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Thèse Chabert

Cette thèse de doctorat présente une étude sur une torche de découpe par plasma, en se concentrant sur la qualité de coupe et l'usure, ainsi qu'une analyse numérique. Elle a été soutenue par Sébastien Chabert à l'Université Toulouse III - Paul Sabatier, sous la direction de Jean-Jacques Gonzalez et Pierre Freton. Le document inclut des remerciements, un sommaire détaillé et une exploration des différents aspects techniques et théoriques liés à la découpe plasma.

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Thèse Chabert

Cette thèse de doctorat présente une étude sur une torche de découpe par plasma, en se concentrant sur la qualité de coupe et l'usure, ainsi qu'une analyse numérique. Elle a été soutenue par Sébastien Chabert à l'Université Toulouse III - Paul Sabatier, sous la direction de Jean-Jacques Gonzalez et Pierre Freton. Le document inclut des remerciements, un sommaire détaillé et une exploration des différents aspects techniques et théoriques liés à la découpe plasma.

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Doctorat de

l’Université de Toulouse
préparé à l'Université Toulouse III - Paul Sabatier

Etude d'une torche de découpe par plasma


Expérimentations sur la qualité de coupe et l'usure - Etude numérique

Thèse présentée et soutenue, le 23 avril 2024 par

Sébastien CHABERT
École doctorale
GEETS - Génie Electrique Electronique,Télécommunications et Santé
Du système au nanosystème
Spécialité
Ingénierie des Plasmas
Unité de recherche
LAPLACE - Laboratoire PLAsma et Conversion d'Énergie
Thèse dirigée par
Jean-Jacques GONZALEZ et Pierre FRETON

Composition du jury
M. Yann CRESSAULT, Président, Université Toulouse III - Paul Sabatier
M. Jean-Marc BAUCHIRE, Rapporteur, Université d'Orléans
Mme Marie-Pierre PLANCHE, Rapporteure, Université de Technologie de Belfort-Montbéliard
M. Vandad-Julien ROHANI, Examinateur, Université PSL
M. Jean-Jacques GONZALEZ, Directeur de thèse, CNRS Occitanie Ouest
M. Pierre FRETON, Co-directeur de thèse, Université Toulouse III - Paul Sabatier

Membres invités
M. David Lekic, Gys
Remerciements

Merci à tous ceux qui m'ont épaulé au cours de cette thèse pour leur aide, leurs enseignements, leurs conseils
et nos discussions. Sans vous, cette thèse n'aurait pas eu la même saveur et n'aurait pu aboutir.

Merci à mes parents pour leur soutien indéfectible depuis toujours.

Encadrement :

FRETON Pierre GONZALEZ Jean-Jacques LEKIC David

Autres personnels de Gys :

BONILLO Jonathan DE VERBIGER Ambre JULLIOT Alexandre


BOUVET Pierre-François EL OUERGHI Rafik LAVERDA Mario
CHAUVEAU Anthony FRISON Arnaud MONDHER Anthony
COULIBALY Peyofougou FRESNEL Sébastien SODEREAU Tristan
CUPIFF Damien GABILLARD Mickaël TAKILT Hocine
DAVY Benoît LE TEUF Bruce TEXIER Mickaël
DUVAL Alexis JEGOU Stéphane

Autres personnels du Laplace :

BLEY Vincent MAUSSION Pascal SCHLEGEL Benoît


COSERU Sergiu LANTIN Benoît SIMONNET Claire
FORT Pierre MONNOYER Arthur TEULET Philippe
GATRI Arsalen ROBBIANI Baptiste TRUPIN Cédric
HERNANDEZ Pierre SAMBOU Francis VALENSI Flavien

Hors Gys et Laplace :

BAYLAC Vincent (CIRIMAT) GOUY Sophie (Centre Raymond Castaing)

Hommage
Je souhaite également rendre un hommage posthume à Jean-Luc Astier qui fut mon professeur de physique
au lycée Jacob Holtzer ainsi qu'à Mathieu Masquère, chercheur au Laplace, tous les deux décédés cette année
(2024) et que j'appréciais beaucoup.

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Sommaire
Résumé ‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥6

Contexte ‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥7

Chapitre 1 La découpe plasma, introduction‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥9

I) Notion de plasma‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥12
I.1) Plasmas froids à l’équilibre ou hors d’équilibre‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥13
I.1.1) L’équilibre thermodynamique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥14
I.1.2) Plasmas hors d'équilibre thermodynamique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥15
I.2) Propriétés des gaz plasmagènes‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥15
I.2.1) Energies de dissociations et d'ionisation‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥15
I.2.2) Propriétés‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥15
I.2.3) Calcul des compositions et des propriétés‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥16
I.3) Modélisation du milieu plasma & hypothèses‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥17
I.3.1) Hypothèse d'Equilibre Thermodynamique Local (ETL)‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥17
I.3.2) Pression‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥18
I.3.3) Rayonnement‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥18
I.4) Applications industrielles des plasmas thermiques‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥19
I.4.1) Découpe plasma‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥19
I.4.2) Soudage‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥22
II) Procédés de découpe concurrents‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥22
II.1) Découpe laser‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥23
II.2) Découpe jet d’eau‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥23
II.3) Oxycoupage‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥23
II.4) Comparatif technique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥24
II.5) Comparatif économique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥25
III) Qualité de coupe‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥27
III.1.1) Scories‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥29
III.1.2) ZAT‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥29
III.1.3) Largeur de saignée‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥30
III.1.4) Dépouille‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥30
III.1.5) Rugosité‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥30
IV) Phénomènes d'usure‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥31
IV.1) Usure de l’électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥31
IV.2) Mécanismes d’érosion de l’électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥32
IV.3) Impact de la nature du gaz sur l’érosion de l’électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥33
IV.4) Réduction de l’usure de la cathode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥33
IV.5) Usure de la tuyère‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥34
IV.6) Double arc‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥34
V) Synthèse du chapitre 1‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥36

Chapitre 2 Caractérisation du système‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥37

I) Constitution du système étudié‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥39


I.1) Torche‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥40
I.1.1) Tête de torche, vue générale, fonctionnement‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥41
I.1.2) Pièces de la torche‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥45
. L’électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥45
. Le diffuseur‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥46
. La tuyère‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥47

2/205
. La buse‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥49
. Le déflecteur‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥49
I.2) Générateur‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥50
I.3) Table de découpe‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥52
I.4) Mesures complémentaires‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥55
I.4.1) Rétractation de l'électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥55
I.4.2) Analyse des électrodes par microsonde Castaing‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥56
I.4.3) Observation des inserts aux rayons X‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥56
II) Caractérisation pneumatique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥57
II.1) Le régulateur de pression‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥57
II.2) Mesures de débit‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥59
II.2.1) Protocole‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥59
II.2.2) Essais à froid, pièces obturées‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥60
II.2.3) Mesures pneumatiques à chaud‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥63
III) Caractérisation thermique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥65
III.1) Protocole‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥65
III.2) Outils de caractérisation thermique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥66
III.2.1) Rubans thermiques‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥66
III.2.2) Imagerie infrarouge‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥67
III.3) Résultats‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥68
III.3.1) Electrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥68
III.3.2) Tuyère‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥70
III.3.3) Diffuseur‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥71
III.3.4) Déflecteur & buse‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥72
III.3.5) Récapitulatif‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥74
IV) Imagerie haute vitesse‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥75
IV.1) Dispositif expérimental‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥75
IV.2) Fluctuations du jet de plasma‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥76
IV.3) Visualisation des ondes de choc‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥77
IV.4) Tourbillons et latéralité‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥79
V) Synthèse du chapitre 2‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥82

Chapitre 3 Qualité de coupe‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥83

I) Protocole expérimental, traitement des données‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥85


I.1) Repérage des saignées‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥85
I.2) Mesures par le dessus‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥87
I.3) Mesures sur la tranche‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥87
I.4) Méthode Taguchi - Exemple avec le débit d'acier ablaté‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥90
I.4.1) Extraction des résultats, analyse des effets‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥91
I.4.2) Analyse des interactions‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥93
II) Irrégularités de la saignée‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥94
II.1) Comparaison des profils supérieur, médian et inférieur‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥96
II.2) Ecarts maximum‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥97
II.3) Comparaison des vitesses‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥98
II.4) Coupes robotisées‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥99
II.5) Résumé‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥99
III) Asymétrie‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥100
III.1) Campagnes pour l'étude de l'asymétrie‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥101
III.2) Impact des paramètres‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥102
III.2.1) Pression et courant‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥102
III.2.2) Angle d'injection du diffuseur‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥103
III.2.3) Sens de coupe et Vitesse‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥103
III.2.4) Arrière de l'électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥106

3/205
. Formation d'un bourrelet latéral‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥108
III.2.5) Position angulaire de la torche‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥110
III.2.6) Champ rémanent des tôles‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥111
III.2.7) Circulation du courant‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥112
III.3) Discussion sur l'asymétrie‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥113
IV) Impact de l'air de protection sur la saignée‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥114
IV.1) Configuration avec déflecteur prototype‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥115
IV.2) Plan d'expériences‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥116
IV.3) Résultats‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥117
IV.4) Conclusion‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥120
V) Synthèse du chapitre 3‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥121

Chapitre 4 Usure de l'électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥123

I) Protocole expérimental‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥126
I.1) Campagnes‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥126
I.2) Conduite des essais d'usure‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥127
I.3) Banc d'usure‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥129
I.4) Mesures‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥131
I.4.1) Mesure de profondeur de cratère par comparateur‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥131
I.4.2) Autres mesures‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥131
II) Destruction de l'électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥133
II.1) Phénomènes lors de la destruction‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥133
II.2) Dommages collatéraux et précurseurs de la destruction‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥135
III) Impact des paramètres de coupe sur l'usure‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥136
III.1) Dispersion, effet du courant‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥136
III.2) Effet de la tension‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥137
III.3) Effet de la forme de l’électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥139
IV) Mécanismes de l'usure‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥141
IV.1) Formes de cratère‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥141
IV.2) Lien entre forme de cratère et endurance‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥144
IV.3) Influence du diamètre d'insert‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥147
V) Synthèse du chapitre 4‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥148

Chapitre 5 Modélisation numérique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥151

I) Bases et hypothèses du modèle‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥154


I.1) Domaine, Maillage‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥154
I.2) Parois, conditions limite‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥156
I.3) Résolution de la physique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥157
II) Calibrage, validation‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥159
II.1) Accord modèle-expérience pour les débits‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥159
II.2) Ecoulement supersonique et ondes de choc‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥161
II.3) Tension‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥163
II.4) Synthèse sur le calibrage et validation‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥163
III) Grandeurs données par le modèle‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥164
III.1) Pertes de charges dans la torche‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥165
III.2) Ecoulement‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥166
III.2.1) Effet du vortex vers la tête de l'électrode‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥166
III.2.2) Jet de plasma en fonction de l'intensité et de la pression, lien avec l'asymétrie de saignée 167
III.3) Simulation d'un cratère‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥168
III.3.1) Modèle‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥169
III.3.2) Résultats‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥169
III.3.3) Synthèse‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥171

4/205
III.4) Thermique pour différentes dimensions d'insert‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥172
III.4.1) Modèle pour l'étude thermique‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥172
III.4.2) Cas‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥173
III.4.3) Résultats‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥173
IV) Propositions pour la découpe plasma‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥174
IV.1) Limage des électrodes pour augmenter leurs durées de vie‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥174
IV.1.1) Cas simulés‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥175
IV.1.2) Résultats‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥175
IV.2) Dimensionnement assisté par simulation‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥179
IV.2.1) Cas simulés‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥179
IV.2.2) Critère d'énergie : Température maximale‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥180
IV.2.3) Critère d'équilibre débit/courant‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥182
IV.2.4) Critère de robustesse : position de l'iso 7000K dans la tuyère‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥183
IV.2.5) Synthèse‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥185
V) Synthèse du chapitre 5‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥187

Conclusion générale‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥189

Annexe : Application des critères de dimensionnement pour le changement de gaz de la torche ‥ ‥ ‥ 195

Références ‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥‥199

5/205
Résumé

Ces travaux s'intéressent à une solution de découpe par plasma d'air comprimé, en particulier à la torche. En
vue de permettre à la société Gys de concevoir une nouvelle torche, nous avons caractérisé le système pour
comprendre le rôle et le dimensionnement de chaque circuit pneumatique : air plasmagène, air de
protection et air rétroinjecté. Ceux-ci sont à la base du refroidissement, de l'amorçage et de la découpe.

Par ailleurs, deux aspects du procédé de découpe ont été étudiés expérimentalement : la qualité de coupe et
l'endurance des électrodes.

Nous avons porté un intérêt particulier à l'asymétrie droite/gauche des saignées via de nombreux essais
paramétriques analysés à l'aide d'une méthode Taguchi, sans toutefois pouvoir déterminer son origine. Nous
proposons aussi un réglage d'air de protection pour affiner la qualité.

Quant à l'endurance des électrodes, nous avons exploré les mécanismes d'usure ainsi que le lien entre durée
de vie des électrodes et formes des cratères qui s'y creusent au cours du fonctionnement. Nous proposons
des explications sur les mécanismes de destruction.

L'étude expérimentale de ces trois axes (caractérisation & conception, qualité de coupe et endurance) est
complétée par une étude numérique à l'aide d'un modèle physique 2D axisymétrique. Le modèle a servi à
conduire des études paramétriques qui ont précisé la connaissance des phénomènes dans la torche.

Enfin, nous proposons trois critères de base, basés sur les performances avérées du système réel, la
littérature et les résultats du modèle. Ils sont calculables numériquement et utilisables pour un
dimensionnement de torche.

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Contexte

La société Gys compte environ 500 salariés sur son laboratoire Laplace à Toulouse, et il a été décidé de
site en France et environ 400 autres dans 5 pays débuter un travail de thèse avec un doctorant
Européens et en Chine. Elle conçoit et fabrique des encadré par cette équipe pour apporter à Gys la
produits de soudage, de réparation de carrosserie et compétence en ingénierie des plasmas qui lui faisait
des chargeurs de batteries et souhaite se développer défaut. C’est moi qui ai été recruté et qui ai eu le
sur le marché de la découpe plasma. plaisir de faire ce travail dont ce manuscrit est la
Quand j’ai été embauché, en 2020, Gys synthèse.
commercialisait déjà plusieurs postes de découpe à Le premier chapitre est un état de l’art et pose les
plasma dont le Neocut105, avec lequel j’ai par la bases des phénomènes intervenant dans la découpe
suite travaillé. par plasma.
Un poste de découpe par plasma ou de soudage à J'ai repris certains tests de la littérature pour la
l’arc doit avant tout alimenter ces procédés thermo- caractérisation de la torche, seconde étape de ma
électriques gourmands en énergie. L’ergonomie, la thèse et objet du chapitre 2.
robustesse, la conformité aux normes, le design et la La qualité de coupe et la forme des saignées sont
rentabilité sont d’autres aspects que le fabricant doit également un sujet d'intérêt que nous avons exploré
maîtriser pour faire le succès de son produit. Gys expérimentalement. Le chapitre 3 y est consacré. Il
possède ces compétences et son bureau d’études en s'adresse notamment aux constructeurs de torches
compte aussi notamment en électrotechnique, qui souhaiteraient qualifier leur outil. Nous
mécanique, informatique industrielle, tôlerie et proposons également un réglage innovant pour
plasturgie. mieux maîtriser la dépouille.
Toutefois, en 2020, l’entreprise ne comptait pas de La problématique de l'usure est l'objet du chapitre 4
mécanicien des fluides ou de personnel compétent où nous détaillons nos études expérimentales. Nous
en ingénierie ou physique des plasmas. Or cet aspect y proposons des hypothèses novatrices pour
est important pour comprendre les torches, qui, avec expliquer l'érosion.
le générateur, sont les éléments principaux d’un Le chapitre 5 présente le modèle numérique que
système de découpe plasma. La solution nous avons développé au laboratoire et les résultats
actuellement commercialisée par Gys est constituée qu’il nous a donnés. Des hypothèses sur les
du générateur qu’elle fabrique et d'une torche de phénomènes et idées d'amélioration du procédé
négoce. Ainsi, Gys souhaitait mieux comprendre ces sont aussi proposées, appuyées par les résultats de
torches et éventuellement en fabriquer elle-même. modélisation.
Elle est donc rentrée en contact avec l’équipe Arcs
Electriques et Procédés Plasmas Thermiques du

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Chapitre 1 La découpe plasma, introduction

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Ce chapitre introduit la notion de plasma, ses Puis l'état de l'art des thématiques explorées
caractéristiques, ses classifications et les expérimentalement au cours de la thèse est dressé. Il
phénomènes physiques qui y sont à l'oeuvre. Les s'agit tout d'abord de la qualité de coupe, car les
méthodes de calculs physique pour décrire ce milieu résultats de découpe ne sont pas parfaits. Nous
sont également abordées. présentons des moyens de décrire la qualité de
A la suite de cette introduction théorique, des coupe. Puis les résultats de la littérature à ce sujet
applications sont présentées et nous nous sont parcourus.
rapprochons de notre sujet d'intérêt, la découpe Ensuite, nous abordons l'usure des consommables.
plasma (Figure 1). Celle-ci est présentée En effet, lors de la découpe plasma, la torche s'use
historiquement et comparée à des protocoles de jusqu'à devenir inutilisable. Nous rapportons les
découpe concurrents : laser, oxycoupage, jet d'eau. phénomènes d'usure tels que décrits dans la
littérature ainsi que les facteurs qui y contribuent.

Figure 1: Découpe manuelle par plasma d'air (support de communication de Gys)

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I) Notion de plasma

"Le terme "plasma" a été introduit pour la première composent. On distingue les collisions élastiques et
fois par I. langmuir [1] en 1928 lorsqu'il observait le inélastiques. "Les collisions élastiques ne modifient
comportement du gaz ionisé dans des tubes à que la direction et la vitesse des particules en
décharge. On lui doit l'identification de cet état de la interaction [...] elles contribuent au transfert de
matière ainsi que de ses propriétés fondamentales. chaleur [4]." Les collisions inélastiques, quant à elles,
Les oscillations de l'ensemble des ions observés opèrent des conversions entre les énergies
faisaient penser à celles que l'on peut voir dans un cinétique, potentielle et chimique. Il en résulte des
milieu gélatineux (en grec, plasma veut dire matière excitations (gain d'énergie potentielle) et des
gélatineuse, ou qui peut être modelée). "Le plasma désexcitations (perte d'énergie potentielle). Ces
apparaît alors comme un quatrième état de la phénomènes entraînent une modification de la
matière, un milieu gazeux et ionisé..." [2]. "Les répartition des espèces, du fait des ionisations et
molécules sont dissociées, ionisées et excitées. Elles recombinaisons, et sont également à l'origine du
donnent lieu à des mélanges d'espèces physico- rayonnement qui fait du plasma une substance
chimiques [...] instables et complexes : les plasmas lumineuse comme on peut le constater sur la Figure
[3]." 1 qui montre une découpe manuelle par torche à
plasma.
Un plasma est caractérisé notamment par ses Sur cette photographie, le plasma est le jet lumineux
densités électronique et ionique, qui correspondent situé à la sortie de la torche et traversant la plaque.
à la quantité d'électrons (libres) et d'ions par unité En dessous de la plaque, des étincelles de métal
de volume qu'il contient. Ces espèces, chargées coupé s'ajoutent au plasma. L'opérateur porte un
électriquement, font des plasmas des conducteurs masque de soudage car le rayonnement du plasma
électriques. d'air utilisé pour cette découpe, intense et riche en
En outre, un plasma est le siège de nombreuses ultraviolets, est très nocif pour les yeux [5], [6].
collisions entre les différentes particules qui le

On distingue deux grandes familles de plasmas, les plasmas chauds et les plasmas froids.

Les plasmas chauds apparaissent à des températures de plusieurs centaines de milliers de degrés. C'est en
leur sein qu'a lieu la fusion nucléaire. Ils sont présents dans les étoiles (~10M°C) et les tokamaks (~100M°C).
Leurs domaines de température et propriétés sont très éloignés de ceux des plasmas froids, dont relève cette
thèse.

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I.1) Plasmas froids à l’équilibre ou hors d’équilibre

Les plasmas dits froids ou de décharge n'atteignent [4]. Les ions, lourds et donc peu mobiles
que des températures de plusieurs dizaines de électriquement, ne sont que faiblement accélérés
milliers de degrés. Le mécanisme de chauffage dans par le champ électrique. Les atomes, électriquement
un plasma froid industriel, alimenté par un champ neutres, ne le sont pas du tout.
électrique, est le suivant. Les électrons, accélérés par La fraction d'énergie transférée lors d'une collision
ce champ rentrent en collision entre eux et avec les élastique entre deux particules de masses
autres espèces de particules ce qui répartit l'énergie respectives m et M est donnée par l'Equation 1.

2 mM 2m
K= = si(m≪ M )
(m+ M ) ² M
Equation 1

Cela signifie que les collisions entre espèces de masses similaires sont très efficaces pour échanger de
l'énergie. D'autre part, les électrons étant de l'ordre de 1000 fois moins massifs que les lourds (atomes,
molécules, ions), de très nombreuses collisions sont nécessaires pour échanger de l'énergie de façon
significative entre électrons et lourds [7].

On distingue alors deux sous-catégories dans les plasmas froids : les plasmas à l'Equilibre Thermodynamique
Local (ETL) dits "thermiques" et les plasmas Hors d'Equilibre (thermodynamique) (HE). La température des
différentes espèces, électrons ou particules lourdes (atomes, ions) rend compte de cette distinction.

Une façon de définir l’équilibre des plasmas est de s’intéresser aux températures électroniques et à celles de
leurs particules lourdes.

Comme on le voit sur la Figure 2, dans un plasma


d'arc (intensité importante, tension faible [4]), la
température (et donc l'énergie cinétique moyenne)
des lourds et des légers se confond à partir d’une
certaine pression. En effet la pression réduit le libre
parcours moyen (distance que parcourt en moyenne
une particule avant de provoquer une collision) et de
fait augmente la fréquence de leurs collisions, ce qui
leur permet d'échanger de l'énergie et donc
d'homogénéiser leurs températures. Ainsi, dans ce
Figure 2: Evolution des températures des cas, on peut en première approximation considérer
électrons Te et des particules lourdes Tg
avec la pression dans un plasma d'arc [7] que la température des lourds et des électrons est
homogène à partir de 10 kPa (0.1 bar); il y a alors
ETL. En dessous de cette pression, on est HE.

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A titre d’exemple : pour un plasma d’argon à la pression atmosphérique, et pour une température voisine de
104 K, la densité électronique doit être supérieure ou égale à 4.4.1017 cm-3 pour que l’ETL soit établi [4]."

Les plasmas froids à l’ETL sont aussi appelés plasmas thermiques. Ils ont une enthalpie élevée et permettent
donc des applications thermiques (section I.4).

Les plasmas HE, bien que leur température électronique puisse être élevée, ont une enthalpie faible car les
particules lourdes ne sont pas thermalisées. Ils permettent donc des applications à froid, notamment grâce à
leurs propriétés chimiques. Ils peuvent par exemple stériliser des instruments de chirurgie, alors qu’un
plasma thermique les détruirait.

I.1.1) L’équilibre thermodynamique

"Pour qu’il y ait Equilibre Thermodynamique d’action de masse et la loi de Planck sont satisfaites
Complet (ETC) avec une seule température relative pour une température unique" [7]. En réalité, les
aux particules : mouvements de translation photons émis par le plasma ne sont que très
(collisions élastiques), excitation et ionisation par partiellement réabsorbés par le milieu. La loi de
collisions inélastiques, émission, absorption des Planck n'est pas vérifiée et on ne peut donc pas
photons, il faut que le principe de micro-réversibilité parler d'ETC.
soit satisfait. Ce dernier postule que l’équilibre est On introduit alors le concept d'Equilibre
maintenu seulement si chaque processus Thermodynamique Local (ETL), qui sous-entend donc
d’interaction est contrebalancé par le même que, parmi les phénomènes suscités, seul le
processus inverse. Par exemple, l’émission d’un rayonnement ne satisfait pas à la micro-réversibilité.
photon doit être équilibrée dynamiquement par la Un plasma à l'ETL peut donc se décrire par les lois
réabsorption d’un photon. Dans ces conditions, les d'équilibre usuelles pour les processus collisionnels
équations de Maxwell, de Boltzmann, les lois mais pas pour les processus radiatifs.

Ainsi, sous postulat d'ETL :

• Les vitesses de chaque espèce suivent une distribution de Maxwell-Boltzmann.

• Les populations des niveaux excités de chaque espèce suivent la loi de Boltzmann.

• L'équilibre d'ionisation du milieu est régi par la Loi de Saha.

• L'équilibre de dissociation des espèces moléculaires obéit à la loi de Guldberg-Waage.

• Macroscopiquement, le milieu est électriquement neutre et répond à la loi de Dalton

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I.1.2) Plasmas hors d'équilibre thermodynamique

A l’inverse, les plasmas peuvent aussi être HE, les températures des électrons et des particules lourdes sont
alors très différentes.

Les lois citées dans la section précédente ne s'appliquent plus. Il est toutefois possible de calculer la
composition de ce milieu et d'en déduire les propriétés thermodynamiques [4]. Notre sujet ne concerne pas
les plasmas HE. Toutefois, il y a des zones HE proches des électrodes (gaines) et dans la périphérie du cœur de
l’arc. Considérer l'ensemble du plasma comme à l'ETL peut donc être une source d'imprécision dans les
modèles [8].

I.2) Propriétés des gaz plasmagènes

I.2.1) Energies de dissociations et d'ionisation

L'énergie de nième ionisation est l'énergie (exprimée Etant attendu qu'il s'agit d'une énergie par quantité
en électron-volt) qu'il faut apporter à un atome pour de matière (alors exprimée en kJ/mol), eu égards à la
lui arracher un nième électron. Par exemple, l'énergie loi des gaz parfaits, celle-ci augmente avec la
de première ionisation de l'hydrogène est de 13.6 eV. pression pour un volume donné.
Cet élément ne possédant qu'un électron, il ne peut Selon le même principe, les énergies de dissociation
subir d'ionisation supplémentaire. Chaque élément sont celles qu'il faut apporter à une molécule pour
possède des énergies d'ionisation différentes [9]. en séparer les atomes [9].

I.2.2) Propriétés

Les caractéristiques des gaz (viscosité, densité


volumique, conductivités thermique etélectrique…),
y compris sous forme de plasma, dépendent de leur
nature mais aussi de leurs température et pression
[10].
Par exemple, la Figure 3 présente la conductivité
thermique pour différents gaz (N2, H2 et air) en
fonction de la température.

Les pics de conductivité à 2 (pour H2) et 7 kK (pour


N2) correspondent aux températures de dissociation
Figure 3: Conductivités thermiques du H2, N2 et Ar
des molécules (H2 → 2H et N2 → 2N). à la pression atmosphérique [11]

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L’argon, gaz monoatomique, n’est donc pas concerné Larroche [3] donne l’exemple du dihydrogène, qui de
par ce phénomène. Les pics aux alentours de 15 kK par son enthalpie et sa conductivité thermique
correspondent aux températures d’ionisation.En élevées, est particulièrement efficace dans le
outre, l’enthalpie est également différente selon le transfert de chaleur (tant aux pièces à traiter qu’à
gaz utilisé. Cette grandeur, représentative de l’air ambiant) et rentre dans la composition de
l’énergie stockée dans le plasma, a également un certains gaz de coupe plasma [12]. La connaissance
impact important. Ainsi, les plasmas de O2, H2 et N2 des propriétés des gaz est essentielle à la
présentent des enthalpies d’environ un ordre de modélisation numérique des plasmas.
grandeur plus élevé que celle d’Ar à pression et
température équivalentes.

I.2.3) Calcul des compositions et des propriétés

La composition d'un gaz indique la proportion de ses La conductivité électrique cesse d'être négligeable
espèces : molécules, atomes, ions (et nombre de fois lorsque la densité d'électron/d'ions devient
ionisés), électrons. Elle peut même préciser les significative, à partir d'environ 6 kK.
niveaux d'excitation. Elle est généralement calculée Cressault [13], Rat [14] et Harry Solo [15] par
pour une pression constante et différentes exemple calculent des compositions et des
température. Un exemple de composition et de propriétés thermodynamiques et coefficients de
conductivité électrique est donné dans la Figure 4. transports qui en découlent. Ceux-ci sont, rappelons-
Il s'agit d'argon pur à la pression atmosphérique le, indispensables à la modélisation numérique
pour lequel sont données les densités d'espèces évoquée dans la prochaine section.
jusqu'à la 3ème ionisation et la conductivité
électrique en fonction de la température.

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Figure 4: Composition et conductivité électrique de
l'argon à 1 atm en fonction de la température [10]

I.3) Modélisation du milieu plasma & hypothèses

Le milieu plasma en présence notamment dans les expliquer la physique mise en jeu. La modélisation
applications de découpe est le siège de phénomènes numérique est donc une autre approche pour décrire
physiques intenses parmi lesquels : Températures les plasmas. Modéliser implique des spécificités dont
jusqu'à 30 kK, forts degrés d'ionisation, écoulement quelques exemples sont présentés dans les
supersoniques... De fait, les seules observations et prochaines sous-sections.
expérimentations peuvent se montrer impuissantes à

I.3.1) Hypothèse d'Equilibre Thermodynamique Local (ETL)

Nous avons décrit l'ETL dans la section précédente. Ghorui [17] présente une modélisation hors
Voyons brièvement comment il est traité dans la d’équilibre chimique, en régime turbulent et à deux
littérature. températures (2T), une pour les électrons et une

Dans leur étude Freton et al. [8] utilisent un modèle pour les lourds. L’application est également une

à l’ETL pour décrire le milieu plasma, avec un bon torche de découpe à O2. Une différence notable de

accord théorie-expérience, à l’exception des champs 3000 K au maximum a été trouvée entre les électrons

de température en périphérie d’arc, où l’ETL n’est pas et les lourds à l’amont de l’orifice de la tuyère. Les

satisfait. Teulet et al [16] considèrent aussi résultats de calcul et les mesures de températures

l’hypothèse de l’ETL pour le calcul des transferts sont cohérents dans cette étude. Dans une

d’énergie. Ces deux études considèrent une torche configuration d'arc libre, Rat et al. [18] utilisent aussi

de découpe à dioxygène. un modèle 2T et étudient les différences du milieu

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plasma en fonction [du rapport θ entre les La prise en compte de deux températures (donc hors
températures des électrons et des lourds]. Par ETL), une pour les lourds, une pour les électrons, est
exemple pour la conductivité électrique, les valeurs plus complexe et les données sont moins
sont similaires aux températures inférieures à 5kK ou abondantes que pour l'ETL. Selon les grandeurs
supérieures à 15kK mais un écart apparaît aux calculées, elle aura plus ou moins d'impact. Par
températures intermédiaires. exemple la viscosité dépend majoritairement de la
température des lourds contrairement à la diffusion
thermique des électrons [18] [19].

I.3.2) Pression

Pour Freton [20], la pression n'est pas considérée Le coefficient d'émission nette (voir section I.3.3)
comme un paramètre influant sur les varie également avec la pression mais pas tout à fait
caractéristiques de conductivités, de chaleur linéairement [20].
spécifique, de position des pics de dissociation et Trelles et al. [19] pointent l'effet des gradients de
d'ionisation ni sur la viscosité du plasma. Ces pression sur les champs électriques : à densité
hypothèses sont faites pour les pressions mises en électronique identique, deux zones à pressions
jeu dans cette configuration de découpe (5 bar). Elle différentes présentent des concentrations
impacte cependant la densité de masse de façon électroniques différentes impactant les champs
linéaire. Nemchinsky [Nem_5] adopte les mêmes électriques.
hypothèses mais considère que la chaleur spécifique
est proportionnelle à la pression.

I.3.3) Rayonnement

Le rayonnement du plasma de découpe peut être Outre le CEN, il existe des modèles de rayonnement
modélisé par le Coefficient d’Emission Nette (CEN), plus précis, basés sur la résolution l’équation du
exprimé en W/(m³.ster) qui représente les pertes transfert radiatif. Pour Trelles et son équipe [19], le
radiatives qui refroidissent le plasma mais ne permet modèle P1 est moins précis que le DOM car les
pas de calculer précisément les flux radiatifs. LE CEN plasmas de coupe ne sont pas assez épais
est calculé sous hypothèse d’ETL pour une pression optiquement. Il confirme également la pertinence du
et une température données [4]. La composition CEN pour les plasmas de découpe (lorsque le calcul
peut s’avérer complexe à déterminer du fait de des flux radiatifs n'est pas nécessaire).
l'ensemencement du plasma par du métal vaporisé Freton [20] et Sambou [21], ont conduit des
(fortement émissif) . simulations comparatives entre CEN et P1. La

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périphérie du jet de plasma est plus chaude dans le La méthode de Ménart et son équipe [22], plus
cas du P1 car il prend en compte la réabsorption. complexe et précise, n’est pas intégrable directement
On chauffe par rayonnement le bord de l'arc dans un logiciel de CFD (Computationnal Fluid
(principalement à plus d'1mm de l'axe du jet de Dynamics).
plasma). Nous clôturons ainsi la présentation des plasmas,
intéressons-nous maintenant à leurs applications.

I.4) Applications industrielles des plasmas thermiques


Les plasmas thermiques sont, entre autres, un outil de conversion électrique-thermique. Expliquons comment
en observant les ordres de grandeurs de conductivités électriques de différents matériaux sur le Tableau 1 .

Conductivité (S/m) Matériau Famille Ordre de grandeur de la conductivité normalisée


5.8.107 Cuivre à 300 K Conducteur 1
1.2.104 Argon à 24 000 K Plasma 10-3
4.10-4 Silicium à 300 K Semi-conducteur 10-11
10-14 PVC à 300 K Isolant 10-21
Tableau 1: Exemple de conductivités de différents matériaux [9], [23]

Le plasma est un conducteur électrique mais traitement de surface [27] [28] et l'amélioration de
beaucoup moins que le cuivre. Dans le cas d'une procédés métallurgiques [21]. De plus, les plasmas
découpe plasma, le courant traverse un circuit solide d'arc sont présents et étudiés dans les disjoncteurs
(cuivre + électronique de puissance) de quelques mΩ [29].
alors que l'arc représente quelques Ω. L'écrasante Les deux prochaines sous-sections détaillent
majorité de l'effet Joule et donc du chauffage a donc davantage la découpe, objet de notre étude, ainsi
lieu au sein du plasma. Les grandes quantités et que le soudage qui est une application proche par la
concentration de chaleur en résultant présentent un technologie et souvent complémentaires dans les
intérêt dans des procédés industriels thermiques. Les usages.
plasmas à l'ETL (alias thermiques) peuvent être Note :
notamment utilisés pour le traitement de déchets 1. L'électrode est, en toute rigueur, une
cathode puisqu'elle est alimentée par la
[24], [25], la synthèse de matériaux [26], le
polarité négative du générateur, mais nous lui
préférerons l'appellation d'électrode
I.4.1) Découpe plasma conformément à l’usage dans l’industrie.
2. Pour désigner le métal qui subit la
adécoupe, nous nous référons indifféremment
Le principe de la découpe plasma, objet de cette à l’anode, à la tôle, à la pièce à découper, à
thèse, est le suivant : Un arc électrique en courant l’ouvrage, ou à l’échantillon..
continu est créé entre l'électrode infusible et la
De l'air ou un autre gaz plasmagène (argon, hélium
tuyère et peut être transféré à la pièce (Figure 5).
pour les gaz inertes ou comprenant de l'oxygène

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pour les gaz chimiquement actifs) est soufflé sur la En découpe plasma, l'ouvrage est toujours relié à la
pièce à travers la tuyère. Ce gaz, chauffé jusqu'à pince de masse (polarité +) et sert donc d'anode car
l'état plasma par l’arc, ainsi que la pénétration de les flux d'énergie y sont bien plus intenses qu'à la
l'arc dans la pièce, entraînent la fusion du métal. Le cathode. Si on inversait la polarité, la coupe serait
métal fondu est éjecté de la saignée par le jet de moins efficace et l'électrode dans la torche serait
plasma, qui possède une grande quantité de détruite très rapidement.
mouvement. La torche est refroidie par le gaz La torche est toujours placée au dessus de l'ouvrage
plasmagène, le gaz d'un circuit secondaire et ou par car un panache d'étincelles de métal et de fumée est
un autre fluide (possiblement de l'eau). projeté par le souffle de la torche (Figure 1). En
Le gaz secondaire dit également de protection, outre plaçant la torche au dessus, ce panache est dirigé
son effet de refroidissement, permet de protéger la vers le bas, il est donc plus facile à circonscrire que
torche contre les projections de métal fondu émises s'il s'élevait dans les airs.
par la tôle en particulier lors du perçage.

Figure 5: Schéma de principe d’une torche de découpe à plasma [30]

Les paramètres de coupe sont :

• L'épaisseur de tôle • La nature des gaz injectés [12]

• La nature de la tôle • La vitesse d'avance de la torche

• Le courant • La distance torche-pièce (alias hauteur de

• La pression des gaz injectés torche)

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Historique de la découpe plasma [4], [6], [31]

Les premières technologies de découpe plasma au gaz de protection, offrant un refroidissement


atteignirent une échelle industrielle dans les amélioré. De plus, l'utilisation d'azote comme gaz de
années 50. En 1957, le docteur Gage de l'Union coupe a permis d'obtenir des coupes de meilleure
Carbide a déposé un brevet [32] pour le premier qualité et le plasma s'est peu à peu répandu même
procédé de découpe plasma, basé sur une extension pour la découpe d'acier doux.
du soudage Tungsten Inert Gas (TIG) (section I.4.2). Dans les années 1980, l'utilisation d'oxygène comme
Réduire la section de sortie de la tuyère d'une torche gaz de découpe et de hafnium dans les électrodes est
TIG a permis d'obtenir un jet de plasma plus devenue de plus en plus répandue. L'utilisation de ce
constricté capable de découper. Quelques années métal, résistant à l'érosion, a permis à la découpe à
plus tard, des torches jusqu'à 40 kW étaient air comprimé, technologie d'intérêt de cette thèse,
commercialisées par Metco, Avco, Plasmadyne, de se démocratiser notamment pour des usages
Linde, Thermal Dynamics, Tafa ou encore Union portatifs.
Carbide [3] (Hypertherm est aujourd'hui le leader Plus récemment, la technologie de torche à plasma
mondial de la découpe plasma [33]). À l'origine, les haute densité (ou haute précision) a été développée,
premières torches de découpe plasma utilisaient de permettant d'obtenir des découpes plus précises
l'argon comme gaz plasmagène. avec des saignées plus étroites. Cette technologie,
caractérisée par des diamètres de sortie de tuyère
La décennie 1960 a vu l'émergence des torches à d'environ 1 mm, a considérablement amélioré la
double injection, où une seconde tuyère a été constriction du jet de plasma. L'automatisation des
ajoutée pour améliorer la constriction du jet de procédés de découpe plasma se développe
plasma, conduisant ainsi à une meilleure qualité de également, intégrant les torches dans des machines-
coupe et à une augmentation de la durée de vie des outils à commandes numériques. Ces deux aspects
consommables grâce à l'effet refroidissant du gaz rendent le procédé compétitif vis à vis de ses
secondaire (de protection). Le plasma restait concurrents principaux (section II). Dernièrement,
toutefois majoritairement cantonné à la découpe de une méthode de jet de plasma intensifié [6] a
l'inox, l'oxycoupage restant majoritaire pour la également été imaginée pour améliorer encore la
découpe d'acier doux. vitesse et la qualité de la découpe par plasma
Les années 1970 ont apporté des avancées telles que d'oxygène.
l'introduction de l'injection d'eau comme alternative

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I.4.2) Soudage

Le soudage plasma, Plasma Arc Welding (PAW) [34]


utilise également un jet de plasma projeté sur les
pièces à souder à l'aide d'une torche. Le métal des
pièces, plus éventuellement un métal d'apport sous
forme de fil, rentre en fusion puis, en se solidifiant,
réalise la soudure.
Les torches de soudage plasma et de découpe
plasma ont des constitutions similaires (Figure 5). En
revanche, les pressions mises en jeu sont moins
Figure 6: Principe du soudage TIG
importantes en soudage qu'en découpe. En effet, il (https://precisoudure.com/procede-tig.html)

ne s'agit pas là d'expulser le métal en fusion comme A épaisseurs de pièces égales, en soudage, la
le ferait un jet plus vif. puissance électrique et la densité de puissance

Contrairement à la découpe plasma, l'arc n'est pas thermique (W/mm²) sont d'environ 1/10 de celles de

transféré mais soufflé, c'est à dire que l'anode la découpe [30] et les débits gazeux sont au moins

(polarité +) est la tuyère et que la pièce, non 30 fois moins élevés.Le gaz employé (par exemple

connectée électriquement, est frappée par un jet de l'argon) protège la soudure en l'isolant de l'air,

plasma en extinction. évitant ainsi à l'ouvrage la contamination par ou la


réaction avec du diazote ou du dioxygène. A
Le soudage TIG (Figure 6) quant à lui, est un procédé
températures élevées, notamment lors de la fusion
voisin mais où l'arc est, comme en découpe plasma,
du métal, ces phénomènes sont grandement
transféré à l'ouvrage, qui fait office d'anode.
facilités.
L'électrode est infusible et un métal d'apport peut
Les principales applications du soudage au plasma
être apporté, ce qui différencie ce procédé des
[...] se trouvent dans la construction de conteneurs
soudages manuels à baguette fusible.
et la fabrication de tuyaux, où l’automatisation du
soudage est très répandue et efficace [34].

