MPSI 3 DM 2024-2025
DM 9 - Interpolation polynomiale
Dans ce problème, on note Rn [X ] l’ensemble des polynômes à coefficients réels de degré
n
inférieur ou égal à n. Un tel polynôme définit une fonction p : R → R, de la forme x 7→ ak x k ,
X
k=0
où les coefficients a k sont réels. n o
Si g est une fonction continue sur un segment [a, b], on note ∥g ∥∞ = sup |g (x)|, x ∈ [a, b] .
Étant donnée une fonction f définie sur un segment, on peut construire un polynôme de
degré ≤ n ayant les mêmes valeurs que f en n + 1 points donnés : on parle de polynôme
interpolateur.
On étudie à quel point ces polynômes interpolateurs donnent une bonne approximation de
la fonction f quand le nombre de points d’interpolation augmente.
1 Polynômes interpolateurs de Lagrange
Soit [a, b] un segment. Soit x = (x 0 , . . . , x n ) un (n +1)-uplet de réels distincts dans [a, b]. Soient
y 0 , . . . , y n des réels.
1. Soit i ∈ 0, n. Définir un polynôme p non nul de degré n tel que
© ª
∀ j ∈ 0, n \ i , p(x j ) = 0.
2. En déduire l’existence d’un polynôme L i de degré n tel que
© ª
∀ j ∈ 0, n \ i , L i (x j ) = 0 et L i (x i ) = 1.
n
X
On définit le polynôme L = yi Li .
i =0
3. Montrer que L est l’unique polynôme dans Rn [X ] tel que ∀i ∈ 1, n, L(x i ) = y i .
2 Estimation fondamentale
Si f est une fonction à valeurs réelles définie sur [a, b], on note L f ,x le polynôme L défini dans
la partie précédente, quand y i = f (x i ) pour tout i ∈ 0, n. C’est le polynôme interpolateur de
la fonction f , en les points d’interpolation de x.
1
4. Soit u un point de [a, b] distinct des x i . Montrer qu’il existe une constante K u telle que
n
Y
g : x 7→ f (x) − L f ,x (x) − K u (x − x i )
i =0
s’annule en x 0 , . . . , x n et en u.
5. On suppose maintenant f de classe C n+1 .
Montrer qu’il existe un réel c u ∈ [a, b] tel que g (n+1) (c u ) = 0.
f (n+1) (c u ) Y
n
6. En déduire l’identité suivante : f (u) − L f ,x (u) = (u − x i ).
(n + 1)! i =0
n
Y
On note P x le polynôme (X − x i ).
i =0
∥ f (n+1) ∥∞
7. Montrer la majoration ∥ f − L f ,x ∥∞ ≤ ∥P x ∥∞ .
(n + 1)!
3 Fonctions à croissance raisonnable
On fixe un entier n et on considère le (n + 1)-uplet x = (x 0 , . . . , x n ) donné par
b−a
∀k ∈ 0, n, x k = a + k .
n
n! b − a n+1
µ ¶
8. Montrer la majoration ∥P x ∥∞ ≤ .
4 n
Une fonction f de classe C ∞ sur le segment [a, b] est dite à croissance raisonnable s’il existe
n!
deux constantes C > 0 et r ≥ b − a telles que : ∀n ∈ N, ∥ f (n) ∥∞ ≤ C n .
r
9. Montrer que la fonction exp a une croissance raisonnable sur tout segment [a, b].
1
10. Si α > 0, on définit la fonction f α : x 7→ sur le segment [−1, 1].
α2 + x 2
a) Déterminer1 les valeurs des dérivées successives de f α en 0.
b) En déduire que si α est suffisamment petit, la fonction f α n’est pas à croissance
raisonnable sur [−1, 1].
11. On suppose que f a une croissance raisonnable sur le segment [a, b]. Montrer qu’il
n!
existe une constante C > 0 telle que : ∥ f − L f ,x ∥∞ ≤ C n .
n
12. En déduire que si f a une croissance raisonnable sur le segment [a, b], alors ∥ f −L f ,x ∥∞
tend vers 0 quand n tend vers l’infini.
1
On pourra se reporter à l’exercice 23 de la feuille de TD Fonctions et calcul différentiel.
