d’abattage ».
Le Code forestier prévoit que toute exploitation de bois d’œuvre doit être précédée par l’élaboration d’un plan d’aménagement forestier.
Le PBF a mandaté le DFS (Deutsche Forst Service GmbH) pour rédiger ce document. Ce plan d’aménagement doit être simple et doit
répondre, entre autres, aux conditions suivantes :
- la majorité de la communauté doit profiter de l’usufruit de la forêt ;
- les activités forestières sur les terroirs villageois doivent être planifiées ;
- le couvert forestier doit être préservé et la régénération des essences commercialisées assurée.
Pour parvenir à ces résultats il faut lever quelques contraintes majeures :
- les communautés ont du mal à dégager un consensus sur les questions foncières et l’accès aux ressources naturelles ;
- l’évacuation des produits forestiers est rendue difficile par l’état des voies de communications ;
- les structures étatiques compétentes ne jouent pas suffisamment leur rôle d’encadrement ;
- le processus de décentralisation forestière reste flou donc difficile à mettre en œuvre.
L’élaboration de plan d’aménagement a fait apparaître le vide juridique et technique qui existe entre exploitation artisanale et industrielle.
Ce vide doit être rapidement comblé pour pouvoir développer, en RDC, des stratégies adaptées à la résolution des problèmes du secteur
forestier.
65
expériences pilotes ne reposent pas encore sur des œuvre de ces orientations politiques. La foresterie
textes adoptés et n’ont pas de contribution signifi- communautaire ne peut pas naître uniquement
cative au marché du bois. L’expérience du Congo de textes légaux, mais nécessite un appui de proxi-
Brazzaville est différente : des séries de développe- mité car le savoir-faire et le potentiel de produc-
ment communautaire sont définies au sein d’une tion sont bien réels. Les expériences du Gabon
concession forestière dont le plan d’aménagement et du Cameroun montrent que les communautés
est signé entre le privé (et non une communauté) peuvent produire des avivés de qualité à l’aide de
et l’État. Différentes options de développement y tronçonneuses et de scies mobiles. Ceci représente
sont possibles, y compris une exploitation artisa- une opportunité unique de fournir en bois légal
nale du bois. et équitable la demande considérable des marchés
intérieurs, même si la compétitivité de ces bois
Force est donc de constater que, en Afrique reste menacée par la persistance de productions illé-
centrale, malgré certaines politiques innovantes gales. Cet aspect est très important dans le cadre du
et encourageantes, la foresterie sociale au sens FLEGT dans la sous-région, notamment lorsque
large ne contribue que très marginalement aux les produits échangés sur les marchés intérieurs sont
marchés du bois, internationaux et nationaux. Un intégrés aux Systèmes de Vérification de la Légalité.
effort important reste à déployer pour la mise en
4.4. Comment gérer les espaces destinés à une production à petite échelle ?
Bien que les réglementations prévoient des liées à l’exploitation à petite échelle, les ressources
titres forestiers adaptés à une production de petite en bois en zone rurale risquent de s’épuiser, avec des
échelle (cf. tableau 2.3), très peu de volumes sont conséquences directes pour l’approvisionnement
effectivement produits sur ces titres. L’essentiel de en bois domestique et pour les milliers de ménages
la production réalisée à petite échelle reste infor- qui en dépendent. La modification des systèmes de
melle voire illégale. commercialisation et de régulation – notamment
pour la tenure forestière – est indispensable pour
Des réflexions sont à conduire sur une réforme encourager l’intégration de la production de bois
des législations forestières ménageant des opportu- aux systèmes de gestion agricole.
nités effectives de production légale à petite échelle.
Ces productions pourront venir, c’est déjà en partie Les volumes exploités sur ces superficies à voca-
Photo 2.14 : Radeau de
le cas des productions informelles, du Domaine tion agricole resteront probablement insuffisants
grumes prêt pour le voyage –
Forestier Non Permanent, et donc de forêts dégra- pour alimenter les filières de production à petite
Concession Sodefor – Pro-
dées ou de superficies vouées à terme à une conver- échelle et les solutions d’accès à la ressource aussi
vince du Bandundu – RDC
sion en une occupation non forestière. sur le Domaine Forestier Permanent sont à adapter.
Un enjeu majeur sera alors de réfléchir aux moda-
Une association opportune est née entre lités de gestion durable de ces espaces forestiers, en
l’exploitation à petite échelle et l’utilisation des collaboration avec les scieurs locaux. Ce nouveau
terres agricoles, qui est principalement la résul- modèle diffèrera de celui de la concession forestière
tante de l’abondance des essences de bois précieux de grande superficie qui est exploitée uniquement
en jachère et dans les exploitations de cacao, de par des opérateurs utilisant des moyens industriels
leur facilité d’accès et du faible prix du bois des et de la main d’œuvre salariée. Il sera également
exploitations agricoles. Les agriculteurs font appel différent de l’approche actuelle de foresterie com-
à diverses stratégies pour gérer les ressources fores- munautaire qui ne propose qu’une gestion com-
tières en jachère et les agroforêts de cacao, la coupe munautariste des espaces et des ressources alors que
étant généralement autorisée sur les jachères et la l’exploitation artisanale est avant tout une pratique
plupart des arbres étant préservés dans les exploi- d’entrepreneur individuel.
© FRM
66
CHAPITRE 3
Conservation et gestion de la biodiversité
Corinne Maréchal1, Valérie Cawoy2, Christine Cocquyt3, Gilles Dauby2, Steven Dessein3, Iain Douglas-Hamilton4,5, Jef Dupain6,
Eberhard Fischer7, Danielle Fouth Obang8, Quentin Groom3, Philipp Henschel 9, Kathryn J. Jeffery10,11, Lisa Korte12, Simon L.
Lewis13, Sébastien Luhunu14, Fiona Maisels11,15, Mario Melletti16, Roger Ngoufo17, Salvatore Ntore2, Florence Palla18, Paul Scholte8,
Bonaventure Sonké15, Tariq Stevart3, Piet Stoffelen3, Dries Van den Broeck3, Gretchen Walters14, Elizabeth A. Williamson11
1
ULg, 2ULB, 3JBNB, 4Save the Elephants, 5Université d’Oxford, 6AWF, 7Université de Koblenz-Landau, 8GIZ, 9Panthera, 10ANPN, 11Université de Stirling, 12Smithsonian
Institution, 13Université de Leeds, 14UICN, 15WCS, 16Université de Rome, 17Université de Yaoundé I, 18RAPAC.
1. Introduction
Depuis la première édition de l’État des Forêts, La deuxième partie fait le point sur le statut
l’état et la conservation de la biodiversité sont une de quelques espèces emblématiques. Il fournit les
préoccupation constante. Les éditions successives derniers chiffres sur la situation critique des popula-
ont chaque fois fait le point sur les menaces qui tions d’éléphants et de grands singes. Après un bilan
pèsent sur la faune et la flore de la sous-région. En des connaissances sur la diversité spécifique des
2010, un focus était fait sur le sujet dans un cha- différents groupes de plantes, cette section aborde
pitre intitulé « Biodiversité dans les forêts d’Afrique également la problématique des invasions biolo-
centrale : panorama des connaissances, principaux giques à travers les exemples de la petite fourmi
enjeux et mesure de conservation » (Billand, 2012). de feu au Gabon et au Cameroun, et des plantes
En consacrant un nouveau chapitre à cette thé- envahissantes à São Tomé. Étonnamment, cette
matique, l’EDF 2013 réaffirme l’importance de menace pour les écosystèmes d’Afrique centrale
la biodiversité et de la protection des espèces pour a, jusqu’à présent, été peu prise en compte par les
le développement durable des forêts d’Afrique acteurs de la conservation. Photo 3.1 : Herbier de
centrale. l’INERA Département forêts
– Yangambi – RDC
Le présent chapitre n’est pas une monographie
de la situation actuelle ; il ne se veut pas exhaustif
sur la diversité biologique de l’Afrique centrale.
Il s’inscrit plutôt dans la continuité du panorama
dressé précédemment tout en apportant un éclai-
rage sur certaines connaissances acquises et sur
les outils disponibles pour suivre l’évolution de
la biodiversité et en faciliter la gestion. Il traite
aussi de quelques points d’actualité et d’expériences
récentes de gestion/conservation de la biodiversité
animale et végétale.
67
Ensuite, quelques outils et approches de ges- à la recrudescence du phénomène de braconnage
tion de la biodiversité sont présentés dans les troi- et du trafic des espèces animales. Une large place
sième et quatrième parties. L’attention est portée, est donc accordée au défi que représente la lutte
entre autres, sur le rôle fondamental des herbiers anti-braconnage. Celle-ci est abordée de manière
pour la connaissance, la conservation et la ges- transversale au fil des deux dernières sections. On
tion de la biodiversité végétale. Sur le plan des verra ainsi que des actions multi-acteurs concertées
démarches de conservation présentées dans l’EDF se développent dans la région, y compris dans une
2010, un premier bilan des initiatives d’aires pro- dynamique de gestion transfrontalière.
tégées transfrontalières (APT) est dressé. Enfin,
l’Afrique centrale reste confrontée à l’ampleur, voire
Dans les études destinées à quantifier les populations de grands mammifères d’Afrique centrale, les termes « inventaire » et « recensement »
sont souvent utilisés indifféremment. Ces opérations servent à documenter l’abondance et la distribution des espèces vivant dans un lieu
donné, à un moment donné. Le « suivi » est une démarche qui intègre une dimension temporelle ; il étudie l’évolution des effectifs au
fil des mois, des années. En général, le suivi de la faune s’inscrit dans une optique de gestion des espèces concernées et de leur habitat.
Le suivi sert à évaluer l’efficacité des mesures de gestion, à identifier les zones confrontées à des problèmes de conservation, à surveiller
les mouvements saisonniers des espèces, etc.
68
Habituellement, le Distance sampling est appli- d’éléphants de forêt au Ghana (Eggert et al., 2003),
qué le long de transects linéaires. Un ou plusieurs d’éléphants d’Asie au Laos (Hedges et al., 2013), de
layons sont ouverts dans la végétation selon un cap grands singes au Gabon (Arandjelovic et al., 2010 ;
précis. Ensuite, on recense toutes les observations Arandjelovic et al., 2011) et de gorilles en Ouganda
de crottes et de nids de grand singe réalisées le long (Guschanski et al., 2009) et dans les Virunga (Gray
du layon et on mesure la distance perpendiculaire et al., 2013). La méthode nécessite l’établissement
de chaque observation par rapport à l’axe de pro- préalable du profil génétique des individus à partir
gression. Le nombre total d’animaux présents dans de leur ADN récolté sur le terrain (crottes ou poils).
la zone échantillonnée (densité dite absolue) est Les résultats des analyses ADN sur les matériels
ensuite estimé sur la base d’un processus de modé- récoltés sont ensuite introduits dans un modèle
lisation de la probabilité de détection des observa- mathématique de capture-recapture (C-R) qui
tions le long des transects, de la superficie effective donne des chiffres de densité absolue. Ces résultats
recensée (longueur totale des transects x largeur peuvent aussi servir à construire des courbes d’accu-
effective des transects) et du taux de production mulation d’individus nouvellement identifiés.
et de dégradation des dites observations (crottes ou
nids) selon le site et la saison7. Le Distance sampling Le piégeage photographique consiste à prendre
est considéré par le monde scientifique comme la des clichés d’animaux avec des appareils photos
méthode de référence. à déclenchement infrarouge (photo 3.2). Un 7. Étant donné qu’il est impossible
modèle de capture-recapture permet alors de cal- de compter tous les animaux
Les fondements théoriques de cette méthode culer des densités absolues pour les espèces qui (ou toutes les traces d’animaux)
et certains conseils extrêmement utiles pour le ter- présentent des caractéristiques permettant d’iden- d’une population animale don-
née ou d’une aire, les statistiques
rain sont décrits en détail dans Buckland et al., tifier chaque individu, par exemple le bongo au de recensement (le nombre
2001 et 2004. Le logiciel DISTANCE, disponible Congo (Elkan, 2003) et dans le PN des Virunga d’animaux ou de traces d’ani-
sur le site web de CREEM (Centre for Research (Nixon et Lusenge, 2008), le léopard au Gabon maux réellement recensés au
into Ecological and Environmental Modelling) (Henschel, 2008) ou les éléphants dans les forêts cours d’une enquête) peuvent
(http ://[Link]/distance), est uti- d’Asie (Karanth et al., 2012). Le développement être utilisées pour inférer une
estimation de la population.
lisé à la fois pour la caractérisation de l’échantillon- des techniques de capture-recapture spatialement L’abondance d’une espèce par-
nage et l’analyse des résultats (Thomas et al., 2010). explicites (SECR) permet aujourd’hui une esti- ticulière dans une aire donnée
mation correcte de la densité animale ; ces tech- est ensuite calculée en divisant
Le recce n’intègre pas la variabilité de détectabi- niques peuvent également être utilisées pour les la statistique de comptage par
lité des animaux. Cette méthode consiste simple- animaux non marqués (par exemple, Chandler & la probabilité de détection d’un
animal ou d’une trace d’animal
ment à noter les observations en se déplaçant selon Royle, 2011) constituant la majorité des espèces (par exemple, Nichols et Conroy,
un cap approximatif sur des pistes préexistantes généralement suivies dans cette région d’Afrique 1996) (MacKenzie et al., 2006).
(sentiers pédestres, pistes animales, etc.). Les don- centrale (tels les ongulés, les singes et les éléphants), La statistique de comptage peut
nées collectées sont similaires à celles du Distance des modèles d’occupation (dans lesquels les pièges, également être déterminée à par-
sampling mais sans mesure de la distance perpendi- transects et enquêtes par des observateurs indépen- tir du nombre d’animaux captu-
rés, photographiés ou autrement
culaire. Ces données sont converties en un indice dants peuvent être traités comme des observations identifiés au cours d’enquêtes de
d’abondance (IKA pour « indice kilométrique répétées dans l’aire échantillonnée) peuvent égale- capture-recapture (par exemple,
d’abondance » ou encore « taux de rencontre »), ment être utilisés (O’Connell, 2011). Enfin, une Otis et al., 1978), ou le nombre
qui peut renseigner les changements intervenus combinaison de capture vidéo à distance, de SECR de parcelles où un animal (ou un
dans une population animale spécifique. et d’autres méthodes a récemment été utilisée avec signe d’animal) est détecté par
échantillonnage de l’occupation
succès pour les grands singes et les éléphants au des parcelles (MacKenzie et al.,
Gabon (Head et al., 2013). 2006).
2.1.2. Les méthodes innovantes :
estimations génétiques et piégeage
photographique
De nouvelles techniques pour évaluer les popu-
lations animales sont en cours de développement
dont les estimations génétiques et le piégeage pho-
© Laila Bahaa-el-din
69
2.1.3. Les autres techniques disponibles de gibier dans un terroir de chasse. Des enquêtes
par entretien sont également utiles pour préparer
D’autres techniques existent qui s’inscrivent des enquêtes standardisées sur le terrain (Meijaard
dans un contexte d’intervention plus particulier. et al., 2011).
Par exemple, le recensement par balayage (couver-
ture complète d’une zone d’étude afin de détecter L’éventail des méthodes de recensement est
tous les animaux, ou leurs traces, qui s’y trouvent) donc large (Maréchal, 2011). Le choix de la
(McNeilage et al., 2006 ; Gray et al., 2010) et le méthode adéquate dépend de nombreux facteurs :
suivi des animaux habitués à la présence humaine espèces ciblées, enjeux de l’étude (objectifs de ges-
(Kalpers et al., 2003 ; Gray et Kalpers, 2005) ont tion, type de résultats attendus, précision recher-
été développés spécialement pour les grands singes chée des estimations), conditions de l’intervention
et quelques autres primates. La technique de l’appel (taille du site, moyens disponibles) (tableau 3.1).
(van Vliet et al., 2009) ou l’enquête villageoise Dans le contexte rigoureux de la conservation, ce
(van der Hoeven et al., 2004 ; van Os, 2012) ont choix peut être opéré à l’aide de l’arbre de décision
plutôt été employées pour la gestion des espèces proposé par Strindberg et O’Brien (2012).
Tableau 3.1 : Méthodes de recensement selon les espèces de grands mammifères, le niveau d’expertise requis et l’échelle d’application.