II) Procédés de découpe concurrents


Vannes et Chaussier [30] présentent les procédés de découpe haute énergie : plasma mais aussi laser et jet
d'eau. Ce dernier n’étant pas un procédé thermique.

On peut y ajouter les procédés mécaniques, l’oxycoupage, l'électro-érosion et le coupage à la flamme [35].
Nous nous intéressons dans cette section au plasma et à ses concurrents directs, laser, jet d'eau et
oxycoupage. Tout d'abord nous en présentons les principes techniques.

22/205
II.1) Découpe laser II.2) Découpe jet d’eau
Le principe de la découpe laser est présenté sur la Le principe de la découpe jet d'eau est présenté sur
Figure 7. En l'impactant, un faisceau laser fait fondre la Figure 8 : de l’eau, éventuellement enrichie en
la matière. Un jet de gaz sous pression éjecte la éléments abrasifs, est projetée en jet fin à très haute
matière en fusion et peut aussi être utilisé pour ses pression sur la pièce à couper. Celle-ci n’est pas
propriétés physiques et chimiques. Le dispositif doit soumise à de hautes températures. Les matériaux ne
être refroidi. Selon la technologie laser employée, supportant pas d'échauffement intense sont donc
éligibles à ce procédé.

Figure 7: Principe d'une tête de


découpe laser [37]
CO2 ou à l’état solide, les matériaux hautement
réfléchissants pourront ou non être coupés. Par
exemple pour les machines Trumpf [36]. le cuivre et
le laiton ne sont accessibles qu'aux lasers à l’état
solide. Figure 8: Principe d'une tête de
découpe jet d'eau [38]

II.3) Oxycoupage
Le principe de l'oxycoupage [39] est présenté sur la Figure 9 : une flamme (dite de chauffe) d'acétylène ou
d'un autre gaz inflammable préchauffe la pièce à découper. Du dioxygène est soufflé et c'est lui qui entretient
la combustion du fer à plus de 1300°C [40]. La flamme de chauffe doit toutefois être maintenue allumée
durant la découpe car le flux d'O2 refroidit le haut de la saignée.

Figure 9: Principe d'une torche


d'oxycoupage [40]

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II.4) Comparatif technique

Voici le comparatif proposé par Godinaud [6] sur ces quatre procédés :

• L'oxycoupage est très efficace pour la découpe d'acier doux ou faiblement allié de grande épaisseur,
pouvant aller jusqu'à près d'un mètre. Ce procédé n'est pas utilisable pour des épaisseurs inférieures
à 3 mm.

• Le procédé plasma permet de couper des épaisseurs plus fines qu'avec l'oxycoupage et peut même
être utilisé pour des épaisseurs de plus de 100 mm, mais il devient peu rentable par rapport à
l'oxycoupage pour des épaisseurs supérieures à 50 mm de métal. Dans cette thèse nous nous
intéressons plus particulièrement à la découpe par plasma d'air comprimé, moins performantes mais
qui se passe de gaz particulier.

• La découpe laser peut également s'effectuer sur des épaisseurs fines de moins de 1 mm et rarement
sur des épaisseurs dépassant 20 mm de métal non poli. Une étude expérimentale de pointe montre
que des découpes au laser de pièces de 100 mm d'épaisseur peuvent être possibles [41] mais ce
n'est pas répandu.

• Le jet d'eau peut être utilisé pour découper une large gamme d'épaisseurs de matériaux variés, mais
la vitesse de coupe est faible pour les métaux dont l'épaisseur est supérieure à quelques millimètres.

Les épaisseurs accessibles à chaque procédés, la vitesse de coupe sur acier doux de 20 mm d'épaisseur, les
risques, forces et faiblesses sont résumés dans le Tableau 2. Certaines forces et faiblesses rapportées dans ce
tableau se réfèrent à la qualité de coupe, dont les termes sont détaillés plus avant dans la section III).

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La prochaine section complète ce comparatif technique avec l'aspect économique.

Plasma d'air Oxycoupage Laser Jet d'eau


Epaisseurs accessibles (mm)
Matériau
Acier doux 0.4 à 50 3 à 600 0.4 à 25 2 à 100
Acier inoxydables 0.4 à 150 3 à 600 0.4 à 15 2 à 100
Alliages d'aluminium 0.4 à 200 3 à 600 0.4 à 5 2 à 100
Vitesse typique de découpe sur acier doux (mm/min)
Epaisseur 4100 bar 3.7 L/min
200 A 5 kW
(mm) 580 g/min d'abrasif
10 3000 480 2400 370
20 1200 360 1020 170
Risques et protections
Nature du risque
Production de NOx - CO2 et NOx en faibles
nocifs pour les voies quantités Vapeurs métalliques
Gaz Néant
respiratoires → - Gaz inflammable → → aspiration
aspiration permis de feu
Emission UV → Réflexion du laser
Optique masque filtrant teinte 10 Eblouissement →Lunettes de Néant
et + protection spéciales
Sifflement strident → Faible à moyen
Sonore Faible chuintement Faible
protection auditives chuintement
Forces
- Qualité des arêtes
- Précision - Précision
découpées - Qualité des arêtes
- Déformation - Pas de déformation
- Coupe tout matériau découpées
thermique thermique
conducteur
Faiblesses
- Mouillage des pièces
- Qualité de coupe
- Saignées larges - Perçage lent
- Saignées larges inégale dans la
- Déformation - Rendement
- Inox impossible profondeur
thermique énergétique
-Traitement des boues
nécessaire
Plasma Oxycoupage Laser Jet d'eau

Tableau 2: Comparatif technique de 4 procédés de découpe


En orange, paramètres spécifiques du procédé pour les vitesses de découpe indiquées [6,42,43,44,45]

II.5) Comparatif économique


Aux Etats-Unis en 2020, le marché des machines de découpe haute énergie se répartit comme indiqué dans le
Tableau 3.

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Technologie Montant (M$) Proportion (%)
Laser 392 57
Plasma 160 23
Jet d’eau 88 13
Oxycoupage 49 7
Tableau 3: Marché de la découpe aux Etats-Unis en 2020 [46]

L'étude technico-économique d'Harničárová et al. [47] de 2012 compare les découpes plasma, à oxygène et
laser. Elle est à la base de ce paragraphe. Il faut souligner ici que peu d'informations économiques sont
accessibles dans la littérature.

Tout d'abord, en termes de cadence, le plasma l'emporte sur le laser et l'oxycoupage (Tableau 4). Ensuite, les
conclusions de cette étude mettent en évidence la variété de la nature des dépenses associées à chaque
technologie de découpe. Les auteurs indiquent que le plasma est le plus cher en termes de pièces
consommables et n'est intéressant que pour une utilisation intensive. Concernant l'achat et l'entretien,
l'oxycoupage est le moins cher, et le laser est le plus onéreux. Le Tableau 5 synthétise ces coûts.

Epaisseur Plasma Oxycoupage Laser


10 mm 230 56 150 _
20 mm 100 47 76
Tableau 4: Nombre de pièces par heure pour 3 procédés de découpe [47]

Plasma Oxycoupage Laser


Coût de coupe total 7.66 €/h 7.75 €/h 9.16€/h

__ Prix par pièce, épaisseur 10 mm 0.135 € 0.137 € 0.285 €


Prix au mètre découpé
0.055 €/m 0.19 €/m 0.1 €/m
(même épaisseur)

Tableau 5: Coûts horaire et au mètre pour 3 procédés de découpe [47}

Ces spécificités peuvent varier notamment avec le L'article disponible sur le site de Hyperthem [48]
temps et le lieu. Par exemple, l'énergie électrique souligne la part prépondérante du coût de la main
utilisée dans une usine raccordée au réseau d’œuvre pour les opérations de découpe (dans ce
d'électricité français est moins coûteuse que celle cas au plasma) et confirme sur ce point l'étude
provenant d'un groupe électrogène sur un chantier d'Harničárová et al. Former les utilisateurs permet
dans le désert. Une étude technico-économique donc des économies substantielles. Un opérateur
pour chaque cas peut être envisagée tant chaque aguerri est plus à même de régler rapidement les
technologie est différente. A noter, l'étude citée ne paramètres de découpe adaptés à chaque série.
prend pas en compte les critères de qualité de coupe Dans le cas d'une production mécanisée, d'autres
et concerne l'acier de construction S335J0. réglages (vitesse de déplacement, hauteur et délais
de perçage...) sont autant de facteurs d'accélération
de la production.

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III) Qualité de coupe
La qualité de coupe est un aspect capital des procédés de découpe. Si elle est insuffisante cela peut nécessiter
de reprendre les pièces après découpe, ce qui entraîne des étapes supplémentaires et augmente les coûts. La
norme ISO 9013 [35] « traite des spécifications géométriques des produits et des tolérances relatives à la
qualité pour la classification des coupes thermiques dans les matériaux aptes au coupage à la flamme, au
coupage plasma et au coupage laser ». La qualité d’une découpe se caractérise par les éléments schématisés
sur la Figure 10 et décrits dans le Tableau 6.

Français Anglais Description

Scorie de surface Top spatter Projections de métal solidifié après la coupe à la surface de la pièce.

Largeur de saignée Kerf Width Largeur de métal retiré (mesuré sur le dessus de la pièce).

Angle de la saignée (dans un plan normal à la direction de coupe) par


rapport à la verticale. Une coupe idéale (droite) a une dépouille nulle. La
Dépouille Bevel angle
dépouille n’est pas la même sur les faces droite et gauche de la saignée :
on parle alors de biais.
Zone Affectée Thermiquement ou Heat Affected Zone, partie du métal autour
de la coupe non fondue mais suffisamment chauffée pour que ses
caractéristiques mécaniques s’en trouvent altérées. A titre d'illustration, la
ZAT HAZ
Figure 11 montre une soudure ayant subi un échauffement important ayant
conduit à une coloration du métal mais la ZAT à proprement parler est invisible
à l'oeil nu (mais peut être révélée par un traitement chimique).

Arrondi supérieur Top edge rounding -

Scories
Dross Gouttes de métal solidifiées et accrochées au dessous de la pièce découpée.
(Figure 12)
Motif présent le long des bords de la saignée, représentatif de la vitesse
Lignes de retard d’avancée de l’outil qui implique un retard de coupe du bas sur le haut de la
Cut surface drag line
(Figure 12) pièce. Elles forment l’angle de traîne (qui est dans un plan parallèle à la
trajectoire de coupe) avec la verticale.
Tableau 6: Lexique de la qualité de coupe

Figure 10: Saignée vue en perspective Figure 11: Pièces soudées avec coloration
et termes de la qualité de coupe provoquée par l'échauffement

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Impact des paramètres sur la qualité

Les paramètres de coupe sont nombreux (vitesse, courant, pression, hauteur,épaisseur) et impactent tous la
qualité de coupe.

Les constructeurs donnent des préconisations pour atteindre une bonne qualité, le Tableau 7 est un exemple
pour le générateur de découpe Hypertherm Powermax105 [5].

Tableau 7: Préconisations pour la coupe d'acier doux avec un Powermax105

L'épaisseur du matériau limite la vitesse de coupe. front vers l'arrière de la coupe. Le métal en fusion et
De plus, le perçage est une opération plus le jet de plasma sont alors concentrés dans la
compliquée que la coupe, nécessitant un temps saignée. En perçage, le métal en fusion ne peut
croissant avec l’épaisseur à percer, et impossible à s'évacuer dans une direction préférentielle, la
partir d’une certaine épaisseur. Dans l’exemple, on chaleur et le souffle de la torche ne sont alors pas
annonce un perçage possible uniquement jusqu’à assez concentrés pour évacuer le métal sur les plus
25mm d’épaisseur, au delà il faut amorcer depuis grandes épaisseurs.
une arête pour couper. Mon hypothèse est que, en Les prochaines sous-sections détaillent les liens
démarrant depuis une arête (ou à l'intérieur d'une entre qualité et paramètres de coupe.
saignée en formation), le jet de plasma est dévié du

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III.1.1) Scories

La vitesse de coupe détermine notamment la présence de scories (visibles en bas des échantillons sur la
Figure 12), il existe une fenêtre de vitesses dans laquelle celles-ci sont absentes [49]. Ce phénomène dépend
du mouillage [capacité du métal liquide à se répandre et à adhérer à la surface d'un matériau solide
adjacent] des bords de la saignée par le métal en fusion. Cela a pu être observé grâce à de l'imagerie rapide
dans [50] et [51].

Figure 12: Echantillons dans le plan d'un bord de saignée


illustrant les différents types de scories

On distingue les scories résultant d’une vitesse de coupe élevée, difficiles à retirer, de celles d’une vitesse
faible, plus facilement décrochables. Entre les deux, il existe une fenêtre de vitesse sans ou avec très peu de
scories [49]. Un marteau à piqueter (classique en soudage) peut être utilisé pour retirer les scories.

Pour Maity et Bagal [52] (expérimentalement), un courant plus élevé contribue à la réduction de la surface
des scories.

III.1.2) ZAT

Pour l’acier SS321 [53] coupé par plasma d'air, l’étude de Ramakrishnan et al. [54] montre que le courant est
sans appel le paramètre impactant le plus la ZAT (un courant plus important entraîne une plus grande ZAT).
Matushkina et al. [55] trouvent la même tendance.

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III.1.3) Largeur de saignée

Dans une application de découpe, la saignée idéale est la plus fine possible. La largeur de saignée représente
en effet une perte de matière.

La saignée la plus étroite (à épaisseur donnée) est obtenue en augmentant le courant, la vitesse de coupe et
la pression et en rapprochant la torche de la pièce [54]. L'étude de Salonitis et Vatousianos [56] présente des
résultats similaires pour un plasma d'oxygène découpant de l’acier S235.

III.1.4) Dépouille

La dépouille, est un critère majeur de qualité [35], importantes. Les effets des autres paramètres
notamment si les pièces découpées ont vocation à étudiés ne sont pas monotones, il existe donc des
être soudées. Salotinis et Vatousianos [56] font des valeurs optimales pour réduire la dépouille.
essais sur une plaque de 15 mm de S235 en prenant Peters et son équipe [57] étudient quant à eux la
la vitesse de coupe, le courant, la distance torche- corrélation entre usure des consommables et qualité
pièce et la pression comme variables. Maity et Bagal, de coupe, notamment sur les dépouilles. Ils
[52] ont également mesuré les dépouilles et analysé concluent que des électrodes usées engendrent des
l'impact des paramètres choisis à l'aide de méthode dépouilles plus importantes.
statistiques (Grey et surface des réponses). Une
vitesse plus élevée engendre des dépouilles plus

III.1.5) Rugosité

Les lignes de retard (Figure 10 et 12) font des bords d'un profilomètre Talysurf, également utilisé pour
de saignées des surfaces rugueuses, réduisant la cette mesure par Maity et Bagal [52]. Abdulnasser et
qualité des arêtes [35]. Bhuvenesh [59] observent également la rugosité et

Salotinis et Vatousianos [56], procèdent à des emploient des méthodes statistiques pour corréler

mesures de rugosité sur 5 points le long des saignées leurs résultats aux paramètres (distance torche-

obtenues en faisant varier vitesse, courant, pression pièce, courant, vitesse de coupe).

et hauteur de torche. L'équipe de Nedic, pour sa part Rapprocher la torche de la pièce et, dans une
[58] mène une expérience en configuration de coupe moindre mesure, ralentir la torche, diminue la
réelle avec deux paramètres : courant et vitesse et a rugosité des flancs de découpe. L'impact des autres
mesuré la rugosité sur 3 points par saignée à l'aide paramètres étudiés est réduit.

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IV) Phénomènes d'usure

Les électrodes et les tuyères des torches sont émet sont annonciateurs de leur destruction [60]
sujettes à de l’usure qui se répercute sur la qualité de [57].
coupe et, à terme, impose leur remplacement sous De plus le plasma génère beaucoup de chaleur et la
peine de destruction pour elles mais aussi pour des torche nécessite donc un refroidissement efficace
composants connexes et normalement pérennes. pour éviter d'être détruite.
Des phénomènes perceptibles tels que le Comprendre l'usure des consommables et ses
changement de couleur du plasma ou du son qu'il mécanismes est un premier pas vers leur réduction.
La littérature concernant ce sujet est étoffée.

IV.1) Usure de l’électrode

L'électrode est la pièce la moins endurante de la hafnium massif qui subiraient de gros
torche et son usure, inévitable lors du échauffements, engendrant une fusion destructrice,
fonctionnement du poste, nécessite de la remplacer et qui de surcroît coûteraient une centaine d'€/pièce
plus souvent que n'importe quel autre contre quelques € avec le design actuel.
consommable. Dans des configurations à gaz inerte comme en
Les électrodes sont dotées d'un corps en cuivre et soudage Tungsten Inert Gas (TIG), l'électrode est en
d'un insert en hafnium au centre de leur tête (Figure tungstène mais ce métal s'oxyde trop vite si on utilise
13). Contrairement au cuivre, ce matériau réfractaire de l'air ou du dioxygène.
possède une forte résistante à l'érosion (fusion à Au fur et à mesure de l'utilisation de l’électrode, de
2233°C, ébullition à 4603°C, températures qui de la matière (cuivre et hafnium) est ablatée de sa tête.
plus permettent une émission thermoélectronique Cela creuse un cratère dont la profondeur est un
conséquente). Lorsque les torches fonctionnent, indicateur d'usure reconnu, utilisé dans l'industrie
l’insert en hafnium forme en surface un bain de [5]. Lorsque le cratère devient trop profond, une
fusion qui tient en place grâce à sa tension de grande partie du cuivre en est alors arrachée en
surface. Le cuivre, qui fond à 1085°C et bout à quelques secondes et l'électrode est détruite(Figure
2562°C, s’il constituait l’entièreté de l’électrode, 13).
serait vaporisé très vite.

En revanche l’hafnium est un matériau très onéreux


(2000 €/kg en 2023), difficile à usiner. Sa faible
conductivité thermique, vingt fois moins élevée que
celle du cuivre, exclut l'utilisation d'électrodes en

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Figure 13: Electrode TopArc neuve (à gauche)
et détruite (à droite)
IV.2) Mécanismes d’érosion de l’électrode

Deux phénomènes ont été identifiés :

• l'usure par évaporation qui se produit continuellement durant la coupe : le bain de fusion de
l'hafnium subit une évaporation continuelle. Seule une faible proportion du métal vaporisé quitte
effectivement l'électrode et contribue à l'usure par évaporation. Sous l'effet des forces en présence
(électriques, hydrauliques) une grande partie des vapeurs métalliques réintègre en effet le le bain de
fusion [61].
Cette usure est donc dépendante de la durée de coupe cumulée, indépendamment des cycles.

• l'usure cyclique due aux démarrages et arrêts, expliquée par Nemchinsky [62] et observée par Peters
et al. [63]. Elle tient au fait qu'à chaque arrêt, l'hafnium liquide crée une couche d'oxyde d'hafnium
en se solidifiant qui est expulsé à chaque nouvel amorçage.
Cette usure est donc dépendante des cycles de coupe, indépendamment de la durée de coupe.

Nemchinsky et al [64] ont donc créé un modèle indiquent notamment que de plus faibles champs de
prenant en compte le débit de gaz, les frictions vitesse au contact de la cathode, ainsi que
électrons/ions et le champ électrique et déterminé l'utilisation du diazote comme gaz plasmagène
la position d’un point de non retour à partir de réduisent l'érosion. Quant au courant ils trouvent
laquelle les atomes d'hafnium vaporisés ne sont pas une valeur optimale au dessus et en dessous de
réintégrés. laquelle le taux d'érosion croît. Enfin, leur étude

Le calcul de la position de ce point peut dès lors se rejoint celle de Nemchinsky [64] quant à l'érosion

révéler un indicateur important pour le phénomène des cathodes neuves : celles-ci subissent une érosion

d'érosion. très rapide au cours des premiers cycles qui ralentit


par la suite.
Gruber et al. [65] ont observé ce phénomène grâce à
une caméra haute vitesse et corrélé l’intensité L'équipe de Gruber [65] quant à elle a recours à

lumineuse moyenne des images aux événements liés l'imagerie rapide pour quantifier l'érosion de la

à l’érosion. Il en ressort une méthode expérimentale cathode dans un plasma d'air. Ils utilisent une tuyère

permettant de quantifier l’érosion de la cathode à modifiée qui comprend une fenêtre transparente

partir de ces images acquises à hautes vitesses. Cette permettant de filmer l'insert en hafnium de la

étude corrobore le rôle prépondérant des amorçages cathode à l'instar de Peters et al. [63]. Toutefois,

et extinctions d’arc dans l’érosion de la cathode [64]. Peters avait également mis en place un dispositif de
récupération de matière éjecté par la cathode pour
Ghorui et son équipe [66] modélisent
compléter ses observations, mettant en valeur la
l’environnement de l’électrode et établissent des
nature de la matière éjectée par la cathode (HfO2)
liens entre champs de vitesse, de température,
mais aussi la quantité, permettant de remonter à la
pression, densité de courants et l’érosion résultante
quantification de l'érosion de la cathode.
de la cathode, mesurée expérimentalement. Ils

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IV.3) Impact de la nature du gaz sur l’érosion de l’électrode

Les gaz contenant de l’oxygène (tels que l’air) sont beaucoup plus érosifs que les gaz inertes, et interdisent
l’utilisation de cathodes en tungstène qui s'useraient trop vite. L'hafnium, plus résistant à l’érosion, est alors
utilisé [64].

Dans l’étude de Ghorui et al [66] la forme des cratères n’est pas régulière et varie avec la nature du gaz (voir
Figure 14).

Figure 14: Insert en hafnium vu au MEB après des essais d'érosion avec
le diazote (gauche) et l'air (droite) comme gaz plamagène [66]

Leur étude rassemble des expériences et des calculs. perte nette de matière de l'électrode et de
Les mesures sont effectuées par microscope s'affranchir des différences géométriques des
électronique en ce qui concerne l'état de surface de cratères pour comparer des gaz différents. Leurs
la cathode et permettent de déterminer notamment expériences portent tour à tour sur des plasmas d'air,
la profondeur du cratère en hafnium, critère de de diazote et de dioxygène. Ils concluent à une usure
mesure de l'usure utilisé aussi entre autres par réduite dans le diazote.
Nemchinsky [42]. L'observation au microscope Cela peut s'expliquer par le fait que l'O2 contribue à
électronique avait déjà permis à Peters et al. [63] de la formation d’oxydes (dioxyde de Hafnium HfO2
caractériser l'érosion. L'équipe de Ghorui utilise aussi dans le cas d'un insert en Hf) présentant des
de la spectroscopie de rayons X à dispersion caractéristiques plus propices à l'érosion (faibles
d'énergie pour analyser l'évolution chimique de la conductivités thermiques et électriques donc
cathode. Enfin, des pesées à l'aide d'une balance échauffements plus intenses et localisés) que le
précise à 10 µg leur permettent de déterminer la métal non oxydé [63] [64].

IV.4) Réduction de l’usure de la cathode (voir II.5) Comparatif économique). Améliorer ce

L'usure des consommables est une faiblesse point constitue donc un axe de recherche :

technique et économique de la découpe plasma, Des méthodes de démarrage et d’extinction


notamment par rapport aux procédés concurrents progressifs de l’alimentation en gaz et de double
alimentation en gaz ont été brevetées par Luo et al

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[67]. Le principe de distinction des gaz, différents Ce sont les doubles arcs (section IV.6 Ce phénomène
pour l’amorçage, la découpe et l’extinction, sont est très destructeur pour la tuyère. ) qui sont les plus
également proposés par Baillot [68]. L'argon ou le délétères pour la tuyère. Les projections de métal
diazote permettent une moindre érosion à fondu provenant de la pièce à découper, en
l'amorçage. particulier en phase de perçage, peuvent aussi

Des systèmes de refroidissement de l’électrode à air abîmer la tuyère [68].

ou à eau sont aussi utiles à cet effet [30]. En effet la La régularité de l’orifice de la tuyère est un marqueur
pratique a montré [42] que des cathodes d’usure et un précurseur de double arc. En effet, un
insuffisamment refroidies s'érodaient plus orifice de tuyère élargi et asymétrique ne permet
rapidement. Des électrodes à inserts hafnium pas une aussi bonne constriction de l’arc et
multiples (qui répartissent la densité de courant sur provoque des irrégularités dans le flux. Hypertherm
chaque insert), ainsi qu'à doubles inserts argent et enjoint les utilisateurs de torches à plasma à
hafnium sont aussi utilisées pour réduire l'usure. surveiller ce paramètre [5].
L'argent est également préconisé pour la
construction du corps de l'électrode (à de très
IV.6) Double arc
En condition normale de coupe, un seul arc
grands taux, >90%) dans le brevet de Barthelemy et
électrique transféré de l’électrode à la pièce à
al. [69]. L'utilisation d'insert en argent améliore
découper et traversant la tuyère est établi. Dans
effectivement la durée de vie mais les principes
certaines conditions, le courant emprunte, en lieu et
sous-jacents ne sont pas connus.
place de ce trajet normal, un cheminement
IV.5) Usure de la tuyère alternatif. Il s'établit alors un premier arc entre
Bien que plus robustes que les électrodes, les l’électrode et la tuyère, puis un second entre la
tuyères s'usent également, avec des conséquences tuyère et la pièce à découper (Figure 15).

sur la qualité de coupe [42], [60]. Dans l’usage, il est Ce phénomène est très destructeur pour la tuyère.
fréquent que les tuyères soient systématiquement
changées en même temps que les électrodes.

L'usure de tuyère est beaucoup moins documentée


que celle de l'électrode.

Pitayachaval et Sato [70] ont mené une étude


paramétrique lors d'une coupe mécanisée avec un
générateur Hypertherm Powermax45 Xp. Ils
concluent qu'augmenter le courant et la pression
tend à augmenter l'usure de la tuyère, tandis
qu'augmenter la vitesse de coupe réduit cette usure.

34/205
Nemchinsky [64] [42] décrit deux mécanismes entraînant les doubles arcs.

• Une avalanche électronique dans le gaz froid qui gaine le


plasma chaud du centre du jet.

• Des fragments d'oxyde de hafnium, isolants, projetés


contre l'orifice de la tuyère, peuvent servir de
réservoirs de charges et amorcer un arc électrique à
travers la couche de plasma plus froide (donc moins
conductrice de l'électricité) qui entoure la colonne de
plasma centrale et la plus chaude.

Les facteurs de doubles arc sont les suivants :

• Courant d’arc élevé

• Diamètre de la tuyère réduit


Figure 15: Arc transféré (A) et Double arc (B)
• Longueur d’orifice de la tuyère élevée 1 : Electrode; 2 : Chambre de distribution;
3 Orifice de la tuyère; 4 : Arc électrique
• Débit de gaz réduit

• Circulation en vortex du gaz autour de l’électrode réduite

• Usure de l’électrode et de la tuyère importante

La nature du gaz plasmagène a son importance : le double arc survient à des courants moins importants dans
l’argon que dans l’air, dont le champ disruptif est plus faible.

Colombo et al. [50] rapportent également des doubles arcs transitoires, inférieurs à la milliseconde. Ils sont
moins destructifs pour la tuyère. Ce phénomène génère une lumière verte due au cuivre vaporisé et est donc
observable optiquement. Prevosto et al. [71] modélisent ce phénomène et suggèrent que les ondulations de
la tension fournie par le générateur peuvent en être la cause.

35/205
V) Synthèse du chapitre 1

Dans ce chapitre, nous avons en premier lieu décrit a été dressé, afin de poser le contexte de notre
la notion de plasma. Il s'agit d'un état de la matière étude. Il en ressort que le plasma présente un bon
dans lequel les molécules subissent des dissociations compromis vitesse/coût, sur une large gamme
et les atomes des ionisations, qui en font un d'épaisseurs.
conducteur électrique. Les plasmas peuvent être Une des limitations de la découpe plasma est la
créés artificiellement notamment à l'aide de qualité de coupe. Celle-ci se mesure par différents
tensions électriques appliquées entre des critères que nous avons décrits dans ce chapitre :
électrodes. présence de scories, zone affectée thermiquement,
Les calculs de physique des plasmas reposent sur la largeur de saignée, dépouille, rugosité. Nous avons
composition en fonction de la température et de la dressé un état de l'art concernant les liens connus
pression et des propriétés qui en découlent. Nous entre ces indicateurs de qualité et les paramètres de
avons évoqué la littérature concernant cet aspect, coupe, parmi lesquels figurent l'épaisseur et la
dont dépend notre modèle numérique, sujet du nature de tôle, le courant, la pression injectée, la
chapitre 5. vitesse d'avance de la torche et la distance torche-

On distingue les plasmas de fusion des plasmas pièce. La qualité de coupe est l'objet du chapitre 3.

froids, lesquels sont eux-mêmes subdivisés entre les Une autre problématique industrielle d'importance
plasmas hors d'équilibre et les plasmas thermiques est l'usure des consommables, qui, plus que pour
qui sont utilisés dans des procédés industriels variés. tout autre procédé de découpe haute énergie, est
Parmi eux il y a la découpe plasma, qui est l'objet de limitante pour la découpe plasma. Les électrodes ont
notre étude. une durée de vie limitée au delà de laquelle il n'est

Le principe est de générer un dard de plasma à l'aide plus possible de générer l'arc de découpe. Nous

d'une alimentation électrique et d'un gaz sous avons exploré la littérature scientifique à ce sujet,

pression canalisé dans une tuyère étroite. Par qui occupe le chapitre 4 de ce manuscrit.

l'action combinée de sa chaleur et de son souffle, il A la connaissance générale de l'état de l'art, nous
est capable de fondre et d'évacuer le métal. ajoutons celle plus ciblée de notre système de

Avant de nous focaliser sur la découpe plasma , un découpe au cours du chapitre suivant.

comparatif avec les principaux procédés concurrents

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Chapitre 2 Caractérisation du système

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38/205
Au cours de cette thèse, nous avons utilisé un Notre étude s'est principalement intéressée à la
système de découpe plasma avec des références torche, une TopArc (TA) AT-125. Elle a été utilisée
disponibles dans le commerce. Il s'agissait de avec un générateur Gys Neocut 105. Le rôle principal
procéder par rétroingénierie pour comprendre les du générateur est d'alimenter la torche en air
principes et le dimensionnement d'une torche comprimé et en courant continu. Pour la plupart des
éprouvée, en vue de permettre à Gys de concevoir essais, la torche était mue de manière automatisée
les siennes. Par ailleurs, nos essais (décrits dans les (sur 3 axes de translation) par une table de découpe
chapitres 3 et 4), tout en permettant d'accumuler de Tecmo Autotec [72]. Ces trois éléments interagissent
l'expérience pratique dans la découpe, ont apporté selon le synoptique la Figure 16.
des éléments de recherche scientifique dont cette Par exemple, voici le déroulé d'une découpe d'un
thèse et les articles publiés pendant son motif dans une tôle.
déroulement sont une émanation. 1. Un cycle, avec les paramètres de découpe,
L'objet du présent chapitre est de caractériser la est programmé sur l'ordinateur de la table.
torche et d'expliquer les méthodes employées pour y
2. On déplace la torche en mode manuel à son
parvenir.
point d'origine.
Ces données de terrain ont également été
3. On donne l'ordre, sur l'ordinateur de la table,
indispensables à l'élaboration du modèle numérique
de démarrer.
et à l'obtention de ses résultats, pour certains hors
de portée de l'expérience, et décrits dans le chapitre 4. La phase de perçage commence : la torche

5. est descendue jusqu'à toucher la tôle.

Enfin, des observations intéressantes mais hors des Lorsque le contact ohmique est détecté, la

champs des chapitres 3 et 4 sont également descente s'arrête l'ordre de marche est

consignées dans le présent chapitre. donné au poste d'allumer le plasma. La


torche reste immobile pendant le temps de
I) Constitution du système étudié perçage réglé (quelques secondes au
Un système de découpe plasma est constitué de trois maximum).
éléments : 5. La torche effectue le trajet, plasma allumé,
• Une torche qui forme le jet de plasma. puis il est éteint en fin de parcours.

• Un générateur (alias poste) qui alimente la Les trois prochaines sous-sections présentent
torche en gaz et en courant. respectivement la torche, le générateur et la table de
découpe.
• Un système d'automatisation ou un
opérateur qui gère les déplacements de la
torche et la conduite du procédé.

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Figure 16: Synoptique du système de coupe

I.1) Torche

La torche AT-125 est conçue pour fonctionner à être pourvue d'une crémaillère pour faciliter le
125 A avec un facteur de marche unitaire, c'est à dire réglage de hauteur torche, ce qui peut être
sans nécessiter d'interruption pour le particulièrement utile lorsque l'installation est
refroidissement. utilisée pour découper une large gamme d'épaisseur.

Elle est constituée d'un connecteur (Figure 18) à La torche existe aussi en version manuelle (Figure
brancher sur le poste, d'un flexible (6 m dans notre 21), la tête de torche est alors coudée et pourvue
cas) et d'une tête de torche (Figure 17). Elle peut d'une gâchette.

Le connecteur dispose de :

• Une broche pour l'alimentation de l'électrode (polarité -).

• Une broche pour l'alimentation de la tuyère (polarité -) (section I.1.1, Amorçage par contact).

• Deux broches pour l'information de présence buse vissée (contact sec) sans laquelle le poste ne
démarre pas.

• Une sortie pneumatique.

Le fonctionnement de la torche est décrit dans la section I.1.1). Par soucis d'intelligibilité, nous ne décrivons
les composants de la tête de torche de façon détaillée qu'après cette première description générale
fonctionnelle.

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Figure 17: Têtes de torche.
En bas : version avec crémaillère

I.1.1) Tête de torche, vue générale, fonctionnement

Figure 18: Connecteur et flexible 6m d'AT-125,


sans la tête de torche

Figure 19: Maquette de la torche

La tête de torche est un assemblage de plusieurs également pris les cotes des pièces et fait un dessin
composants et occupe un cylindre d'environ 90 mm en Conception Assistée par Ordinateur (CAO) (dont la
de long et de diamètre 25 mm pour environ 500 g. Figure 20 est une vue en coupe) pour comprendre les
Une des premières étapes de l'étude a été de la trajets fluides et élaborer le domaine à modéliser
démonter, puis de réaliser une maquette (Figure 19) numériquement.
en l'ouvrant pour voir l'intérieur afin d'expliquer son En outre, nous avons immergé la torche et aussi
fonctionnement. Sur toutes les figures, sauf mention utilisé un stylo à fumée pour visualiser les
contraire, les cotes sont en mm. Nous avons mouvements de l'air extérieur lors d'essais à froid

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(sans plasma). Nous avons donc pu identifier les une entrée unique et est séparée en deux parties
circuits d'air, représentés sur la Figure 20 et détaillés principales (1 et 2) elles mêmes subdivisées (1A,1B,
dans le Tableau 8, pour expliquer le fonctionnement 2A et 2B). Ces répartitions sont le fait de la
de la torche (dont le principe est donné dans la géométrie des pièces. L'air plasmagène (1A) assure
section I.4.1) du chapitre 1). Tout l'air est injecté par la découpe.

Figure 20: Vue en coupe de la tête de torche en CAO, noms des pièces et circuits d'air

Trajet Description
1+2 Air fourni par le générateur à travers le flexible (comprend 1 et 2)
Air empruntant les 2 rangées de 18 trous inclinés sur le pourtour du diffuseur qui le font tourbillonner
1
(comprend 1A et 1B)
1A Air plasmagène envoyé devant l'électrode et canalisé dans la tuyère
1B Air rétroinjecté remontant par l'hélice de l'électrode à l'arrière de la torche puis la longeant par l'extérieur
Air froid de protection empruntant les 10 orifices sur l'anneau ceinturant l'épaulement de la tuyère (Figure
2
28p49) (comprend 2A et 2B)
2A Air froid empruntant l'orifice principal du déflecteur
2B Air froid empruntant les orifices secondaires du déflecteur (voir Figure 29p49)

Tableau 8: Nomenclature des différents trajets de l'air

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L'électrode émet le courant qui chauffe l'air plasmagène. La tôle est reliée au générateur par la pince de
masse et assure le retour du courant.

Repères et directions

Dans cette thèse, il est régulièrement fait référence à l'axe de la torche (Figures 19 et 20), représenté par une
flèche bleue. La torche est globalement axisymétrique autour de cet axe. Nous utilisons les termes "haut" [ou
amont] pour l'opposé de la flèche. Le bas [ou aval] correspond à la direction de la flèche.

Les composantes azimutales [vortex] des écoulements se réfèrent donc à celles s'enroulant autour de l'axe de
la torche.

Figure 21: Torche manuelle avec arc pilote

Amorçage par contact

En phase de coupe, le courant circule entre l'électrode (-) et la tôle (+) à travers l'arc. Toutefois, établir cet arc
nécessite un amorçage (via un arc pilote, Figure 21) dont les phases sont expliquées par la Figure 22. On parle
d'amorçage par contact ou lift par opposition aux amorçages hautes fréquences utilisés dans certaines
torches, en TIG notamment.

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Figure 22: Phases de fonctionnement avec amorçage par contact

1. En l'absence d'air comprimé, l'électrode est maintenue plaquée par un ressort contre la tuyère.

2. Un faible courant traverse l'électrode (-) et la tuyère (+).

3. Lorsque l'air comprimé est injecté, il pousse l'électrode vers le haut, qui est alors séparée de la
tuyère. Le courant qui y circulait se retrouve concentré sur les micro aspérités de ces pièces, qui se
vaporisent. Ces vapeurs chaudes et conductrices permettent au courant de passer et de chauffer l'air
environnant jusqu'à l'ioniser. Il conduit donc à son tour le courant. Ce premier arc est appelé arc
pilote (Figure 21) et n'est pas transféré, c'est à dire qu'il est toujours émis par l'électrode et reboucle
via la tuyère.

4. Si la pièce à découper est bien reliée au + (par la pince de masse) et que l'arc pilote (15 à 30 A) en est
suffisamment proche, une partie du courant peut emprunter ce deuxième circuit.

5. Ce courant est mesuré et lorsqu'il dépasse une certaine valeur, le générateur déconnecte la tuyère.
L'intégralité du courant revient alors par la tôle. L'arc est ensuite transféré et le générateur régule le
courant à la valeur de coupe (jusqu'à 105 A).

6. Lorsque l'ordre de marche disparaît, l'alimentation électrique est coupée et l'air comprimé continu à
être envoyé pendant 30 s pour refroidir la torche.

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I.1.2) Pièces de la torche

Après avoir présenté le fonctionnement général de la torche, intéressons-nous maintenant à chacun des
consommables plus en détail. Parmi eux, l'électrode et la tuyère sont les éléments les moins endurants et
nécessitent d'être changés régulièrement, augmentant les coûts de production des utilisateurs, et
représentant une part importante du chiffre d'affaires des constructeurs. Pour Gys, 1/3 du CA de la découpe
plasma vient de la vente des consommables (2022) (source interne).

Les autres pièces, non consommables, de la torche ne sont pas détaillées car leurs fonctions sont moins
complexes.

. L’électrode

Les électrodes TopArc (TA) utilisées (Figure 23 et 24) sont en cuivre et ont un insert en hafnium au centre de
leur tête. Elles sont pourvues d'une hélice à l'arrière par laquelle s'écoule l'air rétroinjecté (trajet 1B Figure
20). Cela contribue au refroidissement de l'électrode. Notons que nous avons, à l'occasion de certains essais
(notamment dans le chapitre 4 Usure), utilisé des électrodes HyperTherm (HT), compatibles avec la torche AT-
125. Le Tableau 9 présente les différences entre les deux modèles d'électrodes.

Figure 23: Electrodes TopArc (en haut) et Figure 24: Plan de l'électrode TopArc, cotes en mm
Hypertherm (en bas)

TopArc Hypertherm
Ressort Dans la torche Intégré sur l'électrode
Diamètre de l'insert (mm) 1.16 1.33
Longueur de l'insert (mm) 3.05 3.64
Tableau 9: Différences entre les électrodes étudiées

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Pour utiliser l’électrode Hypertherm dans la torche AT-125, il suffit d’en retirer le ressort et elle est alors
parfaitement compatible puisqu’elle a les mêmes dimensions externes que la TopArc.

Des études complémentaires ont été menées sur les électrodes et sont présentées dans la section I.4.

. Le diffuseur

Le diffuseur (Figures 25 et 26) a pour rôle, comme En passant des piges calibrées dans les trous
son nom l’indique, de diffuser de façon homogène d'injection du diffuseur nous avons pu mesurer leur
l’air qui est injecté ponctuellement (injection visible diamètre, 1.6mm.
sur la Figure 19) dans la tête de torche. Ses Nous avons aussi coupé des diffuseurs au niveau
cannelures externes offrent des passages restreints d'une rangée d'injection, à la scie à fil diamanté,
et distribués circulairement, ce qui répartit l’air. pour voir les orifices en coupe et mesurer les angles
Ensuite, ses deux rangées de 18 orifices d’injection à d'injection (Figure 25). Les diffuseurs du commerce
composantes radiale et tangentielle permettent compatibles avec la torche ont un angle d'injection
l’injection en vortex de l’air autour de l’électrode. de 25°. Le diffuseur à -40° présenté sur la Figure 26
Cet écoulement en vortex crée, à la surface émissive est un prototype qui a été dessiné et réalisé chez
de l'électrode, un effet de centrifugation. Plus l'air Gys.
est chaud, moins il est dense. La centrifugation Les diffuseurs sont en vespel, un matériau onéreux
pousse davantage les fluides lourds. Elle a donc (~600 €/m pour une barre de Ø18 mm de 300 mm, si
tendance à constricter l'arc chaud et à le maintenir bien que les diffuseurs sont vendus au détail autour
au centre de l'électrode, sur l'insert en hafnium. de 30 €/pièce), isolant électrique et résistant à la
chaleur (température maximale de 310°C en
continu).