2
4 Phénomène de Runge
Dans cette partie, on montre que les fonctions f α introduites dans la partie précédente ne
sont pas bien interpolées par des polynômes, ce que la question 10 suggère.
C’est le phénomène de Runge.
On modifie les points d’interpolation utilisés de la façon suivante. Pour tout n ∈ N∗ et tout
2k + 1
k ∈ 0, n − 1, on note a k,n = . Les 2n points ±a k,n permettent de définir un polynôme
2n
interpolateur R n,α : c’est l’unique polynôme de R2n−1 [X ] tel que
∀k ∈ 0, n − 1, R n,α (±a k,n ) = f α (±a k,n ).
13. Montrer que R n,α définit une fonction polynomiale paire. En déduire que son degré est
inférieur ou égal à 2n − 2.
On définit le polynôme Q n,α = 1 − (X 2 + α2 )R n,α .
n−1
14. Montrer qu’il existe λ ∈ R tel que ∀x ∈ [−1, 1],Q n,α (x) = λ (x 2 − a k,n
2
Y
).
k=0
15. Déterminer la valeur de λ en considérant Q n,α (αi ).
Y x 2 − a k,n
(−1)n n−1
2
16. En déduire que pour tout x ∈ [−1, 1], f α (x) − R n,α (x) = 2 .
x + α2 k=0 α2 + a k,n
2
On souhaite montrer que, si α est suffisamment petit, | f α (1)−R n,α (1)| → +∞, quand n → +∞.
1− t2
µ ¶
17. On note h α la fonction t 7→ ln 2
α + t2
(a) Montrer que h α est continue et décroissante sur [0, 1[.
Z 1−ε
Pour ε ∈]0, 1/2[, on note J α,ε = h α (t )d t . Sous réserve d’existence, on note J α la
ε
limite de J α,ε quand ε → 0+ .
Z 1−ε Z 2−ε Z 1−ε
(b) Montrer que J α,ε = ln u d u + ln u d u − ln(α2 + t 2 )d t .
ε 1+ε ε
µ ¶
2 1
(c) En déduire que J α est bien défini et vaut 2 ln 2 − ln(1 + α ) − 2α arctan .
α
(d) En déduire que J α > 0 si α est suffisamment petit.
1 n−1
Pour tout n ∈ N∗ , on note S n,α =
X
h α (a k,n ).
n k=0
µ ¶ µ ¶
1 1 1 1
(e) Montrer que J α,1/2n + h α 1 − ≤ S n,α ≤ h α + J α,1/2n .
n 2n n 2n
(f) En déduire que S n,α → J α , quand n → +∞.
(g) Conclure.
3
5 Interpolation en les nœuds de Tchebychev
Du point de vue de l’interpolation polynomiale, le choix de points d’interpolation espacés de
façon régulière n’est pas le plus pertinent. Étant fixé n ∈ N∗ , il est naturel – au vu de la question
7 – de chercher un n + 1-uplet x = (x 0 , . . . , x n ) minimisant la quantité ∥P x ∥∞ .
18. a) Montrer qu’il existe, pour tout n ∈ N, un unique polynôme Tn ∈ R[X ] tel que
∀θ ∈ R, Tn (cos θ) = cos(nθ).
Préciser le degré et le coefficient dominant de Tn .
b) Calculer T0 et T1 . Montrer la relation de récurrence suivante :
∀n ∈ N : Tn+2 + Tn = 2X Tn+1 .
c) Déterminer les racines de Tn et en déduire une factorisation de Tn .
On se place désormais sur le segment [a, b] = [−1, 1].
19. Montrer que ∥Tn ∥∞ = 1. Montrer qu’il existe exactement n + 1 points −1 = y 0 < y 1 <
· · · < y n = 1 en lesquels Tn vaut ±1. Préciser la valeur de Tn (y k ).
Tn
20. Soit P un polynôme unitaire de degré n. En considérant le polynôme Q = P − et
2n−1
1
les valeurs de Q en les points y k , montrer que ∥P ∥∞ ≥ .
2n−1
Tn
Ceci montre que, parmi les polynômes unitaires P de degré n, est le seul minimisant
2n−1
∥P ∥∞ sur [−1, 1]. Cela justifie d’utiliser les racines de Tn pour l’interpolation polynomiale
d’une fonction sur [−1, 1] – ou sur un autre segment à l’aide d’une transformation affine.