Niveau d’expertise requis (connaissances, compétences,
Méthode Espèces cibles Surface d’application
pratiques nécessaires)
+++
Navigation en forêt, reconnaissance des traces et des espèces,
Transect linéaire *** # à ###
statistiques pour l’élaboration du protocole d’étude, l’analyse
et l’interprétation des résultats, Distance sampling
++
Navigation en forêt, reconnaissance des traces et des espèces,
Recce *** # à ###
statistiques pour l’élaboration du protocole d’étude, l’analyse
et l’interprétation des résultats
+++
Navigation en forêt, statistiques pour l’élaboration du proto-
Comptage géné-
* cole d’étude, l’analyse et l’interprétation des résultats, d’étude, # à ###
tique
précautions pour le stockage de l’ADN, analyses génétiques,
analyse C-R
++ à +++
Piégeage photogra- Manipulations photo, statistiques pour l’élaboration du proto-
* ou ** # à ###
phique cole d’étude, l’analyse et l’interprétation des résultats, analyse
C-R et SECR
++
Balayage * ou ** #
Navigation en forêt
Suivi animaux ++
* ##
habitués Reconnaissance individuelle des animaux
++
Technique de
** (céphalophes) Compétence de l’appeleur, statistiques pour l’élaboration du #
l’appel
protocole d’étude, l’analyse et l’interprétation des résultats
++ à +++
Techniques d’entretien, cartographie, statistiques pour l’éla-
Enquête villageoise *** ## à ###
boration du protocole d’étude, l’analyse et l’interprétation des
résultats
Espèces cibles : * : une seule espèce ; ** : un taxon ou un groupe d’espèces ; *** : ensemble des grands mammifères
Niveau d’expertise requis : + : basique (connaissance de base de la forêt) ; ++ : moyen (une compétence particulière) ; +++ : expertise certaine (plu-
sieurs connaissances/compétences particulières)
Échelle d’application : # : quelques milliers d’hectares (un secteur de forêt) ; ## : plusieurs dizaines de milliers d’hectares (une concession forestière
par exemple) ; ### : quelques centaines de milliers d’hectares (un massif )
Adapté de Maréchal, 2011.
70
Encadré 3.2. Le recensement de la faune dans les concessions forestières
Corinne Maréchal
Université de Liège
Depuis une dizaine d’années, les recensements de mammifères (grandes et moyennes espèces) se multiplient dans les forêts d’exploita-
tion d’Afrique centrale. Le phénomène découle de l’engagement croissant des compagnies forestières dans le processus d’aménagement
durable et des contraintes législatives et réglementaires qui leur imposent désormais de prendre en compte la faune sauvage dans les
concessions qui leur sont attribuées (Billand, 2010).
D’après ces lois, normes d’aménagement et grilles de certification, les recensements des populations animales dans les concessions ont
essentiellement pour rôles (I) de fournir des bases à l’élaboration du plan de zonage délimitant les secteurs de protection ou de conservation
et (II) d’évaluer, dans le but de les atténuer, les impacts de l’exploitation sur les espèces animales (chasse principalement) (Maréchal, 2012).
En 2011, une étude de l’Université de Liège, financée par le CIFOR, a dressé le bilan des pratiques de recensements de la grande faune
mises en œuvre dans les forêts de production. Pour cela, 75 travaux concernant une soixantaine de concessions forestières en cours
d’aménagement ont été analysés (Maréchal, 2011). Les méthodes utilisées pour évaluer le potentiel faunique dans les forêts de production
sont relativement similaires à celles appliquées dans les forêts à vocation de conservation. Les méthodes les plus utilisées sont le Distance
sampling, la marche de reconnaissance (recce) ou une combinaison des deux méthodes (recce-transect). Cependant, les protocoles appa-
raissent souvent très différents d’un site à l’autre, particulièrement pour la collecte des données de terrain ou le traitement des résultats
et la présentation des cartes de distribution.
Cette situation découle des lacunes des textes réglementaires concernant les aspects opérationnels de l’évaluation de la ressource. En effet,
même les normes d’aménagement les plus avancées restent laconiques sur la manière de collecter et de traiter les données sur les popula-
tions animales, tandis que les référentiels de gestion durable ne précisent pas les variables d’évaluation de la faune à mesurer sur le terrain.
Il apparait donc nécessaire de standardiser les procédures d’évaluation et de suivi de l’état des populations de grands mammifères dans
les concessions forestières engagées dans le processus d’aménagement. Idéalement, un nouveau cadre méthodologique devrait même
être développé spécialement adapté au contexte particulier de l’exploitation forestière industrielle, incluant la stratégie d’exploitation,
les objectifs de gestion (y compris de la faune), les compétences disponibles et les contraintes économiques et logistiques qui lui sont
propres. En ce sens, des propositions sont faites par Maréchal et al. (2011 ).
et Dauby, 2011).
71
au niveau de l’identification taxonomique, surtout à 50 ha et couvrant un total d’environ 500 ha a été
pour les espèces d’arbres rares et de sous-bois et, mis en place en Afrique tropicale pour suivre et étu-
dans une moindre mesure, pour les essences non dier la végétation (Picard et Gourlet-Fleury, 2008 ;
commerciales. Afin de minimiser ces biais, des African Tropical Rainforest Observation Network :
méthodes statistiques qui donnent peu de poids [Link] ; etc.). Dans ces parcelles, tous les
aux espèces rares (Rejou-Mechain et al., 2010) arbres d’un diamètre supérieur ou égal à 10 cm (à
permettent cependant de caractériser la variation 1,3 m au-dessus du sol ou à 30 cm au-dessus des
spatiale de la composition floristique et de définir contreforts) ont été identifiés et géo-référencés.
une typologie forestière. Cette typologie peut être En général, chaque arbre est marqué avec de la
précisée par des inventaires ciblés et plus complets peinture ou identifié par une étiquette métallique
incluant des données floristiques complémentaires, pour garantir la qualité de son suivi à long terme.
notamment sur les espèces endémiques.
Ces parcelles permanentes sont un outil essen-
Testée pour la première fois au Gabon sur les tiel pour l’étude de la dynamique des peuplements
inventaires de Sylvafrica dans les concessions du forestiers. Elles permettent aussi d’étudier les
groupe Rimbunan-Hijau – Bordamur (Stévart processus à l’origine de la diversité végétale, de
et Dauby, 2009), cette approche a permis d’identi- sa répartition passée, présente et future probable,
fier des types de végétation rares et d’autres impor- notamment dans un contexte de changement cli-
tants pour la grande faune. Les recommandations matique. Par ailleurs, elles contribuent à répondre
émises ensuite ont servi à Sylvafrica pour l’élabo- à des questions sur la situation des forêts à forte
ration du plan d’aménagement. biodiversité ou à fort endémisme, sur l’impact
de la fragmentation des forêts sur la distribution
et l’abondance des espèces végétales, sur la quantité
2.2.2. Exemple des parcelles permanentes de biomasse stockée dans les différents types de
forêts, etc. (Mieux intégrer les connaissances éco-
Un important dispositif de plus de 250 par- logiques dans les décisions de gestion : les apports
celles permanentes d’une superficie variant de 0,2 du projet CoForChange : voir encadré 3.3).
Idéalement, les aires protégées devraient être 3.1.1. Point sur l’abattage illicite des
des noyaux de conservation et de protection de la éléphants
grande faune africaine. Elles devraient être proté-
gées par des équipes efficaces, et servir de modèle Depuis 2002, le programme MIKE (Monitoring
pour gérer la faune sur le long terme. Mais de nom- the Illegal Killing of Elephants) de la CITES
breuses études montrent la réduction, voire l’effon- (Convention sur le commerce international des
drement des populations des grands mammifères espèces de faune et de flore sauvages menacées
(primates, éléphants, antilopes, etc.), y compris d’extinction) effectue, dans une quinzaine de sites
à l’intérieur des aires protégées (Caro et Scholte, protégés d’Afrique centrale8, le suivi de l’abattage
2007 ; Craigie et al., 2010 ; Bouché et al., 2012). illégal des éléphants (espèce « vulnérable » sur la liste
8 Boumba Bek et Waza au
Cameroun, Bangassou, Dzanga
rouge UICN, sauf la sous-population d’éléphant
Sangha et Sangba en Centrafrique, Les causes directes de ce phénomène (proximate de forêt considérée comme « en danger »). MIKE
Nouabalé Ndoki et Odzala-Kokoua drivers) sont bien connues : braconnage principa- collecte principalement les données relatives aux
au Congo, Lopé et Minkebé lement et changements de l’utilisation des terres carcasses d’éléphant trouvées sur le terrain et cal-
au Gabon, Garamba, Kahuzi (défriches agricoles notamment). Mais parmi les cule l’indice PIKE (Proportion of Illegally Killed
Biega, Réserve de faune à Okapi,
Salonga et Virunga en République
causes profondes (underlying drivers), on notera le Elephants) qui est la proportion d’éléphants abattus
Démocratique du Congo manque d’efficacité de la gestion des aires protégées illégalement sur le nombre total de carcasses recen-
et Zakouma au Tchad. (Scholte, 2011). sées (Burn et al., 2011).
72
Encadré 3.3 : Mieux intégrer les connaissances écologiques dans les décisions de gestion : les
apports du projet CoForChange
1
Sylvie Gourlet-Fleury, 2Adeline Fayolle
1
CIRAD, 2ULg
CoForChange est un projet co-financé par l’Union Européenne, l’Agence nationale de la Recherche
(France) et le Natural Environment Research Council (Royaume Uni). De 2009 à 2012, il a ras-
semblé une équipe pluridisciplinaire de chercheurs et d’ingénieurs forestiers, appartenant à huit
institutions publiques et privées de quatre pays européens, associées à cinq institutions africaines,
une institution internationale et 14 compagnies forestières (voir liste sur http ://[Link].
eu). Ce projet multidisciplinaire cherchait à expliquer et à prédire le devenir possible de la diversité
des forêts tropicales humides du bassin du Congo, et à proposer des outils d’aide à la décision pour
améliorer la gestion de ces forêts soumises à des contraintes climatiques et anthropiques croissantes.
Il s’est focalisé sur une région d’environ 20 millions d’hectares couvrant le sud-ouest de la RCA, le
sud-est du Cameroun et le nord de la République du Congo.
Le projet a produit de nombreux résultats dont certains ont des implications majeures pour
l’aménagement des forêts et la conservation des écosystèmes forestiers.
Le croisement d’informations spatialisées multiples (cartes géologiques, données topographiques
SRTM (Shuttle Radar Topography Mission), données climatiques METEOSAT, données MODIS
(Moderate Resolution Imaging Spectroradiometer) d’activité de la végétation, inventaires d’aména-
gement fournis par les compagnies forestières partenaires) a permis de mettre en évidence l’influence
du substrat géologique sur la répartition des espèces d’arbres et, plus généralement, sur les caractéris-
tiques floristiques et fonctionnelles des peuplements forestiers (Fayolle et al., 2012). En particulier,
les substrats gréseux et, dans une moindre mesure, certains substrats alluvionnaires sur lesquels se
sont développés des sols sableux (RCA et Nord Congo) portent des forêts diversifiées composées
d’espèces plutôt sempervirentes, tolérantes à l’ombrage, à croissance lente et à bois dense. Les relevés
pédologiques, anthracologiques (étude des charbons de bois conservés dans les sédiments) et archéo-
logiques ont montré que ces forêts avaient été peu perturbées par l’homme, et étaient probablement
anciennes. Inversement, sur les substrats granitiques et schisteux où se sont développés des sols plus
riches, on trouve des forêts également diversifiées mais plutôt composées d’espèces décidues, dont la
canopée est dominée par des héliophiles à croissance rapide et au bois moyennement à peu dense.
Ces forêts montrent des signes de perturbations passées, en particulier là où domine actuellement
l’Ayous (Triplochiton scleroxylon). Les perturbations les plus intenses se sont produites dans les zones
où se développent aujourd’hui les forêts à Marantacées (région de Ouesso au Nord Congo). L’étude
des profils isotopiques du carbone a révélé que ces formations, aujourd’hui très ouvertes, étaient
initialement, non pas des savanes, mais des forêts dégradées envahies par des herbacées géantes,
vraisemblablement suite à une recrudescence des activités humaines dans la région depuis 500 ans.
Par ailleurs, l’étude en milieu contrôlé des exigences écologiques des principales espèces d’arbres
ont montré que ces espèces étaient particulièrement résistantes à la sécheresse aux stades juvéniles,
exception faite de certaines pionnières comme le Parasolier (Musanga cecropioïdes). Ce résultat est
corroboré par des travaux menés sur les stades adultes dans le dispositif de Mbaïki en RCA.
Le projet a permis de proposer une nouvelle typologie des forêts de la région étudiée, ainsi qu’un
premier diagnostic de leur résilience aux perturbations humaines et climatiques (sécheresse). De tels
travaux pourraient être étendus à d’autres forêts de la région en suivant la méthodologie proposée
par CoForChange. Ce diagnostic généralisé serait utile aux aménagistes du territoire qui décident des
zones prioritaires de production de bois et de conservation (mieux vaut produire là où les sols sont
riches et la forêt productive) et aux aménagistes forestiers (les forêts productives peuvent supporter
une sylviculture plus dynamique que celle pratiquée actuellement).
73
Entre janvier 2003 et juin 2012, sur 2175
carcasses répertoriées, l’indice PIKE a révélé deux
1,0 tendances opposées : une diminution de l’abattage
illicite entre 2003 et 2006 puis son augmentation
jusqu’en 2011-2012 (figure 3.1).
Indice PIKE (95% l.C.)
0,8
Alors qu’au-dessus d’un PIKE de 0,5 une popu-
lation d’éléphant est probablement déjà en déclin9,
0,6 on observe que le niveau d’abattage illicite a été
très élevé au premier semestre 2012, avec un indice
PIKE moyen supérieur à 0,7. En 2011, la situa-
0,4 tion était déjà très grave car tous les sites MIKE
présentaient un indice PIKE proche de 100 %,
sauf à Dzanga-Sangha, Lopé, Zakouma et Waza
0,2 (figure 3.2).
74
On peut relier la recrudescence de l’abattage La destruction de l’habitat est probablement
illicite des éléphants africains au boum économique appelée à devenir la menace la plus importante
de la Chine et à l’augmentation du pouvoir d’achat à mesure que les forêts sont transformées en
des ménages chinois (Martin et Vigne, 2011 ; plantations agro-industrielles pour répondre aux
Wittemyer et al., 2011). Certains experts esti- demandes internationales croissantes (Carrere,
ment que si la pression de braconnage se main- 2010). Bien que, pour l’instant, les taux de défo-
tient aux niveaux actuels, l’espèce pourrait avoir restation sont faibles en Afrique centrale (Mayaux
disparu d’Afrique centrale dans 20 ans (Maisels, et al., 2013), ils sont susceptibles d’évoluer rapi-
comm. pers.). Des décisions stratégiques ont été dement si cette conversion agro-industrielle mal
prises lors du CITES CoP16, en mars 2013, pour planifiée se poursuit comme ailleurs (Malhi et al.,
lutter contre l’abattage illicite des éléphants (voir 2013). Une partie relativement modeste de l’habi-
4.3. Récentes décisions de la CITES au sujet des tat des grands singes est protégée (à l’exception de
éléphants). celle des gorilles de montagne car la totalité de la
population habite des parcs nationaux). Alors que
11 % des forêts du Bassin du Congo ont été clas-
3.1.2. Cas des grands singes sées en aires protégées, environ 15 % sont destinés
à l’exploitation du bois (Nasi et al., 2012). Cette
Il existe quatre espèces de grands singes afri- dernière proportion augmente jusqu’à près de 50 %
cains : les bonobos, les chimpanzés, les gorilles dans la zone orientale de l’habitat du gorille de
orientaux et les gorilles occidentaux. Le portail plaine et de l’aire centrale du chimpanzé (Morgan
A.P.E.S. (Ape Populations, Environments and et Sanz, 2007). Pour ces raisons, l’adoption de pra-
Surveys) de l’UICN/SSC (http ://[Link]. tiques de gestion compatibles avec la faune sauvage
[Link]/) et la Liste rouge des espèces menacées dans les concessions d’exploitation devient très
(UICN, 2012) fournissent des estimations actua- importante pour les grands singes (Morgan et al.,
lisées de la répartition géographique, de la taille de 2013). Une évaluation des changements dans des
la population et de la proportion des populations « conditions environnementales propices » pour
situées dans les aires protégées pour chacun des les grands singes au cours d’une période de 20 ans
neuf taxons de grands singes (tableau 3.2). L’UICN (Junker et al., 2012) a démontré que la forte pres-
a publié des plans d’action en vue de la conserva- sion de chasse et la dégradation de l’habitat ont
tion de huit de ces taxons (UICN et ICCN 2012 ; rendu de grandes zones forestières inadaptées aux
Kormos et Boesch 2003 ; Maldonado et al., 2012 ; grands singes. La même évaluation a révélé que
Morgan et al., 2011 ; Oates et al., 2007 ; Plumptre depuis l’an 2000, les populations de singes dans
et al., 2010 ; Tutin et al., 2005). Ces plans, ainsi les aires protégées ont été réduites de 18 % à 60 %
que les résultats des enquêtes et les évaluations de selon le taxon (hormis les gorilles de montagne ;
vulnérabilité, orientent les efforts et l’allocation tableau 3.2).
des ressources vers des besoins de conservation
prioritaires ; toutefois, le seul taxon de grand singe Une gestion améliorée des aires protégées, en
dont la population ne diminue pas est le gorille de particulier l’application des lois (Tranquilli et al.,
montagne (Robbins et al., 2011 ; Gray et al., 2013). 2012), et une gestion rigoureuse de la faune dans les
zones tampons sont vitales pour la survie des singes
Le rythme de reproduction des grands singes et pour la biodiversité en général (Laurance et al.,
est très lent, ce qui rend leurs populations extrê- 2012). Par ailleurs, une planification, au niveau
mement vulnérables à tous les modes de capture. des paysages, de l’utilisation des terres axée sur la
Les principales menaces pour la survie des grands conservation est essentielle pour éviter de réduire
singes sont le braconnage en vue du commerce de les grands singes à des populations isolées dans des
la viande de brousse, la destruction de leur habitat parties de forêt (Dupain et al., 2010). La fragmen-
et les maladies infectieuses. En outre, des rapports tation de l’habitat augmente la proximité entre les
signalent que le commerce de jeunes grands singes humains et les singes et, par conséquent, la proba-
vivants ne cesse de s’amplifier (Stiles et al., 2013). bilité de transmission de maladies de l’un à l’autre.