Figure 25: Diffuseur coupé au niveau d'une rangée d'injection vu au microscope, et mesure d'angle

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Figure 26: A gauche : Plan du diffuseur
En haut à droite : Diffuseur neuf En bas à droite : Diffuseur coupé selon le plan orange

. La tuyère

La tuyère (Figure 27) canalise l'air et permet de constricter l’arc électrique. Ce faisant, la densité du courant
électrique augmente et permet d’atteindre des températures suffisamment élevées pour faire fondre les
pièces. D1 (Figure 27) ne doit toutefois pas être trop petit afin que la tuyère ne soit pas endommagée outre
mesure par le plasma, ce qui nuit à la qualité de coupe [42], [60]. La torche AT-125 est utilisable avec des
tuyères de quatre calibres (45, 65, 85 et 105 A) conçues pour ces intensités et dont les cotes sont données
dans le Tableau 10. Pour mesurer les diamètres des orifices, nous avons utilisé des piges calibrées.

Pour tous ces calibres de tuyère, nous avons constaté la proportionnalité entre le courant nominal et la
section S1 : environ 60 A/mm². Concernant les autres dimensions, un essai numérique présenté dans le
chapitre 5 indique qu'elles sont propices à une accélération du jet de plasma.

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Calibre 45 A 65 A 85 A 105 A
Attribut (Figure 27)
D1 (mm) = 2×R1 0.96 1.2 1.3 1.5
D2 (mm) = 2×R2 1.26 1.5 1.7 2
L1 (mm) 4.2 4.2 4.2 6
L2 (mm) 1.2 1.2 1.2 1.3
D2/D1 1.32 1.25 1.31 1.33
S1, section de l'orifice de diamètre D1 (mm²) 0.71 1.13 1.33 1.77
Courant nominal / S1 (A/mm²) 63.5 57.5 64.0 59.4

Tableau 10: Dimensions des tuyères TopArc compatibles avec l'AT-125

Figure 27: Plan et photo de la tuyère

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. La buse

La buse permet l’assemblage de la tête sur le flexible de la torche.


Elle constitue les parois externes permettant, directement après
l’injection par le flexible, de canaliser l’air avec le diffuseur (qui forme
les parois internes). Elle est également pourvue de 10 orifices (Figure
28) permettant le passage de l’air de protection dans le déflecteur.
Elle est longée par l’air remontant la torche par l'hélice de l’électrode
ce qui contribue légèrement au refroidissement.

De plus, elle est pourvue d'un connecteur métallique pour détecter le


contact ohmique entre le déflecteur et la tôle (Figure 16).

Enfin, elle dispose à sa base d'un anneau conducteur qui permet de


détecter son vissage sur le flexible, condition logicielle du poste à Figure 28: Photo d'une buse

l'allumage du plasma.

. Le déflecteur

Il canalise l’air de protection (trajet 2, voir


Figure 20) et les sépare en deux trajets, l’un
(2B) sortant axialement par une couronne
de 15 trous répartis circulairement (Figure
29) et l’autre (2A) injecté obliquement au jet
principal. Cela évite les projections de métal
en fusion à l'intérieur de la torche en phase
de perçage. En plus de cette protection
gazeuse, les parois du déflecteur recouvrent
l’intérieur de la torche. Le déflecteur se
visse sur la buse.

Figure 29: Photo et plans du déflecteur

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I.2) Générateur

Dans l'industrie, on l'appelle générateur (ou poste) de découpe plasma, générateur plasma, ou même
"plasma" tout court.

D'un point de vue électrotechnique, la fonction principale du poste est celle d'un redresseur qui alimente la
torche en courant continu régulé. Il alimente également la torche en air comprimé régulé en pression.

Les caractéristiques du générateur GYS Neocut 105 sont :

• Dimensions 690 × 400 × 610 mm

• Masse 33 kg

• Indice de Protection IP23 [73]

• Alimentation triphasée 3x32Ax400V sous 50/60 Hz (puissance max d'entrée 22 kVA)

• Transformateur de tension 16/10 puis découpage à 40kHz

• Tension au secondaire (fournie à la torche) jusqu'à 300 V crête

• Courant au secondaire nominal 105A DC avec facteur de marche unitaire

• Ondulation de courant au secondaire à courant nominal 20 A crête à crête

• Nécessite une alimentation en air comprimé entre 5 et 9 bar

• Pression de sortie régulable de 3 à 6 bar

• Avec l'AT-125, coupe propre sur acier ou aluminium maximum 20 mm d'épaisseur

• Avec l'AT-125, séparation d'acier ou d'aluminium maximum 40 mm d'épaisseur

Outre le connecteur de la torche dont la partie mâle est décrite dans I.1), le poste est pourvu d'une prise
Texas (connecteur de puissance) pour brancher la pince de masse par laquelle s'effectue le retour du courant
(pôle + du circuit secondaire). Enfin, il dispose d'un connecteur Computer Numerical Control (CNC) pour
communiquer avec la table de découpe.

La Figure 30 est un chronogramme du fonctionnement ordinaire du poste séquencé en trois phases


principales:

• Phase d'amorçage : Le poste a pour rôle de gérer les commutations et régulations permettant la
phase d'amorçage expliquée dans la section Erreur : source de la référence non trouvéeErreur :
source de la référence non trouvée. Lorsque l'ordre de marche est reçu, un courant d'intensité d'arc

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pilote IAP traverse l'électrode et la tuyère. Puis la torche est alimentée en air à pression nominale PN,
l'électrode se décolle et l'arc pilote se crée. Si la tôle est à portée et que le pince de masse y est
reliée, une partie du courant peut transiter à travers elle. Lorsque l'intensité du courant de pince
dépasse un certain seuil Iseuil, l'arc est tranféré et le courant augmente jusqu'à l'intensité nominale IN
avec un temps de montée tm.

• Phase de coupe : Pendant la phase de coupe, le poste régule un courant IN et une pression PN,
réglables manuellement sur le poste. La retombée de l'ordre de marche entraîne la fin de la phase de
coupe. Le courant tombe alors à 0 en suivant un temps de descente td.

• Phase de refroidissement [postflow] : Après l'extinction du plasma, le générateur maintient


l'alimentation en air comprimé pendant 30 s pour refroidir la torche. Un nouvel ordre de marche
interrompt cette phase.

Le Neocut 105 dispose d'un mode test d'air, permettant l'alimentation de la torche en air à pression réglable
sans fournir de tension au secondaire et donc sans allumer le plasma.

Figure 30: Chronogramme de fonctionnement en découpe

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I.3) Table de découpe
La table de découpe (Tecmo Autotec [72]) nous a permis de réaliser des essais automatisés.

Elle est constituée (Figure 31) :

• D'une zone de découpe avec un bain d'eau additivée, destinée à refroidir les projections de métal
fondu et à limiter les fumées. Les pièces à découper y sont surélevées par des plaques martyr.

• Pour l'axe X, d'un moteur et de deux rails de guidage.

• Pour l'axe Y, d'un moteur et d'un rail de guidage.

• Pour l'axe Z (hauteur), d'un moteur et d'un rail de guidage.

• D'un support de torche.

• D'un circuit ohmique permettant de détecter le contact entre la tôle et le déflecteur de la torche.

• D'un ordinateur pour le réglage, la conduite et la supervision.

• D'un boîtier assurant le formatage des signaux (retour tension du poste, commande et retour des
moteurs).

La vitesse maximale de chaque axe est 6000 mm/min et la zone de de découpe est un carré de 1.25 m de
côté.

Figure 31: Table de découpe Autotec

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Ordinateur de la table
L'ordinateur de la table permet de régler les trajets et les paramètres de coupe :

• Vitesse.

• Hperçage hauteur de perçage à laquelle est placée la torche en phase éponyme.

• Hsécu hauteur de sécurité à laquelle est placée la torche après la découpe.

• Consigne de tension ou de hauteur.

La régulation de courant (assurée par le poste) est En effet, pour des épaisseurs découpées faibles
prioritaire sur la régulation de tension (assurée par la (< 10mm), il arrive que la tôle, sous l'effet de la
table), comme l'explique la Figure 32 de façon chaleur, se bombe ou que les plaques martyrs ne
simplifiée. C'est l'ajustement de la hauteur de torche constituent pas un support parfaitement plan, ce qui
[alias la distance torche-plaque, distance la plus engendre une pente. La régulation de tension est
courte entre le déflecteur et la plaque] qui permet alors un moyen de garder la distance torche-plaque
d'atteindre la tension cible. Dans la pratique, on peut constante. Cela permet d'éviter les collisions et de
voir les choses dans l'autre sens : pour maintenir la conserver une qualité de coupe constante.
hauteur voulue, on régule une certaine tension.

Note :
La distance torche-plaque est la distance
ala plus courte entre le bas du déflecteur
aet le haut de la plaque.

Figure 32: Synoptique simplifié des régulations du système source plasma et table de découpe

La Figure 33 est un chronogramme exemple d'une découpe basique, où le trajet programmé est une simple
ligne selon un axe de la table.

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Figure 33: Chronogramme de fonctionnement avec phase de perçage

Le Top PC (ordinateur) enclenche le déplacement de la torche en position Initiale. Après quoi, la torche est
descendue jusqu'à ce que le déflecteur touche la tôle (on parle de palpage), ce qui établit le contact
ohmique. Ce signal détecté, la torche est remontée à Hperçage, hauteur de perçage. Puis l'ordre de marche est
envoyé au poste (courant et pression évoluent alors comme expliqué sur la Figure 30). Elle reste sur place
pendant tperçage. Ensuite c'est la régulation de hauteur/tension qui régit la hauteur pendant que la torche
effectue son parcours. Une fois arrivée à la position cible, l'ordre de marche retombe, ce qui coupe le
courant et enclenche la phase de refroidissement (Figure 30). La torche est alors amenée à Hsécu, hauteur de
sécurité.

Le programme de la table, implémenté en G- Note :


Code, langage de programmation séquentiel de si la torche reste là où elle s'est arrêtée pendant la
phase de refroidissement, l'air qu'elle souffle à
machine-outil, peut aussi permettre plusieurs travers la saignée fera éclabousser de l'eau. Il vaut
phases de déplacement, torche éteinte ou mieux programmer un déplacement torche éteinte au
dessus d'une zone épargnée par la découpe. Le jet
torche allumée, ainsi que des attentes. Un
d'air de refroidissement s'écrase alors sur la tôle ce
allumage de torche engendre nécessairement qui limite ou empêche ces éclaboussures.
une phase de palpage.

La régulation de hauteur par échantillonnage de la tension peut également être désactivée, la hauteur est
alors fixe ou réglée dans le G-Code.
Cela clôt la présentation du système utilisé dans notre étude. La table de découpe était dans le laboratoire de
soudage de Gys. Elle n'y est plus à l'heure où j'écris ces lignes car elle arrivait en fin de vie, son utilisation
devenait compliquée et elle a été remisée.

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I.4) Mesures complémentaires
Cette section n'est pas nécessaire à la compréhension du fonctionnement du système mais apporte des
précisions.

I.4.1) Rétractation de l'électrode


Rappelons que l'arc électrique est amorcé par contact (ou lift). Un courant circule initialement dans
l'électrode et reboucle dans la tuyère. C'est un ressort qui assure, au repos, le plaquage de ces deux pièces. La
mise en pression conduit à la rétraction de l'électrode, et donc à l'ouverture du contact.

Dans quelle mesure ce mouvement peut-il avoir lieu pendant la coupe et donc impacter
le procédé ?

Pour le savoir nous avons mesuré la raideur du ressort lors d'un essai de traction. Elle vaut k=0.8 N/mm. Nous
avons aussi mesuré la course lors d'essais de rétractation (Figure 34). Il s'agissait de mettre le poste en test
d'air et de la mesurer à l'aide d'un pied à coulisse numérique. Celui-ci est pourvue d'une tige que nous
insérions dans le déflecteur et la tuyère jusqu'à buter sur la tête de l'électrode. Nous avons constaté que
l'électrode commençait à se décoller à 1.3 bar (réglé sur le poste). Elle est totalement rétractée à 1.5 bar.

Or les pressions de réglage en fonctionnement normal


avec plasma allumé sont comprises entre 4 et 6 bar. Le
régulateur de pression intégré dans le poste (ITV 2050-
01F2BL3 précis à 0.5%) assure qu'elle ne descend
jamais sous les 1.5 bar et donc qu'aucun mouvement
de l'électrode n'est permis lors de la découpe.

La course totale de l’électrode, 0.8 mm, nécessite une


force donnée par le produit
Figure 34: Mesure de la rétractation de l'électrode à l'aide raideur × course = 0.8 × 0.8 = 0.64 N
d'un pied à coulisse numérique et d'un fil rigide inséré dans
la tuyère. La torche est branchée au poste en mode test d'air.

Cette valeur correspond au poids d'un objet de 64 g. L'électrode pèse environ 18 g, l'inclinaison de la torche
est donc négligeable pour cette rétractation. Nous nous étions posé cette question car j'avais retourné la
torche (Figure 34) pour déterminer la pression nécessaire au décollage électrode-tuyère

Nous avons donc la certitude que l'électrode est complètement plaquée en permanence en butée arrière, à
1 mm de la position initiale, lors de la découpe. C'est d'ailleurs dans cette position que nous représentons la
torche en CAO (Figure 20).

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I.4.2) Analyse des électrodes par microsonde Castaing

Les électrodes TopArc (TA) et HyperTherm (HT) Le tellure rend l'usinage du cuivre plus facile :
(Figure 23) ne sont pas tout à fait de la même "L’ajout de 0.5% de tellure agit sur la microstructure
couleur. Nous nous sommes donc demandé si leurs de l’alliage en rendant les copeaux plus petits lors de
compositions différaient. Nous avons donc fait la découpe, ce qui permet d’obtenir une plus grande
réaliser des analyses de composition au centre de vitesse d’usinage par rapport au cuivre pur." [74]. Le
microcaractérisation Raymond Castaing à Toulouse. soufre a les mêmes vertus [75].
Les fractions massiques retenues sont : Les différences de composition sont anecdotiques.
• Pour les corps Notons que ces analyses n'ont été effectuées que sur
◦ 99.6 % Cuivre et 0.4 % Soufre (TA) un exemplaire par référence et à ce titre ne

◦ 99.6 % Cuivre et 0.4 % Tellure (HT) sauraient rendre compte de dispersion dans une
série ou entre séries.
• Pour les inserts

◦ 98 % Hafnium et 2 % Zirconium (TA)

◦ 97 % Hafnium et 3 % Zirconium (HT)

I.4.3) Observation des inserts aux rayons X


Les inserts en hafnium sont insérés avec ajustement serré dans les électrodes. Nous nous sommes demandés
si la qualité de cette insertion pouvait expliquer la dispersion des performances des électrodes observées lors
de nos expériences (chapitre 4).

Figure 35: Têtes d'électrodes TA et HT vue aux rayons X

Aussi nous avons utilisé la machine à rayons X de l'atelier d'électronique de Gys pour détecter d'éventuelles
imperfections dans les insertions ou des différences entre les inserts.La Figure 35 montre une électrode TA et
une HT. Les dimensions du cuivre sont identiques mais l’insert HT est plus large et plus long que TA. Nous
avons passé 10 électrodes HT et 10 électrodes TA aux rayons X sans détecter aucune différence dans les
insertions, et le contact cuivre/hafnium est toujours bien assuré.

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II) Caractérisation pneumatique

Nous avons identifié les circuits d'air par l'observation mais il restait à préciser le comportement pneumatique
du système. Nous évoquons tout d'abord la régulation de pression qui est fournie à la torche, puis la
répartition quantitative du débit. C'est une information importante dans une optique de compréhension et de
conception éventuelle. En effet l'air comprimé permet la découpe, le refroidissement et l'amorçage par lift.
De plus, les débits sont un élément de réglage du modèle.

II.1) Le régulateur de pression


Le régulateur de pression utilisé dans le Neocut105 (section IV Imagerie haute vitesse) soient liées au
est un SMC ITV2050-01F2BL3 [76]. Il dispose d'une mode de fonctionnement en tout ou rien du
entrée (supply) et de deux sorties d'air : la sortie qui régulateur.
alimente la torche (out) et d'un échappement Nous avons donc voulu mesurer la fréquence de
(exhaust). Il comprend une vanne d'admission et une commande des électrovannes.
vanne d'échappement, qui dirigent l'air vers l'une
La Figure 37 montre les signaux dans le cas où la
des deux sorties et sont commandées
consigne de pression est à 7 bar et la pression
alternativement pour réguler la pression. Ce
d'entrée à 6 bar, ce qui conduit à un fonctionnement
fonctionnement est détaillé sur la
à 100% des capacités du régulateur.
Figure 36.
Comme attendu, l'électrovanne d'admission (voie 1,
Le constructeur annonce une erreur en pression de
en orange) est commandée à cadence maximale et
sortie inférieure à 0.5% avec un temps de réponse de
l'électrovanne de refoulement (voie 2, en magenta)
0.1s. Suite à des tests d'air, nous avons constaté que
n'est pas commandée. La fréquence des impulsions
le régulateur est effectivement très efficace pour
est de 60Hz. Les oscillations du plasma rapportée
réguler une pression moyenne.
dans la section IV Imagerie haute vitesse ne sont pas
Toutefois nous redoutions que des oscillations que à cette fréquence ni à ses multiples donc nous
nous avons observées dans le plasma excluons la responsabilité du régulateur de pression.

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Figure 36: Schéma de principe (en haut) et schéma-bloc (en bas) du régulateur de pression ITV2050-01FBL3 [76]

Figure 37: Oscillogrammes des commandes d'électrovannes du régulateur, entrée 6 bar et consigne 7 bar
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II.2) Mesures de débit

Comment les circuits d'air ont-ils été dimensionnés pour réaliser tout à la fois les fonctions de coupe, de
refroidissement et de rétractation de l'électrode ? Nous avons mené une campagne de mesures de débits
pour le découvrir.

II.2.1) Protocole
Les mesures de débit sont réalisées à l’aide de deux débitmètres SMC PF2A751-04-67 [77]. Ils ont une
résolution de 5 NL/min. Lorsque le débit lu ne se stabilisait pas et oscillait entre deux valeurs, nous avons
relevé une quantité intermédiaire (par exemple 63 si la valeur oscillait entre 60 et 65 NL/min). Le débit
minimum mesurable est 25 NL/min. De plus, il est à noter que des
Note :
variations journalières excluent une reproductibilité parfaite et Le NL, qui se lit Normaux Litres, est
entachent la précision des résultats. Par exemple la valeur du débit une unité de volume normalisée
aux conditions normales de
total à froid mesuré en conditions standard pouvait osciller entre
température (0°C) et de pression
295 et 305 NL/min d'un jour à l'autre. Dans ce cas précis nous avons (1.013 bar). A 2 bar, un litre d'air à
retenu la valeur intermédiaire de 300 NL/min. L'origine la plus 0°C correspond à ≈ 2NL.
Par ailleurs, 1 NL/min d'air
vraisemblable de ces fluctuations est peut être à chercher du côté équivaut à 0.02 g/s
du réseau d'air pneumatique de l'usine, qui ne fournit pas une
pression rigoureusement identique d'un jour à l'autre. Le régulateur de pression malgré son efficacité, reste
basé sur un fonctionnement tout ou rien qui semble incompatible avec un lissage parfait de ces variations.

Il y a deux configurations :

• A froid (sans plasma, avec le mode test d'air du poste).

• A chaud, plasma allumé à 105 A. Pour cela, j'ai effectué des découpes automatisées à l'aide de la
table de découpe. Cela serait également possible en découpe manuelle mais (main)tenir une torche
allumée et lire une mesure est peu aisé.

Les débits sont désignés par Qi, où i est le ou les immédiatement en amont de l'entrée d'air externe
trajets concernés eu égard à la nomenclature située à l'arrière du poste.
proposée sur la Figure 20 de la section I.1.1. La mesure de Q1B a nécessité l'élaboration d'un

Q1A+2A se mesure en apposant un tuyau prototype, la "bague de débit arrière" (Figure 38).

manuellement sur l'orifice principal du déflecteur. 1B est évacué de façon diffuse à l'extérieur de la

On peut mesurer Q1A de la même manière dans une torche, la bague entoure donc toute la torche et

configuration sans déflecteur. canalise cet air dans une sortie de section 8 mm²

Q1+2 est le débit mesuré en plaçant le débitmètre compatible avec le débitmètre.

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Insérer dans le circuit pneumatique un débitmètre Figure 38 indique la même valeur que le second
ou installer la bague de débit arrière sur la torche débitmètre soit branché à la bague de débit arrière
n'impacte pas le débit mesuré (du moins pas au delà ou non, et que celle-ci soit présente ou non.
de la résolution de l'appareil). En effet, le débitmètre
à l'entrée du poste dans la configuration de la

Figure 38: Torche en test d'air équipée de la bague de débit arrière.


Le débit est canalisé dans le tuyau bleu et mesuré par le débitmètre à gauche de l'image

II.2.2) Essais à froid, pièces obturées

Afin de connaître avec plus de précision la répartition des débits, nous avons aussi colmaté les orifices de
certains consommables. Comme le montre la Figure 39, l'orifice d'une tuyère et ceux en périphérie d'un
déflecteur ont été soudés. Les petits orifices de la buse et du diffuseur ont été colmatés avec une résine. A
l'aide de ces consommables modifiés, nous avons expérimenté diverses configurations pneumatiques. Les
débits ainsi mesurés ont permis de déduire les relations entre les différents circuits, donnant un aperçu des
pertes de charges et de la redirection des flux.

Figure 39: Tuyère (a), diffuseur (b) et déflecteur (c) obturés

Ces essais pneumatiques à froid ont été réalisés en injectant 5 bar en mode test d'air. Leurs configurations et
résultats sont consignés dans le Tableau 11.

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Schéma Q1+2 Q1B
Essai Description
Précision des débitmètres ±5 NL/min (NL/min) (NL/min)

1
Référence 300 115

Sans tuyère
2 mais avec 310 -
déflecteur

2B (pourtour du
3 déflecteur) 295 115
bouché

1A et 2A
(principal du
4 300 115
déflecteur)
bouché

1A 2A et 2B
(tout le
5 160 145
déflecteur)
bouché

Trajet 1
6 (diffuseur) 125 0
bouché

Trajet 1
7 (diffuseur) et 125 0
2B bouchés

Trajet 1A
8 223 125
(tuyère) bouché

Trajet 2 Q1+2 Q1B Q1A


9 déflecteur 240 130 100
enlevé NL/min NL/min NL/min

Tableau 11: Essais pneumatiques à froid avec bouchages, et débits mesurés (NL/min)

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Avant toute chose rappelons que la précision des La comparaison entre les essais 8 et 1 montre qu'une
mesures n'est pas parfaite, eu égard aux faible part de l'air 1A qui ne peut passer par la
performances du débitmètre, aux variations tuyère est redirigée dans 1B.
journalières et à l'impact du circuit de mesure. Nos L’essai 9, trajet 2 bouché, a permis de mesurer le
impératifs de précision ne sont de toute façon pas si débit dans la tuyère en retirant le déflecteur
élevés car le but était de comprendre le (lorsqu'il est en place, il bloque l'accès à la tuyère).
dimensionnement dans ses grandes lignes. De plus on constate que le débit arrière Q1_essai9
L'essai 2 indique que la tuyère engendre une petite augmente de 15 NL/min par rapport au cas de
perte de charge. référence (essai 1). En supposant que le débit dans la

Les débits en essais 1, 3 et 4 sont quasi identiques. tuyère Q1A_essai9 soit augmenté de la même

Cela veut dire que l’air est redirigé sans perte de proportion (13%), consécutivement au bouchage de

charge sensible par les orifices secondaires du 2, on peut estimer

déflecteur (2B) lorsque l’on en bouche le principal Q1A_ref ≈ 100/1.13 ≈ 88 NL/min.


(2A + 1A) et vice versa. On peut ainsi remonter aux débits dans le cas de
Nous avons constaté, lors de l’essai 5 (en bouchant référence. Rappelons que dans ce cas, le Q1+2 et Q1B
tous les orifices du déflecteurs) que la torche avait sont mesurés. Avec ce Q1A déduit, on a
de légères fuites qui entraînent la différence de Q1+2 ≈ Q1B + Q1A +Q2 + Qfuite
15NL/min entre le débit mesuré en entrée et celui
On peut donc déduire Q2 = Q1+2 -Q1B - Q1A - Qfuite ≈ 300
en sortie de bague. Le manchon de la torche est
- 115 -88 -15 ≈ 82NL/min ≈ Q2
constitué de deux parties, serrées l'une contre
Initialement nous n'avons pas pu détailler davantage
l'autre par des vis. Une partie de l'air 1B s'échappe
la répartition de Q2 entre Q2A et Q2B, mais par la suite
dans l'interstice pas parfaitement hermétique. J'ai
nous avons modifié un déflecteur (Figure 40). Un
aussi visualisé cela en plongeant la torche dans une
premier tube y a été soudé autour de l'orifice
bassine d'eau. Donc Qfuite≈15NL/min.
principal et un second, plus large, autour des orifices
Les essais 6 et 7 entraînent le même Q1+Q2. Cela
secondaires. Ces deux circuits étaient séparés et ont
signifie que lorsqu'on bouche 2B il est redirigé
permis de mesurer individuellement Q2A et Q2B à
intégralement sur 2A, sans pertes de charge
froid. Ils divisent équitablement Q2 et valent donc
sensibles. Cela confirme la conclusion des essais 1 3
environ 40 NL/min chacun.
et 4.
Q2A = Q2B ≈ 40NL/min

Un récapitulatif des débits mesurés est donné dans


le Tableau 13.

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Figure 40: Déflecteur prototype pour canalisation différenciée des flux

II.2.3) Mesures pneumatiques à chaud

Nous nous sommes intéressés à la détermination du nous avons eu besoin des quantités et des
débit plasmagène (1A) plasma allumé. Sa déductions faites sur le comportement pneumatique
connaissance était indispensable à l'établissement de la torche grâce aux essais à froid pour déduire ce
du modèle, ou à tout le moins il en constitue un débit. La mesure directe de Q1+2 et de Q1B reste
élément de validation très important et impactant possible.
sur les caractéristiques du jet de plasma. Dans la configuration normale (Essai 1), nous avons
La mesure directe Q1A, Q2A et Q2B n'étant pas possible allumé le plasma, en arc pilote, puis à 105 A. Les
car le plasma détruirait tout instrument de mesure, débits mesurés sont donnés dans le Tableau 12.

Q1+2 Q1B
A froid
300 115
Arc pilote (30 A)
270 non mesuré
A Chaud (105 A)
240 120
Tableau 12: Débits (NL/min) mesurés dans les principaux trajets de la torche à 5 bar

Alors qu'aucune modification géométrique ne différencie les configurations froide et chaude, une baisse
significative de débit est observée sur Q1A lorsqu'on allume le plasma. C'est parce que les caractéristiques de
l'air sont fortement influencées par sa température, la viscosité notamment augmente drastiquement à
chaud. L'écoulement est plus difficile et le débit réduit [6].

Voici le raisonnement ayant aboutit à la déduction des débits à chaud :

Tout d'abord nous avons constaté en comparant les essais à froid 1 (référence) et 8 (tuyère bouchée) (Tableau
11) que boucher la tuyère totalement entraînait une augmentation du débit rétroinjecté :

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Q1B_ref = 115 NL/min et Q1B_essai8 = 125 NL/min.

En revanche, cela n'impacte pas le débit d'air de précédemment, car nous avons déduit des essais 6
protection : Q2B_ref = Q2B_essai8 = 80 NL/min. et 7 que même un bouchage complet de 2A entraîne
A 105 A, l'effet de bouchage est moindre que dans une redirection sans perte de charge dans Q2B.
l'essai 8 donc l'éventuelle répercussion sur Q2 est Q2A_105A=Q2B_105A ≈ 45NL/min
encore plus faible, nous gardons donc Q2_105A = 80
On peut donc calculer Q1A_105A ≈ Q1+2-Q2-Q1B
NL/min.
Nous avons ainsi pu établir la répartition
Nous considérons également que la répartition de
approximative dans tous les trajets, donnée dans le
Q2 dans Q2A et Q2B reste moitié moitié, comme
Tableau 13.

Unité de Q1+2 Q1B Q1A Q2


débit Total (mesuré) Arrière Tuyère Protection
massique (mesuré) (déduit) (déduit)
A froid
NL/min 300 115 85 80
g/s 6 2.3 1.7 1.6
A 105 A
NL/min 240 120 32 80
g/s 4.8 2.4 0.64 1.6
Tableau 13: Débits (NL/min et g/s) mesurés et déduits dans les principaux trajets de la torche à 5 bar

Ces valeurs issues de la caractérisation expérimentale (imparfaite), ont été ajustées par des itérations avec le
modèle numérique (évidemment imparfait lui aussi) détaillées dans le chapitre 5. J'ai fait le choix de d'ores et
déjà présenter les valeurs ayant bénéficié de ces ajustements.

Il est intéressant de noter l'apport du modèle pour orienter l'interprétation et l'exploitation de nos mesures
alors même que la calibration du modèle dépend des mesures ! Par exemple, initialement, nous pensions
que Q1B était très faible en comparaison aux autres débits. Nous avions décelé ce circuit d'air avec un stylo à
fumée mais il paraissait insignifiant en termes de débit. C'est en faisant la somme des débits dans les autres
circuits, dans le modèle, que nous avons réalisé qu'il en manquait une grande partie et cela nous a incités à
élaborer un prototype pour mesurer Q1B, qui s'est effectivement avéré significatif.

Pour conclure, nous avons identifié et quantifié les différents flux à l'intérieur de la torche AT-125. Ceux-ci
sont répartis par la seule géométrie des pièces de la torche et remplissent les fonctions :

• De projection du jet de plasma de découpe.

• De rétractation de l'électrode pour l'amorçage lift.

• De refroidissement de la torche.

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Dans une optique de conception, la connaissance de ces débits, dont on sait qu'ils conduisent à un
fonctionnement opérationnel, peuvent servir de référence. On peut par exemple, lors du design, simuler les
débits et viser le même ordre de grandeur que ceux de la torche AT-125. En particulier, le refroidissement,
objet de la prochaine section, doit être assuré par la circulation de l'air comprimé dans la torche sous peine
de la détruire.

III) Caractérisation thermique

Le procédé de découpe par plasma génère beaucoup de chaleur. Il faut donc que la torche soit refroidie sous
peine d'être détruite. Dans la solution étudiée, le refroidissement se fait grâce à l'air comprimé.

Au vu des débits d'air que nous connaissons (section II.2 Mesures de débit), comprendre les échauffements
permettra de se constituer un avis argumenté sur le dimensionnement du refroidissement et d'en proposer
un dans le cadre d'une conception.

De plus le refroidissement des électrodes est important pour leur durabilité [42]. Enfin, les températures
atteintes par les différentes pièces servent de données au modèle numérique. J'ai donc mené une campagne
de caractérisation thermique de la torche en fonctionnement.

III.1) Protocole

Les essais de caractérisation thermique ont consisté à faire fonctionner la torche normalement, en utilisant
les paramètres de coupe suivants :

• Eprouvettes : Banc d'usure, qui permet de maintenir la torche allumée sans consommer de tôle,
décrit dans le chapitre 4 I.3).

• Courant : 105 A

• Pression injectée : 5 bar

• Vitesse de coupe : 5000 mm/min

• Hauteur 3.2 mm

Les températures sont mesurées au moyen des outils décrits dans la section suivante.

Des essais de coupe de plus en plus longs, par incrément de 12 s, ont été conduits afin de déterminer, pour
chaque consommable, la durée de coupe ininterrompue nécessaire avant d'atteindre la température
maximale.

Certaines mesures nécessitent de démonter la torche. Avant de relancer un essai, pour m'assurer que les
consommables étaient revenus à la température ambiante, je remontais la torche et mettais le poste en test
d'air à 5 bar pendant une minute.

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III.2) Outils de caractérisation thermique
Deux outils de caractérisation thermique ont été utilisés.

III.2.1) Rubans thermiques

Les rubans thermiques Thermindex [78] sont le La précision annoncée des pastilles est de ±1°C. La
premier outil employé pour mesurer les plage de températures s'étend de 40 à 260°C,
températures atteintes par les consommables. Ce séparée en gammes de A (40 à 71°C) à E (210 à
sont des petites étiquettes autocollantes couvertes 260°C). Les températures supérieures à 260°C nous
d'un produit chimique thermosensible. Si la sont donc inaccessibles par ce moyen. La Figure 41
température dépasse, pendant plus d'une seconde, est un ruban gamme B, allant de 77 à 116°C divisé en
une valeur spécifique, celui-ci se dissout et laisse 8 pastilles. Par exemple si on colle cette étiquette sur
apparaître le papier noir qui est en dessous. un tuyau qui monte à 100°C, les pastilles de 77 à 99
vireront au noir.

Figure 41 : Ruban thermindex neuf (Gamme B), constitué de 8 pastilles permettant de détecter chacune une température

Dans notre cas, les consommables de la torche sont trop petits pour coller un ruban complet. J'ai donc
découpé des pastilles et ai procédé à plusieurs essais successifs en les collants sur les pièces (Figure 42).

Figure 42: De gauche à droite : Electrode, déflecteur et tuyère avec pastilles thermiques neuves

66/205
Figure 43: Electrode après un essai de 10m, avec une pastille 166°C partiellement noircie

A la suite des essais, j'ai observé si et jusqu'à quelle distance les pastilles avaient viré au noir (Figure 43). De
cette façon j'ai pu établir un zonage de température par consommable. On le voit, cette coloration ne se fait
pas toujours sur une ligne nette et on a une incertitude d'1.6 mm ce qui est beaucoup à l'échelle de nos
pièces. Ainsi, j'ai considéré les températures de façon minimaliste pour établir les zonages (présentés dans la
section III.3). Dans le cas de la Figure 43 par exemple, je considérerais que la zone des 166°C s'étend de la tête
de l'électrode (à droite) jusqu'au trait en pointillés rouges à droite.

III.2.2) Imagerie infrarouge

Principe Protocole pour l'imagerie infrarouge


L'imagerie InfraRouge (IR), contrairement aux
pastilles, donne une température instantanée. Cette Préalablement, j'ai peint les pièces à filmer à l'aide
technique est basée sur la mesure du rayonnement d'une peinture noire matte résistante à 700°C de
thermique, d'une longueur d'onde maximale marque Jelt [80]. En effet l'émissivité des surfaces
dépendant de la température et de l'émissivité du observées doit être connue et paramétrée dans la
corps considéré et décrite par la loi de Wien [79]. caméra. Des précédents dans l'entreprise ont montré
Jusqu'à 500°C, le rayonnement se fait dans des résultats cohérents avec cette peinture et en
l'infrarouge, invisible à l'oeil nu mais perceptible par considérant une émissivité égale à 0.96. Le même
une caméra thermique. En connaissant l'émissivité protocole a donc été suivi.
de la surface filmée et en mesurant la longueur Le modus operandi reste le même que pour les
d'onde prépondérante de l'émission, il est possible essais avec les pastilles, mais en plus, l'arrivée d'air
de déduire la température. du poste a été systématiquement débranchée dès le
cycle terminé. Ainsi, la phase de refroidissement
n'avait pas lieu. Le but étant de voir la température la
plus proche possible du maximum atteint lors du
fonctionnement.

La caméra infrarouge utilisée est une FLIR E95 [81]


posée sur trépied.

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Figure 44: Plan du film de refroidissement après 480s de coupe

Pour les éléments extérieurs de la torche, buse, et ce qui laissait le temps de démonter la torche et
déflecteur la mesure peut s'effectuer directement. fixait une durée de refroidissement avant mesure.
Quant aux éléments internes, diffuseur, tuyère, et Les données proviennent des images du film dont
électrode, ce n'est pas le cas. Il fallait débrancher une image est montrée en Figure 44. Le diffuseur
l'air, démonter les éléments et les poser dans le reste en place dans le corps de torche. Le déflecteur
champ de la caméra, à la bonne profondeur pour reste vissé sur la buse.
obtenir une image nette, nécessaire à la mesure. Ces Le temps que l'on effectue la mise en place, les
opérations manuelles prennent du temps (quelques pièces internes voient leur température
dizaines de secondes) et il n'est donc pas possible de s'uniformiser.
relever la température de ces pièces pendant ou Les températures considérées sont les maxima dans
immédiatement en fin de cycle. J'ai décidé de relever chacun des rectangles (sur la Figure 44)
leurs températures 1 minute après l'arrêt des cycles, correspondant à une pièce.

III.3) Résultats

Les résultats sont présentés pièce par pièce, avec les deux méthodes, rubans thermosensibles et imagerie IR.

III.3.1) Electrode

Sans surprise, plus les essais étaient longs, plus la température était importante.
La Figure 45 est le résultat d'un zonage à l'aide des pastilles après 12s de coupe.

68/205
Figure 45: Zonage de température d'électrode obtenu lors d'un essai de 12 s

On constate que même après des temps de coupe restreints, la tête de l'électrode atteint des températures
élevées.

A l'aide d'autres essais avec pastilles nous avons déterminé que l'électrode atteignait sa température
maximale après 84 s de coupe.

La plus haute température détectable avec les Thermindex est de 260°C, j'ai donc regardé sur quelle étendue
cette température était atteinte, en régime thermique établi. Il s'agissait de coller des pastilles d'indice 260°C
sur toute la longueur de l'électrode (hors ailettes) et de constater la progression des zones noircies, au fur et à
mesure que les essais en coupe s'enchaînaient et devenaient de plus en plus longs.
La limite de la zone à 125°C a aussi été repérée. Le zonage résultant est visible sur la Figure 46. Il a été vérifié
avec trois essais supplémentaires avec des pastilles neuves, qui ont donné les mêmes résultats.

Figure 46: Zonage de température d'électrode obtenu lors d'essais de 84 s et plus

Ainsi, avec les conditions de coupe présentées dans le protocole (105 A 5 bar), on peut affirmer que la
température de l'électrode se stabilise après ~84 s.

Toutefois, les résultats d'imagerie infrarouge montrent que la température de l'électrode mesurée après
extinction continue à augmenter pour des durées de coupe supérieures : La Figure 47 montre la température
maximale (uniformisée du fait de la diffusion thermique pendant le démontage) de l'électrode mesurée (en
imagerie thermique) 1 minute après extinction, pour des essais de différentes durées. Rétrospectivement, il
aurait semblé judicieux d'établir des barres d'erreur (ainsi que pour les Figures 49, 50 et 51 et Tableaux 14 et
15) mais je n'ai pas pu le faire, n'ayant pas procédé à la multiplication d'essais identiques pour évaluer la

69/205
dispersion. Quant aux variations dues à l'appareillage, elles sont minimes (la sensibilité thermique de la E95
est de 0.03°C à 30°C [81])

Figure 47: Températures de l'électrode mesurées à la caméra thermique 1 minute après extinction pour six différentes durées de coupe

Cela indique, nous le verrons dans les prochaines sections, que des pièces voisines atteignent leur
température maximale en plus de 84 s et entravent le refroidissement de l'électrode, expliquant ces
températures supérieures pour les essais les plus longs.

III.3.2) Tuyère

Pour la tuyère, les essais avec pastilles thermosensibles ont été plus délicats car elles se décollaient, en
particulier si on ne les plaçait pas sur la partie biseautée comme sur la Figure 42. Je ne suis pas parvenu à
obtenir un résultat avec les pastilles thermindex pour un cycle plus long que 60 s dont le résultat est
schématisé sur la Figure 48. Au delà de cette durée de coupe, les pastilles se décollaient.

En revanche, les relevés à la caméra thermique semblent indiquer que, comme pour l'électrode, la
température augmente principalement dans les 84 premières secondes de fonctionnement (Figure 49).

Figure 48: Température maximale atteinte par la tuyère après 60s de coupe

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Figure 49: Températures maximales de la tuyère mesurées à la caméra thermique 1 minute après extinction
pour différentes durées de coupe

Tuyère pendant la coupe


Nous avons procédé à des prises de vue le refroidissement de cette pièce : en canalisant l’air
supplémentaires en IR. Cette fois-ci en revanche, de protection autour de ses parois extérieures, il
nous avions enlevé le déflecteur. La tuyère (peinte en limite grandement son échauffement d’où les valeurs
noir mat) était alors visible et la mesure directe de sa très inférieures observées dans l’essai précédent.
température était possible. Malgré cette température maximale importante et

La distance et la vitesse de déplacement ne nous ont même si on n'a pas pu le visualiser à l'imagerie IR, il

pas permis de dresser un profil précis de semble que, du fait du refroidissement assuré par

température de la tuyère mais nous avons relevé sa l'air plasmagène du trajet 1A (Figure 20), la

température maximale extérieure : 470°C atteints en température à la base de la tuyère n'ait pas dépassé

66 secondes, ce qui est bien plus chaud que les les 310°C. En effet, c'est la température maximale

températures déduites des essais où le déflecteur est que peut supporter le vespel du diffuseur. Or la base

en place. de la tuyère est en contact avec le diffuseur, qui n'a

Cela met en lumière l’importance du déflecteur pour pas été abîmé, même dans ce cas sans déflecteur.

III.3.3) Diffuseur

Il n'était pas possible de coller de pastilles thermosensibles sur le diffuseur car elles étaient trop épaisses
Le diffuseur étant accessible directement en démontant la buse, il a cependant été possible de le filmer
rapidement après extinction (Figure 50).
Ainsi, 20 s après extinction, on mesure une température maximale du diffuseur de 160°C.
Il se stabilise lui aussi en température après 84 secondes de coupe. En effet, même 20 s après l'extinction de
l'essai le plus long (480 s de coupe), la même température a été mesurée.

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Figure 50: Diffuseur en imagerie thermique 20s après extinction, suite à 84 secondes de coupe

L'intégralité de l'air injecté dans la torche longe le diffuseur avant d'être réparti dans les autres circuits. De
plus, une part significative du débit (Tableau 13) traverse ses orifices d'injection. Il est donc refroidi
efficacement.

Il est intéressant de noter que, bien que l'arrière de l'électrode, en contact avec le diffuseur pendant la
coupe, ne dépasse pas les 125°C (Figure 46), le diffuseur puisse atteindre une température si élevée. Cela
indique que des échanges thermiques ont lieu après l'extinction. La température de l'électrode s'uniformise
alors et sa grande surface de contact avec le diffuseur, sur ses hélices, lui permet de le réchauffer jusqu'à
160°C pendant 20 s après l'arrêt.

III.3.4) Déflecteur & buse

La mesure de la température de ces pièces par imagerie thermique est plus aisée que pour les pièces
internes. En effet, la caméra peut les filmer directement pendant la coupe. Il est donc possible d'obtenir leur
température instantanément.

156s de coupe ont été effectués. La torche revient en position de départ, dans le champ de la caméra, à
chaque aller retour de 12 s, c'est donc la période de nos mesures.

Les résultats sont donnés sur la Figure 51.

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Figure 51: Températures du déflecteur et de la buse mesurées toutes les 12 secondes lors d'un essai de 240 secondes de coupe

L'équilibre thermique de ces pièces est atteint après 216 secondes. En revanche, dès 84
secondes (temps de stabilisation de la tuyère et de l'électrode), la température est proche de la température
finale (Tableau 14).

Temps de coupe (s) Température (°C)


Déflecteur Buse
84 142 132
216 155 145
240 155 145
Tableau 14: Détails des températures maximales mesurées du déflecteur et de la buse

Effet thermique de l’air rétroinjecté


Nous avons quantifié l’effet de l'air rétroinjecté 1B (Figure 20) sur le refroidissement de ces pièces à l’aide de
deux essais comparatifs de 240 s de coupe avec imagerie thermique.

Dans un cas, la torche était en configuration normale. Dans l’autre, elle était pourvue de la bague de débit
arrière (Figure 38) qui empêche l’air rétroinjecté de longer la torche comme il le fait normalement.

L'absence d'air rétroinjecté se solde par une augmentation de la température maximale de :

• 4°C sur le déflecteur

• 16°C sur la buse

Ces différences sont minimes et ne menacent pas l'intégrité de la torche. Pour le seul refroidissement des
pièces extérieures, il est donc possible d'imaginer une conception simplifiée sans air rétroinjecté. En
revanche, le refroidissement par 1B est indispensable pour l'électrode : il représente une part significative du
débit total (~1/2, voir Tableau 13 section II.2.3) et est canalisé par l'hélice de l'électrode (Figure 24 section
II.2.1) qui fait office de radiateur.

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III.3.5) Récapitulatif

En coupe, la tête de l'électrode atteint des après une coupe suffisamment longues (240 s) pour
températures au delà de ce que les pastilles peuvent stabiliser leurs températures. Ce sont ces valeurs qui
mesurer, mais sa partie arrière est plus froide. C'est seront utilisées pour fixer la température des
la pièce présentant les plus hautes températures et consommables dans le modèle. Pour l'ensemble des
les plus forts gradients car de grandes densités de pièces, l'essentiel de l'échauffement se produit en
courant en sont émises. Rappelons d'ailleurs qu'une environ 84 s. Passée cette durée, la torche s'échauffe
partie de l'hafnium est en fusion (>2 233 °C) lors du (Figure 51) encore de quelques degrés et sa
fonctionnement. température finit par se stabiliser après

Le Tableau 15 récapitule les températures maximales approximativement 216 s.

uniformisées dans les consommables, atteintes

Pièce Température maximale constatée (°C)


Electrode >254
Tuyère >254
Diffuseur 160 (20 s après arrêt)
Déflecteur 155
Buse 145
Tableau 15: Températures maximales constatées des consommables

Ces températures ne menacent pas l'intégrité des pièces, le refroidissement est donc suffisamment efficace.
Concernant le diffuseur en particulier, la température est loin d'atteindre les 310°C, température maximale
en continue supportable par le vespel, matériau onéreux qui le constitue. Ce surdimensionnement apparent
pourrait être dû au fait que la torche est calibrée pour transiter 125 A. Or dans notre cas, nous nous limitons
à 105 A, le maximum du générateur Neocut 105 utilisé pour cette étude. On pourrait donc suggérer
l'utilisation d'un matériau moins résistant en température pour le diffuseur si celui-ci est utilisé à 105 A ou
moins.

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IV) Imagerie haute vitesse

IV.1) Dispositif expérimental


Nous avons procédé à des essais de découpe filmés en imagerie rapide dans la salle dédiée à la caméra Haute
Vitesse (HV) et non dans le laboratoire de soudage comme le reste de nos expériences. De fait, nous n'avons
pas utilisé la table de découpe mais un robot. Le générateur et la torche restent les mêmes. La configuration
(Figure 52) est la suivante :

Figure 52: Schema de l'installation pour prise d'images rapides


crédit icones : https://www.vecteezy.com/free-vector/camera-with-tripod
https://www.vecteezy.com/free-vector/robotics

La torche est maintenue immobile à 3.2 mm au dessus d'une tôle d'acier S235 d'épaisseur 15 mm. Le robot
Yaskawa HP20D (avec contrôleur DX100) assure la translation horizontale de la plaque en deux phases pour
chaque saignée. Une phase d'approche lente pour amorcer la coupe suivie d'une phase à vitesse normale.
L'allumage du plasma et le début de l'enregistrement des images à haute vitesse sont synchronisés.

Nous avons procédé à des essais (Tableau 16) pour tester différents paramètres mais dans ce chapitre nous
évoquons principalement les résultats de l'essai de référence.

Référence Courant Pression Vitesse Hauteur


Courant (A) 105 85 95 105 105 105 105
Pression
5 5 4 4.5 5 5.5 6 5 5
injectée (bar)
Vitesse de
coupe 1000 1000 1000 900 1000 1300 1000
(mm/min)
Hauteur de
3.2 3.2 3.2 3.2 1.7 3.2 4.2
torche (mm)
Tableau 16: Paramètres des essais filmés

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Les courants et pressions sont réglés sur les 32cm de la torche. Le robot opère le déplacement
interfaces ad hoc des postes. vers la caméra de façon à ce qu'elle puisse visualiser
Les vitesses de déplacement sont réglées dans l'intérieur de la saignée.
l'interface du robot. La caméra Photron SA3 est équipée de deux filtres
La hauteur de torche (distance torche-plaque) est atténuateurs ND64 et d'un filtre passe bande 808 nm
réglée à l'aide de cales calibrées. normalement utilisé pour d'autres essais à Gys mais
La caméra rapide Fastcam SA3 Photron est placée à qui s'est avéré donner de meilleures images.

Les paramètres optiques sont les suivants :

• Distance torche optique : 32 cm

• Noir et blanc

• 4000 images par seconde

• Temps d’obturation 25 µs

• Diaphragme P

Une image des films obtenus est visible sur la


Figure 53. On y voit le jet de plasma et l'intérieur
de la saignée. On constate l'asymétrie de la
saignée (sujet qui occupe largement le chapitre
3), qui est plus large à gauche de l'axe de la
torche (en pointillés).

IV.2) Fluctuations du jet de plasma


Le jet de plasma subit des fluctuations légères
mais visibles au film HV. Pour les étudier, j'ai
choisi de m'intéresser à quatre points fixes au
centre du jet de plasma et répartis le long de
l'espace torche-plaque (en rouge sur la Figure
53).

Les images obtenues sont des matrices 2D de


pixel. Chaque pixel est défini par une abscisse,
une ordonnée et trois valeurs correspondant aux
trois canaux de couleurs Rouge Bleu Vert. Ces Figure 53: Zones observées en imagerie rapide, couleurs inversées

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trois valeurs sont égales puisque l'image est en noir et blanc. Pour chacun des quatre points considérés, j'ai
enregistré les valeurs d'un canal, image de la luminosité, pendant 0.6 secondes soit 2400 images (pendant la
phase à vitesse de torche nominale atteinte). J'ai ensuite calculé la transformée de Fourier ou Fast Fourier
Transform (FFT) de cette grandeur au cours des 0.6 s considérées (Figure 54). Les 4 points affichent des
spectres similaires.

Figure 54: FFT de la luminosité observée dans l'espace plaque-torche. L'ordonnée est la valeur numérique des pixels.

Ces spectres indiquent que la luminosité est vraisemblablement, en instantané, des variations de
majoritairement constante. Aucune raie n'est valeurs moyennes comparables à celle de ces essais.
observée à 60 Hz, fréquence de travail du régulateur On peut donc s'attendre à ce que la luminosité
de pression, ou à ses multiples ce qui exclue donc la fluctue au rythme de l'ondulation de courant mais
responsabilité de cet appareil dans les oscillations notre caméra est trop lente pour l'observer.
d'intensité observable sur le film.
IV.3) Visualisation des ondes de choc
D'après le théorème de Shannon [82], nous ne
Le premier résultat de la campagne d'imagerie HV
pouvons pas espérer mesurer de spectre des
est la visualisation des ondes de choc qui
fréquences supérieures à la moitié de la fréquence
surviennent dans les plasmas de découpe [83], [84],
d'échantillonnage, à savoir la vitesse de la caméra
dans l'espace torche-plaque (Figure 53).
rapide, d'où l'arrêt du spectre à 2 kHz. Il n'est donc
L'observation de ces ondes de choc sert d'élément
pas possible de tracer un spectre jusqu'à 40 kHz la
de validation du modèle.
fréquence de découpage du poste.
Afin de lisser les fluctuations, j'ai procédé à un
Cette piste semble pourtant la plus probable pour
moyennage de 100 clichés consécutifs pris pendant
expliquer les fluctuations lumineuses. Nous avons
la phase de découpe à vitesse constante.
observé dans d'autres essais à 85 et 95 A que la
A la suite de ce moyennage j'ai effectué un
luminosité diminuait. L'ondulation de courant a une
traitement graphique pour mieux voir les ondes de
amplitude de 20 A donc engendre
choc.

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Traitement graphique

1. Découpage pour ne garder que l'espace torche-plaque

2. Contraste +20 puis Black level (exposition) +0.1

3. Application de dégradé "Incandescent"

4. Eventuellement : Cinq fois Flou gaussien sur 2 pixel horizontaux des images posées sur fond noir.

Figure 55: Etapes successives de traitement d'images HV

Analyse

Le jet de plasma en sortie de torche se compose d'une première zone de surpression (claire), puis d'une zone
de dépression (sombre) et d'une dernière zone de surpression avant d'atteindre la plaque.

Figure 56: Ondes de choc lors d'essais en pression aux étapes 3 (en haut) et 4 (en bas)
du traitement graphique

L'augmentation de la pression injectée entraîne le décalage vers le bas des ventres et des creux de pression à
la sortie de torche.

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IV.4) Tourbillons et latéralité

En dessous de la plaque, les mouvements de matière Ensuite, un nuage de fines gouttelettes tourbillonne
révélés par l'imagerie rapide sont des plus de part et d'autre de la saignée. Là, la tendance est
intéressants. La Figure 57 les schématise. plus simple. Sens antihoraire à gauche et horaire à

Tout d'abord, à gauche, à droite et parfois sur le front droite, comme si elles étaient aspirées à l'arrière de

de saignée, des scories de métal en fusion se la saignée et refoulée à l'avant.

forment, grossissent, s'animent puis se détachent. A Enfin, dans l'axe du jet de plasma, la matière est
gauche, les scories tournent sur elles mêmes en sens projetée rapidement et axialement. Lorsqu'une
antihoraire pendant toute la découpe. A droite en partie des scories se rapprochent trop de l'axe, elle
revanche, elles bougent de façon irrégulière, est arrachée et soufflée vers le bas à vive allure par le
tourbillonnant dans un sens, s'arrêtant, repartant jet, et le métal qui entre dans cette zone devient très
dans l'autre, de façon chaotique. lumineux.

Figure 57: Image rapide (couleurs inversées) avec mouvements sous la plaque

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La présence, dans le jet de plasma, du vortex insufflé par le Note :
diffuseur, pourrait expliquer la rotation des scories gauche. En effet,
La droite et la gauche sont
un jet tourbillonnant dans le sens horaire peut transmettre un données relativement au sens
mouvement aux scories gauches, à la manière d'un engrenage. En d’avance de la torche, donc du
revanche, nous n'expliquons pas pourquoi le phénomène n'est pas sens de coupe.

symétrique et que le comportement des scories de droite est


beaucoup plus erratique.

La présence d'un vortex pourrait également servir à


comprendre la différence entre droite, gauche et milieu. A
l'aide du schéma de la Figure 58, imaginons suivre le
mouvement d'une particule de métal en fusion sans
déplacement relatif torche-plaque. En partant du point A, à
gauche, la goutte va descendre dans la saignée tout en
tourbillonnant. Schématiquement, en suivant le vortex
représenté, elle arrivera sur l'autre bord de la saignée au
point B à droite. Elle pourra alors être éjectée en dehors de
la saignée par ce vortex. Cette asymétrie entraîne
l'accumulation d'une quantité de métal plus importante du
côté B.
Figure 58: Schéma du vortex dans la saignée

Maintenant pour expliquer le panache de gouttes, prenons en compte le déplacement relatif torche-plaque.
Lorsqu'une gouttelette qui a ruisselé de A arrive au milieu de la saignée, elle est rattrapée par le milieu du jet
de plasma, très vif, qui l'entraîne alors axialement.

Outre les phénomènes en bas de plaque, on constate dans son épaisseur que le côté gauche présente bien
plus de dépouille que l'autre (Figure 53). C'est une problématique qui nous occupera largement dans le
chapitre 3. Dans l'attente, voici mes hypothèses sur les mécanismes relatifs à cette asymétrie.

Oscillation
Un autre aspect intéressant a été révélé par les Les deux images sur la gauche sont prises à la
images rapides : à gauche de l'axe, là où la saignée caméra et leurs couleurs ont été inversées. Il s'agit
est la plus large, la luminosité plus stable qu'à droite, de deux images successives, donc séparées de 250µs
où l'arc oscille. Ce phénomène a lieu tout au long du (chronologiquement l'image de gauche vient avant
film. celle du milieu).
Afin d'en rendre compte sur ce document inanimé, L'image de droite est la soustraction des deux
j'ai tracé la Figure 59 : premières. En conséquence, la zone sombre dans la

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plaque, à droite de l'axe, est une zone qui a vu sa dépouille plus importante à gauche : de ce côté, le
luminosité varier entre les deux images. jet, constamment présent, peut fondre davantage de

En considérant la valeur des pixels de 8000 images métal qu'à droite où il est intermittent. Par ailleurs,

consécutives (couvrant donc deux secondes) aux on le voit sur les Figures 53 et 59, davantage de

points A et B sur la Figure 59 (à égale distance l'axe métal est enlevé à gauche de l'axe de la torche.

de symétrie de la torche) on obtient les résultats Pour expliquer l'oscillation, je propose exactement la
suivants. même hypothèse que celle donnée pour expliquer
l'asymétrie des scories dans la section précédente.

• A gauche, valeur moyenne des pixels = 4940 Cette fois, au lieu d'imaginer une particule de métal,
imaginons un pied d'arc. S'il démarre au point A
• A droite, valeur moyenne des pixels = 4650
(Figure 58), le vortex va le faire tourner dans la
L'oscillation se répercute donc sur les valeurs
saignée. De l'autre côté, il sera poussé hors de la
moyennes des pixels, images de la luminosité. En
saignée et se décrochera. Le résultat pourrait être la
revanche l'analyse fréquentielle par FFT n'a pas fait
stabilité de l'arc visualisée à gauche et l'instabilité à
ressortir de phénomène périodique.
droite.
Le jet de plasma est donc stable à gauche de l'axe,
mais à droite, il oscille. Cela peut expliquer la

Figure 59:
A gauche et au milieu : images rapide de la découpe en couleurs inversées
A droite : soustraction de ces deux images, A et B sont les points considérés dans l'étude de luminosité
Ces images ont été élargies horizontalement pour mieux voir l'oscillation de l'arc

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V) Synthèse du chapitre 2

Dans ce chapitre, nous avons décrit le système de découpe étudié. Il est constitué de trois éléments.

Tout d'abord le générateur plasma fournit l'air comprimé et le courant nécessaire au procédé. Il permet aussi
la conduite du procédé en synergie avec la table de découpe, qui assure les mouvements de la torche,
troisième élément du système de découpe, sur lequel je me suis focalisé.

Elle est constituée de différents composants, pour certains consommables, dont l'organisation régit la
circulation de l'air en trois circuits principaux : l'air plasmagène, au coeur du procédé, l'air de protection et
l'air rétroinjecté.

Nous avons mesuré les débits d'air dans chacun de ces circuits. Comme tous ne sont pas accessibles, cela a
nécessité l'élaboration de prototypes et des mesures croisées. Il en ressort que, en configuration standard,
240 NL/min sont injectés dans la torche. L'air plasmagène ne représente qu'environ 15% de ce débit.

L'air du circuit de protection sert à éviter que le métal en fusion, qui jaillit en gerbes lors des phases de
perçage, n'endommage la torche. L'air rétroinjecté permet l'amorçage par contact.

Enfin, l'air circulant dans tous les circuits contribue au refroidissement de la torche, qui subit d'importants
échauffements que nous avons caractérisés à l'aide de pastilles thermosensibles et d'imagerie infrarouge.
L'électrode et la tuyère sont les pièces les plus chaudes. Le refroidissement doit être assez efficace pour que
notamment le diffuseur, en contact avec ces deux pièces, et qui doit être isolant, ne soit pas détruit par la
chaleur.

En conditions standard, 105 A et 5 bar, la torche atteint sa température maximale en environ 84 s.

Enfin, une première étude du procédé complète ce chapitre. Elle consiste en des essais filmés en imagerie
rapide, qui nous ont autorisé à voir les ondes de choc en sortie de tuyère mais aussi à observer les
mouvements de métal sous la plaque. Il apparaît que ceux-ci ne sont pas les mêmes d'un côté et de l'autre
de la saignée.

Par ailleurs, dans la plaque, les films ont mis en évidence une asymétrie remarquable : le jet de plasma, d'un
côté, est très stable, tandis que de l'autre côté, qui présente une dépouille plus faible, il oscille. Nous
étudions ce phénomène d'asymétrie dans le chapitre suivant.

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Chapitre 3 Qualité de coupe

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84/205
Ce chapitre s'intéresse à fournir une meilleure l'asymétrie des saignées : les deux côtés n'ont pas la
connaissance des phénomènes impactant la forme même forme. L'explication habituellement fournie
des saignées, imparfaites, et donc la qualité de pointe l'injection en vortex d'air plasmagène [85],
coupe. Les constructeurs fournissent des abaques [5] [86], [87]. Nos essais ont cependant contredit cette
de paramètres de coupe pour atteindre des bonnes hypothèse.
qualités et vitesses de coupe. Mon but n'était pas Par ailleurs, j'ai étudié l'impact de l'air de protection
l'élaboration de nouvelles abaques pour la torche AT- sur la qualité de coupe, pour orienter les
125, mais la compréhension plus générale des constructeurs dans l'établissement de leurs abaques
mécanismes à l'oeuvre dans la formation des et proposer des bases pour le réglage de ce
saignées. De petits essais menés par curiosité m'ont paramètre.
servi à me familiariser avec le système de découpe et Ces études sont expérimentales, ce chapitre
les phénomènes inhérents au procédé. Concernant commence donc par la présentation du protocole
les essais plus poussés, je me suis focalisé sur suivi.

I) Protocole expérimental, traitement des données

I.1) Repérage des saignées

Figure 60: Trois vues schématiques d'une saignée en 3D

La Figure 60 représente une saignée tronquée, sous trois angles de vues. Dans ce chapitre :

• Je me réfère au flanc droit d'une saignée pour la face D.

• Je me réfère au flanc gauche d'une saignée pour la face G.

• La tranche fait apparaître les faces d et g.

• La droite et la gauche sont repérés par rapport au sens de la coupe. Note :


Pour éviter la confusion entre
"droit" et "vertical" voici la norme
Sur la Figure 60, j'ai représenté un côté droit plus vertical que le côté gauche. utilisée dans ce document : "droit"
Nous le verrons dans la section III) de ce chapitre, cette asymétrie existe dans
se réfère au côté de la saignée et
vertical désigne une dépouille
toutes les coupes et ne s'inverse pas en changeant le sens de coupe. faible ou nulle. Oblique désigne à
l'inverse une dépouille élevée.
Aussi, nous employons une autre désignation pour les côtés des saignées,
indépendante du sens de coupe. Il s'agit de l'Est et de l'Ouest géographiques. Dans la majorité des cas, pour

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les essais de coupe, j'ai tracé les saignées parallèles entre elles, selon un référentiel fixe. En l'occurrence, le
long de l'axe X (Nord-Sud) de la table de découpe. Dans cette thèse, je me réfère aux sens de coupe
présentés dans le Tableau 17.

Symbole Direction géographique Direction sur la table de découpe Fréquence d'utilisation


→ Sud Nord X positif Toujours
Systématique pour comparer l'effet du
← Nord Sud X négatif
sens de coupe
↓ Ouest Est Y positif Ponctuel
↑ Est Ouest Y négatif Ponctuel
Tableau 17: Définition des sens de coupe

La Figure 61 l'illustre avec un échantillon typique de nos expériences sur lequel nous avons formé des
peignes de saignées parallèles. Ce peigne a été scié mécaniquement au milieu des saignées pour rendre
observable les faces d et g (Figure 60) des saignées. Les flèches noires indiquent le sens de coupe (par
plasma). Remarquez comment les saignées sont plus larges au début, au niveau du perçage, puis deviennent
plus étroites dans la zone d'accélération jusqu'à la zone à vitesse de croisière, avant de s'élargir de nouveau
dans les zones de décélération puis d'arrêt.

Salotinis et Vatousianos [88], dont les paramètres de coupe étaient du même ordre de grandeur, ont mesuré
une Zone Affectée Thermiquement (ZAT) de 0.5 mm. Par conséquent, la séparation de 6 mm minimum que
j'ai laissée entre chaque saignée est suffisante pour éviter de découper à l'intérieur de la ZAT des saignées
précédentes.

Figure 61: Echantillon avec 6 saignées, vu du dessus


C'est une plaque d'acier S355 de 4 mm d'épaisseur découpée à 105 A 5 Bar 1000 mm/min

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I.2) Mesures par le dessus

La société Gys dispose d'un microscope Keyence présentent alors des valeurs aberrantes. Nous avons
VHX6000 avec un zoom sélectionnable, ×20,×30, ×50 donc opté pour des mesures sur la tranche.
ou ×100. Le microscope s'utilise avec une station de
travail et un logiciel ad hoc qui dispose d'outils de
I.3) Mesures sur la tranche
mesure intégrés. Il est capable de prendre des clichés
et de les assembler en compositions 3D, permettant J'ai réalisé les mesures sur la tranche en plaçant

une résolution spatiale de 3 µm sur chaque l'objectif du microscope dans l'axe de la saignée. Les

dimension. faces d et g (Figure 60) sont alors visibles.

Il s'agissait alors d'observer les saignées par le Après les coupes au plasma, des coupes mécaniques

dessus. Comme elles sont, dans la majorité des cas, ont donc été réalisées avec une scie à ruban

plus larges en haut qu'en bas, cela donnait accès à métallique Promac SX-823DG. Ces sciages ont été

toute la profondeur sur un seul cliché (faces a, D et effectués perpendiculairement aux saignées et à

G, Figure 60). De plus, cela nécessite peu de distance des zones d'accélération et de décélération

préparation. Il suffit de placer l'échantillon sur la de la torche pour observer les zones où la vitesse de

platine du microscope sans oublier de disposer des torche est constante. Après le sciage, et avant

cales pour le surélever, afin que les scories observation au microscope, il restait à nettoyer les

inférieures (si on les a pas retirées) ne le fassent pas échantillons, au moyen d'un chiffon et d'une

pencher. soufflette pour enlever l'huile de coupe. Des


échantillons sciés et nettoyés sont montrés sur la
Au début, c'est à l'aide de cet outil que je voulais
Figure 62. Ensuite, il fallait briser les scories ou
réaliser les mesures. En revanche, il s'est avéré que
prévoir un support pour qu'elles ne fassent pas
les échantillons utilisés dans notre étude sont trop
pencher l'échantillon. Enfin, à l'aide d'un tournevis, il
épais (4 mm et plus) pour permettre d'établir les
restait à enlever les petits copeaux qui peuvent
compositions 3D en vue du dessus : les relevés
apparaître dans la saignée après le sciage (Figure 63).

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Figure 62: Vue générale des échantillons d'une campagne après sciage et déshuilage
Le cercle orange est la tranche où a été pris le cliché de la Figure 63

Il suffit ensuite de placer l'échantillon perpendiculairement à l'objectif et de régler la focale pour que la
tranche apparaisse nette (Figure 63).

Ces vues permettent de mesurer la largeur de saignée, l'aire de métal ablaté ainsi que les dépouilles
(chapitre 1 III). Nous avons choisi de suivre les préconisations de la norme ISO 9013 [35] pour effectuer ces
mesures. Ainsi, pour quantifier les dépouilles, nous mesurons la valeur tolérance de perpendicularité ou
d'angularité U. Dans cette thèse, je me réfère à Ug pour U à gauche, Ud pour U à droite par rapport au sens
de coupe et Ue pour U à l'Est et Uo pour U à l'Ouest. Je m'intéresse particulièrement à la différence Ue-Uo
qui représente une asymétrie Est Ouest de la saignée et que je désigne comme ΔU.

Conformément à la norme ISO 9013, nous appliquons ΔA, réduction d'épaisseur (Figures 64 et 65). La
réduction d'épaisseur sert à exclure de la mesure le haut et le bas de plaque, dont les formes sont plus
irrégulières. Pour une épaisseur de tôle de 4 mm, la norme donne ΔA=0.3 mm.

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Figure 63: Zoom sur le cercle orange de la Figure 62
Figure 64: Mesure sur un côté de saignée selon ISO 9013.
Saignée vue au microscope (×30) dans l'axe de
a est l'épaisseur de plaque
déplacement,

Figure 65: Exemple de mesure selon ISO 9013 sur une tranche vue au microscope

89/205
I.4) Méthode Taguchi - Exemple avec le débit d'acier ablaté

Au cours de cette thèse, les campagnes je l'utilise comme exemple pour présenter la
expérimentales de qualité de coupe nous ont amené méthode Taguchi.
à tester et à comparer de très nombreuses Les paramètres de coupe pour cette campagne sont
combinaisons de paramètres. La masse de données les suivants :
est devenue trop importante pour être traitée sans
• 105 A
méthode. Mes directeurs de thèse m’ont donc
• 5 bar
orienté vers le professeur Pascal Maussion (Laplace),
utilisateur aguerri de plans d’expériences selon la • Vitesse, tension et épaisseur de plaque

méthode Taguchi [89]. variables

Cette méthode statistique peut être utilisée pour Pour calculer le taux d'ablation (g/s), nous avons

trouver un optimal dans un système à plusieurs multiplié l'aire des saignées (mm²) visualisées au

facteurs, et pour discriminer les contributions de microscope par la vitesse d'avance de la torche

chaque facteur sur une réponse (ces termes sont (mm/s) et par la densité de l'acier S355

définis dans le Tableau 18). (0.0078 g/mm³).

Nous avons conduit une campagne de mesure de


taux d'ablation d'acier par le procédé de découpe et

Terme Description Exemple


Réponse Grandeur scalaire d'intérêt Taux d'acier ablaté (g/s)
Vitesse V (mm/min)
Facteur Paramètre considéré Tension U (V)
Epaisseur de plaque ε(mm)
Les facteurs peuvent prendre un nombre fini V = 400 ou 1000 mm/min
Niveau
de niveaux U = 150 ou 180 V
Domaine d'étude Ensemble des niveaux des facteurs ε = 4 ou 8 mm

Effet de facteur Modification de la réponse par un facteur à un Effet de U au niveau 2 (180 V)


simple niveau donné +0.18 g/s
Effet de l'interaction
Effet d'interaction de Modification de la réponse par une
ε=8mm & V=1000 mm/min
facteurs combinaison de facteurs à des niveaux donnés
+0.17g/s

Tableau 18: Définition des termes employés dans la méthode Taguchi et exemple

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I.4.1) Extraction des résultats, analyse des effets

J’ai appliqué la méthode selon un plan complet 23 d’après le terme consacré. Cela signifie que trois facteurs
ont été étudiés. Chacun d’eux présentait deux niveaux donc les 8 combinaisons possibles ont été considérées.

Pour chacun des jeux de paramètres étudiés, j'ai coupé trois saignées et mesuré le taux d'ablation d'acier que
j'ai ensuite moyenné. Les résultats sont compilés dans le Tableau 19.

Jeu de Vitesse (mm/min) Tension (V) Epaisseur (mm) Taux d'ablation d’acier
paramètres (g/s)
1 400 150 4 0.72
2 400 150 8 1.28
3 400 180 4 0.92
4 400 180 8 1.63
5 1000 150 4 1.72
6 1000 150 8 2.88
7 1000 180 4 2.05
8 1000 180 8 3.47
MOYENNE 1.83
Tableau 19: Résultats de l’étude

Une fois ces résultats obtenus, nous déroulons la Puis on calcule les moyennes sur la réponse de
méthode et procédons au dépouillement, qui chaque niveau de chaque facteur.
consiste à faire le calcul des effets. Par exemple, on note MU1 (M pour moyenne, U pour

La première opération est de calculer la moyenne M tension et, 1 pour le niveau 1 soit 150 V), la moyenne

de la réponse observée dans tous les essais. En des essai où la tension vaut 150 V. Cela concerne les

l’occurrence M = 1.83 g/s essais 1,2,5 et 6. Ainsi, MU1=(0.72 + 1.28 + 1.72 +


2.88)/4 = 1.65 g/s

Vitesse Tension Epaisseur


Niveau 1 1.14 1.65 1.35
Niveau 2 2.53 2.02 2.32
Tableau 20: Tableau des moyennes

On calcule ensuite les effets EXi de chaque facteur X au niveau i tel que EXi = M - MXi

Vitesse Tension Epaisseur


Niveau 1 -0.70 -0.18 -0.48
Niveau 2 +0.70 +0.18 +0.48
Tableau 21: Tableau des effets des facteurs simples

Notons que la somme des effets des niveaux de chaque paramètre pris un à un est toujours nulle.
Les effets peuvent également être représentés graphiquement comme sur la Figure 66.

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Figure 66: Graphe des effets sur le taux d'ablation de l'acier

On constate que, sur le domaine considéré, les trois facteurs étudiés contribuent à l’augmentation du débit
d’acier. Voici quelques développements à ce sujet :

• Pour la vitesse : La torche fournit une puissance thermique fixe qui doit être rapportée à sa vitesse
pour quantifier l'énergie chauffant l'acier. Une torche aura d'autant plus le temps de faire fondre
l'acier qu'elle sera lente. Ici, la puissance de fusion fournie par la torche est suffisamment
importante, il y a de la marge. Ainsi, augmenter sa vitesse se traduit par un taux d'ablation plus
important.

• Pour la tension : La tension augmente avec la distance torche-plaque. Or le jet de plasma s'élargit en
sortant de la torche (chapitre 2 Figure 53). La distance augmentant, l'arc s'étend davantage lorsqu'il
arrive au niveau de la saignée. La torche est alors en mesure d'ablater davantage de métal à 180 V.

• Pour l’épaisseur : Le jet de plasma conserve, le long de son axe, une densité d’énergies thermique et
aéraulique suffisante pour fondre et évacuer l’acier. Il est donc possible d’augmenter l’épaisseur des
plaques tout en conservant la capacité à les découper.

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I.4.2) Analyse des interactions

La précédente section permet d’analyser les effets un à un. L’analyse des interactions permet de mettre en
valeur les éventuels effets conjugués de plusieurs facteurs.

On note MV1U2 la moyenne des réponses lorsque la vitesse est au niveau 1 (400 mm/min) et tension au niveau
2 (180 V). Les essais 3 et 4 sont concernés (Tableau 19)

En l’occurrence IV1U2 = 1.275 g/s

Toutes ces moyennes sont calculées et données dans les Tableaux 22 23 et 24:

V U (1) 150 V (2) 180 V


(1) 400 mm/min 1 1.28
(2) 1000 mm/min 2.3 2.76
Tableau 22: Tableau des moyennes pour les interactions
Vitesse Tension (MVU)
sur le taux d'acier ablaté

V e (1) 4 mm (2) 8 mm
(1) 400 mm/min 0.82 1.46
(2) 1000 mm/min 1.89 3.18
Tableau 23: Tableau des moyennes pour les interactions
Vitesse Epaisseur (MVe) sur le taux d'acier ablaté (g/s)

U e (1) 4 mm (2) 8 mm
(1) 150 V 1.22 2.08
(2) 180 V 1.49 2.55
Tableau 24: Tableau des moyennes pour les interactions Epaisseur Tension (M eU) sur le taux d'acier ablaté (g/s)

L’étape suivante consiste à tracer (Figure 67) ces moyennes pour visualiser si des interactions existent, auquel
cas les lignes correspondantes ne sont pas parallèles. Ici donc, seule l'interaction vitesse/épaisseur existe.
Calculons-la.

Figure 67: Graphes des interactions

Notons IV1E1 l’interaction lorsque V est au niveau 1 (150 V) et ε au niveau 1 (4 mm).

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IV1E1 = MV1ε1 - M - EV1 - Eε1 = 0.82 - 1.83 + 0.18 + 0.70 = 0.17 g/s

D’où le Tableau 25 des interactions

V e (1) 4 mm (2) 8 mm
(1) 400 mm/min 0.17 -0.17
(2) 1000 mm/min -0.17 0.17
Tableau 25: Tableau des interactions Epaisseur Tension

Cela signifie que l’interaction épaisseur/vitesse contribue pour 0.17 g/s à la réponse.

Cette interaction signifie que le taux d’ablation augmente d’autant plus lorsque la vitesse et l’épaisseur
évoluent dans le même sens. Par exemple, pour les plaques de 4 mm, la valeur négative dans la table signifie
que 1000 mm/min ne permet pas d'ablater autant de métal que 400 mm/min. Rappelons également que ces
valeurs ne concernent que le domaine étudié et que les autres paramètres sont fixés : 105 A, 5 bar.

II) Irrégularités de la saignée

Les mesures de saignées sur la tranche, pourtant coupée avec les mêmes paramètres, subissent une
dispersion des résultats lorsque nous prenons les mesures (de dépouille notamment).

En effet, les saignées ne présentent pas un profil uniforme sur toutes leur longueur et subissent des
ondulations comme si la torche oscillait autour de la trajectoire de découpe (Figure 68). Toutefois, nous
n'avons pas constaté de tel mouvement même en imagerie rapide (chapitre 2 IV) lors d'essais robotisés. Nous
avons pensé que c'était le déplacement de la table de découpe qui était moins précis que celui du robot mais
nous avons constaté la même dispersion, avec le robot ou la table.

Figure 68: Vue de dessus d'une saignée au microscope, composition d'images en zoom ×20

A défaut de pouvoir l'expliquer, j'ai donc voulu quantifier cette dispersion. Pour ce faire, j'ai contacté le
Centre Interuniversitaire de Recherche et d'Ingénierie des MATériaux (CIRIMAT) à Toulouse pour faire passer
4 échantillons à la profilométrie optique. Les échantillons et leur désignation sont donnés dans le Tableau 26.

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Nom l'échantillon Description Vitesse de coupe
1G Flanc gauche de la saignée 1
1000 mm/min
1D Flanc droit de la saignée 1
2G Flanc gauche de la saignée 2
6000 mm/min
2D Flanc droit de la saignée 2

Tableau 26: Echantillons observés en profilométrie

Outre la vitesse, les paramètres de coupe sont :

• Eprouvettes : Acier S355 de 4 mm d'épaisseur

• Courant : 105 A

• Pression injectée : 5 bar

• Hauteur de torche : 3.2 mm

L'objectif reste fixe et le plateau se déplace pour que les mesures puissent balayer l'échantillon. Les données
obtenues sont des profils de distance (largeur) entre la surface du flanc de saignée et l'objectif du
profilomètre (Figure 69) le long de trois lignes : supérieure, médiane et inférieure, visibles sur la Figure 70. Les
profils sont l'ensemble des largeurs Zi(X) à la hauteur considérée (supérieure, médiane ou inférieure).

Le profilomètre optique est un Sensofar modèle S Neox avec les caractéristiques et réglages suivants :

• Grossissement × 10

• Variation de focus

• Surface observée 1754 x 1320 µm

• Résolution verticale 75 nm

Figure 69: Installation permettant d'établir le profil 3D


d'un flanc de coupe

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Figure 70: Schéma des profils de profondeur sur un flanc gauche de saignée,
ici la mesure s'effectue au niveau de X1.
Les profils sont l'ensemble des largeurs Z i prises en fonction de la longueur X.

II.1) Comparaison des profils hauteur sont relativement restreints, compris entre -
supérieur, médian et inférieur 30 et 30 µm. Le pic plus important correspondent à
une rayure, consécutive à une manipulation peu

J'ai tracé la différence des largeurs de flanc soigneuse (je pensais l'acier plus résistant que ça...)

observées sur les trois lignes de profil parallèles après la découpe.

(supérieure, médiane et inférieure) pour déterminer La précision de ce matériel est très élevée au regard
s'il y avait des différences de comportement dans la des grandeurs mesurées (résolution verticale 75 nm
saignée avec la hauteur. des écarts de plusieurs dizaines de µm) et ne donne

Rappelons que le haut des saignées est plus large pas lieu à la représentation graphique d'une barre

que le bas (Figures 60 et 63). Comme la d'erreur.

profilométrie s'effectue sur le flanc (face D ou G sur Ainsi, pour la suite de cette étude de profilométrie,
la Figure 60) de saignée, le décalage vertical entre les considérons que les différences sur les tendances
profils, visible sur la Figure 70, rend compte de la entre le haut le milieu et le bas de la plaque sont
dépouille. faibles, et n'étudions que les lignes médianes pour

La Figure 71 représente les trois profils sur quantifier la dispersion de largeur tout au long des

l'échantillon 1G. Les écarts de profondeur selon la saignées.

96/205
Figure 71: Profils supérieur, médian et inférieur (tels que schématisé sur la Figure 70) sur l'échantillon 1G

II.2) Ecarts maximum

Afin de quantifier la dispersion de largeur que peut subir une saignée sur sa longueur, j'ai mesuré, pour les 4
échantillons, les écarts maximum sur la profondeur du flanc, observés sur la ligne médiane :

• Echantillon 1D 39 µm (Figure 72)

• Echantillon 1G 80 µm

• Echantillon 2D 52 µm

• Echantillon 2G 41 µm

Les profondeurs de flanc présentées n'ont pas de référentiel et le 0 est celui attribué par la machine lors de la
mesure, il n'a pas de signification particulière. Les valeurs sont donc à lire de façon relative.

Figure 72: Profil médian de profondeur de flanc de l'échantillon 1D

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II.3) Comparaison des vitesses
Afin de voir si les ondulations
observées étaient liées à la vitesse,
j'ai fait une FFT sur les profils
(Figure 73). Pour rappel les
échantillons 1G et 1D ont été
coupés à 1 000 mm/min et les
échantillons A4GB et A4GH à
6 000 mm/min.

Si un phénomène purement
temporel, une fluctuation
récurrente dans le jet de plasma
par exemple, avait été à l'origine
de la dispersion de la forme de la
saignée, le spectre tracé pour les
essais à 1000 mm/min aurait
reproduit celui des 6000 mm/min,
à des fréquences spatiales 6 fois
plus élevées. Or on ne distingue
rien de tel. Tous les essais ont des
pics d'intensités pour des Figure 73: Spectres des profils de profondeurs

fréquences spatiales entre 0.5 et


1 mm-1 , ce qui correspond à une période spatiale de 1 à 2 mm. Masoudi et al. [90] constatent également ces
irrégularités sur les saignées, dont l'amplitude augmente avec le courant et la vitesse de coupe. Les
explications avancées sont que le bain de fusion de la saignée subit davantage de turbulence à fort courant et
qu'une vitesse plus élevée laisse moins le temps d'évacuer le métal en fusion.

98/205
II.4) Coupes robotisées
La table de découpe connaissait des
dysfonctionnements importants lors de
mon dernier séjour à Gys. J'ai donc mené
les campagnes d'essais de coupe
correspondantes en utilisant le robot
Yaskawa pour déplacer la torche (Figure
74). Les sens de coupe auxquels je me
réfère sont les mêmes pour la table et le
robot (Tableau 17).Outre l'impact de l'angle
d'injection des diffuseurs (section III.2.2) et
du ferromagnétisme (section III.2.6), j'ai
regardé si les irrégularités dans la saignées
pouvaient être dues à la motorisation de la
table de découpe.

J'ai donc suivi le même protocole que lors


Figure 74: Installation robotisée pour les campagnes 5 et 6
des essais sur table, sauf pour la hauteur
qui était réglée à l'aide de cales étalon et non par régulation de tension. Les résultats ont montré des
irrégularités de saignée similaires sur table ou avec le robot. Or, lors des essais filmés à la caméra rapide
(chapitre 2 IV), où la torche était fixe et la tôle mue par le robot, nous n'avons détecté aucune oscillation de la
position de la plaque. L'influence du système moteur sur les irrégularités de saignée semble donc nulle.