Malgré une protection totale dans tous les États, les L’incidence des maladies infectieuses, telles le virus
lois sont rarement appliquées. Le poids des grands Ebola, le virus immunodéficitaire simiesque et les
singes capturés/abattus par rapport au poids total virus respiratoires humains sont de mieux en mieux
de viande de brousse consommé est faible, même connus, soulignant ainsi la nécessité d’envisager
si cela représente un grand nombre d’individus des interventions comme la vaccination des singes
(Dupain et al., 2012 ; Foerster et al., 2012 ; Hart, (Ryan et Walsh, 2011). De nombreuses années sont
2009). nécessaires, même dans des conditions favorables
75
(Walsh et al., 2003), pour permettre aux espèces grand herbivore de l’écosystème forestier humide,
à taux de reproduction lent, telles les singes, de se il pourrait jouer un rôle écologique important dans
rétablir d’une épidémie et les risques d’extinction le maintient des clairières et trouées, car il préfère
s’accroissent car les populations de singes sont de les habitats ouverts à la forêt. L’avenir de cette sous-
plus en plus fragmentées et isolées. espèce dépend de l’attention spécialement portée
aux friches forestières et aux mosaïques de forêts/
Face à une dynamique en évolution rapide savanes dans les aires protégées, lieux où abondent
sur le continent africain (agriculture industrielle, les ressources alimentaires indispensables. La dispa-
extraction minière, infrastructure, démographie rition de l’habitat et le braconnage constituent les
humaine, etc.), la survie des grands singes dépendra principales menaces pour les populations de buffles
de stratégies de conservation éprouvées, testées de de forêt (UICN/SSC, 2008). Ces buffles sont
manière empirique pour déterminer ce qui fonc- chassés pour leur viande, en particulier en zones
tionne ou pas (par exemple, Junker et al., 2012 ; rurales où les populations humaines dépendent de
Tranquilli et al., 2012). la viande de brousse pour leurs protéines, ce qui
accroît la pression de la chasse sur cette sous-espèce.
76
Photo 3.4 : Buffles de forêt
à Bai Hokou, dans le parc
national de Dzanga-Ndoki
– RCA
© Mario Melletti
77
indications toujours plus nombreuses indiquent
que les léopards ont disparu de certains sites fores-
tiers à la lisière du Bassin du Congo (par exemple,
Andama, 2000 ; Angelici et al., 1998 ; Maisels et al.,
2001 ; Willcox et Nambu, 2007) où la densité de
population humaine est plus élevée. Une récente
étude au Gabon central laisse entendre que la
chasse de la viande de brousse, par une concur-
rence excessive, pourrait précipiter le déclin du
nombre de léopards et que les zones où la chasse
est intense ne pourront probablement plus abriter
des populations sédentaires de léopards (Henschel
et al., 2011).
© Philipp Henschel
Dans ces circonstances, des utilisations des
terres qui atténuent les effets de la chasse pour la
viande de brousse, comme de grandes aires proté-
gées bien gérées et des concessions d’exploitation
forestière tout aussi vastes et tout aussi bien gérées,
Photo 3.5 : Léopard mâle rôdant autour d’une piste d’exploitation abandonnée sont essentielles pour conserver des léopards dans le
dans la concession NSG, dans l’est du Parc national de la Lopé au Gabon Bassin du Congo (Henschel et al., 2011). Les efforts
de conservation des hyènes tachetées devraient prô-
ner une protection rigoureuse de la population
résiduelle dans le Parc national d’Odzala-Kokoua,
ainsi que l’établissement d’une deuxième popula-
tion au centre de son habitat d’origine, le Plateau
de Batéké (Henschel, 2009).
78
Algues
© Dominique Louppe
des espèces de ces deux groupes d’algues en Afrique
centrale fait l’objet du tableau 3.3.
Bryophytes et Ptéridophytes
79
Encadré 3.4 : Diversité des champignons en Afrique centrale
Jérôme Degreef & André De Kesel
Jardin botanique national de Belgique
En Afrique, seulement 2500 espèces de champignons, dont 70 % sont endémiques, ont été décrites
(Mueller et al., 2007). Cet inventaire est loin d’être complet puisqu’on estime que, dans un écosystème,
le nombre d’espèces de champignons est généralement 4 à 6 fois supérieur au nombre d’espèces de
plantes supérieures ! La première liste des champignons du Congo (RDC) a été établie par Beeli en 1923
et recensait 593 espèces. En 1948, Hendrickx, qui ajouta le Rwanda et le Burundi, la porta à 1163 espèces.
Elle n’a jamais été réactualisée depuis.
Du fait de leur saisonnalité, établir un inventaire complet des champignons nécessite davantage
de visites sur le terrain que pour les autres êtres vivants. Par ailleurs, la communauté des mycologues
compte peu de représentants dans les pays d’Afrique centrale. On en comptait à peine une dizaine en
2012 parmi les 200 membres de l’African Mycological Association (http ://[Link]/)
(Gryzenhout et al., 2012).
Au vu de cette situation, des priorités en matière de recherche doivent être fixées. Ainsi, les champi-
Figure 3.3 : Premier guide
gnons comestibles constituent-ils un groupe particulièrement intéressant dans le cadre plus général de la
illustré des champignons
valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL).
comestibles disponible pour
Trois cents espèces de champignons comestibles ont été inventoriées en Afrique tropicale (Rammeloo l’Afrique centrale.
et Walleyn, 1993 ; Boa, 2006) dont plus de la moitié sont associées aux arbres vivants par une symbiose
obligatoire appelée ectomycorhizienne. La disparition des arbres entraînerait inévitablement la disparition de ces champignons qui
jouent un rôle écologique important. Leur abondance et leur diversité peuvent être utilisées comme des indicateurs de l’état de la forêt.
Dans ce contexte, un manuel de formation, richement illustré et permettant aussi l’identification des espèces les plus communé-
ment consommées en forêt dense d’Afrique centrale, a récemment été publié (Eyi Ndong et al., 2011) (figure 3.3). Il a pour ambition
de renforcer l’expertise locale sur la connaissance des champignons africains et de leur diversité. Cet ouvrage est disponible en version
électronique ([Link]), mais est aussi distribué gratuitement en version papier grâce à l’appui du point focal belge de l’Initiative
Taxonomique Mondiale (ITM) et à un financement de la Coopération belge au développement.
Parmi ces plantes envahissantes citons : Si ces plantes envahissantes ont probablement
Cinchona spp. (quinquina), Rubus rosifolius (fram- déjà causé des préjudices irrémédiables (perte de
boisier d’Asie), Tithonia diversifolia (tournesol biodiversité, dont espèces endémiques), les éco-
mexicain), Bambusa spp. (Stevart et al., 2010). systèmes les plus remarquables peuvent encore être
Le quinquina est l’une des 100 espèces végétales préservés. Par exemple, il serait possible de contrô-
les plus envahissantes au monde et son atteinte à la ler la perte de biodiversité dans le Parc national
biodiversité des sites envahis est reconnue (http :// Obô et dans sa zone périphérique par l’évaluation
[Link]/database/welcome/). Originaire de la situation, la prédiction de l’occupation future,
d’Amérique latine, il a été planté à partir du l’éradication et le contrôle des espèces envahis-
milieu du 19e siècle dans de nombreuses îles pour santes, et par la sensibilisation et l’éducation des
traiter les cas de malaria (Galápagos, Hawaii, São populations.
80
La petite fourmi de feu Wasmannia Bien que certaines infestations antérieures aient
auropunctata au Gabon et au Cameroun été le résultat d’introductions délibérées de W. auro-
punctata en vue de limiter les insectes ravageurs
La Wasmannia auropunctata est une petite dans les plantations de cacao (de Miré, 1969), les
fourmi rouge qui mord, native des néotropiques principaux facteurs de dispersion actuels sont la
qui a colonisé et envahi de nombreuses zones tro- négligence et les activités humaines, notamment
picales et subtropicales dans le monde. En Afrique, l’exploitation forestière et le forage pétrolier (Walsh
la W. auropunctata a été recensée pour la première et al., 2004 ; Mikheyev et al., 2008), la construc-
fois à Libreville, au Gabon, vers 1913. On suppose tion d’immeubles et de routes et le transport de
qu’elle est arrivée par des bateaux qui transportaient marchandises et de produits végétaux (Wetterer
des marchandises depuis les Amériques (Santschi, et Porter, 2003).
1914). Depuis lors, elle s’est étendue à tout le
Gabon et vers le Nord jusqu’au Cameroun voisin Les incidences de W. Auropunctata sur la bio-
(figure 3.4). De récentes analyses génétiques sug- diversité peuvent être gravissimes. Au Gabon,
gèrent l’existence d’une population unique, entiè- par exemple, plus de 95 % de la diminution de la
rement multipliée par clonage (Mikheyev et al., diversité des espèces de fourmis natives est à mettre
2009 ; Foucaud et al., 2010). au compte de W. auropunctata. (Walker, 2006).
Figure 3.4 : Aire de dispersion approximative de la Wasmannia auropunctata en Afrique centrale (hachuré
rouge) ; les points rouges indiquent des sites infestés au Gabon. Hachuré noir : pas de données, mais présence
probable.
(Sources de données : Wetterer et al., 1999 ; Walsh et al., 2004 ; Walker, 2006 ; Mikheyev, et al., 2008, 2009 ; Mikissa,
2010 ; Tindo et al., 2011 ; JP vande Weghe, [Link], JB Mikissa, V Mihindou et K Jeffery, obs. pers.)
81
Il existe de plus en plus de preuves que les délicats Les infestations de W. auropunctata non traitées
processus de l’écosystème sont perturbés, à diffé- peuvent, en quelques années, devenir insuppor-
rentes échelles trophiques, à mesure que W. auro- tables pour les humains à cause de la fréquence des
punctata affecte les populations d’espèces micro- piqûres dans les zones infestées. Bien que n’ayant
bivores, détritivores, pollinisatrices et mutualistes pas encore été évalués, les dégâts potentiels pour
(Dunham et Mikheyev, 2010 ; Mikissa, 2010). l’économie locale des communautés rurales et pour
La W. auropunctata a une relation mutualiste avec le développement du tourisme au Gabon sont
des insectes qui mangent le phloéme et qui causent de plus en plus perceptibles. Des rapports men-
des dommages aux plantes en suçant les éléments tionnent déjà l’abandon de plantations, d’habita-
nutritifs et en favorisant les maladies (Smith 1942 ; tions et de villages à cause des infestations par W.
Delabie et al., 1994 ; de Souza et al., 1998 ; Fasi auropunctata (J.B. Mikissa, comm. pers.). Des trai-
et Brodie, 2009). Alors qu’elle a longtemps été tements contre la fourmi de feu et des programmes
identifiée comme une menace pour les espèces de gestion appropriés n’ont pas encore été mis en
cultivées, son intrusion dans les aires protégées œuvre au Gabon, et sont nécessaires d’urgence.
et les environnements peu perturbés du Gabon est Alors que l’éradication totale n’est plus une solution
désormais une cause d’inquiétudes pour la conser- réaliste, les stratégies de lutte devraient tabler sur la
vation des plantes autochtones. sensibilisation du public, la prévention et le suivi de
la propagation, l’éradication des infestations isolées
et le traitement des fronts de diffusion.
82
Encadré 3.5. Chasse et braconnage au Cameroun : que disent les textes ?
Roger Ngoufo
Université de Yaoundé I
Au Cameroun, pour chasser, il faut, entre autres conditions, disposer d’un permis ou d’une licence de chasse exigés depuis 1981
(article 48 de l’ancienne loi n° 81-13 du 27 novembre 1981, puis article 87 de la loi actuelle n° 94-01 du 20 Janvier 1994 portant régime
des forêts, de la faune et de la pêche). La seule dérogation admise concerne la chasse dite « traditionnelle » définie comme celle faite « au
moyen d’outils confectionnés à partir de matériaux d’origine végétale » (décret n° 95-466 du 20 juillet 1995 fixant les modalités d’appli-
cation du régime de la faune). En vertu de la loi de 1994, cette chasse traditionnelle « est autorisée sur toute l’étendue du territoire sauf
dans les forêts domaniales pour la concession de la faune et dans les propriétés des tiers » (article 86).
Toujours d’après la législation, « les produits issus de la chasse traditionnelle sont exclusivement destinés à un but alimentaire »
(article 24 du décret n° 95-466 du 20 juillet 1995 fixant les modalités d’application du régime de la faune). Ceci relève de la notion de
droit d’usage défini comme « l’exploitation par les riverains des produits forestiers, fauniques ou halieutiques en vue d’une utilisation
personnelle » (article 4).
Au Cameroun, le braconnage est défini comme « tout acte de chasse sans permis, en période de fermeture, en des endroits réservés
ou avec des engins ou des armes prohibés » (article 3 du décret n° 95-466 op cit.). De même, « tout procédé de chasse traditionnelle de
nature à compromettre la conservation de certains animaux peut être restreint » (article 81 de la loi n° 94-01 de 1994). Par extension,
« toute personne trouvée, en tous temps ou en tous lieux, en possession de tout ou partie d’un animal protégé de la classe A ou B, définie
à l’article 78 de la présente loi, vivant ou mort est réputé l’avoir capturé ou tué » (article 101 de la loi n° 94-01 de 1994).
Toutes ces dispositions mettent de facto hors la loi de nombreuses pratiques locales
répandues, qui deviennent dès lors des actes de « braconnage ». Par exemple, l’utilisation des
fusils de fabrication traditionnelle, des filets ou des câbles d’acier est tout à fait illégale alors
© Carlos de Wasseige
que ces techniques sont courantes au niveau local. Certaines pratiques ancestrales utilisant
des espèces partiellement ou intégralement protégées sont ainsi devenues illégales, comme
l’abattage d’un éléphant qui fait partie des rites de passage chez les Bakas. Bon nombre de
personnes sont également susceptibles de tomber sous le coup de la loi pour leur implication
à quelque titre que ce soit dans la circulation des produits fauniques. Autrement dit, force
est de constater que le concept de chasse « traditionnelle » proposé à l’heure actuelle par le
Photo 3.8 : Campement éphémère de législateur camerounais ne cadre pas avec les réalités locales.
braconniers
Selon la Liste rouge des taxons menacés de évaluées. Pour les mammifères, la plupart des éva-
l’UICN (http ://[Link]/), environ luations ont été effectuées en 2008 ; environ 70 %
6 000 espèces ont fait l’objet d’une évaluation dans de ceux-ci sont LC (préoccupation mineure) alors
les pays d’Afrique centrale. Les niveaux de menace que 12 % sont VU, EN ou CR. Plusieurs de ces
pour ces espèces sont détaillés dans la figure 3.5. espèces menacées sont répertoriées par la CITES.