II.5) Résumé
1. La différence, à position (le long de la coupe) donnée, en haut, au milieu, ou en bas de saignée
(respectivement à 1, 2 ou 3 mm du bord supérieur sur une plaque de 4mm d'épaisseur), est faible :
±30 µm au maximum.

2. La différence de largeur maximale constatée sur le long d'une face est de 80 µm.

3. Eu égard aux points précédents, on peut s'attendre à observer des dispersions jusqu'à (2 × 80) + 30 =
190 µm pour la largeur d'une saignée mesurée à différentes positions dans sa longueur. Cela
correspond aux ordres de grandeurs de dispersion constatés lors des mesures, qui ont culminé
jusqu'à 250 µm.

4. Les FFT de ces profils indiquent un spectre spatial décroissant avec la fréquence, avec des pics entre
0.5 et 1 mm-1, indépendamment de la vitesse. Cela exclut donc l'hypothèse selon laquelle la variation
de largeur au long de la saignée serait imputable uniquement à des oscillations temporellement
périodiques dans le jet de plasma.

99/205
La variation de largeur de saignée est donc un intéressé, en termes de quantité de travail, notre
phénomène complexe qu'à défaut d'avoir expliqué, étude sur la qualité de coupe : l'asymétrie des
nous avons au moins quantifié (sur ces échantillons saignées. En effet, les saignées n'ont pas la même
de 4 mm d'épaisseur). Pour se prémunir de ses forme des deux côtés, notamment leurs dépouilles,
méfaits, nous avons fait au moins trois mesures par comme le schématise la Figure 60.
jeu de paramètres considéré. En pratique, il aurait Il existe donc, pour chaque saignée, un meilleur et
été possible de réaliser cela en coupant de longues un moins bon flanc [85], [91], lequel présente une
saignées et en les sciant à plusieurs positions. J'ai dépouille plus importante. Dans l'industrie, il est
préféré multiplier le nombre de saignées parallèles, admis que le bon flanc est toujours du même côté
afin de procéder à moins de sciages. En effet, (relativement au sens de coupe). Il est alors
paramétrer une coupe en plus sur la table de préconisé de tracer les contours de la pièce toujours
découpe est plus rapide et pratique que d'effectuer dans le même sens, horaire ou antihoraire, pour que
des tronçonnages mécaniques supplémentaires. le bon flanc soit côté pièce et le mauvais côté
Ainsi, sur la Figure 62, les saignées sont rassemblées squelette (reste de la tôle dans laquelle ont été
par lot de 3, chaque lot correspondant à un jeu de découpées les pièces). L'explication proposée est
paramètres de coupe. que l'asymétrie des dépouilles est due au sens du
vortex [86], [87].
III) Asymétrie
[Dans cette thèse, l'asymétrie est quantifiée par la
Pour tous les résultats à suivre dans ce chapitre,
différence Uo-Ue = ΔU. U est la tolérance de
rappelons les étapes suivies pour obtenir et traiter
perpendicularité définie dans la section I.3 et dans la
les données :
norme ISO 9013 [92], et illustrée sur les Figures 64 et
1. Découpe d'au moins 3 saignées par jeu de
65. o désigne l'Ouest et e l'Est. Une saignée est plus
paramètres considéré.
symétrique si ΔU est proche de 0 et d'autant plus
2. Sciage des saignées et nettoyage des asymétrique que sa norme augmente]
échantillons (section I.3).
Ce n'est cependant pas le résultat que j'ai constaté
3. Mesure au microscope réalisées sur la dans mes expériences. Nous n'avons pas trouvé
tranche des saignées (section I.3). d'explication simple et systématique à la question de

4. Moyennage des valeurs pour les saignées du l'asymétrie, qui reste à mon sens très mystérieuse,

jeu de paramètres considéré. bien qu'elle ait occupé l'essentiel de mes


expériences sur la qualité de coupe. Cela peut être
5. Calcul des effets des facteurs par la méthode
problématique si les pièces découpées, par exemple,
Taguchi (section I.4).
ont vocation à être assemblées et que leurs formes
Ces aspects préliminaires étant expliqués, nous
ne s'épousent pas.
pouvons maintenant aborder l'objet qui a le plus

100/205
III.1) Campagnes pour l'étude de l'asymétrie
Les différentes campagnes de mesures de qualité de coupe que nous avons menées se sont succédées au
rythme de mes séjours à Gys, de l'évolution de nos questionnements et de la fabrication des prototypes. Dans
ce manuscrit, elles ne sont pas décrites chronologiquement. Nous présentons d'abord les expériences
principales dans le Tableau 27, puis nous synthétisons leurs résultats, paramètre par paramètre, dans la
section (III.2).

Toutes les coupes (sauf la campagne 1) ont été faites dans de l'acier S355 de 4 mm d'épaisseur.

Courant Pression Vitesse Tension ou


# Date Autres paramètres Notes
(A) (bar) (mm/min) hauteur
Réalisée par Hocine
Forme de l'arrière de
Avril 2260 200 V Takilt
1 105 5 l'électrode variable (section
2022 2460 Tôles d'acier S355
III.2.4)
10 mm d'épaisseur
Août 5 Hélice de l'électrode
2 105 1000 160 V
2022 6 Classique / Inversée
Angle du diffuseur
30 / -30°
105 Inversion des
Octobre 5
3 75 1000 160 V Hélice de l'électrode diffuseurs et des
2022 6
45 Classique / Inversée hélices d'électrodes

Sens de coupe ← / →
Sens de coupe ← / →
149 V
Avril 5 1000 Réalisée par
4 105 160 V
2023 6 6000 Position angulaire de la Tristan Sodereau
torche 0 / 90 / 180°
Magnétisation préalable 0 /
Août 2100 A.t
5 105 5 1000 3.2 mm Coupe robotisée
2023
Sens de coupe →
Sens de coupe ← / → Coupe robotisée
Août
6 105 5 1000 3.2 mm
2023 Angle du diffuseur -40 / -30 Electrode prototype
/ 20 / 40° sans hélice

Tableau 27: Campagnes d'essais de coupe principales réalisées

101/205
III.2) Impact des paramètres

Dans tous mes essais, seuls le courant et la pression impactent significativement ΔU.

Quelle que soit la configuration que j'ai testée, et les paramètres étudiés, je n'ai jamais réussi à inverser le
signe de ΔU de façon systématique. C'est toujours le même côté, par rapport à un référentiel fixe, et non par
rapport à la direction de coupe, qui présentait le moins de dépouille. C'est pour cela que j'ai choisi de
désigner côtés de saignées par l'Est et l'Ouest. Par exemple pour une coupe → (Tableau 17) j'observais une
dépouille plus faible à droite mais en faisant le retour ←, on obtenait une coupe avec une dépouille plus
faible à gauche, et pas de la même valeur ! Il est arrivé que, dans ce que je qualifierai de rares anomalies,
quelques saignées aient présenté un ΔU négatif, sans que cela ne soit reproductible.

Les prochaines sous-sections présentent mes tentatives successives d'expliquer le phénomène d'asymétrie
mais une fois encore, en dehors de la pression et du courant, rien ne semble l'impacter significativement.

Rappelons (section II.2) que les faces des saignées sont irrégulières et que la dispersion de largeur sur des
saignées coupées avec les mêmes paramètres peuvent atteindre 190 µm. Les effets des paramètres étudiés
(sauf pression et courant) sont tous inférieurs à cette valeur de dispersion.

Le ΔU moyen constaté sur l'ensemble des essais, à 105 A, 5 bar et sur tôle de 4 mm d'épaisseur, est
d'environ +400 µm.

III.2.1) Pression et courant


Au cours de la campagne 3, les effets de la pression et du courant sur ΔU ont été mesurés. Ils supplantent
largement ceux de l'angle d'injection du sens de coupe, de l'angle d'injection du diffuseur et de la forme de
l'électrode, également étudiés dans cette campagne. La Figure 75 montre ces résultats, moyennés sur trois
jeux. Chaque jeu d'essais est représenté par une flèche qui indique le sens de coupe. La couleur de cette
flèche reflète le couple pression-courant utilisé. Enfin les deux colonnes différencient les configurations
diffuseur-électrode. ΔU est l'ordonnée, donc plus les résultats sont proches de 0, plus les saignées mesurées
dans les essais concernées sont symétriques. A l'inverse plus elles sont négative, plus forte est l'asymétrie.

102/205
Réduire le courant et/ou
augmenter la pression rend les
saignées plus symétriques.
Ces deux actions augmentent
le débit massique (chapitre 2
II.2.3) et la quantité de
mouvement azimutale dans le
jet de plasma (chapitre 5
III.2.2). Dès lors, peut-on
imaginer que ce soit le vortex
qui contribue à réduire
l'asymétrie ? Voyons cela dans
la prochaine section.
Figure 75: ΔU en fonction du pas de l'hélice de l'électrode, de la pression,
du diffuseur et du sens de coupe (campagne 3)

III.2.2) Angle d'injection du diffuseur


L'effet de l'angle d'injection du diffuseur et donc du vortex a été étudié au cours des campagnes 3 et 6. Pour
ce faire, nous avons créé des prototypes de diffuseurs qui sont des répliques des références commerciales à la
seule différence des angles d'injection et du matériau (prototypes en peek, originaux en vespel).

Campagne Angle d'injection (°) Effet sur ΔU (µm)


3 + 30 +49
3 - 30 -49
6 + 40 +10
6 + 20 -39
6 - 30 -4
Figure 76: Coupes transversale des diffuseurs 6 - 40 +33
(-30 et + 30 degrés) au niveau d'une
rangée d'injection (CAO) Tableau 28: Effet de l'angle d'injection du diffuseur sur ΔU

Ces effets présentés dans le Tableau 10 sont négligeables au regard de l'irrégularité de largeur des saignées
(section II.5) et de l'impact de la pression et du courant (section III.2.1).

III.2.3) Sens de coupe et Vitesse


L'effet du sens de coupe a été étudié au cours des campagnes 4 et 6.

Ces campagnes ont une grande importance pour mes travaux car elles m'ont permis de contredire le principe
selon lequel [86], [87] l'asymétrie vient du vortex et s'inverse lorsque l'on change le sens de coupe.

103/205
Une grande dispersion a par ailleurs entaché les Le Tableau 29 donne les effets (calculés par méthode
essais de la campagne 4. En effet, sur les 3 saignées Taguchi) du sens de coupe sur l'asymétrie dans les
creusées pour chaque jeu de paramètres, ΔU pouvait campagnes 4 et 6, (pour la campagne 4, appliqué sur
être positif ou négatif. Ces résultats sont donnés tous les essais à 1000 mm/min et 160 V). Gardons
dans le Tableau 30. Comme le sens de coupe ne s'est toutefois la dispersion à l'esprit dans l'interprétation
pas avéré significatif et par soucis de cohérence avec de ces résultats.
les autres résultats présentés dans cette thèse,
j'affiche les résultats sur la différence Uouest-Uest et
non Ugauche-Udroite. [Les moyennes de ΔU sont
particulièrement basses dans le Tableau 30 eu égard Sens de
Campagne Effet sur ΔU (µm)
coupe
aux 400 µm moyens constatés à 105 A 5 bar dans 4 → -84
l'ensemble des expériences car la campagne 3 a 4 ← 84
6 → +66
englobé des essais à courants réduits, 45 et 75 A. De 6 ← -66
tels courants entraînent des saignées plus Tableau 29: Effet du sens de coupe sur l'asymétrie
au cours des campagnes 4 et 6
symétriques comme vu dans la section III.2.1)]

Nous reviendrons sur l'effet de la vitesse après avoir Dans tous les cas, les valeurs d'effet du sens de
terminé d'analyser celui du sens de coupe. coupe sont faibles devant l'irrégularité de largeur
des saignées (section II.5) et l'impact de la pression
et du courant (section III.2.1).

104/205
Position Réglage Moyenne de ΔU sur Ecart-type de ΔU
N° Sens de
angulaire de hauteur et ΔU (Uo-Ue) (µm) les trois saignées sur les trois saignées
Saignée coupe
la torche (°) vitesse (µm) (µm)
1_1 50
1000 mm/min
1_2 0 → -160 -90 121
160 V
1_3 -160
2_1 360
1000 mm/min
2_2 0 ← 160 207 136
160 V
2_3 100
3_1 10
6000 mm
3_2 0 → 10 0 17
/min 149 V
3_3 -20
4_1 -40
6000 mm
4_2 0 ← -30 -10 44
/min 149 V
4_3 40
5_1 20
1000 mm/min
5_2 90 → 30 -23 84
160 V
5_3 -120
6_1 140
1000 mm/min
6_2 90 ← 100 127 23
160 V
6_3 140
7_1 -160
1000 mm/min
7_2 180 → -50 -123 64
160 V
7_3 -160
8_1 -110
1000 mm/min
8_2 180 ← -30 -63 42
160 V
8_3 -50

Tableau 30: Résultats de la campagne 4

Effet de la vitesse, discussion nos expériences à des vitesses si basses sur des
Revenons au Tableau 30 et évoquons la vitesse. Il épaisseurs si faibles ? La raison est double.
apparaît qu'à des vitesses de 6000 mm/min, les • Du côté pratique, la manutention des tôles
saignées sont beaucoup plus symétriques qu'à de 4 mm est beaucoup plus facile, ce qui a
1000 mm/min. Or, selon les préconisations des compté étant donné le grand nombre
industriels, la vitesse de coupe adaptée à des tôles d'essais que j'ai réalisés, pendant la durée
de 4 mm que nous étudions dans cette thèse est restreinte de mes séjour à Gys.
beaucoup plus proche des 6000 que des
• Du côté scientifique, les hautes vitesses
1000 mm/min lorsqu'on utilise un courant de 105 A.
réduisent trop l'asymétrie et il est alors plus
Pourquoi alors avoir choisi de mener la plupart de

105/205
difficile de discerner et de quantifier les coupe quand même à 1000 mm/min, la vitesse serait
éventuels effets qui l'affectent. alors plus proche d'une application industrielle,

Rétrospectivement, je conseillerais d'utiliser des renforçant la légitimité des mesures. Je n'ai hélas pas

tôles plus épaisses, car la mesure de l'asymétrie en fait d'étude comparative sur l'asymétrie à différentes

sera plus aisée et probablement moins entachée épaisseurs. Reprenons le balayage des paramètres et

d'incertitude : les dépouilles auront davantage de leur effet sur ΔU et intéressons-nous à la forme

d'espace pour se développer. A supposer qu'on de l'arrière de l'électrode.

III.2.4) Arrière de l'électrode

Dans la campagne 1, Hocine Takilt (Gys) a testé 4 prototypes d'électrodes et l'électrode de référence en
coupant des tôles de S355 de 10 mm d'épaisseur. Les prototypes diffèrent par la partie arrière :

Figure 77: L'originale et les quatre électrodes prototypes utilisées dans la campagne de coupe 1
De gauche à droite : l'originale, hélice tronquée, cylindre percé, étoile, cylindre tronqué

Comme nous n'avons pas approvisionné d'hafnium, matériau rare, nous avons utilisé des électrodes
existantes. A l'arrière, la partie avec l'hélice a été coupée et une autre (avec un pas inversée) a été usinée
puis les deux parties ont été insérées à fort. Le Tableau 31 présente les ΔU observés avec ces différentes
électrodes (sauf celle avec cylindre percé qui n'a pas réussi à couper la tôle, à cause d'un débit de tuyère
insuffisant). Les expériences menées au cours de cette campagne ne permettent pas de formuler un effet au
sens de la méthode Taguchi. Les résultats sur l'asymétrie sont listés dans le Tableau 31.

Arrière d'électrode ΔU (µm)


Hélice classique -450
Hélice tronquée -378
Etoile 131
Cylindre tronqué 6 orifices 120
Tableau 31: Résultats de la campagne 1 avec différentes formes d'électrodes
Dans cette campagne, les solutions à base d'hélice ont amené à des asymétries plus importantes. Une
différence notable entre les deux types de solution (à hélice ou sans) est que celles sans hélice présentent
des entrées réparties circulairement pour l'air rétroinjecté. Les solutions à hélice ne présentent qu'un point
d'entrée. Pourrait-ce être à l'origine d'une asymétrie dans le flux d'air qui se répercute sur l'asymétrie ? On

106/205
peut l'envisager dans la mesure où, dans les deux autres cas (rétroinjections réparties circulairement), ΔU est
plus petit.

Figure

78: Plan du prototype d'électrode sans hélice "cylindre tronqué"


utilisée lors des campagnes 1 et 6

Outre la campagne 1, j'ai étudié l'effet du sens de l'hélice de l'électrode au cours des campagnes 2 et 3. Des
prototypes d'électrodes à pas d'hélice inversés ont été réalisés (Figure 79).

Figure 79: Electrodes à hélice inversée (à gauche) et originale (à droite)

Campagne Arrière d'électrode Effet sur ΔU (µm)


2 Hélice classique +49
2 Hélice inversée -49
3 Hélice classique -29
3 Hélice inversée +29
Tableau 32: Effet du sens de l'hélice sur l'asymétrie

Les valeurs d'effet du sens de l'hélice sont négligeables au regard de l'irrégularité de largeur des saignées.
Toutefois, le sens de l'hélice s'est avéré avoir un effet étonnant.

107/205
. Formation d'un bourrelet latéral
J'ai mené des coupes un peu particulières avec les électrodes à hélices classiques et inversées dont les
paramètres sont les suivants :

• Eprouvettes : Tôles d'acier S235 d'épaisseur 20 mm

• Courant de coupe : 45 A

• Pression injectée : 5 bar

• Vitesse de coupe : 200 mm/min

• Pas de régulation de hauteur

J'ai choisi ces paramètres pour que le plasma ne soit pas en mesure de traverser la tôle. La tôle est inclinée
de sorte à ce que la distance torche-plaque augmente au fur et à mesure du déplacement linéaire réalisé
dans ces essais comme schématisé sur la Figure 80.

Le but était de voir quelle était la hauteur maximale


que pouvait atteindre le plasma avant rupture. La
limite est simplement fixée par la tension maximale
du générateur (300 V). Pendant ces essais, j'ai
constaté un autre phénomène.

J'ai filmé un de ces essais avec mon portable en le


plaçant derrière un masque de soudage teinte 13. La
Figure 81 est une capture de ce film. Un bourrelet de Figure 80: Schéma de la coupe sur tôle en pente

métal fondu se forme sur la droite de la saignée (non traversante). En changeant l'électrode par un prototype
à hélice inversée (Figure 79), le bourrelet de métal s'est formé de l'autre côté (Figure 82). Cela indique qu'il
existe un écoulement non axysimmétrique dans le jet de plasma, comme les films HV nous l'ont montré. De
plus, ce flux est assez important pour déplacer l'acier en fusion. Enfin, il est lié au sens de l'hélice de
l'électrode !

Cela est très étonnant car le diffuseur, qui assure l'injection en vortex, était le même, et l'air s'engouffrant
dans l'hélice de l'électrode (trajet 1B, chapitre 2 Figure 20) ne se dirige pourtant pas vers le jet de plasma.

Malheureusement je n'ai pas eu l'occasion d'utiliser à nouveau la caméra rapide après avoir décelé ce
phénomène et n'ai donc pas pu comparer d'images HV prises avec ces électrodes modifiées ni aucun autre
prototype.

108/205
Discussion
La formation du bourrelet d'acier, d'un côté ou de • L'asymétrie pourrait être davantage liée aux
l'autre de la saignée montre que le sens de l'hélice a oscillations de l'arc électrique que nous avons
un impact sur le jet de plasma, et pourtant, comme observées en imagerie haute vitesse (chapitre 2 IV.2).
nous le concluions dans la section III.2.4), le sens de D'un côté de la saignée, l'arc clignote. De l'autre
l'hélice ne gouverne pas le signe de ΔU. côté, l'arc reste stable et la dépouille est plus

Se pourrait-il que ces phénomènes soient importante.

indépendants ? Voici mon hypothèse : Serait-il possible que ce soit la présence d'une hélice,

• Les formations de bourrelet, à droite ou à gauche plutôt que son sens, qui soit déterminante pour

résulteraient de phénomènes fluides. Comment, l'asymétrie ? J'ai envisagé que ça pouvait être le cas

selon le sens de l'hélice, ces bourrelets se si on considérait que l'air de la rétroinjection

formeraient à droite ou à gauche de la saignée, alors s'engouffrait dans l'hélice en un point, décentré. Cela

même que le diffuseur qui assure l'injection en peut donc créer une violation de l'axisymétrie dans le

vortex reste inchangé ? La question reste ouverte. jet de plasma. J'ai mené une campagne, présentée
dans la prochaine sous-section pour tenter de
répondre à cette question.

Figure 81: Coupe avec


bourrelet à droite

Figure 82: Entailles avec


bourrelets à droite et
gauche

109/205
III.2.5) Position angulaire de la torche
Outre la suspicion d'asymétrie induite par les électrodes à hélice, j'ai réfléchi aux autres sources potentielles
d'asymétries dans les flux d'air dans la torche, ce qui m'a conduit à une autre piste, détaillée à l'aide de la
Figure 83 qui fait apparaître les flux d'air dans la torche.

Figure 83: Vue en coupe avec trajets de l'air (en haut) et en 3D (en bas) de la torche en CAO.
En bleu l'injecteur. En Magenta l'entrée des premiers trous répartis circulairement, en vert leur sortie.
En ocre le diffuseur. Sur la vue en coupe les différents trajets sont nommés en bleu sombre.

La torche est alimentée en air par l'injecteur (en bleu) de façon qui est désaxé. La première rangée de trous
répartis circulairement (entrée en magenta et sortie en vert) débouche ensuite sur le diffuseur. L'air
s'engouffre le long de ses cannelures avant d'atteindre les 2 rangées de 18 trous d'injection dans la chambre
de l'électrode. Ce trajet, canalisé dans ces passages étroits, a pour but de répartir l'air circulairement dans la
torche.

Toutefois nous ne sommes pas certains de l'efficacité débit pourrait être plus intense sur un côté du
parfaite de ce dispositif. Mon hypothèse est que le

110/205
diffuseur et donc que dans chacun de ses 36 trous ne En tournant la torche de cette façon, nous avons
transiterait pas le même débit. étudié l'effet d'une éventuelle asymétrie dans

Pour confronter cette hypothèse, nous avons fait des l'écoulement, qui, si elle était avérée, aurait suivi

essais de coupe (campagne 4) en tournant la torche cette rotation. Cela vaut autant pour l'injection d'air

dans son préhenseur de la table de découpe dans la torche que pour la position de l'hélice de

(Figure 84). Nous ne l'avions jamais fait pour une l'électrode dont je soupçonnais les effets en

raison très terre à terre: l'imposant faisceau de la conclusion de la section précédente. [L'électrode

torche provient du côté Sud de l'installation. Il était n'est pas arrêtée en rotation autour de l'axe de la

donc plus pratique de toujours laisser la torche torche, il faut donc la placer avec soin, dans ces

orientée de la même manière (0° sur la Figure 84). essais visant à étudier l'effet de la position angulaire
de la torche.]

Finalement, la position angulaire de la torche


n'impacte pas l'asymétrie de manière significative
(Tableau 30).

Figure 84: Schéma de la torche vue de dessus et


des positions angulaires adoptées

III.2.6) Champ rémanent des tôles


En désespoir de cause, l'effet du champ rémanent a été étudié au cours de la campagne 5. En effet, il est
connu [93] que les champs rémanents peuvent entraver le processus de soudage dans certaines applications.
L'arc est alors dévié. Nous avons voulu savoir si le même phénomène pouvait survenir pendant la découpe.
J'ai donc préparé les tôles avant la découpe selon différents procédés (Tableau 33) relatifs au champ
rémanent.

Série Traitement
N Aucun traitement particulier
La Magnétisation dans le sens de la largeur (normal à la coupe plasma) à 2100 A.t
Lo Magnétisation dans le sens de la longueur (parallèle à la coupe plasma) à 2100 A.t
D Démagnétisation
Tableau 33: Tôles étudiées pour déterminer l'effet du champ rémanent

111/205
De plus, les saignées ont toutes été coupées dans le étant mesurés sur les arêtes.
même sens →, avec le robot Yaskawa (Figure 74). Pour la démagnétisation j'ai utilisé l'option de
Pour chacun des jeux de paramètres, deux vitesses démagnétisation du poste à 115 A, 30 Hz, pendant
ont été étudiées : 1000 et 6000 mm/min. une durée de trois secondes. Les mesures de champ
résiduel réalisées à l'aide du champmètre étaient

Au préalable, pour magnétiser les tôles, je les ai alors inférieures à 3 G sur toute la tôle, valeur

enroulées dans 7 spires comme présenté sur la similaire à celles mesurées sur la tôle sans

Figure 85 pour La (et dans l'autre sens pour Lo). J'ai traitement.

ensuite fait circuler dans ces enroulements 300 A DC Ensuite, j'ai manipulé les tôles individuellement sur
à l'aide d'un poste Gys Titanium 400. J'ai enfin des caisses en plastique pour éviter qu'elles ne se
mesuré le champ à l'aide d'un champmètre Ixtrem magnétisent à proximité d'autres pièces métalliques.
Imagmeter, les maximaux de 24 G (La) et 20 G (Lo)

Figure 85: Magnétisation La

Une fois de plus ces tentatives n'ont pas amené à des changements de signe de ΔU systématiques.

III.2.7) Circulation du courant


D'ordinaire le retour du courant se fait par une pince de masse reliée à la table. Les plaques martyrs assurent
la conduction entre la table et la pièce à découper. Nous nous sommes demandés si un sens préférentiel de
retour du courant, et les forces de Lorentz qui en résultent, pouvaient expliquer les asymétries observées.
Pour ce faire nous avons soudé une petite tôle (Figure 86) au milieu d'une plus grande pour que le retour du
courant se fasse de manière très directe et maîtrisée. Nous avons procédé à des découpes autour de cette
tôle dans les sens ↑, ↓, → et ← autour de la pince de masse centrale (Figure 87) en commençant par les
saignées extérieures pour que le courant puisse revenir par le chemin le plus court.

112/205
Les paramètres étaient :

• Eprouvettes : Tôles d'acier S355 d'épaisseur 4 mm

• Courant de coupe : 105 A

• Pression injectée : 5 bar

• Vitesse de coupe : 1500 mm/min

• Tension : 180 V

Hélas cette étude a eu lieu au début de la thèse, et j'ai réalisé les mesures au microscope par le dessus
comme décrit dans la section I.2. Je ne savais pas encore que cette méthode n'était pas précise, ni qu'il aurait
fallu tripler les saignées à cause de la dispersion.

J'ai trouvé des ΔU très faibles, et similaires pour toutes les saignées, de 80 µm au maximum mais il est difficile
de conclure au vu des conditions expérimentales.

Enfin, une autre hypothèse (que nous n'avons pas testée) pourrait être que c'est le courant descendant dans
le faisceau de la torche qui provoque un effet anisotropique, car même lors des essais en faisant tourner la
torche, le faisceau venait toujours du même côté de l'installation.

Figure 86: Eprouvette avec prise pour la pince Figure 87: Eprouvette avec prise
de masse soudée au milieu soudée et saignées

III.3) Discussion sur l'asymétrie


Rappelons avant tout que j'ai réalisé mes essais avec référentiel fixe, avec ΔU = Uo-Ue > 0.
des vitesses de coupe très lentes par rapport aux Nous avons étudié les paramètres suivants pour
standards industriels. Cette lenteur est propice à tenter de déceler l'origine de l'asymétrie : Pression et
l'observation d'asymétrie gauche-droite. courant, angles d'injection du diffuseur, sens de
Dans nos campagnes d'essais, l'asymétrie était coupe, vitesse, forme de l'arrière de l'électrode,
presque toujours dans le même sens, dans un

113/205
position angulaire de la torche, champ rémanent des un référentiel fixe. Il se pourrait donc qu'elles soient
tôles et circulation du courant. reliées, peut-être même responsables de l'asymétrie

Parmi eux, seuls la pression et le courant ont un effet des saignées.

évident. Baisser le courant ou augmenter la pression Concernant les paramètres étudiés, (angle
entraîne une moindre asymétrie. Ces deux actions d'injection du diffuseur, sens de coupe, vitesse,
augmentent le débit et la proportion de quantité de forme de l'électrode, position angulaire de la torche,
mouvement azimutale (vortex) dans le plasma. champ rémanent dans les tôles, chauffage de la
L'asymétrie serait-elle due à cela ? Quelle que soit la plaque ou les courants de Foucault [91], aucun à
réponse à cette question, il est également part la pression et le courant ne semble gouverner
intéressant de souligner que les oscillations de l'arc, l'asymétrie franchement. Il est difficile de discerner
observées en imagerie rapide (chapitre 2 IV.2), leurs éventuels effets dans ces mesures de saignées
semblent aussi liées à l'asymétrie. En effet, l'arc intrinsèquement entachées de beaucoup de
oscille et occupe davantage la saignée d'un côté que dispersion.
de l'autre : ce côté présente une dépouille plus L'asymétrie des saignées est un phénomène
importante. Nous n'avons pas effectué d'études compliqué qui reste donc à expliquer. Avec le recul,
paramétriques filmées en HV mais cela pourrait être je préconiserais d'étudier plus attentivement les
une piste intéressante. effets des variations de pression et de courant
Notons aussi que des asymétries dans le jet de obtenus en filmant à haute vitesse.
plasma ont été mesurées en spectroscopie par Laissons là ce sujet captivant et intéressons-nous à la
Peters et al. [57]. Elles ne dépendaient pas non plus dernière section de ce chapitre, qui a abouti à des
des caractéristiques manifestement anisotropique réponses plus évidentes et plus concrètes.
(direction du vortex, sens de coupe...) et semblaient
également réparties selon une position donnée dans

IV) Impact de l'air de protection sur la saignée

Au cours d'un essai de coupe, j'avais utilisé le déflecteur bouché présenté dans le chapitre 2 II.2.2. J'ai
constaté que les saignées étaient plus fines, ce que j'ai imputé à un plus grand débit Q2A (Figure 88). Il m'est
donc venu l'idée de dissocier les pressions d'injection d'air de protection et d'air plasmagène pour étudier
leurs effets séparés sur la forme des saignées et conclure dans quelle mesure l'air de protection les façonnait.
J'ai donc mené une campagne spécifique, non présentée dans le Tableau 27, avec une configuration spéciale
présentée ci-après.

114/205
IV.1) Configuration avec déflecteur prototype
Le système original, tel que présenté dans le chapitre 2, utilise une injection unique pour les circuits d'air
plasmagène (1A) et d'air de protection (2).

Nous avons donc procédé à des modifications pour cette campagne :

1. Les dix trous d'injection d'air de protection dans la buse ont été bouchés avec une résine, ce faisant
tout l'air fourni par le régulateur de pression du poste se retrouvait redirigé dans le circuit 1.

2. Un déflecteur modifié (Figure 89) pour injecter l'air


depuis une source séparée : un régulateur de
pression indépendant. La nouvelle et l'ancienne
configurations pneumatiques sont représentées sur
la Figure 88.

On est en droit de se demander si les résultats resteront


comparables entre la version originale et le prototype
malgré le changement de topologie d'injection d'air de
protection. Nous avons donc comparé trois saignées
Figure 88: Schéma des trajets de l'air en configurations
coupées avec l'originale et trois autres avec le prototype, en
originale (gauche) et prototype (droite)
s'assurant que les débits dans chacun des circuits étaient les
mêmes dans les deux configurations : les résultats sont
similaires dans les deux cas.

Figure 89: Déflecteur original (1) et Prototype de déflecteur modifié pour injecter
l'air de protection séparément (2 & 3)

115/205
IV.2) Plan d'expériences
Nous avons souhaité reproduire les débits nominaux du système, c'est à dire lorsque le poste fournit 5 bar
dans la configuration originale. Nous avons installé des débitmètres pour mesurer Q1 et Q2 et les avons
laissés en place lors des essais. Nous avons donc trouvé les pressions et débits correspondants indiqués dans
le Tableau 34.

Les débits inférieurs et supérieurs ont été choisis arbitrairement pour avoir des points de comparaison avec
les débits nominaux.

Cas Configuration originale, à 105 A


Nominal Q1 = 152 NL/min à P1=5 bar Q2 = 80 NL/min à P1=5 bar
Configuration prototype, à 105 A
Nominal équivalent Q1 = 152 NL/min à P1 = 4.6 bar Q2 = 80 NL/min à P2 = 0.28 bar
Débit inférieur Q1 = 100 NL/min à P1 = 3 bar Q2= 0 NL/min à P2 = 0 bar
Débit supérieur Q1 = 200 NL/min à P1 = 6 bar Q2 = 160 NL/min à P2 = 0.97 bar
Tableau 34: Correspondance des débits à 105 A pour les pressions étudiées

Les saignées ont été découpées avec les paramètres de coupe constants suivants :

• Vitesse 1000 mm/min

• Tension 160 V

Du reste, le domaine d'étude est défini dans le Tableau 35.

Facteur P1 (bar) P2 (bar) I (A)


Niveau 1 3 0 45
Niveau 2 4.6 0.28 75
Niveau 3 6 0.97 105
Tableau 35: Domaine d'étude de la campagne avec injection d'air de protection indépendante
Un plan complet a été réalisé, soit 27 jeux de paramètres.

Dans cette campagne, les flancs gauches des saignées se sont tous révélés plus verticaux que les flancs droits,
l'asymétrie n'a pas été supprimée. Seul le sens → a été étudié donc dans cette campagne gauche = Ouest.

Je voulais tirer de cette série d'essais des recommandations pratiques pour Gys et l'industrie.
Je me suis donc focalisé sur les flancs gauches des saignées et non sur l'asymétrie. Dans une application
industrielle, les flancs présentant la dépouille la plus élevée (ici les droits) ne seraient pas utilisés donc je ne
m'y suis pas davantage intéressé.

116/205
IV.3) Résultats
Les tolérances de perpendicularité gauches Ug mesurées lors de cette campagne sont résumées sur la Figure
90 et dans le Tableau 36.

Figure 90: Ensemble des résultats sur Ug (a) avec les paramètres correspondants (b)

U (µm)
Maximum 664
Minimum -128
Moyenne générale 368
Tableau 36: Résultats de Ug

Il est intéressant de noter que des Ug négatifs ont été mesurés, c'est à dire que dans ces cas là, la saignée (à
gauche) était plus large en bas qu'en haut (exemple sur la Figure 91).

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Figure 91: Saignée avec Ug négative vue au microscope
(×30), traits de construction et réduction d'épaisseur au sens de l'ISO 9013 en blanc
Les effets des facteurs et de leurs interactions calculés par méthode Taguchi sont listés dans les Tableaux 37,
38 et 39.

P1 P2 I
Niveau 1 +114 -5 +59
Niveau 2 +53 +21 -58
Niveau 3 -171 -15 -1
Tableau 37: Effets des facteurs simples sur Ug en µm

P2 = 0 bar P2 = 0.28 bar P2 = 0.97 bar


P1 = 3 bar -46 -9 +54
P1 = 4.6 bar -60 +13 +47
P1 = 6 bar +106 -4 -101
Tableau 38: Effets des interactions P1 P2 sur Ug en µm

I = 45 A I = 75 A I = 105 A
P1 = 3 bar -187 +52 +135
P1 = 4.6 bar -78 +34 +44
P1 = 6 bar +265 -85 -179
Tableau 39: Effets des interactions P1 I sur Ug en µm

Les interactions P2 I ne sont pas présentées car elles gradient d'épaisseur entre le haut et le bas de la
sont très faibles. plaque [94].

En ce qui concerne les effets des facteurs simples, Il est important de noter que l'essentiel des Ug sont
augmenter la pression de l'air de coupe est le moyen positifs. Les seuls Ug négatifs se trouvent dans les
le plus significatif pour réduire Ug. Cela peut être dû jeux 24, 26 et 27 (Figure 90). Hormis ces trois lots, un
au fait qu'augmenter le débit d'air de coupe conduit effet négatif sur Ug signifie un côté plus vertical. Les
à une éjection plus rapide de l'acier fondu, réduisant niveaux de facteurs des lots 24, 26 et 27 {P1 P2 I} sont
ainsi les disparités que cet acier fondu génère par le respectivement {3 2 3}, {3 3 2} et {3 3 3}. Il semble

118/205
que ces trois facteurs doivent tous être élevés pour En conséquence, la pression de protection P2 devrait
réduire suffisamment Ug jusqu'à le rendre négatif. être augmentée conjointement avec la pression de
Cependant, un P2 ou I élevé isolé apporte seulement coupe pour obtenir une meilleure verticalité.
une très faible diminution de Ug (Tableau 37). Cela Cependant, à une pression de coupe intermédiaire,
indique que c'est l'interaction de P2 avec les autres la diminution de P2 pourrait être envisagée car elle
facteurs qui permet une plus grande réduction de la n'entrave pas la verticalité. Ceci pourrait être
dépouille. Ceci est le sujet des deux prochaines pertinent si un effet de protection fort n'est pas
sections. obligatoire (à part pendant la phase de perçage) et si
le gaz de protection doit être économisé (dans le cas
d'un système multi-gaz utilisant un gaz de protection
Interaction P1 P2 coûteux).
Il existe une interaction entre P1 et P2 qui renforce la
réduction de dépouille avec un P2 élevé (Tableau 38)
lorsque P1 est également élevé. Il est intéressant de
noter que cette tendance est opposée (mais plus Interaction P1 I

faible) avec des pressions de P2 plus basses. Une Le Tableau 39 montre que, tout comme avec

explication possible serait que, avec un P1 plus faible, l'interaction P1 P2, une pression plasmagène P1 élevée

l'air de protection central (2A), qui n'est pas soufflé permet à l'augmentation du courant de réduire Ug,

parfaitement axialement, entrave le flux axial de l'air tandis que l'effet inverse est observé pour des

de coupe. À des pressions plus élevées de P1, l'air valeurs de P1 plus basses. Cela signifie que le courant

plasmagène pourrait avoir suffisamment de quantité devrait être augmenté conjointement avec P1 pour

de mouvement pour ne pas être perturbé par l'air de obtenir une meilleure verticalité (ce qui n'est

protection et pour pénétrer axialement dans le trait généralement pas mentionné dans les manuels

de coupe, contribuant ainsi plus efficacement à d'utilisation des postes et torches).

l'évacuation du métal fondu. C'est une autre manifestation de l'importance de


l'équilibre Courant-Pression dans la découpe au
plasma, discuté dans la section I.4.1).

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IV.4) Conclusion

Dans cette campagne, les effets des pressions d'air bénéfique. En cas de bas P1, si la protection gazeuse
de coupe et de protection ont été étudiés n'a pas besoin d'être élevée et que ce gaz doit être
indépendamment. Comme le courant est un facteur préservé (si les résultats sont extrapolés à un
important en ce qui concerne la forme des saignées découpeur multi-gaz), P2 peut être réduite sans
[52], [88], je l'ai également fait varier. affecter la verticalité.

En ce qui concerne Ug, un critère majeur de qualité, De plus, augmenter P1 avec le courant peut
chacun des paramètres étudiés l'affecte, soit également aider à obtenir des saignées plus
directement soit par une interaction avec un autre verticales. L'effet de la pression d'air de protection P2
paramètre. Pour obtenir les côtés gauches verticaux, est indéniable car elle est nécessaire pour obtenir les
une combinaison de niveaux élevés des trois quelques Ug négatifs observés dans cette étude. En
paramètres P1 (gaz plasmagène) P2 (gaz de effet, cela nécessite que les trois facteurs soient à
protection) et I est nécessaire. Les effets synergiques des niveaux élevés.
sont intéressants car les tendances des interactions Cependant, un P2 fort avec un faible P1 conduit à des
P1-P2 (resp. P1-I) s'inversent entre le niveau 1 et 2 de traits de coupe obliques. En conclusion, P2 a
P2 (resp. P1) et le niveau 3. également des effets sur la verticalité du trait de
Par conséquent, pour obtenir une meilleure coupe. Dans les générateurs existants où elle est
verticalité, les pressions de protection et de coupe réglée avec la pression de coupe, de bons résultats
doivent être augmentées ensemble. Cela est peuvent être attendus. Pour un résultats plus raffiné,
généralement fait dans les systèmes de coupe on peut donc préconiser d'implémenter un P2
existants, et cette étude confirme que cela est réglable.

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V) Synthèse du chapitre 3
La forme des saignées obtenues en découpe plasma, l'électrode puisse diriger la formation d'un bourrelet
et donc leur qualité, est le résultat de phénomènes d'acier lors d'une coupe non traversante, alors que
complexes. De nombreux paramètres rentrent en l'angle d'injection du diffuseur, qui pourtant semble
jeu, vitesse de coupe, pression injectée dans les plus à même de gouverner un écoulement
différents circuits, courant, épaisseur de tôle... En tourbillonnant, ne le peut en fait pas.
plus, les saignées ne sont pas régulières et Ceci, ainsi que les résultats lors des essais avec les
présentent des variations de largeur sensibles. différents angles d'injection des diffuseurs, m'amène
Elles présentent aussi des asymétries dont la cause à suggérer que l'asymétrie de la saignée est
n'est toujours pas connue. Les paramètres de coupe indépendante de l'injection en vortex et est liée aux
n'impactent pas les deux flancs de saignée de la oscillations de l'arc électrique, observées en imagerie
même façon. rapide, sans que nous ne puissions pour l'heure

Bien que les mécanismes aboutissant à la forme expliquer ce phénomène.

finale des saignées ne soient pas expliqués, il est D'une manière générale, disposer d'un important
toutefois encourageant de savoir que des jeux de débit semble être un important critère de qualité et
réglages appropriés, déterminés par des essais, de symétrie. L'accumulation de métal fondu entre le
permettent d'atteindre de bonnes performances de jet de plasma et la pièce est probablement à l'origine
coupe. Le réglage de la pression d'air de protection de défauts dans la coupe, or augmenter le débit
s'est aussi avéré être un levier d'action pour affiner la permet de le chasser plus rapidement et donc
qualité de coupe. d'améliorer la qualité. Toutefois augmenter les débits

La débit d'air, même froid, rapporté à l'intensité de gazeux de façon débridée n'est pas une solution

l'arc, semble être un critère déterminant tant dans la miraculeuse car d'une part un certain équilibre entre

capacité de la torche à ablater du métal que dans la débit et courant doit être respecté, et d'autre part un

qualité de la saignée résultante. Les flux d'air sont fort débit accentue un autre problème majeur,

régis par la forme des composants de la torche. Il est l'usure de l'électrode [95], objet du prochain

fascinant d'observer que la forme de l'hélice de chapitre.