Alors que la majorité des espèces évaluées ne sont pas
menacées, 0 à 34 % des espèces sont classées comme En général, les évaluations des espèces sont
vulnérables (VU), en danger critique (CR) ou en valables pendant environ dix ans avant qu’une
danger (EN) par groupe et catégorie de menace (par actualisation soit nécessaire (Schatz, 2009). Si
exemple, 34 % des plantes sont classées VU ; 2 % de on accepte cette référence dans son ensemble,
oiseaux EN). Le pourcentage élevé d’espèces pour seules 6 % des évaluations de l’Afrique centrale
lesquelles il n’existe pas de données (DD – données sont dépassées. Cependant, en consultant la base
insuffisantes) est également préoccupant. de données de l’UICN, on note que les plantes
(en particulier les espèces de bois répertoriées)
Les nombreuses espèces qui n’ont pas été éva- occupent clairement la plus mauvaise position,
luées (et ne sont donc pas reprises dans les statis- 32 % des évaluations devant être mises à jour.
tiques présentées dans la figure 3.5) sont plus pré- De nombreux groupes ont été actualisés en 2012
occupantes encore. Par exemple, sur près de 8 000 (1 500 actualisations ou additions), dont tous les
espèces de plantes connues des forêts d’Afrique oiseaux énumérés et de nombreux mollusques,
centrale (White, 1983), seules 965 (12 %) ont été arthropodes et poissons.
83
100%
90%
80%
EX
70%
EW
60% CR
EN
50% VU
DD
40%
NT
LC
30%
20%
10%
0%
Plantes Mollusques Arthropodes Poissons Amphibiens Reptiles Oiseaux Mammifères
Figure 3.5 : Pourcentage d’espèces d’Afrique centrale menacées par type de menace et groupe d’espèces (EX :
éteint ; EW : éteint à l’état sauvage ; DD : données insuffisantes ; NT : presque menacées ; LC : préoccupation
mineure ; CR : danger critique; EN : en danger; VU : vulnérable)
Cependant, plusieurs cas démontrent qu’une odonatoïdés et crabes, menacées au niveau régional,
bonne perception du niveau de menace est vitale ont été cartographiées dans des sous-bassins ver-
pour orienter les actions de conservation : sants (figure 3.6). Les régions équatoriales côtières
(dont les lacs de cratère au Cameroun), les rapides
Certains amphibiens d’Afrique centrale ont du Congo inférieur et le système de Bangweulu-
été évalués pour la Liste rouge de l’UICN en Mweru en République démocratique du Congo
2012. Le groupe de spécialistes des amphibiens présentent le niveau le plus élevé d’espèces d’eau
à l’UICN utilise ces évaluations, en conjonction douce menacées (Brooks et al., 2011). Nombre de
avec les priorités définies par l’Alliance for Zero ces zones sont des Aires majeures de biodiversité,
Extinction (AZE) et les informations fournies par qui sont importantes au niveau mondial pour la
des partenaires locaux, afin d’identifier les habi- conservation biologique (Holland et al., 2012).
tats les plus menacés qui doivent être conservés Une étude panafricaine en la matière sur les libel-
pour la survie à long terme de quelques-uns des lules a conclu que les montagnes à la frontière du
amphibiens les plus menacés au monde. Ses sites Cameroun et du Nigeria abritaient les espèces les
prioritaires comprennent le mont Oku, le mont plus menacées du Bassin du Congo, alors que le
Manengouba, le mont Nganha et les collines de nombre le plus élevé d’espèces classées DD se situait
Bakossi au Cameroun, qui abritent chacun de 35 dans le nord-est du Gabon, une aire très étudiée
à 85 espèces d’amphibiens. Ces sites font partie dans les années 1960 et 1970, et qui, ensuite, n’a
d’un ensemble mondial de priorités identifiées par plus fait l’objet d’enquêtes sur le terrain (Clausnitzer
l’AZE, une initiative qui vise à attirer l’attention et al., 2012). Finalement, une liste rouge de la flore
sur la conservation de l’habitat d’espèces mena- endémique du Cameroun a fourni des évaluations
cées dans le monde. Dans le Bassin du Congo, il préliminaires pour plus de 800 espèces (Onana &
y a quinze sites AZE, outre ceux cités précédem- Cheek, 2011).
ment : les monts Itombwe en RDC, les basses terres
de São Tomé, le Mont Iboundji au Gabon et le Au Gabon, de nouvelles enquêtes sur des espèces
parc national Nyungwe au Rwanda (http ://www. peu connues, hautement menacées et strictement
[Link]). endémiques à la région de Libreville a contribué
à définir les limites de l’Arboretum de Raponda-
Un autre exemple de la manière dont l’analyse Walker nouvellement créé. Les dernières popula-
du niveau de menace renseigne sur les priorités de tions de Psychotria wieringae (EN), Acricocarpus
conservation est l’évaluation des eaux douces en vestitus, Gaertnera spicata, notamment, bénéficient
Afrique centrale effectuée par l’UICN, au cours désormais d’une protection garantie (Lachenaud
de laquelle les espèces de poissons, mollusques, et al., 2013).
84
Figure 3.6 : Distribution des espèces de poissons, mollusques, odonatoïdés et crabes menacées en Afrique
centrale, cartographiée par sous-bassins versants (Brooks et al., 2011)
© Olivier Lachenaud
85
Finalement, lorsque des espèces sont menacées occidental de plaine (CR), le gorille de montagne
par l’exploitation commerciale, elles sont souvent (EN), le chimpanzé (EN), le bonobo (EN), le
répertoriées par la Convention sur le commerce mandrill (VU) et le drill (EN). Les plantes bien
international des espèces de faune et de flore sau- connues comprennent le Prunus africana (VU)
vages menacées d’extinction (CITES). La liste des et le Pericopsis elata (EN), ainsi que de nombreuses
grands mammifères comprend l’éléphant d’Afrique orchidées (voir l’encadré 3.6 pour plus d’infor-
(VU) (pour l’Afrique centrale, la sous-population mations).
d’éléphant de forêt est incluse (EN)), le gorille
Encadré 3.6. Liste rouge de l’UICN et arbres commerciaux : le cas de Pericopsis elata (Harms) Meeuwen (assaméla, afrormosia)
Jean-Louis Doucet et Nils Bourland
Gembloux Agro-Bio Tech / Université de Liège
De l’okoumé (Aucoumea klaineana) au sapelli (Entandrophragma cylindricum), nombreuses sont les espèces ligneuses commerciales
reprises sur la liste rouge de l’UICN (http ://[Link]). Pas moins de la moitié des espèces couramment exploitées en Afrique
centrale sont considérées comme menacées en vertu du critère A1cd. Parmi ces espèces, celles qui, au cours des trois dernières générations,
ont vu leur population se réduire d’au moins 50 % sont classées comme vulnérables (VU), en danger d’extinction (EN) si la réduction
est d’au-moins 70 % ou en danger critique d’extinction (CR) pour une diminution d’au-moins 90 %.
Cependant, les caractéristiques des arbres, dont la longévité, compliquent singulièrement leur classification dans cette liste. Ainsi,
la durée d’une génération définie par l’UICN (2001) comme « l’âge moyen des parents de la cohorte », avoisine généralement le siècle
pour la plupart des espèces exploitées (Menga et al., 2012). En outre, le manque de données relatives à l’écologie des espèces est criant
et l’étude de l’autécologie des essences commerciales doit être une priorité, notamment pour évaluer au mieux les menaces qui pèsent
sur ces espèces ou aider à l’aménagement forestier dans un contexte d’exploitation.
L’assaméla (Pericopsis elata), également appelé afrormosia ou kokrodua, est classé dans la catégorie EN de la liste rouge UICN et en
annexe II de la CITES (espèces pour lesquelles un permis d’exportation ou un certificat de réexportation est nécessaire). Son statut
a été étudié au Cameroun par Bourland et al. (2012a) dans une concession forestière d’environ 120 000 ha. La population analysée
souffrait d’un important déficit de régénération. Cette espèce héliophile doit son abondance locale à d’anciens défrichements qui lui
ont permis de se régénérer (van Gemerden et al., 2003 ; Brncic et al., 2007). L’agriculture étant aujourd’hui moins mobile qu’autrefois,
les conditions propices à sa régénération sont devenues plus rares. Dans la zone d’étude, l’assaméla fleurit régulièrement dès l’âge de
120 ans environ alors que l’âge moyen des adultes semenciers a été estimé à environ deux siècles. Dans la pratique, il est totalement
impossible de déterminer la réduction de la population sur trois générations (soit 600 ans) tel que demandé par l’UICN ! Par ailleurs,
l’impact de l’exploitation de l’assaméla au Cameroun peut être considéré comme faible car l’espèce ne peut être abattue que si elle a plus
de 90 cm de diamètre, ce qui ne réduirait le nombre de semenciers que de 12 % en 30 ans. Si l’on considère que la population étudiée
est représentative des populations camerounaises, le statut « EN » parait nettement exagéré dans ce pays.
Toutefois, la situation peut varier d’un pays à l’autre. Ainsi, en République du Congo et en RDC, le diamètre requis pour l’exploi-
tation n’est que de 60 cm, ce qui menace une plus grande partie des arbres semenciers et pourrait nuire à la régénération de l’espèce.
Cependant l’aire de distribution de l’assaméla est située en partie dans les aires protégées (Bourland et al., 2012b). Ainsi, 7 % de
l’aire de l’assaméla de RDC se trouverait dans des aires protégées contre 40 % au Congo et 46 % au Cameroun.
Appliquer les critères UICN aux espèces arborées est donc extrêmement délicat. Il est même possible qu’aujourd’hui, certaines espèces
héliophiles, comme l’assaméla, pourraient même être plus abondantes qu’il y a 600 ans (voir à ce sujet Brncic et al., 2007).
En conséquence, une estimation davantage rigoureuse du statut des espèces devrait prendre en compte l’évolution possible des popu-
lations en considérant les impacts anthropiques futurs et non passés. Toute simulation devrait obligatoirement considérer l’écologie de
l’espèce, le plan de zonage des pays couverts par son aire de distribution (dont la part de la distribution abritée par les aires protégées),
leurs taux de déforestation, les législations forestières et l’existence de programmes de reboisement. Enfin, compte tenu des disparités
nationales, une approche régionale parait indispensable.
Cependant, dans le cas d’espèces héliophiles et anthropophiles comme l’assaméla ou l’okoumé, la préservation ne pourra seule suffire
à garantir le maintien des populations sur le long terme. Seule une gestion raisonnée, intégrant un appui à la régénération, permettra
d’assurer leur pérennité.
86
4.3. Récentes décisions de la CITES au sujet des éléphants
La CITES est un accord international entre tage illégal d’éléphants en Afrique, le commerce
gouvernements qui a pour but de veiller à ce que illégal de l’ivoire et les conséquences sur la sécurité
le commerce international des spécimens d’ani- nationale de ce trafic d’ivoire. Des campagnes de
maux et de plantes sauvages ne menace pas la survie sensibilisation du public visant à réduire la demande
des espèces auxquelles ils appartiennent. Tous les d’ivoire, qui est le principal moteur de l’abattage
deux ou trois ans, les États membres se retrouvent illégal d’éléphants, ont été recommandées par la
afin d’examiner la mise en œuvre de l’accord. Lors réunion plénière de la CITES. Cette déclaration
de la dernière conférence de la CITES en mars permet aussi la création d’un groupement d’indivi-
2013 à Bangkok, des décisions stratégiques ont dus, de scientifiques, d’ONG, d’institutions et de
été adoptées pour la première fois au sujet des gouvernements afin de prendre des mesures inter-
actions de terrain pour s’attaquer collectivement nationales coordonnées pour réduire la demande
à l’abattage illégal d’éléphants et au commerce illé- d’ivoire. Enfin, un accord a été adopté pour renfor-
gal et florissant de l’ivoire (http ://[Link]/ cer le Fonds pour l’éléphant d’Afrique (http ://www.
common/cop/16/sum/F-CoP16-Com-II-Rec-13. [Link]/international/wildlife-without-borders/afri-
pdf ). Les données qui illustrent le problème actuel [Link]) et le Plan
de l’abattage illégal d’éléphants sont brièvement d’action pour l’éléphant d’Afrique (http ://www.
exposées au point 3.1.1. « Point sur l’abattage illi- [Link]/action-plan).
cite des éléphants » de ce chapitre.
La Conférence a décidé de créer des équipes
Parmi d’autres décisions, le prélèvement d’appui en cas d’incident lié aux espèces sauvages
d’échantillons d’ADN sur les futures saisies d’ivoire (WIST). Ces équipes pourront être envoyées sur
supérieures à 500 kg est aujourd’hui obligatoire, place à la demande d’un pays qui a été touché
et les parties à la CITES sont tenues de déclarer par un braconnage significatif lié au commerce
annuellement leurs stocks d’ivoire. En outre, la illégal ou qui a procédé à une saisie importante
négociation sur la possibilité d’un commerce d’ivoire de spécimens protégés par la CITES. Les équipes
autorisé par la CITES a été reportée et l’interdiction WIST aideront et orienteront les actions de suivi
est maintenue. Par ailleurs, le secrétaire général de la appropriées, dans le pays touché ou dans celui qui a
CITES collaborera avec l’Office des Nations Unies intercepté la marchandise, pour les mesures immé-
contre la drogue et le crime pour lutter contre l’abat- diates à prendre après un tel incident.
© Dominique Louppe
4.4. Herbiers : le nom des plantes et bien plus
Un herbier est une collection de plantes préser- espèces de tous les royaumes. Bebber et al. (2010) ont
vées à des fins de recherche scientifique et d’ensei- calculé qu’il s’écoule entre 23 et 25 ans pour décrire
gnement. Les herbiers sont une référence taxono- la moitié de toutes les nouvelles espèces de plantes
mique, vitale et irremplaçable, des plantes, ils réper- récoltées en un an. Ce délai peut s’expliquer par le
torient des milliers de noms de plantes. Ils sont manque de spécialistes, la quantité gigantesque de
complémentaires au rôle des jardins botaniques matériel disponible dans les herbiers (on estime que
comme l’explique l’encadré 3.3 de l’État des forêts les 2721 herbiers actifs contiennent un total d’envi-
2010 : « Les jardins botaniques d’Afrique centrale : ron 361 millions de spécimens) et par la méthodolo-
rôles et perspectives ». gie de la taxonomie des plantes elle-même.
Les herbiers sont essentiels pour atteindre le pre- Les herbiers sont également importants pour
mier objectif de la Stratégie mondiale pour la conser- tous les types de recherche en matière de plantes
vation des plantes (GSPC), qui veut que « La diversité comme la génétique, la palynologie, la dendrologie,
des plantes est bien comprise, documentée et reconnue » la chimie, la pharmacognosie, les inventaires, etc.
(voir : https ://[Link]/gspc). Les nouvelles Des spécimens témoins, qui présentent tous les élé-
espèces y sont découvertes, décrites et nommées. ments essentiels pour l’identification du spécimen,
Les nouvelles espèces sont souvent décrites de nom- et notamment un étiquetage complet sur le lieu, la
breuses années après avoir été récoltées. Fontaine date, le collecteur et l’habitat de récolte, sont d’une
et al. (2012) estiment qu’il s’écoule en moyenne 21 importance majeure pour de nombreux domaines Photo 3.10 : Echantillon
ans entre la découverte et la description pour les de recherche. d’herbier restauré à l’INERA
– Yangambi – RDC
87
Les herbiers ne sont pas seulement une collec- tique d’une espèce ainsi que sa distribution passée
tion de spécimens végétaux secs, ils contiennent et présente ; de calculer les paramètres environne-
également d’autres matériels comme des fruits mentaux et les aires de répartition potentielles ; de
et des fleurs conservés dans un liquide, des échan- prédire la distribution future dans le contexte du
tillons d’ADN, des échantillons de bois, des des- changement global ; de documenter l’historique
sins, des aquarelles, des photographies, des archives, de la distribution des cultures, des maladies et des
de la littérature scientifique, etc. La disponibilité espèces envahissantes ; d’évaluer la conservation des
combinée de ces matériels permet aux scientifiques plantes in-situ et ex-situ ; et de fournir une référence
d’étudier la variabilité morphologique et géné- historique pour les cycles du carbone et de l’azote.
88
Les plus vieux herbiers d’Afrique centrale ment de plusieurs pays, l’Union européenne et plu-
remontent au début du 20e siècle (par exemple, les sieurs herbiers et jardins botaniques européens.
herbiers de Kisantu et de Eala). De nombreux her- Ces projets se concentrent sur la réhabilitation de
© Carlos de Wasseige
biers locaux ont été créés à partir de 1946. Plusieurs l’infrastructure des institutions et des collections,
de ces collections existent encore et peuvent consti- la formation de techniciens et de chercheurs, ainsi
tuer un outil fort utile pour l’étude de la biodiver- que sur la numérisation des collections. Ils four-
sité de la région. Outre les collections des herbiers nissent aussi un soutien aux partenaires locaux dans
locaux, d’importantes collections d’espèces de ces la lutte contre les ravageurs des herbiers, le mon-
régions peuvent être trouvées dans des herbiers en tage d’échantillons d’herbiers, la classification et la
Europe et en Amérique du Nord (par exemple, détermination des spécimens et la numérisation des
Kew, Meise, Missouri, Paris et Wageningen) collections, notamment la saisie des informations
Photo 3.11 : Kaléidoscope de
(tableau 3.4). botaniques. Les images numérisées du matériel des
formes et de couleurs
herbiers du Bassin du Congo, ainsi que les don-
Dans un souci de maintenir ces collections nées sous-jacentes, sont disponibles sur Internet
scientifiques historiquement importantes, des (http ://[Link]/), ce qui est particulière-
projets de réhabilitation sont en cours dans divers ment utile pour les chercheurs africains. Ces projets
herbiers avec l’aide financière et technique de par- ne contribuent pas seulement au développement
tenaires internationaux, dont la fondation Andrew des institutions africaines locales mais renforcent
W. Mellon (African Plants Initiative), le minis- également leurs recherches scientifiques au niveau
tère français des Affaires étrangères (Sud Expert local et international.
Plantes), des agences de coopération au développe-
89
l’état des lieux des APT actuelles et pour propo- dépendant de bailleurs extérieurs, ce qui fait peser
ser un cadre d’orientation stratégique adapté à ce des incertitudes sur leur durabilité.
type d’initiatives de conservation (Ngoufo, 2013).
Le Great Virunga Transboundary Collaboration Un groupe de travail sur les aires protégées et la
(GVTC) qui regroupe trois pays dont l’un est exté- faune sauvage est en cours de création au sein de la
rieur à la sous-région (RDC, Rwanda, Ouganda) COMIFAC. Celui-ci devrait servir d’interface entre
a été inclus dans cette étude. Le diagnostic a porté les instances politiques sous-régionales et les acteurs
sur les processus de création, de gestion, de gouver- de terrain et favorisera une meilleure capitalisation
nance et de financement de ces complexes trans- des leçons apprises des différentes initiatives APT.
frontaliers. D’autres pistes susceptibles d’améliorer significa-
tivement le fonctionnement des APT sont égale-
L’étude a conclu que la création et la gestion ment envisageables : la planification d’ensemble
de complexes transfrontaliers en Afrique centrale sur la base des plans d’aménagement des diffé-
sont techniquement réalisables. Cependant leur rentes AP concernées, la valorisation du potentiel
gestion et leur gouvernance montrent des insuffi- touristique des sites (exemple du Parc National
sances, même si leur contribution à l’intégration Odzala-Kokoua, voir encadré 3.7), la mobilisation
sous régionale et à la mutualisation des efforts de moyens pour la mise en œuvre du Plan d’action
de conservation de la biodiversité est certaine. sous régional des pays de l’espace COMIFAC pour
Malheureusement, le financement des APT est le renforcement de l’application des législations
très souvent inférieur aux besoins réels et trop nationales sur la faune sauvage (PAPECALF –
encadré 3.9), etc.
© Bass Fandjo
qui prévoit la mise en protection intégrale de 60 % de sa superficie et 40 % de
zones de transition et d’écodéveloppement. Pour valoriser sa richesse naturelle
et culturelle et pour contribuer au développement local, le gouvernement a
signé le 29 avril 2011 un partenariat de 25 ans renouvelable avec la société
Congo Conservation Company (CCC). La CCC obtient ainsi le droit
d’exploiter 7 concessions d’exploitation écotouristique et une exploitation Photo 3.13 : Eco-lodge
cynégétique situées dans et en périphérie du parc, en contrepartie de quoi, elle s’engage à verser tous de Lango, Parc National
les ans 5 % de son chiffre d’affaire à un fonds de développement villageois. d’Odzala-Kokoua (Congo).
La CCC a investi 5 000 000 € dans le développement de l’écotourisme. En 2012 elle a construit
trois lodges (deux de haut de gamme à Lango et Ndzéhi, et un de moyenne gamme à Mboko) pour
3 800 000 € et a construit deux camps satellites en 2013. Les trois lodges emploient une centaine de
personnes, dont 60 % d’autochtones. L’ensemble du personnel a été formé sur place en hôtellerie.
Les 120 premiers touristes ont été reçus entre août et octobre 2012. Depuis 2013, les écotouristes sont accueillis durant les
meilleures périodes de visite : en janvier-février (petite saison sèche) et de juin à mi-octobre (grande saison sèche). Les produits offerts
comprennent la découverte de la forêt à pied, l’observation de la grande faune à partir de miradors, le pistage de groupes de gorilles
et des ballades en pirogue.
En 2013, une clé de répartition du fonds de développement villageois a été établie pour déterminer quels villages, parmi les 71
villages riverains, en seront les bénéficiaires directs et indirects. Un mécanisme de décaissement et de gestion des fonds sont aussi mis
en place.
90
Encadré 3.8 : Suivi participatif du paysage Tri National de la Sangha
1
Dominique Endamana, 1Kenneth Angu Angu, 2Jeff Sayer, 3Thomas Breuer, 4 Zacharie Nzooh, 1Antoine Eyebe et 1Léonard Usongo
1
UICN, 2 JCU, 3 WCS, 4 WWF
Depuis 2004, le « Groupe Sangha » rassemble de nombreux acteurs impliqués dans la gestion du paysage forestier du Tri National de
la Sangha (TNS) : gestionnaires d’aires protégées, institutions de conservation et de recherche, universités, exploitants forestiers, ONG
locales et représentants de la société civile. Ce groupe a conçu un système de suivi-évaluation participatif (SEP) destiné à analyser les
impacts des activités de conservation de la biodiversité et du développement des populations locales à l’échelle de ce paysage et à en
rendre compte. Ce dispositif complète le système de suivi par télédétection de la gestion des terres élaboré par le programme CARPE
(Yanggen et al., 2010).
Ce dispositif repose sur l’approche participative (bottom up) impliquant les communautés locales et les peuples autochtones selon
les étapes suivantes : conceptualisation de l’outil, développement et définition des indicateurs et suivi continu de ces indicateurs (Sayer
et al., 2007). Le SEP a permis de mieux comprendre la dynamique du TNS et d’identifier les valeurs accordées au paysage ainsi que les
vecteurs de changement environnementaux et socioéconomiques.
Les indicateurs sont regroupés en capitaux naturels, physiques, sociaux et humains (tableau 3.5) (Department for International
Development, 2001). Le capital naturel a été subdivisé en deux selon l’importance des ressources locales (PFNL, gibiers de la chasse de
subsistance, etc.) et globales (grands mammifères : éléphants, primates, etc.).
Tableau 3.5 : Les 28 indicateurs utilisés pour le suivi du paysage TNS (2006-2011)
Acquis naturels Acquis Acquis humains Acquis sociaux Acquis physiques Gouvernance
locaux naturels construits
globaux
Disponibilité de quatre Population Accès aux soins de Fonctionnement Moulins à manioc Application de la loi
PFNL prioritaires d’éléphants santé des comités locaux
abattus de gestion des
illégalement ressources naturelles
Disponibilité des Population de Qualité de Initiatives Qualité d’habitation Violation des règles
ressources fauniques Bongos l’encadrement communautaires fauniques
non protégées scolaire de gestion des
ressources naturelles
Engagement dans le Capacité des Perception de Nombre de points Partage des bénéfices
processus de gestion entreprises forestières la corruption d’eau potable tirés de la gestion
durable des forêts ou à employer les (fonction publique forestière, faunique
de certification techniciens locaux et secteur privé) et éco touristique
qualifiés
Niveau d’activité Accessibilité au grand Récurrence de conflits
associative centre le plus proche locaux
Progrès dans Niveau de Niveau de restitution
l’attribution développement du des parlementaires
des Forêts tourisme
Communautaires
Baka
Participation Usine de Contrôle forestier
des Baka pour la transformation du et faunique
résolution des litiges bois
dans la cour du chef
traditionnel
Emploi de la Marché des trois
redevance forestière produits de première
nécessité
91
1,0 Le suivi de ces 28 indicateurs a démarré en 2006.
Chaque indicateur est défini suivant le principe d’échelle
0,8 0,73 0,72 0,74 de Likert compris entre 1 (pire situation de l’indicateur)
0,65 0,67 0,67
et 5 (situation idéale de l’indicateur). La mesure se fait
0,6 une fois par an au cours de la réunion annuelle du groupe
0,55 0,56 Sangha sur la base des données quantitatives et qualita-
0,4 0,48 0,50 0,50
0,44 tives collectées par les institutions gestionnaires des aires
0,2
protégées et par leurs partenaires dans le cadre de leur
propre système de suivi écologique et socioéconomique
0,0 (figure 3.7).
2006 2007 2008 2009 2010 2011
Le suivi de ces indicateurs (Endamana et al., 2010) a
Figure 3.7 : Evolution des indices de conservation et de développement dans le permis d’élaborer des scénarios futurs pour la conserva-
TNS pour la période 2006-2011 tion et le développement du TNS (Sandker et al., 2009)
et aussi de comprendre la résilience du paysage face aux
phénomènes extérieurs, comme la crise financière inter-
nationale de 2008 (Sayer et al., 2012). La réussite du suivi participatif à l’échelle des paysages nécessite notamment un investissement
en temps et de la patience pour aboutir à un consensus sur les indicateurs, une implication de tous les acteurs locaux dans le suivi, un
dialogue multi-acteurs et la constitution d’une plateforme d’échanges, une adaptation des indicateurs en fonction de l’évolution des
priorités des intervenants, un système simple, en particulier au niveau de l’échelle d’évaluation des indicateurs et enfin l’archivage des
données de terrain.
Ces acquis capitalisés seront applicables aux autres paysages prioritaires du PFBC. L’approche décrite va inspirer les institutions du
CGIAR (CIFOR, ICRAF, Biodiversity International) pour le suivi à long terme des « Paysages Témoins » inscrits dans leur programme
global de recherche sur les évolutions des paysages forestiers.
5.2.1. Les initiatives de lutte anti-bra- plus sévère sur les populations animales. Ce fléau
connage (LAB) s’est amplifié ces dernières années avec le dévelop-
pement de réseaux criminels transnationaux qui
Dans sa précédente édition, l’État des forêts a participent au trafic illicite de la faune. Le phéno-
donné un aperçu des multiples menaces qui pèsent mène a également un impact en termes de sécurité
actuellement sur les systèmes d’aires protégées de publique et d’ordre intérieur car il coûte la vie à de
Photo 3.14 : Écureuil pris la sous-région (Angu et al., 2010). Parmi celles-ci, nombreux pisteurs et écogardes (Garamba en RDC,
dans un piège – UFA Bétou – le braconnage pour l’ivoire ou la viande de brousse Zakouma au Tchad, Bouba Ndjida au Cameroun).
Congo est considéré comme susceptible d’avoir l’impact le
92
‐ Renforcement des capacités : augmentation et devait proposer des pistes de stratégie commune
des effectifs et formation des écogardes ; à la fin de 2013.
‐ Développement de base de données de type
MIST (Management Information SysTem, dis- Le braconnage répond malheureusement aux
ponible sur http ://[Link]/software/ lois économiques de l’offre et de la demande.
© Frédéric Sepulchre
mist/[Link]) ou SMART (Spatial Monitoring Aujourd’hui, son ampleur dépasse le non-respect
and Reporting Tool, disponible sur http ://www. des dispositions réglementaires relatives à la gestion
[Link]/) ; durable de la faune sauvage dans les différents États.
‐ Travail avec les populations locales : dévelop- Le braconnage devient une question de sécurité
pement d’alternatives au braconnage, génératrices intérieure et d’intégrité territoriale. Plus que par le
de revenus (agriculture, pêche, maraichage par passé, les États responsables doivent se concerter
exemple) et mise en œuvre de programme d’édu- sur la question du braconnage pour garantir la
cation et de sensibilisation ; conservation de la faune et sa biodiversité. Photo 3.15 : Tortue terrestre
‐ Renforcement de l’application des lois : ren- en forêt Gabonaise
forcement et harmonisation des cadres réglemen-
taires et institutionnels en matière de gestion de
la faune, coordination des interventions aux plans
local, national et régional (voir encadré 3.9 sur le
PAPECALF).
93
Encadré 3.9 : Plan d’action sous-régional pour le renforcement de l’application des législations nationales sur la faune sauvage
Chouaïbou Nchoutpouen1, Stephane Ringuet2 Germain Ngandjui2 et Marc Languy3
1
COMIFAC, 2TRAFFIC, 3WWF
En février 2005, les Chefs d’États d’Afrique centrale ont adopté un « Plan de convergence » qui décline les priorités en matière de
gestion de la biodiversité et de lutte contre le braconnage et l’exploitation illicite des ressources forestières. Malgré cette volonté politique,
le braconnage et le commerce illégal, notamment de l’ivoire, ont pris des proportions très inquiétantes qui affectent dangereusement
les espèces vulnérables comme les éléphants et les grands singes. Pourtant, tous ces pays ont signé et ratifié plusieurs conventions
internationales, notamment la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction
(CITES) et la Convention sur la diversité biologique (CDB). Ils ont aussi tous élaboré et adopté des législations nationales en faveur de
la gestion durable de la faune sauvage. Cependant, ces législations sont loin d’être appliquées de façon optimale.
En juin 2012, le Conseil des Ministres de la COMIFAC a adopté le Plan d’action sous-régional des pays de l’espace COMIFAC
pour le renforcement de l’application des législations nationales sur la faune sauvage (PAPECALF). Ce plan, conclu pour la période
2012-2017, a pour objet de renforcer l’application des législations nationales et des accords et conventions sous-régionaux, régionaux
et internationaux qui règlementent la gestion de la faune sauvage en Afrique centrale. Il vise une meilleure application des législations
en mettant en œuvre des moyens de dissuasion efficaces contre le braconnage et le commerce illégal qui s’y rattache. Il veut aussi, d’ici
2017, accroître et mieux suivre les poursuites judiciaires dans les pays de l’espace COMIFAC.
Plus spécifiquement, les objectifs de ce Plan d’action sont les suivants :
- Renforcer la coopération et la collaboration entre les autorités de contrôle et les autorités judiciaires concernées par l’application
des lois sur la faune sauvage au niveau national, ainsi qu’entre les pays de l’espace COMIFAC ;
- Accroître les investigations, en particulier aux points clefs de transit ou aux frontières, dans les marchés locaux et les zones
transfrontalières ;
- Mettre en place des moyens de dissuasion efficaces pour lutter contre le braconnage et le commerce illégal de la faune, s’assurer
que les poursuites sont conduites de manière régulière et en respect des lois nationales et que les résultats des contrôles et des poursuites
judiciaires sont suivis, publiés et largement diffusés ;
- Renforcer la prise de conscience des problématiques du commerce illégal de la faune sauvage.
Pour la mise en œuvre du PAPECALF, chaque pays est tenu de mobiliser les ressources financières et humaines adéquates.
Les Ministères en charge de la Faune sont chargés de vulgariser ce Plan d’action à travers un large processus de concertation qui doit
aboutir à la planification de sa mise en œuvre à l’échelle nationale. Deux organes chargés du suivi-évaluation du PAPECALF sont
envisagés : une Cellule de coordination nationale (CCN) qui sera logée, dans chaque pays, au Ministère en charge de la faune et un
Sous-groupe de travail sur la faune sauvage et les aires protégées (SGTFAP) qui sera logé au sein du Groupe de travail biodiversité
d’Afrique centrale (GTBAC) de la COMIFAC. Le succès attendu de la mise en œuvre du plan repose sur une coordination et une
consultation étroite et efficace, et sur le partage des informations entre les États et les organisations compétentes.