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Chapitre 4 Usure de l'électrode

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Ce chapitre porte sur l'usure de l'électrode, qui impose des interruptions régulières du procédé pour
remplacement des consommables. D'autres pièces de la torche peuvent également s'abîmer mais c'est
l'électrode qui présente la plus faible durée de vie et dont l'usure impacte le plus le procédé puisqu'une
électrode détruite empêche tout bonnement le fonctionnement de la torche.

Nous présentons tout d'abord le protocole expérimental de notre étude. Les démarches adoptées, ainsi que
les raisons qui nous ont poussés à les choisir sont présentées.

Les résultats paramétriques sont synthétisés dans un second temps.

Enfin, nous nous intéressons à la formation des cratères qui creusent la tête de l'électrode lors de la découpe
et aux nombreuses formes qu'ils revêtent. Cela nous a permis d'émettre des théories sur les mécanismes de
fin de vie des électrodes que nous présentons également dans ce chapitre.

125/205
I) Protocole expérimental
Les Essais d'Usure (EU) consistent à faire fonctionner la torche et à mesurer l'impact que cela a sur
l'électrode. Voici comment nous avons procédé.

I.1) Campagnes

Les résultats présentés dans ce chapitre sont la synthèse des 6 campagnes majeures listées dans le Tableau
40, et d'autres essais sporadiques. Les campagnes avaient chacune un but précis mais une fois de plus notre
connaissance s'est étoffée progressivement et de façon moins séquencée que ce que l'organisation de ce
manuscrit, compartimenté pour des raisons d'intelligibilité, pourrait laisser croire.

Nombre
# Date Eprouvette Apports de l'étude d'électrodes
testées
Différence TopArc / Hypertherm
Janvier Impact des amorçages
1 Tôles 6
2021 Estimation de l'endurance
Mise en évidence des problèmes de manutention
Validation des méthodes de mesure
Mécanismes de la destruction
Août Banc d'usure (décrit
2 Forme des cratères 9
2021 dans la section I.3)
Valeurs précurseurs de la destruction
Validation du banc d'usure
Quantification de la dispersion
Printemps
3 Banc d'usure Impact du courant 19
2022
Formes des cratères
Printemps Impact de l'arrière de l'électrode (avec prototypes) et donc
4 Banc d'usure 15
2022 du refroidissement sur l'usure
Quantification de l'ensemencement (chapitre 2)
Eté
5 Banc d'usure Constat de l'impossibilité de réguler la tension sur banc 7
2022
d'usure

Impact du diamètre d'insert


Eté Hypothèse sur l'origine de la dispersion
6 Tôles 17
2023 Impact de la tension
Corrélation entre formes des cratères et endurance

Tableau 40: Campagnes d'essais d'usure

126/205
I.2) Conduite des essais d'usure
Les découpes ont eu lieu dans le laboratoire de soudage de Gys, à l'aide du système de découpe présenté
dans le chapitre 2. Sauf précision contraire, les paramètres sont les suivants :

• Courant de coupe : 105 A

• Pression injectée : 5 bar

• Hauteur de torche : 3.2 mm

• Vitesse de coupe : 1000 mm/min

• Durée d'un cycle : 6 min

Chaque essai commence avec une tuyère et une mm sur tout ou partie de leurs orifices externes. La
électrode neuves. En effet, dans l'industrie, ces deux destruction de l'électrode est toujours intervenue
pièces sont souvent changées ensemble, même si la bien avant que l'usure de la tuyère ne devienne
tuyère (qui s'use moins vite) permettrait encore à la significative. Ainsi, pour l'étude de l'usure, nous nous
torche de fonctionner. Dans la littérature [42], [60], sommes focalisés sur l'électrode, beaucoup plus
on apprend que l'usure de la tuyère peut impacter la limitante dans notre configuration.
qualité de coupe. De plus, dans certains cas (environ 1/5 lors de nos
Dans notre configuration en particulier, nous n'avons essais), la fin de vie de l'électrode peut également
jamais constaté cela, malgré des érosions de tuyères détruire la tuyère (Figure 92).
se traduisant par le creusement d'au maximum 0.3

Figure 92: Tuyères fonctionnelle (gauche) et détruite (droite)

127/205
Rappelons (section IV.2) qu'il existe deux régimes d'érosion de la cathode : en continu dès lors que le plasma
est allumé [61] et de façon cyclique du fait des allumages et extinctions [62], [63]. Nos études se sont
focalisées sur l'usure en continu.
Il convenait donc de limiter le nombre des amorçages.
De plus, il n'est pas possible de réaliser des relevés d'usure pendant la coupe. Il était donc nécessaire de
l'interrompre pour procéder aux relevés.
C'est pourquoi la plupart des essais ont été réalisés avec des cycles de coupe de 6 min. Cette valeur
n'entraîne que quelques amorçages sur la durée de vie totale d'une électrode (environ 50 min en moyenne),
ce qui n'est pas significatif en termes d'usure cyclique mais permet un nombre satisfaisant de points de
mesure.

Nous avons effectué les découpes sur des tôles d'acier S355 de dimensions
750 × 500 × 4 mm lors des premiers essais et pour les essais paramétriques en tension.

Le parcours de coupe implémenté dans le PC de la table de découpe est donc un zigzag de longues saignées
coupées le long de l'axe X (chapitre 3 Tableau 17) et
séparées par une petite distance sur l'axe Y de la table,
ce qui permet d'effectuer de longues coupes après un
amorçage unique. La Figure 93 montre une tôle ayant
servi pour un EU. Elle est vue du dessous. On constate
que les saignées sont larges, car, pour économiser de la
tôle, la vitesse choisie est faible. De plus, elles présentent
une grande quantité de scories qui leur donnent ces
formes si irrégulières. Enfin, les six plaques martyr qui
soutenaient la tôle y sont restées soudées par le passage
du plasma.

Figure 93: Tôle d'acier découpée lors d'un essai d'usure Cela complique la manutention car on ne peut pas
simplement retirer la tôle, il faut forcer pour dégager les six plaques martyr d'un coup et ensuite les
remplacer. Pour éviter ce problème, il est possible de surélever la tôle au moyens de cales dans les zones non
découpées.

La manutention n'en reste pas moins pénible. Les dimensions choisies pour ces éprouvettes (750 × 500 ×
4 mm pour 12 kg) résultent d'un compromis entre poids/encombrement et surface disponible pour la
découpe. Elles restent malgré tout assez dures à manipuler. Les EU prennent donc beaucoup de temps. Voici
leurs grandes étapes :

128/205
Notons que les étapes 3 et 4 sont celles qui se
répètent le plus souvent, les étapes 2 et 5 un
peu moins souvent et l'étape 1 est
occasionnelle.

Ainsi, au-delà des 6 minutes incompressibles


d'un cycle de découpe, l'ensemble des
opérations pouvait prendre jusqu'à 25 minutes
en moyenne par cycle.

Le nombre des essais d'usure a donc été


contraint par leur important coût en temps.

Pour réduire cette contrainte, nous avons


développé un banc d'usure, installé sur la table.
Il remplaçait les tôles en tant qu'éprouvette,
éliminant les étapes 1, 2 et 5. Un cycle prenait
alors jusqu'à 15 min en moyenne (dont 6 incompressibles) selon les mesures à réaliser. Ce banc, faisant office
d'anode durable grâce à des rails en cuivre refroidis et subissant peu d'usure, est décrit dans la section
suivante.

I.3) Banc d'usure


Le banc d'usure (Figures 94 et 95) est un prototype une saignée, dont la largeur est réglable à l'aide de
qui permet de maintenir le plasma allumée sans cales. Les rails s'érodent lentement, élargissant la
consommer de tôle. La torche y effectue des allers- saignée. Lorsque celle-ci devient trop large (>5 mm) il
retours linéaires au dessus d'une saignée. Malgré faut alors la resserrer pour permettre au jet de
l'absence de coupe à proprement parler, nous plasma de rester allumé. Pour permettre le transfert
utilisons quand même les termes "coupe" ou de l'arc et donc le fonctionnement de la torche, les
"découpe" pour désigner les essais sur banc. rails doivent être reliés à la pince de masse du

Pour maintenir les torches allumées, Freton [20] et générateur plasma.

Girard [83] utilisaient une anode tournante. Nous Dans ces rails, des tubes de cuivre parcourus par un
avons préféré le banc d'usure car il s'adapte à la table fluide caloporteur sont insérés fermement sur toute
et a donc été développé relativement simplement. la longueur. Le fluide est acheminé jusqu'au banc par

Il est constitué d'un châssis qui soutient deux des flexibles et est refroidi par un système extérieur.

rangées de rails de cuivre parallèles et séparées par

129/205
Figure 94: Banc d'usure en CAO

Figure 95: Banc d'usure lors d'une coupe

130/205
I.4) Mesures
Intéressons-nous maintenant aux grandeurs mesurées lors des essais d'usure et à la façon dont elles l'ont été.

I.4.1) Mesure de profondeur de cratère par comparateur


L'usure se manifeste par un cratère qui se creuse dans la tête de l'électrode au fur et à mesure de son
utilisation.

Un comparateur à aiguille (Mitutoyo 2046S-09) monté sur support est l'outil le plus rapide et efficace que
nous ayons trouvé pour obtenir des résultats sur la Profondeur de Cratère (PC). De plus, c'est le seul outil que
nous pouvions mettre dans le laboratoire de soudage, juste à côté de la table. Les campagnes n'ayant
nécessité que cette mesure ont donc été plus rapides.

Le dispositif est montré sur la Figure 96. Un diffuseur collé au support


maintient l'électrode. Cela permet de toujours la placer à la même position.
La référence est réglée à la surface de l’électrode neuve. A chaque essai,
cette mesure est renouvelée et la distance indiquée par le comparateur est
donc la PC. Je cherchais manuellement, en manipulant l’électrode, le point le
plus profond. Le jeu entre l’électrode et le diffuseur permet cette recherche
sur un disque de 2.6 mm de diamètre autour de l'axe des pièces. Le fond du
cratère se situe toujours dans cette zone.

Le comparateur Mitutoyo 2046S-09 est gradué tous les 10 µm et sa précision


annoncée est de ± 12µm. Cela reste faible au regard des profondeurs
mesurées (plusieurs centaines de µm). Ainsi nous ne représentons pas les
barres d’erreurrr sur les graphes de résultats.

I.4.2) Autres mesures


Figure 96: Comparateur à aiguille
réglé sur une électrode neuve
Initialement, nous avons envisagé deux autres types de mesures pour
quantifier l'usure : la pesée et la cartographie 3D au microscope. Voici comment nous procédions.

Pesées

Nous avons effectué des pesées uniquement en début de thèse, car les autres méthodes se sont avérées plus
efficaces. Toutefois le pesage a confirmé la fiabilité des autres mesures. Le protocole est simple, les électrodes
sont pesées neuves puis à chaque cycle.

La balance utilisée est celle de l'atelier de filerie de Gys, une Kern CFS300-3, précise au mg.

131/205
Cartographie 3D au microscope Comparaison des trois méthodes

Une large partie des mesures pour étudier l'usure a Au cours de la campagne 2, j'ai effectué les pesées,
été effectuée à l'aide du microscope Keyence VHX- les mesures de profondeur et les mesures de volume
6000. J'ai principalement utilisé les zoom ×20 et ×30. de cratère après chaque cycle de coupe. Dans cette
En particulier, l'outil de cartographie en 3D a été très campagne de découpe sur tôle, différentes durées
utile pour étudier le relief des cratères. Initialement, de cycles ont été testées : 2, 4, 8, et 35 min. La
il a aussi permis de valider les mesures prises au Figure 97 montre les résultats sur un essai avec des
comparateur à aiguille. cycles de 2 min de coupe. Les valeurs obtenues par

Ces relevés 3D et l'outil intégré du microscope les trois méthodes y sont rapportées : on constate

permettent de quantifier la profondeur maximale du qu'elles sont très similaires, presque

cratère et de mesurer son volume. proportionnelles. Notons le décalage en ordonnée


de la profondeur (maximale) du cratère, indiquant
une érosion très localisée durant les premières
minutes de coupe.

Figure 97: Résultats de mesure d'usure avec trois méthodes

Par ailleurs, sur cet exemple comme sur d'autres, nous avons constaté que la PC ne suivait pas une évolution
monotone. Au fil des cycles, la tendance de la PC reste toutefois à la hausse. Les cycles de 6 min de découpe,
comme nous les avons majoritairement adoptés dans nos études, permettent d'obtenir suffisamment de
points de mesure pour éviter que ces regains ponctuels de PC n'entachent l'analyse de l'usure.

132/205
En conclusion, les trois méthodes se corroborant mutuellement, nous avons Note :
choisi la plus efficace pour évaluer l'usure : la mesure de PC par comparateur Concernant les électrodes, on
à aiguille. Par ailleurs, nous avons également chronométré le temps de coupe parle indifféremment de durée de
vie, d'endurance ou de longévité.
cumulé des électrodes neuves jusqu'à leur destruction . Cette ultime étape
de la vie des électrodes est décrite dans la prochaine section.

II) Destruction de l'électrode


La cathode s'use progressivement au cours de l'utilisation mais la torche continue de fonctionner. Lorsque
l’électrode arrive en fin de vie, elle est détruite (Figure 13 du chapitre 1) et ne peut plus fonctionner.

II.1) Phénomènes lors de la destruction

La destruction s'accompagne d'une série de claquements secs très bruyants. Des flashs de lumière verte
apparaissent (Figure 98), dus à la grande quantité de cuivre ablaté qui ensemence alors le plasma. Cela dure
au maximum quelques secondes puis le plasma s'éteint et l'électrode est définitivement hors d'usage.

Figure 98: Images de la découpe lors de la destruction à 100ms d'intervalle

Ce phénomène sonore et visuel s'accompagne aussi de perturbations électriques comme en témoigne


l'oscillogramme de courant et de tension d'arc (Figure 99). Le poste que nous utilisons dispose de sécurités
qui déconnectent le secondaire si la tension d'arc s'élève ou diminue anormalement, ou si le courant diminue
anormalement. On pourrait aussi imaginer détecter les perturbations sur le courant et la tension.

133/205
Figure 99: Tension et courant lors de la destruction de l'électrode

Discussion sur les mécanismes de destruction, limage

Nous postulons que la destruction survient lorsque le cratère, trop profond ou trop asymétrique, ne permet
pas de conserver une répartition axisymétrique du flux de masse à l'interface métal-plasma. Il en résulterait
une perturbation de la constriction et donc une concentration de la densité de courant (section I.1.2, "le
diffuseur", dans le chapitre 2) qui engendrerait une vaporisation importante de cuivre et/ou de hafnium. Cela
créerait une succession de sauts de pied d'arc et aboutirait à la destruction de l'électrode en quelques
secondes.

Pour confirmer le rôle de la PC dans la destruction, une


brève campagne d’usure sur banc a été menée suivant ces
étapes :

1. 40 minutes de coupe.

2. L'électrode a été limée (Figure 100) de sorte qu'elle


était plus courte mais que l'insert était de nouveau
plat et à fleur de la surface.

3. 40 minutes supplémentaires de coupe.

4. Second limage.

5. 35 minutes de coupe supplémentaires qui ont


entraîné la destruction.

134/205 Figure 100: Schéma du limage


Cela représente au total une endurance de 115 minutes, largement au dessus, nous le verrons, de l'endurance
constatée au cours des différents EU. Cela va donc dans le sens de l'hypothèse selon laquelle c'est la
profondeur du cratère (par rapport à la surface) qui provoque la destruction. Cette hypothèse est étayée par
une étude numérique présentée dans le chapitre 5 III.3).

II.2) Dommages collatéraux et précurseurs de la destruction

Il peut être intéressant de détecter la fin de vie des électrodes avant qu'elle ne se produise. En effet, dans
certains cas, notamment en cas de défaillance de la protection électrique du poste, la destruction de la
cathode peut endommager d'autres pièces, comme la tuyère, voire d'autres consommables et aller jusqu'à
détruire la tête de torche.

Figure 101: Tôle maculée par du cuivre lors de la destruction

La pièce découpée au moment de la destruction peut également être endommagée.

La Figure 101 présente une tôle d'EU au cours duquel l'électrode a été détruite. Sur les derniers cm, alors que
l'électrode était en phase de destruction, la saignée est très irrégulière.
Autour du point A, une grande quantité de cuivre (noirci en surface par les oxydes cuivriques) a été projetée
et soudée sur le bord droit et a même rebouché la saignée. Au point B, du cuivre s'est également soudé à la
tôle (il n'est pas noirci car le plasma s'est éteint lors de son dépôt).
Cela peut avoir des conséquences particulièrement coûteuses sur des petites séries et/ou grosses pièces
nécessitant un long temps de coupe et un bon état de surface.

Ainsi, il peut être préférable de détecter la destruction avant qu'elle ne survienne. Nous le verrons, la durée
de coupe cumulée est très variable donc on ne peut pas simplement chronométrer pour déterminer quand
l'électrode va exploser.

135/205
Toutefois, quelques dizaines de secondes avant, un présentée dans la section IV a fait suite à des
sifflement strident vient s'ajouter au bruyant souffle observations de routine, que nous avons voulu
de la torche. approfondir.

Pour finir sur ce point, au cours de nos différents


essais, la PC s'est avérée être un indicateur fiable de
l'imminence de la destruction. Dans l'intégralité de
III.1) Dispersion, effet du courant
Nous avons constaté, lors des EU menés à
nos essais, nous n'avons jamais pu mesurer une PC
paramètres identiques, une dispersion significative
supérieure à 1240 µm. On peut indiquer une
des grandeurs mesurées. Elle concerne autant la PC
profondeur de 1100 µm comme limite pour le
que la durée de vie des électrodes (Tableau 41 dans
changement d'électrode. Hypertherm, dans sa
la prochaine section). Ignorant ce phénomène,
configuration équivalente, préconise 1600 µm [5] (la
j'avais effectué la campagne 1 en n'utilisant qu'un
longueur totale des inserts est d'environ 3 mm).
jeu de consommables par paramètre étudié. Ces
Concluons en précisant que la mesure de PC
résultats ne sont donc pas valables et donc non
nécessite l'extinction et le démontage de la torche.
présentés. Cette campagne n'a toutefois pas été
La prochaine section s'intéresse à quantifier
inutile puisqu'elle a permis de roder le protocole
l'endurance des électrodes.
d'EU.

Intéressons-nous à la dispersion sur la PC, grâce aux


III) Impact des paramètres de
résultats de la campagne 3. nous en profiterons pour
coupe sur l'usure
constater les effets évidents du courant, dont
Pour l'usure comme pour la qualité de coupe, nous
l'augmentation accentue l'usure.
souhaitions fournir des préconisations pratiques tout
en améliorant nos connaissances sur les mécanismes La Figure 102 représente les profondeurs de cratères

physiques. Nous avons donc étudié l'impact de mesurées au cours de neuf essais à 105 A et de 4

différents paramètres sur l'usure. En dépit de essais à 75 A réalisés pendant la campagne 3. Les PC

l'organisation de ce manuscrit, la thèse ne s'est pas ont été mesurées toutes les 6 min de coupe

déroulée de façon aussi segmentée. Des curiosités, cumulées, jusqu'à 30 min. Les barres d'erreur autour

parfois des coups de chance, ont orienté les des points moyens correspondent à l'écart-type sur

recherches. Ainsi, l'étude sur la forme des cratères l'ensemble des valeurs aux temps de coupe et
courants considérés.

136/205
Figure 102: Profondeurs mesurées à 75 et 105A

Par ailleurs, à 105 A,l'enveloppe (encadrement par l'électrode est moins étendu lorsque l'intensité est
valeurs min et max à chaque point de mesure) plus faible. Il en résulterait un volume inférieur de
étendue bien au delà de ces écarts-types, montre cuivre et de hafnium liquides, réduisant la variété
que certains essais peuvent atteindre des valeurs des configurations possibles lors de leur
hors norme. Notamment, une électrode détruite en solidification.
moins de 24 min présentait déjà une PC de 920 µm Au delà des PC, la durée de vie des électrodes est
après seulement 18 min de coupe. aussi sujette à de la dispersion. Cela est montré dans
Concernant les essais à 75 A, de façon évidente, le la section suivante, conjointement à l'étude de l'effet
creusement des cratères est moindre. Il est aussi de la tension.
intéressant de noter que les PC sont plus resserrées.
Peut-être que le bain de fusion au sommet de

III.2) Effet de la tension


La tension d'arc est fonction de nombreux paramètres listés dans le Tableau 41, élaboré avec les résultats
d'essais filmés en imagerie rapide (chapitre 2 IV).

Amplitude de variation
Paramètre Domaine considéré Tension en fonction du paramètre
associée au paramètre (V)

Hauteur de torche (mm) 1.7 à 4.7 Croissante 17

Pression (bar) 4à6 Croissante 16

Vitesse de coupe (mm/min) 900 à 1300 Non monotone 6

Courant d'arc (A) 85 à 105 Non monotone 2

Tableau 41: Effets des paramètres de coupe sur la tension

137/205
Selon l'épaisseur de pièce et la qualité désirée, ces les rails et donc élargi la saignée. L'accroche du pied
paramètres sont amenés à changer. Pratiquement, d'arc est alors plus difficile et instable, d'où les
dans les tables de paramètres proposés par les variations de tension.
constructeurs, différentes valeurs de tension sont Nous nous sommes demandés si cette oscillation de
préconisées. Cela peut il impacter l'usure des tension, qui plus est à des valeurs élevées (les
électrodes ? Nous avons découvert que non. maxima préconisés dans les abaques sont de 180 V)
La question de l'impact de la tension sur l'usure s'est pouvait biaiser les résultats sur l'endurance et les
posée lorsque j'ai constaté qu'il était impossible de marqueurs de l'usure.
réguler la tension sur le banc d'usure. Dans les zones Les résultats présentés ci-après s'appuient donc sur
à vitesse de torche établie, sur tôle, la tension la campagne 6 (Tableau 40), au cours de laquelle j'ai
n'oscille que de ±2 V autour de la consigne. utilisé des tôles comme éprouvettes.
Toutefois, avec le banc d'usure, les valeurs de Pour cette étude comparative de tension, les
tensions oscillent de 200 à 230 V, alors même que la électrodes ont été utilisées jusqu'à leur destruction.
consigne est typiquement de 160 V. Même en Des électrodes TopArc (TA) et HypertTherm (HT) ont
désactivant la régulation de tension et en fixant la été utilisées. Deux niveaux de tension, régulés par la
hauteur de torche, la tension oscille d'environ ±15 V. table de découpe ont été testés : 160 et 220 V. Du
Cela est dû à la grande largeur de saignée du banc reste, nous avons utilisé les paramètres de découpe
d'usure. En effet, lorsqu'on resserre les rails (Figure standards décrit dans la section I.2).
94) (ou lorsqu'on coupe de la tôle), la tension est
Les durées de vie des électrodes en résultant sont
beaucoup plus stable. En revanche après quelques
données dans le Tableau 42.
minutes, le jet de plasma a partiellement consumé

138/205
Durées de vie (min) TopArc Hypertherm

Essai 160 V 220 V 160 V 220 V

1 57.6 35 50.5 50.3


2 36 46.5 53 49.5
3 45.55 88 41 43.5
4 72 - 57 54
5 - - 45 65
Moyenne 52.8 56.5 49.3 52.5
Moyenne sur les deux
54.4 50.9
tensions

Ecart-type 15.6 27.9 6.8 4.4

Ecart-type sur les deux


19.6 7
tensions

Amplitude 88-36 = 52 41 - 65 = 24

Tableau 42: Résultats comparatifs sur la durée de vie de l’influence de la tension


pour les deux modèles d'électrode

Les électrodes TopArc présentent beaucoup de Le champ moyen dans la colonne est d'environ
dispersion (ceci est l'objet de discussions dans la 10 V/mm si bien que dans notre configuration
section IV.3). Il est donc difficile de tirer des standard, la longueur d'arc est de ~12 mm à 160 V et
conclusions sur leurs performances. Intéressons- de ~18 mm à 220 V. Or, malgré cette augmentation
nous donc à celles d'Hypertherm. de taille et de puissance électrique (proportionnelle

Les durées de vie moyennes, pour les deux tensions, à la tension puisque le courant est égal dans les deux

sont extrêmement proches. La tension n'a donc pas cas) d'arc, l'usure n'est pas plus forte avec un arc à

d'impact sur la durée de vie des électrodes. Les EU 220 V. L'usure semble donc due à des phénomènes

menés sur le banc d'usure restent donc valides locaux à la cathode, indépendamment de la taille de

malgré les oscillations de tension. De plus, cela l'arc.

signifie que couper des pièces épaisses, nécessitant, Abordons désormais l'ultime étude paramétrique.
d'après les abaques des industriels, de plus fortes
tensions, n'endommage pas davantage les cathodes.

III.3) Effet de la forme de l’électrode


Au cours de la campagne 4, Hocine Takilt (Gys) a testé les prototypes d'électrodes, déjà présentés dans la
section III.2.4 du chapitre 3. Pour rappel, ceux-ci ne sont pas pourvus, comme les électrodes standard,
d'hélice à l'arrière mais de diverses formes. Le protocole diffère quelque peu de celui décrit dans la section I,
et à ce titre cette campagne est présentée hors synthèse des 5 autres. Voici les éléments principaux du
protocole :

139/205
• Utilisation du banc d'usure

• Cycles de coupe : 20 s de coupe + 4 s de refroidissement

• 20 cycles de coupe entre chaque mesure

• Courant : 105 A

• Pression : 5 bar

Les résultats sont consignés dans le Tableau 43. Il s'agit du moyennage des résultats obtenus, chaque
prototype d'électrode ayant été testé en trois exemplaires jusqu'à la destruction. Les températures
maximales sont mesurées à l'aide d'une pastille thermindex (chapitre 2 III.2.1) placée au milieu du corps de
l'électrode.

Modèle Originale Proto 1 2 3 4

Photo

Température mesurée (°C) 171 160 177 171 160


Débit total (NL/min) 300 335 335 360 320
Débit rétroinjecté (NL/min) 110 140 180 140 120
Distance coupée (m) 168 105 137 129 90

Tableau 43: Résultats de la campagne 4 avec électrodes modifiées


L'électrode originale est de loin la plus endurante. Reste l'écoulement. Peut-être la configuration
Aucune corrélation ne semble ressortir entre les d'origine, avec l'hélice complète, est la plus efficace.
températures ou débits constatés et l'endurance des On sait que le sens de cette hélice impacte le jet de
électrodes. Toutefois, l'information des plasma : elle détermine le côté de formation d'un
températures relevées est à considérer avec bourrelet latéral sur une tôle épaisse (chapitre 3
précaution. En effet, dans cette campagne, les cycles Figure 82). Elle a donc probablement un impact sur
de coupes détaillés ci-avant ne permettaient l'écoulement aux abords de la tête de l'électrode, si
vraisemblablement pas aux électrodes d'atteindre bien qu'elle reste la meilleure option en terme
leur température d'équilibre (chapitre 2 d'endurance face aux prototypes qui en sont
Caractérisation thermique). Leur capacité dépourvus. Nous n'avons pas fait d'EU en utilisant
thermique, dépendante du volume de cuivre et donc des hélices à pas inversés.
variant d'un prototype à l'autre, doit donc impacter
les profils de températures.

140/205
IV) Mécanismes de l'usure
L'importante dispersion des résultats, tant sur la PC que sur l'endurance rend délicates, sinon vaines, d'autres
études paramétriques. Je me suis donc intéressé plus avant aux mécanismes de l'usure.

IV.1) Formes de cratère

L'observation des cratères a occupé une partie (on parle de bourrelet), comme ici, à gauche du
importante de mes recherches sur l'usure. centre.
Intéressons-nous à l'aspect des cratères, en nous Le cuivre peut noircir du fait des fortes températures
appuyant sur la Figure 103, photographiée sur une qu'il atteint, formant des oxydes cuivriques, mais il
électrode ayant effectué cinq cycles de 6 min de garde un aspect granuleux et mat qui permet de le
coupe. distinguer de l’hafnium. Notons que le cratère se
La matière brillante au centre, est l'hafnium de creuse dans les deux matériaux.
l'insert. Il arrive parfois qu'elle déborde sur le cuivre

Figure 103: Cratère après 30 min de coupe cumulées, en couleurs réelles, zoom × 30
Tirets rouge : Limites initiales de l'insert d'hafnium
Tirets blancs : Limite du bourrelet d'hafnium

Types de cratères

Au cours des différents EU, les observations au microscope, en 3D notamment, ont mis en évidence une
grande variété de formes de cratères. Nous les avons classées en différents types représentés sur la Figure
104 et décrits dans le Tableau 44.

141/205
Figure 104: Schéma des différents types de cratères observés

Type Description Exemple


L'hafnium est creusé plus profondément que le cuivre. La transition entre l'hafnium
Puits -
et le cuivre peut être plus ou moins abrupte.
Puits avec Comme le précédent mais un bourrelet d'hafnium, souvent sur un arc de cercle Figure 107
bourrelet incomplet, recouvre aussi une partie du cuivre. étape 3
Seul l'hafnium est entamé, en son centre. De plus, il recouvre
Puits avec Figure 108
(souvent de façon axisymmétrique) une partie du cuivre qui,
couronne étape 2
en dessous, reste intact.
Indépendamment de la matière, le sommet de l’électrode est creusé de façon
Figure 108
Pente asymétrique et une pente plane se dessine du niveau original de l’électrode à la ligne
étape 6
la plus profonde
Pente avec Comme le précédent, mais du hafnium recouvre aussi une partie de l’électrode dans Figure 109
bourrelet la partie haute de la pente. étape 5 ou 6
Ilot L'hafnium est creusé mais le cuivre le plus central l’est plus profondément encore. -

Tableau 44: Description des de différents types de cratères observés

Notons que, malgré la vue schématique en coupe et en 2D adoptée sur la Figure 104, les formes observées
peuvent être plus ou moins symétriques, notamment les bourrelets.

Les Figures 105 et 106 montrent des profils de profondeurs pris le long de 4 directions sur deux exemples sur
des électrodes TopArc au cours des essais d'usure à 160 V. Le cratère de la Figure 105 présente une
configuration d'îlot avec une légère pente sur les directions a, b, c, et d. Sur la Figure 106, la pente est
beaucoup plus marquée sur la direction c du fait du bourrelet d'hafnium. Par ailleurs, les bords du cratère
sont très raides et circulaires dans les deux cas.

142/205
Figure 105: Profil de hauteur d'une électrode en essai d'usure à 160 V après 6 cycles

Figure 106: Profil de hauteur d'une autre électrode en essai d'usure à 160 V après 9 cycles

Malgré ces observations, il nous est impossible de nombreuses forces, lors de l'extinction du courant.
déterminer ce qui entraîne la formation de tel ou tel De plus, des réactions chimiques opèrent, puisque
type de cratère. En effet, ces différentes formes sont des oxydes cuivriques et d'hafnium se forment. A
toutes le résultat de découpe avec les paramètres notre niveau, nous considérons donc que le type de
standards, et les variations que nous avons opérées cratère relève de l'aléatoire. A défaut d'expliquer
sur ces paramètres n'ont pas amené à une formation l'origine des formes, nous discutons dans la
préférentielle d'un type de cratère. De plus, un prochaine section de leur lien avec la durée de vie
cratère peut changer de forme au cours de la vie de des électrodes.
l'électrode.

Ces formes sont le résultat du figeage du bain de


fusion à la pointe de la cathode, soumis de

143/205
IV.2) Lien entre forme de cratère et endurance

Nous avons utilisé l'outil de cartographie 3D pour obtenir les Figures 107, 108 et 109, prises après chaque
cycle de 6 minutes de coupe lors des essais à 220 V avec électrodes TopArc de la campagne 6 dont les
résultats sont rapportés dans le Tableau 42 de la section III.2 :

• Figure 107 : Tous les clichés de 220V_1 (la 1ère série sous 220 V)

• Figure 108 : Tous les clichés de 220V_2.

• Figure 109 : Les 7 premiers clichés de 220V_3 (les derniers cycles de cette série n’ont pas donné suite
à une cartographie 3D car le temps de manipulation était limité).

Il s'agit d'images aux couleurs composées d'une addition : une partie de la couleur reflète le véritable aspect
(Figure 103) et une autre est une échelle arc en ciel relative à la profondeur. Le rouge correspond aux
éléments en surface et le bleu aux plus grandes profondeurs.
Le chiffre en noir encadré de blanc est la profondeur maximale de cratère, en µm. Le cercle magenta indique
la position de l'insert. Les chiffres en blanc sont la référence de l'essai.

Figure 107: Evolution du relief de la tête de l'électrode 220V_1 (endurance 35 min)

144/205
Figure 108: Evolution du relief de la tête de l'électrode 220V_2 (endurance 46 min)

Figure 109: Evolution du relief de la tête de l'électrode 220V_3 (endurance 88 min)

145/205
Dans le premier cas (Figure 107), le cratère devient On peut donc suggérer que des cratères à fonds plus
fortement asymétrique et son fond revêt une pente plats (puits ou îlots) sont propices à une durée de vie
marquée, ce qui semble être propice à une plus longue, alors que des cratères avec une pente
destruction prématurée (endurance 35 min). marquée entraînent des destructions prématurées.

A l'inverse, pour 220V_3 (Figure 109), le fond du L’hypothèse est que, lorsque le fond de cratère

cratère prend une forme plus plate (passage des présente une pente, l'injection d'air en vortex

étapes 4 à 7) et présente une durée de vie élevée provoque une importante asymétrie dans la densité

(88 min). 220V_2 (Figure 103) est un intermédiaire : de flux de masse du plasma comme schématisé sur

le cratère est plutôt plat à l'étape 5 et encore la

davantage à la 6, mais une asymétrie ressurgit à Figure 110.

l'étape 7. Cet essai a conduit à une durée de vie


moyenne (46 min).

Figure 110: Vue schématique de tête d'électrodes avec cratère à fond pentu (à gauche)
et à fond plat (à droite) et représentation hypothétique du flux d'air.

Le côté présentant le moins de flux de masse, et grandes variations de tension précédant la


dépourvu de la centrifugation du vortex, verrait alors destruction
sa densité de courant augmenter anormalement sur (Figure 99) : La forte densité de courant au pied d’arc
le rayon extérieur, proche du cuivre. Ces fortes échauffe fortement le plasma et l’ensemence en
densités de courant appliquées au cuivre en vapeurs de cuivre, la conductivité locale s’élève plus
provoqueraient l'évaporation rapide. Les rapidement (comparativement à la boucle de
soubresauts observés lors de la destruction de régulation de courant du générateur) et la tension
l'électrode trouveraient alors leur origine dans les diminue. En revanche, le cuivre s’érode intensément
sauts de pieds d'arc dus à l'évaporation de la et le site du pied d'arc devient moins favorable à son
cathode. Une fois que trop de cuivre a été ablaté, le accroche, jusqu'à ce qu'il saute sur un nouveau site.
pied d'arc saute à une autre position sur l'électrode, La conductivité locale dans le plasma sur le nouveau
mais toujours avec une densité de courant très site est initialement moins élevée (car il est plus
élevée, menant à la destruction en quelques froid) : la tension remonte.
secondes. Ces sauts de pied d’arc expliqueraient les

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A l'inverse, dans les cratères à fonds plats, le vortex Toutefois, nous avons aussi mené une série
peut circuler et concentrer le courant plus longtemps d'observations sur une électrode HT, référence qui,
sur l’hafnium. rappelons-le, présente des durées de vie beaucoup

Ces hypothèses n'ont pas pu être confrontées à moins dispersées (Tableau 42). La prochaine section

davantage d'observations. se propose d'expliquer pourquoi.

IV.3) Influence du diamètre d'insert

Au cours de la campagne 6, nous avons utilisé des électrodes TopArc (TA) et HyperTherm (HT). La différence
principale entre ces deux références est le diamètre de l'insert en hafnium (chapitre 2 section I.I.2) : 1.16 mm
pour TA et 1.33 mm pour HT. La Figure 111 montre l'évolution du cratère de l'électrode HT 220V_6.

Figure 111: Evolution du relief de la tête de l'électrode Hypertherm 220V_1 (endurance 50 min)

Contrairement aux résultats sur les électrodes TA, une couronne occupant toute la circonférence du cratère
est créée et se maintient pendant de nombreux cycles (configuration de puits avec couronne comme
schématisé sur la Figure 104). L'aire recouverte par l’hafnium est supérieure au rayon initial de l'insert grâce à
ces épanchements. Le cuivre est donc protégé et on constate que même à l'étape 7 (donc après 6 × 7 = 42
min de coupe cumulées), il ne s'est pas creusé même s'il a noirci du fait de la chaleur.

147/205
Discussion connu des cycles de changement de forme
favorables et que dans leur cas, ils ont permis d'user

Nous observions pour les électrodes TA, dans la davantage la partie en cuivre, abaissant le niveau de

section précédente, que des cratères plats la surface autour du cratère, et reproduisant d'une

accompagnaient les longévités les plus importantes. certaine façon l'effet de limage bénéfique à la

Ici, les électrodes à insert plus large semblent plus longévité, évoqué dans la discussion en fin de

propices à créer une couronne d'hafnium qui section II.1). Pour rappel, en limant la tête d'une

recouvre et protège le cuivre. Alors pourquoi électrode entre deux longues séquences de coupe,

certaines électrodes TA présentent elles des nous avions réussi à porter sa durée de vie à

longévités si dispersées et parfois bien supérieures 115 min, contre ~50 en moyenne sans limage.

aux HT ? A l'inverse, avec l'électrode HT dont l'insert est plus

Notre hypothèse est la suivante. Tout d'abord, gros, une couronne d’hafnium se forme dès les

lorsque le cratère, même à fond plat, devient trop premiers instants de la découpe et protège le cuivre

profond, la circulation d'air (en vortex) ne peut plus en périphérie du cratère. Ainsi le creusement se fait

s'effectuer correctement (Figure 110) autour du pied principalement au centre, jusqu'à atteindre une

d'arc et cela engendre la destruction car les densités profondeur critique. Cela épargne à l'électrode HT

de courant deviennent ponctuellement très élevées des durées de vie très courtes mais rend également

et consument l'électrode. impossibles les très grandes durées de vie que nous
avons pu constater sur TA. En effet, les
Ensuite, nous avons constaté que des configurations
configurations favorables, où le cuivre périphérique
asymétriques peuvent se créer et disparaître
est creusé et la profondeur relative du cratère
(Figures 108 et 109) au cours de la vie de l'électrode
réduite, sont rendues improbables par les
TA à petit insert. Dès lors, on peut supposer que les
épanchements d'hafnium provenant du gros insert
électrodes à grande durée de vie sont celles qui ont
HT et formant une couronne.

V) Synthèse du chapitre 4

L'érosion et, in fine, la destruction des électrodes est un phénomène inéluctable dans la découpe plasma.
Elle s'accompagne de claquements sonores, de perturbations électriques et de flash lumineux avant
l'extinction du plasma. Cela peut même endommager l'ouvrage.

Une fois détruite, il est alors nécessaire de changer au moins l'électrode, souvent la tuyère et parfois d'autres
pièces de la torche, bien que les protections électriques implémentées dans les générateurs puissent réduire
les dégâts. Prédire la destruction de l'électrode peut donc s'avérer intéressant. Cela est possible en écoutant
le son de la torche ou en la démontant et en procédant à des mesures de profondeur de cratère.

148/205
Nous avons mené des essais d'usure pour observer et expliquer l'érosion de la cathode. Ces essais sont, par
essence, longs car ils nécessitent de faire fonctionner la torche pendant des durées suffisantes pour entraîner
l'usure. De plus, ils nécessitent des manutentions et les mesures que nous avons effectuées ne pouvaient se
faire en fonctionnement. Il fallait arrêter la torche et la démonter pour effectuer les relevés. Nous avons
considéré la profondeur de cratère et la durée de vie.

Nous ne nous sommes intéressés qu'à l'usure par le fonctionnement en continu et non par cyclage.

Le premier résultat est la très importante dispersion des profondeurs de cratères et des endurances
constatées avec l'électrode TopArc. Malgré cela, nous avons constaté l'efficacité du design original avec une
hélice à l'arrière (comparés à des prototypes sans hélice), possiblement car elle favorise un écoulement
bénéfique pour l'endurance. Ensuite, sans surprise, la durée de vie est d'autant plus grande que le courant de
coupe est faible. Concernant l'effet de la tension, nous avons du utiliser des électrodes Hypertherm, aux
performances beaucoup moins dispersées, pour statuer. Cet effet est négligeable.