94
Encadré 3.10 : Renforcement de la surveillance transfrontalière dans l’espace Tridom
Robbert Bekker, Bourges Djoni Djimbi et Paul Noupa
Tridom
Le Tridom est un complexe transfrontalier tri-national d’aires protégées regroupant la réserve de faune du Dja et les parcs nationaux
d’Odzala et de Minkebe. Depuis deux ans, les partenaires du Tridom ont entrepris plusieurs actions novatrices pour soutenir les gouver-
nements des trois pays concernés (Cameroun, Congo et Gabon) dans leurs tâches régaliennes de lutte contre le braconnage international
qui menace les éléphants. Ces différentes actions se déclinent de la manière suivante :
95
Encadré 3.11 : Un tribunal itinérant : la « chambre foraine » au Parc national de la Salonga (RDC)
Florence Palla
RAPAC
Une « Chambre foraine » permet le transport des juges, procureurs, prévenus, témoins et avocats (une vingtaine de personnes) jusque
dans des régions enclavées où la justice n’est habituellement pas rendue faute de moyens humains ou matériels. En novembre-décembre
2011, une Chambre foraine a été organisée à Monkoto par les partenaires du Parc national de la Salonga (PNS), en appui à l’Institut
congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Il s’agissait de juger 10 braconniers arrêtés pour détention illégale d’armes de guerre
et la chasse d’espèces intégralement protégées (braconnage). Au terme du procès, sept condamnations à perpétuité ont été prononcées
et les braconniers ont été immédiatement transférés à la prison de Ndolo, à Kinshasa. À l’occasion de cette séance, 12 armes de guerre
ont été saisies et trois braconniers présumés ont été acquittés.
5.2.2. Lutte contre le trafic des grands (ONUDC), l’Organisation mondiale des douanes
singes (OMD) et la Banque mondiale travaillent à une
approche complète et collaborative de prévention
Plusieurs initiatives visent spécialement le com- du commerce illégal (http ://[Link]/eng/
merce illégal des grands singes en danger. prog/[Link]).
La Last Great Ape Organization (LAGA, D’autres réponses au trafic des grands singes
http ://[Link]/), par exemple, sont décrites dans l’étude « Stolen Apes », dispo-
apporte son assistance technique et légale aux admi- nible en ligne sur le site du GRASP (http ://www.
nistrations des forêts et de la vie sauvage en vue [Link]/news/114-stolen-apes-counts-illegal-
de l’arrestation et de la poursuite des trafiquants trade-toll). Ce rapport, publié en 2013, est le pre-
d’espèces protégées au Cameroun, au Gabon, au mier à analyser l’ampleur et la portée du commerce
Congo et en RCA. LAGA a également mis au point illégal des grands singes et à souligner les liens
des normes mesurables de l’efficacité des poursuites complexes croissants entre les réseaux criminels
en matière de trafic (c.-à-d. le nombre de grands internationaux et le commerce des espèces sauvages.
trafiquants arrêtés, condamnés et emprisonnés par
semaine). Au niveau sous-régional, le Plan d’action pour
le renforcement de l’application des législations
De même, de nouveaux accords de collabo- nationales sur la faune sauvage (PAPECALF 2012-
ration formels signés par des agences interna- 2017) de la COMIFAC constitue un instrument
tionales comme le Consortium international de potentiellement efficace pour inverser la tendance
lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages du trafic des grands singes en Afrique centrale
(ICCWC), qui regroupe la CITES, Interpol, l’Of- (encadré 3.9).
fice des Nations Unies contre la drogue et le crime
96
PA R T I E 2
CHANGEMENT CLIMATIQUE
EN AFRIQUE CENTRALE
CHAPITRE 4
Changement climatique et adaptation en Afrique centrale :
passé, scenarios et options pour le futur
Denis J. Sonwa1, Paul Scholte2, Wilfried Pokam1,3, Peter Schauerte2, Maurice Tsalefac4,5, Clobite Bouka Biona6 ; Carolyn Peach
Brown7 ; Andreas Haensler8 ; Fulco Ludwig9 ; François K Mkankam3,10, Aline Mosnier11 ; Wilfran Moufouma-Okia12 ; Felix Nga-
na13 ; Anne Marie Tiani1.
1
CIFOR, 2GIZ, 3LAMEPA, 4Université de Dschang, 5Université de Yaoundé, 6Université Marien Ngouabi, 7University of Prince Edward Island, 8CSC, 9Université de Wageningen,
Université des Montagnes 11IIASA, 12Met Office Hadley Centre for Climate Change, 13Université de Bangui.
10
1. Introduction
Les preuves d’un changement climatique induit Le présent chapitre entend faire brièvement le
par l’homme et de ses conséquences dans divers point sur les connaissances en matière de change-
secteurs ne cessent de se multiplier, au point que ment climatique et d’adaptation en ce qui concerne
d’aucuns se demandent si une limitation de la les forêts de la région COMIFAC. Cette synthèse
température moyenne globale à 2°C au-dessus du a pour but d’aider les pays du Bassin du Congo
niveau pré-industriel est encore un objectif bien à développer des options d’adaptation et des poli-
réaliste. Selon le 4e rapport d’évaluation (IPCC tiques pour les forêts et les communautés locales
AR4) du Groupe d’experts intergouvernemental qui vivent dans des environnements forestiers.
sur l’évolution du climat (GIEC, 2007), le conti- Elle s’appuie sur des informations extraites du
nent africain présente un risque élevé face aux effets rapport GIEC 2007 et d’autres sources publiées,
du changement climatique et une relativement ainsi que sur des informations non publiées de
faible capacité à s’adapter à ses conséquences. quelques rares études régionales sur le changement
Les secteurs identifiés comme les plus vulnérables climatique et l’adaptation à ce changement.
au changement climatique sont : l’agriculture et la
sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau,
les écosystèmes et la santé (Sonwa et al., 2012).
Limiter la vulnérabilité de ces secteurs requiert une
gestion des forêts et des stratégies de développe-
ment qui prennent en compte le changement cli-
matique. La lutte contre le changement climatique
exige deux approches différentes : la réduction des
concentrations croissantes, dans l’atmosphère, du
CO2 et des autres gaz à effet de serre (atténuation)
et la préparation à vivre avec les conséquences iné-
vitables du changement climatique (adaptation).
Les forêts ont joué un rôle crucial d’atténuateur lors
© Dimitri de Beauffort
99
Atténuation conserver ces fonctions de la forêt et d’autres toutes
Le rôle des forêts dans l’atténuation du change- aussi vitales pour les pays du Bassin du Congo
ment climatique génère un intérêt croissant dans la deviennent donc de plus en plus importantes. Des
région comme l’ont rapporté les précédentes édi- options pour optimiser la gestion de la forêt tropi-
tions de l’État des forêts du Bassin du Congo (Nasi cale en prenant en compte l’adaptation au change-
et al., 2009 ; Kasulu et al., 2009 ; Tadoum et al., ment climatique doivent être explorées avec plus
2012). La COMIFAC et ses pays membres se sont d’attention. Plusieurs études se sont intéressées aux
considérablement investis dans les négociations scénarios du changement climatique et à leurs effets
internationales (voir leurs positions communes sur (par exemple, l’étude « Climate Change Scenarios
REDD, au chapitre 5) et dans la mise en œuvre du for the Congo Basin », réalisée par la Coopération
concept REDD+ (par exemple, le projet REDD+ allemande internationale (GIZ)) et aux options
de la Banque mondiale et le projet de la FAO sur d’adaptation de la forêt dans la région du Bassin
la MNV [Mesure, notification et vérification]). du Congo (par exemple les projets « COBAM »
Les réponses au changement climatique en Afrique et « CoFCCA », mis en œuvre par le Centre inter-
centrale s’attachent généralement plus aux possi- national de recherche sur les forêts (CIFOR),
bilités d’atténuation qu’à l’adaptation (Bele et al., etc.). Le projet « CoForChange », développé par le
2011, Somorin et al., 2012). Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (CIRAD) a
Adaptation également tenté de comprendre le lien entre forêts,
Les quelques initiatives pour s’adapter au changement climatique et variabilité du climat.
changement climatique dans la région COMIFAC
ont porté principalement sur le secteur agricole. Cadre de vulnérabilité
Pourtant, les produits forestiers non-ligneux La vulnérabilité peut être définie comme « le
(PFNL) jouent un rôle crucial dans la sécurité niveau de capacité – ou d’incapacité – d’un système
alimentaire et le bois représente un secteur écono- à faire face aux effets défavorables des changements
mique majeur pour les économies nationales de la climatiques, que ce soit la variabilité climatique ou
région. L’adaptation dans le secteur forestier pour les phénomènes extrêmes » (GIEC TRE GT II,
2003). Le cadre de vulnérabilité [V= f (E, S, A)]
considère la vulnérabilité (V) comme une fonction
(f ) de l’exposition (E), de la sensibilité (S) et de
l’adaptation (A) aux changements climatiques.
Vulnérabilité Cette fonction peut également être appliquée
"Degré auquel un système est susceptible, ou incapable de faire au secteur forestier (Locatelli et al., 2008, voir :
face aux effets néfastes des changements climatiques, y compris
la variabilité climatique et les phénomènes extrêmes" figure 4.1) et ses principes sont le fondement de
ce chapitre.
+ -
Impacts potentiels Capacité d'adaptation Le facteur sensibilité est, dans ce chapitre,
"Tous les impacts pouvant se produire compte "La capacité d'un système à s'adapter au largement expliquée par la revue de l’utilité des
tenu d'un changement climatique projeté, sans changement climatique (y compris la
tenir compte de l'adaptation." variabilité climatique et les phénomènes forêts et la nécessité de l’adaptation au changement
extrêmes) pour atténuer les dommages climatique en Afrique centrale. L’exposition au
potentiels, à tirer profit des opportunités, ou
changement climatique sera présentée sur la base
+ + de faire face aux conséquences"
des renseignements disponibles quant au chan-
Sensibilité gement climatique observé et aux projections du
Exposition Intensité par laquelle un système est favorablement ou
"Nature et degré de l’exposition d’un défavorablement affecté, suite à des stimuli liés au climat. L'effet peut changement futur, fondés sur les précipitations
système face aux variations être direct (par exemple, un changement dans le rendement des
climatiques importantes" cultures en réponse à un changement dans la moyenne, la gamme ou
et la température de l’air près du sol. L’effet de
de la variabilité de la température) ou indirect (par exemple, les ces changements dans le passé et les projections
dommages causés par une augmentation de la fréquence des
inondations côtières dues à l'augmentation du niveau des mers).
de changements à venir dans différents secteurs,
qui impactent aussi les communautés locales,
sera présenté dans la section consacrée à l’impact.
Figure 4.1 : Les composantes de la vulnérabilité (définitions extraites du GIEC : L’adaptation sera présentée dans la section traitant
McCarthy et al., 2001). Les signes sous les flèches signifient qu’une forte exposition, une des « impacts ». Comme les actions d’adaptation ne
forte sensibilité et une faible capacité d’adaptation résultent en une forte vulnérabilité. se passent pas dans l’abstrait, et parce que joindre
Adapté de Locatelli et al., 2008. ses efforts à des initiatives antérieures peut être
utile, nous explorerons également les synergies avec
d’autres activités.
100
© Dominique Louppe
Alors que l’importance du secteur forestier, nécessaire de commencer à voir comment le climat
avec ses bénéfices environnementaux, économiques affecte cette biodiversité et quelles peuvent être ses
et sociaux pour les pays de la COMIFAC, est lar- réponses (c.à.d. adaptation) face aux perturbations
gement reconnue, la manière de s’adapter au chan- climatiques.
gement climatique n’a guère été étudiée. L’accent
a pour le moment été mis sur la REDD+ et peu On parle de plus en plus de « Ecosystem-Based
d’efforts ont été faits pour mobiliser les fonds Adaptation » (EBA).
d’adaptation (Ecosecurities, 2009). L’Afrique cen- Planifier une utilisation rationnelle des res-
trale n’est pas une région très pollueuse, mais elle sources forestières (de la plantation à l’exploitation
est pourtant vulnérable aux effets du changement durable ou à la conservation intégrale) contribuera
climatique. Il est de plus en plus fréquemment à l’adaptation aux effets du changement clima-
admis que la nature a un rôle important à jouer tique. Ainsi l’« EBA » peut, par exemple, s’en-
pour faire face aux perturbations climatiques. tendre comme la protection ou la restauration des
L’adaptation aux effets du changement climatique mangroves pour protéger les côtes des agressions
dans le secteur forestier aura des répercussions sur marines ou comme l’utilisation de pratiques agro-
les autres secteurs du développement, notamment forestières pour diversifier les cultures et réduire la
l’eau, la santé, la sécurité alimentaire et l’énergie vulnérabilité aux variations climatiques ; ou encore,
(Sonwa et al., 2012). Tous ces secteurs sont en effet comme l’utilisation, dans les plantations forestières,
interdépendants et concourent au développement des ressources génétiques diversifiées pour une
des pays de l’Afrique centrale. adaptation plus aisée aux stress climatiques, ou
comme une bonne gestion des bassins versants qui
La diversité biologique qui fait l’objet d’une garantira de l’eau et de l’énergie hydro-électrique
grande attention en Afrique centrale n’est pas en permanence. D’après Collset et al. (2009), le
à l’abri des perturbations climatiques. Il est donc succès des EBA dépend de la réduction des stress
101
non-climatiques, de l’implication des communau- Si de telles actions peuvent aider le secteur
tés locales et autres acteurs ou parties prenantes, forestier à s’adapter au changement climatique,
de l’usage de bonnes pratiques de gestion des res- les secteurs qui mettent directement ou indirecte-
sources naturelles, d’une approche adaptative et de ment les forêts sous pression, comme l’agriculture,
son intégration dans une stratégie globale d’adap- l’extraction minière et les développements urbains,
tation. Les succès des EBA doivent faire l’objet joueront un rôle important dans l’adaptation au
d’une intense communication afin de toucher un changement climatique dans la grande région du
maximum d’acteurs et de décideurs pour qu’ils Bassin du Congo. L’adaptation de la forêt s’étend
puissent être largement reproduits. donc bien au-delà du simple secteur forestier en
lui-même et englobe toutes les formes d’utilisation
des terres en concurrence.
102
Réseau d’observation
Il y a 419 stations météorologiques et 230
stations hydrologiques dans les dix pays de la
COMIFAC (CSC 2013). Certaines stations
Nombre de stations
produisent des données depuis plus d’un siècle :
dans les stations de Douala et de Yaoundé, au
Cameroun, les mesures climatiques régulières
ont débuté en 1885 et en 1889 (Nicholson et al.,
2012). Mais la majorité des stations n’ont com-
mencé leurs observations que dans les années 1950
et 1960 (CSC 2013). Malheureusement, depuis
la décennie 1980 plusieurs de ces stations n’ont
plus fonctionné régulièrement (figure 4.2) et les
séries temporelles sont souvent discontinues, ce Années
qui limite le nombre de stations ayant des séries
temporelles fiables et surtout complètes (Aguilar Figure 4.2 : Nombre de pluviomètres dans la région 5°S-5°N, 12,5°E-30°E utilisés
et al., 2009). selon les années pour les données du « Climate Research Unit de l’Université de East
Anglia ». D’après Washington et al. (2013).
1 1
CONGO GABON
0,5 0,5
0 0
-0,5 -0,5
-1 -1
1950 1960 1970 1980 1990 1950 1960 1970 1980 1990
1 1
RCA CAMEROUN
0,5 0,5
0 0
-0,5 -0,5
-1 -1
1950 1960 1970 1980 1990 1950 1960 1970 1980 1990
Figure 4.3 : Évolution des indices de précipitations annuelles depuis 1950 dans différentes régions de
l’Afrique centrale (d’après Olivry et al., 1993). Ces indices sont calculés à partir des anomalies de précipita-
tions annuelles
103
Figure 4.4 : Évolution des indices de précipitations annuelles depuis 1932 dans deux stations météorolo-
giques situées dans le nord (Imfondo) et le sud (Mouyondzi) de la République du Congo (d’après Samba
et Nganga, 2012). Ces indices sont calculés à partir des anomalies de précipitations annuelles.
104
3.3 Projections climatiques
Tableau 4.2 : Aperçu des projections MCG utilisées dans les communications nationales à la CCNUCC pour sept pays de la COMIFAC
(adapté de GIZ/BMU 2011)
Nombre de com-
Paramètres Période de Horizons de
Pays munications à la Tendances
simulés référence simulation
CCNUCC
2010,2020, - précipitations : augmentation 2010-2030 ; diminution
Précipitation,
Burundi 2 1975-1990 2030,2040, 2030-2040, puis nouvelle augmentation à partir de 2050
température
2050 - températures : augmentation de 1° à 3°C de 2010-2050
- précipitations : augmentation générale avec une forte
Précipitation,
1 (la 2e est en voie 2025,2050, variabilité en région soudano-sahélienne à l’horizon 2100
Cameroun température, 1961-1990
de finalisation) 2075,2100 - températures : augmentation +3°C
niveau marin
- hausse du niveau marin
Précipitation, -précipitations : +4 à 24 % en 2050 ; +6 à 27 % en 2100
Congo 1 1961-1990 2050,2100
température - températures : +0,6 à 1,1°C en 2050 ; +2 à 3°C en 2100
Précipitation, -précipitations : +5 à 6 % en 2050 ; +3 à 18,5 % en 2100
Gabon 1 1961-1990 2050,2100
température - températures : +0,9°C en 2050 ; +2°C en 2100
Précipitation, -précipitations : de +0,3 % en 2010 à +11,4 % en 2100
température, 2010,2025, - températures : de +0,46°C en 2010 à +3,22°C en 2100
RDC 2 1961-1990
et pression 2050,2100 - pression atmosphérique : de 0,52 hPa en 2010
atmosphérique à -0,47 hPa en 2100
Précipitation, - Précipitations à la baisse
São Tomé
1 température, 1961-1990 2100 - Températures à la hausse
et Príncipe
niveau marin - hausse du niveau de la mer
Précipitation, -précipitations : +50 à 60 % en 2023
Tchad 1 1961-1990 2023
température - températures : +0,6 à 1,7 °C
Sources : Communications initiales sur la CCNUCC, Burundi 2010, Cameroun 2004, Congo 2001, Gabon 2005, RDC 2009, São Tomé et Príncipe 2005,
Tchad 2001.
105
grandes parties du bassin vers le milieu (selon le de ce projet, un sous-ensemble de projections des
scénario A1B ; Paeth et al., 2009) et la fin du siècle changements climatiques a été utilisé comme base
(selon le scénario A2, Engelbrecht et al., 2009) ; pour des évaluations des impacts ultérieurs et pour
d’autres études prévoient des niveaux de précipi- formuler des options d’adaptation (CSC 2013).
tation constants jusqu’à la fin de ce siècle (selon le Nous souhaitons mettre le lecteur en garde : la
© Frédéric Sepulchre
scénario A1B ; Mariotti, 2011). portée de cette étude était régionale (l’ensemble du
Bassin du Congo) et les projections sont faites pour
Évaluations au niveau régional : étude le milieu et la fin du 21e siècle. La comparaison
CoFCCA est dès lors difficile avec les changements observés
Le projet Congo Basin Forests and Climate actuellement, souvent à une échelle locale. Il est
Change Adaptation (CoFCCA) a récemment également possible que ces projections contredisent
réalisé une première tentative de modélisation du en fait les changements climatiques observés au
Photo 4.4 : Maison villageoise climat dans la région à l’aide du modèle climatique cours d’un passé récent, tout simplement en raison
typique de la zone forestière régional PRECIS (Providing Regional Climates for de leur horizon beaucoup plus lointain et du fait
– RCA. Impacts Studies) pour ses projections (Pokam et al., que le climat dans la région présente une variabilité
2011). L’étude a pronostiqué les changements de distincte à l’échelle de la décennie.
température de l’air près de la surface et les précipi-
tations pour la période 2071 – 2100 dans le cadre Température de l’air près de la surface
d’un scénario à fort taux d’émission de carbone L’étude « Climate Change Scenarios » (CSC
en référence à la période 1961–1990. Dans les 2013) a révélé que tous les modèles, indépen-
grandes lignes, PRECIS prédit une augmentation damment de la saison et du scénario d’émission,
des précipitations en Afrique centrale, dont la plus montrent un réchauffement de la température de
élevée (environ 14 %) en septembre et octobre. l’air près de la surface d’au moins 1°C vers la fin
Toutefois, cette augmentation des précipitations ne du 21e siècle. Les extrêmes de température, comme
concernera pas l’ensemble de la région. La partie la fréquence des jours et nuits froids et chauds,
occidentale de la région COMIFAC connaîtra une baissent et augmentent respectivement aussi, indé-
diminution des précipitations. Une augmentation pendamment de la saison et du scénario d’émission
générale de la température de l’air au niveau du (tableau 4.3). À cette fin, la fréquence des jours
sol pour l’ensemble de la région, par rapport à la froids, par exemple, est définie comme le nombre
© Carlos de Wasseige
période de référence, est prévue, dont la plus élevée de jours où la température journalière maximum de
(environ 4,3°C) au cours de la saison de juin à août. l’air près de la surface est inférieure au 10e percen-
tile de la température journalière maximum de
Évaluations au niveau régional : étude des l’air près de la surface de la période 1961 – 1990.
scénarios de changement climatique Étant donné que tous les modèles prévoient des
Entre 2010 et 2012, le ministère fédéral alle- changements dans le même sens, la probabilité
mand de l’Environnement (BMU) a financé une que ces changements se concrétisent est très élevée.
Photo 4.5 : L’Afrique cen- étude « Climate change scenarios in the Congo Cependant, l’amplitude des changements possibles
trale est souvent le théâtre de Basin », une évaluation complète des changements est large, en raison principalement de quelques
pluies intenses et soudaines climatiques dans la grande région du Bassin du valeurs extrêmes. C’est pourquoi un sous-échan-
Congo (CSC 2013). Outre le Tchad, dont seul tillon limitée aux 66 % des valeurs projetées les plus
le tiers le plus méridional a été couvert pour des proches de la moyenne définit les « changements
raisons techniques, l’étude couvrait l’ensemble probables ». Un signal de changement climatique
des États membres de la COMIFAC (de 15°N projeté est considéré comme robuste si au moins
à 15°S et de 7°E à 35°E). Cette évaluation a utilisé 66 % des modèles prédictifs confirment le sens du
77 projections existantes et a en plus compilé les changement (IPCC, 2007). Pour la température
projections de changement climatique mondiales annuelle moyenne près de la surface, le sous-échan-
et régionales provenant de 18 modèles indépen- tillon (« changements probables ») prédit pour la
dants (mondiaux et régionaux), le plus grand fin du siècle une augmentation de la température
ensemble de données utilisé jusqu’à présent pour entre 3,5°C et 6°C pour le scénario à fort taux
analyser les impacts des scénarios à fort et faible d’émission de C et une augmentation entre 1,5°C
taux d’émission (voir l’annexe 2 pour les détails et 3°C pour le scénario à faible taux d’émission. En
méthodologiques). Cette analyse n’a pas seulement général, l’augmentation projetée de température est
estimé les amplitudes potentielles du changement légèrement supérieure (au-dessus de la moyenne
climatique, mais a également évalué la fiabilité des changements prévus pour la totalité de l’étude)
des changements prévus. En outre, dans le cadre dans les parties septentrionales de la région et légè-
106
rement inférieure (en-dessous de la moyenne des Tableau 4.3 : « Amplitude probable » (centrée sur la médiane) des projections de
changements prévus pour la totalité de l’étude) changements (en %) de la fréquence des jours/nuits froids/chauds (en moyenne pour
dans les parties centrales. l’ensemble de la région du Bassin du Congo).
en K en %
Figure 4.5 : Changements projetés de la température annuelle moyenne en Kelvin (à gauche) et des précipitations annuelles totales en %
(à droite) pour la fin du 21e siècle (2071 à 2100) comparé à la période de 1961 à 1990 pour un scénario à fort taux d’émission. Le changement
illustré est le changement médian d’un ensemble de 31 projections différentes de changements climatiques provenant de modèles climatiques glo-
baux et régionaux. Les pointillés en noir indiquent les régions où la majorité des modèles s’entendent sur le sens du changement. Les changements
dans ces régions sont dès lors plus solidement établis que dans les régions sans pointillé.
Source : CSC 2013
107
En général, l’étude montre que les projec-
tions de changement de pluviosité ne vont pas
vers une pénurie généralisée d’eau dans la région.
Cependant, certaines périodes de sécheresse pro-
longées et plus fréquentes pourraient probablement
survenir à l’avenir. Même si ce résultat est plutôt
indépendant du scénario d’émission utilisé, la tem-
pérature de l’air près de la surface devrait augmen-
ter substantiellement dans le cas du scénario à fort
taux d’émission. Cette conclusion se fonde sur les
résultats de l’étude « Climate Change Scenario »
(CSC 2013) qui a utilisé un grand nombre de
© Frédéric Sepulchre
projections de changement climatique provenant
de modèles climatiques régionaux et mondiaux.
Les modèles utilisés ne prennent pas en compte la
démographie de la région, le changement d’utili-
sation des terres, le pompage des eaux ni les autres
facteurs qui ont un impact potentiel sur la dispo-
nibilité de l’eau, par exemple.
Photo 4.6 : Carrière de Laté-
rite abandonnée – Gabon
Sans entrer dans un débat pour savoir si les changements dans un passé récent peuvent être attribués au
changement climatique ou à l’impact des changements considérables dans l’utilisation des terres, nous présen-
tons ci-dessous quelques observations portant sur l’impact de la variabilité ou du changement climatique sur
l’hydrologie, la végétation et sur la société et l’économie.
Impacts de la variation climatique sur les entraînent de nombreuses défaillances dans le fonc-
cours d’eau tionnement des aménagements hydroélectriques,
L’utilisation des terres et le climat peuvent avoir notamment au Cameroun. Le tableau 4.4 présente
des effets à la fois immédiats et durables sur l’hydro- les déficits de débits moyens annuels calculés pour
logie (Li et al., 2007). Ici, nous présentons principa- quelques bassins versants de l’Afrique centrale.
lement les impacts liés au climat. Les répercussions
des variations du climat passé sur les cours d’eau se La baisse des écoulements se répercute sur la
traduisent par des modifications de leurs régimes. quantité d’eau reçue dans les réservoirs naturels que
Ainsi, Sircoulon (1990) a montré par exemple que sont les lacs. L’exemple du Lac Tchad est à cet égard
le débit moyen de l’ensemble des principaux cours très illustratif. Durant la période 1955-1975, sa
d’eau sahéliens (Sénégal, Niger et Chari), qui était superficie est passée de près de 24 000 km2 à envi-
de 136 km3 par an avant 1969, est passé à 79 km3 ron 2000 à 6 000 km2 (Lemoalle et al., 2012). Dans
pendant la période 1970-88 (soit une baisse de certaines régions du Bassin du Congo, on a enre-
43 %), et n’a été que de 36 km3 en 1984 (soit un gistré une augmentation des précipitations à par-
déficit de 74 %). En Afrique tropicale humide, au tir de la décennie 1990. Cette hausse a entrainé
cours de la période 1981-1990, on a observé une l’augmentation du débit de certains cours d’eau.
baisse de régime des fleuves marquée par des déficits C’est le cas du fleuve Congo dont le débit a aug-
évalués à 365 km3 (ou 32 % des apports totaux de menté à partir du début des années 90 (Conway
ces cours d’eau à l’océan Atlantique). Ces déficits et al., 2009).
108
Impact de la variation climatique sur la Impacts socio-économiques
végétation Les modifications climatiques ont des impacts
Les impacts du changement climatique sur les sur les populations : leur alimentation en eau et en
régimes hydriques ont eu des conséquences sur la énergie, la sécurité alimentaire, la santé, etc. Ces
végétation. Avant la baisse considérable du niveau modifications entrainent d’importants boulever-
du Lac Tchad, au nord du Bassin du Congo, la sements sociaux allant du changement d’activités
végétation était principalement composée de aux déplacements de populations vers des régions
Phragmites, de Cyperus papyrus, de Vossia, de Typha, plus hospitalières. Par exemple des pêcheurs et des
de Potamogeton et de Ceratophyllum. La baisse du éleveurs se sont transformés en agriculteurs, ce qui
niveau du lac a induit des changements importants a entraîné la multiplication des conflits fonciers
de végétation et, en 1976 déjà, l’essentiel de la et des rivalités pour l’utilisation des ressources natu-
végétation n’était plus constitué que de Vossia et de relles. Une forte migration vers les villes et vers des
Aeschynomene sp. (Olivry, 1986). Des modifications endroits où les conditions de vie sont plus propices
de végétation aquatique ont aussi été observées est également observée (Sighomnou et al., 2000).
dans la plaine d’inondation du Logone au Nord Par ailleurs, dans de nombreux endroits, les paysans
Cameroun, où les inondations ont diminué dans se sont adaptés aux sécheresses en développant des
les années 1970 à cause de la construction d’un bar- cultures de contresaison dans les bas-fonds et des
rage en amont. Certaines espèces végétales carac- cultures de décrue, au détriment de la diversité
téristiques des zones inondées comme le Vetiveria biologique naturelle. Dans la région de l’Ada-
nigritana et l’Echinochloa pyramidalis ont été rem- maoua, par exemple, on a assisté à une ruée vers
placées par d’autres espèces notamment le Sorghum les plaines de décrue, et la compétition pour la terre
arundinaceum (Scholte et al., 2000, Scholte, 2007). a été à l’origine de multiples conflits entre agricul-
teurs et éleveurs (Boutrais, 1989). Dans le nord
De fait, les effets du changement climatique du Cameroun, l’afflux de main d’œuvre agricole
affectent aussi la reproduction et la croissance des du Tchad et de Centrafrique a entraîné l’abattage
arbres, et peuvent provoquer leur dépérissement. systématique des ligneux pour la culture du sorgho ;
Mais les effets des changements climatiques sont et dans les hautes terres de l’Ouest, le captage des
souvent indirects, en affectant par exemple la pério- sources pour les cultures irriguées dans les zones
dicité des incendies ou en modifiant le compor- d’altitude provoque des pénuries d’eau potable en
tement des ravageurs et des maladies. Pendant les saison sèche sur les plateaux.
années « el niño » de 1983, 1987, et 1997, les incen-
dies ont été particulièrement dévastateurs dans le
sud-est du Cameroun. Les effets du changement
climatique peuvent accélérer l’appauvrissement de
la biodiversité par la disparition d’espèces ou la
réduction de la résilience des écosystèmes forte-
ment perturbés.
Tableau 4.4 : Déficits moyens calculés pour quelques stations hydrométriques en fonction de la date de
rupture pour la période 1950-1989.
109
4.2 Futurs impacts du changement climatique
© Frédéric Sepulchre
sions régionale (totalité du Bassin du Congo) de température conduisent potentiellement à une
et temporelle (vers le milieu ou la fin du siècle). augmentation des taux d’évaporation. Pour l’éva-
De nombreux changements dans notre environ- luation hydrologique, l’étude Climate Change
nement, souvent au niveau local, sont difficiles Scenario (CSC 2013) a utilisé un sous-ensemble
à mettre en relation avec ces projections, qui ne de 6 projections climatiques pour analyser les
seront perceptibles que par les générations futures, impacts potentiels du changement de climat décrit
bien qu’ils soient influencés par notre action quo- au paragraphe 3.2. Un tel ensemble de projec-
Photo 4.7 : Feu de forêt dans tidienne. tions présente automatiquement un intervalle de
les forêts sèches de plaine – confiance plus réduit et pourrait parfois déboucher
Gabon Impact sur l’hydrologie et l’énergie sur des résultats contradictoires comparativement
Certaines études traitant des incidences futures aux résultats plus globaux des scénarios de chan-
d’un changement potentiel du climat sur les res- gement climatique actuels. Tout en gardant cette
sources en eau dans la région ont été compilées. remarque à l’esprit, les études d’impact ont montré
Une étude ancienne (Kamga et al., 2001) avait que l’augmentation des pluies pourrait dépasser
montré un futur changement du ruissellement de l’augmentation de l’évaporation et, par conséquent,
-3 à +18 % du cours supérieur de la Benoué, une le ruissellement pourrait augmenter jusqu’à 50 %
rivière située dans les savanes semi-humides du dans certaines parties du bassin. Le ruissellement
nord du Cameroun. Une étude régionale a évalué et le débit des cours d’eau augmenteront surtout
l’impact d’un changement climatique sur l’hydro- pendant la saison humide, en laissant supposer une
logie de l’Oubangui et du Sangha, des sous-bassins augmentation significative des risques d’inonda-
du Bassin du Congo (Tshimanga et Hughes, 2012). tion dans le futur, surtout dans les parties centrales
Une diminution du débit d’environ 10 % est pré- et occidentales du Bassin du Congo. Les scéna-
vue à l’avenir, en raison principalement d’une aug- rios prévoient des résultats contradictoires pour la
mentation de l’évapotranspiration, alors qu’aucun saison sèche : certains prévoient une saison sèche
changement de la pluviosité n’est attendu. plus aride, d’autres envisagent des débits d’eau plus
L’étude « Climate Change Scenario » (CSC importants pendant la saison sèche. Cependant,
2013) déjà mentionnée a montré que les projec- tous les modèles montrent que la différence entre
la saison humide et la saison sèche sera plus mar-
quée qu’actuellement ; les événements humides
extrêmes, en particulier, deviendront plus fréquents
et plus intenses, ce qui est également dû à la fré-
quence plus élevée des événements pluvieux plus
intenses.