Nous avons porté un intérêt particulier aux formes des cratères. Ils peuvent en revêtir de nombreuses, qui
semblent être liées aux durées de vie constatées. Les cratères à fonds plats sont corrélés à des endurances
importantes, à l'inverse des cratères à fonds pentus. De plus, quelle que soit la forme du cratère, si son point
le plus profond atteint une profondeur trop élevée (~ 1200 µm pour TA), l'électrode sera détruite. Ainsi, limer
les électrodes en milieu de vie est un moyen d'en prolonger la durée.

Notre hypothèse est que la destruction se produit lorsque la circulation d'air (en vortex) est entravée par la
profondeur du cratère ou perturbée par son asymétrie. Les densités de courant locales deviennent alors très
importantes et entraînent la vaporisation ponctuelle de l'électrode, et subséquemment des sauts d'arcs qui
reproduisent ce phénomène violent jusqu'à détruire l'électrode en quelques secondes.

Les électrodes HT, pourvues d'un insert plus gros, semblent propices à s'user en formant un puits avec
couronne de hafnium, qui protège le cuivre. L'usure est donc plus centrale et cela conduit à des durées de vie
moins dispersées que TA (mais comparables en moyenne).

Les mécanismes présidant à la formation des cratères nous restent inconnus. Nous n'expliquons pas pourquoi
tel ou tel type de cratère se formera, car bien que l'essentiel de nos essais d'usure se soit fait à paramètres
identiques, ils ont conduit à des formes de cratères et des endurances variées pour les électrodes TA. Existe-t-
il des paramètres dont nous n'avons pas conscience, ou bien la formation des cratères relève-t-elle
intrinsèquement de phénomènes aléatoires ? En l'état, nous ne pouvons trancher.

Nous arrivons à la fin de la partie expérimentale de notre étude. Le prochain chapitre aborde un aspect
complémentaire, le modèle numérique, qui nous a permis de pousser les prospections au delà de l'existant.

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Chapitre 5 Modélisation numérique

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En complément des observations et expériences décrites dans les chapitres précédents, nous avons
développé un modèle numérique de la torche. Il permet de simuler son comportement physique et de
quantifier des grandeurs inaccessibles à la mesure. Le modèle avait pour but de mieux comprendre le
fonctionnement de la torche et de donner des éléments pour un dimensionnement. En effet, la torche AT-125
est une référence éprouvée sur le terrain (notamment par tous les essais décrits dans les chapitres
3 et 4) nous donc avons utilisé le modèle pour calculer quelles étaient les grandeurs physiques associées à ses
bonnes performances.

Nous pouvons calculer des grandeurs scalaires ou vectorielles, en un point ou sur une zone voulus, et
effectuer des opérations sur ces grandeurs (Tableau 45). Par exemple, la Figure 111 montre un champ de
température simulé par le modèle, en miroir avec la maquette de la torche qu'il représente. Dans nos
simulations l'électrode est séparée de la tuyère d'1 mm pour les raisons expliquées dans le chapitre 2 I.4.1
"Rétractation de l'électrode".

Champs vectoriels Champs scalaires Calculs sur les grandeurs


Vitesse fluide Température Intégrale sur une surface
Norme ou composante
Densité de courant Profil le long d'une ligne
d'un champ vectoriel
Forces de Laplace Potentiel électrique Minimum, maximum, moyenne
Champs électrique et magnétique Pression Somme, différence, produit, quotient...
Conductivité thermique,
densité et autres propriétés
Effet Joule
Tableau 45: Principales grandeurs accessibles par le modèle et principaux calculs sur ces grandeurs utilisés dans la thèse

Dans ce chapitre, nous donnons tout d'abord les ces résultats ont étoffé notre connaissance de la
bases du modèle et les hypothèses simplificatrices torche et des mécanismes physiques dont elle est le
retenues. Celles-ci entraînent des faiblesses ou des siège.
angles morts que nous décrivons également. Enfin, nous proposons une piste, appuyée par nos
Ensuite, nous expliquons comment nous avons établi observations et les résultats de simulation pour
puis calibré le modèle. Cette étape repose largement améliorer l'endurance des électrodes ainsi qu'un
sur les observations et les résultats expérimentaux. outil de conception.

Puis, nous décrivons des résultats de simulations Dans ce chapitre, les textes en orange se réfèrent aux
caractérisant la torche au-delà des mesures grandeurs du modèle, lorsque la confusion avec
expérimentales. Des études numériques portant sur l'expérimental est possible.

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Figure 112: En haut : Champ de température de la torche simulé dans le cas de référence (105 A)
En bas : En miroir, photo de la maquette modélisée

I) Bases et hypothèses du modèle


Le modèle est basé sur la résolution d'équations fermées par des conditions limite, dans un domaine
discrétisé et maillé. Nous utilisons Ansys Fluent 19.2 comme solveur.

• Domaine : Construction numérique représentant la torche, constituée de zones fluides et de zones


solides, séparées et délimitées par des parois aux propriétés réglables.

• Maillage : Ensemble de mailles (ou cellules) qui subdivisent le domaine. Les physiques simulées sont
calculées discrètement à chaque maille.

• Cas : Configuration donnée, en termes de paramètres d'entrée (courant d'arc, pression...) et de


résultat, du modèle. Un cas a convergé quand de nouvelles itérations de calcul n'entraînent plus de
modification des grandeurs calculées

I.1) Domaine, Maillage


Le domaine (Figure 113) comprend une partie de la tête de torche et la surface d'une plaque solide traversée
par une saignée en face de la torche. Cela est suffisant pour représenter le jet de plasma. Nous n'avons donc
pas représenté le reste de la torche dont la fonction se résume à l'alimentation en air et en courant.

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Figure 113: Vue en coupe CAO de la tête de torche avec domaine modélisé

Seule la moitié supérieure a été considérée car nous avons créé un modèle 2D axisymétrique, comme
expliqué dans la prochaine section.

Dimensions : 2D Axisymétrique
Nous avons fait le choix d'un modèle à deux dimensions axisymétrique ce qui correspond globalement à la
forme de la torche. La géométrie et toutes les grandeurs calculées sont considérées comme invariantes par
rotation autour de l'axe de la torche. Un tel domaine est plus simple à construire et les calculs sont beaucoup
plus rapides qu'en 3D. Notre maillage comprend environ 20 000 cellules, il en aurait fallu environ 120 fois plus
pour faire un maillage 3D équivalent.

Cependant, un modèle 2D présente des spécificités et faiblesses que nous détaillons dans la suite de cette
section.

Saignée en 2D axisymétrique :
Rappelons que nous ne représentons pas l'intérieur de la plaque mais seulement la surface, dont la "saignée"
a la forme d'un simple trait dans le domaine 2D (Figure 115), ce qui correspondrait à un trou rond une fois
appliquée la symétrie de révolution. Il a un rayon de 1.3mm (largeur supérieure de saignée observée
expérimentalement sur tôle de 4 mm avec les paramètres de coupe à 105 A préconisés par le constructeur)
par lequel peut donc s'écouler le fluide (Figure 112).
Du fait de l'axisymétrie, on ne peut représenter la vraie forme d'une saignée (chapitre 1 Figure 10). D'ailleurs
on ne peut pas non plus représenter une avance de torche.

Orifices répartis circulairement :


Le domaine 2D axisymétrique implique d'utiliser des sections équivalentes pour l'écoulement du fluide sur les
pièces pourvues de orifices répartis circulairement. Il s'agit de la buse, du déflecteur et du diffuseur (chapitre
1 I.1.2). Cela permet d'assurer que, malgré la simplification 2D axisymétrique, les quantités de mouvement et
donc les débits simulés seront représentatifs.

155/205
Par exemple, nous avons remplacé les rangées de trous d'injection du diffuseur par des couronnes d'injection
de sorte que leur section équivalente en 2D
axisymétrique soit la même que leur section totale réelle.
Ces rangées sont représentées par un segment dans le
domaine mais avec l'axisymétrie cela correspondrait à des
couronnes comme sur la Figure 114.

Enfin, l'hélice de l'électrode ne peut être représentée par


un modèle 2D axisymétrique, et nous l'avons donc exclue
Figure 114: Diffuseur en CAO ; à droite, avec couronne
du domaine (Figure 113). d'injection équivalente en section

I.2) Parois, conditions limite


Seules les zones fluides sont maillées. Elles sont délimitées par des parois. Des conditions limite y sont
posées (Figure 115) afin de fermer les équations et de paramétrer le modèle.

Figure 115: Schéma des conditions limites. Les zones fluides sont blanches et les solides grises.
Les solides et l'intérieur de la saignée ne sont pas maillées, les grandeurs n'y sont donc pas calculées.

Ces conditions limite sont données dans le Tableau que l'impact de ces températures (dans les plages
46. Elles sont ajustables et les valeurs présentées constatées expérimentalement) était insignifiant sur
sont celles du cas de référence. les résultats de simulation. C'est pour cela que nous
Nous avons réglé les températures des parois grâce à avons pu regrouper presque toutes les parois solides
la caractérisation expérimentale mais il s'est avéré et leur avons appliqué la même température.

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Interface Type Conditions
Température Pression (bar Potentiel Potentiel Potentiel
(K) relatif) scalaire vecteur Ax vecteur Ar
Injection 1 (air Injection de
4.3 Flux nul Flux nul Flux nul
plasmagène) pression
300 (voir
Injection 2 (air de Injection de section II.1)
protection) pression
Autres Parois Mur 300 - Flux nul Flux nul Flux nul
Profil de
3500 (fusion de
Insert en Hf Mur - courant Flux nul Flux nul
l'hafnium)
constant
Biot et Savart
Canal de tuyère Mur 450 - Flux nul Biot et Savart
[3]
Injection de
Saignée - 0 0 Flux nul Flux nul
pression
Haut de plaque Mur 1000 - 0 Flux nul Flux nul
Injection de
Air libre 300 0 Flux nul Biot et Savart Biot et Savart
pression
Tableau 46: Conditions limites du modèle

La distance torche-plaque choisie dans le domaine est de 3.2 mm, conformément aux cas de référence
expérimentaux à distance torche-plaque fixe.

I.3) Résolution de la physique


Pour décrire le système, le solveur résout des équations dans le domaine de calcul :

• De Navier-Stokes qui régissent les écoulements et permettent de déterminer les trois composantes de
la vitesse (radiale, axiale, azimutale).

• De conservation de l'énergie qui permet de déterminer la température.

• De conservation du courant pour déterminer le potentiel électrique.

• Du potentiel vecteur pour calculer le champ magnétique autoinduit.

Ces équations sont mises sous la forme d’une somme de termes :

• diffusif : grandeur conduite par les/aux mailles adjacentes

• convectif : grandeur transportée par l’écoulement par/vers les mailles adjacentes

• source: grandeur générée dans les mailles

Ces termes sont, dans l'ordre, repris dans l'équation [96] :

div (ρ v φ) = div (Γgrad φ) + Sφ

Avec φ = grandeur considérée, Γ coefficient de diffusion de la grandeur considérée et


v vecteur vitesse locale du fluide.
Le modèle est stationnaire et ne considère donc aucune évolution temporelle.

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Les résultats obtenus dépendent des propriétés du fluide, détaillées dans le point suivant.

Propriétés du fluide
Les données de base du fluide (ici, l'air), coefficients de transport, propriétés thermodynamiques sont
calculées dans l'équipe au laboratoire [15]. Voici celles que nous avons utilisées :

• Chaleur Spécifique

• Densité

• Enthalpie

• Viscosité

• Conductivité thermique

• Conductivité électrique

Le rayonnement est pris en compte par CEN avec les valeurs de Naghizadeh [97].

Toutes les grandeurs sont tabulées pour des températures de 300 à 30000 K et pour des pressions de 1 et
8 bar. Pour toutes les pressions intermédiaires, une interpolation linéaire est réalisée entre ces deux valeurs.
Pour les pressions inférieures à 1 bar, la densité et le CEN sont extrapolés linéairement. Nous ne rencontrons
pas de pressions supérieures à 8 bar dans nos cas.

Nous considérons de l'air pur car, comme expliqué dans le point suivant, les vapeurs métalliques sont
négligeables.

Ensemencement
Les métaux de l'électrode, cuivre et hafnium, en se vaporisant, intègrent le plasma d'air. On parle
d'ensemencement. Nous l'avons quantifié pour déterminer s'il pouvait modifier les caractéristiques du
plasma et s'il devait être pris en compte dans les données de base du modèle.

Pour ce faire, j'ai observé un cratère d'électrode lors d'un essai d'usure. J'ai estimé les volumes ablatés (l'outil
est décrit dans le chapitre 4 I.4.2) et les ai rapportés au temps de coupe cumulée de cette électrode pour
évaluer le taux d'ablation et donc la quantité de ces métaux présents dans le plasma. Les fractions massique
de métal en présence dans le plasma sont de l'ordre de 10-8 bien en dessous des 10-5 à 10-1 décrits par
Abdelhakim et al. [98] pour un plasma de N2 ou Cressault [13] (plasma d'ArH2) comme valeur entraînant un
effet sensible (sur les conductivités et la viscosité).

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Grandeurs électriques et magnétiques, rayonnement
Les grandeurs dans les parties solides, y compris Pour la Saignée, un potentiel de 0 V est imposé.
dans l'électrode, ne sont pas calculées. De plus, les S'agissant d'un passage fluide, on parle alors d'anode
gaines électrodiques ne sont pas prises en compte. poreuse [21].
On ne peut donc pas modéliser parfaitement la L'effet Joule est le premier contributeur du terme
sortie du courant, aussi avons nous adopté une source de l'énergie. Le rayonnement est pris en
hypothèse simplificatrice. compte par la méthode du Coefficient d'Emission
Un profil de courant constant sortant de l'Insert est Nette (CEN) [4]. Cela permet d'en tirer une puissance
appliqué. Il est de forme exponentielle, la densité de rayonnée qui est retranchée à l’effet Joule dans le
courant étant plus importante sur l'axe, et son terme source de l’énergie.
intégration sur la paroi Insert conduit à la valeur de Les forces de Laplace quant à elles, s'appliquent [99]
réglage du courant, 105 A pour le cas de référence. et constituent le terme source de l'équation de la
Cette valeur est constante, la stationnarité du quantité de mouvement. Elles ont tendance à
modèle interdisant de considérer l'ondulation du constricter l'arc.
courant.

II) Calibrage, validation


Une fois le modèle élaboré, il était devenu possible d'effectuer les premières simulations. Toutefois, à ce
stade, il restait encore à confronter les résultats aux mesures pour s'assurer de leur validité.

II.1) Accord modèle-expérience pour les débits


La première clef de validation était l'accord modèle-expérience des débits.
Nous appliquons la même pression dans toutes les Entrées d'air (injection du diffuseur et injection de l'air de
protection de la buse, chapitre 1 Figure 20) puisqu'elles sont alimentées au même niveau du circuit
pneumatique.

Initialement nous n'avions pas quantifié le débit d'air rétroinjecté Q1B (nomenclature des trajets de l'air :
chapitre 2 Tableau 8,) et nous pensions qu'il était négligeable. Dans le modèle, il n'était pas représenté donc
seuls les trajets 1A et 2 étaient pris en compte (Figure 116). En calibrant le modèle, nous avons réalisé que
c'était une erreur.

159/205
Figure 116: Configuration pneumatique schématique du modèle

Au début, nous ne connaissions pas la répartition des débits mais seulement le débit total Q1+2 =
240 NL/min = 4.8 g/s (chapitre 2 Tableau 13). Nous avons donc visé cette valeur pour le débit total simulé
Q1A+Q2.

Pour cela, nous avons réglé la pression des Entrées d'air. Elle devait être nécessairement inférieure à 5 bar
car, dans la réalité, c'est la valeur en sortie de régulateur du poste mais il y a ensuite des pertes de charge.

Or, même à 5 bar, le débit total simulé Q1A+Q2 était insuffisant et ne dépassait pas les 2 g/s. Cette anomalie
nous a poussés à l'élaboration de la bague de débit arrière (chapitre 2 Figure 38). A l'aide de cette pièce, nous
avons réalisé que Q1B valait 2.4 g/s et ne devait pas être négligé. La nouvelle valeur cible de Q1A+2 était donc
4.8 - 2.4 = 2.4 g/s.
De plus, quantifier Q1B nous a permis par déduction de connaître les débits dans tous les circuits.

Nous avons donc pu calibrer la pression en visant le débit de protection Q2 mesuré à 1.6 g/s. Cette valeur de Q2
a été atteinte pour 4.3 bar. Toutefois, même à cette valeur de pression, et malgré la soustraction de Q1B, le
débit total simulé Q1A+2 demeurait trop faible, 2.1 au lieu des 2.4 g/s cible.

Nous avons repris les cotes pour voir si l'erreur ne venait pas de là. Il s'est avéré que nous avions mal mesuré la
tuyère, dont le rayon était environ 0.1 mm trop petit dans le modèle. Corriger cela a finalement permis l'accord
réalité/simulation sur les débits.

Le résumé de ces étapes de calibrage est donné dans le Tableau 47.

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Pression
Débit cible Débit simulé Δ débit
Notes injectée
(g/s) : (g/s) cible - simulé (g/s)
(bar)
Débit total
Q1B négligé 5 Q1A+2 = 1.8 3 sur le débit total
Q1+2 = 4.8
Prototypage de la bague de débit arrière, Débit de protection 0 sur le débit de
Q2 = 1.6
mesure de tous les débits Q2 = 1.6 protection

Débit total - rétroinjecté 4.3 0.3 sur le débit


Pression validée à 4.3 bar Q1A+2 = 2.1
Q1A+2 = Q1+2 - Q1B = total - rétroinjecté
Erreur de cote sur la tuyère corrigée 4.8 - 2.4 = 2.4 Q1A+2 = 2.4 0 : accord atteint

Tableau 47: Dans l'ordre des lignes, étapes de calibrage des débits simulés

Concernant la prise en compte de Q1B, j'avais initialement créé une condition limite de sortie d'air à l'arrière
du domaine, mais sa présence n'avait aucun impact sur l'écoulement en aval. Pour simplifier, je l'ai donc retiré
du domaine et ai simplement soustrait Q1B aux valeurs totales pour le calibrage des débits.

II.2) Ecoulement supersonique et ondes de choc

La vitesse du son dans un milieu dépend de ses température et pression. Ainsi, dans l'air à 1 bar, la vitesse du
son est d'environ :

• 340 m/s à 25°C

• 5 000 m/s à 24000°C

La Figure 117 est un champ de nombre de Mach, rapport entre la vitesse du fluide et la vitesse du son, dans le
cas simulé de référence. Sur cette figure et sur les suivantes qui ne représentent qu'une partie de la torche,
un schéma du domaine est ajouté pour situer le champ considéré à l'aide d'un encadrement en rouge.

Figure 117: Champ de nombre de Mach dans la simulation de référence

Cette figure met en évidence la parfaite adaptation en rouge), la tuyère s'élargit. Or un jet supersonique
de la tuyère pour favoriser l'accélération du jet de dans un canal divergent accélère encore davantage
plasma : il gagne en vitesse dans la longueur de la [100].
tuyère, et, là où le jet devient supersonique (limite

161/205
Le jet de plasma en sortie de tuyère est à ceux de la simulation. Les ondes de choc sont
supersonique et l'adaptation à la pression ambiante visibles car le plasma est un milieu chaud et émissif
se fait en conséquence à travers un chapelet d'ondes dont la luminosité augmente avec la pression. On
de choc, que nous avons observé avec une caméra peut donc visualiser ces ondes sur un champ de
rapide au cours d'essais décrits dans le chapitre 1 pression comme sur la Figure 118.
IV.3) avec des paramètres expérimentaux identiques

Figure 118: Champ de pression (Pa relatif) du cas de référence mettant en évidence
les ondes de choc divisées en 5 zones a, c et e surpression / b et d dépression

Les ondes de choc sont une clef de validation pour le affichées sont un moyennage de 1000 images
modèle car elles résultent, rappelons-le, à la fois de consécutives du film de référence (filmé à 4000
la température, de la pression et de la vitesse du images/s), et j'ai appliqué un gain et un offset pour
fluide. faire mieux correspondre visuellement aux courbes

Comme évoqué précédemment, dans la réalité, les de simulation. Je n'ai donc pas reporté l'échelle de

ondes de choc prennent l'apparence d'une ces valeurs sur l'axe Y.

succession de zones de luminosité variable. La Figure Jusqu'à environ 1.8 mm, l'accord entre le CEN et la
119 montre la valeur du CEN et du nombre de Mach luminosité mesurée est corrélée au nombre de Mach
le long de l'axe en aval du bas de torche et la : lorsqu'il augmente au dessus de 1.5, l'accord est
luminosité mesurée lors de l'essai de référence filmé moins bon. Cela peut venir de la tendance de Fluent
le long de l’axe de la torche entre la sortie de tuyère à sous-estimer la pression pour des Mach > 1.5 dans
et le haut de plaque (indiqué sur la Figure 117). le plasma de découpe [6].

La luminosité mesurée s'exprime en valeurs des Puis d'environ 1.8 mm à 3.2 mm, la divergence des

pixels sur une ligne de 1 pixel de large allant du bas tendances s'accentue à cause de l'aveuglement sur

de torche au dessus de la plaque. Les valeurs les images du film, dû au reflet de l'intérieur de la
saignée.

162/205
Figure 119: Luminosité moyenne en simulation et observée et nombre de Mach sur l'axe en sortie de torche dans la simulation

II.3) Tension des données de terrain pour être validé, peut à son

Dans la simulation, le courant est fixé. La tension tour mettre en lumière et guider les observations et

résulte de l'ensemble des résistivités locales expériences sur le système physique. En l'occurrence

dépendant de la pression et de la température. il nous a orientés vers la mesure de Q1B et la reprise

Ainsi,la comparaison des tensions simulée et des cotes. Après quoi, l'accord terrain-modèle était

expérimentale est aussi un élément de validation du atteint pour les débits. Quoique perfectibles, les

modèle. résultats sur les deux autres clefs de validations,


ondes de choc et tension de colonne, nous
Lors de l'essai de référence filmé (chapitre 2 IV.1),
permettent d'affirmer que le modèle en
nous avons relevé une tension de 168 V contre 150 V
configuration de référence représente correctement
dans la simulation de référence. Rappelons que nous
la torche AT-125. Il est donc fiable pour l'étudier et
ne simulons pas les gaines mais seulement la
donner des aides à la conception, ce qui est l'objet
colonne. Or, dans notre configuration, les gaines sont
des prochaines sections.
responsables d'une chute de tension d'environ 16 V
[101]. Il y a donc un bon accord modèle-expérience
entre les tensions de colonne.

II.4) Synthèse sur le calibrage et


validation
Le calibrage par les débits était une étape
intéressante. Elle montre que le modèle, nécessitant

163/205
III) Grandeurs données par le modèle
Au delà de la caractérisation expérimentale, le modèle nous donne accès à une multitude de grandeurs
physiques simulées, que nous pouvons analyser pour mieux comprendre la torche et conduire des études
paramétriques sans manipulation physique. Nous pouvons ainsi approfondir les discussions basées sur
l'expérimental.

Commentons les ordres de grandeurs obtenus grâce au modèle avant de détailler.

Figure 120: Champs simulés dans le cas de référence


Température (a) et Vitesse (b) dans le jet
Vitesse (c) et quantité de mouvement (d) globalement

La Figure 120 (a) montre le champ de température contribue à donner au jet sa grande vélocité
dans le jet de plasma, le reste de la torche est puisqu'on constate une accélération tout au long de
alimenté en air à température ambiante. La son orifice.
température atteint jusqu'à 32 kK au centre du En dépit de cette grande vitesse au centre du jet,
plasma et retourne à la température ambiante sur l'essentiel de la quantité de mouvement (d) est
quelques millimètres. Par ailleurs, une couche d'air transférée en périphérie, car l'air froid a une densité
froid s'écoule autour du jet chaud et longe la tuyère. bien plus importante (1000 fois plus grande à
Concernant la vitesse (b et c), le jet de plasma est température ambiante qu'à 10 kK). Ainsi, l'essentiel
très rapide (et supersonique, Figure 117) et comme du débit dans la tuyère se fait par l'air froid. Nous
pour la température, c'est au milieu du jet qu'elle est détaillons davantage ce point dans la section IV.2.3).
la plus importante. La longueur de la tuyère

164/205
III.1) Pertes de charges dans la torche
En complément de l'étude expérimentale des débits, le modèle nous permet de mieux visualiser le
comportement pneumatique de la torche. Observons le champ de pression (bar relatif) dans le cas de
référence (à 105 A) dans toute la torche sur la
Figure 121.

Figure 121: Champ de pression relative simulé dans toute la torche, paramètres de référence
Rappel du nom des trajets de l'air en blanc - Zones d’intérêt Z1 et Z2

Pour l'air plasmagène 1A, peu de pertes de charges sont subies le long de l'électrode (Z1). La détente vers la
pression atmosphérique s'effectue intégralement dans l'orifice de la tuyère (Z2), car il est très étroit.
En manipulant la géométrie, nous avons constaté que des modifications du diamètre de l’électrode (de l’ordre
de 0.1 mm) n’ont pas d’impact sur Q1A. En effet, l’aire du passage dans Z1 reste suffisamment grande et il ne s’y
présente pas de résistance significative à l’écoulement d’air. Il n'en va pas de même avec l'orifice de la tuyère,
pour laquelle des modifications de diamètres du même ordre de grandeur entraînent d'importantes variations
de Q1A. Rappelons que, malgré un rayon visuellement similaire sur la Figure 121, la section de passage dans Z1
vaut 18.4 mm², bien supérieure à celle de Z2 qui vaut 1.77 mm². Dans notre modèle 2D axisymétrique, les
sections varient en effet avec le carré du rayon qui les séparent de l’axe de symétrie (en bas de la figure).

Concernant l'air de protection 2, la détente s'effectue dès l'injection car là aussi le passage est très étroit, si bien
que l'intérieur du déflecteur est à pression atmosphérique.
Les ondes de choc en sortie de tuyère (Figure 118) n'apparaissent pas sur la Figure 121 car l'échelle, qui permet
de voir toute l'amplitude de la pression, est trop grande.
Le comportement pneumatique de la torche étant précisé par cette section, abordons maintenant d'autres
aspects des écoulements fluides.

165/205
III.2) Ecoulement

Le diffuseur, par ses rangées d'orifices d'injection inclinés avec des composantes azimutale et radiale
(chapitre 1 I.1.2 "Le diffuseur "), injecte l'air suivant le trajet 1 en vortex. L'hélice de l'électrode semble aussi
avoir un effet (chapitre 3 III.2.4 "Formation d'un bourrelet latéral") de vortex mais nous ne pouvons le
simuler dans ce domaine 2D axisymétrique. Néanmoins, il est possible de paramétrer les composantes
vectorielles des Entrées d'air. Dans le modèle de référence, nous l'avons fait avec un angle de 25°
correspondant au diffuseur TopArc. J'ai mené une étude comparative sur les effets de cette injection en
vortex au niveau de la tête de l'électrode présentée dans la section suivante.

III.2.1) Effet du vortex vers la tête de l'électrode


Comparons le cas de référence (injection à 25° dans le diffuseur) et un cas à injection purement radiale (0°)
donc sans vortex. Les champs de température sont, à première vue, très similaires. Observons toutefois la
différence des champs de température sur la Figure 122. Une valeur positive (orange) y signifie une
température plus importante dans le cas de référence que dans le cas sans vortex.

Figure 122: Champ des différences de température des cas Référence-Sans vortex

Il apparaît que, devant l'électrode, la zone en périphérie de l'insert est grandement refroidie par le vortex
tandis que celle sur l'axe est légèrement réchauffée.
La conductivité électrique augmente avec la température. Donc, avec vortex, à la surface de l'insert en
hafnium, le passage du courant est favorisé au centre et restreint en périphérie : il est constricté. Cela est
visible sur la Figure 123, qui permet de comparer les champs de densité de courant.
La concentration du courant sur l'insert en hafnium, bien plus résistant à l'érosion que le cuivre, est a priori
bénéfique à l'endurance de l'électrode, bien que la réalité soit plus nuancée, comme nous le montrons dans
le chapitre 4 IV.3).

Après avoir montré les effets du vortex au niveau de la tête de l'électrode, la prochaine section s'intéresse à
sa présence dans le jet de plasma et propose un rapprochement avec une théorie évoquée dans le chapitre 3
sur la qualité de coupe.

166/205
Figure 123: En miroir droite/gauche, champs de densité de courant avec et sans vortex

III.2.2) Jet de plasma en fonction de l'intensité et de la pression, lien avec l'asymétrie de


saignée
Nous avons constaté expérimentalement que réduire le courant ou augmenter la pression injectée conduisait
à symétriser les saignées. Cela est décrit dans le
chapitre 3 III.2.1 et illustré par la Figure 75.

Nous avons reproduit cela en simulation en calculant des cas à pression variable et d'autres à courant
variable. Nous avons relevé deux conséquences communes à la réduction de l'intensité (Figure 124) et/ou de
l'augmentation de la pression :

1. L'augmentation du débit.

2. L'augmentation de la norme de la composante azimutale (vortex) de l'écoulement dans le jet de


plasma et de la proportion de cette composante par rapport aux deux autres (axiale et radiale).

Figure 124: Dans une tuyère de calibre 75 A, champs de quantité de mouvement azimutale (a et b) et
rapports de cette quantité sur la quantité de mouvement totale (c et d) à 75 (a et c) et 105 A (b et d)

167/205
En conséquence, nous avons proposé une hypothèse que, du côté de la saignée où l'arc est stable, la
pour chacun de ces deux points : dépouille est plus importante que de l'autre côté, où

Hypothèse 1 : La symétrisation des saignées serait l'arc oscille. Il semblerait donc que le ou les pieds

due à l'augmentation du débit. d'arc s'accrochent plus favorablement d'un côté


(nous n'expliquons pas pourquoi), et cela fait fondre
Nous avons d'abord pensé que cela pouvait être dû à
davantage de métal, d'où la dépouille supérieure. Si
une asymétrie dans l'injection : un côté du jet de
le jet possède une composante tourbillonnante
plasma aurait vu transiter moins de débit, rendant
(Figure 58) plus importante, elle pourra mieux
difficile l'évacuation du métal fondu et créant une
contribuer à faire tourner ces pieds d'arc et les
dépouille plus importante de ce côté.
répartir entre les deux côtés de la saignée, réduisant
Toutefois, cette hypothèse a été battue en brèche
in fine l'asymétrie.
par les expériences ultérieures où la position
Il reste à souligner que le sens du vortex, dans cette
angulaire de la torche était variable (chapitre 3
hypothèse, peut avoir de l'importance. En effet selon
III.2.5). En effet, la rotation de la torche n'a pas
que le pied d'arc est décalé vers l'avant (dans le
inversé l'asymétrie constatée. L'hypothèse de
métal) ou vers l'arrière (dans le vide) de la saignée
l'influence du débit doit donc être précisée. On peut
(comme on peut l'imaginer en regardant la Figure
suggérer qu'un débit élevé contrebalance ou
58) la conséquence pourrait être différente. Or nous
supplante un ou des facteurs (inconnus) responsable
n'avons pas trouvé d'effet évident sur l'asymétrie
de l'asymétrie de la saignée.
des saignée imputable au changement de sens de
Hypothèse 2 : Augmenter la norme et la proportion
l'injection des diffuseurs et de l'hélice de l'électrode
du vortex symétrise les saignées. Cela semble
(chapitre 3 III.2). Cela pourrait s'expliquer si le
contre-intuitif car la composante azimutale de
phénomène (toujours mystérieux) qui a tendance à
l'écoulement est fondamentalement anisotropique,
favoriser l'accroche des pieds d'arc d'un côté agit
donc elle semble propice à façonner des saignées
lentement (à l'échelle des sauts de pieds d'arc), et
asymétriques. Toutefois cela peut s'expliquer si l'on
que les nouveaux pieds d'arc peuvent s'accrocher
admet qu'il existe une autre cause directionnelle à
(relativement) indifféremment d'un côté ou de
l'asymétrie. Auquel cas, concernant la composante
l'autre.
azimutale, plus elle est importante, plus elle peut
Ceci conclut les apports du modèle dans l'étude de
contribuer à amoindrir cet effet. Reprenons les
la qualité de coupe. Continuons avec l'usure.
Figures 53 et 59 du chapitre 2. Nous avons constaté

III.3) Simulation d'un cratère


La formation du cratère à la surface de l'électrode n'est pas prise en compte dans les modèles présentés
jusqu'ici. Nous avons mené une étude de cas numériques pour étudier l'effet de ce creusement, compléter
nos connaissances et étayer nos hypothèses sur les mécanismes de destruction de l'électrode.

168/205
III.3.1) Modèle

Nous avons observé au microscope, au cours de certains essais, des cratères à bords raides et à fond plat
(chapitre 4 Figure 104). C'est ce type de cratères que nous avons étudié dans les 3 cas présentés dans cette
section (Figure 125), le reste du modèle étant identique à celui introduit dans la section I.1). Rappelons que
nous ne pouvons pas simuler les asymétries.

La sortie du courant est modélisée par un profil appliqué sur un rayon de 0.6 mm centré sur la tête de
l'électrode (ce qui correspond à la taille réelle de l'insert en hafnium) comme on peut le voir en rouge sur la
Figure 125 qui montre la tête de l'électrode dans les trois cas simulés.

Figure 125: Domaines simulés pour l'étude du cratère


Zone de sortie du courant dans le modèle (en rouge)

En aval de cette zone, les jets de plasma simulés sont identiques dans tous les cas étudiés. Nous nous
intéressons donc aux différences entre les trois cas à proximité de la tête de l'électrode, dans les sections
suivantes.

III.3.2) Résultats

Ecoulement et pression

La Figure 126 montre la pression et les vecteurs de vitesse teintés en niveaux de gris par la quantité de
mouvement.

On constate que lorsqu'un cratère se creuse au milieu de l'électrode, la pression qui y règne est élevée et
réduit le débit d'air qui rejoint le centre de l'électrode.

De plus, à l'intérieur du cratère, la quantité de mouvement est très faible. Les effets de soufflage de l'arc y
sont donc restreints ce qui explique l'étalement de la zone chaude et de la densité de courant décrits dans les
sections suivantes.

169/205
Figure 126: Champs de pression et vecteurs de vitesse dans les cas d'étude de cratère

Densité de courant
Le courant, on le voit sur la Figure 127, est davantage concentré sur le centre avec une électrode neuve.
Lorsque le cratère se creuse, la densité de courant proche de la cathode s'étale davantage, se rapprochant du
bord du cratère.
Avec une profondeur de 500 µm, une densité de courant significative circule au bord du cratère. Dans la
réalité, il paraît probable qu'une partie du courant sorte alors de ce bord (en cuivre), accélérant son érosion.

Figure 127: Champ de densité de courant dans les cas d'étude de cratère

170/205
Température

A mesure que le cratère se creuse, la température diminue sur l'axe et s'élève en périphérie (Figure 127). De
plus, les températures atteintes à l'intérieur du cratère sont élevées (pour rappel le cuivre fond à environ
1100°C).

Ici, la condition limite d'énergie sur le bord du cratère est un flux nul. Des cas ont été réalisés avec une
condition de température fixée à 300°C, mais le résultat est identique sauf pour les mailles en contact avec la
paroi.

Figure 128: Champ de température dans les cas d'étude de cratère

III.3.3) Synthèse

Bien que les cratères simulés dans ce document ne La température y est élevée, le courant n'est plus
soient pas représentatifs de toutes les topologies concentré au centre de l'électrode. Ces phénomènes
existantes, ils donnent toutefois un aperçu des font que le cuivre qui entoure l'insert de hafnium est
phénomènes qui surviennent lorsqu'ils se creusent. vaporisé plus rapidement. A partir d'une certaine
Ainsi, il apparaît qu'un cratère plus profond est profondeur de cratère, la densité de courant émise
propice à une érosion accélérée. par le cuivre fait subir à ce dernier un échauffement

A l'intérieur du cratère, les écoulements sont faibles, très intense qui conduit à la destruction de

les effets du soufflage et du vortex sont donc réduits. l'électrode.

171/205
Ces simulations vont dans le sens de nos début, seul l'hafnium s'use, mais à mesure qu'il se
observations, chapitre 4 Figure 109 par exemple : creuse, l'usure du cuivre s'intensifie et on parvient
pendant les premiers cycles (de 6 min) de coupe, le même à une configuration d'îlot (Figure 104) où le
cuivre en périphérie de l'insert est peu érodé. Au cuivre est creusé plus profondément que l'hafnium.

III.4) Thermique pour différentes dimensions d'insert

Les essais d'usure ont montré que les électrodes pourvues d'un insert en hafnium plus large avaient des
durées de vie moins dispersées (chapitre 4 IV.3). Nous proposons cette étude de simulations thermiques
comparatives pour voir l'impact des dimensions de l'insert.

III.4.1) Modèle pour l'étude thermique

Le modèle présenté dans cette partie n'est pas celui conditions proches de celles de notre cas, est
décrit dans le reste du chapitre. Il est très simplifié et appliqué à la surface de la zone I1.
représente seulement une tête d'électrode en 2D Un flux thermique nul est considéré à la surface de
axisymétrique (Figure 129) et en stationnaire. Toutes I2, 3 et 4. Une température de 250°C est imposée sur
les zones sont solides, aucun fluide n'est représenté. les parois externes des zones Côté et Fond (en bleu).
Un flux thermique de 108 W/m², ordre de grandeur Cela ne représente pas fidèlement le refroidissement
proposé par Benilov et Cunha [102] dans des mais n'empêche pas une étude thermique
comparative sur la taille de l'insert en Hafnium.

Figure 129: Domaine et maillage pour l'étude thermique

172/205
III.4.2) Cas
Cinq simulations ont été conduites. Les matériaux considérés dans chaque zone et leurs propriétés [9] sont
décrits dans le Tableau 48.

Cas Zones en hafnium Zones en cuivre


Conductivité Conductivité
Densité Chaleur massique Densité Chaleur massique
thermique thermique
13281 kg/m³ 140J/(kg.K) 8978 kg/m³ 381 J/(kg.K)
18.4W/(m.K) 401 W/(m.K)
1 I1 I2, 3, 4, et 5 Côté, Fond
2 I1, et 2 I3, 4, 5, Côté, Fond
3 I1, 2, et 3 I4, 5 Côté, Fond
4 I1, 2, 3, et 4 I5, Côté, Fond
5 I1 , 2, 3, 4, 5 Côté, Fond
Tableau 48: Matériaux dans les différentes simulations
De 1 à 4, les cas considèrent un insert de plus en plus large. Le cas 5 représente un insert de la largeur du cas
4 mais plus long.

Ces cas permettent de comparer l'effet de la dimension de l'insert en hafnium. Le


cas 1 correspond à une électrode TopArc 105 A utilisée dans la thèse (chapitre 2 Tableau 9).

III.4.3) Résultats
Sur la Figure 130, les champs de température dans Pratiquement, cette comparaison nous alerte sur le
les différents cas sont représentés. Les cas 2 et 3 sont fait qu'augmenter le diamètre de l'insert en hafnium
des intermédiaires entre les 1 et 4, j'ai donc choisi de affaiblit le refroidissement et augmente la
ne pas les montrer. Le rectangle blanc représente la température maximale et la taille des zones chaudes.
limite cuivre/hafnium. L'hafnium a une conductivité Aussi, si la température de fusion du cuivre est
thermique bien inférieure à celle du cuivre atteinte à l'interface cuivre-hafnium, l'intégrité de
(Tableau 48). En conséquence, lorsqu'un chauffage l'électrode est menacée.
est appliqué sur la tête de l'insert, la chaleur est Des différences de diamètre d'insert de l'ordre de
évacuée beaucoup plus facilement par le cuivre. celles qui existent entre TopArc et Hypertherm n'ont
Ainsi, des inserts d' hafnium plus massifs entraînent amené qu'à des différences mineures sur les profils
des températures maximales plus élevées et plus de température, tandis qu'expérimentalement, la
étendues. différence constatée se fait sur la dispersion comme
La différence entre les cas 4 et 5 est faible, cela expliqué dans le chapitre 4 IV.3).
signifie que la profondeur de l'insert n'a que peu
d'impact sur le refroidissement.

Ainsi s'achève la section sur les apports du modèle quant à la compréhension du système. La prochaine
section propose d'aller au delà de l'existant pour améliorer la durée de vie et concevoir une torche.

173/205
Figure 130: Champs de température dans 3 cas

IV) Propositions pour la découpe plasma

Dans cette section, nous proposons des outils et idées applicables à la découpe plasma. Ils sont basés sur les
expériences et les simulations réalisées au cours de la thèse. Bien que s'appuyant sur le cas précis de l'AT-
125, les principes évoqués restent valables pour une autre référence ou une conception nouvelle.

IV.1) Limage des électrodes pour augmenter leurs durées de vie

Nous avons constaté expérimentalement qu'on creusement d'un cratère grâce à la simulation dans
pouvait augmenter la durée de vie des électrodes en la section III.3) : plus la profondeur augmente et plus
les limant (chapitre 4 II.1).1). Cette opération la densité de courant et la température proche du
nécessite quelques manipulations en dehors du cuivre augmentent. Le limage apparaît donc comme
temps de production et s'apparente à l'affûtage des une solution pour réduire la profondeur de cratère
électrodes en TIG, qui permet d'entretenir leurs (relativement à la surface de l'électrode) et
performances. augmenter la durée de vie. Par ailleurs nous avons
Par ailleurs nous avons décrit les effets du montré dans la section précédente que la longueur

174/205
de l'insert n'avait que peu d'impact au niveau Le limage a tendance à augmenter le diamètre du
thermique. De plus les inserts dans l'électrode plasma dans l’espace électrode-tuyère. La
mesurent environ 3.2 mm de long, ce qui permet de constriction dans la tuyère est aussi moins efficace, la
limer plusieurs fois (car l'électrode est détruite couche d’air froid le long de la paroi de tuyère est
quand la profondeur de cratère avoisine les 1200 moins grande lorsque la distance limée augmente.
µm). On peut donc s’attendre à des usures de tuyère
Quelles seraient les autres conséquences du limage accélérées en limant sans conserver l'arrondi. Un
et quelles sont ses limites ? Nous avons exploré cette biseau, plus facile à réaliser qu'un arrondi, ne se
problématique par une étude numérique. révèle guère meilleur qu'un limage simple.
De plus, la surface de l’électrode est soumise à des
températures élevées lorsque l’on lime, d’autant plus
IV.1.1) Cas simulés que la distance limée augmente. Cela explique
J’ai simulé cinq cas dans des domaines visibles sur la pourquoi, expérimentalement, deux limages n’ont
Figure 131 : pas abouti à une durée de vie triplée mais seulement
• La référence (distance tuyère-électrode = 1 augmentée de 120 % : l’usure de l’électrode accélère
mm). quand même du fait de ces températures de surface

• Electrode limée sur 1 mm (distance tuyère- élevées lorsqu’on agrandit l’espace électrode-tuyère.

électrode = 2 mm). Toutefois, si on lime en gardant la tête de l’électrode

• Electrode limée sur 1 mm avec biseau pour arrondie, l’expansion du plasma devant la surface de

remplacer l'arrondi perdu. l’électrode est réduite, ce qui se traduit


vraisemblablement par une augmentation de la
• Electrode limée de telle sorte que sa surface
durée de vie de l'électrode. En revanche, la
ait reculé de 1 mm mais qui conserve
constriction dans la tuyère est tout de même
l’arrondi. (distance tuyère-électrode = 2
atténuée.
mm).
Les différences de températures dans ces 4 cas sont
• Un cas où l’électrode est limée sur 3 mm
sans doute reliées à l’écoulement, dont la
(distance tuyère-électrode = 4 mm).
composante vortex est discutée dans la section
suivante.

IV.1.2) Résultats

Température
La Figure 131 (a) montre les champs de température
dans et autour du jet de plasma.

175/205
Figure 131: Champs de température (a) et de vitesse azimutale (b) dans les cas avec limage

Vortex
La Figure 131 (b) montre les champs de vitesse azimutale dans les 5 cas.

Il apparaît que l’arrondi de la tête de l’électrode est bien plus favorable au vortex, ce qui explique l’étalement
du plasma (Figure 131) observé dans les cas limés droits (y compris avec biseau qui n'apporte qu'une légère
amélioration) car le vortex ne peut y concentrer le plasma par centrifugation. Il est donc prévisible que ces
cas engendrent des usures plus importantes que les cas avec arrondis.

En revanche, le limage à 1 mm avec arrondi entraîne davantage de vortex dans tout le jet de plasma, avec les
conséquences détaillées dans la prochaine section.

176/205
Scalaires
J’ai relevé des quantités scalaires dans chacun des cas simulés :

Température max (kK) Débit dans la tuyère (g/s) Tension de colonne (V)
Ref 31.5 0.62 142
1mm 30.2 0.61 150
1mm biseau 30.2 0.6 150
1mm rond 29.8 0.58 149
3mm 29.0 0.52 148
Tableau 49: Quantités scalaires pour chacun des cas

Pour résumer : densité énergétique reste importante, on

• La température maximale est représentative peut donc s'attendre à ce que la qualité de

de l’énergie thermique du plasma coupe ne soit pas catastrophique.

• Le débit dans la tuyère est représentatif de


Synthèse
l’énergie cinétique du plasma
Le gain d’endurance lié au limage des électrodes a
• La tension de colonne est une image de la été observé expérimentalement et s’explique par
conductivité du jet de plasma. La tension est simulation : moins le cratère est profond
la même pour la référence et 1 mm rond car relativement à la surface de l’électrode, moins le
l'élargissement du plasma au niveau de la plasma dans son environnement immédiat est
surface émissive compense l'allongement chaud.
d'arc.
En revanche, un simple limage qui supprime l’arrondi
Ainsi, nous pouvons prédire : de l’électrode ne permet pas au vortex de faire son
• Cas 1 mm avec ou sans biseau : un peu effet de constriction sur la surface émissive. Le gain
moins d’énergie thermique et un tout petit de durée de vie ne sera donc pas aussi grand si on ne
peu moins de débit. La qualité de coupe conserve pas l’arrondi. Un limage avec biseau, plus
devrait rester similaire avec éventuellement simple à effectuer qu'un arrondi, permet de
un peu moins de vitesse de coupe. redonner un très faible effet de constriction au

• Cas 1 mm rond : moins d’énergie thermique niveau de la tête de l'électrode.

et une légère baisse de débit : les angles de En revanche le limage avec arrondi réduit un peu le
dépouille et la largeur de saignée débit dans la tuyère par rapport au limage droit, ce
commenceront à grandir. qui risque de réduire la qualité de coupe. Cela

• Cas 3 mm : encore moins d'énergie pourrait vraisemblablement être compensé par une

thermique et une baisse de débit augmentation de pression injectée mais nous

conséquente. La qualité sera impactée et la n'avons pas testé cette hypothèse.

vitesse de coupe devra diminuer. L'iso 7kK se


rapproche du centre donc, dans la saignée, la

177/205
Selon les objectifs recherchés, on peut donc
préconiser les protocoles de limage listés dans le
Tableau 50.
Objectif Protocole
Qualité optimale Pas de limage, changement de l’électrode lorsque le cratère dépasse 1 mm
Compromis Limage droit sur 1 mm lorsque le cratère dépasse 1 mm, légèrement plus efficace avec un
Durée de vie + qualité biseau
Limage avec arrondi sur 1mm lorsque le cratère dépasse 1 mm
Durée de vie optimale
Renouvelable

Tableau 50: Protocoles de limage envisageables

Une électrode dure en moyenne 50 minutes dans le configuration du laboratoire de soudage.


cas "Qualité optimale" du Tableau 50. Deux opérations de limage ont permis de porter la
Elle coûte, au détail, environ 6 €/pièce. Une tuyère durée de vie d'une électrode à 115 min. En gardant
(changée en même temps) coûte environ 4 €/pièce. cette base, et pour une application où la qualité de
Cela fait donc 10 € à payer par remplacement de coupe n'intervient pas, un gain économique, peut
pièce. être espéré. Le Tableau 51 est un comparatif pour
Le démontage remontage de la torche prend 1 min deux scénarii avec et sans limage.
30 s. L'opération de limage prend 30 s dans la

100 minutes de coupe, sans limage, avec


100 minutes de coupe, avec limage
Scénario remplacement de l'électrode et tuyère à
de l'électrode à 50 min
50 min
Coût électrode + tuyère 20 € 10 €
Montage initial : 1 min 30 s Montage initial : 1 min 30 s
Temps de Main d'Oeuvre (MO) pour
Remplacement intermédiaire : 1 min 30 s Remplacement intermédiaire : 2 min
la manipulation des consommables
Total : 3 min Total : 3 min 30 s
Coût horaire de MO (en 2023) 40€/H = 0.67 €/min
Coût de la MO 2€ 2.34 €
Coût 22 € 12.34 €
Tableau 51: Comparatif économique de deux scénarii de 100 min de coupe

Dans tous les cas, après 3 mm de distance limée, la L’utilisation de gabarits pour toujours limer la même
qualité sera réduite et l’usure très accélérée. Si cette distance semble judicieuse pour une utilisation en
méthode est adoptée elle devra être calibrée production.
expérimentalement mais nous pouvons dans un Pour le limage droit, un simple ruban abrasif mis en
premier lieu préconiser de ne pas dépasser les 2 mm rotation peut suffire mais pour conserver l’arrondi,
de limage. un outil plus élaboré paraît indispensable.

Nous n'avons plus de possibilité d'expérimentation à


l'heure où j'écris ces lignes car la table de découpe à

178/205
Gys n'est plus utilisable. Nous ne pouvons donc pas (section III.4), donc on peut penser que ça ne ferait
étudier ces cas expérimentalement ni faire d'essai pas de grande différence.
témoin où une électrode neuve aurait été placée à Laissons là l'électrode et intéressons nous au reste
2mm de la tuyère. Ceci dit, entre ce cas et le cas à 1 de la géométrie de la torche. La prochaine section
mm limé avec arrondi, la seule différence est la propose un outil de dimensionnement basé sur
longueur de l'insert. Or elle n'impacte presque pas l'étude de la tuyère.
les résultats dans l'étude de simulation thermique

IV.2) Dimensionnement assisté par simulation

Nous avons constaté expérimentalement que les tuyère.


tuyères existantes permettent de bonnes qualités de Il ressort de cette étude trois critères, calculables par
coupe et sont robustes. J'ai opéré en rétro-ingéniérie simulation et reflétant les performances de TopArc,
en me basant sur trois calibres de tuyères TopArc qui pourront orienter une conception avant tout
(45,85 et 105 A). J'ai recherché dans les résultats de prototypage. On peut en effet facilement changer la
simulation avec ces trois références des constantes géométrie d'une tuyère dans un modèle numérique
qui reflètent la capacité du jet de plasma d'une part à et en observer les conséquences.
couper efficacement et d'autre part à préserver la

IV.2.1) Cas simulés

Rappelons tout d'abord les dimensions des tuyères des différents calibres proposés, de 45 à 105 A, à l'aide de
la Figure 27 et du Tableau 10 du chapitre 2. Les notations des dimensions des tuyères sont rappelées sur la
Figure 132. R1 et R2 sont les rayons et S1 et S2 les sections correspondant aux diamètres D1 et D2.

Figure 132: Vue en coupe de la tuyère et


désignation des cotes de l'orifice

179/205
On constate que la section est reliée de façon courants nominaux et de chercher les ressemblances
linéaire au courant à transiter : entre ces trois cas nominaux. J'ai donc utilisé trois
S1 ≃ 60 A/mm². domaines avec :

Nous ne discutons guère davantage de R2, grand • Une tuyère de calibre 105 A, il s'agit du
rayon du cône en sortie de tuyère car s'il y a une domaine utilisé dans le cas de référence
limitation, elle est plutôt à attendre de R1 qui est • Une tuyère de calibre 85 A (L1 et L2 égales à
plus petit et donc plus susceptible d'être celles de 105 A)
endommagée par le plasma. Notons toutefois que
• Une tuyère de calibre 45 A (L1 et L2 égales à
R2 ≃ 1.3 × R1
celles de 105 A)
Pour simplifier j'ai considéré que toutes les tuyères
Les cas simulés à la base de cette étude sont listés
avaient la longueur de la tuyère 105 A car des
dans le Tableau 52. Les cas T45, T85 et T105 sont des
simulations précédentes ont montré que l'effet de la
cas à paramètres nominaux. La tuyère est utilisée
longueur était faible devant celui du diamètre.
avec le courant correspondant à son calibre. Les
L1 = 4.7 mm L2 = 1.3 mm donc L = 6 mm autres cas sont des variations hors paramètres
Mon idée directrice a été de simuler plusieurs cas préconisés que nous utilisons pour comparer et
avec différents calibres des tuyères TopArc confronter les résultats.
disponibles sur le marché, traversées par leurs

Cas T45 T85 T105 T85_45 T85_105 T105 Vortex 5° T105 P2.5
Courant
45 85 105 45 105 105 105
d'arc
Calibre de la
tuyère 45 85 105 85 85 105 105
modélisée
Vortex 5° (30° dans Pression injectée 2.5 bar
Variation - - - - -
les autres) (4.3 dans les autres)

Tableau 52: Cas simulés, nominaux en bleu gras

IV.2.2) Critère d'énergie : Température maximale

Le jet de plasma doit fondre le métal, en lui apportant de l'énergie thermique en quantité. Notre premier
critère sert à évaluer si cette énergie est suffisante. Pour ce faire, nous avons calculé le flux convectif
d'enthalpie (image de l'énergie thermique) dans la saignée (Figure 115) (soit à une distance de 3.2 mm du

déflecteur donc 4.4 mm de la tuyère) donné par ∫ vitesse fluide ×enthalpie


Rayon de saignée

180/205
(rayon en m, vitesse en m/s et enthalpie en J/m³). Les résultats ainsi que la température maximale dans la
saignée sont listés dans le Tableau 53.

Critère d'énergie :
Cas Courant (A) Flux convectif d'enthalpie (W)
Température max dans la saignée (K)
T45 45 5553 21820
T85_45 45 6091 18270
T105 105 10972 29130
T105 2.5bar 105 9587 27670
T105 vortex 5° 105 10965 29200
T85_105 105 10884 24100
T85 85 9300 22530
Tableau 53: Valeurs relatives à la puissance thermique dans la saignée
Cas nominaux en bleu gras

Le flux convectif d'enthalpie semble corrélé De plus, j'ai tracé une interpolation exponentielle
uniquement au courant et n'est pas impacté par des (par la fonction idoine sur LibreOffice calc) des cas
paramètres non nominaux. nominaux. On constate que les cas nominaux
Nous avons donc exploré une autre grandeur, la engendrent des températures supérieures jusqu'à
température maximale dans la saignée, qui elle plusieurs milliers de degrés aux cas où la tuyère est
permet de distinguer les différences. Elle est surdimensionnée ou sousdimensionnée. Nous
représentée sur la Figure 133, sur laquelle j'ai ôté utilisons donc la température maximale comme
21820 K (la température max dans la saignée dans critère d'énergie.
T45) à toutes les températures pour les normaliser.

Figure 133: Températures maximales (-21820 K) dans l


a saignée dans les différentes simulations

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La température maximale à 4.4 mm en aval de la tuyère est donc le critère d'énergie, devant être au
minimum égal à 0.06e(0,11.I)+22000 K (I en A).

La différence de température max dans la saignée obliques. Le seul critère de la température max n'est
entre le cas nominal à 105 A et celui à 105 A mais 2.5 donc pas suffisant pour estimer la qualité et le débit
bar est ténue. Or c'est une pression très faible bien doit être pris en compte, relativement au courant de
en deça des préconisations des constructeurs, et qui coupe. C'est ce que fait le prochain critère.
conduit à des saignées beaucoup plus larges et

IV.2.3) Critère d'équilibre débit/courant

Comme évoqué dans l'introduction de la section III), contribution au débit total reste minime (Tableau
l'essentiel du débit massique est transité dans l'air 54).
froid et ce quel que soit le courant. On le voit sur la Rappelons que le débit (ici au niveau de la saignée,
Figure 134 qui présente (pour les trois cas avec Figure 115) s'obtient en intégrant ces profils de
tuyère de 85 A) les quantités de mouvement fluide quantité de mouvement sur le rayon, dont la
au niveau de la saignée. Sur cette figure, l'abscisse contribution est quadratique.
part de l'axe de la torche et augmente avec le rayon.
L'effet de bouchage par le plasma constaté sur le
Le fait que les courbes de quantité de mouvement
terrain (chapitre 2 II.2.3) est confirmé. Lorsque
soient confondues jusqu'à environ 0.4 mm de rayon
l'intensité augmente, l'arc, visqueux, s'élargit et
(bien avant la limite des 7 kK dans tous les cas)
restreint le passage de l'air froid périphérique : le
montre que l'intensité du courant n'impacte pas
débit diminue.
l'écoulement au coeur du jet de plasma, dont la

Position radiale de Débit dans la Dont >7kK


Cas
l'iso 7kK (mm) saignée (g/s) (g/s)
T85_45 0.68 0.75 0.067
T85 0.83 0.40 0.09
T85_105 0.9 0.30 0.10
Tableau 54: Débits dans la saignée dans les cas avec tuyère
de calibre 85 A

Figure 134: Quantité de mouvement sur la condition limite


"saignée" avec les tuyères de calibre 85 A

182/205
Les résultats de simulation concernant les débits J'ai choisi Qtuyère/I² comme critère d'équilibre
massiques d'air dans la tuyère ainsi que le critère débit/courant, devant être compris entre 5.10-5 et
proposé sont inscrits dans le Tableau 55. Rappelons 6.10-5 (g/s)/A² (Qtuyère en g/s et I en A). Les cas
que ces cas sont tous à pression injectée 4.3 bar nominaux présentent en effet des valeurs de Qtuyère/I²
(sauf le dernier). proches et comprises dans cet intervalle restreint,

Cas Débit dans la tuyère Critère d'équilibre : tandis que T85_45, où la tuyère est largement
(g/s) Ce débit/I² (10-5g/s.A²)
surdimensionnée, voit cette valeur multipliée par
T45 0.11 5.43
T85 0.37 5.12 presque 6. Cela signifie que trop d'énergie thermique
T105 0.63 5.71
T85_45 0.61 30.1 est apportée par rapport à la force du jet de plasma.
T85_105 0.28 2.54 L'effet inverse se produit pour T85_105, où
T105 Vortex
0.64 5.8
5° Qtuyère/I² est bien en dessous de l'intervalle aaaa
T105 2.5bar 0.24 2.18
Tableau 55: Débits de tuyère simulés
Cas nominaux en bleu gras

La comparaison des 3 cas nominaux montre que le


débit augmente avec le calibre de la tuyère, malgré
les plus forts courants. Cela reflète un aspect
important de la découpe : l'équilibre débit/courant
décrit dans [103]. Pour assurer la coupe, en effet, il
faut une certaine énergie thermique, fournie par le
courant, pour faire fondre le métal. Par ailleurs, il
faut une certaine quantité de mouvement, apportée
par le souffle du plasma, pour évacuer ce métal
fondu. Ces deux aspects doivent être équilibrés.

183/205
Ce critère et la température maximale dans la découper. Le dernier critère s'intéresse à la
saignée sont des indicateurs de la faculté à robustesse de la tuyère.

IV.2.4) Critère de robustesse : position de l'iso 7000K dans la tuyère

Les tuyères subissent de l'usure lorsque le plasma


est allumé (Figure 135). Précisons que ce n'est pas
le contact du plasma qui fait fondre la tuyère car la
périphérie du jet est froide (Figure 112).

En revanche,l'usure peut être due à des doubles


arcs (chapitre 1 , qui surviennent lorsque le
courant trouve un chemin moins résistif que la
colonne de plasma en passant par la tuyère. Cela
se produit lorsque la colonne de plasma est
suffisamment proche de la tuyère pour provoquer
un claquage dans la couche d'air froid.
Figure 135: Tuyères TopArc 105A neuve (a) et usée (b) et
superposition des deux (c, la tuyère usée en fausses couleurs cyan) Ainsi les doubles arcs surviennent

préférentiellement avec les conditions énumérées dans le Tableau 56, issues de l'article de Nemchinsky [42] :

Courant trop important Note :


Orifice de tuyère trop petit En 2D une isotherme est une ligne
sur laquelle toutes les
Tuyère trop longue
températures ont la même valeur.
Débit insuffisant
Nous l'appelons iso en abrégé. Il y
Vortex insuffisant a des iso pour d’autres grandeurs,
Tableau 56: Facteurs de doubles arcs par exemple une isovitesse est une
ligne sur laquelle toutes les valeurs
Je me suis demandé : quel est le point commun lorsqu'on de vitesse sont égales. En 3D les
iso sont des surfaces.
applique chacun de ces facteurs ? La distance entre le jet de
plasma et la paroi de la tuyère, qui diminue. Voici la démarche et le raisonnement ayant permis d'aboutir à
cette réponse.

Intéressons-nous à la position radiale de l'iso 7000 K. A cette température, l'air commence à devenir
conducteur d'électricité. Nous considérons donc 7000 K comme la limite entre l'air froid et le plasma.

Pour visualiser la distance entre le plasma et la tuyère, j'ai tracé l'isotherme 7kK (kiloKelvin). La Figure 136 est
un exemple. Par soucis de lisibilité, je n'ai tracé ici que deux cas, T105 et T85_105 (Tableau 52). Ici, donc, les
parois de la tuyère 105 A (ainsi que celles des autres consommables) sont en noir, et celles de la tuyère 85 A
sont en orange. On constate que les iso 7 kK sont presque confondus. C'est principalement le courant qui
préside à leur position, indépendamment de la largeur des tuyères. Les résultats sur la distance paroi-iso 7kK

184/205
(par soucis de clarté, indiqués par deux flèches distinctes sur la Figure 136 mais en réalité je l'ai
systématiquement mesurée au niveau de celle de gauche) sont rapportés dans le
Tableau 57.

Figure 136: Iso 7kK dans les cas T105 et T85_105

Cas Courant Distance paroi - iso 7 kK (µm) Critère de robustesse :


(A) au milieu de la tuyère Cette distance divisée par le courant (µm/A)
T45 45 93 2.07
T85 85 174 2.05
T105 105 245 2.33
T105 2.5bar 105 194 1.85
T105 vortex 5° 105 247 2.35
T85_45 45 261 5.8
T85_105 105 139 1.32
Tableau 57: Distance des parois aux isothermes 7000 K au milieu de la tuyère et au cône et critère de robustesse retenu
Cas nominaux en bleu gras

Le premier facteur de double arc (Tableau 56) est le Dans le cas T85_45, où la tuyère est largement
courant. Je l'ai donc intégré pour trouver un critère surdimensionnée, le critère monte à plus de 5 µm/A
de robustesse. et à l'inverse, dans le cas où la tuyère est sous-

Prise au milieu de la tuyère, la distance paroi-iso dimensionné affiche une valeur plus faible

7000 K divisée par le courant s'est avérée être un (1.15 µA/m).

bon candidat, voici pourquoi : Les conditions de double arc énoncées dans le

Sur les trois cas nominaux, sa valeur est peu Tableau 56 comprennent également le débit d'air. La

dispersée et contenue entre 2 et 2.5 µm/A. simulation T105 P2.5 à pression moindre a permis de

Considérons qu'au dessus de 2 µm/A, la tuyère tester ce paramètre. Comme attendu, la valeur du

présente peu de risque de double arc. critère de robustesse est plus faible dans ce cas à
basse pression (donc à débit moindre), car l'arc est
moins constricté.

185/205
D'après Nemchinsky le manque de vortex serait n'avons pas simulé d'autres longueurs de tuyère
aussi un facteur de doubles arcs. J'ai fait une mais, comme on le constate sur la Figure 136, dans
simulation où l'angle d'injection du diffuseur est de la partie cylindrique de la tuyère, le rayon de l'iso
5°, contrairement aux autres cas où il vaut 30°. 7000 K augmente en progressant vers l'aval. Une
Toutefois on ne distingue pas de différence notable tuyère plus longue entraîne donc vraisemblablement
dans la tuyère. Une légère augmentation du rayon un rapprochement du rayon de conduction de la
de plasma au dessus de la tête de l'électrode dans le paroi.
cas sans vortex a toutefois été observée (Figure 122). La distance paroi-iso 7000 K divisée par le courant
Nemchinsky indique enfin que plus la tuyère est est donc notre critère de robustesse, devant être
longue, plus le risque de double arc est élevé. Nous supérieur à 2 µm/A.

IV.2.5) Synthèse
Pour dimensionner une tuyère aux performances similaires à celles de TopArc, nous proposons trois critères
calculables numériquement.

• Critère d'énergie : La température maximale atteinte à 4.4 mm en aval de la sortie de tuyère doit
être au minimum de 0.06e(0.11.I) + 22000 K
I en A, température en K

• Critère d'équilibre débit/courant : la valeur Qtuyère/I² doit être


comprise entre 5.10-5 et 6.10-5 (g/s)/A²
Qtuyère en g/s et I en A

• Critère de robustesse : Au milieu de la tuyère, la distance iso 7 kK-paroi divisée par le courant, doit
être supérieure à 2 µm/A.

Ces trois critères peuvent servir de base pour un dimensionnement et précéder des prototypages. Attention
toutefois, car ni la question des paramètres ni de la qualité de coupe ne sont traitées par cette méthode. Elle
ne sert qu'à caractériser un jet de plasma en s'assurant qu'il soit capable de couper une certaine épaisseur
maximale (donnée par l'intensité [5], par exemple 105 A permet de couper au maximum 40 mm). Le
paramétrage final (Tableau 7 du chapitre 1) reste complexe et nous n'avons pas connaissance d'une loi qui
puisse relier finement les paramètres de coupe à une bonne qualité, même en ayant caractérisé le jet de
plasma. L'annexe 1 est un exemple d'application de ces critères, où le paramètre étudié est le changement de
gaz au profit du dioxygène.

186/205
V) Synthèse du chapitre 5

Ce chapitre présente l'outil de modélisation qui a Ces deux phénomènes pourraient être à l'origine de
soutenu nos études expérimentales. Sa mise en place la symétrisation.
se base sur la géométrie de la torche et nécessite des Par ailleurs avec le modèle nous avons pu étudier
hypothèses qui le rendent imparfait. Nous nous l'usure de l'électrode sous un autre angle. Nous
sommes donc assurés, par le biais de comparaison avons étudié ce qui se passait lorsqu'on lime
avec les résultats expérimentaux initiaux, de sa l'électrode, ce qui, expérimentalement, permet
fiabilité. Dans ce processus et par la suite, le modèle d'augmenter sa durée de vie. Il apparaît, à la lumière
a lui même permis d'orienter les expériences et les du modèle, que ce n'est pas sans conséquences et
observations. La phase de mise en place est assez conduit à des usures accélérées qui expliquent le
longue, et entre le début du maillage et les premiers gain limité de durée de vie. A l'occasion de cette
résultats il m'a fallu environ 2 mois. étude, nous avons exploré l'influence de la forme de
Une fois le modèle fonctionnel et validé, les la tête de l'électrode et compris pourquoi elles
modifications de géométrie ou de paramètres sont étaient pourvues d'un arrondi : il est favorable à
rapides et permettent des études qui peuvent l'écoulement en vortex.
préciser nos connaissances, confronter des Ensuite, nous avons constaté à l'aide de simulations
hypothèses ou tester des paramètres plus facilement comparées qu'un insert en hafnium plus large
qu'on ne pourrait le faire expérimentalement. conduisait à une tête d'électrode plus chaude, tandis
Les études numériques ont précisé notre que la longueur n'a que peu d'impact.
connaissance des écoulements dans la torche. Enfin, l'outil de conception présenté en fin de
L'essentiel des pertes de charges s'opèrent dans la chapitre est destiné à simplifier cette tâche en
tuyère pour l'air plasmagène, et dès l'injection pour s'appuyant sur la modélisation. Basée sur les tuyères
l'air de protection. De plus, l'effet constricteur du du commerce, dont l'efficacité a été constatée, nous
vortex sur l'arc électrique a été montré par avons cherché quelles étaient les grandeurs
simulation. Enfin, l'augmentation du débit ou la communes lorsqu'elles sont utilisées avec leurs
diminution du courant (dont nous avons constaté paramètres nominaux, et comparé avec des cas, au
expérimentalement qu'ils conduisaient tous deux à la contraire, hors du nominal, pour tirer des critères
symétrisation des saignées) ont été étudiés par le d'efficacité et d'endurance. Ces propositions peuvent
prisme du modèle. Il apparaît qu'ils conduisent tous orienter des prototypages physiques et réduire leur
deux à une augmentation du débit mais également à nombre avant d'aboutir à une géométrie efficace.
l'augmentation de la proportion de quantité de Toute entrée du modèle, nature du gaz, géométrie,
mouvement tourbillonnante dans le jet de plasma. ou courant par exemple, peut être testée.

187/205
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Conclusion générale

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190/205
La découpe plasma est un procédé adapté aux remplacé par différentes formes, ce qui a conduit à
épaisseurs moyennes de tout matériau conducteur. Il des performances moindres.
permet des vitesses de coupe conséquentes avec une Outre la connaissance et la maîtrise du système que
bonne qualité dans sa plage courant/épaisseur si les nous avons acquises dans le premier temps de cette
paramètres sont respectés. étude, nous nous sommes intéressés à la qualité de
Notre étude s'est intéressée à une torche de découpe coupe. Le premier constat a été la dispersion
à air TopArc AT-125 alimentée par un Gys Neocut105 conséquente qui fait qu'une saignée n'a pas la même
et mue par une table Tecmo Autotec. La première forme sur toute sa longueur. Nous avons donc
étape a consisté à dessiner la torche en CAO. Cela a procédé, pour nos mesures, à la multiplication des
servi de base à nos analyses fonctionnelles. Nous essais et avons appliqué une méthode statistique
avons ainsi pu déterminer quels trajets l'air Taguchi pour traiter les résultats et mettre en
empruntait à travers la torche. Il y en a trois évidence l'influence de chacun des nombreux
principaux : paramètres de coupe.

L'air de découpe, l'air de protection et l'air Nous avons particulièrement cherché à expliquer
rétroinjecté. Une partie importante de la l'origine de l'asymétrie entre les deux côtés de la
caractérisation a consisté à mesurer les débits de saignée, dont un était systématiquement plus vertical
chaque trajet. Cela était important pour comprendre que l'autre, indépendamment d'un grand nombre de
quelle quantité était nécessaire pour chacune des paramètres : angle d'injection d'air, sens et vitesse de
fonctions assurées par ces trajets. Ainsi par exemple, coupe, forme de l'électrode, position angulaire de la
l'air de découpe, au coeur du procédé, ne représente torche, magnétisation des tôles, circulation du
qu'une faible proportion du débit total injecté. courant. Aucun de ces paramètres ne s'est avéré avoir

Tout l'air qui passe dans la torche contribue à son un impact significatif sur l'asymétrie. En revanche, la

refroidissement. L'émission du plasma soumet en pression et le courant ont montré une influence

effet la torche à de forts échauffements. Nous avons indéniable. Par la suite, à l'aide du modèle

donc également caractérisé la torche d'un point de numérique, nous avons pu émettre deux hypothèses

vue thermique. Les débits importants lui permettent qui restent à approfondir : la symétrisation pourrait

de stabiliser sa température à des niveaux être due à l'augmentation du débit et/ou à

acceptables. l'écoulement en vortex dans et autour du jet de


plasma.
La torche est constituée d'un flexible, d'un support de
Par ailleurs, nous avons constaté lors d'essais filmés
tête et de la tête qui comprend cinq pièces
avec une caméra rapide que l'arc n'était pas centré
consommables : l'électrode, le diffuseur, la tuyère, la
sur l'axe de la torche mais légèrement décalé. Il est
buse et le déflecteur. Nous avons analysé le rôle de
donc plus proche d'un côté de la saignée que de
chacune de ces pièces et avons même élaboré des
l'autre. De surcroît, de ce côté, l'arc est stable alors
prototypes pour tester leur rôle. Par exemple,
que de l'autre côté, il oscille à une fréquence que
l'électrode est pourvue d'une hélice que nous avons
nous n'avons pas pu déterminer, car sans doute trop

191/205
rapide pour notre caméra (4000 images/seconde). Du d'électrode entre les cycles. Il s'est avéré que les
côté où l'arc est plus stable, il fait fondre davantage cratères très asymétriques engendraient des
de métal et la dépouille est plus importante. destructions rapides. A l'inverse, des cratères plus
A l'aide des images de caméra rapide, nous avons étendus, même profonds, sont corrélés à des
également pu observer les mouvements complexes endurances plus grandes.
de métal en fusion sous la plaque. Il s'y forme des Nous avons aussi comparé des électrodes
gouttes qui séjournent quelques instants avant d'être Hypertherm aux électrodes TopArc. Les électrodes
éjectées. Elles sont animées de mouvements Hypertherm ont un insert d'hafnium plus large, et
tourbillonnants mais pas toujours dans le même sens. cela semble propice à déposer une couronne
La seule injection en vortex par le diffuseur (à angle d'hafnium sur le cuivre dès les premiers cycles. Cela
fixe) semble donc insuffisante pour expliquer ces le protège et tend à creuser davantage le cratère au
mouvements. De plus, nous avons constaté lors de centre de la tête de l'électrode. Les électrodes
coupes non traversantes que la forme de l'hélice de Hypertherm ont donc une durée de vie beaucoup
l'électrode avait aussi un impact puisque le côté de moins dispersées car leur cratère plus central finit par
son pas déterminait si le métal fondu se déposait à atteindre une profondeur critique de façon plus
gauche ou à droite de la découpe. certaine. A l'inverse, sur les électrodes TopArc, la
Nous avons également étudié une autre formation d'une couronne d'hafnium n'est pas
problématique de la découpe : l'usure des systématique. Dans certains cas, cela permet au
consommables. En effet, au cours du cuivre en périphérie de s'user de façon régulière et
fonctionnement, l'électrode des torches à plasma d'opérer comme un nivellement, qui réduit la
s'use jusqu'à être détruite. Nous avons souhaité profondeur de cratère vis à vis de la surface et
établir une correspondance expérimentale entre permet d'atteindre de grandes durées de vie.
paramètre de découpe et durée de vie mais, tout Ce phénomène corrobore notre hypothèse, étayée
comme pour la qualité de coupe, les essais ont été par le modèle numérique, selon laquelle la
entachés d'une grande dispersion. Le courant réduit profondeur du cratère, relativement à la surface de
l'endurance de l'électrode, comme la littérature nous l'électrode, est un critère favorisant grandement
le précise. La tension quant à elle n'impacte pas l'usure et la destruction des électrodes. En effet pour
l'usure de manière évidente. les profondeurs importantes, l'écoulement ne se fait
Grâce à des observations au microscope, nous avons plus convenablement et les températures et densités
étudié la formation des cratères dans l'électrode. A de courant au contact du cuivre deviennent très
défaut de pouvoir expliquer ces phénomènes dont importantes, entraînant des vaporisations locales et
l'origine semble partiellement chaotique, nous avons in fine la destruction rapide de l'électrode.
établi un lien entre la forme des cratères et la durée Pour pallier ce problème, nous proposons de limer
de vie des électrodes. Pour cela nous avons procédé à l'électrode. Cela a fonctionné expérimentalement et
des essais d'usure en coupe longue (un amorçage nous avons étudié pourquoi à l'aide de simulations. Il
pour 6 minutes de coupe) et observé les têtes n'est pas possible de retrouver les performances

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d'une électrode neuve en effectuant un limage et les direct donneraient à mieux comprendre ce qui induit
températures à proximité de la tête de l'électrode ce phénomène et comment les paramètres de coupe
augmentent de façon importante. Cela permet tout peuvent l'influencer. En corrélant ces images avec des
de même un gain d'endurance qui peut être prises de cotes ultérieures sur les saignées, nous
intéressant financièrement. La forme la plus propice pourrions aussi investiguer les causes de la dispersion.
de tête d'électrode pour préserver son intégrité reste Y-a-t-il un phénomène visible, une oscillation de l'arc à
l'arrondi dont elle est pourvue quand elle est neuve, un moment précis par exemple, qui coïncide avec
car il favorise l'injection en vortex qui constricte l'arc. élargissement local de la saignée ? C'est à explorer.

Outre cet aspect pratique, le modèle nous a Il est aussi envisageable d'étudier des solutions pour

également autorisé à gagner en connaissance compenser ou annuler l'asymétrie, en créant un flux

théorique sur la torche. Pour ce faire, il a d'abord fallu volontairement asymétrique. Cela pourrait être fait en

le calibrer à l'aide de données expérimentales. Le modifiant la géométrie du déflecteur pour l'air de

modèle en retour a pu guider les observations et protection ou de la tuyère pour l'air plasmagène afin

expériences. de favoriser l'écoulement d'un certain côté de la


torche.
Ayant opté pour un modèle 2D axisymétrique
Par ailleurs, une modélisation 3D représentant aussi
stationnaire, il nous était impossible de modéliser la
l'hélice de l'électrode semble être une piste pour
saignée et les déplacements de la torche. Nous avons
essayer de comprendre les effets de cette forme. Il
toutefois obtenu des informations sur le jet de
reste notamment toujours à expliquer pourquoi
plasma. En les associant à nos expériences et à la
changer le sens de cette hélice a pu changer le sens de
littérature, cela nous a notamment permis d'établir
formation d'un bourrelet d'acier lors d'une coupe non
un outil de conception basé sur trois critères pour un
traversante.
premier dimensionnement ou une étude théorique
de changement de paramètre d'une torche. Nous pourrions envisager des essais d'usure avec
captation d'images en direct sur la tête de l'électrode
Pour conclure la découpe plasma est un vaste sujet
(à travers des consommables transparents) pour
qui peut être exploré de bien des manières, parmi
visualiser la dynamique de de l'érosion et de formation
lesquelles ces quelques idées :
du cratère, les déplacements des métaux liquides, la
Les mécanismes de l'asymétrie des saignées pourraient
forme des bourrelets. Ces aspects pourraient aussi être
être explorés davantage à l'aide d'essais filmés. En
étudiés en fonctions de différents paramètres, la forme
effet, la dynamique du jet de plasma que nous avons
des pièces à l'intérieur de l'électrode notamment.
pu observer au cours de ces travaux est des plus
Nous pourrions ainsi peut-être découvrir pourquoi les
intéressante : le jet de plasma n'a pas un
électrodes à hélice présentent de bien meilleures
comportement symétrique. Peut-être ces essais en
durées de vie que celles qui en sont dépourvues.

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Annexe : Application des critères de dimensionnement pour le
changement de gaz de la torche

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Cette annexe est un exemple d'application des critères de dimensionnement présentés dans le chapitre 5
IV.2). et donc voici le rappel :

• Critère d'énergie : La température maximale atteinte à 4.4 mm en aval de la sortie de tuyère doit être
au minimum de 0.06e(0,11.I) + 22000 K
I en A, température en K

• Critère d'équilibre débit/courant : la valeur Q/I² doit être


comprise entre 5.10-5 et 6.10-5(g/s)/A²
Qtuyère en g/s et I en A

• Critère de robustesse : Au milieu de la tuyère, la distance iso 7 kK-paroi divisée par le courant, doit
être supérieure à 2 µm/A. Au delà de 2.5 µm/A il y a beaucoup de marge.

Imaginons que nous souhaitons conserver la géométrie de torche, avec une tuyère TopArc de calibre 85 A,
mais en changeant le gaz plasmagène par du dioxygène pur. Ce gaz est particulièrement adapté à la découpe
d'acier doux qu'il accélère tout en réduisant les scories et en rendant les flancs de saignées plus lisses [12].

Les propriétés de ce gaz sont différentes de l'air et le jet de plasma sera donc modifié. Dans ces conditions,
appliquons les critères de dimensionnements pour nous assurer que la tuyère sera toujours adaptée.

Les résultats sont basés sur des simulations et sont donnés dans le Tableau 58. Rappelons que les critères de
dimensionnement sont dépendant du courant et sont indiqués, après calcul, dans les lignes "critères à 85 A"
et "critères à 95 A" de ce tableau. J'explique ensuite la démarche étape par étape.

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Tension Température max Débit massique Isotherme 7000 K - paroi
Etape Cas
(V) dans la saignée (K) (g/s) (µm)
Critères à 85 A - 22 500 K minimum
de 0.36 à 0.43 144 µm minimum
1 T85 139 22 530 0.37 182
2 T85_oxy 133 22 002 0.48 170
Critères 95 A - 23 900 K minimum 0.45 à 0.54 160 µm minimum
3 T85_oxy_95A 129 24 124 0.36 140
4 T85_oxy_95A _5bar 135 24 449 0.45 160
Tableau 58: Comparatif des critères de dimensionnement pour utiliser l'O2 avec une tuyère TopArc de calibre 85 A

(Etape 1) Nous partons du cas T85 décrit dans le température dans la saignée et aussi réduire le débit
chapitre 5 Tableau 52, qui pour rappel : (rappelons nous qu'un arc plus intense en courant

-Utilise une tuyère de calibre 85 A occupe plus d'espace et restreint la circulation du

-Implique un courant d'arc de 85 A fluide). Attention le passage à 95 A implique de


recalculer les critères.

-Utilise l'air comme gaz de coupe et de protection L'augmentation à 95 A a effectivement ramené la

(tous deux injectés à 4.3 bar dans la simulation). température max dans la saignée à une valeur
acceptable. En revanche l'élargissement de l'arc s'est
(Etape 2) Ceteris paribus, nous changeons l'air
fait de manière trop importante au regard du critère
plasmagène injecté par du dioxygène (cas T85_oxy)
de robustesse, et l'isotherme 7000 K se rapproche
et lançons les calculs pour arriver à la convergence
trop de la paroi de la tuyère. De plus, le débit
du cas.
d'oxygène est faible par rapport au courant transité.
On observe que la tension baisse un peu dans ce cas.
Ce n'est absolument pas problématique mais pour (Etape 4) Pour pallier ces deux problèmes, j'ai simulé

garder la même hauteur (expérimentalement) il un cas (T85_oxy_95A_5bar) en augmentant la

faudra ôter 6V à la consigne de tension. pression de 4.3 à 5 bar. Augmenter la pression

La rayon de l'iso 7 000 K augmente légèrement dans permet à la fois de resserrer l'arc et d'augmenter le

la tuyère mais reste dans les limites acceptables. débit massique.

La température maximale, elle, y chute de façon Le résultat est satisfaisant puisque les 3 critères sont
importante et le débit massique dépasse la limite vu alors remplis.
le courant transité. Ces deux derniers paramètres La tension de colonne est 4 V inférieure au cas de
peuvent nous faire redouter une perte de qualité et base T85 donc il faut compenser cette différence
d'efficacité de coupe par un manque d'énergie et un dans la consigne de tension pour garder la même
trop fort débit. distance torche-plaque.
(Etape 3) Pour pallier les deux critères en défaut, j'ai En conclusion, en utilisant du dioxygène en lieu et
lancé un troisième cas, T85_oxy_95A. Le seul place de l'air, une tuyère TopArc de calibre 85 A peut
paramètre différent de T85_oxy est le courant que transiter 95 A et la pression doit être augmentée
j'ai passé de 85 à 95 A pour augmenter la d'environ 0.7 bar.

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Références

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