En général, les analyses montrent qu’une plus
grande quantité d’eau sera disponible à l’avenir.
À cet égard, le changement climatique peut avoir
un impact positif sur le potentiel hydroélectrique.
Toutefois, la variabilité des pluies devrait également
augmenter, ce qui signifie que la production d’élec-
tricité sera beaucoup moindre certaines années.
Les pays doivent dès lors s’assurer de l’existence
d’autres sources d’électricité pour compenser la
baisse de production au cours des périodes sèches.
© Dominique Louppe
110
(a) (b)
(c)
Figure 4.6. Cartes montrant les changements moyens prévus des débits moyens (a), débit élevé (Q95) (b)
et débit faible (Q10) (c) pour 2071-2100 par rapport à 1971-2000 pour le scénario à fort taux d’émission.
Les débits sont calculés à l’aide du modèle Variable Infiltration Capacity (VIC) en combinaison avec trois
modèles climatiques différents.
Source : CSC, 2013
111
Impacts sur l’agriculture des nutriments, de la prolifération des champi-
Il semble actuellement que d’autres facteurs gnons et autres facteurs influencés par l’augmenta-
comme la gestion des champs et la disponibilité en tion de l’humidité comme les insectes ravageurs, les
éléments nutritifs limitent la production agricole bactéries, les adventices, etc. Dans la majeure partie
beaucoup plus que les conditions climatiques. L’eau de la région, le stress hydrique augmentera légère-
ne limite le potentiel agricole qu’aux frontières, ment à l’avenir (CSC 2013). Par ailleurs, l’évapo-
plus sèches, de la région. Dans les climats tropicaux transpiration (processus par lequel l’eau liquide se
humides, trop de pluies et une humidité élevée transforme en vapeur d’eau) devrait baisser entre
limitent la production agricole à cause du lessivage 2,5 et 7,5 % dans le scénario à fort taux d’émission.
en T(C)/ha en T(C)/ha
Figure 4.7 : Projection de changement pour la fin de ce siècle (moyenne de la période 2071-2100 par rapport à la moyenne de la période 1961-
1990) selon le scénario à fort taux d’émission. La figure de gauche montre les changements du potentiel carbone d’origine végétale ; celle de droite
les changements du potentiel carbone du sol. La somme de ces deux figures indique les changements du carbone total de l’écosystème. Les change-
ments du potentiel carbone de la végétation et du sol sont calculés à l’aide du modèle Lund-Potsdam-Jena-managed lands (LPJ-ml) en combi-
naison avec un seul modèle climatique (ECHAM5).
Source : CSC, 2013
en mm en mm
Figure 4.8 : Projection du changement vers la fin de ce siècle (moyenne de la période 2071-2100 par rapport à la moyenne de la période 1961-
1990) selon le scénario à fort taux d’émissions. La figure de gauche montre les changements de la consommation d’eau par les végétaux (quantité
totale d’eau évapotranspirée par les cultures) et celle de droite les changements de l’évapotranspiration. La consommation d’eau par les végétaux
et l’évapotranspiration sont calculées à l’aide du modèle Lund-Potsdam-Jena-managed lands (LPJ-ml) en combinaison avec un seul modèle
climatique (ECHAM5).
Source : CSC, 2013
112
Le scénario à faible taux d’émission montre égale-
ment une baisse générale de l’évapotranspiration,
mais vers la fin du siècle, la tendance devient légère-
ment positive. L’évapotranspiration ne devrait aug-
menter légèrement que dans la zone septentrionale
du grand Bassin du Congo, qui appartient en partie
à la zone sahélienne. C’est pourquoi l’incidence du
futur changement climatique sur la production
agricole sera probablement limitée dans la région
et l’agriculture ne souffrira vraisemblablement pas
de pénuries structurelles d’eau. Seule l’agriculture
dans les régions de savanes en périphérie du Bassin
du Congo pourrait potentiellement subir des pénu-
ries d’eau à l’avenir. Pour la région de savanes du
© Frédéric Sepulchre
sud, les analyses indiquent que des sécheresses
plus fréquentes affecteront la production agricole
à cause du stress hydrique.
113
5. Possibilités d’adaptation
Selon la CCNUCC, des réponses d’adaptation sont nécessaires et devraient faire partie des processus
nationaux de transformation destinés à faire face à la vulnérabilité des parties prenantes locales. Pour être
effective, l’adaptation au changement climatique devrait comprendre un savant panachage d’approches
aux niveaux local, national et régional.
Localement, les communautés forestières l’apiculture pour diversifier les sources de revenus
subissent les effets des changements climatiques des populations (voir Bele et al., 2013 pour les
(Bele et al., 2010). En l’absence de cadres politique projets pilotes au Cameroun). Dans le cadre du
et institutionnel bien planifiés, les populations projet COBAM, des projets pilotes seront aussi
semblent désarmées face aux variations climatiques mis en place en prenant en compte la synergie entre
comme le montrent les études de vulnérabilités adaptation et atténuation.
faites dans le cadre de CoFCCA (Congo Basin L’adaptation au changement climatique étant
Forests and Climate Change Adaptation) (Bele clairement un processus local, les institutions ont
et al., 2011). Le projet CoFCCA a, en utilisant un rôle important à jouer, en particulier dans les
la RAP (Recherche action participative), lancé zones rurales, pour favoriser l’adaptation et la rési-
des réponses pilotes d’adaptation en RDC, RCA lience au changement climatique. Les institutions
et Cameroun. Ces actions concernent l’introduc- locales interviennent également dans la médiation
tion ou l’utilisation de variétés (manioc, banane des interventions externes à une communauté
plantain) résistantes aux stress climatiques, la plan- (Agrawal, 2008, 2010). Des travaux de recherche
tation d’arbres et la valorisation des produits fores- menés dans le cadre du projet CoFCCA ont exa-
tiers non ligneux (PFNL) et le développement de miné les types d’institutions présentes au sein de
communautés dépendantes de la forêt dans trois
provinces du Cameroun (Brown, 2011). Les résul-
tats ont montré que diverses institutions, tant for-
melles qu’informelles, existent dans les villages,
notamment des groupements informels consacrés
à l’épargne et aux prêts, des groupements de fores-
tiers ou d’agriculteurs et des groupements pour
la commercialisation des produits forestiers ou
agricoles. Alors que parfois les membres de ces
groupements sont du même sexe, le plus souvent ce
n’est pas le cas. Les villageois sont souvent membres
de plusieurs groupements et ils bénéficient ainsi
d’opportunités d’apprentissage social. La théorie
de l’apprentissage social postule que les personnes
s’engagent les unes vis-à-vis des autres, partagent
leurs perspectives et leurs expériences afin d’af-
fronter ensemble des circonstances changeantes
© Didier Hubert
114
5.2 Niveau national
Au niveau national, les travaux de CoFCCA loppé des PANA (Programmes nationaux d’adapta-
illustrent les réponses institutionnelles nationales tion au changement climatique). La RDC a eu son
données aux changements climatiques (Brown PANA financé dans le domaine de la sécurité ali-
et al., 2010). La capacité d’adaptation ou la mentaire. Le Cameroun est en train de développer
capacité à s’adapter et à limiter le risque d’être un PNA (Plan national d’adaptation). L’analyse de
confronté à un changement climatique est faible ces PANA et autres documents montre une faible/
au Cameroun, en RCA et en RDC. Ces pays non prise en compte des ressources forestières dans
manquent des déterminants clés pour leur capacité l’adaptation aux changements climatiques (Bele
d’adaptation, tels que la prospérité économique, et al., 2011). Alors que les documents PANA affir-
la technologie, l’information, les compétences ment la nécessité d’une approche de l’adaptation
et les infrastructures. La vulnérabilité est accen- au changement climatique respectueuse de l’égalité
tuée, en particulier en RCA et en RDC, par une des sexes, ces pays n’ont guère participé à la rédac-
récente guerre civile et par l’insécurité permanente tion des documents, ne présentant que de vagues
dans certaines parties de ces deux pays (Brown, stratégies pour résoudre les problèmes d’égalité des
2010 ; Brown et al., 2010 ; Brown et al., 2013). sexes (Brown, 2011).
L’analyse des politiques et des institutions en RCA,
au Congo et en Guinée équatoriale montre une La plupart des pays membres de la COMIFAC
absence de coordination entre les administrations sont confrontés à d’énormes défis de développe-
(Nguema & Pavageau, 2012 ; Gapia & Bele, 2012 ; ment alors que les revenus y sont généralement
Pongui & Kenfack, 2012), une faible cohérence faibles et les taux de pauvreté élevés. Actuellement,
et complémentarité intra-sectorielles, et de mul- ces besoins de développement immédiats peuvent
tiples niveaux dans la planification et la mise en être des priorités plus importantes que l’adaptation
place de l’adaptation. Une coordination efficace au changement climatique. Toutefois, le développe-
est pourtant nécessaire. Dans les différents pays, ment futur crée également des opportunités d’adap-
on est conscient des menaces que font peser les tation. Pour éviter des décisions peu judicieuses en
changements climatiques, mais ceci ne se traduit matière d’investissement et pour réduire le coût
pas forcément par la genèse d’institutions qui per- futur de l’adaptation, les stratégies d’adaptation au
mettraient d’affronter les changements climatiques. changement climatique doivent être intégrées aux
Quelques pays comme la RCA et la RDC ont déve- plans de développement.
La COMIFAC, qui est une plateforme fédé- sujet de l’adaptation sont beaucoup plus mitigées
ratrice des réponses aux changements climatiques, comparées à celles sur la REDD+. Il en est de même
devrait à terme intégrer des initiatives scientifiques pour les partenaires internationaux du PFBC, des
et opérationnelles pour l’adaptation aux effets du acteurs de la conservation et de la société civile, qui
changement climatique. Cependant, la région ne n’ont pas encore donné une réponse d’envergure
s’est pas mobilisée suffisamment pour décrocher les régionale aux problèmes de la vulnérabilité des
© Carlos de Wasseige
115
Au terme de l’étude sur les scenarios de chan- capacités ainsi que la sensibilisation à ces questions
gements climatiques, des propositions pour appro- est indispensable.
fondir la réflexion et les actions au niveau d’une
structure comme la COMIFAC ont été faites. Il est Outre la COMIFAC, d’autres organisations
indispensable de mieux se préparer à des événe- régionales élargissent considérablement les possibi-
ments climatiques extrêmes comme les sécheresses lités de choix régionaux d’adaptation. Les inconvé-
et les inondations, car de tels phénomènes seront nients économiques d’une absence d’intégration de
probablement plus fréquents à l’avenir. En outre, l’adaptation dans les stratégies de développement
les secteurs de l’agriculture et de l’énergie doivent nationales sont patents et impliquent clairement
répartir le risque en procédant à la diversification la CEEAC. Il existe dans le secteur de l’hydrologie
de leurs activités. Les fermiers doivent exploiter des des organisations régionales spécialisées comme
cultures différentes et également des variétés diffé- la CICOS (Commission internationale du bassin
rentes de ces mêmes cultures afin de réduire l’inci- Congo-Oubangui-Sangha) et CBLT (Commission
dence de la variabilité du climat. Les pays devraient du bassin du lac Tchad) qui s’intéressent à la ges-
éviter prudemment la dépendance complète à l’hy- tion des bassins versants et peuvent donc prendre
droélectricité parce que celle-ci les rend particuliè- des mesures préventives pour éviter les inondations
rement vulnérables à une variabilité croissante du et la réduction de l’hydroélectricité.
climat, dont les périodes de sécheresse. D’autres
sources d’énergie durables comme l’énergie solaire Les pays voisins au nord et au sud, qui devraient
et les biocarburants peuvent également être pro- être sérieusement affectés par les changements cli-
mues. Pour éviter la dégradation de la forêt et l’éro- matiques, peuvent également être à l’origine de
sion, il faut s’intéresser plus attentivement à la refo- conséquences indirectes importantes pour les pays
restation et l’agroforesterie. Les programmes de du Bassin du Congo. L’augmentation de la varia-
sécurité alimentaire et hydriques doivent élaborer bilité de la production agricole pourrait conduire
des stratégies de gestion de la variabilité du climat à une hausse de la migration depuis ces pays vers
afin de bien se préparer aussi bien aux périodes le Bassin du Congo. Les options d’adaptation qui
humides que sèches. La connaissance des impacts s’intéressent à de tels impacts doivent être exami-
et de l’adaptation au changement climatique reste nées.
très limitée dans la région et le renforcement des
Photo 4.12 : L’océan grignote
le littoral Gabonais
© Carlos de Wasseige
116
6. Synergies avec d’autres initiatives
Les ressources forestières et les communautés rurales ciblées dans les initiatives d’adaptation aux effets
du changement climatique font déjà l’objet de plusieurs projets/programmes pour la conservation de la
biodiversité et pour l’atténuation des effets des changements climatiques. Le climat influence plusieurs
secteurs de l’économie nationale et rurale et les réponses doivent être intégrées et multi-institutionnelles.
La réponse aux vulnérabilités ne saurait se faire sans tenir compte des initiatives existantes. La synergie,
surtout quand elle est bien planifiée à l’avance, peut permettre de gagner du temps et de sauver des
ressources.
Dans le secteur forestier, les synergies avec la servent de brise-vent et permettent de diversifier
REDD+ peuvent permettre d’avoir une réponse les sources de revenus des ménages. Le finance-
intégrée du secteur des forêts aux changements ment REDD+ peut aussi permettre de réduire la
climatiques. En matière de foresterie, la complé- pauvreté, ce qui aiderait les populations à être plus
mentarité entre REDD+ et Adaptation peut bien résilientes aux changements climatiques (Somorin
être gérée (Guariguata et al., 2008 ; Locatelli et al., et al., 2012). Mais pour qu’une activité serve à l’at-
2010) car les activités de la REDD+ peuvent inté- ténuation et à l’adaptation, il faut intégrer leur
grer les actions d’adaptation aux stratégies d’at- synergie à la fois lors de la planification et de l’exé-
ténuation des effets du changement climatique cution. Ce sont les potentialités et les opportunités
rendant ainsi les activités REDD+ plus durables. offertes par cette synergie que recherche le projet
Certaines activités REDD+ peuvent aussi aider COBAM en explorant les politiques et les stratégies
les communautés rurales à faire face au change- régionales, nationales et locales nécessaires pour
ment climatique en agissant simultanément pour affronter les effets du changement climatique dans
l’atténuation et l’adaptation. À titre d’exemple, la le Bassin du Congo. Le projet est en train de mettre
restauration des mangroves contribue à capter le en œuvre des activités pilotes de synergie à l’adap-
CO2 pendant la croissance des arbres. Devenus tation et à l’atténuation dans 5 des 12 paysages de
adultes, les arbres pourront réduire l’intensité des conservation de la biodiversité de l’Afrique cen-
vagues dont les effets néfastes vont s’amplifier avec trale. Les études préliminaires au niveau national
le changement climatique. Sur la terre ferme, la en Guinée équatoriale, RCA et au Congo (Nguema
plantation d’arbres contribue à stocker du carbone & Pavageau, 2012 ; Gapia & Bele, 2012 ; Pongui
et peut aussi permettre une adaptation si ces arbres & Kenfack, 2012) montrent que les politiques
sont résistants aux perturbations climatiques, s’ils actuelles n’encouragent pas cette synergie.
117
changement climatique. Intégrer l’adaptation au
changement climatique dans les autres initiatives
(à l’exemple du secteur de l’eau et de l’électricité)
rendra les ressources naturelles de la région plus
résilientes aux perturbations climatiques.
© Frédéric Sepulchre
secteurs du développement. Mais ceci nécessite une
coordination structurelle sous-régionale bien plani-
fiée. Le développement durable, qui tient compte
du climat, dépend beaucoup de cette coordination.